SOLARIS (2002)

Dans ce remake du classique de Tarkovsky, produit par James Cameron et réalisé par Steven Soderbergh, George Clooney affronte l’inconnu à l’autre bout de l’univers…

SOLARIS

 

2002 – USA

 

Réalisé par Steven Soderbergh

 

Avec George Clooney, Natascha McElhone, Viola Davis, Jeremy Davies, Ulrich Tukur, John Cho, Morgan Rusler, Shane Skelton, Donna Kimball, Michael Ensign

 

THEMA SPACE OPERA

Grand amateur de littérature de science-fiction depuis son adolescence, James Cameron a longtemps caressé l’envie de réaliser une adaptation de Solaris de Stanislaw Lem. Le roman, on le sait, fit déjà l’objet d’un film en 1972, réalisé par Andreï Tarkovsky et considéré par beaucoup comme un classique du genre, sorte de « pendant russe » de 2001 l’odyssée de l’espace. Mais le père de Terminator aimerait tenter sa chance à son tour en injectant dans le roman original sa propre sensibilité. Après cinq ans de négociations pour récupérer à la fois les droits du livre et ceux du film de Tarkovsky, Cameron se sent prêt. Sauf qu’entretemps, son planning s’est lourdement chargé. Accaparé par la finalisation de Titanic et la production de la série Dark Angel, il doit passer la main. Si sa compagnie Lightstorm Entertainment reste à la tête du projet, un autre réalisateur est sollicité, en l’occurrence Steven Soderbergh, qui sort alors tout juste de Traffic. « Ce que j’aurais fait aurait ressemblé davantage à Abyss, où la forte présence des décors et des environnements visuels aurait pu nuire à la clarté du scénario, dans la mesure où il s’agit avant tout d’un film sur les relations humaines », explique Cameron. « Or Soderbergh ne s’intéresse pas beaucoup au matériel ou aux effets visuels, ce qui est finalement une bonne chose. » (1) Véritable couteau suisse, le réalisateur d’Ocean’s Eleven assure aussi la direction de la photographie et le montage de Solaris.

Après avoir envisagé dans le rôle principal du film Daniel Day-Lewis, indisponible à cause du tournage de Gangs of New York, Soderbergh se tourne vers son fidèle collaborateur George Clooney, avec lequel il avait fondé Section Eight Productions en 2000. La star adepte des capsules Nespresso entre dans la peau du docteur Chris Kelvin, un psychologue clinicien. Fortement bouleversé par la mort de son épouse Rheya (Natascha McElhone), il est un jour contacté par des émissaires de la DBA, une agence spatiale en charge de la station qui a été placée en orbite autour de la planète Solaris. À bord, aucun des astronautes ne semble vouloir rentrer chez lui et les forces de sécurité envoyées sur place ne donnent plus de signe de vie. Kelvin accepte de se rendre seul sur Solaris, dans une dernière tentative pour ramener l’équipage sain et sauf. Mais en arrivant sur place, l’anormalité lui saute aux yeux. La plupart des membres de l’équipage sont morts ou disparus. Les survivants, eux, adoptent un comportement étrange et se montrent réticents lorsqu’il s’agit d’expliquer clairement la situation. Les choses se compliquent lorsque Kelvin aperçoit un petit garçon inconnu dans les coursives de la station, puis sa défunte épouse qui vient lui rendre visite dans sa cabine…

Les visiteurs d’un autre monde

S’il paie inévitablement son tribut au Solaris de Tarkovsky, celui de Soderbergh adopte une tonalité différente. Au grand mystère métaphysique, au vertige mystique quasi-religieux, cette version préfère l’approche romantique, psychologique et intimiste. L’intrigue réduit ainsi le nombre de personnages et de péripéties secondaires pour se resserrer sur les dilemmes qui déchirent Chris Kelvin et sa femme revenue d’outre-tombe. Ce minimalisme s’assortit d’une mise en scène brute, naturaliste, lente et contemplative, presque en suspension, avec laquelle s’accorde la musique planante et hypnotique composée par Cliff Martinez. Optant pour une explication presque rationnelle, Soderbergh part du principe que ces « visiteurs » qui débarquent dans la vie des explorateurs spatiaux (une femme, un enfant, un frère) ne sont pas de simples projections mentales, mais des entités bien réelles. Nées d’une réaction presque chimique, ces créatures d’origine extraterrestre prennent la forme de fac-similés nourris des souvenirs des humains. Aussi scientifique puisse-t-elle sembler, cette explication soulève une foule de nouvelles questions. Que faire avec ces « passagers clandestins » ? Ont-ils une âme, une conscience ? Faut-il les détruire ou les ramener sur Terre ? « Nous sommes dans une situation qui dépasse la morale » dit à ce propos l’un des membres de l’équipage. Le fait que le scénario s’attarde non seulement sur les états d’âme des explorateurs, mais aussi sur ceux des visiteurs – en particulier Reya, qui souffre de ne ressentir aucun attachement émotionnel pour les souvenirs qui encombrent son esprit – constitue l’un des atouts majeurs de ce nouveau Solaris. Stanislaw Lem aura tendance à dénigrer ce remake, tout en avouant ne l’avoir jamais vu. Il s’agit pourtant d’un contrepoint passionnant au classique de 1972.

 

(1) Extrait d’une interview parue sur JoBlo.com en novembre 2002

 

© Gilles Penso

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HISTOIRES DE CANNIBALES (1980)

Un agent secret poursuit un voleur jusque dans un petit village où les habitants se livrent à des rituels anthropophages pour pouvoir se nourrir…

DEI YUK MO MOON

 

1980 – HONG-KONG

 

Réalisé par Tsui Hark

 

Avec Norman Chu, Eddy Ko, Melvin Wong, Michelle Yin, Mo-lin Cheug, Fung Fung, Kwok-Choi Hon, San Kuai, Tai-Bo, Chun-Hua Li, Siu-Ming To, Yun-Sheng Pan

 

THEMA CANNIBALES

Après son premier long-métrage Butterfly Murders, qui s’efforçait de dépoussiérer les films de cape et d’épée chinois en les agrémentant d’un grain de folie rafraîchissant, Tsui Hark enchaîne avec Histoires de cannibales dont le titre français tardif cherche manifestement à capitaliser sur celui de Histoires de fantômes chinois. Le titre original, lui, pourrait se traduire par « L’Enfer n’a pas de porte », alors que sur le marché international, il est connu sous le nom We’re Going to Eat You (« Nous allons vous manger »). Si Histoires de cannibales est contemporain de la vague de films d’horreur italiens consacrés aux exactions anthropophages de tribus primitives (Cannibal Holocaust et Mondo Cannibale sont sortis la même année), Hark ne combat clairement pas dans la même catégorie. Ce récit rocambolesque privilégie en effet les combats de kung-fu et l’humour, avec en filigrane une critique acerbe de la société hong-kongaise. Faute d’un budget suffisant, le jeune réalisateur doit faire de nombreuses concessions, et notamment se passer d’une bande originale digne de ce nom. Entre autres emprunts, plusieurs extraits percussifs de la musique composée par Goblin pour Suspiria agrémentent ainsi le film.

