DISCLOSURE DAY (2026)

Après s’être dévoilé sans fard dans le très introspectif The Fabelmans, Spielberg nous offre une œuvre somme fusionnant toutes ses obsessions et tous ses univers…

DISCLOSURE DAY

 

2026 – USA

 

Réalisé par Steven Spielberg

 

Avec Emily Blunt, Josh O’Connor, Colin Firth, Eve Hewson, Colman Domingo

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA STEVEN SPIELBERG

Peu de cinéastes auront exploré avec autant de constance la question extraterrestre. Elle est déjà au cœur du tout premier long métrage de Steven Spielberg, Firelight. Aujourd’hui perdu, ce film de science-fiction tourné en 8 mm alors qu’il n’était encore qu’adolescent apparaît rétrospectivement comme une esquisse de son futur chef-d’œuvre, Rencontres du troisième type. Depuis, le sujet revient s’imposer à lui sous des formes diverses. Si l’émerveillement est encore au cœur d’E.T. l’extra-terrestre, c’est l’angoisse post-11 septembre qui nourrit la vision terrifiante de La Guerre des mondes, où les aliens semblent avant tout servir de révélateurs à la violence que les humains s’infligent à eux-mêmes. Inscrits dans la mythologie populaire à l’occasion d’Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal, ils sacrifient surtout à une volonté ferme de George Lucas – à qui Spielberg n’a jamais su dire non ! Avec Disclosure Day, le cinéaste revient à l’une de ses obsessions fondatrices tout en lui donnant une nouvelle orientation.  Les extra-terrestres ne sont plus traités sous l’angle de la rencontre mais sous celui du secret d’état, entrant en résonnance directe avec l’actualité géopolitique. Pour l’accompagner dans cette aventure, Spielberg s’appuie sur des collaborateurs fidèles : le compositeur John Williams, le directeur de la photographie Janusz Kaminski, le scénariste David Koepp… Notre homme aime travailler en famille, surtout lorsque les sujets de ses films le touchent de manière aussi personnelle.

Ceux qui sont familiers avec la filmographie de Spielberg auront le sentiment, en découvrant Disclosure Day, d’y trouver un concentré de tous les grands motifs de son cinéma. Après l’introspection de The Fabelmans, nous voici face à une œuvre somme. Le réalisateur y fusionne son obsession des OVNIs avec le goût du cinéma d’espionnage qu’il a exploré dans des films tels que Munich, Pentagon Papers ou Le Pont des espions. Quelques clins d’œil semblent même destinés aux spectateurs les plus fidèles. Une voiture y est ainsi poussée vers une voie ferrée au moment où surgit un train lancé à pleine vitesse, exactement comme dans Duel. Mais la référence remonte plus loin encore : l’accident qui s’ensuit évoque celui que Spielberg filmait déjà enfant avec sa caméra 8 mm, lui-même inspiré du final de Sous le plus grand chapiteau du monde. La mise en abyme en devient vertigineuse. Et que dire de ce motel qui s’appelle… Inn-Di-Ana ? Plus que de simples coups de coude, ces références témoignent d’une volonté assumée de faire converger tous les univers qui composent son œuvre. Disclosure Day donne ainsi le sentiment de synthétiser cinquante ans de carrière. Jamais les reflets dans les vitres et les miroirs n’ont autant joué ce double rôle de révélateurs et de dissimulateurs. Jamais la lumière n’a été à ce point associée à une forme d’illumination presque mystique. Elle aveugle et dévoile à la fois. Elle irradie même tout l’écran dans les moments où cette vérité si dérangeante – celle qui est « ailleurs » selon les X-Files – semble trop proche. Comme Lorsque Jane (Eve Hewson) s’apprête à voir ce que contiennent les clés USB volées de Daniel (Josh O’Connor). Ou lorsque Margaret (Emily Blunt) entre dans un simulacre de sa maison d’enfance pour y chercher un secret longtemps enfoui.

La vérité est ici

Autres éléments récurrents de l’œuvre de Spielberg : ici aussi, comme souvent, c’est l’enfant qui s’apprête à sauver l’adulte. Le souvenir oublié d’une révélation survenue au plus tendre âge permettra enfin d’ouvrir les yeux du monde entier. Rien n’empêche d’ailleurs d’y voir l’écho de la propre fascination de Spielberg, enfant, lorsque son père lui fit découvrir une pluie d’étoiles filantes au milieu de la nuit. Et comme dans Rencontres du troisième type, c’est encore la fusion des mathématiques et de la musique qui ouvrira les portes de la communication. Les deux « élus » sont Daniel – un surdoué des chiffres qui lit dans les formules mathématiques comme dans un livre ouvert – et Margaret – qui chantait quand elle était petite fille, est en couple avec un musicien et ne s’apaise après une crise d’angoisse que lorsqu’elle entre en contact avec des instruments de musique. C’est là que Disclosure Day semble aussi épouser The Fabelmans, qui racontait sans fard la rupture des parents du cinéaste à cause d’un mur d’incompréhension dressé entre leurs deux esprits : celui d’un scientifique et d’une artiste. John Williams, au génie toujours intact, entre en phase avec cette thématique en laissant s’épouser deux thèmes musicaux symétriques mais dissemblables La richesse de sa partition ne se révèle d’ailleurs pas entièrement dès la première écoute. Le film joue beaucoup sur l’attente et demande au spectateur, en échange, de jouer le jeu et de suspendre son incrédulité, comme à la fin de Rencontres du troisième type. Ceux qui accepteront de lâcher prise vivront sans doute un enchantement : le miracle d’un spectacle concocté par un cinéaste qui, à presque 80 ans, continue à titiller le gamin qui sommeille en chacun de nous.

