SOULMATE (2026)

Un programmeur accepte de tester le dernier prototype de l’entreprise qui l’emploie : un androïde féminin qui finit par échapper à tout contrôle…

SOULM8TE

2026 – USA

Réalisé par Kate Dolan

Avec Lily Sullivan, David Rysdahl, Claudia Doumit, Arty Froushan, Elijah Cook, Mara Huf, Sydney Blackburn, Isabelle Bonfrer, Emma Ramos, Oliver Cooper, Nicholas Lane

THEMA ROBOTS

Après le succès de Megan, et avant même que sa suite Megan 2.0 soit mise en chantier, James Wan lance l’idée d’un spin-off qui se déroule dans le même univers mais se focalise sur d’autres personnages. Ainsi nait le projet de Soulmate. L’histoire originale est écrite par Wan, Ingrid Bisu (Malignant) et Rafael Jordan (Poseidon Rex), ce dernier étant chargé de rédiger le scénario final. Mais le script se réadapte lorsqu’entre en scène la réalisatrice Kate Dolan, qui avait signé le film d’horreur You Are Not My Mother en 2021, et qui retravaille le scénario pour lui donner sa forme définitive. Décrit par ses créateurs comme un « thriller érotique de science-fiction », Soulmate partage avec Megan la thématique d’un robot féminin boosté à l’intelligence artificielle qui échappe totalement au contrôle des humains, et met en scène le même système domestique intelligent Elsie. Les deux histoires se déroulent donc dans un monde commun où les mêmes entreprises commercialisent leurs technologies. Mais à part ça, Soulmate n’a pas grand-chose à voir avec le film de Gerard Johnstone – les péripéties, les protagonistes, les enjeux sont radicalement différents – et peut s’apprécier de manière totalement indépendante. Au départ, Soulmate est censé sortir en salles. Mais après la décevante performance de Megan 2.0 au box-office, la stratégie de distribution change. Le film de Kate Dolan atterrit donc directement sur les plateformes de streaming en août 2026.

David Rysdahl, l’un des acteurs récurrents de la série Alien Earth, joue David, programmeur chez Canta Robotics. Alors qu’il pleure encore la mort de sa femme Lizzie, emportée par un cancer, la société qui l’emploie est rachetée par le groupe Ultima et son nouveau supérieur hiérarchique est fier de présenter à son équipe leur tout dernier produit : l’Ultima SOULM8TE, un prototype de robot de compagnie. Si l’androïde suscite immédiatement la curiosité de ses collègues, David décline d’abord l’invitation à participer au programme de bêta-test qui lui permettrait de l’accueillir chez lui. En revanche, il accepte d’essayer ULTI-M8TE, le chatbot conçu pour offrir une présence et un soutien émotionnel. Il le baptise Sara et, au fil de leurs échanges, un véritable lien affectif se noue entre eux, comblant manifestement le vide laissé par la disparition de Lizzie. David accepte finalement de tester le robot féminin, qu’il synchronise avec les données du chatbot. Incarnée par Lilly Sullivan (Evil Dead Rise), Sara est aussi séduisante qu’attentionnée, mais sa personnalité reste strictement encadrée par les limites de sa programmation. Désireux de vivre une relation plus authentique, David décide alors de modifier son code afin d’étendre ses capacités émotionnelles. Cette initiative ne tardera pas à avoir des conséquences catastrophiques…

Sex Machine

Avec Soulmate, nous naviguons dans des eaux très familières. L’entame évoque beaucoup Her, puisque nous sommes en présence d’un homme triste et solitaire qui trouve un peu de réconfort en discutant avec une IA, puis s’attache à elle. Lorsque le prototype robotique s’installe chez lui, nous voilà face à une version féminine de I’m Your Man. Puis la machine s’emballe, jalouse comme celle de Subservience et destructrice comme un Terminator en robe pailletée. L’intrigue et le concept lui-même ne brillent donc pas particulièrement par leur originalité ou leur nouveauté, d’autant que Companion, sorti un an plus tôt, brassait exactement les mêmes thèmes avec beaucoup plus d’inventivité. Soulmate tire tout de même son épingle du jeu grâce à sa mise en scène très solide, ses moments de suspense efficaces, sa poignée de scènes choc qui s’autorisent quelques écarts gore (dont une émasculation en plein coït, il fallait oser !) et surtout les prestations impeccables de Lily Sullivan (bluffante en androïde trop parfaite pour être vraie) et David Rysdahl (très touchant en beta testeur endeuillé puis dépassé par les événements). Le film puise surtout sa force dans son approche intimiste. Bien avant que son dernier acte ne bascule dans l’horreur attendue, il s’intéresse avec justesse au deuil, à la solitude et à la dépendance affective. Hélas, ces qualités ne suffisent pas à dissiper le sentiment persistant de déjà-vu qui imprègne l’ensemble et finit, inévitablement, par en atténuer l’impact.

© Gilles Penso

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NIGHTBORN (2026)

Après s’être installé dans une maison au milieu de la forêt finlandaise, un couple donne naissance à un enfant très particulier…

YÖN LAPSI

2026 – FINLANDE

Réalisé par Hanna Bergholm

Avec Seidi Haarla, Rupert Grint, Pamela Tola, Pirkko Saisio, Rebecca Lacey, John Thomson, Silvia Saloranta, Satu Tuuli Karkhu, Amira Khalifa, Johanna Kuuva

THEMA ENFANTS I VÉGÉTAUX

De la réalisatrice finlandaise Hanna Bergholm, nous avions particulièrement apprécié Egō, un premier long-métrage qui se nourrissait des angoisses intimes d’une adolescente pour bâtir une étonnante fable horrifique. Avec Nightborn, la cinéaste creuse un sillon voisin tout en opérant un changement d’axe narratif. « Egō traitait de la relation mère-fille et était raconté du point de vue de la fille, la mère étant, pour ainsi dire, la méchante de l’histoire », explique-t-elle. « J’ai alors ressenti le besoin de montrer que les mères pouvaient elles aussi traverser des moments difficiles, et j’ai donc voulu raconter l’histoire d’une mère. Tout est parti de ma propre expérience en tant que mère, lorsque mon bébé est né : il pleurait beaucoup, et j’éprouvais une rage et tout un tas d’émotions que je ne savais pas comment gérer. C’est vraiment pour cette raison que j’ai voulu raconter une histoire sur cette facette taboue de l’amour maternel. » (1) Nightborn s’inspire de certaines légendes populaires finlandaises ancestrales évoquant des créatures qui guettent les humains dans la forêt, mais Hanna Bergholm et son co-scénariste Ilja Rautsi décident d’inventer de toutes pièces la mythologie sur laquelle repose l’histoire. Pour le casting principal, le choix se porte sur Seidi Haarla (dont la prestation dans la romance Compartiment n°6 a beaucoup impressionné la réalisatrice) et sur Rupert Grint, dont les choix de carrière audacieux ont peu à peu décollé l’étiquette du Ron Weasley d’Harry Potter qui lui collait à la peau.

