L’ATTAQUE DE LA POM-POM GIRL GÉANTE (2012)

Pour intégrer l’équipe des cheerleaders de son lycée, une fille complexée par son physique s’injecte un sérum expérimental et atteint une taille colossale…

ATTACK OF THE 50 FOOT CHEERLEADER

 

2012 – USA

 

Réalisé par Kevin O’Neill

 

Avec Jena Sims, Sean Young, Treat Williams, Sasha Jackson, Olivia Alexander, Ryan Merriman, Ted Raimi, Anne McDaniels, Mary Woronov, Paula Trickey

 

THEMA NAINS ET GÉANTS I ARAIGNÉES

Attack of the 50 Foot Woman, le sympathique nanar de Nathan Juran, eut droit à un remake à grande échelle en 1993, avec Daryl Hannah en tête d’affiche. Toujours sur les bons coups, Roger Corman décida de surfer sur le thème de la « femme géante sexy et revancharde » en produisant dans la foulée L’Attaque de la pin-up géante. Il faut croire que le sujet se prêtait encore à quelques déclinaisons burlesques, puisque Corman revient à la charge plus de quinze ans plus tard avec une variante « cheerleader ». Entretemps, Avatar est sorti sur les écrans du monde entier et a provoqué un soudain regain d’intérêt pour la 3D. Qu’à cela ne tienne : L’Attaque de la pom-pom girl géante sera tourné en relief ! Ce sera l’occasion de balancer à la figure des spectateurs les courbes généreuses des actrices impudiques qui apparaissent dans le film, notamment bien sûr la protagoniste gigantesque et sa rivale, incarnées respectivement par Jena Sims et Olivia Alexander. La mise en scène est confiée à Kevin O’Neill, qui dirige la société d’effets spéciaux Flat Earth (logiquement en charge des nombreux trucages du film) et s’est parallèlement spécialisé dans la réalisation de séries Z à base de grands monstres : Dinocroc, Dinoshark, Dracano, Sharktopus vs Pteracuda, Sharktopus vs Whalewolf, bref un beau palmarès.

Tourné sur les campus de l’U.C.L.A. et du Santa Ana College, L’Attaque de la pom-pom girl géante s’intéresse à Cassie Stratford (Jena Sims), une étudiante désireuse de marcher dans les pas de sa mère, ancienne figure emblématique de l’université, couronnée reine des cheerleaders et membre influente d’une prestigieuse confrérie. Mais Cassie est complexée par son physique, son acné et sa maladresse. A tel point qu’elle devient la bête noire de Brittany (Olivia Alexander), capitaine des pom-pom girls qui règne avec autorité sur la sororité Beta Mu. Entre deux cours, Cassie travaille comme assistante d’un labo de biochimie qui teste un médicament expérimental, le « sérum renouveau », conçu pour régénérer les cellules. Un soir, en désespoir de cause, elle décide de s’injecter le produit dans les veines. Le résultat est au-delà de toutes les espérances : la voici désormais sûre d’elle et rayonnante (autrement dit l’actrice a retiré ses énormes lunettes, s’est lavé les cheveux et s’est maquillée). « Ce sérum t’a carrément transformée en Barbie en une nuit », constate sa meilleure amie. Mais ce médicament a un effet secondaire imprévu : Cassie se met progressivement à grandir jusqu’à atteindre la taille de King Kong.

De la nudité, des guests et une araignée géante

Drôle, rythmé, léger, ne reculant pas devant les scènes dénudées gratuites, L’Attaque de la pom-pom girl géante se révèle bien mieux fichu que les variantes sur le même sujet que réaliseront plus tard Jeff Leroy (Giantess Attack) ou Jim Wynorski (Attack of the 50 Foot Camgirl). Le budget n’est pourtant pas immense, mais l’équipe de Flat Earth s’en sort plutôt bien, gérant habilement les perspectives forcées pour crédibiliser les premières étapes de la croissance accélérée de Cassie, puis recourant de manière intensive aux incrustations sur fond vert lorsqu’elle atteint les quinze mètres de haut. Cette générosité visuelle n’exclut pas quelques scories, comme cette araignée géante en images de synthèse bien peu crédible, mais ces approximations sont tolérables dans un film qui ne se prend jamais au sérieux. Les plus attentifs repèreront des autocitations (le poster de Dinocroc dans un coin de décor), un clin d’œil à Spider-Man (Cassie voit soudain flou avec ses lunettes et réalise qu’elle n’en a plus besoin) et quelques guest stars savoureuses. On apprécie ainsi les interventions de Treat WIlliams en businessman colérique, Ted Raimi en savant dépassé par les événements, Roger Corman en doyen du lycée, John Landis en enseignant ordurier ou Sean Young en mère indélicate. Avec au passage quelques dialogues fleuris comme « Je suis la version pétasse de la Statue de la Liberté » ou « son vagin sert de caisse de résonnance » ! Rien de bien inoubliable, certes, mais avec un titre pareil, on ne s’attend pas non plus à voir Citizen Kane.

