LES AVENTURIERS DE LA QUATRIÈME DIMENSION (1985)

Un lycéen découvre un étrange engin dans un entrepôt militaire et provoque sans le vouloir de gigantesques bouleversements spatio-temporels

MY SCIENCE PROJECT

 

1985 – USA

 

Réalisé par Jonathan Betuel

 

Avec John Stockwell, Danielle von Zerneck, Fisher Stevens, Raphael Sbarge, Richard Masur, Dennis Hopper

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS I DINOSAURES

Les Aventuriers de la quatrième dimension commence en 1957. Sur la base de Dawson, dans le Nebraska, un général présente un mystérieux engin extra-terrestre au président Eisenhower, qui ordonne aussitôt qu’on s’en débarrasse. Deux décennies plus tard, nous faisons la connaissance de Mike Harlan (John Stockwell), dont les deux problèmes majeurs sont ceux des lycéens de son âge : sa petite amie vient de le lâcher et son professeur de sciences Bob Roberts (Dennis Hopper) lui a donné quinze jours pour mettre au point son projet de fin d’études. Avec Ellie Sawyer (Danielle von Zerneck), la bonne élève de la classe, Mike s’introduit clandestinement dans un entrepôt de l’US Air Force où il découvre un engin étrange qui pourrait l’aider pour son projet (le spectateur attentif aura fait le lien avec le prologue situé dans les années 50). Avec l’aide de son ami Vince (Fisher Stevens), Mike parvient à déclencher l’engin sans trop comprendre son fonctionnement. Les premiers phénomènes étranges se produisent alors : l’apparition d’un vase antique, un saut dans le temps de deux heures, le dérèglement de tous les appareils électriques à proximité…

Face aux bizarreries lumineuses qui surgissent de l’appareil, le vérénable Bob s’enflamme : « Je vais vous dire ce que c’est. C’est une déformation de l’espace-temps qui ouvre les portes des autres dimensions et permet de voyager dans le temps et dans l’espace. » Soudain illuminé, le professeur branche l’appareil sur le secteur et d’un coup tout s’emballe. Il est aussitôt aspiré dans la machine, qui va projeter toute la ville dans une nouvelle dimension, bouleverser le cours du temps, malaxer les époques et les imbriquer les unes dans les autres. Un dinosaure, Cléopâtre, des guerriers antiques, des Viet-Congs et des hommes préhistoriques envahissent bientôt le lycée. Le problème principal du film est le choix de ses acteurs lycéens, sans charisme, sans présence, sans rien d’intéressant à défendre. Héros deux ans plus tôt de Christine, John Stockwell se contente ici de grimacer en cherchant à composer un cancre sympathique, tandis que les « premiers de la classe » rivalisent de poncifs derrière leurs énormes lunettes. L’ombre de Breakfast Club, sorti sur les écrans américains quelques mois plus tôt, plane évidemment sur ces adolescents en bute à l’autorité, mais en l’absence point de vue et de personnages dignes de ce nom, l’esprit insufflé par John Hugues s’évapore. Les dialogues sont souvent stupides, les pires étant probablement ceux prononcés par l’insupportable de Vince.

Un tyrannosaure dans le gymnase

Ce sont finalement les phénomènes fantastiques qui restent les plus mémorables dans le film, visualisés par des effets en vogue dans les années 80, notamment ces fameux arcs électriques en rotoscopie. Les hommes de Néanderthal maquillés par Lance Anderson s’avèrent franchement impressionnants. Cela dit, la meilleure scène est probablement celle du tyrannosaure dans le gymnase, une figurine mécanique animée par Doug Beswick. « En fait, l’équipe du film souhaitait utiliser une marionnette miniature parce que la séquence du Rancor du Retour du Jedi les avait assez impressionnés, et ils faisaient confiance à cette technique », raconte Beswick. « Le tyrannosaure était en fait un modèle miniature de cinquante centimètres de haut manipulé avec des baguettes dans un décor miniature. Les acteurs ont été filmés séparément devant un fond bleu puis incrustés dans l’image. Nous avons également fabriqué une version inerte grandeur nature du tyrannosaure pour la fin de la séquence, lorsque les héros sont à proximité de son cadavre. » (1) Même si la stop-motion aurait sans doute donné un résultat plus dynamique, la séquence fait son petit effet. Elle incita même James Cameron à embaucher Doug Beswick l’année suivante pour animer la version miniature de la reine d’Aliens selon le même procédé. Mais malgré ces quelques morceaux de bravoure et une prestation délectable de Dennis Hopper (affublé de la même tenue que celle qu’il portait dans Easy Rider après son voyage dans les années 60), Les Aventuriers de la quatrième dimension n’est qu’une comédie pataude et anecdotique. Et dire qu’il fallut une quinzaine de versions avant d’aboutir au scénario définitif !

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

 

© Gilles Penso

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HURLER DE PEUR (1961)

Une jeune paralytique est en proie à des hallucinations terrifiantes où le cadavre de son père vient la hanter régulièrement…

TASTE OF FEAR

 

1961 – GB

 

Réalisé par Seth Holt

 

Avec Susan Strasberg, Ronald Lewis, Ann Todd, Christopher Lee, John Serret, Leonard Sachs, Anne Blake, Fred Johnson

 

