LE RETOUR DE MAJIN (1966)

La gigantesque statue vengeresse, toujours prête à secourir les opprimés, est de retour dans ce second épisode spectaculaire…

DAIMAJIN IKARU

 

1966 – JAPON

 

Réalisé par Kenji Misumi

 

Avec Kôjirô Hongô, Shiho Fujimura, Tarô Marui, Takashi Kanda, Kôji Fujiyama, Yûji Hamada, Chikara Hashimoto, Sei Hiraizumi, Jutaro Hojo, Yoshitaka Itô

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA MAJIN

En 1966, le studio Daiei cherche à rivaliser avec la déferlante des monstres de la compagnie concurrente Toho en proposant son propre concept : Majin, une statue titanesque et vengeresse qui vient au secours des opprimés dans un contexte historique médiéval. Confiant dans la force de cette idée – qui présente l’originalité de mêler les codes des films de bestioles géantes avec ceux du film de sabre -, le studio décide de mettre en production trois films simultanément, sur ses plateaux à Kyoto. Chacun est confié à un réalisateur différent, tandis que Yoshiyuki Kuroda, responsable des effets spéciaux, orchestre les apparitions du colosse, les maquettes et les effets optiques. Cette méthode permet à la Daei de rationaliser les décors, les costumes et les équipes, tout en maintenant un rythme de production soutenu. Dans la foulée de Majin, réalisé par Kimiyoshi Yasuda, voici donc Le Retour de Majin, dont la mise en scène est cette fois-ci confiée à Kenji Misumi, grand spécialiste du chambara. C’est notamment à lui que nous devons les sagas Zatôichi et Baby Cart. Habitué aux fresques historiques, Misumi nous décrit un Japon féodal en pleine tourmente, où les serfs du seigneur Danjo de Mikoshiba sont harassés par les impôts écrasants et essaient de s’enfuir dans la forêt. Mais ils sont rattrapés par les hommes d’armes qui massacrent les fuyards et ramènent les autres dans le giron du tyran. Celui-ci n’a bientôt qu’une idée en tête : prendre par la force les terres pacifiques de Chigusa et Nagoshi.

Le scénario emprunte alors une de ses idées maîtresses à L’Iliade d’Homère, puisque les guerriers de Mikoshiba, manifestement inspirés par l’épisode de la Guerre de Troie, se dissimulent dans de grands sacs de riz offerts aux seigneurs qu’ils cherchent à soumettre. La nuit venue, ils s’échappent, ouvrent les portes pour laisser entrer leurs camarades et laissent la barbarie se déchaîner. Or les habitants de Chigusa et Nagoshi sont des adorateurs de la divinité Kami, représentée par une immense statue de samouraï qui s’érige au milieu des rochers d’une île voisine. Lorsque l’armée de Danjo utilise des explosifs pour détruire cette idole massive, la symbolique est forte : c’est non seulement la négation par la dictature des croyances les plus ancestrales, mais aussi le choc du cartésianisme contre la spiritualité. La technologie militaire – avant-gardiste pour l’époque médiévale – entend bien prouver sa prédominance face à cette figure à la fois artistique et divine. Or le colosse est bel et bien détruit. Sa tête arrachée voltige même dans les airs avant de tomber dans le lac. « Vous voyez, il ne s’est rien passé, il n’y a aucune malédiction ! » s’exclame Danjo, pour souligner la supériorité de la matière sur l’esprit. Le cataclysme qui suit va pourtant lui prouver le contraire. L’eau du lac entre en ébullition et prend une teinte écarlate, le ciel se couvre et lance des éclairs. Plus tard, c’est une ébullition surnaturelle des eaux qui fait chavirer un des navires de l’armée des oppresseurs. « Kami est détruit, mais son esprit a survécu » s’exclame alors Dame Sayuri, l’une de ses plus ferventes prêtresses.

La colère divine

La divinité se manifeste ainsi d’abord par ses prodiges, comme une émule du Yahvé des Dix Commandements. Les eaux du lac seront d’ailleurs fendues de la même manière que la Mer Rouge filmée par Cecil B. De Mille, via des effets visuels très similaires. L’imagerie biblique est également convoquée à travers la crucifixion de Dame Sayuri, qui s’apprête à périr sur le bûcher telle une Jeanne d’Arc nippone. Ce n’est qu’à un quart d’heure de la fin que la statue géante ressuscite enfin, surgit hors des flots bouillonnants et apparaît dans toute sa splendeur, ses traits impassibles cédant la place à un visage grimaçant de colère. Le dernier acte du film est donc un festival de maquettes détruites, dans la pure tradition du kaiju eiga inauguré par Godzilla, mais dans un contexte médiéval. On le voit, la structure narrative, les thèmes et les rebondissements du Retour de Majin sont fidèlement calqués sur ceux du premier film. Les effets visuels sont toujours très impressionnants et la statue géante n’est pas sans évoquer l’inoubliable Talos de Jason et les Argonautes. Au-delà de sa force physique, Majin lance des éclairs par les yeux et projette des flammes, symbole de son courroux qu’exprime un regard très humain perçant bizarrement son armure de pierre. D’où un final cruellement ironique au cours duquel le méchant subit – les bras en croix – le sort incandescent qu’il réservait à la prêtresse. Une fois sa colère apaisée, le Golem géant retrouve son expression faciale neutre et se volatilise dans les airs. Il reviendra faire un ultime tour de piste dans La Vengeance de Majin, sorti la même année et réalisé par Kazuo Mori.

 

© Gilles Penso

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OTHER (2025)

Après la mort d’une mère qu’elle ne fréquentait plus depuis longtemps, une femme renoue avec son passé et se heurte à une inquiétante créature…

OTHER

 

2025 – FRANCE / BELGIQUE

 

Réalisé par David Moreau

 

Avec Olga Kurylenko, Jean Schatz, Lola Bonaventure, Jacqueline Ghaye, Sacha Nugent, Philip Schurer, Ange Dalot Nawasadio, Julie Maes, Milton Riche

 

THEMA FREAKS

David Moreau avait fait des débuts très remarqués grâce à son premier long-métrage, Ils, co-réalisé avec Xavier Palud, un thriller horrifique sec comme une trique et fort bien mené. Le remake The Eye, que les duettistes tournèrent ensuite à Hollywood, s’était révélé moins convaincant. Son comparse s’étant principalement reconverti sur le petit écran (XIII : la série, Intrusion, Braquo), Moreau poursuivit sa carrière en solo avec la comédie 20 ans d’écart, la fable de science-fiction Seuls, l’aventure familiale King et le film d’horreur MadS, preuve de sa versatilité. Avec Other, il s’attaque à une épouvante plus psychologique. Certes, cette nouvelle incursion dans le cinéma de genre n’est pas avare en horreur graphique, mais le film joue surtout sur son atmosphère et sur l’inquiétude venue du hors-champ. « En tant que réalisateur, je me sens plus à laise lorsque je ne montre pas trop de choses, parce que jaime que le public participe au processus de création avec sa propre imagination », explique Moreau. « Je pense que vous êtes plus efficace lorsque vous l’impliquez activement. Quest-ce qu’il y a derrière cette porte ? Quest-ce que jentends ? Vous faites en sorte que le spectateur construise le monstre dans son propre esprit, au lieu de simplement le regarder. » (1) Voilà les mécanismes de peur sur lesquels repose principalement Other.

