WICKED LAKE (2008)

Quatre jeunes femmes partent en week-end dans une cabane près d’un lac où des hommes lubriques les agressent, jusqu’à ce que la menace s’inverse…

WICKED LAKE

2008 – USA

Réalisé par Zach Passero

Avec Carlene Baker, Eryn Joslyn, Eve Mauro, Robin Sydney, Michael Esparza, J.D. Brown, Will Keenan, Tim Thomerson, Angela Bettis, Marc Senter, Luke Y. Thompson

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I CANNIBALES

Wicked Lake ayant été sélectionné dans plusieurs festivals internationaux et s’étant vu doter d’une belle édition en DVD et en Blu-Ray, nous étions légitimement prêts à découvrir une œuvre intéressante et singulière. Rien ne nous préparait donc à l’impensable désastre artistique que représente cette série Z bâclée avec un budget quasi-inexistant par le réalisateur Zach Passero, surtout connu pour ses activités de monteur sur des films aussi variés que The Woman, Ghoul, Tales of Halloween ou L’Homme qui a tué Hitler et puis le Bigfoot. Le premier plan du film annonce la couleur. Ilene, une jeune femme incarnée par Robin Sydney, habituée des productions Charles Band (les sagas Evil Bong, et Gingerdead Man), y pose entièrement nue pour les besoins d’un cours de dessin. Tandis que la caméra s’attarde plus que de raison sur chaque détail de son anatomie, l’un des élèves, Caleb (Marc Senter), habillé comme Prince et agité de tremblements compulsifs, s’active sur sa planche à dessin en imaginant que la jeune femme se caresse langoureusement en lui adressant des messages salaces. Puis il la suit à la sortie du cours, la démarche claudicante, le phrasé saccadé, la raccompagne chez elle, la supplie pour toucher l’un de ses seins et s’enfuit en courant quand il constate qu’elle partage son appartement avec trois girondes colocataires.

Lorsque nous nous retrouvons en présence de la famille de Caleb, des rednecks dégénérés et hystériques, nous comprenons définitivement que la finesse ne sera pas de mise et que Wicked Lake sera un film sans queue ni tête. La séquence suivante, d’une gratuité qui laisse rêveur, montre Ilene et ses trois amies Jill (Eve Mauro), Helen (Eryn Joslyn) et Mary (Carlee Baker), se complaire dans une grande orgie conçue manifestement pour titiller la libido du public masculin et l’inciter à regarder la suite. Car n’importe quel spectateur normalement constitué pourrait être tenté de lâcher l’affaire. C’est d’un œil très distrait que nous suivons ensuite les quatre jeunes femmes s’embarquer pour un road trip qui les mènera dans une maison au bord d’un lac. Au programme : un week-end de nudisme et de détente. Mais la famille de Caleb les a suivies et entend bien se livrer à quelques viols, tortures et assassinats sur les ingénues. Pour compliquer les choses, un duo de ploucs échappés de la station-service du coin décide de se mêler à la fête. Comme si ça ne suffisait pas, deux flics sont également sur les traces de nos protagonistes…

Les sorcières cannibales

Le film semble donc vouloir prendre la forme d’une variante de I Spit on Your Grave qui multiplierait par quatre le nombre des victimes. Mais le scénario nous apprend qu’à minuit, les jeunes femmes révèleront leur vraie nature et pourront retourner la situation. Ce sont en effet de redoutables créatures soudain dotées d’immortalité et d’un appétit anthropophage insatiable. S’agit-il de sorcières, comme le suggèrent les dialogues (« nous ne voyageons pas sur des balais, nous préférons les voitures »), de cannibales ou de vampires ? Nous ne le saurons jamais vraiment, et après tout qu’importe. À ce stade, l’amateur de gore a droit à quelques excès amusants et à une poignée de séquences outrancières (les furies qui aspirent le cerveau d’une de leur victime avec une paille ou qui font cuire la tête coupée d’un autre dans un four à micro-ondes, le malheureux Caleb qui se retrouve cloué contre la porte et n’en finit plus d’agoniser) mais c’est bien maigre pour justifier ne serait-ce que l’existence d’un tel nanar. Extrêmement mal joué (les femmes multiplient les éclats de rire forcés, les hommes grognent comme des bêtes lubriques), filmé n’importe comment, monté en dépit du bon sens, Wicked Lake traîne en longueur et ne va nulle part. En guest-stars, nous apercevons Tim Thomerson, lui aussi familier des films de Charles Band (Zone Troopers, Dollman, Future Cop) et Angela Bettis (May, Carrie), sans que leur présence n’apporte la moindre plus-value à ce film calamiteux.

© Gilles Penso

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HELL HOUSE LLC ORIGINS – THE CARMICHAEL MANOR (2023)

Dans ce quatrième opus, l’action change de décor pour s’installer dans un grand manoir hanté où deux jeunes femmes mènent l’enquête…

HELL HOUSE LLC ORIGINS – THE CARMICHAEL MANOR

2023 – USA

Réalisé par Stephen Cognetti

Avec Bridget Rose Perrotta, Destiny Leilani Brown, James Liddell, Gideon Berger, Cayla Berejikian, Victoria Andrunik, Darin F. Earl II, Searra Sawka, Thomas J. Cipriano

THEMA FANTÔMES I CLOWNS I SAGA HELL HOUSE

Les trois premiers volets de la saga Hell House constituaient une trilogie cohérente qui n’appelait aucune suite particulière. Mais le succès de la franchise sur les plateformes de streaming titille son créateur Stephen Cognetti, qui se demande s’il n’y aurait pas moyen de la relancer en variant les plaisirs. Problème : comment éviter les redites et la lassitude des spectateurs ? Pour y parvenir, Cognetti décide de changer de décor en mettant en scène une maison hantée complètement différente. Il se met également en tête de faire passer sur le devant de la scène le clown macabre qui, jusqu’alors, se contentait de faire de la figuration en arrière-plan. « Je ne me suis pas facilité la tâche en appelant ce film The Carmichael Manor, parce que maintenant il fallait que je trouve un véritable manoir », raconte-t-il. « J’ai commencé à écrire le script en mars 2022 et, dès l’automne/hiver 2022, j’ai estimé que j’avais un premier jet suffisamment abouti pour pouvoir attaquer à la fois le casting et la recherche de lieux de tournage. J’ai donc commencé à chercher frénétiquement partout près de New York. En janvier 2023, je suis tombé sur un magnifique manoir qui semblait trop parfait pour être vrai, et le mieux dans tout ça, c’est qu’il se trouvait à deux pas de chez moi, près de Scranton, en Pennsylvanie. » (1) Hell House LLC Origins est donc tourné dans le domaine de Fern Hall, une grande maison construite en 1916 et située au milieu de 100 hectares de forêt.

