

Après Amer et L’Étrange couleur des larmes de ton corps, Hélène Cattet et Bruno Forzani s’éloignent de l’influence du giallo pour diriger un polar surréaliste…
LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES
2017 – FRANCE / BELGIQUE
Réalisé par Hélène Cattet et Bruno Forzani
Avec Elina Löwensohn, Stéphane Ferrara, Bernie Bonvoisin, Michelangelo Marchese, Marc Barbé, Marine Sainsily, Hervé Sogne, Pierre Nisse, Aline Stevens
THEMA TUEURS
Jusqu’alors sous influence du giallo italien des années 70, Hélène Cattet et Bruno Forzani changent de registre pour leur troisième long-métrage en adaptant un roman de Jean-Patrick Manchette et Jean-Pierre Bastid. « Nous avons commencé à écrire ce film avant Amer », raconte Hélène Cattet. « Mais ce n’est que six ans plus tard que nous nous sommes mis à l’écriture du scénario. Pour notre premier film, nous ne voulions pas faire une adaptation mais plutôt un scénario original. Après L’Étrange couleur des larmes de ton corps, nous nous sommes dits qu’il serait intéressant de nous pencher plus sérieusement sur cette histoire. » (1) Laissez bronzer les cadavres met tout de même un certain temps à se concrétiser, moins pour des raisons cinématographiques que personnelles. « Il nous a fallu quatre ans pour faire ce film, parce qu’entre-temps notre fille est née, ce qui a forcément bouleversé notre niveau de travail », explique Bruno Forzani. « Ensuite, trouver le décor idéal n’était pas simple. Ce n’est qu’au bout d’un an et demi que nous avons trouvé ce lieu. Le casting lui-même s’est aussi étalé sur une année. » (2) Lorsqu’ils sont fin prêts, toujours épaulés par leur fidèle producteur François Cognard, Cattet et Forzani se lancent enfin dans ce western moderne aux teintes fantastico-érotiques qui, volontairement, échappe un peu à toutes les étiquettes.


En s’appuyant sur un matériau littéraire préexistant, les deux réalisateurs tentent de se réinventer, soucieux d’éviter les redites qui mèneraient fatalement à une sorte d’impasse artistique. Le texte original appartenant à deux autres auteurs qu’eux, ils s’y investissent différemment, sans pour autant réfréner leur passion cinéphilique ardente. En sortant de leur zone de confort, ils abordent un récit à priori éloigné de leur univers. Nous voici en effet face à une bande de gangsters qui vient de voler 250 kilos d’or et trouve refuge dans un village abandonné en Méditerranée. Mais deux policiers et quelques invités imprévus viennent contrecarrer leurs plans, jusqu’à ce que ces lieux paisibles se muent en champ de bataille. De prime abord, le scénario de Laissez bronzer les cadavres est plus narratif et moins hermétique que ceux des films précédents des duettistes, car il intègre des situations et des personnages plus connus du grand-public : les truands retranchés dans leur planque, les flics, la traque, le huis-clos, les trahisons.
Western baroque
Pour autant, nous n’avons pas ici affaire à un polar traditionnel. Cattet et Forzani ne renoncent pas à leur mise en scène sensitive s’appuyant sur un montage déstabilisant, de très gros plans des personnages, des effets sonores appuyés et une musique empruntée à des films italo-français des années 60 et 70. Les coups de feu pleuvent, mais nous ne sommes pas dans La Horde sauvage ou Rio Bravo. La localisation des personnages les uns par rapport aux autres n’est pas simple, tandis que le passé et le présent s’entremêlent jusqu’au vertige. D’autre part, le fantastique s’invite partout à travers les perceptions déformées des personnages. Ici, une simple grillade se mue en brasier, un coup de feu en explosion titanesque, tandis qu’un regard ou un toucher évoquent des souvenirs troubles. Car une série de flash-backs énigmatiques laisse imaginer que les lieux furent jadis le théâtre d’orgies fétichistes troubles transfigurant les corps et les sens. Il s’agit donc une fois de plus d’une expérience unique, loin des canons habituels du cinéma de genre auquel le film emprunte pourtant ses thèmes et ses motifs.
(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2017
© Gilles Penso
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