LE CERVEAU QUI NE VOULAIT PAS MOURIR (1962)

Après l’accident qui a décapité sa fiancée, un jeune chirurgien décide de maintenir sa tête en vie et de lui greffer un autre corps…

THE BRAIN THAT WOULDN’T DIE

 

1962 – USA

 

Réalisé par Joseph Green

 

Avec Jason Evers, Virginia Leith, Leslie Daniel, Adele Lamont, Bonnie Sharie, Paula Maurice, Marilyn Hanold, Bruce Brighton, Arny Freeman

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Le Cerveau qui ne voulait pas mourir est le premier long-métrage – et le seul qui soit passé à la postérité – de Joseph Green, réalisé de manière indépendante avec un budget anémique de 62 000 dollars. Avec quelques comédiens et une poignée de décors sobres, Green tourne pendant treize jours, dans les environs de Tarrytown à New York, principalement dans les sous-sols d’un hôtel reconverti en plateau de cinéma improvisé, sous le titre provisoire The Black Door (« La porte noire »). Complètement délirant, le scénario s’intéresse au docteur Bill Cortner (Jason Evers), un jeune chirurgien plein d’ambitions qui prône les méthodes expérimentales et non orthodoxes pour faire avancer la science, ce que son père a tendance à réprouver. « La ligne entre le génie scientifique et l’obsession fanatique est très mince », lui dit-il. « Je veux que tu sois du bon côté ». Mais cet émule du docteur Frankenstein (qui annonce par bien des aspects le Herbert West de Re-Animator) a les idées bien arrêtées. Après un accident de voiture qui décapite sa fiancée Jan Compton (Virginia Leith), il récupère en hâte sa tête (qu’il cache dans son manteau) et la ramène illico dans son laboratoire isolé dans une grande maison de campagne. Là, au milieu d’alambics et de fils électriques entortillés qui évoquent plus l’alchimie que la médecine, il décide de la maintenir en vie en attendant la transplantation qui la remettra sur pied. Il ne lui reste plus qu’à trouver un nouveau corps…

Ce postulat prometteur nous offre l’un des films de science-fiction les plus excentriques de sa génération. Le problème est la difficulté pour Green de remplir correctement 90 minutes de métrages avec une intrigue aussi filiforme. Il fait donc traîner ses séquences en longueur, sature le film de dialogues explicatifs et intègre artificiellement un personnage secondaire sans intérêt (l’assistant Kurt, incarné par Leslie Daniel) qui n’a d’autre intérêt que meubler un peu le métrage en dialoguant avec le savant fou et avec la tête coupée de sa fiancée. Si l’on excepte ces scories qui ralentissent souvent le rythme, Le Cerveau qui ne voulait pas mourir se laisse regarder avec la gourmandise chère aux amateurs de séries B farfelues compensant leur manque de moyen par un grain de folie. En ce sens, nous ne sommes pas très loin des productions Roger Corman des années 50 et 60. Le réalisateur se permet même quelques facéties visuelles conçues sous forme de clins d’œil, comme ce combat entre deux strip-teaseuses qui s’enchaîne sur un dessin de chat et un bruit de miaulement (« catfight » signifie « bagarre de filles » en anglais), ou ce buste féminin posé sur une table qui rappelle celui de l’infortunée héroïne dont la tête repose dans un bac empli de liquide. 

Sans queue ni tête

Comme si tous les éléments du « cinéma bis » n’étaient pas assez réunis, le film ajoute une créature contrefaite, fruit d’une expérience ratée de Cortner qui gît dans un placard en poussant d’improbables borborygmes. La bête est incarnée par un acteur géant (Eddie Carmel) portant un maquillage insensé à côté duquel même le monstre de Frankenstein s’est échappé est un modèle d’harmonie. En voyant l’absurdité du résultat final, la comédienne Virginia Leith aurait été tellement consternée qu’elle aurait refusé de participer aux séances de post-production du film. C’est ce qui explique le changement de voix de son personnage dans la scène de la voiture où elle discute de dos avec Jason Evers avant l’accident fatal qui lui fera perdre la tête. On peut la comprendre. Pour une comédienne digne de ce nom, se contenter de jouer une tête sur un plateau qui gémit et ricane n’est pas forcément l’expérience la plus passionnante qui soit. Il n’en demeure pas moins qu’elle doit au moins autant sa célébrité à ce film qu’à son rôle plus « respectable » dans Les Inconnus dans la ville de Richard Fleischer. Achevé en 1959, Le Cerveau qui ne voulait pas mourir ne sortira en salles qu’en mai 1962, en double-programme avec Invasion of the Star Creatures. Devenu culte, il inspirera une comédie musicale en 2011 et un remake en 2020.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

POINT LIMITE (2000)

Stephen Frears réunit un casting de premier ordre pour le remake télévisé d’un terrifiant thriller de politique-fiction…

FAIL SAFE

 

2000 – USA

 

Réalisé par Stephen Frears

 

Avec Richard Dreyfuss, Harvey Keitel, Brian Dennehehy, George Clooney, Don Cheadle, James Cromwell, Sam Elliott, Hank Azaria

 

