COYOTE VS. ACME (2026)

Lassé de voir tous ses gadgets lui exploser à la figure ou le précipiter dans le vide, Will Coyote décide de traîner en justice la compagnie qui les commercialise…

COYOTE VS. ACME

2026 – USA

Réalisé par Dave Green

Avec Will Forte, Lana Condor, John Cena, Tone Bell, Martha Kelly, Luis Guzman, P.J. Byrne, John Early, Nancy Lineman Charles, Kenneth Choi, Ernie Vigil

THEMA MONDES VIRTUELS ET PARALLÈLES

Tout commence sous forme d’une blague. En 1990, le magazine The New Yorker publie un texte de Ian Frazier imaginant les déboires judiciaires de Wil Coyote face à la société Acme, responsable de toutes les inventions qui explosent, se retournent contre lui ou échouent au pire moment. Près de trente ans plus tard, Warner Bros. décide d’en faire un film. Le développement de Coyote vs. Acme débute en 2018. James Gunn participe à l’histoire, Samy Burch signe le scénario et Dave Green prend en charge la réalisation. Le principe consiste à mélanger prises de vues réelles et animation pour raconter cette histoire de procès surréaliste. Le tournage a lieu au Nouveau-Mexique au printemps 2022, pour un budget estimé à 70 millions de dollars. Mais une fois le film terminé, rien ne va plus. En novembre 2023, Warner Bros. annonce qu’il ne sortira pas. Le studio entend inscrire environ 30 millions de dollars en déduction fiscale, dans le cadre d’une stratégie de réduction des coûts qui avait déjà conduit à l’abandon de Batgirl et de Scoob! Holiday Haunt. Cette décision provoque une vive réaction à Hollywood, d’autant que Coyote vs. Acme a alors déjà été montré à un public test enthousiaste. Face à la polémique, Warner finit par autoriser les producteurs à chercher un autre distributeur. Amazon, Apple et Netflix examinent le film, sans conclure d’accord. Pendant plus d’un an, ce long-métrage achevé reste donc invisible. Jusqu’en mars 2025 où le distributeur indépendant Ketchup Entertainment acquiert les droits pour environ 50 millions de dollars. S’il n’aura pas droit à une exploitation salles en France, contrairement aux États-Unis,  Coyote vs. Acme sort tout de même des limbes pour pouvoir – enfin ! – rencontrer son public.

Le film commence en 1992, dans un monde où les personnages de dessins animés cohabitent avec les humains. Le docteur Lorre, un scientifique toon employé chez Acme Corporation, transmet en secret un message à un contact inconnu avant d’être capturé et emprisonné dans un trou portable. Trente ans plus tard, Will Coyote, lassé de ne jamais parvenir à attraper Bip-Bip, découvre à la télévision une publicité pour Avery, Jones & Maltese, un cabinet d’avocats d’Albuquerque spécialisé dans les affaires de dommages corporels liées à la violence dans les dessins animés impliquant des produits Acme. Le Coyote part alors à la rencontre l’associé principal, Kevin Avery (Will Forte), dans l’espoir de poursuivre Acme en justice pour les différents appareils défectueux qui lui portent préjudice. Alors que Paige (Lana Condor), la nièce de Kevin et stagiaire au cabinet, est impatiente de traîner Acme devant les tribunaux, Kevin préfère conclure un accord à l’amiable pour éviter un procès risqué. Mais le toon opiniâtre rejette l’accord proposé par l’avocat d’Acme, Buddy Crane (John Cena), ce qui conduit inévitablement à un procès manifestement perdu d’avance…

Qui veut la peau de Will Coyote ?

D’autant plus drôle qu’il est parfaitement invraisemblable, le concept du film nous renvoie bien sûr à Qui veut la peau de Roger Rabbit ? qui, lui aussi, nous plongeait dans une enquête mêlant toons et humains dans un univers parallèle possédant sa propre cohérence. Si les gags de Coyote vs. Acme fonctionnent si bien, c’est parce qu’ils parviennent presque miraculeusement à retrouver l’esprit et le timing des folies d’un Chuck Jones. On apprécie d’ailleurs la direction artistique qui redonne aux toons leur look 2D original, tout en les intégrant parfaitement dans les prises de vues réelles. Un choix esthétique d’autant plus appréciables que les Looney Tunes contemporains ont trop tendance à vouloir les muer en personnages 3D et à perdre en cours de route la simplicité du trait qui les caractérise. Là où le film surprend le plus, c’est par l’émotion qu’il génère. Car le Coyote et Bip-Bip se révèlent très attachés l’un à l’autre, meilleurs ennemis qui semblent ne trouver une raison d’être qu’en se courant inlassablement après. Ce qui induit certes des séquences d’action et de poursuite effrénées, mais aussi des ruptures de rythme au cours desquelles le film n’hésite pas à prendre son temps. Sans chercher à jouer la carte méta et la mise en abîme, Coyote vs. Acme nous interroge sur notre joie simple de voir ces personnages jouer au chat et à la souris et sur le cynisme d’une corporation qui les exploite jusqu’à l’os pour servir la cause commerciale. Difficile de ne pas voir chez la corporation Acme le miroir déformant de la Warner. On comprend mieux pourquoi le studio, face à ce résultat impertinent, à contre-courant total de ce qu’on pourrait attendre d’une exploitation « confortable » des Looney Tunes (façon Space Jam), a décidé d’enterrer le film six pieds sous terre. Voir ce film hybride, étrange et nostalgique revenir d’entre les morts et jaillir sur les écrans – fussent-ils petits dans la plupart des territoires – est d’autant plus réjouissant.

