GOOD LUCK, HAVE FUN, DON’T DIE (2025)

Un homme bizarre débarque dans un restaurant de Los Angeles et affirme qu’il vient du futur, en quête de volontaires pour l’aider à sauver le monde…

GOOD LUCK, HAVE FUN, DON’T DIE

 

2025 – USA

 

Réalisé par Gore Verbinski

 

Avec Sam Rockwell, Juno Temple, Haley Lu Richardson, Michael Peña, Zazie Beetz, Asim Chaudhry, Tom Taylor, Georgia Goodman, Daniel Barnett

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS I DOUBLES I MONDES VIRTUELS ET PARALLÈLES

Voilà huit ans que nous n’avions plus de nouvelles de Gore Verbinski. Depuis l’échec critique et commercial du pourtant fascinant A Cure for Life, le réalisateur de Pirates des Caraïbes, du Cercle et de Rango était aux abonnés absents. Le voilà enfin de retour aux commandes de Good Luck, Have Fun, Don’t Die, une fable de science-fiction délirante qui n’est pas sans raviver l’esprit de certains films de Terry Gilliam (on pense notamment à L’Armée des 12 singes, Fisher King ou L’Homme qui tua Don Quichotte). Imaginé par Matthew Robinson, le scénario de ce long-métrage parfaitement inclassable sera passé par de nombreuses itérations. Conçu au départ pour le pilote d’une série TV centrée sur un étudiant en littérature, le récit évolue peu à peu vers un autre format, se structure autour de saynètes à priori indépendantes mais toutes liées à un homme venu du futur, et intègre les progrès constants de l’intelligence artificielle. Le producteur Erwin Stoff tente d’approcher plusieurs réalisateurs avec ce concept atypique, mais c’est Verbinski qui se montre le plus enthousiaste. Habitué à changer radicalement de registre d’un film à l’autre – ce qui explique sa filmographie particulièrement éclectique -, le cinéaste bénéficie ici d’une grande liberté dans la mesure où il s’agit de son premier film indépendant. Libéré de la pression des gros studios, Verbinski compose avec un budget raisonnable de 23 millions de dollars et se lance ainsi dans l’un des projets les plus fous de sa carrière.

Presque méconnaissable sous sa barbe hirsute et son accoutrement invraisemblable fait de bric et de broc, Sam Rockwell joue un homme bizarre qui débarque dans un restaurant de Los Angeles, à 22h10 précises, et affirme à tous les gens présents qu’il vient du futur. Son objectif : réunir une équipe de gens choisis sur place pour l’aider à empêcher la fin du monde. Persuadées qu’elles ont affaire à un sans-abri divagant, quelques personnes présentes dans l’établissement décident de se débarrasser de lui manu-militari. Mais notre homme exhibe alors un dispositif complexe caché sous sa combinaison, relié à un bouton. C’est une bombe, qu’il fera exploser s’il rencontre la moindre résistance. Poursuivant son discours incohérent, l’intrus déclare qu’il en est à sa 117ème tentative et qu’il espère aller cette fois-ci au bout de sa mission. Il s’agit de toute évidence du délire d’un pauvre gars atteint de paranoïa aigue. Mais un détail reste troublant : il connaît plusieurs informations très personnelles parmi les clients et les serveurs. Faut-il pour autant accorder le moindre crédit à ses théories abracadabrantes ?

Technophobie

Dès l’entame du film, Gore Verbinski parvient ainsi à capter l’attention du spectateur et à piquer sa curiosité au vif. Le phénomène d’identification s’active face à cet hurluberlu au look improbable, et les mêmes questions que celles que se pose l’assistance nous titillent aussitôt : y a-t-il la moindre parcelle de vérité dans ce que raconte cet homme ? La narration se fragmente aussitôt, adoptant presque la structure d’un film à sketches, dans la mesure où plusieurs flashbacks s’attardent sur des clients du restaurant et développent des histoires autonomes. Là, le film bascule ouvertement dans une atmosphère science-fictionnelle très proche de celle de la série Black Mirror. On y évoque tour à tour la contamination des esprits via les smartphones, les dangers du clonage, le plongeon dans les réalités virtuelles, le développement de l’intelligence artificielle… Tous ces récits convergent bientôt pour tisser un fil narratif commun qui dépasse en extravagance toutes les attentes. Et si Good Luck, Have Fun, Don’t Die aborde plusieurs fléaux bien réels frappant la société américaine et surtout ses jeunes générations – l’addiction aux réseaux sociaux, les tueries dans les lycées -, c’est sous un angle volontairement excessif et grotesque qui n’atténue pas pour autant son caractère satirique. Certes, cette mise en garde contre l’abus de technologie ne fait pas dans la dentelle et n’hésite pas à chausser de gros sabots pour étayer sa démonstration. Mais on ne pourra pas reprocher à Verbinski son manque d’audace ou d’irrévérence. Il faut voir comment le film visualise les dérives de l’IA générative au cours de son dernier acte ! Nous voilà face à un véritable OVNI, dont le grain de folie n’est pas sans rappeler Everything Everywhere All at Once.