THEMA POLITIQUE-FICTION

En signant pour le petit écran le remake du fameux film de politique fiction que réalisa Sidney Lumet en 1964, Stephen Frears opte pour deux parti pris surprenants. Le premier est lié au scénario lui-même. Au lieu de transposer l’intrigue à l’aube du 21ème siècle pour mieux coller à l’actualité, ce nouveau Point limite conserve les années 60 et le cadre de la guerre froide comme contexte historique. Pour renforcer le rapprochement avec le film original, l’image est d’ailleurs en noir et blanc. Le second parti pris est une audacieuse décision de production et de réalisation. À l’instar des « dramatiques » des années 60 comme les premiers épisodes de Chapeau melon et bottes de cuir, Point limite version 2000 fut tourné en vidéo multicaméras et diffusé en direct sur CBS. Coup publicitaire doublé d’une performance technique, ce choix artistique augmente considérablement l’impact de l’œuvre, notamment ses effets de suspense et la sensation d’urgence inhérente au concept. Ce qui n’empêche évidemment pas d’apprécier le film en dehors de sa  diffusion initiale et événementielle.

Reprenant fidèlement la trame du premier Point limite, lui-même inspiré du roman d’Eugene Burdick et Harvey Wheeler, le téléfilm de Stephen Frears raconte donc le déclenchement potentiel d’une troisième guerre mondiale lorsque des bombardiers américains s’envolent vers Moscou et s’apprêtent à y lâcher une bombe atomique suite à une erreur technique. Les pilotes ayant pour instruction de n’obéir qu’aux machines pour éviter de recevoir des instructions truquées, rien ne semble pouvoir arrêter le cauchemar en marche. S’ensuivent de longues et pénibles négociations entre le président des États-Unis et celui de la Russie, tandis que plusieurs conseillers militaires s’efforcent d’échafauder maintes théories susceptibles de minimiser la catastrophe. Ainsi, avec quatre décors principaux (la salle des généraux, le conseil de guerre, la pièce où téléphone le président et le cockpit du bombardier principal) et une poignée d’images d’archive pour les vues extérieures d’avions et de missiles, Stephen Frears parvient à conter un drame à échelle planétaire, empruntant plusieurs de ses effets de mise en scène au théâtre.

Compte à rebours mortel

La narration est d’ailleurs divisée en cinq actes bien marqués. Dans sa gestion de la tension et du dilemme, Point limite rappelle à l’instar de son modèle les meilleurs moments de Douze hommes en colère, qui tirait lui aussi parti de l’épure de son décor. Le suspense va donc croissant, lentement mais sûrement, jusqu’à un terrifiant climax. L’efficacité du film passe aussi par son casting quatre étoiles, dominé par Richard Dreyfuss en président des États-Unis, Harvey Keitel en partisan d’une solution pacifique, Hank Azaria en fervent militariste anti-communiste, Brian Dennehy en général en proie au tiraillement et George Clooney en pilote de bombardier respectant trop scrupuleusement la procédure. Par l’efficacité de son discours, cet extraordinaire plaidoyer anti-nucléaire prouve qu’il n’était nul besoin de déplacer le cadre historique de l’intrigue pour affûter son impact, et s’achève par la longue liste de tous les pays détenteurs de l’arme atomique en l’an 2000.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

AU SERVICE DU DIABLE (1971)

Sept voyageurs sont contraints de passer la nuit dans un château où ils vont être victimes de leurs propres tentations…

LA PLUS LONGUE NUIT DU DIABLE / THE DEVIL’S NIGHTMARE

 

1971 – BELGIQUE / ITALIE

 

Réalisé par Jean Brismée

 

Avec Erika Blanc, Jean Servais, Daniel Emilfork, Jacques Monseu, Ivana Novak, Lorenzo Terzon, Colette Emmanuelle, Christian Maillet, Lucien Raimbourg

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Cofondateur de l’école de cinéma belge INSAS en 1962, Jean Brismée est d’abord connu pour les documentaires qu’il réalise avec son ami André Delvaux. Au service du diable marque son passage à la fiction ainsi que son affirmation d’un certain amour du film de genre. Brismée se laisse séduire par le scénario de Patrice Rohmm, qu’il réadapte un peu à sa sensibilité en imaginant un long-métrage à la portée internationale. De fait, cette incursion dans l’horreur teintée d’érotisme est une coproduction entre la Belgique et l’Italie, connue sous de nombreux titres, de The Devil’s Nightmare à La Plus longue nuit du diable en passant par Le Château du vice ou La Nuit des pétrifiées. Pour rassurer les producteurs, un peu nerveux à l’idée de confier le film à un réalisateur n’ayant encore jamais dirigé de long-métrage de fiction, le vétéran André Hunebelle (Le Bossu, 0SS 117 se déchaîne, Fantomas) est sollicité – et crédité – en tant que conseiller technique. En réalité, sa présence sur le plateau se limite à une journée, le temps de s’assurer que Brismée sait ce qu’il fait. Le cinéaste belge se débrouille en effet du mieux qu’il peut, avec à sa disposition un budget ramené à sa plus simple expression. Pour compenser ces moyens anémiques, le film bénéficie d’atouts visuels de poids, notamment l’impressionnant château d’Antoing que déniche le producteur Charles Lecoq et dans lequel se déroule la majorité de l’intrigue.