Une triple introduction ouvre le film. Il y’a d’abord ce jeune youtubeur qui enquête sur la mort mystérieuse d’un garçon retrouvé dans les bois, le visage atrocement mutilé. À quelques kilomètres de là, nous découvrons une femme recluse dans une maison entièrement équipée de caméras de vidéosurveillance. Réveillée en pleine nuit par une alarme, elle s’aventure dans les bois où un mystérieux agresseur surgit et lui arrache le visage. Puis nous rencontrons Alice, vétérinaire, dont la vie semble parfaitement ordinaire. Jusqu’au jour où elle apprend brutalement la mort de sa mère. Après avoir coupé les ponts avec elle pendant des années, Alice n’a d’autre choix que de retourner dans la maison de son enfance pour régler les funérailles. Mais dès son arrivée, les souvenirs d’une adolescence traumatique refont surface. Rien n’a changé : ni la maison, ni sa chambre, ni les traces d’un passé qu’elle aurait préféré oublier. Rien… à l’exception de ce système de vidéosurveillance sophistiqué installé partout dans la propriété. Et de cette ombre inquiétante qui semble rôder autour de la maison. Plus les souvenirs se précisent, plus leur monstruosité prend corps…

Face off

Si Alice n’est pas l’unique personnage du film, elle est la seule dont nous verrons le visage. Celui d’Olga Kurylenko, donc, et plus furtivement celui de Lola Bonaventure, qui l’incarne à 17 ans dans des films amateurs. Tous les autres protagonistes du drame restent hors champ, filmés de dos ou dans le flou, dissimulés derrière des rideaux, des masques ou des draps, déformés par un écran brisé, voire caricaturés par des filtres Instagram. Tout est bon pour occulter les traits des êtres humains qui peuplent le récit. Ce parti pris radical renforce immédiatement le phénomène d’identification et contribue au malaise insidieux qui s’installe peu à peu. « Lobjectif était de faire en sorte que le public soit aussi proche que possible du personnage », explique Moreau. « Le fait quelle ait ce passé, quelque chose de caché, enfoui quelque part dans son esprit, qui doit ressortir, se déployer – et quelle soit en réalité incapable de voir les visages autour delle parce quelle narrive pas à percevoir correctement la réalité qui lentoure – était lune des raisons de ce choix. » (2) Mais le procédé va plus loin : la dissimulation devient peu à peu une question de survie face à cette « bête » qui rôde dans la forêt et dans la maison. Même si le film force parfois le trait – les scènes de beuverie solitaire d’Alice ou le personnage peu crédible du gamin qui espionne les lieux depuis des années -, il sait nous secouer profondément dans sa description d’une adulte confrontée au retour de souvenirs traumatiques qu’elle avait soigneusement enfouis. Olga Kurylenko s’y implique d’ailleurs avec une belle intensité physique. Laspect le plus intéressant du film reste sans doute sa manière de questionner les diktats de la beauté physique, brutalement remis en cause par un dénouement choc.

 

(1) et (2) Extraits d’une interview publiée dans Borrowing Tape en octobre 2025

 

© Gilles Penso

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GALGAMETH, L’APPRENTI DRAGON (1996)

Un petit monstre qui ne se nourrit que de métal grossit jusqu’à se muer en monstre titanesque et lutte pour sauver un royaume en péril…

GALGAMETH

 

1996 – USA / ROUMANIE

 

Réalisé par Sean McNamara

 

Avec Devin Oatway, Sean McNamara, Stephen Macht, Lou Wagner, Elizabeth Cheap, Time Winters, Patrick Richwood, Brendan O’Brien, Doug Jones

 

THEMA CONTES I DRAGONS

Sous ses allures de sympathique aventure fantastique familiale, Galgameth, l’apprenti dragon est un remake improbable. En 1985, le cinéaste sud-coréen Shin Sang-ok, kidnappé par le régime de Kim Jong-il, réalise en Corée du Nord Pulgasari, un kaiju qui dévore le métal et grandit jusqu’à se transformer en arme contre ses créateurs. Après son évasion, Shin reprend l’idée pour le marché américain et transforme son ancien monstre communiste en sympathique gardien de royaume. Galgameth est ainsi une sorte de Pulgasari pour enfants, produit par Shin sous le nom de Simon Sheen. Michael Angeli adapte l’histoire tandis que Sean McNamara, spécialiste des productions familiales (Casper l’apprenti fantôme, Les 3 ninjas se déchaînent), s’acquitte de la mise en scène. Sa mission :  filmer un royaume médiéval en Roumanie avec les moyens d’une petite série B. Au passage, il en profite pour incarner lui-même le roi Henryk, père du héros. Si le casting « humain » n’a rien de foncièrement prestigieux, on note la présence de deux vétérans des créatures qui se relaient sous le costume du monstre : Felix Silla (E.T., Le Retour du Jedi, La Folle histoire de l’espace) pour le petit Galgameth, puis Doug Jones lorsqu’il prend de l’ampleur. Le futur homme-poisson de Hellboy et de La Forme de l’eau se retrouve donc, dix ans avant Guillermo del Toro, à incarner un lézard géant bricolé pour cette fable d’heroic fantasy enfantine.