 

© Gilles Penso

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PROJET DERNIÈRE CHANCE (2026)

Ryan Gosling fait une rencontre du troisième type au cours d’une mission spatiale pour raviver le soleil mourant…

PROJECT HAIL MARY

 

2026 – USA

 

Réalisé par Chris Miller & Phil Lord

 

Avec Ryan Gosling, James Ortiz, Sandra Hüller, Ken Leung, Liz Kingsman, Milana Vayntrub, Lionel Boyce

 

THEMA SPACE OPERA I EXTRA-TERRESTRES

Depuis leur éviction du tournage de Solo pour Lucasfilm en 2016, on n’avait plus revu Phil Lord et Chris Miller derrière la caméra. Projet dernière chance était donc attendu au tournant, afin de vérifier la capacité des deux trublions à mener un projet à terme dans une industrie de plus en plus corporatiste. Si Amazon MGM Studios a le mérite d’allouer un budget de 200 millions de dollars à des « auteurs » et de sortir le film en salles, on est désormais familier du cahier des charges établi par les plateformes de streaming. Et dans le cas présent, il ne fait aucun doute qu’il a été respecté à la lettre par Miller et Lord. Projet dernière chance est la seconde adaptation d’un roman d’Andy Weir par Drew Goddard, après Seul sur Mars. En 2015, ce « McGyver dans l’espace » réalisé par Sir Ridley Scott avait connu un inespéré succès critique et public, bien que la décontraction ambiante du film ne lui permit pas de trouver sa place au palmarès des grands films d’exploration spatiale tels que 2001 l’odyssée de l’espace ou Interstellar, d’illustres modèles à côté desquels Projet dernière chance fait à nouveau bien pâle figure, tant il s’avère dérivatif de tout ce que le genre nous a offert depuis quarante ans : Sunshine, Gravity, Wall-E, Passengers, Oxygène, Ad Astra, voire même Armageddon. Le sauveur de l’humanité, Ryland Grace (Ryan Gosling – en mode Fall Guy plutôt que First Man), forcément américain malgré le casting alibi de seconds rôles sortis d’une publicité pour Benetton, est ici aussi un parfait anti-héros débonnaire qui, chez Michael Bay ou Roland Emmerich, aurait suscité bien des critiques. Toutes ces références (emprunts ?) font partie du vocabulaire méta de Lord et Miller, mais elles offrent à Amazon un produit familier, sans rugosité, caressant le spectateur dans le sens du poil. Même la bande originale de Daniel Pemberton trahit certains morceaux ayant servi de musique temporaire, notamment les passages désarticulés et loufoques composés par Thomas Newman pour Wall-E ou les accords écrasants de Hans Zimmer pour Interstellar. Pour quiconque attend une « vraie » proposition de cinéma, les 2h36 de projection les laisseront sur leur faim, à moins de s’amuser à repérer les morceaux qui constituent ce best-of de la SF.

Projet dernière chance commence par une mauvaise nouvelle : le soleil est en train de s’éteindre car des particules appelées « astrophages » le consument. Heureusement, une étoile voisine du soleil, non affectée, semble posséder des « anticorps ». La mission, si vous l’acceptez, est d’aller récupérer ces cellules saines, les cultiver et soigner le soleil. Dit comme ça, ça a l’air aussi simple qu’un exposé de Michel Chevalet, mais rappelons que dans ses romans, Andy Weir n’établit pas une thèse universitaire. Il use au contraire de vulgarisation et de libertés scientifiques pour offrir à son Robinson de l’espace de multiples problèmes à résoudre, préservant l’illusion de la plausibilité scientifique et se focalisant sur la résolution technique plutôt que sur la philosophie et la métaphysique. De la science-fiction ludique pour les fans de jeux vidéo et d’escape games, en quelque sorte. Pourquoi pas après tout ? D’autant que cela correspond parfaitement aux aspirations de Miller et Lord. La menace d’extinction pesant sur l’humanité n’est tout simplement pas traitée et fait office de prétexte pour le sujet principal du film : la relation entre Ryland Grace et Rocky, un extraterrestre arachnide minéral aussi amical et candide que le Numéro 8 de Short Circuit, prenant vie à l’écran grâce à l’expertise animatronique du vétéran Neal Scanlan (Oz, un monde extraordinaire, Babe, Le Réveil de la Force, la série Andor). Comme dans Enemy de Wolfgang Petersen, Projet dernière chance se focalise sur l’amitié naissante des deux compagnons de fortune, en expédiant rapidement les formalités d’usage. Le mystère du premier contact avec une forme de vie étrangère et la résolution du problème de la langue sont ainsi évacués via un montage musical émaillé de gags, amusants si le spectateur espère retrouver l’humour de 21 Jump Street ou The Lego Movie, navrants s’il s’attend à une odyssée spatiale plus sérieuse. D’autant que la facilité avec laquelle les deux êtres parviennent à se comprendre annihile complètement l’exotisme de la rencontre. Rocky aurait pu tout aussi bien parler anglais dès le départ, comme un extraterrestre d’un épisode de la série Star Trek originale, que la progression dramatique de Projet dernière chance n’en aurait pas souffert.

