

Les Dents de la mer cartonne au box-office ? Aussitôt, le producteur/réalisateur Ovidio G. Assonitis lance une pieuvre géante sur les écrans…
TENTACOLI / TENTACLES
1977 – ITALIE
Réalisé par Ovidio G. Assonitis
Avec Bo Hopkins, John Huston, Shelley Winters, Henry Fonda, Dellia Boccardo, Cesare Danova, Alan Boyd, Sherry Buchanan, Franco Diogene, Claude Akins
THEMA MONSTRES MARINS
En 1977, dans le sillage du raz-de-marée provoqué par Les Dents de la mer, un étrange monstre marin surgit à son tour des profondeurs dans Tentacules. Derrière cette production aux allures hollywoodiennes se cache un projet 100% italien. Produit et réalisé par Ovidio G. Assonitis – qui signe ici sous le pseudonyme d’Oliver Hellman – le film est entièrement tourné en Californie. Si les seconds rôles sont en majorité campés par des acteurs transalpins, les têtes d’affiche, elles, sont bien américaines. Le premier choix d’Assonitis, John Wayne, accepte le rôle principal, avant que le cinéaste ne découvre que l’acteur, très affaibli, est incapable de tourner. Il se rabat alors sur Henry Fonda, qui, victime d’une crise cardiaque, se voit relégué au second plan dans un rôle statique — celui d’un businessman grognon, filmé en gros plan, la plupart du temps au téléphone. C’est finalement à John Huston (qui dirigea lui-même un mythique monstre marin dans Moby Dick) qu’est confié le rôle du journaliste en quête de vérité. À ses côtés s’agite un casting hétéroclite : Shelley Winters (qui faisait déjà le grand plongeon dans L’Aventure du Poséidon) en improbable mère sexagénaire d’un enfant en bas âge, Claude Akins en shérif dur à cuire, et Bo Hopkins en océanographe qui murmure à l’oreille des orques.


À Solana Beach, paisible station balnéaire californienne, l’été vire au cauchemar lorsque des cadavres atrocement mutilés sont retrouvés. Peau arrachée, os rongés jusqu’à la moelle : un véritable carnage. Le shérif local est dépassé et les autorités pataugent. Seul Ned Turner, journaliste pugnace, flaire une piste : la société Trojan, en plein chantier sous-marin pour la construction d’un tunnel, pourrait être liée à ces drames. Mais son patron, le glacial M. Whitehead, nie en bloc et tente de le faire taire. Alors que les morts s’accumulent, Turner fait appel à Will Gleason, océanographe réputé et dresseur d’orques. Sceptique au départ, Gleason change de ton lorsque deux de ses plongeurs disparaissent à leur tour. En analysant les données, il découvre que les forages de Trojan utilisent des ultrasons d’une intensité démesurée, perturbant gravement l’écosystème marin. Ces ondes ont réveillé une pieuvre gigantesque. Pendant ce temps, la foule se presse pour assister à une grande course de bateaux pour enfants… sans savoir que, sous la surface, un monstre tentaculaire les guette.
« Il s’agit d’un monstre diabolique ! »
Au début, on a encore envie d’accorder le bénéfice du doute à Assonitis. Certes, Les Dents de la mer est pillé en long et en large (les vues subjectives de la bête, le surgissement en gros plan de la tête énuclée d’un pêcheur) et les dialogues donnent parfois dans la grandiloquence risible (« Croyez-moi, il s’agit d’un monstre sans aucun doute, un monstre diabolique » lance ainsi John Houston dans un élan lyrique). Mais quelques idées de mise en scène intéressantes surnagent, comme la disparition du bébé sous nos yeux, escamotée par le passage des véhicules sur la route, ou le motif de cinq notes au clavecin qu’utilise le compositeur Stelvio Cipriani pour évoquer la présence de la bête. On note aussi cette double scène d’attaque en mer qui s’efforce audacieusement d’assembler les images d’une pieuvre réelle, de faux tentacules grandeur nature, de rétro-projections et de maquettes. Mais à mi-parcours, Tentacules s’enfonce dans la nanardise pour ne plus jamais en ressortir. La séquence de panique pendant la course de bateau – qu’on imaginait être le moment le plus fort du film – est filmée et montée n’importe comment, envahie par une insupportable musique symphonico-disco kitsch et truffée de choix de montage incompréhensibles (coupure du son pendant les dialogues, arrêts sur image en pleine action), tandis qu’une tête en plastique censée représenter le monstre glisse dans l’eau et que la pieuvre rugit de colère ! Le climax s’enfonce d’avantage, porté par une partition de péplum complètement hors-sujet (avec trompettes et chœurs), et précédé par une séquence de dialogue invraisemblable au cours de laquelle l’océanographe vedette demande à ses orques d’avoir la gentillesse de tuer le monstre !
© Gilles Penso
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