Nous sommes dans le royaume de Donnigold, où le jeune prince Davin (Devin Ottway) doit encore faire ses preuves. Son père, le roi Henryk (Sean McNamara), veut lui apprendre à devenir un souverain digne de ce nom. Son principal conseiller, El El (Stephen Macht), a d’autres projets : opposé à la volonté du roi de libérer le royaume voisin de Lovania, il empoisonne son maître et prend le pouvoir. Davin comprend rapidement qu’il est prisonnier d’une machination. Avant de mourir, Henryk lui a toutefois confié une mystérieuse statuette censée protéger la famille royale. Brisée par El El, elle semble condamnée à rester un simple bibelot. Mais les larmes du prince lui redonnent vie : Galgameth vient au monde, minuscule créature aux grands yeux et à l’appétit métallique. Avec l’aide de Perial (Elizabeth Cheap), Davin s’échappe et rejoint les rebelles de Lovania, parmi lesquels Julia (Johna Stewart), fille du souverain emprisonné. Pour combattre l’armée d’El El, la petite troupe dispose d’un atout inattendu : Galgameth. Car le dragon dévore le fer et, à chaque bouchée, grossit un peu plus…

Quand la mascotte se mue en kaiju

Sean McNamara fait ce qu’il peut, mais la pauvreté des moyens finit régulièrement par remonter à la surface. Les combats manquent de nerf, les effets spéciaux sont très inégaux et le jeune Devin Ottway, plombé par un accent américain franchement anachronique, peine à porter seul l’aventure. Johna Stewart, nettement plus énergique, s’en sort mieux. Et puis il y a Galgameth. Encore minuscule, il a les allures d’un costume de bébé dinosaure mixé avec une Tortue Ninja. Bedonnant, lisse, affublé d’une corne sur le crâne et d’une petite queue, il n’est alors pas plus gros qu’un pigeon, sautille partout et mange tout ce qui ressemble de près ou de loin à du métal. Au fur et à mesure que le film avance, la créature grandit sans gagner en crédibilité. Le costume est toujours le même, seules les incrustations modifient sa taille. Le meilleur du film arrive lorsque la créature cesse d’être reléguée au statut de mascotte pour devenir un véritable kaiju, sans perdre pour autant son caractère joueur et farceur. L’assaut du château sollicite de nombreuses maquettes, comme dans tout bon Godzilla qui se respecte. Le sommet survient au moment du final, lorsque Galgameth devient une gigantesque créature incandescente et crache du feu. Pendant quelques secondes, le petit film familial retrouve quelque chose de la furie de Pulgasari. Le reste est plus laborieux : scénario prévisible, humour puéril, rythme irrégulier et caractérisations minimalistes. Plus embarrassant que véritablement distrayant, Galgameth vaut surtout pour son idée folle : transformer un monstre nord-coréen mangeur de fer en gentil dragon et lui demander, au passage, de sauver un royaume.

 

© Gilles Penso

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THE KISS OF HER FLESH (1968)

Le troisième et dernier volet d’une trilogie consacrée aux exactions d’un tueur psychopathe qui s’en prend à toutes les femmes qu’il croise…

THE KISS OF HER FLESH

 

1968 – USA

 

Réalisé par Michael Findlay

 

Avec Michael Findlay, Uta Erickson, Janet Banzet, Donna Stone, Rita Vance, Suzzan Landau, Earl Hindman, Roberta Findlay

 

THEMA TUEURS I SAGA FLESH

Pour le troisième opus de la trilogie dédiée au tueur psychopathe Richard Jennings, qu’il interprète toujours lui-même sans la moindre demi-mesure, le réalisateur Michael Findlay – fidèlement accompagné de son épouse et co-scénariste Roberta Findlay – change de décor. Après les rues animées et les clubs de striptease underground de New York, nous voilà désormais dans une petite ville enneigée de la Nouvelle Angleterre. Cette ambiance hivernale pousse les personnages à manquer de trébucher chaque fois que leurs pas arpentent les sols glissants – une petite touche d’humour involontaire qu’on ne manquera pas de trouver savoureuse. Mais ce nouveau cadre froid et brumeux n’empêche pas les actrices de se dévêtir à la première occasion venue, bien au contraire. Car les recettes éprouvées de cette mini-saga déviante sont toujours les mêmes : une série de meurtres tordus perpétrés par notre assassin féminicide et beaucoup de séquences d’effeuillage et de galipettes en position horizontale. Si le deuxième opus, The Curse of Her Flesh, était plus élaboré techniquement que son prédécesseur The Touch of Her Flesh, bénéficiant notamment d’une véritable prise de son, nous retrouvons ici les travers du premier film. Tous les dialogues du film sont à nouveau – très mal – doublés par des comédiens qui récitent leur texte sans la moindre conviction.

Tout commence sur une plage. Un homme cagoulé, armé d’un démonte-pneu, agresse une femme puis la ramène dans sa planque, où il la déshabille tandis que sa voix off soliloque : « Vous êtes toutes les mêmes, comme ma femme Claudia. Créatures sales et visqueuses, utilisant leur féminité pour attirer leurs victimes sans méfiance. Je rends service à toute l’humanité à chaque Jézabel que je tue ! » Cet illuminé, on l’a compris, est Richard Jennings, qui continue inlassablement sa croisade contre les « femmes faciles ». Depuis qu’il a découvert l’adultère de son épouse dans le premier film, il massacre à tour de bras tout ce qui porte des jupons et se montre un tantinet frivole. Après cette entame, le générique prend une tournure ludique et décomplexée. Dans The Touch of Her Flesh, il était projeté sur le corps d’une femme en tenue d’Eve. Dans The Curse of Her Flesh, nous le découvrions griffonné sur les murs des toilettes d’un cabaret. Ici, chaque nom est écrit sur un petit papier en forme de bouche et posé sur le corps nu d’une demoiselle. On le voit, les Findlay n’ont rien perdu de leur grivoiserie facétieuse. Mais la suite prête moins au sourire. Car notre psychopathe ligote sa victime et la torture longuement avec la pince d’un crustacé avant de brancher des câbles sur ses boucles d’oreille métalliques et de l’électrocuter. Nous ne sommes pas loin du « torture porn » des années 70, façon Ilsa. La scène est plus suggérée que graphique, certes, mais c’est tout de même une mise en bouche assez gratinée.

Suivez la Flesh

Le scénario s’intéresse alors à Maria (Uta Erickson), qui vient d’apprendre que la jeune femme assassinée était la meilleure amie de sa sœur Dora (Suzzan Landau). Persuadée que le coupable est le tueur Jennings qui fit la une des journaux, elle décide de le traquer et de le tuer elle-même. Voilà qui n’est pas inintéressant. Sauf que la jeune femme va se montrer totalement inefficace, pour ne pas dire laxiste, dans cette mission vengeresse. Elle passe d’ailleurs plus de temps à coucher avec son petit ami ou avec sa sœur (oui, une petite dose d’inceste complète ce cocktail déjà bien chargé) qu’à préparer sa traque. Jennings, lui, poursuit ses meurtres selon des méthodes de plus en plus tordues et invraisemblables. Désormais dissimulé sous l’identité d’un médecin, il prescrit à une malheureuse un gel pour toilette intime qui va se révéler être de l’acide. Lorsqu’il embarque dans sa voiture une autostoppeuse, c’est pour la brûler avec un allume-cigare puis carrément au chalumeau. Mais son modus operandi le plus hallucinant est l’injection dans son propre corps d’un sérum qui transforme son sperme en poison mortel… ce qui sera fatal pour la jeune femme qui lui octroie une petite gâterie ! Volontiers misogyne, le film nous offre une vision très caricaturale de la gent féminine. Toutes sont en effet aguicheuses, obsédées et nymphomanes. Après une course-poursuite finale mal-fichue, le serial-killer est enfin mis hors d’état de nuire, ce que confirme un carton final : « Cest bel et bien la fin de Richard Jennings. » Mais les époux Findlay, eux, ne s’arrêteront pas là, enchaînant dans la foulée avec A Thousand Pleasures.

