POWER RANGERS – LE FILM (1995)

Les joyeux super-héros multicolores calqués sur leurs émules japonais vivent leur première aventure au cinéma…

MIGHTY MORPHIN POWER RANGERS

 

1995 – USA / JAPON

 

Réalisé par Bryan Spicer

 

Avec Karan Ashley, Johnny Yong Bosch, Steve Cardenas, Jason David Frank, Amy Jo Johnson, David Yost, Jason Narvy, Paul Schrier, Paul Freeman

 

THEMA SUPER-HÉROS

Lancée en 1993, la série Power Rangers s’est rapidement imposée comme un véritable phénomène télévisuel mondial. Le concept repose pourtant sur une réappropriation culturelle très étrange, visant à faire passer un produit purement japonais pour une création américaine. Car cette idée d’une équipe d’adolescents capables de se transformer en super-héros colorés pour affronter des créatures monstrueuses n’est évidemment pas nouvelle. Ceux qui découvrirent Bioman dans les années 80 le savent bien. Produite aux États-Unis par Haim Saban, la série Power Rangers recycle d’ailleurs massivement des images d’action issues du show japonais Kyōryū Sentai Zyuranger, appartenant à la franchise Super Sentai. Les scènes de combat en costumes sont donc directement importées, tandis que les séquences avec les acteurs américains sont tournées spécifiquement pour le marché occidental. Face au succès fulgurant de la série, l’idée d’un passage au cinéma s’impose rapidement. En 1995 sort donc Power Rangers – le film, premier long-métrage consacré à la franchise. Doté d’un budget bien supérieur à celui de la série, le film ambitionne de proposer une version plus spectaculaire et plus ample de l’univers, avec de nouveaux costumes, des effets spéciaux modernisés et une mise en scène pensée pour le grand écran.

Ce passage au cinéma s’accompagne d’un choix narratif particulier, dans la mesure où le film ne s’inscrit pas réellement dans la continuité stricte de la série. S’il reprend les personnages principaux et leurs interprètes, il propose en effet une variation indépendante de leur histoire. Les héros y acquièrent des pouvoirs ninjas et de nouveaux costumes dans un contexte différent de celui développé à la télévision, à l’issue d’un voyage sur une planète lointaine où ils rencontrent une princesse en bikini nommée Dulcea. C’est elle qui leur transmet sa sagesse et leurs capacités hors-normes. Cette semi-autonomie permet au film de rester accessible aux néophytes, tout en offrant aux fans une relecture plus spectaculaire. En ce sens, Power Rangers- le film constitue à la fois une extension et une parenthèse dans l’univers de la série. Les protagonistes sont toujours six adolescents qui semblent échappés d’une sitcom : Tommy, Kimberly, Adam, Billy, Rocky et Aisha. Ici, ils affrontent le redoutable Ivan Ooze, qui avait été emprisonné dans un œuf géant il y a six mille ans et qui vient de s’échapper…

Caoutchouc et images de synthèse

Certes, le budget s’est amplifié et les effets spéciaux tentent d’amorcer un virage high-tech, mais au fond rien n’a changé. Nous sommes toujours face à un méchant caoutchouteux, servi par des sbires non moins caoutchouteux, avec à son service des monstres grands comme des maisons, qui se prépare à conquérir la Terre, et qui se heurte à six sosies des héros de Bioman, eux aussi multicolores et pilotant un robot géant à la Transformers. Contrairement à ses ancêtres télévisés, ce Power Rangers grand format ne fait pas interpréter ses créatures géantes par des acteurs costumés mais par des images de synthèse pas spécialement soignées – malgré de jolis effets de reflets chromés et un souci d’interaction avec les prises de vues réelles. Jurassic Park fait naturellement des émules, mais la tentative reste encore très maladroite. Le film réserve tout de même quelques moments plaisants, comme lorsque les jeunes héros, privés de leurs pouvoirs, se rendent sur une planète où ils rencontrent une splendide amazone et un squelette de dinosaure encore très vivace. Pendant ce temps, sur terre, le méchant Ooze (Paul Freeman, habitué aux rôles de salauds depuis Les Aventuriers de l’arche perdue) transforme les adultes de la Terre en zombies, façon « body snatchers ». La saga se poursuivra ensuite sur les petits écrans, jusqu’à un reboot cinématographique en 2017.

 

© Gilles Penso

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SAINT ANGE (2004)

Pour son premier long-métrage, Pascal Laugier transporte Virginie Ledoyen dans un orphelinat des années 50 qui abrite un sombre secret…

SAINT ANGE

 

2004 – FRANCE

 

Réalisé par Pascal Laugier

 

Avec Virginie Ledoyen, Lou Doillon, Dorina Lazar, Catriona MacColl, Virginie Darmon, Jérôme Soufflet, Marie Henry

 

THEMA FANTÔMES

Proche de Christophe Gans, qu’il accompagne sur le tournage du Pacte des loups pour réaliser le making of du film, Pascal Laugier profite du pied à l’étrier que ce dernier lui propose pour mettre en scène son premier long-métrage. Très impliqué en tant que producteur, Gans s’exprime directement sur le site officiel d’ARP, le distributeur de Saint Ange, pour expliquer à quel type d’œuvre nous avons affaire. « Saint Ange n’est ni un film d’horreur, ni un thriller, encore moins un drame psychologique », dit-il. « C’est un film de mystères, genre un peu oublié qui a pourtant donné au cinéma français quelques-uns de ses plus beaux fleurons poétiques des années 1940 à 1950 : Les Disparus de Saint-Agil, Sortilèges, Marianne de ma jeunesse, Les Diaboliques ». En citant les classiques de Christian-Jaque, Julien Duvivier ou Henri-Georges Clouzot, Gans met en lumière le caractère atemporel de Saint Ange, qui se nourrit ainsi de tout un pan du patrimoine cinéphilique français. Le film de Laugier vise malgré tout le marché international, ce qui implique un tournage en deux langues. Chaque plan est donc joué successivement en français puis en anglais. Quant aux décors, ils sont captés en Roumanie, dans les Castel Film Studios de Bucarest qui accueillirent d’innombrables séries B produites par Charles Band.