THEMA FANTÔMES I MORT

Ancien monteur, Seth Holt (« l’un des plus grands réalisateurs britanniques » selon Christopher Lee) avait fait son baptême du feu en dirigeant le thriller Confession à un cadavre avec Bette David. Hurler de peur, son second long-métrage, se situe quelque part entre le cinéma d’Alfred Hitchcock et Les Diaboliques de Georges Clouzot. Susan Strasberg incarne Penny Appleby, une jeune femme clouée sur un fauteuil roulant après une chute de cheval. Venue à Nice pour retrouver son père, qu’elle n’a pas vu depuis de nombreuses années, et sa belle-mère (Ann Todd), qu’elle ne connaît pas, elle est accueillie par un chauffeur séduisant prénommé Bob (Ronald Lewis). L’accueil qu’on lui réserve est chaleureux, mais bientôt, Penny est frappée par d’horribles visions du cadavre de son père, figé à plusieurs endroits de la maison familiale au beau milieu de la nuit. S’agit-il d’hallucinations ? Tout semble si tangible, si réel…

Tournant le dos à l’imagerie gothique et aux couleurs saturées généralement associée à la Hammer, Seth Holt nous plonge dans des décors naturels et contemporains captés dans le sud de la France et filmés en noir et blanc. Ce sera d’ailleurs le fer de lance d’un cycle de films de terreur psychologique marchant volontiers sur les traces de Psychose, aux côtés d’œuvres telles que Maniac, Fanatic ou Paranoiac. Susan Strasberg, qui prête son joli minois au personnage principal de Hurler de peur, est la fille de Lee Strasberg, le fondateur de l’Actor’s Studio. Sa technique de jeu, moins théâtrale et plus naturaliste que celle de ses partenaires britanniques, crée du coup une rupture particulièrement intéressante qui concourt à la modernité du film. Dans la peau d’un docteur austère persuadé que la paralysie de la jeune fille est psychosomatique et qu’elle peut se guérir par la force de la volonté, Christopher Lee capitalise sur son potentiel inquiétant. Assez curieusement, il porte ici le même nom que celui du personnage qu’il incarnait dans L’Homme qui trompait la mort de Terence Fisher deux ans plus tôt (le docteur Pierre Gerrard). Cette homonymie serait apparemment une blague que lui destinèrent les auteurs maison de chez la Hammer.

Une sombre machination

L’ambigüité dont ce médecin est auréolé se double d’un accent français exotique que l’acteur notoirement polyglotte se plaît à imiter. S’agirait-il de l’amant de la belle-mère ? Ont-ils comploté pour rendre Penny folle ? Ont-ils assassiné son père ? La vérité est encore plus surprenante que toutes les suppositions échafaudées par les spectateurs, par la grâce d’un scénario riche en rebondissements signé par le très prolifique Jimmy Sangster, également producteur du film. Une mise en scène ciselée, des comédiens remarquables, une magnifique photographie généreuse en contrastes signée Douglas Slocombe (futur directeur de la photographie des trois premiers opus de la saga Indiana Jones), tout concourt à faire d’Hurler de peur un classique du film d’épouvante. Et l’on regrette que Seth Holth n’ait pas dirigé plus de longs-métrages de cette trempe, si l’on excepte la mémorable Momie sanglante qui magnifiera la belle Valérie Leon dix ans plus tard et qui sera son chant du cygne.

 

© Gilles Penso

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LE GRAND SAUT (1994)

Les frères Coen plongent Tim Robbins dans des années 50 imaginaires, au sein d’une fable comico-onirique désopilante

THE HUDSUCKER PROXY

 

1994 – USA

 

Réalisé par Joel Coen

 

Avec Tim Robbins, Jennifer Jason Leigh, Paul Newman, Charles Durning, John Mahoney, Jim True, William Cobbs, Bruce Campbell, Harry Burgin

 

THEMA CONTES

Le mélange d’humour et de tragédie, la violence, les envolées lyriques, l’esthétisme qui nimbaient les quatre films précédents des frères Coen sont plus présents que jamais dans Le Grand saut. La star du film est Tim Robbins, qui s’avère délectable dans le rôle de Norville Barnes, un provincial maladroit, un peu simplet et sans expérience professionnelle, promu soudain président d’une gigantesque compagnie new-yorkaise, les industries Hudsucker, à la suite du saut dans le vide du fondateur Waring Hudsucker et d’un complot financier monté par le très cynique Sidney Mussburger, auquel un Paul Newman vieilli mais toujours pétillant prête ses traits charismatiques. Les choses se compliquent lorsque la journaliste Amy Archer se fait engager dans le but inavoué d’espionner la direction de l’entreprise et de faire passer son président pour un idiot invétéré aux yeux du grand public. C’est Jennifer Jason Leigh (victime de Rutger Hauer dans Hitcher) qui interprète cette femme reporter sophistiquée et artificielle, toute fière de son prix Pulitzer, et qui tombe bientôt sous le charme du naïf Norville. La comédienne adopte pour camper son personnage une gestuelle et un débit de parole frénétiques. Son talent comique, peu sollicité jusqu’alors, éclate en particulier dans une scène désopilante où elle feint de connaître l’hymne ringard des habitants de Muncie, la petite province natale de Norville, que ce dernier chante avec un entrain plein d’emphase.

Une atmosphère fantastique baigne d’emblée Le Grand saut, à travers ce New York reconstitué avec de splendides maquettes qui évoquent le Manhattan de King Kong, cette salle des engrenages géants digne de Metropolis, ces yuppies qui se jettent par la fenêtre comme dans un fameux sketch des Monty Pythons, cette administration grise et étouffante bardées de tuyaux comme dans Brazil et ces personnages tous plus outranciers que nature (il faut voir cette réunion apathique des administrateurs à peine troublée par le saut de leur président du haut du 44ème étage – 45ème si l’on compte l’entresol !). Mais le Fantastique avec un grand F s’invite pleinement au moment le plus fou du Grand saut, en une surprise assez monumentale qui n’est finalement pas complètement illogique, dans la mesure où l’histoire toute entière ressemble à une fable. La musique très enjouée du talentueux Carter Burwell, compositeur attitré des frères Coen, participe à la création de ce climat féerique. Les trouvailles de mise en scène des duettistes nous coupent souvent le souffle. Il n’est probablement pas exagéré de dire que les Coen inventent au fil de leurs film un nouveau style narratif, et parfois même de nouvelles règles de grammaire cinématographique. Grands cinéphiles revendiquant ouvertement leurs sources d’inspiration, Joel et Ethan évoquent parfois, à travers leurs trouvailles visuelles ou sonores, les inventions d’Orson Welles et d’Alfred Hitchcock, excusez du peu ! 

