DEATHSTALKER 4 (1991)

Pour sa quatrième aventure, le barbare guerrier participe à un grand tournoi organisé par une châtelaine maléfique…

DEATHSTALKER IV – MATCH OF THE TITANS

 

1991 – USA / BULGARIE

 

Réalisé par Howard R. Cohen

 

Avec Rick Hill, Maria Ford, Brett Baxter Clark, Michelle Moffett, Anya Pencheva, Djoko Rosic, Kosta Karageorgiev, Jenny Philipova, Rumen Dimitrov

 

THEMA HEROIC FANTASY I SAGA DEATHSTALKER

Deathstalker et sa suite s’étaient révélé des bonnes affaires pour Roger Corman : une exploitation de la vogue de l’heroic fantasy créée par le succès de Conan le barbare, des budgets très raisonnables, beaucoup de recyclage et le tour était joué. Mais la formule magique ne pouvait pas marcher à chaque fois, comme le prouvait un Deathstalker 3 fauché et bien peu palpitant qui fixait les limites du concept. Corman n’entend pourtant pas lâcher totalement l’affaire. En se serrant encore la ceinture et en convoquant l’acteur principal du tout premier film, le massif Rick Hill, il espère encore attiser les dernières flammes du genre, malgré l’arrivée des années 90 qui marquent le changement de goût du public. Voici donc un Deathstalker 4 que personne n’attendait particulièrement et qui s’efforce d’oublier les variantes joyeuse et sautillantes proposées dans les opus 2 et 3 pour un retour du héros barbare, musclé et monolithique. Restrictions budgétaires obligent, le recours aux stock-shots est plus flagrant que jamais, cet épisode reprenant de larges extraits de Deathstalker et Deathstalker 2 pour une partie des séquences de tournois, de batailles et d’orgies, tandis qu’une voix off narratrice s’efforce de fluidifier ce patchwork d’images disparates.

Tout commence comme d’habitude : Deathstalker sauve une demoiselle en péril, menacée ici d’être violée par trois hommes-fauves qui grognent. Puis notre voleur musclé se met en quête de son ami guerrier Aldilar (Stancho Stanchev), qui possède son épée. Sur le chemin, il rencontre Vaniak (Brett Baxter Clark), un athlète qui se prépare pour l’événement du moment : un grand tournoi organisé par Kana (Michelle Moffett), la châtelaine du coin. Tous les guerriers de la région semblent d’ailleurs s’être donné le mot pour participer à cette série d’affrontements violents mano a mano, y compris la vaillante Dionara (Maria Ford), remplaçant au pied levé sa sœur tombée au combat. Deathstalker finit par se rendre compte que les vainqueurs disparaissent les uns après les autres et que Kana est en réalité une sorcière masquant derrière ces épreuves sportives des activités démoniaques…

« Ce n’est pas facile d’être un héros »

Après l’Argentine et le Mexique des opus précédents, l’équipe de tournage s’installe cette fois-ci en Bulgarie pour donner corps à ce scénario aux enjeux franchement très peu palpitants. Rick Hill est toujours aussi monolithique, même si le scénario l’affuble de petites phrases supposément comiques façon Arnold Schwarzenegger. Le voilà donc qui débite des punchlines improbables (« et dire qu’on pense que les chats sont mignons ! » après avoir tué des hommes félins féroces) ou qui exprime ses pensées en voix off (« ce n’est pas facile d’être un héros »). Les filles, elles, sont plutôt faciles, en accord avec la vision macho que défend la saga depuis ses débuts. Dionara, que Deathstalker veut entraîner au maniement de l’épée, lui répond donc, langoureuse : « ce n’est pas le type d’apprentissage que j’avais en tête pour ce soir. » La reine Kana vient ensuite le draguer dans son lit. Quant à la redoutable guerrière Janeris, elle n’a rien contre quelques orgies entre deux combats. Le quota de nudité est respecté, le gore pointe le bout de son nez (un combattant réduit à l’état de flaque de sang poisseuse après avoir été écrasé à coups de masse) et l’humour fait parfois mouche, comme lorsque le héros essaie d’apprendre au chaste Vaniak comment séduire les femmes. Maladroit, affublé d’ellipses parfois incompréhensibles (Deathstalker et Dionara sont coincés dans une grotte dont l’issue est bloquée, puis se retrouvent soudain à cheval dans la forêt), Deathstalker 4 se révèle toutefois plus réussi et plus distrayant que son prédécesseur, assumant pleinement son caractère fantastique avec ces créatures mi-humaines mi-félines, ce miroir magique qui agit comme des caméras de vidéosurveillance ou cette armée d’hommes pétrifiés. La saga Deathstalker s’arrêtera là, avant la mise en chantier tardive d’un remake du premier opus en 2025

 

© Gilles Penso

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DEMONICUS (2001)

Un jeune homme est possédé par l’esprit d’un gladiateur maléfique qui le pousse à assassiner ses amis pour pouvoir revenir d’entre les morts…

DEMONICUS

 

2001 – USA

 

Réalisé par Jay Woelfel

 

Avec Gregory Lee Kenyon, Venesa Talor, Brannon Gould, Kyle Tracy, Jennifer Capo, Allen Nabors, Candace Korslak, Dominic Catrambone, Val Perez

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA CHARLES BAND

Le début des années 2000 est une période de vaches maigres pour Charles Band et sa compagnie Full Moon. Les budgets – déjà anémiques – se réduisent encore, le marché vidéo n’est pas aussi florissant qu’avant. Mais Band n’est pas du genre à baisser les bras. Il s’associe donc au producteur David S. Sterling (grand spécialiste comme lui des séries B désargentées) et monte le projet Demonicus. Confié à Tim Sullivan, le scénario est une sorte de variante champêtre autour du concept de l’inénarrable Curse of the Faceless Man d’Edward L. Cahn. Restrictions obligent, le film est tourné au format vidéo avec une enveloppe minuscule de 16 000 dollars, et c’est Jay Woelfel, futur réalisateur de Future Cop 6, qui hérite du bébé. Charge à lui de signer un film qui ressemble à peu près à quelque chose dans de telles conditions. Il s’installe donc avec sa petite équipe pendant neuf jours dans l’Angeles National Forest et fait ce qu’il peut. Une difficulté supplémentaire est liée à la présence de l’actrice Venesa Talor. En procès avec Band à cause de démêlées autour du projet Blood Dolls, l’ex-tête d’affiche de Femalien s’impose dans Demonicus pour des raisons contractuelles (Band lui doit un tournage avant fin 2001), ce qui crée des tensions supplémentaires pendant le tournage.