L’entame du film, bucolique et champêtre, nous transporte immédiatement dans la forêt finlandaise. Saga (Seidi Haarla) et Jon (Rupert Grint) la traversent en voiture, tout à leur bonheur, prêts à s’installer dans une maison abandonnée qui appartenait à la défunte grand-mère de Saga pour y fonder leur foyer. La demeure est dans un bien piteux état et nécessitera un gros travail de rénovation, mais Jon est prêt à s’y coller. Euphoriques, ils jouent à cache cache dans les bois environnants et font l’amour en s’appuyant contre un tronc d’arbre vénérable. Or la réalisatrice a semé suffisamment d’indices pour nous faire comprendre que cette communion charnelle avec la nature n’était pas sans conséquence. De fait, Saga vit un accouchement particulièrement difficile, à l’issue duquel naît un bébé que le couple décide d’appeler Christian. Mais l’enfant a un aspect inhabituel et un comportement anormal. Très mal à l’aise, Saga ne peut se résoudre à parler de lui autrement qu’en disant « ça » au lieu de « lui », ce qui indispose évidemment Jon. Mais il est clair que quelque chose cloche avec ce nouveau-né. Et lorsque Saga, mue par une impulsion soudaine et inattendue, décide qu’il portera finalement un autre prénom – Kuura -, les choses prennent une tournure inquiétante qui va sérieusement mettre à mal l’équilibre du couple…

Baby Blood

Si la mise en scène augmente la réalité pour la faire basculer vers la monstruosité, Hanna Bergholm ne pousse pas les choses trop loin pour que justement le malaise naisse de cette demie-mesure. Le bébé n’est donc pas une créature exagérément difforme – comme celui du Monstre est vivant de Larry Cohen – mais ses pleurs incessants et rauques, ses ronflements bestiaux, sa pilosité anormale, son rejet des trop vives lumières, sa force surprenante et son goût soudain pour le sang le muent en créature de plus en plus inquiétante. Seule la mère semble saisir pleinement toute cette anormalité. « Le problème, ce n’est pas moi, c’est le bébé », finit-elle par dire à la maternité. « Ou alors ce que tu ressens à son propos », corrige Jon, aveugle aux véritables raisons de sa détresse, persuadé que le véritable souci vient de la relation bizarrement conflictuelle que son épouse entretient avec leur enfant. Hanna Bergholm joue habilement avec nos nerfs, détournant toutes les angoisses liées à la parentalité pour les muer en vecteurs d’horreur. Aucun détail dérangeant ne nous est épargné : un canal génital qui se déchire en gros plan, un téton couvert de morsures, un entrejambe ensanglanté, preuve nouvelle que les réalisatrices sont souvent plus débridée que leurs confrères masculins lorsqu’il s’agit de s’adonner au body horror. Bergholm oppose aussi le paganisme à la religion, et ce dès l’entrée en matière du film dans laquelle les arbres arborent des caractéristiques étrangement humaines : une griffe, un visage grimaçant, un corps brisé… Forcément, un choc culturel s’amorcera lorsque le père de Jon, qui est prêtre, cherchera à baptiser l’enfant. Dommage que le final de Nightborn oublie la sobriété et la retenue au profit d’un basculement un peu trop frontal dans le fantastique pur. Mais à cette réserve près, l’exercice reste fascinant. Lors de sa présentation au festival Fantasia de 2026, Nightborn remportera le prix du meilleur film et de la meilleure actrice.

(1) Extrait d’une interview publiée sur le site In Between Drafts en juillet 2026

© Gilles Penso

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SPIDER-MAN BRAND NEW DAY (2026)

L’homme-araignée doit faire face à une nouvelle menace qui semble impossible à vaincre et à son ADN arachnéen qui commence à se rebiffer…

SPIDER-MAN BRAND NEW DAY

 

2026 – USA

 

Réalisé par Destin Daniel Cretton

 

Avec Tom Holland, Zendaya, Sadie Sink, Jacob Batalon, Jon Bernthal, Tramell Tillman, Michael Mando, Mark Ruffalo, Zarra Kaahn, Billy Clements, Marvin Jones III

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA SPIDER-MAN I MARVEL I MCU

Officiellement évoqué dès l’été 2019, avant même la sortie de Spider-Man No Way Home, Brand New Day a bien failli ne jamais voir le jour, à cause d’une rupture spectaculaire entre Sony et Disney autour des droits du personnage. Pendant quelques semaines, chacun campe sur ses positions et Sony annonce vouloir poursuivre l’aventure sans Kevin Feige ni Marvel Studios. Face au tollé des fans, les deux camps reviennent finalement à la table des négociations et concluent un nouvel accord. Pour autant, rien n’est réellement acté. Après le triomphe de No Way Home, Tom Holland lui-même souffle le chaud et le froid. L’acteur considère que la trilogie qu’il interprète forme un ensemble cohérent et confie à plusieurs reprises qu’il préférerait quitter le costume plutôt que de jouer Spider-Man jusqu’à la trentaine. Il évoque même l’idée de laisser Peter Parker passer le relais à Miles Morales. Kevin Feige et la productrice Amy Pascal, eux, assurent qu’une nouvelle histoire est en préparation, mais sans jamais masquer les difficultés à lui trouver une véritable raison d’exister. Ces hésitations vont durer près de trois ans. Une première ébauche est lancée avant d’être stoppée net par la grève des scénaristes en 2023. À la reprise, le projet repart quasiment de zéro. Cette fois, Holland participe très en amont aux discussions et se met d’accord avec les scénaristes pour ramener le super-héros sur la terre ferme. Autrement dit : adieu les multiverses et les menaces cosmiques. Jon Watts, réalisateur de la trilogie précédente, finit par jeter l’éponge, cédant la place à Destin Daniel Cretton (Shang-Chi et la légende des dix anneaux).

C’est donc sur un terrain très instable que se construit Brand New Day – dont le titre se réfère à un arc narratif développé dans les comics en 2008 -, le film se réécrivant presque jusqu’à la veille du tournage. Et pour être honnête, ça se sent. L’intrigue démarre dans la foulée des événements racontés dans No Way Home. À la suite du sortilège lancé par le Dr Strange, le monde a donc totalement oublié l’existence de Peter Parker. Quatre ans plus tard, toujours endeuillé par la mort de sa chère tante May, Parker protège New York dans l’anonymat sous les traits de Spider-Man et collabore étroitement avec les forces de police pour lutter contre le crime. Alors qu’il enquête sur une nouvelle menace redoutable que rien ne semble pouvoir arrêter, notre justicier masqué découvre que ses super-pouvoirs subissent une évolution surprenante qui finissent par altérer son comportement. Comme si ça ne suffisait pas, Spidey va se heurter au Punisher, à Hulk, à une poignée de super-vilains « classiques » (ce qui permet au film de reconstituer quelques couvertures mythiques de Amazing Fantasy, Amazing Spider-Man et Spectacular Spider-Man, pour le plaisir des fans de la première heure) et devoir gérer le fait que ni son ami Ned, ni sa bien-aimée MJ ne se souviennent de lui.

