STANLEY ET SON DRAGON (1994)

Un étudiant américain trouve l’œuf d’une créature mythique dans une grotte britannique et tente de garder cette découverte secrète…

STANLEY’S DRAGON

 

1994 – GB

 

Réalisé par Gerry Poulson

 

Avec Judd Trichter, Mia Fothergill, Milton Johns, Paul Venables, Jeremy Nicholas, Carol MacReady, Peter Cellier, David Roper, David Ellison, Valerie Minifie

 

THEMA CONTES I DRAGONS

Stanley et son dragon est au départ une mini-série écrite par Richard Carpenter et réalisé par Gerry Poulson, deux spécialistes des programmes pour la jeunesse qui avaient déjà travaillé ensemble sur les séries TV Prince noir et Dick le rebelle. Entièrement financée au Royaume-Uni, la production dispose d’un budget d’un million de livres sterling. Le tournage investit plusieurs décors britanniques, de Nottingham au Jardin botanique de Birmingham en passant par le zoo de Twycross et Black Rocks. Il s’achève à la fin de l’année 1993, quelques mois avant la diffusion de la série sur la chaîne ITV. Le principal défi de Stanley et son dragon consiste à donner corps à son monstre vedette. Trois modèles grandeur nature sont donc conçus par l’équipe de Bob Keen (L’Histoire sans fin, Krull, Cabal), mobilisant vingt-cinq personnes pendant douze semaines. La plus imposante des trois marionnettes atteint près de dix mètres de long. Elle est dotée d’une tête et d’un visage articulés et peut même cracher du feu. Ces créations mécaniques doivent accompagner les différentes étapes de la croissance du dragon au fil du récit. Leur conception constitue donc un élément essentiel de la production, qui mise sur des effets pratiques ambitieux malgré un budget limité. Stanley et son dragon débarque finalement sur ITV le 7 avril 1994. La série est diffusée sous la forme de quatre épisodes de vingt-cinq minutes, qui seront ensuite remontés pour constituer un long-métrage destiné à l’exploitation vidéo. C’est dans ce format que l’aventure de Stanley et de son dragon sera principalement diffusée par la suite.

Dans l’Angleterre contemporaine, Stanley (Judd Trichter), un étudiant américain en plein programme d’échange, se retrouve séparé de ses camarades lors d’une excursion dans une grotte. Au cours de ses recherches, il découvre une étrange pierre qu’il décide de rapporter chez lui avec son amie Rosie (Mia Fothergill). En la nettoyant, les deux adolescents comprennent qu’il ne s’agit pas d’une pierre, mais d’un œuf. Daterait-il de l’époque des dinosaures ? Lorsque la coquille se brise, elle laisse apparaître un dragon. Stanley et Rosie baptisent leur nouveau compagnon Olly. Encore minuscule, la jeune créature se révèle gourmande, joueuse et particulièrement turbulente. Mais sa croissance rapide complique bientôt la tâche des deux enfants, qui peinent à dissimuler son existence. Le secret finit par être découvert et les autorités locales interviennent. Considéré comme un animal dangereux et surtout comme une curiosité exceptionnelle, Olly est capturé puis placé dans un zoo. Pour Stanley, cette décision est inacceptable. Il soupçonne en effet qu’Olly pourrait être le dernier représentant de son espèce. Il va donc tout mettre en œuvre pour libérer son compagnon…

Mon ami Olly

L’ombre d’E.T. plane lourdement sur Stanley et son dragon. On y retrouve le gamin qui découvre une créature extraordinaire, s’y attache et doit la protéger d’adultes qui cherchent à la capturer. Le film n’évite donc pas les ressorts classiques du cinéma fantastique familial, ni quelques gags prévisibles, voire éléphantesques, mais il bénéficie d’un rythme efficace qui lui permet de progresser sans véritable temps mort. Son principal intérêt réside dans l’évolution d’Olly. Car à mesure que le dragon grandit, les effets spéciaux changent d’échelle. Le problème, c’est que les marionnettes manquent singulièrement de réalisme, souvent entravées dans leurs mouvements par des mécanismes limités. La petitesse du budget est manifestement en cause, dans la mesure où le travail de Bob Keen est habituellement de très haute tenue. Stanley et son dragon souffre aussi inévitablement de « l’effet Jurassic Park », le blockbuster de Spielberg ayant soudain donné un coup de vieux à tous les grands monstres old school. Le jeune Judd Trichter compense en partie ces faiblesses par son enthousiasme et son énergie, le film trouvant ses meilleurs moments dans les séquences de complicité entre Stanley et Olly. Ce conte moral simple mais efficace sera nommé aux BAFTA TV Awards dans la catégorie du meilleur programme pour enfants. Dans un registre similaire, on préfèrera sans doute Le Château du petit dragon de Ted Nicolaou, une production Charles Band qui sollicite aussi des marionnettes mais aussi quelques jolis plans en stop-motion animés par plusieurs ténors de la discipline.

 

© Gilles Penso

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ADÈLE N’A PAS ENCORE DÎNÉ (1978)

Un célèbre détective privé new-yorkais part en mission à Prague pour s’opposer à un savant fou qui possède une redoutable plante carnivore…

ADÉLA JESTE NEVERCERELA

 

1978 – TCHECOSLOVAQUIE

 

Réalisé par Oldrich Lipsky

 

Avec Michael Docolomansky, Rudolf Hrusinsky, Milos Kopecky, Vaclav Lohnisky, Ladislav Pesek, Nad’a Konvalinkova, Kveta Fialova, Martin Ruzek, Olga Schoberova

 

THEMA VÉGÉTAUX

Au cours de sa longue et prolifique carrière, le réalisateur tchèque Oldrich Lipsky aura eu plusieurs fois l’occasion de se frotter à l’exercice de la parodie. La première fois, ce fut en 1964 avec le western comique Joe Limonade. Douze ans plus tard, il s’attaquait au délirant film de détective Adèle n’a pas encore dîné. Puis il enchaînait en 1981 avec la fable gothique Le Château des Carpathes. Souvent appréhendés comme les trois volets d’une trilogie, ces pastiches n’ont pourtant aucun lien direct, si ce n’est leur tonalité burlesque et la présence de nombreux acteurs et techniciens en commun. Dans le cas de Adèle n’a pas encore dîné, Lipsky et son coscénariste Jiri Brdecka tirent leur inspiration du personnage de Nick Carter, héros de récits rocambolesques inventé en 1886 par l’écrivain John R. Coryell. Ce justicier très sérieux, qui apparut dans plusieurs feuilletons radiophoniques et une poignée de films (dont l’un signé Jacques Tourneur en 1939), se transforme ici en clown blanc, ne perdant jamais son flegme ni son premier degré malgré l’avalanche de gags absurdes qui sèment son parcours. Le rôle est confié à Michal Dočolomanský, un acteur polonais au charisme impeccable mais qui se révèle incapable de parler tchèque sans un fort accent slovaque. Il est donc doublé dans la version originale du film par František Němec.

