MUTANT WAR (1988)

Cette suite de Battle For the Lost Planet confronte ses héros à une faune de créatures post-apocalyptiques aux morphologies fantaisistes…

MUTANT WAR

 

1988 – USA

 

Réalisé par Brett Piper

 

Avec Matt Mitler, Kristine Waterman, Cameron Mitchell, Deborah Quayle, Jennifer Cates, Mark Deshaies, William Martin, Alex Pirnie, Steve McCreary III, Steve Bulyga

 

THEMA SPACE OPERA

Suite directe de Battle for the Lost Planet, Mutant War peut cependant s’apprécier indépendamment dans la mesure où la situation est clairement posée dès les premières minutes du film : nous sommes dans un monde post-apocalyptique où les cités sont dévastées et où le héros solitaire Harry Trent (Matt Mitler) promène sa silhouette avec lassitude. « Alors que Battle for the Lost Planet n’était même pas encore sorti, la personne qui l’avait acheté me réclamait déjà un autre film », raconte Brett Piper. « Il refusait toutes les idées que je lui proposais, et j’ai bientôt compris qu’il souhaitait une séquelle. Je l’ai donc réalisée sous le titre de Mutant War. C’étaient des histoires très stéréotypées, des clichés de séries B. Mais nous avons eu la chance d’avoir Cameron Mitchell pour jouer le savant fou. C’était un habitué des films de Mario Bava, donc j’étais assez fier. » (1) Cela dit, personne n’est dupe. Si Cameron Mitchell accepte ce genre de job, c’est sans passion et pour des raisons purement alimentaires. Le comédien boucle d’ailleurs l’ensemble de ses scènes en deux jours et exige que toutes ses répliques soient inscrites sur des panneaux placés hors champ, afin de pouvoir les lire pendant les prises sans prendre la peine de les apprendre.

Plus généreux que son prédécesseur en créatures en stop-motion, le film fait intervenir dès son prologue un monstre bipède et carnassier dont la silhouette se dresse de manière très photogénique, dans la lueur intermittente d’un orage nocturne qui révèle sa silhouette par bribes. Son affrontement avec Trent tourne court, puisque celui-ci le bombarde avec le canon laser monté sur le toit de sa voiture. Mais l’originalité du design de l’assaillant, la qualité de son animation et le soin apporté à son éclairage forcent l’admiration. Voilà une entrée en matière pour le moins prometteuse, même si le manque de moyens à la disposition de l’homme-orchestre Brett Piper (scénariste, réalisateur, directeur de la photographie, maquilleur, superviseur des effets visuels, animateur) saute aux yeux. Sur son chemin, Trent rencontre ensuite Spider (Kristine Waterman), une jeune femme à la recherche de sa famille. Le temps d’une courte scène, ils sont assaillis dans une station-service abandonnée par un monstre bizarre de la même espèce que celui apparu dans Battle for the Lost Planet.

Goofy attaque !

« Il y avait plusieurs créatures intéressantes en stop-motion dans Mutant War », reconnaît Piper. « L’une d’elles ressemblait un peu au monstre que Jim Danforth avait animé pour un spot publicitaire d’Armor All, les autres étaient des créatures géantes sorties tout droit de mon imagination. L’une d’entre elles était assez ridicule, je dois bien l’avouer ! Nous l’avions surnommée Goofy. Il faut dire que je fabriquais les figurines en deux ou trois jours, pas plus. » (2) C’est dans une cité sinistre hantée par des rescapés difformes que nos héros croisent le chemin de ce fameux Goofy, une créature improbable qu’on croirait échappée du jeu d’échecs de La Guerre des étoiles. Pataud, le monstre avance sur deux pattes de pachyderme et agite sa grosse tête de reptile aux petits yeux noirs et à la gueule garnie de crocs immenses. Les maquettes sont également mises à contribution pour brosser quelques tableaux joliment surréalistes, comme les bâtiments étranges qui surgissent au milieu de la campagne blême (filmée en extérieurs dans le New Hampshire) ou ce vaisseau spatial qui atterrit au beau milieu de l’intrigue pour tenter de la relancer. Tourné en 35 mm, contrairement à son prédécesseur qui employait le format 16 mm, Mutant War aura droit à une discrète exploitation sous des titres variés tels que Galaxy Destroyer 2 ou le très poétique Mutant Men Want Pretty Women !

 

© Gilles Penso

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MOTHRA (1961)

La célèbre chenille/papillon gigantesque, future compagne d’arme de Godzilla, fait ses premiers pas dans ce film très ambitieux…

MOSURA

 

1961 – JAPON

 

Réalisé par Ishiro Honda

 

Avec Frankie Sakaï, Hiroshi Koizumi, Ken Uehara, Kyoko Kagawa, Jerry Ito, Emi Ito, Yumi Ito, Takashi Shimura, Akihiko Hirata

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS I NAINS ET GÉANTS

Le succès des grands films de monstres de la Toho n’est plus à prouver depuis l’entrée en scène fracassante de Godzilla en 1954. Mais Iwao Mori, président de la compagnie japonaise, n’est pas pleinement satisfait : le public féminin lui semble manquer à l’appel. Or les femmes représentent une partie non négligeable des amateurs de cinéma, d’autant qu’elles emmènent souvent d’autres personnes avec elles dans les salles. Partant de ce constat, Mori achète les droits du roman fantastique en trois parties Les fées lumineuses et Mothra, co-écrit par Takehiko Fukunaga, Shin’ichirô Nakamura et Yoshie Hotta, et demande à l’auteur Shin’ichi Sekizawa d’en tirer un scénario. En toute logique, c’est le vétéran Ishiro Honda qui hérite de la mise en scène. « Nous voulions faire quelque chose de nouveau, pour toute la famille, comme un film de Disney ou d’Hollywood », explique le réalisateur à propos de ses ambitions. « Nous voulions qu’il soit plus joyeux et plus agréable que les autres. » (1) Pour y parvenir, la Toho voit les choses en grand et s’embarque dans ce qui sera le long-métrage le plus cher jamais réalisé au Japon. Désireuse d’étendre sa présence sur le marché asiatique, la compagnie Columbia Pictures accepte de distribuer le film aux États-Unis et de contribuer à son financement. Seules conditions de cet accord : le monstre vedette ne doit pas seulement attaquer le Japon. D’où la création de la ville fictive de New Kirk City et de la nation de Rolisica.