 

© Gilles Penso

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Bonus +

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SPIDER-NOIR (2026)

Nicolas Cage endosse le manteau et le masque d’une version alternative de Spider-Man dans cette mini-série aux allures de film noir…

SPIDER-NOIR

 

2026 – USA

 

Créée par Oren Uziel

 

Avec Nicolas Cage, Larmone Morris, Li Jun Li, Karen Rodriguez, Abraham Popoola, Jack Huston, Brendan Gleesin, Scott MacArthut, Joe Massingill, Michael Kostroff

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA MARVEL

Au tournant des années 2000, Marvel décide d’explorer une version totalement inattendue de son personnage le plus populaire. C’est ainsi que naît Spider-Man Noir, une incarnation sombre du tisseur de toile plongée dans l’Amérique de la Grande Dépression. Créé par les scénaristes David Hine et Fabrice Sapolsky, avec des dessins de Carmine Di Giandomenico et un costume conçu par Marko Djurdjević, le personnage apparaît pour la première fois au printemps 2009 et s’inscrit dans une initiative éditoriale plus vaste baptisée « Marvel Noir », destinée à réinventer plusieurs héros emblématiques dans un univers inspiré des romans policiers, des films noirs hollywoodiens et des pulps des années 1930. Dans le New York de 1933, Peter Parker y mène la guerre contre le crime, incarné notamment par le redoutable Norman Osborn. Ce Spidey brutal et désenchanté fait une première apparition à l’écran dans la série Ultimate Spider-Man, en 2015, puis dans Spider-Man New Generation où Nicolas Cage lui prête sa voix. L’étape suivante consiste à lui créer un show sur-mesure en sollicitant une fois de plus Cage, mais cette fois-ci en chair et en os. La série Spider-Noir naît ainsi sous l’impulsion de Phil Lord et Chris Miller et prend pas mal de libertés avec le matériau dessiné. Peter Parker devient Ben Reilly (le nom d’un des clones du super-héros dans les comics) et le baron du crime n’est plus Osborn mais Silvermane, échappé des albums de la fin des années 60.

Cage campe ici un ancien super-héros qui a raccroché sa combinaison depuis cinq ans pour devenir un détective privé blasé. Jadis, il voltigeait de toit en toit sous le nom de « L’Araignée » (comme chez nous, en France, pendant de longues années avant que la mondialisation n’uniformise son nom sur tous les continents). Après la mort de sa bien-aimée Ruby, qu’il fut incapable de sauver, il évite soigneusement d’utiliser ses pouvoirs et gagne chichement sa vie en menant une poignée d’enquêtes. Deux de ses proches n’attendent pourtant qu’une chose – tout comme les spectateurs : le voir redevenir le super-justicier qu’il était. Il s’agit de sa fidèle secrétaire Janet (Karen Rodriguez), qui n’a pas sa langue dans sa poche, et de son ami journaliste Joe « Robbie » Robertson (Lamorne Morris), qui cachetonne pour le Daily Bugle. Bien sûr, Ben ne va pas tarder à remettre le trench-coat, le masque, le feutre mou et les lunettes d’aviateur. Car une série de super-vilains débarque du jour au lendemain à New York, à la solde du parrain de la pègre Silvermane (Brendan Gleeson) qui tient toute la ville sous son emprise. Et personne à part lui ne semble en mesure de les arrêter.

Idées noires

Soucieux de pleinement respecter les codes du polar des années 30/40, Spider-Noir coche toutes les cases : le détective privé alcoolique, le chef de la pègre, la femme fatale qui chante dans un club de jazz, la Prohibition, et même un clin d’œil frontal à La Dame de Shanghai. Véritable réussite plastique, la série nous offre une très belle reconstitution du New York de l’époque et s’appréciera de préférence en noir et blanc. Car la production a fait le choix d’offrir deux options de visionnage, comme le téléfilm Werewolf by Night : le monochrome contrasté magnifiant les ombres portées expressionnistes, ou une sorte de Technicolor ultra-saturé proche du rendu des travaux de Victor Fleming ou Michael Powell. Dans cette atmosphère rétro, le super-héroïsme reste longtemps à l’arrière-plan. Quelques personnages nous rappellent certes que nous sommes dans un univers parallèle lié à Spider-Man (Robertson, Felicia Hardy rebaptisée ici Cat Hardy, Silvermane, ainsi que la réinvention de quelques célèbres super-vilains), mais le lien avec le tisseur de toiles que nous connaissons reste très ténu. Tous les super-pouvoirs semblent ici liés à des expériences pratiquées pendant la guerre par les Allemands en quête de « super-soldats ». Ce choix scénaristique introduit quelques éléments horrifiques dans la série, notamment un hideux homme-araignée qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de Earth vs. The Spider. Nicolas Cage, lui, est étonnamment sobre dans la peau du détective à l’ancienne. Mais le naturel revient vite au galop. Lorsque le scénario pousse son personnage à être saisi de spasmes incontrôlables liés aux réflexes arachnéens qui sont entrés dans son code génétique, « Cage Rage » nous revient en grande forme, s’adonnant à des gesticulations et des grimaces mémorables. Mais à ces exubérances près, Nick reste plutôt sage et rend justice à cette version mélancolique et blasée du plus célèbre des monte-en-l’air.