L’intrigue se situe au tournant du 19ème et du 20ème siècle. Nick Carter nous apparaît dans son bureau newyorkais où, dès le prologue, il se débarrasse de trois tueurs qui pénètrent chez lui sans se lever de son siège. Le ton est donné, quelque part à mi-chemin entre Blake Edwards et Mel Brooks. La comtesse Thun (Kveta Fialova) le contacte alors et lui demande de se rendre à Prague afin de laider à résoudre l’étrange disparition de son chien Gert. Face au caractère très mystérieux de cette affaire, Carter accepte. Sur place, il est secondé par le commissaire Ledvina (Rudolf Hrusinsky), beaucoup plus préoccupé par la quantité de saucisses qu’il ingurgite que par l’avancée de l’enquête. Le coupable va s’avérer être le baron Von Kratzmar (Milos Kopecky), alias « le jardinier », un botaniste fou qui possède Adèle, une plante carnivore à l’appétit insatiable. Dès qu’il fait jouer sur son gramophone la berceuse Schlafe, mein Prinzchen de Bernhard Flies, Adèle ouvre grand sa gueule végétale, prête à engloutir tous ceux qui passent à sa portée. Or Von Kratzmar entend bien se venger de Nick Carter en le livrant à la gloutonnerie de sa plante anthropophage…

Jardin secret

Les moyens conséquents déployés pour les besoins du film nous sautent tout de suite aux yeux : grosse reconstitution historique avec figurants costumés, train à vapeur, rues peuplées de voitures avec cochers et de chevaux… Sorte d’Inspecteur Gadget à l’ancienne, Nick Carter est ici équipé d’un attirail très varié qui lui permet de déjouer ses ennemis sans jamais se départir de sa désinvolture : chapeau truffé de pièges, pistolets cachés sous les aisselles, cigare explosif, chaussures ventouses, fusil solaire, armure qui le transforme en « homme-hélicoptère », plus toutes sortes d’accessoires excentriques pour communiquer à distance ou détecter la présence de bombes. Et il faut voir sa méthode particulièrement farfelue pour créer un masque à son effigie afin que le commissaire Ledvina se fasse passer pour lui ! Ou encore sa manière de bondir de toit en toit dans une tenue invraisemblable qui fait de lui un émule bizarre de Fantomas. Les passages les plus follement poétiques du film sont conçus avec l’aide du savoir-faire de l’artiste surréaliste tchèque Jan Švankmajer, auteur d’un Alice mémorable. En plus de contribuer aux gadgets de Carter, il réalise une savoureuse séquence en dessin animé qui raconte les origines du super-vilain, initié au pouvoir de la plante carnivore par des Indiens d’Amazonie, puis devenu spécialiste de la culture de plantes mutantes afin de pouvoir multiplier ses forfaits (lianes grimpantes pour cambrioler les immeubles, épines empoisonnées pour faire succomber les dames de la haute société) avant d’être laissé pour mort dans un marécage. Švankmajer conçoit aussi tous les plans en stop-motion qui permettent de donner vie à Adèle et de visualiser sa gloutonnerie sans limite. Follement inventif, bourré de rebondissements dignes d’un sérial – avec une invraisemblable poursuite aérienne en guise de climax – , Adèle n’a pas encore dîné est un véritable régal qu’il convient de redécouvrir toutes affaires cessantes. En 2008, une adaptation sous forme de comédie musicale sera montée sur les planches du Broadway Theatre de Prague.

 

© Gilles Penso

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THE TOUCH OF HER FLESH (1967)

Depuis qu’il a découvert que son épouse le trompait, un homme frappé de folie meurtrière décide d’assassiner les femmes aux mœurs légères…

THE TOUCH OF HER FLESH

1967 – USA

Réalisé par Michael Findlay

Avec Suzanne Marre, Angelique Pettyjohn, Michael Findlay, Vivian Del Rio, Peggy Steffans, Ron Scardera, Rit Dexter, Roberta Findlay, Sally Farb

THEMA TUEURS

Figures clé du cinéma underground de la fin des années 1960 jusqu’au milieu des années 1970, le réalisateur Michael Findlay et son épouse Roberta, habitués aux budgets étriqués qui les poussent à cumuler à eux deux la grande majorité des postes-clés de leurs films, démarrent leur carrière suite à une discussion avec leur ami George Weiss. Producteur de l’inénarrable Glen or Glenda de Ed Wood, il leur vante les mérites de la « sexploitation » : un sous-genre qui coûte peu et rapporte souvent beaucoup. Son principe ? Mêler l’érotisme le plus suggestif et la violence crue, au sein de scénarios filiformes empruntant leurs codes aux thrillers et aux films d’horreur. Les Findlay se lancent en 1964 avec Body of a Female, l’histoire d’un psychopathe qui retient plusieurs femmes prisonnières. Sur leur lancée, ils enchaînent en 1965 avec The Sin Syndicate et Satan’s Bed (dans lequel joue une jeune Yoko Ono pas encore égérie de John Lennon), puis avec Take Me Naked en 1966. Si leurs films restent alors très confidentiels, ils vont accéder à une notoriété un peu plus importante grâce au premier volet de ce qui se transformera en trilogie : The Touch of Her Flesh (dont le titre pourrait se traduire par « Le contact de sa chair »). Michael Findlay coproduit, écrit, réalise, monte, joue le premier rôle, tandis que Roberta produit avec lui, assure les prises de vues, l’éclairage, la musique et prête même son corps à une série de vignettes érotiques.

The Touch of Her Flesh raconte l’histoire de Richard Jennings (Michael Findlay, sous le pseudonyme de Robert West), un grand spécialiste des armes en tous genres auxquelles il a consacré plusieurs ouvrages. Un matin, il quitte son épouse Claudia (Angelique Pettyjohn) pour s’en aller participer à une conférence. Mais sur le chemin, il constate qu’il lui manque un document important et rebrousse chemin. Là, il découvre l’impensable : sa chère et tendre le trompe avec un type qui la couvre de caresses et de baisers. N’en croyant pas ses yeux, notre brave homme quitte le domicile en courant comme un fou, traverse les rues de la ville et tombe sous les roues d’une voiture. Il s’en sort mal en point mais vivant. Ses jambes endolories le condamnent à rester pendant quelques temps sur un fauteuil roulant, tandis que l’accident l’a privé d’un œil. Pendant sa convalescence, Richard développe une haine croissante non seulement envers son épouse mais aussi contre toutes les femmes au mœurs légères. Une fois sorti de l’hôpital, il se lance dans une série de meurtres, assassinant des prostituées et des strip-teaseuses à l’aide d’une variété d’instruments insolites, notamment des épines de rose empoisonnées, une fléchette tirée par une sarbacane, un cimeterre acéré et une scie circulaire…

