LE MONSTRE DES OUBLIETTES (1971)

Un homme enfermé dans une cave pendant des années finit par s’évader et bat la campagne en multipliant les meurtres violents…

THE BEAST IN THE CELLAR

 

1971 – GB

 

Réalisé par James Kelley

 

Avec Beryl Reid, Flora Robson, John Hamill, Tessa Wyatt, T.P. McKenna, John Kelland, David Dodimead, Vernon Dobtcheff 

 

THEMA TUEURS FREAKS

Aussi surprenant que ça puisse paraître, Le Monstre des oubliettes s’inspire partiellement d’une histoire vraie, celle d’une mère qui aménagea dans sa maison une pièce cloisonnée par des murs de briques pour y cacher son fils afin de l’empêcher de partir au front. Le producteur Christopher Neame développe à partir de ce fait réel une idée de film qu’il destine à Tigon Pictures. Le projet porte d’abord le titre de « Young Man, I Think You’re Dying » (« Jeune homme, je crois que vous êtes en train de mourir »), d’après une phrase tirée de la chanson folk traditionnelle Barbara Allen. Après un premier refus, Le Monstre aux oubliettes est finalement validé par la petite compagnie anglaise qui lance la production en mars 1970, en s’associant avec Hemdale. Scénariste du Cadavre qui tue de Sidney J. Furie et de nombreux épisodes de séries TV entre 1961 et 1969, James Kelley fait son baptême de mise en scène en se voyant confier la réalisation du Monstre des oubliettes. Face à ses caméras sont convoquées deux anciennes gloires du cinéma anglais : Flora Robson (Le Narcisse noir, L’Aigle des mers) et Beryl Reid (Faut-il tuer Sister George ?, Barbe d’or et les pirates). Habituées à des budgets plus conséquents, les deux actrices doivent s’adapter aux contraintes de cette micro-production tournée en mars 1970 aux studios Pinewood.

Dans la campagne anglaise, aux abords du paisible village de Littlemore, une série de meurtres visant d’anciens soldats plonge la police dans l’incompréhension. Non loin de là, deux vieilles sœurs, Joyce et Ellie Ballantyne, vivent recluses dans leur maison familiale. Rongées par l’angoisse, elles redoutent que le secret qu’elles ont enfoui des années plus tôt dans leur cave ne soit lié à ces crimes. Leurs craintes se confirment lorsqu’elles réalisent que « la chose » qu’elles avaient murée a disparu. L’arrivée d’une aide-soignante, venue s’occuper de Joyce après une chute, fragilise leur huis clos et fait peu à peu remonter la vérité à la surface. Nous découvrons alors le passé trouble de la famille : un père revenu traumatisé de la Première Guerre mondiale, devenu violent et incontrôlable, et un frère, Stephen, que les deux sœurs ont décidé d’enfermer pour l’empêcher de partir combattre durant la Seconde Guerre mondiale, de peur qu’il ne subisse le même sort. Mais les années d’enfermement ont détruit Stephen. Toujours en vie, désormais libre, il erre comme une créature déshumanisée, guidée par des pulsions meurtrières…

« Tout ce que nous avons fait, c’était pour lui »

Le scénario du film laissait entrevoir un potentiel prometteur que le manque de moyens du film empêche de correctement exploiter. Pour gagner du temps et de l’argent, James Kelley filme en continu d’interminables séquences de bavardages entre les deux sœurs qui font de toute évidence office de remplissage. Théâtrales, statiques, mal rythmées, ces scènes dialoguées émoussent très vite l’intérêt des spectateurs, malgré les agressions commises par la créature meurtrière qui s’insèrent régulièrement dans le montage. Le tueur n’apparaît au grand jour que vers la fin du film. Mais si son ombre recourbée et ses doigts griffus, lorsqu’il gravit un escalier, clignent efficacement de l’œil vers Nosferatu, son apparence enfin révélée confine au grotesque. Comment croire une seule seconde à cette espèce d’homme préhistorique hirsute et barbu ? Les deux actrices principales s’avoueront très déçues par le film. « En ajoutant après coup toute une série d’effets bon marché, les producteurs ont transformé le film pour le rendre plus sanglant et plus horrible que ce que nous avions imaginé », avouera Beryl Reid. « Nous pensions pourtant qu’ils allaient rester fidèle à ce très beau scénario. » (1) Manifestement, il ne reste plus grand-chose de la prose initiale dans le résultat final, et les justifications des deux sœurs en guise d’épilogue (« tout ce que nous avons fait, c’était pour lui ») peinent à nous convaincre. Voilà pourquoi ce film, comme son monstre, a fini par tomber… aux oubliettes.

 

(1) Extrait de l’autobiographie So much love de Beryl Reid, 1985.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

GOOD LUCK, HAVE FUN, DON’T DIE (2025)

Un homme bizarre débarque dans un restaurant de Los Angeles et affirme qu’il vient du futur, en quête de volontaires pour l’aider à sauver le monde…

GOOD LUCK, HAVE FUN, DON’T DIE

 

2025 – USA

 

Réalisé par Gore Verbinski

 

Avec Sam Rockwell, Juno Temple, Haley Lu Richardson, Michael Peña, Zazie Beetz, Asim Chaudhry, Tom Taylor, Georgia Goodman, Daniel Barnett

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS I DOUBLES I MONDES VIRTUELS ET PARALLÈLES

Voilà huit ans que nous n’avions plus de nouvelles de Gore Verbinski. Depuis l’échec critique et commercial du pourtant fascinant A Cure for Life, le réalisateur de Pirates des Caraïbes, du Cercle et de Rango était aux abonnés absents. Le voilà enfin de retour aux commandes de Good Luck, Have Fun, Don’t Die, une fable de science-fiction délirante qui n’est pas sans raviver l’esprit de certains films de Terry Gilliam (on pense notamment à L’Armée des 12 singes, Fisher King ou L’Homme qui tua Don Quichotte). Imaginé par Matthew Robinson, le scénario de ce long-métrage parfaitement inclassable sera passé par de nombreuses itérations. Conçu au départ pour le pilote d’une série TV centrée sur un étudiant en littérature, le récit évolue peu à peu vers un autre format, se structure autour de saynètes à priori indépendantes mais toutes liées à un homme venu du futur, et intègre les progrès constants de l’intelligence artificielle. Le producteur Erwin Stoff tente d’approcher plusieurs réalisateurs avec ce concept atypique, mais c’est Verbinski qui se montre le plus enthousiaste. Habitué à changer radicalement de registre d’un film à l’autre – ce qui explique sa filmographie particulièrement éclectique -, le cinéaste bénéficie ici d’une grande liberté dans la mesure où il s’agit de son premier film indépendant. Libéré de la pression des gros studios, Verbinski compose avec un budget raisonnable de 23 millions de dollars et se lance ainsi dans l’un des projets les plus fous de sa carrière.

