SINBAD ET LE MINOTAURE (2011)

Les mille et une nuits et la mythologie grecque entrent en collision dans ce petit film d’aventures bricolé avec un budget minuscule…

SINBAD AND THE MINOTAUR

 

2011 – AUSTRALIE

 

Réalisé par Karl Zwicky

 

Avec Manu Bennett, Steven Grives, Pacharo Mzembe, Holly Brisley, Jared Robinsen, Terry Antionak, Lily Brown Griffiths, Derek Boyer, Hugh Parker

 

THEMA MYTHOLOGIE I MILLE ET UNE NUITS

Tourné en extérieurs naturels australiens, réalisé par le téléaste Karl Zwicky et produit par le roi du cinéma d’action Mark L. Lester (Class 84, Commando, Firestarter) – qui se réorienta par la suite vers les « creature features » bon marché (Ptérodactyles, Poseidon Rex) -, Sinbad et le Minotaure a l’avantage d’annoncer la couleur dès son titre. Ce mélange annoncé et parfaitement anachronique de l’univers des mille et une nuits avec celui de la mythologie grecque serait-il un hommage aux films de Ray Harryhausen, qui sut donner leurs lettres de noblesses à ces deux mondes fantastiques à travers une ribambelle de merveilles sur pellicule ? Hélas, pas vraiment. Que personne ne cherche dans Sinbad et le Minotaure la moindre parcelle de magie échappée d’un 7ème voyage de Sinbad ou d’un Jason et les Argonautes, sous peine de gravement déchanter. Nous sommes ici en présence d’un « direct to video » bricolé avec un budget ridicule, des acteurs de seconde zone et des effets spéciaux tout juste passables. Pour autant, à condition de ne pas placer ses attentes trop haut, force est de constater que cette petite aventure sans prétention parvient sans trop de mal à nous distraire. 

Le film commence avec un texte qui défile sur fond spatial, comme dans le prologue d’un Star Wars. Mais le reste n’a rien de science-fictionnel. Nous ne sommes pas non plus dans le Hercule de Luigi Cozzi. Après un prologue situé dans l’antiquité grecque, l’intrigue nous projette mille ans plus tard. Le capitaine Sinbad (Manu Bennett) et son fidèle second Karim (Pacharo Mzembe) sont sur les traces du trésor du roi Minos, que l’on dit enfoui au cœur d’un mystérieux labyrinthe. Pour y parvenir, ils s’introduisent dans le camp d’Al Jibbar (Steven Grives), un sorcier cruel dont le look évoque beaucoup son homologue Sokurah (Torin Thatcher) du 7ème voyage de Sinbad, mais aussi le terrifiant Mola Ram (Amrish Puri) d’Indiana Jones et le temple maudit. Al Jibbar possède en effet un parchemin permettant de localiser le labyrinthe. Sur place, Sinbad découvre Tara (Holly Brisley), prisonnière du harem du sorcier qui décide de s’évader pour l’accompagner dans cette aventure. Mais Al Jibbar n’entend pas se faire voler ses biens et poursuit nos héros jusqu’en Crète, flanqué de ses hommes d’arme et de Seif (Jared Robinsen), un redoutable sbire cannibale doté d’une force surhumaine et capable de survivre aux blessures les plus graves…

Foutraque mais distrayant

Loin des interprétations sveltes et sautillantes auxquelles nous ont habitués les films classiques situés dans l’Arabie mythologique, Manu Bennett campe un héros massif et bagarreur plus proche du Lou Ferrigno de Sinbad que du Douglas Fairbanks du Voleur de Bagdad. Transfuge de la série Spartacus – et futur Azog dans la trilogie Le Hobbit -, Bennett manque de finesse mais sait conférer à son personnage un indéniable capital sympathie. Face à lui, le vétéran Steven Grives, second rôle apparu dans une tonne de films depuis la fin des années 60, incarne le super-vilain avec un certain panache. Quant au monstre promis par le titre, il ne s’agit pas de l’homme-taureau que nous étions en droit d’espérer, mais d’un monstrueux quadrupède cornu affublé d’yeux lumineux, réalisé avec des images de synthèse ratées. Chaque fois qu’il galope dans sa grotte en carton-pâte, la caméra s’agite dans tous les sens pour cacher un peu la misère. Si le film se montre chiche en créatures fantasmagoriques, il ne lésine en revanche pas sur certains débordements horrifiques, qui laissent perplexe quant à la cible visée. Seif est ainsi un monstre sinistre au faciès blafard, qui plante ses dents crochues dans le cou de ses victimes pour boire leur sang. À mi-parcours, une secte de morts-vivants vient à son tour s’éveiller pour attaquer Sinbad et ses hommes, le tout agrémenté de quelques morts particulièrement sanglantes. Mal fichu, mal écrit et constamment rattrapé par l’indigence de ses moyens, Sinbad et le Minotaure se regarde pourtant sans déplaisir ni ennui, dès lors qu’on accepte de le juger à l’aune des standards qualitatifs très modestes des productions diffusées sur des chaînes comme Syfy.

 

© Gilles Penso

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HELL HOUSE LLC (2015)

Un petit groupe d’amis investit un hôtel abandonné pour le transformer en attraction d’Halloween, mais le soir de la première, tout dérape…

HELL HOUSE LLC

 

2015 – USA

 

Réalisé par Stephen Cognetti

 

Avec Gore Abrams, Alice Bahlke, Danny Bellini, Theodore Bouloukos, Natalie Gee, Jared Hacker, Phil Hess, Ryan Jennifer Jones, Lauren A. Kennedy, Jeb Kreager

 

THEMA FANTÔMES I SAGA HELL HOUSE

Originaire de Pennsylvanie, Stephen Cognetti étudie le cinéma à la Temple University et commence à réaliser des courts-métrages à la fin des années 2000. « Pendant toutes mes études de cinéma et quand j’étais plus jeune, je n’ai jamais, pas une seule fois, imaginé que je ferais un film d’horreur », avoue-t-il. « Je me suis toujours vu dans la comédie. Tous mes films d’étudiant et les courts-métrages que j’ai réalisés à l’université avaient une tonalité comique. » (1) Cela dit, le genre l’attire beaucoup – il voue un véritable culte à L’Exorciste -, et lorsqu’un de ses amis lui propose de s’embarquer dans un premier long-métrage horrifique, il n’hésite pas une seconde. « J’adore les bâtiments abandonnés et les vieilles maisons désaffectées où se cache une histoire que personne ne connaît », explique-t-il. « J’ai trouvé cette maison à la périphérie de New York, dans le comté de Rockland. C’était une magnifique bâtisse abandonnée, qui dégageait une atmosphère à la fois étrange et inquiétante. C’est de là qu’est née l’histoire de Hell House. » (2) Sachant qu’il ne pourra se payer aucun acteur connu et que les moyens à sa disposition seront très limités, Cognetti passe beaucoup de temps à peaufiner son scénario, qui reposera plus sur son atmosphère pesante que sur des effets de sursauts, et opte pour une mise en forme de « found footage », conforme à son petit budget et à sa fascination pour l’exploration urbaine de lieux désaffectés.

