COLD STORAGE (2026)

Deux gardiens de nuit mettent à jour un champignon extra-terrestre extrêmement dangereux entreposé dans le sous-sol d’une entreprise de stockage…

COLD STORAGE

 

2026 – USA / FRANCE

 

Réalisé par Jonny Campbell

 

Avec Joe Keery, Georgina Campbell, Liam Neeson, Sosie Bacon, Vanessa Redgrave, Lesley Manville, Richard Brake, Aaron Heffernan, Ellora Torchia

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I MUTATIONS

Le scénario de Cold Storage est signé par le vétéran David Koepp. Plusieurs blockbusters de très haut niveau portent sa signature : La Mort vous va si bien, Jurassic Park, Mission impossible, Panic Room, Spider-Man, La Guerre des mondes, bref du très lourd. Ici, Koepp adapte son premier roman, publié en 2019 et inspiré partiellement d’un fait réel : la désintégration et la chute de la station Skylab en 1979, dont les débris furent récupérés par la NASA. Mais l’écrivain/scénariste ne cherche pas à lutter dans la même catégorie qu’un Michael Crichton. Si les prémisses peuvent évoquer Le Mystère Andromède, la suite du récit se veut beaucoup plus délirante et rocambolesque que n’importe quel techno-thriller de SF prétendument réaliste. Avec Cold Storage, Koepp s’amuse, et c’est dans cet état d’esprit que le réalisateur Jonny Campbell, surtout connu jusqu’alors pour ses travaux télévisés, aborde sa mise en scène. Pour mettre toutes les chances de son côté, le film s’appuie sur le capital sympathie que Joe Keery a hérité grâce à la série Stranger Things, sur le charisme indéboulonnable de Liam Neeson mais aussi sur la présence toujours réjouissante de Georgina Campbell, véritable « scream queen » des années 2020. Les amateurs de films de genre l’ont notamment vue dans Barbare, Bird Box : Barcelona, Les Guetteurs ou encore Influencers.

Après un texte introductif rappelant l’événement réel sur lequel s’appuie le récit et s’achevant par « Attention, ces conneries sont véridiques ! » (la tonalité du film nous est ainsi immédiatement donnée), l’action commence en 2007, au fin fond de l’Australie occidentale. L’agent du Pentagone Robert Quinn (Liam Neesson) y est dépêché en urgence pour tenter d’éradiquer la contamination d’un champignon extra-terrestre extrêmement virulent, échappé d’un des débris de Skylab qu’avait récupéré un fermier. Suite à la décimation de la population d’un village, l’échantillon est confiné et stocké dans la chambre froide souterraine d’une base militaire du Kansas. Les années passent, Quinn part à la retraite et le gouvernement scelle la chambre forte pour louer la partie située au rez-de-chaussée à une entreprise de stockage privé. Les deux gardiens d’astreinte, Travis (Joe Keery) et Naomi (Georgina Campbell) s’apprêtent à y passer une nouvelle nuit blanche ennuyeuse. Mais un « bip » répétitif attire leur attention. Il s’agit d’une alerte signalant un dysfonctionnement des systèmes du coffre-fort, causé par une hausse de la température. Ils l’ignorent encore, mais la menace d’origine extra-terrestre qui dort plusieurs dizaines de mètres sous terre ne va pas tarder à se réactiver…

Alien Contamination

Cold Storage tire sa force de son parfait équilibrage entre la comédie – véhiculée principalement grâce à ses deux protagonistes – et l’horreur exubérante assumée par des effets spéciaux qui n’hésitent pas à en faire des tonnes. Les visages se déforment, le sang gicle, les corps explosent en expulsant des hectolitres de matières visqueuses et la caméra devient endoscopique pour pouvoir foncer à l’intérieur des organismes et montrer la progression de la contamination. C’est même la première fois, à notre connaissance, qu’un film nous fait vivre en vue subjective l’altération de la personnalité des humains possédés par une entité extra-terrestre. Ce mélange des genres est directement hérité d’un certain cinéma des années 80 qui n’hésitait pas à faire cohabiter le rire et les tripailles. Nous ne sommes pas très éloignés de l’esprit du Blob, de Re-Animator ou du Retour des morts-vivants. Sans s’y référer directement, Cold Storage en assume l’influence, clignant de l’œil vers le roman Body Snatchers que le héros lit au début du métrage. Bourré de facéties de mise en scène, comme ce plan-séquence qui suit un cafard porteur du virus, Cold Storage se déguste avec le même bonheur régressif qu’un Horribilis dont il retrouve l’une des qualités principales  : parvenir à nous attirer fortement la sympathie de ses héros au beau milieu du délire ambiant et du gore cartoonesque. Une vraie bonne surprise.

 

© Gilles Penso

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WAR MACHINE (2026)

En pleine mission d’entraînement au beau milieu de la forêt, une escouade de militaires se heurte à une créature mécanique d’origine inconnue…

WAR MACHINE

 

2026 – USA / AUSTRALIE

 

Réalisé par Patrick Hughes

 

Avec Alan Ritchson, Dennis Quaid, Stephan James, Jai Courtney, Easi Morales, Keiyan Lonsdale, Daniel Webber, Blake Richardson, Jack Patten, Jacob Hohua

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I ROBOTS

War Machine n’a aucun lien avec le film homonyme diffusé sur Netflix en 2017, dans lequel Brad Pitt tenait le haut de l’affiche, ni avec le super-héros cuirassé dérivé de l’univers d’Iron Man. Il s’agit cette fois-ci de l’œuvre du couteau-suisse Patrick Hughes, scénariste, réalisateur et producteur australien spécialisé dans les films d’action musclés (Red Hill, Expendables 3, Hitman & Bodyguard, The Man From Toronto). Le concept de War Machine – un commando surentraîné qui fait face à une menace extra-terrestre incontrôlable – n’a rien de bien nouveau, dans la mesure où deux films emblématiques l’ont quasiment mué en sous-genre du cinéma de science-fiction : Aliens et Predator. Hughes assume pleinement cette filiation et semble d’ailleurs vouloir emprunter la voie du cinéma d’action des années 80, volontiers gorgé de testostérone. Alan Ritchson, que le grand public connaît notamment grâce à la série Reacher, bande donc les muscles et serre les dents en parfait émule de Chuck Norris ou de Steven Seagal. L’un des motifs visuels récurrents du film – le héros à bout de forces qui porte sur son dos un frère d’arme blessé – nous renvoie d’ailleurs directement au célèbre poster de Retour vers l’enfer de Ted Kotcheff. Étant donné que nous sommes sur un terrain relativement familier, le défi de War Machine consiste à faire du neuf avec du vieux. À ce jeu, Patrick Hughes s’en sort plutôt bien.