 

© Gilles Penso

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LE VERTIGE (2026)

Quentin Dupieux ressuscite l’esthétique des débuts de la 3D et métamorphose Alain Chabat et Jonathan Cohen en curieuses créatures polygonales…

LE VERTIGE

 

2026 – FRANCE

 

Réalisé par Quentin Dupieux

 

Avec Alain Chabat, Jonathan Cohen, Anaïs Demoustier, Jean-Marie Winling

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET PARALLÈLES

Quentin Dupieux est un boulimique. À raison d’au moins un long-métrage par an, l’ex-Monsieur Oizo tourne sans discontinuer depuis le début de sa carrière de cinéaste, moins parce qu’il se sent investi d’une mission que parce que le geste artistique semble chez lui irréfrénable. Ses détracteurs associent forcément cette surproductivité à du bâclage et ses admirateurs à du génie, mais il y a fort à parier que Dupieux lui-même ne place pas sa réflexion aussi loin – ou du moins n’a pas de véritable recul sur l’énergie à laquelle il carbure. Il aime tourner vite et passer sans cesse d’un projet à l’autre, avec une frénésie qu’il appliquait déjà à sa production musicale. Seulement voilà : quand l’envie soudaine de réaliser un film d’animation le saisit, rien ne va plus. Car un film d’animation ne s’improvise pas, nécessite généralement une grosse équipe, des moyens relativement conséquents et des process de travail extrêmement hiérarchisés. Bref, tout le contraire de la « méthode Dupieux ». Bien décidé à prendre le contrepied de la sophistication des films animés traditionnels, notre homme cherche à retrouver l’esthétique des jeux vidéo du milieu des années 90, notamment ceux de la Playstation 1. La démarche semble complètement aberrante, mais le réalisateur de Rubber n’est plus à une folie près, et le fidèle producteur Hugo Sélignac le suit une fois de plus dans le délire, quitte à financer le projet avec ses fonds propres.

Le Vertige est donc réalisé en prises de vues réelles avec une poignée de comédiens habitués au travail du réalisateur, principalement Alain Chabat, Jonathan Cohen, Anaïs Demoustier et Jean-Marie Winling. Puis cinq jeunes infographistes, Yann Roussel, Rémy Alleman, Solane Duval et Max Nicolas, tout juste sortis de l’école, prennent le relais et transforment les acteurs en personnages 3D à l’aide du logiciel Blender. Résultat : il nous semble revivre la grande période des Sims (ceux du début des années 2000 bien sûr) ! Et c’est sous cette forme délibérément « low-tech » qu’il nous faut apprécier le film de Quentin Dupieux, qui continue à tourner le dos aux canons du cinéma d’animation en adoptant une mise en scène extrêmement scolaire : champs et contre-champs statiques, lumière banale, décors de cuisines, d’appartements et de rues parisiennes. Bref, de quoi rebuter le plus courageux des spectateurs. Au début, c’est surtout la curiosité qui nous saisit. Jacques (un Alain Chabat en polygones) traverse la rue et se rend chez son ami Bruno (un Jonathan Cohen cubique) pour lui annoncer une nouvelle de la plus grande importance : selon les centaines de preuves qu’il a accumulées, il est persuadé que l’humanité toute entière vit dans une simulation…

Une ode à l’imperfection ?

Nous sommes évidemment piqués aux vifs, désireux de savoir où ce point de départ étrange va nous mener. Mais comme Dupieux a l’habitude de ne pas tenir les promesses de ses pitchs accrocheurs pour se contenter souvent de nourrir son propre goût de l’absurde – avec, dans le meilleur des cas, un plongeon dans une divagation surréaliste presque digne du dessinateur Edika -, difficile de savoir si ce prologue n’est pas un simple prétexte. Or le scénario s’efforce de développer cette idée et de la pousser même assez loin. Consciemment ou pas, le réalisateur s’attaque ici à un sujet dans l’air du temps. Le concept d’entités conscientes simulées alimente en effet les débats les plus sérieux au sein de la Silicon Valley. Bien sûr, la démarche de Dupieux n’est ni scientifique, ni technologique. Rien n’empêche cependant d’y trouver une dimension philosophique, voire métaphysique. Les questionnements liés à la place de l’homme dans l’univers finissent toujours par provoquer le vertige, d’où le titre du film. Bien sûr, le public hermétique à l’austérité gentiment extravagante de Dupieux n’y trouveront pas leur compte. Les autres seront peut-être sensibles à la poésie bizarre que dégage Le Vertige. Nous serions même tentés de lire entre les pixels de ces animations volontairement disgracieuses une ode à l’artisanat et à l’imperfection, à une époque où la quête un peu vaine de l’image parfaite générée par I.A. semble être devenue le graal de tant de « nouveaux artistes ».

 

© Gilles Penso

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COLONY (2026)

Après Dernier train pour Busan, Seoul Station et Peninsula, les zombies coréens de Yeon Sang-ho sont de retour !

GUNCHE

 

2026 – CORÉE DU SUD

 

Réalisé par Yeon Sang-ho

 

Avec Jun Ji-hyun, Koo Kyo-hwan, Ji Chang-wook, Kim Shin-rock, Shin Hyeon-bin, Go Soo, Kim Hyung-mook

 

THEMA ZOMBIES

Avec Colony, Yeon Sang-ho, fer de lance d’une nouvelle vague sud-coréenne qui réinvente avec brio le film de zombies depuis la sortie de l’excellent et très graphique Dernier train pour Busan en 2016, a une nouvelle fois eu les honneurs de la sélection officielle du 79e Festival de Cannes, dans la catégorie des séances de minuit. Sous la maîtrise du cinéaste, le genre continue de se moderniser, au point de galvaniser une seconde fois le public du Palais des Festivals avant même la sortie française du film. La même année que Last Train to Busan, la préquelle animée Seoul Station était également présentée dans plusieurs festivals internationaux, notamment à Bruxelles, Annecy et Neuchâtel. En 2020, c’est Peninsula qui nous ramenait dans la continuité du même univers mais avec des personnages différents. Ce dernier opus n’était pas tout à fait une suite, malgré les apparences. Colony marque donc le retour attendu du réalisateur aux prises avec une nouvelle invasion de zombies. « On ne peut pas dire que tous les réalisateurs de films de zombies sont influencés par George Romero, car lui-même rebondissait sur des sujets d’actualité de son époque », explique le réalisateur quand on l’interroge sur ses influences. « Comme lui, j’ai donc voulu surtout traiter de la peur latente de la société actuelle et c’est ce à quoi j’ai beaucoup réfléchi pour Colony. » (1)