Presque méconnaissable sous sa barbe hirsute et son accoutrement invraisemblable fait de bric et de broc, Sam Rockwell joue un homme bizarre qui débarque dans un restaurant de Los Angeles, à 22h10 précises, et affirme à tous les gens présents qu’il vient du futur. Son objectif : réunir une équipe de gens choisis sur place pour l’aider à empêcher la fin du monde. Persuadées qu’elles ont affaire à un sans-abri divagant, quelques personnes présentes dans l’établissement décident de se débarrasser de lui manu-militari. Mais notre homme exhibe alors un dispositif complexe caché sous sa combinaison, relié à un bouton. C’est une bombe, qu’il fera exploser s’il rencontre la moindre résistance. Poursuivant son discours incohérent, l’intrus déclare qu’il en est à sa 117ème tentative et qu’il espère aller cette fois-ci au bout de sa mission. Il s’agit de toute évidence du délire d’un pauvre gars atteint de paranoïa aigue. Mais un détail reste troublant : il connaît plusieurs informations très personnelles parmi les clients et les serveurs. Faut-il pour autant accorder le moindre crédit à ses théories abracadabrantes ?

Technophobie

Dès l’entame du film, Gore Verbinski parvient ainsi à capter l’attention du spectateur et à piquer sa curiosité au vif. Le phénomène d’identification s’active face à cet hurluberlu au look improbable, et les mêmes questions que celles que se pose l’assistance nous titillent aussitôt : y a-t-il la moindre parcelle de vérité dans ce que raconte cet homme ? La narration se fragmente aussitôt, adoptant presque la structure d’un film à sketches, dans la mesure où plusieurs flashbacks s’attardent sur des clients du restaurant et développent des histoires autonomes. Là, le film bascule ouvertement dans une atmosphère science-fictionnelle très proche de celle de la série Black Mirror. On y évoque tour à tour la contamination des esprits via les smartphones, les dangers du clonage, le plongeon dans les réalités virtuelles, le développement de l’intelligence artificielle… Tous ces récits convergent bientôt pour tisser un fil narratif commun qui dépasse en extravagance toutes les attentes. Et si Good Luck, Have Fun, Don’t Die aborde plusieurs fléaux bien réels frappant la société américaine et surtout ses jeunes générations – l’addiction aux réseaux sociaux, les tueries dans les lycées -, c’est sous un angle volontairement excessif et grotesque qui n’atténue pas pour autant son caractère satirique. Certes, cette mise en garde contre l’abus de technologie ne fait pas dans la dentelle et n’hésite pas à chausser de gros sabots pour étayer sa démonstration. Mais on ne pourra pas reprocher à Verbinski son manque d’audace ou d’irrévérence. Il faut voir comment le film visualise les dérives de l’IA générative au cours de son dernier acte ! Nous voilà face à un véritable OVNI, dont le grain de folie n’est pas sans rappeler Everything Everywhere All at Once.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

HORREUR DANS LA VILLE (1982)

Chuck Norris affronte un tueur psychopathe indestructible dans cette variante modernisée du mythe de Frankenstein…

SILENT RAGE

 

1982 – USA

 

Réalisé par Michael Miller

 

Avec Chuck Norris, Ron Silver, Steven Keats, Toni Kalem, William Finley, Brian Libby, Stephen Furst, Stephanie Dunnam, Joyce Ingle, Jay De Plano

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Superstar du cinéma d’arts martiaux depuis que La Fureur du dragon l’a propulsé sur le devant de la scène en 1972, Chuck Norris enchaîne dès lors les films musclés gorgés de testostérone. Lorsqu’il fonde sa propre société Topkick Productions en 1981, c’est pour exercer un contrôle plus grand sur les longs-métrages qui lui donnent la vedette. Horreur dans la ville inaugure ce nouveau label et marque la volonté, chez le moustachu castagneur, de changer un peu de registre. La baston sera toujours à l’honneur, bien sûr, mais dans un registre moins martial et plus urbain. Autre changement de cap : le scénario de Joseph Fraley se laisse à la fois inspirer par les slashers qui fleurissent alors à l’époque sur tous les écrans, mais aussi par le mythe de Frankenstein. Et c’est cette composante fantastique qui attire tout particulièrement le réalisateur Michael Miller, un habitué des séries B d’exploitation (Street Girls, La Prison du viol). Ce dernier va s’efforcer d’accommoder la créature imaginée par Mary Shelley aux codes du cinéma d’action des années 80. Très impliqué, Miller mène des recherches approfondies sur la génétique et la régénération biologique, s’entretenant longuement avec des médecins spécialisés de l’Université de Californie et du Wadleigh Institute de Dallas. Mais pour être honnête, la rigueur scientifique semble être le cadet des soucis scénaristiques de Horreur dans la ville.

