LES HOMMES D’UNE AUTRE PLANÈTE (1976)

L’un des nanars les plus invraisemblables du cinéma asiatique met en scène des Martiens très méchants, une statue géante et un super-robot…

HUO XING REN

 

1976 –TAIWAN / THAILANDE / JAPON

 

Réalisé par Hung-Min Chen

 

Avec Chiang-Lung Wen, Bao-Yu Wang, Hsiao-Hsuan Lu, Mien Fang, Yeh Fang, Han Chang, Wei-Hsin Chang, Tien-Cheng Chen, Ai-wen Chou, Tse-Ching Huang

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

En 1974, le réalisateur thaïlandais Sompote Sands (Crocodile) collabore avec le studio japonais d’Eiji Tsuburaya (créateur des effets spéciaux de la saga Godzilla originale) pour donner naissance à deux curiosités du cinéma bis asiatique : Hanuman pob Jed Yodmanud (baptisé sur le marché international The 6 Ultra Brothers vs. the Monster Army) et Yak Wat Jaeng phob Jambo A (alias Jumborg A & Giant). Dans le premier, le super-héros Ultraman s’allie au dieu-singe Hanuman pour affronter une armée de monstres recyclés des séries produites par Tsuburaya. Mais Yak Wat Jaeng phob Jambo A est un cas encore plus particulier. Dans ce film sans queue ni tête, le cyborg japonais géant Jumborg Ace (échappé de la série japonaise qui porte son nom) affronte la statue colossale Yak Wat Jaeng. Sorti en mars 1974, le film disparaît bientôt des radars, jusqu’à ce qu’une compagnie de production taïwanaise en récupère les droits et le remonte entièrement sous un nouveau titre : Huo Xing Ren, connu aussi sous le titre de Mars Men, et rebaptisé Les Hommes d’une autre planète pour sa distribution en France. Cette nouvelle version, celle que tout le monde connaît désormais, est réalisée par Chan Hung-Man. Celui-ci ajoute toute une série de nouvelles scènes dialoguées, avec un casting intégralement taïwanais, pour un résultat délirant qui défie l’entendement.

La première moitié des Hommes d’une autre planète s’intéresse à un jeune garçon qui, en voulant récupérer une balle égarée pendant une partie de base-ball, se retrouve dans un temple antique et aperçoit dans un souterrain une pierre émettant une lumière aveuglante qui lui fait perdre connaissance. Lorsqu’il revient à lui, il découvre une statuette vieille de 3000 ans représentant Yak Wat Jang, le « Gardien du Temple ». Pendant ce temps, son grand-père découvre à la télévision un message pirate diffusé par de vils extra-terrestres qui ont décidé d’envahir la Terre. Pour convaincre la population de la véracité de cette menace, le roi des Martiens (avec son masque figé et sa grande perruque rousse) s’agite aux côtés de son premier ministre (engoncé dans une combinaison digne d’un épisode de Spectreman). Leur objectif est de récupérer la « Pierre Solaire » qui est censée leur permettre d’activer une arme terrifiante depuis la base qu’ils ont installée sur la Lune. Or cette pierre est justement celle que l’enfant a vue sous terre. Soudain, la statuette émet un rayon radioactif qui contamine le garçon et son grand-père, lesquels partent à l’hôpital et disparaissent dès lors complètement du film. Car la seconde moitié délaisse quasi-totalement les personnages humains pour se concentrer sur les grosses bébêtes.

Des aliens, des dinosaures et Pink Floyd

A partir de là, Les Hommes venus d’une autre planète effectue un travail de recyclage complet des rushes de Jumborg A & Giant sous forme d’un gigantesque combat de catch aux allures de best-of des meilleurs combats de la série X-Or. La statue géante affronte d’abord un robot américain (le fameux Jumborg A) en croyant qu’il s’agit d’une menace, les deux créatures ajoutant au ridicule de leur morphologie et de leurs armes respectives (rouleau de papier extensible contre rayons en dessins animés) des dialogues absurdes. Puis, comprenant leur méprise, les deux héros titanesques s’en prennent au roi des Martiens (toujours prompt à secouer sa tignasse comme un chanteur de hard rock sous acide) et à son premier ministre (qui n’est visiblement là que pour sautiller et se plaindre). Pour mettre toutes les chances de son côté, le méchant alien sollicite alors deux alliés inattendus : des gros dinosaures en caoutchouc qui crachent de la fumée avec autant de grâce que des bibendums Michelin en état d’ébriété avancée. Ajoutez à ce cocktail des soucoupes volantes, des rayons lumineux psychédéliques, une arme redoutable à base de poils enveloppants, des héros humains en tenue d’aluminium et une bande originale empruntée un peu partout (y compris chez les Pink Floyd !) et vous obtenez un objet filmique unique en son genre, que tout amateur de folies sur pellicule se doit de découvrir et de conserver précieusement.

 

© Gilles Penso

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NEW YEAR’S EVIL (1980)

L’animatrice d’un show télévisé à succès reçoit en direct une menace téléphonique : un tueur a décidé d’ensanglanter le réveillon du nouvel an…

NEW YEAR’S EVIL

 

1980 – USA

 

Réalisé par Emmett Alston

 

Avec Roz Kelly, Kip Niven, Chris Wallace, Grant Cramer, Louisa Moritz, Jed Mills, Taafe O’Connell, Jon Greene, Teri Copley, Anita Crane, Jennie Franks

 

THEMA TUEURS

Les films d’horreur faisant bon ménage avec les dates commémoratives (Halloween, Noël, la Saint-Valentin, les anniversaires, les bals de fin d’année, les vendredi 13), pourquoi ne pas s’attaquer à la nuit de la Saint Sylvestre ? Tel est le raisonnement de Menahem Golan et Yoram Globus, les légendaires patrons de la compagnie Cannon Group, lorsqu’ils initient New Year’s Evil, un titre intraduisible en français qui joue avec les expressions « New Year’s Eve » (la veille du nouvel an) et « Evil » (le Mal). Christopher Pearce, qui en chapeaute la production, confie les rênes du projet à Emmett Alston, un réalisateur de séries B à la carrière discrète dont la filmographie oscille entre les comédies (Three-Way Weekend), les films d’action (American Ninja, Tigershark, Force of the Ninja, Little Ninjas) et la science-fiction (Transmutation). Tourné en pleine grève des acteurs, New Year’s Evil doit se rabattre sur des « seconds couteaux » pour occuper le haut de l’affiche. Le rôle principal est ainsi confié à Roz Kelly, que les fans de séries TV connaissent bien grâce au personnage récurrent qu’elle incarne dans Happy Days (l’une des petites amies de Fonzie). Le tueur, lui, prend le visage de Kip Niven, qui passe ainsi au premier plan après être apparu dans des films comme Magnum Force, 747 en péril ou Tremblement de terre. Malins, les producteurs se débrouillent pour que le film sorte douze jours à peine avant le réveillon du nouvel an de 1980.