Sous l’influence de Welles et Hitchcock

Le Grand saut poursuit ces expérimentations, en particulier au cours des ellipses d’une scène à l’autre, où les raccords créent une dynamique extraordinaire. Un exemple parmi bien d’autres : ce cri qui se mue en crissement d’une rame de métro, hérité tout droit d’une scène de Jeune et innocent. Hitchcock a d’ailleurs d’autres droits de cité, en particulier dans une scène hilarante qui parodie le climax éprouvant de Cinquième colonne, où un homme suspendu au-dessus du vide voyait la couture de sa veste se défaire lentement. Certes, le rythme se relâche un peu au cœur du film, au cours d’un petit passage à vide succédant à l’arrivée « sur le trône’ de Norville Barnes, laissant le spectateur perplexe quant aux possibilités de péripéties futures. Mais ce n’est que pour repartir de plus belle, et pour plonger vers ce dénouement fou permettant au Grand saut de justifier son titre français en même temps que sa présence en ces pages. Notons une petite apparition de Sam Raimi en ombre chinoise dans le rôle d’un créatuf publicitaire désespérément en quête d’un nom pour le rond en plastique que la population ne tardera pas à faire tourner autour de ses hanches. Raimi assure ici la copaternité du scénario et la réalisation de la seconde équipe. Corollaire, son ami d’enfance Bruce Campbell assure le – trop -petit rôle d’un journaliste macho et gouailleur.

 

© Gilles Penso

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ALIEN, LA CRÉATURE DES ABYSSES (1989)

Le réalisateur de Chair pour Frankenstein met en scène un monstre improbable mi-alien mi-écrevisse géante !

ALIEN DEGLI ABISSI / ALIEN FROM THE DEEP

 

1989 – ITALIE

 

Réalisé par Antonio Margheriti

 

Avec Daniel Bosch, Julia McKay, Robert Marius, Luciano Pigozzi, Charles Napier, Roberto Dell’acqua

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I MONSTRES MARINS

Qu’il signe ses œuvres sous son pseudonyme américanisé Anthony Dawson ou sous son vrai nom, Antonio Margheriti n’est pas le plus mauvais des faiseurs d’épouvante italiens. L’homme a marqué de sa patte quelques œuvres honorables comme La Vierge de Nuremberg, Chair pour Frankenstein ou Du sang pour Dracula. Mais avec cet Alien, la créature des abysses, dont le titre s’affiche ouvertement comme une double référence à Ridley Scott et James Cameron, le niveau est tombé bien bas. Le scénario semble prendre un parti écologiste du meilleur aloi, mais cette approche s’avère rapidement n’être qu’un prétexte pour construire une intrigue confuse hésitant entre l’aventure exotique, l’action, l’horreur et la science-fiction. L’héroïne est une journaliste de terrain prénommée Jane (Marina Giulia Cavalli camouflée sous le pseudonyme Julia McKay), qui embarque son caméraman Lee (Robert Marius) sur une île volcanique afin de filmer les exactions de l’armée qui saccage l’environnement en jetant tous ses déchets nucléaires directement dans le cratère.

La première demi-heure du film accumule donc sans surprise les poursuites dans la jungle, les rencontres avec des serpents et les fusillades en tout genre, jusqu’à ce que Lee soit capturé par les militaires. A leur tête se trouve le colonel Kovacs, à qui Charles Napier prête son inénarrable trogne. Celui-ci n’est pas là pour rigoler, et lorsqu’un de ses hommes perd son sang-froid, il l’abat tranquillement, déclarant qu’il faut enrayer la peur avant qu’elle ne contamine les autres… Notre reporter en jupons fait ensuite la connaissance de Bob (Daniel Bosch), un chasseur de serpents qui vient lui prêter main-forte. Et puis d’un seul coup, le scénariste Tito Carpi semble se rappeler que le film qu’il a écrit porte le titre d’Alien, la créature des abysses. Pour ne pas décevoir les spectateurs, il exhibe donc un monstre qui surgit des eaux et attaque les militaires, avant de s’en prendre à nos héros au beau milieu de la grotte qui lui sert de repaire.

L’attaque de la pince géante

De la créature, on ne voit qu’une gigantesque pince d’écrevisse, et bien que tous les personnages s’accordent à dire qu’il s’agit d’une entité extra-terrestre, on se demande bien ce qu’elle fait là et surtout quel rapport elle entretient avec le reste du scénario. Non contente d’attaquer tout le monde avec sa vilaine pince, la bête évacue un liquide plus corrosif que l’acide et contamine tous ceux qu’elle touche, d’où quelques effets gore bien gratinés. Lorsqu’enfin elle apparaît dans son intégralité, elle ressemble à un humanoïde de trois mètres de haut, mi-animal mi-mécanique, mais l’obscurité nous dissimule sa morphologie précise, ce qui n’est pas plus mal malgré des effets mécaniques et pyrotechniques plutôt réussis. Au cours du climax, Jane et Bob se souviennent d’Aliens et attaquent donc la bestiole avec des bulldozers, jusqu’à la faire basculer dans le volcan, grâce à de jolis effets spéciaux miniatures qu’on croirait issus d’un Godzilla, Margheriti ayant toujours été un grand spécialiste des maquettes. Au final, tout ça n’est que moyennement distrayant, d’autant que les acteurs sont assez catastrophiques et les dialogues d’une rare insipidité.

