TRAIN QUEST (2001)

Victimes d’un sort, un adolescent et sa petite amie se retrouvent miniaturisés à l’intérieur d’un modèle réduit de train lancé à vive allure…

TRAIN QUEST

 

2001 – USA

 

Réalisé par Jeffrey Porter

 

Avec Donnie Biggs, Tanya Garrett, Cristian Irimia, Paul Keith, Jason Dohring, Shanie Calahan, Tyler Hoechlin, Ruxandra Sireteanu, Luminita Erga

 

THEMA NAINS ET GÉANTS I JOUETS I SAGA CHARLES BAND

La carrière de Jeffrey Porter est discrète et peu connue du grand public. Assistant caméraman sur une demi-douzaine de longs-métrages, il passe à la réalisation à l’occasion du drame Le Club du silence en 1993. Sept ans plus tard, il s’embarque dans Train Quest, dernier film du label Pulse Pounders créé par Charles Band pour toucher le public des adolescents. Ce conte fantastique au concept particulièrement original est écrit par Charles Kephart (qui retravaillera avec le réalisateur pour la chronique adolescente Imagine 17 ans) et Neal Marshall Stevens (grand habitué des productions Charles Band), d’après une histoire de Jay Woelfel (Demonicus, Future Cop 6). Le tournage se déroule en Roumanie, fief de Band et de son équipe depuis le début des années 90. L’avantage est de pouvoir profiter d’une main d’œuvre locale expérimentée et d’une infrastructure solide à bas prix. Revers de la médaille : l’installation dans les locaux de Castel Films, à Bucarest, génère une certaine uniformisation visuelle. De fait, les nombreux films de Band tournés sur place (que ce soit pour les productions Full Moon, Moonbeam, Pulse Pounders ou Surrender) finissent par tous se ressembler.

D’aussi loin qu’il se souvienne, August (Donnie Biggs), 15 ans, a toujours aimé les trains miniatures, à tel point qu’il travaille comme assistant dans un magasin spécialisé dans les modèles réduits ferroviaires. Monsieur et Madame Dalby (Cristan Irimia et Ruxandra Sireteanu), les propriétaires des lieux, décident de lui donner accès pour son anniversaire à un grand circuit installé dans l’arrière-boutique, avec une locomotive, des wagons, des passagers, des rails et un vaste décor miniature. Ravi, August invite au cinéma la fille dont il est amoureux, Ellen (Tanya Garrett), puis lui propose de venir voir son cadeau. Mais alors qu’ils déclenchent le petit train, ils se retrouvent soudain téléportés à l’intérieur, réduits à la taille des passagers miniatures. Les voilà victimes d’un complot ourdi par les Dalby. S’ils ne trouvent pas rapidement un moyen de retrouver leur taille normale, ils seront condamnés à rester coincés dans le trajet sans fin de ce train diabolique et de se transformer progressivement en jouets…

La bataille du rail

Au-delà de son intrigue s’éloignant ouvertement des sentiers battus, Train Quest surprend par plusieurs de ses partis-pris, comme celui qui consiste à laisser régulièrement les protagonistes se confesser face à la caméra. Ou cette touche d’humour autoréférentielle improbable, le temps d’un dialogue où Ellen propose à August d’aller voir Retro Puppet Master au cinéma. Si la première partie de Train Quest se conforme à l’esthétique de téléfilm des productions de cet acabit, le surréalisme est roi à partir du moment où nos jeunes héros se retrouvent propulsés dans le monde miniature. Dès lors, les décors de jouets surdimensionnés occupent tout l’écran et des maquillages particulièrement réussis donnent aux passagers le look de personnages en plastique. Les choses prennent même une tournure inquiétante lorsqu’August lui-même commence à voir sa peau se changer progressivement en matière synthétique. Ambitieux à défaut d’être pleinement convaincants, les effets visuels permettent de nombreux jeux sur les changements d’échelle et la mise en scène de courses-poursuites dans les wagons lancés à vive allure. Certes, les réactions des héros manquent singulièrement de crédibilité et les mécanismes qui régissent ce phénomène surnaturel ne sont pas très clairs, mais Train Quest se distingue agréablement des innombrables productions Moonbeam et Pulse Pounders par son grain de folie.

 

© Gilles Penso

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JUDEX (1963)

Le réalisateur des Yeux sans visage met en scène un mystérieux super-héros masqué sous haute influence de Fantomas…

JUDEX

 

1963 – FRANCE

 

Réalisé par Georges Franju

 

Avec Channing Pollock, Francine Bergé, Edith Scob, Théo Sarapo, Sylva Koscina, René Génin, Roger Fradet, André Méliès, Philippe Mareuil, Luigi Cortese

 

THEMA SUPER-HÉROS

En 1963, Georges Franju exhume des limbes du cinéma muet une figure mythique : Judex. Né en 1916 sous la plume de Louis Feuillade et d’Arthur Bernède, ce justicier masqué renaît ici dans un film écrit par Jacques et Maurice Champreux – respectivement petit-fils et gendre de Feuillade – qui se veut une relecture moderne du serial d’antan, comme un pont entre deux âges du cinéma. Le récit, fidèle à l’esprit feuilletonesque, commence lors d’une fête fastueuse donnée par le banquier Favraux (Michel Vitold). Riche, arrogant et sans scrupules, il s’effondre soudain, frappé par une mystérieuse malédiction. Le coupable ? Un vengeur masqué nommé Judex (Channing Pollock), qui lui reproche ses crimes financiers et ses trahisons. Tandis que sa fille Jacqueline (Edith Scob) se retrouve livrée à elle-même, la redoutable aventurière Diana Monti (Francine Bergé) tente de s’emparer de sa fortune, sous les déguisements les plus inattendus (religieuse, cambrioleuse, acrobate). Mais dans l’ombre, Judex veille, tel un spectre vengeur. L’intrigue, volontairement démodée, se déroule comme une succession d’épisodes où s’entremêlent les rebondissements les plus improbables. Pas foncièrement motivé par une quelconque vraisemblance, Franju mue cette mécanique du mélodrame en terrain de jeu visuel et poétique.