 

© Gilles Penso

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LE SINGE TUEUR (1940)

Boris Karloff incarne un savant prêt à tout pour poursuivre ses expériences médicales, quitte à profiter de l’évasion d’un redoutable gorille…

THE APE

 

1940 – USA

 

Réalisé par William Nigh

 

Avec Boris Karloff, Maris Wrixon, Gene O’Donnell, Dorothy Vaughan, Gertrude Hoffman, Henry Hall, Selmer Jackson, Jessie Arnold, George Cleveland, Ray Corrigan

 

THEMA SINGES

Transformé en superstar de l’horreur grâce à Frankenstein, La Momie et La Fiancée de Frankenstein, Boris Karloff rejoint ensuite la compagnie de production Monogram Pictures, spécialisée dans les films de genre à tout petit budget. Sous cette égide, il incarne à cinq reprise le détective James Lee Wong, inspiré des récits de Hugh Wiley. Entre 1938 et 1940, il tient donc le rôle principal de Mr. Wong détective, Le Mystère de Mr. Wong, Mr. Wong in Chinatown, The Fatal Hour et La Malédiction, tous mis en scène par William Nigh (un vétéran en activité depuis 1914). Un sixième film de cette série se prépare, mais entretemps Le Fils de Frankenstein triomphe sur les écrans et pousse Monogram à changer d’avis. Si Wong réapparaît dans Phantom of Chinatown, c’est cette fois-ci sous les traits de l’acteur Keye Luke. Karloff, lui, est ramené dans le domaine qui lui sied le mieux : le cinéma d’épouvante. Le voilà donc en tête d’affiche de The Ape, dont le scénario est écrit par Curt Siodmak et Richard Carroll d’après une pièce d’Adam Hull Shirk jouée depuis 1927 sur les planches de Los Angeles. Quant à la mise en scène, elle échoit naturellement à William Nigh. L’ex-monstre de Frankenstein entre ainsi dans la peau d’un savant excentrique – le type de rôle qu’il tenait déjà dans des films tels que Le Fantôme vivant, Le Rayon invisible, Juggernaut, Cerveaux de rechange ou Celui qui avait tué la mort.

Le docteur Bernard Adrian qu’incarne ici Karloff n’est pas à proprement parler un savant fou mais un docteur dont les théories avant-gardistes et les manières austères ont transformé en paria. Contraint de devenir médecin dans une petite ville après que la communauté médicale eut rejeté ses idées, il persiste toutefois à mener ses expériences sur la régénération nerveuse, avec le soutien discret de Jane (Gertrude Hoffman), sa vieille gouvernante muette. Il se donne pour mission de guérir la paralysie due à la polio dont souffre Frances Clifford (Maris Wrixon), une jeune fille de la région, afin quelle puisse enfin épouser son bien-aimé, Danny Foster (Gene O’Donnell). Au terme de nombreux travaux, le docteur détermine que tout ce dont il a besoin, cest de liquide céphalo-rachidien provenant dun autre être humain pour parachever la formule de son sérum expérimental. Mais comment l’obtenir ? Alors que notre bon docteur se creuse les méninges, un singe de cirque féroce nommé Nabu blesse mortellement son dresseur avant de s’échapper de sa cage et de semer la terreur parmi les habitants de la ville. Après avoir erré quelque temps, le gorille finit par sintroduire dans le laboratoire du docteur Adrian. Celui-ci parvient à le tuer avant quil ne puisse lui faire du mal. Et soudain, face à cette dépouille velue, une folle idée lui traverse l’esprit…

Un vrai faux singe

Monogram oblige, le budget est ramené à sa plus simple expression et le tournage du Singe tueur ne dure qu’une semaine, dans la ville californienne de Santa Clarita. Malgré l’utilisation très visible de stock-shots pour toutes les scènes de cirque, William Nigh compose habilement avec son manque de moyens. Les décors et les actions sont limités, certes, mais les acteurs jouent juste et l’intrigue se tient, malgré son postulat parfaitement invraisemblable. Car Le Singe tueur nous plonge dans une mise en abîme intéressante, dans la mesure où le gorille est au départ un acteur dans un costume (Ray Corrigan, habitué à cet exercice) qu’on essaie de faire passer aux yeux des spectateurs pour un vrai gorille. Puis, après sa mort, le savant enfile sa peau et fait croire qu’il est un primate authentique pour pouvoir tuer en toute impunité, sollicitant cette fois-ci la complicité du public qui sait avoir affaire à un homme déguisé. Le « faux vrai » et le « vrai faux » se succèdent donc, se distinguant simplement par la démarche de la bête : simiesque au départ, puis beaucoup plus bipède et humanoïde. Karloff, lui, est toujours à l’aise dans un registre ambigu – mi inquiétant, mi attendrissant. Ici, son personnage motive ses actes par la perte de sa fille – qu’il fut incapable de sauver – et par le transfert qu’il effectue sur Frances. La jeune femme paralysée est donc moins un cobaye à ses yeux qu’un moyen de réparer une erreur passée pour obtenir une sorte de rédemption. Le fait que ce médecin soit un marginal, moqué par l’ensemble de la ville à l’exception de Frances et de sa mère, amplifie sa détermination mais aussi son basculement vers une sorte d’obsession aux frontières de la folie. Cette série B fauchée au concept improbable révèle donc plus de profondeur et de complexités qu’on aurait pu l’imaginer de prime abord.

