MODELS VS. WEREWOLVES (2026)

Cinq jeunes femmes, mi-mannequins mi-influenceuses, passent un week-end dans une forêt où rôde une meute de loups-garous…

MODELS VS. WEREWOLVES

 

2026 – USA

 

Réalisé par Danny Draven

 

Avec Bella Mraz, Rebecca Stoughton, Sophie Swiszcz, Alexa Reddy, Dee Wallace, Tate Doppler, Hannah Houston, Sarah Moliski, Michael J. Sielaff

 

THEMA LOUPS-GAROUS I SAGA CHARLES BAND

C’est au producteur Charles Band que Danny Draven doit son premier long-métrage, Horrorvision. Depuis, cet homme à tout faire a tourné une bonne demi-douzaine de films pour la compagnie Full Moon, aux titres aussi éloquents que Hell Asylum, Cryptz, Deathbed, Dark Walker, Reel Evil, Weedjies ou Bad CGI Gator. Dans le même esprit, le voilà à la tête de Models vs. Werewolves, qui a l’avantage d’exposer son concept dès son titre : des mannequins contre des loups-garous. Tourné à Los Angeles et à Atlanta, ce micro-budget semi-parodique présente l’originalité d’avoir d’abord été exploité sur ReelShort, une plateforme spécialisée dans les fictions courtes pour smartphones. Pensée pour les usages mobiles, cette première version adopte le format vertical et la narration épisodique caractéristiques des microdrames, avant d’être déclinée sous une forme 16/9ème traditionnelle d’environ 74 minutes destinée au marché traditionnel de la VOD et aux supports physiques. Cette double exploitation témoigne de la volonté de Charles Band d’explorer de nouveaux débouchés pour le cinéma indépendant, en ajustant ses productions aux évolutions des pratiques des spectateurs. Ce pionnier de la distribution VHS, qui avait su s’adapter à l’arrivée du DVD, du Blu-Ray et des plateformes de streaming, continue donc infatigablement à nourrir les appétits des amateurs de séries B d’horreur et de science-fiction, avec une énergie et une constance qui forcent le respect.

Qui sont donc les « models » que nous annonce le titre du film ? Il s’agit de cinq jolies jeunes femmes, à la fois mannequins et influenceuses, qui décident de partir s’isoler dans une maison au milieu des bois, réservée sur Airbnb, pour un week-end de détente sans contraintes ni garçons. Eileen (Rebecca Stoughton), la plus « mystique » du groupe, les a convaincues de venir connecter leur énergie avec la nature, à l’occasion d’une pleine lune exceptionnelle qui n’a lieu que tous les 500 ans. Elle est accompagnée par l’ingénue Nelly (Alexa Reddy), la dure à cuire Haley (Sarah Moliski), la délurée Nikki (Hannah Hueston) et la sportive Tina (Sophie Swiszcz). Les cinq amies gloussent, sautillent, poussent des cris hystériques, passent leur temps à faire des selfies et à vérifier leur maquillage, s’inquiètent du Wifi pour pouvoir poster des vidéos sur les réseaux sociaux, bref obéissent à tous les clichés d’usage – avec, fort heureusement, une bonne dose d’autodérision. Sur place, elles sont accueillies par une hôtesse vénérable et sympathique, Judith, incarnée par Dee Wallace en personne. Les amateurs du cinéma de genre des années 80 la connaissent bien, puisqu’elle fut l’héroïne de E.T., de Cujo et surtout de Hurlements (le mètre-étalon des films de lycanthropes). Alors que la nuit tombe, Nikki fait entrer en douce un de ses petits-amis et Tina part faire du jogging. C’est le moment que choisissent les loups-garous pour surgir du bois…

Les belles et les bêtes

Models vs. Werewolves fait partie de cette génération de petits films de genre ayant décidé de tirer profit de l’intelligence artificielle pour se payer des effets spéciaux ambitieux à faible coût. Sur le principe, la démarche peut faire sens. Une production Full Moon classique n’aurait en effet jamais pu se payer une horde de loups-garous aussi spectaculaires. Le problème, c’est que les limitations de l’IA low cost sautent aux yeux et donnent lieu à quelques aberrations. Si le résultat obtenu est souvent dynamique, il est la plupart du temps déconnecté de la réalité physique. La scène d’attaque de l’intro, par exemple, est assez incompréhensible du point de vue de sa chorégraphie et de sa mise en scène. Les loups apparaissent et disparaissent dans le montage et les champs/contre-champs sèment la confusion. Même constat pour les effets gore, qui s’avèrent pourtant particulièrement excessifs (têtes arrachées, étripages, sang qui jaillit en geysers, yeux qui s’extirpent des orbites). Danny Draven sollicite certes du latex et des effets pratiques, mais l’ensemble est mixé dans l’IA pour un rendu final très brouillon, noyé dans des pixels flous. Comme s’il leur fallait passer aux aveux, le réalisateur et ses scénaristes glissent dans le film une réplique au cours de laquelle Judith confesse que les photos de sa maison ont été modifiées avec l’IA pour paraître plus attrayantes sur le site web de Airbnb ! Il faut tout de même avouer que Models vs. Werewolves reste un spectacle généreux et diablement réjouissant, cultivant une esthétique héritée des années 80 (des nuits bleutées embrumées et éclairées par des spots puissants), de l’autoréférence décomplexée (les héroïnes visionnent Future Cop) et un humour décalé potache, à peu près le même que celui qui égayait Bad CGI Gator. Avec au passage quelques gags volontairement idiots, comme cette jeune femme qui commence à se transformer en lycanthrope et s’empare d’une pince à épiler pour retirer les poils qui poussent sur son visage !