Le prologue en noir et blanc se situe à Berlin en 1945. Au beau milieu d’images d’archives de bombardements, nous découvrons le visage aux traits tirés du baron von Rhoneberg (Jean Servais), un général allemand qui assiste à l’accouchement de sa femme. Mais celle-ci meurt en couches. En apprenant que son enfant est une fille, le baron s’empare d’une dague et la poignarde ! Voilà une entrée en matière pour le moins surprenante. L’image passe en couleurs et le décor change, le temps de nous présenter six touristes et leur chauffeur dans un minibus, égarés dans une forêt dont l’accès est barré, guidés par un homme étrange (Daniel Emilfork) qui leur indique un château où ils pourront passer la nuit. Le maître des lieux n’est autre que le baron von Rhoneberg, qui leur raconte une légende ancestrale selon laquelle toutes les filles aînées de sa famille seraient des succubes, autrement dit des créatures femelles tentatrices attirant les gens dans leurs filets. Or voilà que débarque parmi les sept visiteurs une mystérieuse jeune femme (Erika Blanc) qui va faire prendre à la nuit une tournure très inattendue…

Les démons de la nuit

La présence envoutante d’Erika Blanc est l’un des éléments les plus mémorables d’Au service du diable. Sertie dans un déshabillé noir affriolant, la comédienne italienne promène sa silhouette dans les couloirs de ce château hérité des films gothiques de la décennie précédente et révèle les failles de chacun des visiteurs. La grande force du scénario est en effet de décliner les sept péchés capitaux à travers ces touristes qui démontrent tour à tour leur avarice, leur orgueil, leur luxure, leur envie, leur gourmandise, leur colère et leur paresse… et qui périront par là où ils ont pêché. À la prestation remarquable d’Erika Blanc s’ajoute le travail du maquilleur Duilio Giustini qui la transforme régulièrement en succube au visage blafard, ôtant à son visage son caractère charnel et avenant pour en durcir les traits. La première fois qu’apparaît ce grimage habile, c’est au cours d’une étonnante transformation en direct face à la caméra. L’effet est réalisé image par image, un véritable exploit qui combine la minutie du maquilleur et la patience infinie de la comédienne. Parmi les autres morceaux de bravoure d’Au service du diable, il faut citer cette étonnante séquence au cours de laquelle Shirley Corrigan cohabite de très près avec un immense python. Et puis il y a bien sûr la présence inoubliable de Daniel Emilfork dont le physique acéré se prête parfaitement à une incarnation crédible du Malin, même si ses rapports avec le réalisateurs semblent avoir été particulièrement orageux pendant le tournage. Jugeant que le film ne contient pas assez d’éléments érotiques, les producteurs décident de tourner une séquence additionnelle sans consulter Jean Brismée, au cours de laquelle les personnages de Corinne (Ivana Novak) et Régine (Shirley Corrigan) s’accouplent longuement et lascivement, aux accents de la musique langoureuse d’Alessandro Alessandroni. Au service du diable ne connaîtra pas le succès escompté malgré a distribution internationale, mais deviendra plus tard une œuvre culte aux yeux de nombreux amateurs du genre.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

VOLCANO HIGH (2001)

Un étudiant turbulent doué de pouvoirs paranormaux intègre une école spécialisée menée par un vénérable professeur…

HWASANGO

 

2001 – CORÉE DU SUD

 

Réalisé par Tae-Gyun Kim

 

Avec Hyuk Jang, Shin Min-a, Su-ro Kim, Sang-woo Kwon, Hyo-jin Kong, Sang-hun Jeong, Hyeong-jong Kim, Shi-ah Chae

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX

Se laissant volontiers influencer par les gros succès américains et chinois du moment (notamment Matrix, X-Men et Tigre et dragon), le réalisateur coréen Tae-Gyun Kim s’est lancé avec Volcano High dans une aventure mixant comédie étudiante et fantastique paranormal tout en laissant la part belle à de très spectaculaires effets spéciaux. Avouons-le d’emblée : le scénario lui-même n’offre un intérêt que très limité, prétexte manifeste à une mise en scène facétieuse bourrée d’idées visuelles, à une mise en image somptueuse et quasi-monochrome qui semble rendre hommage aux graphismes épurés du manga, et à une succession de séquences de combats vertigineux. Une fois ce constat établi et accepté, le spectacle peut s’apprécier à sa juste valeur.

Capable de contrôler les éléments, notamment l’eau et la foudre, depuis qu’il est tombé dans un aquarium d’anguilles électriques lorsqu’il était enfant, Kim Kyung-Soo a bien du mal à contrôler ses incroyables pouvoirs, dont font les frais la plupart de ses professeurs. Logiquement, il se retrouve renvoyé de tous les lycées où il est inscrit. En dernier recours, cet impertinent adolescent peroxydé intègre la Volcano High School, menée avec bienveillance par un vieux proviseur, Song Hak-Kim, veillant sur un étrange manuscrit. Cupide, son assistant le fait empoisonner pour récupérer le grimoire, censé lui apporter une immense puissance. Entre-temps, Kim découvre que l’ambiance entre élèves n’est pas au beau fixe à Volcano High. En effet, ses camarades y sont divisés en gangs violents s’affrontant régulièrement en déployant toute la latitude des arts martiaux. Le colossal Jang Ryan gagne tous les combats, et s’autoproclame numéro un. Kim pourrait le battre à plate-couture, mais il s’efforce d’éviter d’utiliser ses pouvoirs spéciaux, sous peine d’être à nouveau expulsé de cet ultime lycée…