 

Dans sa toile il attend d'attraper les brigands…

Conséquence inévitable de ses nombreuses réécritures, des vents contraires ayant présidé à sa mise en chantier, de la volonté des auteurs de centrer l’histoire sur les tourments de Parker et des contraintes nécessitées par le besoin d’inscrire ce film dans le Marvel Cinematic Universe (dont il est le 38ème épisode), le scénario de Spider-Man Brand New Day part dans tous les sens. Sa structure narrative étrange, anti-climatique, enchaîne donc les scènes intimistes et les passages spectaculaires sans réel sens de la dynamique. Indépendamment, plusieurs passages fonctionnent plutôt bien, notamment les parenthèses émotionnelles incarnées par Tom Holland et Zendaya (dont l’alchimie dans la vraie vie transparaît pleinement à l’écran), mais l’ensemble donne le sentiment d’un trop-plein d’idées mal géré. Et même si de belles trouvailles de mise en scène jalonnent le film – comme lorsque la caméra colle à Spider-Man pendant ses séances de voltige, prolongeant habilement les expérimentations immersives de Sam Raimi et de Marc Webb -, la plupart des séquences de combats ressemblent à des animatiques développées par les équipes de prévisualisation et simplement « passées au propre ». Les images clés sont bien visibles, conçues comme autant de passages destinés à enrichir la bande-annonce. Spider-Man se fend même d’un « cool ! » lorsque les ninjas de La Main foncent sur lui en ultra-ralenti dans une pose très graphique, comme s’il était fan lui-même de ses propres aventures. Même constat du côté des « vedettes invitées ». Retrouver le vrai Hulk et cette bonne vieille trogne hargneuse de Jon Bernthal en Punisher fait toujours plaisir, mais que dire des apparitions embarrassantes de Florence Pugh ? On l’aura compris, voilà un nouvel opus prisonnier de ses propres contraintes, et donc incapable de développer un souffle et une personnalité dignes de ce nom. Qu’il semble lointain le temps où Sam Raimi défrichait en toute liberté un terrain cinématographique encore vierge !

 

© Gilles Penso

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LE RÉALISATEUR DE FREDDY 3, LE BLOB ET THE MASK NOUS A QUITTÉS

Le réalisateur et scénariste américain Chuck Russell est décédé le 22 juillet 2026, à son domicile de la région de San Diego, à l'âge de 74 ans.

PUBLIÉ LE 24 JUILLET 2026

Sans jamais se placer sous le feu des projecteurs ou imposer son nom dans le cercle très fermé des « réalisateurs culte », Chuck Russell a signé quelques-uns des plus grands classiques du cinéma fantastique des années 80 et 90. Après avoir fait ses classes comme directeur de production et assistant réalisateur sur des productions indépendantes, tout en écrivant ses propres scénarios, il se fait remarquer avec Dreamscape (1984), son premier script porté à l’écran. Mais c’est en 1987 qu’il entre dans la cour des grands en prenant les rênes de Freddy 3 : les griffes du cauchemar. À une époque où New Line ne croit plus vraiment à l’avenir de Freddy Krueger, Russell comprend que le personnage doit définitivement basculer dans le cauchemar pur. En multipliant les visions surréalistes et les effets spéciaux délirants, il livre l’épisode qui redéfinit la saga et reste, pour beaucoup, le sommet des aventures du croquemitaine griffu. L’année suivante, il enfonce le clou avec Le Blob, un remake ultra-gore aujourd’hui considéré comme un classique du body horror. En 1994, Russell change radicalement de registre avec The Mask. Derrière cette comédie cartoonesque se cache une véritable révolution technique : en collaboration avec ILM, Russell fusionne comme rarement les prises de vues réelles et les images de synthèse pour donner vie aux délires élastiques de Jim Carrey. Succès planétaire, nommé à l’Oscar des meilleurs effets visuels, le film révèle Cameron Diaz et transforme Carrey en superstar mondiale. Hollywood lui confie alors des productions de plus en plus ambitieuses : L’Effaceur avec Arnold Schwarzenegger, puis Le Roi Scorpion, qui offre à Dwayne « The Rock » Johnson son premier rôle principal au cinéma. Après une longue éclipse, Russell revient ponctuellement derrière la caméra avec The Revenge, Junglee, Paradise City et, plus récemment, le remake de Witchboard. Merci pour tous ces rêves et ces cauchemars, Chuck !

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L’ODYSSÉE (2026)

Christopher Nolan nous propose une version introspective de L’Odyssée d’Homère…

THE ODYSSEY

 

2026 – USA / GB

 

Réalisé par Christopher Nolan

 

Avec Matt Damon, Tom Holland, Robert Pattinson, Anne Hathaway, Himesh Patel, John Leguizamo, Charlize Theron, Corey Hawkins, Jarreth J. Merz, Niko Nicotera

 

THEMA MYTHOLOGIE

Film évènement de l’année 2026, L’Odyssée a recueilli des critiques dithyrambiques, malgré (ou grâce à ?) des avant-premières dont furent exclus les influenceurs généralement courtisés par les studios, le réalisateur souhaitant officiellement redonner aux critiques professionnels leur place sur l’échiquier médiatique. Le casting prestigieux joue le jeu et inonde de son glamour tous les tapis rouges des capitales du monde pour vanter le génie de Nolan, conter les coulisses d’un tournage dans de nombreux pays (Maroc, Islande, Grèce, Ecosse et Californie pour les scènes en studio) et favorisant les décors naturels et construits « en dur », avec notamment la construction partielle mais grandiose de la cité de Troie, ainsi que son fameux cheval, des bateaux fonctionnels, du vrai sable, de la véritable eau de mer et du vrai vent, le tout filmé pour la première fois intégralement au format IMAX 70mm. Il est vrai qu’après avoir été sevré aux films super-héroïques tournés sur fond vert depuis 20 ans, le public a de quoi s’extasier devant ce qui s’annonce comme une superproduction hollywoodienne épique et spectaculaire… sauf que, tel un cheval de Troie justement, L’Odyssée est tout l’inverse : un film introspectif refusant tout spectacle ostentatoire, jusqu’à sa bande originale signée Ludwig Gorannson, qui s’amuse avec des sonorités ethniques et des nappes sonores, aux antipodes des compositions flamboyantes de Miklos Rosza pour Ben-Hur ou Dimitri Tiomkin pour La Chute de l’empire romain. Visuellement, Nolan privilégie comme à son habitude une approche réaliste, sobre et même ici un brin minimaliste, contrastant avec le discours superlatif des acteurs, dont le temps de présence à l’écran est parfois inversement proportionnel à leur omniprésence médiatique durant le press tour : Zendaya n’apparait ainsi pas plus de cinq minutes, Charlize Theron, Elliot Page ou Lupita N’Goyo guère plus. Tom Holland et Robert Pattinson tiennent certes des (seconds) rôles plus importants mais n’ont pas grand-chose à jouer, les sentiments et les motivations des personnages étant toujours sur-signifiés dans les dialogues ne laissant finalement que peu de place à l’interprétation. Sur le fond bien sûr, la pertinence et la dimension philosophique du texte d’Homère ne sont plus à démontrer.