2001 Jump Street

Quel a été l’influence de Lord et Miller sur le ton du film ? On sait que la productrice Kathleen Kennedy et le scénariste Jon Kasdan leur avaient reproché de transformer Solo en comédie d’action avant de les limoger. Et s’ils avaient adopté exactement le même parti pris sur Projet dernière chance, avec cette fois-ci la bénédiction d’Amazon MGM ? Au vu du résultat, la décision à priori injuste de Lucasfilm mérite d’être reconsidérée sous une lumière différente. On connaît leur propension à tirer leurs scénarios vers le second degré et la parodie, qui fonctionne à merveille dans 21 Jump Street et sa suite, dans La Grande aventure Lego et même dans le délicieusement déjanté Tempête de Boulettes géantes. Ici, elle dessert plutôt les ambitions du projet, dont la simplicité et la linéarité dramatiques peinent à justifier une durée excessive. Car la narration en flashbacks est un simple prétexte pour se passer d’une exposition classique et ouvrir le film dans l’espace en cours de mission, en fournissant par la suite au spectateur les quelques informations nécessaires à l’explication d’un contexte qui n’a finalement que peu d’incidence sur le « buddy movie » au cœur de l’histoire. On peut même se demander si Projet dernière chance n’a pas été envisagé à la base pour être monté dans l’ordre chronologique, avant que la structure « enrôlement / entrainement / mission » ne soit jugée lassante pour le spectateur avant même le décollage de la fusée. N’oublions pas que, production Amazon oblige, le film servira avant tout de produit d’appel pour la plateforme Prime, et qu’une sortie en salle et un tournage en IMAX ne signifient pas forcément que Projet dernière chance soit pensé pour le grand écran. En témoignent de nombreux gros plans, une mise en scène confinée à des espaces restreints et une profondeur de champ limitée en conséquence. De ce point de vue, on comprend mieux la dilution et la schématisation des enjeux, ainsi que le rythme lâche, qui trahissent probablement la volonté de s’accommoder au « second screen viewing », ce nouveau fléau consistant à consulter son téléphone pendant le visionnage d’un programme chez soi… et parfois même au cinéma ! Si vos paupières deviennent trop lourdes pendant le film après une longue journée de travail, rassurez-vous : dans l’espace, personne ne vous entendra ronfler !

 

© Jérôme Muslewski

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LE SIFFLET (2025)

Un objet macabre d’origine précolombienne tombe dans les mains d’un groupe de lycéens, qui ont la mauvaise idée de souffler dedans…

WHISTLE

 

2025 – CANADA / IRLANDE

 

Réalisé par Corin Hardy

 

Avec Dafne Keen, Sophie Nélisse, Sky Yang, Jhaleil Swaby, Ali Skovbye, Percy Hynes White, Mika Amonsen, Michelle Fairley, Stephen Kalyn, Nick Frost

 

THEMA MORT

Réalisateur de deux films d’horreur relativement confidentiels (Blood Fest et Mercy Black), Owen Egerton développe d’abord l’idée du Sifflet sous forme d’une nouvelle, avant d’en tirer le scénario d’un long-métrage. C’est Corin Hardy, signataire du peu mémorable La Nonne issu du « Conjuring Cinematic Universe », qui se charge de la mise en scène. Férus de cinéma de genre, les deux hommes décident de truffer Le Sifflet de références et de clins d’œil. Nous avons donc droit à un enseignant qui s’appelle Craven, à une lycéenne nommée Browning, à l’usine sidérurgique Verhoeven ou à la boîte à cigares Muschietti. Ces petits coups de coude sont bien sûr conçus pour s’attirer la complicité du public, mais n’empêchent pas le film de cumuler un grand nombre de lieux communs. Dès l’entame, nous découvrons donc l’archétype de l’adolescente marginale et solitaire qui vient s’installer dans une nouvelle ville et un nouveau lycée, griffonne des dessins dans son cahier, s’habille un peu « grunge » et écoute des chansons aux paroles déprimantes : « Desperate Times », « Social Suicide », « In the Dark and Lonely Night »… Ce mix cafardeux nous rappelle la playlist dépressive qu’écoutait l’héroïne du parodique Mords-moi sans hésitation.

Ce « cliché ambulant » est une jeune fille au prénom improbable, Chrysantemum (Dafne Keen) – Chrys pour les intimes. Bouleversée par la mort de son père, cette ancienne junkie emménage avec son jovial cousin décoloré Rel (Sky Yang) et découvre ses nouveaux camarades lycéens : la blonde populaire Grace (Ali Skovbye), son petit-ami sportif Dean (Jhaleil Swaby) et la sympathique Ellie (Sophie Nélisse) qui lui tape rapidement dans l’œil. En ouvrant son casier, Chrys tombe sur un objet étrange d’origine précolombienne : un sifflet antique en forme de crâne. Or les spectateurs ont un coup d’avance, puisque la scène prégénérique nous a montré le basketteur vedette du lycée, en possession de cet artefact antique, mourir dans des conditions spectaculaires : calciné dans sa douche après être entré en contact avec un homme en flammes. Le mystère est encore entier mais la menace très palpable. En retenue après une altercation dans les couloirs, nos élèves vedette sont surveillés par un professeur (Nick Frost) qui confisque le sifflet. Une fois seul, il souffle dedans. Les conséquences seront catastrophiques…

Souffler n'est pas jouer

Si l’on passe outre la galerie de personnages stéréotypés que met en scène Le Sifflet, il faut reconnaître que les séquences d’épouvante concoctées par Corin Hardy ne manquent ni d’efficacité ni d’impact, comme par exemple cette course-poursuite cauchemardesque dans le labyrinthe d’une fête foraine. Le design de l’objet lui-même est une jolie réussite, suscitant par sa seule présence d’irrépressibles frissons. Et lorsque la mort frappe, la retenue n’est plus de mise et le sang éclabousse l’écran avec une belle générosité. Mention spéciale pour le déchiquetage d’un lycéen par une force invisible, réminiscence ultra gore d’une des scènes les plus marquantes de Looper. Mais toutes ces belles qualités formelles ne cachent pas le sentiment de déjà-vu qui plane tout au long du métrage. La mécanique narrative évoque beaucoup d’autres films d’horreur – Smile, La Main, The Monkey et surtout la franchise Destination finale -, tandis que cette convocation des peurs intimes se retournant contre les jeunes héros nous ramènent directement à Ça. Dommage que le savoir-faire de Hardy ne soit pas mis au service d’un concept plus novateur et de protagonistes plus étoffés.

 

© Gilles Penso

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QUE SAIT-ON DU PROCHAIN CONAN ?