Cette fois, le film se détache entièrement des précédentes œuvres du cinéaste pour explorer de nouvelles thématiques, notamment celle de la communication entre les êtres vivants – jusqu’au blob, idée aussi fascinante qu’inattendue. Plus sociologique qu’intime, Colony déploie, sur fond de bioterrorisme, de révolution cognitive, de neurosciences et de contamination, une réflexion sur le phénomène du groupe, bénéfique ou délétère selon les circonstances et les points de vue. Dans sa dimension la plus positive, l’humanité « fait groupe » pour le plaisir d’être ensemble, de partager des connaissances, un savoir-faire/être, des valeurs ou une entraide, que ce soit dans un cadre ludique ou dans la poursuite d’un objectif élevé. Mais le groupe peut aussi se constituer pour le pire, parfois même pour résister à une domination oppressante. « Comme vous le savez, la société actuelle se distingue des autres époques par un immense échange d’informations », explique Yeon Sang-ho, « et dans ce contexte qui a vu la naissance de l’intelligence artificielle, l’individualité s’efface. » (2)

Les zombies du 21ème siècle

C’est donc sous l’angle de la métaphore que les zombies de Colony – qui évoquent les envahisseurs de L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel – ravivent l’éternelle nécessité de combattre le conformisme, l’abrutissement de masse et toute forme de déterminisme social. À travers l’alliance de personnages disparates, singuliers, et la revendication de leur individualité, le message porté par Yeon Sang-ho rejoint celui de John Carpenter dans Assaut, Invasion Los Angeles ou Los Angeles 2013. Sa philosophie humaniste rappelle avec sagesse que les droits de l’individu doivent primer pour le respect de sa liberté, de son intégrité et de ses valeurs propres, au risque de les voir absorbées par celles d’un groupe incertain. Surtout qu’ici, et c’est une grande nouveauté, les zombies modernes ne se contentent pas d’errer, décérébrés, voraces. Au contraire, grâce à la communication, ils évoluent rapidement. À l’instar des I.A, ils apprennent et vont très vite…

 

(1) et (2) Propos recueillis par Quélou Parente en mai 2026

 

© Quélou Parente

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LADIES FIRST (2026)

Sacha Baron Cohen incarne un macho de la pire espèce qui se retrouve soudain plongé dans un monde parallèle dominé par les femmes…

LADIES FIRST

 

2026 – USA / GB

 

Réalisé par Thea Sharrock

 

Avec Sacha Baron Cohen, Rosamund Pike, Tom Davis, Emily Mortimer, Weruche Opia, Charles Dance, Fiona Shaw, Richard E. Grant, Red Tennant

 

THEMA MONDES PARALLÈLES ET MONDES VIRTUELS

La plupart de ceux qui se sont aventurés devant Ce que veulent les hommes, variante pachydermique de Ce que veulent les femmes, se souviennent encore des soupirs d’exaspération provoqués par cette tentative grotesque de retrouver la formule magique de l’excellente comédie fantastique de Nancy Meyers. Pourtant, la pantalonnade embarrassante d’Adam Shankman passerait presque pour un modèle de finesse à côté de Ladies First, qui cherche lui aussi, à sa manière, à dénoncer les travers sexistes de nos sociétés patriarcales. Les intentions sont évidemment louables, mais l’invraisemblable lourdeur du scénario, coécrit par Natalie Krinsky, Cinco Paul et Katie Silberman, finit par se révéler spectaculairement contre-productive. Au lieu de mettre en lumière les mécanismes de la domination masculine, Ladies First les caricature au point de les vider de toute réalité. À force de simplification et de démonstration appuyée, le film finit par décrédibiliser son propre propos et produit exactement l’inverse de l’effet recherché. Au passage, l’idée n’est pas nouvelle, puisque Ladies First est le remake d’un autre film Netflix, Je ne suis pas un homme facile d’Eléonore Pourriat (2018) avec Vincent Elbaz en tête d’affiche. L’original n’était déjà pas d’une grande subtilité, mais celui-ci bat tous les records.

Tout commence comme une parodie de James Bond – le « macho man » par excellence. Dans son beau smoking, Sacha Baron Cohen drague tout ce qui bouge au bord d’une piscine, conduit un bolide luxueux, se prélasse à bord d’un yacht… Mais dès l’entame, une voix off insistante nous explique que cet homme est un sale type et qu’il n’aura bientôt que ce qu’il mérite. Le ton du film est donc donné : il s’agira de surligner toutes les péripéties, d’accentuer tous les effets comiques, d’enfoncer toutes les portes ouvertes pour s’assurer que les spectateurs – manifestement considérés comme faibles d’esprit – puissent bien tout comprendre. Difficile de jouer le jeu dans ces conditions. Le postulat de départ nous offre exactement ce que nous attendons : Cohen campe Damien Sachs, cadre d’une agence de publicité n’offrant aux femmes que des rôles subalternes. Mais un jour, il se cogne la tête et se trouve plongé dans un monde inversé où ce sont les femmes qui dominent la société…