Christopher Nolan ne souhaitant jamais faire simple, il impose comme à son habitude un montage alterné entre plusieurs temporalités : d’un côté, Télémaque (Tom Holland) et Pénélope (Anne Hathaway), attendant le retour d’Ulysse au présent ; de l’autre, le récit fragmenté de la guerre de Troie, des rencontres avec le cyclope ou la sorcière Circé, compliquant de façon artificielle un récit qui ne perdrait rien de son intérêt s’il avait suivi une structure linéaire. Le style du réalisateur serait-il en passe de devenir une formule ? Le procédé fait en tout cas long feu ici car en cours de métrage, sans doute conscient qu’il ne se passe plus grand-chose à Ithaque, Nolan recentre son récit les voyages d’Ulysse et ses péripéties de façon chronologique (à quelques classiques flashbacks près), peinant cependant à faire ressentir les vingt années qu’elles représentent en raison de leur nature épisodique. Mais en renonçant à intégrer ses obsessions temporelles habituelles et en se détournant de son traditionnel casting de seconds rôles (ou de figurants ?) « cinq étoiles », l’adaptation de L’Odyssée met en exergue une autre thématique récurrente, quoique plus discrète, de la filmographie de l’auteur d’Inception, Interstellar, The Dark Knight, Oppenheimer ou encore Le Prestige : le destin de protagonistes qui se lancent tête baissée dans une quête ou une mission personnelle, qu’ils perçoivent comme vertueuse, au prix du départ et de l’exil, ainsi que les conséquences de leurs actes sur le monde et sur ceux pour qui ils se battent ou pensent se battre , lesquels ne comprennent ni n’acceptent toujours leurs choix, à l’image des habitants de Gotham ou des enfants du personnage incarné par Matthew McConaughey dans Interstellar. Ils n’atteignent jamais leur objectif sans sacrifice, pas plus qu’en faisant l’unanimité. Pour endosser l’armure d’Ulysse défiant les dieux, Matt Damon (re-)sculpte son corps, ajuste son langage corporel et transforme même sa voix, afin de donner à son personnage la présence et la gravité nécessaires. Nolan peut dès lors choisir de raconter son histoire à hauteur d’homme, du strict point de vue de son héros, sans plans d’ensemble spectaculaires ni multi-angularité objective sur l’action, une approche identique à celle choisie par Spielberg pour La Guerre des mondes.

Heureux qui comme Chris

L’Odyssée ne ressemble donc en rien à Jason et les Argonautes, Le Choc des Titans et autres classiques mettant en avant des monstres animés par Ray Harryhausen. Pas plus qu’à un blockbuster de l’âge numérique qui pourrait se permettre de tout montrer. Le cyclope, par exemple, n’est jamais dévoilé en totalité, même dans la version IMAX 70mm, pour signifier sa taille imposante. Fidèle à sa volonté de filmer en direct devant la caméra, les équipes construisent une marionnette géante de près de 30 mètres de haut, maquette qui sera remplacée par l’incrustation d’un acteur maquillé dans la majorité des plans. Le secret le mieux gardé des films de Christopher Nolan est qu’il a bien recours à des images de synthèse sur tous ses films, principalement pour des ajouts ou effacements d’objets, personnages ou décors, ou simplement pour incruster des éléments tournés séparément. Pas de quoi crier à la publicité mensongère, car un effet spécial qui fonctionne est avant tout un effet dont on a du mal à déterminer la nature, ce qui est le cas ici : qu’il s’agisse du cyclope ou de la trombe marine, bien malin celui qui saura deviner comment ont été réalisées ces séquences. Et lorsque Circé transforme les compagnons d’Ulysse en cochons, on applaudit l’économie de moyens et l’efficacité de simples effets de substitutions et de dissimulations à l’ancienne. Mais la volonté de privilégier le « vrai » révèle parfois ses limites. Ainsi, une séquence de tempête en mer ressemble à ce qu’elle est : des acteurs sur un bateau raisonnablement stable s’agitant sous des lances à eau. La mise en scène s’appuie sur l’omniprésence de la musique et un montage très elliptique. Chez Nolan, on voit rarement un personnage entrer ou quitter le cadre, encore moins accomplir des gestes anodins : la moindre réplique est délivrée avec solennité et sans amorce de scène. Une densité et une intensité qui risquerait de se retourner contre le film, car à force pousser tous les curseurs en permanence, son approche pourrait finir par étouffer toute respiration organique en faveur d’une cérébralité empêchant toute émotion directe. L’Odyssée reste une belle proposition de cinéma « adulte », aux parti-pris radicaux mais aussi paradoxaux, notamment le refus un brin snob de céder au grand spectacle frontal et au glamour hollywoodien, ou encore le sous-emploi du casting le plus prestigieux qui soit, tout en dépensant tout de même quelques 250 millions de dollars de budget. Rappelons tout de même à ceux qui s’extasient, à juste titre, devant les défis et la magie d’un tournage dans des décors immenses, les effets spéciaux réalisés physiquement ou encore la précision des coupes irréversibles d’un montage effectué à même le fragile négatif original que, avant le mitan des années 2000, c’est comme ça qu’étaient confectionnés tous les films. Et si on peut remercier Christopher Nolan d’entretenir le prestige de ce savoir-faire et remplir à nouveau les salles de cinéma à l’été 2026 avec un sujet à priori peu vendeur, on ne peut pas non plus lui attribuer l’image du génie créatif absolu qu’il n’est pas. On recommandera aux curieux de voir ou revoir Valhalla Rising de Nicolas Winding Refn, qui emmenait déjà Mads Mikkelsen (et le spectateur) dans une expérience introspective au cœur de paysages naturels froids et humides, pour un budget cinquante fois inférieur à celui de L’Odyssée, sans que le résultat soit pour autant cinquante fois moins intéressant.

