

Un homme enfermé dans une cave pendant des années finit par s’évader et bat la campagne en multipliant les meurtres violents…
Aussi surprenant que ça puisse paraître, Le Monstre des oubliettes s’inspire partiellement d’une histoire vraie, celle d’une mère qui aménagea dans sa maison une pièce cloisonnée par des murs de briques pour y cacher son fils afin de l’empêcher de partir au front. Le producteur Christopher Neame développe à partir de ce fait réel une idée de film qu’il destine à Tigon Pictures. Le projet porte d’abord le titre de « Young Man, I Think You’re Dying » (« Jeune homme, je crois que vous êtes en train de mourir »), d’après une phrase tirée de la chanson folk traditionnelle Barbara Allen. Après un premier refus, Le Monstre aux oubliettes est finalement validé par la petite compagnie anglaise qui lance la production en mars 1970, en s’associant avec Hemdale. Scénariste du Cadavre qui tue de Sidney J. Furie et de nombreux épisodes de séries TV entre 1961 et 1969, James Kelley fait son baptême de mise en scène en se voyant confier la réalisation du Monstre des oubliettes. Face à ses caméras sont convoquées deux anciennes gloires du cinéma anglais : Flora Robson (Le Narcisse noir, L’Aigle des mers) et Beryl Reid (Faut-il tuer Sister George ?, Barbe d’or et les pirates). Habituées à des budgets plus conséquents, les deux actrices doivent s’adapter aux contraintes de cette micro-production tournée en mars 1970 aux studios Pinewood.


Dans la campagne anglaise, aux abords du paisible village de Littlemore, une série de meurtres visant d’anciens soldats plonge la police dans l’incompréhension. Non loin de là, deux vieilles sœurs, Joyce et Ellie Ballantyne, vivent recluses dans leur maison familiale. Rongées par l’angoisse, elles redoutent que le secret qu’elles ont enfoui des années plus tôt dans leur cave ne soit lié à ces crimes. Leurs craintes se confirment lorsqu’elles réalisent que « la chose » qu’elles avaient murée a disparu. L’arrivée d’une aide-soignante, venue s’occuper de Joyce après une chute, fragilise leur huis clos et fait peu à peu remonter la vérité à la surface. Nous découvrons alors le passé trouble de la famille : un père revenu traumatisé de la Première Guerre mondiale, devenu violent et incontrôlable, et un frère, Stephen, que les deux sœurs ont décidé d’enfermer pour l’empêcher de partir combattre durant la Seconde Guerre mondiale, de peur qu’il ne subisse le même sort. Mais les années d’enfermement ont détruit Stephen. Toujours en vie, désormais libre, il erre comme une créature déshumanisée, guidée par des pulsions meurtrières…
« Tout ce que nous avons fait, c’était pour lui »
Le scénario du film laissait entrevoir un potentiel prometteur que le manque de moyens du film empêche de correctement exploiter. Pour gagner du temps et de l’argent, James Kelley filme en continu d’interminables séquences de bavardages entre les deux sœurs qui font de toute évidence office de remplissage. Théâtrales, statiques, mal rythmées, ces scènes dialoguées émoussent très vite l’intérêt des spectateurs, malgré les agressions commises par la créature meurtrière qui s’insèrent régulièrement dans le montage. Le tueur n’apparaît au grand jour que vers la fin du film. Mais si son ombre recourbée et ses doigts griffus, lorsqu’il gravit un escalier, clignent efficacement de l’œil vers Nosferatu, son apparence enfin révélée confine au grotesque. Comment croire une seule seconde à cette espèce d’homme préhistorique hirsute et barbu ? Les deux actrices principales s’avoueront très déçues par le film. « En ajoutant après coup toute une série d’effets bon marché, les producteurs ont transformé le film pour le rendre plus sanglant et plus horrible que ce que nous avions imaginé », avouera Beryl Reid. « Nous pensions pourtant qu’ils allaient rester fidèle à ce très beau scénario. » (1) Manifestement, il ne reste plus grand-chose de la prose initiale dans le résultat final, et les justifications des deux sœurs en guise d’épilogue (« tout ce que nous avons fait, c’était pour lui ») peinent à nous convaincre. Voilà pourquoi ce film, comme son monstre, a fini par tomber… aux oubliettes.
(1) Extrait de l’autobiographie So much love de Beryl Reid, 1985.
© Gilles Penso
À découvrir dans le même genre…
Partagez cet article
























