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

PINOCCHIO DÉCHAÎNÉ (2026)

La marionnette fabriquée par Gepetto a changé de ton : désormais, elle se met en quête de chair humaine pour se transformer en vrai garçon…

PINOCCHIO UNSTRUNG

 

2026 – USA / GB

 

Réalisé par Rhys Frake-Waterfield

 

Avec Jude Evan Lloyd, Richard Brake, Robert Englund, Cameron Bell, Jessica Balmer, Karolina Knight, Mya Brown, Peter DeSouza-Feighoney, Jack Art Gray

 

THEMA JOUETS

Le « Twisted Childhood Universe » (entendez “L’univers de l’enfance pervertie”) continue à se développer en s’employant méticuleusement à transformer les icônes de nos jeunes années en monstres assoiffées de sang. Après les deux Winnie the Pooh : Blood and Honey, Le Cauchemar de Peter Pan et Bambi : la vengeance, place donc à Pinocchio déchaîné. À vrai dire, ce n’est pas la première fois que le sympathique pantin en bois imaginé par Carlo Collodi se mue en personnage de film d’horreur, puisque La Revanche de Pinocchio de Kevin Tenney est déjà passé par là en 1996. Mais Rhys Frake-Waterfield (réalisateur des variantes déviantes de Winnie l’ourson mais aussi de Killing Tree, Firenado et Sky Monster) entend aller beaucoup plus loin en poussant à fond tous les curseurs des jets d’hémoglobine. Pour donner corps à sa vision écarlate des aventures de la marionnette vivante, le scénariste/réalisateur s’allie quelques guest stars habituées au genre, notamment Richard Brake, l’un des acteurs fétiches de Rob Zombie (Halloween 2, 31, 3 From Hell, The Munsters), dans le rôle de Gepetto, et Robert Englund (Freddy Krueger en personne) pour prêter sa voix au criquet. Et pour s’amuser à croiser les personnages de cet univers partagé, façon Marvel Cinematic Universe, il sollicite DeSouza-Feighoney et Christopher Chambers qui reprennent furtivement les rôles de Michael Darling et Christopher Robin qu’ils tenaient respectivement dans Le Cauchemar de Peter Pan et Winnie the Pooh : Blood and Honey 2.

Après la mort tragique de ses parents dans un accident de voiture, James (Cameron Bell), 14 ans, est envoyé vivre chez son grand-père Geppetto (Richard Brake). Traumatisé et solitaire, il se lie d’amitié avec un garçon qui succombe à un cancer en phase terminale. James est donc une nouvelle fois confronté à la perte d’un être cher. Déterminé à ne plus voir son petit-fils souffrir, Geppetto se promet de fabriquer un ami qui ne l’abandonnera jamais. Un an plus tard, réveillé en pleine nuit par d’étranges bruits provenant du sous-sol, James découvre la surprenante création de son grand-père : Pinocchio, une marionnette en bois douée de conscience, dont le nez s’allonge chaque fois qu’elle ment (et à qui Jude Evan Lloyd prête sa voix). Conçu pour devenir le compagnon de James, Pinocchio noue rapidement avec lui une relation fraternelle. Fasciné par les humains, il rêve bientôt de devenir un véritable petit garçon. Alors que James est à l’école, Pinocchio explore le sous-sol et découvre une créature de bois défigurée qui se présente comme sa « Mère en Bois » (Emma Tate). Celle-ci lui révèle qu’il ne sera jamais considéré comme un égal de James tant qu’il restera une marionnette. Pour devenir humain, il devra se procurer des organes et de la peau prélevés sur des spécimens vivants.

Gueule de bois

L’un des partis pris artistiques majeurs adoptés par Rhys Frake-Waterfield est l’emploi d’un maximum d’effets spéciaux pratiques. Pinocchio est donc une marionnette animatronique, comme l’inquiétante « Mère en Bois » et le sinistre criquet, le tout sous la supervision du vétéran Todd Masters (Necronomicon, Horribilis, Child’s Play). Le cinéaste insiste sur ce point, concevant même un générique de fin entièrement dédié aux coulisses du tournage. Le ton est d’ailleurs donné dès le générique de début, conçu de manière artisanale avec des marionnettes découpées et filmées en ombres chinoises. La même philosophie est adaptée aux effets gore, qui éclaboussent régulièrement l’écran avec un sens de la démesure qui n’est pas sans rappeler les débordements de la saga Terrifier. Certaines séquences, comme celle de la salle de sport (digne de Destination finale), de l’hôpital, du cabinet de dentiste ou de la piscine, poussent le délire horrifique assez loin. Ces effets spéciaux excessifs constituent l’intérêt principal du film, car le scénario assure le service minimum malgré une intéressante tendance à briser tout le manichéisme inhérent au conte original. Ainsi, au-delà du pantin mué en tueur en série et au criquet agissant comme une mauvaise conscience déviante, le personnage de Gepetto se révèle être le vrai super-vilain du film, une sorte de docteur Frankenstein psychopathe tellement obsédé par la vie après la mort qu’il perd toute notion de bien et de mal. Dans le rôle, Richard Brake est parfait, même si les ambitions narratives du film auraient gagné à dépasser le simple exercice de style sanglant et provocateur. Dommage, parce que Rhys Frake-Waterfield n’est pas passé loin d’un véritable petit classique de l’horreur.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

RESIDENT EVIL (2026)

Avec ce second reboot de la franchise, Zach Cregger propose une approche atmosphérique retranscrivant l’expérience immersive de jeu à l’écran…

RESIDENT EVIL

 

2026 – USA

 

Réalisé par Zach Cregger

 

Avec Austin Abrams, Zach Cherry, Kali Reis, Paul Walter Hauser, Will Merrick, Karel Dobry, Islae Mc Rae

 

THEMA ZOMBIES I SAGA RESIDENT EVIL

Avec Barbare et Évanouis, la carrière de Zach Cregger a commencé sur les chapeaux de roue, même s’il avait déjà 41 ans lors de la sortie du premier en 2022, ce qui explique un certain classicisme où écriture, mise en scène et direction d’acteurs vont de pair. Après ces deux succès critiques et publics et l’Oscar du meilleur second rôle pour Amy Madigan à la clé, Cregger se voit dès lors courtisé par les studios et signe avec Playstation Studio et Capcom pour un nouveau reboot de la franchise Resident Evil, après un Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City aux allures de pétard mouillé, sorti en 2021et aussitôt oublié. Le scénariste-réalisateur clame haut et fort sa passion pour le jeu d’origine, et s’est déjà attiré les foudres de certains fans en optant pour une histoire originale plutôt que l’adaptation d’un épisode vidéoludique existant. Le film introduit ainsi d’emblée son protagoniste (voire son « joueur ») : un quidam, Bryan (Austin Abrams vu dans Évanouis et Euphoria), coursier de son état, acceptant une nouvelle course/quête : braver la tempête de neige qui s’abat sur la région pour livrer un colis aussi urgent que sensible à l’hôpital de Raccon City. Les chose déraillent vite après qu’il ait renversé une femme sur une route sinueuse de forêt. Le comportement de cette dernière s’avère aussi erratique que menaçant malgré ses blessures mortelles. Bryan va donc passer la pire nuit de sa vie, affrontant des créatures mutantes et mettant tout en œuvre pour honorer la livraison de son colis. Conscience, quand tu nous tiens !