 

© Gilles Penso

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LA NUIT DE LA MÉTAMORPHOSE (1976)

Dans une petite ville croate qui a sombré dans la misère, un écrivain découvre que des rats sont en train de se substituer aux humains…

IZBAVITLEJ

 

1976 – YOUGOSLAVIE

 

Réalisé par Krsto Papic

 

Avec Ivica Vidovic, Mirjana Majurec, Relja Basic, Fabijan Sovagovic, Ilja Ivezic, Branko Spoljar, Petar Dobric, Edo Perocevic, Ana Hercigonja, Zvonimir Ferencic

 

THEMA MAMMIFÈRES

La Nuit de la métamorphose est né au cours d’une période charnière du cinéma yougoslave, à la fois sur le plan artistique et politique. Le film s’inspire du livre Pacolovac (littéralement « Le Chasseur de rats »), écrit dans les années 1920 par le romancier russe Alexandre Grine. Le cinéaste Krsto Papić et le scénariste Ivo Brešan y trouvent la matière nécessaire pour bâtir une œuvre fantasmagorique dérangeante. Tourné presque intégralement à Zagreb, alors capitale de la République socialiste de Croatie, La Nuit de la métamorphose compense son budget limité par une mise en scène sèche et une atmosphère oppressante. Le contexte politique joue un rôle essentiel dans la genèse du film. Le début des années 1970 est en effet marqué par le « Printemps croate », mouvement revendiquant une plus grande autonomie face au pouvoir fédéral. La réforme constitutionnelle de 1974 assouplit le contrôle de l’État, notamment sur la création artistique, ouvrant une brèche dont le cinéma va s’emparer. Papić choisit alors la voie de l’allégorie horrifique, forme idéale pour dissimuler une critique acérée du collectivisme et de la déshumanisation qu’il engendre. Sous couvert d’un récit fantastique, La Nuit de la métamorphose dénonce la dissolution de l’individu au profit d’un corps social monstrueux. Visionnaire, le film semble déjà annoncer les fissures d’un bloc de l’Est qui ne tardera pas à s’effondrer.

Le générique, sur fond de musique expérimentale, se promène sur des peintures surréalistes effrayantes et instille déjà un certain malaise. Le monde que nous décrit le début du film n’a rien de très engageant. Nous sommes dans une petite ville croate des années 20 où la situation économique semble s’être brutalement effondrée. Les gens vivent dans la misère, les habitants cherchent désespérément du travail, les commerces mettent la clé sous la porte, les vieillards se raccrochent à la soupe populaire… Ivan Gajski (Ivica Vidovic), écrivain sans le sou incapable de payer son loyer, est un individu ordinaire noyé dans cet océan de désenchantement. Contraint de dormir dehors après avoir été expulsé de son appartement, Ivan trouve refuge dans un grand bâtiment abandonné auquel on accède par les égouts. Là, il assiste nuitamment à un bien étrange spectacle : des dizaines de gens fortunés et insouciants se livrent à des orgies en rupture brutale avec ce que vivent la plupart des autres habitants. Ils valsent sur de la musique enjouée, se repaissent dans des banquets fastueux, s’accouplent sans la moindre retenue. La mise en scène saupoudre alors quelques détails insolites et furtifs : des dents qui ressemblent à celles des rongeurs, des touffes de poils bizarres sur les visages. Ivan découvre alors l’impensable : ces gens sont en réalité des rats qui empruntent l’apparence des humains pour mieux les dominer…

Rat People

Si ce concept de métamorphose – que met en avant le titre français du film – peut faire penser au Rhinocéros de Ionesco, une autre source littéraire nous vient conjointement à l’esprit : The Body Snatchers de Jack Finney. De fait, le sentiment de paranoïa diffus qui se propage tout au long du récit n’est pas sans évoquer L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel, tout en annonçant la version que réalisera en 1978 Philip Kaufman. La parabole de science-fiction est ici renforcée par un sous-texte social et politique inhérent à l’Europe de l’Est du milieu des années 1970. La société misérable que nous décrit Krsto Papic est le terreau idéal pour la prolifération insidieuse du fascisme. Et de ce point de vue, le film se veut très explicite : les sbires du « chef des rats » portent de longs manteaux en cuir noir, la grande table du banquet ressemble à une demi-croix gammée et le climax annonce l’arrivée imminente d’un dictateur impitoyable. Malgré des moyens limités, La Nuit de la métamorphose s’offre quelques effets spéciaux de maquillage discrets mais efficaces, évoquant parfois le lycanthrope du Monstre de Londres. La Nuit de la métamorphose sera primé comme meilleur film au Festival international du film de science-fiction de Trieste en 1977, au Festival international du film fantastique et de science-fiction de Paris en 1980 et au Fantasporto en 1982. Cette triple récompense permettra au film de s’exposer sur la scène internationale et de franchir les frontières.

 

© Gilles Penso

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LE PACTE 2 (2001)

Dans une école huppée, un étudiant mystérieux propose à trois garçons de s’adonner à la sorcellerie pour se venger de ceux qui leur causent du tort…

THE BROTHERHOOD 2 : YOUNG WARLOCKS

 

2001 – USA

 

Réalisé par David DeCoteau

 

Avec Forrest Cochran, Sean Faris, Stacey Scowley, Jennifer Capo, Justin Allen, C.J. Thomason, Noah Frank, Greg Lycskowski, Julie Briggs, Ari Welkom, Holly Sampson

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA CHARLES BAND

Le Pacte s’était révélé une bonne affaire pour David DeCoteau : un petit budget, un tournage express, un nombre limité de décors, des jeunes acteurs inconnus et à l’arrivée un beau succès dans les vidéoclubs. Toujours épaulé par Charles Band, en tant que producteur exécutif, mais maître de ses décisions depuis qu’il est à la tête de sa récente compagnie de production Rapid Heart Pictures, DeCoteau décide de battre le fer tant qu’il est chaud. S’il conserve le même principe narratif et les mêmes ingrédients que pour le premier film, il décide cependant de s’intéresser à une autre confrérie et à d’autres maléfices dans Le Pacte 2. De fait, l’action se situe toujours sur un campus mais les personnages ont changé, le cadre aussi, tout comme le rituel secret au cœur de l’intrigue. Rédigé par Matthew Jason Walsh d’après une histoire qu’il a écrite avec DeCoteau et Dave Parker, le scénario s’éloigne ainsi du vampirisme pour s’orienter vers une pratique de la sorcellerie plus explicite. Et pour mieux créer l’ambiguïté, le récit évacue longtemps tout élément surnaturel, nous laissant imaginer dans un premier temps que nous avons surtout affaire à de la manipulation d’esprit et à de l’autosuggestion.

