

Un jeune couple emménage dans un quartier tranquille de la banlieue californienne, mais l’un des voisins s’apprête à transformer leur vie en cauchemar…
DEADLY END / NEIGHBORHOOD WATCH
2005 – USA
Réalisé par Graeme Whifler
Avec Jack Huston, Pell James, Nick Searcy, Terry Becker, Anina Lincoln, Meredith Morton, John Ennis, De Anna Joy Brooks, Irwin Keyes, Randall Bosley, Gil Glasgow
THEMA TUEURS I SAGA CHARLES BAND
Artiste atypique aux goûts singuliers, le scénariste et réalisateur Graeme Whifler réalise un certain nombre de clips musicaux bizarres dans les années 80, avant de tenter sa chance à Hollywood en écrivant les scénarios de Sonny Boy et Docteur Rictus. Puis il décide franchir le pas et de diriger son premier long-métrage avec Neighborhood Watch. « C’était inspiré de deux histoires vraies », raconte-t-il. « Dans les deux cas, des personnes souffrant de troubles mentaux graves ont discrètement commis des actes pervers et répugnants avant d’être arrêtées. J’ai fusionné ces deux cas pathologiques en un seul personnage nommé Adrien, qui déborde d’obsessions, de compulsions et de conflits. Je l’ai placé dans un quartier de banlieue et lui ai donné un jeune couple sympathique sur lequel il pouvait se focaliser. À partir de là, le scénario s’est plus ou moins écrit tout seul. » (1) Cette histoire malsaine a du mal à trouver preneur, jusqu’à ce que Jeff Kirshbaum, un ami de Whifler, accepte de le produire. Tourné dans la périphérie de Victorville, en Californie, le film bénéficie de quelques talents inattendus pour ce type de production, notamment le directeur de la photographie Bernd Heinl (Bagdad Café) et le monteur David Rawlins (La Fièvre du samedi soir). Une fois terminé, le film fait la tournée des festivals mais effraie les distributeurs. C’est grâce au réalisateur Stuart Gordon (Re-Animator), enthousiasmé par le visionnage du film, que Whifler et Kirshbaum rencontrent Charles Band, qui accepte de distribuer directement en vidéo Neighborhood Watch sous un autre titre : Deadly End.


Bob Petersen (Jack Huston, le petit-fils de John) et sa femme Wendy (Pell James, vue dans Zodiac) viennent d’emménager dans le quartier californien apparemment simple et banal de Wormwood Drive. Certes, l’environnement immédiat n’est pas particulièrement engageant (des pancartes « ne pas entrer » placardées devant une maison barricadée, des appareils électroménagers abandonnés dans un jardin), mais pour le démarrage dans la vie de ce jeune couple éperdument amoureux, ça semble tout à fait suffisant. Bob commence son nouveau travail chez Zeecor, une grande entreprise industrielle, tandis que Wendy s’occupe de déballer les cartons et de commencer à peindre les murs de leur nouvelle maison en attendant de pouvoir trouver elle-même un job dans le coin. Mais bientôt, la jeune femme est troublée par le comportement très étrange des voisins, notamment d’Adrien Trumbull (Nick Searcy), un homme solitaire qui tient absolument à leur offrir des cadeaux de bienvenue mais qui cache derrière son sourire accueillant une sombre obsession pour le poison et l’automutilation…
Les banlieusards
C’est par petites touches insolites et insidieuses que Deadly End instille le malaise auprès des spectateurs : le regard libidineux d’un employé du gaz, l’attitude aliénée d’un couple de vieux voisins muets, le cadavre d’un animal grouillant de vermine qui traîne sous l’évier, des arbres foudroyés qui écrasent des maisons devenues désertes… Mais l’angoisse monte sérieusement d’un cran lorsque la caméra s’attarde sur Adrien Trumbull, le sociopathe qui s’est mis en tête de « purifier » son entourage immédiat. Reclus dans une bicoque insalubre qu’on imagine nauséabonde, caché derrière des coupures de journaux qui oblitèrent ses fenêtres, abruti par l’écoute en boucle d’une émission radiophonique religieuse, il ne nous illusionne pas longtemps avec ses faux airs affables. Lorsque nous le découvrons en train d’enfoncer son doigt dans une plaie béante ouverte dans son abdomen tout en se repassant l’enregistrement audio des exultations de Bob et Wendy en train de faire l’amour, nous comprenons que Deadly End n’entend pas se réfréner sur sa description des pires travers de cet homme passablement dérangé. Et de fait, rien ne nous est épargné lorsqu’il s’agit de montrer les conséquences des actes malfaisants de ce voisin épouvantable, des pustules envahissants aux jets de vomi à répétition en passant par les effets d’une diarrhée incontrôlable ! Le point de non-retour est cependant atteint lors du dernier acte, qui bascule dans le gore chirurgical le plus extrême via d’impressionnant effets spéciaux de maquillage signés Leonard MacDonald (L’Emprise des ténèbres, Flic ou zombie, Innocent Blood). Le film souffre de son manque évident de moyen, mais sa radicalité surprend agréablement. Graeme Whifler ne transformera pourtant pas l’essai et s’en tiendra à cet unique long-métrage.
(1) Propos extraits du livre It Came From the Video Aisle ! (2017)
© Gilles Penso
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