Plus de quarante ans après avoir brandi l'épée du Cimmerien pour la première fois à l'écran, Arnold Schwarzenegger pourrait bien renouer avec l'un de ses rôles les plus emblématiques.

PUBLIÉ LE 10 MARS 2026

Les rotatives se sont emballées et les réseaux sociaux ont surchauffé lorsque l’ex-Terminator a évoqué le développement d’un nouveau film consacré au barbare qui le rendit célèbre. C’était il y a quelques jours à peine, lors de sa prise de parole à l’Arnold Sports Festival de Columbus. Résumons ce que l’on sait pour l’instant de ce projet qui a longtemps joué l’arlésienne. Selon les informations publiées notamment par Deadline et The Guardian, le film porterait le titre provisoire de King Conan et serait conçu comme une suite tardive des deux premiers volets, Conan le barbare (1982) et Conan le destructeur (1984). Le concept s’inscrirait dans une approche crépusculaire du personnage imaginé par Robert E. Howard. « Ils sont en train d’écrire le rôle », explique Arnold. « Ils ne l’écrivent pas comme si j’avais 40 ans, mais en tenant compte de mon âge. Je vais toujours aller botter des fesses, mais ce sera différent. King Conan sera une grande histoire à l’ancienne dans laquelle Conan a été roi pendant quarante ans, mais il est maintenant contraint de quitter le royaume. Il y aura bien sûr des combats, toutes sortes de folie, de la violence, de la magie, des créatures et d’autres choses du genre. Ils vont aussi mettre le paquet sur les effets spéciaux. Le studio est prêt à mettre beaucoup d’argent pour que le film soit de grande envergure. »

 

Développé par 20th Century Fox, King Conan est confié au scénariste et réalisateur Christopher McQuarrie, un choix qui peut légitimement laisser perplexe. Car s’il sut redynamiser avec talent la saga Mission impossible en lui offrant l’un de ses meilleurs opus (Rogue Nation), McQuarrie contribua aussi hélas à l’inexorable infléchissement qualitatif de la franchise dédiée aux exploits de Tom Cruise, jusqu’à un double dernier épisode jouant artificiellement les prolongations. Pourquoi ne pas plutôt confier un tel bébé à un cinéaste de la trempe de Paul Verhoeven ? Ne faut-il pas une vraie vision de cinéaste, un souffle épique et du culot pour raviver le culte du massif Cimmérien ? Le studio préfère sans doute jouer la carte de la sécurité plutôt que celle de l’audace. Pour l’instant, aucun calendrier de tournage ni date de sortie n’ont été annoncés. Mais si le projet se concrétise, il marquerait le retour spectaculaire d’un héros majeur de la fantasy cinématographique et offrirait à Arnold Schwarzenegger l’occasion de reprendre l’épée du barbare qui l’a fait entrer dans la légende. Wait and see…

 

© Gilles Penso

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WAR MACHINE (2026)

En pleine mission d’entraînement au beau milieu de la forêt, une escouade de militaires se heurte à une créature mécanique d’origine inconnue…

WAR MACHINE

 

2026 – USA / AUSTRALIE

 

Réalisé par Patrick Hughes

 

Avec Alan Ritchson, Dennis Quaid, Stephan James, Jai Courtney, Easi Morales, Keiyan Lonsdale, Daniel Webber, Blake Richardson, Jack Patten, Jacob Hohua

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I ROBOTS

War Machine n’a aucun lien avec le film homonyme diffusé sur Netflix en 2017, dans lequel Brad Pitt tenait le haut de l’affiche, ni avec le super-héros cuirassé dérivé de l’univers d’Iron Man. Il s’agit cette fois-ci de l’œuvre du couteau-suisse Patrick Hughes, scénariste, réalisateur et producteur australien spécialisé dans les films d’action musclés (Red Hill, Expendables 3, Hitman & Bodyguard, The Man From Toronto). Le concept de War Machine – un commando surentraîné qui fait face à une menace extra-terrestre incontrôlable – n’a rien de bien nouveau, dans la mesure où deux films emblématiques l’ont quasiment mué en sous-genre du cinéma de science-fiction : Aliens et Predator. Hughes assume pleinement cette filiation et semble d’ailleurs vouloir emprunter la voie du cinéma d’action des années 80, volontiers gorgé de testostérone. Alan Ritchson, que le grand public connaît notamment grâce à la série Reacher, bande donc les muscles et serre les dents en parfait émule de Chuck Norris ou de Steven Seagal. L’un des motifs visuels récurrents du film – le héros à bout de forces qui porte sur son dos un frère d’arme blessé – nous renvoie d’ailleurs directement au célèbre poster de Retour vers l’enfer de Ted Kotcheff. Étant donné que nous sommes sur un terrain relativement familier, le défi de War Machine consiste à faire du neuf avec du vieux. À ce jeu, Patrick Hughes s’en sort plutôt bien.

Le prologue nous permet rapidement d’appréhender la tonalité du film : il nous semble visionner une sorte de spot de pub adressé aux potentielles futures jeunes recrues de l’armée américaine. Nous sommes en Afghanistan, où un convoi de soldats US est tombé en panne. Un sergent-chef venu filer un coup de main à cette petite équipe tombe sur son frère, chef de la mission, et tous deux échangent aussitôt une belle accolade virile en se promettant de s’engager dans les Rangers après cette opération. Mais ils sont frappés par une attaque des insurgés talibans qui sème le chaos et ne laisse qu’un seul survivant : notre sergent-chef. Incapable de sauver son frère, c’est désormais un homme brisé qui s’engage dans le programme RASP pour rejoindre le 75e régiment de Rangers, conformément à la promesse qu’il a tenue à son frère. Alors que les épreuves de plus en plus difficiles écrèment progressivement l’effectif des candidats, il tient toujours bon, malgré son incapacité à se lier avec les autres. La dernière étape de cette sélection est une mission de simulation dans la forêt, visant à détruire un avion classé secret et à secourir son pilote. Mais au beau milieu de cette ultime épreuve, nos soldats se retrouvent face à un engin bizarre à la ligne futuriste. « Ils ont mis le paquet sur les effets spéciaux ! », dit l’un d’eux. Sauf que cette machine n’appartient pas à l’armée américaine et se révèle mortellement dangereuse…