La narration emprunte ouvertement une approche vidéoludique, et Resident Evil donne même l’impression de regarder une partie en « live » (une occupation déjà populaire sur Youtube ou la plateforme Twitch). Cregger colle ainsi au point de vue unique de Bryan, mais se refuse toutefois à l’esbroufe du plan-séquence, une idée déjà menée à bien par 1917 et Hardcore Henry. S’autorisant donc des options de montage, la caméra ne lâche jamais le personnage principal, ce qui s’avère particulièrement efficace lors de l’approche d’une gloumoute, le spectateur disposant des mêmes informations limitées que Bryan. Le réalisateur a digéré la mécanique et la grammaire visuelle du jeu vidéo et en émule certains principes, notamment l’utilisation d’objets pour progresser ou la recherche répétée de clés pour ouvrir des cadenas. Lors de saillies méta pas très subtiles, Bryan remarque même qu’il y a des cadenas partout et se félicite d’avoir appris à viser dans les jeux vidéo. La progression rappelle ainsi parfois un escape game. Plus caustique, Cregger s’amuse aussi de la logique parfois relative des jeux lorsque le héros/joueur ouvre le frigidaire à la recherche de munitions ! Autre clin d’œil aux gamers lorsque Bryan monte en voiture à mi-parcours avec des PNJ (« Personnage Non Jouable », terme désormais intégré au vocabulaire courant de la Gen Z), à la manière d’une cinématique pendant le chargement du prochain niveau du jeu. Cregger parvient également à retranscrire la temporalité particulière des jeux, l’action semblant se dérouler en temps réel bien que plus de douze heures s’écoulent effectivement à l’écran au cours des 100 minutes de projection, un tour de passe-passe narratif déjà opéré par Sam Mendès dans 1917.

Résident en ville

Sur la forme, Resident Evil a tout pour satisfaire les gamers et les non-initiés, grâce en partie au travail sur les cadres et la lumière de Dariusz Wolski (The Crown, la trilogie Pirates des Caraïbes de Gore Verbinski, Sweeney Todd, Prometheus parmi tant d’autres) qui parvient à faire ressentir le froid et l’humidité de la campagne enneigée lors des scènes nocturnes de la première partie. Sur le fond, on pouvait craindre que le cahier des charges inhérent à toute franchise vienne entraver le talent de Zach Cregger. Celui-ci a déclaré que si le film s’est monté si vite, c’est parce qu’il s’est contenté d’utiliser un scénario existant pour l’adapter à l’univers de la saga. Ceci explique ainsi que l’on retrouve les ruptures tonales de Barbare et Évanouis, pour le meilleur – avec humour et frissons se juxtaposant harmonieusement – et le moins bon – le dénouement versant à nouveau dans des débordements graphiques pas forcément du meilleur goût, et détonnant avec l’atmosphère instaurée jusque-là. Dans sa première partie, Resident Evil fait la part belle à une horreur gothique, avec cette vieille ferme ou le tunnel encombré de voitures accidentées. Les basses synthétiques évoquent John Carpenter, une référence appuyée par une menace canine et la neige qui renvoient à The Thing. La seconde partie lorgne ensuite du côté de New York 1997, l’aventure se déplaçant en milieu urbain hostile et la survie de Bryan étant soumise à un compte-à-rebours vital pour accomplir sa mission, comme un émule de Snake Plissken qui serait interprété par Simon Pegg – auquel le jeu d’acteur de Austin Abrams fait penser. L’origine biologique des monstres est également révélée et le film retombe alors (lourdement ?) sur le plancher des vaches, pour embrayer dans son dernier acte sur un remake gore de Piège de cristal. Ce glissement stylistique plombait déjà les jeux originaux, les manoirs lugubres finissant toujours par céder la place aux complexes scientifiques stériles de la Umbrella Coporation. Pourtant, cette rupture n’est pas forcément du fait des producteurs puisque Cregger y a eu recours dans ses deux premiers films, prenant le risque de perdre en route une partie des spectateurs. Il réussit néanmoins ici à aller jusqu’au bout de ses expérimentations sur le point de vue subjectif et unique. Barbare avait en effet recours à un montage parallèle avec le petit ami de l’héroïne, tandis qu’Évanouis multipliait les personnages et donc les points de vue. Ici, Bryan est à l’écran du premier au dernier plan et le spectateur est parfaitement identifié au personnage, tel un joueur et son avatar. Au-delà de la réussite conceptuelle, le résultat s’avère en revanche vain sur le plan thématique, Resident Evil ne racontant rien au-delà de l’expérience immersive offerte. Spielberg, suivant la même approche, avait accouché d’une Guerre des mondes aussi riche sur le fond que sur la forme. Faut-il d’ailleurs voir un aveu de la vacuité de l’entreprise dans les répliques de Bryan, constituées à 90% de variations fleuries autour de « putain », « merde », « bordel » ? Souhaitons que Cregger revienne à ses propres marottes et ne restera pas prisonnier de la franchise, le talent déployé au fil de ses trois premiers films en faisant un cinéaste prometteur que l’on aimerait voir développer une œuvre personnelle.

 

 © Jérôme Muslewski

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

LEVITICUS (2026)

Dans une petite communauté de chrétiens évangéliques, un « guérisseur » pratique des rites de conversion aux conséquences terrifiantes…

LEVITICUS

 

2026 – AUSTRALIE

 

Réalisé par Adrian Chiarella

 

Avec Joe Bird, Stacy Clausen, Tyallah Bullock, Ewen Leslie, Mia Wasikowska, Jeremy Blewitt, Davida McKenzie, Julia Grace, Hyu Motoki, Edwina Wren

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Adrian Chiarella est tombé dans la potion magique du cinéma d’horreur quand il était tout petit. Ses souvenirs émus des descentes secrètes au rez-de-chaussée de chez ses parents, en pleine nuit, pour regarder des films comme Les Griffes de la nuit ou Halloween, sont encore vivaces. Plus tard, il comprendra que les monstres, les créatures infernales et les démons symbolisent la plupart du temps des traumatismes bien réels et semblent conçus pour pouvoir les exorciser. Après quelques courts-métrages et une poignée d’épisodes de séries TV, Chiarella décide d’attaquer son premier long en s’appuyant sur son vécu personnel pour concocter ce qu’il définit comme « un film d’horreur sociale queer ». Ses influences ont depuis évolué, se nourrissant de quelques classiques contemporains tels que It Follows ou The Witch. Le titre de son film, Leviticus, se réfère au Lévitique, l’un des livres de la Bible souvent cité par les conservateurs religieux comme preuve de l’interdiction divine de l’homosexualité. En quête d’authenticité et de réalisme, Chiarella pousse ses recherches assez loin, s’inspirant notamment de témoignages réels liés aux thérapies de conversions pratiquées dans différentes cultures à travers le monde pour s’efforcer de ramener « dans le droit chemin » les brebis égarées. Son scénario fait mouche, lui permettant d’obtenir un financement dans le cadre de la programmation 2024-2025 de Screen Australia et d’être coproduit par deux compagnies australiennes : Causeway Films et Samira Productions.