Œil pour œil

Le scénario de The Touch of Her Flesh semble préfigurer ceux des slashers qui fleuriront sur les écrans du monde entier au cours de la décennie suivante. Nous avons en effet affaire à un tueur psychopathe qui rivalise d’inventivité pour massacrer les jeunes femmes délurées responsables selon lui de tous les maux du monde. Le look de l’assassin, cloué sur un fauteuil roulant, un bandeau sur l’œil, lui donne d’ailleurs les allures d’une sorte de super-vilain revanchard. Mais si ce récit se rattache ouvertement au genre horrifique, le but premier de Michael Findlay est d’enchaîner les séquences de nudité féminine pour attirer le public friand de ce type de gauloiseries. Le générique de début annonce d’ailleurs la couleur, variante olé-olé de ceux des James Bond dans lequel les textes sont projetés sur le corps entièrement nu d’une jeune femme (en l’occurrence Roberta Findlay). Si les meurtres s’enchaînent avec régularité, ce sont les longues scènes de strip-tease qui occupent la grande majorité du métrage. Aucune prise de son directe n’ayant été effectuée pendant le tournage, les dialogues sont principalement prononcés hors-champ, dotant le film d’un caractère semi-amateur renforcé par le jeu très approximatif des comédiens et le montage pétri de maladresses. The Touch of Her Flesh connaîtra tout de même un succès très honorable, entraînant la mise en production de deux suites : The Curse of Her Flesh et The Kiss of Her Flesh, toutes deux sorties en 1968.

© Gilles Penso

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THE ODYSSEY (2026)

La compagnie The Asylum ne pouvait pas rester indifférente face au blockbuster de Christopher Nolan. Voici donc Ulysse version discount…

THE ODYSSEY

 

2026 – USA

 

Réalisé par Marcel Walz

 

Avec Myriam Kingery, Morgan Flanagan, Patrick M. Byrnes, Dominic Keating, Llana Barron, Jordan Iverach, Tony Wood, Ashton Rogers, Angelo Kern

 

THEMA MYTHOLOGIE

Ayant depuis longtemps érigé le plagiat en modèle économique, les fantassins de la société de production The Asylum continuent tranquillement à piller tous les blockbusters qui sortent sur les grands écrans en proposant leurs propres versions au rabais. Lorsque L’Odyssée de Christopher Nolan se prépare à débarquer avec perte et fracas, la compagnie de David Michael Latt s’active donc pour pouvoir préparer sa propre aventure mythologique avec pour objectif une sortie le 3 juillet 2026, soit deux semaines avant la superproduction de Nolan. Cette relecture cheap d’Homère est confiée à Marcel Walz, un habitué de l’exercice. Après avoir signé une quinzaine de films d’horreur à tout petit budget dans son Allemagne natale, il s’était attaqué au remake de Blood Feast en 2016. Installé dès lors à Hollywood, le voilà mué en poulain de The Asylum, pour qui il réalise plusieurs mockbusters tels que Jurassic Reborn, Ice-Pocalypse, The Anacondas, Shark Thrash ou sa propre version des Maîtres de l’univers. The Odyssey est donc taillé sur mesure pour lui. Tourné à Martinsburg, en Virginie-Occidentale, le film met en scène un Ulysse bâti comme un catcheur (Myriam Kingery) qui, avec ses allures de Philippe Etchebest barbu, a bien du mal à nous convaincre. À ses côtés, Morgan Flanagan (Les Maîtres de l’univers) campe Pénélope, Patrick M. Byrnes (Undercover : Caught on Tape) est le jeune Télémaque et Llana Barron (Death Streamer) incarne une Athéna éthérée qui, à l’instar du génie d’Aladin, propose à notre héros d’exaucer trois de ses vœux.

Même si elle capitalise consciemment sur la confusion des spectateurs, cette démarche de « contrefaçon » n’est pas choquante en soi, dans la mesure où The Asylum trouvera toujours un moyen de contourner la loi, arguant que le texte d’Homère est dans le domaine public et appartient donc à tout le monde. De fait, rien ne ressemble moins au film de Christopher Nolan que celui de Marcel Walz. Ce qui prête plus au débat, c’est le recours quasi-systématique à l’intelligence artificielle générative pour les nombreux effets visuels de The Odyssey. Nous franchissons donc un cap où les petites productions ne cherchent plus à rivaliser avec les grandes via des images de synthèse médiocres mais avec de l’IA. Certes, le résultat peut donner le sentiment d’un plus grand foisonnement visuel (les foules de combattants, les navires par centaines, Troie ravagée par les flammes, les rives d’Ithaque) et les monstres ont un panache qui aurait sans doute été impossible d’obtenir autrement dans le cadre d’une telle micro-production. Mais la paresse d’un tel procédé technique ne force aucune admiration, d’autant que n’importe qui, avec son ordinateur ou son téléphone, est désormais capable de faire exactement la même chose. Les trucages ratés des films précédents d’Asylum avaient au moins le mérite de solliciter des artistes spécialisés, même si leur talent était fatalement entravé par des budgets dérisoires. Ici, de simples prompts semblent faire l’affaire.

Ithaque en toc

The Asylum avait déjà ouvert cette voix douteuse le mois précédent avec New Toy Story, une imitation sans âme ni charme de la saga de Pixar, qui laissait déjà l’IA faire le plus gros du travail. Même logique ici. Il suffit d’ailleurs de jeter un coup d’œil au générique de fin : aucun superviseur d’effets visuel, aucun graphiste, aucun nom associé aux postes de la modélisation, du compositing ou de l’animation. Neuf personnes sont simplement créditées sous l’appellation « visual effects artists ». Entendez « prompteurs ». Alors certes, Polyphème est raisonnablement impressionnant (calquant une partie de sa morphologie sur celle du cyclope du 7ème voyage de Sinbad), les monstres Charybde (un poisson géant lovecraftien affublé de tentacules, d’une gueule pleine de crocs acérés et d’yeux multiples) et Scylla (une gigantesque hydre à sept têtes) font leur petit effet et même les sirènes (enchanteresses créatures révélant soudain des traits monstrueux) savent nous égayer. Mais nous ne sommes pas dupes, et le décalage entre cette IA miraculeuse et les prises de vues réelles devient abyssal. Si les plans larges exhibent des nuées de navire traversant les flots avec des centaines d’homme à bord, les séquences filmées « pour de vrai » ne nous montrent que trois membres d’équipage, serrés dans ce qui ressemble à une minuscule barque ! Même constat à Ithaque. Les panoramas de l’immense palais d’Ulysse tranchent avec ces séquences ultra-minimalistes où nous ne voyons que Pénélope, Télémaque et un seul prétendant. Où sont les domestiques, les villageois, les centaines de soupirants ? En se parant d’une « production value » artificielle, The Odyssey ne parvient finalement qu’à renforcer son caractère cheap et à dévoiler l’anémie de son budget.