Le film prend la forme d’un documentaire consacré à un drame censé être survenu le 8 octobre 2009 à « Hell House », une attraction de type maison hantée située dans la ville fictive d’Abaddon, dans le nord de l’État de New York. Au cours de cette tragédie, quinze personnes, dont la quasi-totalité du personnel, ont trouvé la mort. La cause de ce chaos est officiellement attribuée à de graves défaillances techniques. Mais la vérité est sans doute plus complexe. Une équipe de documentaristes décide donc de mener l’enquête. Hell House LLC entremêle alors les archives éparses : des interviews, des extraits de journaux télévisés, des investigations tournées à la façon d’un reportage, une vidéo d’un des visiteurs de l’attraction postée sur Youtube, des clichés pris par un photographe, l’enregistrement d’un appel à la police, des photos de l’enquête… et puis « The Hell House Footage », autrement dit une série de vidéos filmées par les organisateurs de l’attraction depuis les préparatifs de la grande première jusqu’au drame. C’est Sara Havel, seule survivante de la catastrophe, qui fournit ces images tournées en coulisse. Mais lorsqu’on l’interroge sur ce qui s’est vraiment passé à Hell House, ses mots restent coincés dans sa gorge…

Double mise en abîme

Même si les codes du found footage n’étonnent plus personne depuis longtemps et même si Stephen Cognetti ne parvient pas totalement à occulter les passages obligatoires induits par un tel exercice (la caméra qui s’agite dans tous les sens, les respirations haletantes, les lampes de poche dans le noir), Hell House se distingue par sa volonté de bâtir son atmosphère sur une montée très lente de l’angoisse. Le réalisateur économise donc ses effets et n’en fait pas trop. Le malaise naît d’un mannequin de clown qui n’est pas là où il devrait être, d’une jeune femme de l’équipe soudain prise de crises de somnambulisme, de bruits bizarres et indéfinissables, d’un piano qui joue tout seul. Surtout, Hell House nous plonge dans une double mise en abîme assez vertigineuse. Nous sommes en effet en présence d’une fausse maison hantée dans laquelle se déroulent vraiment des phénomènes paranormaux, le tout raconté dans un film d’horreur déguisé en vrai documentaire. Toutes ces couches de réalité simulée finissent par nous interroger sur notre rapport à la fiction et sur notre besoin d’histoires d’épouvante. D’où l’efficacité de la légende urbaine qui sert de support au film. Tourné en une quinzaine de jours avec un sens de l’urgence qui transparaît à l’écran, Hell House LLC sort directement le 1er novembre 2016 sur plusieurs plateformes (Amazon, Shudder, YouTube, iTunes) et aurait pu disparaître dans les limbes du streaming. Mais les fans du genre le découvrent, s’en parlent et finissent par lui vouer un petit culte. Au point que le film deviendra le premier jalon d’une véritable saga.

 

(1) et (2) Extraits d’une interview publiée sur HorrorNews.net en octobre 2017

 

© Gilles Penso

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VIVARIUM (2019)

Un jeune couple à la recherche d’un logement visite un lotissement étrange où toutes les maisons sont identiques et ne parvient plus à s’en échapper…

VIVARIUM

 

2019 – IRLANDE / BELGIQUE / DANEMARK

 

Réalisé par Lorcan Finnegan

 

Avec Imogen Poots, Jesse Eisenberg, Jonathan Aris, Eanna Hardwicke, Danielle Ryan, Molly McCann, Côme Thiry, Senan Jennings, Fionn Lockett, Olga Wehrly

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Signataire de plusieurs courts-métrages puis d’un premier long en 2016, Lorcan Finnegan s’attaque avec Vivarium à un récit de science-fiction conceptuelle particulièrement déstabilisant. « Mon co-scénariste Garret Shanley et moi-même avons travaillé ensemble en 2011 sur un court-métrage intitulé Foxes », raconte-t-il. « Ce film était une réaction à la situation politique qui régnait alors en Irlande : des lotissements surgissaient un peu partout. L’économie se portait très bien. Mais la crise a éclaté en 2008. Du coup, beaucoup de ces maisons ont été laissées à l’abandon. On les appelle désormais des “lotissements fantômes”. Nous avons donc situé notre court-métrage dans l’un de ces endroits. Cependant, en tournant ce film, nous nous sommes rendu compte que nous n’avions fait qu’effleurer certains des thèmes que nous explorions. Une fois le tournage terminé, nous nous sommes donc demandé comment nous pourrions approfondir un peu plus le sujet. Nous voulions explorer ces idées sous l’angle de la science-fiction et en faire une histoire bien plus universelle. » (1) Et voilà comment naît Vivarium. Le scénario séduit aussitôt l’actrice Imogen Poots, révélée dans V pour Vendetta et 28 semaines plus tard. En lisant le script, elle pense aussitôt à Jesse Eisenberg, son partenaire de jeu dans The Art of Self-Defense de Riley Stearns, pour lui donner la réplique. Eisenberg accepte tout de suite, attiré par l’atmosphère très singulière que promet de dégager ce film. Le réalisateur cite lui-même parmi ses sources d’inspiration les travaux de David Lynch, Todd Haynes, Michelangelo Antonioni, Nicolas Roegg et Saul Bass.