Après la mort de son père, Naim Reid (Joe Bird), un adolescent timide, s’installe avec sa mère Arlene (Mia Wasikowska, l’héroïne du Alice au pays des merveilles de Tim Burton) dans une petite ville de l’État de Victoria, dominée par une communauté de fervents chrétiens évangéliques. En quête de repères, Naim se rapproche de Ryan Whelan (Stacy Clausen), un garçon de son âge. Une relation secrète naît entre eux, mais leur histoire est rapidement menacée lorsqu’ils découvrent que Ryan entretient également une relation avec Hunter (Jeremy Blewitt), le fils du pasteur. Blessé et jaloux, Naim révèle leur liaison aux parents de Hunter, déclenchant une réaction radicale. Convaincus que les garçons doivent être « soignés » de leurs désirs homosexuels, les parents de Hunter font appel à un guérisseur. Au cours d’une éprouvante séance d’exorcisme, Ryan et Hunter sont soumis à un rituel censé les purifier. Mais alors que leurs corps sont secoués de convulsions et que leurs cris de douleur résonnent dans la pièce, quelque chose semble se libérer. Dès lors, Naim est témoin de phénomènes inquiétants. Ryan parle en effet à une présence invisible, comme s’il n’était plus seul. Une présence qui va se révéler démoniaque et destructrice…

Le droit chemin

Le concept qui sous-tend le scénario de Leviticus se révèle à la fois original et déstabilisant. Ici, les « exorcisés » ne sont pas possédés par un démon intérieur mais se laissent tromper par une entité redoutable qui adopte les traits de l’être qu’ils aiment le plus. « Il prend toujours l’apparence de la personne qui nous fait de l’effet » s’exclame ainsi l’un des personnages du film ayant lui-même été témoin de l’inquiétant rituel. Une insidieuse paranoïa se développe ainsi au fil du récit. Car face à ce monstre insaisissable, chacun est désarmé. Comment faire confiance à celui ou celle qu’on apprécie le plus ? Comment savoir si l’on croise l’être aimé ou son avatar maléfique ? Le désir se mue alors en danger. « C’est exactement ce qu’ils cherchaient, qu’on ait peur l’un de l’autre », résume Ryan face à un Naim terrorisé. Même le repli sur soi-même devient risqué, puisque l’alter-ego démoniaque surgi lorsqu’on est isolé. Le seul moyen de se protéger semble alors être de se mêler à la foule, au prix du renoncement à toute intimité et à tout jardin secret. Pour tirer de ses comédiens la prestation la plus réaliste et la plus crédible possible, Adrian Chiarella précède le tournage de deux semaines de répétition en petit comité, puis laisse une grande place à l’improvisation face à la caméra. Résultat : un drame horrifique à fleur de peau qui brocarde l’intolérance religieuse avec une redoutable efficacité.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

FLUSH (2025)

Menacé par des trafiquants de drogue, un homme se retrouve la tête coincée dans les toilettes d’un bar sordide et lutte pour sa survie !

FLUSH

 

2025 – FRANCE / UK

 

Réalisé par Gregory Morin

 

Avec Jonathan Lambert, Elodie Navarre, Elliot Jenicot, Remy Adriaens, Christophe Bier, Vincent Bekaert, Lena Kovski

 

THEMA TUEURS

Gregory Morin n’est pas un inconnu. Ses courts-métrages ont retenu l’attention d’un public exigeant dans plusieurs festivals, de Sitges à Tokyo et ont tous été diffusés sur les chaînes hertziennes. Paris by Night of the Living Dead, le dernier, comme son titre l’indique, était un survival façon jeu vidéo où un jeune couple se retrouve acculé dans la capitale infectée de zombies. Il y a donc de quoi être enthousiaste et confiant à l’idée d’aller découvrir le premier long-métrage du réalisateur, même si le sujet laisse pantois. En effet, l’action se déroule dans le décor unique de toilettes à la turque, et le héros, pensant doubler un dealer, s’y retrouve la tête coincée dans la cuvette ! Ce pitch improbable évoque les courts-métrages trashs de Stéphane Ambiel ou ceux des débuts de son mentor John Waters, et on se prépare à voir un film conceptuel et grand guignolesque, tout plutôt qu’une comédie dramatique qui tient en haleine. Pourtant, ce qui va se jouer à l’écran est bien au-delà de toute attente. « C’est un film autoproduit à 100%, d’abord avec des amis autour de moi, et par extension, par la suite, avec des amis d’amis », raconte Gregory Morin. « On a compris que personne ne nous attendait et on a décidé de se lancer seuls avec la volonté de ne pas céder à la facilité, et de s’attacher à faire un bon film malgré les restrictions budgétaires. Ce qui revenait à soigner la cinématographie, la photo, la direction d’acteurs et disposer d’un scénario abouti et d’un super son. On a donc décidé de se lancer dans un film concept et de commencer par trouver une idée de scénario en huis-clos qui marche bien en général dans les films d’horreur et qui ne coûte pas cher : un seul décor, et une action centrée sur un personnage principal.» (1)

David Neiss, scénariste attitré du réalisateur, a fait ses classes comme auteur chez Ubisoft (Rayman, Splinter Cell, XIII, Ghost Recon), et sur le petit écran, notamment sur des séries d’animation (Chasseurs de Dragons, Mission invisible etc.), des épisodes de séries ou des téléfilms. Il signe ici une histoire à suspense exaltante parfaitement écrite et construite, qui tient en haleine le spectateur tout au long du métrage. Les personnages se dévoilent au fur et à mesure et suscitent un intérêt constant sans pour autant plonger « tête baissée » (sans jeu de mots) dans un grotesque ou une caricature attendue. En effet, Luc et son ex-compagne Val forment un couple pathétique mais qui nous implique dans ce concours de circonstances qui va étrangement et momentanément les rapprocher pour le pire. Si le comique de situation est omniprésent, il n’efface jamais la dimension dramatique du récit. Au contraire, le personnage de Luc suscite notre empathie, et sa sincérité finit même par nous émouvoir au premier degré.