Dans un petit village isolé qui vit en autarcie, les habitants capturent régulièrement les visiteurs pour les manger. Le chef du village (Eddy Ko) a en effet instauré un rituel cannibale qui permet de palier aux problèmes de nutrition. Mais la répartition des morceaux de viande humaine est loin d’être équitable. Le dirigeant autoritaire et ses soldats se réservent en effet les parts les plus importantes, laissant les villageois se contenter des maigres restes. Alors que le mécontentement commence à gronder, un étranger débarque en se jetant sans le savoir dans la gueule du loup. Il s’agit de l’agent secret 999 (Norman Chu), dont la mission est d’appréhender un voleur nommé Rolex (Melvin Wong). Or ses informations l’ont guidé jusque chez les cannibales, qui s’apprêtent à ne faire de lui qu’une bouchée. Il lui faudra toutes ses facultés de combattant, sa rapidité, sa force et son agilité pour échapper aux couteaux des bouchers masqués qui l’assaillent bientôt de toutes parts…

Cannibalement vôtre

Malgré son entrée en matière franchement gratinée – un homme capturé par les cannibales est attaché sur une table et lentement coupé en deux par une grande scie, avec force hurlements et écoulements de flaques de sang – et ses réguliers écarts gore (mains tranchées en gros plans, machettes plantées dans des crânes, peau découpée au couteau, écartèlement), Histoires de cannibales est beaucoup plus axé sur la comédie que sur l’horreur. Au confluent des genres, le film de Tsui Hark s’aventure aussi sur le terrain de l’espionnage, de l’action, des arts martiaux et même de la satire sociale, mais sans jamais oublier sa tonalité humoristique première. Car ici, tout est tourné en dérision. Les nombreuses scènes de combat sont truffées d’effets burlesques dignes d’un cartoon et les acteurs n’hésitent jamais à en faire des tonnes, quitte à laisser traîner en longueur des passages un peu poussifs – les gags de la prostituée ou de l’aveugle, notamment. Au milieu de ce délire ambiant se promène la silhouette nonchalante de l’agent 999, qui adopte le look archétypal du détective privé : grand manteau, feutre mou sur le crâne et cigarette à la bouche. Tout s’achève sur une chute savoureusement ironique. Rétrospectivement, Tsui Hark posera un regard assez critique sur ce film, qu’il qualifiera d’« œuvre de jeunesse imparfaite ». Il aura largement l’occasion d’affiner ses effets de style et son univers avec ses œuvres suivantes, et ce dès le thriller L’Enfer des armes et le conte virevoltant Zu, les guerriers de la montagne magique.

 

© Gilles Penso

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RED STATE (2011)

Kevin Smith oublie la comédie et les clins d’œil référentiels pour ce film sanglant et radical qui s’en prend ouvertement au fanatisme religieux…

RED STATE

 

2011 – USA

 

Réalisé par Kevin Smith

 

Avec Michael Parks, John Goodman, Melissa Leo, Kyle Gallner, Kery Bishé, Michael Angarano, Nicholas Braun, Ralph Garman, Stephen Root, James Parks

 

THEMA TUEURS

Red State marque un changement de ton radical dans la filmographie de Kevin Smith. Ici, pas d’humour référentiel, pas de clins d’œil ou de coups de coude adressés aux spectateurs. En se laissant inspirer par l’esprit du thriller noir Vulgar de Bryan Johnson, le réalisateur de Dogma cherche à se lancer dans un film d’horreur au premier degré, à contre-courant de ce que l’on attend habituellement de lui. La source d’inspiration principale de Red State provient des actes haineux du célèbre pasteur homophobe Fred Phelps. « Mon film aborde en grande partie ce sujet, ce point de vue et cette prise de position extrême », explique Smith. « Je ne mets pas en scène Phelps lui-même mais un personnage qui lui ressemble beaucoup. » (1) Le scénario se nourrit aussi du dramatique « siège de Waco », au Texas, qui opposa en 1993 les forces fédérales américaines et la secte religieuse des Branch Davidians. Face à la radicalité du sujet, les frères Weinstein, qui avaient jusqu’alors participé à la distribution de la majorité des films de Kevin Smith, préfèrent passer leur tour. Miramax refusant d’entrer dans la danse, ce sont deux groupes d’investisseurs privés, l’un basé à New York, l’autre au Canada, qui permettent de réunir les quatre millions de dollars nécessaires à l’entrée en production de Red State.

Tourné dans l’ordre chronologique pendant 25 jours consécutifs – au cours desquels Smith dormit bien peu, puisqu’il décida de monter son long-métrage au fur et à mesure des prises de vues -, Red State se déroule dans une petite ville indéterminée du Sud des États-Unis. L’adolescent Jarod (Kyle Gallner) convainc ses meilleurs amis, Travis (Michael Angarano) et Billy-Ray (Nicholas Braun), de l’accompagner à une partie de jambes en l’air avec une mystérieuse femme de trente-huit ans prénommée Sarah. Excités et nerveux, les trois garçons prennent la route pour rejoindre la demeure isolée de l’inconnue. Mais en chemin, Travis percute une voiture abandonnée au bord de la route, un incident troublant qui aurait dû les alerter. À leur arrivée, Sarah (Melissa Leo) les accueille chaleureusement et leur offre de la bière. Quelques gorgées suffisent à les faire sombrer dans l’inconscience. Lorsqu’ils reprennent leurs esprits, l’illusion se dissipe brutalement : ils sont tombés dans les griffes de la Five Points Trinity Church, une église fondamentaliste dirigée par le sinistre pasteur Abin Cooper (Michael Parks), un fanatique persuadé d’accomplir la volonté divine. Pour lui et ses fidèles, les adolescents incarnent la corruption morale qu’il faut purifier par la mort. Pendant ce temps, l’église est assiégée par des agents de l’ATF dirigés par l’agent Joseph Keenan, qui ont reçu l’ordre de détruire la cellule terroriste. La situation ne va pas tarder à dégénérer…

