SCARED (2002)

Dans ce slasher sous haute influence de Scream, le plateau de tournage d’un film d’horreur est ensanglanté par un tueur masqué…

SCARED / CUT THROAT

 

2002 – USA

 

Réalisé par Keith Walley

 

Avec Luciano Saber, Kate Norby, Cory Almeida, Raquel Horton, Doug Cole, J. Robin Miller, Paityn James, Brad Lockerman, Kim Ryan, Butch Hammett, Dayna O’Brien

 

THEMA TUEURS I CINÉMA ET TÉLÉVISION I SAGA CHARLES BAND

Producteur pour Brian Yuzna (Society, Re-Animator 2) mais aussi pour d’autres praticiens du cinéma de genre (on le trouve au générique de Nightwish, Parasite et Le Clan des vampires), Keith Walley passe à la mise en scène au début des années 2000 et réalise coup sur coup deux films d’horreur : Speck et Scared, dont Charles Band assure la distribution. Si Speck s’inspire des méfaits d’un vrai tueur en série et prend le parti d’une approche réaliste, Scared se veut beaucoup plus récréatif. Band y trouve le moyen de satisfaire la chaîne de vidéoclubs Blockbuster Vidéo, toujours à la recherche de slashers reprenant les recettes de la franchise Scream (dans l’esprit de Final Scream et Bleed). Tourné en 35 mm dans les studios de Sony et connu également sous le titre alternatif Cut Throat (que Band trouve plus « impactant »), Scared remplit parfaitement le cahier des charges attendu, reprenant quasiment à l’identique la scène de Drew Barrymore au téléphone en guise d’introduction et citant directement ses sources dans ses dialogues, notamment lorsqu’un producteur se lamente auprès d’un réalisateur et d’un scénariste en leur disant : « Vous m’avez pitché votre film comme le prochain Scream ou le prochain Souviens-toi l’été dernier ! »

Scared se déroule en effet dans les coulisses du tournage d’un film d’horreur, ce qui permet de multiplier les clins d’œil et les références au genre. Nick (Luciano Saber), le scénariste du slasher « Death Blade », n’apprécie pas beaucoup que Hamlin (Cory Almeida), le réalisateur roublard embauché pour le mettre en scène, ait trahi son script. Plus problématique encore : Hunter (Doug Cole), le producteur, annonce qu’il n’y a plus d’argent pour terminer le film, puisque l’intégralité du budget a été dépensée dans la scène d’ouverture. Les deux hommes décident de trouver malgré tout un moyen de continuer le tournage. Mais le lendemain, sur le plateau, quelqu’un emprunte le costume du tueur masqué de « Death Blade » et assassine non seulement l’acteur qui incarne le psychopathe mais aussi la star du film. L’affaire attire l’attention de la presse et déclenche une enquête policière. En attendant, il faut trouver une nouvelle actrice principale. C’est finalement Samantha (Kate Norby), l’ex-petite amie du réalisateur, qui se voit proposer le rôle, tandis que sa copine un peu cruche Heather (Raquel Horton) est engagée pour jouer l’une des victimes. Ce qui n’empêche pas les meurtres de continuer de plus belle, bien au contraire…

Coupez !

Au-delà des allusions aux néo-slashers des années 90-2000, Keith Walley s’amuse à jouer la carte de l’auto-référence en montrant des posters de Re-Animator 2, Nightwish et Parasite dans l’un des bureaux de la production, ou à donner au cascadeur qui joue le tueur le nom Colt Seavers, comme Lee Majors dans L’Homme qui tombe à pic. Grâce au dispositif narratif du « film dans le film », Scared s’amuse sans cesse avec l’effet miroir et la mise en abyme. Le vrai et le faux tueur, les cris des acteurs et ceux des vraies victimes, les assassinats authentiques et simulés s’entremêlent ainsi au fil d’une intrigue qui, par moments, nous évoque la séquence du décor de cinéma de Scream 3. L’ombre de Wes Craven plane donc tout au long du film. Y compris lorsque la révélation finale, pataude, laisse la place à de longs monologues explicatifs justifiant les motivations et les actes derrière ce massacre en série. Ces effets faciles, couplés à des défaillances techniques dues sans doute à la maigreur famélique du budget (notamment une prise de son souvent défaillante), jouent en défaveur du film. Malgré tout, Walley ose quelques petites prouesses visuelles, comme ce plan-séquence minutieusement millimétré au milieu des membres de l’équipe sur le plateau de tournage. Bref, s’il manque de finesse, Scared reste l’un des sous-Scream les plus divertissants du catalogue de Charles Band. La barre n’était certes pas très haute, mais c’est tout de même appréciable.

 

© Gilles Penso

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SUBMERSION (2025)

À Séoul, une jeune femme et son fils se retrouvent piégés dans un immeuble envahi par les eaux pendant un monstrueux déluge…

DAEHONGSU / THE GREAT FLOOD

 

2025 – CORÉE DU SUD

 

Réalisé par Byung-woo Kim

 

Avec Kim Da-mi, Park Hae-soo, Kwon Eun-sung, Yuna, Kim Min-Gwi, Ahn Hyun Ho, Kim Kyu-na, Jung Min-joon, Park Mi-hyeon, Lee Dong-chan, Lee Hak-joo

 

THEMA CATASTROPHES

Lorsqu’il s’attèle au scénario de Submersion, le cinéaste coréen Byung-woo Kim a trois mots en tête : le déluge, l’évolution et la maternité. Auteur du drame Ri-teun, du thriller The Terror Live, du film d’action PCM et du survival fantastique The Prophecy, Kim n’est plus à un défi près. Cette fois-ci, il se met en tête de combiner les codes du cinéma catastrophe avec ceux de la science-fiction, en abordant non seulement le thème de la crise environnementale mais aussi une réflexion sur l’intelligence artificielle et sur la nature humaine. Pour y parvenir, il réinvente l’Arche de Noé à sa manière et s’appuie sur l’imagerie d’un désastre diluvien. « Au cours des catastrophes naturelles, l’eau est parfois qualifiée de “démon aquatique“, mais elle est également source de vie », explique-t-il. « J’ai voulu jouer sur ce double visage. Je me suis également dit que si les émotions humaines pouvaient être exprimées visuellement, elles se matérialiseraient peut-être sous forme d’une vague gigantesque et déferlante. » (1) La pluie cataclysmique et les raz de marée prennent ainsi une tournure symbolique dans Submersion, qui bénéficie d’effets visuels extrêmement ambitieux, de deux têtes d’affiches coréennes de premier plan (Kim Da-mi est l’héroïne du diptyque The Witch, Park Hae-soo est l’un des concurrents de Squid Game) et d’une distribution internationale assurée par la plateforme Netflix.