Un typhon d’une violence exceptionnelle provoque en début de métrage le naufrage d’un navire. Suite à cet accident, quatre rescapés sont retrouvés sur « Infant Island », connue pour être une zone hautement radioactive. Pourtant ils sont indemnes. Une expédition scientifique menée par le professeur Harada (Ken Uehara) s’organise alors pour aller enquêter sur place. Même s’il n’y est pas autorisé, le reporter Sen-Chan Fukuda (Furankî Sakai) s’invite à bord et finit par se joindre à l’équipe. Dans la jungle de cette île sauvage, les chercheurs découvrent une grotte pleine de champignons géants, les vestiges d’une ancienne civilisation, des lianes carnivores, des indigènes aux mœurs primitives et deux jeunes femmes de 30 centimètres de haut qui communiquent par télépathie (les sœurs Yumi et Emi Itô, chanteuses alors très populaires connues au Japon sous le nom de « Peanuts »). En découvrant ce duo de charmantes lilliputiennes, le cupide Nelson (Jerry Itô), qui finance l’expédition, les kidnappe pour en tirer profit. En désespoir de cause, les indigènes invoquent la divinité Mothra. Et tandis que les minuscules captives deviennent malgré elles des stars du show biz, poussant la chansonnette devant des foules tokyoïtes enthousiastes, un œuf géant éclot sur l’île, libérant Mothra, une chenille de cent mètres de long…

Les ailes du délire

Des séquences particulièrement ambitieuses se succèdent tout au long du film : la chenille géante qui dévaste un paquebot en pleine mer, les avions qui la bombardent au milieu de l’océan, la destruction du barrage, l’attaque et l’effondrement de la Tour de Tokyo… Le spectacle est donc total, soutenu par un impressionnant travail de maquettes supervisé, comme toujours, par Eiji Tsuburaya. Certes, toutes ne sont pas pleinement convaincantes – les tanks et leurs conducteurs aux allures de jouets, les immeubles qui fleurent bon le carton – mais le charme demeure intact. Pour pleinement apprécier Mothra, il faut bien sûr accepter son côté délicieusement « pulp » : ces danses tribales d’indigènes qui ressemblent à des numéros de music-hall, ces chanteuses microscopiques qui minaudent dans leur carrosse doré, cet œuf géant d’où surgit la mignonne chenille titanesque à la bouille arrondie… Sans compter les prestations caricaturales de Jerry Itô, qui fronce des sourcils et ricane pour nous faire comprendre qu’il est très méchant, ou de Furankî Sakai, qui exagère sa bonhommie rondouillarde pour nous faire sourire. Mais pour peu qu’on se prête au jeu, le film dégage une grande poésie et développe une intéressante opposition entre la cupidité humaine (volontiers masculine) et la force de la Nature (associée ici à la féminité). Quant à la métamorphose tant attendue au cours de laquelle la chenille prend sa forme majestueuse de gigantesque papillon multicolore, c’est un des moments les plus mémorable de l’histoire du « kaiju eiga ». Le succès colossal du film poussera la Toho à faire revenir l’insecte protecteur dans Mothra contre Godzilla.

 

(1) Ishiro Honda: A Life in Film, From Godzilla to Kurosawa, de Steve Ryfle et Ed Godziszewski, octobre 2017.

 

© Gilles Penso

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SERIAL MOTHER (1994)

John Waters transforme Kathleen Turner en tueuse psychopathe dans cette satire grinçante de l’American Way of Life…

SERIAL MOM

 

1990 – USA

 

Réalisé par John Waters

 

Avec Kathleen Turner, Sam Waterston, Ricki Lake, Matthew Lillard, Scott Morgan, Walt MacPherson, Justin Whalin, Patricia Dunnock, Lonnie Horsey, Mink Stole

 

THEMA TUEURS

Et si la mère d’une famille américaine modèle était en réalité une tueuse psychopathe ? Tel est le postulat de Serial Mother, neuvième long-métrage d’un cinéaste ayant érigé le mauvais goût et le kitsch au rang d’œuvres d’art. Même si sa filmographie est constellée de films culte (Hairspray, Polyester, Cry Baby), John Waters a souvent avoué avoir un petit penchant pour Serial Mother, peut-être parce que son exploitation à grande échelle lui permit de toucher le public le plus vaste, loin de ses premiers essais ouvertement underground. Nombreuses furent les actrices envisagées pour incarner cette meurtrière propre sur elle – Meryl Streep, Susan Sarandon, Glenn Close, Kathy Bates, Julie Andrews – avant que le rôle ne soit finalement confié à Kathleen Turner. L’ex-star d’À la poursuite du diamant vert fut en effet la seule à accepter le caractère radical et sans concession de son personnage, sans réclamer la moindre atténuation du scénario… et sans exiger non plus un cachet colossal. Car Serial Mother reste un film au budget raisonnable, estimé à environ 13 millions de dollars, tourné non pas à Hollywood mais à Baltimore, dans le Maryland, et dans sa banlieue nord immédiate, Towson.