Franju avait d’abord voulu adapter Fantômas, mais devant le refus des producteurs qui souhaitaient une version comique, il se replie sur Judex – ce double lumineux du criminel masqué. Pourtant, son film reste hanté par le spectre de Fantômas. D’où cette séquence en forme de clin d’œil où le détective Cocantin (Jacques Jouanneau) lit un roman du célèbre criminel masqué. Judex devient ainsi un miroir inversé, une variation sur le thème du double et du mensonge. La mise en scène joue avec cette idée de duplicité. Les identités se brouillent, les visages se dissimulent et les morts ressuscitent. Le film tout entier fonctionne comme une illusion de prestidigitateur, et ce n’est pas un hasard si Franju confie le rôle principal à Channing Pollock, véritable magicien de cabaret. Sa prestance froide confère au personnage une aura surnaturelle, même si l’acteur manque sans doute du charisme nécessaire pour nimber son personnage de l’intensité nécessaire, contrairement à la formidable super-vilaine campée par Francine Bergé. Dans une scène empreinte de surréalisme, Judex apparaît au bal masqué, vêtu de noir, tenant une colombe morte dans la main, la tête coiffée d’un masque d’aigle. Ce tableau macabre résume toute l’esthétique de Franju : un mélange d’élégance, d’étrangeté et de symbolisme.

Vieilles automobiles et collants noirs

Visuellement, Judex est un pur enchantement. Le noir et blanc, somptueusement éclairé par Marcel Fradetal, transfigure chaque décor, des ruelles gothiques aux manoirs isolés en passant par les toits parcourus de silhouettes en collants noirs aux allures d’insectes géants. Cet hommage à Feuillade restitue ainsi l’esprit du serial tout en le filtrant à travers le prisme d’une sorte de post-modernisme décomplexé. D’où ces nombreuses excentricités volontaires, comme les poursuites en vieilles automobiles ou cette acrobate de cirque surgie de nulle part qui vient aider le héros. Judex est à la fois un film de super-héros avant l’heure, une réinvention humoristique du cinéma muet et une fantaisie baroque où la justice prend les traits d’une hallucination fantomatique. Dernier grand film de son auteur, Judex s’éloigne volontairement du naturalisme ambiant du cinéma français des années 60, revendique le droit à l’artifice et à la beauté et est bien sûr dédié à Louis Feuillade. Quant au Fantomas comique dont rêvaient les premiers interlocuteurs de Franju, il prendra corps face à la caméra d’André Hunebelle, avec Jean Marais et Louis de Funès en têtes d’affiche.

 

© Gilles Penso

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LA CITÉ DES FEMMES (1980)

Un quinquagénaire rencontre une belle inconnue dans le train et décide de la suivre dans les bois, sans se douter de l’étrange odyssée qui l’attend…

LA CITTÀ DELLE DONNE

 

1980 – ITALIE

 

Réalisé par Federico Fellini

 

Avec Marcello Mastroianni, Bernice Stegers, Anna Prucnal, Jole Silvani, Donatella Damiani, Ettore Manni, Fiammetta Baralla, Hélène Callzarelli, Catherine Carrel

 

THEMA RÊVES

La Cité des femmes s’inscrit dans la dernière ligne droite de la carrière baroque de Federico Fellini. Sept ans après la fresque tendre et nostalgique Amarcord, le cinéaste italien signe ici un film-somme à la fois démesuré et intime, porté par un Marcello Mastroianni qui nous semble bien fatigué, double à peine voilé de son metteur en scène. Le film naît à une époque où les mouvements féministes redessinent les rapports entre les sexes. Le sexagénaire Fellini tente à sa manière d’en capter les secousses, non sans maladresse. Lorsque le film commence, Snàporaz (Mastroianni) somnole dans un compartiment de train lorsqu’une femme assise en face de lui (Bernice Stegers) attire son attention. Une bouteille d’eau manque de se renverser, les regards se croisent et le désir s’éveille. Après une tentative de séduction presque animale dans les toilettes du train, la femme descend en rase campagne et s’aventure dans les bois. Attiré – magnétisé même – par sa présence, Snàporaz la suit, la perd de vue et se retrouve dans un grand hôtel envahi par des femmes. Là se tient une bien étrange conférence féministe qui prend des proportions incontrôlables. Le spectateur comprend vite que cette odyssée n’obéira pas à la logique du réel. Comme souvent chez Fellini, la narration se dilue dans la rêverie. La Cité des femmes est en effet un collage de visions, une suite de saynètes reliées par un fil onirique plutôt que par une trame cohérente.

De scène en scène, le film entraîne Snàporaz dans une succession de tableaux surréalistes. À chacune de ces étapes, notre héros hagard et passif se heurte à des figures féminines extrêmes : militantes exaltées, séductrices fatales, amantes fantasmées, mères menaçantes. Fellini filme l’univers féminin comme un labyrinthe symbolique où se mêlent l’envie, la peur et la fascination. Le propos du film nous semble quelque peu insaisissable dans la mesure où, sous prétexte de dénoncer la toxicité masculine et de prôner l’émancipation féminine, le cinéaste enchaîne les portraits de femmes hystériques, délirantes, nymphomanes, fanatiques, droguées. « Monstres, vous êtes toutes des monstres ! » finit même par leur crier Snàporaz. Au centre du récit, la rencontre avec Katzone (Ettore Manni), archétype du mâle alpha, condense toute l’ironie fellinienne. Ce Don Juan obsolète, collectionneur d’armes et de conquêtes, représente la virilité agonisante, prisonnière de son propre mythe.

Féministe ou misogyne ?