Gemma, institutrice en primaire, et Tom, paysagiste, forment un jeune couple sans histoire. Lorsqu’ils visitent Yonder, un lotissement flambant neuf aux maisons parfaitement identiques, ils pensent avoir trouvé leur futur chez eux. Mais leur rencontre avec Martin, l’agent immobilier chargé de leur faire visiter la maison n°9, fait rapidement naître un malaise. Étrange, mécanique, presque inquiétant, il leur pose une question en apparence anodine : ont-ils des enfants ? Lorsque Gemma répond non, Martin répète ses mots d’une manière troublante, comme s’il ne faisait que les imiter. Puis, au beau milieu de la visite, l’agent disparaît. Intrigués, Gemma et Tom décident de quitter les lieux. Ils prennent leur voiture, suivent les rues du lotissement… mais, contre toute logique, se retrouvent devant la maison n°9. Ils recommencent. Encore et encore. Les mêmes maisons, les mêmes jardins, les mêmes routes. Yonder semble s’étendre à l’infini, sans aucune issue. Lorsque leur voiture tombe finalement en panne d’essence, le couple n’a plus d’autre choix que de passer la nuit dans la maison. Le lendemain, ils tentent de s’échapper à pied. Mais chaque chemin les ramène invariablement au même endroit : la maison n°9…

Les prisonniers

Le concept de Vivarium est tout à fait digne de La Quatrième dimension. Mais une autre série de la même époque nous vient également à l’esprit. Le 9 étant un 6 inversé, rien n’empêche d’y voir une allusion au Prisonnier. On y trouve la même idée d’un monde aseptisé, charmant mais sans saveur, sans âme, sans personnalité. Tout semble vrai mais tout est faux. La télévision elle-même ne diffuse que des images abstraites qui ressemblent à l’intérieur d’un cerveau. Le minimalisme du dispositif de mise en scène induit une certaine théâtralité, même si Lorcan Finnegan recours à des effets visuels complexes et ambitieux chaque fois qu’il doit montrer l’étendue infinie des maisons du lotissements, ces habitations toutes identiques qui semblent calquer leur architecture sur les peintures de Magritte. Porté à bout de bras par ses acteurs confondant de naturalisme, Vivarium semble presque annoncer avec un an d’avance les angoisses du confinement qu’imposera la pandémie du Covid-19 : l’enfermement, la routine, la répétition inlassable des mêmes journées… Volontairement, Finnegan refuse de nous donner toutes les réponses. S’agit-il d’une expérience scientifique dont les instigateurs restent insaisissables, comme dans Cube ? D’un monde virtuel dans lequel sont plongés malgré eux les protagonistes ? D’un sujet d’étude organisé par des extra-terrestres curieux de notre mode de vie, à la manière de ceux d’Abattoir 5 ? Cette dernière théorie semble être confirmée par les toutes premières images du film, centrées sur un coucou qui dépose son petit dans un nid pour qu’il soit élevé par d’autres oiseaux. On repense alors au roman Les Coucous de Midwich, qui se transforma en 1960 en classique de la science-fiction : Le Village des damnés. Mais cette interprétation n’est jamais confirmée. Vivarium reste donc une énigme, et ce n’est pas le moindre de ses atouts.

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans Subculture Entertainment en juillet 2020.

 

© Gilles Penso

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LA SEPTIÈME PROPHÉTIE (1988)

Alors que des catastrophes en série frappent la planète, un jeune couple qui attend l’arrivée d’un enfant accueille un locataire énigmatique…

THE SEVENTH SIGN

 

1988 – USA

 

Réalisé par Carl Schultz

 

Avec Demi Moore, Michael Biehn, Jurgen Prochnow, Peter Friedman, Manny Jacobs, John Taylor, Lee Garlington, Akosuka Busia, Harry Basil, Arnold Johnson

 

THEMA DIEU, LES ANGES, LA BIBLE

Inscrit dans la vogue d’un cinéma biblico-apocalyptique qui connut son apogée avec La Malédiction de Richard Donner, La Septième prophétie est d’abord un scénario co-écrit par Ellen Green et Clifford Green (qui signèrent quelques années plus tôt celui de Baby, le secret de la légende oubliée). Le titre original The Seventh Sign fait référence aux sceaux mentionnés dans le dernier livre du Nouveau Testament. En découvrant ce script, Carl Schultz se laisse aussitôt séduire. Ce réalisateur d’origine hongroise, qui s’était distingué jusqu’alors avec des drames réalistes, appréhende d’ailleurs moins La Septième prophétie comme un film fantastique que comme un thriller psychologique. « Ce qui ma attiré, cest lhistoire intérieure », explique-t-il. « On peut linterpréter comme quelque chose qui se passe réellement ou comme le fruit de limagination de lhéroïne. » (1) L’ambiguïté quant à la teneur paranormale des phénomènes de plus en plus inquiétants décrits dans le film est donc au cœur du récit et finit par nourrir toute la narration. D’où une approche volontairement minimaliste des effets spéciaux, même si ces derniers sont confiés à des ténors comme Kevin Yagher et Craig Reardon (pour les maquillages spéciaux) et l’équipe de Dream Quest (pour les effets visuels). « Je trouve souvent quil vaut mieux laisser les choses à limagination du public plutôt que de les montrer littéralement », reprend Schultz. « Les monstres les plus terrifiants sont ceux que lon ne voit pas. Nous voulions créer quelque chose d’étrange, dinhabituel, mais qui ait néanmoins lair réel. » (2)

La Septième prophétie nous interpelle dès son entrée en matière, en nous laissant comprendre que d’étranges phénomènes se multiplient aux quatre coins du monde. En Haïti, des milliers de poissons meurent mystérieusement dans une mer devenue brûlante. Au Moyen-Orient, une vague de froid d’une violence sans précédent gèle littéralement un village dans le désert. Et partout où survient l’un de ces événements, un mystérieux voyageur (Jurgen Prochnow) apparaît quelques instants auparavant, ouvre une enveloppe scellée puis disparaît. Au Vatican, le père Lucci (Peter Friedman) est chargé d’enquêter sur ces manifestations qui semblent reproduire les signes annonciateurs de l’Apocalypse biblique. Sceptique, le prêtre refuse pourtant d’y voir une intervention divine et cherche à leur trouver des explications rationnelles. Le scénario s’intéresse alors à Abby (Demi Moore), une jeune californienne enceinte de son premier enfant qui mène une existence tranquille avec son mari Russell (Michael Biehn), un avocat. Pour mettre un peu de beurre dans les épinards, Abby et Russell décident de louer une chambre de leur maison à un homme qui se présente sous le nom de David Bannon… le fameux voyageur qui nous apparaissait en début de métrage. Bientôt, Abby est en proie à des cauchemars récurrents. Alors que les phénomènes catastrophiques se multiplient à travers le monde, elle comprend peu à peu que sa grossesse pourrait être liée à quelque chose qui la dépasse…

Apocalypse Now ?

