LYCANTROPUS (1997)

La star du cinéma fantastique espagnol Paul Naschy interprète le loup-garou Waldemar Daninsky pour la dixième fois consécutive…

LICANTROPO : EL ASESINO DE LA LUNA LLENA

1997 – ESPAGNE

Réalisé par Francisco Rodriguez Gordillo

Avec Paul Naschy, Amparo Muñoz, Antonio Pica, José María Caffarel, Eva Isanta, Luis Maluenda, Jesus Calle, Jorge R. Lucas, Javier Loyola, Rosa Fontana

THEMA LOUPS-GAROUS I SAGA WALDEMAR DANINSKY

Après La Bête et l’épée magique en 1983, l’acteur/réalisateur/scénariste Jacinto Molina, plus connu sous son pseudonyme de Paul Naschy, semblait en avoir fini une bonne fois pour toutes avec le personnage du loup-garou Waldemar Daninsky. Depuis 1968, il l’avait déjà incarné neuf fois à l’écran, sans compter quelques autres lycanthropes dont il porta les poils au fil de sa longue carrière. Il était donc temps de passer à autre chose. Mais en 1991, une crise cardiaque manque de lui coûter la vie. Secoué mais toujours debout, Naschy décide alors de ressusciter son loup-garou fétiche, se lançant dans l’écriture d’un scénario qu’il appréhende quasiment comme une thérapie. Une fois prêt, le script de Lycantropus repose tranquillement dans un tiroir jusqu’à ce que le producteur Primitivo Rodriguez (qui vient de terminer le film de pirates La Isla Del Diablo de Juan Piquer Simon) lui demande des idées pour un nouveau film d’horreur. Naschy ressort alors Lycantropus avec la ferme intention de relancer la saga de l’homme-loup qui le rendit célèbre. Mis en scène par Francisco Rodriguez Gordillo (réalisateur du slasher El Cepo), Lycantropus commence en 1944 dans une forêt nocturne et brumeuse d’Europe centrale. Arrêtée par deux officiers SS qui veulent prendre du bon temps avec elle puis l’exécuter, la Gitane Czinka (Ester Ponce) est sauvée par son amant Heinrich (Bill Holden), un colonel de la Wermacht qui l’a mise enceinte. Mais Rom (José Truchado), le frère de Czinka, est furieux de la voir convoler avec un nazi et assassine l’officier…

Flash forward : nous voilà à Visaria en 1996, en présence de Waldemar Daninsky. Comme c’est le cas pour chaque épisode de cette étrange saga à la continuité très élastique, ce personnage n’est pas le même que celui mis en scène dans les neuf films précédents, même s’il porte le même nom et la même malédiction. Ici, Waldemar est donc un écrivain de best-sellers qui souffre de cauchemars récurrents et de douleurs à la poitrine. Sa femme Elsa (Rosa Fontana) est une brillante avocate, sa fille aînée Kinga (Eva Isanta) subit des brimades à l’université où elle étudie et son jeune fils Chris (Carlos Ramo) s’étonne de l’hostilité que leur chien Rocky semble avoir depuis peu en grognant dès qu’il voit Waldemar. Parallèlement, nous apprenons que plusieurs jeunes femmes ont été retrouvées horriblement mutilées dans la ville. Si la police semble piétiner, il ne faut pas longtemps aux spectateurs pour rassembler les pièces du puzzle : Waldemar est le fils de la Gitane du prologue, frappé par un sort qui le pousse à se transformer en loup-garou sanguinaire chaque nuit de pleine lune…

Un monstre en bout de course

La soixantaine passée, Paul Naschy nous semble ici vieilli et fatigué, sans doute encore affaibli par son opération du cœur. Son personnage s’est adapté à l’âge et l’état de santé de l’acteur. C’est désormais un père de famille tranquille, loin du séducteur ténébreux que nous avons connu. On note d’ailleurs que la tonalité s’est beaucoup « assagie ». L’érotisme et le gore, ingrédients récurrents des opus des années 70 et 80, brillent ici par leur absence. De ce point de vue, Lycantropus se montre assez tiède. Les films de la saga ayant tendance à mixer le mythe du loup-garou avec d’autres éléments fantastiques – vampires, yétis, savants fous -, celui-ci ne déroge pas à la règle en intégrant des fantômes – en l’occurence ceux du patriarche des Gitans et de la mère biologique de Waldemar – mais aussi un tueur psychopathe. Car Scream vient alors de cartonner sur les écrans et il semble impératif de surfer sur la vogue du néo-slasher. D’où cette séquence de la jeune femme effrayée par les appels téléphoniques anonymes d’un tueur mystérieux, référence directe au film de Wes Craven. Lycantropus ne manque d’ailleurs pas de clins d’œil à la littérature et au cinéma fantastique. Interrogé par la police, Waldemar cite docteur Jekyll et Mister Hyde (qui apparaissaient justement dans un des épisodes de la saga, Docteur Jekyll et le loup-garou), tandis que les dialogues évoquent Double assassinat dans la rue Morgue d’Edgar Poe et mentionnent un certain professeur Cronenberg. Sans compter ce jeune homme fan de films d’horreur et de thrillers dont la chambre est tapissée de posters (Docteur Rictus, The Gifted, Face à face). Le monstre, lui, n’apparaît qu’au bout de 45 minutes, nimbé dans la lumière bleutée de la pleine lune. Son look de loup-garou a changé. Moins velu qu’avant, il ressemble plus au Monstre de Londres qu’au Wolf Man des années 40, comme si, ici aussi, il fallait se montrer plus « sage » qu’auparavant. Le tout s’assortit d’une bande originale « romantico-pop » à base de synthétiseurs et de solos de guitare électrique. Distrayant mais moins inventif que les autres épisodes, cet opus nous semble arriver trop tard et n’a plus grand-chose à défendre. Un ultime épisode marquera les adieux définitifs de Waldemar : La Tombe du loup-garou.