Fort heureusement, Fellini n’a rien perdu de son exubérance visuelle. Les décors se parent de lumières oniriques, de costumes extravagants et de compositions presque théâtrales. Le cinéaste retrouve ainsi son goût du cirque, de la parade et du rêve éveillé, notamment dans cette séquence de dégringolade le long d’une sorte de grand huit lumineux qui se mue en réservoir à flash-backs. Snàporaz y rencontre une infinité de figures féminines, parmi lesquelles sa propre épouse Elena (Anna Prucnal), mais aussi plusieurs femmes ayant marqué sa jeunesse et sa vie. Mais cette surenchère formelle finit par se retourner contre le film et par étouffer l’émotion. Là où harmonisait l’introspection et le fantasme, La Cité des femmes se perd dans sa propre profusion. Pourtant, derrière ce trop-plein d’idées confuses affleure une profonde fragilité. La Cité des femmes ne parle pas tant des femmes que de la désorientation d’un homme vieilli, confronté à la fin d’un ordre ancien. Fellini filme l’ébranlement du patriarcat comme un cauchemar burlesque, au cours duquel son héros quinquagénaire ne comprend plus les règles du jeu, persistant à chercher le sens de sa propre libido dans un monde où il n’a plus de place. Sous le tumulte, le film s’appréhende alors comme le portrait d’un artiste en crise, tentant d’interpréter une époque qui lui échappe avec les outils d’un passé révolu.

 

© Gilles Penso

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LES HOMMES D’UNE AUTRE PLANÈTE (1976)

L’un des nanars les plus invraisemblables du cinéma asiatique met en scène des Martiens très méchants, une statue géante et un super-robot…

HUO XING REN

 

1976 –TAIWAN / THAILANDE / JAPON

 

Réalisé par Hung-Min Chen

 

Avec Chiang-Lung Wen, Bao-Yu Wang, Hsiao-Hsuan Lu, Mien Fang, Yeh Fang, Han Chang, Wei-Hsin Chang, Tien-Cheng Chen, Ai-wen Chou, Tse-Ching Huang

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

En 1974, le réalisateur thaïlandais Sompote Sands (Crocodile) collabore avec le studio japonais d’Eiji Tsuburaya (créateur des effets spéciaux de la saga Godzilla originale) pour donner naissance à deux curiosités du cinéma bis asiatique : Hanuman pob Jed Yodmanud (baptisé sur le marché international The 6 Ultra Brothers vs. the Monster Army) et Yak Wat Jaeng phob Jambo A (alias Jumborg A & Giant). Dans le premier, le super-héros Ultraman s’allie au dieu-singe Hanuman pour affronter une armée de monstres recyclés des séries produites par Tsuburaya. Mais Yak Wat Jaeng phob Jambo A est un cas encore plus particulier. Dans ce film sans queue ni tête, le cyborg japonais géant Jumborg Ace (échappé de la série japonaise qui porte son nom) affronte la statue colossale Yak Wat Jaeng. Sorti en mars 1974, le film disparaît bientôt des radars, jusqu’à ce qu’une compagnie de production taïwanaise en récupère les droits et le remonte entièrement sous un nouveau titre : Huo Xing Ren, connu aussi sous le titre de Mars Men, et rebaptisé Les Hommes d’une autre planète pour sa distribution en France. Cette nouvelle version, celle que tout le monde connaît désormais, est réalisée par Chan Hung-Man. Celui-ci ajoute toute une série de nouvelles scènes dialoguées, avec un casting intégralement taïwanais, pour un résultat délirant qui défie l’entendement.

La première moitié des Hommes d’une autre planète s’intéresse à un jeune garçon qui, en voulant récupérer une balle égarée pendant une partie de base-ball, se retrouve dans un temple antique et aperçoit dans un souterrain une pierre émettant une lumière aveuglante qui lui fait perdre connaissance. Lorsqu’il revient à lui, il découvre une statuette vieille de 3000 ans représentant Yak Wat Jang, le « Gardien du Temple ». Pendant ce temps, son grand-père découvre à la télévision un message pirate diffusé par de vils extra-terrestres qui ont décidé d’envahir la Terre. Pour convaincre la population de la véracité de cette menace, le roi des Martiens (avec son masque figé et sa grande perruque rousse) s’agite aux côtés de son premier ministre (engoncé dans une combinaison digne d’un épisode de Spectreman). Leur objectif est de récupérer la « Pierre Solaire » qui est censée leur permettre d’activer une arme terrifiante depuis la base qu’ils ont installée sur la Lune. Or cette pierre est justement celle que l’enfant a vue sous terre. Soudain, la statuette émet un rayon radioactif qui contamine le garçon et son grand-père, lesquels partent à l’hôpital et disparaissent dès lors complètement du film. Car la seconde moitié délaisse quasi-totalement les personnages humains pour se concentrer sur les grosses bébêtes.

Des aliens, des dinosaures et Pink Floyd

A partir de là, Les Hommes venus d’une autre planète effectue un travail de recyclage complet des rushes de Jumborg A & Giant sous forme d’un gigantesque combat de catch aux allures de best-of des meilleurs combats de la série X-Or. La statue géante affronte d’abord un robot américain (le fameux Jumborg A) en croyant qu’il s’agit d’une menace, les deux créatures ajoutant au ridicule de leur morphologie et de leurs armes respectives (rouleau de papier extensible contre rayons en dessins animés) des dialogues absurdes. Puis, comprenant leur méprise, les deux héros titanesques s’en prennent au roi des Martiens (toujours prompt à secouer sa tignasse comme un chanteur de hard rock sous acide) et à son premier ministre (qui n’est visiblement là que pour sautiller et se plaindre). Pour mettre toutes les chances de son côté, le méchant alien sollicite alors deux alliés inattendus : des gros dinosaures en caoutchouc qui crachent de la fumée avec autant de grâce que des bibendums Michelin en état d’ébriété avancée. Ajoutez à ce cocktail des soucoupes volantes, des rayons lumineux psychédéliques, une arme redoutable à base de poils enveloppants, des héros humains en tenue d’aluminium et une bande originale empruntée un peu partout (y compris chez les Pink Floyd !) et vous obtenez un objet filmique unique en son genre, que tout amateur de folies sur pellicule se doit de découvrir et de conserver précieusement.