Récemment veuve suite à un accident de voiture ayant coûté la vie de son époux, An-na (Kim Da-mi) vit avec son fils de six ans Ja-in (Kwon Eun-sung) dans un grand complexe immobilier de trente étages, au cœur de Séoul. Un matin, elle constate que son appartement est inondé. Un coup d’œil à la fenêtre lui permet aussitôt de prendre conscience de l’ampleur du drame : une pluie monstrueuse est en train de s’abattre sur la ville et les eaux montent dangereusement d’étage en étage. Menacée par un gigantesque tsunami, elle essaie de gagner le toit avec son fils, mais les obstacles ne cessent de se dresser sur son chemin. C’est alors qu’un agent de sécurité qu’elle ne connaît pas, Hee-jo (Park Hae-soo), entre en contact avec elle pour la prévenir qu’un hélicoptère l’attend pour pouvoir la transporter ailleurs. An-na est en effet une chercheuse dont les travaux sont manifestement très précieux. Or la catastrophe qui est en train de s’abattre a pris des proportions planétaires et menace l’humanité toute entière…

La dernière vague

Virtuose, acrobatique, truffée de plans-séquence impossibles, la mise en scène de Byung-woo Kim n’est pas ostensible pour autant, dans la mesure où sa caméra reste sans cesse attachée à son héroïne, renforçant le phénomène d’identification et l’implication des spectateurs. La minutie et la fluidité de la réalisation s’effacent ainsi derrière la dramaturgie. Car malgré les proportions apocalyptiques que prend le scénario, le film s’efforce de rester à échelle humaine et de centrer ses enjeux sur cette mère et son enfant. À ce titre, l’implication physique et émotionnelle de Kim Da-mi est impressionnante. C’est elle qui porte une grande partie de l’impact du film sur ses épaules. D’autant que la situation dans laquelle est immergée (au sens propre et figuré) son personnage se révèle riche en dilemmes moraux insolubles, soulevant sans cesse la question de l’altruisme et de la prévalence de l’intérêt général sur l’auto-sauvegarde. « Je suis désolée » n’en finit pas de déplorer An-na en abandonnant derrière elle les gens qu’elle sait condamnés. C’est bien la nature humaine qui est au cœur de tous les enjeux de Submersion, à toutes les échelles. Alors qu’on pouvait s’attendre à un film catastrophe « classique », relatant la révolte de la nature face au dérèglement climatique, l’intrigue prend très vite une dimension science-fictionnelle audacieuse. Un virage qui n’est pas sans risque : le spectateur pourrait refuser d’adhérer à la tournure que prennent les choses, perdre sa suspension d’incrédulité et voir s’effondrer tout l’édifice dramaturgique. Mais ce choix artistique est pleinement assumé par Submersion, qui nous entraîne là où on ne l’attend pas, alignant son ambition visuelle sur celle d’un récit à tiroirs aux implications vertigineuses.

 

(1) Extrait d’une interview publiée sur Soompi en novembre 2025

 

© Gilles Penso

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GROOM LAKE (2002)

Cette histoire de science-fiction à tout petit budget, réalisée par William Shatner, raconte une opération secrète liée à des activités extra-terrestres…

GROOM LAKE

 

2002 – USA

 

Réalisé par William Shatner

 

Avec William Shatner, Dan Gauthier, Amy Acker, Tom Towles, Dick Van Patten, John Prosky, Dan Martin, Rickey Medlocke, Duane Whitaker, Brenda Bakke

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA CHARLES BAND

Après avoir fait ses débuts de metteur en scène sur la série Hooker, William Shatner passe au format long avec Star Trek 5, sans beaucoup de succès. Tant et si bien que sa carrière de réalisateur se poursuit alors timidement sur les petits écrans. Mais le capitaine Kirk a plein de projets dans ses cartons, notamment le film de science-fiction Groom Lake qu’il essaie désespérément de vendre un peu partout. En désespoir de cause, il se tourne vers la très modeste compagnie de production Full Moon, qui lui ouvre grand la porte. Pour l’occasion, Charles Band alloue au projet un budget de 200 000 dollars et un planning de tournage de 22 jours. C’est colossal selon les canons des films Full Moon, mais aux yeux de Shatner, de tels moyens sont dérisoires. Et c’est là que commencent les problèmes. J.R. Bookwalter, chargé de produire le film, se heurte quotidiennement aux frustrations de l’acteur/réalisateur dont les sautes d’humeur finissent par entacher sérieusement l’ambiance du tournage. A tel point que tous ceux qui ont participé de près ou de loin à cette étrange aventure préfèrent l’oublier poliment. Le résultat n’est certes pas honteux, mais Groom Lake souffre clairement de l’écart abyssal qui sépare ses ambitions de ses moyens, et s’oublie rapidement après son visionnage.