Jay Woelfel tente ici de faire passer la montagne californienne pour les Alpes italiennes, ce qui demande déjà une certaine indulgence de la part des spectateurs. James et sa petite amie participent à une randonnée entre amis, chacun espérant atteindre en premier le camping et remporter le défi. Compétiteur acharné, James impose un rythme infernal et décide de diviser le groupe, persuadé que la victoire se mérite. Épuisée, sa compagne – bien plus citadine que sportive – s’accorde une petite pause tandis que James s’éloigne et découvre l’entrée d’une vaste grotte. À l’intérieur, il met au jour un trésor intact d’artefacts romains… et le cadavre momifié d’un ancien gladiateur, figé dans son armure antique. Fasciné, le jeune homme s’empare du casque et le pose sur sa tête. Il libère alors Tyranus, l’esprit maléfique qui hante la grotte et prend possession de son corps. Transformé aussitôt en gladiateur diabolique, armé des reliques suspendues aux parois de la caverne, James est désormais un prédateur implacable. Tous ceux qui s’apprêtent à croiser sa route sur la montagne deviendront ses proies, tandis que la randonnée amicale s’apprête à se muer un sanglant combat pour la survie…

Gladia(termina)tor

Le statut de nanar indécrottable du film s’affiche dès les premières minutes. Lorsque James enfile le casque, agite une épée dans les airs et grimace en criant « Je suis Tyranus ! », plus aucun doute n’est permis : Demonicus nous fera beaucoup rire au second degré ou nous affligera profondément… voire les deux simultanément. Nous aurons également droit à des faux raccords dignes d’Ed Wood, notamment lorsque deux personnages courent dans les bois au milieu de la nuit noire puis se retrouvent quelques secondes plus tard en plein soleil dans le même décor. Même les effets gore (bras coupé, jambe tranchée, décapitation) sont involontairement drôles, Jay Woelfel sollicitant des accessoires en latex et des jets de faux sang bien peu convaincants. Après chacune de ses exactions, notre gladiateur en folie récupère les membres sectionnés de ses victimes et les réunit dans une espèce de marmite qu’il remue avec un os en psalmodiant des incantations en pseudo-latin pour un rituel visant à ressusciter le squelette antique. Le réalisateur tente bien de dynamiser sa mise en scène en jouant avec les gros plans et avec les reflets dans les lunettes ou en concoctant un climax dégoulinant à souhait, mais rien n’y fait : Demonicus est une véritable catastrophe artistique, parachevée par des effets numériques affreux. Cela dit, on peut reconnaître au film l’originalité de son concept. Ce n’est pas tous les jours qu’on voit un serial killer en jupette et en armure qui court dans la montagne pour démastiquer ses camarades !

 

© Gilles Penso

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ALLIGATOR (1979)

Alors que se prépare l’inauguration d’un complexe hôtelier en Afrique, un énorme saurien décide de se mettre quelques touristes sous la dent…

IL FIUME DEL GRANDE CAIMANO

 

1979 – ITALIE

 

Réalisé par Sergio Martino

 

Avec Barbara Bach, Claudio Cassinelli, Mel Ferrer, Romano Puppo, Fabrizia Castagnoli, Enzo Fisichella, Lory Del Santo, Anny Papa, Bobby Rhodes

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES

Après s’être adonnée à la plongée aux côtés des créatures amphibies du Continent des hommes-poissons, Barbara Bach refait plouf avec le même réalisateur, pour affronter cette fois-ci un monstre marin d’un plus gros calibre. À cette époque, la James Bond Girl de L’Espion qui m’aimait promène sa charmante silhouette dans de nombreux films de genre italiens tels que La Tarentule au ventre noir, Je suis vivant ou L’Humanoïde. On ne s’étonne donc pas particulièrement de la voir tenir le haut de l’affiche de cet étrange long-métrage exotique, aux côtés de Claudio Cassinelli qui, lui aussi, jouait dans Le Continent des hommes-poissons. Tourné majoritairement au Sri Lanka pendant l’été 1979, Alligator est censé se dérouler dans une région reculée d’Afrique, près d’un village de la tribu Kuma, où le riche promoteur Joshua (Mel Ferrer) s’apprête à inaugurer un complexe touristique luxueux baptisé « Paradise House ». Alors que les premiers touristes s’installent, un photographe chargé de la publicité, Daniel Nessler (Claudio Cassinelli), prend des clichés de tout ce qui lui passe sous les yeux, notamment le mannequin Sheena (Gene Hutton), embauchée pour l’occasion. Mais il n’a d’yeux que pour Alice Brandt (Barbara Bach), l’anthropologue qui seconde Joshua sur place. Alligator prend tout son temps pour nous présenter cette petite brochette de protagonistes avant de déclencher les hostilités.