Tous condamnés

Avec à sa disposition un planning de tournage serré et un budget minime – qui le pousse à embaucher des amis, de la famille et des membres de l’équipe du film pour tenir de petits rôles -, Smith nous livre une œuvre sèche et brute qui attaque son sujet directement « à l’os » sans la moindre fioriture. Ici, l’humanité n’est guère reluisante, dans la mesure où aucun des personnages ne nous est sympathique – et ne semble, de fait, digne d’être sauvé. Les jeunes adeptes d’un plan à trois avec une femme plus âgée qu’eux, le shérif pleutre, les membres de l’église fasciste armés jusqu’aux dents, la troupe d’intervention à l’éthique très discutable rivalisent ainsi de tares et de travers. Le constat est donc amer. Si les acteurs sont impeccables (notamment Michael Parks, choisi grâce à sa prestation dans Une nuit en enfer), l’empathie des spectateurs peine à se mettre en place, faute de véritable figure d’identification. C’est l’une des faiblesses du film, l’autre étant son épilogue un peu faible. Mais Red State reste une œuvre coup de poing, âpre et efficace, qui vise juste sans prendre de gants. Distribué en salles par Kevin Smith lui-même, le film fera l’objet en 2015 d’une adaptation sous forme de court-métrage animé réalisée par Dan Costales.

 

(1) Extrait d’une interview parue sur le site Rotten Tomatoes en avril 2007.

 

© Gilles Penso

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COLD STORAGE (2026)

Deux gardiens de nuit mettent à jour un champignon extra-terrestre extrêmement dangereux entreposé dans le sous-sol d’une entreprise de stockage…

COLD STORAGE

 

2026 – USA / FRANCE

 

Réalisé par Jonny Campbell

 

Avec Joe Keery, Georgina Campbell, Liam Neeson, Sosie Bacon, Vanessa Redgrave, Lesley Manville, Richard Brake, Aaron Heffernan, Ellora Torchia

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I MUTATIONS

Le scénario de Cold Storage est signé par le vétéran David Koepp. Plusieurs blockbusters de très haut niveau portent sa signature : La Mort vous va si bien, Jurassic Park, Mission impossible, Panic Room, Spider-Man, La Guerre des mondes, bref du très lourd. Ici, Koepp adapte son premier roman, publié en 2019 et inspiré partiellement d’un fait réel : la désintégration et la chute de la station Skylab en 1979, dont les débris furent récupérés par la NASA. Mais l’écrivain/scénariste ne cherche pas à lutter dans la même catégorie qu’un Michael Crichton. Si les prémisses peuvent évoquer Le Mystère Andromède, la suite du récit se veut beaucoup plus délirante et rocambolesque que n’importe quel techno-thriller de SF prétendument réaliste. Avec Cold Storage, Koepp s’amuse, et c’est dans cet état d’esprit que le réalisateur Jonny Campbell, surtout connu jusqu’alors pour ses travaux télévisés, aborde sa mise en scène. Pour mettre toutes les chances de son côté, le film s’appuie sur le capital sympathie que Joe Keery a hérité grâce à la série Stranger Things, sur le charisme indéboulonnable de Liam Neeson mais aussi sur la présence toujours réjouissante de Georgina Campbell, véritable « scream queen » des années 2020. Les amateurs de films de genre l’ont notamment vue dans Barbare, Bird Box : Barcelona, Les Guetteurs ou encore Influencers.

Après un texte introductif rappelant l’événement réel sur lequel s’appuie le récit et s’achevant par « Attention, ces conneries sont véridiques ! » (la tonalité du film nous est ainsi immédiatement donnée), l’action commence en 2007, au fin fond de l’Australie occidentale. L’agent du Pentagone Robert Quinn (Liam Neesson) y est dépêché en urgence pour tenter d’éradiquer la contamination d’un champignon extra-terrestre extrêmement virulent, échappé d’un des débris de Skylab qu’avait récupéré un fermier. Suite à la décimation de la population d’un village, l’échantillon est confiné et stocké dans la chambre froide souterraine d’une base militaire du Kansas. Les années passent, Quinn part à la retraite et le gouvernement scelle la chambre forte pour louer la partie située au rez-de-chaussée à une entreprise de stockage privé. Les deux gardiens d’astreinte, Travis (Joe Keery) et Naomi (Georgina Campbell) s’apprêtent à y passer une nouvelle nuit blanche ennuyeuse. Mais un « bip » répétitif attire leur attention. Il s’agit d’une alerte signalant un dysfonctionnement des systèmes du coffre-fort, causé par une hausse de la température. Ils l’ignorent encore, mais la menace d’origine extra-terrestre qui dort plusieurs dizaines de mètres sous terre ne va pas tarder à se réactiver…

Alien Contamination

Cold Storage tire sa force de son parfait équilibrage entre la comédie – véhiculée principalement grâce à ses deux protagonistes – et l’horreur exubérante assumée par des effets spéciaux qui n’hésitent pas à en faire des tonnes. Les visages se déforment, le sang gicle, les corps explosent en expulsant des hectolitres de matières visqueuses et la caméra devient endoscopique pour pouvoir foncer à l’intérieur des organismes et montrer la progression de la contamination. C’est même la première fois, à notre connaissance, qu’un film nous fait vivre en vue subjective l’altération de la personnalité des humains possédés par une entité extra-terrestre. Ce mélange des genres est directement hérité d’un certain cinéma des années 80 qui n’hésitait pas à faire cohabiter le rire et les tripailles. Nous ne sommes pas très éloignés de l’esprit du Blob, de Re-Animator ou du Retour des morts-vivants. Sans s’y référer directement, Cold Storage en assume l’influence, clignant de l’œil vers le roman Body Snatchers que le héros lit au début du métrage. Bourré de facéties de mise en scène, comme ce plan-séquence qui suit un cafard porteur du virus, Cold Storage se déguste avec le même bonheur régressif qu’un Horribilis dont il retrouve l’une des qualités principales  : parvenir à nous attirer fortement la sympathie de ses héros au beau milieu du délire ambiant et du gore cartoonesque. Une vraie bonne surprise.