La farandole des clichés

Au-delà de l’emprunt d’une infinité d’idées – notamment la concurrence hommes/femmes dans le milieu publicitaire – à Ce que veulent les femmes, Ladies First s’échine à arpenter tous les sentiers battus, son scénario s’acheminant exactement là où on imagine qu’il ira. Le comble de ce refus de la surprise et de l’audace intervient lorsque Damien rencontre un SDF « magique » qui sait tout et qui lui annonce carrément la suite du synopsis : s’il veut sortir de cette situation, il va devoir changer. Et donc… il va changer. Et tout va rentrer dans l’ordre. Et le happy end sera dégoulinant de bons sentiments. Sans doute les comédiens talentueux qui ont accepté d’intégrer ce projet – Rosamund Pike, Charles Dance, Fiona Shaw – pensaient-ils agir pour la bonne cause. Mais rien ne fonctionne dans Ladies First. Même Baron Cohen nous semble en total sous-régime, y compris lorsqu’il endosse l’improbable tenue d’un cowboy stripteaseur, joue les pianistes romantiques caricaturaux ou gémit face aux séances d’épilation. Qu’il nous semble loin, l’incontrôlable trublion de Borat ! Décidément, personne n’a encore réussi à faire mieux que Nancy Meyers sur son propre terrain. 26 ans plus tard, la cause féministe et la lutte pour l’égalité ne méritaient-elle pas une vraie comédie fantastique digne de ce nom : fine, drôle, sensible et écrite avec un minimum de justesse ?

 

© Gilles Penso

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THE MANDALORIAN & GROGU (2026)

Le célèbre guerrier casqué et son fidèle « bébé Yoda » jaillissent hors des écrans télévisés pour connaître leur première aventure au cinéma…

THE MANDALORIAN & GROGU

 

2026 – USA

 

Réalisé par Jon Favreau

 

Avec Pedro Pascal, Sigourney Weaver, Jeremy Allen White, Steve Blum, Martin Scorsese, Matthew Willig, Hemky Madera, Jonny Coyne, Myles Humphus

 

THEMA SPACE OPERA I SAGA STAR WARS

Si The Mandalorian & Grogu est le premier film Star Wars à débarquer sur les grands écrans depuis L’Ascension de Skywalker (sorti sept ans plus tôt), sa genèse remonte à 2017. À cette époque, Jon Favreau propose à Kathleen Kennedy une série centrée sur les Mandaloriens. En parallèle, Dave Filoni développe lui aussi une idée proche après son travail sur les séries animées Star Wars. Kennedy pousse alors les deux créateurs à unir leurs visions. De cette collaboration naît la série The Mandalorian, lancée en novembre 2019 avec Disney+, et rapidement devenue un phénomène culturel grâce au personnage de Grogu, alias « Bébé Yoda ». Le succès colossal de la série incite Lucasfilm à envisager une adaptation cinématographique, mais la transition du petit au grand écran ne se fait pas immédiatement. Favreau et Filoni travaillent d’abord sur une quatrième saison, dont les scripts sont achevés début 2023. Lorsque les grèves hollywoodiennes ralentissent la production, le studio revoit ses priorités et décide de faire le grand saut : au lieu d’une saison 4, la suite des aventures de Din Djarin et de Grogu se déroulera dans les salles de cinéma. Ce passage du petit au grand écran impose bien sûr un gros travail de réécriture, mais les intrigues feuilletonnantes de la série n’ont pas été abandonnées pour autant.

De fait, le film prend vite les allures d’une saison entière de la série ramenée à une durée de 132 minutes. Tout se passe comme si les scénarios écrits pour la télé avaient été compressés et artificiellement collés entre eux. Fatalement, les péripéties s’enchaînent de manière un peu aléatoire, sautant d’un enjeu immédiat à un autre sans nous offrir une intrigue solide ou une construction dramatique digne de ce nom. C’est le défaut majeur de The Mandalorian & Grogu, l’autre étant sans conteste son abandon corps et âme à la cause du fan service. Rarement film aura été autant conditionné par son envie de titiller la fibre nostalgique, de saturer l’écran de « cadeaux » conçus sur mesure pour les aficionados… et accessoirement de vendre un maximum de produits dérivés. Il faut sans doute remonter à Spider-Man No Way Home pour retrouver une telle propension à l’euphorie immédiate et sans conséquences. Dans certains cas, l’exercice fait son petit effet : comment ne pas soupirer de joie dans une séquence comme celle du Dejarik grandeur nature, convoquant avec une boulimie jouissive une partie du bestiaire de La Guerre des étoiles ? Dans d’autres cas, nous sommes plus perplexes. Le traitement des Hutt – et notamment de Rotta, le fils de Jabba – nous embarrasse plus qu’il ne nous enthousiasme.

Une saison complète en un film

On peut aussi regretter que Martin Scorsese n’ait pas été mieux exploité. Avoir une personnalité aussi prestigieuse dans son casting et se contenter de donner sa voix à un alien de seconde zone au lieu de lui offrir un rôle digne de ce nom – un redoutable baron du crime à la solde de l’Empire, par exemple – relève du crime de lèse-majesté ! Bien sûr, le savoir-faire de Jon Favreau et de son équipe reste intact. La direction artistique de Doug Chiang et Andrew L. Jones, les effets visuels supervisés par John Knoll et les images de synthèse animées sous la direction de Hal Hickel rivalisent de beauté, nous offrant de nouveaux panoramas extra-terrestres mémorables, mais aussi des créatures inédites particulièrement impressionnantes. La plastique du film est donc irréprochable, s’offrant même des élans « old school » du plus bel effet, comme le combat contre les robots en stop-motion conçus par le Tippett Studio, réminiscence de Robocop 2 et du Talos de Jason et les Argonautes. À un bémol près – la musique de Ludwig Göransson qui, lorsqu’elle ne se repose pas sur les acquis de la série, se lance dans des variantes hip-hop ou manouches complètement à côté de la plaque -, The Mandalorian & Grogu est un film de très haute tenue d’un point de vue artistique. Dommage que sa structure narrative soit si évasive et ne nous propose pas autre chose qu’un épisode rallongé de la série. Le potentiel était pourtant énorme. L’occasion nous semble partiellement manquée, ce qui n’ôte rien au plaisir régressif irrépressible que les fans de la première heure ressentiront face à ce spectacle extrêmement généreux.