© Gilles Penso

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BROTHER (1984)

Un extra-terrestre muet et humanoïde débarque sur Terre, en plein New York, et tente de s’adapter à notre monde…

THE BROTHER FROM ANOTHER PLANET

1984 – USA

Réalisé par John Sayles

Avec Joe Morton, Dee Dee Bridgewater, Rosanna Carter, Ray Ramirez, Yves Rene, Peter Richardson, Ginny Yang, Daryl Edwards, Steve James, Leonard Jackson

THEMA EXTRA-TERRESTRES

John Sayles est le scénariste de Piranhas, Les Mercenaires de l’espace, L’Incroyable Alligator et Hurlements. Mais son activité ne se limite pas aux séries B fantastiques, puisqu’on le trouvera plus tard à la mise en scène de films plus « respectables » tels que City of Hope ou Lone Star. Pour son quatrième long-métrage en tant que réalisateur, Sayles s’attaque au thème du visiteur extra-terrestre sous un angle très original. L’idée lui saurait été inspirée par une série de rêves bizarres survenus pendant la période où il tournait la comédie dramatique Lianna en 1983. Dans l’un d’eux, un alien qui a l’apparence d’un Afro-américain s’échoue à Harlem. Sayles voit là l’occasion d’utiliser le prisme de la comédie et de la science-fiction pour aborder les thèmes de l’immigration et de l’assimilation culturelle. Le premier jet du scénario est écrit en un peu moins d’une semaine et l’auteur/réalisateur finance lui-même la majeure partie du film (dont le budget est estimé à environ 350 000 dollars) en investissant notamment les droits qu’il a perçus lors de la diffusion de son premier long, Return of the Secaucus Seven, et le cachet qu’il a reçu pour écrire le script du Clan de la caverne des ours. Avec les moyens très limités à sa disposition, Sayles tourne à l’économie dans les rues de Harlem, parfois sans autorisation, et parvient à boucler ses prises de vues en quatre semaines pendant le printemps 1984.

Brother ne s’embarrasse pas d’une longue entrée en matière. En quelques secondes, John Sayles évoque avec une belle économie de moyens le crash d’un vaisseau spatial sur Ellis Island, à deux pas de la Statue de la Liberté. Un extra-terrestre muet qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un être humain (Joe Morton), à l’exception de ses pieds à trois orteils qu’il dissimule soigneusement, débarque ainsi au beau milieu de Harlem et découvre notre monde. Malgré son incapacité à communiquer avec la parole, il va se rapprocher de plusieurs habitants du quartier, se laisser séduire par la chanteuse d’un cabaret (Dee Dee Bridgewater) et tenter de mettre fin au trafic de drogue qui gangrène les rues. Mais deux hommes en noir au comportement étrange, qui se font passer pour des agents de l’immigration, sont à sa recherche et semblent prêts à tout pour s’emparer de lui…

Un Alien dans Harlem

Le film repose beaucoup sur la performance de Joe Morton qui, à l’instar des acteurs du cinéma muet, traduit ses sentiments et ses sensations à travers ses mimiques et son langage corporel. L’extra-terrestre naufragé qu’il incarne découvre la Terre et ses habitants comme un enfant mi apeuré mi fasciné. Pour mieux nous faire entrer en empathie avec lui, le film se prive de parole pendant ses dix premières minutes, si ce n’est quelques brouhahas et bribes de dialogues à peu près aussi indistincts que ceux des films de Jacques Tati. Assez tôt, nous découvrons que cet alien possède des pouvoirs surnaturels. Grâce à son « toucher magique », il peut entendre les voix de ceux qui ont occupé un bâtiment en apposant ses mains sur les murs, mais aussi réparer les machines et soigner les blessures, ce qui le rapproche de E.T. Autres points communs avec le héros fripé de Steven Spielberg : il se lie d’amitié avec un enfant et pointe le ciel lorsqu’on lui demande d’où il vient. Ces similitudes ne sont peut-être pas dues au hasard, dans la mesure où John Sayles fut engagé par Spielberg pour écrire un premier jet de Night Skies, projet avorté qui finit par devenir E.T. l’extra-terrestre. Accompagné d’une bande originale reposant principalement sur des percussions et des steel drums, Brother est un film qui prend son temps et laisse les scènes anecdotiques se déployer tranquillement (les tours de carte dans le métro, les deux touristes venus d’Indiana). Sayles nous semble plus soucieux de prendre le pouls de la ville que de multiplier les rebondissements. Par conséquent, les effets spéciaux sont réduits à leur plus simple expression : une paire de faux pieds affublés chacun de trois orteils griffus, un œil qui bouge tout seul dans un pot de fleurs et c’est à peu près tout. Beau succès au box-office, Brother rapportera plus de dix fois sa mise de départ. Les amateurs de science-fiction retrouveront Joe Morton dans Les Passagers de l’angoisse, Terminator 2, Forever Young, Batman V. Superman et Godzilla II.

© Gilles Penso

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OBJECTIF TERRIENNE (1988)

Jeff Goldblum, Geena Davis, Jim Carrey et Damon Wayans tiennent la vedette de cette comédie de science-fiction totalement loufoque…

EARTH GIRLS ARE EASY

1988 – USA

Réalisé par Julien Temple

Avec Geena Davis, Jeff Goldblum, Jim Carrey, Damon Wayans, Julie Brown, Michael McKean, Charles Rocket, Larry Linville, Rick Overton, Diane Stilwell

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Après la sortie de l’album Goddess in Progress de l’actrice et chanteuse Julie Brown en 1984,  Warner Bros. Pictures commence à développer l’idée d’une comédie musicale inspirée de la chanson Earth Girls Are Easy. Brown est embauchée pour en tenir la vedette mais aussi pour en écrire le scénario avec Terrence E. McNally et Charlie Coffey. Et c’est Julien Temple, réalisateur d’une tonne de clips musicaux, qui est chargé de mettre en scène le film. Tout est prêt pour un début de tournage en 1986, mais lorsque le film précédent de Temple, Absolute Beginners, se casse la figure au box-office, Warner devient très frileux. La production est donc interrompue, le temps de trouver une star jugée plus bankable que Julie Brown pour tenir la vedette du film. Madonna, Daryl Hannah, Elisabeth Shue, Justine Bateman, Molly Ringwald et Debra Winger sont contactées l’une après l’autre mais passent leur tour. Warner se retire donc du projet et Earth Girls Are Easy est stoppé dans son élan. Les choses redémarrent lorsque le Crédit Lyonnais accepte de financer le film – à condition de revoir le budget à la baisse – et lorsque la compagnie de Dino de Laurentiis décide d’en assurer la distribution. Le casting prend alors sa tournure définitive. Si Julie Brown est de retour, c’est pour incarner le rôle secondaire de la meilleure amie de l’héroïne. Les têtes d’affiche seront Geena Davis et Jeff Goldblum, couple à la ville et déjà partenaires à l’écran dans Transylvania 6-5000 et La Mouche. Deux jeunes acteurs très prometteurs en début de carrière, Jim Carrey et Damon Wayans, se joignent à la fête, et le tournage débute pour de bon fin 1987.

