DEADLY END (2005)

Un jeune couple emménage dans un quartier tranquille de la banlieue californienne, mais l’un des voisins s’apprête à transformer leur vie en cauchemar…

DEADLY END / NEIGHBORHOOD WATCH

 

2005 – USA

 

Réalisé par Graeme Whifler

 

Avec Jack Huston, Pell James, Nick Searcy, Terry Becker, Anina Lincoln, Meredith Morton, John Ennis, De Anna Joy Brooks, Irwin Keyes, Randall Bosley, Gil Glasgow

 

THEMA TUEURS I SAGA CHARLES BAND

Artiste atypique aux goûts singuliers, le scénariste et réalisateur Graeme Whifler réalise un certain nombre de clips musicaux bizarres dans les années 80, avant de tenter sa chance à Hollywood en écrivant les scénarios de Sonny Boy et Docteur Rictus. Puis il décide franchir le pas et de diriger son premier long-métrage avec Neighborhood Watch. « C’était inspiré de deux histoires vraies », raconte-t-il. « Dans les deux cas, des personnes souffrant de troubles mentaux graves ont discrètement commis des actes pervers et répugnants avant d’être arrêtées. J’ai fusionné ces deux cas pathologiques en un seul personnage nommé Adrien, qui déborde d’obsessions, de compulsions et de conflits. Je l’ai placé dans un quartier de banlieue et lui ai donné un jeune couple sympathique sur lequel il pouvait se focaliser. À partir de là, le scénario s’est plus ou moins écrit tout seul. » (1) Cette histoire malsaine a du mal à trouver preneur, jusqu’à ce que Jeff Kirshbaum, un ami de Whifler, accepte de le produire. Tourné dans la périphérie de Victorville, en Californie, le film bénéficie de quelques talents inattendus pour ce type de production, notamment le directeur de la photographie Bernd Heinl (Bagdad Café) et le monteur David Rawlins (La Fièvre du samedi soir). Une fois terminé, le film fait la tournée des festivals mais effraie les distributeurs. C’est grâce au réalisateur Stuart Gordon (Re-Animator), enthousiasmé par le visionnage du film, que Whifler et Kirshbaum rencontrent Charles Band, qui accepte de distribuer directement en vidéo Neighborhood Watch sous un autre titre : Deadly End.

Bob Petersen (Jack Huston, le petit-fils de John) et sa femme Wendy (Pell James, vue dans Zodiac) viennent d’emménager dans le quartier californien apparemment simple et banal de Wormwood Drive. Certes, l’environnement immédiat n’est pas particulièrement engageant (des pancartes « ne pas entrer » placardées devant une maison barricadée, des appareils électroménagers abandonnés dans un jardin), mais pour le démarrage dans la vie de ce jeune couple éperdument amoureux, ça semble tout à fait suffisant. Bob commence son nouveau travail chez Zeecor, une grande entreprise industrielle, tandis que Wendy s’occupe de déballer les cartons et de commencer à peindre les murs de leur nouvelle maison en attendant de pouvoir trouver elle-même un job dans le coin. Mais bientôt, la jeune femme est troublée par le comportement très étrange des voisins, notamment d’Adrien Trumbull (Nick Searcy), un homme solitaire qui tient absolument à leur offrir des cadeaux de bienvenue mais qui cache derrière son sourire accueillant une sombre obsession pour le poison et l’automutilation…

Les banlieusards

C’est par petites touches insolites et insidieuses que Deadly End instille le malaise auprès des spectateurs : le regard libidineux d’un employé du gaz, l’attitude aliénée d’un couple de vieux voisins muets, le cadavre d’un animal grouillant de vermine qui traîne sous l’évier, des arbres foudroyés qui écrasent des maisons devenues désertes… Mais l’angoisse monte sérieusement d’un cran lorsque la caméra s’attarde sur Adrien Trumbull, le sociopathe qui s’est mis en tête de « purifier » son entourage immédiat. Reclus dans une bicoque insalubre qu’on imagine nauséabonde, caché derrière des coupures de journaux qui oblitèrent ses fenêtres, abruti par l’écoute en boucle d’une émission radiophonique religieuse, il ne nous illusionne pas longtemps avec ses faux airs affables. Lorsque nous le découvrons en train d’enfoncer son doigt dans une plaie béante ouverte dans son abdomen tout en se repassant l’enregistrement audio des exultations de Bob et Wendy en train de faire l’amour, nous comprenons que Deadly End n’entend pas se réfréner sur sa description des pires travers de cet homme passablement dérangé. Et de fait, rien ne nous est épargné lorsqu’il s’agit de montrer les conséquences des actes malfaisants de ce voisin épouvantable, des pustules envahissants aux jets de vomi à répétition en passant par les effets d’une diarrhée incontrôlable ! Le point de non-retour est cependant atteint lors du dernier acte, qui bascule dans le gore chirurgical le plus extrême via d’impressionnant effets spéciaux de maquillage signés Leonard MacDonald (L’Emprise des ténèbres, Flic ou zombie, Innocent Blood). Le film souffre de son manque évident de moyen, mais sa radicalité surprend agréablement. Graeme Whifler ne transformera pourtant pas l’essai et s’en tiendra à cet unique long-métrage.

