LE VENIN DE LA PEUR (1971)

Troublée par une série de rêves de plus en plus perturbants, une jeune femme est accusée du meurtre sanglant de sa voisine…

UNA LUCERTOLA CON LA PELLE DI DONNA

 

1971 – ITALIE / ESPAGNE / FRANCE

 

Réalisé par Lucio Fulci

 

Avec Florinda Bolkan, Stanley Baker, Jean Sorel, Silvia Monti, Alberto de Mendoza, Penny Brown, Mike Kennedy, Ely Galleani, Jorge Rigaud, Ezio Marano

 

THEMA TUEURS

Lucio Fulci commence sa carrière de réalisateur dans les années 50, mais il ne s’attaque au genre horrifique qui va le rendre célèbre qu’à la fin de la décennie suivante, d’abord avec Perversion Story puis avec Le Venin de la peur. Ce dernier est connu sous plusieurs titres alternatifs : Carole pour sa première exploitation en France (avant d’être retitré pour le marché vidéo et doté d’un très beau poster de Laurent Melki), Schizoid en Angleterre ou encore A Woman in a Lizard Skin aux Etats-Unis, traduction littérale du titre original qui signifie « Un lézard dans une peau de femme ». Cette expression imagée ne se réfère à aucune séquence particulière. Il s’agit plutôt d’une vue de l’esprit, conforme aux titres animaliers dont sont dotés de nombreux giallos des années 70 (comme L’Oiseau au plumage de cristal, Le Chat à neuf queues ou La Tarentule au ventre noir, par exemple). Le Venin de la peur est une coproduction italo-franco-espagnole mais se déroule à Londres et met en scène des personnages britanniques. Les acteurs, eux, viennent d’un peu partout : Brésil, Pays de Galle, France, Argentine, Italie, Suède, Grande-Bretagne… Ce melting pot face à la caméra est très représentatif des coproductions de cette époque.

Le Venin de la peur commence par une scène de rêve perturbante, dans laquelle la dormeuse Carol Hammond (Florinda Bolkan) semble partagée entre la frayeur et le désir : une traversée dans un couloir de train étroit, puis dans celui d’un immeuble où elle doit se frayer un chemin au milieu de dizaines de corps nus qui s’enlacent, jusqu’à une chute dans le vide et au surgissement de sa voisine Julia (Anita Strindberg) qui la séduit langoureusement. Lorsqu’elle raconte ce songe bizarre à son psychiatre, Carol se rend compte qu’elle est obsédée par cette jeune femme dont la vie dissolue contraste radicalement avec sa propre existence rangée et banale, partagée entre son époux Frank (Jean Sorel), sa belle-fille Joan (Ely Galleani) et son père Edmond (Leo Genn) qui brigue le poste de député. Peu à peu, ses rêves deviennent de plus en plus extrêmes : des corps déchiquetés, un cygne géant qui la poursuit, un meurtre au couteau… Mais alors que Carole vient de se voir en train d’assassiner Julia à coups de coupe-papier, celle-ci est retrouvée morte dans la réalité, exactement dans les mêmes conditions que dans le rêve. Tous les soupçons convergent alors logiquement vers elle. Aurait-elle inconsciemment commis ce meurtre ?

Sanglante paranoïa

La mise en scène du Venin de la peur surprend par sa liberté, sa fougue et son foisonnement d’idées visuelles, à mi-chemin entre le surréalisme d’un Fellini et le psychédélisme en vogue au début des années 70. Fulci sollicite les mouvements brutaux de caméra portée, les gros plans invasifs, les reports de point, les split screens, les jeux d’avant-plan extrêmes, les coups de zoom intempestifs, les expérimentations musicales d’Ennio Morricone, bref un trésor d’inventivité lui permettant de traduire le déséquilibre psychique de son héroïne et l’invasion progressive de la paranoïa dans son quotidien. Au détour de certaines séquences, le réalisateur commence aussi à montrer ses penchants pour l’esthétisation des effets gore, sa future signature. Face à sa caméra s’exposent ainsi des cadavres décomposés, des plaies béantes, mais aussi des corps étripés de chiens agonisants qui lui vaudront des démêlées avec la justice, avec à la clé un procès et le témoignage des membres de l’équipe du film expliquant qu’il s’agit d’effets spéciaux conçus par Carlo Rambaldi ! Entre les nombreux moments de fulgurance du Venin de la peur – la course poursuite dans la clinique, le grand orgue dans la cathédrale, l’attaque des chauve-souris -, l’intrigue se perd un peu dans les clichés inhérents aux giallo : adultères, faux-semblants, manipulations, machinations, révélation finale théâtrale… Il n’en demeure pas moins que nous sommes là face à une pièce maîtresse de la filmographie de Fulci, que tous les aficionados du maestro se doivent de découvrir.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

LE PACTE (2001)

Les membres d’une fraternité universitaire se livrent à de bien étranges activités qui semblent liées au secret de la vie éternelle…

THE BROTHERHOOD

 

2001 – USA

 

Réalisé par David DeCoteau

 

Avec Sam Page, Josh Hammond, Bradley Stryker, Elizabeth Bruderman, Forrest Cochran, Michael Lutz, Donnie Eichar, Christopher Cullen, Brandon Beemer

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I VAMPIRES I SAGA CHARLES BAND

À la fin des années 1990, David DeCoteau est déjà un vétéran du cinéma indépendant américain. Formé à l’école Roger Corman, passé par la galaxie Full Moon de Charles Band, le cinéaste est habitué à tourner à un rythme industriel pour des structures qui privilégient avant tout la rentabilité. Rompu à cette cadence éprouvante mais formatrice, DeCoteau décide de fonder en 1999 sa propre société de production : Rapid Heart Pictures. L’objectif est de continuer à produire vite et économiquement, tout en gardant cette fois-ci un plus grand contrôle. Ses crédos restent l’horreur, le fantastique et le suspense, avec une ligne éditoriale orientée vers un public niche, notamment auprès des audiences gay, adolescentes et féminines. La société se structure autour d’un mode de production léger, de tournages courts et d’une exploitation pensée essentiellement pour le marché du « direct-to-video », alors en pleine expansion. Le premier projet estampillé Rapid Heart est initialement développé sous le titre I’ve Been Watching You (« Je te surveille »), et tourné sous ce titre avant de trouver son appellation définitive : The Brotherhood (Le Pacte). Pari réussi : ce petit film d’épouvante aux ambitions modestes donnera naissance à pas moins de cinq suites !