 

© Gilles Penso

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WAR MACHINE (2026)

En pleine mission d’entraînement au beau milieu de la forêt, une escouade de militaires se heurte à une créature mécanique d’origine inconnue…

WAR MACHINE

 

2026 – USA / AUSTRALIE

 

Réalisé par Patrick Hughes

 

Avec Alan Ritchson, Dennis Quaid, Stephan James, Jai Courtney, Easi Morales, Keiyan Lonsdale, Daniel Webber, Blake Richardson, Jack Patten, Jacob Hohua

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I ROBOTS

War Machine n’a aucun lien avec le film homonyme diffusé sur Netflix en 2017, dans lequel Brad Pitt tenait le haut de l’affiche, ni avec le super-héros cuirassé dérivé de l’univers d’Iron Man. Il s’agit cette fois-ci de l’œuvre du couteau-suisse Patrick Hughes, scénariste, réalisateur et producteur australien spécialisé dans les films d’action musclés (Red Hill, Expendables 3, Hitman & Bodyguard, The Man From Toronto). Le concept de War Machine – un commando surentraîné qui fait face à une menace extra-terrestre incontrôlable – n’a rien de bien nouveau, dans la mesure où deux films emblématiques l’ont quasiment mué en sous-genre du cinéma de science-fiction : Aliens et Predator. Hughes assume pleinement cette filiation et semble d’ailleurs vouloir emprunter la voie du cinéma d’action des années 80, volontiers gorgé de testostérone. Alan Ritchson, que le grand public connaît notamment grâce à la série Reacher, bande donc les muscles et serre les dents en parfait émule de Chuck Norris ou de Steven Seagal. L’un des motifs visuels récurrents du film – le héros à bout de forces qui porte sur son dos un frère d’arme blessé – nous renvoie d’ailleurs directement au célèbre poster de Retour vers l’enfer de Ted Kotcheff. Étant donné que nous sommes sur un terrain relativement familier, le défi de War Machine consiste à faire du neuf avec du vieux. À ce jeu, Patrick Hughes s’en sort plutôt bien.

Le prologue nous permet rapidement d’appréhender la tonalité du film : il nous semble visionner une sorte de spot de pub adressé aux potentielles futures jeunes recrues de l’armée américaine. Nous sommes en Afghanistan, où un convoi de soldats US est tombé en panne. Un sergent-chef venu filer un coup de main à cette petite équipe tombe sur son frère, chef de la mission, et tous deux échangent aussitôt une belle accolade virile en se promettant de s’engager dans les Rangers après cette opération. Mais ils sont frappés par une attaque des insurgés talibans qui sème le chaos et ne laisse qu’un seul survivant : notre sergent-chef. Incapable de sauver son frère, c’est désormais un homme brisé qui s’engage dans le programme RASP pour rejoindre le 75e régiment de Rangers, conformément à la promesse qu’il a tenue à son frère. Alors que les épreuves de plus en plus difficiles écrèment progressivement l’effectif des candidats, il tient toujours bon, malgré son incapacité à se lier avec les autres. La dernière étape de cette sélection est une mission de simulation dans la forêt, visant à détruire un avion classé secret et à secourir son pilote. Mais au beau milieu de cette ultime épreuve, nos soldats se retrouvent face à un engin bizarre à la ligne futuriste. « Ils ont mis le paquet sur les effets spéciaux ! », dit l’un d’eux. Sauf que cette machine n’appartient pas à l’armée américaine et se révèle mortellement dangereuse…

Les bêtes de guerre

Bien sûr, la finesse n’est pas la qualité première de War Machine. Les clichés inhérents aux films de commandos ne nous sont pas épargnés et la musique pompière de Dmitri Golovko rythme l’ensemble avec une lourdeur étourdissante. L’imperturbabilité du protagoniste – justifiée par son stress post-traumatique – n’offre par ailleurs pas beaucoup de tessiture de jeu à Alan Ritchson, qui se contente ici d’un registre monocorde. Mais toutes ces conventions sont comme les règles d’un jeu qui, si l’on accepte d’y participer sans être trop regardant, se révèle diablement distrayant. La solidité de la mise en scène de Patrick Hughes, l’efficacité des séquences de suspense et le déchaînement explosif des scènes d’action emportent habilement le morceau. On apprécie aussi la qualité des effets visuels qui donnent vie à cette créature mécanique redoutable à mi-chemin entre le Ed-209 de Robocop et l’AMP-Suit d’Avatar. Étant donné que Hugues connaît ses classiques, il puise volontiers certaines de ses idées visuelles dans Jurassic Park (la boussole détraquée qui remplace le gobelet d’eau pour annoncer l’arrivée imminente du monstre, la poursuite sur la route au cours de laquelle la caméra s’attarde sur le reflet menaçant dans le rétroviseur) et dans Aliens (le combat « mano a mano » final). Ce climax pétaradant permet de mieux mesurer le double-sens du titre du film, la « machine de guerre » se rapportant autant à l’engin extra-terrestre qu’au protagoniste monolithique. War Machine est finalement un spectacle régressif de haute tenue, qui frôle certes les excès du Roland Emmerich d’Independence Day ou du Michael Bay d’Armageddon mais n’y cède jamais totalement.

 

© Gilles Penso

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SCREAM 7 (2026)

Après un épisode délocalisé à New York, Scream 7 revient aux sources avec sa scream queen originale ainsi que le scénariste du premier film derrière la caméra…

SCREAM 7

 

2026 – USA

 

Réalisé par Kevin Williamson

 

Avec Neve Campbell, Courteney Cox, Isabel May, Anna Camp, McKenna Grace, Matthew Lillard, Joel McHale

 