C’est un nouveau faux documentaire qui sert de structure narrative à ce quatrième Hell House. Nous y apprenons qu’un jour d’octobre 1989, la police découvrit les cadavres horriblement mutilés d’Eleanor Carmichael et de sa fille Catherine dans leur manoir isolé au milieu des bois, loin de la civilisation. Suspect numéro 1 de ce double homicide, le père de la famille, Arthur, était porté disparu. Peu avant ce massacre, un autre drame avait frappé les Carmichael, puisque les deux autres enfants de la famille, Margaret et Patrick, y furent victime d’un violent accident de voiture. Margaret n’en réchappa pas et son frère, blessé, disparut sans laisser de trace quelques temps plus tard. Bientôt se propagea l’idée que les lieux étaient hantés. Aujourd’hui, deux amies spécialisées dans les investigations sur les lieux de crimes, Margot Bentley (Bridget Rose Perrotta) et Rebecca Vickers (Destiny Leilani Brown), décident de passer quatre nuits dans le manoir Carmichael pour y mener une enquête. Elles sont bientôt rejointes par Chase (James Liddell), le frère de Margot. Mais on retrouve leurs cadavres peu après. Que s’est-il passé sur place? Les vidéos qu’elles ont enregistrées avec leurs caméscopes le révèlent…

La maison du diable

Le changement radical de décor est une excellente idée, permettant à Cognetti de jouer la carte de la nouveauté pour s’efforcer, comme le titre du film l’indique, de nous raconter les origines du mal. Nous nous apprêtons donc à découvrir d’où viennent les clowns, la mélodie obsédante au piano, mais aussi les faits et gestes du sataniste Andrew Tully. Plus l’enquête de Margot et Rebecca avance, plus les liens entre la manoir Carmichael et l’hôtel Abandon se tissent. Plusieurs échos avec Hell House 3 résonnent dans les flash-backs situés en 1989, notamment le personnage de Margaret qui a joué dans une adaptation de Faust et tient un masque semblable à celui que porte le public du spectacle « Insomnia ». Ce quatrième opus multiplie les séquences d’épouvante simples mais efficaces, comme cette ombre indéterminée qui se déplace contre un mur, cette balle qui roule toute seule sur le sol, cette silhouette féminine masquée qui apparaît furtivement au bout d’un couloir, sans compter les mannequins de clowns effrayants qui continuent à apparaître et disparaître subitement. Autres passages mémorables : le cadavre ensanglanté qui occupe soudain un lit que nous avions vu propre quelques seconde plus tôt, ou cette conférence vidéo qui prend une tournure angoissante. The Carmichael Manor est peut-être l’épisode le plus effrayant de la série, parce que ses mécanismes de peur s’appuient sur l’unité de lieu, de temps et de personnages. Là où les trois autres films multipliaient les angles de vue et les médias, celui-ci se concentre majoritairement sur trois protagonistes et un site unique. Dans la foulée de ce volet très réussi, Cognetti prendra le pari d’abandonner les codes du found footage pour un cinquième opus reliant entre eux tous les films de la franchise.

© Gilles Penso

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GIRL IN THE NIGHT (2026)

Le modeste employé d’une supérette est fasciné par une jeune fille taciturne qui passe ses nuits à réparer les injustices. S’agit-il d’une super-héroïne ?

DEKLE NOCI

2026 – SLOVÉNIE

Réalisé par Luka Marcetic

Avec Urban Kuntaric, Lara Wolf, Rok Roudi, Nej Jezernik, Doroteja Nadrah, Maja Sever, Marko Mandir, Nina Valic, Ana Facchini, Niko Zagode

THEMA SUPER-HÉROS

Pour son deuxième long-métrage, le scénariste et réalisateur Luka Marcetic décide de détourner les codes des films de super-héros pour livrer une réflexion douce-amère sur la banalité de la vie moderne, plongeant les individus dans l’anonymat et la solitude, le tout ponctué d’humour pince-sans-rire. Il développe les premières ébauches du scénario en 2017, bien conscient qu’il va lui falloir réfréner ses ambitions s’il veut pouvoir concrétiser un tel projet. « Nous vivons en Slovénie », explique-t-il. « C’est un tout petit pays qui ne dispose pas d’un budget très important pour le cinéma. Quand j’ai eu l’idée de Girl in the Night, le premier défi a donc été de trouver comment créer un film de super-héros slovène qui soit crédible à l’écran. Au départ, cela semblait presque impossible, c’est pourquoi cette contrainte de production s’est glissée dans l’écriture de mon scénario. » (1) La difficulté finit par se muer en atout, puisque la sobriété et le minimalisme deviennent les maîtres-mots du film et participent grandement à sa personnalité. Les scènes d’action suivent la même logique. « Elles sont souvent cadrées en plan fixe et en ombres chinoises », commente Marcetic. « Il y a deux raisons à ça : d’une part, j’aime beaucoup regarder les scènes d’action d’un film de manière statique, sans caméra tremblante ni autres artifices. Et d’autre part, j’apprécie particulièrement les silhouettes. » (2) Le réalisateur et sa petite équipe emballent Girl in the Night avec un budget très restreint, tirant partie de la photogénie un peu triste des décors nocturnes des cités slovènes que le directeur de la photographie Lev Predan Kowarsk saisit avec beaucoup d’acuité.