Alors que la rentrée scolaire vient de commencer sur le campus de la petite université américaine de Drake, on déplore la mort mystérieuse d’un étudiant de 19 ans qui appartenait à la fraternité Doma Tau Omega, l’une des plus prestigieuses du pays. Dan (Josh Hammond), un étudiant un peu geek, se présente comme le nouveau colocataire de l’athlétique Chris Chandler (Sam Page). Celui-ci nous apparaît d’emblée comme extrêmement antipathique, comme en témoigne la liste d’avertissements qu’il énonce sévèrement au nouveau venu : « Ne touche pas à mes affaires, ni aux deux lits, ni au bureau, débrouille-toi avec un sac de couchage et un placard, dors dans ta voiture si je ramène des filles… » Mais cette entrée en matière glaciale est une blague. Chris est en réalité un bon gars. Membre de l’équipe de natation, boursier pour la fac, il n’est pas particulièrement désireux d’intégrer l’une de ces fameuses fraternités élitistes. Sauf que les membres de Doma Tau Omega l’ont repéré et veulent l’intégrer dans leur groupe, une invitation qu’il décline poliment. Il accepte malgré tout de se rendre à une de leurs fêtes, pour faire plaisir à Dan et à la jolie Megan (Elizabeth Bruderman). Sur place, sa rencontre avec Devon Eisley (Bradley Stryker), le chef de la fraternité, risque bien de bouleverser sa vie…

« Les vampires sont des mythes, nous sommes réels »

Le pacte qui donne au film son titre français est très proche de celui qu’on signerait avec le diable, même si nous sommes surtout en présence ici d’une variante autour du thème du vampirisme, puisque le secret de la vie éternelle repose sur la consommation du sang d’autrui. « Les vampires sont des mythes, ils n’existent pas », dit à ce propos le mystérieux Devon, « alors que nous sommes réels. » Évidemment – David DeCoteau oblige -, le film exhibe son lot de beaux garçons musclés en débardeur ou torse-nu, moulés dans leurs shorts ou leurs caleçons. Les membres de la fraternité, eux, sont filmés de manière ouvertement caricaturale : ils avancent au ralenti, lunettes noires sur le nez, accompagnés d’une musique électronique martiale. DeCoteau utilisait déjà ce gimmick dans le film de SF pour ados Alien Arsenal, tout comme il continue inlassablement à déployer ses tics de mise en scène habituels, notamment les nuits d’orage saturées d’éclairs et de coups de tonnerre. L’intrigue n’ayant pas non plus des tonnes de péripéties à raconter, le réalisateur fait durer les séquences au-delà de la limite raisonnable, en particulier cette « partie à trois » où Chris et Devon se repaissent du sang d’une jeune femme alanguie qui gémit longuement. Bref, la finesse n’est pas spécialement au rendez-vous. On sent pourtant l’envie de bien faire, à travers ce tournage élégant au format Cinemascope, ces dialogues plutôt bien écrits et ces acteurs qui s’impliquent avec autant de conviction qu’ils peuvent. Le public répondra présent et permettra le lancement d’une véritable petite saga autour de l’univers du Pacte.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

RETOUR À SILENT HILL (2026)

Entre pure horreur anxiogène et ultra romantisme, ce retour aux enfers est l’aboutissement d’un projet longuement muri depuis la sortie du premier opus…

RETURN TO SILENT HILL

 

2026 – USA / FRANCE

 

Réalisé par Christophe Gans

 

Avec Jeremy Irvine, Hannah Emily Anderson, Robert Strange, Evie Templeton, Pearse Egan, Eve Macklin, Emily Carding, Martine Richards, Howard Saddler

 

THEMA MORT I SAGA SILENT HILL

Après les quatre premiers jeux originaux sur Playstation édités par Konami entre 1999 et 2004, l’auteur du Pacte des loups signe la première adaptation de Silent Hill en 2006. En 20 ans, la licence a donné lieu à diverses suites ainsi qu’à un second long-métrage, Silent Hill : Revelation 3D, réalisé cette fois par M.G. Bassett, également réalisatrice en 2009 de Solomon Kane et en 2025 d’une nouvelle adaptation d’un personnage créé par le texan Robert E. Howard, Red Sonja, avec l’actrice italienne Matilda Lutz éblouissante dans le Revenge de Coralie Fargeat. Si Christophe Gans a envisagé cette suite dès les débuts de son travail sur la licence, il a dû mettre le projet en stand-by pour mieux s’y consacrer avec sa co-scénariste, Sandra Vo-Anh – auteure de Dégénérescence dans la collection Frayeur dirigée par Jean Rollin et de Dans mon dedans sorti aux Belles Lettres – avec qui il a également écrit et porté à l’écran sa propre version du conte de La Belle et la Bête. Christophe Gans signe donc ici son grand retour sur les écrans avec un film dont l’atmosphère évoque les œuvres littéraires des auteurs macabres des 19ème et 20ème siècles (d’Edgar Poe à H.P. Lovecraft), ainsi que les grands thèmes romantiques chers au réalisateur depuis son segment The Drowned dans le Necronomicon, produit par Brian Yuzna en 1991, et son premier long-métrage Crying Freeman