THEMA TUEURS  SAGA SCREAM

De par son concept méta, la saga Scream peut tout se permettre et tout justifier par la volonté d’émuler les règles tacites des autres slashers. Ou, pour le dire de façon plus sarcastique : « si c’est pas bien, ça n’est pas de notre faute, on ne fait que reproduire les formules existantes ». Après un hiatus de 12 ans suite au déjà tardif Scream 4 de 2011, Scream 2022 et le Scream 6 des sympathiques duettistes Matt Bettinelli-Olgin et Tyler Gillett (Wedding Nightmare, Abigail) semblaient vouloir emboiter le pas du reboot de la franchise Halloween par David Gordon Green, à savoir une nouvelle trilogie supposée satisfaire les anciens et les jeunes fans, en mêlant personnages historiques et nouveaux venus. C’est le concept du « legacy-quel » (cité dans Scream 2022 justement). Mais Bettinelli-Olgin et Gillett n’auront pas réussi à aller jusqu’au bout de leur projet : leur Scream 7 prévoyait de montrer Sam Carpenter (Melissa Barrera) cédant au côté obscur en revêtant elle-même le masque de Ghostface, comme son père avant elle. Une fin satisfaisante qui aurait également entériné le passage de témoin d’une génération de personnages (et de spectateurs) à l’autre, puisque Neve Campbell ne figurait déjà plus au casting de Scream 6 en raison d’exigences salariales jugées déraisonnables. Nous laisserons à Variety et au Hollywood Reporter les affaires de contentieux entre stars et producteurs, mais il semblerait que Paramount et Spyglass aient décidé de remercier Melissa Barrera suite à des déclarations polémiques sur Tweeter. On pourra également penser que l’accueil tiède réservé au film précédent incita Paramount à revoir sa stratégie en acceptant les exigences de Neve Campbell pour revenir aux sources de la saga, impliquant de jeter aux orties le scénario initialement prévu et recentrer l’histoire sur le personnage de Sidney Prescott. Bettinelli-Olgin et Gillett sont également remerciés et s’en iront tourner un Wedding Nightmare 2 s’annonçant autrement plus réjouissant. Après que Chris Landon (Happy Birthdead 1 et 2, Freaky) ait brièvement travaillé sur le projet, Paramount s’en va chercher un autre revenant afin de garantir un authentique retour aux sources de la saga : Kevin Williamson, le scénariste malin du Scream original (et créateur de la série Dawson accessoirement), titre de gloire qui fut à la fois le début et le point culminant de la carrière déclinante depuis la catastrophe industrielle Cursed. On se souviendra également que Williamson était passé derrière la caméra en 1999 pour réaliser Mrs Tingle, une déception qui coupa court à sa carrière de metteur en scène. Mais comme on revient le courtiser, il est en position de force pour négocier, et s’il accepte d’écrire Scream 7, il obtient également de pouvoir le réaliser.

Kevin Williamson et Neve Campbell, aussi complices qu’opportunistes, tirent donc la couverture à eux et font complètement abstraction des personnages introduits dans les deux derniers films. Tous ? Non, car ils choisissent d’en préserver deux : Mindy (Jasmin Savoy Brown) et son frère Chad (Mason Gooding), promus ici apprentis-reporters au côté de l’indéboulonnable Gale Weathers (Courteney Cox). Mais leurs personnages totalement insipides suggèrent qu’ils sont un simple alibi pour nous convaincre d’une vague reconnaissance des évènements précédents. Comme le veut la tradition, la scène d’introduction met en scène des personnages qui rendront leur dernier souffle avant que le titre du film n’apparaisse. Comme avec James Bond, c’est aussi l’occasion de remettre la saga dans le contexte contemporain. Ici, il est question d’un couple de fans de Stab qui viennent passer la nuit dans la maison où se sont déroulés les meurtres qui ont inspiré le film dans le film (aujourd’hui reconverti en Airbnb, comme dans la vraie vie). Le méta au carré en quelque sorte, qui permet d’introduire l’idée que certains fans ne font plus la différence entre fiction et réalité, et que la popularité des émissions TV du type « True Crime » pose une question morale lorsque les meurtriers fascinent plus qu’ils n’effraient, et que les victimes sont réduites à des figures anonymes pour favoriser l’apathie. Comme d’habitude avec Scream, cette critique (disons plutôt « observation ») ne restera pas implicite et les « True Crime » seront cités à plusieurs reprises dans les dialogues, afin de préparer à la révélation bavarde de l’identité des tueurs (encore un passage obligé). Un semblant de cohérence scénaristique bienvenu mais loin d’être suffisant pour relever le plat.

True Scream

Un problème fondamental de la franchise Scream est la nature même de son croque-mitaine. Ne s’agissant pas d’un être surnaturel ou fantomatique comme dans Les Griffes de la nuit, Vendredi 13 ou Halloween, ses incessants retours à l’écran peinent toujours plus à trouver une explication qui tienne la route. Car Ghostface n’existe pas en soi et les Scary Movie n’ont bien sûr pas grand-chose à changer pour le parodier : pourquoi chaque nouveau repreneur du costume persiste-t-il à porter ce masque obstruant la vision et cette tunique avec laquelle il ne cesse de tomber ? Bien que Scream 7 semble lui-même rire du sujet, nous arrivons définitivement au point de rupture quant aux motivations des tueurs et il sera difficile de gober plus gros que celles-ci. Kevin Williamson cherche avant tout à recentrer la franchise sur le personnage de Sidney Prescott qu’il a créé trente ans plus tôt, aujourd’hui quinquagénaire, mariée et mère d’une grande ado (Isabel May, pourtant âgée de 26 ans, soit trois de plus que sa « mère » dans Scream en 1996 !). Mais Neve Campbell n’a pas eu la carrière de Jamie Lee Curtis. Si le retour de cette dernière dans la franchise Halloween combinait l’argent facilement gagné et la reconnaissance envers une saga qui lui a mis le pied à l’étrier, la prestation de Campbell se rapproche ici malheureusement plus du désespoir des acteurs d’Hélène et les garçons condamnés à jamais à incarner l’unique personnage de leur carrière pour assurer les rentrées d’argent. Neve Campbell assume ouvertement ces raisons financières lors de la promo du film : elle explique avoir refusé Scream 6 faute d’un cachet à la hauteur de sa valeur, mais avoir obtenu ce qu’elle souhaitait pour ce septième film – nous en sommes ravis pour elle. Le lien mère-fille renforcé dans Scream 7 fait-il office de happy end pour Sidney, ou Williamson laisse-t-il la porte ouverte à une union renforcée face au prochain porteur du masque de Ghostface ? On sait malheureusement que seul de très mauvais résultats au box-office pourraient dissuader Paramount de donner le feu vert à un nouvel épisode…

 

© Jérôme Muslewski

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ODDITY (2024)

