LUZ (2018)

Pendant un interrogatoire dans un commissariat de police, une entité diabolique prend possession d’un psychiatre et altère son comportement…

LUZ

 

2018 – ALLEMAGNE

 

Réalisé par Tilman Singer

 

Avec Luana Velis, Jan Bluthardt, Johannes Benecke, Kate Dervishi, Lilli Lorenz, Julia Riedler, Nadja Stübiger, Keshav Purushotham, Reinhardt Singer

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Né en 1988 à Leipzig, Tilman Singer a d’abord réalisé deux courts-métrages, The Events at Mr Yamamoto’s Alpine Residence et El Fin del Mundo, avant de se lancer dans son premier long, Luz. Il s’agit initialement d’un projet de fin d’études qui s’est transformé en film beaucoup plus ambitieux. « A Cologne, il existe un programme d’aide au financement pour ce type de projet », nous explique Singer. « Mais vendre un film d’horreur à telle une institution n’est pas simple. J’ai donc monté une bande démo avec des extraits de mes courts-métrages, je leur ai demandé de me faire confiance et j’ai obtenu 20 000 euros. Pour l’industrie du cinéma, cette somme peut sembler dérisoire. Mais pour des étudiants, c’est le rêve ! C’est exactement ce dont nous avions besoin pour financer le matériel, les décors, etc… Personne n’a été payé sur ce film. » (1) Le jeune cinéaste sollicite donc les piliers artistiques de ses courts précédents, autrement dit le compositeur Simon Waskow, le chef décorateur Dario Mendez Acosta et le directeur de la photographie Paul Faltz. « J’ai commencé à me documenter sur le métier des artistes qui réalisent des portraits robot pour la police, persuadé que c’était la clef du scénario de ce nouveau film », raconte Singer. « Mais je n’arrivais à en tirer rien de très intéressant. Je me suis alors penché sur les techniques d’interrogatoire et j’ai découvert comment l’hypnose pouvait être utilisée dans des cas très spécifiques. » (2)

En tournant un peu autour de cette idée, une séquence lui apparaît : on y voit une personne questionnée sur ses faits et gestes passés, qui se met à entrer dans une sorte de transe. Mais au lieu d’utiliser des flash-backs traditionnels symbolisant ses retours à la mémoire, le film la montrerait reproduire ses gestes dans la salle d’interrogatoire, comme si l’environnement autour d’elle se modifiait. C’est à partir de cette idée que se construit le scénario de Luz. Le film commence par une nuit pluvieuse et montre une jeune chauffeuse de taxi étourdie et engourdie qui se traîne dans l’entrée d’un commissariat de police. Nous ne savons rien d’elle, pas encore… Pendant ce temps, dans un bar, le docteur Rossini, psychiatre de la police, est abordé par une femme mystérieuse qui lui parle de son ancienne camarade d’école, Luz. Il s’agit justement de la jeune femme hagarde qui traîne dans le commissariat. Troublante, la situation vire au cauchemar lorsqu’une entité diabolique s’empare du docteur Rossini et altère son comportement…

Sous hypnose

Transcendant son budget ridicule, Tilman Singer aborde ainsi le sujet de la possession démoniaque sous un angle singulier, plus sensoriel que surnaturel. En soignant tout particulièrement son montage et sa bande son, le cinéaste noue un drame oppressant s’appuyant sur une unité de lieu, de temps et d’action. La narration est serrée (1h10 à peine), et l’exercice de style s’avère fascinant, mêlant les phénomènes surnaturels et les méthodes scientifiques pour abolir les barrières délimitant l’espace et le temps. Bien sûr, il nous faut accepter l’idée de l’emploi de l’hypnose pour obtenir des aveux, ce qui peut sembler douteux si l’on considère le caractère très subjectif du procédé. Mais l’idée d’une force maléfique s’emparant des techniques d’hypnose ouvre de nouvelles possibilités passionnantes. Malgré un point de départ apparemment très classique – une femme séduit un homme dans un bar -, Luz nous fait rapidement basculer ailleurs, nous désorientant au point de nous placer presque nous-mêmes sous hypnose. Nous décollons alors progressivement de la réalité tangible. Tout s’inverse, les points de vue changent, ce qui explique en partie la sexualité ambigüe des personnages, notamment Luz qui s’habille comme un garçon, le docteur qui perd soudain sa virilité ou l’inspectrice de police exagérément masculine… Luz est décidément un film d’horreur hors-norme, porté par des sources d’inspiration multiples et incarné par des comédiens jusqu’alors habitués aux planches de théâtre. Son audace et son originalité l’ont logiquement propulsé dans une tournée de festivals de films à travers le monde.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2018

 

© Gilles Penso

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TARZAN ET LES AMAZONES (1945)

Le seigneur de la jungle retrouve sa Jane bien-aimée et se heurte à une peuplade de guerrières réfugiées dans une cité perdue…

TARZAN AND THE AMAZONS

 

1945 – USA

 

Réalisé par Kurt Neumann

 

Avec Johnny Weissmuller, Brenda Joyce, Johnny Sheffield, Henry Stephenson, Maria Ouspenskaya, Barton MacLane, Donald Douglas, Steven Geray, J.M. Kerrigan

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I TARZAN

Le Mystère de Tarzan ayant ouvertement positionné la saga de l’homme-singe dans un univers fantastique détaché de la réalité, toutes les folies semblent désormais possibles. Si Tarzan et les Amazones ne pousse pas aussi loin le délire (pas de dinosaures ni d’araignée géante ici), il n’en demeure pas moins un épisode délicieusement « pulp » continuant d’ancrer les aventures de Tarzan dans une sorte d’univers parallèle exotico-fantastique. Les passages obligatoires sont toujours là – Cheeta fait des singeries, Boy se fourre dans le pétrin, Tarzan s’oppose à la cupidité de l’homme blanc – mais un évènement d’importance marque ce nouvel opus : le grand retour de Jane. Après le départ de l’actrice Maureen O’Sullivan en 1942, les deux films suivants s’étaient efforcés de lui trouver des substituts provisoires, justifiant l’absence du personnage par sa participation à l’effort de guerre. Mais en 1945, ce prétexte scénaristique ne fonctionne plus et il est temps de rapatrier la fiancée de Tarzan. Sauf qu’O’Sullivan refuse de rempiler, malgré les insistances du producteur Sol Lesser. On décide alors de la remplacer par une autre actrice, Brenda Joyce, qui deviendra la nouvelle Jane pour les films à venir. Le fait est que les deux comédiennes ne se ressemblent pas et n’ont pas la même couleur de cheveux, un détail qui aurait pu facilement être rectifié. Peut-être la blondeur de Joyce est-elle préservée pour bien marquer la rupture et officialiser le nouveau visage de Jane.