Bien que Mary (Hannah Emily Anderson) soit morte trois ans auparavant, l’amour que lui porte James Sunderland (Jeremy Irvine) l’entraîne dans une quête éperdue dans l’univers terrifiant de la ville de Silent Hill, désireux de remonter le temps, porté par la culpabilité de l’avoir abandonnée à deux reprises par le passé. Cette incursion dans l’enfer de la ville incendiée – à l’instar de son âme – s’apparente aussi à un combat contre ses propres démons, comme semblent le lui signifier les multiples miroirs brisés rencontrés dans le jeu, ou encore l’alter-ego de Mary l’appelant une nouvelle fois à l’aide. Ni ville fantôme, ni ville morte puisqu’habitée d’abominations qui ne cessent de se multiplier, mais plutôt ville condamnée, Silent Hill est un mirage dans la brume, à l’orée d’une symbolique forêt et d’un lac (de larmes ?) qui la protège du sort des bâtiments lorsqu’ils s’effondrent sous les flammes. La restitution de ce volet, où les cendres n’en finissent pas de tomber, est une sublimation du jeu et de ses décors, où émergent de l’obscurité des camaïeux de couleurs gris-marron-vert, qui pointent dans la noirceur de ce monde comme des espoirs de (sur)vie, que le rouge du sang et l’orange du feu s’acharnent à détruire.

Des cendres et des pluies de larmes

Mais du Chaos de la mythologie nait aussi l’amour et l’harmonie. Ainsi James va affronter toutes ses peurs et transcender un monde fantasmagorique pour tenter de retrouver le chemin vers la vie, porté par le fol espoir d’une seconde chance après son rendez-vous manqué avec le bonheur ; celui-ci est hors de portée de la ville, là où le monde resplendit avec ses couleurs chatoyantes : le bleu du ciel tel celui des yeux de Mary, le vert de la nature luxuriante, le jaune du soleil qui vivifie. Silent Hill apparait alors à certains comme un purgatoire plus qu’un lieu infernal, qui donne à notre anti-héros, comme à nous-mêmes, de quoi méditer sur les mauvais choix, les erreurs passées qui hantent l’esprit, et sur les amours perdues. Conçues par Patrick Tatopoulos et chorégraphiées par Roberto Campanella d’après les designs de Masahiro Itō, une foultitude de créatures fantastiques chtuluhesques donne lieu à des scènes d’action pour lesquelles le cinéaste a toujours démontré à la fois son attirance et sa maîtrise du genre. La bande originale est signée par Akira Yamaoka lui-même, créateur, producteur et compositeur du jeu qui, par sa seule présence au générique, valide cette transposition de son œuvre. Retour à Silent Hill est une expérience immersive avec juste ce qu’il faut d’artificialité pour respecter la sensation ludique du jeu vidéo, en même temps qu’une réussite cinématographique qui n’est pas, comme d’autres transpositions, uniquement réservée aux gamers.

 

© Quélou Parente

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

THE JURASSIC GAMES EXTINCTION (2025)

Les concepteurs d’un jeu télévisé futuriste, qui consiste à lutter à mort contre des dinosaures, deviennent malgré eux les nouveaux participants…

JURASSIC GAMES EXTINCTION

 

2025 – USA

 

Réalisé par Ryan Bellgardt

 

Avec Adam Hampton, Katie Burgess, Leila Annastasia Scott, Brandon Stanley, Ryan Francis, Todd Jenkins, Ben Hall, Abby Miner, Leah N. H. Philpott, Sophie Proctor

 

THEMA DINOSAURES I FUTUR I MONDES PARALLÈLES ET VIRTUELS

Sorti en 2018 – pile poil pour se synchroniser avec l’arrivée en fanfare de Jurassic Park : Fallen Kingdom -, The Jurassic Games avait fait son petit effet. Pas un gros succès, certes, mais au regard de son faible budget, l’accueil s’était révélé plutôt encourageant. Son instigateur, le couteau-suisse Ryan Bellgardt (scénariste, réalisateur, concepteur d’effets spéciaux) remet donc le couvert avec The Jurassic Games Extinction, une suite directe qui reprend une partie du casting du film précédent et s’appuie sur le même concept, c’est-à-dire une sorte de cocktail audacieux mélangeant Running Man, Tron et Jurassic Park. Bellgardt est manifestement obsédé par les grosses bêtes préhistoriques, puisque nous lui devons aussi Dinosaur World et la trilogie Jurassic Pet. Ici, il calcule son coup pour que son film sorte en même temps que Jurassic World : Renaissance, avec un bel opportunisme qui aurait pu faire pâlir d’envie Roger Corman ou l’équipe de The Asylum. Mais si le scénario semble être un patchwork délirant et si l’enveloppe budgétaire reste très mince, Bellgardt (qui œuvre la même année sur les effets visuels très réussis de Bambi : la vengeance) tient à soigner du mieux qu’il peut ce Jurassic Games Extinction. Notre homme met du cœur à l’ouvrage, et ça se voit.

L’entrée en matière semblera familière à ceux qui ont vu le premier The Jurassic Games. Nous sommes dans un futur proche, où les condamnés à mort sont exécutés en direct à la télévision via une émission extrêmement populaire. Ceux qui succombent aux dangers de ce monde virtuel peuplé de dinosaures meurent pour de bon. Le dernier survivant, lui, a le droit de regagner la liberté. Le générique d’ouverture, qui enchaîne les journaux télévisés futuristes, nous apprend qu’Adrian Cane, fondateur du jeu, a été forcé par des pirates informatiques surnommés The Cavemen de pénétrer dans le jeu et y a trouvé la mort face aux caméras. Mais « the show must go on ». Dix nouveaux condamnés s’apprêtent donc à entrer dans le jeu pour une nouvelle partie. Les Cavemen, de leur côté, entendent bien contre-attaquer pour annuler une bonne fois pour toutes ces épreuves mortelles diffusées en live et décident d’y envoyer Tucker (Adam Hampton), un ancien détenu ayant survécu à la saison précédente. Alors que cinq testeurs se rendent à l’intérieur du jeu pour vérifier plusieurs dysfonctionnements, quelque chose se dérègle et ce sont eux qui deviennent les vrais participants, soudain lâchés dans une jungle hostile antédiluvienne aux côtés de Tucker et de la redoutable joueuse Joy (Katie Burgess)…