 

© Gilles Penso

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HIGHLANDER ENDGAME (2000)

Christophe Lambert et Adrian Paul s’affrontent dans ce crossover conçu pour donner un second souffle à une franchise en bout de course

HIGHLANDER ENDGAME

 

2000 – USA

 

Réalisé par Doug Aarniokoski

 

Avec Christophe Lambert, Adrian Paul, Bruce Payne, Lisa Barbuscia, Mihnea Trusca, Donnie Yen, Ian Paul Cassidy

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX I SAGA HIGHLANDER

Étant donné le monumental échec artistique et public des deux séquelles d’Highlander, personne n’attendait quoi que ce soit d’un quatrième épisode cinématographique. Pour redorer quelque peu le blason d’une franchise en plein naufrage, les producteurs eurent donc l’idée d’opérer un croisement entre les films et la série télévisée qui, pour sa part, connut un honnête succès international (cinq saisons et plusieurs spin-off). D’où cet Highlander Endgame dont Christophe Lambert et Adrian Paul se partagent la vedette. Dirigé par Doug Aarniokoski, effectuant là ses débuts de metteur en scène après avoir longtemps œuvré comme assistant réalisateur notamment pour Robert Rodriguez, ce quatrième opus reprend servilement les éléments scénaristiques du premier et du troisième film (le second étant définitivement considéré comme un OVNI inclassable). Du coup, l’effet de surprise est amenuisé et le sentiment de déjà-vu quasi-omniprésent, malgré les nouvelles données intégrées ici à la mythologie des immortels.

Après la mort de sa protégée Rachel Ellenstein, Connor MacLeod (Christophe Lambert, toujours fidèle au poste) décide de s’exiler dans le Sanctuaire, un endroit surveillé par des Veilleurs dans lequel se retirent tous les immortels qui rejettent la violence inhérente à leur condition. Mais son exil de dix ans va brutalement s’interrompre lorsqu’un bataillon d’immortels détruit le Sanctuaire et anéantit tous ses occupants. Échappant in extremis au massacre, Connor découvre que le meneur de cette expédition punitive est Jacob Kell (Bruce Payne). Alors qu’il n’était qu’un jeune moine en plein moyen âge, Kell accusa la mère de Connor de sorcellerie et la fit mettre sur le bûcher. Ivre de rage, Connor massacra le prêtre qui éleva Kell comme son propre fils et depuis, Kell fomente sa vengeance contre le clan McLeod. Avec 600 têtes coupées à son actif, il est en passe de devenir l’immortel le plus puissant de toute la planète. A tel point que ni Connor, ni son descendant Duncan (Adrian Paul) ne sont capables de le vaincre.

Il serait temps qu’il n’en reste qu’un !

Pour défaire cet adversaire redoutable, tous deux doivent unir leurs forces, mais un immortel ne peut en affronter qu’un seul à la fois. Une seule solution semble se profiler, terrible : Connor et Duncan doivent se livrer un combat à mort, le survivant absorbant l’énergie du perdant afin de dédoubler ses forces pour pouvoir lutter à armes égales contre Kell. D’où la reprise de la fameuse phrase clef énoncée dès le premier film de Russel Mulcahy : « Il ne peut en rester qu’un ». Le dilemme s’avère intéressant, mais il n’arrive que tardivement dans l’intrigue, laquelle traîne en longueurs au cours des trois premiers quarts du film. On y trouve les sempiternels flash-backs situés en plein 17ème siècle, ainsi que des combats s’efforçant de tirer parti des modes du moment, notamment les fusillades et les figures d’arts martiaux du cinéma de Hong-Kong. Bruce Payne s’en sort plutôt bien en méchant charismatique, mais son rôle demeure identique à celui de Clancy Brown, Michael Ironside et Mario Van Peebles dans les trois Highlander précédents, preuve que la saga s’essouffle depuis longtemps et que le premier opus se suffisait amplement à lui-même.

 

© Gilles Penso

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TRAUMA (1993)

Dario Argento dirige pour la première fois sa fille Asia dans le rôle d’une jeune fille prise en chasse par un tueur en série

TRAUMA

 

1993 – ITALIE / USA

 

Réalisé par Dario Argento

 

Avec Christopher Rydell, Asia Argento, Piper Laurie, Frederic Forrest, Laura Johnson, Brad Dourif

 

THEMA TUEURS I SAGA DARIO ARGENTO

En digne successeur de Mario Bava, Dario Argento s’est lancé dans l’aventure cinématographique avec le « giallo », ce genre si particulier à la croisée du policier, de l’horreur et du thriller. Après lui avoir offert quatre de ses plus beaux fleurons, Argento s’est mis à aborder des thèmes plus ouvertement fantastiques (Suspiria, Inferno, Phenomena). Mais chassez le naturel et il revient au galop… ou plutôt au giallo ! Comme il le fit avec Ténèbres en 1982, Argento replonge donc de plain-pied dans ses premières amours avec Trauma. Mais peut-on réellement créer le renouveau et la surprise à partir d’intrigues et de thèmes finalement plutôt limitées ? A la vision de Trauma, on a hélas tendance à penser que non. Car la grande faiblesse du film réside dans son scénario, pas suffisamment surprenant dans la mesure où que la clef de l’énigme s’inspire largement de Pas de printemps pour Marnie et Sœurs de sang. Il est d’ailleurs intéressant de remarquer combien De Palma et Argento semblent s’influencer l’un l’autre. Lorsque le jeune couple de Trauma s’embrasse sur une musique de Pino Donaggio tandis que la caméra tourne autour d’eux, on ne peut s’empêcher de penser aux effets de style du réalisateur de Pulsions. Mais en posant la question à Argento, on constate que le sujet est sensible. « On me compare parfois à De Palma, mais nous ne faisons pas la même chose », dit-il un brin agacé. « Il a quand même imité une des scènes de Ténèbres dans L’Esprit de Caïn pour révéler le tueur derrière le héros. Il a même affirmé qu’il avait amélioré mon idée ! » (1)