Une maison isolée, deux sœurs jumelles, un psychiatre, une statue en bois, un tueur énigmatique : tels sont les ingrédients de ce film-puzzle déstabilisant…

ODDITY

 

2024 – IRLANDE

 

Réalisé par Damian McCarthy

 

Avec Carolyn Bracken, Gwilym Lee, Steve Wall, Joe Rooney, Tadhg Murphy, Caroline Menton, Johnny French, Ivan de Wergifosse, Shane Whisker

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I OBJETS VIVANTS I FANTÔMES

Depuis le début des années 2000, le cinéma irlandais se fend de nombreuses pépites dans les domaines du fantastique, de l’horreur et de la science-fiction, reflets de la personnalité forte d’une poignée de réalisateurs au style très affirmé. Aux côtés de figures telles que Billy O’Brien (Isolation, I Am Not a Serial Killer), Paddy Breathnach (Shrooms), David Keating (Wake Wood), Liam Gavin (A Dark Song), Jon Wright (Grabbers) ou Lorcan Finnegan (Vivarium), il faut désormais ajouter le nom de Damian McCarthy. Après avoir signé toute une série de courts-métrages, McCarthy passe au format long avec Caveat en 2020 et nous offre quatre ans plus tard cet étonnant Oddity qui laisse augurer une prometteuse suite de carrière. L’homme ayant de la suite dans les idées, Oddity recycle plusieurs éléments de Caveat (le même décor de grange reconvertie dans le comté de Cork, un certain nombre d’accessoires) et fait même suite à l’un de ses films courts, How Olin Lost His Eye (2013), dont il reprend le protagoniste pour en faire ici un personnage secondaire au rôle déterminant. Il existe donc une sorte de « Damian McCarthy Cinematic Universe » dont Oddity serait en quelque sorte le point d’orgue. Pour autant, le film s’apprécie de manière tout à fait autonome.

À l’instar des films de Zach Cregger (Barbare, Évanouis) ou de son ami Drew Hancock (Companion), Oddity ne cesse de rebondir, multipliant les fausses pistes pour mieux mener les spectateurs en bateau. Son intrigue insaisissable progresse ainsi sans jamais laisser deviner la direction qu’elle empruntera. Il est longtemps difficile de savoir si nous avons affaire à une histoire de tueur psychopathe, de fantômes, de pouvoirs paranormaux ou d’objets ensorcelés. Tout commence une nuit, dans une grande maison à la périphérie de Cork où viennent de s’installer le psychiatre Ted Timmis (Gwilym Lee) et sa femme Dani (Carolyn Bracken). De garde dans un hôpital psychiatrique, Ted laisse son épouse seule et s’en va soigner ses malades. Peu après son départ, quelqu’un frappe à la porte. Méfiante, Dani refuse d’ouvrir. De l’autre côté se trouve Olin Boole (Tadhg Murphy), l’un des patients de Ted, qui affirme qu’un intrus s’est introduit chez elle et va tenter de la tuer…

Faux semblants

Oddity s’appuie d’abord sur la qualité de ses interprètes, notamment Carolyn Bracken qui se livre ici à une impressionnante double prestation. Les sœurs jumelles qu’elle incarne, l’une brune au look moderne, l’autre blonde au chignon strict, ne sont pas sans nous rappeler les deux visages de Kim Novak dans Sueurs froides. Par extension, le récit tourmenté d’Oddity évoque les machinations et les faux-semblants à répétition du cinéma d’Alfred Hitchcock et des écrits de Boileau et Narcejac. Personne ne semble être vraiment ce qu’il prétend, chacun cache manifestement quelque chose, et l’on se perd longtemps en conjectures quant au véritable protagoniste de cette intrigue. À l’avenant, la mise en scène de McCarthy opère des ruptures déstabilisantes, occultant volontairement les passages les plus violents pour laisser travailler l’imagination des spectateurs, tout en focalisant l’angoisse latente sur un objet insolite : une statue en bois grandeur nature dont le faciès grimaçant provoque d’irrépressibles frissons. Oddity joue ainsi le grand écart entre l’épouvante à l’ancienne (on pense aux films de la Amicus façon Frissons d’outre-tombe, aux histoires courtes satiriques de Roald Dahl) et une approche résolument moderne du genre, dans la mouvance des expérimentations d’Ari Aster, Robert Eggers ou des frères Philippou. Excellente surprise, Oddity s’achève sur une image particulièrement savoureuse qui boucle la boucle en beauté.

 

© Gilles Penso

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RATMAN (1988)

Un scientifique conçoit une créature qui mêle les gênes d’un rat avec ceux d’un singe. Mais le petit monstre vorace s’échappe et sème la panique…

QUELLA VILLA IN FONDO AL PARCO

 

1988 – ITALIE

 

Réalisé par Giuliano Carnimeo

 

Avec Nelson de la Rosa, David Warbeck, Jent Agren, Eva Grimaldi, Luisa Menon, Werner Pochath, Anna Silvia Grullon, Pepito Guerra, Jose Reies, Victor Pujols

 

THEMA MUTATIONS I PETITS MONSTRES

Si tous les noms qui apparaissent au générique de Ratman ont des consonances américaines, ce n’est qu’un leurre : il s’agit en effet d’une production 100% italienne. Le réalisateur Anthony Ascott, le scénariste David Parker Jr., le directeur de la photographie Robert Garder et le monteur Vincent P. Thomas sont en réalité – et respectivement – Giuliano Carnimeo, Dardano Sacchetti, Roberto Girometti et Vincenzo Tomassi. Le producteur Fabrizio De Angelis, en revanche, se passe de pseudonyme. Vieux routier du cinéma de genre transalpin, il accompagna Lucio Fulci sur L’Enfer des zombies, L’Au-delà, La Maison près du cimetière, L’Éventreur de New York et La Malédiction du pharaon. Grand spécialiste des séries B d’exploitation volontiers inspirées des succès américains, il initia aussi des films tels que La Terreur des zombies, Les Guerriers du Bronx, Les Nouveaux barbares, Paganini Horror ou Killer Crocodile. Le titre original de Ratman, que l’on pourrait traduire par « La villa au fond du parc », semble vouloir évoquer La Dernière maison sur la gauche, gros succès mondial qui inspira aussi La Maison au fond du parc de Ruggero Deodato. Pour autant, le concept de Ratman est plutôt singulier, sorte de mélange contre-nature entre un slasher bizarre et L’Île du docteur Moreau.