Pour tromper son ennui, Rok (Urban Kuntaric), employé dans une supérette de nuit, vole des tablettes de chocolat, traîne avec son colocataire Kremen (Rok Roudi) et laisse le temps s’écouler sous les néons blafards. Son quotidien monotone bascule lorsqu’une mystérieuse jeune femme (Lara Wolf) fait irruption dans le magasin, le visage couvert de bleus. Insaisissable, elle ne semble vivre que la nuit et prétend posséder des super-pouvoirs. Est-ce une mythomane ? Toujours est-il qu’elle s’est réellement fixé pour mission de rendre une justice expéditive à ceux qui lui ont fait du tort, ainsi qu’à d’autres victimes du quartier. Fasciné par cette fille dont le comportement échappe à toute logique, Rok cherche un moyen de la revoir. Il décide donc de subtiliser son vélo et de proposer ses services pour l’aider à retrouver le voleur. Le voilà devenu co-équipier de cette « super-héroïne » taciturne qui va lui permettre d’égayer ses nuits mais risque aussi de l’entraîner dans des situations de plus en plus périlleuses…

Le voleur de bicyclette

Cultivant volontairement une atmosphère maussade et tristounette, Girl in the Night aborde frontalement les thèmes de la solitude, de l’ennui et de l’incommunicabilité. Dans ce monde mutique qui semble représenter à petite échelle tous les probe!mes de notre société abrutissante, on se parle par monosyllabes pour échanger des banalités et les silences s’installent pesamment. Girl in the Night met ainsi en scène l’une des soirées d’anniversaire les plus glauques et en même temps les plus touchantes qui soient. C’est là toute l’étrangeté de ce film, sans cesse partagé entre l’humour et  la morosité. Avec sa haute stature et sa mâchoire carrée digne du Schwarzenegger des années 80, Urban Kuntaric campe à merveille cet individu noyé dans la masse et coincé dans une routine sans fantaisie. On comprend forcément son attirance pour cette fille qui semble libre de n’en faire qu’à sa tête. Le duo parfaitement improbable qu’ils forment – elle Batman et lui Robin, en quelque sorte – est d’autant plus grotesque qu’il fait presque deux fois sa taille. Mais c’est lui le passif, l’apathique, et elle la combattante pugnace. Pas facile d’accès, le film de Luka Marcetic prend le risque d’installer la lassitude chez les spectateurs et de les empêcher de s’attacher pleinement à des protagonistes uniformément moroses. Mais il va au bout de sa démarche singulière, bousculant volontairement tous les clichés du genre. Présenté au Fantastic Fest d’Austin, Girl in the Night y remporta le prix du meilleur long métrage.

(1) et (2) Extraits d’une interview publiée sur Eye For Film en septembre 2026

© Gilles Penso

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BREEDER (2026)

Jusqu’où seriez-vous prêt à aller pour faire financer un coûteux projet scientifique qui vous tient particulièrement à cœur ?

BREEDER

2026 – USA / CANADA

Réalisé par Alex Goyette

Avec Daniel Doheny, Dot-Marie Jones, Maddie Phillips, Paige McGarvin, Tanaya Beatty, Carmen Moore, Charlotte Kavanagh, John Murphy, Lilian Doucet-Roche

THEMA TUEURS

Alex Goyette est du genre précoce. À onze ans, il tourne déjà sa propre parodie de Il faut sauver le soldat Ryan. Après des études de cinéma à la California State University de Northridge, il inonde massivement YouTube avec des vidéos humoristiques au succès croissant. Parallèlement, cette star montante des réseaux sociaux multiplie les courts-métrages, les épisodes de séries TV et même un premier long encore confidentiel en 2014, la comédie lycéenne Expelled, preuve d’une boulimie créative en ébullition permanente. Breeder s’inscrit dans cette continuité mais mettra du temps à se concrétiser. Le scénario de ce long-métrage est d’abord pitché en 2019 au Tribeca Creators Market, puis remporte en 2023 le grand prix du concours Cinequest avant d’entrer dans le cercle très fermé de la « Black List » (les scripts les plus prometteurs non encore produits). Le film entre finalement en production en Colombie-Britannique, au Canada, en février 2025, porté notamment par les producteurs Ian Start, Byron Ashley et K. Asher Levin. Homme à tout faire, Goyette en assure l’écriture, la réalisation et le montage. Et c’est logiquement à Tribeca, là où tout a commencé, qu’il est projeté en avant-première mondiale. Dès lors, il fait la tournée des festivals en soulevant beaucoup d’enthousiasme,  grâce à son mélange habile de comédie, de suspense, de satire sociale et d’horreur.

Russell (Daniel Doheny), ancien étudiant du MIT, n’a qu’une obsession : obtenir les fonds nécessaires pour sauver des espèces d’abeilles rares menacées d’extinction. Alors qu’il peine à convaincre les investisseurs du bien-fondé de son projet, une occasion inespérée se présente sous les traits de Patti (Dot-Marie Jones), une éleveuse de caniches qui lui promet un financement conséquent en échange d’un simple dîner. Malgré les réticences de sa fiancée (Tanaya Beatty), qui soupçonne un coup fourré, Russell accepte de la rencontrer, persuadé de tenir enfin sa chance. Mais derrière la façade impeccable de Patti se cache un projet pour le moins dérangeant. Car cette championne des concours canins nourrit une ambition bien plus grande : elle souhaite maintenant appliquer aux êtres humains les méthodes qu’elle a perfectionnées avec ses chiens. Elle accepte donc de financer intégralement le projet de Russell à condition qu’il devienne son nouvel « étalon » et s’accouple avec l’une de ses filles adoptives…

Le chienchien à sa mémère

Avec sa tendance à balader ses spectateurs d’une péripétie à l’autre sans leur laisser le loisir d’imaginer où se dirige cette intrigue tordue, Alex Goyette marche ici sur les traces de Zach Cregger, dont Barbare et Évanouis cultivaient le même goût de la surprise et des ruptures de ton. Drôle, inquiétant, horrifique, tendu et très prenant, Breeder rebondit donc sans cesse, poussant son concept fou jusqu’au bout. Peu à peu, la situation de départ devient insolite, puis suscite le malaise, avant de basculer pleinement dans le cauchemar. Daniel Doheny excelle dans le rôle de cet homme simple et sympathique soumis à l’impensable. Sans cesse confronté à des choix moraux décisifs, il constate bientôt que chacune de ses décision – toutes plus mauvaises les unes que les autres – a des conséquences irréversibles. Mais la vraie révélation est Dot-Marie Jones, une sorte de Michael Rooker au féminin qui nous terrifie à chacune de ses apparitions. La mécanique qui se met en branle évoque celle de Misery, mais le scénario nous emmène ailleurs, plaçant l’eugénisme et ses dérives au centre d’un débat plus large sur la corruption et la gangrène mentale que procure l’appât du gain. Car ce que Breeder dresse, sous ses apparats récréatifs, est le portrait extrêmement cynique d’une société malade où tout peut s’acheter et se vendre, y compris l’intégrité, les valeurs morales et les êtres humains.