 

© Gilles Penso

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LE FANTÔME DE L’OPÉRA (2026)

Dans cette relecture modernisée du fameux roman de Gaston Leroux, la fille de Vincent Cassel et Monica Belluci tombe sous le charme du fantôme…

LE FANTÔME DE L’OPÉRA

 

2026 – FRANCE

 

Réalisé par Alexandre Castagnetti

 

Avec Deva Cassel, Romain Duris, Julien de Saint Jean, Laïka Blanc-Francard, Dorothée Gilbert, Guillaume Diop, Axel Auriant, Florence Banks, Migrent Mirtchev

 

THEMA SUPER-VILAINS I FANTÔMES

Encore une adaptation du Fantôme de l’Opéra ? Le cinéma n’en compte-t-il pas déjà suffisamment, depuis l’inoubliable version de 1925 qui, avouons-le, n’a jamais été égalée ? Mais les voies du box-office sont impénétrables, c’est bien connu. Après le succès du diptyque Les Trois Mousquetaires et du Comte de Monte Cristo, les grands classiques de la littérature populaire semblent être devenus la nouvelle manne des producteurs français. Spécialisé jusqu’alors dans la comédie, le réalisateur Alexandre Castagnetti s’engouffre à son tour dans cette brèche pour tenter de moderniser le célèbre roman de Gaston Leroux. Mais pour ce fils de chanteur d’opéra, la démarche semble plus personnelle qu’on aurait pu l’imaginer. « J’ai grandi dans le monde de l’opéra et des grandes histoires scéniques », raconte-t-il. « Enfant, je voulais déjà faire un film qui adapte Le Fantôme de l’Opéra pour rendre hommage à mon père. J’y ai souvent repensé depuis. J’en rêvais, mais c’était impossible. Et puis les producteurs m’ont appelé pour cette proposition miraculeuse : avoir l’opportunité de faire un film musical avec de la danse, du mystère, de l’érotisme et du fantastique. » (1) Contrairement aux adaptations classiques habituelle, son Fantôme de l’Opéra ne se déroule pas dans le Paris de la Belle Époque, mais dans un cadre contemporain. Le récit s’intéresse à Anastasia (Deva Cassel), une jeune danseuse franco-roumaine qui réussit à intégrer le prestigieux Opéra de Paris. Alors qu’elle répète l’Orpheus, un opéra maudit qui fut découvert par hasard dans les sous-sols du prestigieux bâtiment, elle tombe amoureuse d’un mystérieux pianiste qui pourrait bien être un fantôme…

Pétri manifestement de bonnes intentions, ce Fantôme de l’Opéra cru 2026 est un film hélas un peu bancal qui alterne quelques rares moments de fulgurances virtuoses avec beaucoup de maladresses. La scène d’introduction, par exemple, censée se dérouler en plein 19ème siècle, cultive une esthétique chic grandiloquente qui donne presque l’impression que c’est Luc Besson qui tient la caméra. Plus tard, les choses s’arrangent avec l’entrée en scène du personnage principal, incarné par la très touchante et très juste Deva Cassel, qui parvient ici à échapper à l’ombre de ses prestigieux parents (Monica Bellucci et Vincent Cassel) pour exprimer sa propre personnalité. Mais ensuite, le film continue d’accumuler les lourdeurs, via un jeu d’acteurs souvent approximatif, une écriture sans finesse et une mise en scène très modérément inspirée. Dommage, tout de même, qu’Alexandre Castagnetti ne propose pas plus d’idées audacieuses pour donner corps à son fantôme, incarné sans éclat par un Julien De Saint Jean désespérément fade. Le réalisateur semble hésiter, sans parvenir à nimber cet être du mystère et du charme atemporel qu’il est supposé posséder. Il y a bien quelques jeux intéressants de miroirs et de reflets invisibles, mais ces astuces visuelles restent des cas très isolés.

Tardives flamboyances

Romain Duris lui-même met du temps à entrer dans son personnage de metteur en scène exalté. En surjeu et en décalage au début du film, il trouve enfin sa pleine mesure dans une scène tardive où, tyrannique, il brutalise sa danseuse vedette pour tenter d’obtenir d’elle ce qu’il a en tête. Tout semble se jouer dans ce moment fort où notre homme se mue soudain en émule du despotique professeur de batterie qu’incarnait J.K. Simmons dans Whiplash, pour révéler soudain une autre facette que ce visage affable et souriant qu’il laissait voir jusqu’alors. Mais le véritable moment de grâce explose lors du dernier tiers du film, qui concrétise sur grand écran le fameux opéra maudit, sur une musique pleine d’emphase de Dan Levy. Ce grand moment baroque, où la beauté et l’effroi s’entremêlent, tutoie presque les grands moments du cinéma de Dario Argento – qui se cassa lui-même les dents sur le mythe avec sa version de triste mémoire. Cette séquence flamboyante arrive toutefois trop tard, tant le reste du film peine à trouver son équilibre. Mais c’est aussi là que réside peut-être l’un des charmes du long-métrage de Castagnetti. Ses imperfections et ses hésitations le rendent presque touchant. Écartelé entre plusieurs styles sans jamais parvenir à les réconcilier tout à fait, ce Fantôme de l’Opéra évite le lissage aseptisé de la version de Joel Schumacher pour tenter quelque chose de plus singulier. Et puis, dans les toutes dernières secondes, une discrète pointe d’émotion vient refermer le film, en écho au message du générique dans lequel le réalisateur dédie son œuvre à son propre père.

 

(1) Extrait d’une interview publiée sur Cinecitta News en octobre 2026

 

© Gilles Penso

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HELL HOUSE LLC LINEAGE (2025)

Ce cinquième opus abandonne la technique du found footage et tente de relier entre elles toutes les intrigues précédentes…

HELL HOUSE LLC LINEAGE

 

2025 – USA

 

Réalisé par Stephen Cognetti

 

Avec Elizabeth Vermilyea, Searra Sawka, Mike Sutton, Joe Bandelli, Cayla Berejikian, Victoria Andrunik, Gideon Berger, Bridget Rose Perrotta

 

THEMA FANTÔMES I CLOWNS I SAGA HELL HOUSE

Dans la foulée des trois premiers Hell House, qui constituaient un récit complet bouclé sur lui-même, Stephen Cognetti envisage d’élaborer une nouvelle trilogie centrée sur un autre lieu que l’hôtel Abaddon, en l’occurrence le manoir Carmichael. Hell House LLC Origins : The Carmichael Manor est donc censé être le premier volet d’un triptyque. Mais pendant l’écriture de sa suite, Hell House LLC Lineage, Cognetti décide de changer son fusil d’épaule. Ce cinquième opus sera finalement le dernier de la saga. Il s’agira donc de refermer toutes les portes narratives et de relier l’ensemble des événements racontés dans les films précédents. Et pour éviter tout sentiment de redite, Cognetti prend le parti d’abandonner ce qui constituait l’essence même de cette franchise, autrement dit la technique du « found footage » (un montage de fausses images vidéo amateur et de pseudo-documentaires), au profit d’une mise en scène de fiction plus traditionnelle. « Il m’a fallu environ six à huit mois, voire presque un an, avant que le scénario ne soit finalisé », explique-t-il. « J’ai commencé à l’écrire juste après Origins et j’étais très satisfait de l’avancement du projet. J’avais hâte de le tourner et d’essayer autre chose que le found footage. En tant que scénariste et réalisateur, j’aime la nouveauté et je déteste la répétition. Je me suis dit que la meilleure façon de préserver l’originalité de Hell House était d’essayer de faire peur aux gens d’une nouvelle manière. Voilà pourquoi j’ai choisi que m’éloigner du found footage. » (1)