Geena Davis joue le rôle de Valerie Gail, une sympathique manucure qui vit dans la vallée de San Fernando avec son futur époux, le docteur Ted Gallagher (Charles Rocket). Frustrée par le manque d’intérêt sexuel que lui montre son fiancé (qui n’hésite pas à retrousser la blouse de la première infirmière venue), Valerie se fait entièrement relooker par son amie Candy (Julie Brown) dans l’espoir de le séduire à nouveau. C’est là qu’elle découvre les infidélités du « docteur Love ». Furieuse, elle le met à la porte et saccage ses affaires. C’est le moment que choisissent trois extra-terrestres velus et colorés, Mac (Jeff Goldblum), Zeebo (Damon Wayans) et Wiploc (Jim Carrey), pour venir faire un tour sur Terre. Privé depuis longtemps de compagnie féminine, le trio est émoustillé par les images des créatures « dépourvues de poils » qui peuplent notre planète et se crache dans la piscine de Valerie. D’abord effrayée, la jeune femme finit par trouver ces aliens attachants. Mais comment les garder chez elle en toute discrétion, le temps que la piscine soit vidangée et que leur vaisseau soit en état de redécoller ? Réponse : en demandant à son amie Candy de raser leur fourrure pour leur donner un aspect humain…

À nous les petites Terriennes !

L’entrée en matière d’Objectif Terrienne nous laisse perplexes. Si le générique pop acidulé nous tape agréablement dans l’œil, les images de synthèse bas de gamme censées visualiser les séquences spatiales sentent le bâclage. Et c’est hélas cette deuxième tendance qui va infuser le reste du métrage. Car les problèmes de cœur de la belle Geena – qui s’exhibe généreusement en bikini pendant une grande partie du film – nous laissent gentiment indifférents, et ce trio d’extra-terrestres invraisemblables – dont le look oscille entre le yéti, le Grinch et les Télétubbies – provoquent beaucoup moins le rire que l’exaspération. Golblum roule des yeux enjôleurs, Carrey multiplie les grimaces et les imitations qui feront son succès, Wayans s’agite comme un élastique sur une piste de danse, mais c’est une peine perdue : toutes ces loufoqueries n’ont rien de bien palpitant ni de foncièrement drôle. Malgré l’ajout artificiel de numéros musicaux (dans le salon d’esthétique, dans la maison après la rupture, sur la plage) et une scène de cauchemar très référentielle (où interviennent Robby le robot, des extraits des Soucoupes volantes attaquent et de La Belle et la Bête, les aliens de Buckaroo Banzai), Objectif Terrienne reste poussif et prévisible, laissant traîner son intrigue sans aller nulle part. La production du film elle-même restera chaotique jusqu’au bout. Obsédé par le moindre détail, Julien Temple ne parvient pas à respecter son planning de tournage et livre un premier montage qui ne convainc personne. Le film est donc remanié pendant cinq mois. Plusieurs scènes sont supprimées, d’autres sont ajoutées. Entretemps, le De Laurentiis Entertainment Group dépose le bilan. Espérant tenir avec Objectif Terrienne un futur film culte, Veston Pictures en acquiert les droits de distribution, mais ce sera un énorme bide au box-office. Veston ne s’en remettra pas – mettant la clé sous la porte en 1992 – et le film lui-même sombrera dans un oubli poli. Quant à Julien Temple, il retournera à ses activités de faiseur de vidéoclips.

© Gilles Penso

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JU-ON : THE GRUDGE 2 (2003)

Une actrice enceinte, spécialisée dans les films d’horreur, est persécutée par des spectres revanchards qui s’en prennent à son entourage…

JU-ON 2

2003 – JAPON

Réalisé par Takashi Shimizu

Avec Noriko Sakai, Chiharu Niiyama, Kei Horie, Yui Ichikawa, Ayumu Saitô, Emi Yamamoto, Erika Kuroishi, Kaoru Mizuki, Shinobu Yûki, Takako Fuji, Yuya Ozeki

THEMA FANTÔMES I SAGA THE GRUDGE

Takashi Shimizu est un réalisateur qui a de la suite dans les idées. Après deux courts-métrages et deux longs-métrages un peu confidentiels déclinant tous le même motif – le surgissement de Toshio et Kayakao, deux fantômes revanchards s’attaquant aux humains et les entraînant dans une spirale cauchemardesque -, il parvenait à réadapter le concept pour les besoins d’un film destiné à une exploitation internationale, Ju-On : The Grudge. Résultat : un énorme succès au box-office et l’inévitable mise en chantier d’un nouvel opus. Voici donc Ju-On : The Grudge 2, qui n’est pas à proprement parler une suite mais plutôt une variante autour des mêmes thèmes. Comme dans les itérations précédentes, le film est divisé en chapitres et construit autour d’une trame narrative principale, dont le scénario brise la continuité chronologique pour revenir sur certains personnages secondaires et raccorder leur histoire à l’intrigue centrale. La scène d’introduction s’intéresse à Kyoko Harase, une actrice spécialisée dans le cinéma d’horreur, et à son fiancé Masashi Ishikura. Une nuit, au volant de leur voiture, ils heurtent un chat sur la route après avoir vu apparaître le spectre de Toshio. Gravement blessé, Masashi tombe dans le coma tandis que Kyoko, bouleversée, attend leur premier enfant. Voilà comment s’ouvrent les hostilités.