 

© Gilles Penso

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VHS VIRAL (2014)

Une cape maléfique, un monde parallèle sinistre, un skate-park hanté et un virus numérique sont au programme du troisième opus de la saga VHS…

VHS VIRAL

 

2014 – USA

 

Réalisé par Justin Benson, Aaron Moorhead, Gregg Bishop, Todd Lincoln, Marcel Sarmiento et Nacho Vigalondo

 

Avec Patrick Lawrie, Emilia Ares, Justin Welborn, Emmy Argo, Marian Alvarez, Gustavo Salmeron, Nick Blanco, Chase Newton, Aaron Moorhead, Justin Benson

 

THEMA CINÉMA ET TÉLEVISION I SORCELLERIE ET MAGIE I MONDES PARALLÈLES ET VIRTUELS I ZOMBIES I SAGA VHS

Les deux premiers VHS s’étaient révélés être des affaires rentables : des coûts de production limités et une exploitation largement bénéficiaire grâce à leur multidiffusion sur les plateformes de VOD. Car de tels films trouvent moins leur public en salle qu’en streaming, phénomène accentué par leur mise en forme vidéo qui se prête finalement très bien aux petits écrans. Le troisième opus débarque donc un an après le second et sollicite des metteurs en scène solides déjà auréolés d’un certain prestige auprès des fans du genre. C’est Marcel Sarmiento, co-réalisateur du perturbant Deadgirl, qui ouvre les hostilités avec « Vicious Circles », un segment saucissonné en plusieurs parties pour faire office de fil conducteur entre les autres sketches. Kevin (Patrick Lawrie), vidéaste amateur, filme sans cesse sa petite amie Iris (Emilia Ares) en espérant multiplier le nombre de vues des vidéos qu’il poste sur les réseaux. Soudain, une folle course-poursuite s’engage entre la police et un camion de glaces dans la rue voisine. Kevin ne veut pas en rater une miette, certain de tenir là la vidéo virale idéale. Mais les événements ne tardent pas à dégénérer lorsqu’Iris reçoit un appel vidéo mystérieux et se comporte soudain très bizarrement. Le récit s’interrompt là mais se poursuivra en alternance avec les segments à venir, jusqu’à ce que l’ensemble forme un grand tout.

« Dante the Great », écrit et réalisé par Gregg Bishop (Dance of the Dead), suit l’ascension d’un magicien minable (Justin Welborn) mué du jour en lendemain en émule de David Copperfield grâce à une cape mystérieuse dont il vient de faire l’acquisition et qui aurait appartenu à Harry Houdini. Or ce vêtement hanté réclame des sacrifices humains. Les fantasticophiles repensent alors à la cape maléfique du film à sketches La Maison qui tue, qui transmettait le vampirisme d’hôte en hôte. Ce segment mélange les extraits d’un documentaire d’investigation, des vidéo amateur filmées par le magicien, les images de la webcam de son assistante ou encore l’enregistrement des bodycams des unités d’élite. Si la dernière partie du récit conserve les effets de style du found footage (caméra portée, reports de point), on ne sait pas qui la filme car aucune caméra n’est alors justifiée dans l’action. C’est le gros point faible de « Dante the Great », qui met sérieusement à mal la suspension d’incrédulité des spectateurs malgré un concept plutôt attrayant. Le très talentueux Nacho Vigalondo (Timecrimes, Extraterrestre) prend le relais avec « Parallel Monsters », tourné dans sa langue espagnole natale. L’inventeur Alfonso (Gustavo Salmeron)y travaille sur son tout dernier projet : un prototype de portail interdimensionnel. Lorsquil lactive, il aperçoit un double de lui-même qui vient de faire exactement la même expérience. Poussés par la curiosité, les deux Alfonso décident d’échanger momentanément leurs places et de franchir le portail, chacun muni de sa caméra, afin dexplorer lunivers de lautre pendant quinze minutes. Mais les deux mondes ne sont identiques qu’en apparence… Vertigineux, virtuose, sans cesse surprenant, ce segment alterne le rire et l’angoisse à travers un principe de mondes inversés qui évoque autant Danger planète inconnue que les écrits de Lovecraft et s’achève dans la panique la plus totale.

Youtube à essai

La suite, « Bonestorm », ne démérite pas pour autant, puisqu’elle est signée par le génial duo Justin Benson et Aaron Moorhead (Resolution, Spring). Dans leur sketch, deux skateurs de Los Angeles, un de leurs amis et un cameraman partent à Tijuana, à la recherche d’un spot de skate idéal pour leur dernière vidéo Youtube. L’ambiance sur place est très anxiogène et l’horreur déferle sur eux sans préavis, fruit d’une sorte de malédiction ancestrale. Moorhead et Benson semblent vouloir moderniser l’imagerie des templiers zombies d’Amando de Osorio (La Révolte des morts-vivants et ses suites) tout en convoquant ici aussi l’esprit de Lovecraft, qui deviendra un élément récurrent de la suite de leur filmographie. Plus le segment avance, plus il devient gore et excessif, ne s’interdisant pas quelques gags macabres (une tête de zombie coupée qui continue à claquer de la mâchoire) en brocardant joyeusement la génération Instagram et sa quête désespérée de popularité virtuelle. Ce parti pris justifie le sous-titre Viral et nous ramène à l’épilogue, bouclant le segment « Vicious Circles » sur une note apocalyptique. Malgré ses qualités, ce troisième VHS recevra un accueil plus tiède que ses prédécesseurs, une grande partie du public le jugeant moins original et moins effrayant que les deux autres. Il faudra attendre six ans pour qu’une tentative de relance de la franchise s’opère avec la mise en chantier de VHS 94.

 

© Gilles Penso

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SINBAD ET LE MINOTAURE (2011)

Les mille et une nuits et la mythologie grecque entrent en collision dans ce petit film d’aventures bricolé avec un budget minuscule…

SINBAD AND THE MINOTAUR

 

2011 – AUSTRALIE

 

Réalisé par Karl Zwicky

 

Avec Manu Bennett, Steven Grives, Pacharo Mzembe, Holly Brisley, Jared Robinsen, Terry Antionak, Lily Brown Griffiths, Derek Boyer, Hugh Parker

 

THEMA MYTHOLOGIE I MILLE ET UNE NUITS

Tourné en extérieurs naturels australiens, réalisé par le téléaste Karl Zwicky et produit par le roi du cinéma d’action Mark L. Lester (Class 84, Commando, Firestarter) – qui se réorienta par la suite vers les « creature features » bon marché (Ptérodactyles, Poseidon Rex) -, Sinbad et le Minotaure a l’avantage d’annoncer la couleur dès son titre. Ce mélange annoncé et parfaitement anachronique de l’univers des mille et une nuits avec celui de la mythologie grecque serait-il un hommage aux films de Ray Harryhausen, qui sut donner leurs lettres de noblesses à ces deux mondes fantastiques à travers une ribambelle de merveilles sur pellicule ? Hélas, pas vraiment. Que personne ne cherche dans Sinbad et le Minotaure la moindre parcelle de magie échappée d’un 7ème voyage de Sinbad ou d’un Jason et les Argonautes, sous peine de gravement déchanter. Nous sommes ici en présence d’un « direct to video » bricolé avec un budget ridicule, des acteurs de seconde zone et des effets spéciaux tout juste passables. Pour autant, à condition de ne pas placer ses attentes trop haut, force est de constater que cette petite aventure sans prétention parvient sans trop de mal à nous distraire. 