 

© Jérôme Muslewski

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EVIL DEAD BURN (2026)

Dans ce 6ème volet de la saga Evil Dead, une jeune Française est confrontée aux «deadites» ainsi qu’à la famille américaine de son défunt mari…

EVIL DEAD BURN

 

2026 – USA

 

Réalisé par Sébastien Vaniček

 

Avec Souheila Yacoub, Tandi Wright, Hunter Doohan, Luciane Buchanan, Erroll Shand, Maude Davey, George Pullar, Alyssa Sutherland

 

THEMA ZOMBIES I DIABLE ET DEMONS I SAGA EVIL DEAD

Sixième film de la saga initiée en 1981, Evil Dead Burn emboite le pas au Evil Dead de Fede Álvarez et Evil Dead Rise de Lee Cronin, délaissant le second degré cartoonesque de la trilogie originale au profit d’une violence plus âpre. Après l’Uruguay et l’Irlande, c’est en France que Sam Raimi a déniché le réalisateur Sébastien Vaniček après avoir été impressionné par son premier film Vermines. D’autres auteurs du fantastique français ont avant lui cédé aux sirènes hollywoodienne, laissant souvent à la douane une partie de leur spécificité culturelle au profit d’une américanisation de leur cinéma (Gothika, Crawl, Piranha 3D par exemple). Or, Ghost Pictures, la boîte de production de Raimi, a donné ici carte blanche à Vaniček pour réaliser SON film, du moment que le canevas relativement souple de la franchise était respecté : un lieu confiné (après la cabane et l’appartement, nous voilà dans une grande maison de famille), le Livre des Morts, les « deadites », le tout assaisonné de violence gore et sadique. On dit que le cinéma américain est avant tout basé sur l’histoire et l’action alors que le cinéma européen se focalise avant tout sur la psychologie des personnages. C’est justement sous cet angle que Vaniček et son co-scénariste Florent Bernard (un transfuge des univers parodiques des séries La Flamme et Le Flambeau et des sketches du Palmashow) parviennent à injecter leur ADN français à l’écran. En coulisse, ils obtiennent également d’effectuer la post-production dans l’hexagone (montage, mixage, musique et SFX inclus) après un tournage maintenu en Nouvelle-Zélande pour des raisons fiscales et logistiques, Sam Raimi ayant délocalisé ses productions au pays des kiwis depuis Hercule et Xena la guerrière.

Après un pré-générique embrayant sur la fin de Evil Dead Rise, Vaniček et Bernard introduisent en 5 minutes chrono leurs protagonistes : Alice (Souheila Yacoub) est française, mariée à Will (George Pullar), un chef cuisiner américain expatrié de retour pour l’anniversaire de son frère Joseph (Hunter Doohan), qui ambitionne de devenir écrivain. Des tensions apparaissent immédiatement, Will se montrant jaloux et directif envers Alice qui, loin de se laisser faire, fume sa cigarette pour signifier qu’elle n’est pas prête d’accepter de lui faire un bébé. Elle a de la personnalité, ce qui la mènera à se heurter à sa belle-famille après le décès de Will, au cours d’un séjour dans leur maison de campagne dont la décrépitude trahit d’emblée la nature réelle des relations familiales derrière les beaux sourires. Ainsi, la belle-mère, Susan (Tandi Wright), ne va cesser d’essayer de conformer l’impie aux règles de bienséance de sa famille « modèle ». Le beau-père (Erroll Shand) ne cache pas son mépris pour sa bru, pas plus que son dédain envers son second fils qui n’arrive pas à la cheville de son ainé selon lui. Et puis, il y a la grand-mère maternelle (Maude Davey), pas assez sénile pour oublier de reprocher à la « pièce rapportée » Alice d’être française, ou soupçonner Thya (Luciane Buchanan), la fiancée de Joseph, de vouloir leur voler leur argent. Dans Evil Dead Burn, les apparences sont trompeuses, les blessures cachées, et les rancunes silencieuses sont étouffées par les convenances. Même Alice finira par craquer et révéler le vrai visage de Will à ses parents. Vaniček dresse un portrait au vitriol d’une certaine Amérique et éclabousse littéralement les clichés de la famille parfaite, filmant à plusieurs reprises des photos aspergées de sang. Chacun membre de la famille se révèle blessé, frustré, vénal, prisonnier de ses propres principes, manipulateur ou violent ; des traits de caractère exacerbés lorsque ceux-ci se transformeront inévitablement en « deadites ». Iconoclaste, Vanicek ne résiste ainsi pas à l’envie de perturber le bon déroulement de l’enterrement de Will, montrant également l’employé des pompes funèbres incinérer des corps avec la même implication que s’il cuisait des steaks dans un fast-food. Les Français ne respectent donc rien, et tout est résumé dans le toast ironique porté par Thya « à votre si parfaite petite famille », qui sonnera le début des véritables hostilités.

Cochon qui s’en « deadite »

On oublierait presque que les spectateurs n’achèteront pas leur billet pour écouter des engueulades familiales dans un trois pièces-cuisine, mais pour voir un nouvel opus de l’opéra de la terreur promis par l’affiche originale d’Evil Dead en 1981. Que l’on se rassure : le sous-texte est un bonus dans lequel un certain public trouvera son compte mais jamais il ne détourne l’attention du « spectacle ». Vaniček avait déjà démontré avec Vermines qu’il savait y faire en termes de mise en scène : il passe au niveau supérieur en utilisant à bon escient tous les moyens techniques à sa disposition, sans jamais tomber dans l’esbroufe ostentatoire. Le découpage et le « blocking » sont limpides, et le plan-séquence dans le salon, qui a du rendre Sam Raimi vert de jalousie, est d’ores et déjà un sommet dans la saga. L’héroïne se fait bien sûr martyriser comme l’exige la tradition sadique de la franchise : on plante, on coupe, on perfore, peu importe l’outil tant qu’il y a du sang, le tout dans la bonne humeur transgressive. Car, derrière le premier degré revendiqué, le spectateur sain d’esprit saisira d’emblée le pacte tacite formulé par le réalisateur : tout va y passer, y compris deux catégories de victimes rares dans le cinéma américain. Un petit bémol toutefois à l’efficacité rageuse de ce Evil Dead Burn, sinon parfait dans son genre : la décision de recourir intégralement à des images de synthèse pour un personnage lors du climax en lieu et place de la combinaison de maquillages et de CGI utilisée jusque là. Cela n’ entache pas l’exploit de Vaniček, qui réussit à faire passer (en douce !) l’esprit satirique à la française dans une production américaine. Et il y a fort à parier que Sam Raimi, également coutumier du fait (Jusqu’en enfer, Le Monde fantastique d’Oz ou Send Help écorchent tous le corporatisme américain), l’a probablement remarqué mais a choisi de fermer les yeux et laisser faire. Grâce lui soit rendue, et souhaitons que Evil Dead Wrath, confié à Francis Galuppi (l’excellent néo-noir Last Stop in Yuma County), dont le tournage s’est achevé en Mai 2026 pour une sortie en 2028, fasse perdurer le sans-faute de ce que l’on peut considérer comme la saga horrifique la plus réussie de tous les temps.

© Jérôme Muslewski

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SAM NEILL NOUS A QUITTÉS

Le génial acteur néo-zélandais, héros inoubliable de L'Antre de la folie et de Jurassic Park, s'est éteint à l'âge de 78 ans.