Dino Player One

Si les effets visuels ont été améliorés depuis le premier The Jurassic Games, les images de synthèses manquent encore de crédibilité, un défaut compensé par le fait que toutes les scènes préhistoriques sont censées se dérouler dans un univers virtuel. Conscient de ses limitations, Ryan Bellgardt fait d’ailleurs dire à l’un de ses personnages : « Nous sommes capables de créer des dinosaures réalistes… enfin presque réalistes. » Ce qui n’empêche pas le film de multiplier les séquences d’action ambitieuses et dynamiques : des dinosaures lancés aux trousses des motos volantes, la traversée d’un champ pullulant de brontosaures, les jets de lave provenant d’un volcan en éruption, le combat d’une horde de raptors contre un mammouth ou encore l’affrontement entre un T-rex armé de canons et une mecha-suit. L’idée que les joueurs eux-mêmes puissent se transformer en dinosaures ajoute un peu de fun à l’ensemble. Le fait que le l’I.A. créée pour simuler ce monde préhistorique s’appelle G.O.D. (Games Operating Device) ne manque pas d’ironie et nous rappelle l’une des célèbres répliques de Jeff Goldblum dans Jurassic Park : « Dieu crée les dinosaures, Dieu tue les dinosaures, Dieu crée l’homme, l’homme tue Dieu, l’homme crée les dinosaures. » Autre ironie intéressante : ici, ce sont les concepteurs du jeu qui sont victimes de leur propre création. Le scénario essaie d’approfondir un peu ses personnages et leurs conflits internes, même si les caractérisations restent schématiques, souvent éclipsées par une action foisonnante et généreuse. De ce point de vue, et à condition de ne pas placer trop haut ses exigences techniques et artistiques, The Jurassic Games Extinction est un spectacle raisonnablement agréable.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

DELTA DELTA DIE (2003)

Les filles d’une petite sororité universitaire californienne attirent les étudiants dans leur repaire pour dévorer leur chair…

DELTA DELTA DIE

 

2003 – USA

 

Réalisé par Devin Hamilton

 

Avec Julie Strain, Brinke Stevens, Joe Dain, Steve Malis, Karen A. Smith, Tiffany Shepis, Rachel Myers, Lizzy Strain, Jennifer L. Johnson, Kathryn Adams

 

THEMA CANNIBALES I SAGA CHARLES BAND

Après deux films de commande conçus à l’initiative du producteur Charles Band pour surfer sur les succès du moment, Bleed (un slasher inspiré par Scream) et Birth Rite (une histoire de sorcellerie sous l’influence de Dangereuse alliance), le réalisateur Devin Hamilton estime qu’il a suffisamment fait ses preuves pour proposer un sujet plus original et plus proche de ses propres goûts, autrement dit une comédie horrifique qu’il envisage comme une sorte de mixage délirant entre Atomic College et Sorority Babes in the Slimeball Bowl-o-rama. Band donne son feu vert et Hamilton en profite pour solliciter deux fameuses « scream queens » qu’il avait déjà dirigées dans ses films précédents : Julie Strain (Morgana, How to Make a Monster) et Brinke Stevens (Slave Girls, Sideshow, Horrorvision, Hell Asylum, Mega Scorpions). Deux rôles sont donc spécialement écrits pour elles et convergent vers une confrontation finale mouvementée. D’abord titré Eat Me U avant d’être rebaptisé Delta Delta Die pour mieux se conformer à l’univers des sororités étudiantes dans lequel se déroule l’intrigue, le film est tourné en neuf jours pour un budget extrêmement limité de 75 000 dollars.

Au sein de la discrète sororité universitaire Delta Delta Pi, Marilyn Finch (Julie Strain), la charismatique mère de la maison, initie ses étudiantes à un rituel secret et macabre : le cannibalisme. Aidées par un doyen complice (Steve Malis), les jeunes femmes attirent des garçons sans méfiance dans leur repaire, les assassinent… puis les cuisinent. Leurs victimes finissent même transformées en tartes distribuées innocemment sur le campus. Même si toutes les adeptes de Madame Finch s’amusent comme des folles en se prenant pour des émules d’Hannibal Lecter, la discipline chez les Delta Dalta Pi reste stricte. L’une des membres est ainsi sévèrement punie pour avoir consommé une partie jugée « impure » du corps humain, autrement dit un pénis – au cours d’un prologue qui donne tout de suite le ton du film. Alors que les disparitions se multiplient parmi ses camarades, Tobias (Joe Dain), un étudiant qui assiste le doyen, soupçonne que des choses sinistres se trament à l’approche du vingtième anniversaire de la sororité. Opiniâtre, il fait appel à Rhonda Cooper (Brinke Stevens), une ancienne Delta Delta Pi, pour l’aider à mettre fin aux agissements de cette confrérie anthropophage.

Cannibal Girls

On sent bien chez Devin Hamilton l’envie de se lâcher dès que l’occasion le lui permet. Le gore est donc de la partie, la nudité aussi, quitte à monter sous forme de vidéoclips des séquences de strip-tease parfaitement gratuites. Lorsque Julie Strain se déhanche à moitié nue, les yeux dissimulés derrière des lunettes de soudeur, hache de la viande humaine et la goûte au bout de la lame de son couteau sur le tempo tonitruant d’un morceau de metal, nous nageons dans un délire très proche des films Troma – justement l’une des références d’Hamilton. Strain ne recule d’ailleurs devant aucune grimace carnassière pour nous faire comprendre qu’elle est très très méchante. Tous ces passages déjantés sont amusants mais nous semblent surtout faire office de remplissage et n’aident pas beaucoup au développement d’une intrigue qui partait pourtant avec un beau potentiel. Le flashback improbable qui nous raconte les origines de cet étrange culte du cannibalisme, né d’un accident qui rappelle l’histoire de Sweeney Todd, laissait pourtant la porte ouverte vers un scénario plus intéressant. Mais Delta Delta Die se contente de son concept sans vraiment le faire évoluer et se termine par un crêpage de chignons gentiment ridicule. Dans la foulée, Hamilton prévoyait un quatrième film pour Charles Band, une variante polissonne du mythe de Jekyll et Hyde baptisée Roid Rage, mais le projet fut abandonné juste avant son tournage.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