Si beaucoup d’effigies de l’alligator saturent l’écran (des sculptures, des crânes, des costumes), la bête elle-même tarde à montrer le bout de son museau. La première attaque du saurien intervient au bout de 25 minutes, en pleine nuit, alors que Sheena et un bel indigène se prélassent sur une plage. Conçue par Carlo de Marchis, dont la filmographie de créateur d’effets spéciaux compte des films aussi variés que La Bible, Barbarella, Les Frissons de l’angoisse, Rencontres du troisième type ou Alien, la créature se limite principalement à une grosse gueule mécanique furtivement filmée en gros plan. Si le monstre n’est pas particulièrement convainquant, le dynamisme du montage permet de faire passer la pilule. Ce sont surtout les prémices de cette attaque qui sont intéressantes. Car tous les personnages semblent pressentir le danger avant même qu’il ne surgisse : Alice et Daniel, la tribu qui martèle ses tamtams et les deux futures victimes. La créature prend dès lors une dimension presque surnaturelle. Or le peuple des Kuma adore justement un dieu alligator nommé Kruna. On passera outre le fait qu’il n’y ait aucun alligator en Afrique mais plutôt des crocodiles. Avec ce type de film, mieux vaut ne pas être trop regardant côté authenticité…

Crocodile Holocaust

Alligator semble vouloir développer un message écologique, dans la mesure où la végétation et les animaux de ce petit coin de paradis sont ici réduits en cendres par les explosifs utilisés pour agrandir le complexe hôtelier. Et tandis que les touristes – vulgaires, bruyants, peu respectueux – se trémoussent en écoutant du disco, la tribu locale est sollicitée pour servir de main d’œuvre bon marché. La nature, symbolisée par le grand monstre marin et par ses adorateurs, finira d’ailleurs par reprendre ses droits au cours d’un climax quasi-apocalyptique. Mais en même temps que ce message vertueux auquel on ne peut qu’adhérer, Alligator met en scène de la maltraitance animale et fait passer les indigènes pour des sauvages primitifs, comme dans les films de cannibales que produisait l’Italie à la même époque – exercice auquel Sergio Martino lui-même s’était essayé avec La Montagne du dieu cannibale. Les véritables intentions du film nous échappent donc un peu. Difficile d’y voir finalement autre chose qu’une exploitation des vogues du cinéma de genre de l’époque : Les Dents de la mer, les films catastrophes et les histoires d’aventures anthropophages. Barbara Bach elle-même finit par quitter la respectabilité de son personnage érudit pour se muer en fin de métrage en « demoiselle en péril » à moitié dénudée, sur le point d’être sacrifiée au monstre comme Fay Wray dans King Kong. Deux ans plus tard, la belle Barbara épousera Ringo Starr et mettra la pédale douce sur sa carrière cinématographique. Martino, lui, continuera de nous livrer quelques séries B fantastiques (Crime au cimetière étrusque, 2019 après la chute de New York, Atomic Cyborg) ainsi que bon nombre de comédies polissonnes.

 

© Gilles Penso

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ALIEN ARSENAL (1999)

Deux lycéens découvrent dans le sous-sol de leur établissement une cachette abritant un armement futuriste d’origine extra-terrestre…

 

ALIEN ARSENAL / TEENAGE ALIEN AVENGERS

 

1999 – USA

 

Réalisé par David DeCoteau

 

Avec Josh Hammond, Danielle Hoover, Michele Nordin, Krisztian Kovacs, Jerrod Cornish, William Vogt, Riley Smith, Dominic Catrambone, Stephanie Mennella

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA CHARLES BAND

Le sympathique Rayon Laser de Michael Rae, gros succès dans les vidéoclubs malgré ses qualités toutes relatives, aura fait plusieurs émules tout au long de la carrière de producteur de Charles Band. Ainsi, après Le Jeu du tueur, un semi-remake réalisé dix ans plus tard par Michael Miner, David DeCoteau propose à son tour sa propre variante avec Alien Arsenal. S’ils diffèrent dans leurs péripéties, les trois films reposent sur le même point de départ : un jeune homme marginalisé découvre un armement futuriste aux pouvoirs de destruction spectaculaires et décide de s’en servir contre ceux qui l’ont brimé, quitte à voir sa personnalité s’altérer. Très amateur du premier Rayon Laser, DeCoteau tient tout de même à proposer un scénario original offrant de nouveaux rebondissements. Alien Arsenal (connu également sous le titre alternatif Teenage Alien Avengers) s’intéresse ainsi à Ralph (Josh Hammond), un jeune geek qui se fait régulièrement harceler et racketter par les brutes du lycée. Fan de comic books, il rêvasse pendant les cours en dessinant des super-héros, est secrètement amoureux de l’inaccessible Felicia (Michele Nordin), cheffe des cheerleaders en couple avec le capitaine de l’équipe de football, et ne peut se confier qu’à sa meilleure amie Baxter (Danielle Hoover).

Un jour, alors qu’ils sont en corvée de nettoyage dans le sous-sol du lycée, Ralph et Baxter découvrent derrière un vieux mur de briques une porte métallique qui coulisse pour révéler une cache secrète d’armures et d’armes extraterrestres. Les deux lycéens prennent rapidement la mesure des incroyables pouvoirs de cet arsenal hors-norme (un canon ultra-puissant, un pistolet téléporteur, des jumelles à rayon X, deux armures de combat sophistiquées) et décident de s’en servir pour corriger les lycéens qui leur ont causé du tort et les ramener dans le droit chemin. Mais un tel pouvoir ne risque-t-il pas d’avoir une influence incontrôlable sur leur comportement ? Et que se passera-t-il lorsque les propriétaires de ces « jouets » très dangereux viendront sur Terre pour les réclamer ?