 

Les faiblesses du scénario de Trauma n’empêchent cependant pas l’intégration d’éléments pleins d’intérêt, en particulier l’anorexie dont est touchée l’héroïne, interprétée par une Asia Argento sensible, belle et fragile qui constitue la vraie révélation du film. « Je ne saurais pas me prononcer pour d’autres réalisateurs qui travaillent avec leurs enfants, mais en ce qui me concerne c’est très facile », nous dit Dario Argento. « Asia connaît très bien mon travail et mon univers, elle s’y plonge sans aucun problème et donne à chaque fois le meilleur d’elle-même » (2). Asia incarne une jeune fille d’origine roumaine qui s’enfuit après avoir assisté à la mort violente de ses parents au cours d’une séance de spiritisme. Elle trouve refuge chez un dessinateur qui travaille dans une station de télévision locale. Tous deux sont bientôt pris en chasse par un tueur en série… Aux côtés de la fille de Dario, la distribution compte des acteurs tout aussi convaincants, comme Christopher Rydell, Piper Laurie (une mère déjà très tourmentée dans Carrie de… Brian de Palma !) et Brad Dourif, dans une apparition courte mais mémorable.

Une guillotine portative

Toute une série de trouvailles visuelles émaillent le film, en particulier les meurtres eux-mêmes, commis avec une arme hors du commun : un fil de fer qui se referme par un mécanisme électrique autour du cou de ses victimes ! Tom Savini, maître du gore, qui avait déjà collaboré avec Argento sur Deux yeux maléfiques, nous offre donc des décapitations très spectaculaires, dont l’une avec un ascenseur, dans une scène qui va bien plus loin que ce que Dick Maas avait osé montrer dans The Lift. Au-delà de ces passages choc, il faut reconnaître les indéniables qualités de la mise en scène du cinéaste italien, avec quelques séquences très réussies comme celle où le petit garçon s’introduit chez l’assassin en sa présence, un moment de suspense particulièrement efficace. A cette maestria s’ajoute une tentative intéressante d’entrer dans la subjectivité du personnage principal, à travers des éléments sonores apparemment anodins comme la sonnerie étrange d’un téléphone ou la chute sourde d’un crayon sur le sol. En revanche, on pourra regretter l’abandon des éclairages graphiques, des prises de vues insolites (à l’exception d’un plan surprenant qui adopte le point de vue d’un papillon) et des décors baroques qui ont marqué le style du réalisateur. Ni cruelle déception, ni coup de génie, Trauma s’inscrit donc logiquement mais sans surprise dans la continuité filmographique de Dario Argento.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 1994

(2) Propos recueillis par votre serviteur en février 2011

 

© Gilles Penso

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EQUINOX (1970)

Un film de monstres au budget minuscule initié par l’un des futurs plus grands créateurs d’effets spéciaux du monde

EQUINOX

 

1970 – USA

 

Réalisé par Jack Woods (et Dennis Muren non crédité)

 

Avec Edward Connell, Barbara Hewitt, Frank Bonner, Robin Christopher, Jack Woods, James Philips

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Fou de cinéma et d’effets spéciaux depuis son enfance, Dennis Muren décide à la fin des années 60 de s’attaquer à un long-métrage fantastique. Mark McGee, David Allen et Jim Danforth acceptent de s’embarquer avec lui dans l’aventure. Le premier s’attèle au scénario, le second prend en charge la création des monstres, le troisième participe aux effets visuels et Muren lui-même occupe le poste de réalisateur. « Vers l’âge de douze ans, Le 7ème voyage de Sinbad m’a tellement impressionné que je l’ai vu huit fois la même semaine au cinéma ! », raconte Dennis Muren « C’est pour rendre hommage à ce film et aux autres travaux de Ray Harryhausen que j’ai réalisé Equinox. Il comporte donc trois grandes séquences avec des créatures animées image par image. C’était un long-métrage produit comme un film amateur, tourné entre amis avec un tout petit budget, mais qui a finalement été distribué dans le monde entier. » (1) L’intrigue, assez sommaire, lorgne vaguement du côté de H.P. Lovecraft. Deux couples de jeunes gens y partent à la recherche du docteur Waterman, un scientifique égaré. Au cours de leur voyage, ils découvrent un château étrange, des empreintes de pas gigantesques, une caverne mystérieuse, ainsi qu’un livre ancien et magique mentionnant une malédiction terrifiante. Ils finissent par se retrouver nez à nez avec une série de monstres et leur maître, ayant traversé une barrière dimensionnelle pour retrouver le livre magique.

Malgré son intrigue simpliste et le jeu très approximatif de ses acteurs, le film distille un certain charme, surtout grâce aux créatures qu’il met en scène, toutes inspirées par Ray Harryhausen. « Je dois bien avouer que c’était notre influence principale », avoue David Allen, qui signa le design de toutes ces créatures (2). La pieuvre géante, qui intervient furtivement dans un flash-back en détruisant une cabane, évoque Le Monstre vient de la mer et la maléfique divinité aquatique Cthulhu chère à Lovecraft. La gargouille volante est quant à elle un démarquage très réussi des harpies de Jason et les Argonautes. Les autres monstres du film sont un démon simiesque aux pattes de bouc surnommé Taurus, plus ou moins inspiré du cyclope du 7ème voyage de Sinbad, et un gigantesque troglodyte, cousin de celui de Sinbad et l’œil du tigre, mais ici interprété par un acteur costumé.