Entièrement postsynchronisé – de manière souvent approximative, ce qui n’aide pas à sa crédibilité déjà très fragile -, Ratman nous raconte l’histoire du professeur Olman (Pepito Guerra). Après vingt ans de tests et d’expérimentations, ce scientifique réfugié dans la ville de Saint Martin a inséminé l’ovule d’un singe avec le sperme d’un rat pour voir ce que ça donnait. Le résultat est Mousy, une créature qui, malgré son petit nom affectueux, est un monstre hybride aux traits bestiaux, aux crocs pointus et aux ongles acérés. Tout fier, notre savant exalté s’apprête à présenter sa création au prochain congrès de la génétique et rêve déjà du prix Nobel. Mais la bête s’échappe de sa cage et décide d’aller massacrer tous ceux qui passent à sa portée. Le film met alors en scène les futurs acteurs du drame : le photographe Mark (Werner Pochath), les mannequins Peggy et Marilyn (Luisa Menon et Eva Grimaldi), la sœur de cette dernière (Janet Agren) et un auteur de romans policiers (David Warbeck). Tout ce beau monde ne va pas tarder à croiser les griffes de la petite créature affamée…

Le rongeur simiesque

Tout l’intérêt du film repose sur la prestation de Nelson de la Rosa, un acteur dominicain de 71 cm de haut reconnu à l’époque comme l’un des plus petits hommes du monde. Le fait que le monstre ne soit pas incarné par une marionnette mais par un être en chair et en os donne lieu à des séquences follement surréalistes, comme ce passage qui semble échappé de Ghoulies dans lequel Mousy surgit d’une cuvette de toilettes. Dommage que le temps de présence du « rongeur simiesque » reste finalement très limité, la mise en scène préférant souvent privilégier les gros plans en insert (un œil, une griffe, des crocs), les ombres portées, les vues subjectives au ras du sol et les petits couinements aigus. Il faut bien avouer que les autres personnages ne sont pas follement intéressants. Eva Grimaldi contrebalance son charisme tout relatif par un exhibitionnisme savant (scène de douche comprise). David Warbeck et Janet Agren, de leur côté, pourraient tout à fait disparaître du montage sans que l’intrigue en soit beaucoup altérée. Quant au savant fou que campe Pepito Guerra, il n’aurait pas dépareillé dans un film d’Ed Wood. Et que dire de ces policiers incompétents qui n’en finissent plus de demander à une jeune femme d’identifier le cadavre de sa sœur, en se trompant à chaque fois sur l’identité de la victime ? Le réalisateur Giuliano Carnimeo nous semblait plus à son aise lorsqu’il imitait Mad Max 2 avec Les Exterminateurs de l’an 3000. Il n’empêche que ce singe-rat a peut-être inspiré Peter Jackson lorsqu’il conçut un monstre similaire – en stop-motion cette fois-ci – pour Braindead.

 

© Gilles Penso

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LA TARENTULE AU VENTRE NOIR (1971)

Un policier enquête sur une série de meurtres particulièrement morbides commis par un assassin qui paralyse ses victimes…

LA TARANTOLA DAL VENTRE NERO

 

1971 – ITALIE / FRANCE

 

Réalisé par Paolo Cavara

 

Avec Giancarlo Giannini, Barbara Bouchet, Claudine Auger, Barbara Bach, Rossela Falk, Silvano Tranquilli, Annabella Incontrera, Ezio Marano, Stefania Sandrelli

 

THEMA TUEURS

Au départ, La Tarentule au ventre noir naît d’une démarche ouvertement opportuniste. Sensibilisé par le succès international de L’Oiseau au plumage de cristal de Dario Argento, Marcelo Danon, futur producteur de La Cage aux folles, cherche à lancer un giallo qui obéisse aux mêmes recettes. D’où le titre animalier énigmatique (la tarentule remplace l’oiseau) et la sollicitation du compositeur Ennio Morricone, alors en pleine période expérimentale. La réalisation est confiée à Paolo Cavara, que Danon connaît bien et qui a commencé sa carrière avec plusieurs documentaires à scandale (Mondo Cane, La Femme à travers le monde, I Malamondo, Witchdoctor in Tails). Pour le scénario, la production sollicite le prestigieux Tonio Guerra, auteur pour Fellini et Antonioni, qui accepte de superviser l’écriture mais laisse Lucile Laks rédiger le script définitif. Ce mélange de talents disparates va finalement accoucher d’une œuvre singulière, échappant à sa simple vocation de plagiat pour exhaler sa propre personnalité. La Tarentule au ventre noir se distingue aussi par la présence face à la caméra d’un trio de James Bond Girls : Claudine Auger (Opération tonnerre), Barbara Bouchet (Casino Royale) et Barbara Bach (L’Espion qui m’aimait). Les trois comédiennes apportent une indiscutable touche de glamour au film, surtout Bouchet qui n’a visiblement aucun problème de pudeur.

Le film commence par une séance de massage très sensuelle, pratiquée par un aveugle (Ezio Marano) sur une femme nue qui nous semble extatique (Barbara Bouchet), aux accents d’une mélopée langoureuse de Morricone. D’emblée, La Tarentule au ventre noir assume ainsi un caractère érotique bien plus exacerbé que dans L’Oiseau au plumage de cristal, qui lui sert pourtant de modèle. Lorsque la jeune femme est retrouvée assassinée, son ex-mari le courtier en assurances Paolo Zani (Silvano Tranquilli) devient le principal suspect de l’inspecteur Tellini (Giancarlo Giannini), chargé bien malgré lui de cette affaire sordide. Un peu plus tard, la vendeuse Mirta Ricci (Annabella Incontrera) est assassinée selon la même méthode : les deux victimes ont été paralysées par des aiguilles d’acupuncture empoisonnées introduites dans leur cou, puis les malheureuses ont été éventrées à l’aide d’un couteau acéré alors qu’elles étaient encore en vie et conscientes, de la même manière que les araignées sont immobilisées et tuées progressivement par les guêpes…