Un petit air de Robocop

Les extra-terrestres prennent ici la forme d’acteurs portant des masques volontairement excessifs créés par David Barton (Leatherface, Tremors, Darkside). Le résultat est amusant, même s’il n’a évidemment pas le même impact que les créatures en stop-motion de Rayon Laser. D’autant que ces aliens prennent très rapidement une apparence humaine bien peu discrète, à mi-chemin entre les looks de Terminator, Depeche Mode et Billy Idol (cheveux blonds peroxydés, blouson de cuir et lunettes de soleil). Les combinaisons qu’empruntent Ralph et Baxter pour jouer les super-héros, elles, ressemblent à des versions bon marché de l’armure de Robocop. Ça ne manque pas d’ironie quand on sait que Michael Miner, réalisateur du Jeu du tueur, est le co-scénariste du film culte de Paul Verhoeven. Alien Arsenal souffre de son manque de moyens flagrant (des décors minimalistes, des accessoires qui sentent le bricolage, des images de synthèse sommaires) mais essaie manifestement de prendre son sujet suffisamment au sérieux. Ainsi peut-on lire en filigrane de ce scénario farfelu une description du mal-être des adolescents, en quête désespérée de popularité, prêts à tout – même à trahir leur propre personnalité – pour plaire aux autres. Et tandis que Ralph menace de se muer en l’une de ces brutes qu’il déteste tant, son amie Baxter (un rôle écrit initialement pour un garçon) joue les Jiminy Cricket s’efforçant de le ramener à la raison. Contrairement à Rayon Laser et Le Jeu du tueur, DeCoteau nous offre ici un vrai happy end, le film se destinant manifestement à un public un peu plus jeune que ses deux prédécesseurs.

 

© Gilles Penso

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LIMITLESS (2011)

Un écrivain sans le sou découvre une pilule expérimentale miraculeuse qui lui permet d’utiliser ses capacités cérébrales à plein régime…

LIMITLESS

 

2011 – USA

 

Réalisé par Neil Burger

 

Avec Bradley Cooper, Robert De Niro, Abbie Cornish, Andrew Howard, Anna Friel, Johnny Whitworth, Tomas Arana, Robert John Burke, Darren Goldstein

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX

Limitless est l’adaptation du roman Champs de ténèbres (The Dark Fields) d’Alan Glyn, publié en 2001. En le découvrant, la scénariste Leslie Dixon (Freaky Friday, Et si c’était vrai…) tombe sous le charme et en achète les droits. En échange d’un poste de coproductrice et d’un accord stipulant que personne d’autre qu’elle ne pourra retoucher le script, elle vend son scénario à Universal et contacte le réalisateur Neil Burger (L’Illusionniste avec Edward Norton, et plus tard la saga Divergente). C’est finalement Relativity Media et Virgin qui produiront le film. Shia LaBeouf est d’abord envisagé pour en tenir le rôle principal, sa carrière étant alors sur la piste ascendante, notamment grâce à Transformers et Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal. Mais le jeune acteur se blesse la main dans un accident de voiture et doit passer son tour. Voilà pourquoi Bradley Cooper, sur le point de passer dans la « liste A » des comédiens bankables grâce au succès de Very Bad Trip, prend le relais. Honnêtement, nous n’y perdons pas au change, tant Cooper s’investit pleinement dans ce rôle multi-facettes. Pour lui donner la réplique, c’est l’immense Robert De Niro qui partage le haut de l’affiche. Certes, l’ex-Taxi Driver n’intervient qu’à mi-parcours de métrage et n’apparaît pas plus d’une vingtaine de minutes à l’écran. Mais son charisme impeccable irradie une grande partie du film, comme à l’époque d’Angel Heart.

Cooper incarne Eddie Mora, un écrivain new yorkais qui peine à joindre les deux bouts, subit les affres de la page blanche et vit dans un appartement désordonné dont il risque d’être expulsé. Pour couronner le tout, sa petite amie Lindy (Abbie Cornish), frustrée par son manque de progrès et d’ambition, décide de rompre avec lui. Le tableau n’est donc guère reluisant. En pleine errance dans les rues de la ville, Eddie rencontre Vernon (Johnny Whitworth), le frère de son ex-femme, un ancien dealer qui lui propose de tester l’échantillon d’un nouveau produit pharmaceutique expérimental et révolutionnaire, le NZT-48. Selon Vernon, cette pilule permet aux humains de développer toutes leurs capacités cérébrales et aidera Eddie à résoudre ses problèmes de créativité. Ce dernier est évidemment perplexe, mais qu’a-t-il à perdre ? Il ingère donc le mystérieux médicament, incrédule… et soudain tout s’éclaire. Le voilà doté d’une mémoire parfaite, d’une capacité d’analyse hors-pair, d’une créativité sans borne. Bref, son cerveau est en ébullition. Mais il y a bien sûr un revers à la médaille…

Brainstorm

Pour dépeindre la soudaine ouverture d’esprit de son protagoniste, Neil Burger déploie des trésors d’inventivité et multiplie des idées de mise en scène surprenantes qui n’auraient pas dépareillé chez David Fincher (on pense notamment aux trouvailles visuelles de Fight Club) : des changements radicaux de colorimétrie, de vertigineux enchaînements de zooms rapides dans les rues de la ville, la démultiplication de Bradley Cooper à l’écran symbolisant son décuplement d’énergie, une pluie de lettres de l’alphabet qui tombent sur son bureau au moment où l’inspiration lui vient brusquement, le plafond de son appartement qui affiche les cours de la bourse… Nous voilà littéralement en présence d’une sorte de super-héros dont le pouvoir serait une intelligence sans limite. Or ces nouvelles capacités se révèlent dévorantes. Car il faut à Eddie toujours plus de savoir, d’idées, d’ambition, jusqu’à son inévitable mise en danger. S’il stagne, il craint de littéralement imploser. Mais le cerveau humain est-il capable de fonctionner à un tel régime sans effet secondaire indésirable ? Et le corps est-il prêt à subir de telles mutations ? Bradley Cooper incarne à merveille les différentes phases de ce personnage balloté entre plusieurs états contraires : l’épave qu’il est en début de métrage, l’éveil soudain de ses sens, la redescente douloureuse, les moments d’euphorie, de manque, de doute… Les amateurs du roman regretteront peut-être que le scénario ait évacué tout le sous-texte politique de l’intrigue, mais Limitless reste un thriller paranormal passionnant, qu’il n’est pas interdit d’appréhender comme une métaphore des effets de la cocaïne sur les requins de la finance.