C’est Kurt Neumann, futur réalisateur de La Mouche noire, qui passe cette fois-ci à la mise en scène, transcendant le faible budget à sa disposition pour offrir aux spectateurs les visions les plus mémorables possibles. Alors qu’ils traversent un fleuve pour retrouver Jane, enfin de retour de Grande-Bretagne, Tarzan et Boy croisent la route d’Athena, une Amazone, et la sauvent des griffes d’une panthère noire. La jeune chasseresse s’étant blessée à la cheville, notre valeureux homme singe la ramène jusque chez elle, dans la cité interdite et secrète de Palmyria uniquement peuplée de femmes. Après cet écart de route imprévu, le seigneur de la jungle et son fils retrouvent la pimpante Jane, accompagnée par un groupe d’explorateurs. Mais quand ceux-ci découvrent le bracelet en or que Cheeta a discrètement subtilisé à Athena, leurs regards s’allument comme les yeux du loup de Tex Avery. Ils y voient la possibilité de découvrir enfin la cité mythique de Palmyria. Certains sont animés par la soif de découverte, d’autres par l’appât du gain, et tous tentent de convaincre Tarzan de les y emmener. Bien sûr, notre héros reste inflexible. Mais ce ballot de Boy, persuadé qu’il va pouvoir contribuer aux progrès de la science, accepte de leur montrer la voie…

« Le paradis au pays du temps oublié »

Le film passe beaucoup de temps à montrer des batifolages un peu vains dans la jungle, mais dès que nous pénétrons dans le royaume des Amazones, nous basculons dans une autre dimension. De nombreuses peintures sur verre dignes de King Kong visualisent les immenses promontoires rocheux qui abritent la cité interdite, mais aussi ses bâtiments antiques. Le paysage prend alors un caractère ouvertement onirique, permettant à l’aventure de basculer dans une ambiance de péplum mythologique. « Le paradis au pays du temps oublié », s’exclame l’un des explorateurs soudain pris d’un élan lyrique face à ce spectacle inattendu. Il y a d’ailleurs un aspect surnaturel derrière ce monde caché de la civilisation, puisque dès que les explorateurs s’apprêtent à pénétrer les lieux, l’orage gronde et le vent se lève. Les Amazones sont affublées de diadèmes, de jupettes en peaux de bêtes, de sandales, d’arcs et de flèches, fidèles à l’imagerie classique déjà véhiculée à l’époque dans les pages des comics consacrés à Wonder Woman. Leur grande prêtresse, nichée au pied d’une statue monumentale, est incarnée par la vénérable Maria Ouspenskaya, la fameuse gitane qui nous annonçait la malédiction du lycanthrope dans Le Loup-garou d’Universal. De fait, même si l’intrigue reste basique et si le dénouement est expédié en deux coups de cuiller à pot, Tarzan et les Amazones reste sans conteste l’un des épisodes les plus distrayants de la saga inspirée par Edgar Rice Burroughs.

 

© Gilles Penso

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TORSO (1973)

Un tueur psychopathe aux pulsions incontrôlables se met à frapper les jeunes femmes qui gravitent autour d’une université italienne…

TORSO

 

1973 – ITALIE

 

Réalisé par Sergio Martino

 

Avec Suzy Kendall, Tina Aumont, Luc Merenda, John Richardson, Roberto Bisacco, Ernesto Colli, Angela Covello, Carla Brait, Conchita Airoldi, Patrizia Adiutori

 

THEMA TUEURS

Futur réalisateur de séries B fantastiques maladroites mais très distrayantes comme Le Continent des hommes poissons, Alligator, Crime au cimetière étrusque, 2019 après la chute de New York ou Atomic Cyborg, Sergio Martino fait ses débuts de metteur en scène à la fin des années 60 et s’engouffre assez rapidement dans les retombées du succès de L’Oiseau au plumage de cristal de Dario Argento. Il appose ainsi coup sur coup sa signature sur quatre giallos aux titres très imagés : L’Étrange vice de Madame Wardh, La Queue du scorpion, Toutes les couleurs du vice et Ton vice est une chambre close dont moi seul ait la clé. Avec Torso, le ton se durcit. Si le giallo est encore très présent sur les écrans, une certaine lassitude risque tôt ou tard de s’emparer des spectateurs. Le film capitalise alors plus que les autres sur le sexe et la violence, en s’appuyant sur un scénario d’un des fidèles collaborateurs de Martino, le vétéran Ernesto Gastaldi (Le Corps et le fouet, Mon nom est personne, Il était une fois en Amérique). À vrai dire, l’intrigue importe moins ici que les fulgurances de la mise en scène et les passages choc exacerbant à la fois la plastique des comédiennes et la brutalité des assassinats. Tourné majoritairement à Rome, à Pérouse et dans la province de L’Aquila, Torso tire par ailleurs habilement parti de la photogénie de ses décors, qui deviennent presque des personnages à part entière.