Les Suthpin sont les membres d’une famille banlieusarde stéréotypée à peu près aussi lisse que celles des sitcoms. Le père Eugene (Sam Waterston) est dentiste, la femme Beverly (Kathleen Turner) femme au foyer, la fille Misty (Ricki Lake) accro aux beaux garçons et le fils Chip (Matthew Lillard) employé dans un vidéoclub. Tout se passe plutôt bien dans cet environnement très balisé où Beverly semble à tout prix vouloir ressembler aux mères de la télévision de la fin des années 1950. Dans cette quête de la perfection, elle ne tolère rien qui aille à l’encontre de sa sensibilité… quitte à occire tranquillement ceux qui la contrarient. Peu à peu, les preuves s’accumulent autour d’elle. Ne serait-elle pas l’auteur des appels téléphoniques obscènes qui harcèlent sa voisine et des meurtres sanglants de plusieurs personnes dans le quartier ? Beverly dédaigne ces accusations, d’un beau rire de gorge de ménagère de spot publicitaire. Mais même les membres de sa famille finissent par la soupçonner d’être une tueuse en série à tendances psychotiques…

Psychopathe Housewife

Pour se moquer des « docu-dramas » qui capitalisent sur les affaires criminelles authentiques, John Waters annonce, dans son générique d’ouverture, que « ce film est basé sur une histoire vraie » et que « le scénario s’appuie sur des témoignages devant les tribunaux, des déclarations sous serment et des centaines d’entretiens menés par les réalisateurs. » C’est totalement faux, bien sûr, mais le cinéaste s’amuse avec les codes du genre en affichant régulièrement à l’écran les jours et les heures. Ici, comme on pouvait s’y attendre, toutes les bonnes vieilles institutions en prennent pour leur grade : la justice, les médias, la police, l’église, l’école, et cette fameuse image rigide de la famille américaine « parfaite » héritée de la vision rétro et caricaturale qu’en dressaient les fifties déclinantes. Et comme chez Tim Burton, les marginaux (notamment le fils qui visionne en boucle Blood Feast, La Meurtrière diabolique et Massacre à la tronçonneuse) se révèlent finalement bien plus équilibrés que les gens « bien comme il faut ». Mais pour que la satire soit plus efficace, sans doute aurait-il fallu mieux définir la caractérisation de cette massacreuse en jupons. Tour à tour névrosée (une mouche ou une paire de chaussures blanches la rendent folle), calculatrice (elle manipule aisément son entourage pour plaider l’innocence), attachée aux valeurs à l’ancienne (l’ordre, l’harmonie, les jolies décorations, l’équilibre familial) et bizarrement ordurière (les fameux coups de fil graveleux), elle nous semble insaisissable et du coup difficile à aimer. Dommage, car l’empathie était le moteur idéal d’une telle comédie, si noire et sanglante fut-elle. Du reste, l’accueil du film fut mitigé en salle, Serial Mother n’ayant acquis ses galons de film culte qu’après coup. On appréciera tout de même la prestation désopilante de Kathleen Turner et la bande originale de Basil Poledouris qui, le temps d’une poignée de séquences, dote le film d’une saveur quasi-hitchcockienne.

 

© Gilles Penso

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DINOSAUR VALLEY GIRLS (1996)

Un acteur hollywoodien obsédé par des visions de la préhistoire se retrouve propulsé dans une vallée peuplée de dinosaures et de tribus sauvages…

DINOSAUR VALLEY GIRLS

 

1996 – USA

 

Réalisé par Donald F. Glut

 

Avec Jeff Rector, William Marshall, Griffin Drew, Harrison Ray, Elizabeth Landau, Carrie Vanston, Shirlee Jean Brown, Tony Clay, Joan Gregory, Yvonne Green

 

THEMA DINOSAURES

Don Glut a été biberonné aux films de monstres, aux comics et à la science-fiction sous toutes ses formes. Entre 1953 et 1969, il réalise une quarantaine de films amateurs qui finissent par attirer l’attention de Forrest J. Ackerman, l’éditeur du célèbre magazine Famous Monsters of Filmland. Celui-ci va l’aider à se faire connaître et à se frotter au monde professionnel. Glut devient ainsi scénariste pour la télévision (sur des séries live ou animées telles que Land of the Lost, L’Araignée, Transformers ou G.I. Joe), écrit une soixantaine d’ouvrages (dont la novélisation officielle de L’Empire contre-attaque tout de même), bref se révèle extrêmement prolifique. Avec Dinosaur Valley Girls, il passe enfin au long-métrage, même si le budget reste anémique et les moyens techniques très limités. C’est l’occasion pour lui de rendre hommage aux films de Ray Harryhausen, d’appliquer à grande échelle sa passion sans borne pour les dinosaures (auxquels il a consacré un grand nombre de livres), de mettre en scène une brochette de jolies filles en peaux de bêtes et de faire apparaître quelques guest-stars. Forrest J. Ackerman joue donc furtivement les passants et l’actrice Karen Black (747 en péril, La Poupée de la terreur, Trauma, Capricorn One) entre dans la peau d’une des femmes préhistoriques.

Le scénario concocté par Glut ne s’embarrasse ni de cohérence, ni de fioritures. Autant aller directement à l’essentiel. Son héros, Tony Markham (Jeff Rector), est une star hollywoodienne qui travaille sur son nouveau film d’action, Feet of Fury 4. Mais depuis quelques temps, il est perturbé par des rêves et des hallucinations dans lesquels il voit des dinosaures s’ébattre dans la nature et une jolie pin-up préhistorique, Hea-Thor (Denise Ames), qui semble l’inviter à la rejoindre. Alors qu’une journaliste lui propose une interview pour évoquer sa carrière, il l’emmène dans un musée d’histoire naturelle pour aller voir de plus près les squelettes de dinosaures. En découvrant un étrange talisman dans la pièce où sont stockés les artefacts les plus anciens, il formule le vœu de rejoindre la fille préhistorique de ses rêves… et se retrouve aussitôt propulsé dans « la vallée des dinosaures », un lieu sauvage où cohabitent des espèces appartenant à plusieurs époques…