Le film s’intéresse d’abord à un camionneur qui aperçoit des lumières bizarres scintiller derrière une montagne, arrête son véhicule et hurle vers le ciel « Je suis là, prenez-moi ! », tandis qu’une étrange lueur colorée se dépose sur ses mains. Puis nous voilà en présence des deux héros du film, Kate (Amy Acker, vue notamment dans Alias et La Cabane dans les bois) et son époux Andy (Dan Gauthier, habitué des soap operas tels que Beverly Hills ou Melrose Place). En virée dans un road trip au beau milieu du désert d’Arizona, ils se dirigent vers Groom Lake, à proximité de la fameuse Zone 51. Un flash-back cotonneux nous apprend que les médecins ont diagnostiqué une forme de lupus incurable chez Kate et que ses jours sont comptés. Cette quête d’une région où ont été signalées des présences extra-terrestres est donc un moyen désespéré, pour la jeune femme, d’entrer en contact avec d’autres formes de vies et, pourquoi pas, de découvrir ce qui se passe au-delà de cet univers. Parallèlement, le film s’intéresse au général Gossner (William Shatner) qui dirige un centre militaire top secret à Groom Lake et cherche à renvoyer vers sa planète une entité extra-terrestre qu’il garde sous sa protection…

Rencontres du troisième cheap

Si Shatner se laissait inspirer par 2001 l’odyssée de l’espace pour concocter son peu convaincant Star Trek 5, sa référence principale ici est de toute évidence Rencontres du troisième type : les lumières derrière la montagne, les scientifiques qui s’affairent en secret, le couple qui tente d’atteindre le sommet pour découvrir le secret venu des étoiles, les populations fascinées qui se regroupent dans le désert… Malheureusement, les effets spéciaux ont bien du mal à suivre. Ce vieil homme qui émet une lueur phosphorescente disgracieuse, cet OVNI mi-tambour mi-méduse en affreuses images de synthèse ou cette combinaison extra-terrestre qui n’aurait pas dépareillé dans un épisode de X-Or auraient plutôt tendance à provoquer le rire que la fascination. Sans compter les idées bizarres et glauques qui éloignent définitivement le film du grand public auquel il semblait pourtant destiné, comme cet homme calciné en gros plan contre un portail électrifié où ces cowboys qui violent l’héroïne dans leur camionnette. Mal fichu malgré ses intentions initiales et malgré toute la « production value » que J.R. Bookwalter parvient péniblement à mettre au service de la mise en scène (hélicoptères, cascades automobiles, scènes de foules), Groom Lake connaîtra une sortie vidéo très discrète et tombera dans l’oubli. En dépit de cette expérience décevante, Shatner continuera à animer pour Charles Band l’émission Full Moon’s Fright Night sur la chaîne Sci-Fi Channel.

 

© Gilles Penso

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THE R.I.P. MAN (2025)

Un tueur psychopathe, obsédé par la chirurgie dentaire sans anesthésie, se livre à un massacre méthodique dans une petite ville anglaise…

THE R.I.P. MAN

 

2025 – GB

 

Réalisé par Jamie Langlands

 

Avec Owen Llewelyn, Maximus Polling, Jasmine Kheen, Bruno Cryan, Mia Bowd, Callum Chapman, August Porter, Matt Weyland, Jamie Langlands, Paul Coster

 

THEMA TUEURS

En 2020, le producteur et scénariste Rhys Thompson commence à concevoir l’idée de ce qui deviendra The R.I.P. Man. « Un soir d’hiver, je zappais sur les chaînes de télé et je suis tombé par hasard sur un documentaire consacré à une maladie buccale rare appelée anodontie », raconte-t-il. « Une idée m’est alors venue à l’esprit : et si mon antagoniste en était atteint et l’assumait pleinement ? Petit à petit se sont assemblées les pièces du puzzle, comme ce protège-dents personnalisé et effrayant ou encore ces SMS annonçant la date du décès des victimes. » (1) Mais une bonne idée ne suffit pas. Pour aider à convaincre des investisseurs de s’embarquer dans cette aventure, Rhys Thompson et le réalisateur Jamie Langlands (The Cellar) se lancent dans un court-métrage/teaser dans le but d’aider à boucler le financement nécessaire à l’élaboration du long. A force de persévérance, The R.I.P. Man voit enfin le jour sous son format définitif grâce à un budget pourtant extrêmement modeste estimé à 20 000 £. Si Thompson cite parmi ses influences Halloween, Le Silence des agneaux, Scream ou Les Griffes de la nuit, l’envie qui sous-tend ce film est le lancement d’un tout nouveau croquemitaine suffisamment marquant et original pour donner naissance – pourquoi pas ? – à une franchise.

L’intrigue se situe dans la ville fictive de Tarkers, au cœur du Sussex. La caméra s’intéresse d’abord à une jeune femme, Abigail (August Porter), qui semble se préparer pour une sortie, mais dont les plans sont violemment contrariés par l’intrusion d’un homme chez elle. Notre tueur fou apparaît ainsi dès les premières minutes, à visage découvert. Contrairement à ses « confrères » volontiers masqués, Alden Pick (Owen Llewelyn) ne dissimule pas son faciès blafard et chauve. Muet, affublé de cette fameuse anodontie génétique caractérisée par l’absence congénitale de toutes les dents primaires, il bave, ricane et massacre à tour de bras. Sa première victime est donc Abigail, dont il perce la mâchoire à l’aide d’une sorte de chignole pour pouvoir lui extraire une dent. C’est le triste sort qui attend tous les amis de la malheureuse, entrés à leur tour dans sa ligne de mire, y compris Jaden (Bruno Cryan), le petit-ami de la défunte, rendu inconsolable après sa mort. En menant ses investigations, la police rapproche le mode opératoire du tueur des pratiques d’une secte italienne médiévale connue sous le nom de « Dentes »…