Le film s’ouvre sur un plan-séquence de cinq minutes captant en temps réel la névrose galopante d’un homme en sueur, John Kirby (Brian Libby). Excédé par les cris des enfants, à bout de nerfs, il appelle son médecin, tente d’avaler quelques cachets, puis se saisit d’une hache pour jouer les émules de Jack Nicholson dans Shining. Chuck Norris débarque alors, le chapeau de cow boy sur la tête, l’insigne de shérif à la poitrine et le pistolet au poing. En quelques coups de tatane bien sentis, il parvient à stopper le désaxé et à lui passer les menottes. Mais l’homme se comporte comme une bête, possède une force surhumaine, se libère et agresse les policiers, qui vident leur chargeur sur lui. Entre la vie et la mort, Kirby passe les heures qui suivent sur le billard, au sein d’un laboratoire spécialisé dans la recherche génétique. Le médecin qui s’occupait de son cas, le docteur Halman (Ron Silver), constate que son corps a survécu mais que le cerveau est hors service. C’est alors que son collègue le docteur Spires (Steven Keats), émule exalté du futur Herbert West de Re-Animator, décide de lui injecter du mitogène 25, un produit expérimental qui n’a jamais été testé sur un être humain…

Le mort qui tue

Même si l’entrée en matière du film le positionne ouvertement comme une sorte de « psycho-killer » post-Halloween, et même si plusieurs séquences emboîtent le pas de John Carpenter (vues en caméra subjective du tueur engoncé dans une combinaison et armé d’un couteau, musique électronique stressante, jeu du chat et de la souris dans une maison en pleine nuit), Horreur dans la ville tente de mélanger plusieurs genres. Les combats tiennent bien sûr le haut du pavé et permettent à Chuck de se défouler sans garde-fou, quitte à concocter des séquences sans aucun lien avec le scénario ( la bagarre contre les bikers dans le bar). Le film est aussi saupoudré de moments romantico-kitsch et de quelques virgules humoristiques – véhiculées principalement par l’adjoint ventripotent et trouillard du shérif. Horreur dans la ville nous en donne en tout cas pour notre argent, et il faut bien reconnaître que ce tueur monolithique et enragé incarné par Brian Libby parvient à procurer quelques jolis frissons. En confiant à son frère Aaron Norris non seulement la production associée du film mais aussi la supervision des cascades, Chuck sait que les séquences d’action satureront l’écran avec ampleur. La tôle froissée, les chutes dans le vide, les torches humaines, les explosions et les fusillades s’enchaînent ainsi sur un tempo d’enfer, notamment au cours du climax où notre héros doit trouver le moyen de répondre à cette question cruciale : comment éliminer un monstre indestructible ? Cette incursion dans le fantastique restera un cas isolé dans la carrière du futur Walker Texas Ranger, qui passera les années suivantes à consolider son image de justicier américain imperturbable.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

POWER RANGERS – LE FILM (1995)

Les joyeux super-héros multicolores calqués sur leurs émules japonais vivent leur première aventure au cinéma…

MIGHTY MORPHIN POWER RANGERS

 

1995 – USA / JAPON

 

Réalisé par Bryan Spicer

 

Avec Karan Ashley, Johnny Yong Bosch, Steve Cardenas, Jason David Frank, Amy Jo Johnson, David Yost, Jason Narvy, Paul Schrier, Paul Freeman

 

THEMA SUPER-HÉROS

Lancée en 1993, la série Power Rangers s’est rapidement imposée comme un véritable phénomène télévisuel mondial. Le concept repose pourtant sur une réappropriation culturelle très étrange, visant à faire passer un produit purement japonais pour une création américaine. Car cette idée d’une équipe d’adolescents capables de se transformer en super-héros colorés pour affronter des créatures monstrueuses n’est évidemment pas nouvelle. Ceux qui découvrirent Bioman dans les années 80 le savent bien. Produite aux États-Unis par Haim Saban, la série Power Rangers recycle d’ailleurs massivement des images d’action issues du show japonais Kyōryū Sentai Zyuranger, appartenant à la franchise Super Sentai. Les scènes de combat en costumes sont donc directement importées, tandis que les séquences avec les acteurs américains sont tournées spécifiquement pour le marché occidental. Face au succès fulgurant de la série, l’idée d’un passage au cinéma s’impose rapidement. En 1995 sort donc Power Rangers – le film, premier long-métrage consacré à la franchise. Doté d’un budget bien supérieur à celui de la série, le film ambitionne de proposer une version plus spectaculaire et plus ample de l’univers, avec de nouveaux costumes, des effets spéciaux modernisés et une mise en scène pensée pour le grand écran.

Ce passage au cinéma s’accompagne d’un choix narratif particulier, dans la mesure où le film ne s’inscrit pas réellement dans la continuité stricte de la série. S’il reprend les personnages principaux et leurs interprètes, il propose en effet une variation indépendante de leur histoire. Les héros y acquièrent des pouvoirs ninjas et de nouveaux costumes dans un contexte différent de celui développé à la télévision, à l’issue d’un voyage sur une planète lointaine où ils rencontrent une princesse en bikini nommée Dulcea. C’est elle qui leur transmet sa sagesse et leurs capacités hors-normes. Cette semi-autonomie permet au film de rester accessible aux néophytes, tout en offrant aux fans une relecture plus spectaculaire. En ce sens, Power Rangers- le film constitue à la fois une extension et une parenthèse dans l’univers de la série. Les protagonistes sont toujours six adolescents qui semblent échappés d’une sitcom : Tommy, Kimberly, Adam, Billy, Rocky et Aisha. Ici, ils affrontent le redoutable Ivan Ooze, qui avait été emprisonné dans un œuf géant il y a six mille ans et qui vient de s’échapper…

Caoutchouc et images de synthèse

Certes, le budget s’est amplifié et les effets spéciaux tentent d’amorcer un virage high-tech, mais au fond rien n’a changé. Nous sommes toujours face à un méchant caoutchouteux, servi par des sbires non moins caoutchouteux, avec à son service des monstres grands comme des maisons, qui se prépare à conquérir la Terre, et qui se heurte à six sosies des héros de Bioman, eux aussi multicolores et pilotant un robot géant à la Transformers. Contrairement à ses ancêtres télévisés, ce Power Rangers grand format ne fait pas interpréter ses créatures géantes par des acteurs costumés mais par des images de synthèse pas spécialement soignées – malgré de jolis effets de reflets chromés et un souci d’interaction avec les prises de vues réelles. Jurassic Park fait naturellement des émules, mais la tentative reste encore très maladroite. Le film réserve tout de même quelques moments plaisants, comme lorsque les jeunes héros, privés de leurs pouvoirs, se rendent sur une planète où ils rencontrent une splendide amazone et un squelette de dinosaure encore très vivace. Pendant ce temps, sur terre, le méchant Ooze (Paul Freeman, habitué aux rôles de salauds depuis Les Aventuriers de l’arche perdue) transforme les adultes de la Terre en zombies, façon « body snatchers ». La saga se poursuivra ensuite sur les petits écrans, jusqu’à un reboot cinématographique en 2017.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