 

© Gilles Penso

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NEW YEAR’S EVIL (1980)

L’animatrice d’un show télévisé à succès reçoit en direct une menace téléphonique : un tueur a décidé d’ensanglanter le réveillon du nouvel an…

NEW YEAR’S EVIL

 

1980 – USA

 

Réalisé par Emmett Alston

 

Avec Roz Kelly, Kip Niven, Chris Wallace, Grant Cramer, Louisa Moritz, Jed Mills, Taafe O’Connell, Jon Greene, Teri Copley, Anita Crane, Jennie Franks

 

THEMA TUEURS

Les films d’horreur faisant bon ménage avec les dates commémoratives (Halloween, Noël, la Saint-Valentin, les anniversaires, les bals de fin d’année, les vendredi 13), pourquoi ne pas s’attaquer à la nuit de la Saint Sylvestre ? Tel est le raisonnement de Menahem Golan et Yoram Globus, les légendaires patrons de la compagnie Cannon Group, lorsqu’ils initient New Year’s Evil, un titre intraduisible en français qui joue avec les expressions « New Year’s Eve » (la veille du nouvel an) et « Evil » (le Mal). Christopher Pearce, qui en chapeaute la production, confie les rênes du projet à Emmett Alston, un réalisateur de séries B à la carrière discrète dont la filmographie oscille entre les comédies (Three-Way Weekend), les films d’action (American Ninja, Tigershark, Force of the Ninja, Little Ninjas) et la science-fiction (Transmutation). Tourné en pleine grève des acteurs, New Year’s Evil doit se rabattre sur des « seconds couteaux » pour occuper le haut de l’affiche. Le rôle principal est ainsi confié à Roz Kelly, que les fans de séries TV connaissent bien grâce au personnage récurrent qu’elle incarne dans Happy Days (l’une des petites amies de Fonzie). Le tueur, lui, prend le visage de Kip Niven, qui passe ainsi au premier plan après être apparu dans des films comme Magnum Force, 747 en péril ou Tremblement de terre. Malins, les producteurs se débrouillent pour que le film sorte douze jours à peine avant le réveillon du nouvel an de 1980.

Le passage à la nouvelle année approche à grands pas et la star de la télé Diane Sullivan (Roz Kelly, donc) organise une fête avec un compte à rebours jusqu’au petit matin. Cette émission en direct prend la forme d’un concert survolté tandis que les standardistes prennent les appels des téléspectateurs invités à voter pour le tube de l’année. Tout se passe bien jusqu’au moment où Diane reçoit à l’antenne le coup de téléphone d’un inconnu à la voix étrange qui lui annonce que, lorsque le Nouvel An sonnera dans chaque fuseau horaire, une « vilaine fille » sera assassinée, jusqu’à ce que Diane elle-même finisse entre ses griffes. L’équipe du studio décide aussitôt de renforcer la sécurité, mais à l’autre bout des États-Unis, une infirmière est retrouvée sauvagement assassinée, preuve que ces menaces ne sont pas à prendre à la légère. Tandis que le lieutenant Ed Clayton (Chris Wallace), de la police de Los Angeles, mène mollement l’enquête, le meurtrier (Kip Niven) poursuit tranquillement ses méfaits sanglants…

Réveillon sanglant

La crédibilité de New Year’s Evil est sérieusement entachée par son approche globalement caricaturale. Le groupe qui égaie le show télévisé s’affuble d’un look improbable à mi-chemin entre le rock, le punk et la new wave, tandis que le public qui s’agite dans la fosse de manière désarticulée semble sous l’emprise d’un cocktail de drogues hallucinogènes. Certains personnages secondaires évacuent eux aussi toute demi-mesure, comme les filles faciles qui tombent entre les bras du tueur ou ce psychologue exagérément pédant dépêché pour aider la police. L’une des originalités du film tient au fait que le visage du tueur nous est révélé dès le début. Le mystère n’est donc pas lié à son identité mais à ses motivations. Par la force des choses, c’est presque lui qui s’impose comme le véritable protagoniste du récit. D’autant que le scénario multiplie les obstacles sur sa route – des hell’s angels agressifs, les policiers sur le point de l’intercepter, la « bonne copine » encombrante – au point que le spectateur en vient paradoxalement à s’identifier à lui, voire à devenir son complice involontaire. Dommage que le comportement de cet assassin adepte des déguisements (médecin, prêtre, flic) soit souvent incompréhensible. Mais si l’on parvient à passer outre les nombreuses incohérences et énormités du script, on se laisse prendre au jeu de ce slasher atypique qui ose quelques idées de mise en scène audacieuses (les coups de couteau successifs montés parallèlement avec les gros plans des fêtards qui soufflent dans des trompettes) et se fend d’une poignée de clins d’œil cinéphiliques comme La Dame rouge tua sept fois projeté dans un drive-in ou l’effet de déformation de la voix emprunté à Phantom of the Paradise.