Le film commence aux abords de l’Università per Stranieri, à Pérouse, où Jane (Suzy Kendall, vue dans L’Oiseau au plumage de cristal), une étudiante américaine en histoire de l’art, mène une vie insouciante rythmée par les cours et les soirées entre amies. Mais l’atmosphère bascule brutalement lorsqu’un tueur en série commence à frapper le campus, s’attaquant à de jeunes étudiantes qu’il étrangle à l’aide d’une écharpe rouge et noire avant de mutiler leurs corps. Très vite, la peur s’installe. Daniela (Tina Aumont), l’une des amies de Jane, croit reconnaître le fameux foulard aperçu sur une victime, sans parvenir à se souvenir où elle l’a déjà vu, tandis que les soupçons commencent à peser sur Stefano (Roberto Bisacco), un étudiant étrange et obsédé par Daniela. La police piétine et les crimes se multiplient dans l’entourage des jeunes femmes. Sur les conseils de son oncle, Daniela décide de fuir la ville. Avec Jane et leurs amies Carol, Katia et Ursula, elles se réfugient dans une villa isolée à Tagliacozzo, perchée au-dessus d’un village et bordée par une falaise. Là, loin de Pérouse, elles espèrent retrouver un semblant de tranquillité. Mais ce refuge idyllique se transforme bientôt en piège. Car le tueur rôde toujours et semble désormais déterminé à les traquer une à une…

Le rouge et le noir

Martino parvient à faire d’abord naître l’inquiétude non des espaces confinés mais au contraire des grandes places, celles des villes ou des villages. Le tueur s’y cache parmi la foule, et le danger semble pouvoir surgir de partout à la fois. Le cinéaste joue beaucoup sur les gros plans, sur les regards, instillant des sous-entendus et un certain malaise même lorsqu’il ne se passe apparemment rien à l’écran. Car Torso s’intéresse avant tout aux pulsions incontrôlables d’un maniaque sexuel. Le prétexte est idéal pour laisser la caméra se coller au corps dénudé des jeunes actrices avec une insistance voyeuriste assumée, tandis qu’en contre-champ s’expose la concupiscence des hommes revenus à l’état de bêtes. Ici, les femmes se transforment en objets, et c’est justement là que se loge la motivation du tueur. Très marqué par son époque (la musique et les looks hippies), Torso se situe aux confluents de deux genres, s’octroyant quelques écarts presque gothiques (le décor du marécage embrumé) et préfigurant avec son tueur masqué la vogue du slasher. Mais c’est sans doute au cours de son dernier tiers que le film atteint des sommets, lors d’une extraordinaire séquence de suspense où l’action se confine et où s’engage un jeu du chat et de la souris qui doit sans doute beaucoup à Terreur aveugle. On peut reprocher à Torso les nombreux trous dans son scénario, qui oublie complètement l’enquête policière en cours de route, traite un peu par-dessus la jambe le trauma et le mode opératoire de son psychopathe, ou fait surgir d’un chapeau le docteur interprété par Luc Merenda. Il n’en demeure pas moins que le film de Sergio Martino fait date dans l’histoire du cinéma d’horreur, se positionnant presque comme un trait d’union contre-nature entre Dario Argento et Tobe Hooper.

 

© Gilles Penso

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LA LÉGENDE DE ZU (2001)

Tsui Hark réinvente son classique Zu les guerriers de la montagne magique en le truffant d’effets spéciaux numériques et de séquences surréalistes…

SHU SHAN ZHENG ZHUAN

 

2001 – HONG KONG

 

Réalisé par Tsui Hark

 

Avec Ekin Cheng Cecilia Cheung, Louis Koo, Patrick Tam, Kelly Lin, Sammo Hung Kam-Bo, Ziyi Zhang, Jacky Wu, Lan Shun

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Zu, les guerriers de la montagne magique fut l’un des grands succès de Tsui Hark dans les années 80, s’érigeant en œuvre culte et en marqueur important dans l’histoire du cinéma de Hong-Kong. Son grain de folie et sa profusion d’effets visuels sous influence de Star Wars redonnèrent en effet un coup de jeune décisif au wu xia pian, le film de sabre chinois. 18 ans plus tard, alors que les effets spéciaux numériques sont en train de se démocratiser sur tous les continents et font logiquement une entrée fracassante dans l’industrie cinématographique asiatique, Tsui Hark se dit qu’il serait temps de donner un nouveau souffle à Zu en concoctant une sorte de suite/remake boostée aux trucages infographiques. Tigre et Dragon ayant conquis le monde entier, la compagnie Miramax flaire la bonne affaire et décide d’acquérir trois films d’action chinois pour les distribuer comme des blockbusters sur le territoire américain. La Légende de Zu fait partie du deal, aux côtés de Shaolin Soccer et Hero. Mais si les films qui mettent en vedette Stephen Chow et Jet Li sortiront en salles aux États-Unis, La Légende de Zu devra se contenter d’une commercialisation sur le marché vidéo. Ce choix a-t-il été motivé par l’absence de star en tête d’affiche, ou par le caractère trop « folklorique » de l’œuvre ? Toujours est-il que ce nouveau Zu n’aura pas les honneurs des grands écrans américains. Dommage, parce que le spectacle y est ultra-généreux.

Malgré la présence de plusieurs partenaires financiers internationaux et la mise à disposition d’un budget confortable équivalent à environ 12 millions de dollars de l’époque, Tsui Hark semble avoir conservé une grande liberté artistique, ancrant son scénario dans la culture chinoise et reprenant de nombreux éléments déjà présents dans le premier film. Dans les montagnes célestes de Zu, royaume des immortels, nous apprenons que l’équilibre est menacé par Amnesia, un renégat tapi dans la redoutable Caverne du Sang, où il accroît ses pouvoirs pour conquérir le monde. Face à lui, un vénérable sorcier aux longs sourcils blancs mobilise une armée de guerriers capables de voler grâce à leurs épées magiques et de déployer toutes sortes de projectiles énergétiques. Parmi eux, King Sky est marqué par la perte de sa maîtresse, tuée lors d’une attaque du démon Insomnia, incarnation monstrueuse liée aux forces obscures. Rejoignant les rangs des guerriers, il trouve un nouvel espoir en Enigma, jeune femme mystérieuse qui semble porter l’âme réincarnée de sa bien-aimée. Il s’engage donc dans une lutte désespérée pour empêcher Amnesia de devenir invincible et se met en quête d’armes ancestrales capables de détruire le mal à sa source…