 

© Gilles Penso

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LA POUPÉE (2025)

Après une cruelle déception amoureuse, un homme se met en couple avec une poupée grandeur nature… qui soudain devient vivante !

LA POUPÉE

 

2025 – FRANCE

 

Réalisé par Sophie Beaulieu

 

Avec Vincent Macaigne, Zoé Marchal, Cécile de France, Gilbert Melki, Mariane Basler, Adèle Journeaux, Souleymane Sylla, Ludovic Thievon, Eric Guerin

 

THEMA OBJETS VIVANTS

Praticienne du court-métrage depuis 2012, Sophie Beaulieu a l’idée de La Poupée en découvrant un reportage télévisé, situé aux États-Unis, dans lequel des hommes vivent en ménage avec des poupées en silicone hyperréalistes qu’ils considèrent comme leurs compagnes. Le sujet lui semble tellement incroyable – et en même temps si représentatif des maux de la société des années 2020 – qu’elle décide d’en tirer le scénario de son premier long-métrage. Mais l’idée n’est pas simple à vendre. Les éventuels investisseurs sont frileux, craignant de ne pas bien comprendre la tonalité du film. Un homme solitaire vivant avec une poupée qui devient autonome, ça n’est pas banal dans le paysage audiovisuel français. S’agit-il d’un drame social glauque ? D’une histoire de science-fiction ? D’un film d’horreur ? En réalité, Sophie Beaulieu n’envisage pas La Poupée autrement que comme une comédie romantique légère et décomplexée. Le projet finit par se monter grâce à la motivation de plusieurs producteurs indépendants, avec quelques aides publiques et finalement l’apport de Canal +. Désireuse d’inscrire son histoire dans un cadre où la nature est visuellement très présente, la réalisatrice choisit un décor montagnard – en l’occurrence au cœur du Jura -, ce qui contraste joyeusement avec le métier du personnage principal du film : un vendeur de gazon synthétique !

Rémi (Vincent Macaigne), la quarantaine, ne s’est jamais remis d’une rupture ayant bouleversé sa vie. Pour éviter de revivre une cruelle déception amoureuse, il a décidé de se mettre en couple avec une poupée grandeur nature qu’il a baptisée Audrey (Zoé Marchal). Grande, blonde, les yeux bleus, c’est à ses yeux la femme idéale. Il lui parle, dîne en sa compagnie, regarde la télé avec elle et lui fait l’amour. Ni ses collègues de travail, ni ses parents ne savent que la femme dont il vante sans cesse les mérites est en réalité un bel objet en plastique parfaitement inerte. Mais un soir, sans raison apparente, Audrey s’anime et devient vivante. Paniqué, Rémi ne sait pas du tout comment réagir. Faut-il prévenir la police ? En parler à sa famille ? La ramener dans l’usine qui l’a fabriquée ? Au même moment, Patricia (Cécile de France), une nouvelle collègue de travail, débarque dans son entourage et ne le laisse pas indifférent. Pour Rémi, la situation va devenir de plus en plus ingérable…

La femme objet

Le potentiel d’un tel scénario était énorme. Le problème, c’est que Sophie Beaulieu se contente d’enfoncer des portes ouvertes en restant sagement à la surface des sujets qu’elle aborde. Il eut pourtant été intéressant de profiter de cette métaphore pour explorer plus profondément les travers d’une société préférant la virtualité au réel, mais aussi le fossé qui sépare parfois les mentalités féminines et masculines, ou encore la question de l’identité de genre – très maladroitement et superficiellement amenée par le personnage de Domi (Adèle Journeaux), la sœur de Rémi. Autre souci : le film ne profite quasiment jamais des mille possibilités de comédie de situation qu’offre un tel concept. À peine a-t-on droit à une petite grimace de Gilbert Melki – terriblement sous-exploité en père bourgeois et conventionnel – lorsqu’Audrey évoque ses problèmes de menstruations avec un franc parler inattendu. Comme en outre le principe même de la réanimation inexpliquée de la poupée est traité volontairement par-dessus la jambe (comme si le scénario, sous prétexte d’une approche fantastique, s’autorisait tout et n’importe quoi), la suspension d’incrédulité du spectateur est sérieusement mise à mal. Fort heureusement, le casting choisi par la réalisatrice apporte une fraîcheur qui ferait presque oublier les faiblesses et les facilités du film. Vincent Macaigne excelle comme toujours dans le rôle d’un être distrait et inadapté, tandis que Cécile de France est plus pétillante et gouailleuse que jamais. Quant à Zoé Marchal, elle crève l’écran dans un registre pourtant pas simple. Dommage qu’avec de telles têtes d’affiches, La Poupée reste si tiède et si peu audacieux. Une belle occasion manquée, en somme.

 

© Gilles Penso

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APEX (2026)

Charlize Theron s’investit à fond dans ce survival sauvage à mi-chemin entre Cliffhanger et Les Chasses du comte Zaroff

APEX

 

2026 – USA / GB / ISLANDE

 

Réalisé par Baltasar Kormákur

 

Avec Charlize Theron, Taron Egerton, Eric Bana, Matt Whelan, Bessie Holland, Aaron Pedersen, Rob Carlton, Duncan Fellows, Julia Ohanessian, Niam Hogan

 