L’histoire du Pacte 2 s’intéresse à John Van Owen (Sean Faris), élève dans une école privée huppée et très réputée, la Chandler Academy. Ici, tout le monde porte l’uniforme et on ne plaisante pas avec la discipline. Les deux meilleurs amis de John sont, comme lui, un peu marginaux. Il s’agit de Matt (Justin Allen) et Marcus (C.J. Thomason). Comme ils ne rentrent pas vraiment dans les cases, nos trois compères sont régulièrement chahutés – pour ne pas dire harcelés voire malmenés – par le groupe de sportifs lourdauds que mène l’antipathique Harlan (Noah Frank). Pas évident, dans ces conditions, de tenter de séduire la jolie Mary (Stacey Scowley), qui semble pourtant faire les yeux doux à notre jeune héros. Un jour, un nouvel étudiant débarque de nulle part : Luc (Forrest Cochran). Amateur de jeux de cartes, ténébreux, énigmatique, il propose à John et à ses amis de se venger de ceux qui leur causent du tort. En échange, il leur demande leur amitié, leur honnêteté et leur loyauté. « Je vous donne le monde ! » promet-il. Pour y parvenir, ils doivent d’abord accepter d’enfreindre les dix commandements. Et la mécanique infernale s’enclenche…

En slip autour du pentagramme

N’hésitant jamais à maniérer sa mise en scène pour séduire le public – mais aussi pour « cacher la misère » de ses budgets anémiques -, DeCoteau fait des choix plus ou moins discutables. Le fait de recourir à la voix off du héros pour raconter cette étrange aventure n’est pas inintéressant et permet une petite surcouche narrative plaisante. La musique électro qui rythme les pas des héros, de son côté, dote l’ensemble d’une belle énergie. En revanche, ces montages clippés, maniérés et truffés de flash blancs artificiels deviennent vite agaçants. Comme toujours chez ce coquin de DeCoteau, les garçons athlétiques se promènent volontiers à moitié nus. Matchs de basket, scènes de douches et de vestiaires, batifolages dans la piscine : tous les prétextes sont bons pour dévêtir le casting masculin, les montrer en train de se caresser comme dans Voodoo Academy – qui, dans le genre, n’y allait pas avec le dos de la cuiller – ou pour mettre en scène des réunions improbables en slip autour d’un pentagramme ! Et à l’instar du premier Pacte, la scène de coucherie à trois (le héros, le tentateur et l’ingénue) s’étire interminablement en longueur. Bref, on nous ressert à peu près la même recette, mais les amateurs répondent toujours présents. DeCoteau signera donc trois autres opus qui, pour leur part, se passeront de la présence du producteur exécutif Charles Band.

 

© Gilles Penso

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LITTLE NICKY (2000)

Adam Sandler entre dans la peau du fils le plus maladroit et le plus idiot de Satan, envoyé sur Terre pour une mission de la plus haute importance…

LITTLE NICKY

 

2000 – USA

 

Réalisé par Steven Brill

 

Avec Adam Sandler, Patricia Arquette, Harvey Keitel, Rhys Ifans, Tom Lister Jr., Rodney Dangerfield, Allen Covert, Peter Dante, Jonathan Loughran, Robert Smigel

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

C’est en allant voir Angel Heart avec des amis qu’Adam Sandler aurait commencé à développer l’idée de Little Nicky, réfléchissant d’abord aux ressorts comiques possibles de l’existence d’un fils encombrant et maladroit que Satan serait obligé de traîner partout avec lui. Quelques années plus tard, le concept prend forme et le scénario définitif est finalement co-écrit par Sandler, Tim Herlihy et Steven Brill. Ce dernier hérite aussi de la mise en scène. Réalisateur de deux autres longs-métrages (la comédie La Colo des gourmands et le téléfilm Last Last Night), Brill fit ses débuts comme acteur. On peut notamment le voir dans Sexe, mensonges & vidéo, Edward aux mains d’argent ou Batman le défi. Il fut aussi scénariste des Petits champions. Adam Sandler le pense taillé sur mesure pour diriger Little Nicky et s’octroie logiquement le rôle du fils gentil mais benêt du diable, ses deux frères étant incarnés par Rhys Ifans (qui crevait l’écran l’année précédente dans Coup de foudre à Notting Hill) et Tom Lister Jr. (le président Lindberg du Cinquième élément). Pour incarner Satan, on envisage tour à tour Jon Voight et Dustin Hoffman (les deux têtes d’affiche de Macadam Cowboy), mais c’est finalement Harvey Keitel qui hérite des cornes et du bouc du patron de l’enfer.

Alors que son règne de 10 000 ans touche à sa fin, Satan doit décider lequel de ses trois fils lui succédera à la tête de l’enfer. Adrian est le plus sournois, Cassius le plus cruel et Nicky le plus gentil. Ce dernier souffre par ailleurs d’un trouble de la parole et d’une mâchoire déformée depuis que Cassius l’a frappé au visage avec une pelle. Lorsque Satan réunit ses fils, c’est pour leur annoncer qu’ils ne sont pas encore prêts à lui succéder et qu’il continuera donc à régner sur l’enfer. Furieux de cette décision, Adrian et Cassius se rendent sur Terre pour y semer le chaos en s’immisçant dans l’esprit de leaders religieux et de personnalités politiques à New York. En partant, ils gèlent l’entrée de l’enfer, empêchant ainsi d’autres âmes damnées d’y entrer et provoquant la désintégration progressive de Satan. Trop faible pour arrêter Adrian et Cassius, ce dernier envoie Nicky sur Terre avec une flasque en argent qui emprisonnera les deux fils indignes une fois qu’ils auront bu son contenu. Mais ce diablotin naïf et gaffeur saura-t-il se montrer digne d’une telle mission ?