 

(1) Propos extraits du livre It Came From the Video Aisle ! (2017)

 

© Gilles Penso

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LE ROI DES ZOMBIES (1941)

En pleine seconde guerre mondiale, trois hommes atterrissent sur une île isolée où un médecin pratique d’étranges expériences…

KING OF THE ZOMBIES

 

1941 – USA

 

Réalisé par Jean Yarborough

 

Avec Dick Purcell, Joan Woodbury, Mantan Moreland, Henry Victor, John Archer, Patricia Stacey, Guy Usher

 

THEMA ZOMBIES

Le Roi des Zombies n’est pas le film qu’il était censé être lorsque Monogram en lança la production. Au départ, il s’agit d’une histoire d’horreur classique, largement inspirée par Les Morts vivants de Victor Halperin. Mais entretemps, la comédie d’épouvante Le Mystère du château maudit, avec Bob Hope et Paulette Goddard, cartonne et emplit généreusement les caisses de la Paramount. Pour surfer sur ce succès, Le Roi des zombies oublie donc une partie de son caractère sérieux et intègre des éléments humoristiques. Jugeant que le premier réalisateur annoncé, Howard Bretherton (Return of the Terror, Les Bandits du désert), ne sera pas à l’aise avec ce mélange des genres, on le remplace par Jean Yarborough, qui a déjà signé plusieurs films comiques. Le monteur lui-même, Richard C. Currier, est choisi pour ses affinités avec la comédie (qu’il a pratiquée notamment pour le producteur Hal Roach). Un nouveau personnage est même inventé de toutes pièces : le valet trouillard et roublard Jeff, interprété par le volubile Mantan Moreland. Pour incarner le savant fou, Bela Lugosi et Peter Lorre sont les favoris sur la liste des producteurs, mais aucun des deux n’est disponible. C’est finalement le vétéran Henry Victor (L’Hercule de Freaks) qui hérite du rôle, quelques jours à peine avant le début du tournage.

En pleine seconde guerre mondiale, un petit avion qui se dirige vers les Bahamas est pris par une violente tempête et atterrit en catastrophe sur une île au large de l’Amérique du Sud. Les trois passagers, Bill Summers (John Archer), son pilote James « Mac » McCarthy (Dick Purcell) et son valet Jefferson « Jeff » Jackson (Mantan Moreland), trouvent refuge dans la demeure d’un médecin étrange d’origine autrichienne, le docteur Micklos Sangre (Henry Victor). Les rumeurs locales parlent d’esprits maléfiques qui hantent les lieux, tandis que l’épouse du médecin (Patricia Stacey) semble végéter dans un état second étrange et que Jeff commence à voir des zombies partout. Bientôt, le secret de cette île se révèle dans toute sa folie : Sangre sollicite les pratiques vaudou pour transférer les cerveaux d’êtres humains dans des corps de zombies afin d’obtenir des soldats invincibles et de livrer des secrets militaires aux forces ennemies. Bien sûr, l’’intervention des visiteurs imprévus va bouleverser ses plans…

Vaudouville

Même si l’on sent le potentiel horrifique de cette intrigue rocambolesque, tout est ici tourné en dérision, et ce dès l’entame où Jeff, après le crash, se réveille contre une pierre tombale où est gravée la phrase « Rest in Peace », puis croit voir un fantôme lorsque Mac essaie de se dépêtrer d’une toile de parachute. Les zombies eux-mêmes sont traités comme des éléments comiques, de grands dadais qui effraient Mantan Moreland et provoquent ses réactions outrancières, un peu comme les monstres Universal face à Abbott et Costello dans la longue saga des Deux nigauds. Le Roi des zombies s’appuie donc avant tout sur une mécanique de Vaudeville, tandis que les rites vaudou, les morts-vivants, l’hypnose et la « transmigration » s’entremêlent confusément dans un scénario abracadabrant. Tout s’achève par une cérémonie fantaisiste au cours de laquelle notre savant fou se pare d’un casque tribal excessif avant de finir dans les flammes, victime de ses propres monstres – refrain connu au pays des apprentis sorciers. Les grimaces répétitives de Mantan Moreland peuvent exaspérer, tout comme cette représentation très datée de l’homme noir cantonné au rôle de serviteur des fiers Occidentaux blancs. Sans doute faut-il replacer ce film sans ce contexte pour mieux l’apprécier. Une suite non officielle, sollicitant une fois de plus les pitreries de Moreland, sortira en 1943 sous le titre Revenge of the Zombies.