Joyeux chaos

Tsui Hark nous offre ici un véritable déluge visuel qui repousse toutes les limites. Dès l’entame, nous voilà happés par de magnifiques tableaux surréalistes, comme les rochers flottants du mont Emei survolés par des nuées d’oiseaux blancs, ou la vision récurrente du visage d’une jeune fille qui se brise lentement en mille morceaux. Puisque nous nageons en pleine heroic-fantasy, le bestiaire fantasmagorique s’en donne à cœur joie : un démon constitué d’une multitude de crânes volants qui forment eux-mêmes un crâne géant en s’assemblant, un gigantesque blob de sang qui s’écoule au-dessus des murailles, des guerriers maléfiques en armure capables de se démultiplier et de déployer des griffes-fouets, une sorcière qui prend l’apparence d’une petite fée aux ailes de papillons pour mieux tromper les belligérants et les posséder… Certaines séquences atteignent un niveau de virtuosité impressionnant, notamment cette attaque où des soldats se désintègrent sous forme d’oiseaux métalliques avant de se recomposer en une fraction de seconde, projetant des lames avec une précision létale. Le film se mue alors en véritable laboratoire d’effets spéciaux numériques, chaque plan semblant saturé de trucages en 3D. Mais cette profusion est à double tranchant. Le montage ultra-rapide, la densité des informations visuelles et la multiplication des actions simultanées rendent parfois l’ensemble difficile à suivre. Les combats aériens, d’une vélocité extrême, frôlent l’abstraction, et les dialogues incessants en pleine bataille n’aident pas vraiment à clarifier un récit déjà bien confus. Tsui Hark en fait sans doute trop, mais comment ne pas saluer l’enthousiasme qui affleure derrière chaque parcelle de ce joyeux chaos ?

 

© Gilles Penso

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SANTO CONTRE LES ZOMBIES (1962)

Le plus célèbre des lutteurs masqués mexicains se heurte à un savant fou et à son armée de morts-vivants pilotés à distance…

SANTO CONTRA LOS ZOMBIES

 

1962 – MEXIQUE

 

Réalisé par Benito Alazraki

 

Avec Santo, Lorena Velazquez, Jaime Fernandez, Armando Silvestre, Irma Serrano, Dagoberto Rodriguez, Carlos Agosti

 

THEMA SUPER-HÉROS I ZOMBIES

Au Mexique, la « lucha libre » est une institution depuis la fin des années 1800. Ce catch folklorique, que pratiquent des belligérants souvent affublés de masques colorés, favorise les prises spectaculaires, les sauts périlleux et les plongeons foudroyants. Il faut que le public en ait pour son argent. Au sein de cette discipline, un nom s’est érigé à la fois comme un symbole et une véritable légende : Santo. De son vrai nom Rodolfo Guzman Huerta, ce célèbre lutteur masqué est né en 1917 et décroche son premier titre en 1943. Classé dans la catégorie des « rudes » (autrement dit les « méchants » du ring), le massif catcheur change ses techniques de lutte en cours de route pour se ranger du côté des « bons », dans la mesure où sa cote de popularité ne cesse de grandir. Et bientôt, notre homme exporte son image bien au-delà des salles de combat. D’abord héros de photoromans, il poursuit ses exploits au cinéma et devient la star d’une bonne cinquantaine de films tournés sur une période de plus de vingt ans. Les deux premiers longs-métrages dans lesquels il figure, Cerebro del Mal et Cargamento Blanco, ne lui donnent pas encore la vedette, puisqu’il y partage l’affiche avec d’autres justiciers masqués. Mais dès le troisième, Santo contre les zombies, le voilà propulsé sur le devant de la scène, en accord avec la nouvelle image de « super-héros » qu’il se donne sur le ring.

Il nous faut d’abord nous coltiner douze bonnes minutes de combats de catch avant que l’intrigue démarre. Car Santo est avant tout un « luchador » qui doit démontrer les ficelles de son art. Lorsque l’histoire commence enfin, trois enquêteurs (Armando Silvestre, Irma Serrano et Jaime Fernandez) sont dépêchés d’urgence pour élucider l’inexplicable disparition d’un éminent scientifique, qui revenait tout juste d’un voyage d’études à Haïti. Sa fille Gloria (Lorena Velazquez) veut absolument savoir ce qui lui est arrivé et craint déjà le pire. Entretemps, trois voleurs étranges et silencieux (la démarche raide, le regard fixe et le visage blafard) se livrent à un cambriolage nocturne dans une bijouterie. Lorsque le gardien de nuit puis la police les interceptent et leur tirent dessus, ils se montrent insensibles aux balles et doués d’une force surhumaine. Bientôt, il devient clair que la disparition du professeur et le surgissement de ces zombies sont liés. Et pour dénouer cette inquiétante affaire, un seul homme semble être à la hauteur : Santo bien sûr.

« Le plus grand défenseur de la justice et du bien »

Nous sommes encore loin de l’imagerie du zombie telle que la redéfinira George Romero six ans plus tard. Ici, les morts-vivants ressemblent plutôt à des catcheurs sous hypnose, qui reçoivent des ordres par onde radio et sont télécommandés grâce à un dispositif électrique accroché à leur ceinture. Indestructibles, ils résistent même aux impacts de balle en pleine tête et peuvent disparaître à volonté. Le savant fou à l’origine de ce fléau nous apparaît dans toute sa splendeur de super-vilain de comic book : encapuchonné, ricanant, réfugié dans une caverne souterraine où trône un laboratoire à la Frankenstein plein de fioles, de fumée et d’appareillages électroniques. Avec l’aide d’un assistant costumé comme lui, il conçoit ses robots humains à l’aide d’une grande seringue digne de Re-Animator, est capable de déclencher des murs de flammes à distance et espionne toute la ville avec un circuit de télévision fermée. Plus bizarre encore : Santo lui-même possède un système de vidéosurveillance identique et surveille les agissements du criminel. Le lutteur au masque d’argent est clairement traité ici comme une icône surhumaine toute entière dédiée à la lutte contre les forces du mal. « C’est le plus grand défenseur de la justice et du bien », dit d’ailleurs de lui l’un des inspecteurs. Et lorsque tout finit par rentrer dans l’ordre, notre fier héros regagne ses pénates sans attendre le moindre remerciement, se fendant tout de même d’une morale sentencieuse pour clore le métrage : « Les hommes qui défient les lois divines finissent par tomber, victimes de leur propre méchanceté. » C’est beau !