Les chapitres qui s’égrènent ensuite au fil du film s’attardent sur plusieurs personnages périphériques. Il y a d’abord Tomoka, une présentatrice TV sur le point de participer à une émission spéciale consacrée aux phénomènes surnaturels qui entourent la maison maudite au cœur du premier Ju-On : The Grudge. Puis Megumi, la coiffeuse de l’équipe de tournage, qui découvre une étrange tache sombre sur le sol d’une des pièces. Vient ensuite Keisuke, le réalisateur, qui apprend la mort violente de plusieurs membres de son équipe et met la main sur le journal intime de Kayako. L’étudiante Chiharu, quant à elle, accepte de faire de la figuration dans un film d’horreur avant d’être assaillie par des visions de plus en plus perturbantes, peuplées de spectres. Le dernier chapitre se concentre directement sur le fantôme de Kayako et tente de raccorder, tant bien que mal, les différentes pièces du puzzle, tout en laissant volontairement de nombreuses zones d’ombre et une foule de bizarreries inexpliquées…

Cheveux vivants et photocopieuse hantée

Le fait de mettre en scène une actrice spécialisée dans les films d’horreur et des émissions télévisées consacrées aux maisons hantées permet à Takashi Shimizu de jouer sur l’effet de mise en abîme, semant parfois la confusion entre les faits paranormaux et leur reconstitution. Du coup, les fantômes s’invitent sur les écrans vidéo, surgissent dans les salles de maquillage et persécutent les figurants. Le cinéaste fait toujours preuve d’une belle économie de moyens pour créer le malaise et la peur. Le rythme reste lent, les cadres souvent fixes, l’action confinée dans des unités de lieu et de temps. Dans un premier temps, les présences des fantômes à l’écran se révèlent très discrètes, presque subliminales (une ombre dans un miroir, une présence furtive à l’arrière-plan), couplées à des étrangetés récurrentes comme des cognements dans un mur, une tache sur le sol, une tasse de café qui se renverse, la présence d’un vieux carnet intime ou le fameux gimmick du grincement macabre. En cours de métrage, le surnaturel devient plus explicite et permet des visions plus spectaculaires : le visage du fantôme qui apparaît sur les photocopies, les cheveux qui descendent du plafond comme des lianes en encadrant un visage blafard, la perruque vivante qui attaque une coiffeuse, le spectre qui surgit du plancher ou encore la scène éprouvante de l’accouchement. Certes, l’effet de surprise s’est forcément amoindri et l’épilogue de cet opus nous semble un peu faible. Mais l’efficacité est toujours au rendez-vous. Dès l’année suivante, la saga s’exportera aux Etats-Unis.

© Gilles Penso

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ASTRO-ZOMBIES (1968)

Un savant illuminé crée des morts-vivants au faciès squelettique qui deviennent incontrôlables et assassinent toutes les femmes à leur portée…

THE ASTRO-ZOMBIES

1968 – USA

Réalisé par Ted V. Mikels

Avec Wendell Corey, John Carradine, Tom Pace, Joan Patrick, Tura Satana, Rafael Campos, Joseph Hoover, Victor Izay, William Bagdad, Vincent Barbi, Egon Sirany

THEMA MÉDECINE EN FOLIE I ZOMBIES

En parfait émule de Ed Wood, Ted V. Mikels est l’un des rois de la série B fauchée des années 60. Après une poignée de polars (Strike Me Deadly, One Shocking Moment, The Black Klansman) et de comédies sexy (Dr. Sex, Girl in Gold Boots), il s’attaque à son fait d’armes le plus légendaire : Astro-Zombies, qu’il tourne en quelques jours avec un budget de 37 000 dollars. « C’était un tournage très facile », se souvient Mikels. « J’en ai filmé la moitié moi-même, parce que je n’avais assez d’argent que pour payer une équipe pendant deux semaines. J’ai donc passé quinze jours à tourner tout ce qui se passait en ville, toutes les poursuites et tout le reste. » (1) Cet invraisemblable mélange de film d’horreur, d’espionnage et de science-fiction est co-produit et co-écrit par Wayne M. Rogers, qui allait connaître la gloire la décennie suivante en incarnant le capitaine Trapper John McIntyre dans la série M*A*S*H*. Rogers étant un proche de l’acteur Peter Falk, ce dernier met à disposition d’Astro-Zombies sa résidence pour le tournage de plusieurs séquences. Le futur inspecteur Columbo apparaît même dans une petite scène, mais Mikels décide finalement de la couper au montage, ne la jugeant pas assez sérieuse par rapport au reste du film. Manifestement, le réalisateur est alors peu conscient de l’énorme potentiel comique – involontaire, bien sûr  – d’Astro-Zombies.

Le prologue nous met tout de suite dans l’ambiance. Une femme au volant de sa Mustang décapotable écoute de la musique funky, puis entre dans son garage où elle est attaquée par un zombie à tête de mort (autrement dit un acteur avec un masque de carnaval en caoutchouc) qui l’assassine sauvagement. Le générique met ensuite en scène des petits robots télécommandés qui font la guerre avec un tank miniature – une scène qui n’a strictement rien à voir avec le reste du film. Puis nous apprenons que plusieurs cadavres mutilés ont été découverts dans la ville. L’agence spatiale se demande si les expériences bizarres du docteur DeMarco, l’un de leurs anciens employés, n’est pas à l’origine de ces morts violentes. Après des tests sur la transplantation d’organes artificiels, celui-ci s’est en effet concentré sur les transmissions d’informations vers le cerveau à travers des ondes radio, dans le but de créer des êtres capables de voyager dans l’espace. Et si les robots humains fabriqués par DeMarco étaient coupables des meurtres en série ?

Les folles expériences du docteur Carradine

John Carradine, ancienne star du cinéma d’épouvante des années 40 reconvertie en figure familière des nanars de tous poils pour pouvoir boucler des fins de mois qu’on imagine difficile, entre dans la peau de ce savant fou. Mikels passe énormément de temps à détailler ses expériences fantaisistes : les coups de tournevis, les installations de puces électroniques, les manipulations de potentiomètres, les placements de tuyaux, les écoulements de fluides, les réglages de thermostat, les branchements de fils, les mélanges de produits fumants dans les tubes à essai, ça n’en finit plus ! Consciencieusement, Carradine explique dans un charabia scientifique sans queue ni tête tout ce qu’il fait à Franchot, un serviteur grimaçant et contrefait chargé de lui ramener des cadavres encore frais. Et pendant ce temps, les voyants clignotent, les appareils électroniques font bip-bip et les liquides glougloutent. De temps en temps, Franchot kidnappe une jeune femme en maillot de bain et l’attache dans le labo, sans que le scénario prenne la peine de nous expliquer pourquoi. Les secrets de notre docteur Maboul étant convoités par des forces étrangères, une intrigue d’espionnage vient se greffer à l’histoire, avec son lot de filatures, d’écoutes téléphoniques et de fusillades. C’est là qu’entre en jeu une espionne cruelle campée par Tura Satana, ancienne go-go danseuse passée à la postérité grâce à son rôle de femme fatale ultra-violente dans Faster Pussycat Kill Kill de Russ Meyer. Bourré de longueurs, incohérent, ponctué d’effets sanglants mal fichus (dont une décapitation risible), voilà sans doute l’un des films de zombies les plus bizarres de tous les temps. Et dire que la même année, George Romero réalisait La Nuit des morts-vivants !