Le personnage central de ce cinquième épisode est l’ancienne animatrice de télévision Vanessa Shepherd (Elizabeth Vermilyea) qui était déjà l’héroïne de Hell House LLC 3. Plusieurs années après avoir frôlé la mort, elle reste hantée par des visions et des cauchemars récurrents liés aux événements traumatisants qu’elle a vécus. Installée dans la ville d’Abaddon, elle semble prisonnière d’une emprise inexplicable qui la rattache à ce lieu maudit. Lorsque des morts mystérieuses commencent à frapper son entourage, elle comprend peu à peu que son passé est intimement lié à l’hôtel Abaddon, au sinistre manoir Carmichael et à une série de meurtres inexpliqués qui ensanglantent la région depuis des décennies. Déterminée à comprendre ce qui lui est arrivé et à briser le cycle de la terreur, Vanessa entreprend d’enquêter sur ces événements avec l’aide d’Alicia Cavalini (Searra Sawka), une journaliste tenace en quête de vérité. Ensemble, elles vont se plonger dans les secrets les plus sombres de la ville et remonter la piste d’un mal dont l’influence semble s’étendre bien au-delà de ce qu’elles imaginaient…

Les liens du sang

Le passage du médium « found footage » à une narration plus classique permet à Cognetti de varier les plaisirs, en soignant tout particulièrement sa photographie et ses ambiances sonores. On découvre ainsi que son savoir-faire dépasse l’exercice de la caméra subjective accidentée et s’ouvre vers une esthétique plus sophistiquée. Ce choix artistique crée chez les spectateurs familiers avec la franchise un certain trouble, dans la mesure où ils revoient des scènes, des lieux et des situations qu’ils connaissaient déjà, mais mises en scène cette fois-ci sous un autre angle, avec un autre regard. Cette démarche finit même par susciter une interrogation plus large liée à ce qu’est la réalité elle-même, ou du moins son simulacre. Les fausses images captées au caméscope sont-elles plus réalistes que celles cadrées et découpées selon un langage filmique plus conventionnel ? Du point de vue du récit lui-même, la nouveauté vient de l’inversion des figures. Ici, ce ne sont plus les protagonistes qui entrent dans des lieux hantés, mais les spectres masqués, les démons, les clowns sanglants et les balles rouges qui viennent contaminer le monde réel. Ce ne sont donc plus les lieux qui sont hantés, mais les gens eux-mêmes, via un principe de « contamination surnaturelle » qui nous rappelle la saga Ju-On. De son côté, le Lineage du titre évoque un enchevêtrement de connections entre différentes personnes liées au drame survenu en 1989 (la mort de Margaret Carmichael heurtée par une camionnette). Tous ceux qui périrent dans l’hôtel Abandon ou dans le manoir Carmichael semblent s’y rattacher d’une manière ou d’une autre. Cognetti fait ici preuve d’une belle inventivité le poussant à relier toutes les péripéties des quatre films précédents en un tout cohérent. S’agit-il pour autant de l’ultime opus de la franchise ? Sa fin très ouverte laisse en tout cas entrevoir plusieurs possibilités de nouvelles suites…

 

(1) Extrait d’une interview publiée sur ScriptMag en août 2025

 

© Gilles Penso

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THE GOOD BOY (2025)

Un jeune voyou est séquestré par une famille « bien comme il faut » qui décide de le ramener dans le droit chemin par tous les moyens…

GOOD BOY / HEEL

2025 – POLOGNE / GB

Réalisé par Jan Komasa

Avec Stephen Graham, Andrea Riseborough, Anson Boon, Kit Rakusen, Monika Frajczyk, Savannah Steyn, Mila Jankowska, Callum Booth-Ford, Noah Valentine

THEMA TUEURS

La genèse de Good Boy (qui a été rebaptisé Heel aux Etats-Unis pour éviter la confusion avec le film homonyme de Ben Leonberg) remonte à la rencontre entre le producteur Jerzy Skolimowski et le réalisateur Jan Komasa, alors que ce dernier assurait la promotion de Corpus Christi, en 2019. Skolimowski lui soumet un scénario de thriller qui n’a alors que peu de choses en commun avec le film final. Écrit en polonais, il raconte l’histoire d’un hooligan dans les rues de Varsovie. Séduit par le projet, Komasa accepte de le reprendre, mais sa transposition en anglais et son déplacement dans le Yorkshire britannique vont profondément en modifier la tonalité. Pour le cinéaste, il s’agit d’une première expérience de réalisation en langue anglaise, avec l’ambition de toucher un public international. Ce changement de décor s’accompagne d’un adoucissement relatif du récit. Dans la version originale, Tommy se livrait pendant la première moitié du film à des actes d’une brutalité extrême. « En Pologne, nous avons une plus grande tolérance à la violence dans notre cinéma », explique Komasa. « Tommy était épouvantable pendant quarante minutes : il faisait des trucs complètement dingues et s’en prenait aux gens dans la rue. C’était insupportable, mais j’adorais ça! » (1) Réduite à un montage de cinq minutes dans le film définitif, cette introduction donne néanmoins le ton sans se réfréner sur la cruauté et sur la nature sauvage et incontrôlable de son protagoniste.