Après avoir joué les « femmes-enfants » un peu désinvoltes en début de carrière (C’est la faute à Rio, Le Feu de Saint-Elmo, Un été fou fou fou), Demi Moore accède ici pour la première fois à un rôle « adulte », celui d’une future mère de 26 ans qui lui permettra d’élargir son registre et d’entrer officiellement dans la cour des grands. Deux ans plus tard, elle se muera en superstar grâce à Ghost. Frais émoulu de Terminator et Aliens, Michael Biehn forme avec elle un couple crédible, le jeu naturaliste des deux acteurs se heurtant au charisme mystérieux, ténébreux et impénétrable de Jürgen Prochnow (La Forteresse noire, Dune). Selon un schéma avec lequel nous a familiarisés Rosemary’s Baby, la jeune femme enceinte qui sert de point d’ancrage émotionnel est la seule à venir voir le danger surnaturel et bascule dans une sorte de paranoïa qui l’ostracise, dans la mesure où personne, pas même son mari aimant, ne semble prendre ses inquiétudes bizarres au sérieux. Les médecins parlent d’hallucinations, de stress, de culpabilité. Le personnage du prêtre sceptique lui-même trouve des explications triviales et des coïncidences derrière chaque signe ou chaque phénomène attribué à la colère divine, mettant à mal les théories liées à une apocalypse imminente. Mais l’on sent bien que ce qui se prépare transcende la compréhension humaine, que cet homme d’église cache bien son jeu et que David n’a rien d’un locataire ordinaire. Le Jugement Dernier qui semble se préparer met dos à dos toutes les religions, avec à la clé une question cruciale : qui sera sauvé ? Carl Schultz met tout son savoir-faire au service de ce récit oppressant, opérant une montée lente et progressive d’un malaise diffus et insaisissable. Mais les scénaristes, déçus du résultat final, préfèreront être crédités sous des pseudonymes : W.W. Wicket et George Kaplan (clin d’œil à « l’homme qui n’existe pas » dans La Mort aux trousses).

 

(1) et (2) Extraits d’une interview parue dans Cinefantastique en mai 1988.

 

© Gilles Penso

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THE HOLY BOY (2025)

Un enseignant endeuillé est muté dans un village italien où les habitants semblent vouer un culte à un jeune garçon doté de pouvoirs de guérison…

LA VALLE DEI SORRISI

 

2025 – ITALIE

 

Réalisé par Paolo Strippoli

 

Avec Michele Riondino, Romana Maggiora Vergano, Roberto Citran, Giulio Feltri, Sergio Romano, Anna Bellato, Sandra Toffolatti, Gabriele Benedetti, Diego Nardini

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX

Après des études en Arts et Sciences du spectacle, Paolo Strippoli poursuit sa formation en réalisation au Centre Expérimental de Cinématographie de Rome. Là, il va faire la rencontre des scénaristes Jacopo del Giudice et Milo Tissone. À la fin de leur parcours, afin de mettre à profit cette période de latence qui marque la fin de l’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte et la vie active, ils décident d’écrire ensemble. Mettant en commun leurs idées, les jeunes diplômés réfléchissent lors de séances de brainstorming à ce que les êtres humains sont capables de mettre en œuvre pour se sentir bien et heureux, quitte à abuser des ressources du monde, tout comme des leurs lorsqu’ils plongent dans la religion, la drogue, ou dans d’autres addictions et excès qui peuvent être aussi le téléphone, la cigarette ou le sexe, que le réalisateur appelle ses « raccourcis » pour éviter toute souffrance psychique. L’essence de La Valle dei Sorrisi, le titre original de The Holy Boy, se profile déjà alors que le trio remporte le Prix Franco Solinas du meilleur scénario en 2019 pour L’Angelo infelice. L’année suivante, le réalisateur se fait remarquer avec un premier film coréalisé avec Roberto de Feo pour Netflix : A Classic Horror Story, Prix de la meilleure réalisation de la 67ème édition du Taormina Film Festival en Sicile. C’est après Piove, un deuxième long métrage en 2022, qu’il tourne The Holy Boy en 2024 dans la région d’Udine dans le nord de l’Italie.

Sélectionné au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg en 2025, avant de multiplier d’autres succès dans les festivals internationaux, The Holy Boy remporte le glorieux Mélies d’argent du Meilleur Film Fantastique ainsi que l’élogieux et convoité Prix du Public, ceci après une première mondiale toute aussi prestigieuse à la Mostra de Venise. Le film nous présente Sergio Rossetti, un judoka professeur d’EPS, interprété par Michele Riondino. En dépression depuis la mort de son fils unique, il est muté à Remis, un petit village italien isolé dans la montagne. Il voit dans ce déménagement l’occasion de prendre du recul avec le passé qui le hante, de tenter de faire son deuil, et pourquoi pas d’envisager une nouvelle vie ? D’autant que Remis, surnommé « La Vallée des sourires », est réputée pour abriter les habitants les plus heureux de la contrée. Mais cette communauté cache un secret qui sera bientôt révélé à Sergio. Torturé par la perte de son enfant et sa mauvaise conscience, le père endolori est un candidat idéal pour se laisser entraîner par les recommandations de ses nouvelles connaissances. C’est notamment le cas de l’engageante et compatissante Michela (Romana Maggiora Vergano), dont Sergio ne tarde pas à se rapprocher et à devenir intime. Elle lui recommande de consulter un jeune garçon aux pouvoirs étranges de guérison, Matteo Corbin, un adolescent de quinze ans qui joue un rôle central dans la vie des villageois.

L’adolescence et la douleur du monde

Paolo Strippoli, en jouant avec les codes de l’horreur et des thèmes de l’emprise, du sectarisme, du lavage de cerveau et du vampirisme, se penche avec sollicitude sur la fragilité des êtres humains qui se débattent avec leurs émotions et leurs souffrances respectives. Mais il nous montre aussi ici comment, pour se « sauver » de son mal-être, chacun peut se nourrir de l’autre et le sacrifier, tout en demeurant aveugle quant à sa propre cruauté et perversité. Avec sa double identité d’éducateur et de parent, Sergio, qui se ressent en échec en tant que père, va vouloir, pour protéger Matteo, lutter contre l’engrenage de ses démons qui le relient à la foule extasiée des endoctrinés de cette étrange forme de religion. Affronter son propre vide affectif et sa souffrance, avec lucidité et combativité, va lui permettre de résister à la tentation délétère de plonger dans le même bonheur béat et illusoire qui, de toute évidence, nuit à tous. Derrière ces sourires se dévoile donc en effet une réalité glaçante, masquée par les apparences qui se jouent comme une pièce de théâtre mortifère.