(1) Extrait d’une interview parue dans Psychotronic Video en 2000.

© Gilles Penso

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VAMPYROS LESBOS (1971)

Jess Franco nous offre ici une version féminine et érotique du roman Dracula, transposée dans la Turquie des années 70…

VAMPYROS LESBOS

1971 – ESPAGNE / ALLEMAGNE

Réalisé par Jess Franco

Avec Soledad Miranda, Dennis Price, Paul Muller, Ewa Strömberg, Heidrum Kussin, Michael Berling, Andrea Montchal, José Martinez Blanco, Jess Franco

THEMA VAMPIRES

Vampyros Lesbos marque un tournant dans la carrière de Jess Franco. Après une bonne trentaine de longs-métrages partagés équitablement entre l’horreur et l’érotisme – et bien souvent les deux à la fois -, l’infatigable réalisateur espagnol décline à l’aube des années 1970 plusieurs motifs qui deviendront récurrents dans une grande partie de sa filmographie à venir, notamment des femmes vampires homosexuelles et langoureuses (obsession qu’il partagera avec son confrère français Jean Rollin) et une bande originale psychédélique (alors que ses films précédents optaient plus volontiers pour des musiques jazzy). Avec Vampyros Lesbos – dont le titre est très explicite -, Franco nous propose une relecture féminine et érotique du Dracula de Bram Stoker, dont il reprend les grandes lignes narratives. Le cinéaste s’était déjà frotté au plus célèbre vampire de tous les temps avec Les Nuits de Dracula, qui s’efforçait de conserver un maximum de fidélité avec le roman original. Ici, il détourne toutes les figures que nous connaissons en remplaçant le gothisme par une esthétique pop typique des seventies naissantes. Le château sinistre cède ainsi le pas à une belle résidence en bord de mer, ce qui n’empêche pas les dialogues de citer ouvertement Dracula et son impact sur le récit. D’où le titre choisi par les distributeurs français pour l’une des premières exploitations du film : L’Héritière de Dracula.

Tourné en Turquie pendant l’été 1970, Vampyros Lesbos s’ouvre sur une longue séquence de spectacle érotique qui se déroule dans un cabaret fréquenté par une clientèle snobe – ce qui n’est pas sans évoquer Necronomicon, tourné deux ans plus tôt par Franco. Dès cette entrée en matière, le cinéaste sème la confusion auprès des spectateurs en jouant avec l’ambiguïté du corps en plastique d’un mannequin et celui bien réel d’une femme en chair et en os, comme s’il détournait sous un jour « olé olé » l’une des figures stylistiques récurrentes de Mario Bava. Dans l’assistance, Linda Westinghouse (Ewa Strömberg) semble particulièrement troublée par ce qu’elle voit. Car la strip-teaseuse vedette (Soledad Miranda) est le portrait craché de la femme qui lui apparaît en pleine nuit lors de rêves torrides qu’elle confie à son psychiatre. Le conseil de ce dernier est simple et sans détour : « trouvez vous un autre amant ! » Notaire à Istanbul, Linda est chargée d’aller régler une question d’héritage avec la comtesse Carody qui vit sur une île isolée. Mais l’inquiétant employé de l’hôtel où elle réside (joué par Jess Franco lui-même) la met en garde : « la folie et la mort règnent sur cette île ». Lorsqu’elle y débarque enfin, c’est la « femme de ses rêves » qu’elle retrouve, plus envoûtante que jamais. Héritière de la famille Dracula qui lui a tout légué, cette étrange jeune femme d’origine hongroise offre à Linda l’hospitalité. La nuit venue, elle la séduit et la vampirise…

La reine de la nuit

Dans cette histoire qui cultive volontairement l’effet de déjà vu, Linda joue donc à la fois le rôle de Jonathan Harker et de sa fiancée Mina, tandis que la comtesse Carody se substitue à Dracula. Nous avons également droit à un équivalent féminin de Renfield : Agra (Heidrum Kussin), une jeune femme hystérique internée dans une clinique privée qui crie à qui veut l’entendre que « la reine de la nuit » est de retour. Même le docteur Seward est de la partie, sous les traits du vénérable Dennis Price. Et comme Jess Franco aime bien cligner de l’œil vers ses films précédents, notre comtesse vampire est ici flanquée d’un assistant inexpressif au regard fixe qui porte le nom de Morpho (José Martinez Blanco), comme l’automate humain qui sévissait dans L’Horrible docteur Orloff. Les maladresses habituelles du cinéma des années 70 de Franco sont là : coups de zoom saccadés, mise au point approximative, mouvements de caméra hésitants. Toutes ces scories peuvent se révéler agaçantes à la longue, mais elles n’enlèvent rien à la singularité macabre, surréaliste et pop du film. Ce goût de l’étrange se décline sous plusieurs formes : la métaphore (un scorpion filmé de manière récurrente pour évoquer l’emprise vénéneuse de la comtesse, une grille placée à l’avant-plan qui semble vouloir enfermer l’héroïne dans une sorte de toile d’araignée), la poésie (ce cerf volant qui flotte régulièrement dans les cieux) ou le décalage absurde (le psychiatre qui remplit minutieusement son carnet non pas de notes manuscrites mais de petits dessins naïfs). Moins d’un mois après la fin du tournage de Vampyros Lesbos, le stakhanoviste Franco s’attelait déjà à son film suivant, Crimes dans l’extase, toujours avec Soledad Miranda en tête d’affiche.