Les éléments se déchaînent

Le scénario part donc un peu dans tous les sens, oubliant en cours de route des personnages et juxtaposant des péripéties sans rapport entre elles. D’où une certaine confusion du récit, qui s’étire tout de même sur deux bonnes heures, ce qui s’avère plutôt long étant donnée la minceur de l’intrigue. Volcano High se suit pourtant sans ennui, grâce à la nervosité de son rythme et à l’incroyable dynamisme de ses scènes d’action. A ce titre, la séquence finale, au cours de laquelle Kim affronte un acariâtre professeur doué lui aussi de redoutables pouvoirs paranormaux, s’avère extrêmement spectaculaire. Les belligérants défient sans commune mesure toutes les lois de la pesanteur, les éléments se déchaînent, la pluie se mue en projectiles liquides et les boules d’énergie fusent en tous sens. Mais le film ne donne pas systématiquement dans la frénésie, détournant ses effets spéciaux numériques pour composer des séquences joliment surréalistes (Kim qui fige chaque gouttelette d’eau sous sa douche) ou franchement parodiques (le prologue, qui pastiche ouvertement l’une des scènes clés du premier X-Men). Sans transcender le film d’action ni bouleverser la thématique de l’adolescent aux pouvoirs surnaturels (nous sommes à des années-lumière de Carrie ou Furie), Tae Gyun-Kim s’en tire avec les honneurs, composant une œuvre énergétique adoptée par tous les fans de MTV dès son débarquement sur le sol américain.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

LE COULOIR DE LA MORT (1978)

Un couple de médecins décide de réhabiliter un manoir abandonné, mais le lieu est hanté…

THE EVIL

 

1978 – USA

 

Réalisé par Gus Trikonis

 

Avec Richard Crenna, Joanna Pettet, Andrew Prine, Cassie Yates, Georhe O’Hanlon Jr., Lynne Moody, Mary Louise Weller, Victor Buono,

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I FANTÔMES

Gus Trikonis a commencé sa carrière comme acteur et danseur. Il fait notamment partie de la bande des Sharks de West Side Story et des danseurs qui accompagnaient Elvis Presley sur un de ses shows télévisés en 1968. Lorsqu’il attaque la mise en scène à partir de la fin des années soixante, c’est principalement pour tourner des séries B et des films d’exploitation, en particulier sous l’égide de Roger Corman. L’un de ses travaux les plus fameux en ce domaine est The Evil, dont le titre un peu passe-partout (« Le Mal ») sera traduit en France par Le Couloir de la mort et accompagné d’une jaquette impressionnante lui assurant un certain succès en vidéoclub. Le scénario, co-signé par Trikonis et Donald G. Thompson d’après une histoire de David Sheldon, prend les allures d’un classique récit de maison hantée – on pense notamment à La Maison du diable et à La Maison des damnés – mais finit par prendre une tournure plus inattendue. Le décor principal du film est le Montezuma Castle, un hôtel abandonné de 8400 mètres carrés érigé au nord-ouest de Las Vegas où s’installe l’équipe de tournage pendant trente jours consécutifs.

Le personnage central du Couloir de la mort est le psychiatre C.J. Arnold qu’interprète Richard Crenna, déjà vétéran du petit et du grand écran et futur colonel Trautman de Rambo. Avec son épouse Caroline (Joanna Pettet, l’une des « Bond Girls » de Casino Royale), il achète un manoir abandonné ayant appartenu à un général de la guerre civile nommé Emilio Vargas. Le couple prévoit d’y installer un centre de désintoxication er réunit un groupe d’amis et de volontaires dans le but de nettoyer puis de rénover cette très grande maison. Mais bientôt, d’étranges phénomènes se produisent et commencent à perturber la petite équipe. C’est d’abord cette silhouette fantomatique diaphane que Caroline semble être seule à apercevoir, puis ces chuchotements lugubres, ce buste sinistre qui donne l’impression de bouger tout seul… Lorsque C.J. découvre une trappe dans le sous-sol et a la mauvaise l’idée de l’ouvrir, la maison tremble soudain sur ses fondations, toutes les issues se ferment et le cauchemar commence.

La maison du diable

Dès l’entrée en matière du film, qui montre la mésaventure du concierge du manoir attiré dans le souterrain par des rires d’enfants, Gus Trikonis utilise avec habileté tout l’arsenal à sa disposition : plongées, contre-plongées, caméra au ras du sol, coups de zoom sur les visages, reports de point abrupts, musique stressante. Visiblement très à l’aise avec les mécanismes de l’épouvante, le réalisateur couple un certain classicisme – cette immense demeure tapissée de toiles d’araignées n’aurait pas dépareillé dans une adaptation d’Edgar Poe signée Roger Corman – avec une approche plus moderne du genre, dans la mouvance des codes du slasher que La Nuit des masques allait propulser sur le devant de la scène quelques mois plus tard. Ainsi Le Couloir de la mort prend-il les allures d’une sorte de train fantôme (cadavres cachés dans des boîtes, passages secrets, ricanements diaboliques) rythmé régulièrement par des morts violentes et originales. Quelques scènes fortes ponctuent le métrage, comme l’agression physique de Felicia (Lynne Moody) par une entité invisible qui semble annoncer L’Emprise de Sidney J. Furie, et le film se pare d’effets mécaniques et pyrotechniques très efficaces pour visualiser les phénomènes paranormaux qui frappent les lieux. Le charisme de Richard Crenna n’est pas l’un des moindres atout de ce « shocker » réussi qui s’achemine vers un climax pour le moins original.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