© Gilles Penso

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BLOODY MARY 3D (2011)

Ce nanar érotico-sanglant reprend à son compte la légende de la fameuse revenante qui s’attaque ici à une équipe de tournage…

BLOODY MARY

2011 – USA

Réalisé par Charlie Vaughn

Avec Veronica Ricci, Alena Savostikova, Derek Jameson, Bear Badeaux, Shannon Bobo, Michael Simon, Natalie SHaheen, Ryan Barry McCarthy, Genna McCohen

THEMA FANTÔMES

Dans l’imaginaire populaire anglo-saxon, Bloody Mary est une entité surnaturelle que l’on fait surgir en prononçant son nom devant un miroir, généralement au beau milieu d’une pièce plongée dans l’obscurité. Selon les versions, son invocation provoque l’apparition d’un visage terrifiant, d’un spectre ensanglanté ou d’une femme animée par une soif de vengeance. Certains récits prétendent qu’elle s’attaque violemment à ceux qui osent l’appeler, tandis que d’autres lui attribuent le pouvoir de révéler leur avenir. Contrairement aux légendes dont les origines peuvent être rattachées à un récit fondateur clairement identifié, cette « Marie sanglante » ne possède ni version unique, ni origine définitivement établie. Son histoire s’est transmise au fil du temps, évoluant au gré des témoignages, des traditions orales et des interprétations populaires. Le cinéma d’horreur s’en est naturellement emparé pour l’accommoder à toutes les sauces, et force est de constater que le Bloody Mary 3D de Charlie Vaughn est sans doute l’une de ses déclinaisons les plus calamiteuses. Si le nom du réalisateur ne nous dit pas grand-chose, son monteur Mark Polonia est un stakhanoviste spécialisé dans les séries Z fantastico-horrifico-ridicules (il en a monté et/ou réalisé des centaines). Tourné en 3D – sans aucune autre raison qu’un vague argument marketing -, ce nanar de haut vol existe aussi en 2D, les deux versions différant d’une vingtaine de secondes à peine.

Le carton d’introduction nous annonce que nous sommes à Los Angeles en 1904, même si l’image vidéo, les costumes et les décors n’évoquent absolument pas le début du siècle. Aucun effort de direction artistique n’est visiblement fait pour essayer de nous y faire croire un tant soit peu. Les cinq premières minutes du film cherchent ailleurs l’attention du spectateur, s’attardant sur deux demoiselles qui se dénudent et s’accouplent langoureusement en poussant des gémissements. Soudain, le mari évangéliste de Mary Worth, l’une des deux polissonnes, débarque, s’écrie « tu es souillée par le péché ! » et les tue toutes les deux. Les péripéties suivantes restent localisées à Los Angeles mais se déroulent un siècle plus tard. Deux jeunes femmes pénètrent dans les coulisses d’un studio de tournage dans l’espoir d’y rencontrer leur idole, le chanteur Matt Elias. Plus gourde l’une que l’autre, elles décident d’invoquer Bloody Mary pour rire, en prononçant trois fois son nom devant un miroir – façon Candyman ou Beetlejuice. Aussitôt, la revenante apparaît et les zigouille. Peu après débarque sur les lieux une équipe de bras cassée embauchée pour tourner le nouveau vidéoclip du chanteur vedette. Le massacre va donc pouvoir tranquillement continuer…

Vidéoslip

Quand le producteur du clip déclare à la cantonade « nous avons besoin de quelque chose de rapide et de pas cher » pour évoquer ce qu’ils s’apprêtent à tourner, il pourrait tout aussi bien parler du film lui-même. Car tout fait bâclé et amateur dans Bloody Mary 3D : les décors, la photo, le montage, la prise de son, la musique, les acteurs, bref rien ne va. Le réalisateur fait même du remplissage en laissant traîner en longueur des images touristiques de Los Angeles et surtout en nous assénant plusieurs clips du chanteur Matt Elias (joué par Derek Jameson), dont l’un qui dure 3 minutes 30 montre en main ! Bloody Mary, elle, est incarnée par une actrice fort peu pudique (Veronica Ricci) qui avance mollement vers ses victimes sans trop y croire, errant dans des couloirs moches au milieu des pelles, des balais, des radiateurs et des prises électriques. La plupart du temps nue et ensanglantée, elle porte aussi une robe de soirée ou un simple slip, au bon vouloir d’un scénario qui s’improvise manifestement au fur et à mesure. Mal filmés, mal montés et extrêmement mal joués, les meurtres se commettent à mains nues, au couteau, au tournevis ou à la corde de guitare, sans que ni le fan de films d’horreur ni l’amateur de films érotiques n’y trouve son compte. C’est légèrement amusant au second degré, mais pas suffisamment pour justifier le visionnage intégral de cette purge extrêmement facultative.