DEATHSTALKER 4 (1991)

Pour sa quatrième aventure, le barbare guerrier participe à un grand tournoi organisé par une châtelaine maléfique…

DEATHSTALKER IV – MATCH OF THE TITANS

 

1991 – USA / BULGARIE

 

Réalisé par Howard R. Cohen

 

Avec Rick Hill, Maria Ford, Brett Baxter Clark, Michelle Moffett, Anya Pencheva, Djoko Rosic, Kosta Karageorgiev, Jenny Philipova, Rumen Dimitrov

 

THEMA HEROIC FANTASY I SAGA DEATHSTALKER

Deathstalker et sa suite s’étaient révélé des bonnes affaires pour Roger Corman : une exploitation de la vogue de l’heroic fantasy créée par le succès de Conan le barbare, des budgets très raisonnables, beaucoup de recyclage et le tour était joué. Mais la formule magique ne pouvait pas marcher à chaque fois, comme le prouvait un Deathstalker 3 fauché et bien peu palpitant qui fixait les limites du concept. Corman n’entend pourtant pas lâcher totalement l’affaire. En se serrant encore la ceinture et en convoquant l’acteur principal du tout premier film, le massif Rick Hill, il espère encore attiser les dernières flammes du genre, malgré l’arrivée des années 90 qui marquent le changement de goût du public. Voici donc un Deathstalker 4 que personne n’attendait particulièrement et qui s’efforce d’oublier les variantes joyeuse et sautillantes proposées dans les opus 2 et 3 pour un retour du héros barbare, musclé et monolithique. Restrictions budgétaires obligent, le recours aux stock-shots est plus flagrant que jamais, cet épisode reprenant de larges extraits de Deathstalker et Deathstalker 2 pour une partie des séquences de tournois, de batailles et d’orgies, tandis qu’une voix off narratrice s’efforce de fluidifier ce patchwork d’images disparates.

Tout commence comme d’habitude : Deathstalker sauve une demoiselle en péril, menacée ici d’être violée par trois hommes-fauves qui grognent. Puis notre voleur musclé se met en quête de son ami guerrier Aldilar (Stancho Stanchev), qui possède son épée. Sur le chemin, il rencontre Vaniak (Brett Baxter Clark), un athlète qui se prépare pour l’événement du moment : un grand tournoi organisé par Kana (Michelle Moffett), la châtelaine du coin. Tous les guerriers de la région semblent d’ailleurs s’être donné le mot pour participer à cette série d’affrontements violents mano a mano, y compris la vaillante Dionara (Maria Ford), remplaçant au pied levé sa sœur tombée au combat. Deathstalker finit par se rendre compte que les vainqueurs disparaissent les uns après les autres et que Kana est en réalité une sorcière masquant derrière ces épreuves sportives des activités démoniaques…

« Ce n’est pas facile d’être un héros »

Après l’Argentine et le Mexique des opus précédents, l’équipe de tournage s’installe cette fois-ci en Bulgarie pour donner corps à ce scénario aux enjeux franchement très peu palpitants. Rick Hill est toujours aussi monolithique, même si le scénario l’affuble de petites phrases supposément comiques façon Arnold Schwarzenegger. Le voilà donc qui débite des punchlines improbables (« et dire qu’on pense que les chats sont mignons ! » après avoir tué des hommes félins féroces) ou qui exprime ses pensées en voix off (« ce n’est pas facile d’être un héros »). Les filles, elles, sont plutôt faciles, en accord avec la vision macho que défend la saga depuis ses débuts. Dionara, que Deathstalker veut entraîner au maniement de l’épée, lui répond donc, langoureuse : « ce n’est pas le type d’apprentissage que j’avais en tête pour ce soir. » La reine Kana vient ensuite le draguer dans son lit. Quant à la redoutable guerrière Janeris, elle n’a rien contre quelques orgies entre deux combats. Le quota de nudité est respecté, le gore pointe le bout de son nez (un combattant réduit à l’état de flaque de sang poisseuse après avoir été écrasé à coups de masse) et l’humour fait parfois mouche, comme lorsque le héros essaie d’apprendre au chaste Vaniak comment séduire les femmes. Maladroit, affublé d’ellipses parfois incompréhensibles (Deathstalker et Dionara sont coincés dans une grotte dont l’issue est bloquée, puis se retrouvent soudain à cheval dans la forêt), Deathstalker 4 se révèle toutefois plus réussi et plus distrayant que son prédécesseur, assumant pleinement son caractère fantastique avec ces créatures mi-humaines mi-félines, ce miroir magique qui agit comme des caméras de vidéosurveillance ou cette armée d’hommes pétrifiés. La saga Deathstalker s’arrêtera là, avant la mise en chantier tardive d’un remake du premier opus en 2025

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

DEMONICUS (2001)

Un jeune homme est possédé par l’esprit d’un gladiateur maléfique qui le pousse à assassiner ses amis pour pouvoir revenir d’entre les morts…

DEMONICUS

 

2001 – USA

 

Réalisé par Jay Woelfel

 

Avec Gregory Lee Kenyon, Venesa Talor, Brannon Gould, Kyle Tracy, Jennifer Capo, Allen Nabors, Candace Korslak, Dominic Catrambone, Val Perez