Le prologue nous permet rapidement d’appréhender la tonalité du film : il nous semble visionner une sorte de spot de pub adressé aux potentielles futures jeunes recrues de l’armée américaine. Nous sommes en Afghanistan, où un convoi de soldats US est tombé en panne. Un sergent-chef venu filer un coup de main à cette petite équipe tombe sur son frère, chef de la mission, et tous deux échangent aussitôt une belle accolade virile en se promettant de s’engager dans les Rangers après cette opération. Mais ils sont frappés par une attaque des insurgés talibans qui sème le chaos et ne laisse qu’un seul survivant : notre sergent-chef. Incapable de sauver son frère, c’est désormais un homme brisé qui s’engage dans le programme RASP pour rejoindre le 75e régiment de Rangers, conformément à la promesse qu’il a tenue à son frère. Alors que les épreuves de plus en plus difficiles écrèment progressivement l’effectif des candidats, il tient toujours bon, malgré son incapacité à se lier avec les autres. La dernière étape de cette sélection est une mission de simulation dans la forêt, visant à détruire un avion classé secret et à secourir son pilote. Mais au beau milieu de cette ultime épreuve, nos soldats se retrouvent face à un engin bizarre à la ligne futuriste. « Ils ont mis le paquet sur les effets spéciaux ! », dit l’un d’eux. Sauf que cette machine n’appartient pas à l’armée américaine et se révèle mortellement dangereuse…

Les bêtes de guerre

Bien sûr, la finesse n’est pas la qualité première de War Machine. Les clichés inhérents aux films de commandos ne nous sont pas épargnés et la musique pompière de Dmitri Golovko rythme l’ensemble avec une lourdeur étourdissante. L’imperturbabilité du protagoniste – justifiée par son stress post-traumatique – n’offre par ailleurs pas beaucoup de tessiture de jeu à Alan Ritchson, qui se contente ici d’un registre monocorde. Mais toutes ces conventions sont comme les règles d’un jeu qui, si l’on accepte d’y participer sans être trop regardant, se révèle diablement distrayant. La solidité de la mise en scène de Patrick Hughes, l’efficacité des séquences de suspense et le déchaînement explosif des scènes d’action emportent habilement le morceau. On apprécie aussi la qualité des effets visuels qui donnent vie à cette créature mécanique redoutable à mi-chemin entre le Ed-209 de Robocop et l’AMP-Suit d’Avatar. Étant donné que Hugues connaît ses classiques, il puise volontiers certaines de ses idées visuelles dans Jurassic Park (la boussole détraquée qui remplace le gobelet d’eau pour annoncer l’arrivée imminente du monstre, la poursuite sur la route au cours de laquelle la caméra s’attarde sur le reflet menaçant dans le rétroviseur) et dans Aliens (le combat « mano a mano » final). Ce climax pétaradant permet de mieux mesurer le double-sens du titre du film, la « machine de guerre » se rapportant autant à l’engin extra-terrestre qu’au protagoniste monolithique. War Machine est finalement un spectacle régressif de haute tenue, qui frôle certes les excès du Roland Emmerich d’Independence Day ou du Michael Bay d’Armageddon mais n’y cède jamais totalement.

 

© Gilles Penso

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SCREAM 7 (2026)

Après un épisode délocalisé à New York, Scream 7 revient aux sources avec sa scream queen originale ainsi que le scénariste du premier film derrière la caméra…

SCREAM 7

 

2026 – USA

 

Réalisé par Kevin Williamson

 

Avec Neve Campbell, Courteney Cox, Isabel May, Anna Camp, McKenna Grace, Matthew Lillard, Joel McHale

 

THEMA TUEURS  SAGA SCREAM

De par son concept méta, la saga Scream peut tout se permettre et tout justifier par la volonté d’émuler les règles tacites des autres slashers. Ou, pour le dire de façon plus sarcastique : « si c’est pas bien, ça n’est pas de notre faute, on ne fait que reproduire les formules existantes ». Après un hiatus de 12 ans suite au déjà tardif Scream 4 de 2011, Scream 2022 et le Scream 6 des sympathiques duettistes Matt Bettinelli-Olgin et Tyler Gillett (Wedding Nightmare, Abigail) semblaient vouloir emboiter le pas du reboot de la franchise Halloween par David Gordon Green, à savoir une nouvelle trilogie supposée satisfaire les anciens et les jeunes fans, en mêlant personnages historiques et nouveaux venus. C’est le concept du « legacy-quel » (cité dans Scream 2022 justement). Mais Bettinelli-Olgin et Gillett n’auront pas réussi à aller jusqu’au bout de leur projet : leur Scream 7 prévoyait de montrer Sam Carpenter (Melissa Barrera) cédant au côté obscur en revêtant elle-même le masque de Ghostface, comme son père avant elle. Une fin satisfaisante qui aurait également entériné le passage de témoin d’une génération de personnages (et de spectateurs) à l’autre, puisque Neve Campbell ne figurait déjà plus au casting de Scream 6 en raison d’exigences salariales jugées déraisonnables. Nous laisserons à Variety et au Hollywood Reporter les affaires de contentieux entre stars et producteurs, mais il semblerait que Paramount et Spyglass aient décidé de remercier Melissa Barrera suite à des déclarations polémiques sur Tweeter. On pourra également penser que l’accueil tiède réservé au film précédent incita Paramount à revoir sa stratégie en acceptant les exigences de Neve Campbell pour revenir aux sources de la saga, impliquant de jeter aux orties le scénario initialement prévu et recentrer l’histoire sur le personnage de Sidney Prescott. Bettinelli-Olgin et Gillett sont également remerciés et s’en iront tourner un Wedding Nightmare 2 s’annonçant autrement plus réjouissant. Après que Chris Landon (Happy Birthdead 1 et 2, Freaky) ait brièvement travaillé sur le projet, Paramount s’en va chercher un autre revenant afin de garantir un authentique retour aux sources de la saga : Kevin Williamson, le scénariste malin du Scream original (et créateur de la série Dawson accessoirement), titre de gloire qui fut à la fois le début et le point culminant de la carrière déclinante depuis la catastrophe industrielle Cursed. On se souviendra également que Williamson était passé derrière la caméra en 1999 pour réaliser Mrs Tingle, une déception qui coupa court à sa carrière de metteur en scène. Mais comme on revient le courtiser, il est en position de force pour négocier, et s’il accepte d’écrire Scream 7, il obtient également de pouvoir le réaliser.