Nous sommes à la fin des années cinquante, dans les Alpes françaises. Anna (Virginie Ledoyen), une jeune femme dont on ne sait pas grand-chose, est engagée pour nettoyer Saint Ange, un orphelinat qui ferme ses portes à la suite de la mort brutale et mystérieuse d’un des petits garçons qu’il accueillait. Enfermée dans cette bâtisse avec pour seule compagnie Judith (Lou Doillon), une orpheline adulte qui se comporte comme un enfant, et Illinca (Dorina Lazar), la gouvernante et cuisinière des lieux, Anna cache un lourd secret : elle est enceinte de plusieurs mois. À force de passer de longues journées seule dans les locaux vides de Saint Ange, elle finit par entendre des bruits de pas, des chuchotements et parfois même des rires. De plus en plus troublée, la jeune femme de ménage se convainc que des enfants sont cachés quelque part dans la maison. Elle décide donc de mener une enquête qui finit par prendre une tournure obsessionnelle, et qui permettrait peut-être d’éclaircir les circonstances de l’accident mortel ayant provoqué la fermeture de l’orphelinat…

Longs préliminaires…

D’un point de vue formel, Saint Ange est une merveille. La mise en scène de Laugier est d’une grande élégance, la photo est somptueuse, le montage au cordeau, et le compositeur Jo LoDuca (la trilogie Evil Dead, Le Pacte des loups) écrit pour l’occasion l’une des musiques les plus belles et les plus lyriques de sa carrière. Le film retrouve l’ambiance du cinéma d’épouvante espagnol, qui connaîtra son heure de gloire trois ans plus tard avec L’Orphelinat. Cultivant une certaine imagerie gothique à l’ancienne (la jeune femme en nuisette qui erre dans les couloirs avec une lanterne), Laugier semble aussi vouloir rendre hommage à l’atmosphère de plusieurs films de Lucio Fulci (ce que semble confirmer la présence de Catriona MacColl en directrice sévère et revêche). En filmant souvent son héroïne à travers l’objectif d’une caméra qui rampe le long du sol ou glisse au milieu d’objets à l’avant-plan, le réalisateur laisse entrevoir de manière presque inconsciente une menace sourde. Les voix d’enfants, quant à elles, suggèrent autant des fantômes du passé que les tourments intérieurs d’une jeune femme hantée par une maternité non désirée. Saint Ange redouble donc de qualités et d’idées visuelles saisissantes, comme cette traversée d’un miroir et cette longue descente en monte-charge qui se réfèrent directement à Lewis Caroll. Mais force est de constater qu’il ne se passe pas grand-chose dans ce film. Les dialogues évoquent des « enfants qui font peur » mais que nous ne voyons quasiment jamais, les personnages s’agitent sans nous laisser comprendre leurs motivations, les séquences étranges s’enchaînent de manière répétitive… Bref il nous semble assister à 100 minutes de préliminaires sans climax ni résolution. Malgré la beauté plastique du film, l’expérience se révèle finalement très frustrante.

 

© Gilles Penso

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PROJET DERNIÈRE CHANCE (2026)

Ryan Gosling fait une rencontre du troisième type au cours d’une mission spatiale pour raviver le soleil mourant…

PROJECT HAIL MARY

 

2026 – USA

 

Réalisé par Chris Miller & Phil Lord

 

Avec Ryan Gosling, James Ortiz, Sandra Hüller, Ken Leung, Liz Kingsman, Milana Vayntrub, Lionel Boyce

 

THEMA SPACE OPERA I EXTRA-TERRESTRES

Depuis leur éviction du tournage de Solo pour Lucasfilm en 2016, on n’avait plus revu Phil Lord et Chris Miller derrière la caméra. Projet dernière chance était donc attendu au tournant, afin de vérifier la capacité des deux trublions à mener un projet à terme dans une industrie de plus en plus corporatiste. Si Amazon MGM Studios a le mérite d’allouer un budget de 200 millions de dollars à des « auteurs » et de sortir le film en salles, on est désormais familier du cahier des charges établi par les plateformes de streaming. Et dans le cas présent, il ne fait aucun doute qu’il a été respecté à la lettre par Miller et Lord. Projet dernière chance est la seconde adaptation d’un roman d’Andy Weir par Drew Goddard, après Seul sur Mars. En 2015, ce « McGyver dans l’espace » réalisé par Sir Ridley Scott avait connu un inespéré succès critique et public, bien que la décontraction ambiante du film ne lui permit pas de trouver sa place au palmarès des grands films d’exploration spatiale tels que 2001 l’odyssée de l’espace ou Interstellar, d’illustres modèles à côté desquels Projet dernière chance fait à nouveau bien pâle figure, tant il s’avère dérivatif de tout ce que le genre nous a offert depuis quarante ans : Sunshine, Gravity, Wall-E, Passengers, Oxygène, Ad Astra, voire même Armageddon. Le sauveur de l’humanité, Ryland Grace (Ryan Gosling – en mode Fall Guy plutôt que First Man), forcément américain malgré le casting alibi de seconds rôles sortis d’une publicité pour Benetton, est ici aussi un parfait anti-héros débonnaire qui, chez Michael Bay ou Roland Emmerich, aurait suscité bien des critiques. Toutes ces références (emprunts ?) font partie du vocabulaire méta de Lord et Miller, mais elles offrent à Amazon un produit familier, sans rugosité, caressant le spectateur dans le sens du poil. Même la bande originale de Daniel Pemberton trahit certains morceaux ayant servi de musique temporaire, notamment les passages désarticulés et loufoques composés par Thomas Newman pour Wall-E ou les accords écrasants de Hans Zimmer pour Interstellar. Pour quiconque attend une « vraie » proposition de cinéma, les 2h36 de projection les laisseront sur leur faim, à moins de s’amuser à repérer les morceaux qui constituent ce best-of de la SF.