 

© Gilles Penso

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LE GLADIATEUR DU FUTUR (1983)

Dans le New York irradié du futur, le participant d’un jeu télévisé extrêmement dangereux accepte d’apporter son aide à des mutants traqués…

ENDGAME – BRONX LOTTA FINALE

 

1983 – ITALIE

 

Réalisé par Joe d’Amato

 

Avec Al Cliver, Laura Gemser, George Eastman, Dino Conti, Hal Yamanouchi, Gabriele Tinti, Mario Pedone, Gordon Mitchell, Nello Pazzafini, Christopher Walsh

 

THEMA FUTUR I MUTANTS

Ah, Joe d’Amato ! Son seul nom suffit à élargir le sourire de tous les amateurs de cinéma bis italien, encore sous le charme de ses exactions dans le domaine de l’horreur excessive (Blue Holocaust, Anthropophagous, Horrible), de l’érotisme déviant (Emanuelle et les derniers cannibales, La Nuit fantastique des morts-vivants) ou de l’heroic-fantasy bas de gamme (Ator et sa suite). Un tel homme ne pouvait décemment pas passer à côté de la vogue des films post-apocalyptiques motivés par les succès de New York 1997 et Mad Max 2. À cette occasion, il troque son pseudonyme habituel (son vrai nom est Aristide Massaccesi) contre des alias lui donnant les allures d’un réalisateur américain, et se lance coup sur coup dans 2020 Texas Gladiator (en étant crédité comme « Kevin Mancuso ») et Le Gladiateur du futur (en tant que « Steven Benson »). Ces deux films sont tournés dans la foulée et partagent même plusieurs acteurs, artistes et techniciens. C’est ainsi que Al Cliver (alias Pierluigi Conti), acteur pour Lucio Fulci dans L’Enfer des zombies et L’Au-delà, revient prêter son regard ténébreux et sa silhouette sportive au Gladiateur du futur après avoir été le héros de 2020 Texas Gladiator. Et une fois de plus, le scénario est co-écrit par Aldo Florio, auteur de plusieurs westerns spaghetti.

Nous sommes en l’an 2025, et un holocauste nucléaire (qui irradie de toute son incandescente photogénie le générique de début) a transformé New York en tas de ruines. La cité est désormais habitée par des bandes de charognards difformes qui se partagent les cadavres avec les rats, et sécurisée d’une main ferme par des troupes d’élites au service d’un gouvernement dictatorial. Pour maintenir la paix parmi les rares survivants, il existe une émission de téléréalité dans laquelle les candidats sont pris en chasse par des tueurs sans pitié. S’ils s’en sortent vivants, ils remportent une importante somme d’argent et peuvent rejouer. La star du jeu est Ron Shannon (Al Cliver), qui se lance dans une nouvelle partie avec une fois de plus trois assassins féroces lancés sur ses traces. Alors qu’il est poursuivi de toutes parts, une jeune femme le contacte et lui demande son aide. Il s’agit de Lilith (Laura Gemser), une mutante télépathe qui, comme tous ses semblables, est traquée par les élites au pouvoir de la ville, désireuses de tous les éliminer dans la mesure où ils sont jugés dangereux. Contre une quantité importante de lingots d’or, Lilith propose à Shannon de monter une équipe pour l’escorter avec un groupe de mutants à l’extérieur de la ville…

Running Mad Max

À la lecture de ce résumé, on constate que le point de départ évoque beaucoup Le Prix du danger (sorti la même année que Le Gladiateur du futur) et annonce Running Man. D’ailleurs, l’intrigue se situe en 2025, comme dans le roman de Stephen King. Cela dit, cette idée de jeux cruels où le candidat joue sa vie n’est pas neuve et alimentait déjà des œuvres aussi diverses que La Dixième victime ou Punishment Park. Et si Joe d’Amato se soucie visiblement plus de ses séquences d’action que d’une quelconque satire sociale, on apprécie tout de même ce trait d’humour récurrent au cours duquel le présentateur TV glisse des messages publicitaires vantant les mérites d’une boisson énergétique. Certes, le trait est forcé et l’uniforme des policiers arborant un casque allemand frappé du logo SS (pour « Security Service ») ne fait pas dans la dentelle, mais on ne visionne pas un film comme Le Gladiateur du futur pour la finesse de son analyse des travers humains. Le scénario bifurque à mi-parcours pour abandonner le jeu télévisé au profit d’une sorte de relecture des Sept mercenaires truffée de morceaux de bravoure insensés, comme un combat contre des moines aveugles belliqueux ou l’attaque de motards dégénérés (dont la plupart sont des mutants empruntant leurs traits aux singes, aux reptiles ou aux poissons). Certes, les moyens sont limités et les décors minimalistes (ruines, terrains vagues, campagnes désertes, usines désaffectées), mais D’Amato en tire parti habilement, dans une ambiance de western sans doute mise en avant par son co-scenariste, et orchestre une série de combats fort bien menés. Voici en tout cas l’une des imitations les plus distrayantes et les plus décomplexées de Mad Max 2 et New York 1997, à une époque où la production de tels films était un véritable sport national en Italie.

 

© Gilles Penso

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BIKINI FRANKENSTEIN (2010)

Renvoyé de l’université où il enseignait, le docteur Frankenstein veut prouver la viabilité de ses théories en ressuscitant une sculpturale playmate…

BIKINI FRANKENSTEIN

 

2010 – USA

 

Réalisé par Fred Olen Ray

 

Avec Jayden Cole, Frankie Cullen, Brandin Rackley, Christine Nguyen, Billy Chappell, Ted Newsom, Ron Ford, Alexis Texas

 

THEMA FRANKENSTEIN

Bikini Frankenstein est un film qui présente le mérite d’annoncer d’emblée la couleur grâce à son titre sans équivoque. Nous sommes ici en présence d’une comédie érotico-fantastique ne devant à Mary Shelley qu’un prétexte pour déshabiller son casting féminin et enchaîner les gags en-dessous de la ceinture. Après avoir écumé l’horreur et la science-fiction fauchées dans les années 80 (Scalps, Hollywood Chainsaw Hookers, Evil Toons), Fred Olen Ray comprend très tôt que le marché évolue. Les chaînes câblées et la vidéo réclament des films courts, peu chers et suffisamment suggestifs pour capter l’attention sans franchir la ligne de la pornographie. Le « bikini movie » devient alors une réponse idéale. Héritier lointain des « beach movies » innocents des sixties, ce sous-genre mutera sous sa caméra en un produit parfaitement formaté : des comédies légères, de l’érotisme soft et une efficacité industrielle. Des titres comme Bikini Summer, Bikini Beach Race, Bikini Squad ou Bikini Airways illustrent parfaitement cette formule à base de budgets minuscules, de tournages express et de castings composés de mannequins et de playmates. Bikini Frankenstein respecte strictement la même recette, et comme pour les autres films de cette collection produite à la chaîne, Ray utilise le pseudonyme de Nicolas Medina, nom du personnage qu’interprète Vincent Price dans La Chambre des tortures.