 

© Gilles Penso

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SEULS TWO (2008)

Pour leur premier film en tant que réalisateurs, Éric et Ramzy incarnent un policier et un gangster qui se retrouvent soudain seuls dans les rues de Paris…

SEULS TWO

 

2008 – FRANCE

 

Réalisé par Éric Judor et Ramzy Bedia

 

Avec Éric Judor, Ramzy Bedia, Benoît Magimel, Kristin Scott Thomas, Elodie Bouchez, Edouard Baer, Fred Testot, Omar Sy, François Damiens, MC Jean Gab’1

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES

Leur cote de popularité étant en forte croissance, notamment grâce au succès de La Tour Montparnasse infernale, Eric Judor et Ramzy Bedia décident de se lancer dans une comédie fantastique très ambitieuse, dont ils rêvaient depuis plusieurs années mais qui semblait impossible à concrétiser faute de moyens. Cette idée leur vient d’un rêve d’enfant : se retrouver tout seul dans un grand magasin et pouvoir s’y promener en toute liberté. Ainsi naît le concept de Seuls Two, sorte de version live d’une aventure de Tom et Jerry dans laquelle un gendarme et un voleur se courent après dans un Paris soudain vidé de ses habitants. Après avoir rencontré plusieurs réalisateurs susceptibles de prendre en charge un tel projet, Eric et Ramzy en arrivent à la conclusion qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Les duettistes passent ainsi pour la première fois derrière la caméra, portant donc à la fois la casquette de scénaristes, de metteurs en scène et bien sûr d’acteurs principaux. Le postulat étant très proche de celui de la bande dessinée Seuls de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti, publiée en 2006, le premier titre envisagé (Seuls) devient Seuls Two, une appellation bilingue singulière qui peut aussi s’appréhender comme le verlan de « Tout seuls ». Le producteur Alain Attal croit au projet et lui alloue un confortable budget de 18 millions d’euros. Eric et Ramzy vont donc pouvoir se faire plaisir et jouer aux enfants gâtés, comme le jeune héros du Jouet de Francis Veber.

Judor entre dans la peau de l’inspecteur Gervais, un policier médiocre, gentiment stupide et très à cheval sur le règlement. Raillé par ses collègues du commissariat du 1er arrondissement de Paris, il s’est fixé une mission qui est en train de virer à l’obsession : arrêter Curtis (Ramzy), un cambrioleur insaisissable qui lui échappe depuis longtemps et s’amuse à le narguer. Un beau jour, alors que Gervais poursuit Curtis et semble enfin sur le point d’atteindre son but, il se retrouve sur l’avenue des Champs-Élysées vidée de ses habitants. Incrédule, le policier constate que toute la ville de Paris est soudain désertée. Plus un seul être humain à l’horizon… enfin presque. Car il entend bientôt vrombir le moteur d’une Formule 1 sur les quais de Seine : Curtis est là, lui aussi, et semble vouloir profiter de cette situation insolite pour s’amuser comme un gamin. Sont-ils désormais les deux seuls êtres humains sur Terre ? En attendant de pouvoir répondre à cette question, Gervais décide de poursuivre son objectif malgré tout et d’attraper le délinquant…

Quand la ville dort

Comme on peut s’y attendre, Éric et Ramzy ne se départissent pas des rôles d’idiots congénitaux qui leur collent à la peau depuis le début de leur carrière. Les voir jouer les benêts et multiplier les blagues puériles – en brocardant au passage les clichés racistes, même si nous ne sommes parfois pas très loin de l’humour daté de Michel Leeb ! – est toujours amusant, certes, mais l’exercice atteint rapidement ses limites. D’autant que si la stupidité du personnage de Gervais est simple à appréhender, celle de Curtis n’obéit à aucune logique. On ne comprend rien à ses motivations ni à son comportement. Voilà qui n’aide pas beaucoup à entrer dans le délire. Avant que le scénario ne vire au fantastique en effaçant toute la population de la surface de la planète, Seuls Two se paie les apparitions furtives d’Omar Sy, Fred Testot, François Damiens et Edouard Baer, mais aussi d’acteurs habitués à des registres plus sérieux comme Benoît Magimel, Kristin Scott Thomas ou Elodie Bouchez. Au-delà du plaisir de partager l’écran avec ces pointures, Éric et Ramzy savent qu’ils peuvent profiter de leurs noms pour augmenter le potentiel commercial du film et donc se donner les moyens de leurs ambitions. D’où un gros déploiement d’effets spéciaux et de cascades dès l’entame, lorsque Curtis arrache avec sa voiture un distributeur automatique et fonce dans les rues de Paris. Mais les passages les plus spectaculaires restent ces visions de la capitale complètement désertée. Voir Les Champs-Élysées, Barbès, la place de la Concorde, le jardin du Luxembourg, Montmartre ou Beaubourg aussi vides que pendant le Covid (avec plus de dix ans d’avance) a quelque chose de très perturbant. Pour y parvenir, les deux réalisateurs sollicitent des effets visuels mais surtout une organisation militaire : des tournages très tôt le matin, réduits à quelques minutes filmées par plusieurs caméras simultanées, pendant que des centaines de « bloqueurs » empêchent les passants et les voitures d’entrer dans le champ. Le résultat est payant. Si le phénomène paranormal n’est jamais expliqué dans le film, il se complexifie en cours de route, laissant imaginer que l’opposition entre le gendarme et le voleur est au cœur de ce basculement dans le néant démographique. L’idée est intéressante mais très peu exploitée, Judor et Bédia n’utilisant leur « high concept » que pour s’amuser comme des fous – sans parvenir totalement à nous communiquer leur enthousiasme.

 

© Gilles Penso

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LA MORSURE (1989)

Après avoir été mordu par un serpent radioactif, un jeune homme se transforme en créature reptilienne mutante et vorace…

CURSE II – THE BITE

1989 – USA / ITALIE

Réalisé par Federico Prosperi

Avec Jill Schoelen, J. Eddie Peck, Jamie Farr, Savina Gersak, Marianne Muellerleile, Al Fann, Sydney Lassick, Terrence Evans, Sandra Sexton, Bruce Marchiano

THEMA REPTILES ET VOLATILES

Contrairement à ce que son titre original laisse penser, Curse II : The Bite n’a jamais été conçu comme la suite de The Curse (La Malédiction céleste), adaptation libre de La Couleur tombée du ciel de H.P. Lovecraft. Le film est d’abord un projet écrit par Susan Zealouf sous le titre The Reptile Man, qu’Ovidio G. Assonitis produit de manière indépendante en le rebaptisant The Bite. Si la mise en scène est confiée à Federico Prosperi, c’est parce que ce dernier avait déjà eu affaire à des séquences complexes mettant en scène des bêtes agressives sur le film Les Animaux attaquent, dont il fut producteur. Avec The Bite (La Morsure en France), Prosperi passe pour la première fois derrière la caméra sous le pseudonyme de Fred Goodwin, mais il ne transformera pas l’essai. Ce sera son unique long-métrage en tant que réalisateur. Au moment où The Bite passe entre les mains des distributeurs américains, ces derniers décident de capitaliser sur le succès de The Curse sur le marché vidéo et le nomment donc Curse II : The Bite, même si les deux films n’ont strictement rien à voir. Cette stratégie avait déjà été expérimentée avec Beyond the Door (Le Démon aux tripes), gros succès produit par Assonitis en 1974 qui fut affublé de deux fausses suites : Beyond the Door II (en réalité Les Démons de la nuit de Mario Bava) et Beyond the Door III (Train de l’enfer de Jeff Kwitny). Les voies du marketing sont parfois impénétrables !