GAMERA CONTRE JIGER (1970)

Un dinosaure volant aux pouvoirs paranormaux, gardien d’une antique civilisation, affronte la tortue Gamera en pleine Exposition Universelle

GAMERA TAÏ JAIGAR

 

1970 – JAPON

 

Réalisé par Noriaki Yuasa

 

Avec Tsumotu Takakuwa, Kelly Varis, Katherine Murphy, Kon Ohmura

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES I DINOSAURES I SAGA GAMERA

Articulé autour d’une intrigue originale et ancré dans son actualité internationale, ce sixième épisode consacré à la tortue géante Gamera relève le niveau de la saga en nous offrant une collection de séquences fort mémorables. Pourtant, le générique de début n’est pas particulièrement engageant. Aux accents d’une chanson naïve s’y enchaînent en effet des extraits issus des films précédents de la série, autrement dit les combats de Gamera contre Barugon, Gyaos, Viras et Guiron. Nous sommes en 1970 et l’Exposition Universelle se prépare fébrilement à Osaka, sur le thème « Progrès et harmonie de l’humanité ». Des inventions venues du monde entier y seront exhibées. À cette occasion, une expédition archéologique décide de ramener une grande statue de l’île de Pâques, baptisée « La Flûte du Démon ». Mais les autochtones craignent une malédiction, et ils ont raison. Car aussitôt, le monstrueux Jiger, ancien gardien de la civilisation Mu, se réveille et sème panique et destruction.

Si un nouveau duo d’enfants américano-japonais tient la vedette dans Gamera contre Jiger, c’est de manière moins hystérique et plus constructive qu’auparavant. D’où la réplique d’un des scientifiques du film : « Grâce aux idées naïves des enfants, les adultes comprennent parfois plus vite ; pour nous, avoir leur liberté d’esprit est impossible. ». Les effets spéciaux eux-mêmes ont repris leur qualité initiale, notamment par l’entremise de belles maquettes (hélicoptères, navires, avions, tanks) et d’un nouveau monstre plutôt réussi. Cette fois-ci, il s’agit de Jiger, un molosse cornu aux vagues allures de tricératops qui s’avère doté de pouvoirs redoutables : il déplace les objets à distance, vole grâce à un jet propulseur issu de sa collerette crânienne, expulse des javelots par l’entremise de ses cornes, lance des jets destructeurs par son nez (qui transforment illico les humains en squelettes), possède des ventouses sur les pattes, un dard redoutable au bout de sa queue, et peut même voguer sur la mer comme un aéroglisseur.

Voyage au centre de la tortue

Gamera a donc maille à partir avec un tel adversaire, et leur premier affrontement, au sein d’un magnifique décor volcanique, bénéficie d’une indéniable photogénie. Certes, la dynamique de combat des hommes costumés reste un peu pataude et engourdie, d’autant que les rétroprojections maladroites peinent à convaincre, mais chaque échauffourée compte bon nombre de surprises et de rebondissements. De plus, le manichéisme généralement de mise s’avère ici plus flou, car malgré ses élans destructeurs, Jiger poursuit un but qui se défend : ramener le vestige archéologique sur son site initial et s’opposer à une civilisation qui considère que le reste du monde est à sa libre disposition. Le final de Gamera contre Jiger est un véritable morceau d’anthologie. Paralysée par le dard de son opposant, la tortue géante s’y écroule sous les eaux. Pour le sauver, les jeunes héros empruntent un bathyscaphe expérimental et entrent à l’intérieur de son corps, dans l’espoir de l’ausculter et le guérir de l’intérieur. Le Voyage fantastique venait de sortir sur les écrans, et cette variante excentrique sur le chef d’œuvre de Richard Fleischer demeure un des moments forts de la saga.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

LA NUÉE (2020)

Une agricultrice qui s’occupe seule de ses enfants découvre un jour que les sauterelles qu’elle élève aiment se nourrir de sang…

LA NUÉE

 

2020 – FRANCE

 

Réalisé par Just Philippot

 

Avec Suliane Brahim, Sofian Khammes, Marie Narbonne, Raphael Romand, Victor Bonnel, Vincent Deniard, Christian Bouillette