Les dents de la mort

Les différents gimmicks qui annoncent l’entrée en scène du tueur sont savamment calculés pour entrer dans la tête des spectateurs et ménager des moments de suspense efficaces. Il y a d’abord ce dentier à ressort posé chez les futures victimes, qui n’est pas sans rappeler la nouvelle Le Dentier claqueur de Stephen King – publiée dans le recueil Rêves et cauchemars et adaptée par Mick Garris dans le film Quicksilver Highway. Puis vient le SMS funeste, sur lequel apparaît le nom des cibles infortunées de l’assassin édenté, leur date de naissance, leur date de mort, un émoji en forme de dent et la mention « R.I.P. » qui peut se traduire de différentes manières : le traditionnel « Rest in Peace » (« Repose en paix »), la variante affichée sur les posters du film « Rest in Pain » (« Repose dans la douleur ») ou encore le verbe anglais « rip » (à prendre ici au sens « arracher »). Ajoutez à ça le rire lugubre d’Alden Pick et vous obtenez la recette infaillible de ce slasher bizarre qui, certes, n’évite pas la mécanique habituelle du genre – on isole les jeunes héros un à un puis on les tue, pendant que l’enquête policière patine – mais se distingue par la singularité de son psycho-killer et par le soin apporté à sa mise en forme. Malgré un budget anémique – que trahit notamment une bande son constellée d’imperfections -, Jamie Langlands sertit en effet l’action dans un beau format Cinemascope et renforce chaque fois qu’il le peut la photogénie des décors. Riche en rebondissements, The R.I.P. Man s’achève sur une fin ouverte. La suite potentielle se concrétisera d’ailleurs dans la foulée, une campagne de financement participatif ayant permis de lancer la production de The R.I.P. Man 2.

 

(1) Extrait d’une interview publiée sur Search My Trash en septembre 2024

 

© Gilles Penso

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ANCIENT EVIL (2000)

Récemment découverte dans les ruines d’un temple aztèque, une momie se réveille et attaque les étudiants censés l’examiner…

ANCIENT EVIL : SCREAM OF THE MUMMY

 

2000 – USA

 

Réalisé par David DeCoteau

 

Avec Ariauna Albright, Trent Latta, Michael Lutz, Jeff Peterson, Michelle Erickson, Russell Richardson, Brenda Blondell

 

THEMA MOMIES I SAGA CHARLES BAND

Si l’on excepte l’amusant The Creeps, qui réinventait plusieurs monstres du répertoire classique dans une version « demi-portion », Charles Band et ses productions Full Moon ne s’étaient encore jamais frottés au thème des momies. Ancient Evil comble cette lacune, même si Band est ici un producteur exécutif officieux, dans la mesure où ce n’est pas sa compagnie qui prend en charge le film. En revanche, plusieurs de ses collaborateurs attitrés se retrouvent derrière la caméra, notamment le réalisateur David DeCoteau, qui n’a que quatre jours pour tourner ce petit film d’horreur motivé par le succès récent de La Momie de Stephen Sommers. En si peu de temps, il est évidemment impossible de faire des miracles, d’autant que plusieurs imprévus vont compliquer les choses du côté du casting. Il y a d’abord Michelle Nordin, l’une des jeunes comédiennes du film qui, à peine débarquée de son Brésil natal, s’avère incapable de parler anglais. Elle prononce donc ses dialogues en phonétique, lesquels seront ensuite post-synchronisés (et ça s’entend !). Plus compliqué : l’acteur censé jouer Norman, l’un des personnages clés de l’intrigue, se désiste à la dernière seconde. Lorsque son remplaçant Trent Latta débarque, le tournage a déjà été largement entamé et l’équipe doit se soumettre à des journées interminables pour boucler dans les temps toutes les scènes nécessaires.

Le scénario co-écrit par David DeCoteau et Matthew Jason Walsh nous apprend qu’une momie en parfait état a été découverte dans un ancien temple aztèque au Mexique. Il s’agissait manifestement d’un serviteur dédié à Tlaloc, le dieu de la pluie, momifié vivant et enterré avec ses bijoux. Avant que la dépouille soit exposée dans un musée, Madame Cyphers (Brenda Blondell), professeure d’archéologie, est chargée de l’étudier avec plusieurs de ses étudiants. Mais l’un d’eux, l’athlétique et stupide Morris (Michael Lutz), subtilise l’amulette que la momie porte au poignet pour l’offrir à la fille qu’il cherche à séduire. Or l’un de ses camarades, Norman (Trent Latta), un jeune homme bizarre et très réservé, a tout vu. Au lieu de dénoncer Morris ou de chercher à le raisonner, Norman rend visite à la créature qui, soudain, revient à la vie. Le garçon ne s’en étonne pas le moins du monde, car il est en réalité le dernier descendant de la lignée des prêtres adorateurs de Tlaloc. Sous ses ordres, la momie commence à massacrer tout le monde à tour de bras, armée d’un couteau recourbé à la lame acérée.

Momie Blues

Une belle musique de Jared DePasquale (Witchouse, Les Morts haïssent les vivants) ouvre le film avec des accents apocalyptiques qui ne sont pas sans évoquer la bande originale de L’Armée des ténèbres, nous laissant presque espérer un spectacle de qualité. Mais dès que les acteurs entrent en scène, l’enthousiasme s’évapore. Tout le monde surjoue, personne n’a l’air de croire – ou même de comprendre – les enjeux de cette histoire somme toute très basique, et DeCoteau lui-même, visiblement ailleurs, se laisse aller à ses goûts pour l’anatomie masculine en exhibant son casting mâle en sous-vêtements ou en débardeur moulant. Du reste, comment croire une seule seconde à cette histoire de momie antique d’une valeur inestimable, qu’on nous montre ici simplement allongée sous un drap, dans une salle sans surveillance et à la portée de tous ? Comment ne pas rire devant ce pseudo-descendant de prêtre aztèque affublé d’une tenue « traditionnelle » constituée d’une jupe à franges et de bracelets en fourrure avec des motifs léopard ? La créature elle-même, œuvre conjointe de Christopher Bergschneider et Jeff Farley, possède un faciès grimaçant plutôt impressionnant. Mais son costume corpulent (endossé par Bergschneider lui-même) lui donne des allures pataudes qui annihilent tout sentiment de menace. Pour combler un peu le vide, le réalisateur sature l’image d’éclairs et la bande son de coups de tonnerre, un vieux truc déjà utilisé dans Witchouse. Bizarrement, cet Ancient Evil très facultatif est sorti en Angleterre sous le titre Bram Stoker’s Legend of the Mummy 2, comme s’il s’agissait d’une suite du déjà très passable Legend of the Mummy de Jeff Obrow.