Un bon petit diable

Au-delà du diable et de ses trois fistons, le casting de Little Nicky se paie quelques guest stars prestigieuses : Patricia Arquette en petite-amie excentrique de Nicky, Quentin Tarantino en prêtre aveugle exalté, Reese Witherspoon en ange maternel, Carl Weathers en prof de mambo, Henry Winkler et Ozzy Osbourne dans leur propre rôle… Tout ce beau monde semble beaucoup s’amuser sur le plateau, mais ce n’est pas suffisant pour faire de Little Nicky une comédie désopilante. L’humour y est trop souvent balourd, l’écriture franchement paresseuse, les gags souvent en-dessous de la ceinture. Hésitant manifestement entre plusieurs styles et plusieurs tonalités, le film se cherche et ne nous déride qu’occasionnellement. D’autant que la bouche tordue d’Adam Sandler, sa mèche sur les yeux et sa voix traînante nous amusent cinq minutes mais finissent par nous agacer durablement. On sent pourtant que Sandler et Brill se donnent les moyens de leurs ambitions, convoquant plusieurs ténors des maquillages spéciaux (Howard Berger, Robert Kurtzman, Greg Cannom ou Craig Reardon) pour concevoir la cour diabolique de Satan et déployant une grosse débauche d’effets visuels pour donner corps à l’Enfer – même si certains trucages numériques ont affreusement mal vieilli, comme la transformation de Sandler en millier d’araignées grimaçantes. Little Nicky ressemble surtout à une sorte d’ébauche non aboutie aux effets comiques très limités. Sorti en même temps que Charlie et ses drôles de dames, le film sera d’ailleurs un échec cuisant au box-office, ne rapportant qu’un peu plus de la moitié de son budget de 85 millions de dollars. Time Warner aura du mal à s’en remettre.

 

© Gilles Penso

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VIRGIN HUNTERS 3 (2017)

Dans ce troisième épisode, l’extra-terrestre Trina s’est installée sur Terre pour étudier le comportement érotique des humains…

VIRGIN HUNTERS 3 : AGENTS OF PASSION

 

2017 – USA

 

Réalisé par Cybil Richards

 

Avec Dru Berrymore, Chelsea Blue, Maya Divine, Felony, Mary Jane, Justine Joli, Monica Mayhem, Syren, Tina Tyler, Ava Vincent, Teri Weigel, Keri Windsor

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA CHARLES BAND

S’ils sont respectivement sortis en 2016 et 2017, Virgin Hunters 2 et 3 ont pourtant été tournés une douzaine d’années plus tôt, l’un à la suite de l’autre, mais auront mis un temps fou à sortir des placards pour alimenter discrètement les plateformes de streaming. Contrairement aux nombreux autres films de science-fiction du catalogue Surrender, qui ponctuent généreusement de séquences érotiques des intrigues filiformes mêlant souvent des extra-terrestres, des robots, des voyages dans le temps et des vaisseaux spatiaux, voire les quatre en même temps, Virgin Hunters 3 ne prend même pas la peine de prétexter la moindre trame narrative. Femalien, Petticoat Planet, Lolita 2000, The Exotic Time Machine, Veronica 2030, Pleasurecraft ou Andromina ne couraient certes pas le risque de concourir pour l’Oscar du meilleur scénario, mais tentaient tout de même d’égayer les spectateurs avec une poignée de péripéties science-fictionnelles souvent humoristiques. Rien de tel ici. Virgin Hunters 3 se contente en effet d’enchaîner les strip-tease et les coucheries sur un rythme effréné mais quasiment sans fil conducteur. De ce point de vue-là, la scénariste et réalisatrice Cybil Richards ne s’est pas beaucoup foulé la rate, c’est le moins qu’on puisse dire.

L’introduction tente pourtant de raccorder ce film avec le précédent en ébauchant un semblant d’histoire. Nous apprenons donc que Trina (Dru Berrymore), l’extra-terrestre issue du peuple des Alterians, qui évita aux Terriens de végéter dans une vie morose sans plaisirs charnels, est de retour. Invitée à s’installer sur notre planète pour éduquer les masses aux joies de l’exultation corporelle et pour étudier le comportement sexuel des humains, elle dirige désormais le bureau des affaires virginales, spécialement créé pour elle. Pourquoi pas ? Sauf que les quarante premières minutes du film se déroulent dans un lieu unique – une chambre à coucher – et alternent deux actions parallèles manifestement situées dans deux temporalités différentes qui n’ont pas grand-chose à voir avec ce que nous a raconté le prologue. La première concerne Trina et ses deux soubrettes, la seconde une maîtresse dominatrice et ses deux esclaves. Rien ne semble à priori lier ces différents personnages, si ce n’est une sorte de lit magique qui, quand on entre en contact avec lui, éveille la libido et fait vivre des moments d’extase intense.

Le bureau des affaires virginales

La seconde moitié du métrage change de décor. Nous sommes désormais dans le bureau de Trina, qui écoute avec beaucoup d’attention le compte-rendu de ses deux assistantes, lié à la description d’attitudes érotiques déviantes sur la Terre. D’autres personnages s’invitent dès lors dans le film, au fil de séquences qui semblent avoir été montées de manière aléatoire pour pouvoir rallonger la durée du film. Virgin Hunters 3 égrène donc les vignettes polissonnes (où les filles se déshabillent, se caressent, se douchent, jouent à des jeux SM, s’accouplent à deux ou trois dans toutes les positions possibles), brièvement entrecoupées de dialogues récités sans la moindre conviction par des actrices manifestement plus à l’aise avec leur corps qu’avec leur élocution. Seul point notable dans ce troisième épisode : un casting exclusivement féminin, laissant imaginer que le public visé, lui, est majoritairement masculin. Après cet opus paresseux frôlant dangereusement la fumisterie, la « saga » Virgin Hunters aura le bon goût de s’arrêter là…