Jurassic Girls

Comme à l’époque de Un million d’années avant JC ou Quand les dinosaures dominaient le monde, les deux attractions principales du film sont les playmates préhistoriques en bikini fourré (ici beaucoup moins pudiques que Raquel Welch ou Victoria Vetri) et les créatures antédiluviennes. La stop-motion qui leur donne vie est maladroite et saccadée mais ne manque pas de charme. Dans des décors miniatures minimalistes s’animent ainsi des ptérosaures, un brontosaure, un stégosaure, un camposaure et surtout un redoutable allosaure qui représente la menace principale de ce monde sauvage improbable. Quelques accessoires mécaniques sont également sollicités, notamment une marionnette pour que la tête de l’allosaure bave et une griffe grandeur nature pour qu’il puisse arracher les soutien-gorge des sauvageonnes ! Pour compléter le tableau, Don Glut sollicite un véritable iguane qu’il fait passer pour un reptile géant, dans l’esprit de Tumak fils de la jungle et Voyage au centre de la Terre. Les traits d’humour patauds du film sont principalement véhiculés par la tribu d’hommes préhistoriques flatulents qui vivent séparément des femmes et grognent dans un sabir inventé de toutes pièces. Dinosaur Valley Girls est une œuvrette sympathique mais qui n’a pas grand-chose à raconter. En plein milieu du métrage, sans doute pour faire office de remplissage, Glut insère d’ailleurs un clip avec la chanson « Jurassic Punk », dans lequel les filles dansent les seins nus pendant que les dinosaures se baladent dans la forêt. Le film a au moins le mérite d’afficher clairement ses modestes ambitions et nous évoque irrésistiblement le Dinosaur Babes de Brett Piper, sorti la même année, qui repose sur les mêmes ingrédients.

 

© Gilles Penso

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LEPRECHAUN 2 (1994)

Le lutin grimaçant aux pouvoir magiques est de retour dans le Los Angeles des années 90 pour obliger une jeune femme à l’épouser…

LEPRECHAUN 2

 

1994 – USA

 

Réalisé par Rodman Flender

 

Avec Warwick Davis, Charlie Heath, Shevonne Durkin, Sandy Baron, Adam Biesk, James Lancaster, Linda Hopkins, Arturo Gil, Kimmy Robertson, Clint Howard

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I PETITS MONSTRES I SAGA LEPRECHAUN

Malgré ses modestes ambitions, Leprechaun connut un certain succès auprès des amateurs de films d’horreur comiques et décomplexés, poussant son scénariste et réalisateur Mark Jones à en initier une suite. Mais Jones est alors occupé à écrire Rumpelstiltskin, qui repose sur les mêmes ingrédients et qu’il espère doter du potentiel d’une nouvelle franchise. Il reste donc producteur de Leprechaun 2 mais cède la mise en scène à Rodman Flender, futur réalisateur de La Main qui tue et d’un paquet d’épisodes de séries TV. Co-écrit par Turi Meyer et Alfredo Septién (qui deviendront des piliers de la série Smallville), le scénario balbutie un peu avant de trouver sa forme définitive. L’une des idées initiales est de fait revenir le personnage de Tory Redding, incarné par Jennifer Aniston dans le premier film, pour que le Leprechaun cherche à se venger d’elle en l’obligeant à l’épouser. La jeune actrice se voit offrir 25 000 dollars pour reprendre le rôle, mais la série Friends accapare alors tout son temps et s’apprête à devenir le triomphe que l’on sait. Le récit est donc retravaillé pour intégrer un nouveau personnage. Son rôle est d’abord confié à Denise Richards, laquelle se révèle indisponible (elle sera la même année à l’affiche de l’hallucinant Tammy and the T-Rex). C’est finalement Shevonne Durkin qui tiendra le haut de l’affiche de Leprechaun 2.

Le prologue du film se situe en Irlande, en l’an 994. Le jour de la Saint-Patrick, le Leprechaun (Warwick Davis, toujours) s’apprête à célébrer son millième anniversaire et décide de prendre femme. Il jette son dévolu sur une jolie jeune fille en fleur (Shevonne Durkin) qui s’avère être la fille de William O’Day (James Lancaster), un pauvre hère à son service. Si la malheureuse éternue trois fois d’affilée, elle sera liée pour toujours au redoutable lutin. Mais en criant « à tes souhaits ! », son père la sauve des griffes du Leprechaun, qui le tue aussitôt et fait le serment d’épouser une descendante de la famille O’Day lors de son prochain millième anniversaire. La petite créature grimaçante est donc patiente et tenace ! Nous voilà donc transportés dans le Los Angeles de 1994, le jour de la Saint Patrick. Le Leprechaun ressurgit comme prévu et trouve sa proie : Bridget, qui ressemble trait pour trait à sa lointaine ancêtre (et pour cause, c’est la même actrice) et qu’il décide cette fois-ci de ne pas laisser filer entre ses griffes…

La fiancée du lutin

Comme le premier Leprechaun, cette suite est très sympathique, certes, mais pas foncièrement passionnante, et l’on se perd encore en conjectures sur l’incroyable longévité de cette saga au concept pourtant si limité. Warwick Davis semble toujours s’amuser dans le rôle du petit monstre, soutenu par l’excellent maquillage de Gabe Bartalos. Quelques mises à mort originales ponctuent par ailleurs le métrage, notamment ce garçon qui croit embrasser les seins d’une fille alors qu’il s’agit de deux hélices sur le point de le déchiqueter. Car notre Leprechaun est toujours maître dans l’art de créer des illusions, mais aussi de se rendre invisible ou de déplacer les objets à distance, son seul point faible étant manifestement le contact avec du fer forgé – qui semble être la kryptonite des lutins de son espèce. Son repaire, dans lequel se déroule le dernier acte du film, prend les allures d’un décor de train fantôme, les protagonistes traversant inlassablement le même couloir pour nous faire croire à un souterrain labyrinthique. Nous avons même droit à un squelette vivant et menaçant, qui aurait bien sûr gagné à être animé en stop-motion – façon Ray Harryhausen – plutôt que sous forme d’une marionnette mécanique très restreinte dans ses mouvements. Au détour du casting, le spectateur attentif reconnaîtra les visages furtifs de Clint Howard (le psychopathe de Ice Cream Man) et Kimmy Robertson (la Lucy de Twin Peaks) dans le rôle de deux touristes. Après cet opus, sorti dans les salles américaines en avril 1994, les suivants seront directement distribués en vidéo.