SAINT ANGE (2004)

Pour son premier long-métrage, Pascal Laugier transporte Virginie Ledoyen dans un orphelinat des années 50 qui abrite un sombre secret…

SAINT ANGE

 

2004 – FRANCE

 

Réalisé par Pascal Laugier

 

Avec Virginie Ledoyen, Lou Doillon, Dorina Lazar, Catriona MacColl, Virginie Darmon, Jérôme Soufflet, Marie Henry

 

THEMA FANTÔMES

Proche de Christophe Gans, qu’il accompagne sur le tournage du Pacte des loups pour réaliser le making of du film, Pascal Laugier profite du pied à l’étrier que ce dernier lui propose pour mettre en scène son premier long-métrage. Très impliqué en tant que producteur, Gans s’exprime directement sur le site officiel d’ARP, le distributeur de Saint Ange, pour expliquer à quel type d’œuvre nous avons affaire. « Saint Ange n’est ni un film d’horreur, ni un thriller, encore moins un drame psychologique », dit-il. « C’est un film de mystères, genre un peu oublié qui a pourtant donné au cinéma français quelques-uns de ses plus beaux fleurons poétiques des années 1940 à 1950 : Les Disparus de Saint-Agil, Sortilèges, Marianne de ma jeunesse, Les Diaboliques ». En citant les classiques de Christian-Jaque, Julien Duvivier ou Henri-Georges Clouzot, Gans met en lumière le caractère atemporel de Saint Ange, qui se nourrit ainsi de tout un pan du patrimoine cinéphilique français. Le film de Laugier vise malgré tout le marché international, ce qui implique un tournage en deux langues. Chaque plan est donc joué successivement en français puis en anglais. Quant aux décors, ils sont captés en Roumanie, dans les Castel Film Studios de Bucarest qui accueillirent d’innombrables séries B produites par Charles Band.

Nous sommes à la fin des années cinquante, dans les Alpes françaises. Anna (Virginie Ledoyen), une jeune femme dont on ne sait pas grand-chose, est engagée pour nettoyer Saint Ange, un orphelinat qui ferme ses portes à la suite de la mort brutale et mystérieuse d’un des petits garçons qu’il accueillait. Enfermée dans cette bâtisse avec pour seule compagnie Judith (Lou Doillon), une orpheline adulte qui se comporte comme un enfant, et Illinca (Dorina Lazar), la gouvernante et cuisinière des lieux, Anna cache un lourd secret : elle est enceinte de plusieurs mois. À force de passer de longues journées seule dans les locaux vides de Saint Ange, elle finit par entendre des bruits de pas, des chuchotements et parfois même des rires. De plus en plus troublée, la jeune femme de ménage se convainc que des enfants sont cachés quelque part dans la maison. Elle décide donc de mener une enquête qui finit par prendre une tournure obsessionnelle, et qui permettrait peut-être d’éclaircir les circonstances de l’accident mortel ayant provoqué la fermeture de l’orphelinat…

Longs préliminaires…

D’un point de vue formel, Saint Ange est une merveille. La mise en scène de Laugier est d’une grande élégance, la photo est somptueuse, le montage au cordeau, et le compositeur Jo LoDuca (la trilogie Evil Dead, Le Pacte des loups) écrit pour l’occasion l’une des musiques les plus belles et les plus lyriques de sa carrière. Le film retrouve l’ambiance du cinéma d’épouvante espagnol, qui connaîtra son heure de gloire trois ans plus tard avec L’Orphelinat. Cultivant une certaine imagerie gothique à l’ancienne (la jeune femme en nuisette qui erre dans les couloirs avec une lanterne), Laugier semble aussi vouloir rendre hommage à l’atmosphère de plusieurs films de Lucio Fulci (ce que semble confirmer la présence de Catriona MacColl en directrice sévère et revêche). En filmant souvent son héroïne à travers l’objectif d’une caméra qui rampe le long du sol ou glisse au milieu d’objets à l’avant-plan, le réalisateur laisse entrevoir de manière presque inconsciente une menace sourde. Les voix d’enfants, quant à elles, suggèrent autant des fantômes du passé que les tourments intérieurs d’une jeune femme hantée par une maternité non désirée. Saint Ange redouble donc de qualités et d’idées visuelles saisissantes, comme cette traversée d’un miroir et cette longue descente en monte-charge qui se réfèrent directement à Lewis Caroll. Mais force est de constater qu’il ne se passe pas grand-chose dans ce film. Les dialogues évoquent des « enfants qui font peur » mais que nous ne voyons quasiment jamais, les personnages s’agitent sans nous laisser comprendre leurs motivations, les séquences étranges s’enchaînent de manière répétitive… Bref il nous semble assister à 100 minutes de préliminaires sans climax ni résolution. Malgré la beauté plastique du film, l’expérience se révèle finalement très frustrante.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

PROJET DERNIÈRE CHANCE (2026)

Ryan Gosling fait une rencontre du troisième type au cours d’une mission spatiale pour raviver le soleil mourant…

PROJECT HAIL MARY

 

2026 – USA

 

Réalisé par Chris Miller & Phil Lord

 

Avec Ryan Gosling, James Ortiz, Sandra Hüller, Ken Leung, Liz Kingsman, Milana Vayntrub, Lionel Boyce

 