 

© Gilles Penso

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SANS ISSUE (1986)

Tommy Lee Jones, Linda Hamilton et Robert Vaughn courent après une voiture futuriste dans ce thriller de SF écrit par John Carpenter…

BLACK MOON RISING

 

1986 – USA

 

Réalisé par Harley Cokliss

 

Avec Tommy Lee Jones, Linda Hamilton, Robert Vaughn, Richard Jaeckel, Lee Ving, Bubba Smith, Dan Shor, William Sanderson, Keenan Wynn, Nick Cassavetes

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION

Au début des années 80, alors qu’il vient de boucler New York 1997, John Carpenter signe le scénario de ce qui deviendra Sans issue. Les producteurs Joel B. Michaels et Douglas Curtis connaissent bien son travail, puisqu’ils ont déjà transformé l’un de ses scripts, Philadelphia Experiment, en joli succès pour New World Pictures. Logiquement, ils se tournent à nouveau vers lui pour lancer un nouveau projet. C’est là qu’entre en scène Harley Cokliss. Ancien assistant réalisateur sur les scènes glacées de Hoth dans L’Empire contre-attaque, Cokliss avait participé aux nombreuses réécritures de Philadelphia Experiment (sur la foi de son travail sur Le Camion de la mort) et hérite donc de la réalisation de Sans issue. Carpenter valide sa présence et l’aventure peut démarrer. Problème : le script initial nécessiterait un budget de dix à quinze millions de dollars. Or les producteurs ne veulent en allouer que trois. Il faut donc réécrire, alléger, simplifier, en s’efforçant de ne pas trahir l’essence du projet. Plusieurs versions plus tard, le budget est enfin compatible avec les ambitions du film. Le tournage se déroule principalement de nuit, en extérieur, dans les environs de Los Angeles. Quant au résultat final, c’est un produit hybride typique du milieu des années 80 : un thriller qui se mue en film de casse autour d’un McGuffin de science-fiction, en l’occurrence une voiture futuriste.

Le voleur professionnel Sam Quint (Tommy Lee Jones) est engagé par le FBI pour dérober un disque informatique contenant des preuves explosives contre la tentaculaire société Lucky Dollar Corporation. Le coup réussit mais attire aussitôt l’attention de Marvin Ringer (Lee Ving), ancien camarade de cambriolage devenu mercenaire au service de la firme, prêt à tout pour récupérer le précieux fichier. Pendant ce temps, dans le désert, un autre projet secret prend de la vitesse : la Black Moon, prototype futuriste conçu par un ancien ingénieur de la NASA. Cette voiture à réaction, qui utilise de l’eau pour carburant, est capable de filer à plus de 500 km/h. Son créateur, Earl Windom (Richard Jaeckel), enchaîne les tests sans se douter qu’il va croiser la route de Quint. Lorsque les deux hommes se retrouvent par hasard dans une station-service, Quint profite de l’occasion pour cacher le disque dans le pare-chocs arrière de la Black Moon. Windom repart pour Los Angeles, emportant à son insu la preuve que tout le monde recherche, et Quint n’a d’autre choix que de le suivre. Arrivé en ville, tout dérape : un gang ultra-organisé, mené par Nina (Linda Hamilton), vole la Black Moon encore chargée sur sa remorque. En tentant de les poursuivre, Quint remonte jusqu’aux imposantes Ryland Towers, deux buildings appartenant à Ed Ryland (Robert Vaughn), à la tête d’un syndicat du crime.

Concept Car

L’atout principal de Sans issue est son casting impeccable. La caractérisation du voleur dur à cuire incarné par Tommy Lee Jones est amorcée dès le prégénérique, lorsqu’il assiste parfaitement impassible à une tentative de braquage dans une supérette par un gamin dépassé par les événements. L’homme en a vu d’autres, de toute évidence. Jones avait d’ailleurs déjà joué dans un autre film écrit par Carpenter, Les Yeux de Laura Mars. Tout juste échappée de Terminator, Linda Hamilton campe de son côté une convaincante criminelle sophistiquée et charismatique. Quant à Robert Vaughn, il est comme toujours parfait sous la défroque du méchant. Autre star – mais cette fois-ci derrière la caméra -, le compositeur Lalo Schifrin signe une bande originale énergique, teintée de sonorités synthétiques, qui contribue à donner à la dernière partie du film les allures d’un épisode musclé de Mission impossible. Pur produit de son époque, Sans issue est emballé par Cokliss avec efficacité mais sans véritable coup d’éclat. Les nombreuses scènes de filatures, les fusillades et les poursuites de voitures auraient gagné à être plus nerveuses et gorgées d’adrénaline. Si certaines séquences marquantes émergent, comme le meurtre dans le garage, le passage à tabac de Quint ou la traversé vertigineuse entre les buildings, elles ne suffisent pas à faire de Sans issue une œuvre d’exception. Et puis, frustration ultime : la splendide voiture futuriste, noire comme un rapace et extrêmement aérodynamique, ne fait finalement que de la figuration, sans doute à cause des coupes budgétaires. Dommage que cet émule de K-2000 n’ait pas été exploité dans le film de manière plus consistante.