 

© Gilles Penso

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APPRENTI TUEUR (1989)

En tout début de carrière, un tout jeune Brad Pitt se retrouve face à un tueur psychopathe dans ce slasher lycéen…

CUTTING CLASS

 

1989 – USA

 

Réalisé par Rospo Pallenberg

 

Avec Donovan Leitch Jr., Jill Schoelen, Brad Pitt, Roddy McDowall, Martin Mull, Brenda James, Mark Barnet, Robert Glaudini, Eric Boles, Dirk Blocker, Nancy Fish

 

THEMA TUEURS

Proche collaborateur de John Boorman, Rospo Pallenberg participa à la production de Délivrance et écrivit les scénarios d’Excalibur, Exorciste 2 : l’hérétique et La Forêt d’émeraude. Pour son premier long-métrage en tant que réalisateur, il choisit de s’inscrire dans un phénomène de mode qui est pourtant en train de décliner : le slasher post-Halloween. Le titre de son galop d’essai, Cutting Class, est un jeu de mot sur les expressions « sécher les cours » et « couper » (car le tueur au cœur de l’intrigue n’hésite pas à trancher dans le vif). L’un des trois jeunes acteurs qui s’apprêtent à tenir la vedette du film, Donovan Leitch Jr. (tout juste libéré du tournage du Blob), est ravi de participer à l’aventure, dans la mesure où Délivrance et Excalibur font partie de ses films préférés. La pétillante Jill Schoelen, qui se frottait déjà à un psychopathe dans Le Beau-père, n’est pas du même avis. Le scénario de Cutting Class lui déplaît. Elle passe donc son tour, mais ses agents finissent par la convaincre du contraire, arguant qu’elle va partager l’affiche avec le vétéran Roddy McDowall (La Planète des singes). Le troisième rôle principal est attribué à une star en devenir : Brad Pitt. Le producteur Rudy Cohen n’est pas très chaud pour engager cet inconnu, mais Pallenberg insiste et trouve un argument imparable : plusieurs jeunes femmes au sein de la production se pâment devant ses photos en affirmant qu’il est irrésistible.

Jill Schoelen incarne Paula Carson, une sympathique lycéenne dont la vie n’est pourtant pas simple. Son petit ami, le basketteur Dwight Ingalls (Brad Pitt), ne brille franchement pas par sa subtilité, ce qui la pousse à remettre sérieusement en question la pérennité de leur couple. Pour compliquer les choses, elle est courtisée par le proviseur lubrique du lycée (Roddy McDowall) et par Brian Woods (Donovan Leitch Jr.), qui vient tout juste de sortir d’un hôpital psychiatrique après avoir été accusé du meurtre de son père. Comme si ça ne suffisait pas, un assassin mystérieux commence à ensanglanter les lieux et à réduire de manière alarmante les effectifs de l’école. Tout le monde finit par s’interroger sur l’identité du tueur. Serait-ce Dwight, dont la maîtrise de soi semble se volatiliser à vue d’œil ? Ou alors Brian, qui n’a peut-être jamais été guéri de ses pulsions homicides ? Ou encore le proviseur, qui semble prêt à tout pour se glisser sous la jupe de Paula ?

Séchez les cours !

Si les scènes de meurtres qui ponctuent le film restent globalement « soft », elles sont suffisamment régulières et variées pour distraire l’amateur de psycho-killers. Le tueur massacre en effet avec des flèches, un couteau, une hache, un four à céramique ou même un mat de drapeau ! Manifestement inspiré par son sujet, Pallenberg conçoit des séquences originales et mémorables : un visage inquiétant caché derrière une fontaine à eau, un double assassinat sous des gradins, une victime qui meurt sur une photocopieuse allumée (une idée qui sera reprise telle qu’elle dans Chucky 2), un empalement spectaculaire sur un trampoline (qui inspirera Eli Roth pour l’une des scènes de Thanksgiving), ou encore un climax mouvementé dans une salle emplie de machines. Pas encore « dégrossi », Pitt incarne ici un lourdaud taillé d’un bloc : sportif, accro à la bière, nul à l’école, macho, marquant son territoire autour de sa petite-amie. Cela dit, son personnage se révèle au fil de l’intrigue de moins en moins pachydermique. Désireux d’injecter des touches d’humour absurdes dans son film, le réalisateur crée d’étranges gags à répétition avec le père de l’héroïne ou avec un agent d’entretien parfaitement improbable. Pas follement mémorable mais plutôt distrayant, Cutting Class – que les distributeurs français affubleront du titre passe-partout Apprenti tueur – servira de pied à l’étrier au beau Brad, que le grand public découvrira deux ans plus tard dans Thelma et Louise. Rospo Pallenberg, lui, ne transformera pas l’essai. Ce sera son seul film en tant que metteur en scène.