Evil Dead avant l’heure

Bien qu’ils soient traités très différemment et plus maladroitement, les thèmes d’Equinox (les jeunes couples dans la forêt, le vieux grimoire qui réveille les démons, les filles possédées l’une après l’autre, la gargouille maléfique, la forteresse moyenâgeuse, le témoignage enregistré sur un magnétophone à bande, les inspirations lovecraftiennes) annoncent ceux de la trilogie Evil Dead, qui commencera elle aussi en 16 mm avec un groupe de cinéastes amateurs. Le producteur Jack Harris (Danger planétaire, Dinosaurus) s’intéresse au film deux ans après la fin de son tournage et propose de le distribuer moyennant quelques modifications, ce que Muren accepte sans hésiter. Le monteur Jack Woods est donc embauché pour superviser cette nouvelle version, et c’est finalement lui qui est crédité comme réalisateur du film. « Le film a un peu changé lorsque Jack Harris a décidé de le sortir en salles », explique David Allen « Les acteurs ont été rappelés quelques trois ans après le début du tournage pour jouer dans des scènes additionnelles » (3). Equinox sort brièvement sur les écrans en 1971 et passe un peu inaperçu. Mais cette expérience aura permis à Dennis Muren de découvrir son penchant définitif pour les effets visuels, et de devenir progressivement l’une des plus grandes pointures en la matière.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en mars 2014

(2) et (3) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

 

© Gilles Penso

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LES LÈVRES ROUGES (1971)

Le cinéaste belge Harry Kümel réinvente l’histoire de la sanglante comtesse Bathory en transformant Delphine Seyrig en troublante femme-vampire

LES LÈVRES ROUGES / DAUGHTERS OF DARKNESS

 

1971 – BELGIQUE / ALLEMAGNE / FRANCE

 

Réalisé par Harry Kümel

 

Avec Delphine Seyrig, John Karlen, Danielle Ouimet, Andrea Rau, Paul Esser, Georges Jamin, Joris Collet, Fons Rademakers

 

THEMA VAMPIRES

Au début des années 70, beaucoup de barrières tombent. Les sacro-saintes règles de la bienséance définies par les décennies précédentes volent en éclat au profit d’une libération culturelle généralisée. Profitant de la brèche soudain ouverte, les praticiens du cinéma fantastique dépoussièrent le mythe du vampirisme en s’offrant enfin la possibilité d’explorer ses aspects les plus sanglants et les plus érotiques. C’est dans cette mouvance que s’inscrit Les Lèvres rouges d’Harry Kümel qui, s’il ne tourne le dos ni au sang ni au sexe, s’affirme malgré tout comme l’une des variantes les plus élégantes et les plus sophistiquées sur le thème. Transposés dans le monde moderne pour des raisons principalement économiques, les méfaits de la comtesse Bathory prennent ici un tour presque surréaliste. « Pour être honnête, ce film est un peu le fruit du hasard », nous avoue Harry Kïmel. « Un jour, en descendant de chez moi, je suis passé devant un kiosque à journaux et j’ai été attiré par la une d’une revue historique qui titrait en pleine page « La Comtesse Sanglante ». J’ai immédiatement acheté la revue et je me suis mis à la lire. L’article était assez racoleur. On y parlait des massacres commis par la comtesse Bathory en Hongrie, des 650 vierges qui furent ses victimes et dont elle aurait bu le sang. Une demi-heure plus tard, j’allais voir les producteurs Paul Collet et Pierre Drouot en leur disant que j’avais trouvé le sujet idéal. » (1)

Le point focal des spectateurs est d’abord ce jeune couple en pleine lune de miel, Stefan et Valerie, qui s’amuse à contourner les déclarations d’amour traditionnelles tout en cédant volontiers aux plaisirs de la chair dans la couchette du train qui les emmène en voyage. Mais le convoi s’arrête plus tôt que prévu et voilà nos tourtereaux échoués un peu par hasard dans un grand hôtel d’Ostende qui, hors saison, s’avère complètement désert. C’est bien pratique pour qu’Harry Kümel puisse composer avec le budget restreint à sa disposition, mais cette immense vacuité a beaucoup d’autres vertus, la moindre n’étant pas d’isoler ce joli couple dans un vide qui ne demande qu’à être rempli. Tâche à laquelle va s’employer une mystérieuse comtesse qui débarque en pleine nuit, accompagnée d’une secrétaire qui semble lui procurer des faveurs dépassant le cadre professionnel. En voyant la comtesse, le maître d’hôtel blêmit. N’est-elle pas déjà venue visiter les lieux quarante ans plus tôt ? Si c’est le cas, comment expliquer qu’elle n’ait pris aucune ride ? Le spectateur a déjà la réponse : la comtesse est un vampire qui se repaît du sang des jeunes filles pour assurer son éternelle jeunesse. Elle appartient à une autre époque, ce qui explique ses manières d’autrefois, sa diction à l’ancienne et cette incroyable garde-robe dont le point d’orgue est une grande cape qui prend des allures d’ailes de chauve-souris. Par sa présence, l’éblouissante Delphine Seyrig éclipse bien sûr les autres comédiens, notamment Danielle Ouimet qui, dans le rôle de Valerie, fait un peu pâle figure. Elle fut imposée à Kümel par la co-production internationale, et le réalisateur la dirigea à contrecœur, mais il faut avouer que sa blondeur languide symbolise à merveille la candeur sur le point d’être pervertie. L’autre coup d’éclat du casting est Andrea Rau, l’étrange et envoûtante secrétaire dont le pouvoir de séduction est moins agressif mais tout autant pénétrant.