Kevin Williamson et Neve Campbell, aussi complices qu’opportunistes, tirent donc la couverture à eux et font complètement abstraction des personnages introduits dans les deux derniers films. Tous ? Non, car ils choisissent d’en préserver deux : Mindy (Jasmin Savoy Brown) et son frère Chad (Mason Gooding), promus ici apprentis-reporters au côté de l’indéboulonnable Gale Weathers (Courteney Cox). Mais leurs personnages totalement insipides suggèrent qu’ils sont un simple alibi pour nous convaincre d’une vague reconnaissance des évènements précédents. Comme le veut la tradition, la scène d’introduction met en scène des personnages qui rendront leur dernier souffle avant que le titre du film n’apparaisse. Comme avec James Bond, c’est aussi l’occasion de remettre la saga dans le contexte contemporain. Ici, il est question d’un couple de fans de Stab qui viennent passer la nuit dans la maison où se sont déroulés les meurtres qui ont inspiré le film dans le film (aujourd’hui reconverti en Airbnb, comme dans la vraie vie). Le méta au carré en quelque sorte, qui permet d’introduire l’idée que certains fans ne font plus la différence entre fiction et réalité, et que la popularité des émissions TV du type « True Crime » pose une question morale lorsque les meurtriers fascinent plus qu’ils n’effraient, et que les victimes sont réduites à des figures anonymes pour favoriser l’apathie. Comme d’habitude avec Scream, cette critique (disons plutôt « observation ») ne restera pas implicite et les « True Crime » seront cités à plusieurs reprises dans les dialogues, afin de préparer à la révélation bavarde de l’identité des tueurs (encore un passage obligé). Un semblant de cohérence scénaristique bienvenu mais loin d’être suffisant pour relever le plat.

True Scream

Un problème fondamental de la franchise Scream est la nature même de son croque-mitaine. Ne s’agissant pas d’un être surnaturel ou fantomatique comme dans Les Griffes de la nuit, Vendredi 13 ou Halloween, ses incessants retours à l’écran peinent toujours plus à trouver une explication qui tienne la route. Car Ghostface n’existe pas en soi et les Scary Movie n’ont bien sûr pas grand-chose à changer pour le parodier : pourquoi chaque nouveau repreneur du costume persiste-t-il à porter ce masque obstruant la vision et cette tunique avec laquelle il ne cesse de tomber ? Bien que Scream 7 semble lui-même rire du sujet, nous arrivons définitivement au point de rupture quant aux motivations des tueurs et il sera difficile de gober plus gros que celles-ci. Kevin Williamson cherche avant tout à recentrer la franchise sur le personnage de Sidney Prescott qu’il a créé trente ans plus tôt, aujourd’hui quinquagénaire, mariée et mère d’une grande ado (Isabel May, pourtant âgée de 26 ans, soit trois de plus que sa « mère » dans Scream en 1996 !). Mais Neve Campbell n’a pas eu la carrière de Jamie Lee Curtis. Si le retour de cette dernière dans la franchise Halloween combinait l’argent facilement gagné et la reconnaissance envers une saga qui lui a mis le pied à l’étrier, la prestation de Campbell se rapproche ici malheureusement plus du désespoir des acteurs d’Hélène et les garçons condamnés à jamais à incarner l’unique personnage de leur carrière pour assurer les rentrées d’argent. Neve Campbell assume ouvertement ces raisons financières lors de la promo du film : elle explique avoir refusé Scream 6 faute d’un cachet à la hauteur de sa valeur, mais avoir obtenu ce qu’elle souhaitait pour ce septième film – nous en sommes ravis pour elle. Le lien mère-fille renforcé dans Scream 7 fait-il office de happy end pour Sidney, ou Williamson laisse-t-il la porte ouverte à une union renforcée face au prochain porteur du masque de Ghostface ? On sait malheureusement que seul de très mauvais résultats au box-office pourraient dissuader Paramount de donner le feu vert à un nouvel épisode…

 

© Jérôme Muslewski

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ODDITY (2024)

Une maison isolée, deux sœurs jumelles, un psychiatre, une statue en bois, un tueur énigmatique : tels sont les ingrédients de ce film-puzzle déstabilisant…

ODDITY

 

2024 – IRLANDE

 

Réalisé par Damian McCarthy

 

Avec Carolyn Bracken, Gwilym Lee, Steve Wall, Joe Rooney, Tadhg Murphy, Caroline Menton, Johnny French, Ivan de Wergifosse, Shane Whisker

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I OBJETS VIVANTS I FANTÔMES

Depuis le début des années 2000, le cinéma irlandais se fend de nombreuses pépites dans les domaines du fantastique, de l’horreur et de la science-fiction, reflets de la personnalité forte d’une poignée de réalisateurs au style très affirmé. Aux côtés de figures telles que Billy O’Brien (Isolation, I Am Not a Serial Killer), Paddy Breathnach (Shrooms), David Keating (Wake Wood), Liam Gavin (A Dark Song), Jon Wright (Grabbers) ou Lorcan Finnegan (Vivarium), il faut désormais ajouter le nom de Damian McCarthy. Après avoir signé toute une série de courts-métrages, McCarthy passe au format long avec Caveat en 2020 et nous offre quatre ans plus tard cet étonnant Oddity qui laisse augurer une prometteuse suite de carrière. L’homme ayant de la suite dans les idées, Oddity recycle plusieurs éléments de Caveat (le même décor de grange reconvertie dans le comté de Cork, un certain nombre d’accessoires) et fait même suite à l’un de ses films courts, How Olin Lost His Eye (2013), dont il reprend le protagoniste pour en faire ici un personnage secondaire au rôle déterminant. Il existe donc une sorte de « Damian McCarthy Cinematic Universe » dont Oddity serait en quelque sorte le point d’orgue. Pour autant, le film s’apprécie de manière tout à fait autonome.