Le passage à la nouvelle année approche à grands pas et la star de la télé Diane Sullivan (Roz Kelly, donc) organise une fête avec un compte à rebours jusqu’au petit matin. Cette émission en direct prend la forme d’un concert survolté tandis que les standardistes prennent les appels des téléspectateurs invités à voter pour le tube de l’année. Tout se passe bien jusqu’au moment où Diane reçoit à l’antenne le coup de téléphone d’un inconnu à la voix étrange qui lui annonce que, lorsque le Nouvel An sonnera dans chaque fuseau horaire, une « vilaine fille » sera assassinée, jusqu’à ce que Diane elle-même finisse entre ses griffes. L’équipe du studio décide aussitôt de renforcer la sécurité, mais à l’autre bout des États-Unis, une infirmière est retrouvée sauvagement assassinée, preuve que ces menaces ne sont pas à prendre à la légère. Tandis que le lieutenant Ed Clayton (Chris Wallace), de la police de Los Angeles, mène mollement l’enquête, le meurtrier (Kip Niven) poursuit tranquillement ses méfaits sanglants…

Réveillon sanglant

La crédibilité de New Year’s Evil est sérieusement entachée par son approche globalement caricaturale. Le groupe qui égaie le show télévisé s’affuble d’un look improbable à mi-chemin entre le rock, le punk et la new wave, tandis que le public qui s’agite dans la fosse de manière désarticulée semble sous l’emprise d’un cocktail de drogues hallucinogènes. Certains personnages secondaires évacuent eux aussi toute demi-mesure, comme les filles faciles qui tombent entre les bras du tueur ou ce psychologue exagérément pédant dépêché pour aider la police. L’une des originalités du film tient au fait que le visage du tueur nous est révélé dès le début. Le mystère n’est donc pas lié à son identité mais à ses motivations. Par la force des choses, c’est presque lui qui s’impose comme le véritable protagoniste du récit. D’autant que le scénario multiplie les obstacles sur sa route – des hell’s angels agressifs, les policiers sur le point de l’intercepter, la « bonne copine » encombrante – au point que le spectateur en vient paradoxalement à s’identifier à lui, voire à devenir son complice involontaire. Dommage que le comportement de cet assassin adepte des déguisements (médecin, prêtre, flic) soit souvent incompréhensible. Mais si l’on parvient à passer outre les nombreuses incohérences et énormités du script, on se laisse prendre au jeu de ce slasher atypique qui ose quelques idées de mise en scène audacieuses (les coups de couteau successifs montés parallèlement avec les gros plans des fêtards qui soufflent dans des trompettes) et se fend d’une poignée de clins d’œil cinéphiliques comme La Dame rouge tua sept fois projeté dans un drive-in ou l’effet de déformation de la voix emprunté à Phantom of the Paradise.

 

© Gilles Penso

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LE GLADIATEUR DU FUTUR (1983)

Dans le New York irradié du futur, le participant d’un jeu télévisé extrêmement dangereux accepte d’apporter son aide à des mutants traqués…

ENDGAME – BRONX LOTTA FINALE

 

1983 – ITALIE

 

Réalisé par Joe d’Amato

 

Avec Al Cliver, Laura Gemser, George Eastman, Dino Conti, Hal Yamanouchi, Gabriele Tinti, Mario Pedone, Gordon Mitchell, Nello Pazzafini, Christopher Walsh

 

THEMA FUTUR I MUTANTS

Ah, Joe d’Amato ! Son seul nom suffit à élargir le sourire de tous les amateurs de cinéma bis italien, encore sous le charme de ses exactions dans le domaine de l’horreur excessive (Blue Holocaust, Anthropophagous, Horrible), de l’érotisme déviant (Emanuelle et les derniers cannibales, La Nuit fantastique des morts-vivants) ou de l’heroic-fantasy bas de gamme (Ator et sa suite). Un tel homme ne pouvait décemment pas passer à côté de la vogue des films post-apocalyptiques motivés par les succès de New York 1997 et Mad Max 2. À cette occasion, il troque son pseudonyme habituel (son vrai nom est Aristide Massaccesi) contre des alias lui donnant les allures d’un réalisateur américain, et se lance coup sur coup dans 2020 Texas Gladiator (en étant crédité comme « Kevin Mancuso ») et Le Gladiateur du futur (en tant que « Steven Benson »). Ces deux films sont tournés dans la foulée et partagent même plusieurs acteurs, artistes et techniciens. C’est ainsi que Al Cliver (alias Pierluigi Conti), acteur pour Lucio Fulci dans L’Enfer des zombies et L’Au-delà, revient prêter son regard ténébreux et sa silhouette sportive au Gladiateur du futur après avoir été le héros de 2020 Texas Gladiator. Et une fois de plus, le scénario est co-écrit par Aldo Florio, auteur de plusieurs westerns spaghetti.