Projet dernière chance commence par une mauvaise nouvelle : le soleil est en train de s’éteindre car des particules appelées « astrophages » le consument. Heureusement, une étoile voisine du soleil, non affectée, semble posséder des « anticorps ». La mission, si vous l’acceptez, est d’aller récupérer ces cellules saines, les cultiver et soigner le soleil. Dit comme ça, ça a l’air aussi simple qu’un exposé de Michel Chevalet, mais rappelons que dans ses romans, Andy Weir n’établit pas une thèse universitaire. Il use au contraire de vulgarisation et de libertés scientifiques pour offrir à son Robinson de l’espace de multiples problèmes à résoudre, préservant l’illusion de la plausibilité scientifique et se focalisant sur la résolution technique plutôt que sur la philosophie et la métaphysique. De la science-fiction ludique pour les fans de jeux vidéo et d’escape games, en quelque sorte. Pourquoi pas après tout ? D’autant que cela correspond parfaitement aux aspirations de Miller et Lord. La menace d’extinction pesant sur l’humanité n’est tout simplement pas traitée et fait office de prétexte pour le sujet principal du film : la relation entre Ryland Grace et Rocky, un extraterrestre arachnide minéral aussi amical et candide que le Numéro 8 de Short Circuit, prenant vie à l’écran grâce à l’expertise animatronique du vétéran Neal Scanlan (Oz, un monde extraordinaire, Babe, Le Réveil de la Force, la série Andor). Comme dans Enemy de Wolfgang Petersen, Projet dernière chance se focalise sur l’amitié naissante des deux compagnons de fortune, en expédiant rapidement les formalités d’usage. Le mystère du premier contact avec une forme de vie étrangère et la résolution du problème de la langue sont ainsi évacués via un montage musical émaillé de gags, amusants si le spectateur espère retrouver l’humour de 21 Jump Street ou The Lego Movie, navrants s’il s’attend à une odyssée spatiale plus sérieuse. D’autant que la facilité avec laquelle les deux êtres parviennent à se comprendre annihile complètement l’exotisme de la rencontre. Rocky aurait pu tout aussi bien parler anglais dès le départ, comme un extraterrestre d’un épisode de la série Star Trek originale, que la progression dramatique de Projet dernière chance n’en aurait pas souffert.

2001 Jump Street

Quel a été l’influence de Lord et Miller sur le ton du film ? On sait que la productrice Kathleen Kennedy et le scénariste Jon Kasdan leur avaient reproché de transformer Solo en comédie d’action avant de les limoger. Et s’ils avaient adopté exactement le même parti pris sur Projet dernière chance, avec cette fois-ci la bénédiction d’Amazon MGM ? Au vu du résultat, la décision à priori injuste de Lucasfilm mérite d’être reconsidérée sous une lumière différente. On connaît leur propension à tirer leurs scénarios vers le second degré et la parodie, qui fonctionne à merveille dans 21 Jump Street et sa suite, dans La Grande aventure Lego et même dans le délicieusement déjanté Tempête de Boulettes géantes. Ici, elle dessert plutôt les ambitions du projet, dont la simplicité et la linéarité dramatiques peinent à justifier une durée excessive. Car la narration en flashbacks est un simple prétexte pour se passer d’une exposition classique et ouvrir le film dans l’espace en cours de mission, en fournissant par la suite au spectateur les quelques informations nécessaires à l’explication d’un contexte qui n’a finalement que peu d’incidence sur le « buddy movie » au cœur de l’histoire. On peut même se demander si Projet dernière chance n’a pas été envisagé à la base pour être monté dans l’ordre chronologique, avant que la structure « enrôlement / entrainement / mission » ne soit jugée lassante pour le spectateur avant même le décollage de la fusée. N’oublions pas que, production Amazon oblige, le film servira avant tout de produit d’appel pour la plateforme Prime, et qu’une sortie en salle et un tournage en IMAX ne signifient pas forcément que Projet dernière chance soit pensé pour le grand écran. En témoignent de nombreux gros plans, une mise en scène confinée à des espaces restreints et une profondeur de champ limitée en conséquence. De ce point de vue, on comprend mieux la dilution et la schématisation des enjeux, ainsi que le rythme lâche, qui trahissent probablement la volonté de s’accommoder au « second screen viewing », ce nouveau fléau consistant à consulter son téléphone pendant le visionnage d’un programme chez soi… et parfois même au cinéma ! Si vos paupières deviennent trop lourdes pendant le film après une longue journée de travail, rassurez-vous : dans l’espace, personne ne vous entendra ronfler !

 

© Jérôme Muslewski

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ANGOISSE SUR LA LIGNE (1988)

Après avoir composé par erreur un numéro de téléphone maudit, une jeune femme se confronte à des âmes tourmentées qui sèment la mort autour d’elle…

DIAL HELP / MINACCIA D’AMORE

 

1988 – ITALIE

 

Réalisé par Ruggero Deodato

 

Avec Charlotte Lewis, Marcello Modugno, Mattia Sbragia, Carola Stagnaro, Victor Cavallo, Carlo Monni, William Berger, Giorgio Tirabassi, Jole Silvani, Cesare De Vito

 

THEMA FANTÔMES I OBJETS VIVANTS

Les amateurs de cinéma fantastique se souviennent du joli minois de Charlotte Lewis, qui partageait la vedette avec Eddie Murphy pour sauver « l’enfant sacré du Tibet » dans Golden Child. Mais avec Angoisse sur la ligne, nous changeons clairement de registre. Si le surnaturel est toujours de la partie, le public visé est beaucoup plus adulte, ce vieux roublard de Ruggero Deodato ayant décidé de tout miser sur le physique de son actrice/mannequin et de concocter un étrange thriller érotico-horrifique. L’homme par qui arriva le scandale, à l’époque de Cannibal Holocaust, suit comme souvent les phénomènes de mode. Après avoir sacrifié aux vogues successives des films catastrophe (S.O.S. Concorde), des aventures post-apocalyptiques (Les Prédateurs du futur), des slashers (Body Count) ou de l’heroic-fantasy (Les Barbarians), il arpente la voie de ce qu’on pourrait appeler le « neo-giallo », inspiré tardivement par les classiques de Mario Bava et Dario Argento. Cette tendance, à laquelle il s’essaya en 1987 avec Le Tueur de la pleine lune, se poursuit à l’occasion d’Angoisse sur la ligne, dont le scénario ne recule devant aucune aberration pour tenter de secouer les spectateurs.