Les stars ne meurent jamais

 « Nous avions un extraordinaire couturier, Bernard Perris », raconte Kïmel. « Une grande partie du budget du film a été engloutie dans ses créations, mais il faut dire qu’elles étaient magnifiques. Je lui indiquais les couleurs que j’avais en tête, et il laissait ensuite aller sa créativité. Mon idée était de doter Delphine Seyrig d’un look de star des années 30, pour jouer sur l’aspect immortel de son personnage. C’est une idée toute simple : les grandes vedettes du cinéma ne meurent jamais et restent figées dans l’apparence qui les a rendues célèbres. La comtesse ressemble un peu à Marlene Dietrich dans le film, effet qui est renforcé par le choix des éclairages, et sa compagne Ilona évoque Louise Brooks. Ce sont des images gravées dans l’inconscient collectif. » (2) La couleur rouge du titre français finit par contaminer tout le film, s’invitant sur les lèvres, les ongles, les robes et même la carrosserie de la voiture de sport de la comtesse sanglante. Si Harry Kümel cite certains classiques – la scène de la douche de Psychose est transfigurée avec un couple dont l’extase se termine en bain de sang par l’entremise d’un rasoir trop acéré – son cinéma est définitivement « autre », s’appuyant sur des références souvent plus picturales que cinématographiques. On pense aux femmes mystérieuses des tableaux de Fernand Khnopff ou aux paysages mélancoliques peints à l’huile par Léon Spilliaert. La triple unité de lieu, de temps et de personnages imposée par la production se mue finalement en atout, le grand hôtel côtier de cette morte saison étant le parfait écrin de cette histoire d’amour et de mort. Certains détails insolites sans incidence directe sur l’histoire peuvent sembler curieux, notamment l’enquête de ce policier à la retraite qui ne mêle nulle part ou la mère de Stefan qui s’avère être un homme travesti, mais ils participent de l’étrangeté générale de cette œuvre dont la décadence est accentuée par la très belle partition de François de Roubaix, délaissant ses habituelles sonorités pop pour des tonalités slaves du meilleur effet.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2018

 

© Gilles Penso

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HIGHLANDER (1986)

Christophe Lambert, Sean Connery, Queen, la caméra folle de Russel Mulcahy et tout plein d’arcs électriques… Une légende est née !

HIGHLANDER

 

1986 – USA / GB

 

Réalisé par Russell Mulcahy

 

Avec Christophe Lambert, Roxanne Hart, Clancy Brown, Sean Connery, Beatie Edney, Alan North

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX I SAGA HIGHLANDER

C’est à Gregory Widen, étudiant en cinéma de la prestigieuse UCLA, que nous devons l’idée originale d’Highlander. Deux sources d’inspiration se bousculent dans sa tête en 1977, alors qu’il n’a que 19 ans : la visite d’un musée d’Édimbourg, orné d’une galerie d’armures de toutes les époques, et le visionnage du film Les Duellistes de Ridley Scott, qui conte l’affrontement de deux hommes étalé sur quasiment toute une vie. Entre deux cours de cinéma, Widen est pompier pour payer ses études. Et pendant le peu de temps libre qui lui reste, il écrit le scénario d’Highlander (qui s’appelle alors « Dark Knight »). Ce dernier tape dans l’œil de son professeur d’écriture et finit par faire le tour d’Hollywood jusqu’à ce que les producteurs William N. Panzer et Peter S. Davis (Les Risque-tout de Mark Lester, Osterman Weekend de Sam Peckinpah) ne le lisent et en détectent immédiatement le gros potentiel. Mais pour pouvoir en faire un film attrayant et distrayant – au lieu de la fable sombre imaginée initialement par Widen – les producteurs demandent aux scénaristes Larry Ferguson et Peter Bellwood d’y apporter une touche de légèreté. Pour la mise en scène, un nom les attire tout particulièrement, celui de l’australien Russel Mulcahy. Signataire d’un grand nombre de clips et du très étonnant Razorback, Mulcahy possède une signature visuelle et musicale unique qui pourrait très bien muer Highlander en œuvre à part. Pour le rôle principal, tout le monde s’accorde à dire que Christophe Lambert, encore peu connu du public mais très impressionnant dans Greystoke, est l’acteur idéal – si ce n’est qu’il est myope comme une taupe et parle fort mal anglais, d’où la présence d’un coach pendant tout le tournage. Le duo qu’il forme avec Sean Connery est entré dans la légende. 

Highlander raconte l’histoire hors du commun de Connor McLeod, un jeune noble écossais qui vit en 1536 et découvre soudain qu’il est immortel. Mais il n’est pas le seul, sur la Terre, à bénéficier de ce surprenant privilège. Entre les immortels, à travers les siècles, des puissances supérieures semblent avoir organisé un impitoyable combat. À la fin, un seul d’entre eux doit survivre. Pour s’éliminer réciproquement, ils ne disposent que d’un seul moyen : décapiter d’un coup de sabre l’adversaire. D’où cette scène d’introduction grandiloquente située en plein Manhattan où, après avoir assisté à un match de catch filmé par une caméra qui semble en apesanteur, McLeod (Christophe Lambert, donc), affronte au sabre un adversaire dans un parking souterrain et le soustrait de sa tête avec force effets pyrotechniques (une scène qui nécessitera pas moins de 17 jours de tournage !). Face à Connor se dresse bientôt le monstrueux Kurgan, à qui Clancy Brown (formidable monstre de Frankenstein dans La Promise) prête son imposante silhouette, affublé d’un look mi-punk mi-barbare du plus curieux effet. L’affronter ne sera pas une mince affaire…