THEMA SPACE OPERA I EXTRA-TERRESTRES

Depuis leur éviction du tournage de Solo pour Lucasfilm en 2016, on n’avait plus revu Phil Lord et Chris Miller derrière la caméra. Projet dernière chance était donc attendu au tournant, afin de vérifier la capacité des deux trublions à mener un projet à terme dans une industrie de plus en plus corporatiste. Si Amazon MGM Studios a le mérite d’allouer un budget de 200 millions de dollars à des « auteurs » et de sortir le film en salles, on est désormais familier du cahier des charges établi par les plateformes de streaming. Et dans le cas présent, il ne fait aucun doute qu’il a été respecté à la lettre par Miller et Lord. Projet dernière chance est la seconde adaptation d’un roman d’Andy Weir par Drew Goddard, après Seul sur Mars. En 2015, ce « McGyver dans l’espace » réalisé par Sir Ridley Scott avait connu un inespéré succès critique et public, bien que la décontraction ambiante du film ne lui permit pas de trouver sa place au palmarès des grands films d’exploration spatiale tels que 2001 l’odyssée de l’espace ou Interstellar, d’illustres modèles à côté desquels Projet dernière chance fait à nouveau bien pâle figure, tant il s’avère dérivatif de tout ce que le genre nous a offert depuis quarante ans : Sunshine, Gravity, Wall-E, Passengers, Oxygène, Ad Astra, voire même Armageddon. Le sauveur de l’humanité, Ryland Grace (Ryan Gosling – en mode Fall Guy plutôt que First Man), forcément américain malgré le casting alibi de seconds rôles sortis d’une publicité pour Benetton, est ici aussi un parfait anti-héros débonnaire qui, chez Michael Bay ou Roland Emmerich, aurait suscité bien des critiques. Toutes ces références (emprunts ?) font partie du vocabulaire méta de Lord et Miller, mais elles offrent à Amazon un produit familier, sans rugosité, caressant le spectateur dans le sens du poil. Même la bande originale de Daniel Pemberton trahit certains morceaux ayant servi de musique temporaire, notamment les passages désarticulés et loufoques composés par Thomas Newman pour Wall-E ou les accords écrasants de Hans Zimmer pour Interstellar. Pour quiconque attend une « vraie » proposition de cinéma, les 2h36 de projection les laisseront sur leur faim, à moins de s’amuser à repérer les morceaux qui constituent ce best-of de la SF.

Projet dernière chance commence par une mauvaise nouvelle : le soleil est en train de s’éteindre car des particules appelées « astrophages » le consument. Heureusement, une étoile voisine du soleil, non affectée, semble posséder des « anticorps ». La mission, si vous l’acceptez, est d’aller récupérer ces cellules saines, les cultiver et soigner le soleil. Dit comme ça, ça a l’air aussi simple qu’un exposé de Michel Chevalet, mais rappelons que dans ses romans, Andy Weir n’établit pas une thèse universitaire. Il use au contraire de vulgarisation et de libertés scientifiques pour offrir à son Robinson de l’espace de multiples problèmes à résoudre, préservant l’illusion de la plausibilité scientifique et se focalisant sur la résolution technique plutôt que sur la philosophie et la métaphysique. De la science-fiction ludique pour les fans de jeux vidéo et d’escape games, en quelque sorte. Pourquoi pas après tout ? D’autant que cela correspond parfaitement aux aspirations de Miller et Lord. La menace d’extinction pesant sur l’humanité n’est tout simplement pas traitée et fait office de prétexte pour le sujet principal du film : la relation entre Ryland Grace et Rocky, un extraterrestre arachnide minéral aussi amical et candide que le Numéro 8 de Short Circuit, prenant vie à l’écran grâce à l’expertise animatronique du vétéran Neal Scanlan (Oz, un monde extraordinaire, Babe, Le Réveil de la Force, la série Andor). Comme dans Enemy de Wolfgang Petersen, Projet dernière chance se focalise sur l’amitié naissante des deux compagnons de fortune, en expédiant rapidement les formalités d’usage. Le mystère du premier contact avec une forme de vie étrangère et la résolution du problème de la langue sont ainsi évacués via un montage musical émaillé de gags, amusants si le spectateur espère retrouver l’humour de 21 Jump Street ou The Lego Movie, navrants s’il s’attend à une odyssée spatiale plus sérieuse. D’autant que la facilité avec laquelle les deux êtres parviennent à se comprendre annihile complètement l’exotisme de la rencontre. Rocky aurait pu tout aussi bien parler anglais dès le départ, comme un extraterrestre d’un épisode de la série Star Trek originale, que la progression dramatique de Projet dernière chance n’en aurait pas souffert.

2001 Jump Street

Quel a été l’influence de Lord et Miller sur le ton du film ? On sait que la productrice Kathleen Kennedy et le scénariste Jon Kasdan leur avaient reproché de transformer Solo en comédie d’action avant de les limoger. Et s’ils avaient adopté exactement le même parti pris sur Projet dernière chance, avec cette fois-ci la bénédiction d’Amazon MGM ? Au vu du résultat, la décision à priori injuste de Lucasfilm mérite d’être reconsidérée sous une lumière différente. On connaît leur propension à tirer leurs scénarios vers le second degré et la parodie, qui fonctionne à merveille dans 21 Jump Street et sa suite, dans La Grande aventure Lego et même dans le délicieusement déjanté Tempête de Boulettes géantes. Ici, elle dessert plutôt les ambitions du projet, dont la simplicité et la linéarité dramatiques peinent à justifier une durée excessive. Car la narration en flashbacks est un simple prétexte pour se passer d’une exposition classique et ouvrir le film dans l’espace en cours de mission, en fournissant par la suite au spectateur les quelques informations nécessaires à l’explication d’un contexte qui n’a finalement que peu d’incidence sur le « buddy movie » au cœur de l’histoire. On peut même se demander si Projet dernière chance n’a pas été envisagé à la base pour être monté dans l’ordre chronologique, avant que la structure « enrôlement / entrainement / mission » ne soit jugée lassante pour le spectateur avant même le décollage de la fusée. N’oublions pas que, production Amazon oblige, le film servira avant tout de produit d’appel pour la plateforme Prime, et qu’une sortie en salle et un tournage en IMAX ne signifient pas forcément que Projet dernière chance soit pensé pour le grand écran. En témoignent de nombreux gros plans, une mise en scène confinée à des espaces restreints et une profondeur de champ limitée en conséquence. De ce point de vue, on comprend mieux la dilution et la schématisation des enjeux, ainsi que le rythme lâche, qui trahissent probablement la volonté de s’accommoder au « second screen viewing », ce nouveau fléau consistant à consulter son téléphone pendant le visionnage d’un programme chez soi… et parfois même au cinéma ! Si vos paupières deviennent trop lourdes pendant le film après une longue journée de travail, rassurez-vous : dans l’espace, personne ne vous entendra ronfler !