Tourné à Las Cruces, au Nouveau-Mexique, La Morsure ressemble à une variante modernisée de L’Homme alligator, petit classique du cinéma d’épouvante des années 50. On y trouve aussi des réminiscences du Spasms de William Fruet. Clark Newman (J. Eddie Peck) et sa petite amie Lisa Snipes (Jill Schoelen) traversent l’Arizona en voiture, au fil d’un road trip qui s’annonce romantique. Mais Clark a la mauvaise idée de prendre un raccourci en passant par le site d’essais nucléaires de Yellow Sands, malgré les avertissements répétés d’un pompiste. En chemin, ils croisent des centaines de serpents qui traversent la route. Or l’un de ces reptiles irradiés s’introduit dans la voiture et mord Clark à la main. Alors qu’ils passent la nuit dans un motel, Harry Morton (Jamie Farr), un commercial, leur propose son aide et injecte à Clark un sérum antivenimeux. Mais le lendemain matin, alors qu’ils reprennent la route, Harry se rend compte qu’il a administré le mauvais antidote à Clark et se lance donc à sa poursuite, craignant qu’un procès entache sa réputation. Au fil du trajet, la morsure de serpent sous le pansement de Clark commence à muter : sa main se transforme progressivement en reptile monstrueux. Le shérif local (Bo Svenson) et ses adjoints se lancent bientôt aux trousses de Clark afin de sauver Lisa et de détruire la créature…

La main qui tue

On peut regretter que Federico Prosperi n’ait qu’un seul film à son actif, car il faut lui reconnaître d’indiscutables talents de metteur en scène. Solide, efficace, sa réalisation s’appuie sur une très belle photographie de Roberto D’Ettorre Piazzoli (Tentacules, Star Crash, Piranhas 2) et crée d’emblée le malaise en exhibant une nuée de serpents infestant les routes désertiques du Sud-Ouest des Etats-Unis. Même si elles sont excessives, les séquences de suspense sollicitant la caméra subjective pour évoquer les évolutions du reptile contaminé savent provoquer quelques frissons. La première créature mutante visible dans le film est un « chien-serpent » dont on ne voit que le museau dans l’obscurité, mais qui révèle déjà une inquiétante monstruosité. Puis la main gauche de Clark commence à être animée d’une vie propre – un peu comme celle d’Ash dans Evil Dead 2 – pour se transformer peu à peu en saurien et agresser plusieurs personnes. Malheureusement, les effets de ralentis saccadés amenuisent l’impact et la lisibilité des scènes d’attaques. Lorsque la « main-serpent » entre dans la gorge de ses victimes, les étrangle avec sa langue télescopique ou leur crache du venin au visage, force est de constater que nous basculons dans une dimension involontairement comique qui frôle la nanardise. Fort heureusement, le génial maquilleur Screaming Mad George peut se lâcher au cours de LA scène d’anthologie du film, celle de la métamorphose finale. Le visage de Clark se déforme, ses yeux et sa langue se détachent pour se transformer en créatures rampantes, sa gorge enfle en expulsant un bloc gélatineux d’où surgissent des dizaines de serpents qui gesticulent… Et pour que la scène conserve jusqu’au bout un caractère cauchemardesque, la pauvre Lisa est obligée de ramper en petite tenue dans une marre de boue qui entrave tous ses mouvements tandis que des serpents de plus en plus gros et de plus nombreux rampent à ses côtés. La Morsure s’achève un peu à la manière de La Mouche, nous laissant l’impression d’avoir assisté à un spectacle bizarre et inclassable, typique de la génération vidéoclub des années 80.

© Gilles Penso

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A THOUSAND PLEASURES (1968)

Un homme qui vient d’assassiner son épouse tombe entre les griffes d’un groupe de femmes aux mœurs très étranges…

A THOUSAND PLEASURES

1968 – USA

Réalisé par Michael Findlay

Avec Janet Banzet, Uta Erickson, Michael Findlay, Linda Boyce, Kim Lewis, Donna Stone, John Amero, Roberta Findlay

THEMA TUEURS

Michael Findlay est une personnalité à part du cinéma des années 60 et 70. Réalisateur, producteur, scénariste et acteur, il s’est spécialisé dans les films d’exploitation sulfureux et underground, mêlant les codes de l’érotisme et de l’horreur à des intrigues étranges, principalement conçues pour multiplier les séquences provocantes. L’une de ses œuvres les plus mémorables reste le slasher The Slaughter, que le distributeur Allan Shackleton remontera pour en faire Snuff. Comme pour nombre de ses films, il signe la mise en scène de A Thousand Pleasures sous le pseudonyme de Julian Marsh et y tient également le rôle principal, sous le nom de Robert Wuesterwurst. Il est épaulé par son épouse Roberta Findlay, qui assure à la fois la photographie, le scénario, la coproduction, l’éclairage, la musique et la voix off de l’un des personnages. Le couple fait également appel à deux de ses actrices fétiches, Janet Banzet et Uta Erickson, créditées ici sous les noms respectifs de Marie Brent et Artemidia Grillet. Habitué aux rôles déshabillés et aux codes racoleurs du cinéma grindhouse de l’époque, tout ce petit monde se lance dans un film particulièrement déroutant, où le sexe, la violence et la mort cohabitent tant bien que mal. Le tout est emballé en quelques jours avec un budget dérisoire, selon une méthode économique que les époux Findlay maîtrisent depuis les débuts de leur carrière, entamée avec Body of a Female en 1964.