 

© Quélou Parente

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THE CURSE OF HER FLESH (1968)

Laissé pour mort, un tueur psychopathe poursuit sa croisade sanglante contre les femmes en se cachant sous l’identité d’un patron de club de strip-tease…

THE CURSE OF HER FLESH

 

1968 – USA

 

Réalisé par Michael Findlay

 

Avec Michael Findlay, Eve Bork, Ron Scardera, Linda Boyce, Sally Farb, John Amero, Jane Bond, Vivian Del Rio, Uta Erickson, Angelique Pettyjohn

 

THEMA TUEURS I SAGA FLESH

Lee succès inespéré de The Touch of Her Flesh, minuscule film d’horreur érotique bricolé en quelques jours par les époux Michael et Roberta Findlay, les poussa logiquement à en réaliser une suite dès l’année suivante. Le modèle économique des longs-métrages de Findlay, qui amorcèrent leur carrière en 1964 avec Body of a Female, repose sur une mécanique bien huilée : ils assurent tous deux la grande majorité des postes artistiques et techniques, sollicitent quelques filles sexy et impudiques pour les déshabiller à l’écran, brodent des intrigues squelettiques dans lesquelles s’entremêlent la luxure et la violence, et emballent le tout en un temps record. Après The Touch of Her Flesh (« Le contact de sa chair »), place donc à The Curse of Her Flesh (« La malédiction de sa chair »). Le film commence par le show d’une strip-teaseuse sur scène, accompagnée par un big band endiablé. Puis un homme fait ses besoins dans les toilettes du club, sur le mur desquels est écrit le générique du film, tandis que résonne le bruit de l’urine qui coule ! Cette entrée en matière culottée laisse entrevoir la malice des Findlay, qui manifestement ne se prennent pas trop au sérieux et entendent bien le faire savoir aux spectateurs. La voix off de Roberta Findlay nous résume alors les faits survenus dans le film précédent, autrement dit les déboires de Richard Jennings (joué par Michael Findlay lui-même), mari cocu devenu assassin psychopathe.

Très évasif, le scénario ne nous explique jamais comment le tueur a survécu, puisque nous le quittions abattu par un carreau d’arbalète à la fin de The Touch of Her Flesh, ni de quelle manière il est devenu propriétaire d’un club de strip-tease, ni même pourquoi son œil crevé est soudain valide, ce qui ne l’empêche pas pour autant de conserver la plupart du temps son patch de pirate ! Désormais dissimulé sous le pseudonyme de Joe Davidson, il poursuit sa croisade contre les femmes « impures » en sollicitant les armes les plus improbables : une machette, du poison versé sur les pattes d’un chat, des strings empoisonnés ou encore un godemichet piégé qui se transforme en poignard ! Notre homme s’improvise aussi médecin (il répare l’hymen d’une jeune femme pour faire croire à sa virginité au sein d’une machination alambiquée) et cinéaste amateur (il projette à un époux les ébats sexuels de sa femme avec une courge phallique). Malgré le caractère particulièrement glauque de cette histoire de vengeance, les Findlay conservent l’approche au second degré qu’annonçait le générique du film. Pour preuve ce dialogue bourré de sous-entendus salaces (digne d’un Austin Powers) à propos de la gloutonnerie de la chatte d’une jeune femme.

Le nettoyeur

Dommage que le récit des exactions machiavéliques de Jennings/Davidson – qui constitue la partie la plus intéressante du film – n’occupe qu’environ 20% du métrage, les 80% restants étant consacrés à des séquences de strip-tease, de déshabillages ou de coucheries qui finissent par traîner en longueur. Sans compter ces passages incompréhensibles – le monologue de l’ivrogne sur une scène de théâtre – ou ces numéros fétichistes excessifs – notamment une scène SM pseudo-gothique à faire pâlir Jess Franco lui-même. Ces polissonneries à répétition empêchent The Curse of Her Flesh d’atteindre la folie horrifique d’un Abominable docteur Phibes ou d’un Crime au musée des horreurs, dont le film de Findlay possède pourtant le potentiel. « Ne réalises-tu pas que je rends un service à cette ville en la débarrassant de cette écume nacrée ? » s’exclame d’ailleurs le super-vilain exalté face à un policier qui le soupçonne. Le film se distingue de son prédécesseur par des moyens manifestement plus importants. L’amélioration la plus importante, par rapport à The Touch of Her Flesh, est une prise de son professionnelle, qui permet aux personnages de dialoguer de manière plus concluante. On note aussi une certaine audace dans la mise en scène, notamment lors d’un affrontement final entre le tueur et l’homme qu’il juge responsable de tous ses malheurs, embarqués à l’arrière d’un camion qui fonce dans les rues de New York. Un troisième volet étant d’ores et déjà en préparation, le générique de fin nous annonce la couleur avec emphase : « Cela mettra-t-il fin à la carrière sanglante de Richard Jennings ? Sa soif de sang de jeunes filles nues a-t-elle été assouvie ? Ne manquez pas The Kiss of Her Flesh, bientôt à l’affiche de ce cinéma ! »

 

© Gilles Penso

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FLUSH (2025)

Menacé par des trafiquants de drogue, un homme se retrouve la tête coincée dans les toilettes d’un bar sordide et lutte pour sa survie !