 

© Gilles Penso

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APPELEZ-MOI JOHNNY 5 (1988)

Cette suite balourde de Short Circuit est confiée à Kenneth Johnson, le pourtant talentueux créateur des séries L’Homme qui valait trois milliards et V

SHORT CIRCUIT 2

 

1988 – USA

 

Réalisé par Kenneth Johnson

 

Avec Fisher Stevens, Michael McKean, Cynthia Gibb, Jack Weston, Dee McCafferty, David Hemblen, Don Lake, Damon D’Oliveira, Tito Nuñez et la voix de Tim Blaney

 

THEMA ROBOTS

Le beau succès en salles de Short Circuit donne immédiatement envie à Tristar Pictures de mettre en chantier une suite, pour continuer de capitaliser sur la popularité du sympathique robot à chenilles. En toute logique, John Badham est invité à rempiler, mais le réalisateur préfère passer son tour pour partir diriger l’excellente comédie policière Étroite surveillance. C’est alors Kenneth Johnson qui est sollicité pour le remplacer. Pourvoyeur de séries TV de science-fiction depuis le milieu des années 70 (L’Homme qui valait trois milliards, Super Jaimie, L’Incroyable Hulk, V), Johnson voit là l’occasion de faire ses premiers pas au cinéma et accepte la proposition, même si elle ressemble à un cadeau empoisonné. Steve Guttenberg, l’une des stars du premier film, ne tombe pas dans le panneau et choisit de ne pas s’engager dans cette séquelle, de peur de se répéter. Ça ne manque certes pas d’ironie de la part d’un acteur qui enchaîna quatre épisodes de Police Academy, mais en l’occurrence il a ici le nez creux. Appelez-moi Johnny 5 – titre français de Short Circuit 2 – tombe en effet dans les travers de la plupart des suites produites sans véritable vision artistique. Tourné à Toronto, même si l’intrigue se situe visiblement aux États-Unis, ce second opus n’a rien de franchement mémorable et fait même l’effet d’une anomalie dans la carrière de Kenneth Johnson.

Après avoir quitté Nova Robotics dans des circonstances mouvementées, Benjamin Jahveri (Fisher Stevens) tente de repartir de zéro. Installé à l’arrière de son camion, il lance la Titanic Toy Corporation, une petite entreprise artisanale spécialisée dans la fabrication de robots-jouets qu’il assemble lui-même avec passion. Alors qu’il parcourt les rues en proposant ses créations aux passants, l’un de ses robots attire l’attention de Sandy Banatoni (Cynthia Gibb), acheteuse pour une grande chaîne de magasins, qui lui passe une commande inespérée de mille exemplaires. Mais cette opportunité attire aussi la convoitise du peu scrupuleux Fred Ritter (Michael McKean), qui s’impose comme intermédiaire et convainc Ben de s’associer à lui. Grâce à des fonds obtenus auprès d’un usurier, ils montent une petite chaîne de production dans un entrepôt délabré. Mais une attaque de cambrioleurs détruit leur matériel et disperse leurs ouvriers, mettant en péril la commande. C’est alors qu’intervient le robot Johnny 5, qui repousse les intrus, sécurise les lieux et relance la production en série. Curieux du monde qui l’entoure, Johnny s’aventure aussi dans la ville, où il découvre autant la méfiance des humains que la possibilité de nouer de véritables liens avec eux…

Anthropodroïde

Short Circuit ne se distinguait déjà pas par sa finesse mais savait tout de même nous séduire grâce à l’alchimie du couple incarné par Steve Guttenberg et Ally Sheedy, le savoir-faire solide de John Badham et la caractérisation amusante de « Numéro 5 ». Mais ici, rien ne va plus. Même si l’on tente de faire abstraction de ce scénario prodigieusement inintéressant, de ses traits d’humour aux gros sabots et de cette tendance agaçante à prendre le jeune public – ici principalement visé – pour une masse écervelée facile à contenter, on supporte difficilement l’anthropomorphisme primaire dont se voit affubler le robot vedette. Pourquoi vouloir à tout prix nous faire croire qu’un tas de ferraille, si sophistiqué soit-il, se retrouve soudain doué des mêmes sentiments et des mêmes émotions que les humains qu’il côtoie ? Les clins d’œil à E.T. ne manquent pas, les recettes de la saga La Coccinelle de Disney semblent faire école, mais le résultat tombe franchement à plat. Il est difficile de ne pas soupirer d’exaspération lorsque « Johnny 5 » va à l’église, chante au milieu des passants, parodie Rambo puis devient officiellement citoyen américain. La production met pourtant les moyens nécessaires, allouant au film le même budget que son modèle – 15 millions de dollars – et confiant toujours les effets robotiques à Eric Allard, qui construit cinq exemplaires complexes pour l’occasion. Mais le public ne suit pas, les résultats au box-office s’avèrent décevants et le troisième épisode qui était prévu dans la foulée sera finalement annulé.

 

© Gilles Penso

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EEGAH (1962)

Richard Kiel, le « Requin » de James Bond, incarne un géant préhistorique dans l’un des films les plus involontairement drôles de l’histoire du cinéma…

EEGAH

 

1962 – USA

 

Réalisé par Arch Hall Sr.

 

Avec Richard Kiel, Arch Hall Jr., Marilyn Manning, Arch Hall Sr., Bob Davis, Clay Stearns, Deke Richards, Ron Shane, Addalyn Pollitt, Lloyd Williams

 

THEMA YETIS ET CHAÎNON MANQUANT

Acteur dans un bon paquet de séries B depuis la fin des années 30, Arch Hall Sr. décide de devenir producteur en initiant la comédie olé olé Magic Spectacles et le film de délinquants juvéniles The Choppers, tous deux sortis en 1961. Le petit succès en drive in de ce modeste diptyque lui donne envie de poursuivre l’expérience. L’idée de son troisième film lui vient en rencontrant Richard Kiel, 22 ans, qui travaille alors comme videur dans un bar et l’impressionne par sa très haute stature : 2 mètres 18. Le futur « Requin » de L’Espion qui m’aimait et Moonraker s’embarque donc dans Eegah, un long-métrage que Hall Sr. décide de réaliser lui-même, sous le pseudonyme de Nicholas Merriwether. Comme pour The Choppers, le cinéaste joue dans le film et offre le premier rôle à son fils Arch Hall Jr., un jeune rocker qui tente de percer en se donnant des faux airs d’Elvis Presley bien propret. Pour jouer la fiancée du héros, Hall Sr. choisit Marilyn Manning, qui est à l’époque sa secrétaire. On le voit, Eegah se tourne « en famille ». Conçue à l’économie, sans autorisations de tournage, avec un budget ridicule de 15 000 dollars, cette série B parfaitement improbable est filmée majoritairement à Bronson Canyon, précisément là où se déroulèrent les prises de vues d’un autre nanar de science-fiction délirant, le mythique Robot Monster.