 

© Gilles Penso

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DEATH WARMED UP (1984)

Quelques années avant Peter Jackson, David Blyth ensanglantait les écrans néo-zélandais avec cette histoire de savant fou aux expériences délirantes…

DEATH WARMED UP

 

1984 – NOUVELLE-ZÉLANDE

 

Réalisé par David Blyth

 

Avec Michael Hurst, Margaret Umbers, Norelle Scott, William Upjohn, David Letch, Gary Day, Bruno Lawrence, Geoff Snell, Ian Watkin, David Weatherley

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Souvent considéré comme le premier véritable film d’horreur néo-zélandais, bien qu’il ait été précédé en 1982 par L’Épouvantail de la mort de Sam Pillsbury, Death Warmed Up marque une étape décisive dans l’histoire du cinéma de genre du pays. Réalisé par David Blyth, qui signe ici son troisième long métrage, le film bénéficie du soutien du New Zealand Film Commission, conscient que le cinéma horrifique connaît alors un regain d’intérêt au début des années 80. Avec à sa disposition un budget important pour l’époque et le territoire – près de 800 000 dollars – Blyth transcende ses moyens grâce à une inventivité constante, un sens aigu du cadre et de l’esthétique et une atmosphère trouble et nihiliste. « Blade Runner de Ridley Scott est sans doute le film révolutionnaire qui, avec Evil Dead de Sam Raimi, a inspiré certains éléments de la vision présentée dans Death Warmed Up », confie-t-il lorsqu’on l’interroge sur ses influences (1). Pour bâtir son ambiance anxiogène, Blyth s’appuie sur le savoir-faire du directeur de la photographie James Bartle, déjà à l’œuvre sur L’Épouvantail justement. Death Warmed Up s’impose donc comme une œuvre radicale, marquée par une violence frontale et graphique qui lui vaudra d’être purement et simplement interdit en Australie à cause de son caractère jugé trop explicite.

Le docteur Archer Howell (Gary Day), un brillant neurochirurgien qui se prend pour Dieu, rêve d’abolir la mort en prolongeant indéfiniment l’espérance de vie. Après des premiers essais sur des rats, il décide de franchir une limite irréversible en expérimentant sur des êtres humains. Son associé, le professeur Tucker (David Weatherley), s’oppose fermement à cette dérive. Mais le fils de ce dernier, Michael (Michael Hurst), surprend leur confrontation et devient la proie idéale du savant fou. Manipulé par Howell, Michael est transformé en cobaye et programmé pour tuer. Sous hypnose, il rentre chez lui et assassine froidement ses propres parents. Il est aussitôt interné dans un hôpital psychiatrique pour de longues années, hanté par ce double crime. Sept ans plus tard, Michael recouvre la liberté. Accompagné de sa petite amie Sandy (Margaret Umbers) et de deux amis, Jeannie (Norelle Scott) et Lucas (William Upjohn), il prend la route en direction d’une île isolée où Howell poursuit ses expériences interdites, transformant des humains en zombies à sa solde. Animé par la rage et la culpabilité, Michael n’a plus qu’un objectif : affronter l’homme qui a détruit sa vie, se venger du meurtre de ses parents et mettre un terme aux agissements du docteur Howell avant que son délire scientifique ne condamne définitivement l’humanité…

L’île du docteur barjo

Death Warmed Up ne cherche jamais à approcher un quelconque réalisme. Ici, tout est excessif, outrancier, pour ne pas dire caricatural. Le savant fou halluciné, les jeunes héros écervelés, les rednecks dégénérés, les infirmières et les insulaires au comportement bizarre, tous participent à cette galerie de freaks totalement invraisemblables. Le scénario lui-même fait du hors-piste. La quête de vengeance de Michael, qui en constitue pourtant le moteur dramatique principal, est ainsi expédiée sans véritable développement, comme si le film s’en désintéressait rapidement. On sent clairement que Death Warmed Up néglige le terrain de l’écriture pour privilégier l’impact immédiat, l’expérience sensorielle et visuelle. Blyth accentue donc ses effets de mise en scène, notamment dans cette étonnante séquence de poursuite à moto dans un tunnel qui doit beaucoup à Mad Max. Un soin indiscutable est apporté à la photographie, aux cadres, aux montages, avec une esthétique directement héritée de la culture clip et pub des années 80 (fumée, néons, contre-jours), tandis que l’usage du Steadicam, les plans captés par une caméra portée et la musique expérimentale accentuent ce sentiment permanent d’étrangeté. Et puis il y a le gore. Avec ses têtes qui explosent, ses trépanations graphiques, ses corps empalés et éventrés ou ses pendaisons dégoulinantes, Blyth anticipe les débordements sanguinolents que Peter Jackson popularisera quelques années plus tard. Au carrefour de L’Île du docteur Moreau, de La Nuit des morts-vivants et du futur Re-Animator, Death Warmed Up remportera en 1984 la Licorne d’Or au Festival International de Paris du film fantastique et de science-fiction, décernée par un jury présidé par Alejandro Jodorowsky.

 

(1) Interview en juillet 2016 sur le site Melissa Fergusson.