FLUSH

 

2025 – FRANCE / UK

 

Réalisé par Gregory Morin

 

Avec Jonathan Lambert, Elodie Navarre, Elliot Jenicot, Remy Adriaens, Christophe Bier, Vincent Bekaert, Lena Kovski

 

THEMA TUEURS

Gregory Morin n’est pas un inconnu. Ses courts-métrages ont retenu l’attention d’un public exigeant dans plusieurs festivals, de Sitges à Tokyo et ont tous été diffusés sur les chaînes hertziennes. Paris by Night of the Living Dead, le dernier, comme son titre l’indique, était un survival façon jeu vidéo où un jeune couple se retrouve acculé dans la capitale infectée de zombies. Il y a donc de quoi être enthousiaste et confiant à l’idée d’aller découvrir le premier long-métrage du réalisateur, même si le sujet laisse pantois. En effet, l’action se déroule dans le décor unique de toilettes à la turque, et le héros, pensant doubler un dealer, s’y retrouve la tête coincée dans la cuvette ! Ce pitch improbable évoque les courts-métrages trashs de Stéphane Ambiel ou ceux des débuts de son mentor John Waters, et on se prépare à voir un film conceptuel et grand guignolesque, tout plutôt qu’une comédie dramatique qui tient en haleine. Pourtant, ce qui va se jouer à l’écran est bien au-delà de toute attente. « C’est un film autoproduit à 100%, d’abord avec des amis autour de moi, et par extension, par la suite, avec des amis d’amis », raconte Gregory Morin. « On a compris que personne ne nous attendait et on a décidé de se lancer seuls avec la volonté de ne pas céder à la facilité, et de s’attacher à faire un bon film malgré les restrictions budgétaires. Ce qui revenait à soigner la cinématographie, la photo, la direction d’acteurs et disposer d’un scénario abouti et d’un super son. On a donc décidé de se lancer dans un film concept et de commencer par trouver une idée de scénario en huis-clos qui marche bien en général dans les films d’horreur et qui ne coûte pas cher : un seul décor, et une action centrée sur un personnage principal.» (1)

David Neiss, scénariste attitré du réalisateur, a fait ses classes comme auteur chez Ubisoft (Rayman, Splinter Cell, XIII, Ghost Recon), et sur le petit écran, notamment sur des séries d’animation (Chasseurs de Dragons, Mission invisible etc.), des épisodes de séries ou des téléfilms. Il signe ici une histoire à suspense exaltante parfaitement écrite et construite, qui tient en haleine le spectateur tout au long du métrage. Les personnages se dévoilent au fur et à mesure et suscitent un intérêt constant sans pour autant plonger « tête baissée » (sans jeu de mots) dans un grotesque ou une caricature attendue. En effet, Luc et son ex-compagne Val forment un couple pathétique mais qui nous implique dans ce concours de circonstances qui va étrangement et momentanément les rapprocher pour le pire. Si le comique de situation est omniprésent, il n’efface jamais la dimension dramatique du récit. Au contraire, le personnage de Luc suscite notre empathie, et sa sincérité finit même par nous émouvoir au premier degré.

Flush Dance

« On avait déjà adopté, avec David, ce mélange d’horreur et d’humour il y a quelques années dans un court-métrage antérieur : Dernier cri avec Joe Prestia et Pierre Bellemare », explique Grégory Morin. « C’est un ton que l’on aimait beaucoup mais qui est un peu compliqué et avec lequel il faut faire attention si on veut bien l’employer. Mais lorsqu’il fonctionne, il porte vraiment ses fruits. Comme on est fans tous les deux de films d’horreur, on avait comme référence Le Loup-garou de Londres. C’est le genre de film où l’équilibre est vraiment intéressant. » (2) Jonathan Lambert interprète le rôle principal avec comme partenaire « de crime » Elodie Navarre dont le jeu vient rajouter du burlesque à une situation des plus cocasses. L’entrée en scène de deux acolytes, Elliot Jenicot dans le rôle de Sam et Remy Adriaens dans le rôle de Dindon, va donner à l’action une tournure dangereusement irrémédiable qui va évoluer vers une ultra violence tarantinoesque. A noter le travail sur les effets spéciaux de maquillage, réalisés de mains de maîtres par deux des grands talents contemporains des SFX en direct : Jacques-Olivier Molon et David Scherer. Pour finir, la bande originale et l’ambiance sonore de Mike Theis et Luc Rougy permettent d’harmoniser et de rendre crédible l’entièreté de ce petit chef-d’œuvre qui, en évitant tout effet poussif, propulse le cinéaste français dans la cour des grands.

 

(1) et (2) Extraits d’une interview réalisée par Quélou Parente en septembre 2025 pour L’Écran fantastique

 

@Quélou Parente

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STANLEY ET SON DRAGON (1994)

Un étudiant américain trouve l’œuf d’une créature mythique dans une grotte britannique et tente de garder cette découverte secrète…

STANLEY’S DRAGON

 

1994 – GB

 

Réalisé par Gerry Poulson

 

Avec Judd Trichter, Mia Fothergill, Milton Johns, Paul Venables, Jeremy Nicholas, Carol MacReady, Peter Cellier, David Roper, David Ellison, Valerie Minifie

 

THEMA CONTES I DRAGONS

Stanley et son dragon est au départ une mini-série écrite par Richard Carpenter et réalisé par Gerry Poulson, deux spécialistes des programmes pour la jeunesse qui avaient déjà travaillé ensemble sur les séries TV Prince noir et Dick le rebelle. Entièrement financée au Royaume-Uni, la production dispose d’un budget d’un million de livres sterling. Le tournage investit plusieurs décors britanniques, de Nottingham au Jardin botanique de Birmingham en passant par le zoo de Twycross et Black Rocks. Il s’achève à la fin de l’année 1993, quelques mois avant la diffusion de la série sur la chaîne ITV. Le principal défi de Stanley et son dragon consiste à donner corps à son monstre vedette. Trois modèles grandeur nature sont donc conçus par l’équipe de Bob Keen (L’Histoire sans fin, Krull, Cabal), mobilisant vingt-cinq personnes pendant douze semaines. La plus imposante des trois marionnettes atteint près de dix mètres de long. Elle est dotée d’une tête et d’un visage articulés et peut même cracher du feu. Ces créations mécaniques doivent accompagner les différentes étapes de la croissance du dragon au fil du récit. Leur conception constitue donc un élément essentiel de la production, qui mise sur des effets pratiques ambitieux malgré un budget limité. Stanley et son dragon débarque finalement sur ITV le 7 avril 1994. La série est diffusée sous la forme de quatre épisodes de vingt-cinq minutes, qui seront ensuite remontés pour constituer un long-métrage destiné à l’exploitation vidéo. C’est dans ce format que l’aventure de Stanley et de son dragon sera principalement diffusée par la suite.

