

L’un des nanars les plus invraisemblables du cinéma asiatique met en scène des Martiens très méchants, une statue géante et un super-robot…
HUO XING REN
1976 –TAIWAN / THAILANDE / JAPON
Réalisé par Hung-Min Chen
Avec Chiang-Lung Wen, Bao-Yu Wang, Hsiao-Hsuan Lu, Mien Fang, Yeh Fang, Han Chang, Wei-Hsin Chang, Tien-Cheng Chen, Ai-wen Chou, Tse-Ching Huang
THEMA EXTRA-TERRESTRES
En 1974, le réalisateur thaïlandais Sompote Sands (Crocodile) collabore avec le studio japonais d’Eiji Tsuburaya (créateur des effets spéciaux de la saga Godzilla originale) pour donner naissance à deux curiosités du cinéma bis asiatique : Hanuman pob Jed Yodmanud (baptisé sur le marché international The 6 Ultra Brothers vs. the Monster Army) et Yak Wat Jaeng phob Jambo A (alias Jumborg A & Giant). Dans le premier, le super-héros Ultraman s’allie au dieu-singe Hanuman pour affronter une armée de monstres recyclés des séries produites par Tsuburaya. Mais Yak Wat Jaeng phob Jambo A est un cas encore plus particulier. Dans ce film sans queue ni tête, le cyborg japonais géant Jumborg Ace (échappé de la série japonaise qui porte son nom) affronte la statue colossale Yak Wat Jaeng. Sorti en mars 1974, le film disparaît bientôt des radars, jusqu’à ce qu’une compagnie de production taïwanaise en récupère les droits et le remonte entièrement sous un nouveau titre : Huo Xing Ren, connu aussi sous le titre de Mars Men, et rebaptisé Les Hommes d’une autre planète pour sa distribution en France. Cette nouvelle version, celle que tout le monde connaît désormais, est réalisée par Chan Hung-Man. Celui-ci ajoute toute une série de nouvelles scènes dialoguées, avec un casting intégralement taïwanais, pour un résultat délirant qui défie l’entendement.


La première moitié des Hommes d’une autre planète s’intéresse à un jeune garçon qui, en voulant récupérer une balle égarée pendant une partie de base-ball, se retrouve dans un temple antique et aperçoit dans un souterrain une pierre émettant une lumière aveuglante qui lui fait perdre connaissance. Lorsqu’il revient à lui, il découvre une statuette vieille de 3000 ans représentant Yak Wat Jang, le « Gardien du Temple ». Pendant ce temps, son grand-père découvre à la télévision un message pirate diffusé par de vils extra-terrestres qui ont décidé d’envahir la Terre. Pour convaincre la population de la véracité de cette menace, le roi des Martiens (avec son masque figé et sa grande perruque rousse) s’agite aux côtés de son premier ministre (engoncé dans une combinaison digne d’un épisode de Spectreman). Leur objectif est de récupérer la « Pierre Solaire » qui est censée leur permettre d’activer une arme terrifiante depuis la base qu’ils ont installée sur la Lune. Or cette pierre est justement celle que l’enfant a vue sous terre. Soudain, la statuette émet un rayon radioactif qui contamine le garçon et son grand-père, lesquels partent à l’hôpital et disparaissent dès lors complètement du film. Car la seconde moitié délaisse quasi-totalement les personnages humains pour se concentrer sur les grosses bébêtes.
Des aliens, des dinosaures et Pink Floyd
A partir de là, Les Hommes venus d’une autre planète effectue un travail de recyclage complet des rushes de Jumborg A & Giant sous forme d’un gigantesque combat de catch aux allures de best-of des meilleurs combats de la série X-Or. La statue géante affronte d’abord un robot américain (le fameux Jumborg A) en croyant qu’il s’agit d’une menace, les deux créatures ajoutant au ridicule de leur morphologie et de leurs armes respectives (rouleau de papier extensible contre rayons en dessins animés) des dialogues absurdes. Puis, comprenant leur méprise, les deux héros titanesques s’en prennent au roi des Martiens (toujours prompt à secouer sa tignasse comme un chanteur de hard rock sous acide) et à son premier ministre (qui n’est visiblement là que pour sautiller et se plaindre). Pour mettre toutes les chances de son côté, le méchant alien sollicite alors deux alliés inattendus : des gros dinosaures en caoutchouc qui crachent de la fumée avec autant de grâce que des bibendums Michelin en état d’ébriété avancée. Ajoutez à ce cocktail des soucoupes volantes, des rayons lumineux psychédéliques, une arme redoutable à base de poils enveloppants, des héros humains en tenue d’aluminium et une bande originale empruntée un peu partout (y compris chez les Pink Floyd !) et vous obtenez un objet filmique unique en son genre, que tout amateur de folies sur pellicule se doit de découvrir et de conserver précieusement.
© Gilles Penso
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