À l’instar des films de Zach Cregger (Barbare, Évanouis) ou de son ami Drew Hancock (Companion), Oddity ne cesse de rebondir, multipliant les fausses pistes pour mieux mener les spectateurs en bateau. Son intrigue insaisissable progresse ainsi sans jamais laisser deviner la direction qu’elle empruntera. Il est longtemps difficile de savoir si nous avons affaire à une histoire de tueur psychopathe, de fantômes, de pouvoirs paranormaux ou d’objets ensorcelés. Tout commence une nuit, dans une grande maison à la périphérie de Cork où viennent de s’installer le psychiatre Ted Timmis (Gwilym Lee) et sa femme Dani (Carolyn Bracken). De garde dans un hôpital psychiatrique, Ted laisse son épouse seule et s’en va soigner ses malades. Peu après son départ, quelqu’un frappe à la porte. Méfiante, Dani refuse d’ouvrir. De l’autre côté se trouve Olin Boole (Tadhg Murphy), l’un des patients de Ted, qui affirme qu’un intrus s’est introduit chez elle et va tenter de la tuer…

Faux semblants

Oddity s’appuie d’abord sur la qualité de ses interprètes, notamment Carolyn Bracken qui se livre ici à une impressionnante double prestation. Les sœurs jumelles qu’elle incarne, l’une brune au look moderne, l’autre blonde au chignon strict, ne sont pas sans nous rappeler les deux visages de Kim Novak dans Sueurs froides. Par extension, le récit tourmenté d’Oddity évoque les machinations et les faux-semblants à répétition du cinéma d’Alfred Hitchcock et des écrits de Boileau et Narcejac. Personne ne semble être vraiment ce qu’il prétend, chacun cache manifestement quelque chose, et l’on se perd longtemps en conjectures quant au véritable protagoniste de cette intrigue. À l’avenant, la mise en scène de McCarthy opère des ruptures déstabilisantes, occultant volontairement les passages les plus violents pour laisser travailler l’imagination des spectateurs, tout en focalisant l’angoisse latente sur un objet insolite : une statue en bois grandeur nature dont le faciès grimaçant provoque d’irrépressibles frissons. Oddity joue ainsi le grand écart entre l’épouvante à l’ancienne (on pense aux films de la Amicus façon Frissons d’outre-tombe, aux histoires courtes satiriques de Roald Dahl) et une approche résolument moderne du genre, dans la mouvance des expérimentations d’Ari Aster, Robert Eggers ou des frères Philippou. Excellente surprise, Oddity s’achève sur une image particulièrement savoureuse qui boucle la boucle en beauté.

 

© Gilles Penso

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RATMAN (1988)

Un scientifique conçoit une créature qui mêle les gênes d’un rat avec ceux d’un singe. Mais le petit monstre vorace s’échappe et sème la panique…

QUELLA VILLA IN FONDO AL PARCO

 

1988 – ITALIE

 

Réalisé par Giuliano Carnimeo

 

Avec Nelson de la Rosa, David Warbeck, Jent Agren, Eva Grimaldi, Luisa Menon, Werner Pochath, Anna Silvia Grullon, Pepito Guerra, Jose Reies, Victor Pujols

 

THEMA MUTATIONS I PETITS MONSTRES

Si tous les noms qui apparaissent au générique de Ratman ont des consonances américaines, ce n’est qu’un leurre : il s’agit en effet d’une production 100% italienne. Le réalisateur Anthony Ascott, le scénariste David Parker Jr., le directeur de la photographie Robert Garder et le monteur Vincent P. Thomas sont en réalité – et respectivement – Giuliano Carnimeo, Dardano Sacchetti, Roberto Girometti et Vincenzo Tomassi. Le producteur Fabrizio De Angelis, en revanche, se passe de pseudonyme. Vieux routier du cinéma de genre transalpin, il accompagna Lucio Fulci sur L’Enfer des zombies, L’Au-delà, La Maison près du cimetière, L’Éventreur de New York et La Malédiction du pharaon. Grand spécialiste des séries B d’exploitation volontiers inspirées des succès américains, il initia aussi des films tels que La Terreur des zombies, Les Guerriers du Bronx, Les Nouveaux barbares, Paganini Horror ou Killer Crocodile. Le titre original de Ratman, que l’on pourrait traduire par « La villa au fond du parc », semble vouloir évoquer La Dernière maison sur la gauche, gros succès mondial qui inspira aussi La Maison au fond du parc de Ruggero Deodato. Pour autant, le concept de Ratman est plutôt singulier, sorte de mélange contre-nature entre un slasher bizarre et L’Île du docteur Moreau.

Entièrement postsynchronisé – de manière souvent approximative, ce qui n’aide pas à sa crédibilité déjà très fragile -, Ratman nous raconte l’histoire du professeur Olman (Pepito Guerra). Après vingt ans de tests et d’expérimentations, ce scientifique réfugié dans la ville de Saint Martin a inséminé l’ovule d’un singe avec le sperme d’un rat pour voir ce que ça donnait. Le résultat est Mousy, une créature qui, malgré son petit nom affectueux, est un monstre hybride aux traits bestiaux, aux crocs pointus et aux ongles acérés. Tout fier, notre savant exalté s’apprête à présenter sa création au prochain congrès de la génétique et rêve déjà du prix Nobel. Mais la bête s’échappe de sa cage et décide d’aller massacrer tous ceux qui passent à sa portée. Le film met alors en scène les futurs acteurs du drame : le photographe Mark (Werner Pochath), les mannequins Peggy et Marilyn (Luisa Menon et Eva Grimaldi), la sœur de cette dernière (Janet Agren) et un auteur de romans policiers (David Warbeck). Tout ce beau monde ne va pas tarder à croiser les griffes de la petite créature affamée…