Nous sommes en l’an 2025, et un holocauste nucléaire (qui irradie de toute son incandescente photogénie le générique de début) a transformé New York en tas de ruines. La cité est désormais habitée par des bandes de charognards difformes qui se partagent les cadavres avec les rats, et sécurisée d’une main ferme par des troupes d’élites au service d’un gouvernement dictatorial. Pour maintenir la paix parmi les rares survivants, il existe une émission de téléréalité dans laquelle les candidats sont pris en chasse par des tueurs sans pitié. S’ils s’en sortent vivants, ils remportent une importante somme d’argent et peuvent rejouer. La star du jeu est Ron Shannon (Al Cliver), qui se lance dans une nouvelle partie avec une fois de plus trois assassins féroces lancés sur ses traces. Alors qu’il est poursuivi de toutes parts, une jeune femme le contacte et lui demande son aide. Il s’agit de Lilith (Laura Gemser), une mutante télépathe qui, comme tous ses semblables, est traquée par les élites au pouvoir de la ville, désireuses de tous les éliminer dans la mesure où ils sont jugés dangereux. Contre une quantité importante de lingots d’or, Lilith propose à Shannon de monter une équipe pour l’escorter avec un groupe de mutants à l’extérieur de la ville…

Running Mad Max

À la lecture de ce résumé, on constate que le point de départ évoque beaucoup Le Prix du danger (sorti la même année que Le Gladiateur du futur) et annonce Running Man. D’ailleurs, l’intrigue se situe en 2025, comme dans le roman de Stephen King. Cela dit, cette idée de jeux cruels où le candidat joue sa vie n’est pas neuve et alimentait déjà des œuvres aussi diverses que La Dixième victime ou Punishment Park. Et si Joe d’Amato se soucie visiblement plus de ses séquences d’action que d’une quelconque satire sociale, on apprécie tout de même ce trait d’humour récurrent au cours duquel le présentateur TV glisse des messages publicitaires vantant les mérites d’une boisson énergétique. Certes, le trait est forcé et l’uniforme des policiers arborant un casque allemand frappé du logo SS (pour « Security Service ») ne fait pas dans la dentelle, mais on ne visionne pas un film comme Le Gladiateur du futur pour la finesse de son analyse des travers humains. Le scénario bifurque à mi-parcours pour abandonner le jeu télévisé au profit d’une sorte de relecture des Sept mercenaires truffée de morceaux de bravoure insensés, comme un combat contre des moines aveugles belliqueux ou l’attaque de motards dégénérés (dont la plupart sont des mutants empruntant leurs traits aux singes, aux reptiles ou aux poissons). Certes, les moyens sont limités et les décors minimalistes (ruines, terrains vagues, campagnes désertes, usines désaffectées), mais D’Amato en tire parti habilement, dans une ambiance de western sans doute mise en avant par son co-scenariste, et orchestre une série de combats fort bien menés. Voici en tout cas l’une des imitations les plus distrayantes et les plus décomplexées de Mad Max 2 et New York 1997, à une époque où la production de tels films était un véritable sport national en Italie.

 

© Gilles Penso

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BIKINI FRANKENSTEIN (2010)

Renvoyé de l’université où il enseignait, le docteur Frankenstein veut prouver la viabilité de ses théories en ressuscitant une sculpturale playmate…

BIKINI FRANKENSTEIN

 

2010 – USA

 

Réalisé par Fred Olen Ray

 

Avec Jayden Cole, Frankie Cullen, Brandin Rackley, Christine Nguyen, Billy Chappell, Ted Newsom, Ron Ford, Alexis Texas

 

THEMA FRANKENSTEIN

Bikini Frankenstein est un film qui présente le mérite d’annoncer d’emblée la couleur grâce à son titre sans équivoque. Nous sommes ici en présence d’une comédie érotico-fantastique ne devant à Mary Shelley qu’un prétexte pour déshabiller son casting féminin et enchaîner les gags en-dessous de la ceinture. Après avoir écumé l’horreur et la science-fiction fauchées dans les années 80 (Scalps, Hollywood Chainsaw Hookers, Evil Toons), Fred Olen Ray comprend très tôt que le marché évolue. Les chaînes câblées et la vidéo réclament des films courts, peu chers et suffisamment suggestifs pour capter l’attention sans franchir la ligne de la pornographie. Le « bikini movie » devient alors une réponse idéale. Héritier lointain des « beach movies » innocents des sixties, ce sous-genre mutera sous sa caméra en un produit parfaitement formaté : des comédies légères, de l’érotisme soft et une efficacité industrielle. Des titres comme Bikini Summer, Bikini Beach Race, Bikini Squad ou Bikini Airways illustrent parfaitement cette formule à base de budgets minuscules, de tournages express et de castings composés de mannequins et de playmates. Bikini Frankenstein respecte strictement la même recette, et comme pour les autres films de cette collection produite à la chaîne, Ray utilise le pseudonyme de Nicolas Medina, nom du personnage qu’interprète Vincent Price dans La Chambre des tortures.

En tout début de métrage, le docteur Victor Frankenstein (Frankie Cullen) est surpris en train de coucher en pleine classe avec Debbie (Alexis Texas) une de ses étudiantes peu farouches. Or celle-ci n’est autre que la fille du recteur (Ted Newsom). Immédiatement renvoyé de l’établissement, Frankenstein retourne dans sa Transylvanie natale et y poursuit ses expériences. Entre deux parties de jambes en l’air avec son avenante assistante Ingrid (Brandin Rackley), il essaie de ramener à la vie un corps fraîchement subtilisé à la morgue, celui d’une belle inconnue qu’il a baptisée Eve. Alors qu’il pense avoir échoué, après maintes autres tentatives infructueuses, la créature se réveille, pleine d’une libido ardente qui ne demande qu’à être assouvie. La première à tomber dans son étreinte torride est Ingrid. Car Eve est manifestement très attirée par les représentantes du sexe féminin, et tout particulièrement l’assistante de Frankenstein. Lorsque Victor s’apprête à retourner en Amérique pour présenter sa découverte à ses éminents collègues, les choses ne tardent pas à dégénérer.

Une créature de rêve ?