Exaspéré par les brimades incessantes de son épouse, Richard Davis (Michael Findlay) l’assassine à coups de couteau, charge son cadavre dans le coffre de son break et prend la route à la recherche d’un endroit où s’en débarrasser. Son escapade macabre prend une tournure inattendue lorsqu’il prend en stop deux jeunes femmes, Maggie (Uta Erickson) et Jackie (Linda Boyce). En découvrant le corps dissimulé à l’arrière du véhicule, elles ne préviennent pas la police mais contraignent Richard à les suivre jusqu’à une mystérieuse île située au large de Cape Ann. Le féminicide tombe alors sur une étrange communauté dirigée par ses deux auto-stoppeuses, qui vouent une véritable haine aux hommes. Autour d’elles gravite une galerie de personnages aussi inquiétants que fantasques : une adulte qui se comporte comme un bébé (Kim Lewid), une femme névrosée qui la materne jour et nuit (Janet Banzet), une gouvernante gironde et très entreprenante (Donna Stone) ainsi qu’un homme de main chargé de maintenir l’ordre dans cette maison de fous (John Amero). Rapidement drogué puis retenu prisonnier, Richard comprend qu’il n’est pas arrivé là par hasard. Maggie et Jackie ont besoin de lui pour accomplir un projet bien particulier : récupérer sa semence afin d’obtenir une descendance. Comme les Amazones de la mythologie, elles noieront l’enfant si c’est un garçon et l’élèveront si c’est une fille. Captif de cette étrange « famille », Richard doit désormais composer avec leurs règles radicales, leurs jeux de domination et leur penchant pour la torture…

Sexploitation

Les premières secondes trahissent déjà les conditions précaires dans lesquelles le film a été réalisé. Aucune prise de son directe n’ayant été effectuée pendant le tournage, tout est – mal – post synchronisé : non seulement les dialogues mais aussi les voix off du personnage principal, qui semblent avoir été enregistrées dans une salle de bains ou un placard ! A Thousand Pleasures est principalement constitué de longues séquences érotiques qui ne font pas avancer l’histoire mais justifient le parfum de scandale cher aux époux Findlay : une femme nue qui danse devant un miroir pendant le générique de début, la « femme-bébé » dénudée qui se roule par terre en jouant avec une bougie phallique, des accouplements dans tous les sens… L’intrigue squelettique s’interrompt donc pour se transformer en festival de vignettes sexy bizarres et déviantes, notamment cette scène interminable au cours de laquelle « Baby » tête goulument l’une des deux dominatrices tandis que l’autre la fouette sans discontinuer. Après cette infinité de grivoiseries pernicieuses, le dernier acte retrouve les codes du cinéma d’horreur. Les deux geôlières ayant fait subir à leur prisonnier toutes sortes de maltraitantes physiques (visage frappé à coups de pelle, pieds brûlés dans une cheminée, cigarette écrasée sur la joue), celui-ci retrouve ses instincts homicides et s’en va massacrer à tour de rôle toutes les femmes qu’il croise dans cette maison perverse… jusqu’à ce que la féminité elle-même – ironie symbolique suprême – lui fasse rendre son dernier souffle. Il trépassera en effet en étouffant sous la poitrine volumineuse de la gouvernante qu’il avait lui-même surnommée « Boobarella » ! Cet imbroglio n’a aucun sens et croule sous les maladresses (erreurs de raccord, plans flous, jeu d’acteur catastrophique), mais toutes les cases de la « sexploitation » sont soigneusement cochées.

© Gilles Penso

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ALTER EGO (2026)

Alex est très perturbé : le nouveau voisin qui vient de s’installer en face de chez lui est son parfait sosie, dans une version « améliorée »…

ALTER EGO

2026 – FRANCE

Réalisé par Nicolas Charlet et Bruno Lavaine

Avec Laurent Lafitte, Blanche Gardin, Olga Kurylenko, Marc Fraize, Zabou Breitman, Bertand Goncalves, Giovanni Pucci, Léo Garcia, Olivier Brabant, Olivier Bayart

THEMA DOUBLES

18 ans après La Personne aux deux personnes, 13 ans après Le Grand méchant loup, Nicolas Charlet et Bruno Lavaine – alias Nicolas & Bruno -, trublions spécialisés dans le détournement d’images d’archives qu’ils caviardent de voix off hilarantes, s’attaquent avec Alter Ego à leur troisième long-métrage. L’idée du dédoublement, déjà au cœur de leur premier film, prend ici une tournure vertigineuse, puisque deux hommes que tout oppose et qui se ressemblent pourtant comme deux gouttes d’eau cohabitent à l’écran. « Quand on écrit un scénario, on essaye de ne pas penser au casting », explique Bruno Lavaine. « L’idée, c’est de faire venir l’acteur au personnage et non l’inverse. » Mais dans le cas d’Alter Ego, l’acteur idéal s’impose naturellement à eux en cours d’écriture. « Il y a eu une exception car, en approchant de la fin, nous étions tous les deux d’accord sur le nom de Laurent Lafitte. » (1) Un dédoublement dans un film nécessite généralement une quantité importante d’effets visuels, mais Nicolas & Bruno n’ont ni les moyens, ni l’intention de multiplier les trucages. Leur mise en scène s’appuie donc majoritairement sur la double performance de Lafitte, de simples champs et contrechamps, des « split-screens » lorsqu’il faut voir les deux personnages ensemble dans le même plan, et la présence discrète mais indispensable d’une doublure tout juste sortie du Conservatoire d’Art Dramatique, en l’occurence Ahmed Hammadi Chassin.

Alex Floutard vit avec son épouse Nathalie (Blanche Gardin) dans une zone pavillonnaire. Proche de la cinquantaine, il travaille pour la Cogip, une entreprise locale, et mène une existence tranquille. Mais un jour, un nouveau voisin, Axel Chambon, s’installe dans une maison jumelée. Or Axel est son sosie parfait. A l’exception de leur implantation capillaire (Alex est chauve, Axel a une chevelure parfaite) et de leur style (l’un est engoncé dans des habits quelconques et trop grands, l’autre porte des costumes chic et élégants), ils sont physiquement identiques. Mais personne, sauf Alex, ne semble se rendre compte de cette ressemblance troublante. En découvrant l’épouse de ce nouveau voisin (la ravissante Olga Kurylenko, James Bond Girl de Quantum of Solace), sa belle voiture, sa grande cave à vin, son sens de la fête, son charme fou, Alex en tire un amer constat : « Ce type, c’est moi… en mieux. » Le sentiment de jalousie qui commence à se développer lentement mais sûrement vire à la paranoïa et à la panique lorsqu’Alex se rend compte qu’Axel travaille lui aussi à la Cogip et pourrait bien mettre en péril sa propre situation professionnelle…

Double jeu

Le scénario aurait pu patiner sans parvenir à se déployer de manière satisfaisante au-delà de la drôlerie de son concept. Mais Nicolas et Bruno parviennent à exploiter l’idée jusqu’au bout, profitant du postulat absurde d’Alter Ego pour brocarder la jalousie et la frustration chères à la nature humaine, illustrant à merveille l’adage selon lequel « l’herbe n’est pas plus verte ailleurs ». Au cœur de l’intrigue, l’obsession de la comparaison, l’envie, la convoitise et la rancœur rongent peu à peu notre personnage principal jusqu’à faire vaciller sa raison. La mise en scène joue alors la carte de la symétrie, plaçant dans le même cadre les deux maisons voisines qui sont collées, identiques et séparées par une haie, comme si l’une était le reflet exact de l’autre. Même sentiment de réciprocité visuelle lorsque nos deux sosies se font face, chacun assis à son bureau, dans une composition que n’aurait pas reniée Wes Anderson. Et l’on finit par découvrir que, de l’autre côté du miroir, les choses ne sont pas forcément ce qu’elles semblent être, que les apparences peuvent se révéler trompeuses. Parfaitement à l’aise dans un registre comique excessif, Laurent Lafitte crève doublement l’écran, agitant autant nos zygomatiques en bellâtre au sourire éclatant qu’en homme quelconque frustré par sa propre banalité. Et bien sûr, les fans de la première heure de Nicolas & Bruno se délecteront de la présence de la Cogip, cette fameuse entreprise factice qui sert de siège aux multiples délires du mythique programme télévisé Message à caractère informatif. À mi-chemin entre le fantastique et la comédie, Alter Ego eut logiquement les honneurs de deux festivals respectivement consacrés à ces deux genres, puisqu’il fut présenté en avant-première à la fois à Gerardmer et à l’Alpe d’Huez, où Lafitte remporta le prix d’interprétation masculine pour sa double prestation.