Charlotte Lewis incarne Jenny, un jeune mannequin anglais qui tente de percer après son installation à Rome. Alors qu’elle tente de renouer avec son ex-petit ami, elle compose par erreur le numéro d’un centre de soutien psychologique pour personnes solitaires, depuis la cabine téléphonique d’un bar fermé depuis des années. Cet appel libère soudain les âmes de ceux qui se sont suicidés après avoir cherché en vain du réconfort dans ce centre. Désormais, un canal de communication s’établit entre ces âmes tourmentées, qui hantent les locaux abandonnés, et la jeune femme, via les appareils téléphoniques. Ces derniers tuent tous ceux qui se mettent en travers de son chemin. Alors que les morts violentes se succèdent dans son entourage, Jenny tente de trouver du réconfort après de Riccardo (Marcello Modugno), un jeune étudiant qu’elle a récemment rencontré. Mais comment stopper cette malédiction venue d’outre-tombe ?

Les énergies non identifiées

Quelques idées auraient pu être exploitées, avec plus ou moins de bonheur, dans ce récit abracadabrant coécrit par Deodato, Joseph Cavara et Mary Cavara : l’énergie malfaisante voyageant de téléphone en téléphone, les voix des interlocuteurs devenues prisonnières des appareils… Hélas, Angoisse sur la ligne accumule les incohérences, les inepties et les absurdités avec une telle constance qu’il finit par constituer un véritable cas d’école. Difficile de prendre au sérieux un film dans lequel un éminent scientifique, autoproclamé « plus grand expert mondial des énergies non identifiées », affirme avec un aplomb imperturbable : « Les énergies de l’amour et de la haine circulent à travers l’univers. Dans certaines conditions, elles se condensent et se concentrent dans une pièce. Ces dépôts d’énergie cherchent alors un moyen de s’échapper. Ils peuvent être si puissants qu’ils amplifient et séduisent la personne qui les a libérés. » L’intrigue se contente dès lors d’enchaîner les scènes de meurtres perpétrées par des appareils téléphoniques : une cabine qui recrache ses pièces avec la virulence d’une rafale de fusil, une sonnerie stridente qui fait exploser un pacemaker, des câbles qui se mettent à serpenter pour étrangler leurs victimes… Pour tenter de relancer l’intérêt du spectateur, Deodato exhibe son actrice principale en petite tenue durant le dernier acte, jusqu’à un climax qui repousse allègrement les limites du ridicule. La chanson ultra kitsch « Baby Don’t Answer, Baby Don’t Answer the Phone », composée par Claudio Simonetti, parachève joyeusement le massacre.

 

© Gilles Penso

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STREET FIGHTER (1994)

Jean-Claude Van Damme bande les muscles et affronte Raul Julia dans cette adaptation ratée du célèbre jeu vidéo Capcom…

STREET FIGHTER

 

1994 – USA / JAPON

 

Réalisé par Steven E. de Souza

 

Avec Jean-Claude Van Damme, Raul Julia, Kylie Minogue, Damian Chapa, Ming-Na Wen, Simon Callow, Byron Mann, Roshan Seth, Andrew Bryniarski, Grand L. Bush

 

THEMA SUPER-HÉROS

Quelques mois à peine après la production du film animé Street Fighter II réalisé par Gisaburô Sugii, Capcom initie une autre adaptation du célèbre jeu, en « live action » cette fois-ci. Steven E. de Souza, le réalisateur choisi pour ce blockbuster, n’a pas une grosse expérience derrière la caméra (deux téléfilms et un épisode des Contes de la crypte), mais ses crédits de scénariste lui permettent d’emporter le morceau. Nous lui devons en effet les scripts de 48 heures, Commando, Jumpin’ Jack Flash,Running Man, Piège de cristal, 58 minutes pour vivre, bref du gros calibre. Le rôle du grand méchant est confié à Raul Julia, inoubliable Gomez de La Famille Addams de Barry Sonnenfeld. Atteint d’un cancer de l’estomac incurable, l’acteur accepte tout de même le job pour faire plaisir à ses enfants, fans inconditionnels de « Street Fighter ». Son comportement affable sur le tournage reste un souvenir fort pour toute l’équipe du film. On ne peut pas en dire autant de Jean-Claude Van Damme, la superstar en tête d’affiche. À l’époque très accroc à la cocaïne, le Belge adepte du grand écart arrive en retard sur le plateau, multiplie les caprices, rate bon nombre de ses prises, bref provoque une série de retards qui poussent De Souza à déchirer plusieurs pages du scénario pour pouvoir tenir les délais.

Le film est tourné en Thaïlande, là où se déroule l’action décrite dans le script. Une guerre civile y oppose les forces du général Bison (Julia), un redoutable baron de la drogue, et les Nations Alliées dirigées par le colonel William F. Guile (Van Damme). Lors d’un coup d’éclat, Bison capture une soixantaine de travailleurs humanitaires et exige lors d’une émission en direct que Guile lui verse une rançon de 20 milliards de dollars américains dans un délai de trois jours. Le fier officier refuse et jure de traquer le super-vilain pour le traduire en justice. Savant fou sur les bords, Bison ordonne que l’un de ses otages, Carlos Blanka (Robert Mammone) soit transformé en super-soldat. Et c’est le docteur Dhalsim (Roshan Seth), un autre captif du général maléfique, qui est chargé de l’expérience scientifique. Pris de remord, ce dernier modifie secrètement la programmation cérébrale pour préserver l’humanité du cobaye. Entretemps, Guile monte une petite équipe de mercenaires pour partir traquer Bison. Mais cette mission ne sera pas de tout repos.