En tout début de métrage, le docteur Victor Frankenstein (Frankie Cullen) est surpris en train de coucher en pleine classe avec Debbie (Alexis Texas) une de ses étudiantes peu farouches. Or celle-ci n’est autre que la fille du recteur (Ted Newsom). Immédiatement renvoyé de l’établissement, Frankenstein retourne dans sa Transylvanie natale et y poursuit ses expériences. Entre deux parties de jambes en l’air avec son avenante assistante Ingrid (Brandin Rackley), il essaie de ramener à la vie un corps fraîchement subtilisé à la morgue, celui d’une belle inconnue qu’il a baptisée Eve. Alors qu’il pense avoir échoué, après maintes autres tentatives infructueuses, la créature se réveille, pleine d’une libido ardente qui ne demande qu’à être assouvie. La première à tomber dans son étreinte torride est Ingrid. Car Eve est manifestement très attirée par les représentantes du sexe féminin, et tout particulièrement l’assistante de Frankenstein. Lorsque Victor s’apprête à retourner en Amérique pour présenter sa découverte à ses éminents collègues, les choses ne tardent pas à dégénérer.

Une créature de rêve ?

Les scènes érotiques sont intégrées de manière souvent très artificielle à cette intrigue qui, du reste, aurait bien du mal à tenir la route par elle-même. L’amateur y trouvera son comptant de sensations, tant Fred Olen Ray expose les chairs avec générosité, même si les nombreuses galipettes du film restent dans le domaine de l’érotisme soft. Le film existe d’ailleurs dans deux versions : le montage complet original de 81 minutes, et une variante beaucoup plus sage qui ne dure que trois quarts d’heure. Les acteurs jouent comme des savates, mais ce n’est pas bien grave, dans la mesure où personne – ni l’équipe du film ni les spectateurs – ne prend cette histoire au sérieux. Nous avons donc droit à un docteur de Frankenstein de pacotille qui ressemble à Thierry Lhermitte dans Le Père Noël est une ordure, à des scientifiques faussement sérieux engoncés dans des costumes de location, à une assistante délurée au faux accent tyrolien ou encore à une créature muette comme une carpe qui, du haut de son mètre 75, domine le reste du casting avec son impressionnante silhouette. On note aussi la présence de Christine Nguyen, habituée à ce genre de gauloiseries (Bikini Girls From the Lost Planet, Tarzeena, Bikini Jones and the Temple of Eros et plus d’une centaine d’autres titres de cet acabit). Ce Bikini Frankenstein fauché et simpliste parviendra à dérider sans prétention ceux qui accepteront de se prendre au jeu sans placer leurs attentes trop haut.

 

© Gilles Penso

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VENGEANCE OF THE DEAD (2001)

Un jeune homme rend visite à son grand-père à la campagne et se retrouve hanté par des rêves perturbants qui altèrent son comportement…

SLEEPWALKER / VENGEANCE OF THE DEAD

 

2001 – USA

 

Réalisé par Don Adams et Harry James Picardi

 

Avec Michael Galvin, Mark Vollmers, Susan Karsnick, Andrea Washburn, Bob Wilson, Dan Kelly, Dick Furniss, Ashley Bodart, June Gracious, Wil Brochtrup

 

THEMA FANTÔMES I SAGA CHARLES BAND

Si Vengeance of the Dead semble tant éloigné du style et de l’esthétique des films de la compagnie Full Moon, c’est parce qu’il fut commencé de manière totalement indépendante, avant que Charles Band n’en acquière les droits et n’en finance la post-production. Le long-métrage est donc tourné dans le Wisconsin, avec des moyens très modestes, par deux réalisateurs passionnés : Don Adams et Harry James Picardi. « Harry James et moi avons grandi et avons commencé à faire des films juste après cette formidable époque des vidéoclubs où l’on pouvait sortir n’importe quoi et le voir dans les rayons des magasins », raconte Don Adams. « C’est comme ça qu’on a eu droit à des films comme Abomination. Et le plus fou, c’est que les gens les louaient et les regardaient jusqu’au bout. » (1) Commencé à la fin des années 90 et achevé dix-huit mois plus tard, le film d’Adams et Picardi est initialement titré Sleepwalker. Mais en l’intégrant dans son catalogue, Charles Band veut un titre plus accrocheur et un poster choc, ce qui n’est pas forcément du goût des duettistes. « J’ai toujours pensé que Sleepwalker était un meilleur titre pour un film sur un gars qui fait du somnambulisme », avoue Adams. « Et le visuel qu’ils ont choisi était affreux. Sleepwalker a fini par devenir Vengeance of the Dead, un peu de la même façon que le vin tourne au vinaigre si on le laisse traîner trop longtemps. » (2) Malgré ce relifting discutable, le film aura au moins eu droit à une distribution plus importante que s’il était resté entre les mains de ses deux auteurs.