Notre protagoniste est donc Tommy (Anson Boon), 19 ans, un jeune délinquant toxicomane qui cultive la provocation et la violence, dont il filme les débordements pour les diffuser sur les réseaux sociaux. Un soir, après avoir enchaîné alcool, drogues et comportements agressifs en boîte de nuit, il se retrouve séparé de ses amis et disparaît, enlevé par un mystérieux inconnu. À son réveil, il découvre qu’il est enchaîné comme un animal au sous-sol d’une demeure isolée du Yorkshire. Ses ravisseurs, Chris (Stephen Graham) et Kathryn (Andrea Riseborough), forment un couple aussi respectable en apparence qu’inquiétant. Leur objectif : rééduquer Tommy afin de pouvoir le réintégrer dans la société. Malgré ses hurlements et ses tentatives de rébellion, ses geôliers affichent un calme imperturbable, nous laissant imaginer que cette expérience n’est pas la première du genre. Leur fils, Jonathan (Kit Rakusen), un garçon au comportement étrangement impassible, semble lui aussi prisonnier de cet univers familial opaque. C’est alors que Rina (Monika Frajczyk), une jeune Macédonienne venue répondre à une annonce pour un poste de femme de ménage, découvre Tommy enchaîné dans la cave et devient malgré elle le témoin de cette invraisemblable entreprise de dressage humain…

L'humain reconditionné

Le tour de force du film consiste à nous attacher à des personnages qui n’ont rien pour susciter l’empathie: Tommy est un sale gosse violent et autodestructeur qui ne respecte rien ni personne, Chris cache sous ses airs affables l’âme autoritaire d’un homme au bord de la psychopathie, son épouse est prostrée et à moitié folle, leur fils tellement souriant et euphorique qu’il en devient glaçant. Seule Rina attire un peu notre sympathie, même si le scénario ne nous confie pas beaucoup d’éléments à son sujet. Le passé et les secrets des personnages restent d’ailleurs partiellement enfouis, éveillant la curiosité et sollicitant l’imagination des spectateurs. Ce refus d’un manichéisme trop marqué n’était pas un choix simple de la part de Jan Komasa. Le public aurait tout aussi bien pu se désintéresser du sort des personnages. Après tout, ce voyou n’a-t-il pas ce qu’il mérite ? Cette « famille modèle » n’aurait-elle pas sa place dans un hôpital psychiatrique ? Mais les rapports de forces finissent par changer, les failles affleurent de chaque côté, notamment chez Tommy qui, peu à peu, s’assagit, sans que nous ne sachions pleinement s’il s’agit de simulation et de manipulation, d’un syndrome de Stockholm finissant par l’attacher à ses geôliers, ou d’un véritable abaissement de ses barrières. Cet enfermement radical aurait-il finalement les vertus thérapeutiques espérées ? Ou est-ce le contraire qui est en train de se produire ? L’exercice de style est fascinant, le suspense souvent à son comble, les acteurs formidables et le dénouement à la fois savoureux et saisissant.

(1) Extrait d’une interview publiée sur Dazed en mars 2026

© Gilles Penso

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RECLUSE (2026)

Venue au chevet de son père artiste peintre, une technicienne qui travaille dans le cinéma fait face à d’étranges phénomènes…

RECLUSE

2026 – USA

Réalisé par Henry Chaisson

Avec Sasha Frolova, Kimball Farley, Toby Poser, Mia Vallet, Xander Berkeley, Thomas Cancellara, Gillian Cooper, Christine Nyland, Aidan Peluso, James M. Reilly

THEMA FANTÔMES

Scénariste du film d’horreur Affamés et de plusieurs épisodes de Servant, produits respectivement par Guillermo Del Toro et M. Night Shyamalan, Henry Chaisson décide de passer à la mise en scène en 2026, après avoir fait ses armes sur plusieurs courts-métrages. Son crédo reste l’épouvante atmosphérique et le fantastique minimaliste, maîtres mots de Recluse dont il signe à la fois l’écriture et la réalisation mais aussi la bande originale. « J’adore les films d’horreur qui jouent sur le son, car c’est un peu ambigu et on n’est pas tout à fait sûr de ce qu’on entend », explique-t-il. « Avec la maison d’un artiste comme décor principal, il était possible de créer une couche sonore ambiguë laissant entendre aux spectateurs que quelque chose de vraiment grave s’était déroulé sur place dans le passé. C’est évidemment une expérience plus intéressante si le film est vu dans une salle de cinéma, de préférence avec un son Surround. » (1) Pour écrire le script de Recluse, Chaisson s’inspire de ses propres souvenirs d’enfance, lorsqu’il s’amusait à chasser les fantômes chez ses grands-parents avec un magnétophone. « Une fois, j’ai enregistré une voix bizarre et je ne sais toujours pas si c’était un voisin ou un cousin qui me faisait une blague, ou si c’était autre chose », raconte-t-il. « Ça m’a longtemps hanté. » (2) Pour la patine visuelle du film, le réalisateur se laisse influencer par les peintures d’Edward Hopper et Andrew Wyeth, ainsi que par tout un pan du cinéma gothique anglo-saxon.

Joan (Sasha Frolova), ingénieure du son solitaire et mal à l’aise dans le monde qui l’entoure, apprend que son père, Lawrence Wyatt (Xander Berkeley), un célèbre artiste fasciné par l’occultisme, a été grièvement brûlé dans un incendie. Alors qu’il lutte entre la vie et la mort, elle retourne dans le manoir familial, en Nouvelle-Angleterre, qu’elle a quitté depuis longtemps. Accueillie par Lydia (Toby Poser), la gouvernante de son père, et Emily (Mia Vallet), une infirmière dévouée, Joan retrouve une demeure envahie par les œuvres inquiétantes de Lawrence et chargée d’un passé qu’elle n’a jamais réussi à éclaircir. Depuis son arrivée, d’étranges phénomènes troublent ses perceptions. Des voix résonnent dans les pièces désertes, des sons semblent surgir de nulle part et son père évoque entre deux râles une présence mystérieuse au sein de la maison. Joan y reconnaît peut-être l’écho de sa mère, disparue lorsqu’elle était enfant. En explorant les lieux à l’aide de son matériel d’enregistrement, elle tente de capter les traces d’une présence invisible. De vieilles cassettes lui révèlent peu à peu les raisons du départ de sa mère, qui semblait elle-même percevoir quelque chose de profondément inquiétant dans cette demeure…