Les bêtes de guerre

Bien sûr, la finesse n’est pas la qualité première de War Machine. Les clichés inhérents aux films de commandos ne nous sont pas épargnés et la musique pompière de Dmitri Golovko rythme l’ensemble avec une lourdeur étourdissante. L’imperturbabilité du protagoniste – justifiée par son stress post-traumatique – n’offre par ailleurs pas beaucoup de tessiture de jeu à Alan Ritchson, qui se contente ici d’un registre monocorde. Mais toutes ces conventions sont comme les règles d’un jeu qui, si l’on accepte d’y participer sans être trop regardant, se révèle diablement distrayant. La solidité de la mise en scène de Patrick Hughes, l’efficacité des séquences de suspense et le déchaînement explosif des scènes d’action emportent habilement le morceau. On apprécie aussi la qualité des effets visuels qui donnent vie à cette créature mécanique redoutable à mi-chemin entre le Ed-209 de Robocop et l’AMP-Suit d’Avatar. Étant donné que Hugues connaît ses classiques, il puise volontiers certaines de ses idées visuelles dans Jurassic Park (la boussole détraquée qui remplace le gobelet d’eau pour annoncer l’arrivée imminente du monstre, la poursuite sur la route au cours de laquelle la caméra s’attarde sur le reflet menaçant dans le rétroviseur) et dans Aliens (le combat « mano a mano » final). Ce climax pétaradant permet de mieux mesurer le double-sens du titre du film, la « machine de guerre » se rapportant autant à l’engin extra-terrestre qu’au protagoniste monolithique. War Machine est finalement un spectacle régressif de haute tenue, qui frôle certes les excès du Roland Emmerich d’Independence Day ou du Michael Bay d’Armageddon mais n’y cède jamais totalement.

 

© Gilles Penso

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SCREAM 7 (2026)

Après un épisode délocalisé à New York, Scream 7 revient aux sources avec sa scream queen originale ainsi que le scénariste du premier film derrière la caméra…

SCREAM 7

 

2026 – USA

 

Réalisé par Kevin Williamson

 

Avec Neve Campbell, Courteney Cox, Isabel May, Anna Camp, McKenna Grace, Matthew Lillard, Joel McHale

 

THEMA TUEURS  SAGA SCREAM

De par son concept méta, la saga Scream peut tout se permettre et tout justifier par la volonté d’émuler les règles tacites des autres slashers. Ou, pour le dire de façon plus sarcastique : « si c’est pas bien, ça n’est pas de notre faute, on ne fait que reproduire les formules existantes ». Après un hiatus de 12 ans suite au déjà tardif Scream 4 de 2011, Scream 2022 et le Scream 6 des sympathiques duettistes Matt Bettinelli-Olgin et Tyler Gillett (Wedding Nightmare, Abigail) semblaient vouloir emboiter le pas du reboot de la franchise Halloween par David Gordon Green, à savoir une nouvelle trilogie supposée satisfaire les anciens et les jeunes fans, en mêlant personnages historiques et nouveaux venus. C’est le concept du « legacy-quel » (cité dans Scream 2022 justement). Mais Bettinelli-Olgin et Gillett n’auront pas réussi à aller jusqu’au bout de leur projet : leur Scream 7 prévoyait de montrer Sam Carpenter (Melissa Barrera) cédant au côté obscur en revêtant elle-même le masque de Ghostface, comme son père avant elle. Une fin satisfaisante qui aurait également entériné le passage de témoin d’une génération de personnages (et de spectateurs) à l’autre, puisque Neve Campbell ne figurait déjà plus au casting de Scream 6 en raison d’exigences salariales jugées déraisonnables. Nous laisserons à Variety et au Hollywood Reporter les affaires de contentieux entre stars et producteurs, mais il semblerait que Paramount et Spyglass aient décidé de remercier Melissa Barrera suite à des déclarations polémiques sur Tweeter. On pourra également penser que l’accueil tiède réservé au film précédent incita Paramount à revoir sa stratégie en acceptant les exigences de Neve Campbell pour revenir aux sources de la saga, impliquant de jeter aux orties le scénario initialement prévu et recentrer l’histoire sur le personnage de Sidney Prescott. Bettinelli-Olgin et Gillett sont également remerciés et s’en iront tourner un Wedding Nightmare 2 s’annonçant autrement plus réjouissant. Après que Chris Landon (Happy Birthdead 1 et 2, Freaky) ait brièvement travaillé sur le projet, Paramount s’en va chercher un autre revenant afin de garantir un authentique retour aux sources de la saga : Kevin Williamson, le scénariste malin du Scream original (et créateur de la série Dawson accessoirement), titre de gloire qui fut à la fois le début et le point culminant de la carrière déclinante depuis la catastrophe industrielle Cursed. On se souviendra également que Williamson était passé derrière la caméra en 1999 pour réaliser Mrs Tingle, une déception qui coupa court à sa carrière de metteur en scène. Mais comme on revient le courtiser, il est en position de force pour négocier, et s’il accepte d’écrire Scream 7, il obtient également de pouvoir le réaliser.