© Gilles Penso

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WRONG (2012)

Après Steak et Rubber, Quentin Dupieux poursuit sa quête de l’absurde à travers l’histoire surréaliste d’un homme qui a perdu son chien…

WRONG

2012 – FRANCE / USA

Réalisé par Quentin Dupieux

Avec Jack Plotnick, Eric Judor, Alexis Dziena, Steve Little, William Fichtner, Regan Burns, Mark Burnham, Arden Myrin, Maile Flanagan, Todd Giebenhain

THEMA MAMMIFÈRES

Wrong est le troisième long de Quentin Dupieux, après Rubber et Steak qui avaient déjà largement permis au grand public de découvrir le grain de folie et les délires créatifs de ce musicien devenu cinéaste. « Je ne sais pas encore ce qu’est Wrong, je pense que je le découvrirais plus tard », avouait-il à l’époque où le film était présenté au festival du film indépendant de Sundance. « J’écris de manière inconsciente, je réalise chaque film très vite et je découvre son propos au moment du montage. Et ensuite, je le montre au public. C’est là que je commence vraiment à le comprendre. » (1) Wrong est donc tourné dans l’urgence, comme Rubber, non à cause d’exigences de production particulières, mais parce que c’est le rythme de travail auquel aime s’astreindre Dupieux. « Entre le début de l’écriture et la fin du montage, il a dû se passer six à huit mois, maximum », confirme-t-il. « L’idée, c’est de pouvoir en faire un ou deux par an, avec cette formule de production rapide. C’est le seul challenge que je m’impose, sinon je trouve ce métier très ennuyeux. Je ne pourrais pas passer trois ans sur le même film. » (2) Pour tenir la vedette de Wrong, Dupieux sollicite deux acteurs déjà familiers de son univers : Jack Plotnick (dont il se sentait frustré d’avoir sous-exploité le talent dans Rubber) et Eric Judor (co-star de Steak). À leurs côtés, on découvre Alexis Dziena (Broken Flowers), Steve Little (The Ugly Truth) ou encore ce bon vieux William Fichtner (Armageddon, La Chute du Faucon Noir, Prison Break).

Même s’il est tourné aux Etats-Unis avec une majorité d’acteurs américains, Wrong est – comme Rubber – une production française. Résumer son histoire est un véritable défi, tant Dupieux se joue des contraintes narratives pour nous balader de surprise en surprise. Essayons tout de même de saisir le point de départ du film. Un matin, Dolph se réveille dans sa maison de la banlieue californienne et se rend compte que son chien Paul a disparu. Après avoir interrogé en vain son voisin, s’être entretenu avec l’employée d’une pizzeria, un policier et son jardinier, il doit se rendre à l’évidence : Paul s’est volatilisé. Pour se changer les idées, il se rend comme tous les jours à son bureau, bien qu’il ait déjà été renvoyé depuis trois mois. Puis il découvre sur son palier un bouquet de fleurs accompagné d’un mot et d’un numéro de téléphone qu’il doit composer s’il veut savoir ce qui est arrivé à son chien. Jack Plotnick excelle dans le rôle de cet homme d’une passivité extrême, qui donne le sentiment de passer sa vie à tout subir : les absurdités débitées par son voisin, ses collègues de travail qui le méprisent, cette femme surgie de nulle part qui décide de s’installer chez lui, ce mystérieux kidnappeur de chiens qui lui prodigue des conseils… Plus la situation devient invraisemblable, moins Dolph refuse de lutter contre l’adversité, annonçant sous certains aspects le pathétique protagoniste que campera Joaquin Phoenix dans Beau is Afraid.

Chacun cherche son chien

Dès le prologue, au cours duquel un réveil passe de 7 h 59 à 7 h 60, on comprend que le film va nous entraîner dans une réalité alternative régie par une seule règle : la culture de l’absurde. Un univers où les employés d’un bureau vivent sous une averse permanente tombée des plafonniers, où les palmiers se transforment en sapins, où les morts ressuscitent sans que personne ne semble s’en étonner, où les crottes de chien ont des souvenirs que l’on peut visionner sur des moniteurs vidéo… Et puis il y a « Maître Chang », ce gourou au visage à moitié brûlé qui semble capable de manipuler les humains à distance pour parler à travers eux et prétend communiquer par télépathie avec les animaux domestiques. Nous voilà donc en plein surréalisme, sans que le cadre de l’histoire ne cesse pour autant d’afficher une banale normalité. C’est précisément ce décalage permanent entre le non-sens et la trivialité du quotidien qui fait de Wrong un objet insaisissable, quelque part entre David Lynch et les Monty Python. Quentin Dupieux ne cessera, au fil de sa carrière, de décliner des variations sur cette même partition, jusqu’à en faire sa marque de fabrique, sans jamais renoncer à cette liberté de ton qui rend son cinéma si singulier. Dès l’année suivante, il s’attaquera à son quatrième long-métrage : Wrong Cops.

(1) et (2) Extraits d’une interview publiée sur Allociné en mars 2012.

© Gilles Penso

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TARZAN ET LA CHASSERESSE (1947)

L’homme-singe et sa petite famille se heurtent à une expédition de chasseurs venus capturer des animaux pour les besoins d’un zoo américain…

TARZAN AND THE HUNTRESS

1947 – USA

Réalisé par Kurt Neumann

Avec Johnny Weissmuller, Brenda Joyce, Johnny Sheffield, Patricia Morison, Barton MacLane, John Warburton, Charles Trowbridge, Ted Hecht, Wallace Scott

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I TARZAN

Dans Tarzan et la chasseresse, Johnny Weissmuller interprète l’homme-singe d’Edgar Rice Burroughs pour la onzième fois, Johnny Sheffield en est à sa huitième incarnation du sautillant Boy et Brenda Joyce redevient Jane comme dans les deux films précédents. Derrière la caméra, Kurt Neumann signe quant à lui sa troisième réalisation consécutive pour la saga. Autant dire que l’équipe est désormais rompue à l’exercice. Mais cette familiarité a son revers : la mécanique commence à tourner en rond, et avec elle s’essouffle une formule qui touche à ses limites. On note tout de même une singularité côté coulisses : le scénario est co-écrit par Leslie Charteris, un auteur britannique spécialisé dans les romans policiers et célèbre pour avoir créé le personnage de Simon Templar, alias « Le Saint ». Officiellement, l’histoire de Tarzan et la chasseresse est écrite par le duo de scénaristes Jerry Gruskin et Rowland Leigh. Mais Charteris est à l’époque présent dans les locaux de la RKO, au travail sur un potentiel film consacré au Saint, et en profite pour apporter sa contribution à l’écriture de ce nouveau Tarzan, même s’il n’en est pas crédité. Soumis comme il se doit au comité de censure du Hays Office pour s’assurer qu’il est conforme aux « bonnes mœurs » de l’époque, le script est validé le 11 septembre 1946, pour un tournage prévu cinq jours plus tard. Envisagé initialement comme réalisateur, Ewing Scott passe son tour à cause du manque de temps alloué à la préparation. Voilà pourquoi Neumann, producteur associé du film, le remplace au pied levé pour assurer la mise en scène.