 

© Gilles Penso

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DARK WALKER (2003)

Pour Halloween, une maison hantée ouvre ses portes aux touristes, mais un démon assoiffé de sang s’invite à la fête…

DARK WALKER

 

2003 – USA

 

Réalisé par Danny Draven

 

Avec Kathleen Taylor, Michael Sage, David DeWitt, Brenda Matthews, Rick Irvin, Emily VanSonneberg, Clive Hawkins, Jill Small, Ali Taylor, Brad Potts

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA CHARLES BAND

C’est le « couteau suisse » Chuck Williams (scénariste, producteur, acteur) qui a l’idée initiale de Dark Walker. En découvrant une attraction californienne baptisée Hobb’s Grove – une sorte de maison hantée qui accueille les visiteurs le soir d’Halloween -, il envisage d’y tourner un film d’horreur à petit budget. Williams en fait donc part à son ami le réalisateur Danny Draven, qu’il a rencontré pendant la production de Horrorvision. En toute logique, le premier titre du projet est Hobb’s Grove. « Il m’a dit : “nous avons déjà le décor et tous les accessoires sur place, il nous suffit d’écrire l’histoire qui va avec“ », raconte Draven. « Chuck et moi avons donc développé l’idée d’un monstre à mi-chemin entre La Créature du marais et Pumpkinhead. J’ai engagé un auteur pour écrire le scénario mais je n’ai pas aimé son premier jet. C’était une histoire très bizarre avec des pièces de monnaie, des chevaux et des pépites d’or, une sorte de variante étrange de Fog. J’ai donc embauché quelqu’un d’autre pour le script. » (1) C’est finalement Dan Jacobs qui rédige la version finale, le monstre s’inspirant quant à lui de dessins réalisés par l’artiste Scott McGowan. Draven étant rompu à l’exercice des films indépendants aux moyens ridicules, il tourne avec une équipe très réduite pour un budget de 15 000 dollars à peine.

Le film commence en 1878 à Hobb’s Grove. Un fermier cueille une citrouille pour nourrir sa famille dans le besoin. Mais lorsqu’il l’entaille, du sang en coule. Aussitôt, une créature monstrueuse armée d’une faucille les attaque. Aujourd’hui, la maison de Hobb est devenue une maison hantée pour touristes et l’on s’apprête à y fêter Halloween. Le comité d’organisation se frotte déjà les mains dans l’espoir de remplir les tiroir-caisse et met en place un casting pour trouver les animateurs et les guides de cette attraction. Un petit groupe de lycéens est donc engagé sur la foi de leur capacité à pousser des hurlements convaincants. Or l’une d’entre eux semble posséder des dons de voyance. Parfois, lorsqu’elle touche une personne ou un endroit, des flashs effrayants l’assaillent. Et à Hobb’s Grove, les visions de cet acabit ne manquent pas. Une menace surnaturelle ne va pas tarder à s’abattre sur tout ce beau monde. Car dès que tombe la nuit, le monstre assoiffé de sang que nous avons aperçu dans le prégénérique surgit de sous la terre et se met à guetter les arrivants, en quête de victimes à mettre sous la lame de sa faucille.

Le Démon d’Halloween

Danny Draven ne se réfrène pas sur les morts violentes et spectaculaires. Les victimes du « Dark Walker » sont donc découpées à la faucille, massacrées à la tronçonneuse, écrasées sous des pierres tombales ou déchiquetées à mains nues. On sent planer ici l’ombre des EC Comics, d’autant que ce monstre venu d’outre-tombe évoque autant La Créature du marais que le zombie du premier sketch de Creepshow. Mais ces belles intentions sont en grande partie gâchées par les nombreuses maladresses du film. Car Dark Walker est filmé à l’arrache avec les moyens du bord, et ça se voit. Le rendu souhaité est sans doute la spontanéité et le naturel, mais le résultat donne surtout la sensation d’une sorte de brouillon tourné par un réalisateur amateur. D’autant que les personnages ne brillent pas par leur crédibilité, notamment ce shérif lourdaud qui mène l’enquête sans la moindre efficacité. « Ça me semble être l’œuvre d’un serial killer, j’ai entendu dire qu’ils aimaient les petites villes » lâche-t-il nonchalamment devant une tête tranchée. L’un des gags récurrents du film le montre poser fièrement devant chaque cadavre en ordonnant à son adjoint de faire de belles photos, dans l’espoir qu’elles soient publiées dans un magazine. Draven ne se prend donc pas trop au sérieux, ce qui permet de mieux accepter les nombreuses approximations de ce minuscule film d’horreur passé logiquement sous les radars.

 

(1) Propos extraits du livre It Came From the Video Aisle ! (2017)

 

© Gilles Penso

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BIRTH RITE (2003)

Une lycéenne hérite de l’amulette de ses parents sorciers et découvre qu’elle possède désormais de redoutables pouvoirs…

BIRTH RITE

 

2003 – USA

 

Réalisé par Devin Hamilton

 

Avec Natalie Sutherland, Danny Wolske, Laura Nativo, Brinke Stevens, Larry Dirk, Julie Strain, Ronnie Gene Blevins, Kyle Lupo, Skye Stafford, Jennifer L. Johnson

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA CHARLES BAND

Birth Rite est le second long-métrage de Devin Hamilton qui soit produit et distribué par Charles Band, après le slasher Bleed. Et c’est à nouveau une réponse aux demandes des vidéoclubs soucieux de surfer sur les tendances du moment. Après la vogue des tueurs masqués relancée par la saga Scream, Hamilton se penche cette fois-ci sur la sorcellerie pour adolescents, dans la mouvance des succès de Dangereuse alliance et de la série Charmed – une recette qui motiva déjà la mise en chantier de Teen Sorcery quatre ans plus tôt. Avec à sa disposition un modeste budget de 75 000 dollars, Hamilton s’efforce de bâtir une histoire qui tienne la route et qui s’appuie sur de véritables faits liés aux pratiques occultes, aux sortilèges et aux envoûtements. Il accouche donc du scénario de Birth Rite après s’être massivement documenté sur le sujet. Le prologue nous montre un groupe de policiers qui débarque au beau milieu d’une cérémonie bizarre où des sorciers en soutane adorateurs d’Astaroth semblent sur le point de sacrifier une fillette de six ans. L’intervention tourne au bain de sang, mais la gamine parvient à en réchapper saine et sauve. Elle est aussitôt adoptée par l’un des policiers.