Le rongeur simiesque

Tout l’intérêt du film repose sur la prestation de Nelson de la Rosa, un acteur dominicain de 71 cm de haut reconnu à l’époque comme l’un des plus petits hommes du monde. Le fait que le monstre ne soit pas incarné par une marionnette mais par un être en chair et en os donne lieu à des séquences follement surréalistes, comme ce passage qui semble échappé de Ghoulies dans lequel Mousy surgit d’une cuvette de toilettes. Dommage que le temps de présence du « rongeur simiesque » reste finalement très limité, la mise en scène préférant souvent privilégier les gros plans en insert (un œil, une griffe, des crocs), les ombres portées, les vues subjectives au ras du sol et les petits couinements aigus. Il faut bien avouer que les autres personnages ne sont pas follement intéressants. Eva Grimaldi contrebalance son charisme tout relatif par un exhibitionnisme savant (scène de douche comprise). David Warbeck et Janet Agren, de leur côté, pourraient tout à fait disparaître du montage sans que l’intrigue en soit beaucoup altérée. Quant au savant fou que campe Pepito Guerra, il n’aurait pas dépareillé dans un film d’Ed Wood. Et que dire de ces policiers incompétents qui n’en finissent plus de demander à une jeune femme d’identifier le cadavre de sa sœur, en se trompant à chaque fois sur l’identité de la victime ? Le réalisateur Giuliano Carnimeo nous semblait plus à son aise lorsqu’il imitait Mad Max 2 avec Les Exterminateurs de l’an 3000. Il n’empêche que ce singe-rat a peut-être inspiré Peter Jackson lorsqu’il conçut un monstre similaire – en stop-motion cette fois-ci – pour Braindead.

 

© Gilles Penso

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LA TARENTULE AU VENTRE NOIR (1971)

Un policier enquête sur une série de meurtres particulièrement morbides commis par un assassin qui paralyse ses victimes…

LA TARANTOLA DAL VENTRE NERO

 

1971 – ITALIE / FRANCE

 

Réalisé par Paolo Cavara

 

Avec Giancarlo Giannini, Barbara Bouchet, Claudine Auger, Barbara Bach, Rossela Falk, Silvano Tranquilli, Annabella Incontrera, Ezio Marano, Stefania Sandrelli

 

THEMA TUEURS

Au départ, La Tarentule au ventre noir naît d’une démarche ouvertement opportuniste. Sensibilisé par le succès international de L’Oiseau au plumage de cristal de Dario Argento, Marcelo Danon, futur producteur de La Cage aux folles, cherche à lancer un giallo qui obéisse aux mêmes recettes. D’où le titre animalier énigmatique (la tarentule remplace l’oiseau) et la sollicitation du compositeur Ennio Morricone, alors en pleine période expérimentale. La réalisation est confiée à Paolo Cavara, que Danon connaît bien et qui a commencé sa carrière avec plusieurs documentaires à scandale (Mondo Cane, La Femme à travers le monde, I Malamondo, Witchdoctor in Tails). Pour le scénario, la production sollicite le prestigieux Tonio Guerra, auteur pour Fellini et Antonioni, qui accepte de superviser l’écriture mais laisse Lucile Laks rédiger le script définitif. Ce mélange de talents disparates va finalement accoucher d’une œuvre singulière, échappant à sa simple vocation de plagiat pour exhaler sa propre personnalité. La Tarentule au ventre noir se distingue aussi par la présence face à la caméra d’un trio de James Bond Girls : Claudine Auger (Opération tonnerre), Barbara Bouchet (Casino Royale) et Barbara Bach (L’Espion qui m’aimait). Les trois comédiennes apportent une indiscutable touche de glamour au film, surtout Bouchet qui n’a visiblement aucun problème de pudeur.

Le film commence par une séance de massage très sensuelle, pratiquée par un aveugle (Ezio Marano) sur une femme nue qui nous semble extatique (Barbara Bouchet), aux accents d’une mélopée langoureuse de Morricone. D’emblée, La Tarentule au ventre noir assume ainsi un caractère érotique bien plus exacerbé que dans L’Oiseau au plumage de cristal, qui lui sert pourtant de modèle. Lorsque la jeune femme est retrouvée assassinée, son ex-mari le courtier en assurances Paolo Zani (Silvano Tranquilli) devient le principal suspect de l’inspecteur Tellini (Giancarlo Giannini), chargé bien malgré lui de cette affaire sordide. Un peu plus tard, la vendeuse Mirta Ricci (Annabella Incontrera) est assassinée selon la même méthode : les deux victimes ont été paralysées par des aiguilles d’acupuncture empoisonnées introduites dans leur cou, puis les malheureuses ont été éventrées à l’aide d’un couteau acéré alors qu’elles étaient encore en vie et conscientes, de la même manière que les araignées sont immobilisées et tuées progressivement par les guêpes…

Pris dans la toile

Si le film dévoile peu à peu deux sous-intrigues qui semblent le rattacher au genre policier – un maître-chanteur et un trafic de drogue -, le mode opératoire du tueur et la mise en scène baroque de ses exactions nous transportent illico sur le terrain de l’horreur. Le principe des mises à mort se révèle en effet particulièrement morbide et la mise en scène de certains meurtres ne recule pas devant une pointe de gore. Mais La Tarentule au ventre noir ne se contente pas d’une seule partition. A mi-chemin entre le giallo pur et dur (la scène des mannequins et le look du criminel évoquent beaucoup Six femmes pour l’assassin), le polar musclé (la poursuite haletante sur les toits et dans la rue préfigure les acrobaties de Peur sur la ville) et le thriller introspectif (la recherche des indices dans les détails des photos nous ramène à Blow Up), le film de Paolo Cavara devient insaisissable. Sa plus grande originalité tient sans doute au traitement de son protagoniste. Ici, le héros policier ne cesse de remettre en cause sa mission et sa vocation. La caméra s’attarde sur ses moments intimes et quotidiens, loin de la tourmente des enquêtes. Il finit d’ailleurs par se noyer dans la masse des habitants de Rome, le temps d’un plan final presque documentaire dont la banalité est soudain brisée par l’animation d’une toile d’araignée stylisée qui recouvre tout l’écran. C’est ce jeu constant de ruptures et de mélanges de genres qui permet à La Tarentule au ventre noir de de se démarquer parmi les innombrables giallos ayant inondé les écrans en Italie dans les années 70.