Les scènes érotiques sont intégrées de manière souvent très artificielle à cette intrigue qui, du reste, aurait bien du mal à tenir la route par elle-même. L’amateur y trouvera son comptant de sensations, tant Fred Olen Ray expose les chairs avec générosité, même si les nombreuses galipettes du film restent dans le domaine de l’érotisme soft. Le film existe d’ailleurs dans deux versions : le montage complet original de 81 minutes, et une variante beaucoup plus sage qui ne dure que trois quarts d’heure. Les acteurs jouent comme des savates, mais ce n’est pas bien grave, dans la mesure où personne – ni l’équipe du film ni les spectateurs – ne prend cette histoire au sérieux. Nous avons donc droit à un docteur de Frankenstein de pacotille qui ressemble à Thierry Lhermitte dans Le Père Noël est une ordure, à des scientifiques faussement sérieux engoncés dans des costumes de location, à une assistante délurée au faux accent tyrolien ou encore à une créature muette comme une carpe qui, du haut de son mètre 75, domine le reste du casting avec son impressionnante silhouette. On note aussi la présence de Christine Nguyen, habituée à ce genre de gauloiseries (Bikini Girls From the Lost Planet, Tarzeena, Bikini Jones and the Temple of Eros et plus d’une centaine d’autres titres de cet acabit). Ce Bikini Frankenstein fauché et simpliste parviendra à dérider sans prétention ceux qui accepteront de se prendre au jeu sans placer leurs attentes trop haut.

 

© Gilles Penso

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VENGEANCE OF THE DEAD (2001)

Un jeune homme rend visite à son grand-père à la campagne et se retrouve hanté par des rêves perturbants qui altèrent son comportement…

SLEEPWALKER / VENGEANCE OF THE DEAD

 

2001 – USA

 

Réalisé par Don Adams et Harry James Picardi

 

Avec Michael Galvin, Mark Vollmers, Susan Karsnick, Andrea Washburn, Bob Wilson, Dan Kelly, Dick Furniss, Ashley Bodart, June Gracious, Wil Brochtrup

 

THEMA FANTÔMES I SAGA CHARLES BAND

Si Vengeance of the Dead semble tant éloigné du style et de l’esthétique des films de la compagnie Full Moon, c’est parce qu’il fut commencé de manière totalement indépendante, avant que Charles Band n’en acquière les droits et n’en finance la post-production. Le long-métrage est donc tourné dans le Wisconsin, avec des moyens très modestes, par deux réalisateurs passionnés : Don Adams et Harry James Picardi. « Harry James et moi avons grandi et avons commencé à faire des films juste après cette formidable époque des vidéoclubs où l’on pouvait sortir n’importe quoi et le voir dans les rayons des magasins », raconte Don Adams. « C’est comme ça qu’on a eu droit à des films comme Abomination. Et le plus fou, c’est que les gens les louaient et les regardaient jusqu’au bout. » (1) Commencé à la fin des années 90 et achevé dix-huit mois plus tard, le film d’Adams et Picardi est initialement titré Sleepwalker. Mais en l’intégrant dans son catalogue, Charles Band veut un titre plus accrocheur et un poster choc, ce qui n’est pas forcément du goût des duettistes. « J’ai toujours pensé que Sleepwalker était un meilleur titre pour un film sur un gars qui fait du somnambulisme », avoue Adams. « Et le visuel qu’ils ont choisi était affreux. Sleepwalker a fini par devenir Vengeance of the Dead, un peu de la même façon que le vin tourne au vinaigre si on le laisse traîner trop longtemps. » (2) Malgré ce relifting discutable, le film aura au moins eu droit à une distribution plus importante que s’il était resté entre les mains de ses deux auteurs.

Michael Galvin incarne Eric, un jeune homme venu rendre visite à son grand-père (Mark Vollmers) qui vit modestement dans la petite ville de Harvest. Décédée il y a peu, la grand-mère d’Eric avait préparé un cadeau à son attention : une maquette de navette spatiale radiocommandée. Passionné d’espace, notre héros est aux anges et commence à s’amuser comme un gamin avec l’engin, jusqu’à ce qu’il atterrisse dans les décombres d’une maison démolie. En récupérant le jouet, Eric découvre une vieille cuiller qui date des années trente et qui exerce chez lui une étrange fascination. Il la ramène donc chez son grand-père, la nettoie minutieusement et la conserve dans un tiroir. Dès lors, ses nuits sont hantées par des rêves troublants. Il aperçoit d’abord une fillette qui fait de la balançoire en riant. Or ces visions perdurent en plein jour. Plus tard, il revoit cette même présence, mais à l’âge adulte. Ce fantôme venu du passé va commencer à influencer son comportement. Car le voilà soudain pris de crises de somnambulisme aux conséquences destructrices…

Le somnambule

Le semi-amateurisme de l’entreprise saute immédiatement aux yeux – et aux oreilles : une photographie réalisée avec la lumière disponible, une texture d’image granuleuse, une prise de son approximative, une bande-son bricolée avec des nappes synthétiques et des morceaux de blues ou de country, des acteurs au jeu très minimaliste. Mais ces limitations finissent bizarrement par jouer en faveur de Vengeance of the Dead, le dotant d’une atmosphère troublante et d’une sorte d’authenticité indéfinissable. Avec cette patine et cette mise en forme, le film semble d’ailleurs plus appartenir aux années 80 qu’au 21ème siècle. D’autant que les technologies mises en scène (télévision cathodique, téléphone filaire) collent à ce sentiment atemporel. Les choix de mise en scène de Don Adams et Harry James Picardi savent surprendre, comme en témoigne par exemple l’emploi d’une caméra subjective achrome qui tourne autour de la maison ou du protagoniste, évoquant une entité mystérieuse qui observe et influe sur le cours des événements. Mais ce sont les audaces scénaristiques qui frappent le plus. La scène où Eric, dans un état second, déterre le cadavre d’un suicidé pour l’immoler a quelque chose de très perturbant. Tout comme cette séquence du vieil homme libidineux qui se cache pour espionner une adolescente dans sa salle de bains. De fait, malgré ses maladresses et son rythme un peu languissant, cet exercice de style se révèle très prometteur. Adams et Picardi enchaîneront avec Jigsaw, toujours pour Charles Band.