Pris dans la toile

Si le film dévoile peu à peu deux sous-intrigues qui semblent le rattacher au genre policier – un maître-chanteur et un trafic de drogue -, le mode opératoire du tueur et la mise en scène baroque de ses exactions nous transportent illico sur le terrain de l’horreur. Le principe des mises à mort se révèle en effet particulièrement morbide et la mise en scène de certains meurtres ne recule pas devant une pointe de gore. Mais La Tarentule au ventre noir ne se contente pas d’une seule partition. A mi-chemin entre le giallo pur et dur (la scène des mannequins et le look du criminel évoquent beaucoup Six femmes pour l’assassin), le polar musclé (la poursuite haletante sur les toits et dans la rue préfigure les acrobaties de Peur sur la ville) et le thriller introspectif (la recherche des indices dans les détails des photos nous ramène à Blow Up), le film de Paolo Cavara devient insaisissable. Sa plus grande originalité tient sans doute au traitement de son protagoniste. Ici, le héros policier ne cesse de remettre en cause sa mission et sa vocation. La caméra s’attarde sur ses moments intimes et quotidiens, loin de la tourmente des enquêtes. Il finit d’ailleurs par se noyer dans la masse des habitants de Rome, le temps d’un plan final presque documentaire dont la banalité est soudain brisée par l’animation d’une toile d’araignée stylisée qui recouvre tout l’écran. C’est ce jeu constant de ruptures et de mélanges de genres qui permet à La Tarentule au ventre noir de de se démarquer parmi les innombrables giallos ayant inondé les écrans en Italie dans les années 70.

 

© Gilles Penso

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LE SENS DE LA VIE (1983)

Dans ce film à sketches délirant, les Monty Pythons repoussent toutes les limites en s’interrogeant sur la finalité de notre existence en ce bas-monde…

THE MEANING OF LIFE

 

1983 – GB

 

Réalisé par Terry Jones

 

Avec Graham Chapman, John Cleese, Terry Gilliam, Eric Idle, Terry Jones, Michael Palin, Carol Cleveland, Simon Jones, Patricia Quinn, Judy Loe, Andrew MacLachlan

 

THEMA DIEU, LES ANGES ET LA BIBLE I MÉDECINE EN FOLIE I MORT

Après leur double coup d’éclat sur grand écran – Sacré Graal et La Vie de Brian -, les Monty Pythons n’entendent pas s’arrêter en si bon chemin et commencent à réfléchir à un nouveau long-métrage loufoque. Ils envisagent d’abord de mettre en scène des armées sponsorisées et des soldats portant des uniformes militaires couverts de publicités, en pleine troisième guerre mondiale. Mais le scénario peine à se développer. Leur seconde idée consiste à les montrer en train de simuler le tournage d’une adaptation de Hamlet dans les Caraïbes pour prouver qu’ils ne cherchent pas à échapper aux impôts. Cette intrigue ne mène nulle part non plus. Face à ce cul de sac artistique, les Pythons constatent qu’il leur reste sous le coude des dizaines de gags disparates non encore utilisés. La solution s’impose alors d’elle-même : un film à sketches qui relierait entre elles de nombreuses scènes absurdes sans rapport les unes avec les autres. Ainsi naît Le Sens de la vie. Tout commence par un faux court-métrage dans lequel les vieux employés d’une compagnie d’assurance se révoltent contre leurs nouveaux patrons. Par le biais d’un remarquable travail de décors, d’effets spéciaux et de maquettes, le vénérable immeuble se mue en galion pirate qui s’arrache au bitume et vogue pour partir à l’abordage d’un quartier d’affaires moderne.

Place ensuite à six poissons dans un aquarium qui, via un trucage hilarant, ont les têtes des Monty Pythons. En voyant l’un des leurs se faire déguster dans un restaurant, ils s’interrogent sur le sens de la vie. Dès lors, les sketches démentiels s’enchaînent au hasard d’un fil conducteur extrêmement ténu. La première partie, consacrée au « miracle de la naissance », nous montre un accouchement pratiqué par deux médecins grotesques puis se transforme en comédie musicale où le père d’une famille de soixante enfants (Michael Palin), dans un quartier pauvre du Yorkshire, chante avec enthousiasme « chaque sperme est sacré ». La deuxième partie, « croissance et éducation », s’intéresse à un cours d’éducation sexuelle dans un collège guindé qui s’achève par une démo « grandeur nature » devant les élèves par le professeur (John Cleese) et son épouse. La troisième partie, dédiée au « combat », ridiculise l’armée avec panache. On y voit une bataille dans les tranchées qui se transforme en pot de départ à la retraite, puis une guerre acharnée au cœur de l’Afrique où les fiers officiers britanniques gardent leur flegme en toutes circonstances puis rencontrent un faux tigre. La quatrième partie, « le moyen-âge », met en scène un repas hawaïen pour touristes dans un donjon médiéval où sont torturés des suppliciés et où on ne commande pas des plats mais des sujets de conversation.

Noël au Paradis

L’outrance, l’excès et le gore éclaboussent joyeusement les deux sketches suivants. Dans la cinquième partie, « don d’organes », deux hommes viennent en effet prélever le foie d’un donneur d’organe (Terry Gilliam) de son vivant ! Mais ce n’est rien à côté de la sixième partie, « le troisième âge », située dans un restaurant français très huppé. Un pianiste (Eric Idle) y chante des odes au pénis, puis un homme monstrueusement ventripotent, Monsieur Creosote (Terry Jones), s’installe et commande un repas gargantuesque, vomissant avec une abondance qui ferait pâlir la Regan de L’Exorciste. Dans le chapitre final titré « la mort », un criminel (Graham Chapman) choisit sa propre exécution : être poursuivi par une armada de jeunes femmes à moitié nues avant de se précipiter dans le vide jusque dans sa tombe. Puis la Faucheuse débarque et s’invite dans un dîner mondain entre gens snobs, avant que tout s’achève par un grand numéro musical hallucinant : « c’est Noël au Paradis ». Si Le Sens de la vie peut sembler plus décousu que Sacré Graal et La Vie de Brian, le grain de folie des Pythons y est toujours aussi vivace, aidé ici par une augmentation conséquente du budget qui leur permet d’accéder à de vastes décors, une figuration importante, des trucages de haut niveau et toute une série de maquillages spéciaux impressionnants. Le plus mémorable d’entre eux est bien sûr celui de l’immonde Monsieur Creosote, conçu par Chris Tucker (Elephant Man, La Compagnie des loups) qui culmine vers une épouvantable explosion verdâtre. Ce déluge de délires surréalistes permettra aux six trublions de remporter le Grand Prix spécial du Festival de Cannes en 1983.

© Gilles Penso

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