 

© Gilles Penso

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LE SENS DE LA VIE (1983)

Dans ce film à sketches délirant, les Monty Pythons repoussent toutes les limites en s’interrogeant sur la finalité de notre existence en ce bas-monde…

THE MEANING OF LIFE

 

1983 – GB

 

Réalisé par Terry Jones

 

Avec Graham Chapman, John Cleese, Terry Gilliam, Eric Idle, Terry Jones, Michael Palin, Carol Cleveland, Simon Jones, Patricia Quinn, Judy Loe, Andrew MacLachlan

 

THEMA DIEU, LES ANGES ET LA BIBLE I MÉDECINE EN FOLIE I MORT

Après leur double coup d’éclat sur grand écran – Sacré Graal et La Vie de Brian -, les Monty Pythons n’entendent pas s’arrêter en si bon chemin et commencent à réfléchir à un nouveau long-métrage loufoque. Ils envisagent d’abord de mettre en scène des armées sponsorisées et des soldats portant des uniformes militaires couverts de publicités, en pleine troisième guerre mondiale. Mais le scénario peine à se développer. Leur seconde idée consiste à les montrer en train de simuler le tournage d’une adaptation de Hamlet dans les Caraïbes pour prouver qu’ils ne cherchent pas à échapper aux impôts. Cette intrigue ne mène nulle part non plus. Face à ce cul de sac artistique, les Pythons constatent qu’il leur reste sous le coude des dizaines de gags disparates non encore utilisés. La solution s’impose alors d’elle-même : un film à sketches qui relierait entre elles de nombreuses scènes absurdes sans rapport les unes avec les autres. Ainsi naît Le Sens de la vie. Tout commence par un faux court-métrage dans lequel les vieux employés d’une compagnie d’assurance se révoltent contre leurs nouveaux patrons. Par le biais d’un remarquable travail de décors, d’effets spéciaux et de maquettes, le vénérable immeuble se mue en galion pirate qui s’arrache au bitume et vogue pour partir à l’abordage d’un quartier d’affaires moderne.

Place ensuite à six poissons dans un aquarium qui, via un trucage hilarant, ont les têtes des Monty Pythons. En voyant l’un des leurs se faire déguster dans un restaurant, ils s’interrogent sur le sens de la vie. Dès lors, les sketches démentiels s’enchaînent au hasard d’un fil conducteur extrêmement ténu. La première partie, consacrée au « miracle de la naissance », nous montre un accouchement pratiqué par deux médecins grotesques puis se transforme en comédie musicale où le père d’une famille de soixante enfants (Michael Palin), dans un quartier pauvre du Yorkshire, chante avec enthousiasme « chaque sperme est sacré ». La deuxième partie, « croissance et éducation », s’intéresse à un cours d’éducation sexuelle dans un collège guindé qui s’achève par une démo « grandeur nature » devant les élèves par le professeur (John Cleese) et son épouse. La troisième partie, dédiée au « combat », ridiculise l’armée avec panache. On y voit une bataille dans les tranchées qui se transforme en pot de départ à la retraite, puis une guerre acharnée au cœur de l’Afrique où les fiers officiers britanniques gardent leur flegme en toutes circonstances puis rencontrent un faux tigre. La quatrième partie, « le moyen-âge », met en scène un repas hawaïen pour touristes dans un donjon médiéval où sont torturés des suppliciés et où on ne commande pas des plats mais des sujets de conversation.

Noël au Paradis

L’outrance, l’excès et le gore éclaboussent joyeusement les deux sketches suivants. Dans la cinquième partie, « don d’organes », deux hommes viennent en effet prélever le foie d’un donneur d’organe (Terry Gilliam) de son vivant ! Mais ce n’est rien à côté de la sixième partie, « le troisième âge », située dans un restaurant français très huppé. Un pianiste (Eric Idle) y chante des odes au pénis, puis un homme monstrueusement ventripotent, Monsieur Creosote (Terry Jones), s’installe et commande un repas gargantuesque, vomissant avec une abondance qui ferait pâlir la Regan de L’Exorciste. Dans le chapitre final titré « la mort », un criminel (Graham Chapman) choisit sa propre exécution : être poursuivi par une armada de jeunes femmes à moitié nues avant de se précipiter dans le vide jusque dans sa tombe. Puis la Faucheuse débarque et s’invite dans un dîner mondain entre gens snobs, avant que tout s’achève par un grand numéro musical hallucinant : « c’est Noël au Paradis ». Si Le Sens de la vie peut sembler plus décousu que Sacré Graal et La Vie de Brian, le grain de folie des Pythons y est toujours aussi vivace, aidé ici par une augmentation conséquente du budget qui leur permet d’accéder à de vastes décors, une figuration importante, des trucages de haut niveau et toute une série de maquillages spéciaux impressionnants. Le plus mémorable d’entre eux est bien sûr celui de l’immonde Monsieur Creosote, conçu par Chris Tucker (Elephant Man, La Compagnie des loups) qui culmine vers une épouvantable explosion verdâtre. Ce déluge de délires surréalistes permettra aux six trublions de remporter le Grand Prix spécial du Festival de Cannes en 1983.

© Gilles Penso

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28 ANS PLUS TARD : LE TEMPLE DES MORTS (2026)

Cette suite directe de 28 ans plus tard se lance dans un audacieux grand écart entre la violence la plus crue et des élans de poésie quasi-métaphysiques…

28 YEARS LATER : THE BONE TEMPLE

 

2026 – GB

 

Réalisé par Nia DaCosta

 

Avec Ralph Fiennes, Jack O’Connell, Alfie Williams, Erin Kellyman, Chi Lewis-Parry, Emma Laird, Sam Locke, Robert Rhodes, Ghazi Al Ruffai, Maura Bird

 

THEMA ZOMBIES I SAGA 28 JOURS PLUS TARD

Dès les préparatifs de 28 ans plus tard, le réalisateur Danny Boyle et le scénariste Alex Garland envisagent cette suite tardive de 28 jours plus tard comme une trilogie. Les événements décrits dans 28 semaines plus tard, quant à eux, sont un peu laissés de côté, sans pour autant entrer en contradiction avec la cohérence globale de la saga. Si Boyle met lui-même en scène le premier opus de ce triptyque, il cède la place à Nia DaCosta pour Le Temple des morts. La talentueuse réalisatrice du western moderne Little Woods et du drame psychologique Hedda s’était déjà frottée aux franchises préexistantes avec plus ou moins de bonheur (l’intéressant Candyman d’un côté, l’anecdotique The Marvels de l’autre). Ici, elle se voit offrir une très grande liberté et peut donc pleinement exprimer sa propre sensibilité. DaCosta tient à respecter l’esprit du travail de Boyle tout en envisageant de se lancer dans un film « déjanté, singulier et artistiquement personnel », pour reprendre ses propres termes. Et pour bien marquer une rupture stylistique, les outils de prise de vue ne sont plus les mêmes. Après les iPhones 15 Pro du premier 28 ans plus tard, 28 ans plus tard : le temple des morts emploie des caméras numériques Arri Alexa 35, plus proches des goûts esthétiques de la cinéaste.