Douze ans plus tard, la jeune survivante, Rebecca (Natalie Sutherland), s’apprête à fêter ses 18 ans dans sa famille adoptive. Mais un jeune homme mystérieux (Danny Wolske), qui semble capable d’apparaître et de disparaître à sa guise d’un simple claquement de doigts, vient à sa rencontre. Rebecca est troublée par la présence de ce beau gosse ténébreux qui lui dit se prénommer Roman et tout connaître de son passé. Un soir, il lui donne rendez-vous dans un jardin public et lui raconte son passé. Rebecca apprend qu’elle est la fille de deux puissants sorciers et que l’amulette de sa défunte mère lui revient désormais. Grâce à ce précieux pendentif, la lycéenne s’apprête à posséder de très grands pouvoirs. Incrédule, elle s’amuse à déplacer des objets à distances (des balançoires, un ballon, des cerceaux) et découvre que Roman disait vrai. Grisée par ses nouvelles capacités, elle finit par perdre tout sens moral, provoque plusieurs trépas violents et pervertit même son demi-frère…

Aspirée dans la cuvette des toilettes !

Les mises à mort du film sont plutôt originales, et si les effets spéciaux ont du mal à les visualiser correctement faute de moyens, elles restent joyeusement outrancières : un homme décapité par une vitre (façon La Malédiction), une fille aux bras arrachés, ou encore une lycéenne aspirée dans la cuvette des toilettes du lycée ! À ces écarts presque gore s’ajoute les intéressants dilemmes moraux de l’héroïne, en proie à des sentiments contraires qui la poussent aux pires exactions avant d’être prise de remords. Mais le scénario peine à se construire de manière cohérente, peu aidé par le jeu très approximatifs de ses acteurs. Natalie Sutherland essaie en vain de jouer les méchantes, Laura Nativo passe son temps à pleurnicher. Quant aux jeunes hommes (Danny Wolske, Kyle Lupo), ils n’hésitent pas à tomber la chemise pour exhiber leurs torses musclés, comme si Birth Rite était sous l’influence du style de David DeCoteau. Le film est aussi entravé par ses longues séquences de dialogue statiques qui semblent faire office de remplissage. Et que dire de ce climax ridicule et parfaitement improbable au cours duquel l’affrontement entre la demi-sœur de l’héroïne et le sorcier prend la tournure d’un spectacle de fin d’année à mi-chemin entre le combat de kung-fu, la démonstration de capoeira et l’épreuve de gymnastique rythmique ? Dommage, le potentiel du film laissait espérer quelque chose de plus solide.

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PRIMATE (2025)

Ben, un chimpanzé amical, est mordu par une mangouste enragée et se transforme aussitôt en monstre assoiffé de sang…

PRIMATE

 

2025 – USA

 

Réalisé par Johannes Roberts

 

Avec Johnny Sequoyah, Jess Alexander, Troy Kotsur, Victoria Wyant, Gia Hunter, Benjamin Cheng, Charlie Mann, Tienne Simon, Miguel Torres Umba, Amina Abdi

 

THEMA SINGES

Depuis bien longtemps, l’attaque animale s’est muée en véritable sous-genre du cinéma d’horreur, permettant aux grands classiques, aux séries B honorables et aux nanars invraisemblables de se côtoyer joyeusement au milieu des écailles, des plumes, des poils, des griffes et des crocs. Au sein de ce sous-genre bestial existe un « sous-sous-genre » (eh oui !) consacré aux singes. Quelques titres émergent de la masse velue, comme le séminal Double assassinat dans la rue Morgue ou les plus récents Link, Incident de parcours ou Shakma (King Kong est hors compétition, ou alors dans la catégorie poids très lourds). Pouvait-on encore nous surprendre et nous effrayer dans un tel registre ? Le réalisateur Johannes Roberts (Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City) et son coscénariste Ernest Riera (Nowhere) en sont persuadés, à condition de concevoir un primate agressif ultra-réaliste et de confiner les infortunés protagonistes devenus ses proies dans un huis-clos oppressant. Pour aller vite, on pourrait dire que Primate est une sorte de Cujo avec un chimpanzé à la place du Saint-Bernard, le refuge des survivants n’étant pas ici une voiture mais une piscine. Il y a de ça, c’est certain, et la référence est totalement assumée par Roberts et Riera (qui concoctent même une séquence hommage au shocker de Lewis Teague). Mais Primate dépasse fort heureusement le simple statut de lettre d’amour à Cujo pour affirmer sa propre personnalité avec un seul objectif en tête : secouer les spectateurs et leur couper le souffle.