Flush Dance

« On avait déjà adopté, avec David, ce mélange d’horreur et d’humour il y a quelques années dans un court-métrage antérieur : Dernier cri avec Joe Prestia et Pierre Bellemare », explique Grégory Morin. « C’est un ton que l’on aimait beaucoup mais qui est un peu compliqué et avec lequel il faut faire attention si on veut bien l’employer. Mais lorsqu’il fonctionne, il porte vraiment ses fruits. Comme on est fans tous les deux de films d’horreur, on avait comme référence Le Loup-garou de Londres. C’est le genre de film où l’équilibre est vraiment intéressant. » (2) Jonathan Lambert interprète le rôle principal avec comme partenaire « de crime » Elodie Navarre dont le jeu vient rajouter du burlesque à une situation des plus cocasses. L’entrée en scène de deux acolytes, Elliot Jenicot dans le rôle de Sam et Remy Adriaens dans le rôle de Dindon, va donner à l’action une tournure dangereusement irrémédiable qui va évoluer vers une ultra violence tarantinoesque. A noter le travail sur les effets spéciaux de maquillage, réalisés de mains de maîtres par deux des grands talents contemporains des SFX en direct : Jacques-Olivier Molon et David Scherer. Pour finir, la bande originale et l’ambiance sonore de Mike Theis et Luc Rougy permettent d’harmoniser et de rendre crédible l’entièreté de ce petit chef-d’œuvre qui, en évitant tout effet poussif, propulse le cinéaste français dans la cour des grands.

 

(1) et (2) Extraits d’une interview réalisée par Quélou Parente en septembre 2025 pour L’Écran fantastique

 

@Quélou Parente

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

THE ODYSSEY (2026)

La compagnie The Asylum ne pouvait pas rester indifférente face au blockbuster de Christopher Nolan. Voici donc Ulysse version discount…

THE ODYSSEY

 

2026 – USA

 

Réalisé par Marcel Walz

 

Avec Myriam Kingery, Morgan Flanagan, Patrick M. Byrnes, Dominic Keating, Llana Barron, Jordan Iverach, Tony Wood, Ashton Rogers, Angelo Kern

 

THEMA MYTHOLOGIE

Ayant depuis longtemps érigé le plagiat en modèle économique, les fantassins de la société de production The Asylum continuent tranquillement à piller tous les blockbusters qui sortent sur les grands écrans en proposant leurs propres versions au rabais. Lorsque L’Odyssée de Christopher Nolan se prépare à débarquer avec perte et fracas, la compagnie de David Michael Latt s’active donc pour pouvoir préparer sa propre aventure mythologique avec pour objectif une sortie le 3 juillet 2026, soit deux semaines avant la superproduction de Nolan. Cette relecture cheap d’Homère est confiée à Marcel Walz, un habitué de l’exercice. Après avoir signé une quinzaine de films d’horreur à tout petit budget dans son Allemagne natale, il s’était attaqué au remake de Blood Feast en 2016. Installé dès lors à Hollywood, le voilà mué en poulain de The Asylum, pour qui il réalise plusieurs mockbusters tels que Jurassic Reborn, Ice-Pocalypse, The Anacondas, Shark Thrash ou sa propre version des Maîtres de l’univers. The Odyssey est donc taillé sur mesure pour lui. Tourné à Martinsburg, en Virginie-Occidentale, le film met en scène un Ulysse bâti comme un catcheur (Myriam Kingery) qui, avec ses allures de Philippe Etchebest barbu, a bien du mal à nous convaincre. À ses côtés, Morgan Flanagan (Les Maîtres de l’univers) campe Pénélope, Patrick M. Byrnes (Undercover : Caught on Tape) est le jeune Télémaque et Llana Barron (Death Streamer) incarne une Athéna éthérée qui, à l’instar du génie d’Aladin, propose à notre héros d’exaucer trois de ses vœux.

Même si elle capitalise consciemment sur la confusion des spectateurs, cette démarche de « contrefaçon » n’est pas choquante en soi, dans la mesure où The Asylum trouvera toujours un moyen de contourner la loi, arguant que le texte d’Homère est dans le domaine public et appartient donc à tout le monde. De fait, rien ne ressemble moins au film de Christopher Nolan que celui de Marcel Walz. Ce qui prête plus au débat, c’est le recours quasi-systématique à l’intelligence artificielle générative pour les nombreux effets visuels de The Odyssey. Nous franchissons donc un cap où les petites productions ne cherchent plus à rivaliser avec les grandes via des images de synthèse médiocres mais avec de l’IA. Certes, le résultat peut donner le sentiment d’un plus grand foisonnement visuel (les foules de combattants, les navires par centaines, Troie ravagée par les flammes, les rives d’Ithaque) et les monstres ont un panache qui aurait sans doute été impossible d’obtenir autrement dans le cadre d’une telle micro-production. Mais la paresse d’un tel procédé technique ne force aucune admiration, d’autant que n’importe qui, avec son ordinateur ou son téléphone, est désormais capable de faire exactement la même chose. Les trucages ratés des films précédents d’Asylum avaient au moins le mérite de solliciter des artistes spécialisés, même si leur talent était fatalement entravé par des budgets dérisoires. Ici, de simples prompts semblent faire l’affaire.