Un blues bizarre accompagne le générique de début, au cours duquel les noms apparaissent sur des pierres tombales surplombées de têtes sculptées. Nous découvrons alors la pétillante Roxy (Manning). La jeune femme finit ses emplettes, fonce dans sa voiture de sport, donne rendez-vous à son petit-ami Tom (Hall Jr.) – employé dans la station-service du coin -, puis traverse le désert de Palm Spring. Là, elle voit soudain apparaître devant son capot un homme des cavernes extrêmement risible (Kiel), même si ce n’est manifestement pas l’intention du réalisateur. Mais voir ce grand type en peau de bête qui s’agite de manière hystérique en grognant, affublé d’une barbe hirsute et armé d’une grande massue, active aussitôt les zygomatiques des spectateurs. Le géant s’enfuit en entendant arriver la voiture de Tom, mais Roxy est passablement secouée. En entendant cette histoire incongrue, son père (Hall Sr.), un écrivain spécialisé dans les récits d’aventure, décide d’aller mener l’enquête et se rend sur la montagne vers laquelle mènent les pas du colosse. Comme son hélicoptère n’arrive pas à l’heure prévue, Tom et Roxy partent à sa recherche…

Moi Eegah, toi Roxy

Plusieurs séquences invraisemblables ponctuent cette variante hilarante du motif de la Belle et la Bête, comme lorsque notre géant antédiluvien transporte Roxy dans sa caverne, la renifle longuement puis lui cherche des poux dans les cheveux. Il lui demande ensuite – avec ses borborygmes incompréhensibles postsynchronisés par le réalisateur – de serrer la main de sa famille, réduite à l’état de squelettes, avant de la nourrir avec une cuisse de chèvre et de lui fait contempler ses jolies peintures rupestres… le tout sous les yeux attendris du père de la jeune femme qui affirme avec joie, en parlant de l’homme préhistorique : « Nous avons établi une belle amitié. » Autre morceaux de choix : le Cro-Magnon soudain amoureux qui chantonne en apportant un bouquet de fleurs à Roxy, laquelle lui recouvre plus tard le visage avec de la mousse à raser pour lui tailler la barbe… Bref, c’est du grand n’importe quoi. Les ballades rock qui ponctuent régulièrement le métrage – chantées dans un très mauvais play-back par notre Elvis du pauvre – n’arrangent évidemment rien. Vers la fin du film, le géant investit une petite ville et sème la panique en découvrant la civilisation, calquant son attitude sur l’homme des cavernes de Dinosaurus, avant un climax imitant quant à lui celui de King Kong.

 

© Gilles Penso

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LE MASQUE DU DÉMON 2 (1989)

Dans ce remake du chef d’œuvre de Mario Bava, réalisé par son fils Lamberto, un groupe de skieurs coincé dans une crevasse réveille une redoutable sorcière…

LA MASCHERIA DEL DEMONIO

 

1989 – ITALIE / ESPAGNE

 

Réalisé par Lamberto Bava

 

Avec Alessandra Bonarotta, Deborah Caprioglio, Laura Devoti, Eva Grimaldi, Givanni Guidelli, Michele Soavi

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

En 1989, la chaîne de télévision espagnole TVE initie une ambitieuse coproduction européenne incluant ses confrères de Reteitalia (en Italie), RTP (au Portugal), Beta Film (en Allemagne), ainsi que la SFP et FR3 (en France). L’objectif est le lancement d’une mini-série télévisée baptisée Sabbath et constituée de longs-métrages autonomes. Chacun des six épisodes est confié à un réalisateur reconnu dans son pays. Si les histoires sont totalement autonomes, un fil conducteur les relie : l’exploration des différentes perceptions du personnage de la sorcière, notamment à travers les récits historiques et le folklore populaire d’Europe. Lamberto Bava ouvre le bal avec La Mascheria del Demonio qui, comme son titre l’indique, est une sorte de remake du classique réalisé en 1960 par son père Mario, le fameux Masque du démon. Baptisé Le Masque du démon 2 ou parfois Le Masque de Satan lors de sa diffusion en France (et The Mask of Satan sur le marché international), cet épisode reprend en effet beaucoup d’éléments du film de Bava Sr. en les modernisant, mais construit aussi sa propre narration. La source d’inspiration commune des deux films reste le conte horrifique Viy écrit par Nicolas Gogol en 1835.

Cette relecture suit un groupe de jeunes skieurs perdus en montagne qui se retrouve coincé dans une caverne glacée (reconstituée dans un beau décor de studio, très photogénique à défaut d’être réaliste). Là, nos vacanciers découvrent sous la neige la tombe d’une femme, enterrée là depuis plusieurs siècles. Son visage est recouvert par un masque sinistre hérissé de pointe. Car la trépassée est une sorcière, condamnée jadis à porter ce carcan acéré pour la punir de ses crimes. Les imprudents skieurs ne se contentent pas d’exhumer le corps, ils retirent aussi le masque. Aussitôt, une fumée étrange s’échappe, signe que la malédiction de la sorcière s’apprête à les frapper. L’esprit vengeur de cette créature démoniaque va entreprendre de les posséder l’un après l’autre, selon une mécanique qui n’est pas sans rappeler celle d’Evil Dead. Ici, la violence et les effets graphiques vont beaucoup plus loin que ce que montrait Mario Bava trois décennies plus tôt, par l’entremise du maquilleur spécial Sergio Stivaletti, qui officiait déjà sur Démons et Démons 2 de Bava Jr.