La tonalité elle aussi a changé. Le jeune Spike (Alfie Williams) est encore au cœur de l’intrigue, mais il passe souvent au second plan pour que les nouveaux enjeux de cette séquelle puissent se développer. Après la description d’une famille dysfonctionnelle, place à une autre thématique, beaucoup plus sombre : la nature du Mal avec un grand M. Le scénario de Garland s’intéresse ainsi à deux trajectoires parallèles. La première est celle des « Doigts », une secte d’enfants tueurs que mène le sataniste Sir Lord Jimmy Crystal (Jack O’Connell) et dans laquelle s’est embrigadé Spike bien malgré lui. La seconde suit le docteur Ian Kelson (Ralph Fiennes) qui règne toujours sur son « Temple des Morts », le corps peinturluré d’iode écarlate pour lutter contre les effets du virus de la rage. Ce dernier brise sa solitude en amadouant Samson (Chi Lewis-Parry), un redoutable alpha infecté, grâce à une drogue à base de morphine qui apaise ses souffrances et réveille chez lui les bribes de son humanité perdue. Inévitable, la rencontre entre les adorateurs du diable – qui sèment la terreur en rase campagne – et le médecin athée – qui honore les morts en leur érigeant des monuments – s’apprête à prendre une tournure inattendue…

Memento Mori

Le film de Nia DaCosta ne se réfrène ni sur la violence sanglante, ni sur le gore douloureux. Et si les infectés continuent à massacrer à tour de bras pour alimenter leur insatiable faim anthropophage, ce sont les exactions des humains qui se révèlent finalement les plus brutales. Voir ces enfants sauvages se livrer aux pires actes de cruautés, sous la houlette d’un illuminé biberonné aux Télétubbies, a quelque chose de profondément dérangeant. Cette barbarie contraste forcément avec la tranquille sérénité du docteur Kelson, qui s’efforce non seulement de comprendre les raisons de l’infection ayant transformé les humains en zombies mais aussi d’en enrayer les effets. Le temps d’une poignée de séquences vertigineuses, nous sommes alors transportés à l’intérieur de l’esprit des infectés pour découvrir leur perception altérée du monde. Lorsque la folie meurtrière s’invite dans le « Memento Mori » érigé par Kelson, le film atteint son point de bascule, via une séquence délirante au cours de laquelle « The Number of the Beast » d’Iron Maiden occupe soudain tout l’espace sonore. Au risque de s’aliéner une partie du public, DaCosta ose ainsi le grand-écart entre l’horreur, l’action, l’humour noir et la poésie macabre. Radical, déstabilisant, sans concession, délibérément éloigné des codes d’un blockbuster classique, 28 ans plus tard : le temple des morts finit par boucler la boucle de la saga à travers un épilogue faussement apaisé qui laisse une porte grande ouverte vers le troisième opus.

 

© Gilles Penso

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ITOKA, LE MONSTRE DES GALAXIES (1967)

Une spore extra-terrestre, ramenée sur Terre par des astronautes, entre en contact avec l’atmosphère et se transforme en monstre géant…

UCHU DAIKAIJU GUILALA

 

1967 – JAPON

 

Réalisé par Kazui Nihonmatsu

 

Avec Eiji Okada, Toshiya Wazaki, Peggy Neal, Schinichi Yanagisawa, Itoko Harada, Franz Gruber, Mike Danning

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Depuis 1954 et le succès de Godzilla, la réalisation de longs-métrages mettant en vedette des grands monstres attaquant les cités est devenue un véritable sport national au Japon. Si les deux compagnies principales pourvoyeuses de titans gargantuesques sont la Toho et sa concurrente la Daiei, d’autres société de production finissent par entrer dans la danse. C’est le cas de la Shochiku qui, profitant de l’engouement du public pour la conquête spatiale et pour les thèmes extra-terrestres, nous offre cet inénarrable Itoka, le monstre des galaxies. Une chanson d’opérette improbable accompagne le générique de début sur fond de constellations, des voix exaltées s’y exclamant : « Regarde, c’est notre Terre ! Regarde, vois comme elle scintille ! Regarde, c’est notre univers ! Regarde, c’est ainsi depuis toujours, c’est l’avenir de tous ! Allez, embrassons-le gaiement ! » La kitscherie inhérente au projet ne fait donc aucun doute. Pourtant, la première moitié du film se veut relativement sérieuse, sollicitant des maquettes franchement réussies pour visualiser les rampes de lancement des fusées, les vaisseaux cosmiques, les bases spatiales ou les sorties extravéhiculaires. Nous ne sommes pas éloignés du charme des effets visuels de Danger planète inconnue, On ne vit que deux fois ou Cosmos 1999.

Après le générique chantant, des hommes trimballent hors d’un hélicoptère un caisson qu’ils manipulent avec précaution, sous la haute surveillance d’un éminent scientifique. Il s’agit d’un combustible nucléaire enrichi, le XTU249, futur carburant d’une expédition spatiale que le gouvernement japonais prépare à destination de la planète Mars. L’Astro-Boat AAB-Gamma est le nom du vaisseau atomique qui s’apprête à décoller. L’équipage est constitué du capitaine Sano, de l’exobiologiste Lisa, du docteur Shioda et du chef des transmissions Miyamoto. Les expéditions précédentes ont échoué, apparemment à cause de la présence d’Ovnis à proximité, mais cette nouvelle équipe entend bien arriver à destination. Or au milieu du voyage, une sorte de soucoupe volante lumineuse brouille leurs signaux. Après une escale sur une base lunaire afin de soigner l’un des membres de l’équipe, la mission repart et croise à nouveau l’Ovni qui recouvre leur vaisseau d’une spore étrange. Cette mission sur Mars est donc un nouvel échec, mais nos astronautes ramènent tout de même sur Terre un morceau de cette spore, persuadés qu’il s’agit d’une découverte scientifique de premier ordre. Or en entrant en contact avec l’atmosphère terrestre, cette substance ne tarde pas à donner naissance à un monstre…