Kevin Williamson et Neve Campbell, aussi complices qu’opportunistes, tirent donc la couverture à eux et font complètement abstraction des personnages introduits dans les deux derniers films. Tous ? Non, car ils choisissent d’en préserver deux : Mindy (Jasmin Savoy Brown) et son frère Chad (Mason Gooding), promus ici apprentis-reporters au côté de l’indéboulonnable Gale Weathers (Courteney Cox). Mais leurs personnages totalement insipides suggèrent qu’ils sont un simple alibi pour nous convaincre d’une vague reconnaissance des évènements précédents. Comme le veut la tradition, la scène d’introduction met en scène des personnages qui rendront leur dernier souffle avant que le titre du film n’apparaisse. Comme avec James Bond, c’est aussi l’occasion de remettre la saga dans le contexte contemporain. Ici, il est question d’un couple de fans de Stab qui viennent passer la nuit dans la maison où se sont déroulés les meurtres qui ont inspiré le film dans le film (aujourd’hui reconverti en Airbnb, comme dans la vraie vie). Le méta au carré en quelque sorte, qui permet d’introduire l’idée que certains fans ne font plus la différence entre fiction et réalité, et que la popularité des émissions TV du type « True Crime » pose une question morale lorsque les meurtriers fascinent plus qu’ils n’effraient, et que les victimes sont réduites à des figures anonymes pour favoriser l’apathie. Comme d’habitude avec Scream, cette critique (disons plutôt « observation ») ne restera pas implicite et les « True Crime » seront cités à plusieurs reprises dans les dialogues, afin de préparer à la révélation bavarde de l’identité des tueurs (encore un passage obligé). Un semblant de cohérence scénaristique bienvenu mais loin d’être suffisant pour relever le plat.

True Scream

Un problème fondamental de la franchise Scream est la nature même de son croque-mitaine. Ne s’agissant pas d’un être surnaturel ou fantomatique comme dans Les Griffes de la nuit, Vendredi 13 ou Halloween, ses incessants retours à l’écran peinent toujours plus à trouver une explication qui tienne la route. Car Ghostface n’existe pas en soi et les Scary Movie n’ont bien sûr pas grand-chose à changer pour le parodier : pourquoi chaque nouveau repreneur du costume persiste-t-il à porter ce masque obstruant la vision et cette tunique avec laquelle il ne cesse de tomber ? Bien que Scream 7 semble lui-même rire du sujet, nous arrivons définitivement au point de rupture quant aux motivations des tueurs et il sera difficile de gober plus gros que celles-ci. Kevin Williamson cherche avant tout à recentrer la franchise sur le personnage de Sidney Prescott qu’il a créé trente ans plus tôt, aujourd’hui quinquagénaire, mariée et mère d’une grande ado (Isabel May, pourtant âgée de 26 ans, soit trois de plus que sa « mère » dans Scream en 1996 !). Mais Neve Campbell n’a pas eu la carrière de Jamie Lee Curtis. Si le retour de cette dernière dans la franchise Halloween combinait l’argent facilement gagné et la reconnaissance envers une saga qui lui a mis le pied à l’étrier, la prestation de Campbell se rapproche ici malheureusement plus du désespoir des acteurs d’Hélène et les garçons condamnés à jamais à incarner l’unique personnage de leur carrière pour assurer les rentrées d’argent. Neve Campbell assume ouvertement ces raisons financières lors de la promo du film : elle explique avoir refusé Scream 6 faute d’un cachet à la hauteur de sa valeur, mais avoir obtenu ce qu’elle souhaitait pour ce septième film – nous en sommes ravis pour elle. Le lien mère-fille renforcé dans Scream 7 fait-il office de happy end pour Sidney, ou Williamson laisse-t-il la porte ouverte à une union renforcée face au prochain porteur du masque de Ghostface ? On sait malheureusement que seul de très mauvais résultats au box-office pourraient dissuader Paramount de donner le feu vert à un nouvel épisode…

 

© Jérôme Muslewski

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MANIAC COP EST BIENTÔT DE RETOUR !

Après près d'une décennie de rumeurs, de changements de format et de faux départs, le flic zombie s'apprête enfin à ressortir sa matraque…

PUBLIÉ LE 5 MARS 2026

Figure culte de la série B horrifique des années 1980, Maniac Cop est l’œuvre conjointe du scénariste Larry Cohen et du réalisateur William Lustig. Le concept, simple mais redoutablement efficace, fit les beaux jours des vidéoclubs et engendra une trilogie inégale, certes, mais chère au cœur des « shockers » de cette décennie légendaire. Lui-même grand amateur de ce genre de pellicules, Nicolas Winding Refn (Drive, Only God Forgives) planche depuis le milieu des années 2010 sur une nouvelle version du film de Lustig. À l’origine, il prévoit de produire le film, sur la base d’un scénario d’Ed Brubaker, et de céder la réalisation à John Hyams. Mais le projet ne cesse de changer de forme. Un temps transformé en série pour HBO et Canal+, le reboot envisage d’explorer un univers urbain peuplé de policiers, de criminels et de citoyens pris dans une spirale de paranoïa autour d’un mystérieux « exterminateur en uniforme ». Jusqu’à ce que la vente de HBO à Discovery mette fin au projet télévisé, après plusieurs années de développement et plus d’un million de dollars investis dans l’écriture des scripts. Aujourd’hui, ce nouveau Maniac Cop semble enfin se réenclencher. Refn est actuellement en pleins préparatifs pour un tournage prévu à l’automne. Le flic zombie pourrait donc enfin revenir hanter les rues américaines. Et si l’on se fie au style hypnotique du réalisateur de The Neon Demon, cette résurrection pourrait bien transformer la vieille série B grindhouse en cauchemar urbain stylisé et brutal.