 

© Gilles Penso

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MORGAN (2025)

Une jeune fille à l’équilibre mental très fragile décide d’offrir à sa meilleure amie une poupée grandeur nature à son effigie…

MORGAN : KILLER DOLL

 

2025 – USA

 

Réalisé par Jose Prendes

 

Avec Shelby Wright, Bix Krieger, Daniel Ballard, Rhonda Bankston, Kayla Fields, Sara Kamine, Colin Kane, Ruby Lupoff, Sarah Lupoff, Scott Mazzapica, Michael Paré

 

THEMA JOUETS I TUEURS

Le succès de Megan ne pouvait pas laisser insensibles les responsables de la compagnie The Asylum, dont le cœur de métier est l’imitation à faible coût des grands hits du moment (tout particulièrement les films fantastiques, d’horreur et de science-fiction). N’ayant pas senti venir les prouesses au box-office du shocker réalisé par Gerard Johnston, le producteur David Michael Latt décide de se rattraper en profitant de l’annonce de la sortie de Megan 2.0 pour proposer sa propre histoire de poupée tueuse. Et comme il est toujours bon de semer la confusion chez les spectateurs, les petits génies de The Asylum trouvent un titre astucieusement mimétique : après Megan, voici Morgan. Il fallait y penser ! Quant à la date de sortie, elle est calée le 13 juin, devançant de presque quinze jours celle de Megan 2.0., comme à l’époque où Roger Corman se débrouillait pour couper l’herbe sous les pattes de Jurassic Park en distribuant son Carnosaur deux semaines avant le blockbuster de Spielberg. L’écriture et la réalisation de Morgan sont confiées à Jose Prendes, habitué aux séries B de cet acabit. Nous lui devons entre autres The Monster Man, Les Portes de l’enfer, The Exorcists ou Heretics. Il est donc en terrain connu.

Morgan raconte l’histoire de Darcy (Bix Krieger), une jeune fille traumatisée par la mort brutale de sa mère. Solitaire, marginale et franchement bizarre, elle tente de renouer les liens avec son ancienne meilleure amie, Astrid (Shelby Wright), à qui elle offre en guise de cadeau d’anniversaire Morgan, une poupée grandeur nature à son effigie. Surprise par un tel présent, Astrid découvre que Darcy est secrètement amoureuse d’elle et rêve que ses sentiments soient partagés – ce qui n’est pas le cas. Devenue la risée des amis d’Astrid, Darcy s’isole davantage, à la grande inquiétude de la psychologue qui s’occupe d’elle. Bientôt, une succession d’étranges événements et de morts inexpliquées frappent l’entourage d’Astrid. Car de toute évidence, Morgan n’est pas une simple poupée et semble animée par une sorte de quête meurtrière et vengeresse…

Le cadeau empoisonné

Morgan s’éloigne volontairement des canons esthétiques habituels des productions The Asylum. Ici, pas de robots ou d’extra-terrestres en images de synthèse bas de gamme mais une approche plutôt intimiste, dramatique et psychologique. Sans éclat mais soignée, la mise en scène capte efficacement les petites mesquineries entre les jeunes protagonistes, la marginalisation de Darcy et son obsession grandissante pour Astrid… L’entame fonctionne donc plutôt bien. Mais dès qu’il s’agit de basculer dans les codes du slasher, le film se prend les pieds dans le tapis. La cohérence n’a plus cours, les cadavres disparaissent comme par magie et les ficelles scénaristiques deviennent énormes. Quant au coup de théâtre qui nourrit le dernier acte, il se révèle parfaitement invraisemblable. Côté effets spéciaux, pas question de se compliquer la vie : une actrice avec un masque en plastique blanc et le tour est joué. Au passage, le look de cette poupée n’a rien à voir avec celui que montre le poster. Seul visage connu du casting, Michael Paré cachetonne mollement dans le rôle du père veuf qui écoute du jazz en dînant avec sa fille et se laisse draguer par sa prof de yoga. Nous sommes finalement très loin du concept de Megan, qui aura juste servi d’impulsion pour donner naissance à ce scénario certes original mais franchement improbable.

 

© Gilles Penso

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TARZEENA (2008)

Une île perdue, une sauvageonne en peaux de bêtes, un savant fou et un gorille incontrôlable sont au programme de cette comédie délurée…

TARZEENA : JIGGLE IN THE JUNGLE

 

2008 – USA

 

Réalisé par Fred Olen Ray

 

Avec Christine Nguyen, Nicole Sheridan, Alexandre Boisvert, Syren, Evan Stone, Michael Gaglio, Ed Polgardy

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I SINGES

Grand spécialiste du cinéma de série B, Fred Olen Ray aura consacré une grande partie de sa carrière à produire et réaliser des petites comédies érotiques directement destinées au marché vidéo. « Ces films étaient financés par leur préachat, et je conservais les droits DVD et monde », raconte-t-il. « C’était un business particulièrement juteux. Peut-être le seul genre, à ce moment là, où vous étiez sûr de ne pas perdre d’argent, et même de faire du profit. » (1) Fidèle à ses goûts et à ses habitudes, Ray injecte dans la plupart de ces longs-métrages du fantastique, de l’horreur ou de la science-fiction dès qu’il en a l’occasion, et c’est ainsi qu’est conçu Tarzeena, parodie délirante de Tarzan et de Sheena (comme son titre l’annonce de manière très explicite). « J’ai essayé d’intégrer des éléments de genre dans chacun de ces films pour m’amuser, mais aussi parce que c’était bien plus lucratif pour le marché DVD », poursuit-il. « Je me suis beaucoup amusé à les faire dans un premier temps, puis au bout d’une quarantaine d’entre eux je me suis contenté de les produire. Il s’agissait de petits métrages tournés rapidement, à moindre coût, sans aucune pression. » (2) Cette légèreté transparaît pleinement dans Tarzeena, comme le démontre le petit bêtisier qui fait office d’épilogue, reflet d’une atmosphère de tournage détendue et rigolarde.