 

© Gilles Penso

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TRAIN QUEST (2001)

Victimes d’un sort, un adolescent et sa petite amie se retrouvent miniaturisés à l’intérieur d’un modèle réduit de train lancé à vive allure…

TRAIN QUEST

 

2001 – USA

 

Réalisé par Jeffrey Porter

 

Avec Donnie Biggs, Tanya Garrett, Cristian Irimia, Paul Keith, Jason Dohring, Shanie Calahan, Tyler Hoechlin, Ruxandra Sireteanu, Luminita Erga

 

THEMA NAINS ET GÉANTS I JOUETS I SAGA CHARLES BAND

La carrière de Jeffrey Porter est discrète et peu connue du grand public. Assistant caméraman sur une demi-douzaine de longs-métrages, il passe à la réalisation à l’occasion du drame Le Club du silence en 1993. Sept ans plus tard, il s’embarque dans Train Quest, dernier film du label Pulse Pounders créé par Charles Band pour toucher le public des adolescents. Ce conte fantastique au concept particulièrement original est écrit par Charles Kephart (qui retravaillera avec le réalisateur pour la chronique adolescente Imagine 17 ans) et Neal Marshall Stevens (grand habitué des productions Charles Band), d’après une histoire de Jay Woelfel (Demonicus, Future Cop 6). Le tournage se déroule en Roumanie, fief de Band et de son équipe depuis le début des années 90. L’avantage est de pouvoir profiter d’une main d’œuvre locale expérimentée et d’une infrastructure solide à bas prix. Revers de la médaille : l’installation dans les locaux de Castel Films, à Bucarest, génère une certaine uniformisation visuelle. De fait, les nombreux films de Band tournés sur place (que ce soit pour les productions Full Moon, Moonbeam, Pulse Pounders ou Surrender) finissent par tous se ressembler.

D’aussi loin qu’il se souvienne, August (Donnie Biggs), 15 ans, a toujours aimé les trains miniatures, à tel point qu’il travaille comme assistant dans un magasin spécialisé dans les modèles réduits ferroviaires. Monsieur et Madame Dalby (Cristan Irimia et Ruxandra Sireteanu), les propriétaires des lieux, décident de lui donner accès pour son anniversaire à un grand circuit installé dans l’arrière-boutique, avec une locomotive, des wagons, des passagers, des rails et un vaste décor miniature. Ravi, August invite au cinéma la fille dont il est amoureux, Ellen (Tanya Garrett), puis lui propose de venir voir son cadeau. Mais alors qu’ils déclenchent le petit train, ils se retrouvent soudain téléportés à l’intérieur, réduits à la taille des passagers miniatures. Les voilà victimes d’un complot ourdi par les Dalby. S’ils ne trouvent pas rapidement un moyen de retrouver leur taille normale, ils seront condamnés à rester coincés dans le trajet sans fin de ce train diabolique et de se transformer progressivement en jouets…

La bataille du rail

Au-delà de son intrigue s’éloignant ouvertement des sentiers battus, Train Quest surprend par plusieurs de ses partis-pris, comme celui qui consiste à laisser régulièrement les protagonistes se confesser face à la caméra. Ou cette touche d’humour autoréférentielle improbable, le temps d’un dialogue où Ellen propose à August d’aller voir Retro Puppet Master au cinéma. Si la première partie de Train Quest se conforme à l’esthétique de téléfilm des productions de cet acabit, le surréalisme est roi à partir du moment où nos jeunes héros se retrouvent propulsés dans le monde miniature. Dès lors, les décors de jouets surdimensionnés occupent tout l’écran et des maquillages particulièrement réussis donnent aux passagers le look de personnages en plastique. Les choses prennent même une tournure inquiétante lorsqu’August lui-même commence à voir sa peau se changer progressivement en matière synthétique. Ambitieux à défaut d’être pleinement convaincants, les effets visuels permettent de nombreux jeux sur les changements d’échelle et la mise en scène de courses-poursuites dans les wagons lancés à vive allure. Certes, les réactions des héros manquent singulièrement de crédibilité et les mécanismes qui régissent ce phénomène surnaturel ne sont pas très clairs, mais Train Quest se distingue agréablement des innombrables productions Moonbeam et Pulse Pounders par son grain de folie.

 

© Gilles Penso

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JUDEX (1963)

Le réalisateur des Yeux sans visage met en scène un mystérieux super-héros masqué sous haute influence de Fantomas…

JUDEX

 

1963 – FRANCE

 

Réalisé par Georges Franju

 

Avec Channing Pollock, Francine Bergé, Edith Scob, Théo Sarapo, Sylva Koscina, René Génin, Roger Fradet, André Méliès, Philippe Mareuil, Luigi Cortese

 

THEMA SUPER-HÉROS

En 1963, Georges Franju exhume des limbes du cinéma muet une figure mythique : Judex. Né en 1916 sous la plume de Louis Feuillade et d’Arthur Bernède, ce justicier masqué renaît ici dans un film écrit par Jacques et Maurice Champreux – respectivement petit-fils et gendre de Feuillade – qui se veut une relecture moderne du serial d’antan, comme un pont entre deux âges du cinéma. Le récit, fidèle à l’esprit feuilletonesque, commence lors d’une fête fastueuse donnée par le banquier Favraux (Michel Vitold). Riche, arrogant et sans scrupules, il s’effondre soudain, frappé par une mystérieuse malédiction. Le coupable ? Un vengeur masqué nommé Judex (Channing Pollock), qui lui reproche ses crimes financiers et ses trahisons. Tandis que sa fille Jacqueline (Edith Scob) se retrouve livrée à elle-même, la redoutable aventurière Diana Monti (Francine Bergé) tente de s’emparer de sa fortune, sous les déguisements les plus inattendus (religieuse, cambrioleuse, acrobate). Mais dans l’ombre, Judex veille, tel un spectre vengeur. L’intrigue, volontairement démodée, se déroule comme une succession d’épisodes où s’entremêlent les rebondissements les plus improbables. Pas foncièrement motivé par une quelconque vraisemblance, Franju mue cette mécanique du mélodrame en terrain de jeu visuel et poétique.