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

La Nuée est un film aux influences multiples dont la nature hybride s’explique par le mariage de deux sensibilités distinctes. Jérôme Genevray et Franck Victor, les scénaristes à l’origine du projet, sont imprégnés par le cinéma de genre anglo-saxon et citent ouvertement le Phase IV de Saul Bass comme référence principale. Le réalisateur Just Philippot, pour sa part, ne se réclame pas de cette culture, plus attiré de prime abord par le cinéma social français et le documentaire. Le scénario de La Nuée l’attire pourtant. Il y voit l’occasion d’aborder le monde paysan sous un angle original et de traiter le type d’expérimentations douteuses qui ont donné naissance à des maladies telles que la vache folle. C’est donc aux confluents de deux univers très différents que se construit le film. Just Philippot, qui réalise ici son premier long-métrage, le décrit comme « un thriller agricole qui finit comme un film catastrophe » et assume tout de même quelques influences fantastiques, notamment Alien et District 9 (pour les monstres insectoïdes), Les Oiseaux et Jurassic Park (pour les attaques animales) ou encore Shining (pour la lente dérive psychique de son personnage principal). Les fantasticophiles que nous sommes pensent aussi à l’excellent Isolation de Billy O’Brien, dont l’argument et le cadre évoquent beaucoup La Nuée.

Tourné pendant 35 jours en Auvergne et dans le Lot-et-Garonne, La Nuée prend place dans un cadre rural réaliste et un tantinet austère. Jeune veuve avec deux enfants à charge, Virginie (Suliane Brahim) cherche à sauver son exploitation agricole en perte de vitesse. Elle se lance donc dans l’élevage de sauterelles comestibles, un business en plein essor qu’elle a malheureusement beaucoup de mal à faire décoller. Son voisin vigneron Karim (Sofian Khammes) lui prête régulièrement de l’argent, par amitié et en souvenir de son défunt époux, mais ce n’est pas une solution pérenne. Un jour, par accident, Virginie se blesse au bras et découvre que les sauterelles, en se nourrissant de son sang, gagnent en vivacité, en force et en capacité de reproduction. Jusqu’alors moribonde, son entreprise pourrait enfin devenir rentable. Mais plus les insectes boivent du sang, plus ils en réclament. Et les conséquences vont s’avérer désastreuses…

Le sang des bêtes

Avec La Nuée, Just Philippot prend au pied de la lettre l’expression « se saigner pour son travail » et décline l’un des thèmes les plus universels du Fantastique, celui de l’apprenti-sorcier, du « Prométhée moderne », bref du docteur Frankenstein. Et comme souvent en pareil contexte, le qualificatif de « monstre » peut autant être attribué à la « créature » qu’à son « créateur ». De fait, les sauterelles sont filmées comme un fléau menaçant, dans la droite lignée de la huitième plaie d’Égypte décrite dans l’Ancien testament (« Elles couvrirent la surface de toute la terre, et la terre fut dans l’obscurité »). Le réalisateur alterne ainsi les gros plans d’insectes véritables, dont l’anatomie étrange n’est pas sans évoquer des entités extra-terrestres hostiles, et les plans très larges d’essaims gigantesques (conçus en image de synthèse par la compagnie Digital District). Mais Virginie elle-même adopte un comportement de plus en plus inquiétant. Tandis que le fruit de ses expériences entre en mutation, elle bascule progressivement dans une obsession autodestructrice qui confine à la folie. C’est la rupture entre le cadre ultra-naturaliste du film et l’intégration d’un élément directement hérité du cinéma d’horreur et de science-fiction qui dote La Nuée de son originalité. Mais c’est aussi un handicap, dans la mesure où Just Philippot semble sans cesse hésiter entre deux approches : le drame intimiste (constellé de saynètes familiales jouées avec beaucoup de justesse) et le film de genre pur (ponctué de quelques visions horrifiques efficaces). Le mélange ne prend pas toujours très bien et le scénario prend une tournure un peu erratique à laquelle le spectateur a d’autant plus de mal à s’attacher que son personnage central n’attire pas beaucoup de sympathie. La Nuée est tout de même le type d’initiative audacieuse et atypique qui mérite d’être défendue. Le film fit d’ailleurs son petit effet aux festivals de Sitges et de Géardmer, où il remporta plusieurs prix.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

LE CONTINENT OUBLIÉ (1977)

Dans cette suite trépidante du Sixième continent, une expédition de secours se rend sur un monde perdu peuplé de dinosaures et de tribus primitives…

THE PEOPLE THAT TIME FORGOT

 

1977 – GB

 

Réalisé par Kevin Connor

 

Avec Patrick Wayne, Thorley Walters, Doug Mc Clure, Dave Prowse, Sarah Douglas, Dana Gillespie, Milton Rird

 

THEMA DINOSAURES I EXOTISME FANTASTIQUE

Après Le Sixième continent et Centre terre : septième continent, Kevin Connor et ses producteurs se lancent dans Le Continent oublié, une troisième aventure inspirée des écrits d’Edgar Rice Burroughs qui prend directement la suite des événements racontés dans Le Sixième continent. Adapté du second volume du cycle « Caspak », « Le peuple que le temps avait oublié », le film est tourné à Santa Cruz de la Palma (pour les extérieurs) et aux studios Pinewood (pour les intérieurs). La jolie maquette d’un navire évoluant devant de beaux glaciers en matte painting ouvre le film. Nous apprenons qu’une expédition financée par un grand journal s’est montée pour retrouver la trace de Bowen Tyler (le héros du premier film), après qu’une bouteille contenant le récit de ses aventures ait été découverte au large de l’Ecosse. Une fois qu’ils ont gagné l’Antarctique en bateau, le commandant Ben McBride (Patrick Wayne), la journaliste Charly Cunningham (Sarah Douglas), le biologiste Edwin Norfolk (Thorley Walters) et le mécano Hogan (Shane Rimmer) s’envolent en hydravion au-delà d’une impressionnante barrière rocheuse, aux accents d’une partition épique de John Scott. En plein ciel, ils sont attaqués par un ptérodactyle vindicatif qui finit par se blesser mortellement dans l’hélice de l’avion et provoque leur atterrissage en catastrophe. Malgré la maquette peu convaincante du biplan et la marionnette figée du reptile volant, la séquence (qui semble héritée du projet avorté de la Hammer « Zeppelins vs. Pterodactyls ») fonctionne bien grâce à l’habileté de son montage.