PUBLIÉ LE 13 JUILLET 2026

Bien conscient d’être destiné à demeurer aux yeux du public « l’homme aux dinosaures », Sam Neill était bien plus que ça, évidemment. Son regard perçant, son sourire en coin, sa voix inimitable sont à tout jamais inscrits dans notre inconscient collectif. Né le 14 septembre 1947 en Irlande, Nigel John Dermot Neill fait sa première apparition sur un écran en 1971, dans le téléfilm The City of No de Ian Cross. Il est alors très peu confiant dans ses capacités d’acteurs et ne joue encore qu’épisodiquement, à ses heures perdues, alternant les films et les séries TV. Lorsque nous le découvrons dix ans plus tard sous les traits d’un antéchrist suave dans La Malédiction finale, le doute n’est plus permis : un grand comédien est en train d’émerger sur la scène internationale. L’une des expériences les plus intenses de sa carrière est probablement sa confrontation avec Isabelle Adjani dans le sulfureux Possession d’Andrzej Zulawski. Nous le retrouvons ensuite dans bon nombre d’œuvres marquantes comme Calme blanc, À la poursuite d’Octobre Rouge ou Les Aventures d’un homme invisible

 

L’année 1993 est décisive : coup sur coup, Neill tient la vedette de Jurassic Park et de La Leçon de piano. Le plus gros succès de l’histoire du cinéma d’un côté, la Palme d’Or de Cannes croulant sous les récompenses internationales de l’autre. Ce grand écart démontre une fois de plus l’incroyable diversité de son talent. Les fantasticophiles se régaleront plus tard de sa prestation dans L’Antre de la folie de John Carpenter, mais aussi dans Event Horizon, le Blanche-Neige horrifique de Michael Cohn, la mini-série Merlin, L’Homme bicentenaire ou Daybreakers. Les petits écrans lui offriront encore quelques rôles récurrents mémorables dans les séries Les Tudors et Peaky Blinders. Exploitant d’un domaine viticole en Nouvelle-Zélande, engagé pour l’environnement, militant contre les OGM, Sam Neill avait décidément tout pour plaire. En rémission d’une forme de cancer rare du sang, il a soudainement rendu son dernier souffle à l’âge de 78 ans. « Sam était entouré de sa famille et s’est éteint avec la dignité qui a caractérisé toute sa vie », précise le communiqué officiel publié par ses proches.

 

@ Gilles Penso

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OBSESSION (2026)

Bear, un jeune homme introverti, fait le vœu que son amie Nikki tombe follement amoureuse de lui, mais son rêve vire vite au cauchemar…

OBSESSION

 

2026 – USA

 

Réalisé par Curry Barker

 

Avec Michael Johnston, Inde Navarrette, Cooper Tomlinson, Megan Lawless, Andy Richter, Haley Fitzgerald, Darin Tooder

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

En cette année 2026, deux films d’horreur, Backrooms de Kane Parsons et Obsession de Curry Barker, rapidement estampillés « Gen Z » en raison de l’âge de leur réalisateur (respectivement 20 et 26 ans), sortent de leur torpeur post-COVID une industrie hollywoodienne à bout de souffle, dont les grandes franchises ne semblent plus attirer les foules, et un public qui semblait avoir définitivement succombé aux algorithmes des platesformes et leurs contenus addictifs. Les deux titres ont aussi en commun d’avoir été produits pour des budgets dérisoires par des studios indépendants (A24 et Blumhouse Pictures/Focus Features) et d’avoir vu leurs recettes au box-office mondial talonner, voire surpasser, celles d’un blockbuster comme The Mandalorian & Grogu. On avancera qu’une des raisons de ce succès tient à la rupture générationnelle ici enfin consommée : depuis 2000, le cinéma d’horreur a beaucoup et vainement cherché à raviver la flamme et l’énergie des années 70 puis 80, des époques révolues et des thématiques forcément obsolètes. C’est aussi toute une génération de cinéastes cinéphiles sevrés à la vidéo qui a voulu reproduire ce qu’elle a aimé, sans forcément avoir bien digéré ces références ni savoir comment les transposer pertinemment dans le nouveau millénaire. Or, Curry Barker ne se revendique d’aucune paroisse et on pourrait même avancer qu’il ne connaît surement pas encore grand-chose à la Grande Histoire du 7ème art. Paradoxalement, c’est surement sa plus grande force en tant qu’auteur ! Dans une interview donnée à Mad Movies, il avoue que l’idée d’Obsession lui vient de l’épisode d’Halloween de 1991 des Simpsons, dont il a vu une rediffusion quand il était enfant. Cet épisode voyait Bart entrer en possession d’une patte de singe momifiée pouvant exaucer trois vœux qui, bien sûr, auront tous des conséquences catastrophiques. Ce que Curry Barker semble ignorer, c’est que cette histoire est tirée d’un petit classique de la littérature anglaise écrit en 1902 par l’auteur anglais W.W. Jacobs, une nouvelle justement intitulée La Patte de singe. Libre de toute référence et déférence envers un quelconque héritage cinéphile ou littéraire, Barker n’a donc d’autre objectif que de raconter une histoire empreinte de ses préoccupations et celles de sa génération : les relations amoureuses 2.0 et post #Metoo.

L’histoire d’Obession a le mérite d’être linéaire et limpide, sans gras ni sophistication artificielle, mais sans précipiter les choses non plus : Bear (Michael Johnston) est un garçon gentil mais effacé, travaillant dans un magasin de musique et dont les seuls amis sont ses collègues ; parmi ceux-ci, Nikki (Inde Navarrette), pour qui il en pince, sans oser franchir le pas de peur d’être déjà coincé dans la fameuse « friend zone » dont on ne ressort que rarement. Alors quand, dans une boutique évoquant un magasin « Natures & Découvertes » version ésotérique, il tombe sur une sorte de sarbacane dont l’argumentaire de vente promet d’exaucer un vœu, il n’a rien à perdre sinon quelques dollars, et émet le souhait que Nikki tombe follement amoureuse de lui. De cet objet magique prétexte à la fable, on ne saura jamais rien de plus, sinon qu’il fonctionne bel et bien ; un peu comme le Zoltar de Big, auquel un cinéaste plus cinéphile que Barker n’aurait peut-être pas manqué de glisser une référence. Nikki devient ainsi accro à Bear (un revirement survenant au sein d’une même scène et première démonstration du talent de l’actrice Inde Navarrette), et si ce dernier savoure d’abord ces témoignages ininterrompus d’affection, il réalise vite le cauchemar qu’il va vivre : Nikki l’admire pendant qu’il dort (une séquence particulièrement inquiétante), barricade la porte pour qu’il n’aille pas travailler et reste avec elle, devient ultra jalouse et possessive, lui fait une scène au restaurant et chez des amis. À côté d’elle, la Glenn Close de Liaison fatale passerait pour un modèle d’équilibre mental, mais Barker a-t-il même entendu parler du film ? Car si Obsession n’invente finalement rien et aurait pu tout aussi bien faire l’objet d’un épisode des Contes de la crypte ou d’une quelconque anthologie, le premier degré et la foi positivement candide de Barker en l’histoire qu’il raconte lui confèrent toute sa force de conviction. Jamais il ne prend son sujet de haut et aucun second degré déplacé ne vient désamorcer ou parasiter une tension allant crescendo (tout au plus pinaillera-t-on sur le petit « gag » secondaire de la pluie de billets), soutenue par une mise en scène étonnamment ambitieuse et maitrisée pour un premier long-métrage (après Milk and Serial, son moyen-métrage amateur visible sur Youtube).