Franju avait d’abord voulu adapter Fantômas, mais devant le refus des producteurs qui souhaitaient une version comique, il se replie sur Judex – ce double lumineux du criminel masqué. Pourtant, son film reste hanté par le spectre de Fantômas. D’où cette séquence en forme de clin d’œil où le détective Cocantin (Jacques Jouanneau) lit un roman du célèbre criminel masqué. Judex devient ainsi un miroir inversé, une variation sur le thème du double et du mensonge. La mise en scène joue avec cette idée de duplicité. Les identités se brouillent, les visages se dissimulent et les morts ressuscitent. Le film tout entier fonctionne comme une illusion de prestidigitateur, et ce n’est pas un hasard si Franju confie le rôle principal à Channing Pollock, véritable magicien de cabaret. Sa prestance froide confère au personnage une aura surnaturelle, même si l’acteur manque sans doute du charisme nécessaire pour nimber son personnage de l’intensité nécessaire, contrairement à la formidable super-vilaine campée par Francine Bergé. Dans une scène empreinte de surréalisme, Judex apparaît au bal masqué, vêtu de noir, tenant une colombe morte dans la main, la tête coiffée d’un masque d’aigle. Ce tableau macabre résume toute l’esthétique de Franju : un mélange d’élégance, d’étrangeté et de symbolisme.

Vieilles automobiles et collants noirs

Visuellement, Judex est un pur enchantement. Le noir et blanc, somptueusement éclairé par Marcel Fradetal, transfigure chaque décor, des ruelles gothiques aux manoirs isolés en passant par les toits parcourus de silhouettes en collants noirs aux allures d’insectes géants. Cet hommage à Feuillade restitue ainsi l’esprit du serial tout en le filtrant à travers le prisme d’une sorte de post-modernisme décomplexé. D’où ces nombreuses excentricités volontaires, comme les poursuites en vieilles automobiles ou cette acrobate de cirque surgie de nulle part qui vient aider le héros. Judex est à la fois un film de super-héros avant l’heure, une réinvention humoristique du cinéma muet et une fantaisie baroque où la justice prend les traits d’une hallucination fantomatique. Dernier grand film de son auteur, Judex s’éloigne volontairement du naturalisme ambiant du cinéma français des années 60, revendique le droit à l’artifice et à la beauté et est bien sûr dédié à Louis Feuillade. Quant au Fantomas comique dont rêvaient les premiers interlocuteurs de Franju, il prendra corps face à la caméra d’André Hunebelle, avec Jean Marais et Louis de Funès en têtes d’affiche.

 

© Gilles Penso

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LA CITÉ DES FEMMES (1980)

Un quinquagénaire rencontre une belle inconnue dans le train et décide de la suivre dans les bois, sans se douter de l’étrange odyssée qui l’attend…

LA CITTÀ DELLE DONNE

 

1980 – ITALIE

 

Réalisé par Federico Fellini

 

Avec Marcello Mastroianni, Bernice Stegers, Anna Prucnal, Jole Silvani, Donatella Damiani, Ettore Manni, Fiammetta Baralla, Hélène Callzarelli, Catherine Carrel

 

THEMA RÊVES

La Cité des femmes s’inscrit dans la dernière ligne droite de la carrière baroque de Federico Fellini. Sept ans après la fresque tendre et nostalgique Amarcord, le cinéaste italien signe ici un film-somme à la fois démesuré et intime, porté par un Marcello Mastroianni qui nous semble bien fatigué, double à peine voilé de son metteur en scène. Le film naît à une époque où les mouvements féministes redessinent les rapports entre les sexes. Le sexagénaire Fellini tente à sa manière d’en capter les secousses, non sans maladresse. Lorsque le film commence, Snàporaz (Mastroianni) somnole dans un compartiment de train lorsqu’une femme assise en face de lui (Bernice Stegers) attire son attention. Une bouteille d’eau manque de se renverser, les regards se croisent et le désir s’éveille. Après une tentative de séduction presque animale dans les toilettes du train, la femme descend en rase campagne et s’aventure dans les bois. Attiré – magnétisé même – par sa présence, Snàporaz la suit, la perd de vue et se retrouve dans un grand hôtel envahi par des femmes. Là se tient une bien étrange conférence féministe qui prend des proportions incontrôlables. Le spectateur comprend vite que cette odyssée n’obéira pas à la logique du réel. Comme souvent chez Fellini, la narration se dilue dans la rêverie. La Cité des femmes est en effet un collage de visions, une suite de saynètes reliées par un fil onirique plutôt que par une trame cohérente.

De scène en scène, le film entraîne Snàporaz dans une succession de tableaux surréalistes. À chacune de ces étapes, notre héros hagard et passif se heurte à des figures féminines extrêmes : militantes exaltées, séductrices fatales, amantes fantasmées, mères menaçantes. Fellini filme l’univers féminin comme un labyrinthe symbolique où se mêlent l’envie, la peur et la fascination. Le propos du film nous semble quelque peu insaisissable dans la mesure où, sous prétexte de dénoncer la toxicité masculine et de prôner l’émancipation féminine, le cinéaste enchaîne les portraits de femmes hystériques, délirantes, nymphomanes, fanatiques, droguées. « Monstres, vous êtes toutes des monstres ! » finit même par leur crier Snàporaz. Au centre du récit, la rencontre avec Katzone (Ettore Manni), archétype du mâle alpha, condense toute l’ironie fellinienne. Ce Don Juan obsolète, collectionneur d’armes et de conquêtes, représente la virilité agonisante, prisonnière de son propre mythe.

Féministe ou misogyne ?