 

Au beau milieu de la végétation tropicale, la petite troupe fait d’autres rencontres inattendues, notamment un stégosaure pataud à tête de tortue à la queue duquel ils attachent une corde pour désembourber leur avion, deux cératosaures agressifs dont ils se débarrassent à coups de grenades, et Ajor (Dana Gillespie), une sauvageonne au décolleté affriolant dont le maquillage et le brushing sont franchement anachroniques. « Une authentique femme des cavernes, c’est exactement ce qu’il vous faut ! » s’exclame la facétieuse Charly à l’adresse du très macho commandant McBride. Alors que nos héros sont capturés par une tribu de chasseurs au faciès néanderthalien, les Band-Lu, et livrés en pâture à un étrange carnassier quadrupède à la démarche pataude et à la tête démesurée, Ajor les libère et tous se retrouvent sur la terre des Nagas.

 

Sacrifices et monstres géants

Ce peuple conquérant, qui a massacré la tribu d’Ajor, a des allures de samouraïs masqués (leurs visages sont hideux et malformés) qui vivent dans la montagne des crânes (un matte painting qui pèche par manque de réalisme) et adorent le dieu volcan, sous la dictature du colosse chauve Sabbala (l’impressionnant Milton Reid). Ils s’apprêtent à lui sacrifier Ajor et Charly, mais les hommes emprisonnés retrouvent Tyler et parviennent à s’évader (on note que c’est David Prowse, futur Dark Vador, qui incarne le bourreau !). La bataille finale s’émaille d’autres créatures étranges, notamment des serpents géants dont les têtes jaillissent dans une grotte étroite que les protagonistes sont obligés d’emprunter, ou encore un dinosaure cuirassé aux allures de crapaud géant carnivore. Un inévitable cataclysme clôt l’aventure, l’île étant secouée de multiples explosions volcaniques avant que les survivants essoufflés ne s’échappent de ce monde perdu finalement très distrayant. Souvent considéré comme supérieur au Sixième continent, ce troisième volet d’une trilogie inégale sera le dernier du genre produit par Amicus. Kevin Connor poursuivra dans une voie similaire avec Les Sept cités d’Atlantis et Le Trésor de la montagne sacrée pour EMI Films, avant de signer la comédie d’horreur Nuits de cauchemar et de se spécialiser ensuite dans les réalisations pour le petit écran.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

LE PHARE DE L’ANGOISSE (2000)

Un tueur psychopathe s’installe dans un phare, prêt à massacrer tous les naufragés qui passent à sa portée

LIGHTHOUSE

 

2000 – GB

 

Réalisé par Simon Hunter

 

Avec James Purefoy, Rachel Shelley, Christopher Adamson, Paul Brooke, Don Warrington, Christopher Dunne, Bob Goody

 

THEMA TUEURS

Premier long-métrage écrit et réalisé par le Britannique Simon Hunter, Le Phare de l’angoisse met en scène un redoutable tueur en série du nom de Leo Rook (Chris Adamson). Véritable force de la nature, et psychopathe comme il se doit, il parvient à s’évader du bateau qui assurait son transit et celui d’autres prisonniers, et trouve refuge dans un phare. Après avoir assassiné les gardiens, il prend possession des lieux et éteint le feu de signalisation. Fatalement, le bateau-prison, privé de repères lumineux, s’échoue sur les récifs, et une poignée de rescapés se réfugie à son tour dans le phare. Le petit groupe, constitué de détenus, de policiers et d’une femme médecin, va donc se transformer en gibier pour notre tueur adepte de la machette, féru de décapitations et collectionneur de têtes coupées ! Même si le décor nocturne du phare perdu au milieu des mers déchaînées propose une alternative intéressante aux sempiternelles maisons de banlieue ou camps de vacance où sévissent invariablement nos psycho-killers habituels, force est de constater que ce Phare de l’angoisse brille par son absence de nouveauté et de surprise. L’intrigue est fort convenue, le schéma narratif usé jusqu’à la corde, et les situations très familières. Leo Rook se contente donc de suivre la voie tracée par Michael Myers et Jason Voorhes.

Visiblement conscient de la minceur de son récit, Hunter s’efforce de transcender ces clichés en série par une mise en scène virtuose, excessivement stylisée et truffée de morceaux de bravoure. C’est donc là que réside tout l’intérêt du film : dans sa photographie somptueuse signée Tony Imi, ses décors sinistrement photogéniques, son montage nerveux, ses cadrages parfois vertigineux, ses effets spéciaux visuels magistraux et sa bande son richement ciselée (qu’agrémente une partition brillante de la très prometteuse Debbie Wiseman). Mais tout ce talent mériterait amplement de se mettre au service d’un scénario digne de ce nom. Car même si elles sont menées de main de maître, certaines séquences conçues comme des morceaux d’anthologie, notamment les longs moments de suspense dans les toilettes ou dans la barque sur la plage, manquent leur objectif premier : faire peur.