Après la mort de leur mère, la famille Pinborough peine à se reconstruire. Adam (Troy Kotsur), le père, écrivain à succès, s’est muré dans le travail pour faire face à la perte, tandis que Lucy (Johnny Sequoyah), l’aînée, a quitté le foyer pour entrer à l’université, creusant malgré elle un fossé au sein de la famille. De retour à Hawaï après sa première année d’études, Lucy se réjouit de retrouver sa sœur Erin (Gia Hunter), ses amis Hannah (Jess Alexander), Kate (Victoria Wyant) et Nick (Benjamin Cheng), ainsi que Ben, le chimpanzé adoré de la famille. Recueilli bébé par leur mère, professeure de linguistique passionnée par la communication entre humains et primates, Ben a été élevé comme un véritable membre du foyer. Grâce à la langue des signes et à un clavier spécialisé, il a appris à communiquer, développant un lien fusionnel avec Lucy et Erin, qui ne l’ont jamais considéré comme un simple animal mais comme un petit frère. Lorsqu’Adam doit s’absenter pour une conférence, Lucy profite de cette parenthèse estivale pour passer du temps avec ses proches dans la maison familiale, perchée sur une falaise isolée. Mais les retrouvailles avec Ben prennent rapidement une tournure inquiétante. D’abord affectueux, le chimpanzé adopte peu à peu un comportement étrange, puis ouvertement agressif…

« Quelque chose cloche avec Ben… »

Le premier parti pris artistique fort de Primate est de s’appuyer majoritairement sur des effets spéciaux physiques. Alors que la saga La Planète des singes a prouvé la viabilité de simiens 100% crédibles conçus via la performance capture et les images de synthèse, Johannes Roberts veut des costumes et de l’animatronique. Au-delà de l’envie de rendre hommage aux films d’horreur des années 80 qui l’ont bercé, le réalisateur pense pouvoir obtenir par ce biais une terreur plus viscérale, plus tangible et plus palpable. Pari réussi. Les combinaisons impressionnantes de réalisme, conçues par l’équipe de Millennium FX (Ex Machina, Doctor Who, The Witcher, Alien Earth) et endossées par l’acteur et mime Miguel Torres Umba, font immédiatement mouche. Ben est un personnage auquel le spectateur croit d’emblée. D’autant plus que ses accès de violence sont révélés dès les premières minutes, au cours d’une scène d’ouverture évoquant celle de Jurassic Park. La menace qu’il représente n’a donc rien d’abstrait. D’autres choix radicaux viennent renforcer la puissance du film, notamment un recours assumé à une violence graphique sans concession – certaines mises à mort s’avèrent particulièrement gratinées – et une montée en tension qui emprunte autant aux codes du film de monstre qu’à ceux du slasher. Les séquences de suspense extrême se succèdent, celles qui accélèrent le rythme cardiaque, nouent l’estomac et font frissonner la nuque d’un public pourtant bien installé dans son fauteuil mais pleinement immergé dans ce climat de danger permanent. Il y avait longtemps que nous n’avions pas ressenti une telle pression. À ce titre, Primate est une franche réussite.

 

© Gilles Penso

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LE MYSTÈRE DE TARZAN (1943)

Dans cette aventure délirante, Tarzan et Boy affrontent des nazis, des dinosaures, des plantes carnivores et une araignée géante…

TARZAN’S DESERT MYSTERY

 

1943 – USA

 

Réalisé par William Thiele

 

Avec Johnny Weissmuler, Nancy Kelly, Johnny Sheffield, Otto Kruger, Joe Sawyer, Robert Lowery, Lloyd Corrigan, Frank Puglia, Philip Van Zandt, Bobby Barber

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I DINOSAURES I ARAIGNÉES I TARZAN

Les grands méchants du Triomphe de Tarzan étaient déjà des nazis, mais le producteur Sol Lesser s’est sans doute dit que ça ne suffisait pas pour continuer à captiver les spectateurs. Le Mystère de Tarzan, huitième incarnation à l’écran du roi de la jungle par Johnny Weissmuller, ne recule donc devant aucun rebondissement extravagant. Le prologue exhale quelques relents de déjà-vu, puisque nous y voyons une scène familière : Boy, assis sur le dos de l’éléphanteau Buli, s’amuse avec Cheeta dans une savane africaine de studio puis aperçoit un avion qui traverse le ciel. Mais cette fois-ci, l’engin volant ne fait que passer, le temps pour ses pilotes de parachuter une lettre écrite par Jane à l’attention de Tarzan et Boy. En la lisant, ils découvrent qu’elle est toujours immobilisée à Londres, où elle soigne les blessés de la guerre de Birmanie. Pour leur prodiguer les soins nécessaires, il lui faut des plantes médicinales capables de soigner la malaria. Tarzan, Boy et Cheeta partent donc à la recherche des végétaux en question et se retrouvent en plein désert. À partir de là, nous quittons la jungle habituelle pour nous retrouver dans une ambiance de conte des mille et une nuits, au sein du village arabe de Birherari, autrement dit un décor exotique construit en 1927 par Cecil B. DeMille pour le film Le Roi des rois.

En chemin, nos héros rencontrent Connie Bryce (Nancy Kelly), une artiste de music-hall venue se produire à la cour du prince Selim (Lloyd Corrigan). En réalité, c’est une espionne envoyée par les Alliés pour dénoncer les actes malfaisants de Paul Hendrix (Otto Kruger) et Karl Straeder (Joe Sawyer), deux nazis qui se font passer pour des notables américains. Mais ces derniers assassinent le prince et font porter le chapeau à Connie, aussitôt condamnée à être pendue dès le lendemain matin. La suite des péripéties transporte le film dans un univers purement fantastique, proche de certains récits d’Edgar Rice Burroughs mais en rupture avec les films précédents de la série qui n’osaient tout de même pas pousser le bouchon aussi loin. En effet, au-delà du désert balayé par les tempêtes de sable, nous découvrons soudain un panorama exotique peuplé de monstres préhistoriques.

Voyage dans la préhistoire

Tarzan se mue alors en émule de l’homme des cavernes musclé incarné par Victor Mature dans Tumak fils de la jungle. C’est d’ailleurs au film d’Hal Roach que sont empruntées les séquences où apparaissent les dinosaures belliqueux (des reptiles agrandis à l’écran et rétro-projetés derrière nos héros). Les autres dangers de cette forêt antédiluvienne sont des plantes carnivores tentaculaires qui menacent d’engloutir Tarzan (des marionnettes grandeur nature animées par câbles) et une araignée géante qui capture Boy dans sa toile (un monstre mécanique pas follement convaincant). Ce dernier acte est entièrement repensé par Sol Lesser après la fin du tournage. Déçu par les intrigues plus conventionnelles initialement prévues (Connie recapturée par les nazis et l’intervention secourable d’un cheikh), il décide d’organiser un tournage additionnel et d’intégrer tous ces nouveaux éléments fantasmagoriques. Ces ajouts bizarres permettent au film de sortir de la routine. Associé aux nouvelles singeries de Cheeta (notamment une démonstration de funambulisme acrobatique et le vol de tous les turbans du village pour aider Tarzan et Boy à s’évader), ce virage vers le « pulp » exubérant nous offre un spectacle finalement très divertissant.