THEMA TUEURS

Même si le mot latin « apex » – qu’on pourrait traduire par « sommet » – nous semble parfaitement approprié à cette aventure sauvage basculant lentement mais sûrement vers l’horreur, on ne peut s’empêcher de penser qu’un autre titre eut été préférable. Car Apex est déjà le nom d’un jeu vidéo très populaire et de plusieurs films de science-fiction. Toujours est-il que John Logan, scénariste de la série The Purge, concocte ici un récit tendu qui ménage son lot de rebondissements, même s’il emprunte un terrain déjà maintes fois balisé avant lui. Le sentiment de déjà-vu ne concerne donc pas uniquement le titre, mais le film tout entier. La mise en scène est confiée à Baltasar Kormákur, ce qui semble logique dans la mesure où ce cinéaste d’origine islandaise est familier des récits de survie en milieu hostile. Nous lui devons notamment Survivre, Everest, À la dérive ou encore Beast, dans lequel Idris Elba affrontait un lion particulièrement agressif. En tête d’affiche, Charlize Theron s’implique à fond. Non contente de tenir le premier rôle d’Apex et d’en assurer la coproduction, l’athlétique quinquagénaire tient à emboîter le pas de Tom Cruise en exécutant elle-même la majorité des cascades et des nombreuses séquences d’escalade du film. À cette occasion, elle s’entraîne intensivement avec la grimpeuse professionnelle Beth Rodden. Pour lui donner la réplique, le choix s’arrête sur Taron Egerton, dont l’éclectisme lui fit interpréter pêle-mêle l’agent secret de Kingsman, le Robin des Bois de 2018 ou carrément Elton John dans Rocketman.

Le prologue vertigineux d’Apex, situé dans les montagnes de Norvège, nous ramène à l’époque de Cliffhanger et Vertical Limits. En quelques minutes se met en place le trauma que trimballera notre héroïne tout au long du récit. Cette mécanique narrative a fait ses preuves dans une infinité de films catastrophe des années 90 et sert donc de point de départ à Apex. L’intrigue redémarre cinq mois plus tard en Australie. En direction du parc national de Wandarra, la grimpeuse Sasha a décidé de se vider la tête en s’adonnant à son activité préférée : le sport extrême. Sur place, un garde forestier l’avertit d’une série de disparitions dans la région. Cette information n’est pas sans importance, on s’en doute. Elle vit ensuite un moment tendu à la station-service du coin avec un petit groupe de chasseurs bourrins et machos qui la chahutent un peu. Mais Sasha ne se démonte pas et part installer son campement dans un recoin sauvage et isolé. La première journée est paradisiaque. Sa descente dans les rapides en kayak, loin de la civilisation, se révèle particulièrement revigorante. Mais le paradis ne va pas tarder à se transformer en enfer…

Randonnée pour un tueur

Le protagoniste étranger qui se jette dans la gueule du loup, en butte à des rednecks hostiles, est un motif que nous connaissons bien. De Délivrance à Razorback en passant par I Spit on your Grave, ce genre de confrontation ne nous est pas étranger. Son efficacité reste cependant intacte et installe efficacement un climat de malaise diffus. Lorsque se met en branle à mi-parcours la mécanique du slasher, l’une des sources d’inspiration majeures du film nous saute alors aux yeux, jusque dans l’emploi de l’arbalète meurtrière : Les Chasses du comte Zaroff. Car voilà Sasha soudain muée en proie dans un jeu sanglant qui s’apprête à mettre son endurance à rude épreuve. Un autre thriller primitif plus récent, La Rivière sauvage de Curtis Hanson, nous vient aussi à l’esprit. Et lorsque la psychopathie de l’antagoniste s’affirme enfin pleinement, c’est l’influence de Psychose qui affleure. Norman Bates n’est en effet pas loin. On l’aura compris, Apex croule sérieusement sous le poids de ses prestigieux aînés, et c’est l’une de ses faiblesses majeures. Ce qui ne retire rien à la mise en scène très solide – comme toujours – de Baltasar Kormákur, la pleine implication de Charlize Theron – qui ira jusqu’à se blesser sérieusement pendant le tournage –, la prestation très impressionnante de Taron Egerton et les superbes décors naturels australiens. Tous ces ingrédients ne suffisent pas à faire d’Apex un grand film, mais permettent au moins d’assurer un spectacle de qualité.

 

© Gilles Penso

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A-T-ON VRAIMENT BESOIN D’UNE VERSION LIVE DE VAIANA ?

Disney relance la machine à remakes… et cette fois, c’est (déjà) au tour de Vaiana : La Légende du bout du monde de passer à la moulinette du « live ».

PUBLIÉ LE 24 MARS 2026

Dix ans à peine après le succès du film d’animation original, la firme aux grandes oreilles remet les voiles. La jeune Catherine Lagaʻaia hérite du rôle-titre, tandis que Dwayne Johnson, affublé d’une perruque invraissemblable, reprend son personnage de Maui, qu’il doublait déjà dans le film animé. Autour d’eux, une distribution majoritairement issue de Nouvelle-Zélande (John Tui, Frankie Adams, Rena Owen) cherche manifestement à ancrer le récit dans ses racines polynésiennes. La réalisation est confiée à Thomas Kail, spécialiste du film musical (Grease Live, Hamilton), qui se voit ici épaulé par une armada de producteurs veillant manifestement à ce que le cahier des charges soit méticuleusement respecté. Sur le papier, tout semble réuni pour un nouveau carton. Après tout, Disney a déjà transformé plusieurs de ses classiques en machines à cash. Mais le succès financier n’a jamais vraiment rimé avec réussite artistique. Depuis une décennie, les remakes live Disney peinent en effet à justifier leur existence autrement que par la nostalgie et le box-office. Les rares exceptions sont des écarts de route signés par des cinéastes à la personnalité singulière (un Peter et Eliott par ci, un Dumbo par-là), mais ce sont des cas isolés.