© Gilles Penso

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BLOODY TENNIS (2026)

Une joueuse de tennis intègre un centre de formation aux règles très strictes qui abrite secrètement d’inquiétantes activités…

BLOODY TENNIS

2026 – ALLEMAGNE

Réalisé par Nikias Chryssos

Avec Sandra Guldberg Camp, Elina Löwensohn, Tracy Gotoas, Lily Taieb, Juliana Vieira-Guerra, Helena Zengel, Lucie Zhang, Vincent Romeo, Zlatko Buric

THEMA CANNIBALES I TUEURS

Le réalisateur allemand Nikias Chryssos aime mettre en scène des microcosmes, comme s’il prenait un malin plaisir à étudier ses protagonistes reclus dans un cercle fermé, tel un entomologiste muni d’une caméra. Après la famille de Der Bunker, la communauté religieuse de The Pure Place et le club techno dans Rave On, place à un centre de formation pour sportives. Notre homme ne connaît pourtant pas grand-chose aux raquettes et aux balles, mais ce sport le fascine. « Ce que je trouve intéressant dans le tennis, c’est qu’il s’agit d’un duel, mais sans contact physique », explique-t-il. « Ce ne sont que deux personnes qui s’affrontent. On ne bénéficie du soutien d’aucun autre coéquipier. De plus, c’est un sport souvent réservé à la classe aisée. Ce n’est pas un sport populaire. Il y a un certain code de conduite, notamment à Wimbledon, où il existe des règles précises concernant la tenue des joueurs, le public qui s’y rend, etc. J’ai pensé qu’il serait intéressant d’envoyer quelqu’un issu d’un milieu différent dans cette académie et dans cet univers-là. » (1) Au début, Chryssos envisage d’exploiter ce sujet à travers une variante du mythe de Frankenstein. Il change finalement son fusil d’épaule pour s’orienter vers le « film de pensionnat », avec en tête quelques fleurons du genre comme Suspiria, Phenomena, La Résidence ou plus récemment The Neon Demon.

Tourné aux îles Canaries (pour les extérieurs) et en Allemagne (pour les intérieurs), Bloody Tennis se déroule dans une région reculée d’Europe. Une prestigieuse académie de tennis y accueille de jeunes joueuses prêtes à tout pour atteindre l’excellence. À sa tête, la directrice Mary (Elina Löwensohn) impose à ses pensionnaires un entraînement aussi impitoyable qu’atypique. Pendant six semaines, elles vont se disputer une opportunité exceptionnelle : remporter le tournoi de l’académie et décrocher une invitation pour Wimbledon qui pourrait changer leur vie. Venue de Détroit, Sophie (Sandra Guldberg Kampp) est la dernière recrue de ce programme d’élite, arrivée pour remplacer une participante partie prématurément. D’abord déconcertée par les méthodes étranges de Mary et de son entraîneur Stavkos (Zlatko Burić), Sophie comprend peu à peu que la quête de la victoire exige bien plus que du talent et de la discipline. Dans cet univers clos où la pression, la rivalité et les sacrifices poussent le bouchon très loin, elle va repousser ses limites physiques et mentales, quitte à découvrir que le prix de l’excellence pourrait être beaucoup plus élevé qu’elle ne l’imaginait…

Du sang sur la terre battue

D’emblée, l’étrangeté excessive de cet établissement très sélect nous interpelle. N’importe quelle jeune sportive normalement constituée tournerait immédiatement les talons face à ces maltraitances, ces méthodes tyranniques ou ces rituels louches (un smoothie rouge sang chaque matin, des soins à base de sangsues, des humiliations à n’en plus finir). Le fait que Sophie, notre pôle d’identification, accepte de jouer le jeu prouve non seulement son esprit de compétition mais aussi son envie – implicite et sans doute inconsciente dans un premier temps – d’appartenir à un cercle aux intentions douteuses, pour ne pas dire inavouables. Pour s’accorder au caractère baroque du scénario, le compositeur Jim Williams se laisse aller à l’emphase, s’approchant volontairement de certains travaux du groupe Goblin. Chaque match de tennis est ici filmé comme un duel de western spaghetti, Nikias Chryssos exacerbant les regards et les effets sonores. Dans ce domaine, l’affrontement entre Sophie et Bana (Tracy Gotoas) est un véritable morceau de bravoure. D’autant que le réalisateur s’intéresse ici beaucoup moins aux gestes sportifs qu’aux émotions exprimées par les adversaires : l’une reste de marbre et contient sa rage, tandis que l’autre la laisse exploser et perd sa connexion avec le monde réel. Quant à l’ultime duel, il pousse les excès très loin, jusqu’à se laisser inspirer par le Sam Raimi de Mort ou vif. Pétri de bonnes idées, égayé de personnages secondaires savoureux, Bloody Tennis est hélas affaibli par son hésitation permanente entre plusieurs tons, optant tour à tour pout l’épouvante psychologique insidieuse et le grand-guignol sanglant sans vraiment parvenir à se décider. Le scénario lui-même finit par prendre l’eau en se souciant moins de cohérence que d’exubérance. Le formidable potentiel du film s’épuise donc malheureusement à mi-parcours.

(1) Extrait d’une interview publiée sur Médium.com en septembre 2026

© Gilles Penso

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SCARLET BLUE (2024)

Une femme consulte régulièrement un psychiatre pour essayer de comprendre les troubles qui la font basculer dans la schizophrénie…

SCARLET BLUE

2024 – FRANCE

Réalisé par Aurélia Mengin

Avec Anne-Sophie Charron, Stefano Cassetti, Aurélia Mengin, Patricia Barzyk, Emmanuel Bonami, Amélie Daure, Vincent Mengin-Lecreulx

THEMA DOUBLES

Le premier long-métrage d’Aurélia Mengin, Fornacis, nous avait très agréablement surpris par sa plastique somptueuse couplée à une vision symbolique de la mort et du deuil, ne trahissant jamais les conditions économiques précaires dans lesquelles il fut conçu. Malgré le manque d’aides officielles la contraignant une fois de plus à s’autoproduire de manière 100% indépendante, la réalisatrice réunionnaise se lance six ans plus tard dans Scarlet Blue. Ici aussi, le Fantastique sert de métaphore à des tourments psychiques bien réels. Après la perte de l’être chair abordée dans Fornacis, nous voilà face aux troubles mentaux dissociatifs et à la schizophrénie. Si le scénario aborde des sujets aussi graves que les traumatismes d’enfance, les secrets familiaux enfouis, les tentatives de suicide, l’addiction, l’alcoolisme et la mort, Scarlet Blue refuse la larmoyance, le pathos et le réalisme cru. Tout ici est exacerbé, presque jusqu’à l’abstraction, puisque les sentiments – surtout les plus sombres – prennent corps de manière graphique et fantasmagorique. L’autre paradoxe du film tient justement à son approche esthétique. Les choix visuels du film peuvent sembler rétro, puisant dans l’imagerie très colorée des années 80 – on pense beaucoup au Jean-Jacques Beinex de La Lune dans le caniveau, même si ce n’est pas une référence consciente de la réalisatrice. Les voitures et la technologie (lecteur de cassettes audio, platine vinyle, appareil Polaroïd) viennent aussi d’une autre époque. Pour autant, la texture d’image reste résolument moderne, s’éloignant volontairement du grain de la pellicule et des artefacts du cinéma « à l’ancienne ».