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA CHARLES BAND

Le début des années 2000 est une période de vaches maigres pour Charles Band et sa compagnie Full Moon. Les budgets – déjà anémiques – se réduisent encore, le marché vidéo n’est pas aussi florissant qu’avant. Mais Band n’est pas du genre à baisser les bras. Il s’associe donc au producteur David S. Sterling (grand spécialiste comme lui des séries B désargentées) et monte le projet Demonicus. Confié à Tim Sullivan, le scénario est une sorte de variante champêtre autour du concept de l’inénarrable Curse of the Faceless Man d’Edward L. Cahn. Restrictions obligent, le film est tourné au format vidéo avec une enveloppe minuscule de 16 000 dollars, et c’est Jay Woelfel, futur réalisateur de Future Cop 6, qui hérite du bébé. Charge à lui de signer un film qui ressemble à peu près à quelque chose dans de telles conditions. Il s’installe donc avec sa petite équipe pendant neuf jours dans l’Angeles National Forest et fait ce qu’il peut. Une difficulté supplémentaire est liée à la présence de l’actrice Venesa Talor. En procès avec Band à cause de démêlées autour du projet Blood Dolls, l’ex-tête d’affiche de Femalien s’impose dans Demonicus pour des raisons contractuelles (Band lui doit un tournage avant fin 2001), ce qui crée des tensions supplémentaires pendant le tournage.

Jay Woelfel tente ici de faire passer la montagne californienne pour les Alpes italiennes, ce qui demande déjà une certaine indulgence de la part des spectateurs. James et sa petite amie participent à une randonnée entre amis, chacun espérant atteindre en premier le camping et remporter le défi. Compétiteur acharné, James impose un rythme infernal et décide de diviser le groupe, persuadé que la victoire se mérite. Épuisée, sa compagne – bien plus citadine que sportive – s’accorde une petite pause tandis que James s’éloigne et découvre l’entrée d’une vaste grotte. À l’intérieur, il met au jour un trésor intact d’artefacts romains… et le cadavre momifié d’un ancien gladiateur, figé dans son armure antique. Fasciné, le jeune homme s’empare du casque et le pose sur sa tête. Il libère alors Tyranus, l’esprit maléfique qui hante la grotte et prend possession de son corps. Transformé aussitôt en gladiateur diabolique, armé des reliques suspendues aux parois de la caverne, James est désormais un prédateur implacable. Tous ceux qui s’apprêtent à croiser sa route sur la montagne deviendront ses proies, tandis que la randonnée amicale s’apprête à se muer un sanglant combat pour la survie…

Gladia(termina)tor

Le statut de nanar indécrottable du film s’affiche dès les premières minutes. Lorsque James enfile le casque, agite une épée dans les airs et grimace en criant « Je suis Tyranus ! », plus aucun doute n’est permis : Demonicus nous fera beaucoup rire au second degré ou nous affligera profondément… voire les deux simultanément. Nous aurons également droit à des faux raccords dignes d’Ed Wood, notamment lorsque deux personnages courent dans les bois au milieu de la nuit noire puis se retrouvent quelques secondes plus tard en plein soleil dans le même décor. Même les effets gore (bras coupé, jambe tranchée, décapitation) sont involontairement drôles, Jay Woelfel sollicitant des accessoires en latex et des jets de faux sang bien peu convaincants. Après chacune de ses exactions, notre gladiateur en folie récupère les membres sectionnés de ses victimes et les réunit dans une espèce de marmite qu’il remue avec un os en psalmodiant des incantations en pseudo-latin pour un rituel visant à ressusciter le squelette antique. Le réalisateur tente bien de dynamiser sa mise en scène en jouant avec les gros plans et avec les reflets dans les lunettes ou en concoctant un climax dégoulinant à souhait, mais rien n’y fait : Demonicus est une véritable catastrophe artistique, parachevée par des effets numériques affreux. Cela dit, on peut reconnaître au film l’originalité de son concept. Ce n’est pas tous les jours qu’on voit un serial killer en jupette et en armure qui court dans la montagne pour démastiquer ses camarades !

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

ALLIGATOR (1979)

Alors que se prépare l’inauguration d’un complexe hôtelier en Afrique, un énorme saurien décide de se mettre quelques touristes sous la dent…

IL FIUME DEL GRANDE CAIMANO

 

1979 – ITALIE

 

Réalisé par Sergio Martino

 

Avec Barbara Bach, Claudio Cassinelli, Mel Ferrer, Romano Puppo, Fabrizia Castagnoli, Enzo Fisichella, Lory Del Santo, Anny Papa, Bobby Rhodes

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES

Après s’être adonnée à la plongée aux côtés des créatures amphibies du Continent des hommes-poissons, Barbara Bach refait plouf avec le même réalisateur, pour affronter cette fois-ci un monstre marin d’un plus gros calibre. À cette époque, la James Bond Girl de L’Espion qui m’aimait promène sa charmante silhouette dans de nombreux films de genre italiens tels que La Tarentule au ventre noir, Je suis vivant ou L’Humanoïde. On ne s’étonne donc pas particulièrement de la voir tenir le haut de l’affiche de cet étrange long-métrage exotique, aux côtés de Claudio Cassinelli qui, lui aussi, jouait dans Le Continent des hommes-poissons. Tourné majoritairement au Sri Lanka pendant l’été 1979, Alligator est censé se dérouler dans une région reculée d’Afrique, près d’un village de la tribu Kuma, où le riche promoteur Joshua (Mel Ferrer) s’apprête à inaugurer un complexe touristique luxueux baptisé « Paradise House ». Alors que les premiers touristes s’installent, un photographe chargé de la publicité, Daniel Nessler (Claudio Cassinelli), prend des clichés de tout ce qui lui passe sous les yeux, notamment le mannequin Sheena (Gene Hutton), embauchée pour l’occasion. Mais il n’a d’yeux que pour Alice Brandt (Barbara Bach), l’anthropologue qui seconde Joshua sur place. Alligator prend tout son temps pour nous présenter cette petite brochette de protagonistes avant de déclencher les hostilités.