 

© Gilles Penso

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CASTLE FREAK (2020)

Un monstre erre en grognant au fin fond d’un vaste château albanais dans ce remake d’un film d’horreur lovecraftien de Stuart Gordon…

CASTLE FREAK

 

2020 – USA

 

Réalisé par Tate Steinsiek

 

Avec Clair Catherine, Jake Horowitz, Kika Magalhães, Chris Galust, Emily Sweet, Omar Brunson, Elisha Pratt, Genti Kame, Klodian Hoxha, Klodjana Keco, Josif Sina

 

THEMA FREAKS I DIABLE ET DÉMONS I LOVECRAFT I SAGA CHARLES BAND

Dans la foulée de Puppet Master : The Littlest Reich, qui réinventait à sa manière la longue saga des poupées tueuses initiée à la fin des années 1989, la branche cinéma du magazine culte Fangoria initie une autre variante d’un des films produits par Charles Band : Castle Freak. L’original, réalisé par Stuart Gordon en 1995, était une adaptation libre de la nouvelle Je suis d’ailleurs de H.P. Lovecraft, avec en tête d’affiche Jeffrey Combs et Barbara Crampton (qui tenaient déjà la vedette de Re-Animator et From Beyond pour Gordon). Ce remake change de casting mais conserve Crampton au poste de coproductrice. Quant à la réalisation, elle échoit à Tate Steinsiek, expert des maquillages spéciaux (Zombie Honeymoon, Sharknado 2, Puppet Master : The Littlest Reich) qui passa à la mise en scène à l’occasion du thriller Addiction. « C’est un tel honneur de reprendre non seulement un classique de Stuart Gordon, mais aussi d’embrasser l’univers de Lovecraft » s’enthousiasmait Steinsiek sur Instagram pour annoncer officiellement le lancement du film. Le scénario de ce second Castle Freak, confié à Kathy Charles, s’inspire cette fois-ci non seulement de Je suis d’ailleurs mais aussi d’un autre texte mythique de Lovecraft, L’Abomination de Dunwitch.

Rebecca Riley (Clair Catherine) a perdu la vue dans un accident de la route causé par son petit ami John (Jake Horowitz), qui conduisait sous la double emprise de l’alcool et de la drogue. Leur relation survit tant bien que mal à cette épreuve. C’est alors que l’agent immobilier Marku (Genti Kame) annonce à Rebecca que sa mère biologique, Lavinia Whateley (Kika Magalhães), est décédée, lui léguant un grand château situé en Albanie. Le jeune couple américain débarque donc dans les Balkans pour prendre possession des lieux. John aimerait vendre rapidement le château et tout ce qu’il contient pour en tirer un maximum de profit. Rebecca n’est pas contre, mais elle souhaite en savoir plus sur Lavinia, et comprendre notamment pourquoi elle fut abandonnée dans un orphelinat. Or le château abrite une créature monstrueuse qui vient de se libérer de ses chaînes et erre désormais dans les couloirs. Lorsqu’un groupe d’amis du couple vient leur rendre visite dans le château pour les aider à en faire l’inventaire, les choses ne tardent pas à dégénérer…

Lovecraft Actually

On sent bien, dans le scénario de ce second Castle Freak, la volonté d’embrasser l’univers de Lovecraft dans son entièreté. Ainsi évoque-t-on tour à tour la ville de Dunwich, l’université de Miskatonic, la famille Whateley, Yog-Sothoth, Cthulhu, le Necronomicon, le retour des Grands Anciens, sans oublier ce clin d’œil savoureux post-générique. La mise en scène élégante de Steinsiek tire parti de très beaux décors naturels captés en Albanie, et notamment de l’impressionnant château Gjirokastër où se déroule la grande majorité de l’intrigue. L’ambiance oppressante se révèle particulièrement soignée et les acteurs plutôt convaincants, même si le personnage répondant au surnom de « professeur » (joué par Chris Galust) nous semble beaucoup trop jeune pour endosser ce rôle de sage et d’érudit. Il faut aussi saluer la bande originale « old school » de Fabio Frizzi, le compositeur attitré de Lucio Fulci, qui mettait déjà en musique Puppet Master : The Littlest Reich, et des maquillages spéciaux à l’ancienne très efficaces. Castle Freak n’étant pas bridé par les contraintes d’un grand studio, le film ne se réfrène pas sur l’horreur déviante, notamment au cours d’une poignée de séquences combinant l’érotisme et l’abomination en un cocktail volontairement grandguignolesque. Les puristes lui préfèreront sans doute la version de Stuart Gordon, mais ce remake ne manque ni d’atout ni de charme.

 

© Gilles Penso

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DEAD BY DAWN (2025)

Dans ce giallo polonais expérimental, une troupe de comédiens est méthodiquement massacrée par un tueur sanguinaire…

MARTWI PRZED SWITEM / DEAD BY DAWN

 

2025 – POLOGNE

 

Réalisé par Dawid Torrone

 

Avec Sylwia Boron, Monika Frajczyk, Adam Machalica, Piotr Nerlewski, Lukasz Szczepanowski, Bartlomiej Topa, Paulina Zwierz

 