Scarlet Blue s’intéresse à Alter (Anne-Sophie Charron), une femme en pleine tourmente qui subit des séances très inhabituelles chez un psychiatre aux méthodes pour le moins étranges (Stefano Cassetti). Celui-ci la reçoit dans une grande caverne humide qui ressemble presque au repaire rocheux de Danger Diabolik, l’enchaîne sur une table, lui fait écouter une voix qui passe à l’envers et la soumet à des séances d’hypnose pour tenter de débloquer un traumatisme qu’elle a inconsciemment occulté de sa mémoire. Il lui confie également un appareil photo pour qu’elle puisse prendre des clichés du monde qui l’entoure et classer ensuite ces images : une pastille bleue pour les visions positives et une rouge pour les négatives. Très instable psychologiquement, Alter vit dans une caravane décorée comme dans les années 70, plantée au milieu de bateaux en cale sèche, où des doubles d’elle-même viennent la hanter régulièrement. Sa voix intérieure répète « je suis seule », comme pour se rassurer, mais son esprit continue d’être visité par des images récurrentes indéchiffrables (un aquarium, un poisson bleu effrayant, des poupons en plastique). Une nuit, elle rencontre une autre femme, Chris (Aurélia Mengin), employée dans une station-service, avec laquelle se crée un lien spécial. Mais cette nouvelle relation va-t-elle l’aider à débloquer sa mémoire ?

Alter Ego

Pour traduire la schizophrénie de sa protagoniste, la caméra d’Aurélia Mengin n’hésite pas à basculer totalement tout en s’approchant ou en s’éloignant d’elle, matérialisant ainsi sa déstabilisation ou sa déconnexion du réel. La réalisatrice utilise aussi le motif des miroirs multiples ou des filtres « mosaïques » pour fractionner visuellement les personnalités d’Alter, voire l’intervention d’une autre actrice qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau (Amélie Daure) et envahit son espace physique. Sans compter ces nombreuses images mentales déclinant le motif de l’enfermement, comme ce filet étroit qui l’emprisonne en lui collant à la peau ou cette omniprésence des chaînes et des liens à l’écran. La grotte du psychiatre elle-même, qui suinte sans cesse, nous semble être une image mentale de son cerveau. Des plans somptueux ponctuent le film (la cabine téléphonique éclairée dans la forêt nocturne écarlate et brumeuse) et même les lieux les plus banals et les plus triviaux – les toilettes d’une station-service, par exemple – sont sublimés par cette patine qui transforme chaque décor en peinture vivante. Même si la narration de Scarlet Blue passe principalement par son traitement visuel, le scénario laisse ici affleurer quelques dialogues, ce qui n’était pas les cas de Fornacis. Rien, en tout cas, n’est gratuit dans Scarlet Blue, et cette opposition permanente des teintes bleues et rouges finit par trouver tout son sens lors d’une révélation finale glaçante, ouvrant les portes vers un apaisement possible et explicitant enfin le titre énigmatique du film.

© Gilles Penso

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HELL HOUSE LLC 3 – LAKE OF FIRE (2019)

La trilogie Hell House se clôt autour d'une équipe en pleine répétition d’un spectacle interactif qui s’installe dans l’hôtel hanté d’Abaddon…

HELL HOUSE LLC III – LAKE OF FIRE

2019 – USA

Réalisé par Stephen Cognetti

Avec Gabriel Chytry, Elizabeth Vermilyea, Sam Kazi, Theodore Bouloukoss, Brian David Trący, Bridgib Abrams, Leo DeFriend, Jordan Kaplan, Danny Bellini

THEMA FANTÔMES I CLOWNS I SAGA HELL HOUSE

Stephen Cognetti n’a pas attendu longtemps avant de lancer avec son ami producteur Joe Bandelli le troisième opus de la saga Hell House. Le premier film ayant connu un beau succès grâce à son exploitation en streaming sur la plateforme Shudder, les épisodes 2 et 3 sont conçus ensemble, Cognetti ayant toujours envisagé un récit en trois actes autour de l’imaginaire Abaddon Hotel. Comme les deux autres, le film est tourné à l’économie en respectant les codes du found footage, qui consistent à entremêler les extraits d’un faux documentaire avec des images vidéo tournées en caméra subjective. « Nous parvenons à tourner ces films en une dizaine de jours », explique Cognetti. « Le premier a pris un peu plus de temps car nous avons dû filmer certaines scènes à New York, mais pour celui-ci, nous avons tout bouclé en onze jours d’affilée. Nous réussissons à tourner un scénario de 90 pages en si peu de temps parce que nous utilisons un seul angle de caméra par scène au lieu de plusieurs configurations de caméra, comme c’est le cas sur les longs-métrages traditionnels. » (1) L’idée maîtresse de ce troisième Hell House consiste à refermer les portes narratives en rassemblant toutes les pièces du puzzle éparpillées dans les deux premiers films. Le récit se déroule donc neuf ans après les événements survenus dans Hell House LLC et un an après la disparition d’une équipe partie mener l’enquête dans l’hôtel Abaddon, faits racontés dans Hell House LLC 2 – The Abaddon Hotel.