 

© Jérôme Muslewski

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

ANGOISSE SUR LA LIGNE (1988)

Après avoir composé par erreur un numéro de téléphone maudit, une jeune femme se confronte à des âmes tourmentées qui sèment la mort autour d’elle…

DIAL HELP / MINACCIA D’AMORE

 

1988 – ITALIE

 

Réalisé par Ruggero Deodato

 

Avec Charlotte Lewis, Marcello Modugno, Mattia Sbragia, Carola Stagnaro, Victor Cavallo, Carlo Monni, William Berger, Giorgio Tirabassi, Jole Silvani, Cesare De Vito

 

THEMA FANTÔMES I OBJETS VIVANTS

Les amateurs de cinéma fantastique se souviennent du joli minois de Charlotte Lewis, qui partageait la vedette avec Eddie Murphy pour sauver « l’enfant sacré du Tibet » dans Golden Child. Mais avec Angoisse sur la ligne, nous changeons clairement de registre. Si le surnaturel est toujours de la partie, le public visé est beaucoup plus adulte, ce vieux roublard de Ruggero Deodato ayant décidé de tout miser sur le physique de son actrice/mannequin et de concocter un étrange thriller érotico-horrifique. L’homme par qui arriva le scandale, à l’époque de Cannibal Holocaust, suit comme souvent les phénomènes de mode. Après avoir sacrifié aux vogues successives des films catastrophe (S.O.S. Concorde), des aventures post-apocalyptiques (Les Prédateurs du futur), des slashers (Body Count) ou de l’heroic-fantasy (Les Barbarians), il arpente la voie de ce qu’on pourrait appeler le « neo-giallo », inspiré tardivement par les classiques de Mario Bava et Dario Argento. Cette tendance, à laquelle il s’essaya en 1987 avec Le Tueur de la pleine lune, se poursuit à l’occasion d’Angoisse sur la ligne, dont le scénario ne recule devant aucune aberration pour tenter de secouer les spectateurs.

Charlotte Lewis incarne Jenny, un jeune mannequin anglais qui tente de percer après son installation à Rome. Alors qu’elle tente de renouer avec son ex-petit ami, elle compose par erreur le numéro d’un centre de soutien psychologique pour personnes solitaires, depuis la cabine téléphonique d’un bar fermé depuis des années. Cet appel libère soudain les âmes de ceux qui se sont suicidés après avoir cherché en vain du réconfort dans ce centre. Désormais, un canal de communication s’établit entre ces âmes tourmentées, qui hantent les locaux abandonnés, et la jeune femme, via les appareils téléphoniques. Ces derniers tuent tous ceux qui se mettent en travers de son chemin. Alors que les morts violentes se succèdent dans son entourage, Jenny tente de trouver du réconfort après de Riccardo (Marcello Modugno), un jeune étudiant qu’elle a récemment rencontré. Mais comment stopper cette malédiction venue d’outre-tombe ?

Les énergies non identifiées

Quelques idées auraient pu être exploitées, avec plus ou moins de bonheur, dans ce récit abracadabrant coécrit par Deodato, Joseph Cavara et Mary Cavara : l’énergie malfaisante voyageant de téléphone en téléphone, les voix des interlocuteurs devenues prisonnières des appareils… Hélas, Angoisse sur la ligne accumule les incohérences, les inepties et les absurdités avec une telle constance qu’il finit par constituer un véritable cas d’école. Difficile de prendre au sérieux un film dans lequel un éminent scientifique, autoproclamé « plus grand expert mondial des énergies non identifiées », affirme avec un aplomb imperturbable : « Les énergies de l’amour et de la haine circulent à travers l’univers. Dans certaines conditions, elles se condensent et se concentrent dans une pièce. Ces dépôts d’énergie cherchent alors un moyen de s’échapper. Ils peuvent être si puissants qu’ils amplifient et séduisent la personne qui les a libérés. » L’intrigue se contente dès lors d’enchaîner les scènes de meurtres perpétrées par des appareils téléphoniques : une cabine qui recrache ses pièces avec la virulence d’une rafale de fusil, une sonnerie stridente qui fait exploser un pacemaker, des câbles qui se mettent à serpenter pour étrangler leurs victimes… Pour tenter de relancer l’intérêt du spectateur, Deodato exhibe son actrice principale en petite tenue durant le dernier acte, jusqu’à un climax qui repousse allègrement les limites du ridicule. La chanson ultra kitsch « Baby Don’t Answer, Baby Don’t Answer the Phone », composée par Claudio Simonetti, parachève joyeusement le massacre.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

STREET FIGHTER (1994)

Jean-Claude Van Damme bande les muscles et affronte Raul Julia dans cette adaptation ratée du célèbre jeu vidéo Capcom…

STREET FIGHTER

 

1994 – USA / JAPON

 

Réalisé par Steven E. de Souza

 

Avec Jean-Claude Van Damme, Raul Julia, Kylie Minogue, Damian Chapa, Ming-Na Wen, Simon Callow, Byron Mann, Roshan Seth, Andrew Bryniarski, Grand L. Bush

 

THEMA SUPER-HÉROS

Quelques mois à peine après la production du film animé Street Fighter II réalisé par Gisaburô Sugii, Capcom initie une autre adaptation du célèbre jeu, en « live action » cette fois-ci. Steven E. de Souza, le réalisateur choisi pour ce blockbuster, n’a pas une grosse expérience derrière la caméra (deux téléfilms et un épisode des Contes de la crypte), mais ses crédits de scénariste lui permettent d’emporter le morceau. Nous lui devons en effet les scripts de 48 heures, Commando, Jumpin’ Jack Flash,Running Man, Piège de cristal, 58 minutes pour vivre, bref du gros calibre. Le rôle du grand méchant est confié à Raul Julia, inoubliable Gomez de La Famille Addams de Barry Sonnenfeld. Atteint d’un cancer de l’estomac incurable, l’acteur accepte tout de même le job pour faire plaisir à ses enfants, fans inconditionnels de « Street Fighter ». Son comportement affable sur le tournage reste un souvenir fort pour toute l’équipe du film. On ne peut pas en dire autant de Jean-Claude Van Damme, la superstar en tête d’affiche. À l’époque très accroc à la cocaïne, le Belge adepte du grand écart arrive en retard sur le plateau, multiplie les caprices, rate bon nombre de ses prises, bref provoque une série de retards qui poussent De Souza à déchirer plusieurs pages du scénario pour pouvoir tenir les délais.