Dans l’Angleterre contemporaine, Stanley (Judd Trichter), un étudiant américain en plein programme d’échange, se retrouve séparé de ses camarades lors d’une excursion dans une grotte. Au cours de ses recherches, il découvre une étrange pierre qu’il décide de rapporter chez lui avec son amie Rosie (Mia Fothergill). En la nettoyant, les deux adolescents comprennent qu’il ne s’agit pas d’une pierre, mais d’un œuf. Daterait-il de l’époque des dinosaures ? Lorsque la coquille se brise, elle laisse apparaître un dragon. Stanley et Rosie baptisent leur nouveau compagnon Olly. Encore minuscule, la jeune créature se révèle gourmande, joueuse et particulièrement turbulente. Mais sa croissance rapide complique bientôt la tâche des deux enfants, qui peinent à dissimuler son existence. Le secret finit par être découvert et les autorités locales interviennent. Considéré comme un animal dangereux et surtout comme une curiosité exceptionnelle, Olly est capturé puis placé dans un zoo. Pour Stanley, cette décision est inacceptable. Il soupçonne en effet qu’Olly pourrait être le dernier représentant de son espèce. Il va donc tout mettre en œuvre pour libérer son compagnon…

Mon ami Olly

L’ombre d’E.T. plane lourdement sur Stanley et son dragon. On y retrouve le gamin qui découvre une créature extraordinaire, s’y attache et doit la protéger d’adultes qui cherchent à la capturer. Le film n’évite donc pas les ressorts classiques du cinéma fantastique familial, ni quelques gags prévisibles, voire éléphantesques, mais il bénéficie d’un rythme efficace qui lui permet de progresser sans véritable temps mort. Son principal intérêt réside dans l’évolution d’Olly. Car à mesure que le dragon grandit, les effets spéciaux changent d’échelle. Le problème, c’est que les marionnettes manquent singulièrement de réalisme, souvent entravées dans leurs mouvements par des mécanismes limités. La petitesse du budget est manifestement en cause, dans la mesure où le travail de Bob Keen est habituellement de très haute tenue. Stanley et son dragon souffre aussi inévitablement de « l’effet Jurassic Park », le blockbuster de Spielberg ayant soudain donné un coup de vieux à tous les grands monstres old school. Le jeune Judd Trichter compense en partie ces faiblesses par son enthousiasme et son énergie, le film trouvant ses meilleurs moments dans les séquences de complicité entre Stanley et Olly. Ce conte moral simple mais efficace sera nommé aux BAFTA TV Awards dans la catégorie du meilleur programme pour enfants. Dans un registre similaire, on préfèrera sans doute Le Château du petit dragon de Ted Nicolaou, une production Charles Band qui sollicite aussi des marionnettes mais aussi quelques jolis plans en stop-motion animés par plusieurs ténors de la discipline.

 

© Gilles Penso

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ADÈLE N’A PAS ENCORE DÎNÉ (1978)

Un célèbre détective privé new-yorkais part en mission à Prague pour s’opposer à un savant fou qui possède une redoutable plante carnivore…

ADÉLA JESTE NEVERCERELA

 

1978 – TCHECOSLOVAQUIE

 

Réalisé par Oldrich Lipsky

 

Avec Michael Docolomansky, Rudolf Hrusinsky, Milos Kopecky, Vaclav Lohnisky, Ladislav Pesek, Nad’a Konvalinkova, Kveta Fialova, Martin Ruzek, Olga Schoberova

 

THEMA VÉGÉTAUX

Au cours de sa longue et prolifique carrière, le réalisateur tchèque Oldrich Lipsky aura eu plusieurs fois l’occasion de se frotter à l’exercice de la parodie. La première fois, ce fut en 1964 avec le western comique Joe Limonade. Douze ans plus tard, il s’attaquait au délirant film de détective Adèle n’a pas encore dîné. Puis il enchaînait en 1981 avec la fable gothique Le Château des Carpathes. Souvent appréhendés comme les trois volets d’une trilogie, ces pastiches n’ont pourtant aucun lien direct, si ce n’est leur tonalité burlesque et la présence de nombreux acteurs et techniciens en commun. Dans le cas de Adèle n’a pas encore dîné, Lipsky et son coscénariste Jiri Brdecka tirent leur inspiration du personnage de Nick Carter, héros de récits rocambolesques inventé en 1886 par l’écrivain John R. Coryell. Ce justicier très sérieux, qui apparut dans plusieurs feuilletons radiophoniques et une poignée de films (dont l’un signé Jacques Tourneur en 1939), se transforme ici en clown blanc, ne perdant jamais son flegme ni son premier degré malgré l’avalanche de gags absurdes qui sèment son parcours. Le rôle est confié à Michal Dočolomanský, un acteur polonais au charisme impeccable mais qui se révèle incapable de parler tchèque sans un fort accent slovaque. Il est donc doublé dans la version originale du film par František Němec.

L’intrigue se situe au tournant du 19ème et du 20ème siècle. Nick Carter nous apparaît dans son bureau newyorkais où, dès le prologue, il se débarrasse de trois tueurs qui pénètrent chez lui sans se lever de son siège. Le ton est donné, quelque part à mi-chemin entre Blake Edwards et Mel Brooks. La comtesse Thun (Kveta Fialova) le contacte alors et lui demande de se rendre à Prague afin de laider à résoudre l’étrange disparition de son chien Gert. Face au caractère très mystérieux de cette affaire, Carter accepte. Sur place, il est secondé par le commissaire Ledvina (Rudolf Hrusinsky), beaucoup plus préoccupé par la quantité de saucisses qu’il ingurgite que par l’avancée de l’enquête. Le coupable va s’avérer être le baron Von Kratzmar (Milos Kopecky), alias « le jardinier », un botaniste fou qui possède Adèle, une plante carnivore à l’appétit insatiable. Dès qu’il fait jouer sur son gramophone la berceuse Schlafe, mein Prinzchen de Bernhard Flies, Adèle ouvre grand sa gueule végétale, prête à engloutir tous ceux qui passent à sa portée. Or Von Kratzmar entend bien se venger de Nick Carter en le livrant à la gloutonnerie de sa plante anthropophage…