 

© Gilles Penso

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DEAD & ROTTING (2002)

Une vieille sorcière qui vit dans une maison isolée décide de se venger de trois hommes qui sont venus chercher des noises à son fils…

DEAD AND ROTTING

 

2002 – USA

 

Réalisé par David P. Barton

 

Avec Stephen O’Mahoney, Tom Hoover, Debbie Rochon, Trent Haaga, Jeff Dylan Graham, Barbara Katz-Norrod, Christopher Suciu, Beth Biasella, Tammi Sutton

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA CHARLES BAND

Dead & Rotting est le premier (et seul) film de David P. Barton, expert des effets spéciaux ayant œuvré pour des pointures comme l’atelier KNB (House 3, Leatherface), Steve Johnson (La Cité des monstres, Necronomicon), Kevin Yagher (Le Dentiste, Volte/Face, Starship Troopers) ou Greg Cannom (Dracula). C’est son ami d’enfance J.R. Bookwalter, avec qui il a grandi dans l’Ohio et partagé quelques films amateurs en super 8, qui organise sa rencontre avec David DeCoteau et Charles Band au début des années 2000. Avec des budgets étriqués mais un contrôle plus grand que sur ses films précédents, Barton conçoit ainsi le monstre mécanique de Horrorvision, les créatures de Witchouse 2 ou encore les maquillages de Stitches. La compagnie Full Moon finit par lui proposer de passer à la mise en scène. D’où Dead & Rotting, qu’il co-écrit avec Douglas Snauffer. Le tournage se déroule en huit jours dans l’Ohio et Bookwalter assure la production. En toute logique, Barton supervise les maquillages spéciaux de son propre film, en utilisant comme pseudonyme son nom inversé : Nortrab Divad. Quant au casting, il mêle des acteurs locaux avec plusieurs habitués de Full Moon, notamment Debbie Rochon, Tammi Sutton et Trent Haaga, tous les trois présents au générique de Killjoy 2 la même année.

Trois copains farceurs plus idiots les uns que les autres (Stephen O’Mahony, Trent Haaga et Tom Hoover), qui travaillent ensemble dans une petite entreprise de construction, partent pour une virée nocturne dans leur camion, se mettant au défi d’aller voir une maison isolée dans les bois dont la rumeur dit qu’elle appartient à une sorcière. Mais avant qu’ils ne puissent s’en approcher, ils rencontrent Pox (Christopher Suciu), un homme étrange à l’hygiène très discutable qui les chasse de la propriété en grognant. De retour chez eux, ils se rendent comptent que ce type louche fréquente le même bar qu’eux, ne se change jamais et boit du lait dans un bol comme un animal. Ils ont alors une altercation avec lui et le passent à tabac. Lorsqu’il retourne voir sa mère, la vieille sorcière fumeuse de pipe Abigail (Barbara Katz-Norrod), nous découvrons qu’il s’agit en réalité d’un chat qui, de temps en temps, est capable de prendre une apparence humaine. Pour venger l’offense faite à son fils/animal de compagnie, la sorcière part à la rencontre des trois hommes, leur demande « Savez-vous ce que c’est que d’être mort et de pourrir ? » et leur lance un sort. La punition qu’ils subissent est désagréable mais ne prête pas trop à conséquence. Quelques pustules, un estomac retourné, une nuit fiévreuse et on n’en parle plus. Mais notre trio apprécie très peu cette situation et demande à deux vauriens d’aller casser quelque chose chez elle pour se venger. À partir de là, un engrenage infernal se met en branle…

Vivre et laisser pourrir

Sur un point de départ qui pourrait faire penser – toutes proportions gardées – à La Peau sur les os ou Jusqu’en enfer, Dead & Rotting développe son intrigue de manière très bizarre, comme si le scénario s’élaborait au fur et à mesure, en écriture automatique. Chaque séquence est en effet plus aberrante que la précédente. Lorsque les voyous tuent accidentellement le chat de la sorcière, celle-ci entre dans sa baignoire puis change d’apparence pour prendre les traits fort avenants de Debbie Rochon. Elle entreprend ensuite de séduire les trois coupables pour qu’ils lui fassent l’amour à tour de rôle. De retour chez elle, son corps expulse une matière visqueuse dont elle recouvre un squelette de bébé qu’elle place à l’intérieur d’une citrouille. Puis elle enterre le fruit dans le sol en disant « que la punition soit à la hauteur de l’offense ». Et voici que trois zombies végétaux en salopette, armés de faux et de faucilles, surgissent du sol ! Le mode opératoire de notre sorcière est donc particulièrement alambiqué, et l’on se demande honnêtement quelles substances David P. Barton a absorbées avant de se mettre à l’écriture ! Dead & Rotting souffre d’une mise en forme très approximative : une caméra accidentée, une lumière sans grâce, des nuits américaines peu crédibles, une bande son déficiente… Fort heureusement, Barton se rattrape par des visions macabres surréalistes comme un corps à moitié décomposé qui s’agite dans un placard, des hommes dont le crâne ouvert est hérissé de branches tordues, des cadavres putréfiés dignes de Lucio Fulci ou encore un hideux homuncule squelettique. On ne pourra en tout cas pas reprocher à Dead & Rotting son manque d’originalité ou d’extravagance.

 

© Gilles Penso

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