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BRUCE CAMPBELL BRISE LE SILENCE SUR SA MALADIE

Le diagnostic est tombé, irrévocable. Pour chasser les éventuelles fake news, l'acteur fétiche de Sam Raimi a décidé de prendre la parole pour s'adresser directement à ses fans.

PUBLIÉ LE 3 MARS 2026

Voici le message de Bruce Campbell, tel qu’il fut publié sur ses comptes Instagram et X. Le reste se passe sans doute de commentaires :

 

Salut tout le monde, de nos jours, quand quelqu’un a un problème de santé, on parle d’une « opportunité », alors allons-y pour ça : j’en ai une. On parle aussi d’un type de cancer « traitable » et non « guérissable ». Je m’excuse si ça vous choque, ça m’a choqué aussi.

 

La bonne nouvelle, c’est que je ne vais pas entrer dans les détails. Je publie ce message parce que, sur le plan professionnel, certaines choses vont devoir changer : les apparitions publiques, les conventions et le travail en général devront passer au second plan pour laisser la place au traitement.

 

Mon objectif est de me rétablir autant que possible pendant l’été afin de pouvoir partir en tournée avec mon nouveau film Ernie & Emma cet automne.

 

Je dois annuler plusieurs conventions cet été. Je le regrette beaucoup. Les besoins liés au traitement et les obligations professionnelles ne vont pas toujours de pair.

 

C’est à peu près tout. Je ne cherche pas à susciter la sympathie, ni à obtenir des conseils, je veux simplement prendre les devants au cas où de fausses informations seraient diffusées (ce qui sera le cas).

 

N’ayez crainte, je suis un vieux salaud dur à cuire et je bénéficie d’un soutien formidable, donc je pense être encore là pendant un certain temps.

 

Comme toujours, vous êtes les meilleurs fans du monde et j’espère vous revoir bientôt !

 

Avec toute mon affection,

Bruce Campbell

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IRON LUNG (2026)

Dans ce huis-clos claustrophobique tiré d’un jeu vidéo d’horreur, un détenu enfermé dans un sous-marin rétrofuturiste explore un océan de sang…

IRON LUNG

 

2026 – USA

 

Réalisé par Mark Fischbach

 

Avec Mark Fischbach, Caroline Kaplan, Troy Baker, Elsie Lovelock, Elle LaMont, Mick lauer, Dave Pettitt, Holt Boggs, Isaac McKee, Roman Parsons Crow

 

THEMA FUTUR

Grand spécialiste des tests de jeux vidéo – de préférences ceux qui se rattachent à l’horreur et sont produits par des compagnies indépendantes -, Mark Fischbach s’est mué en véritable phénomène depuis son arrivée sur YouTube en 2012 sous le pseudonyme de Markiplier. Le succès de sa série de vidéos « Let’s Play » est tel qu’il finit par cumuler 38 millions d’abonnés, reçoit plusieurs prix prestigieux, engrange une petite fortune et devient l’une des stars les plus populaires de la plateforme. Après avoir réalisé une grande quantité de films courts diffusés en ligne, son envie de cinéma commence sérieusement à le titiller. Lorsqu’il teste le jeu Iron Lung, une aventure de science-fiction oppressante au concept minimaliste et au graphisme volontairement simpliste, il décide de se lancer. Cet univers conçu par David Szymanski le séduit suffisamment pour qu’il décide d’en faire l’objet de son premier long-métrage. Pour conserver un contrôle total – mais aussi parce qu’aucun studio n’aurait sans doute osé le suivre -, il décide d’écrire, de réaliser, de produire et de distribuer lui-même Iron Lung, dont il tient aussi le rôle principal. Financé à hauteur de trois millions de dollars, le film est tourné dans un décor unique édifié sur les plateaux de Troublemaker Studios, la société de Robert Rodriguez. Le pari était osé, mais Markiplier a vu juste. Grâce à son immense communauté de followers, son modeste long-métrage se hisse au sommet du box-office et se mue en véritable petit phénomène.

Conformément aux informations que nous donne le jeu Iron Lung en début de partie, un texte introductif nous annonce le contexte peu reluisant dans lequel va se dérouler le film. Nous sommes dans le futur. Les étoiles ont cessé de briller, les planètes se sont éteintes et seuls quelques survivants flottent encore, à bord de stations abandonnées ou de vaisseaux dérivant dans le vide, observant gravement cette fin du monde à laquelle ils ont donné un nom imagé : « le rapt silencieux. » Alors que toutes les structures s’effondrent les unes après les autres, la compagnie Iron Consolidation fait une découverte singulière sur la lune désolée AT-5 : un océan de sang. Une expédition y est immédiatement lancée, dans l’espoir de mettre la main sur des ressources vitales et peut-être de renverser le cours de l’anéantissement. Pour l’explorer, un sous-marin est construit et un prisonnier y est enfermé avec pour mission d’aller sonder les profondeurs. S’il survit, il retrouvera sa liberté. Sinon, un autre prendra sa place…