Le film est tourné en Thaïlande, là où se déroule l’action décrite dans le script. Une guerre civile y oppose les forces du général Bison (Julia), un redoutable baron de la drogue, et les Nations Alliées dirigées par le colonel William F. Guile (Van Damme). Lors d’un coup d’éclat, Bison capture une soixantaine de travailleurs humanitaires et exige lors d’une émission en direct que Guile lui verse une rançon de 20 milliards de dollars américains dans un délai de trois jours. Le fier officier refuse et jure de traquer le super-vilain pour le traduire en justice. Savant fou sur les bords, Bison ordonne que l’un de ses otages, Carlos Blanka (Robert Mammone) soit transformé en super-soldat. Et c’est le docteur Dhalsim (Roshan Seth), un autre captif du général maléfique, qui est chargé de l’expérience scientifique. Pris de remord, ce dernier modifie secrètement la programmation cérébrale pour préserver l’humanité du cobaye. Entretemps, Guile monte une petite équipe de mercenaires pour partir traquer Bison. Mais cette mission ne sera pas de tout repos.

Vaya Con Dios

Street Fighter est un film qui se regarde distraitement puis s’oublie aussitôt, malgré la volonté manifeste du réalisateur d’en mettre plein la vue. L’intrigue se déroule apparemment dans un futur proche, mais les éléments de science-fiction restent chiches, se limitant à un pseudo-monstre et à quelques super-pouvoirs. Soucieux de refléter au mieux le jeu vidéo dont il s’inspire, le film aligne pas moins d’une dizaine de protagonistes et autant de méchants, tous embarqués dans une intrigue pour le moins sommaire. Le dernier acte se résume ainsi à un vaste montage parallèle où s’enchaînent divers affrontements entre héros et vilains, plus ou moins acrobatiques, mais qui laisseront sans doute de marbre les amateurs de cinéma d’action made in Hong Kong. La lutte du sumo Honda contre le bibendum de service, au milieu de maquettes urbaines, constitue un clin d’œil avoué à Godzilla, tandis que le duel entre Raul Julia et Jean-Claude Van Damme évoque celui opposant l’Empereur à Luke dans Le Retour du Jedi. Comme dans les James Bond, le repaire des méchants finit par être investi par la cavalerie et, après la fusillade de mise, disparaît dans une spectaculaire explosion. De tout ce casting choral, Raul Julia est finalement le seul à tirer son épingle du jeu. Pour façonner son Bison, l’acteur s’inspire de plusieurs dictateurs célèbres (Mussolini, Staline, Escobar ou Hitler) dont il reprend les traits de caractère et la gestuelle. Ce sera hélas sa dernière apparition à l’écran et son champ du cygne. Il s’éteindra quelques mois après la sortie du film, qui lui est dédié via cette dédicace : « For Raul Vaya Con Dios. »

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

LE SIFFLET (2025)

Un objet macabre d’origine précolombienne tombe dans les mains d’un groupe de lycéens, qui ont la mauvaise idée de souffler dedans…

WHISTLE

 

2025 – CANADA / IRLANDE

 

Réalisé par Corin Hardy

 

Avec Dafne Keen, Sophie Nélisse, Sky Yang, Jhaleil Swaby, Ali Skovbye, Percy Hynes White, Mika Amonsen, Michelle Fairley, Stephen Kalyn, Nick Frost

 

THEMA MORT

Réalisateur de deux films d’horreur relativement confidentiels (Blood Fest et Mercy Black), Owen Egerton développe d’abord l’idée du Sifflet sous forme d’une nouvelle, avant d’en tirer le scénario d’un long-métrage. C’est Corin Hardy, signataire du peu mémorable La Nonne issu du « Conjuring Cinematic Universe », qui se charge de la mise en scène. Férus de cinéma de genre, les deux hommes décident de truffer Le Sifflet de références et de clins d’œil. Nous avons donc droit à un enseignant qui s’appelle Craven, à une lycéenne nommée Browning, à l’usine sidérurgique Verhoeven ou à la boîte à cigares Muschietti. Ces petits coups de coude sont bien sûr conçus pour s’attirer la complicité du public, mais n’empêchent pas le film de cumuler un grand nombre de lieux communs. Dès l’entame, nous découvrons donc l’archétype de l’adolescente marginale et solitaire qui vient s’installer dans une nouvelle ville et un nouveau lycée, griffonne des dessins dans son cahier, s’habille un peu « grunge » et écoute des chansons aux paroles déprimantes : « Desperate Times », « Social Suicide », « In the Dark and Lonely Night »… Ce mix cafardeux nous rappelle la playlist dépressive qu’écoutait l’héroïne du parodique Mords-moi sans hésitation.

Ce « cliché ambulant » est une jeune fille au prénom improbable, Chrysantemum (Dafne Keen) – Chrys pour les intimes. Bouleversée par la mort de son père, cette ancienne junkie emménage avec son jovial cousin décoloré Rel (Sky Yang) et découvre ses nouveaux camarades lycéens : la blonde populaire Grace (Ali Skovbye), son petit-ami sportif Dean (Jhaleil Swaby) et la sympathique Ellie (Sophie Nélisse) qui lui tape rapidement dans l’œil. En ouvrant son casier, Chrys tombe sur un objet étrange d’origine précolombienne : un sifflet antique en forme de crâne. Or les spectateurs ont un coup d’avance, puisque la scène prégénérique nous a montré le basketteur vedette du lycée, en possession de cet artefact antique, mourir dans des conditions spectaculaires : calciné dans sa douche après être entré en contact avec un homme en flammes. Le mystère est encore entier mais la menace très palpable. En retenue après une altercation dans les couloirs, nos élèves vedette sont surveillés par un professeur (Nick Frost) qui confisque le sifflet. Une fois seul, il souffle dedans. Les conséquences seront catastrophiques…