Le bibendum venu d’ailleurs

Passée cette première partie axée sur l’exploration spatiale – dont elle nous donne une vision souvent désinvolte, comme en témoigne cette scène où les astronautes s’amusent à sauter sur le sol lunaire comme sur un trampoline, sur fond de bossa nova joyeuse -, le monstre parait enfin. Et là, rien ne va plus. Toute tentative de réalisme s’efface en effet pour céder la place à un bibendum en caoutchouc au corps godzillesque, aux yeux lumineux, au bec de perroquet, aux oreilles pointues et au crâne hérissé d’antennes. Cette bête invraisemblable, qui n’aurait pas dépareillé dans un épisode d’Ultraman ou de Spectreman, figure en bonne place sur la liste des « kaijus » les plus ridicules de l’histoire du cinéma. Les hautes autorités le baptisent Guilala, mais les traducteurs français lui préfèrent bizarrement le nom d’Itoka. Haut de 60 mètres et lourd de 15 000 tonnes, d’après ce que nous apprennent les journaux télévisés du film, le bougre est insensible aux tirs de l’armée, crache du feu, se charge d’énergie nucléaire et se transforme en boule lumineuse volante. Fidèle à la grande tradition inaugurée par Godzilla, il détruit tout : les immeubles, les tanks, les avions, les bateaux, les usines, les barrages, les fusées, bref c’est un festival du piétinement de maquettes. Amusant mais très anecdotique, Itoka le monstre des galaxies aura droit à une suite parodique tardive en 2008 : Monster X Strikes Back.

 

© Gilles Penso

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GRAVE ENCOUNTERS (2011)

Pour les besoins d’une émission consacrée au paranormal, une équipe d’enquêteurs s’isole dans un hôpital psychiatrique supposé être hanté…

GRAVE ENCOUNTERS

 

2011 – CANADA

 

Réalisé par Colin Minhan et Stuart Ortiz

 

Avec Benjamin Wilkinson, Sean Rogerson, Ashleigh Gryzko, Merwin Mondesir, Juan Riedinger, Shawn Macdonald, Arthur Corber, Bob Rathie, Fred Keating, Max Train

 

THEMA FANTÔMES


Grave Encounters est signé par The Vicious Brothers », un surnom collectif énigmatique derrière lequel se cachent les réalisateurs canadiens Colin Minhan et Stuart Ortiz. Avant cette œuvre à quatre mains, Minhan avait mis en scène près d’une trentaine de courts-métrages et Ortiz avait dirigé le drame Far West, un moyen métrage de 2005 lié aux traumatismes de la guerre d’Irak. Grave Encounters est donc leur plongeon commun dans « la cour des grands ». Pour autant, la production reste très modeste. Tourné pendant dix nuits et deux jours avec un budget de 120 000 dollars, ce « found footage » s’inspire d’un programme télévisé réel, Ghost Adventures, qui suit les enquêtes d’un groupe de chasseurs de fantômes dans des lieux supposément hantés. Les gimmicks et les effets de styles de cette série documentaire alimentent largement le scénario de Grave Encounters et permettent de mieux caractériser les protagonistes. Le décor fictif du film, l’hôpital psychiatrique Collingwood situé dans le Maryland, est en réalité l’hôpital Riverview, un établissement abandonné situé à Coquitlam, en Colombie-Britannique, construit au début du 20ème siècle et fermé en 2012. Sa photogénie délabrée servit déjà d’écrin à d’autres productions beaucoup plus fortunées tournées au Canada, notamment le Watchmen de Zack Snyder ou les X-Files.

Le prologue nous apprend que Grave Encounters est le nom d’une émission télévisée à succès consacrée au paranormal, dont la programmation fut annulée après cinq épisodes à la suite de la disparition de l’équipe. Le producteur de la série, Jerry Hartfield, nous présente alors des scènes brutes tirées des images récupérées du sixième et dernier épisode. Nous y voyons le chasseur de fantômes Lance Preston, la spécialiste de l’occulte Sasha Parker, l’opérateur de surveillance Matt White, le caméraman T. C. Gibson et le médium Houston Gray, invités à examiner l’hôpital psychiatrique abandonné de Collingwood, où des phénomènes inexpliqués sont signalés depuis des années. Après avoir visité les lieux en compagnie du gardien de cet hôpital sinistre, où furent apparemment pratiquées des expériences médicales contraires à l’éthique la plus élémentaire, nos enquêteurs s’enferment pour commencer leurs investigations nocturnes. Au début, rien de spécial ne se manifeste dans les lieux. Mais la situation ne tarde pas à dégénérer…

L’hôpital et ses fantômes

Puisque ce film est censé nous montrer les rushes d’un reportage professionnel, le spectateur est en droit de se demander pourquoi la caméra n’arrête pas de bouger, de zoomer, de refaire la mise au point, de se recadrer, même dans les moments les plus calme. On se doute qu’il s’agit de donner le sentiment que toutes ces images sont prises sur le vif, mais aucun cameraman digne de ce nom – à moins qu’il ne souffre de la maladie de Parkinson – ne filmerait de cette manière de simples scènes de discussions. Le dispositif nous apparaît donc d’emblée comme artificiel et met à mal notre suspension d’incrédulité. Dommage, parce que Grave Encounters ne manque pas d’attraits. L’une des idées les plus intéressantes consiste par exemple à montrer que l’équipe truque certains témoignages ou sollicite un faux médium pour faire mousser son émission. Les atouts majeurs du film sont ses acteurs, qui jouent avec beaucoup de naturel. Par leur biais, quelques passages anxiogènes se révèlent très efficaces (le fauteuil roulant qui se met en branle, les cheveux remués par une force invisible) et l’angoisse s’accroit à mesure que les notions de temps et d’espace s’abolissent, coupant non seulement tout repère mais aussi tout espoir d’échappatoire. Au cours du dernier acte, les manifestations surnaturelles deviennent beaucoup plus frontales et spectaculaires. Alors certes, nous n’évitons pas la routine des caméras qui remuent, des gens qui crient en courant dans les couloirs ou des confessions face à l’objectif façon Blair Witch. Mais Grave Encounters, malgré cette accumulation de « passages obligatoires », remplit pleinement son contrat de « film de flippe en vue subjective ». Une suite sera mise en chantier l’année suivante.

 

© Gilles Penso

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