Il ne peut en rester qu’un…

Deux éléments au moins font d’Highlander un film exceptionnel : son thème et sa mise en forme. Le sujet de l’immortalité, étrangement peu traité au cinéma, apporte au second long-métrage de Russell Mulcahy sa première originalité. Si toutes les digressions philosophiques et métaphysiques ne sont pas traitées, Highlander mène les problématiques assez loin : voir vieillir et mourir ceux qu’on aime, ne pas appartenir à une époque précise, avoir une inévitable distanciation par rapport au monde et à ses événements. La narration, conçue par flash-backs successifs montés parallèlement à l’action principale, n’était pas sans risques. Peu féru de classicisme, le réalisateur évite les clichés habituels (voix off, flous), détourne les autres (fondus, volets), et réalise des transitions étourdissantes qui donnent le sentiment que le passé et le présent fusionnent visuellement sans coupure. En ces temps pré-numériques, mille astuces sont nécessaires pour créer une telle fluidité entre les séquences. Cinéaste de tous les excès et de toutes les outrances, Mulcahy invite dans son film les effets de style du clip musical, faisant fi de tout réalisme au profit d’une esthétique excessive et incroyablement énergique. Projecteurs de lumière gigantesques, étincelles à foison, arcs électriques en rotoscopie, multi-angularité multipliant les points de vue jusqu’au vertige… sans oublier bien entendu les chansons de Queen, qui se mêlent avec panache à la bande originale épique de Michael Kamen. Séduits par les premières images du film que Mulcahy leur montre, Freddie Mercury, Roger Taylor et Brian May écrivent chacun un morceau pour les besoins du film (respectivement « Princes of the Universe », « A Kind of Magic » et le déchirant « Who Wants to Live Forever ? »). Très mal distribué sur le continent américain, Highlander sera un flop retentissant. En France, en revanche, il sera sacré classique immédiat. C’est son succès ultérieur en VHS et le culte qu’il généra progressivement autour du monde qui lancèrent l’idée d’en faire le premier chapitre d’une franchise.

 

© Gilles Penso

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LES DÉMONIAQUES (1974)

Deux jeunes filles violées et laissées pour morte par une bande de naufrageurs acquièrent des pouvoirs magiques et préparent leur vengeance…

LES DÉMONIAQUES

 

1974 – FRANCE

 

Réalisé par Jean Rollin

 

Avec Lieva Lone, Patricia Hermenier, John Rico, Willy Braque, Paul Bisciglia, Louise Dhour, Ben Zimet, Mireille Dargent

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I CLOWNS I SAGA JEAN ROLLIN

Jean Rollin n’ayant pas placé la barre très haut avec ses œuvres fantastiques précédentes (Le Viol du vampire, La Vampire nue, Le Frisson des vampires, Requiem pour un vampire, La Rose de fer), Les Démoniaques se hisse sans trop de difficultés au rang d’un de ses meilleurs films. Car pour une fois le montage est cohérent, les cadrages soignés, la musique de Pierre Raph se laisse aller à de véritables élans épiques, les décors et la photographie rivalisent d’esthétisme et le scénario lui-même parvient sans trop de mal à capter l’intérêt. Nous sommes au 19ème siècle, dans un village côtier du nord de l’Europe. Là, sous la coupe d’un capitaine mentalement déséquilibré (John Rico), le brutal Le Bosco (Willy Braque), le fourbe Paul (Paul Bisciglia) et la perverse Tina (Joëlle Cœur) attirent les navires vers les récifs pour les piller et en tuer les occupants. La première séquence démarre ainsi sur des chapeaux de roue, avec le viol et le massacre de deux belles naufragées (Lieva Lone et Patricia Hermenier) par la sinistre bande. De retour à la taverne du coin où il s’enivre mollement, le capitaine est soudain hanté par d’inquiétantes visions : ses deux victimes lui apparaissent et viennent le hanter…

Le fait est que ces dernières, laissées pour mortes, ont survécu à leur agression. Muettes et prostrées, elles errent désormais dans la campagne environnante et sont recueillies par un clown (Mireille Dargent) dans une cathédrale en ruines, l’un de ces détails surréalistes dont raffole Jean Rollin. Prises en main par un sorcier (Ben Zimet) qui s’accouple avec chacune d’elle pour leur faire partager ses pouvoirs (une technique de drague pour le moins originale !), elles vont désormais avoir la possibilité de se venger des pirates qui les ont attaquées… Comme toujours chez Jean Rollin, l’intégralité du casting féminin se retrouve rapidement nu comme un ver, notamment la magnifique interprète de la cruelle Tina, pas pudique pour un sou. Il faut dire que la belle était alors habituée à se dévêtir à l’écran, notamment pour les films plus ouvertement érotiques de Jean Rollin aux titres aussi évocateurs que Jeunes filles impudiques ou Tout le monde il en a deux.

« Deux vierges pour Satan »

Certes, les défauts majeurs du réalisateur n’ont pas totalement été évacués des Démoniaques, notamment des comédiens affligeants, des dialogues ineptes et des costumes très évasifs. Mais ces scories n’entachent que partiellement le charme de cette œuvrette parée d’une poignée de séquences fort graphiques. Au générique, on peut lire qu’il s’agit d’« un film expressionniste » de Jean Rollin, une mention quelque peu usurpée dans la mesure où Les Démoniaques n’a pas grand-chose à voir avec l’univers torturé du Cabinet du docteur Caligari ou de L’Étudiant de Prague. Il n’empêche que le film collectionne quelques moments de pure poésie visuelle, comme la poursuite nocturne au milieu des épaves éventrées de navires qui prennent feu, ou le final pathétique au cours duquel les cadavres s’enfoncent dans la vase tandis que monte progressivement la marée. Tourné entre juin et août 1973, le film sort en France le 5 décembre de l’année suivante. Au fil de sa carrière, il sera connu sous des titres alternatifs imagés comme Les Diablesses, Tina la naufrageuse perverse ou Deux vierges pour Satan.

 

© Gilles Penso

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