Ithaque en toc

The Asylum avait déjà ouvert cette voix douteuse le mois précédent avec New Toy Story, une imitation sans âme ni charme de la saga de Pixar, qui laissait déjà l’IA faire le plus gros du travail. Même logique ici. Il suffit d’ailleurs de jeter un coup d’œil au générique de fin : aucun superviseur d’effets visuel, aucun graphiste, aucun nom associé aux postes de la modélisation, du compositing ou de l’animation. Neuf personnes sont simplement créditées sous l’appellation « visual effects artists ». Entendez « prompteurs ». Alors certes, Polyphème est raisonnablement impressionnant (calquant une partie de sa morphologie sur celle du cyclope du 7ème voyage de Sinbad), les monstres Charybde (un poisson géant lovecraftien affublé de tentacules, d’une gueule pleine de crocs acérés et d’yeux multiples) et Scylla (une gigantesque hydre à sept têtes) font leur petit effet et même les sirènes (enchanteresses créatures révélant soudain des traits monstrueux) savent nous égayer. Mais nous ne sommes pas dupes, et le décalage entre cette IA miraculeuse et les prises de vues réelles devient abyssal. Si les plans larges exhibent des nuées de navire traversant les flots avec des centaines d’homme à bord, les séquences filmées « pour de vrai » ne nous montrent que trois membres d’équipage, serrés dans ce qui ressemble à une minuscule barque ! Même constat à Ithaque. Les panoramas de l’immense palais d’Ulysse tranchent avec ces séquences ultra-minimalistes où nous ne voyons que Pénélope, Télémaque et un seul prétendant. Où sont les domestiques, les villageois, les centaines de soupirants ? En se parant d’une « production value » artificielle, The Odyssey ne parvient finalement qu’à renforcer son caractère cheap et à dévoiler l’anémie de son budget.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

SOULMATE (2026)

Un programmeur accepte de tester le dernier prototype de l’entreprise qui l’emploie : un androïde féminin qui finit par échapper à tout contrôle…

SOULM8TE

2026 – USA

Réalisé par Kate Dolan

Avec Lily Sullivan, David Rysdahl, Claudia Doumit, Arty Froushan, Elijah Cook, Mara Huf, Sydney Blackburn, Isabelle Bonfrer, Emma Ramos, Oliver Cooper, Nicholas Lane

THEMA ROBOTS

Après le succès de Megan, et avant même que sa suite Megan 2.0 soit mise en chantier, James Wan lance l’idée d’un spin-off qui se déroule dans le même univers mais se focalise sur d’autres personnages. Ainsi nait le projet de Soulmate. L’histoire originale est écrite par Wan, Ingrid Bisu (Malignant) et Rafael Jordan (Poseidon Rex), ce dernier étant chargé de rédiger le scénario final. Mais le script se réadapte lorsqu’entre en scène la réalisatrice Kate Dolan, qui avait signé le film d’horreur You Are Not My Mother en 2021, et qui retravaille le scénario pour lui donner sa forme définitive. Décrit par ses créateurs comme un « thriller érotique de science-fiction », Soulmate partage avec Megan la thématique d’un robot féminin boosté à l’intelligence artificielle qui échappe totalement au contrôle des humains, et met en scène le même système domestique intelligent Elsie. Les deux histoires se déroulent donc dans un monde commun où les mêmes entreprises commercialisent leurs technologies. Mais à part ça, Soulmate n’a pas grand-chose à voir avec le film de Gerard Johnstone – les péripéties, les protagonistes, les enjeux sont radicalement différents – et peut s’apprécier de manière totalement indépendante. Au départ, Soulmate est censé sortir en salles. Mais après la décevante performance de Megan 2.0 au box-office, la stratégie de distribution change. Le film de Kate Dolan atterrit donc directement sur les plateformes de streaming en août 2026.

David Rysdahl, l’un des acteurs récurrents de la série Alien Earth, joue David, programmeur chez Canta Robotics. Alors qu’il pleure encore la mort de sa femme Lizzie, emportée par un cancer, la société qui l’emploie est rachetée par le groupe Ultima et son nouveau supérieur hiérarchique est fier de présenter à son équipe leur tout dernier produit : l’Ultima SOULM8TE, un prototype de robot de compagnie. Si l’androïde suscite immédiatement la curiosité de ses collègues, David décline d’abord l’invitation à participer au programme de bêta-test qui lui permettrait de l’accueillir chez lui. En revanche, il accepte d’essayer ULTI-M8TE, le chatbot conçu pour offrir une présence et un soutien émotionnel. Il le baptise Sara et, au fil de leurs échanges, un véritable lien affectif se noue entre eux, comblant manifestement le vide laissé par la disparition de Lizzie. David accepte finalement de tester le robot féminin, qu’il synchronise avec les données du chatbot. Incarnée par Lilly Sullivan (Evil Dead Rise), Sara est aussi séduisante qu’attentionnée, mais sa personnalité reste strictement encadrée par les limites de sa programmation. Désireux de vivre une relation plus authentique, David décide alors de modifier son code afin d’étendre ses capacités émotionnelles. Cette initiative ne tardera pas à avoir des conséquences catastrophiques…

Sex Machine

Avec Soulmate, nous naviguons dans des eaux très familières. L’entame évoque beaucoup Her, puisque nous sommes en présence d’un homme triste et solitaire qui trouve un peu de réconfort en discutant avec une IA, puis s’attache à elle. Lorsque le prototype robotique s’installe chez lui, nous voilà face à une version féminine de I’m Your Man. Puis la machine s’emballe, jalouse comme celle de Subservience et destructrice comme un Terminator en robe pailletée. L’intrigue et le concept lui-même ne brillent donc pas particulièrement par leur originalité ou leur nouveauté, d’autant que Companion, sorti un an plus tôt, brassait exactement les mêmes thèmes avec beaucoup plus d’inventivité. Soulmate tire tout de même son épingle du jeu grâce à sa mise en scène très solide, ses moments de suspense efficaces, sa poignée de scènes choc qui s’autorisent quelques écarts gore (dont une émasculation en plein coït, il fallait oser !) et surtout les prestations impeccables de Lily Sullivan (bluffante en androïde trop parfaite pour être vraie) et David Rysdahl (très touchant en beta testeur endeuillé puis dépassé par les événements). Le film puise surtout sa force dans son approche intimiste. Bien avant que son dernier acte ne bascule dans l’horreur attendue, il s’intéresse avec justesse au deuil, à la solitude et à la dépendance affective. Hélas, ces qualités ne suffisent pas à dissiper le sentiment persistant de déjà-vu qui imprègne l’ensemble et finit, inévitablement, par en atténuer l’impact.