Jardin secret

Les moyens conséquents déployés pour les besoins du film nous sautent tout de suite aux yeux : grosse reconstitution historique avec figurants costumés, train à vapeur, rues peuplées de voitures avec cochers et de chevaux… Sorte d’Inspecteur Gadget à l’ancienne, Nick Carter est ici équipé d’un attirail très varié qui lui permet de déjouer ses ennemis sans jamais se départir de sa désinvolture : chapeau truffé de pièges, pistolets cachés sous les aisselles, cigare explosif, chaussures ventouses, fusil solaire, armure qui le transforme en « homme-hélicoptère », plus toutes sortes d’accessoires excentriques pour communiquer à distance ou détecter la présence de bombes. Et il faut voir sa méthode particulièrement farfelue pour créer un masque à son effigie afin que le commissaire Ledvina se fasse passer pour lui ! Ou encore sa manière de bondir de toit en toit dans une tenue invraisemblable qui fait de lui un émule bizarre de Fantomas. Les passages les plus follement poétiques du film sont conçus avec l’aide du savoir-faire de l’artiste surréaliste tchèque Jan Švankmajer, auteur d’un Alice mémorable. En plus de contribuer aux gadgets de Carter, il réalise une savoureuse séquence en dessin animé qui raconte les origines du super-vilain, initié au pouvoir de la plante carnivore par des Indiens d’Amazonie, puis devenu spécialiste de la culture de plantes mutantes afin de pouvoir multiplier ses forfaits (lianes grimpantes pour cambrioler les immeubles, épines empoisonnées pour faire succomber les dames de la haute société) avant d’être laissé pour mort dans un marécage. Švankmajer conçoit aussi tous les plans en stop-motion qui permettent de donner vie à Adèle et de visualiser sa gloutonnerie sans limite. Follement inventif, bourré de rebondissements dignes d’un sérial – avec une invraisemblable poursuite aérienne en guise de climax – , Adèle n’a pas encore dîné est un véritable régal qu’il convient de redécouvrir toutes affaires cessantes. En 2008, une adaptation sous forme de comédie musicale sera montée sur les planches du Broadway Theatre de Prague.

 

© Gilles Penso

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THE TOUCH OF HER FLESH (1967)

Depuis qu’il a découvert que son épouse le trompait, un homme frappé de folie meurtrière décide d’assassiner les femmes aux mœurs légères…

 THE TOUCH OF HER FLESH

1967 – USA

Réalisé par Michael Findlay

Avec Suzanne Marre, Angelique Pettyjohn, Michael Findlay, Vivian Del Rio, Peggy Steffans, Ron Scardera, Rit Dexter, Roberta Findlay, Sally Farb 

THEMA TUEURS I SAGA FLESH

Figures clé du cinéma underground de la fin des années 1960 jusqu’au milieu des années 1970, le réalisateur Michael Findlay et son épouse Roberta, habitués aux budgets étriqués qui les poussent à cumuler à eux deux la grande majorité des postes-clés de leurs films, démarrent leur carrière suite à une discussion avec leur ami George Weiss. Producteur de l’inénarrable Glen or Glenda de Ed Wood, il leur vante les mérites de la « sexploitation » : un sous-genre qui coûte peu et rapporte souvent beaucoup. Son principe ? Mêler l’érotisme le plus suggestif et la violence crue, au sein de scénarios filiformes empruntant leurs codes aux thrillers et aux films d’horreur. Les Findlay se lancent en 1964 avec Body of a Female, l’histoire d’un psychopathe qui retient plusieurs femmes prisonnières. Sur leur lancée, ils enchaînent en 1965 avec The Sin Syndicate et Satan’s Bed (dans lequel joue une jeune Yoko Ono pas encore égérie de John Lennon), puis avec Take Me Naked en 1966. Si leurs films restent alors très confidentiels, ils vont accéder à une notoriété un peu plus importante grâce au premier volet de ce qui se transformera en trilogie : The Touch of Her Flesh (dont le titre pourrait se traduire par « Le contact de sa chair »). Michael Findlay coproduit, écrit, réalise, monte, joue le premier rôle, tandis que Roberta produit avec lui, assure les prises de vues, l’éclairage, la musique et prête même son corps à une série de vignettes érotiques.

The Touch of Her Flesh raconte l’histoire de Richard Jennings (Michael Findlay, sous le pseudonyme de Robert West), un grand spécialiste des armes en tous genres auxquelles il a consacré plusieurs ouvrages. Un matin, il quitte son épouse Claudia (Angelique Pettyjohn) pour s’en aller participer à une conférence. Mais sur le chemin, il constate qu’il lui manque un document important et rebrousse chemin. Là, il découvre l’impensable : sa chère et tendre le trompe avec un type qui la couvre de caresses et de baisers. N’en croyant pas ses yeux, notre brave homme quitte le domicile en courant comme un fou, traverse les rues de la ville et tombe sous les roues d’une voiture. Il s’en sort mal en point mais vivant. Ses jambes endolories le condamnent à rester pendant quelques temps sur un fauteuil roulant, tandis que l’accident l’a privé d’un œil. Pendant sa convalescence, Richard développe une haine croissante non seulement envers son épouse mais aussi contre toutes les femmes au mœurs légères. Une fois sorti de l’hôpital, il se lance dans une série de meurtres, assassinant des prostituées et des strip-teaseuses à l’aide d’une variété d’instruments insolites, notamment des épines de rose empoisonnées, une fléchette tirée par une sarbacane, un cimeterre acéré et une scie circulaire…

Œil pour œil

Le scénario de The Touch of Her Flesh semble préfigurer ceux des slashers qui fleuriront sur les écrans du monde entier au cours de la décennie suivante. Nous avons en effet affaire à un tueur psychopathe qui rivalise d’inventivité pour massacrer les jeunes femmes délurées responsables selon lui de tous les maux du monde. Le look de l’assassin, cloué sur un fauteuil roulant, un bandeau sur l’œil, lui donne d’ailleurs les allures d’une sorte de super-vilain revanchard. Mais si ce récit se rattache ouvertement au genre horrifique, le but premier de Michael Findlay est d’enchaîner les séquences de nudité féminine pour attirer le public friand de ce type de gauloiseries. Le générique de début annonce d’ailleurs la couleur, variante olé-olé de ceux des James Bond dans lequel les textes sont projetés sur le corps entièrement nu d’une jeune femme (en l’occurrence Roberta Findlay). Si les meurtres s’enchaînent avec régularité, ce sont les longues scènes de strip-tease qui occupent la grande majorité du métrage. Aucune prise de son directe n’ayant été effectuée pendant le tournage, les dialogues sont principalement prononcés hors-champ, dotant le film d’un caractère semi-amateur renforcé par le jeu très approximatif des comédiens et le montage pétri de maladresses. The Touch of Her Flesh connaîtra tout de même un succès très honorable, entraînant la mise en production de deux suites : The Curse of Her Flesh et The Kiss of Her Flesh, toutes deux sorties en 1968.

© Gilles Penso

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