Voix d'outre-tombe

Sur la forme, il n’y a rien à dire. Les acteurs sont très investis, la photo est somptueuse, la bande son extrêmement travaillée, bref Henry Chaisson parvient sans mal à construire un climat d’épouvante réussi, avec son lot de frissons insidieux, d’ombres furtives, de bruits, de voix et d’apparitions soudaines. Les statues effrayantes qui se dressent dans les arrière-plans ne semblent demander qu’à s’animer dès que les personnages ont le dos tourné, ce qui contribue grandement à l’atmosphère anxiogène, tout comme le masque blafard que porte le peintre pour dissimuler son visage calciné. Ces deux éléments picturaux ont d’ailleurs été conçus et sculptés par l’acteur Xander Berkeley lui-même. Le problème, c’est qu’il nous semble avoir déjà vu tout ça ailleurs. Alors certes, le dernier tiers parvient à nous prendre par surprise en multipliant les révélations et les rebondissements. Mais le film ne raconte rien de foncièrement mémorable, se contentant la plupart du temps de son ambiance et de ses circonvolutions scénaristiques finales. Autre souci, et pas des moindres : le métier d’ingénieure du son de l’héroïne et sa propension à tout enregistrer et tout écouter ne nous mène finalement nulle part. On aurait imaginé des indices collectés dans ces enregistrements – façon Blow Out – afin de faire avancer les investigations, des révélations et des surprises nées de ces captations audio. Or cet élément aurait tout aussi pu être supprimé de l’intrigue sans changer son déroulement. C’est plus que dommage.

(1) et (2) Extraits d’une interview parue dans Dread Central en juin 2026

© Gilles Penso

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HOT SPOT (2026)

Dans un monde futuriste gangréné par la crise énergétique, les humains sont connectés à une I.A. qui régit leurs vies…

HOT SPOT

2026 – POLOGNE / NORVÈGE / GRÈCE

Réalisé par Agnieszka Smoczynska

Avec Andrzej Konopka, Noomi Rapace, Reina Kirishma, George Aurimas Cris, Filippa Kaye, Niki Sereti, Ektor Liatsos, Rasmi Tsopela, Eleni Tzangka

THEMA FUTUR

Non, ce Hot Spot n’est pas le remake de l’excellent polar homonyme réalisé par Dennis Hopper en 1990. Il s’agit d’un thriller futuriste né après une longue maturation, auquel la réalisatrice polonaise Agnieszka Smoczyńska a consacré plusieurs années de sa vie en s’appuyant sur un scénario de Robert Bolesto, son collaborateur sur The Lure. Le projet est né au début des années 2020, bien avant que ChatGPT ne popularise l’intelligence artificielle. Pourtant, l’IA toute-puissante qui occupe le cœur du récit nous semble aujourd’hui singulièrement prémonitoire. À l’origine du film se trouve une réflexion de Bolesto sur la désinformation et l’effacement progressif des frontières entre réalité et fiction. Lorsque Smoczyńska découvre son histoire de cyber-sorcière vivant dans un camp de réfugiés, elle décide aussitôt d’en tirer un film. Hot Spot est conçu pour faire converger les grandes inquiétudes contemporaines – surveillance, guerres, crise climatique et emprise technologique – dans un univers où la sorcellerie et les algorithmes deviennent indissociables. Pour donner corps à ce monde désenchanté, la réalisatrice choisit Athènes comme décor naturel. Les vestiges de la crise économique, les bâtiments abandonnés et les infrastructures fatiguées lui offrent le cadre idéal du futur délabré qu’elle a en tête. Cette vision radicale s’accompagne d’un défi humain particulier : les rôles principaux sont tenus par des interprètes polonais, suédois, japonais et grecs, parlant quatre langues différentes. Le thème de l’incommunicabilité se propage donc même dans les coulisses du film.

Dans un futur proche, l’humanité est entièrement soumise à « La Tête », une intelligence artificielle consciente qui régit chaque aspect de l’existence. Tous les citoyens sont connectés à elle grâce à un nano-bio-organisme implanté dans leur corps, qu’ils doivent entretenir quotidiennement en consommant un « jelly bean ». Cette connexion leur permet de communiquer par la pensée, comme si chacun avait en permanence des voix dans la tête. Mais quiconque refuse de se soumettre à ce système est condamné à être éliminé. Les corps sont ensuite recyclés en eau et en énergie. Un jour, sur le site d’un aéroport désaffecté transformé en camp de réfugiés, une femme est sauvagement assassinée selon un rituel macabre. Les autorités chargées de l’immigration signalent le crime à « La Tête », qui confie l’enquête au détective privé Jan 623 (Andrzej Konopka). Le camp abrite les Néoâmes, des réfugiés qui refusent de se connecter par conviction religieuse. Parmi eux, Rana (Noomi Rapace) attire rapidement les soupçons de Jan. Énigmatique, elle semble posséder des pouvoirs surnaturels qui pourraient menacer l’ordre numérique établi.

Le droit à la déconnexion

« La Tête » étant à la fois décrite comme un dieu et une sorte d’émule du Big Brother de 1984, le sujet de notre dépendance à l’IA prend ici une dimension particulièrement inquiétante. Les individus, eux, ne sont plus que les pions d’un système qu’ils ne maîtrisent plus. D’autant que s’ils se déconnectent de « La Tête » (entendez « la matrice »), ils risquent leur vie. Comme pour entrer en rupture avec cette digitalisation du monde, la mise en scène d’Agnieszka Smoczynska évoque une bestialité enfouie au plus profond de certains humains. Notre protagoniste, notamment, possède des attributs physiques de fauve, tandis que la bande son l’accompagne de ronronnements et de rugissements. Une scène de forêt nocturne le mue même furtivement en félin, tandis que son épouse prend les traits d’un cervidé. Sans concession, Hot Spot s’autorise des écarts très brutaux, comme ces têtes qui explosent façon Scanners, cette victime horriblement mutilée (dont la tête arrachée a été attachée à la place du sexe), ces larves géantes qui dévorent les cadavres gloutonnement, ou encore ce visage dévoré en gros plan lors du climax. Toutes ces idées originales ne nous mènent hélas nulle part, d’autant que la véritable nature de Jan nous échappe totalement. Ses looks improbables (combinaison en cuir, kilt, mulet blond, boucles d’oreille, vernis à ongles) lui ôtent toute crédibilité et ses transformations progressives en fauve demeurent incompréhensibles.On ne peut pas reprocher à Smoczynska son manque d’ambitions artistiques, mais l’univers singulier qu’elle bâtit dans Hot Spot est finalement trop abscons et trop hermétique pour pleinement nous convaincre.