Le péril jeune

Curry Barker a beau n’avoir que 26 ans, ses partis-pris d’écriture et de mise en scène font preuve d’une maturité formelle que certains faiseurs du genre n’atteindront jamais. Le scénario réussit à se tenir à un point de vue unique, celui de Bear – une rigueur à saluer. Mais le jeune cinéaste use également d’une grammaire cinématographique aboutie en adoptant notamment un format d’image atypique au ratio hauteur/largeur de 1,50 – plus large que le 4:3 académique, plus étriqué que le format natif 1:1,85 du 35mm. Il opte aussi pour des plans fixes expertement composés et éclairés qui, s’ils mettent en valeur le jeu des acteurs, privent néanmoins Barker de nombreuses options pour altérer le rythme des scènes au montage. Cela revient donc à travailler sans filet et rend ce premier film encore plus remarquable. Et quand Barker recourt à des champs/contre-champs pour les dialogues, c’est sur un axe à 180 degrés, une façon de permettre au spectateur de regarder les personnages en face, dans les yeux ; des regards évidemment troubles et troublants, générant un malaise soutenu via une musique atonale et stridente typique des productions contemporaines, celles d’A24 en particulier. Certains ont émis l’hypothèse qu’Obsession traitait de la masculinité toxique. En effet, bien que Barker présente tout d’abord Bear comme un jeune homme introverti et mal dans sa peau, pourtant loin du profil des influenceurs masculinistes qui sévissent en ligne, il n’hésite pas pour autant à dévoiler sa face sombre, à savoir une vanité et un égoïsme tout ce qu’il y a de plus néfaste. Emboitant le pas de L’Elue, Together et Companion qui traient déjà des couples toxiques, Barker ajoute ici (volontairement ou pas) la notion du triangle de Carpman, psychologue ayant observé le jeu de victime, bourreau et sauveur au sein des relations – amoureuses ou amicales – et ici parfaitement illustré dans Obsession par le copain Ian (Cooper Tomlinson). Pour autant, Barker ne cherche jamais à intellectualiser son propos et se focalise sur ses personnages et sa narration, ne relâchant jamais la pression jusqu’à une fin nihiliste et noire tout à fait cohérente qui entérine la réussite de cette première œuvre, appelée à n’en point douter à devenir un classique.

 

© Jérôme Muslewski

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LES MAÎTRES DE L’UNIVERS (2026)

Près de 40 ans après Dolph Lundgren, un nouveau Musclor vient affronter Skeletor dans cette variante survitaminée sous haute influence des productions Marvel…

MASTERS OF THE UNIVERSE

 

2026 – USA

 

Réalisé par Travis Knight

 

Avec Nicholas Galitzine, Camila Mendes, Idris Elba, Jared Leto, Jóhannes Haukur Jóhanesson, Jon Xue Zhang, Alison Brie, Sam C. Wilson, Charlotte Riley, James Purefoy

 

THEMA SUPER-HÉROS I HEROIC FANTASY

Depuis Les Maîtres de l’univers réalisé en 1987 par Gary Goddard, un vertigineux jeu de chaises musicales s’est mis en place à Hollywood dans l’espoir de faire revivre en « live action » l’univers des célèbres jouets Mattel. Car si le film qui donne la vedette à Dolph Lundgren est unanimement considéré comme un sympathique nanar, un certain culte a fini par l’entourer, comme bon nombre de productions Cannon des années 80. La cote de popularité des petites figurines étant par ailleurs toujours vivace auprès des collectionneurs, redonner leurs chances à Musclor et Skeletor sur grand écran semblait être une bonne idée. On ne compte plus le nombre de metteurs en scène ayant été attaché un jour ou l’autre au projet, de John Woo à John Stevenson en passant par Jon M. Chu, Joe Cornish, Rian Johnson, Andrés Muschietti, Kirk DeMicco, Chris Sanders, Phil Lord, Christopher Miller, Mike Cahill, Jeff Wadlow, Harald Zwart, Chris McKay, McG, David S. Goyer ou encore Aaron et Adam Nee. C’est finalement Travis Knight, réalisateur de Kubo et l’armoire magique et de Bumblebee, qui hérite du bébé, avec à sa disposition un budget estimé entre 170 et 200 millions de dollars. Le rôle du super-héros musclé, lui, échoit à Nicholas Galitzine, qui jouait Timmy dans le remake de Dangereuse alliance et le prince Robert dans le Cendrillon de 2021. Le film ne mise donc pas sur les superstars mais sur la célébrité de la franchise, même si quelques noms familiers participent à la fête, notamment Idris Elba et James Purefoy – sans compter Jared Leto qui se cache sous le crâne de Skeletor.

Cette version 2026 des Maîtres de l’univers est une « origin story » qui s’emploie à raconter l’enfance de Musclor et sa transformation progressive en guerrier iconique. L’histoire commence donc à Eternos, la capitale de la planète Eternia, où le jeune prince Adam et son amie Teela sont formés à l’art du combat par Duncan, le maître d’arme du royaume. À vrai dire, Adam n’a pas du tout l’étoffe d’un futur héros. Chétif, faible, moins courageux que les autres, il manie les armes avec beaucoup de maladresse, ce que son père, le roi Randor, ne manque pas de lui faire remarquer. Or voilà que le maléfique sorcier Skeletor et son armée attaquent la ville et capturent les parents d’Adam, tandis que Duncan est grièvement blessé. La Sorcière qui garde le Château des Ombres envoie alors Adam sur Terre grâce à un portail magique et lui confie l’Épée du Pouvoir. Le jeune garçon parvient à s’échapper mais perd l’épée en chemin. Quinze ans plus tard, Adam, désormais adulte, vit une existence d’homme banal et travaille au service des ressources humaines d’une entreprise anonyme. Mais son destin ne tarde pas à le rattraper…

« Par le pouvoir du Crâne Ancestral ! »

