

Un automobiliste se retrouve coincé sous terre suite au gigantesque effondrement d’un tunnel et s’efforce de survivre coûte que coûte…
TEO-NEOL
2016 – CORÉE
Réalisé par Kim Seong-hun
Avec Ha Jung-woo, Bae Doona, Oh Dal-su, Shin Jeong-geun, Nam Ji-hyun, Cho Hyun-chul, Kim Hae-sook, Yoo Seung-mok, Park Hyuk-kwon, Parj Jin-woo
THEMA CATASTROPHE
En 2006, Kim Seong-hun réalise son premier long-métrage, une comédie au rythme soutenu baptisée How the Lack of Love Affects Two Men. Il faut attendre huit ans pour découvrir son film suivant, Hard Day, un thriller échevelé qui rafle de nombreux prix lors de ses passages en festivals à travers le monde, connaît même les honneurs d’une projection à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes et séduit le public coréen qui se déplace en masse pour le voir au cinéma. Porté par ce succès, Kim Seong-hun signe avec Tunnel son troisième long-métrage, adapté d’un roman homonyme de So Jae-won. Se réclamant autant d’Alfred Hitchcock que des frères Coen, le réalisateur ne s’embarrasse pas de préliminaires et entre directement dans le vif du sujet, balayant les conventions traditionnelles du cinéma catastrophe qui passent généralement du temps à présenter leurs protagonistes avant de déclencher le drame. « Ce type de narration me plait », explique-t-il. « Le principe consiste à montrer aux spectateurs un personnage dont ils ne savent rien, et qu’ils n’apprendront à connaître que lorsqu’il sera plongé dans une situation hors du commun. Ils découvrent alors son caractère à sa façon d’agir et de réagir face aux obstacles qui se dressent devant lui. Petit à petit, on finit par s’attacher à lui. Mais sa cause ne nous est pas acquise d’emblée. Nous sommes en présence d’un “Monsieur tout le monde” plongé dans une situation extraordinaire. Tout le monde peut s’identifier à lui. » (1)


Alors qu’il rentre retrouver sa famille après une journée de travail, Lee Jung-soo (Ha Jung-woo), vendeur de voitures, est en route pour son domicile, rapportant un gâteau d’anniversaire pour sa fillette. Sur le trajet, il est soudain enseveli sous un tunnel qui se disloque littéralement et s’effondre sur toute sa longueur. Paniqué, Jung-soo se retrouve isolé dans la carcasse de sa voiture, sous des tonnes de gravats qui menacent de l’écraser à tout moment. Par miracle, il parvient à entrer en contact avec le monde extérieur et à manifester sa présence. Scrutée et commentée par les médias, les hommes politiques et les citoyens du pays tout entier, une opération de sauvetage d’envergure nationale se met alors en place pour l’extraire de ce qui pourrait bien devenir son tombeau si leurs efforts ne sont pas couronnés de succès. Pendant ce temps, le malheureux joue sa survie avec les maigres moyens à sa disposition, ignorant combien de temps il sera capable de tenir dans de telles conditions…
Le sous-sol de la peur
Tel est le postulat passionnant de Tunnel, dans lequel Kim Seong-hun enterre vivant son infortuné héros pour mieux dénoncer les travers de la société coréenne. « Ce qui m’a beaucoup attiré dans cette histoire, c’est le fait qu’elle soit centrée sur un seul individu », nous raconte-t-il. « A mon avis, si le roman s’était intéressé à plusieurs personnes coincées sous le tunnel effondré, il aurait été moins intéressant. Parce qu’on ne peut pas mesurer la valeur de la vie humaine en fonction de la quantité de victimes. Un seul rescapé permettait de traiter la solitude et la peur de manière très intimiste. » (2) Le sujet de Tunnel pose en effet un cas de conscience assez particulier et soulève un certain nombre d’interrogations : faut-il déployer autant de moyens financiers, techniques et humains, quitte à risquer des vies, pour sauver un seul homme ? Comment ne pas perdre peu à peu l’espoir et la motivation ? La société actuelle ne dévalorise-t-elle pas trop souvent la vie humaine ? Pour se réapproprier le récit original, Kim Seong-hun a la bonne idée d’ajouter des détails et des seconds rôles qui enrichissent sa narration. D’où la présence de Mina (Nam Ji-hyun), la jeune femme qui est coincée elle aussi dans sa voiture, ainsi que de son petit chien qui joue un rôle à un moment clé du film. Suspense, action, drame, comédie et même épouvante cohabitent étroitement dans ce film catastrophe décidément pas comme les autres. Ses sept millions d’entrées le propulseront au rang de second plus gros succès du cinéma coréen de l’année 2016, juste derrière le phénoménal Dernier train pour Busan.
(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en avril 2017
© Gilles Penso
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