© Gilles Penso

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WICKED LAKE (2008)

Quatre jeunes femmes partent en week-end dans une cabane près d’un lac où des hommes lubriques les agressent, jusqu’à ce que la menace s’inverse…

WICKED LAKE

2008 – USA

Réalisé par Zach Passero

Avec Carlene Baker, Eryn Joslyn, Eve Mauro, Robin Sydney, Michael Esparza, J.D. Brown, Will Keenan, Tim Thomerson, Angela Bettis, Marc Senter, Luke Y. Thompson

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I CANNIBALES

Wicked Lake ayant été sélectionné dans plusieurs festivals internationaux et s’étant vu doter d’une belle édition en DVD et en Blu-Ray, nous étions légitimement prêts à découvrir une œuvre intéressante et singulière. Rien ne nous préparait donc à l’impensable désastre artistique que représente cette série Z bâclée avec un budget quasi-inexistant par le réalisateur Zach Passero, surtout connu pour ses activités de monteur sur des films aussi variés que The Woman, Ghoul, Tales of Halloween ou L’Homme qui a tué Hitler et puis le Bigfoot. Le premier plan du film annonce la couleur. Ilene, une jeune femme incarnée par Robin Sydney, habituée des productions Charles Band (les sagas Evil Bong, et Gingerdead Man), y pose entièrement nue pour les besoins d’un cours de dessin. Tandis que la caméra s’attarde plus que de raison sur chaque détail de son anatomie, l’un des élèves, Caleb (Marc Senter), habillé comme Prince et agité de tremblements compulsifs, s’active sur sa planche à dessin en imaginant que la jeune femme se caresse langoureusement en lui adressant des messages salaces. Puis il la suit à la sortie du cours, la démarche claudicante, le phrasé saccadé, la raccompagne chez elle, la supplie pour toucher l’un de ses seins et s’enfuit en courant quand il constate qu’elle partage son appartement avec trois girondes colocataires.

Lorsque nous nous retrouvons en présence de la famille de Caleb, des rednecks dégénérés et hystériques, nous comprenons définitivement que la finesse ne sera pas de mise et que Wicked Lake sera un film sans queue ni tête. La séquence suivante, d’une gratuité qui laisse rêveur, montre Ilene et ses trois amies Jill (Eve Mauro), Helen (Eryn Joslyn) et Mary (Carlee Baker), se complaire dans une grande orgie conçue manifestement pour titiller la libido du public masculin et l’inciter à regarder la suite. Car n’importe quel spectateur normalement constitué pourrait être tenté de lâcher l’affaire. C’est d’un œil très distrait que nous suivons ensuite les quatre jeunes femmes s’embarquer pour un road trip qui les mènera dans une maison au bord d’un lac. Au programme : un week-end de nudisme et de détente. Mais la famille de Caleb les a suivies et entend bien se livrer à quelques viols, tortures et assassinats sur les ingénues. Pour compliquer les choses, un duo de ploucs échappés de la station-service du coin décide de se mêler à la fête. Comme si ça ne suffisait pas, deux flics sont également sur les traces de nos protagonistes…

Les sorcières cannibales

Le film semble donc vouloir prendre la forme d’une variante de I Spit on Your Grave qui multiplierait par quatre le nombre des victimes. Mais le scénario nous apprend qu’à minuit, les jeunes femmes révèleront leur vraie nature et pourront retourner la situation. Ce sont en effet de redoutables créatures soudain dotées d’immortalité et d’un appétit anthropophage insatiable. S’agit-il de sorcières, comme le suggèrent les dialogues (« nous ne voyageons pas sur des balais, nous préférons les voitures »), de cannibales ou de vampires ? Nous ne le saurons jamais vraiment, et après tout qu’importe. À ce stade, l’amateur de gore a droit à quelques excès amusants et à une poignée de séquences outrancières (les furies qui aspirent le cerveau d’une de leur victime avec une paille ou qui font cuire la tête coupée d’un autre dans un four à micro-ondes, le malheureux Caleb qui se retrouve cloué contre la porte et n’en finit plus d’agoniser) mais c’est bien maigre pour justifier ne serait-ce que l’existence d’un tel nanar. Extrêmement mal joué (les femmes multiplient les éclats de rire forcés, les hommes grognent comme des bêtes lubriques), filmé n’importe comment, monté en dépit du bon sens, Wicked Lake traîne en longueur et ne va nulle part. En guest-stars, nous apercevons Tim Thomerson, lui aussi familier des films de Charles Band (Zone Troopers, Dollman, Future Cop) et Angela Bettis (May, Carrie), sans que leur présence n’apporte la moindre plus-value à ce film calamiteux.

© Gilles Penso

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HELL HOUSE LLC ORIGINS – THE CARMICHAEL MANOR (2023)

Dans ce quatrième opus, l’action change de décor pour s’installer dans un grand manoir hanté où deux jeunes femmes mènent l’enquête…

HELL HOUSE LLC ORIGINS – THE CARMICHAEL MANOR

2023 – USA

Réalisé par Stephen Cognetti

Avec Bridget Rose Perrotta, Destiny Leilani Brown, James Liddell, Gideon Berger, Cayla Berejikian, Victoria Andrunik, Darin F. Earl II, Searra Sawka, Thomas J. Cipriano

THEMA FANTÔMES I CLOWNS I SAGA HELL HOUSE

Les trois premiers volets de la saga Hell House constituaient une trilogie cohérente qui n’appelait aucune suite particulière. Mais le succès de la franchise sur les plateformes de streaming titille son créateur Stephen Cognetti, qui se demande s’il n’y aurait pas moyen de la relancer en variant les plaisirs. Problème : comment éviter les redites et la lassitude des spectateurs ? Pour y parvenir, Cognetti décide de changer de décor en mettant en scène une maison hantée complètement différente. Il se met également en tête de faire passer sur le devant de la scène le clown macabre qui, jusqu’alors, se contentait de faire de la figuration en arrière-plan. « Je ne me suis pas facilité la tâche en appelant ce film The Carmichael Manor, parce que maintenant il fallait que je trouve un véritable manoir », raconte-t-il. « J’ai commencé à écrire le script en mars 2022 et, dès l’automne/hiver 2022, j’ai estimé que j’avais un premier jet suffisamment abouti pour pouvoir attaquer à la fois le casting et la recherche de lieux de tournage. J’ai donc commencé à chercher frénétiquement partout près de New York. En janvier 2023, je suis tombé sur un magnifique manoir qui semblait trop parfait pour être vrai, et le mieux dans tout ça, c’est qu’il se trouvait à deux pas de chez moi, près de Scranton, en Pennsylvanie. » (1) Hell House LLC Origins est donc tourné dans le domaine de Fern Hall, une grande maison construite en 1916 et située au milieu de 100 hectares de forêt.