 

(1) et (2) Propos extraits du livre It Came From the Video Aisle ! (2017)

 

© Gilles Penso

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ROBOT GIRLFRIEND : REVENGE (2025)

Dans ce film de science-fiction ultra-minimaliste, un homme analyse le comportement de sa nouvelle compagne, une jeune femme 100% artificielle…

ROBOT GIRLFRIEND : REVENGE

 

2025 – USA

 

Réalisé par Jamie Grefe

 

Avec Sofia Papuashvili, Jamie Grefe

 

THEMA ROBOTS

Stakhanoviste du cinéma de série B, Jamie Grefe est un cas très particulier, enchaînant les tournages avec une boulimie peu commune. Au cours de l’année 2025, il aura réalisé une bonne quarantaine de longs-métrages ! Qui dit mieux ? Des thrillers, de la science-fiction, de l’horreur, bref une infinité de productions minimalistes et souvent expérimentales, bricolées avec des budgets microscopiques, dans lesquels le réalisateur joue la plupart du temps les rôles principaux et que personne ou presque n’a vus tant leur circuit de distribution est précaire, pour ne pas dire inexistant. Certains finissent tout de même par atterrir sur les plateformes de streaming et de VOD, comme par exemple Torment of the Witch (une histoire de sorcellerie), The Centipede Strangler (un slasher glauque), Blood Rush (un thriller avec un masque hanté) ou Paranormal Body Stream (un space opera horrifique). C’est aussi le cas de Robot Girlfriend : Revenge, entièrement tourné avec un iPad Pro, dans un décor unique et avec deux acteurs seulement : Grefe lui-même (qui tient la caméra et dont on entend seulement la voix, selon les codes éprouvés du « found footage ») et Sofia Papuashvili, qui assure le rôle de la jolie androïde et qui n’en est pas à son coup d’essai avec le réalisateur.

En entrant dans la peau d’un spécialiste de la robotique prénommé Bryan, Jamie Grefe filme en caméra subjective le comportement et les progrès de sa compagne Nao, une jeune femme artificielle dont il a assuré la programmation et qui se recharge dans le placard à balais. Admiratif, il observe sa capacité à comprendre des instructions simples, à faire le ménage, à converser, à se brosser les cheveux, bref s’émerveille d’un rien. Nao – alias le « modèle 742 » – réagit donc plutôt bien à tous les stimuli mais semble étrangement fascinée par les couteaux rangés dans la cuisine, qu’elle ne peut s’empêcher de manipuler. Sans doute y’a-t-il quelques petites choses à revoir dans sa programmation. Pour le reste, Nao remplit toutes ses fonctions avec beaucoup de talent, y compris celle d’amante. Sur ce point, il nous faudra cependant faire fonctionner notre imagination, puisque Bryan coupe logiquement son iPad dans la chambre à coucher.

La parfaite petite-amie ?

Le sujet est intéressant et le jusqu’au-boutisme du dispositif de mise en scène parvient assez tôt à intriguer les spectateurs. Certes, cette vision incroyablement machiste de ce qu’est censée être une parfaite petite-amie (mi-ménagère mi-poupée gonflable), nous laisse très perplexes, mais on imagine que le scénario va puiser dans ces clichés pour rebondir. Il n’en est rien, hélas, et Robot Girlfriend : Revenge prend rapidement la tournure du film le plus ennuyeux de tous les temps. Voir une actrice faire le ménage ou se coiffer en temps réel n’a en effet rien de très palpitant, c’est le moins qu’on puisse dire. Ce manque absolu de péripéties finit par produire un effet presque hypnotique, comme ces vidéos ASMR dont la vacuité peut au choix fasciner ou affliger. Par ailleurs, le film ne parvient pas à conserver la radicalité de son principe de caméra subjective jusqu’au bout, puisque certaines scènes qui montrent les agissements bizarres de Nao ne sont pas vues – et donc pas filmées – par le protagoniste, tout en conservant pourtant leur caractère de caméra portée accidentée. Allez comprendre. Une fois que la chute – très prévisible – survient et que le réalisateur n’a plus rien à raconter, il continue à jouer les prolongations pendant près de dix interminables minutes, jusqu’à un petit twist final en forme de coup de coude complice aux spectateurs qui achève de renforcer cette sensation de fumisterie généralisée. À ce rythme-là, on comprend mieux comment Jamie Grefe parvient à tourner des dizaines de longs-métrages chaque année.

 

© Gilles Penso

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L’INCROYABLE GÉNIE (1999)

Un gamin solitaire hérite accidentellement d’une lampe magique abritant un génie sympathique mais très maladroit…

THE INCREDIBLE GENIE

 

1999 – USA

 

Réalisé par Alexander Cassini

 

Avec Matt Koruba, Stacie Randall, Biff Manard, George Miserlis, Amanda Fuller, Dean Scofield, Tom Fahn, Justin Brown, Eugen Cristea, Vasile Filipescu

 

THEMA MILLE ET UNE NUITS I MOMIES I SAGA CHARLES BAND

C’est en 1994 que le projet d’un film familial déclinant le motif de la lampe magique commence à se dessiner au sein de la compagnie Full Moon, sous un premier titre réduit à sa plus simple expression : Génie. Il ne sera tourné finalement qu’en 1997 pour le label Moonbeam et ne sera distribué en vidéo que deux ans plus tard. Car les productions de Charles Band, souvent bricolées avec les moyens du bord et conçues de manière fort précaire, sont rarement de « longs fleuves tranquilles ». Le concept de L’Incroyable Génie fait beaucoup penser au Aladdin de Sergio Corbucci, avec Bud Spencer dans le rôle de la sympathique créature enturbannée pourvoyeuse de vœux. La réalisation en est confiée à un nouveau venu dans l’écurie Charles Band, Alexander Cassini, dont la seule mise en scène jusqu’alors était le slasher Star Time, et dont la modeste carrière allait ensuite se poursuivre sur les petits écrans. Sans surprise, le style visuel du film se conforme à celui de la grande majorité des films Moonbeam, cumulant bon nombre de récurrences avec lesquelles les amateurs sont désormais habitués : le tournage se déroule en Roumanie, les seconds rôles sont assurés par des acteurs locaux doublés en anglais et un château médiéval sert de décor à plusieurs séquences.