Si beaucoup d’effigies de l’alligator saturent l’écran (des sculptures, des crânes, des costumes), la bête elle-même tarde à montrer le bout de son museau. La première attaque du saurien intervient au bout de 25 minutes, en pleine nuit, alors que Sheena et un bel indigène se prélassent sur une plage. Conçue par Carlo de Marchis, dont la filmographie de créateur d’effets spéciaux compte des films aussi variés que La Bible, Barbarella, Les Frissons de l’angoisse, Rencontres du troisième type ou Alien, la créature se limite principalement à une grosse gueule mécanique furtivement filmée en gros plan. Si le monstre n’est pas particulièrement convainquant, le dynamisme du montage permet de faire passer la pilule. Ce sont surtout les prémices de cette attaque qui sont intéressantes. Car tous les personnages semblent pressentir le danger avant même qu’il ne surgisse : Alice et Daniel, la tribu qui martèle ses tamtams et les deux futures victimes. La créature prend dès lors une dimension presque surnaturelle. Or le peuple des Kuma adore justement un dieu alligator nommé Kruna. On passera outre le fait qu’il n’y ait aucun alligator en Afrique mais plutôt des crocodiles. Avec ce type de film, mieux vaut ne pas être trop regardant côté authenticité…

Crocodile Holocaust

Alligator semble vouloir développer un message écologique, dans la mesure où la végétation et les animaux de ce petit coin de paradis sont ici réduits en cendres par les explosifs utilisés pour agrandir le complexe hôtelier. Et tandis que les touristes – vulgaires, bruyants, peu respectueux – se trémoussent en écoutant du disco, la tribu locale est sollicitée pour servir de main d’œuvre bon marché. La nature, symbolisée par le grand monstre marin et par ses adorateurs, finira d’ailleurs par reprendre ses droits au cours d’un climax quasi-apocalyptique. Mais en même temps que ce message vertueux auquel on ne peut qu’adhérer, Alligator met en scène de la maltraitance animale et fait passer les indigènes pour des sauvages primitifs, comme dans les films de cannibales que produisait l’Italie à la même époque – exercice auquel Sergio Martino lui-même s’était essayé avec La Montagne du dieu cannibale. Les véritables intentions du film nous échappent donc un peu. Difficile d’y voir finalement autre chose qu’une exploitation des vogues du cinéma de genre de l’époque : Les Dents de la mer, les films catastrophes et les histoires d’aventures anthropophages. Barbara Bach elle-même finit par quitter la respectabilité de son personnage érudit pour se muer en fin de métrage en « demoiselle en péril » à moitié dénudée, sur le point d’être sacrifiée au monstre comme Fay Wray dans King Kong. Deux ans plus tard, la belle Barbara épousera Ringo Starr et mettra la pédale douce sur sa carrière cinématographique. Martino, lui, continuera de nous livrer quelques séries B fantastiques (Crime au cimetière étrusque, 2019 après la chute de New York, Atomic Cyborg) ainsi que bon nombre de comédies polissonnes.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

ALIEN ARSENAL (1999)

Deux lycéens découvrent dans le sous-sol de leur établissement une cachette abritant un armement futuriste d’origine extra-terrestre…

 

ALIEN ARSENAL / TEENAGE ALIEN AVENGERS

 

1999 – USA

 

Réalisé par David DeCoteau

 

Avec Josh Hammond, Danielle Hoover, Michele Nordin, Krisztian Kovacs, Jerrod Cornish, William Vogt, Riley Smith, Dominic Catrambone, Stephanie Mennella

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA CHARLES BAND

Le sympathique Rayon Laser de Michael Rae, gros succès dans les vidéoclubs malgré ses qualités toutes relatives, aura fait plusieurs émules tout au long de la carrière de producteur de Charles Band. Ainsi, après Le Jeu du tueur, un semi-remake réalisé dix ans plus tard par Michael Miner, David DeCoteau propose à son tour sa propre variante avec Alien Arsenal. S’ils diffèrent dans leurs péripéties, les trois films reposent sur le même point de départ : un jeune homme marginalisé découvre un armement futuriste aux pouvoirs de destruction spectaculaires et décide de s’en servir contre ceux qui l’ont brimé, quitte à voir sa personnalité s’altérer. Très amateur du premier Rayon Laser, DeCoteau tient tout de même à proposer un scénario original offrant de nouveaux rebondissements. Alien Arsenal (connu également sous le titre alternatif Teenage Alien Avengers) s’intéresse ainsi à Ralph (Josh Hammond), un jeune geek qui se fait régulièrement harceler et racketter par les brutes du lycée. Fan de comic books, il rêvasse pendant les cours en dessinant des super-héros, est secrètement amoureux de l’inaccessible Felicia (Michele Nordin), cheffe des cheerleaders en couple avec le capitaine de l’équipe de football, et ne peut se confier qu’à sa meilleure amie Baxter (Danielle Hoover).

Un jour, alors qu’ils sont en corvée de nettoyage dans le sous-sol du lycée, Ralph et Baxter découvrent derrière un vieux mur de briques une porte métallique qui coulisse pour révéler une cache secrète d’armures et d’armes extraterrestres. Les deux lycéens prennent rapidement la mesure des incroyables pouvoirs de cet arsenal hors-norme (un canon ultra-puissant, un pistolet téléporteur, des jumelles à rayon X, deux armures de combat sophistiquées) et décident de s’en servir pour corriger les lycéens qui leur ont causé du tort et les ramener dans le droit chemin. Mais un tel pouvoir ne risque-t-il pas d’avoir une influence incontrôlable sur leur comportement ? Et que se passera-t-il lorsque les propriétaires de ces « jouets » très dangereux viendront sur Terre pour les réclamer ?