La plantureuse Mandy (Nicole Sheridan) vient d’hériter de la fortune de son vieil oncle Milton. Avant de pouvoir toucher la somme colossale qui lui revient, elle doit retrouver le fils et la petite-fille de Milton, qui ont disparu il y a vingt ans sur l’île de Kong. Elle s’y rend donc à contrecœur en compagnie de son petit ami Ted (Alexandre Boisvert) et de l’exécuteur testamentaire Jed Slater (Ed Polgardy). Avec leur guide macho Jack Carver (Evan Stone), ils apprennent que le fils de Milton s’est crashé en avion dans la jungle et que sa petite-fille a survécu pour devenir la sauvageonne Tarzeena (Christine Nguyen). Pendant ce temps, dans son laboratoire secret, le maléfique docteur Mortimer (Michael Gaglio) mène d’inquiétantes expériences qui consistent à contrôler le cerveau des animaux de la jungle avec un microprocesseur de son invention. Après avoir ainsi lavé le cerveau de Tabonga, le fidèle gorille de Tarzeena, il décide de capturer la jeune femme elle-même pour en faire son esclave servile…

(Bienve)nue dans la jungle

Les premières minutes du film valorisent le double caractère érotique et exotique de l’entreprise : Tarzeena se baigne nue sous les cascades face au regard apathique d’hippopotames, de chameaux, de girafes, bref de toute une ménagerie insérée artificiellement dans le montage. Bien décidé à doter son film d’une coloration « pulp », Fred Olen Ray truffe ainsi son film de stock-shots animaliers et ne recule devant aucun excès : une plante carnivore en image de synthèse, des maquettes en perspectives forcées pour simuler un avion crashé ou un hélicoptère, un chaton qui rugit comme un lion, un acteur déguisé en gorille gesticulant, un savant fou aux intentions floues… Nous ne sommes pas loin du cinéma d’Ed Wood, quelque part à mi-chemin entre La Fiancée du monstre et La Fiancée de la jungle, mais avec une fort secourable couche de second degré parodique. D’où cette séquence absurde presque digne des ZAZ dans laquelle s’enchaînent tous les moyens de transports possibles et imaginables (avions, hélicoptères, voitures, bateaux, tramways, navettes spatiales, téléphériques) pour symboliser le voyage de nos héros vers l’île de Kong. Bien sûr, le quota de séquences de jambes en l’air est allègrement respecté, mais le film a le bon goût de ne jamais se prendre au sérieux, y compris au moment de son épilogue délicieusement cynique et amoral.

 

(1) et (2) Propos extraits du livre Fred Olen Ray : il était une fois à Hollywood de Damien Granger (2023).

 

© Gilles Penso

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ANACONDA (2025)

Jack Black et Paul Rudd s’agitent dans cette parodie/suite/reboot improbable du film de serpent géant de 1997…

ANACONDA

 

2025 – USA

 

Réalisé par Tom Gormican

 

Avec Jack Black, Paul Rudd, Steve Zahn, Thandiwe Newton, Daniela Melchior, Selton Mello, Ione Skye, Rui Ricardo Diaz, John Billingsley, Sebastian Sero

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES I SAGA ANACONDA

Sur le podium des projets cinématographiques les plus improbables et les plus incongrus de ces dernières années, Anaconda version 2025 occupe une jolie place. Car enfin, qui donc a pu penser que la mise en production d’une parodie du semi-nanar réalisé par Luis Llosa en 1997 était une bonne idée ? À part la présence en tête d’affiche de Jennifer Lopez, les cabotinages de Ice Cube et Jon Voigt et ce serpent géant mi-numérique mi-mécanique déjà daté à l’époque de la sortie du film, il n’y avait déjà pas grand-chose de mémorable à se mettre sous la dent dans l’Anaconda original. Les quatre séquelles dont il fut bizarrement affublé, toutes plus anecdotiques les unes que les autres, s’échinèrent d’ailleurs à prouver les limitations de son concept. Alors pourquoi un reboot comique ? Et pourquoi convoquer deux stars – en l’occurrence Jack Black et Paul Rudd – pour en tenir la vedette ? Que s’est-il passé chez Sony Columbia pour qu’un tel projet soit validé ? Il faut croire que Sanford Panitch, patron du studio, trouva l’idée judicieuse. Toujours est-il que Tom Gormican, sur la foi de son sympathique Un talent en or massif (avec Nicolas Cage dans son propre rôle) eut le feu vert pour se lancer dans cet étrange objet filmique, avec à sa disposition un confortable budget de 45 millions de dollars.

Jack Black incarne Doug, qui végète dans une petite société spécialisée dans les vidéos de mariage, alors qu’il n’aime que les films d’horreur et rêve d’en réaliser depuis toujours. Paul Rudd, lui, campe Griff, un acteur de seconde zone qui cherche désespérément à percer mais rate la plupart de ses auditions. Amis depuis l’enfance, à l’époque où ils tournaient des films amateurs (notamment leur « chef d’œuvre » consacré à un Sasquatch), tous deux sont des fans inconditionnels du film Anaconda, qui berça leurs jeunes années. Or Griff vient de manière totalement invraisemblable d’en récupérer les droits. Et il propose à Doug d’en profiter pour en réaliser un reboot, façon « cinéma indépendant ». Les deux compères partent donc en Amazonie, caméra au poing, accompagnés par leurs amis de longue date Kenny (Steve Zahn) et Claire (Thandiwe Newton). Sur place, ils entrent en contact avec un dompteur de serpent (Selton Mello) ainsi qu’avec une jeune Brésilienne traquée par des trafiquants (Daniela Melchior) qui met un bateau à leur disposition. Le tournage commence bien, mais un anaconda grand comme un dinosaure rôde dans la jungle et dévaste tout sur son passage…