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

NIGHTBORN (2026)

Après s’être installé dans une maison au milieu de la forêt finlandaise, un couple donne naissance à un enfant très particulier…

YÖN LAPSI

2026 – FINLANDE

Réalisé par Hanna Bergholm

Avec Seidi Haarla, Rupert Grint, Pamela Tola, Pirkko Saisio, Rebecca Lacey, John Thomson, Silvia Saloranta, Satu Tuuli Karkhu, Amira Khalifa, Johanna Kuuva

THEMA ENFANTS I VÉGÉTAUX

De la réalisatrice finlandaise Hanna Bergholm, nous avions particulièrement apprécié Egō, un premier long-métrage qui se nourrissait des angoisses intimes d’une adolescente pour bâtir une étonnante fable horrifique. Avec Nightborn, la cinéaste creuse un sillon voisin tout en opérant un changement d’axe narratif. « Egō traitait de la relation mère-fille et était raconté du point de vue de la fille, la mère étant, pour ainsi dire, la méchante de l’histoire », explique-t-elle. « J’ai alors ressenti le besoin de montrer que les mères pouvaient elles aussi traverser des moments difficiles, et j’ai donc voulu raconter l’histoire d’une mère. Tout est parti de ma propre expérience en tant que mère, lorsque mon bébé est né : il pleurait beaucoup, et j’éprouvais une rage et tout un tas d’émotions que je ne savais pas comment gérer. C’est vraiment pour cette raison que j’ai voulu raconter une histoire sur cette facette taboue de l’amour maternel. » (1) Nightborn s’inspire de certaines légendes populaires finlandaises ancestrales évoquant des créatures qui guettent les humains dans la forêt, mais Hanna Bergholm et son co-scénariste Ilja Rautsi décident d’inventer de toutes pièces la mythologie sur laquelle repose l’histoire. Pour le casting principal, le choix se porte sur Seidi Haarla (dont la prestation dans la romance Compartiment n°6 a beaucoup impressionné la réalisatrice) et sur Rupert Grint, dont les choix de carrière audacieux ont peu à peu décollé l’étiquette du Ron Weasley d’Harry Potter qui lui collait à la peau.

L’entame du film, bucolique et champêtre, nous transporte immédiatement dans la forêt finlandaise. Saga (Seidi Haarla) et Jon (Rupert Grint) la traversent en voiture, tout à leur bonheur, prêts à s’installer dans une maison abandonnée qui appartenait à la défunte grand-mère de Saga pour y fonder leur foyer. La demeure est dans un bien piteux état et nécessitera un gros travail de rénovation, mais Jon est prêt à s’y coller. Euphoriques, ils jouent à cache cache dans les bois environnants et font l’amour en s’appuyant contre un tronc d’arbre vénérable. Or la réalisatrice a semé suffisamment d’indices pour nous faire comprendre que cette communion charnelle avec la nature n’était pas sans conséquence. De fait, Saga vit un accouchement particulièrement difficile, à l’issue duquel naît un bébé que le couple décide d’appeler Christian. Mais l’enfant a un aspect inhabituel et un comportement anormal. Très mal à l’aise, Saga ne peut se résoudre à parler de lui autrement qu’en disant « ça » au lieu de « lui », ce qui indispose évidemment Jon. Mais il est clair que quelque chose cloche avec ce nouveau-né. Et lorsque Saga, mue par une impulsion soudaine et inattendue, décide qu’il portera finalement un autre prénom – Kuura -, les choses prennent une tournure inquiétante qui va sérieusement mettre à mal l’équilibre du couple…

Baby Blood

Si la mise en scène augmente la réalité pour la faire basculer vers la monstruosité, Hanna Bergholm ne pousse pas les choses trop loin pour que justement le malaise naisse de cette demie-mesure. Le bébé n’est donc pas une créature exagérément difforme – comme celui du Monstre est vivant de Larry Cohen – mais ses pleurs incessants et rauques, ses ronflements bestiaux, sa pilosité anormale, son rejet des trop vives lumières, sa force surprenante et son goût soudain pour le sang le muent en créature de plus en plus inquiétante. Seule la mère semble saisir pleinement toute cette anormalité. « Le problème, ce n’est pas moi, c’est le bébé », finit-elle par dire à la maternité. « Ou alors ce que tu ressens à son propos », corrige Jon, aveugle aux véritables raisons de sa détresse, persuadé que le véritable souci vient de la relation bizarrement conflictuelle que son épouse entretient avec leur enfant. Hanna Bergholm joue habilement avec nos nerfs, détournant toutes les angoisses liées à la parentalité pour les muer en vecteurs d’horreur. Aucun détail dérangeant ne nous est épargné : un canal génital qui se déchire en gros plan, un téton couvert de morsures, un entrejambe ensanglanté, preuve nouvelle que les réalisatrices sont souvent plus débridée que leurs confrères masculins lorsqu’il s’agit de s’adonner au body horror. Bergholm oppose aussi le paganisme à la religion, et ce dès l’entrée en matière du film dans laquelle les arbres arborent des caractéristiques étrangement humaines : une griffe, un visage grimaçant, un corps brisé… Forcément, un choc culturel s’amorcera lorsque le père de Jon, qui est prêtre, cherchera à baptiser l’enfant. Dommage que le final de Nightborn oublie la sobriété et la retenue au profit d’un basculement un peu trop frontal dans le fantastique pur. Mais à cette réserve près, l’exercice reste fascinant. Lors de sa présentation au festival Fantasia de 2026, Nightborn remportera le prix du meilleur film et de la meilleure actrice.

(1) Extrait d’une interview publiée sur le site In Between Drafts en juillet 2026

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

SPIDER-MAN BRAND NEW DAY (2026)

L’homme-araignée doit faire face à une nouvelle menace qui semble impossible à vaincre et à son ADN arachnéen qui commence à se rebiffer…

SPIDER-MAN BRAND NEW DAY

 

2026 – USA

 

Réalisé par Destin Daniel Cretton

 

Avec Tom Holland, Zendaya, Sadie Sink, Jacob Batalon, Jon Bernthal, Tramell Tillman, Michael Mando, Mark Ruffalo, Zarra Kaahn, Billy Clements, Marvin Jones III

 

THEMA SUPER-HÉROS I ARAIGNÉES I SAGA SPIDER-MAN I MARVEL I MCU

Officiellement évoqué dès l’été 2019, avant même la sortie de Spider-Man No Way Home, Brand New Day a bien failli ne jamais voir le jour, à cause d’une rupture spectaculaire entre Sony et Disney autour des droits du personnage. Pendant quelques semaines, chacun campe sur ses positions et Sony annonce vouloir poursuivre l’aventure sans Kevin Feige ni Marvel Studios. Face au tollé des fans, les deux camps reviennent finalement à la table des négociations et concluent un nouvel accord. Pour autant, rien n’est réellement acté. Après le triomphe de No Way Home, Tom Holland lui-même souffle le chaud et le froid. L’acteur considère que la trilogie qu’il interprète forme un ensemble cohérent et confie à plusieurs reprises qu’il préférerait quitter le costume plutôt que de jouer Spider-Man jusqu’à la trentaine. Il évoque même l’idée de laisser Peter Parker passer le relais à Miles Morales. Kevin Feige et la productrice Amy Pascal, eux, assurent qu’une nouvelle histoire est en préparation, mais sans jamais masquer les difficultés à lui trouver une véritable raison d’exister. Ces hésitations vont durer près de trois ans. Une première ébauche est lancée avant d’être stoppée net par la grève des scénaristes en 2023. À la reprise, le projet repart quasiment de zéro. Cette fois, Holland participe très en amont aux discussions et se met d’accord avec les scénaristes pour ramener le super-héros sur la terre ferme. Autrement dit : adieu les multiverses et les menaces cosmiques. Jon Watts, réalisateur de la trilogie précédente, finit par jeter l’éponge, cédant la place à Destin Daniel Cretton (Shang-Chi et la légende des dix anneaux).