Souffler n'est pas jouer

Si l’on passe outre la galerie de personnages stéréotypés que met en scène Le Sifflet, il faut reconnaître que les séquences d’épouvante concoctées par Corin Hardy ne manquent ni d’efficacité ni d’impact, comme par exemple cette course-poursuite cauchemardesque dans le labyrinthe d’une fête foraine. Le design de l’objet lui-même est une jolie réussite, suscitant par sa seule présence d’irrépressibles frissons. Et lorsque la mort frappe, la retenue n’est plus de mise et le sang éclabousse l’écran avec une belle générosité. Mention spéciale pour le déchiquetage d’un lycéen par une force invisible, réminiscence ultra gore d’une des scènes les plus marquantes de Looper. Mais toutes ces belles qualités formelles ne cachent pas le sentiment de déjà-vu qui plane tout au long du métrage. La mécanique narrative évoque beaucoup d’autres films d’horreur – Smile, La Main, The Monkey et surtout la franchise Destination finale -, tandis que cette convocation des peurs intimes se retournant contre les jeunes héros nous ramènent directement à Ça. Dommage que le savoir-faire de Hardy ne soit pas mis au service d’un concept plus novateur et de protagonistes plus étoffés.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

SOLARIS (2002)

Dans ce remake du classique de Tarkovsky, produit par James Cameron et réalisé par Steven Soderbergh, George Clooney affronte l’inconnu à l’autre bout de l’univers…

SOLARIS

 

2002 – USA

 

Réalisé par Steven Soderbergh

 

Avec George Clooney, Natascha McElhone, Viola Davis, Jeremy Davies, Ulrich Tukur, John Cho, Morgan Rusler, Shane Skelton, Donna Kimball, Michael Ensign

 

THEMA SPACE OPERA

Grand amateur de littérature de science-fiction depuis son adolescence, James Cameron a longtemps caressé l’envie de réaliser une adaptation de Solaris de Stanislaw Lem. Le roman, on le sait, fit déjà l’objet d’un film en 1972, réalisé par Andreï Tarkovsky et considéré par beaucoup comme un classique du genre, sorte de « pendant russe » de 2001 l’odyssée de l’espace. Mais le père de Terminator aimerait tenter sa chance à son tour en injectant dans le roman original sa propre sensibilité. Après cinq ans de négociations pour récupérer à la fois les droits du livre et ceux du film de Tarkovsky, Cameron se sent prêt. Sauf qu’entretemps, son planning s’est lourdement chargé. Accaparé par la finalisation de Titanic et la production de la série Dark Angel, il doit passer la main. Si sa compagnie Lightstorm Entertainment reste à la tête du projet, un autre réalisateur est sollicité, en l’occurrence Steven Soderbergh, qui sort alors tout juste de Traffic. « Ce que j’aurais fait aurait ressemblé davantage à Abyss, où la forte présence des décors et des environnements visuels aurait pu nuire à la clarté du scénario, dans la mesure où il s’agit avant tout d’un film sur les relations humaines », explique Cameron. « Or Soderbergh ne s’intéresse pas beaucoup au matériel ou aux effets visuels, ce qui est finalement une bonne chose. » (1) Véritable couteau suisse, le réalisateur d’Ocean’s Eleven assure aussi la direction de la photographie et le montage de Solaris.

Après avoir envisagé dans le rôle principal du film Daniel Day-Lewis, indisponible à cause du tournage de Gangs of New York, Soderbergh se tourne vers son fidèle collaborateur George Clooney, avec lequel il avait fondé Section Eight Productions en 2000. La star adepte des capsules Nespresso entre dans la peau du docteur Chris Kelvin, un psychologue clinicien. Fortement bouleversé par la mort de son épouse Rheya (Natascha McElhone), il est un jour contacté par des émissaires de la DBA, une agence spatiale en charge de la station qui a été placée en orbite autour de la planète Solaris. À bord, aucun des astronautes ne semble vouloir rentrer chez lui et les forces de sécurité envoyées sur place ne donnent plus de signe de vie. Kelvin accepte de se rendre seul sur Solaris, dans une dernière tentative pour ramener l’équipage sain et sauf. Mais en arrivant sur place, l’anormalité lui saute aux yeux. La plupart des membres de l’équipage sont morts ou disparus. Les survivants, eux, adoptent un comportement étrange et se montrent réticents lorsqu’il s’agit d’expliquer clairement la situation. Les choses se compliquent lorsque Kelvin aperçoit un petit garçon inconnu dans les coursives de la station, puis sa défunte épouse qui vient lui rendre visite dans sa cabine…

Les visiteurs d’un autre monde

S’il paie inévitablement son tribut au Solaris de Tarkovsky, celui de Soderbergh adopte une tonalité différente. Au grand mystère métaphysique, au vertige mystique quasi-religieux, cette version préfère l’approche romantique, psychologique et intimiste. L’intrigue réduit ainsi le nombre de personnages et de péripéties secondaires pour se resserrer sur les dilemmes qui déchirent Chris Kelvin et sa femme revenue d’outre-tombe. Ce minimalisme s’assortit d’une mise en scène brute, naturaliste, lente et contemplative, presque en suspension, avec laquelle s’accorde la musique planante et hypnotique composée par Cliff Martinez. Optant pour une explication presque rationnelle, Soderbergh part du principe que ces « visiteurs » qui débarquent dans la vie des explorateurs spatiaux (une femme, un enfant, un frère) ne sont pas de simples projections mentales, mais des entités bien réelles. Nées d’une réaction presque chimique, ces créatures d’origine extraterrestre prennent la forme de fac-similés nourris des souvenirs des humains. Aussi scientifique puisse-t-elle sembler, cette explication soulève une foule de nouvelles questions. Que faire avec ces « passagers clandestins » ? Ont-ils une âme, une conscience ? Faut-il les détruire ou les ramener sur Terre ? « Nous sommes dans une situation qui dépasse la morale » dit à ce propos l’un des membres de l’équipage. Le fait que le scénario s’attarde non seulement sur les états d’âme des explorateurs, mais aussi sur ceux des visiteurs – en particulier Reya, qui souffre de ne ressentir aucun attachement émotionnel pour les souvenirs qui encombrent son esprit – constitue l’un des atouts majeurs de ce nouveau Solaris. Stanislaw Lem aura tendance à dénigrer ce remake, tout en avouant ne l’avoir jamais vu. Il s’agit pourtant d’un contrepoint passionnant au classique de 1972.

 

(1) Extrait d’une interview parue sur JoBlo.com en novembre 2002

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article