(1) Extrait d’une interview publiée sur Le Blog du cinéma en mars 2026. Lien vers l’article ici.

© Gilles Penso

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LA FIN D’OAK STREET (2026)

Après avoir été téléportée à l’époque jurassique, une famille doit affronter les dinosaures qui rôdent désormais dans son quartier…

THE END OF OAK STREET

2026 –  USA

Réalisé par David Robert Mitchell

Avec Anne Hathaway, Ewan McGregor, Maisy Stella, Christian Convery, Jordan Alexa Davis, P.J. Byrne, Anne Gee Byrd, Emily Kuroda

THEMA DINOSAURES I VOYAGES DANS LE TEMPS

Après It follows en 2014 et Under the Silver Lake en 2018, on commençait à désespérer de voir un nouveau film de David Robert Mitchell. D’autant que, cas plutôt rare, il avait déjà 40 ans lorsqu’il réalisa le premier, une maturité qui bénéficia à ces deux titres dans lesquels la dimension philosophique (voire ésotérique pour le second) transcendait la forme sans jamais la phagocyter. La bande-annonce de La Fin d’Oak Street pouvait surprendre avec ses allures de blockbuster estival lambda : en 1982, un quartier résidentiel américain est transporté à l’ère jurassique, des dinosaures arpentant désormais les rues en menaçant de dévorer les banlieusards incrédules, notamment Denise Platt (Anne Hathaway), son époux Greg (Ewan McGregor) et leurs deux enfants. Un postulat de départ qui synthétise et coche toutes les cases de la vague de nostalgie des productions des années 80 type Amblin, ou plus précisément un mélange entre Stranger Things et Jurassic Park. L’action de It follows se situant dans cette même décennie, il était permis d’espérer que Mitchell en prolongerait la description pas si innocente, loin des couleurs fluorescentes qu’on lui associe aujourd’hui. C’était oublier qu’il s’agit avant tout d’une production Bad Robot, annonçant le retour en « Force » de J.J. Abrams qui pansait ses plaies depuis la lapidation critique de L’Ascension de Skywalker en 2019. Des vents contraires semblent en effet avoir soufflé sur La Fin d’Oak Street, et le bébé ressemble plus à son producteur qu’à son réalisateur.

J.J. Abrams semble avoir imposé ici le concept de « mystery box » cher à son oeuvre, où les questions priment sur les réponses. Dans l’absolu, l’approche fait sens, sauf que trop souvent, les productions Bad Robot admettent ouvertement l’absence d’explication, comme pour se couvrir face aux « plaintes » des spectateurs inquisiteurs. Dans La Fin d’Oak Street, un journaliste annonce textuellement à la télévision que personne ne comprend ce qui se passe. Mais la fille des héros s’intéresse comme par hasard à l’astronomie et plus particulièrement aux trous de vers. Dans les faits, elle se contente de regurgiter quelques considérations scientifiques entendues dans Interstellar et Event Horizon. Autre recyclage scientifico-cinématographique : certains dinosaures ont ici des plumes, une représentation basée sur des théories paléontologiques que Steven Spielberg avait considérées pour Jurassic Park avant revenir au look reptilien classique. Les sauriens de Mitchell et Abrams ont de l’allure et l’action diurne permet d’en apprécier chaque pixel, affranchis des contraintes technologiques des films des années 80. De ce point de vue, c’est réussi et les petites têtes blondes y trouveront leur compte. Sauf qu’une scène gentiment gore, tombant comme un cheveu dans la soupe lors une tentative maladroite de mêler humour noir, comédie et drame, a vu le film écoper d’une interdiction aux moins de 13 ans aux États-Unis. Dès lors, on se demande à qui s’adresse Mitchell. Dans les productions Amblin, la banlieue résidentielle américaine était un ennuyeux théâtre que des situations fantastiques allaient chambouler et remettre en question. Bien que les dinosaures sèment la panique dans Oak Street, c’est sur les dysfonctionnements du couple formé par Anne Hathaway et Ewan Mc Gregor que se concentre Mitchell, à moins qu’il ne s’agisse encore d’un emprunt thématique de J.J. Abrams au cinéma de Spielberg ? Les dinosaures restent donc souvent gentiment à l’extérieur et la plupart des confrontations semblent artificiellement provoquées, comme lorsque le gamin s’éclipse par la fenêtre de sa chambre sans prévenir ses parents pour aller chercher son chien.

Les moyens justifient-ils la fin ?