L’esthétique du psycho-killer

Tout y est : le visage du tueur dans l’ombre, la machette qui brille dans la nuit, les halètements saccadés des futures victimes, les cadrages obliques, le sang qui coule goutte à goutte, le silence salvateur sans cesse sur le point d’être brisé… Mais l’alchimie de l’épouvante ne prend pas. Comme si le trop-plein d’esthétisation finissait par muer les scènes d’angoisse en pures abstractions décalées et distantes. Apparemment influencé par John Carpenter, dont il reprend plusieurs motifs puisés notamment dans Halloween et Fog, Simon Hunter se laisse carrément inspirer par Alfred Hitchcock et Sueurs froides à la fin de son film, l’achevant par un climax prévisible, haut perché et hystérique qui n’hésite pas à en faire des tonnes. Sur le territoire américain, le Phare de l’angoisse fut distribué sous le titre passe-partout de Dead of Night (c’était déjà celui d’une demi-douzaine de films d’horreur, dont Au cœur de la nuit et Le Mort-vivant).

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

GAMERA CONTRE VIRAS (1968)

La tortue géante préférée du public japonais affronte dans ce quatrième épisode une gigantesque pieuvre extraterrestre…

GAMERA TAÏ UCHU KAIJU BAIRASU

 

1968 – JAPON

 

Réalisé par Noriaki Yuasa

 

Avec Kojiro Hongo, Toru Takatsuka, Carl Craig, Peter Williams, Carl Clay, Michiko Yaegaki, Mari Atsumi, Junko Yashiro

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES I MONSTRES MARINS I EXTRA-TERRESTRES I SAGA GAMERA

L’infantilisation de la saga Gamera, sérieusement amorcée avec le troisième épisode, s’affirme pleinement au sein de ce nouvel opus, du triple point de vue du scénario, du choix des protagonistes et de l’humour balourd dont il se gorge goulûment. L’histoire se résume à peu de choses : à bord d’un vaisseau spatial étrange en forme de sphères bicolores assemblées entre elles, des extra-terrestres décident d’envahir la Terre mais découvrent qu’elle est protégée par la tortue géante Gamera. Pour lui enlever toute envie de s’opposer à eux et prendre son contrôle, ils kidnappent deux jeunes boy scouts insupportables et s’en servent d’otages. Le studio Daei, soucieux de faire des économies, ne s’encombre pas de scrupules en réutilisant presque vingt minutes d’extraits empruntés aux trois films précédents pour remplir un métrage bien anémique. Pour justifier ces interminables flash-back, le film prend le prétexte de l’exploration du passé de Gamera par les aliens dans le but de mieux cerner ses éventuelles faiblesses. D’autres fois, il s’agit carrément de réutilisation pure et simple de séquences déjà vues auparavant, comme s’il s’agissait de stock shots. Gamera détruisait-il un barrage au début de Les Monstres attaquent ? Il fait la même chose ici.

Nous avons également droit à des extraits en noir et blanc du premier Gamera qui s’intègrent artificiellement dans le métrage, sans le moindre souci de raccord ou de cohérence. Bien vite, même les spectateurs les plus jeunes, auxquels cet opus est manifestement adressé, constatent l’intérêt très limité d’une telle entreprise. Pourtant, les producteurs s’efforcent de viser le public international, utilisant comme acteurs principaux un enfant japonais et un enfant américain, et ponctuant les dialogues de mots anglais (le film sortit d’ailleurs sur le territoire américain sous le titre de Destroy All Planets, pour surfer sur le succès du Godzilla de l’époque, Les Envahisseurs Attaquent, que les spectateurs américains découvrirent sous l’appellation Destroy All Monsters).

Gamera fait du surf !

Toutes ces opérations marketing ne cachent pas hélas le problème majeur de Gamera contre Viras, celui d’un film puéril bricolé à la va-vite et tourné au rabais. Les fans de monstres caoutchouteux nippons trouveront tout de même leur compte dans une poignée de séquences mémorables au cours desquelles Gamera affronte le Viras du titre, une espèce de pieuvre géante équipée d’un petit bec et de grands yeux fixes, un must dans le genre ! Le céphalopode en question s’avère être le chef des aliens, les autres s’étant camouflés sous une apparence humaine. Lorsqu’ils se retrouvent décapités par leur maître (dans un film pour enfants c’est étrange, mais nous ne sommes plus à une bizarrerie près), les extra-terrestres humanoïdes reprennent leur forme originelle de pieuvres et se retrouvent absorbés par Viras qui atteint alors des proportions alarmantes. Sans doute les scénaristes avaient-ils eux-mêmes absorbé des substances étranges… Au cours du climax, cette œuvre impensable nous offre en guise de bonus un gag calamiteux : Gamera saute sur le dos de Viras et se met à surfer d’un air enjoué !

 

© Gilles Penso


Partagez cet article