C’est un nouveau faux documentaire qui sert de structure narrative à ce quatrième Hell House. Nous y apprenons qu’un jour d’octobre 1989, la police découvrit les cadavres horriblement mutilés d’Eleanor Carmichael et de sa fille Catherine dans leur manoir isolé au milieu des bois, loin de la civilisation. Suspect numéro 1 de ce double homicide, le père de la famille, Arthur, était porté disparu. Peu avant ce massacre, un autre drame avait frappé les Carmichael, puisque les deux autres enfants de la famille, Margaret et Patrick, y furent victime d’un violent accident de voiture. Margaret n’en réchappa pas et son frère, blessé, disparut sans laisser de trace quelques temps plus tard. Bientôt se propagea l’idée que les lieux étaient hantés. Aujourd’hui, deux amies spécialisées dans les investigations sur les lieux de crimes, Margot Bentley (Bridget Rose Perrotta) et Rebecca Vickers (Destiny Leilani Brown), décident de passer quatre nuits dans le manoir Carmichael pour y mener une enquête. Elles sont bientôt rejointes par Chase (James Liddell), le frère de Margot. Mais on retrouve leurs cadavres peu après. Que s’est-il passé sur place? Les vidéos qu’elles ont enregistrées avec leurs caméscopes le révèlent…

La maison du diable

Le changement radical de décor est une excellente idée, permettant à Cognetti de jouer la carte de la nouveauté pour s’efforcer, comme le titre du film l’indique, de nous raconter les origines du mal. Nous nous apprêtons donc à découvrir d’où viennent les clowns, la mélodie obsédante au piano, mais aussi les faits et gestes du sataniste Andrew Tully. Plus l’enquête de Margot et Rebecca avance, plus les liens entre la manoir Carmichael et l’hôtel Abandon se tissent. Plusieurs échos avec Hell House 3 résonnent dans les flash-backs situés en 1989, notamment le personnage de Margaret qui a joué dans une adaptation de Faust et tient un masque semblable à celui que porte le public du spectacle « Insomnia ». Ce quatrième opus multiplie les séquences d’épouvante simples mais efficaces, comme cette ombre indéterminée qui se déplace contre un mur, cette balle qui roule toute seule sur le sol, cette silhouette féminine masquée qui apparaît furtivement au bout d’un couloir, sans compter les mannequins de clowns effrayants qui continuent à apparaître et disparaître subitement. Autres passages mémorables : le cadavre ensanglanté qui occupe soudain un lit que nous avions vu propre quelques seconde plus tôt, ou cette conférence vidéo qui prend une tournure angoissante. The Carmichael Manor est peut-être l’épisode le plus effrayant de la série, parce que ses mécanismes de peur s’appuient sur l’unité de lieu, de temps et de personnages. Là où les trois autres films multipliaient les angles de vue et les médias, celui-ci se concentre majoritairement sur trois protagonistes et un site unique. Dans la foulée de ce volet très réussi, Cognetti prendra le pari d’abandonner les codes du found footage pour un cinquième opus reliant entre eux tous les films de la franchise.

© Gilles Penso

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GIRL IN THE NIGHT (2026)

Le modeste employé d’une supérette est fasciné par une jeune fille taciturne qui passe ses nuits à réparer les injustices. S’agit-il d’une super-héroïne ?

DEKLE NOCI

2026 – SLOVÉNIE

Réalisé par Luka Marcetic

Avec Urban Kuntaric, Lara Wolf, Rok Roudi, Nej Jezernik, Doroteja Nadrah, Maja Sever, Marko Mandir, Nina Valic, Ana Facchini, Niko Zagode

THEMA SUPER-HÉROS

Pour son deuxième long-métrage, le scénariste et réalisateur Luka Marcetic décide de détourner les codes des films de super-héros pour livrer une réflexion douce-amère sur la banalité de la vie moderne, plongeant les individus dans l’anonymat et la solitude, le tout ponctué d’humour pince-sans-rire. Il développe les premières ébauches du scénario en 2017, bien conscient qu’il va lui falloir réfréner ses ambitions s’il veut pouvoir concrétiser un tel projet. « Nous vivons en Slovénie », explique-t-il. « C’est un tout petit pays qui ne dispose pas d’un budget très important pour le cinéma. Quand j’ai eu l’idée de Girl in the Night, le premier défi a donc été de trouver comment créer un film de super-héros slovène qui soit crédible à l’écran. Au départ, cela semblait presque impossible, c’est pourquoi cette contrainte de production s’est glissée dans l’écriture de mon scénario. » (1) La difficulté finit par se muer en atout, puisque la sobriété et le minimalisme deviennent les maîtres-mots du film et participent grandement à sa personnalité. Les scènes d’action suivent la même logique. « Elles sont souvent cadrées en plan fixe et en ombres chinoises », commente Marcetic. « Il y a deux raisons à ça : d’une part, j’aime beaucoup regarder les scènes d’action d’un film de manière statique, sans caméra tremblante ni autres artifices. Et d’autre part, j’apprécie particulièrement les silhouettes. » (2) Le réalisateur et sa petite équipe emballent Girl in the Night avec un budget très restreint, tirant partie de la photogénie un peu triste des décors nocturnes des cités slovènes que le directeur de la photographie Lev Predan Kowarsk saisit avec beaucoup d’acuité.