THEMA TUEURS I DIABLE ET DÉMONS

Pour son premier long-métrage, le réalisateur Dawid Torrone entend bien frapper fort en proposant quelque chose de nouveau sur le marché du cinéma polonais, tout en rendant hommage aux films de genre qu’il chérit tant. Si le titre international Dead By Dawn évoque naturellement Evil Dead 2, c’est surtout du côté de l’Europe – et tout particulièrement de l’Italie – que Torrone puise son inspiration, au point de ranger son film dans une catégorie imaginaire qu’il surnomme avec auto-dérision « Giallo Pollo ». Dead By Dawn s’affirme donc comme un « giallo polonais », empruntant aux œuvres de Mario Bava et Dario Argento le caractère baroque de ses scènes de meurtres tout en se fendant de plusieurs références frontales. Le scénario s’appuie ainsi sur le même dispositif narratif que celui de Bloody Bird, tandis que le dernier acte reprend sans vergogne l’un des motifs visuels les plus fameux de Terreur à l’opéra. Tourné majoritairement dans le Palais de la Culture de Zagłębie, dont l’architecture monumentale offre à l’intrigue un écrin propice à l’exubérance dramaturgique, Dead By Dawn joue la carte de l’unité de lieu, de temps et d’action en gorgeant son atmosphère de tension, nuit d’orage à l’appui.

Les protagonistes du film sont un groupe de comédiens invités à répéter une nouvelle pièce dans le mystérieux théâtre appartenant à la famille Heissenhoff, une dynastie artistique bien connue qui aurait tissé des liens avec l’occultisme. Plusieurs drames ont eu lieu sur place dans le passé, notamment des arrêts cardiaques à répétition et la pendaison d’un exorciste paraplégique. L’endroit est donc chargé d’un lourd passé. Le tonnerre qui gronde cette nuit-là, provoquant une coupure partielle de l’électricité dans le théâtre et ses coulisses, renforce le caractère pesant de l’ambiance. La petite troupe n’en est pas plus affectée pour autant et décide de se mettre le plus rapidement possible au travail, d’autant que deux semaines les séparent de la grande première. Mais la répétition théâtrale se transforme bientôt en un jeu désespéré de survie lorsqu’un tueur masqué commence à les traquer et à les massacrer l’un après l’autre. Qui est-il ? Que veut-il ? Et comment échapper au carnage ?

La bête aux cent yeux

Divisé en actes, comme pour faire écho au milieu théâtral dans lequel il se déroule, Dead By Dawn dégage quelque chose de profondément atemporel. Les smartphones sont là, certes, mais aussi un vieux téléphone à cadran circulaire et une télévision cathodique aux images saturées de parasites analogiques, comme si deux courants technologiques cohabitaient. Les artefacts des cassettes VHS deviennent d’ailleurs un élément esthétique récurrent du film. Ce « choc des époques » transpire tout au long du métrage, dont la mise en scène sensorielle convoque aussi bien les œuvres des cinéastes italiens des années 70 que les expérimentations sonores et visuelles d’Hélène Cattet et Bruno Forzani (Amer, Reflet dans un diamant mort). Dawid Torrone soigne tout particulièrement la mise en forme de son film, serti dans un classieux format Cinemascope où s’invitent des couleurs saturées excessives. De fait, Dead By Dawn s’affranchit volontairement des contraintes du monde réel : les comédiens semblent soudain possédés dès qu’ils montent sur scène, un tueur psychopathe au look résolument surréaliste (dont le masque est constellé de centaines de globes oculaires) surgit comme une figure cauchemardesque, et les scènes de meurtres volontiers gore frôlent parfois l’abstraction pure. Le grand final, quant à lui, bascule dans une apothéose opératique délirante, quelque part à mi-chemin entre Lucio Fulci, Sam Raimi et David Lynch. Voilà donc une œuvre hautement recommandable, qui ne parvient certes pas toujours à transcender ses sources d’inspiration mais présente le mérite de nous offrir un spectacle radical, viscéral et déroutant.

 

© Gilles Penso

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DEADLY END (2005)

Un jeune couple emménage dans un quartier tranquille de la banlieue californienne, mais l’un des voisins s’apprête à transformer leur vie en cauchemar…

DEADLY END / NEIGHBORHOOD WATCH

 

2005 – USA

 

Réalisé par Graeme Whifler

 

Avec Jack Huston, Pell James, Nick Searcy, Terry Becker, Anina Lincoln, Meredith Morton, John Ennis, De Anna Joy Brooks, Irwin Keyes, Randall Bosley, Gil Glasgow

 

THEMA TUEURS I SAGA CHARLES BAND

Artiste atypique aux goûts singuliers, le scénariste et réalisateur Graeme Whifler réalise un certain nombre de clips musicaux bizarres dans les années 80, avant de tenter sa chance à Hollywood en écrivant les scénarios de Sonny Boy et Docteur Rictus. Puis il décide franchir le pas et de diriger son premier long-métrage avec Neighborhood Watch. « C’était inspiré de deux histoires vraies », raconte-t-il. « Dans les deux cas, des personnes souffrant de troubles mentaux graves ont discrètement commis des actes pervers et répugnants avant d’être arrêtées. J’ai fusionné ces deux cas pathologiques en un seul personnage nommé Adrien, qui déborde d’obsessions, de compulsions et de conflits. Je l’ai placé dans un quartier de banlieue et lui ai donné un jeune couple sympathique sur lequel il pouvait se focaliser. À partir de là, le scénario s’est plus ou moins écrit tout seul. » (1) Cette histoire malsaine a du mal à trouver preneur, jusqu’à ce que Jeff Kirshbaum, un ami de Whifler, accepte de le produire. Tourné dans la périphérie de Victorville, en Californie, le film bénéficie de quelques talents inattendus pour ce type de production, notamment le directeur de la photographie Bernd Heinl (Bagdad Café) et le monteur David Rawlins (La Fièvre du samedi soir). Une fois terminé, le film fait la tournée des festivals mais effraie les distributeurs. C’est grâce au réalisateur Stuart Gordon (Re-Animator), enthousiasmé par le visionnage du film, que Whifler et Kirshbaum rencontrent Charles Band, qui accepte de distribuer directement en vidéo Neighborhood Watch sous un autre titre : Deadly End.