Fort heureusement, Fellini n’a rien perdu de son exubérance visuelle. Les décors se parent de lumières oniriques, de costumes extravagants et de compositions presque théâtrales. Le cinéaste retrouve ainsi son goût du cirque, de la parade et du rêve éveillé, notamment dans cette séquence de dégringolade le long d’une sorte de grand huit lumineux qui se mue en réservoir à flash-backs. Snàporaz y rencontre une infinité de figures féminines, parmi lesquelles sa propre épouse Elena (Anna Prucnal), mais aussi plusieurs femmes ayant marqué sa jeunesse et sa vie. Mais cette surenchère formelle finit par se retourner contre le film et par étouffer l’émotion. Là où harmonisait l’introspection et le fantasme, La Cité des femmes se perd dans sa propre profusion. Pourtant, derrière ce trop-plein d’idées confuses affleure une profonde fragilité. La Cité des femmes ne parle pas tant des femmes que de la désorientation d’un homme vieilli, confronté à la fin d’un ordre ancien. Fellini filme l’ébranlement du patriarcat comme un cauchemar burlesque, au cours duquel son héros quinquagénaire ne comprend plus les règles du jeu, persistant à chercher le sens de sa propre libido dans un monde où il n’a plus de place. Sous le tumulte, le film s’appréhende alors comme le portrait d’un artiste en crise, tentant d’interpréter une époque qui lui échappe avec les outils d’un passé révolu.

 

© Gilles Penso

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LES HOMMES D’UNE AUTRE PLANÈTE (1976)

L’un des nanars les plus invraisemblables du cinéma asiatique met en scène des Martiens très méchants, une statue géante et un super-robot…

HUO XING REN

 

1976 –TAIWAN / THAILANDE / JAPON

 

Réalisé par Hung-Min Chen

 

Avec Chiang-Lung Wen, Bao-Yu Wang, Hsiao-Hsuan Lu, Mien Fang, Yeh Fang, Han Chang, Wei-Hsin Chang, Tien-Cheng Chen, Ai-wen Chou, Tse-Ching Huang

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

En 1974, le réalisateur thaïlandais Sompote Sands (Crocodile) collabore avec le studio japonais d’Eiji Tsuburaya (créateur des effets spéciaux de la saga Godzilla originale) pour donner naissance à deux curiosités du cinéma bis asiatique : Hanuman pob Jed Yodmanud (baptisé sur le marché international The 6 Ultra Brothers vs. the Monster Army) et Yak Wat Jaeng phob Jambo A (alias Jumborg A & Giant). Dans le premier, le super-héros Ultraman s’allie au dieu-singe Hanuman pour affronter une armée de monstres recyclés des séries produites par Tsuburaya. Mais Yak Wat Jaeng phob Jambo A est un cas encore plus particulier. Dans ce film sans queue ni tête, le cyborg japonais géant Jumborg Ace (échappé de la série japonaise qui porte son nom) affronte la statue colossale Yak Wat Jaeng. Sorti en mars 1974, le film disparaît bientôt des radars, jusqu’à ce qu’une compagnie de production taïwanaise en récupère les droits et le remonte entièrement sous un nouveau titre : Huo Xing Ren, connu aussi sous le titre de Mars Men, et rebaptisé Les Hommes d’une autre planète pour sa distribution en France. Cette nouvelle version, celle que tout le monde connaît désormais, est réalisée par Chan Hung-Man. Celui-ci ajoute toute une série de nouvelles scènes dialoguées, avec un casting intégralement taïwanais, pour un résultat délirant qui défie l’entendement.

La première moitié des Hommes d’une autre planète s’intéresse à un jeune garçon qui, en voulant récupérer une balle égarée pendant une partie de base-ball, se retrouve dans un temple antique et aperçoit dans un souterrain une pierre émettant une lumière aveuglante qui lui fait perdre connaissance. Lorsqu’il revient à lui, il découvre une statuette vieille de 3000 ans représentant Yak Wat Jang, le « Gardien du Temple ». Pendant ce temps, son grand-père découvre à la télévision un message pirate diffusé par de vils extra-terrestres qui ont décidé d’envahir la Terre. Pour convaincre la population de la véracité de cette menace, le roi des Martiens (avec son masque figé et sa grande perruque rousse) s’agite aux côtés de son premier ministre (engoncé dans une combinaison digne d’un épisode de Spectreman). Leur objectif est de récupérer la « Pierre Solaire » qui est censée leur permettre d’activer une arme terrifiante depuis la base qu’ils ont installée sur la Lune. Or cette pierre est justement celle que l’enfant a vue sous terre. Soudain, la statuette émet un rayon radioactif qui contamine le garçon et son grand-père, lesquels partent à l’hôpital et disparaissent dès lors complètement du film. Car la seconde moitié délaisse quasi-totalement les personnages humains pour se concentrer sur les grosses bébêtes.

Des aliens, des dinosaures et Pink Floyd

A partir de là, Les Hommes venus d’une autre planète effectue un travail de recyclage complet des rushes de Jumborg A & Giant sous forme d’un gigantesque combat de catch aux allures de best-of des meilleurs combats de la série X-Or. La statue géante affronte d’abord un robot américain (le fameux Jumborg A) en croyant qu’il s’agit d’une menace, les deux créatures ajoutant au ridicule de leur morphologie et de leurs armes respectives (rouleau de papier extensible contre rayons en dessins animés) des dialogues absurdes. Puis, comprenant leur méprise, les deux héros titanesques s’en prennent au roi des Martiens (toujours prompt à secouer sa tignasse comme un chanteur de hard rock sous acide) et à son premier ministre (qui n’est visiblement là que pour sautiller et se plaindre). Pour mettre toutes les chances de son côté, le méchant alien sollicite alors deux alliés inattendus : des gros dinosaures en caoutchouc qui crachent de la fumée avec autant de grâce que des bibendums Michelin en état d’ébriété avancée. Ajoutez à ce cocktail des soucoupes volantes, des rayons lumineux psychédéliques, une arme redoutable à base de poils enveloppants, des héros humains en tenue d’aluminium et une bande originale empruntée un peu partout (y compris chez les Pink Floyd !) et vous obtenez un objet filmique unique en son genre, que tout amateur de folies sur pellicule se doit de découvrir et de conserver précieusement.

 

© Gilles Penso

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