Vaya Con Dios

Street Fighter est un film qui se regarde distraitement puis s’oublie aussitôt, malgré la volonté manifeste du réalisateur d’en mettre plein la vue. L’intrigue se déroule apparemment dans un futur proche, mais les éléments de science-fiction restent chiches, se limitant à un pseudo-monstre et à quelques super-pouvoirs. Soucieux de refléter au mieux le jeu vidéo dont il s’inspire, le film aligne pas moins d’une dizaine de protagonistes et autant de méchants, tous embarqués dans une intrigue pour le moins sommaire. Le dernier acte se résume ainsi à un vaste montage parallèle où s’enchaînent divers affrontements entre héros et vilains, plus ou moins acrobatiques, mais qui laisseront sans doute de marbre les amateurs de cinéma d’action made in Hong Kong. La lutte du sumo Honda contre le bibendum de service, au milieu de maquettes urbaines, constitue un clin d’œil avoué à Godzilla, tandis que le duel entre Raul Julia et Jean-Claude Van Damme évoque celui opposant l’Empereur à Luke dans Le Retour du Jedi. Comme dans les James Bond, le repaire des méchants finit par être investi par la cavalerie et, après la fusillade de mise, disparaît dans une spectaculaire explosion. De tout ce casting choral, Raul Julia est finalement le seul à tirer son épingle du jeu. Pour façonner son Bison, l’acteur s’inspire de plusieurs dictateurs célèbres (Mussolini, Staline, Escobar ou Hitler) dont il reprend les traits de caractère et la gestuelle. Ce sera hélas sa dernière apparition à l’écran et son champ du cygne. Il s’éteindra quelques mois après la sortie du film, qui lui est dédié via cette dédicace : « For Raul Vaya Con Dios. »

 

© Gilles Penso

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LE SIFFLET (2025)

Un objet macabre d’origine précolombienne tombe dans les mains d’un groupe de lycéens, qui ont la mauvaise idée de souffler dedans…

WHISTLE

 

2025 – CANADA / IRLANDE

 

Réalisé par Corin Hardy

 

Avec Dafne Keen, Sophie Nélisse, Sky Yang, Jhaleil Swaby, Ali Skovbye, Percy Hynes White, Mika Amonsen, Michelle Fairley, Stephen Kalyn, Nick Frost

 

THEMA MORT

Réalisateur de deux films d’horreur relativement confidentiels (Blood Fest et Mercy Black), Owen Egerton développe d’abord l’idée du Sifflet sous forme d’une nouvelle, avant d’en tirer le scénario d’un long-métrage. C’est Corin Hardy, signataire du peu mémorable La Nonne issu du « Conjuring Cinematic Universe », qui se charge de la mise en scène. Férus de cinéma de genre, les deux hommes décident de truffer Le Sifflet de références et de clins d’œil. Nous avons donc droit à un enseignant qui s’appelle Craven, à une lycéenne nommée Browning, à l’usine sidérurgique Verhoeven ou à la boîte à cigares Muschietti. Ces petits coups de coude sont bien sûr conçus pour s’attirer la complicité du public, mais n’empêchent pas le film de cumuler un grand nombre de lieux communs. Dès l’entame, nous découvrons donc l’archétype de l’adolescente marginale et solitaire qui vient s’installer dans une nouvelle ville et un nouveau lycée, griffonne des dessins dans son cahier, s’habille un peu « grunge » et écoute des chansons aux paroles déprimantes : « Desperate Times », « Social Suicide », « In the Dark and Lonely Night »… Ce mix cafardeux nous rappelle la playlist dépressive qu’écoutait l’héroïne du parodique Mords-moi sans hésitation.

Ce « cliché ambulant » est une jeune fille au prénom improbable, Chrysantemum (Dafne Keen) – Chrys pour les intimes. Bouleversée par la mort de son père, cette ancienne junkie emménage avec son jovial cousin décoloré Rel (Sky Yang) et découvre ses nouveaux camarades lycéens : la blonde populaire Grace (Ali Skovbye), son petit-ami sportif Dean (Jhaleil Swaby) et la sympathique Ellie (Sophie Nélisse) qui lui tape rapidement dans l’œil. En ouvrant son casier, Chrys tombe sur un objet étrange d’origine précolombienne : un sifflet antique en forme de crâne. Or les spectateurs ont un coup d’avance, puisque la scène prégénérique nous a montré le basketteur vedette du lycée, en possession de cet artefact antique, mourir dans des conditions spectaculaires : calciné dans sa douche après être entré en contact avec un homme en flammes. Le mystère est encore entier mais la menace très palpable. En retenue après une altercation dans les couloirs, nos élèves vedette sont surveillés par un professeur (Nick Frost) qui confisque le sifflet. Une fois seul, il souffle dedans. Les conséquences seront catastrophiques…

Souffler n'est pas jouer

Si l’on passe outre la galerie de personnages stéréotypés que met en scène Le Sifflet, il faut reconnaître que les séquences d’épouvante concoctées par Corin Hardy ne manquent ni d’efficacité ni d’impact, comme par exemple cette course-poursuite cauchemardesque dans le labyrinthe d’une fête foraine. Le design de l’objet lui-même est une jolie réussite, suscitant par sa seule présence d’irrépressibles frissons. Et lorsque la mort frappe, la retenue n’est plus de mise et le sang éclabousse l’écran avec une belle générosité. Mention spéciale pour le déchiquetage d’un lycéen par une force invisible, réminiscence ultra gore d’une des scènes les plus marquantes de Looper. Mais toutes ces belles qualités formelles ne cachent pas le sentiment de déjà-vu qui plane tout au long du métrage. La mécanique narrative évoque beaucoup d’autres films d’horreur – Smile, La Main, The Monkey et surtout la franchise Destination finale -, tandis que cette convocation des peurs intimes se retournant contre les jeunes héros nous ramènent directement à Ça. Dommage que le savoir-faire de Hardy ne soit pas mis au service d’un concept plus novateur et de protagonistes plus étoffés.