L'improbable gorgone

Comme c’était à craindre, ce second Masque du démon souffre de la cruelle comparaison avec son illustre modèle, dont il n’arrive pas à la cheville. Pourtant, à part la reprise de la séquence pré-générique (la sorcière condamnée à porter le masque du démon et le bûcher éteint par l’orage) et le fait qu’une fois le masque ôté, la condamnée se manifeste à nouveau, le scénario de cette nouvelle version s’éloigne volontairement de celui du film original. Mais ce que Lamberto apporte de neuf n’a rien de particulièrement passionnant. Les héros sont de jeunes fêtards stupides auxquels il est bien difficile de s’attacher, les péripéties n’ont pas une once de cohérence – ils sont d’abord prisonniers d’une crevasse, puis réfugiés dans une église dirigée par un prêtre caricatural – et le traitement des phénomènes surnaturels nous semble parfaitement aléatoire. Comme souvent chez Lamberto Bava, nous nous raccrochons à la plastique du film, à ses très beaux décors, à sa photographie somptueuse, à la musique de Simon Boswell (Santa Sangre), aux délires visuels de Stivaletti (qui a toujours su doter ses effets d’une indéniable poésie) et au mélange d’horreur et d’érotisme qui permet l’éclosion de quelques séquences originales et sulfureuses. Au stade ultime de sa métamorphose, la sorcière prend les allures d’une gorgone improbable dont les cheveux sont des espèces de vers agités par des fils souvent très visibles ! Ce Masque du démon 2 fut parfois abusivement distribué sous le titre Démons 5, notamment lors de son exploitation au Japon.

 

© Gilles Penso

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SPACE RAIDERS (1983)

Un enfant s’embarque clandestinement dans le vaisseau spatial que sont en train de voler des pirates et participe à leurs aventures…

SPACE RAIDERS

 

1983 – USA

 

Réalisé par Howard R. Cohen

 

Avec Vince Edwards, David Mendenhall, Patsy Pease, Thom Christopher, Luca Berovici, Drew Snyder, Ray Stewart, George Dickerson, Michael Miller

 

THEMA SPACE OPERA

En janvier 1983, Roger Corman cède sa compagnie New World Pictures pour la somme de 16,9 millions de dollars, marquant la fin d’une époque. Mais le producteur a plus d’un tour dans son sac. Dans le cadre de cet accord, il reste consultant pendant deux ans et s’engage à ce que New World assure la distribution de tous les films qu’il mettra en chantier jusqu’en février 1984. Il y en aura au moins cinq par ans, tournés pour des budgets ne dépassant pas cinq millions de dollars. La nouvelle structure de production qu’il crée à cette occasion – Millenium, bientôt rebaptisée New Horizons – accueille le premier de ces films aux grandes ambitions mais aux moyens modestes : Space Raiders. Conçue comme une sorte de relecture spatiale de L’Île au trésor, cette aventure de science-fiction entend bien profiter du succès de la sortie imminente du Retour du Jedi. Mais des retards dans la post-production empêcheront Space Raiders d’être distribué la même semaine que le troisième opus de Star Wars (il sortira deux mois plus tard). Howard R. Cohen, qui vient de faire ses débuts derrière la caméra avec la parodie Samedi 14, se voit confier le bébé, sans doute parce qu’il ne coûte pas trop cher. Car il s’agit de dépenser le moins d’argent possible. La bande originale est donc majoritairement empruntée aux Mercenaires de l’espace, qui fournit aussi au film de Cohen ses vaisseaux spatiaux, ses effets spéciaux et ses décors. D’où une inévitable impression de déjà-vu – et de « déjà entendu » – pour les familiers des productions Corman.

Le capitaine C. F. « Hawk » Hawkens (Vince Edwards), ancien colonel du service spatial reconverti en pirate, entraîne son équipage dans une mission périlleuse visant à dérober un cargo qui appartient à une mystérieuse société interstellaire surnommée « La Compagnie ». Mais pendant le casse, Peter (David Mendenhall), un garçon de 10 ans, se faufile à bord pour se cacher, et les pirates s’emparent du vaisseau sans se douter de sa présence. Une fois le cargo rejoint par le vaisseau de Hawk, l’équipage doit se battre pour sauver un camarade blessé lors de l’attaque. Peter sort alors de sa cachette, réclamant d’être ramené chez lui. Hawk envisage d’abord de demander une rançon, mais lors d’un affrontement avec les chasseurs de la Compagnie, il change d’avis lorsque Peter se montre courageux en se glissant dans un compartiment exigu pour réparer un conduit d’alimentation endommagé, offrant ainsi à tous une chance de s’échapper. Hawk promet alors de ramener Peter sur sa planète natale, Procyon III. Mais avant, l’équipage fait une halte dans une station spatiale tenue par le redoutable baron du crime extraterrestre Zariatin (Ray Stewart)…

Le recyclage de l’espace

Space Raiders s’efforce d’offrir aux spectateurs tout ce qu’ils sont en droit d’attendre d’un tel spectacle. Nous avons donc droit à des maquillages d’extra-terrestres à la Star Trek, des hommes déguisés en robots, des gunfights aux pistolets laser, des poursuites de vaisseaux spatiaux, un bar plein d’aliens façon Cantina, des hologrammes, une bagarre de saloon, et même un chat monstrueux et un scarabée en stop-motion qui ressemble aux créations de Brett Piper. Hélas, le recyclage se fait cruellement sentir, notamment pendant les séquences de batailles dans l’espace. Étant donné que tous ces plans truqués viennent d’ailleurs et ont été montés pour tenter de se raccorder aux prises de vues réelles, la chorégraphie des combats aériens est souvent incompréhensible et l’on a souvent du mal à savoir qui tire sur qui. Visuellement, toutes ces maquettes sont très jolies, mais ça ne suffit évidemment pas à rendre ces échauffourées stellaires palpitantes. D’autant que les mêmes plans ont tendance à se répéter inlassablement. Cela dit, le problème majeur du film est ailleurs. On sent bien qu’Howard Cohen essaie de nous attacher à son jeune héros. Mais le gamin est tellement agaçant (il se met volontairement en danger, fouille partout, provoque des catastrophes) que son sort finit par nous laisser indifférents. D’autant qu’il se contente la plupart du temps d’errer mollement d’un lieu à l’autre, presque effrayant avec son visage de poupon totalement inexpressif. Pas désagréable mais loin d’être mémorable, Space Raiders contient bizarrement beaucoup d’éléments qu’on retrouvera – consciemment ou non ? – dans la série Skeleton Crew. Ça ne manque pas d’ironie quand on sait que Corman voulait justement faire la nique à Star Wars.

 

© Gilles Penso

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