Ce troisième opus prend la forme d’un documentaire consacré aux phénomènes qui frappèrent les lieux la nuit du 1er octobre 2018. Un texte d’introduction nous apprend que le fameux hôtel est désormais destiné à la démolition. Mais ce projet est annulé lorsque le riche entrepreneur Russell Wynn (Gabriel Chytry), propriétaire d’un empire médiatique ayant survécu miraculeusement à un accident de voiture, décide d’y produire un show à succès baptisé « Insomina ». Cette relecture modernisée et immersive du mythe de Faust, qui connut un gros succès à New York, sera désormais adaptée aux couloirs sinueux de l’hôtel Abbadon. Vanessa Shepherd (Elizabeth Vermilyea), une journaliste d’investigation qui travaille sur l’émission « Morning Mysteries », s’installe avec son caméraman dans les coulisses du spectacle et en dévoile les préparatifs, proposant aux membres de l’équipe de se filmer eux-mêmes afin de collecter un maximum d’images exploitables pour son documentaire. Le film va donc multiplier les points de vue pour s’acheminer progressivement vers le chaos, le scénario remettant bientôt sur le devant de la scène le sinistre sataniste Andrew Tully et son projet d’ouvrir les portes de l’enfer…

Un cycle s'achève

Très conscient de l’exercice de style auquel il se prête dans la trilogie Hell House, Stephen Cognetti n’hésite pas à se livrer à la mise en abîme et à l’autodérision, notamment lorsqu’un des personnages évoque les deux films précédents comme des « found footage idiots ». Pour assurer le lien avec les deux premiers opus, le montage alterne régulièrement des flash-backs furtifs (souvent amorcés par des glitch vidéo) nous rappelant brièvement ce qui s’est passé dans les lieux que nous arpentons une fois de plus. Le réalisateur joue toujours avec les mêmes codes : les clowns effrayants, les figures spectrales, et surtout les mécanismes de peur déclenchés par le transfert du spectateur sur les personnages. Quand les protagonistes ont peur et poussent des cris, nous nous impliquons grâce au phénomène d’identification, amplifié par la caméra subjective, même lorsqu’il nous est difficile de distinguer ce qui a provoqué ces réactions. La redite et le déjà-vu guettent inévitablement ce troisième épisode, mais Cognetti parvient encore à varier les plaisirs grâce au changement de personnages, de situations et d’enjeux. Après l’attraction foraine d’Halloween qui tourne mal et les enquêteurs qui se retrouvent piégés dans l’hôtel, nous voici ici face aux organisateurs d’une sorte de pièce de théâtre interactive dans laquelle le public consentant, masqué de blanc, traverse des coursives transformées pour l’occasion en décors conceptuels (avec même un bar qui évoque à petite échelle celui de Shining). Comme toujours, les chose s’achèvent dans les cris, l’hystérie et le sang, jusqu’à un épilogue qui boucle la boucle avec le premier Hell House et relie les trois films en un tout cohérent.

© Gilles Penso

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SPIDER ISLAND (2026)

30 influenceurs sont invités à séjourner dans un hôtel de luxe sur une île tropicale, mais une horde d’araignées venimeuses s’apprête à les attaquer…

SPIDER ISLAND

2026 – GB

Réalisé par Christopher Smith

Avec Rose Williams, Tim McInnerny, Avani Gregg, Andy Nyman, Abraham Lewis, Carlotta Banat, Anuschka van Lent, Justin Daniels Anene, Owen Warner

THEMA ARAIGNÉES

Christopher Smith a toujours su accommoder le genre fantastique d’une bonne dose d’humour ou de décalage, comme en témoignent quelques-uns de ses plus gros succès en la matière comme Creep, Severance ou Triangle. Lorsqu’il décide de s’essayer à l’exercice des attaques animales, les classiques du genre lui servent d’inspiration directe, notamment le travail de Steven Spielberg sur Les Dents de la mer et Jurassic Park. Du maître, il retient un travail extrêmement minutieux sur l’atmosphère, les effets sonores et le hors-champ. Mais une autre production Spielberg nous vient immédiatement à l’esprit face à Spider Island : Arachnophobie. Comme dans le film de Frank Marshall, Smith privilégie des spécimens de taille respectable mais pas gigantesques ni mutants, se distinguant surtout par leur intelligence collective, leur agressivité et leur instinct de préservation face aux humains. L’originalité du film repose surtout sur l’envie du cinéaste de mêler face à sa caméra des acteurs et des personnalités du web et des réseaux sociaux. C’est pour lui l’occasion de se moquer du comportement des influenceurs et de leurs followers, tout en développant un discours environnemental lié aux excès du tourisme de masse. La satire reste sage, mais elle apporte un « petit plus » à ce divertissement sans prétention, à mi-chemin entre la comédie et l’horreur.

Trente influenceurs venus des quatre coins du monde sont invités tous frais payés au Pearl Heaven, un luxueux complexe touristique installé sur une île tropicale paradisiaque. À quelques jours de son ouverture, le cynique directeur des lieux, David (Andy Nyman), compte sur leurs millions d’abonnés pour transformer ce prétendu « refuge dans la forêt tropicale » en destination incontournable. Mais le complexe a été construit sur une réserve naturelle protégée, au mépris de l’environnement et des populations indigènes. Bien décidée à faire éclater la vérité, Clara (Rose Williams), une jeune journaliste d’investigation doublée d’une militante écologiste – qui de surcroît est originaire de l’île -, s’est infiltrée parmi les influenceurs pour recueillir les preuves qui pourraient provoquer la fermeture de l’hôtel. Lorsque d’étranges araignées venimeuses commencent à envahir les conduits d’aération du complexe, le séjour de rêve vire au cauchemar. Propulsées à travers les chambres par le système de climatisation, les créatures attaquent les clients, transformant peu à peu l’hôtel de luxe en piège mortel.