La tonalité au second degré de la voix off introductive nous annonce d’emblée une légèreté qui n’est pas sans évoquer Thor Love and Thunder. Ce n’est pas forcément bon signe, pour qui se souvient de la balourdise du film de Taika Waititi. Mais il est évident que le Marvel Cinematic Universe a beaucoup influencé ces Maîtres de l’univers. Tout y est : l’orgie d’effets numériques pour mettre en image les nombreuses échauffourées qui scandent l’intrigue, un monde d’heroic-fantasy medievalo-futuriste qui ressemble beaucoup au Asgard de Thor, un jeu d’équilibre permanent entre l’action, l’humour et l’émotion, et même une séquence post-générique ouverte vers une suite possible. La bande originale, de son côté, mixe les orchestrations épiques avec les guitares électriques pop-rock d’inspiration eighties. En l’occurence, c’est le légendaire guitariste Brian May qui s’y colle. Nous avons même droit à une reprise de « Boys don’t cry » et de « Princes of the Universe ». Une autre référence nous vient alors à l’esprit : le kitschissime Flash Gordon de Mike Hodges, avec lequel ces Maîtres de l’univers ont beaucoup de points communs. Toujours à la limite de la parodie (les rires hystériques de Skeletor, les clowneries de Musclor), le film s’offre même un petit cameo de Dolph Lundgren qui permet de passer symboliquement le flambeau à Nicholas Galitzine. Pas désagréable, ce spectacle hypertrophié s’apprécie distraitement… et s’oublie à peu près aussitôt. Sorti au cinéma sur de nombreux territoires, Les Maîtres de l’univers aura été privé de salles en France, sans doute par crainte d’un trop faible nombre d’entrées. Il atterrira donc directement sur Prime Vidéo.

 

© Gilles Penso

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HUNGRY (2026)

Plus féroce que le requin, plus vorace que le crocodile, voici l’hippopotame des bayous, une espèce monstrueuse que rien ne semble pouvoir arrêter !

HUNGRY

 

2026 – GB / USA

 

Réalisé par James Nunn

 

Avec Madison Davenport, Tracey Bonner, Joaquim de Almeida, Michel Curiel, Samantha Coughlan, Olivia Bernstone, Jim Meskimen, River Codack

 

THEMA MAMMIFÈRES

Le concept de Hungry fait immédiatement penser aux « creature features » réalisés avec des sommes ridicules par des compagnies de production spécialisées dans les sériesB/Z, dont The Asylum est devenu le fer de lance dans les années 2000. Mais James Nunn ne cherche pas à combattre dans cette catégorie semi-parodique. En 2022 déjà, alors que la saga Sharknado et ses émules transformaient les requins mangeurs d’hommes en clowns marins propices à tous les délires, ce spécialiste du cinéma d’action musclé (Tower Block, Eliminators, Ont Shot) s’essayait au film d’attaque animale mâtiné de survival avec un Shark Bay traité volontairement au premier degré. C’est exactement avec le même état d’esprit qu’il aborde Hungry, si ce n’est que cette fois-ci le prédateur est un animal qui se distingue à priori plus par sa bonhommie que par son agressivité : l’hippopotame. Héros d’une multitude de livres et de séries animées pour enfants, le sympathique et rondouillard mammifère allait-il pouvoir devenir un monstre crédible ? Tel est le défi que se lance Nunn, bien décidé à muer ce massif quadrupède amphibie en créature terrifiante. Malins, les distributeurs détournent même le titre du fameux jeu « Hippos gloutons » (en anglais « Hungry hungry hippos ») auquel l’une des phrases d’accroche se réfère directement sur plusieurs posters du film : « This hippo isn’t playing games ». Autrement dit : « cet hippo n’est pas là pour jouer ».

Hungry s’attache d’abord à nous présenter sa petite galerie de personnages, conformément aux codes traditionnels du cinéma catastrophe. Nous voici donc en présence de Sistine (Madison Davenport), qui doit faire face à la maladie de sa mère et à une récente perte demploi, et qui part passer des vacances exotiques à la Nouvelle-Orléans avec sa meilleure amie Hannah (Olivia Bernstone). Sur place, elles décident de participer à une excursion en bateau à prix réduit pour observer les alligators dans les marécages de Louisiane. Elles y rencontrent le sympathique guide Rodrigo (Michel Curiel) ainsi que les autres touristes embarqués avec elles dans cette petite ballade : l’infirmière Sally (Samantha Coughlan), son père ex-pompier Tim (Jim Meskimen), son fils ado Mikey (River Codack) ainsi que Dionne (Tracey Bonner), une femme d’affaires récemment divorcée. La dynamique du groupe se dessine déjà et laisse imaginer comment les rôles se redéfiniront au moment du drame. Au cours de l’excursion, Dionne glisse discrètement un pourboire de 300 dollars à Rodrigo pour quil s’écarte de plusieurs kilomètres de litinéraire autorisé afin qu’elle puisse photographier un alligator gigantesque et célèbre surnommé Big Ben. En pénétrant dans une partie isolée du marais, le groupe constate que la zone est étrangement dépourvue de faune sauvage, avant de découvrir la carcasse sauvagement mutilée de Big Ben. Soudain, le coupable ne tarde pas à surgir : un hippopotame gigantesque et particulièrement agressif.

Hippo Glouton

James Nunn est un artisan solide, ce que ne démentent pas les qualités formelles du film. Sa mise en scène s’appuie sur les images élégantes de Job Reineke, qui capte avec soin la photogénie des extérieurs naturels captés en Malaisie, tandis que le montage de Richard Blackburn s’écarte volontairement de la frénésie souvent de mise en tel contexte. Hungry prend son temps, quitte à adopter un style presque contemplatif, et s’attarde sur ses personnages. Le scénario laisse entrevoir chez eux quelques failles intéressantes, que la petite brochette de comédiens dirigée par Nunn s’efforce d’incarner avec un maximum de conviction. Le monstre attaque au bout d’une demi-heure mais ne se montre pas tout de suite. Lorsqu’il apparaît enfin après une heure de métrage, sa présence à l’écran reste parcimonieuse. Nunn a retenu la leçon des Dents de la mer : Inutile d’en montrer trop, l’imagination des spectateurs fera le plus gros du travail. Hungry joue donc souvent la carte du hors-champ, ce qui n’empêche pas d’apprécier le travail de l’équipe des effets visuels, supervisée par Ahmed Yousry (Star Trek : sans limites, Ant-Man et la Guêpe, Les Nouveaux Mutants), qui concocte pour l’occasion un très convainquant hippo XXL. Mais on peut légitimement regretter que le film, nonobstant l’efficacité de ses séquences de suspense, reste très « sage ». Nunn ne nous offre aucun rebondissement véritablement inattendu, ni même des séquences chocs susceptibles de marquer durablement les esprits. L’intrigue restant relativement linéaire, les mises à mort étant souvent escamotées et l’ensemble manquant singulièrement d’audace, ce survival nous laisse finalement un peu sur notre faim. C’est tout de même un comble pour un film qui s’appelle Hungry !

 

© Gilles Penso

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