Il serait injuste d’accuser J.J. Abrams de tous les maux du projet, et David Robert Mitchell n’est peut-être pas un cinéaste à l’aise dans les grands élans spectaculaires que lui permet son budget confortable de 85 Millions de dollars (l’équivalent de huit fois le budget cumulé de ses deux premiers longs-métrages). Les enjeux semblent étriqués et renvoient plutôt à Jumanji qu’à Jurassic World : le monde d’après. D’ailleurs, impasse est faite sur le deuxième sujet suggéré en creux par l’histoire, puisque pendant que les Platt affrontent des dinosaures à la préhistoire, leurs voisins restés en 1982 ont dû être étonnés de voir des ptérodactyles picorer dans leurs mangeoires à oiseaux. Le fantastique ne semble qu’être une toile de fond, Mitchell faisant d’Anne Hathaway le point d’ancrage du récit. Mère de famille avant tout, elle écrit secrètement un roman, qu’elle partage avec une voisine au sens littéraire affûté. Cette dernière y perçoit la frustration d’une femme prisonnière de son foyer : une analyse intradiégétique qui épargne au spectateur tout effort de compréhension du personnage. Quant à Ewan McGregor, il incarne un père abattu par la perte de son emploi, obligé d’accepter un travail temporaire de livreur de pizzas pour subvenir aux besoins d’une famille à qui il ne peut plus garantir le train de vie que l’orgueil consumériste a érigé en réussite. Monsieur allume le barbecue à la fête du quartier et tente par tous les moyens de faire rentrer l’argent pendant que Madame s’occupe de la maison, travaillant en secret son roman dans la buanderie ou elle prétend repasser le linge. Et lorsque les parents se disputent, les enfants osent à peine prononcer le vilain mot « divorce ». Mitchell souhaite-t-il signifier que les années 80, c’était encore un peu la préhistoire ? L’aventure s’avèrera émancipatrice pour la mère qui reconsidèrera toutefois son envie de tout quitter et réévaluera ses sentiments envers son mari… une réflexion appuyée par une scène cocasse (ou ridicule) voyant Anne Hathaway prendre en photo Ewan Mc Gregor posant fièrement devant deux brontosaures en plein accouplement. Difficile de ne pas voir la patte de J.J. Abrams dans le produit fini, et bien qu’en interview David Robert Mitchell affirme avoir réalisé un film pour l’enfant qu’il était en situant l’action dans les années 80, l’esprit général appartient pourtant bien à l’ère post-COVID. Bien que la situation impacte toute la communauté (très WASP), le film ne se focalise que sur une unique famille – chacun pour soi, chacun chez soi ! Quant aux deux ou trois voisins introduits au début du film, ils finiront dévorés sans que cela n’émeuve ni le spectateur, ni les personnages, comme également cette adolescente ayant perdu ses deux parents mais prenant la chose plutôt bien. Pour finir sur une note (de musique) positive, on apprécie le score orchestral composé par Michael Giacchino, fidèle collaborateur et ami de J.J. Abrams, imposé sur le projet et toujours efficace à défaut de réussir à accoucher de thèmes vraiment marquants quand il ne travaille pas sur une production Pixar.

© Jérôme Muslewski

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AVALANCHE SHARKS (2014)

Dans une station de sports d’hiver californienne, des requins monstrueux se cachent sous la neige et attaquent les vacanciers…

AVALANCHE SHARKS

2014 – CANADA

Réalisé par Scott Wheeler

Avec Alexander Menedeluk, Kate Nauta, Benjamin Easterday, Eric Scott Woods, Kelle Cantrell, Richard Gleason, Amy Ninh, James Quimet, Nicole Helen

THEMA MONSTRES MARINS

Dès juillet 2013, le succès tout à fait improbable de Sharknado pousse la chaîne de télévision Syfy à annoncer la mise en chantier d’une suite. Aussitôt, toutes les petites sociétés de production activent leurs méninges pour proposer leur propre variante sur le thème des requins et des catastrophes naturelles. Au mois d’octobre est donc officiellement lancé Sharkavalanche, qui deviendra finalement Avalanche Sharks. Dans un premier temps, ce film est envisagé comme une suite directe de Sand Sharks, dans lequel le shérif d’une ville balnéaire et une biologiste marine unissaient leurs forces contre des requins mutants nageant sous le sable. Mais Brooke Hogan, l’interprète de la scientifique, n’est pas disponible. Les producteurs changent donc leur fusil d’épaule. Si un shérif et une spécialiste des animaux marins sont bien présents en tant que couple dans Avalanche Sharks, ce ne sont pas les mêmes personnages, incarnés donc par des acteurs différents. Tourné sur le domaine skiable de Mammoth Mountain, en Californie, le film est confié à Scott Wheeler. Réalisateur d’une poignée de fausse superproductions pour la compagnie The Asylum (Voyage au centre de la terre, Transmorphers : Robots Invasion), Wheeler a aussi une solide expérience en tant que superviseur d’effets visuels, non seulement pour de nombreuses séries TV (Dark Skies, X-Files, Buffy contre les vampires, Millenium, Dune, Battlestar Galactica) mais aussi pour une grande quantité de micro-productions aux budgets minuscules.

Sand Sharks démarrait à 100 km/heure grâce au montage syncopé d’une course entre deux motocross sur le sable d’une plage. Avalanche Sharks prend le même chemin, suivant cette fois-ci la descente très rapide de deux snowboarders praticiens du hors-piste. Et la scène se termine de la même manière : les deux adeptes du sport extrême sont soudain engloutis par des requins bizarres qui surgissent du sol. Or les vacances de printemps approchent, et la station de sports d’hiver de Mammoth Mountain s’apprête à accueillir de nombreux étudiants venus festoyer. Alors que l’un des habitants, Wade (Alexander Mendeluk), s’inquiète de la disparition de son frère (l’un des deux snowboarders du prologue), il se heurte à l’inefficacité du secouriste de la station, Dale (Eric Scott Woods), plus préoccupé par le bronzage et la drague que par les missions de sauvetage. Bientôt, d’autres disparitions mystérieuses s’enchaînent. Le shérif local (Richard Gleason) décide donc de prendre les choses en main, quitte à faire fermer les pistes s’il le faut. Bien sûr, le directeur de la station (Benjamin Easterday) et le maire de la ville (Mike Kennedy) veulent à tout prix dédramatiser la situation pour éviter un manque à gagner financier sur la saison. Et pendant ce temps, les « requins des neiges » continuent leur massacre…

Les requins font du ski

Ce qui nous frappe immédiatement dans Avalanche Sharks, au-delà de l’incroyable médiocrité des images de synthèse censées représenter les monstres, c’est la stupidité généralisée de l’ensemble des personnages du film. Les garçons en rut, les filles qui gloussent bêtement, le secouriste béat, le shérif inexpressif, tous rivalisent de bêtise, comme s’ils participaient au concours du Q.I. le plus faible. On croirait assister à la réunion des candidats d’une télé-réalité lâchés sur des pistes de ski. La VF grossit davantage le trait en rajoutant un maximum de gags absurdes dans les dialogues. Exemple : après avoir été coupée en deux par un requin, une jeune femme agonisante, qui voit son petit-ami prendre ses jambes à son cou, lui lance « Et voilà, comme d’habitude, tu fuis tes responsabilités ! ». Lorsque celui-ci, paniqué, raconte à ses amis ce qui vient de se passer, il leur dit : « Elle s’est fait déchiqueter, il en restait juste assez pour faire un kebab ! ». Voilà pour la tonalité du film. Le scénario lui-même hésite sans cesse sur l’origine des créatures. Si Sand Sharks s’en tenait à une seule explication (une espèce préhistorique ayant évolué pour pouvoir se déplacer sous le sable), Avalanche Sharks mélange plusieurs idées, comme si le scénariste n’avait pas réussi à trancher. On évoque donc à la fois la légende locale du Skookum (une entité revancharde invoquée par un chaman après le massacre des tribus locales par des chercheurs d’or), des créatures extra-terrestres qui auraient quitté leur planète pour s’installer sur la nôtre, ou encore des êtres interdimensionnels capables de se téléporter. Bref on n’y comprend rien, et les deux versions du montage (la courte pour le streaming et la longue pour l’exploitation en DVD) n’arrangent pas les choses, puisqu’elles se contredisent, ajoutant ou retranchant des séquences, dont un épilogue bizarre situé sur Mars.

© Gilles Penso

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