Un petit air de Robocop

Les extra-terrestres prennent ici la forme d’acteurs portant des masques volontairement excessifs créés par David Barton (Leatherface, Tremors, Darkside). Le résultat est amusant, même s’il n’a évidemment pas le même impact que les créatures en stop-motion de Rayon Laser. D’autant que ces aliens prennent très rapidement une apparence humaine bien peu discrète, à mi-chemin entre les looks de Terminator, Depeche Mode et Billy Idol (cheveux blonds peroxydés, blouson de cuir et lunettes de soleil). Les combinaisons qu’empruntent Ralph et Baxter pour jouer les super-héros, elles, ressemblent à des versions bon marché de l’armure de Robocop. Ça ne manque pas d’ironie quand on sait que Michael Miner, réalisateur du Jeu du tueur, est le co-scénariste du film culte de Paul Verhoeven. Alien Arsenal souffre de son manque de moyens flagrant (des décors minimalistes, des accessoires qui sentent le bricolage, des images de synthèse sommaires) mais essaie manifestement de prendre son sujet suffisamment au sérieux. Ainsi peut-on lire en filigrane de ce scénario farfelu une description du mal-être des adolescents, en quête désespérée de popularité, prêts à tout – même à trahir leur propre personnalité – pour plaire aux autres. Et tandis que Ralph menace de se muer en l’une de ces brutes qu’il déteste tant, son amie Baxter (un rôle écrit initialement pour un garçon) joue les Jiminy Cricket s’efforçant de le ramener à la raison. Contrairement à Rayon Laser et Le Jeu du tueur, DeCoteau nous offre ici un vrai happy end, le film se destinant manifestement à un public un peu plus jeune que ses deux prédécesseurs.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

LIMITLESS (2011)

Un écrivain sans le sou découvre une pilule expérimentale miraculeuse qui lui permet d’utiliser ses capacités cérébrales à plein régime…

LIMITLESS

 

2011 – USA

 

Réalisé par Neil Burger

 

Avec Bradley Cooper, Robert De Niro, Abbie Cornish, Andrew Howard, Anna Friel, Johnny Whitworth, Tomas Arana, Robert John Burke, Darren Goldstein

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX

Limitless est l’adaptation du roman Champs de ténèbres (The Dark Fields) d’Alan Glyn, publié en 2001. En le découvrant, la scénariste Leslie Dixon (Freaky Friday, Et si c’était vrai…) tombe sous le charme et en achète les droits. En échange d’un poste de coproductrice et d’un accord stipulant que personne d’autre qu’elle ne pourra retoucher le script, elle vend son scénario à Universal et contacte le réalisateur Neil Burger (L’Illusionniste avec Edward Norton, et plus tard la saga Divergente). C’est finalement Relativity Media et Virgin qui produiront le film. Shia LaBeouf est d’abord envisagé pour en tenir le rôle principal, sa carrière étant alors sur la piste ascendante, notamment grâce à Transformers et Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal. Mais le jeune acteur se blesse la main dans un accident de voiture et doit passer son tour. Voilà pourquoi Bradley Cooper, sur le point de passer dans la « liste A » des comédiens bankables grâce au succès de Very Bad Trip, prend le relais. Honnêtement, nous n’y perdons pas au change, tant Cooper s’investit pleinement dans ce rôle multi-facettes. Pour lui donner la réplique, c’est l’immense Robert De Niro qui partage le haut de l’affiche. Certes, l’ex-Taxi Driver n’intervient qu’à mi-parcours de métrage et n’apparaît pas plus d’une vingtaine de minutes à l’écran. Mais son charisme impeccable irradie une grande partie du film, comme à l’époque d’Angel Heart.

Cooper incarne Eddie Mora, un écrivain new yorkais qui peine à joindre les deux bouts, subit les affres de la page blanche et vit dans un appartement désordonné dont il risque d’être expulsé. Pour couronner le tout, sa petite amie Lindy (Abbie Cornish), frustrée par son manque de progrès et d’ambition, décide de rompre avec lui. Le tableau n’est donc guère reluisant. En pleine errance dans les rues de la ville, Eddie rencontre Vernon (Johnny Whitworth), le frère de son ex-femme, un ancien dealer qui lui propose de tester l’échantillon d’un nouveau produit pharmaceutique expérimental et révolutionnaire, le NZT-48. Selon Vernon, cette pilule permet aux humains de développer toutes leurs capacités cérébrales et aidera Eddie à résoudre ses problèmes de créativité. Ce dernier est évidemment perplexe, mais qu’a-t-il à perdre ? Il ingère donc le mystérieux médicament, incrédule… et soudain tout s’éclaire. Le voilà doté d’une mémoire parfaite, d’une capacité d’analyse hors-pair, d’une créativité sans borne. Bref, son cerveau est en ébullition. Mais il y a bien sûr un revers à la médaille…

Brainstorm

Pour dépeindre la soudaine ouverture d’esprit de son protagoniste, Neil Burger déploie des trésors d’inventivité et multiplie des idées de mise en scène surprenantes qui n’auraient pas dépareillé chez David Fincher (on pense notamment aux trouvailles visuelles de Fight Club) : des changements radicaux de colorimétrie, de vertigineux enchaînements de zooms rapides dans les rues de la ville, la démultiplication de Bradley Cooper à l’écran symbolisant son décuplement d’énergie, une pluie de lettres de l’alphabet qui tombent sur son bureau au moment où l’inspiration lui vient brusquement, le plafond de son appartement qui affiche les cours de la bourse… Nous voilà littéralement en présence d’une sorte de super-héros dont le pouvoir serait une intelligence sans limite. Or ces nouvelles capacités se révèlent dévorantes. Car il faut à Eddie toujours plus de savoir, d’idées, d’ambition, jusqu’à son inévitable mise en danger. S’il stagne, il craint de littéralement imploser. Mais le cerveau humain est-il capable de fonctionner à un tel régime sans effet secondaire indésirable ? Et le corps est-il prêt à subir de telles mutations ? Bradley Cooper incarne à merveille les différentes phases de ce personnage balloté entre plusieurs états contraires : l’épave qu’il est en début de métrage, l’éveil soudain de ses sens, la redescente douloureuse, les moments d’euphorie, de manque, de doute… Les amateurs du roman regretteront peut-être que le scénario ait évacué tout le sous-texte politique de l’intrigue, mais Limitless reste un thriller paranormal passionnant, qu’il n’est pas interdit d’appréhender comme une métaphore des effets de la cocaïne sur les requins de la finance.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article