Michael Galvin incarne Eric, un jeune homme venu rendre visite à son grand-père (Mark Vollmers) qui vit modestement dans la petite ville de Harvest. Décédée il y a peu, la grand-mère d’Eric avait préparé un cadeau à son attention : une maquette de navette spatiale radiocommandée. Passionné d’espace, notre héros est aux anges et commence à s’amuser comme un gamin avec l’engin, jusqu’à ce qu’il atterrisse dans les décombres d’une maison démolie. En récupérant le jouet, Eric découvre une vieille cuiller qui date des années trente et qui exerce chez lui une étrange fascination. Il la ramène donc chez son grand-père, la nettoie minutieusement et la conserve dans un tiroir. Dès lors, ses nuits sont hantées par des rêves troublants. Il aperçoit d’abord une fillette qui fait de la balançoire en riant. Or ces visions perdurent en plein jour. Plus tard, il revoit cette même présence, mais à l’âge adulte. Ce fantôme venu du passé va commencer à influencer son comportement. Car le voilà soudain pris de crises de somnambulisme aux conséquences destructrices…

Le somnambule

Le semi-amateurisme de l’entreprise saute immédiatement aux yeux – et aux oreilles : une photographie réalisée avec la lumière disponible, une texture d’image granuleuse, une prise de son approximative, une bande-son bricolée avec des nappes synthétiques et des morceaux de blues ou de country, des acteurs au jeu très minimaliste. Mais ces limitations finissent bizarrement par jouer en faveur de Vengeance of the Dead, le dotant d’une atmosphère troublante et d’une sorte d’authenticité indéfinissable. Avec cette patine et cette mise en forme, le film semble d’ailleurs plus appartenir aux années 80 qu’au 21ème siècle. D’autant que les technologies mises en scène (télévision cathodique, téléphone filaire) collent à ce sentiment atemporel. Les choix de mise en scène de Don Adams et Harry James Picardi savent surprendre, comme en témoigne par exemple l’emploi d’une caméra subjective achrome qui tourne autour de la maison ou du protagoniste, évoquant une entité mystérieuse qui observe et influe sur le cours des événements. Mais ce sont les audaces scénaristiques qui frappent le plus. La scène où Eric, dans un état second, déterre le cadavre d’un suicidé pour l’immoler a quelque chose de très perturbant. Tout comme cette séquence du vieil homme libidineux qui se cache pour espionner une adolescente dans sa salle de bains. De fait, malgré ses maladresses et son rythme un peu languissant, cet exercice de style se révèle très prometteur. Adams et Picardi enchaîneront avec Jigsaw, toujours pour Charles Band.

 

(1) et (2) Propos extraits du livre It Came From the Video Aisle ! (2017)

 

© Gilles Penso

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ROBOT GIRLFRIEND : REVENGE (2025)

Dans ce film de science-fiction ultra-minimaliste, un homme analyse le comportement de sa nouvelle compagne, une jeune femme 100% artificielle…

ROBOT GIRLFRIEND : REVENGE

 

2025 – USA

 

Réalisé par Jamie Grefe

 

Avec Sofia Papuashvili, Jamie Grefe

 

THEMA ROBOTS

Stakhanoviste du cinéma de série B, Jamie Grefe est un cas très particulier, enchaînant les tournages avec une boulimie peu commune. Au cours de l’année 2025, il aura réalisé une bonne quarantaine de longs-métrages ! Qui dit mieux ? Des thrillers, de la science-fiction, de l’horreur, bref une infinité de productions minimalistes et souvent expérimentales, bricolées avec des budgets microscopiques, dans lesquels le réalisateur joue la plupart du temps les rôles principaux et que personne ou presque n’a vus tant leur circuit de distribution est précaire, pour ne pas dire inexistant. Certains finissent tout de même par atterrir sur les plateformes de streaming et de VOD, comme par exemple Torment of the Witch (une histoire de sorcellerie), The Centipede Strangler (un slasher glauque), Blood Rush (un thriller avec un masque hanté) ou Paranormal Body Stream (un space opera horrifique). C’est aussi le cas de Robot Girlfriend : Revenge, entièrement tourné avec un iPad Pro, dans un décor unique et avec deux acteurs seulement : Grefe lui-même (qui tient la caméra et dont on entend seulement la voix, selon les codes éprouvés du « found footage ») et Sofia Papuashvili, qui assure le rôle de la jolie androïde et qui n’en est pas à son coup d’essai avec le réalisateur.

En entrant dans la peau d’un spécialiste de la robotique prénommé Bryan, Jamie Grefe filme en caméra subjective le comportement et les progrès de sa compagne Nao, une jeune femme artificielle dont il a assuré la programmation et qui se recharge dans le placard à balais. Admiratif, il observe sa capacité à comprendre des instructions simples, à faire le ménage, à converser, à se brosser les cheveux, bref s’émerveille d’un rien. Nao – alias le « modèle 742 » – réagit donc plutôt bien à tous les stimuli mais semble étrangement fascinée par les couteaux rangés dans la cuisine, qu’elle ne peut s’empêcher de manipuler. Sans doute y’a-t-il quelques petites choses à revoir dans sa programmation. Pour le reste, Nao remplit toutes ses fonctions avec beaucoup de talent, y compris celle d’amante. Sur ce point, il nous faudra cependant faire fonctionner notre imagination, puisque Bryan coupe logiquement son iPad dans la chambre à coucher.

La parfaite petite-amie ?

Le sujet est intéressant et le jusqu’au-boutisme du dispositif de mise en scène parvient assez tôt à intriguer les spectateurs. Certes, cette vision incroyablement machiste de ce qu’est censée être une parfaite petite-amie (mi-ménagère mi-poupée gonflable), nous laisse très perplexes, mais on imagine que le scénario va puiser dans ces clichés pour rebondir. Il n’en est rien, hélas, et Robot Girlfriend : Revenge prend rapidement la tournure du film le plus ennuyeux de tous les temps. Voir une actrice faire le ménage ou se coiffer en temps réel n’a en effet rien de très palpitant, c’est le moins qu’on puisse dire. Ce manque absolu de péripéties finit par produire un effet presque hypnotique, comme ces vidéos ASMR dont la vacuité peut au choix fasciner ou affliger. Par ailleurs, le film ne parvient pas à conserver la radicalité de son principe de caméra subjective jusqu’au bout, puisque certaines scènes qui montrent les agissements bizarres de Nao ne sont pas vues – et donc pas filmées – par le protagoniste, tout en conservant pourtant leur caractère de caméra portée accidentée. Allez comprendre. Une fois que la chute – très prévisible – survient et que le réalisateur n’a plus rien à raconter, il continue à jouer les prolongations pendant près de dix interminables minutes, jusqu’à un petit twist final en forme de coup de coude complice aux spectateurs qui achève de renforcer cette sensation de fumisterie généralisée. À ce rythme-là, on comprend mieux comment Jamie Grefe parvient à tourner des dizaines de longs-métrages chaque année.