Sales bêtes

Christopher Smith et ses deux scénaristes, David Quantick et Christopher Jolley, ne se privent pas pour se moquer de cette génération d’hommes-sandwiches cultivant autant le vide que leur narcissisme en vantant les produits qui leur permettent de vivre grassement. Le montage insère donc les vidéos en selfie d’une poignée d’entre eux, testant des champignons locaux, se pavanant avec toutes sortes d’objets ou s’érigeant hypocritement en défenseurs de l’écologie. Il faut reconnaître le bel exercice d’autodérision auquel se livrent les influenceurs jouant ici quasiment leur propre rôle. On note au passage quelques répliques d’une grande profondeur, comme « Je ne crois pas au dictionnaire, il y a trop de mots. » Avec en guise protagonistes ce groupe de têtes à claques et ce patron d’hôtel détestable, il est difficile de choisir un pôle d’identification et de s’intéresser au sort de ces futures victimes des agresseurs à huit pattes. Seule Clara attire logiquement nos faveurs. C’est « le personnage intelligent » du film, celle qui s’érige contre tous pour tenter de sauver la situation – le scénario s’efforçant un peu artificiellement de nous émouvoir avec les flash-backs de son enfance en compagnie d’une mère aujourd’hui décédée. Parallèlement, les indices inquiétants se disséminent au compte-goutte : de grandes toiles d’araignées sur les grilles d’aération, des mouvements rampants suspects sous les feuilles, des pattes velues qui se cachent dans le sable. Lorsque les arachnides passent enfin à l’attaque de manière massive, le film nous offre une grande scène de panique au cours de laquelle les bestioles surgissent par milliers et tuent tout ce qui bouge. Le problème, c’est que ces araignées en 3D ne sont pas follement convaincantes ni très effrayantes, malgré une poignée de séquences gentiment répulsives. L’impact du film s’en trouve amenuisé, d’autant que le sentiment de déjà vu s’installe souvent – dans le même registre, L’Horrible invasion était mille fois plus impressionnant – et que l’épilogue fait maladroitement retomber le soufflé.

© Gilles Penso

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SANGUINE (2026)

Une interne en médecine découvre qu’une étrange maladie touche les jeunes travailleurs surmenés, altérant à la fois leur esprit et leur corps…

SANGUINE

2026 – FRANCE

Réalisé par Marion Le Coroller

Avec Mara Taquin, Karin Viard, Kim Higelin, Sami Outalbali, Clément Bresson, Sonia Faidi, Benjamin Mendes, Stefan Crepon, Niko Ravel, Joël Cudennec, Lancelot Courciéras

THEMA MUTATIONS

Avant de faire du cinéma, Marion Le Coroller travaillait dans la finance. Mais après plusieurs années sous pression constante, elle fait un violent burn-out et finit cette première partie de carrière dans un état lamentable. Meurtrie dans sa tête mais aussi dans son corps, elle décide de tirer profit de cette expérience malheureuse pour la raconter dans un film. Pas question pour autant d’adapter ce sujet sous forme d’un drame social réaliste. Fan de cinéma de genre en général et de « body horror » en particulier, la réalisatrice choisit le biais du fantastique et du gore pour transfigurer à l’écran les profondes altérations psychologiques et physiques que subissent les employés soumis à un rythme éreintant et des contraintes impossibles. Ainsi naît Sanguine, que Marion Le Coroller choisit de situer dans le milieu hospitalier. « J’ai fait des stages dans des services d’urgence où j’ai suivi des médecins sur plusieurs semaines pour voir vraiment comment ils travaillaient et les injonctions auxquels ils étaient confrontés, notamment devoir faire du chiffre et voir le maximum de patients dans une journée », raconte-t-elle. « Dans notre monde contemporain en général, il faut être ultra performant, tout faire tout de suite, et ce n’est jamais assez. Cela pousse les gens, qui ont le sentiment d’être des pions interchangeables dans des endroits qui manquent de sens, à devenir complètement malades. » (1) À la fois intime et universel, politiquement engagé et excessif jusqu’à l’outrance, Sanguine est tourné pendant 38 jours avec un budget raisonnable de cinq millions d’euros.

Margot (Mara Taquin), jeune stagiaire ambitieuse, intègre l’un des services d’urgences les plus compétitifs du pays. Sous la direction d’un médecin-chef tyrannique (Karin Viard), qui transforme l’hôpital en véritable chaîne de production, elle découvre un environnement où la pression, l’épuisement et la compétition font partie du quotidien. Pour se faire une place, Margot doit constamment repousser ses limites et lutter contre le doute qui l’habite. Mais bientôt, plusieurs patients de son âge arrivent aux urgences avec d’étranges symptômes : des veines rouges qui se multiplient sur leur corps, des cernes profonds, une fatigue extrême, des éruptions cutanées spectaculaires, du gigantisme…  Lorsque Margot commence à présenter les mêmes symptômes et à transpirer littéralement du sang, elle comprend qu’il ne s’agit pas d’une simple épidémie. Un mystérieux virus semble infecter les corps soumis au surmenage. Et dans cet hôpital où personne ne s’arrête jamais, chacun pourrait être contaminé… ou déjà porteur.

Le travail, c'est la santé ?

Un tel postulat évoque forcément Grave et The Substance, mais Sanguine nous emmène clairement ailleurs, parce que son discours n’est pas le même. Il n’est pas ici question des diktats de la beauté ou de l’intégration sociale, mais de pressions professionnelles qui incitent la jeune génération à accepter l’inacceptable, quitte à pousser les limites dans leurs ultimes retranchements. Il y a donc certes un discours social dans Sanguine, mais vu à travers le prisme de l’humour (le prologue dans le fast food est un petit morceau d’anthologie) et surtout de la distanciation que permet le fantastique. Même le décor de l’hôpital ne cherche pas le réalisme absolu. Marion Le Coroller laisse l’approche pseudo-documentaire à la série Hippocrate pour bâtir de son côté un univers légèrement décalé, mis en image avec soin par le directeur de la photographie Guillaume Schiffman. C’est dans ce contexte que l’horreur corporelle la plus extrême peut se déployer. Nous voici une fois de plus face à cette génération de réalisatrices décomplexées qui ne se contentent pas de prolonger les expérimentations de David Cronenberg (même si on pense fatalement à Rage et Chromosome 3) mais proposent leur propre vision, sans hésiter à exhiber le corps féminin autrement que sous l’angle érotique. De ce point de vue, Sanguine va jusqu’au bout de son concept, laissant libre cours aux hallucinants effets spéciaux de maquillage de Pierre-Olivier Persin (déjà en très grande forme dans The Substance). Pour illustrer cette réflexion spectaculaire sur le mal-être au travail, Mara Taquin donne pleinement de sa personne, tandis que Karin Viard se révèle parfaite dans le registre de la froideur autoritaire et cynique. Voilà donc un premier long-métrage savoureux et très prometteur.

(1) Extrait d’une interview publiée sur Cineuropa.fr en mai 2026

© Gilles Penso

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