Le film commence avec un texte qui défile sur fond spatial, comme dans le prologue d’un Star Wars. Mais le reste n’a rien de science-fictionnel. Nous ne sommes pas non plus dans le Hercule de Luigi Cozzi. Après un prologue situé dans l’antiquité grecque, l’intrigue nous projette mille ans plus tard. Le capitaine Sinbad (Manu Bennett) et son fidèle second Karim (Pacharo Mzembe) sont sur les traces du trésor du roi Minos, que l’on dit enfoui au cœur d’un mystérieux labyrinthe. Pour y parvenir, ils s’introduisent dans le camp d’Al Jibbar (Steven Grives), un sorcier cruel dont le look évoque beaucoup son homologue Sokurah (Torin Thatcher) du 7ème voyage de Sinbad, mais aussi le terrifiant Mola Ram (Amrish Puri) d’Indiana Jones et le temple maudit. Al Jibbar possède en effet un parchemin permettant de localiser le labyrinthe. Sur place, Sinbad découvre Tara (Holly Brisley), prisonnière du harem du sorcier qui décide de s’évader pour l’accompagner dans cette aventure. Mais Al Jibbar n’entend pas se faire voler ses biens et poursuit nos héros jusqu’en Crète, flanqué de ses hommes d’arme et de Seif (Jared Robinsen), un redoutable sbire cannibale doté d’une force surhumaine et capable de survivre aux blessures les plus graves…

Foutraque mais distrayant

Loin des interprétations sveltes et sautillantes auxquelles nous ont habitués les films classiques situés dans l’Arabie mythologique, Manu Bennett campe un héros massif et bagarreur plus proche du Lou Ferrigno de Sinbad que du Douglas Fairbanks du Voleur de Bagdad. Transfuge de la série Spartacus – et futur Azog dans la trilogie Le Hobbit -, Bennett manque de finesse mais sait conférer à son personnage un indéniable capital sympathie. Face à lui, le vétéran Steven Grives, second rôle apparu dans une tonne de films depuis la fin des années 60, incarne le super-vilain avec un certain panache. Quant au monstre promis par le titre, il ne s’agit pas de l’homme-taureau que nous étions en droit d’espérer, mais d’un monstrueux quadrupède cornu affublé d’yeux lumineux, réalisé avec des images de synthèse ratées. Chaque fois qu’il galope dans sa grotte en carton-pâte, la caméra s’agite dans tous les sens pour cacher un peu la misère. Si le film se montre chiche en créatures fantasmagoriques, il ne lésine en revanche pas sur certains débordements horrifiques, qui laissent perplexe quant à la cible visée. Seif est ainsi un monstre sinistre au faciès blafard, qui plante ses dents crochues dans le cou de ses victimes pour boire leur sang. À mi-parcours, une secte de morts-vivants vient à son tour s’éveiller pour attaquer Sinbad et ses hommes, le tout agrémenté de quelques morts particulièrement sanglantes. Mal fichu, mal écrit et constamment rattrapé par l’indigence de ses moyens, Sinbad et le Minotaure se regarde pourtant sans déplaisir ni ennui, dès lors qu’on accepte de le juger à l’aune des standards qualitatifs très modestes des productions diffusées sur des chaînes comme Syfy.

 

© Gilles Penso

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HELL HOUSE LLC (2015)

Un petit groupe d’amis investit un hôtel abandonné pour le transformer en attraction d’Halloween, mais le soir de la première, tout dérape…

HELL HOUSE LLC

 

2015 – USA

 

Réalisé par Stephen Cognetti

 

Avec Gore Abrams, Alice Bahlke, Danny Bellini, Theodore Bouloukos, Natalie Gee, Jared Hacker, Phil Hess, Ryan Jennifer Jones, Lauren A. Kennedy, Jeb Kreager

 

THEMA FANTÔMES I SAGA HELL HOUSE

Originaire de Pennsylvanie, Stephen Cognetti étudie le cinéma à la Temple University et commence à réaliser des courts-métrages à la fin des années 2000. « Pendant toutes mes études de cinéma et quand j’étais plus jeune, je n’ai jamais, pas une seule fois, imaginé que je ferais un film d’horreur », avoue-t-il. « Je me suis toujours vu dans la comédie. Tous mes films d’étudiant et les courts-métrages que j’ai réalisés à l’université avaient une tonalité comique. » (1) Cela dit, le genre l’attire beaucoup – il voue un véritable culte à L’Exorciste -, et lorsqu’un de ses amis lui propose de s’embarquer dans un premier long-métrage horrifique, il n’hésite pas une seconde. « J’adore les bâtiments abandonnés et les vieilles maisons désaffectées où se cache une histoire que personne ne connaît », explique-t-il. « J’ai trouvé cette maison à la périphérie de New York, dans le comté de Rockland. C’était une magnifique bâtisse abandonnée, qui dégageait une atmosphère à la fois étrange et inquiétante. C’est de là qu’est née l’histoire de Hell House. » (2) Sachant qu’il ne pourra se payer aucun acteur connu et que les moyens à sa disposition seront très limités, Cognetti passe beaucoup de temps à peaufiner son scénario, qui reposera plus sur son atmosphère pesante que sur des effets de sursauts, et opte pour une mise en forme de « found footage », conforme à son petit budget et à sa fascination pour l’exploration urbaine de lieux désaffectés.

Le film prend la forme d’un documentaire consacré à un drame censé être survenu le 8 octobre 2009 à « Hell House », une attraction de type maison hantée située dans la ville fictive d’Abaddon, dans le nord de l’État de New York. Au cours de cette tragédie, quinze personnes, dont la quasi-totalité du personnel, ont trouvé la mort. La cause de ce chaos est officiellement attribuée à de graves défaillances techniques. Mais la vérité est sans doute plus complexe. Une équipe de documentaristes décide donc de mener l’enquête. Hell House LLC entremêle alors les archives éparses : des interviews, des extraits de journaux télévisés, des investigations tournées à la façon d’un reportage, une vidéo d’un des visiteurs de l’attraction postée sur Youtube, des clichés pris par un photographe, l’enregistrement d’un appel à la police, des photos de l’enquête… et puis « The Hell House Footage », autrement dit une série de vidéos filmées par les organisateurs de l’attraction depuis les préparatifs de la grande première jusqu’au drame. C’est Sara Havel, seule survivante de la catastrophe, qui fournit ces images tournées en coulisse. Mais lorsqu’on l’interroge sur ce qui s’est vraiment passé à Hell House, ses mots restent coincés dans sa gorge…