La mésaventure intérieure

Contrairement au jeu, d’autres personnages que le détenu enfermé dans son submersible apparaissent dans Iron Lung, mais surtout sous forme de voix off (à travers les fragiles canaux de communication installés à bord) ou de silhouettes derrière le hublot. Le reste du temps, Markiplier occupe tout l’écran et nous sert donc d’unique pole d’identification. Il faut moins y voir un « ego trip » qu’une pleine implication de l’acteur/réalisateur, manifestement trop heureux de pouvoir concrétiser son rêve à l’écran. Iron Lung est pétri de qualités et d’audaces : son design rétro-futuriste, son atmosphère oppressante, ses connotations lovecraftiennes, sa mise en scène solide et inventive. Il faut aussi saluer l’extrême radicalité du concept, qui consiste à enfermer les spectateurs avec un personnage unique pendant toute la durée du film – comme jadis Mélanie Laurent dans Oxygène ou Ryan Reynolds dans Buried. La musique électronique d’Andrew Hulshult, l’appareil photo qui saisit les immenses clichés rétroéclairés d’un inquiétant squelette surdimensionné, le sang qui commence à s’immiscer partout dans les coursives sont autant de gimmicks qui contribuent à renforcer le caractère anxiogène du récit. Mais avec ses 125 minutes, Iron Lung joue les prolongations avec excès et finit par susciter une sacrée dose de patience. Car le spectacle est somme toute limité en termes de situations et de rebondissements. Ce travers est d’autant plus étonnant qu’une partie d’Iron Lung se joue en trois-quarts d’heure à peine. Cette première œuvre n’est donc pas exempte de maladresses, mais son audace et son culot forcent le respect.

 

© Gilles Penso

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NIGHT OF THE REAPER (2025)

Dans une petite ville américaine, au cœur des années 80, un tueur masqué sème la terreur et se joue des forces de police…

NIGHT OF THE REAPER

 

2025 – USA

 

Réalisé par Brandon Christensen

 

Avec Jessica Clement, Ryan Robbins, Summer H. Howell, Keegan Connor Tracy, Matty Finochio, Max Christensen, Ben Cockell, David Feehan, Bryn Samuel

 

THEMA TUEURS

Si le réalisateur Brandon Christensen n’est pas une superstar du cinéma fantastique, il œuvre dans le genre avec une constance qui force le respect, malgré des moyens souvent limités et des exploitations parfois confidentielles. L’homme à qui nous devons le thriller horrifique Superhost, le film de possession The Puppet Man et le found footage Bodycam se lance avec Night of the Reaper dans un slasher « à l’ancienne » qui assume pleinement ses références : l’intrigue se situe dans les années 80, les télés diffusent des clips de MTV, des posters de Robocop et Massacre à la tronçonneuse 2 s’affichent dans les chambres, le magazine Fangoria traîne sur un bureau… Christensen pousse la démarche jusqu’à adopter un format Cinémascope et une bande originale synthétique façon John Carpenter, à isoler des baby-sitters en pleine nuit d’Halloween ou à utiliser des artefacts de cassettes VHS pour habiller le générique de son film. Cette démarche – qui évoque par moments celle de Ti West dans House of the Devil – semble de prime abord emboîter le pas de la « eightiesmania » déclenchée par Super 8, Ça, Stranger Things et consorts. Mais il ne faut pas forcément se fier aux apparences. Si Christensen déclare ouvertement sa flamme aux années vidéoclub, il ne s’en tient pas là…

Tout commence pourtant de manière très classique, c’est le moins qu’on puisse dire. Les dix premières minutes s’attachent à Emily Golding (Summer H. Howell), une baby-sitter harcelée, menacée puis assassinée par un tueur habillé en Camarde (d’où le titre du film, qui peut se traduire par « La Nuit de la Faucheuse »). Non contente de multiplier les meurtres, cette figure fantomatique prend un malin plaisir à filmer ses exactions au caméscope et à se jouer du shérif local, le chef Rodney Arnold (Ryan Robbins), en semant sur son chemin des cassettes vidéo détaillant les méfaits sanglants en vue subjective, façon « snuff movie ». Sur les nerfs, ce policier volontiers impulsif, veuf depuis peu, doit travailler en pleine nuit et sollicite donc une baby-sitter pour surveiller son fils Max (Max Christensen). La jeune fille habituelle étant indisposée, c’est sa meilleure amie Deena (Jessica Clement) qui est sollicitée d’urgence. Celle-ci vient tout juste de débarquer dans la petite ville natale après son diplôme universitaire et accepte la mission un peu à contrecœur. Or dès la nuit tombée, le tueur masqué refait son apparition…

Déjà-vu ?

L’inconvénient principal d’un film comme Night of the Reaper est le sentiment de déjà-vu qui l’irrigue abondamment. Les personnages principaux (la baby-sitter sage et sérieuse, son amie délurée, le jeune geek accro à la vidéo, le footballer star de la fac, le shérif bourru et son adjoint sympathique) cumulent tous les stéréotypes attendus sans chercher à s’en affranchir. Les méfaits du tueur eux-mêmes nous semblent très familiers, tout comme sa tenue qui rappelle furieusement celle du premier opus de la petite saga Fear Street. Les spectateurs sentent donc qu’ils ont toujours un coup d’avance sur les personnages et qu’ils peuvent tout prévoir à l’avance. C’est là que Brandon Christensen nous prend par surprise. Car au cours de son troisième acte, le scénario rebondit de manière spectaculaire et réorganise toutes les pièces de l’échiquier. Le twist est franchement inattendu. Revers de la médaille : il nous semble tiré par les cheveux et manque de crédibilité. Mais si l’on se prend au jeu, les ultimes rebondissements ont quelque chose de jouissif – avec en prime une mise à mort cartoonesque sous forme de gag macabre. Tout ce catalogue de clichés prend alors une toute nouvelle tournure, et le cadre même des années 80 se justifie pleinement. Transposé à l’ère des smartphones et des réseaux sociaux, le récit verrait en effet la majorité de ses péripéties court-circuitées. Night of the Reaper ne fera certes pas date dans l’histoire du slasher, mais les astuces de son intrigue et de sa mise en scène rendent son visionnage hautement recommandable.

 

© Gilles Penso

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