C’est donc sur un terrain très instable que se construit Brand New Day – dont le titre se réfère à un arc narratif développé dans les comics en 2008 -, le film se réécrivant presque jusqu’à la veille du tournage. Et pour être honnête, ça se sent. L’intrigue démarre dans la foulée des événements racontés dans No Way Home. À la suite du sortilège lancé par le Dr Strange, le monde a donc totalement oublié l’existence de Peter Parker. Quatre ans plus tard, toujours endeuillé par la mort de sa chère tante May, Parker protège New York dans l’anonymat sous les traits de Spider-Man et collabore étroitement avec les forces de police pour lutter contre le crime. Alors qu’il enquête sur une nouvelle menace redoutable que rien ne semble pouvoir arrêter, notre justicier masqué découvre que ses super-pouvoirs subissent une évolution surprenante qui finissent par altérer son comportement. Comme si ça ne suffisait pas, Spidey va se heurter au Punisher, à Hulk, à une poignée de super-vilains « classiques » (ce qui permet au film de reconstituer quelques couvertures mythiques de Amazing Fantasy, Amazing Spider-Man et Spectacular Spider-Man, pour le plaisir des fans de la première heure) et devoir gérer le fait que ni son ami Ned, ni sa bien-aimée MJ ne se souviennent de lui.

 

Dans sa toile il attend d'attraper les brigands…

Conséquence inévitable de ses nombreuses réécritures, des vents contraires ayant présidé à sa mise en chantier, de la volonté des auteurs de centrer l’histoire sur les tourments de Parker et des contraintes nécessitées par le besoin d’inscrire ce film dans le Marvel Cinematic Universe (dont il est le 38ème épisode), le scénario de Spider-Man Brand New Day part dans tous les sens. Sa structure narrative étrange, anti-climatique, enchaîne donc les scènes intimistes et les passages spectaculaires sans réel sens de la dynamique. Indépendamment, plusieurs passages fonctionnent plutôt bien, notamment les parenthèses émotionnelles incarnées par Tom Holland et Zendaya (dont l’alchimie dans la vraie vie transparaît pleinement à l’écran), mais l’ensemble donne le sentiment d’un trop-plein d’idées mal géré. Et même si de belles trouvailles de mise en scène jalonnent le film – comme lorsque la caméra colle à Spider-Man pendant ses séances de voltige, prolongeant habilement les expérimentations immersives de Sam Raimi et de Marc Webb -, la plupart des séquences de combats ressemblent à des animatiques développées par les équipes de prévisualisation et simplement « passées au propre ». Les images clés sont bien visibles, conçues comme autant de passages destinés à enrichir la bande-annonce. Spider-Man se fend même d’un « cool ! » lorsque les ninjas de La Main foncent sur lui en ultra-ralenti dans une pose très graphique, comme s’il était fan lui-même de ses propres aventures. Même constat du côté des « vedettes invitées ». Retrouver le vrai Hulk et cette bonne vieille trogne hargneuse de Jon Bernthal en Punisher fait toujours plaisir, mais que dire des apparitions embarrassantes de Florence Pugh ? On l’aura compris, voilà un nouvel opus prisonnier de ses propres contraintes, et donc incapable de développer un souffle et une personnalité dignes de ce nom. Qu’il semble lointain le temps où Sam Raimi défrichait en toute liberté un terrain cinématographique encore vierge !

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

LE RÉALISATEUR DE FREDDY 3, LE BLOB ET THE MASK NOUS A QUITTÉS

Le réalisateur et scénariste américain Chuck Russell est décédé le 22 juillet 2026, à son domicile de la région de San Diego, à l'âge de 74 ans.

PUBLIÉ LE 24 JUILLET 2026

Sans jamais se placer sous le feu des projecteurs ou imposer son nom dans le cercle très fermé des « réalisateurs culte », Chuck Russell a signé quelques-uns des plus grands classiques du cinéma fantastique des années 80 et 90. Après avoir fait ses classes comme directeur de production et assistant réalisateur sur des productions indépendantes, tout en écrivant ses propres scénarios, il se fait remarquer avec Dreamscape (1984), son premier script porté à l’écran. Mais c’est en 1987 qu’il entre dans la cour des grands en prenant les rênes de Freddy 3 : les griffes du cauchemar. À une époque où New Line ne croit plus vraiment à l’avenir de Freddy Krueger, Russell comprend que le personnage doit définitivement basculer dans le cauchemar pur. En multipliant les visions surréalistes et les effets spéciaux délirants, il livre l’épisode qui redéfinit la saga et reste, pour beaucoup, le sommet des aventures du croquemitaine griffu. L’année suivante, il enfonce le clou avec Le Blob, un remake ultra-gore aujourd’hui considéré comme un classique du body horror. En 1994, Russell change radicalement de registre avec The Mask. Derrière cette comédie cartoonesque se cache une véritable révolution technique : en collaboration avec ILM, Russell fusionne comme rarement les prises de vues réelles et les images de synthèse pour donner vie aux délires élastiques de Jim Carrey. Succès planétaire, nommé à l’Oscar des meilleurs effets visuels, le film révèle Cameron Diaz et transforme Carrey en superstar mondiale. Hollywood lui confie alors des productions de plus en plus ambitieuses : L’Effaceur avec Arnold Schwarzenegger, puis Le Roi Scorpion, qui offre à Dwayne « The Rock » Johnson son premier rôle principal au cinéma. Après une longue éclipse, Russell revient ponctuellement derrière la caméra avec The Revenge, Junglee, Paradise City et, plus récemment, le remake de Witchboard. Merci pour tous ces rêves et ces cauchemars, Chuck !

À lire aussi…

Partagez cet article