Serpent à sornettes

On ne s’attendait pas à grand-chose, donc la déception n’est pas très grande. Il n’en demeure pas moins que cet Anaconda à mi-chemin entre la séquelle, le remake meta, le reboot et le pastiche nous laisse de marbre. Certes, Jack Black et Paul Rudd font le job et semblent beaucoup s’amuser. Mais ce n’est évidemment pas suffisant pour provoquer l’hilarité des spectateurs. Entre deux gags patauds et une poignée d’attaques spectaculaires du reptile titanesque, il n’est pas interdit d’étouffer quelques bâillements ou de regarder sa montre. Le film donne surtout l’impression de n’aller nulle part, comme s’il avançait en pilote automatique, tellement confiant dans l’absurdité de son concept et dans l’abattage de son casting qu’il en oublie de s’articuler autour d’un scénario digne de ce nom. Or le choix de la farce burlesque n’exclut pas la rigueur d’écriture, bien au contraire. D’ailleurs, même dans un cadre aussi parodique, comment croire à des personnages vouant un tel culte au film Anaconda ? L’idée est aussi peu crédible que celle du groupe de jeunes adultes qui idolâtrent Arthur et les Minimoys dans Arthur : Malédiction. Bien sûr, cet Anaconda cligne souvent de l’œil vers le film original mais aussi vers Jurassic Park (les tenues des acteurs, le plan du rétroviseur) et quelques classiques du cinéma de genre (les posters d’Inferno et du Blob accrochés dans le bureau de Doug). Voici donc une entreprise sympathique, certes, mais parfaitement facultative, à l’image de la bande originale gentiment exotique composée par David Fleming.

 

© Gilles Penso

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JIGSAW (2002)

Cinq étudiants en art fabriquent un mannequin biomécanique qui, soudain, se réveille et décide de les assassiner…

JIGSAW

 

2002 – USA

 

Réalisé par Don Adams et Harry James Picardi

 

Avec Barret Walz, Aimee Bravo, Mia Zifkin, Arthur Simon, Maren Lindow, James Palmer, Mark Vollmers, David Wesley Cooper, Marissa Adams, Brian Ellis

 

THEMA OBJETS VIVANTS I SAGA CHARLES BAND

Avant de réaliser le long-métrage Vengeance of the Dead pour Charles Band, Don Adams et Harry James Picardi jouèrent les couteaux suisses au sein des productions Full Moon, assurant notamment les rôles de monteurs et de sound designers sur des films aussi variés que Kraa ! The Sea Monster, Clockmaker, Frankenstein Reborn !, Murdercycle, Dead & Rotting, Veronica 2030, Witchouse, Les Morts haïssent les vivants, Alien Arsenal, Retro Puppet Master, Cryptz ou Killjoy 2. À cette époque florissante (où la quantité, hélas, était bien souvent préférée à la qualité), il n’était pas rare que trois ou quatre films soient mis en production chaque mois dans l’usine à série B de Band. Fort de leur Vengeance of the Dead, les duettistes se voient confier un autre film pour Full Moon dont ils signent une fois de plus la réalisation, le scénario, le montage et la production, le tout pour la très modique somme de 30 000 dollars. Et comme on pouvait le craindre, les ambitions artistiques de ces deux natifs du Wisconsin – où le film est tourné, comme le précédent – se heurtent à des contraintes budgétaires drastiques. Difficile de faire des merveilles avec si peu d’argent en poche et un planning de douze jours de tournage.

On ne peut pas reprocher au scénario de Jigsaw son manque d’originalité. La séquence d’introduction nous apprend que cinq étudiants en art sont mis au défi par leur professeur de créer une œuvre originale à partir des pièces détachées d’un mannequin d’apparence humaine. Charge à eux de customiser cette tête, ce torse, ces bras et ces jambes et de les assembler pour concevoir une sorte de Golem de leur invention en y injectant leurs peurs les plus intimes et leurs secrets les plus sombres. D’où le titre du film, qui signifie littéralement « puzzle ». Pour se donner de l’inspiration et du cœur à l’ouvrage, ils se retrouvent tous les cinq avec leur prof dans un bar et se confient les uns aux autres. À l’issue de cet exercice atypique, le résultat obtenu est une sorte de robot biomécanique bizarre équipé notamment d’un fusil à canon scié dans une main, d’une scie circulaire dans l’autre et d’une caméra greffée sur le visage. Pour aller au bout de la démarche artistique, les étudiants doivent mettre leur création au bûcher et voir tous leurs griefs et tous leurs mauvais souvenirs s’envoler. Mais il semblerait que Jigsaw n’ait pas spécialement envie d’être immolé…

Cadavre exquis

Pendant cinquante bonnes minutes, le film se soustrait à tout élément fantastique pour prendre les allures d’une chronique étudiante gorgée de séquences de dialogues conçues manifestement pour approfondir la personnalité des personnages et leurs fêlures. À ce titre, les flash-backs en noir et blanc qui décrivent les ravages de la toxicité masculine sur deux jeunes femmes (un père abusif et un mari violent) frappent par leur crudité. Mais dans la foulée, les victimes sont transformées en objets sexuels par le film dans des séquences clippées en totale rupture avec ce qui précède. Les intentions des deux auteurs/réalisateurs nous échappent donc un peu. Et lorsqu’enfin le mannequin se réveille et décide de massacrer tous ceux qui croisent sa route, aucune explication ne vient justifier ce virage surnaturel. Le Jigsaw se réveille et tue, c’est tout. Pas même un petit coup de baguette magique, une quelconque incantation vaudou ou même une décharge électrique vivifiante. Rien. Comme si Adams et Picardi se désintéressaient totalement de cette partie du film, par ailleurs très routinière. Il faut dire que le look de ce monstre patchwork n’est pas très concluant – une tête en plastique affublée d’une coupe iroquoise, une démarche rigide – et que les meurtres s’enchaînent de manière très mécanique, jusqu’à un final particulièrement abrupt. Dommage que le dernier acte de Jigsaw soit expédié de manière si désinvolte, parce que le concept ne manquait pas d’audace.

 

© Gilles Penso

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