 

© Gilles Penso

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SOLARIS (2002)

Dans ce remake du classique de Tarkovsky, produit par James Cameron et réalisé par Steven Soderbergh, George Clooney affronte l’inconnu à l’autre bout de l’univers…

SOLARIS

 

2002 – USA

 

Réalisé par Steven Soderbergh

 

Avec George Clooney, Natascha McElhone, Viola Davis, Jeremy Davies, Ulrich Tukur, John Cho, Morgan Rusler, Shane Skelton, Donna Kimball, Michael Ensign

 

THEMA SPACE OPERA

Grand amateur de littérature de science-fiction depuis son adolescence, James Cameron a longtemps caressé l’envie de réaliser une adaptation de Solaris de Stanislaw Lem. Le roman, on le sait, fit déjà l’objet d’un film en 1972, réalisé par Andreï Tarkovsky et considéré par beaucoup comme un classique du genre, sorte de « pendant russe » de 2001 l’odyssée de l’espace. Mais le père de Terminator aimerait tenter sa chance à son tour en injectant dans le roman original sa propre sensibilité. Après cinq ans de négociations pour récupérer à la fois les droits du livre et ceux du film de Tarkovsky, Cameron se sent prêt. Sauf qu’entretemps, son planning s’est lourdement chargé. Accaparé par la finalisation de Titanic et la production de la série Dark Angel, il doit passer la main. Si sa compagnie Lightstorm Entertainment reste à la tête du projet, un autre réalisateur est sollicité, en l’occurrence Steven Soderbergh, qui sort alors tout juste de Traffic. « Ce que j’aurais fait aurait ressemblé davantage à Abyss, où la forte présence des décors et des environnements visuels aurait pu nuire à la clarté du scénario, dans la mesure où il s’agit avant tout d’un film sur les relations humaines », explique Cameron. « Or Soderbergh ne s’intéresse pas beaucoup au matériel ou aux effets visuels, ce qui est finalement une bonne chose. » (1) Véritable couteau suisse, le réalisateur d’Ocean’s Eleven assure aussi la direction de la photographie et le montage de Solaris.

Après avoir envisagé dans le rôle principal du film Daniel Day-Lewis, indisponible à cause du tournage de Gangs of New York, Soderbergh se tourne vers son fidèle collaborateur George Clooney, avec lequel il avait fondé Section Eight Productions en 2000. La star adepte des capsules Nespresso entre dans la peau du docteur Chris Kelvin, un psychologue clinicien. Fortement bouleversé par la mort de son épouse Rheya (Natascha McElhone), il est un jour contacté par des émissaires de la DBA, une agence spatiale en charge de la station qui a été placée en orbite autour de la planète Solaris. À bord, aucun des astronautes ne semble vouloir rentrer chez lui et les forces de sécurité envoyées sur place ne donnent plus de signe de vie. Kelvin accepte de se rendre seul sur Solaris, dans une dernière tentative pour ramener l’équipage sain et sauf. Mais en arrivant sur place, l’anormalité lui saute aux yeux. La plupart des membres de l’équipage sont morts ou disparus. Les survivants, eux, adoptent un comportement étrange et se montrent réticents lorsqu’il s’agit d’expliquer clairement la situation. Les choses se compliquent lorsque Kelvin aperçoit un petit garçon inconnu dans les coursives de la station, puis sa défunte épouse qui vient lui rendre visite dans sa cabine…

Les visiteurs d’un autre monde

S’il paie inévitablement son tribut au Solaris de Tarkovsky, celui de Soderbergh adopte une tonalité différente. Au grand mystère métaphysique, au vertige mystique quasi-religieux, cette version préfère l’approche romantique, psychologique et intimiste. L’intrigue réduit ainsi le nombre de personnages et de péripéties secondaires pour se resserrer sur les dilemmes qui déchirent Chris Kelvin et sa femme revenue d’outre-tombe. Ce minimalisme s’assortit d’une mise en scène brute, naturaliste, lente et contemplative, presque en suspension, avec laquelle s’accorde la musique planante et hypnotique composée par Cliff Martinez. Optant pour une explication presque rationnelle, Soderbergh part du principe que ces « visiteurs » qui débarquent dans la vie des explorateurs spatiaux (une femme, un enfant, un frère) ne sont pas de simples projections mentales, mais des entités bien réelles. Nées d’une réaction presque chimique, ces créatures d’origine extraterrestre prennent la forme de fac-similés nourris des souvenirs des humains. Aussi scientifique puisse-t-elle sembler, cette explication soulève une foule de nouvelles questions. Que faire avec ces « passagers clandestins » ? Ont-ils une âme, une conscience ? Faut-il les détruire ou les ramener sur Terre ? « Nous sommes dans une situation qui dépasse la morale » dit à ce propos l’un des membres de l’équipage. Le fait que le scénario s’attarde non seulement sur les états d’âme des explorateurs, mais aussi sur ceux des visiteurs – en particulier Reya, qui souffre de ne ressentir aucun attachement émotionnel pour les souvenirs qui encombrent son esprit – constitue l’un des atouts majeurs de ce nouveau Solaris. Stanislaw Lem aura tendance à dénigrer ce remake, tout en avouant ne l’avoir jamais vu. Il s’agit pourtant d’un contrepoint passionnant au classique de 1972.

 

(1) Extrait d’une interview parue sur JoBlo.com en novembre 2002

 

© Gilles Penso

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HISTOIRES DE CANNIBALES (1980)

Un agent secret poursuit un voleur jusque dans un petit village où les habitants se livrent à des rituels anthropophages pour pouvoir se nourrir…

DEI YUK MO MOON

 

1980 – HONG-KONG

 

Réalisé par Tsui Hark

 

Avec Norman Chu, Eddy Ko, Melvin Wong, Michelle Yin, Mo-lin Cheug, Fung Fung, Kwok-Choi Hon, San Kuai, Tai-Bo, Chun-Hua Li, Siu-Ming To, Yun-Sheng Pan

 

THEMA CANNIBALES

Après son premier long-métrage Butterfly Murders, qui s’efforçait de dépoussiérer les films de cape et d’épée chinois en les agrémentant d’un grain de folie rafraîchissant, Tsui Hark enchaîne avec Histoires de cannibales dont le titre français tardif cherche manifestement à capitaliser sur celui de Histoires de fantômes chinois. Le titre original, lui, pourrait se traduire par « L’Enfer n’a pas de porte », alors que sur le marché international, il est connu sous le nom We’re Going to Eat You (« Nous allons vous manger »). Si Histoires de cannibales est contemporain de la vague de films d’horreur italiens consacrés aux exactions anthropophages de tribus primitives (Cannibal Holocaust et Mondo Cannibale sont sortis la même année), Hark ne combat clairement pas dans la même catégorie. Ce récit rocambolesque privilégie en effet les combats de kung-fu et l’humour, avec en filigrane une critique acerbe de la société hong-kongaise. Faute d’un budget suffisant, le jeune réalisateur doit faire de nombreuses concessions, et notamment se passer d’une bande originale digne de ce nom. Entre autres emprunts, plusieurs extraits percussifs de la musique composée par Goblin pour Suspiria agrémentent ainsi le film.