 

Comme on pouvait s’y attendre, la bande-annonce de ce nouveau Vaiana laisse entrevoir la tendance du mimétisme pur et simple. Le « live » semble ici se contenter d’imiter l’animation, sans proposer de regard neuf. Une stratégie prudente, presque scolaire, qui ravive l’éternelle question : à quoi bon ? Le timing lui-même interroge. Adapter un film aussi récent – encore bien ancré dans la mémoire collective et déjà prolongé par une suite à succès – ressemble moins à un geste artistique qu’à une exploitation accélérée d’une licence rentable. Disney, à court de classiques « anciens » à revisiter, pioche désormais dans ses succès récents. Cette fuite en avant pourrait bien finir par transformer son catalogue en boucle autoréférentielle. Reste que le public familial répondra probablement présent. Porté par la popularité intacte de l’original et par une fenêtre estivale favorable, le remake de Vaiana a tout du futur hit. Mais ce syndrome de la photocopie continuera-t-il longtemps à faire illusion ? Et si le vrai défi n’était plus de refaire ses classiques… mais de réapprendre à en créer ?  

 

© Gilles Penso

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GOOD LUCK, HAVE FUN, DON’T DIE (2025)

Un homme bizarre débarque dans un restaurant de Los Angeles et affirme qu’il vient du futur, en quête de volontaires pour l’aider à sauver le monde…

GOOD LUCK, HAVE FUN, DON’T DIE

 

2025 – USA

 

Réalisé par Gore Verbinski

 

Avec Sam Rockwell, Juno Temple, Haley Lu Richardson, Michael Peña, Zazie Beetz, Asim Chaudhry, Tom Taylor, Georgia Goodman, Daniel Barnett

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS I DOUBLES I MONDES VIRTUELS ET PARALLÈLES

Voilà huit ans que nous n’avions plus de nouvelles de Gore Verbinski. Depuis l’échec critique et commercial du pourtant fascinant A Cure for Life, le réalisateur de Pirates des Caraïbes, du Cercle et de Rango était aux abonnés absents. Le voilà enfin de retour aux commandes de Good Luck, Have Fun, Don’t Die, une fable de science-fiction délirante qui n’est pas sans raviver l’esprit de certains films de Terry Gilliam (on pense notamment à L’Armée des 12 singes, Fisher King ou L’Homme qui tua Don Quichotte). Imaginé par Matthew Robinson, le scénario de ce long-métrage parfaitement inclassable sera passé par de nombreuses itérations. Conçu au départ pour le pilote d’une série TV centrée sur un étudiant en littérature, le récit évolue peu à peu vers un autre format, se structure autour de saynètes à priori indépendantes mais toutes liées à un homme venu du futur, et intègre les progrès constants de l’intelligence artificielle. Le producteur Erwin Stoff tente d’approcher plusieurs réalisateurs avec ce concept atypique, mais c’est Verbinski qui se montre le plus enthousiaste. Habitué à changer radicalement de registre d’un film à l’autre – ce qui explique sa filmographie particulièrement éclectique -, le cinéaste bénéficie ici d’une grande liberté dans la mesure où il s’agit de son premier film indépendant. Libéré de la pression des gros studios, Verbinski compose avec un budget raisonnable de 23 millions de dollars et se lance ainsi dans l’un des projets les plus fous de sa carrière.

Presque méconnaissable sous sa barbe hirsute et son accoutrement invraisemblable fait de bric et de broc, Sam Rockwell joue un homme bizarre qui débarque dans un restaurant de Los Angeles, à 22h10 précises, et affirme à tous les gens présents qu’il vient du futur. Son objectif : réunir une équipe de gens choisis sur place pour l’aider à empêcher la fin du monde. Persuadées qu’elles ont affaire à un sans-abri divagant, quelques personnes présentes dans l’établissement décident de se débarrasser de lui manu-militari. Mais notre homme exhibe alors un dispositif complexe caché sous sa combinaison, relié à un bouton. C’est une bombe, qu’il fera exploser s’il rencontre la moindre résistance. Poursuivant son discours incohérent, l’intrus déclare qu’il en est à sa 117ème tentative et qu’il espère aller cette fois-ci au bout de sa mission. Il s’agit de toute évidence du délire d’un pauvre gars atteint de paranoïa aigue. Mais un détail reste troublant : il connaît plusieurs informations très personnelles parmi les clients et les serveurs. Faut-il pour autant accorder le moindre crédit à ses théories abracadabrantes ?

Technophobie

Dès l’entame du film, Gore Verbinski parvient ainsi à capter l’attention du spectateur et à piquer sa curiosité au vif. Le phénomène d’identification s’active face à cet hurluberlu au look improbable, et les mêmes questions que celles que se pose l’assistance nous titillent aussitôt : y a-t-il la moindre parcelle de vérité dans ce que raconte cet homme ? La narration se fragmente aussitôt, adoptant presque la structure d’un film à sketches, dans la mesure où plusieurs flashbacks s’attardent sur des clients du restaurant et développent des histoires autonomes. Là, le film bascule ouvertement dans une atmosphère science-fictionnelle très proche de celle de la série Black Mirror. On y évoque tour à tour la contamination des esprits via les smartphones, les dangers du clonage, le plongeon dans les réalités virtuelles, le développement de l’intelligence artificielle… Tous ces récits convergent bientôt pour tisser un fil narratif commun qui dépasse en extravagance toutes les attentes. Et si Good Luck, Have Fun, Don’t Die aborde plusieurs fléaux bien réels frappant la société américaine et surtout ses jeunes générations – l’addiction aux réseaux sociaux, les tueries dans les lycées -, c’est sous un angle volontairement excessif et grotesque qui n’atténue pas pour autant son caractère satirique. Certes, cette mise en garde contre l’abus de technologie ne fait pas dans la dentelle et n’hésite pas à chausser de gros sabots pour étayer sa démonstration. Mais on ne pourra pas reprocher à Verbinski son manque d’audace ou d’irrévérence. Il faut voir comment le film visualise les dérives de l’IA générative au cours de son dernier acte ! Nous voilà face à un véritable OVNI, dont le grain de folie n’est pas sans rappeler Everything Everywhere All at Once.

 

© Gilles Penso

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