Bob Petersen (Jack Huston, le petit-fils de John) et sa femme Wendy (Pell James, vue dans Zodiac) viennent d’emménager dans le quartier californien apparemment simple et banal de Wormwood Drive. Certes, l’environnement immédiat n’est pas particulièrement engageant (des pancartes « ne pas entrer » placardées devant une maison barricadée, des appareils électroménagers abandonnés dans un jardin), mais pour le démarrage dans la vie de ce jeune couple éperdument amoureux, ça semble tout à fait suffisant. Bob commence son nouveau travail chez Zeecor, une grande entreprise industrielle, tandis que Wendy s’occupe de déballer les cartons et de commencer à peindre les murs de leur nouvelle maison en attendant de pouvoir trouver elle-même un job dans le coin. Mais bientôt, la jeune femme est troublée par le comportement très étrange des voisins, notamment d’Adrien Trumbull (Nick Searcy), un homme solitaire qui tient absolument à leur offrir des cadeaux de bienvenue mais qui cache derrière son sourire accueillant une sombre obsession pour le poison et l’automutilation…

Les banlieusards

C’est par petites touches insolites et insidieuses que Deadly End instille le malaise auprès des spectateurs : le regard libidineux d’un employé du gaz, l’attitude aliénée d’un couple de vieux voisins muets, le cadavre d’un animal grouillant de vermine qui traîne sous l’évier, des arbres foudroyés qui écrasent des maisons devenues désertes… Mais l’angoisse monte sérieusement d’un cran lorsque la caméra s’attarde sur Adrien Trumbull, le sociopathe qui s’est mis en tête de « purifier » son entourage immédiat. Reclus dans une bicoque insalubre qu’on imagine nauséabonde, caché derrière des coupures de journaux qui oblitèrent ses fenêtres, abruti par l’écoute en boucle d’une émission radiophonique religieuse, il ne nous illusionne pas longtemps avec ses faux airs affables. Lorsque nous le découvrons en train d’enfoncer son doigt dans une plaie béante ouverte dans son abdomen tout en se repassant l’enregistrement audio des exultations de Bob et Wendy en train de faire l’amour, nous comprenons que Deadly End n’entend pas se réfréner sur sa description des pires travers de cet homme passablement dérangé. Et de fait, rien ne nous est épargné lorsqu’il s’agit de montrer les conséquences des actes malfaisants de ce voisin épouvantable, des pustules envahissants aux jets de vomi à répétition en passant par les effets d’une diarrhée incontrôlable ! Le point de non-retour est cependant atteint lors du dernier acte, qui bascule dans le gore chirurgical le plus extrême via d’impressionnant effets spéciaux de maquillage signés Leonard MacDonald (L’Emprise des ténèbres, Flic ou zombie, Innocent Blood). Le film souffre de son manque évident de moyen, mais sa radicalité surprend agréablement. Graeme Whifler ne transformera pourtant pas l’essai et s’en tiendra à cet unique long-métrage.

 

(1) Propos extraits du livre It Came From the Video Aisle ! (2017)

 

© Gilles Penso

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LE ROI DES ZOMBIES (1941)

En pleine seconde guerre mondiale, trois hommes atterrissent sur une île isolée où un médecin pratique d’étranges expériences…

KING OF THE ZOMBIES

 

1941 – USA

 

Réalisé par Jean Yarborough

 

Avec Dick Purcell, Joan Woodbury, Mantan Moreland, Henry Victor, John Archer, Patricia Stacey, Guy Usher

 

THEMA ZOMBIES

Le Roi des Zombies n’est pas le film qu’il était censé être lorsque Monogram en lança la production. Au départ, il s’agit d’une histoire d’horreur classique, largement inspirée par Les Morts vivants de Victor Halperin. Mais entretemps, la comédie d’épouvante Le Mystère du château maudit, avec Bob Hope et Paulette Goddard, cartonne et emplit généreusement les caisses de la Paramount. Pour surfer sur ce succès, Le Roi des zombies oublie donc une partie de son caractère sérieux et intègre des éléments humoristiques. Jugeant que le premier réalisateur annoncé, Howard Bretherton (Return of the Terror, Les Bandits du désert), ne sera pas à l’aise avec ce mélange des genres, on le remplace par Jean Yarborough, qui a déjà signé plusieurs films comiques. Le monteur lui-même, Richard C. Currier, est choisi pour ses affinités avec la comédie (qu’il a pratiquée notamment pour le producteur Hal Roach). Un nouveau personnage est même inventé de toutes pièces : le valet trouillard et roublard Jeff, interprété par le volubile Mantan Moreland. Pour incarner le savant fou, Bela Lugosi et Peter Lorre sont les favoris sur la liste des producteurs, mais aucun des deux n’est disponible. C’est finalement le vétéran Henry Victor (L’Hercule de Freaks) qui hérite du rôle, quelques jours à peine avant le début du tournage.

En pleine seconde guerre mondiale, un petit avion qui se dirige vers les Bahamas est pris par une violente tempête et atterrit en catastrophe sur une île au large de l’Amérique du Sud. Les trois passagers, Bill Summers (John Archer), son pilote James « Mac » McCarthy (Dick Purcell) et son valet Jefferson « Jeff » Jackson (Mantan Moreland), trouvent refuge dans la demeure d’un médecin étrange d’origine autrichienne, le docteur Micklos Sangre (Henry Victor). Les rumeurs locales parlent d’esprits maléfiques qui hantent les lieux, tandis que l’épouse du médecin (Patricia Stacey) semble végéter dans un état second étrange et que Jeff commence à voir des zombies partout. Bientôt, le secret de cette île se révèle dans toute sa folie : Sangre sollicite les pratiques vaudou pour transférer les cerveaux d’êtres humains dans des corps de zombies afin d’obtenir des soldats invincibles et de livrer des secrets militaires aux forces ennemies. Bien sûr, l’’intervention des visiteurs imprévus va bouleverser ses plans…