 

© Gilles Penso

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L’INCROYABLE GÉNIE (1999)

Un gamin solitaire hérite accidentellement d’une lampe magique abritant un génie sympathique mais très maladroit…

THE INCREDIBLE GENIE

 

1999 – USA

 

Réalisé par Alexander Cassini

 

Avec Matt Koruba, Stacie Randall, Biff Manard, George Miserlis, Amanda Fuller, Dean Scofield, Tom Fahn, Justin Brown, Eugen Cristea, Vasile Filipescu

 

THEMA MILLE ET UNE NUITS I MOMIES I SAGA CHARLES BAND

C’est en 1994 que le projet d’un film familial déclinant le motif de la lampe magique commence à se dessiner au sein de la compagnie Full Moon, sous un premier titre réduit à sa plus simple expression : Génie. Il ne sera tourné finalement qu’en 1997 pour le label Moonbeam et ne sera distribué en vidéo que deux ans plus tard. Car les productions de Charles Band, souvent bricolées avec les moyens du bord et conçues de manière fort précaire, sont rarement de « longs fleuves tranquilles ». Le concept de L’Incroyable Génie fait beaucoup penser au Aladdin de Sergio Corbucci, avec Bud Spencer dans le rôle de la sympathique créature enturbannée pourvoyeuse de vœux. La réalisation en est confiée à un nouveau venu dans l’écurie Charles Band, Alexander Cassini, dont la seule mise en scène jusqu’alors était le slasher Star Time, et dont la modeste carrière allait ensuite se poursuivre sur les petits écrans. Sans surprise, le style visuel du film se conforme à celui de la grande majorité des films Moonbeam, cumulant bon nombre de récurrences avec lesquelles les amateurs sont désormais habitués : le tournage se déroule en Roumanie, les seconds rôles sont assurés par des acteurs locaux doublés en anglais et un château médiéval sert de décor à plusieurs séquences.

L’intrigue démarre comme l’imitation bon marché d’un Indiana Jones. L’explorateur Peter Dopler (George Miserlis) et son guide Ali (Eugen Cristea) s’aventurent sur un site égyptien antique. Alors qu’une paroi s’effondre accidentellement, les voilà en présence d’une chambre secrète. Parmi les vestiges qu’ils découvrent (grâce à des « lunettes détectrices d’aura ») se trouve une vieille lampe. Aussitôt, une momie improbable surgit et attaque notre archéologue qui réussit à s’en défaire en agrippant ses bandages. Après avoir tourbillonné comme un personnage de dessin animé, la créature est réduite à l’état de squelette (via une animation en image de synthèse particulièrement grotesque). Voilà pour le prologue. Changement de décor : place à Simon Alexander (Matt Koruba), un adolescent de 13 ans amoureux de sa camarade Emily (Amanda Fuller). Quand elle marche, il la voit au ralenti avec ses cheveux qui volent. Mais si Simon est un enfant précoce et intelligent, il n’a pas vraiment d’amis. Même lorsqu’il achète un énorme pot de glace à la cantine de l’école pour en offrir à tout le monde, sa cote de popularité reste au plus bas. Pour son anniversaire, sa mère invite chez eux un magicien. Or ce dernier est l’archéologue de la séquence d’introduction, qui arrondit manifestement ses fins de mois avec des tours de passe-passe. Sauf que Simon comprend tous ses tours et les explique scientifiquement, au grand dam du prestidigitateur qui repart, vexé, en oubliant derrière lui la lampe qu’il a découverte en Égypte. Voilà comment Simon en hérite. Bien sûr, lorsqu’il la frotte, un génie vieux de 4000 ans (Tom Fahn) en sort. Petit problème : ses talents pour exaucer les vœux ont sérieusement besoin d’être perfectionnés…

L’attaque de l’homme-serpent

Le scénario, écrit visiblement à la va-vite par Michael Davis et Jamie McLaughlin, exploite fort mal ce potentiel pourtant prometteur. Car l’humour de L’Incroyable Génie est pataud, les gags lourdauds, les scènes de confrontation de la créature antique avec le monde moderne guère inspirées. Le film regorge pourtant d’idées insolites, pour ne pas dire bizarres : la mère de Simon qui s’habille comme dans les années 60, un laboratoire où se pratiquent des expériences très inquiétantes sur des cobayes humains, la matérialisation dans le salon du jeune héros de tous les personnages que le génie a vus à la télé (gangsters, boxeurs, danseurs, policiers, professeurs d’aérobic), la maison elle-même qui se transforme en château du moyen-âge… Les effets visuels, eux, font ce qu’ils peuvent avec le maigre budget alloué, malgré quelques tentatives intéressantes d’exploiter l’élasticité corporelle du génie pour le montrer se contorsionner façon The Mask. Quant au final, il bascule presque dans l’épouvante, puisque le grand méchant du film, un savant fou (Biff Manard), se transforme soudain en homme-serpent digne de Dreamscape, via une combinaison d’images de synthèse et de prothèses créées par Gabe Bartalos, le temps d’un climax surprenant, pour ne pas dire violent. Car malgré leur uniformisation souvent terne, les productions Moonbeam s’autorisent parfois des « écarts de route » parfaitement inattendus.

 

© Gilles Penso

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