Pour tromper son ennui, Rok (Urban Kuntaric), employé dans une supérette de nuit, vole des tablettes de chocolat, traîne avec son colocataire Kremen (Rok Roudi) et laisse le temps s’écouler sous les néons blafards. Son quotidien monotone bascule lorsqu’une mystérieuse jeune femme (Lara Wolf) fait irruption dans le magasin, le visage couvert de bleus. Insaisissable, elle ne semble vivre que la nuit et prétend posséder des super-pouvoirs. Est-ce une mythomane ? Toujours est-il qu’elle s’est réellement fixé pour mission de rendre une justice expéditive à ceux qui lui ont fait du tort, ainsi qu’à d’autres victimes du quartier. Fasciné par cette fille dont le comportement échappe à toute logique, Rok cherche un moyen de la revoir. Il décide donc de subtiliser son vélo et de proposer ses services pour l’aider à retrouver le voleur. Le voilà devenu co-équipier de cette « super-héroïne » taciturne qui va lui permettre d’égayer ses nuits mais risque aussi de l’entraîner dans des situations de plus en plus périlleuses…

Le voleur de bicyclette

Cultivant volontairement une atmosphère maussade et tristounette, Girl in the Night aborde frontalement les thèmes de la solitude, de l’ennui et de l’incommunicabilité. Dans ce monde mutique qui semble représenter à petite échelle tous les probe!mes de notre société abrutissante, on se parle par monosyllabes pour échanger des banalités et les silences s’installent pesamment. Girl in the Night met ainsi en scène l’une des soirées d’anniversaire les plus glauques et en même temps les plus touchantes qui soient. C’est là toute l’étrangeté de ce film, sans cesse partagé entre l’humour et  la morosité. Avec sa haute stature et sa mâchoire carrée digne du Schwarzenegger des années 80, Urban Kuntaric campe à merveille cet individu noyé dans la masse et coincé dans une routine sans fantaisie. On comprend forcément son attirance pour cette fille qui semble libre de n’en faire qu’à sa tête. Le duo parfaitement improbable qu’ils forment – elle Batman et lui Robin, en quelque sorte – est d’autant plus grotesque qu’il fait presque deux fois sa taille. Mais c’est lui le passif, l’apathique, et elle la combattante pugnace. Pas facile d’accès, le film de Luka Marcetic prend le risque d’installer la lassitude chez les spectateurs et de les empêcher de s’attacher pleinement à des protagonistes uniformément moroses. Mais il va au bout de sa démarche singulière, bousculant volontairement tous les clichés du genre. Présenté au Fantastic Fest d’Austin, Girl in the Night y remporta le prix du meilleur long métrage.

(1) et (2) Extraits d’une interview publiée sur Eye For Film en septembre 2026

© Gilles Penso

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BREEDER (2026)

Jusqu’où seriez-vous prêt à aller pour faire financer un coûteux projet scientifique qui vous tient particulièrement à cœur ?

BREEDER

2026 – USA / CANADA

Réalisé par Alex Goyette

Avec Daniel Doheny, Dot-Marie Jones, Maddie Phillips, Paige McGarvin, Tanaya Beatty, Carmen Moore, Charlotte Kavanagh, John Murphy, Lilian Doucet-Roche

THEMA TUEURS

Alex Goyette est du genre précoce. À onze ans, il tourne déjà sa propre parodie de Il faut sauver le soldat Ryan. Après des études de cinéma à la California State University de Northridge, il inonde massivement YouTube avec des vidéos humoristiques au succès croissant. Parallèlement, cette star montante des réseaux sociaux multiplie les courts-métrages, les épisodes de séries TV et même un premier long encore confidentiel en 2014, la comédie lycéenne Expelled, preuve d’une boulimie créative en ébullition permanente. Breeder s’inscrit dans cette continuité mais mettra du temps à se concrétiser. Le scénario de ce long-métrage est d’abord pitché en 2019 au Tribeca Creators Market, puis remporte en 2023 le grand prix du concours Cinequest avant d’entrer dans le cercle très fermé de la « Black List » (les scripts les plus prometteurs non encore produits). Le film entre finalement en production en Colombie-Britannique, au Canada, en février 2025, porté notamment par les producteurs Ian Start, Byron Ashley et K. Asher Levin. Homme à tout faire, Goyette en assure l’écriture, la réalisation et le montage. Et c’est logiquement à Tribeca, là où tout a commencé, qu’il est projeté en avant-première mondiale. Dès lors, il fait la tournée des festivals en soulevant beaucoup d’enthousiasme,  grâce à son mélange habile de comédie, de suspense, de satire sociale et d’horreur.

Russell (Daniel Doheny), ancien étudiant du MIT, n’a qu’une obsession : obtenir les fonds nécessaires pour sauver des espèces d’abeilles rares menacées d’extinction. Alors qu’il peine à convaincre les investisseurs du bien-fondé de son projet, une occasion inespérée se présente sous les traits de Patti (Dot-Marie Jones), une éleveuse de caniches qui lui promet un financement conséquent en échange d’un simple dîner. Malgré les réticences de sa fiancée (Tanaya Beatty), qui soupçonne un coup fourré, Russell accepte de la rencontrer, persuadé de tenir enfin sa chance. Mais derrière la façade impeccable de Patti se cache un projet pour le moins dérangeant. Car cette championne des concours canins nourrit une ambition bien plus grande : elle souhaite maintenant appliquer aux êtres humains les méthodes qu’elle a perfectionnées avec ses chiens. Elle accepte donc de financer intégralement le projet de Russell à condition qu’il devienne son nouvel « étalon » et s’accouple avec l’une de ses filles adoptives…

Le chienchien à sa mémère

Avec sa tendance à balader ses spectateurs d’une péripétie à l’autre sans leur laisser le loisir d’imaginer où se dirige cette intrigue tordue, Alex Goyette marche ici sur les traces de Zach Cregger, dont Barbare et Évanouis cultivaient le même goût de la surprise et des ruptures de ton. Drôle, inquiétant, horrifique, tendu et très prenant, Breeder rebondit donc sans cesse, poussant son concept fou jusqu’au bout. Peu à peu, la situation de départ devient insolite, puis suscite le malaise, avant de basculer pleinement dans le cauchemar. Daniel Doheny excelle dans le rôle de cet homme simple et sympathique soumis à l’impensable. Sans cesse confronté à des choix moraux décisifs, il constate bientôt que chacune de ses décision – toutes plus mauvaises les unes que les autres – a des conséquences irréversibles. Mais la vraie révélation est Dot-Marie Jones, une sorte de Michael Rooker au féminin qui nous terrifie à chacune de ses apparitions. La mécanique qui se met en branle évoque celle de Misery, mais le scénario nous emmène ailleurs, plaçant l’eugénisme et ses dérives au centre d’un débat plus large sur la corruption et la gangrène mentale que procure l’appât du gain. Car ce que Breeder dresse, sous ses apparats récréatifs, est le portrait extrêmement cynique d’une société malade où tout peut s’acheter et se vendre, y compris l’intégrité, les valeurs morales et les êtres humains.

© Gilles Penso

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