Vaudouville

Même si l’on sent le potentiel horrifique de cette intrigue rocambolesque, tout est ici tourné en dérision, et ce dès l’entame où Jeff, après le crash, se réveille contre une pierre tombale où est gravée la phrase « Rest in Peace », puis croit voir un fantôme lorsque Mac essaie de se dépêtrer d’une toile de parachute. Les zombies eux-mêmes sont traités comme des éléments comiques, de grands dadais qui effraient Mantan Moreland et provoquent ses réactions outrancières, un peu comme les monstres Universal face à Abbott et Costello dans la longue saga des Deux nigauds. Le Roi des zombies s’appuie donc avant tout sur une mécanique de Vaudeville, tandis que les rites vaudou, les morts-vivants, l’hypnose et la « transmigration » s’entremêlent confusément dans un scénario abracadabrant. Tout s’achève par une cérémonie fantaisiste au cours de laquelle notre savant fou se pare d’un casque tribal excessif avant de finir dans les flammes, victime de ses propres monstres – refrain connu au pays des apprentis sorciers. Les grimaces répétitives de Mantan Moreland peuvent exaspérer, tout comme cette représentation très datée de l’homme noir cantonné au rôle de serviteur des fiers Occidentaux blancs. Sans doute faut-il replacer ce film sans ce contexte pour mieux l’apprécier. Une suite non officielle, sollicitant une fois de plus les pitreries de Moreland, sortira en 1943 sous le titre Revenge of the Zombies.

 

© Gilles Penso

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ESCAPE FROM PLEASURE PLANET (2016)

Une princesse cosmique et sa garde du corps sont prises en chasse par une extra-terrestre qui veut dominer la galaxie et se réfugient sur Terre…

ESCAPE FROM PLEASURE PLANET

 

2016 – USA

 

Réalisé par Terrance Ryker

 

Avec Blair Williams, Vanessa Cage, Veronica Vain, Erika Jordan, Karlie Montana, Darcie Dolce, Micahel Thomas, Andrew Espinoza Long, Michael Gaglio

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA CHARLES BAND

Directeur de la photographie habitué aux séries B et aux petits budgets, Terrance Ryker a signé les images de nombreuses productions de Charles Band telles que Ghost Poker, Les Geôles du diable, The Dead Want Women, Reel Evil, mais aussi plusieurs films des sagas Evil Bong, Puppet Master, Gingerdead Man, Demonic Toys et Killjoy. En 2016, notre homme passe à la mise en scène en réalisant conjointement deux films érotico-fantastiques produits par Retromedia Entertainment et distribués par Full Moon Features : l’histoire de fantômes Paranormal Sexperiments et le space opera Escape From Pleasure Planet. Homme à tout faire, Ryker en signe également la photographie et la coproduction. Contrairement à la plupart des grivoiseries cosmiques produites par Charles Band depuis le début des années 70 – Les Créatures de l’au-delà, Femalien, Andromina, Lolita 2000 et des dizaines d’autres titres du même acabit – Escape From Pleasure Planet assume pleinement son caractère science-fictionnel. Certes, nous ne sommes pas dans Star Wars, mais Terrance Ryker sollicite tout de même des maquettes, des effets visuels, des batailles spatiales et des séquences de vols au milieu des étoiles. Malgré l’extrême naïveté de tous ces trucages bricolés à la va-vite, l’effort est appréciable, d’autant que le film ne se prend jamais au sérieux et donne volontiers dans l’autodérision.

La princesse extra-terrestre Dyanna (Blair Williams) et sa garde du corps Tara (Vanessa Cage) débarquent dans une « station de plaisir » intergalactique où la jeune altesse compte passer un peu de bon temps. Toutes deux sont accueillies par Cassia (Veronica Vain), dont l’opulente poitrine menace à tout moment de jaillir hors de sa combinaison argentée et qui orne généreusement les posters du film. Pendant que Dyanna exulte sous les assauts d’une « androïde de plaisir » (Darcie Dolce) dans une grotte aquatique, Cassia complote avec Aria (Erika Jordan), une extra-terrestre renégate qui projette de kidnapper la princesse dans le but de déployer sa propre flotte spatiale et de conquérir la galaxie. À vrai dire, ce plan machiavélique n’est pas très clair, mais après tout qu’importe ? Toujours est-il que Dyanna et Tara parviennent à s’échapper de justesse à bord de leur vaisseau. Mais dans leur fuite, elles heurtent une ceinture d’astéroïdes et sont contraintes d’atterrir en catastrophe sur la première planète venue…

Sex-Files

On note que pendant toute la première partie du film, l’intégralité du casting est féminin, comme si les hommes n’existaient pas parmi les races extra-terrestres en présence. Nos charmantes donzelles n’ont pas froid aux yeux pour autant et n’ont manifestement besoin d’aucune présence masculine pour s’adonner aux plaisirs de la chair. Mais lorsque la princesse et sa garde rapprochée se retrouvent sur Terre, la donne change, dans la mesure où quelques mâles parfaitement équipés entrent désormais dans la danse. C’est le cas de Jake (Michael Thomas), qui dirige une petite station de surveillance des OVNIS et se prend pour Fox Mulder (avec le poster « I Want To Believe » dans son bureau), et de l’agent spécial Daniels (Andrew Espinoza), un « Man in Black » envoyé enquêter sur les étranges lumières dans le ciel. Pour compliquer les choses, la vile Cassia débarque elle aussi sur notre planète pour récupérer les fugitives. À partir de là, le semblant de scénario qui s’ébauchait lors de la première partie du film se désagrège tranquillement pour céder la place à des séquences de galipettes délurées à répétition. Le grand final assume même pleinement l’abandon de toute velléité narrative, puisque tous les personnages oublient leurs missions premières pour pouvoir s’adonner à une grande orgie où se mêlent humains et aliens, en une belle démonstration de rapprochement des peuples !

 

© Gilles Penso

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