L’intrigue démarre comme l’imitation bon marché d’un Indiana Jones. L’explorateur Peter Dopler (George Miserlis) et son guide Ali (Eugen Cristea) s’aventurent sur un site égyptien antique. Alors qu’une paroi s’effondre accidentellement, les voilà en présence d’une chambre secrète. Parmi les vestiges qu’ils découvrent (grâce à des « lunettes détectrices d’aura ») se trouve une vieille lampe. Aussitôt, une momie improbable surgit et attaque notre archéologue qui réussit à s’en défaire en agrippant ses bandages. Après avoir tourbillonné comme un personnage de dessin animé, la créature est réduite à l’état de squelette (via une animation en image de synthèse particulièrement grotesque). Voilà pour le prologue. Changement de décor : place à Simon Alexander (Matt Koruba), un adolescent de 13 ans amoureux de sa camarade Emily (Amanda Fuller). Quand elle marche, il la voit au ralenti avec ses cheveux qui volent. Mais si Simon est un enfant précoce et intelligent, il n’a pas vraiment d’amis. Même lorsqu’il achète un énorme pot de glace à la cantine de l’école pour en offrir à tout le monde, sa cote de popularité reste au plus bas. Pour son anniversaire, sa mère invite chez eux un magicien. Or ce dernier est l’archéologue de la séquence d’introduction, qui arrondit manifestement ses fins de mois avec des tours de passe-passe. Sauf que Simon comprend tous ses tours et les explique scientifiquement, au grand dam du prestidigitateur qui repart, vexé, en oubliant derrière lui la lampe qu’il a découverte en Égypte. Voilà comment Simon en hérite. Bien sûr, lorsqu’il la frotte, un génie vieux de 4000 ans (Tom Fahn) en sort. Petit problème : ses talents pour exaucer les vœux ont sérieusement besoin d’être perfectionnés…

L’attaque de l’homme-serpent

Le scénario, écrit visiblement à la va-vite par Michael Davis et Jamie McLaughlin, exploite fort mal ce potentiel pourtant prometteur. Car l’humour de L’Incroyable Génie est pataud, les gags lourdauds, les scènes de confrontation de la créature antique avec le monde moderne guère inspirées. Le film regorge pourtant d’idées insolites, pour ne pas dire bizarres : la mère de Simon qui s’habille comme dans les années 60, un laboratoire où se pratiquent des expériences très inquiétantes sur des cobayes humains, la matérialisation dans le salon du jeune héros de tous les personnages que le génie a vus à la télé (gangsters, boxeurs, danseurs, policiers, professeurs d’aérobic), la maison elle-même qui se transforme en château du moyen-âge… Les effets visuels, eux, font ce qu’ils peuvent avec le maigre budget alloué, malgré quelques tentatives intéressantes d’exploiter l’élasticité corporelle du génie pour le montrer se contorsionner façon The Mask. Quant au final, il bascule presque dans l’épouvante, puisque le grand méchant du film, un savant fou (Biff Manard), se transforme soudain en homme-serpent digne de Dreamscape, via une combinaison d’images de synthèse et de prothèses créées par Gabe Bartalos, le temps d’un climax surprenant, pour ne pas dire violent. Car malgré leur uniformisation souvent terne, les productions Moonbeam s’autorisent parfois des « écarts de route » parfaitement inattendus.

 

© Gilles Penso

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CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE (1971)

Gene Wilder campe un Willy Wonka bizarre, exubérant et insaisissable dans cette féerie multicolore au charme toujours intact…

WILLY WONKA AND THE CHOCOLATE FACTORY

 

1971 – USA

 

Réalisé par Mel Stuart

 

Avec Gene Wilder, Jack Albertson, Peter Ostrum, Roy Kinnear, Julie Dawn Cole, Leonard Stone, Denise Nickerson, Nora Denney, Paris Themmen, Ursula Reit

 

THEMA CONTES

C’est en discutant avec sa fille de dix ans, enthousiasmée par le livre Charlie et la chocolaterie de Roald Dahl, que le réalisateur Mel Stuart conçoit l’idée d’en tirer un film. David Wolper accepte de prendre en charge la production et sollicite l’écrivain lui-même pour tirer un scénario de son roman. Cette tâche n’étant accomplie que partiellement, c’est finalement David Seltzer qui donne une forme définitive au script, avec l’aide de Robert Kaufman, même si tous deux ne sont pas crédités au générique pour des raisons publicitaires (Seltzer préfère en effet dire à tout le monde que c’est le prestigieux Roald Dahl qui a écrit le film). Mel Stuart envisageant Charlie et la chocolaterie comme une comédie musicale, le compositeur Leslie Bricusse (On ne vit que deux fois, L’Extravagant docteur Doolitle) s’embarque dans l’aventure, en collaboration avec Anthony Newley. Reste à trouver l’interprète de l’exubérant chocolatier Willy Wonka. Une quantité impressionnante de stars se bouscule au portillon pour obtenir ce rôle, de Peter Sellers à Fred Astaire en passant par tous les membres des Monty Pythons. C’est finalement Gene Wilder qui décroche la timbale. « Le rôle lui allait comme un gant, mieux encore qu’une combinaison de plongée au commandant Cousteau », racontera plus tard Mel Stuart. « Gene est arrivé, et j’ai tout de suite réalisé que sa présence, son humour et la lueur dans ses yeux étaient ceux de Wonka. Il avait ce côté sarcastique et démoniaque que nous recherchions. » (1)