Dans un petit village isolé qui vit en autarcie, les habitants capturent régulièrement les visiteurs pour les manger. Le chef du village (Eddy Ko) a en effet instauré un rituel cannibale qui permet de palier aux problèmes de nutrition. Mais la répartition des morceaux de viande humaine est loin d’être équitable. Le dirigeant autoritaire et ses soldats se réservent en effet les parts les plus importantes, laissant les villageois se contenter des maigres restes. Alors que le mécontentement commence à gronder, un étranger débarque en se jetant sans le savoir dans la gueule du loup. Il s’agit de l’agent secret 999 (Norman Chu), dont la mission est d’appréhender un voleur nommé Rolex (Melvin Wong). Or ses informations l’ont guidé jusque chez les cannibales, qui s’apprêtent à ne faire de lui qu’une bouchée. Il lui faudra toutes ses facultés de combattant, sa rapidité, sa force et son agilité pour échapper aux couteaux des bouchers masqués qui l’assaillent bientôt de toutes parts…

Cannibalement vôtre

Malgré son entrée en matière franchement gratinée – un homme capturé par les cannibales est attaché sur une table et lentement coupé en deux par une grande scie, avec force hurlements et écoulements de flaques de sang – et ses réguliers écarts gore (mains tranchées en gros plans, machettes plantées dans des crânes, peau découpée au couteau, écartèlement), Histoires de cannibales est beaucoup plus axé sur la comédie que sur l’horreur. Au confluent des genres, le film de Tsui Hark s’aventure aussi sur le terrain de l’espionnage, de l’action, des arts martiaux et même de la satire sociale, mais sans jamais oublier sa tonalité humoristique première. Car ici, tout est tourné en dérision. Les nombreuses scènes de combat sont truffées d’effets burlesques dignes d’un cartoon et les acteurs n’hésitent jamais à en faire des tonnes, quitte à laisser traîner en longueur des passages un peu poussifs – les gags de la prostituée ou de l’aveugle, notamment. Au milieu de ce délire ambiant se promène la silhouette nonchalante de l’agent 999, qui adopte le look archétypal du détective privé : grand manteau, feutre mou sur le crâne et cigarette à la bouche. Tout s’achève sur une chute savoureusement ironique. Rétrospectivement, Tsui Hark posera un regard assez critique sur ce film, qu’il qualifiera d’« œuvre de jeunesse imparfaite ». Il aura largement l’occasion d’affiner ses effets de style et son univers avec ses œuvres suivantes, et ce dès le thriller L’Enfer des armes et le conte virevoltant Zu, les guerriers de la montagne magique.

 

© Gilles Penso

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RED STATE (2011)

Kevin Smith oublie la comédie et les clins d’œil référentiels pour ce film sanglant et radical qui s’en prend ouvertement au fanatisme religieux…

RED STATE

 

2011 – USA

 

Réalisé par Kevin Smith

 

Avec Michael Parks, John Goodman, Melissa Leo, Kyle Gallner, Kery Bishé, Michael Angarano, Nicholas Braun, Ralph Garman, Stephen Root, James Parks

 

THEMA TUEURS

Red State marque un changement de ton radical dans la filmographie de Kevin Smith. Ici, pas d’humour référentiel, pas de clins d’œil ou de coups de coude adressés aux spectateurs. En se laissant inspirer par l’esprit du thriller noir Vulgar de Bryan Johnson, le réalisateur de Dogma cherche à se lancer dans un film d’horreur au premier degré, à contre-courant de ce que l’on attend habituellement de lui. La source d’inspiration principale de Red State provient des actes haineux du célèbre pasteur homophobe Fred Phelps. « Mon film aborde en grande partie ce sujet, ce point de vue et cette prise de position extrême », explique Smith. « Je ne mets pas en scène Phelps lui-même mais un personnage qui lui ressemble beaucoup. » (1) Le scénario se nourrit aussi du dramatique « siège de Waco », au Texas, qui opposa en 1993 les forces fédérales américaines et la secte religieuse des Branch Davidians. Face à la radicalité du sujet, les frères Weinstein, qui avaient jusqu’alors participé à la distribution de la majorité des films de Kevin Smith, préfèrent passer leur tour. Miramax refusant d’entrer dans la danse, ce sont deux groupes d’investisseurs privés, l’un basé à New York, l’autre au Canada, qui permettent de réunir les quatre millions de dollars nécessaires à l’entrée en production de Red State.

Tourné dans l’ordre chronologique pendant 25 jours consécutifs – au cours desquels Smith dormit bien peu, puisqu’il décida de monter son long-métrage au fur et à mesure des prises de vues -, Red State se déroule dans une petite ville indéterminée du Sud des États-Unis. L’adolescent Jarod (Kyle Gallner) convainc ses meilleurs amis, Travis (Michael Angarano) et Billy-Ray (Nicholas Braun), de l’accompagner à une partie de jambes en l’air avec une mystérieuse femme de trente-huit ans prénommée Sarah. Excités et nerveux, les trois garçons prennent la route pour rejoindre la demeure isolée de l’inconnue. Mais en chemin, Travis percute une voiture abandonnée au bord de la route, un incident troublant qui aurait dû les alerter. À leur arrivée, Sarah (Melissa Leo) les accueille chaleureusement et leur offre de la bière. Quelques gorgées suffisent à les faire sombrer dans l’inconscience. Lorsqu’ils reprennent leurs esprits, l’illusion se dissipe brutalement : ils sont tombés dans les griffes de la Five Points Trinity Church, une église fondamentaliste dirigée par le sinistre pasteur Abin Cooper (Michael Parks), un fanatique persuadé d’accomplir la volonté divine. Pour lui et ses fidèles, les adolescents incarnent la corruption morale qu’il faut purifier par la mort. Pendant ce temps, l’église est assiégée par des agents de l’ATF dirigés par l’agent Joseph Keenan, qui ont reçu l’ordre de détruire la cellule terroriste. La situation ne va pas tarder à dégénérer…