Tarzan la chasseresse commence comme souvent par une petite série de pitreries du chimpanzé Cheeta, enchaînées avec quelques vignettes de la vie quotidienne du seigneur de la jungle et de sa petite famille. Puis nous entrons dans le vif du sujet :  en raison d’une pénurie d’animaux dans les zoos américains après la Seconde Guerre mondiale, Tanya Rawlins (Patricia Morison), une chasseuse de gros gibier, Carl Marley (John Warburton), son bailleur de fonds, et Paul Weir (Barton MacLane), un chef de convoi autoritaire, reçoivent l’autorisation du roi Farrod (Charles Trowbridge) de capturer un mâle et une femelle de chaque espèce animale présente sur ses terres. Mais Oziri (Ted Hecht), le neveu du roi Farrod, s’allie à Weir pour lui permettre de capturer plus d’animaux que prévu. Il ordonne également aux hommes de Weir d’assassiner le roi Farrod et son fils, le prince Suli (Maurice Tauzin), afin de s’emparer du trône. Sentant le coup fourré, Tarzan décide de mettre son nez dans cette affaire et de mettre des bâtons dans les roues des chasseurs.

« Boy est un homme maintenant »

Force est de constater que Johnny Weissmuller est dans une forme toujours olympique et que Brenda Joyce a définitivement trouvé ses marques dans le rôle de Jane, nous faisant presque oublier la prestation pourtant mémorable de Maureen O’Sullivan. Johnny Sheffield, de son côté, est devenu un grand gaillard musclé de seize ans. S’il ne démérite pas en fils de Tarzan, le jeune acteur n’a plus rien du petit garçon mignon des débuts, ce que confirme l’homme-singe en déclarant « Boy est un homme maintenant » lorsqu’il le voit chasser. Ce changement morphologique poussera le producteur Sol Lesser à se passer du personnage dans les épisodes suivants. Si Kurt Newman sollicite encore quelques effets spéciaux inventifs – à défaut d’être toujours réalistes – comme des abeilles en animation ou une peinture sur verre pour visualiser le royaume du roi Farrod au milieu de la jungle, il manque à cet opus le caractère ouvertement fantastique qui faisait le charme des films précédents de la saga. L’intrigue est d’ailleurs relativement filiforme, poussant les scénaristes à donner plus de champ libre aux singeries de Cheeta, ici affublée de trois « rejetons ». Le climax nous offre tout de même une belle charge d’éléphants qui dote le film d’un tardif souffle épique. Malgré son indiscutable charisme, l’actrice Patricia Morison n’a pas grand-chose d’intéressant à défendre dans le rôle de la chasseresse du titre. Ce sera un peu le drame de sa vie. Cantonnée à des seconds rôles pas toujours très valorisants, elle quittera finalement Hollywood pour se tourner vers les planches de Broadway. Johnny Weissmuller, de son côté, endossera la peau de bête du roi de la jungle pour la dernière fois dans Tarzan et les sirènes.

© Gilles Penso

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BACTERIUM (2006)

Une arme bactériologique échappe au contrôle de ses créateurs et se transforme en blob vorace qui dévore les êtres humains…

BACTERIUM

2006 – USA

Réalisé par Brett Piper

Avec Alison Whitney, Benjamin Kanes, Miya Sagara, Andrew Kranz, Panhead Fred Bauer, Chuck McMahon, Buzz Cartier, Tom Cikoski, Jessica Day, Shelley Dague

THEMA MUTATIONS I BLOB

Tourné en onze jours pour moins de 30 000 dollars, Bacterium est le quatorzième long-métrage de l’infatigable Brett Piper, rompu depuis longtemps à l’exercice de la série B d’horreur et de science-fiction. Véritable touche-à-tout, il occupe chacun des postes clés de ses films, notamment les effets spéciaux qu’il bricole généralement dans sa cuisine ou dans son salon. « Bacterium était destiné à la chaîne SyFy, même si je ne pense pas qu’il leur ait jamais été proposé », raconte-t-il. « Apparemment, ils aiment les films mettant en scène des monstres “reconnaissables“, des animaux ordinaires qui ont pris, d’une manière ou d’une autre, l’apparence de monstres. Je leur ai donc proposé des bactéries géantes. » (1) Toujours prompt à rendre hommage aux films fantastiques des années 50 dont il s’est longtemps nourri pendant son enfance, Piper semble ici cligner de l’œil vers Danger planétaire et La Marque, dont il reprend le motif du blob gluant et vorace. Sa description d’un virus échappant totalement aux scientifiques et à l’armée évoque aussi La Nuit des fous vivants de George Romero. Mais Piper avoue que la source d’inspiration principale de Bacterium est L’Île de la terreur de Terence Fisher. « Certains affirment que c’est mon meilleur film, mais je ne suis pas de cet avis », dit-il. « C’est toutefois le seul film produit par E.I. Independent Cinéma à avoir jamais respecté son budget, grâce à notre productrice Christina Christodoulopoulos. » (2)

Lorsqu’ils explorent une maison abandonnée après une journée de compétition de paintball, trois amis, Beth (Alison Whitney), Jiggs (Benjamin Kanes) et Brook (Miya Sagara), ignorent qu’ils viennent de pénétrer au cœur d’une expérience bactériologique qui a mal tourné. Ils y découvrent le Dr Phillip Boskovic (Chuck McMahon), le scientifique responsable de la mise au point d’un dangereux agent pathogène, désormais hors de contrôle. Dotée d’une faim insatiable, la bactérie se propage de personne en personne, transformant ses victimes en amas de chair infectée. Alors que Boskovic tente désespérément de trouver un moyen d’enrayer la mutation, l’armée américaine met la maison en quarantaine et dépêche le Dr Karin Rayburn (Shelley Dague) pour contenir la contamination. Mais le virus évolue plus rapidement que prévu et devient bientôt encore plus virulent et imprévisible. Sa capacité à se multiplier menace désormais de dépasser les limites du bâtiment et de se répandre à une échelle incontrôlable. En désespoir de cause, le gouvernement envisage d’utiliser une bombe expérimentale capable de créer des trous noirs…