Mais Wonka n’apparaît qu’au bout de trois quarts d’heure de film. Nous faisons d’abord la connaissance de Charlie Bucket (Peter Ostrum), un adolescent gentil et travailleur. Sa mère (Diana Sowle), blanchisseuse, arrive à peine à joindre les deux bouts pour subvenir aux besoins de Charlie et de ses quatre grands-parents allongés 24 heures sur 24 dans le même lit. Charlie les adore tous mais a noué un lien très particulier avec son grand-père Joe (Jack Albertson). Tout ce petit monde vivote dans la ville où le mystérieux, solitaire et génial Willy Wonka dirige son impressionnante chocolaterie. Wonka n’a pas été vu depuis des années, car il a fermé son usine au public après que ses concurrents se soient infiltrés chez lui pour voler ses secrets de fabrication. Cependant, Wonka a décidé de rouvrir l’établissement, mais uniquement à cinq enfants qui recevront chacun un approvisionnement à vie en chocolat. Les heureux élus sont ceux qui trouveront l’un des cinq tickets d’or cachés dans les barres chocolatées Wonka. Bien que les chances de Charlie d’obtenir un ticket d’or soient minces, il le désire plus que quiconque, et c’est ce petit rêve qui lui permet de garder le moral…

Candyman

Le portrait de l’enfance que nous dresse le film nous éloigne drastiquement des petits anges chers aux contes familiaux traditionnels. Ici, ils sont gloutons, arrogants, capricieux, pourris-gâtés, accros au chewing-gum ou intoxiqués de télévision. Bref, ils sont le fruit d’une éducation laxiste et d’une société de consommation qui les a mués en véritables petits monstres. Seul Charlie échappe à ce tableau peu reluisant, probablement parce que la pauvreté dans laquelle il grandit ne lui laisse guère le loisir de développer les travers de ceux qui s’apprêtent à devenir ses compagnons de visite de la mystérieuse chocolaterie. La première partie du film prend la tournure d’une désopilante satire de la société de l’époque. On se délecte notamment de cette série de saynètes absurdes tournant autour de la « Wonkamania », finalement très proches de l’humour grinçants des nouvelles « pour adultes » de Roadl Dahl. Sous la défroque de Willy Wonka, Gene Wilder est effectivement parfait. Se livrant à un exercice de funambulisme singulier à mi-chemin entre le paternalisme affectueux et la folie inquiétante, il se fend de répliques volontairement nébuleuses, telles que « Ne doutez jamais de ce qui est douteux » ou « Les absurdités font parfois la joie des sages ». Cerise sur le gâteau, les petits intermèdes musicaux des Oumpas Loumpas cachent derrière leurs mélodies légères et leurs chorégraphies primesautières une salve acerbe contre la permissivité excessive de certains parents face à leur progéniture. Sis dans de magnifiques décors multicolores où évoluent des véhicules improbables (le Wonka-boat, la Wonkamobile, le Wonkascenseur), Charlie et la chocolaterie est un classique intemporel, dont Tim Burton tirera un remake réussi en 2005.

 

(1) Extrait d’une interview réalisée pour AMC en 2008

 

© Gilles Penso

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IL ÉTAIT UNE FOIS À NOËL (2017)

Un couple de tueurs psychopathes, déguisés en Père et Mère Noël, massacre méthodiquement la population d’une petite ville américaine…

ONCE UPON A TIME AT CHRISTMAS

 

2017 – GB

 

Réalisé par Paul Tanter

 

Avec Simon Philips, Sayla de Goede, Laurel Brady, Jeff Ellenberger, Barry Kennedy, Susannah Mackay, Brook Fletcher, Devon Collins, Laura Darby, Eric Welch

 

THEMA TUEURS

Simon Philips semble nourrir une étrange fascination pour les fêtes de Noël, qu’il s’empresse de teinter de rouge sang dès que l’occasion se présente. Un traumatisme d’enfance, peut-être ? Quoi qu’il en soit, sa carrière de scénariste aligne plusieurs slashers situés en pleine période des fêtes, au milieu des sapins et des cadeaux : Il était une fois à Noël, sa suite Les Nuits avant Noël ou encore le film de vampires Silent Bite. Manifestement, l’écarlate de la robe de Saint Nicolas se marie parfaitement, à ses yeux, avec celui de l’hémoglobine. Philips est également acteur et collabore depuis 2011 avec le réalisateur Paul Tanter, figure du cinéma de genre anglais à très petit budget. Lorsqu’il s’attaque à Il était une fois à Noël, Tanter compte déjà une douzaine de longs-métrages à son actif : thrillers, films d’action, horreur, sans oublier une série consacrée aux hooligans. Le scénario d’Il était une fois à Noël est co-écrit par Tanter et Philips (qui endosse au passage le rôle du tueur psychopathe tout de rouge et blanc vêtu), avant d’être finalisé par Christopher Jolley. Cette production 100% anglaise est intégralement tournée au Canada, bien que l’intrigue soit censée se dérouler dans une petite ville de l’État de New York.

Nous sommes à Woodrige, dans le comté de Sullivan, une bourgade qui ne compte que quelques centaines d’habitants. Le 14 décembre, alors que les festivités commencent à se préparer et que les sapins scintillent un peu partout, le Père Noël d’un grand magasin est sauvagement assassiné alors qu’il rejoignait son véhicule dans le parking. Le lendemain, c’est un couple d’étudiants en train de fricoter dans une voiture qui est massacré. Selon un schéma bien connu, hérité des Dents de la mer, le shérif veut faire fermer le centre commercial et mettre en place un couvre-feu, mais le maire refuse pour éviter de mettre en danger l’économie locale. Or le carnage ne fait que commencer. Chaque jour, au fil d’une sorte de calendrier de l’avent macabre, le nombre de victimes augmente et la police, bientôt rejointe par le FBI, ne sait plus où donner de la tête. Peu à peu, les meurtres semblent converger autour de Jennifer (Laurel Brady), une ado qui est en train de subir le divorce imminent de ses parents…