Tous condamnés

Avec à sa disposition un planning de tournage serré et un budget minime – qui le pousse à embaucher des amis, de la famille et des membres de l’équipe du film pour tenir de petits rôles -, Smith nous livre une œuvre sèche et brute qui attaque son sujet directement « à l’os » sans la moindre fioriture. Ici, l’humanité n’est guère reluisante, dans la mesure où aucun des personnages ne nous est sympathique – et ne semble, de fait, digne d’être sauvé. Les jeunes adeptes d’un plan à trois avec une femme plus âgée qu’eux, le shérif pleutre, les membres de l’église fasciste armés jusqu’aux dents, la troupe d’intervention à l’éthique très discutable rivalisent ainsi de tares et de travers. Le constat est donc amer. Si les acteurs sont impeccables (notamment Michael Parks, choisi grâce à sa prestation dans Une nuit en enfer), l’empathie des spectateurs peine à se mettre en place, faute de véritable figure d’identification. C’est l’une des faiblesses du film, l’autre étant son épilogue un peu faible. Mais Red State reste une œuvre coup de poing, âpre et efficace, qui vise juste sans prendre de gants. Distribué en salles par Kevin Smith lui-même, le film fera l’objet en 2015 d’une adaptation sous forme de court-métrage animé réalisée par Dan Costales.

 

(1) Extrait d’une interview parue sur le site Rotten Tomatoes en avril 2007.

 

© Gilles Penso

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COLD STORAGE (2026)

Deux gardiens de nuit mettent à jour un champignon extra-terrestre extrêmement dangereux entreposé dans le sous-sol d’une entreprise de stockage…

COLD STORAGE

 

2026 – USA / FRANCE

 

Réalisé par Jonny Campbell

 

Avec Joe Keery, Georgina Campbell, Liam Neeson, Sosie Bacon, Vanessa Redgrave, Lesley Manville, Richard Brake, Aaron Heffernan, Ellora Torchia

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I MUTATIONS

Le scénario de Cold Storage est signé par le vétéran David Koepp. Plusieurs blockbusters de très haut niveau portent sa signature : La Mort vous va si bien, Jurassic Park, Mission impossible, Panic Room, Spider-Man, La Guerre des mondes, bref du très lourd. Ici, Koepp adapte son premier roman, publié en 2019 et inspiré partiellement d’un fait réel : la désintégration et la chute de la station Skylab en 1979, dont les débris furent récupérés par la NASA. Mais l’écrivain/scénariste ne cherche pas à lutter dans la même catégorie qu’un Michael Crichton. Si les prémisses peuvent évoquer Le Mystère Andromède, la suite du récit se veut beaucoup plus délirante et rocambolesque que n’importe quel techno-thriller de SF prétendument réaliste. Avec Cold Storage, Koepp s’amuse, et c’est dans cet état d’esprit que le réalisateur Jonny Campbell, surtout connu jusqu’alors pour ses travaux télévisés, aborde sa mise en scène. Pour mettre toutes les chances de son côté, le film s’appuie sur le capital sympathie que Joe Keery a hérité grâce à la série Stranger Things, sur le charisme indéboulonnable de Liam Neeson mais aussi sur la présence toujours réjouissante de Georgina Campbell, véritable « scream queen » des années 2020. Les amateurs de films de genre l’ont notamment vue dans Barbare, Bird Box : Barcelona, Les Guetteurs ou encore Influencers.

Après un texte introductif rappelant l’événement réel sur lequel s’appuie le récit et s’achevant par « Attention, ces conneries sont véridiques ! » (la tonalité du film nous est ainsi immédiatement donnée), l’action commence en 2007, au fin fond de l’Australie occidentale. L’agent du Pentagone Robert Quinn (Liam Neesson) y est dépêché en urgence pour tenter d’éradiquer la contamination d’un champignon extra-terrestre extrêmement virulent, échappé d’un des débris de Skylab qu’avait récupéré un fermier. Suite à la décimation de la population d’un village, l’échantillon est confiné et stocké dans la chambre froide souterraine d’une base militaire du Kansas. Les années passent, Quinn part à la retraite et le gouvernement scelle la chambre forte pour louer la partie située au rez-de-chaussée à une entreprise de stockage privé. Les deux gardiens d’astreinte, Travis (Joe Keery) et Naomi (Georgina Campbell) s’apprêtent à y passer une nouvelle nuit blanche ennuyeuse. Mais un « bip » répétitif attire leur attention. Il s’agit d’une alerte signalant un dysfonctionnement des systèmes du coffre-fort, causé par une hausse de la température. Ils l’ignorent encore, mais la menace d’origine extra-terrestre qui dort plusieurs dizaines de mètres sous terre ne va pas tarder à se réactiver…

Alien Contamination

Cold Storage tire sa force de son parfait équilibrage entre la comédie – véhiculée principalement grâce à ses deux protagonistes – et l’horreur exubérante assumée par des effets spéciaux qui n’hésitent pas à en faire des tonnes. Les visages se déforment, le sang gicle, les corps explosent en expulsant des hectolitres de matières visqueuses et la caméra devient endoscopique pour pouvoir foncer à l’intérieur des organismes et montrer la progression de la contamination. C’est même la première fois, à notre connaissance, qu’un film nous fait vivre en vue subjective l’altération de la personnalité des humains possédés par une entité extra-terrestre. Ce mélange des genres est directement hérité d’un certain cinéma des années 80 qui n’hésitait pas à faire cohabiter le rire et les tripailles. Nous ne sommes pas très éloignés de l’esprit du Blob, de Re-Animator ou du Retour des morts-vivants. Sans s’y référer directement, Cold Storage en assume l’influence, clignant de l’œil vers le roman Body Snatchers que le héros lit au début du métrage. Bourré de facéties de mise en scène, comme ce plan-séquence qui suit un cafard porteur du virus, Cold Storage se déguste avec le même bonheur régressif qu’un Horribilis dont il retrouve l’une des qualités principales  : parvenir à nous attirer fortement la sympathie de ses héros au beau milieu du délire ambiant et du gore cartoonesque. Une vraie bonne surprise.

 

© Gilles Penso

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