Double mise en abîme

Même si les codes du found footage n’étonnent plus personne depuis longtemps et même si Stephen Cognetti ne parvient pas totalement à occulter les passages obligatoires induits par un tel exercice (la caméra qui s’agite dans tous les sens, les respirations haletantes, les lampes de poche dans le noir), Hell House se distingue par sa volonté de bâtir son atmosphère sur une montée très lente de l’angoisse. Le réalisateur économise donc ses effets et n’en fait pas trop. Le malaise naît d’un mannequin de clown qui n’est pas là où il devrait être, d’une jeune femme de l’équipe soudain prise de crises de somnambulisme, de bruits bizarres et indéfinissables, d’un piano qui joue tout seul. Surtout, Hell House nous plonge dans une double mise en abîme assez vertigineuse. Nous sommes en effet en présence d’une fausse maison hantée dans laquelle se déroulent vraiment des phénomènes paranormaux, le tout raconté dans un film d’horreur déguisé en vrai documentaire. Toutes ces couches de réalité simulée finissent par nous interroger sur notre rapport à la fiction et sur notre besoin d’histoires d’épouvante. D’où l’efficacité de la légende urbaine qui sert de support au film. Tourné en une quinzaine de jours avec un sens de l’urgence qui transparaît à l’écran, Hell House LLC sort directement le 1er novembre 2016 sur plusieurs plateformes (Amazon, Shudder, YouTube, iTunes) et aurait pu disparaître dans les limbes du streaming. Mais les fans du genre le découvrent, s’en parlent et finissent par lui vouer un petit culte. Au point que le film deviendra le premier jalon d’une véritable saga.

 

(1) et (2) Extraits d’une interview publiée sur HorrorNews.net en octobre 2017

 

© Gilles Penso

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VIVARIUM (2019)

Un jeune couple à la recherche d’un logement visite un lotissement étrange où toutes les maisons sont identiques et ne parvient plus à s’en échapper…

VIVARIUM

 

2019 – IRLANDE / BELGIQUE / DANEMARK

 

Réalisé par Lorcan Finnegan

 

Avec Imogen Poots, Jesse Eisenberg, Jonathan Aris, Eanna Hardwicke, Danielle Ryan, Molly McCann, Côme Thiry, Senan Jennings, Fionn Lockett, Olga Wehrly

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Signataire de plusieurs courts-métrages puis d’un premier long en 2016, Lorcan Finnegan s’attaque avec Vivarium à un récit de science-fiction conceptuelle particulièrement déstabilisant. « Mon co-scénariste Garret Shanley et moi-même avons travaillé ensemble en 2011 sur un court-métrage intitulé Foxes », raconte-t-il. « Ce film était une réaction à la situation politique qui régnait alors en Irlande : des lotissements surgissaient un peu partout. L’économie se portait très bien. Mais la crise a éclaté en 2008. Du coup, beaucoup de ces maisons ont été laissées à l’abandon. On les appelle désormais des “lotissements fantômes”. Nous avons donc situé notre court-métrage dans l’un de ces endroits. Cependant, en tournant ce film, nous nous sommes rendu compte que nous n’avions fait qu’effleurer certains des thèmes que nous explorions. Une fois le tournage terminé, nous nous sommes donc demandé comment nous pourrions approfondir un peu plus le sujet. Nous voulions explorer ces idées sous l’angle de la science-fiction et en faire une histoire bien plus universelle. » (1) Et voilà comment naît Vivarium. Le scénario séduit aussitôt l’actrice Imogen Poots, révélée dans V pour Vendetta et 28 semaines plus tard. En lisant le script, elle pense aussitôt à Jesse Eisenberg, son partenaire de jeu dans The Art of Self-Defense de Riley Stearns, pour lui donner la réplique. Eisenberg accepte tout de suite, attiré par l’atmosphère très singulière que promet de dégager ce film. Le réalisateur cite lui-même parmi ses sources d’inspiration les travaux de David Lynch, Todd Haynes, Michelangelo Antonioni, Nicolas Roegg et Saul Bass.

Gemma, institutrice en primaire, et Tom, paysagiste, forment un jeune couple sans histoire. Lorsqu’ils visitent Yonder, un lotissement flambant neuf aux maisons parfaitement identiques, ils pensent avoir trouvé leur futur chez eux. Mais leur rencontre avec Martin, l’agent immobilier chargé de leur faire visiter la maison n°9, fait rapidement naître un malaise. Étrange, mécanique, presque inquiétant, il leur pose une question en apparence anodine : ont-ils des enfants ? Lorsque Gemma répond non, Martin répète ses mots d’une manière troublante, comme s’il ne faisait que les imiter. Puis, au beau milieu de la visite, l’agent disparaît. Intrigués, Gemma et Tom décident de quitter les lieux. Ils prennent leur voiture, suivent les rues du lotissement… mais, contre toute logique, se retrouvent devant la maison n°9. Ils recommencent. Encore et encore. Les mêmes maisons, les mêmes jardins, les mêmes routes. Yonder semble s’étendre à l’infini, sans aucune issue. Lorsque leur voiture tombe finalement en panne d’essence, le couple n’a plus d’autre choix que de passer la nuit dans la maison. Le lendemain, ils tentent de s’échapper à pied. Mais chaque chemin les ramène invariablement au même endroit : la maison n°9…

Les prisonniers

Le concept de Vivarium est tout à fait digne de La Quatrième dimension. Mais une autre série de la même époque nous vient également à l’esprit. Le 9 étant un 6 inversé, rien n’empêche d’y voir une allusion au Prisonnier. On y trouve la même idée d’un monde aseptisé, charmant mais sans saveur, sans âme, sans personnalité. Tout semble vrai mais tout est faux. La télévision elle-même ne diffuse que des images abstraites qui ressemblent à l’intérieur d’un cerveau. Le minimalisme du dispositif de mise en scène induit une certaine théâtralité, même si Lorcan Finnegan recours à des effets visuels complexes et ambitieux chaque fois qu’il doit montrer l’étendue infinie des maisons du lotissements, ces habitations toutes identiques qui semblent calquer leur architecture sur les peintures de Magritte. Porté à bout de bras par ses acteurs confondant de naturalisme, Vivarium semble presque annoncer avec un an d’avance les angoisses du confinement qu’imposera la pandémie du Covid-19 : l’enfermement, la routine, la répétition inlassable des mêmes journées… Volontairement, Finnegan refuse de nous donner toutes les réponses. S’agit-il d’une expérience scientifique dont les instigateurs restent insaisissables, comme dans Cube ? D’un monde virtuel dans lequel sont plongés malgré eux les protagonistes ? D’un sujet d’étude organisé par des extra-terrestres curieux de notre mode de vie, à la manière de ceux d’Abattoir 5 ? Cette dernière théorie semble être confirmée par les toutes premières images du film, centrées sur un coucou qui dépose son petit dans un nid pour qu’il soit élevé par d’autres oiseaux. On repense alors au roman Les Coucous de Midwich, qui se transforma en 1960 en classique de la science-fiction : Le Village des damnés. Mais cette interprétation n’est jamais confirmée. Vivarium reste donc une énigme, et ce n’est pas le moindre de ses atouts.