Sang Nicolas

Si le générique du film, qui reprend « Jingle Bell » au piano sur un mode mineur et inquiétant, parvient à établir très efficacement une ambiance trouble, le reste du métrage n’a hélas pas la même subtilité. Il y avait pourtant un portrait intéressant à dresser autour de ce Père Noël borgne et brutal, au visage à moitié brûlé, dont le passé est directement lié à celui des protagonistes. Mais sa caractérisation reste très basique et son maniement de la hache ne lui permet guère de se démarquer d’un des mètre-étalons du genre, le Billy de Douce nuit sanglante nuit. L’idée de l’affubler d’une acolyte déguisée elle aussi aux couleurs de Noël était attrayante. Hélas, son interprète Sayla de Goede se contente de singer Margot Robbie dans Suicide Squad (mêmes couettes, même batte de base-ball, même rire hystérique), exhalant un inévitable parfum de déjà-vu. Autres entraves à notre implication dans le film : des acteurs souvent peu convaincants (des adolescents aux comportements à côté de la plaque, des agents du FBI qui semblent sortir du lycée) et un scénario qui prend l’eau de toutes parts, sabordé par ses incohérences à répétition. C’est d’autant plus dommage que le film ne manque pas de séquences réussies (le massacre dans les toilettes du bar, le plan-séquence dans le commissariat) ni de traits d’humour savoureux (le maire qui fréquente un club de strip-tease pour « favoriser le commerce local »). Paul Tanter lui-même soigne sa mise en scène en s’efforçant de masquer les très faibles moyens à sa disposition. Dommage que ce savoir-faire se mette au service d’un film si peu abouti.

 

© Gilles Penso

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A HOUSE OF DYNAMITE (2025)

Le gouvernement américain découvre qu’un missile nucléaire venu du Pacifique se dirige droit vers la ville de Chicago… Comment réagir ?

A HOUSE OF DYNAMITE

 

2025 – USA

 

Réalisé par Kathryn Bigelow

 

Avec Idris Elba, Rebecca Ferguson, Gabriel Basso, Jared Harris, Tracy Letts, Anthiny Ramos, Moses Ingram, Jonah Hauer-King, Greta Lee, Jason Clarke

 

THEMA POLITIQUE FICTION

Au début des années 1960, alors que les tensions entre l’Est et l’Ouest atteignent leur paroxysme et que la crise des missiles de Cuba laisse craindre l’éclatement imminent d’une troisième guerre mondiale, le cinéma de politique-fiction reflète les angoisses de la population américaine en montrant les effroyables conséquences d’une escalade de l’armement nucléaire. Le Dernier rivage, Point limite, Sept jours en mai ou Docteur Folamour en sont les représentants les plus emblématiques. Lorsque la guerre froide se ravive dans les années 80, les écrans nous mettent à nouveau en garde face à l’apocalypse : Le Dernier testament, Le Jour d’après, War Games ou le téléfilm La Troisième guerre mondiale relancent ainsi les hostilités. Depuis, ces jours sombres semblent s’être éloignés, mais l’Histoire a hélas une fâcheuse tendance à la répétition. À moins que les hommes n’apprennent décidément rien de leurs erreurs ? Toujours est-il que la situation géopolitique se révèle une fois de plus extrêmement tendue au mitan des années 2020. Kathryn Bigelow, grande spécialiste du cinéma d’action et de guerre (Point Break, Aux frontières de l’aube, Blue Steel, Strange Days, Démineurs, Zero Dark Thirty) décide donc à son tour de tirer la sonnette d’alarme en s’appuyant sur un scénario de Noah Oppenheim (Le Labyrinthe, Divergente 3). 

Tout commence un beau matin, à Washington. La routine bien établie des employés du gouvernement se met en place : agents de sécurité, soldats, fonctionnaires, gradés, chefs des opérations, attachés de presse, secrétaires… Mais soudain, le train-train quotidien se fige. Un radar basé dans le Pacifique détecte le lancement d’un missile balistique intercontinental non identifié. Rapidement, le projectile nucléaire entre en orbite basse et se dirige droit vers les États-Unis, plus précisément au cœur de la ville de Chicago qu’il menace de rayer de la carte. Qui a lancé ce missile ? S’agit-il d’une erreur ou d’une déclaration de guerre ? Comment l’intercepter ? Et comment riposter ? Pour décrire cette situation extrêmement tendue, le scénario décide d’adopter une multiplicité de points de vue héritée de Rashomon. Les mêmes événements sont donc racontés sous trois angles différents, mettant tour en tour en scène la responsable de la salle de crise de la Maison Blanche (Rebecca Ferguson), le général en charge du commandement stratégique (Tracy Letts) et le président américain (Idris Elba). Alors que l’explosion est imminente, le titre du film finit par prendre tout son sens…

Deep Impact

Le sentiment d’urgence nous est communiqué avec maestria par Bigelow qui opte pour une caméra portée en mouvement permanent, intégrant dans son montage des gros plans sur les visages et les regards crispés, souvent plus « parlants » que les dialogues eux-mêmes, ainsi que des détails apparemment anodins mais qui disent toute l’importance des enjeux humains. Il nous semble retrouver là, sous un jour modernisé et beaucoup plus réaliste, les montées d’adrénalines que nous procurait jadis une série comme 24 heures chrono. Ce scénario catastrophe est d’autant plus prenant qu’un travail minutieux de documentation semble avoir été effectué en amont pour décrire avec un maximum d’authenticité les protocoles, les voies hiérarchiques et surtout les fêlures d’un système qui semblait pourtant infaillible. La suite de cette chronique ne révèle rien de précis mais donne des indications sur les choix scénaristiques. Ceux qui souhaitent conserver une surprise totale sont donc invités à interrompre ici leur lecture. Le fait de refuser de conclure le film de manière explicite et de laisser un doute sur l’issue finale est forcément frustrant pour le spectateur. Kathryn Bigelow le sait et l’assume. Son intention n’est évidemment pas de provoquer l’effet d’un château de cartes qui s’effondre (poussant le public à s’exclamer « tout ça pour ça ? ») mais plutôt d’inviter à une interrogation personnelle. Car le président des États-Unis nous apparaît ici comme un homme dépassé par la situation, non par son incompétence mais parce que mille idées contraires se bousculent dans son esprit soudain sur-sollicité. Et finalement, une seule question subsiste face à un tel dilemme : qu’aurions-nous fait à sa place ? La réponse reste à la discrétion de chacun. D’où cette fin ouverte laissant l’inquiétude perdurer longtemps après le générique de fin.

 

© Gilles Penso

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