La nuit des morts gluants

Malgré le budget ridicule à sa disposition, Brett Piper tient à nous en mettre plein la vue. Il fait donc démarrer son film par une poursuite entre un hélicoptère et une voiture, qui s’achève de manière explosive et incandescente. Quant au climax, il prend la forme d’un grand gunfight entre des militaires et des motards. Bacterium ne cache pas pour autant son statut de micro-production aux moyens anémiques. Les décors sont donc limités, les acteurs jouent de manière très approximative et le scénario lui-même ne cherche pas à réinventer la poudre. Fort heureusement, Piper se lâche avec les effets spéciaux, concoctant des maquillages bien dégoulinants pour montrer l’état de décomposition avancée des contaminés, pour visualiser les ventres qui explosent (comme dans Contamination de Luigi Cozzi) et surtout pour donner vie à ses blobs rampants et gluants. Mélange de cire gélifiée, de colle à papier peint, de ballons remplis d’eau, de mousse de latex et de divers produits récupérés dans des magasins de farces et attrapes, ces monstres informes sont les grandes réussites du film, s’agitant dans de nombreuses séquences inventives. Les créatures en stop-motion – qui sont habituellement la signature de Piper – brillent ici par leur absence, mais il faut reconnaître que les blobs parviennent amplement à nous distraire. L’humour n’est pas absent de Bacterium, notamment lorsque deux envoyés du gouvernement  décident à pile ou face s’il faut ou non utiliser la bombe à trou noir. Le film suivant de Piper, Muckman, marquera les débuts de sa collaboration avec le producteur Mark Polonia et réunira quelques acteurs de Bacterium.

(1) et (2) Extraits d’une interview publiée sur Search My Trash en août 2011

© Gilles Penso

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THE IMPOSSIBLE (2012)

Naomi Watts, Ewan McGregor et un tout jeune Tom Holland incarnent les membres d’une famille victime d’un gigantesque tsunami en Thaïlande…

LO IMPOSIBLE

2012 – ESPAGNE

Réalisé par J.A. Bayona

Avec Naomi Watts, Ewan McGregor, Tom Holland, Samuel Joslin, Oaklee Pendergast, Marta Etura, Sönke Möhring, Geraldine Chaplin, Ploy Jindachote

THEMA CATASTROPHES

Le 26 décembre 2004, à 8h du matin, un gigantesque séisme se déclenche au large de l’île de Sumatra et provoque un colossal tsunami qui atteint par endroits 35 mètres de hauteur, frappant l’Indonésie, les côtes du Sri-Lanka, le sud de l’Inde et l’ouest de la Thaïlande. Selon les estimations officielles, 250 000 personnes disparaissent au cours de cette catastrophe d’une ampleur historique, l’une des plus meurtrières de tous les temps. C’est au destin d’une famille prise dans cette tourmente que s’intéresse The Impossible, ambitieuse production espagnole qui réunit une grande partie de l’équipe de L’Orphelinat : le réalisateur J.A. Bayona, le scénariste Sergio G. Sánchez, le directeur de la photographie Oscar Faura, le compositeur Fernando Velázquez et la monteuse Elena Ruiz. Tourné en Espagne (dans les studios Ciudad de la Luz à Alicante) et en Thaïlande (dans le véritable complexe hôtelier où se déroulèrent les faits authentiques décrits dans le film), The Impossible réunit Naomi Watts et Ewan McGregor, qui partageaient déjà l’affiche de Stay en 2005. À leurs côtés, un jeune acteur de 14 ans crève l’écran dans son tout premier rôle : Tom Holland, le futur Spider-Man du studio Marvel. Très tôt, Bayona et son scénariste décident de modifier l’origine espagnole de la véritable famille qui inspira le script pour en faire des protagonistes anglo-saxons, dans le but de donner à The Impossible une portée plus universelle.

L’intrigue se situe donc en décembre 2004. Le docteur Maria Bennett (Naomi Watts), son mari Henry (Ewan McGregor) et leurs trois fils, Lucas (Tom Holland), Thomas (Samuel Joslin) et Simon (Oaklee Pendergast), des expatriés qui résident au Japon, partent passer les vacances de Noël à Khao Lak, en Thaïlande. Arrivés la veille de Noël, ils s’installent et commencent à profiter du tout nouvel Orchid Beach Resort. Deux jours plus tard, le 26 décembre, alors qu’ils paressent dans la piscine avec de nombreux autres vacanciers, un monstrueux tsunami submerge la région et s’abat sur eux. Cette séquence choc, qui dure dix minutes ininterrompues, tire sa force de son approche extrêmement réaliste. Bayona et son équipent utilisent à cet effet des vagues réelles filmées au ralenti, des reconstitutions miniatures du complexe hôtelier, des portions de décor grandeur nature, des tonnes d’eau réelle et des images de synthèse. Cette combinaison de techniques complémentaires permet de saisir l’impact du cataclysme en immergeant littéralement les spectateurs au cœur de l’action, Naomi Watts et Tom Holland vivant quant à eux cinq semaines de tournage très éprouvantes à l’intérieur d’un immense bassin spécialement aménagé.

La dernière vague

À mi-chemin entre le film catastrophe, le survival et le drame intimiste, The Impossible se distingue par la remarquable direction de ses jeunes acteurs, qui n’est pas sans évoquer le travail de Steven Spielberg avec les enfants. Plusieurs éléments du film renvoient d’ailleurs à Empire du soleil, notamment les scènes avec Tom Holland dans le dispensaire. Ici aussi, un pré-adolescent plongé dans le chaos est contraint de grandir trop vite et de surmonter son propre désarroi en courant partout pour prendre soin des autres. Les deux films reposent finalement sur un même enjeu : recomposer une famille séparée, alors même que tout semble s’acharner à empêcher cette reconstruction. Si Bayona nous secoue très tôt avec le cataclysme déclencheur du drame – qu’il montrera de nouveau plus tard sous un autre angle, afin que nous en mesurions pleinement l’impact -, il s’attarde surtout sur ses conséquences humaines, donnant à voir, à travers le destin d’une poignée d’individus, une catastrophe d’une ampleur titanesque. « Je pense qu’en racontant l’histoire du point de vue d’un Occidental, le film tout entier se transforme en une représentation de la fin de notre monde, où les biens matériels n’ont plus aucune valeur et où l’on prend conscience de ce qu’est la réalité », explique le réalisateur. « Pour cette famille, il ne s’agit pas seulement de ce qu’elle laisse derrière elle, mais aussi de la façon dont son monde s’effondre et de la manière dont elle vivra après avoir traversé cette épreuve. » (1) De fait, aussi libérateur soit-il, le dénouement cathartique de The Impossible ne fait finalement qu’accroître l’immensité du drame vécu par le reste de la population, balayée en un clin d’œil par cette vague gigantesque qui semble presque symboliser la révolte de la nature contre une humanité devenue trop encombrante.

(1) Extrait d’une interview publiée sur Wayback Machine en janvier 2013

© Gilles Penso

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