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans Subculture Entertainment en juillet 2020.

 

© Gilles Penso

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LA SEPTIÈME PROPHÉTIE (1988)

Alors que des catastrophes en série frappent la planète, un jeune couple qui attend l’arrivée d’un enfant accueille un locataire énigmatique…

THE SEVENTH SIGN

 

1988 – USA

 

Réalisé par Carl Schultz

 

Avec Demi Moore, Michael Biehn, Jurgen Prochnow, Peter Friedman, Manny Jacobs, John Taylor, Lee Garlington, Akosuka Busia, Harry Basil, Arnold Johnson

 

THEMA DIEU, LES ANGES, LA BIBLE

Inscrit dans la vogue d’un cinéma biblico-apocalyptique qui connut son apogée avec La Malédiction de Richard Donner, La Septième prophétie est d’abord un scénario co-écrit par Ellen Green et Clifford Green (qui signèrent quelques années plus tôt celui de Baby, le secret de la légende oubliée). Le titre original The Seventh Sign fait référence aux sceaux mentionnés dans le dernier livre du Nouveau Testament. En découvrant ce script, Carl Schultz se laisse aussitôt séduire. Ce réalisateur d’origine hongroise, qui s’était distingué jusqu’alors avec des drames réalistes, appréhende d’ailleurs moins La Septième prophétie comme un film fantastique que comme un thriller psychologique. « Ce qui ma attiré, cest lhistoire intérieure », explique-t-il. « On peut linterpréter comme quelque chose qui se passe réellement ou comme le fruit de limagination de lhéroïne. » (1) L’ambiguïté quant à la teneur paranormale des phénomènes de plus en plus inquiétants décrits dans le film est donc au cœur du récit et finit par nourrir toute la narration. D’où une approche volontairement minimaliste des effets spéciaux, même si ces derniers sont confiés à des ténors comme Kevin Yagher et Craig Reardon (pour les maquillages spéciaux) et l’équipe de Dream Quest (pour les effets visuels). « Je trouve souvent quil vaut mieux laisser les choses à limagination du public plutôt que de les montrer littéralement », reprend Schultz. « Les monstres les plus terrifiants sont ceux que lon ne voit pas. Nous voulions créer quelque chose d’étrange, dinhabituel, mais qui ait néanmoins lair réel. » (2)

La Septième prophétie nous interpelle dès son entrée en matière, en nous laissant comprendre que d’étranges phénomènes se multiplient aux quatre coins du monde. En Haïti, des milliers de poissons meurent mystérieusement dans une mer devenue brûlante. Au Moyen-Orient, une vague de froid d’une violence sans précédent gèle littéralement un village dans le désert. Et partout où survient l’un de ces événements, un mystérieux voyageur (Jurgen Prochnow) apparaît quelques instants auparavant, ouvre une enveloppe scellée puis disparaît. Au Vatican, le père Lucci (Peter Friedman) est chargé d’enquêter sur ces manifestations qui semblent reproduire les signes annonciateurs de l’Apocalypse biblique. Sceptique, le prêtre refuse pourtant d’y voir une intervention divine et cherche à leur trouver des explications rationnelles. Le scénario s’intéresse alors à Abby (Demi Moore), une jeune californienne enceinte de son premier enfant qui mène une existence tranquille avec son mari Russell (Michael Biehn), un avocat. Pour mettre un peu de beurre dans les épinards, Abby et Russell décident de louer une chambre de leur maison à un homme qui se présente sous le nom de David Bannon… le fameux voyageur qui nous apparaissait en début de métrage. Bientôt, Abby est en proie à des cauchemars récurrents. Alors que les phénomènes catastrophiques se multiplient à travers le monde, elle comprend peu à peu que sa grossesse pourrait être liée à quelque chose qui la dépasse…

Apocalypse Now ?

Après avoir joué les « femmes-enfants » un peu désinvoltes en début de carrière (C’est la faute à Rio, Le Feu de Saint-Elmo, Un été fou fou fou), Demi Moore accède ici pour la première fois à un rôle « adulte », celui d’une future mère de 26 ans qui lui permettra d’élargir son registre et d’entrer officiellement dans la cour des grands. Deux ans plus tard, elle se muera en superstar grâce à Ghost. Frais émoulu de Terminator et Aliens, Michael Biehn forme avec elle un couple crédible, le jeu naturaliste des deux acteurs se heurtant au charisme mystérieux, ténébreux et impénétrable de Jürgen Prochnow (La Forteresse noire, Dune). Selon un schéma avec lequel nous a familiarisés Rosemary’s Baby, la jeune femme enceinte qui sert de point d’ancrage émotionnel est la seule à venir voir le danger surnaturel et bascule dans une sorte de paranoïa qui l’ostracise, dans la mesure où personne, pas même son mari aimant, ne semble prendre ses inquiétudes bizarres au sérieux. Les médecins parlent d’hallucinations, de stress, de culpabilité. Le personnage du prêtre sceptique lui-même trouve des explications triviales et des coïncidences derrière chaque signe ou chaque phénomène attribué à la colère divine, mettant à mal les théories liées à une apocalypse imminente. Mais l’on sent bien que ce qui se prépare transcende la compréhension humaine, que cet homme d’église cache bien son jeu et que David n’a rien d’un locataire ordinaire. Le Jugement Dernier qui semble se préparer met dos à dos toutes les religions, avec à la clé une question cruciale : qui sera sauvé ? Carl Schultz met tout son savoir-faire au service de ce récit oppressant, opérant une montée lente et progressive d’un malaise diffus et insaisissable. Mais les scénaristes, déçus du résultat final, préfèreront être crédités sous des pseudonymes : W.W. Wicket et George Kaplan (clin d’œil à « l’homme qui n’existe pas » dans La Mort aux trousses).

 

(1) et (2) Extraits d’une interview parue dans Cinefantastique en mai 1988.

 

© Gilles Penso

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