 

© Gilles Penso

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ESCAPE FROM PLEASURE PLANET (2016)

Une princesse cosmique et sa garde du corps sont prises en chasse par une extra-terrestre qui veut dominer la galaxie et se réfugient sur Terre…

ESCAPE FROM PLEASURE PLANET

 

2016 – USA

 

Réalisé par Terrance Ryker

 

Avec Blair Williams, Vanessa Cage, Veronica Vain, Erika Jordan, Karlie Montana, Darcie Dolce, Micahel Thomas, Andrew Espinoza Long, Michael Gaglio

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA CHARLES BAND

Directeur de la photographie habitué aux séries B et aux petits budgets, Terrance Ryker a signé les images de nombreuses productions de Charles Band telles que Ghost Poker, Les Geôles du diable, The Dead Want Women, Reel Evil, mais aussi plusieurs films des sagas Evil Bong, Puppet Master, Gingerdead Man, Demonic Toys et Killjoy. En 2016, notre homme passe à la mise en scène en réalisant conjointement deux films érotico-fantastiques produits par Retromedia Entertainment et distribués par Full Moon Features : l’histoire de fantômes Paranormal Sexperiments et le space opera Escape From Pleasure Planet. Homme à tout faire, Ryker en signe également la photographie et la coproduction. Contrairement à la plupart des grivoiseries cosmiques produites par Charles Band depuis le début des années 70 – Les Créatures de l’au-delà, Femalien, Andromina, Lolita 2000 et des dizaines d’autres titres du même acabit – Escape From Pleasure Planet assume pleinement son caractère science-fictionnel. Certes, nous ne sommes pas dans Star Wars, mais Terrance Ryker sollicite tout de même des maquettes, des effets visuels, des batailles spatiales et des séquences de vols au milieu des étoiles. Malgré l’extrême naïveté de tous ces trucages bricolés à la va-vite, l’effort est appréciable, d’autant que le film ne se prend jamais au sérieux et donne volontiers dans l’autodérision.

La princesse extra-terrestre Dyanna (Blair Williams) et sa garde du corps Tara (Vanessa Cage) débarquent dans une « station de plaisir » intergalactique où la jeune altesse compte passer un peu de bon temps. Toutes deux sont accueillies par Cassia (Veronica Vain), dont l’opulente poitrine menace à tout moment de jaillir hors de sa combinaison argentée et qui orne généreusement les posters du film. Pendant que Dyanna exulte sous les assauts d’une « androïde de plaisir » (Darcie Dolce) dans une grotte aquatique, Cassia complote avec Aria (Erika Jordan), une extra-terrestre renégate qui projette de kidnapper la princesse dans le but de déployer sa propre flotte spatiale et de conquérir la galaxie. À vrai dire, ce plan machiavélique n’est pas très clair, mais après tout qu’importe ? Toujours est-il que Dyanna et Tara parviennent à s’échapper de justesse à bord de leur vaisseau. Mais dans leur fuite, elles heurtent une ceinture d’astéroïdes et sont contraintes d’atterrir en catastrophe sur la première planète venue…

Sex-Files

On note que pendant toute la première partie du film, l’intégralité du casting est féminin, comme si les hommes n’existaient pas parmi les races extra-terrestres en présence. Nos charmantes donzelles n’ont pas froid aux yeux pour autant et n’ont manifestement besoin d’aucune présence masculine pour s’adonner aux plaisirs de la chair. Mais lorsque la princesse et sa garde rapprochée se retrouvent sur Terre, la donne change, dans la mesure où quelques mâles parfaitement équipés entrent désormais dans la danse. C’est le cas de Jake (Michael Thomas), qui dirige une petite station de surveillance des OVNIS et se prend pour Fox Mulder (avec le poster « I Want To Believe » dans son bureau), et de l’agent spécial Daniels (Andrew Espinoza), un « Man in Black » envoyé enquêter sur les étranges lumières dans le ciel. Pour compliquer les choses, la vile Cassia débarque elle aussi sur notre planète pour récupérer les fugitives. À partir de là, le semblant de scénario qui s’ébauchait lors de la première partie du film se désagrège tranquillement pour céder la place à des séquences de galipettes délurées à répétition. Le grand final assume même pleinement l’abandon de toute velléité narrative, puisque tous les personnages oublient leurs missions premières pour pouvoir s’adonner à une grande orgie où se mêlent humains et aliens, en une belle démonstration de rapprochement des peuples !

 

© Gilles Penso

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TENTACULES (1977)

Les Dents de la mer cartonne au box-office ? Aussitôt, le producteur/réalisateur Ovidio G. Assonitis lance une pieuvre géante sur les écrans…

TENTACOLI / TENTACLES

 

1977 – ITALIE

 

Réalisé par Ovidio G. Assonitis

 

Avec Bo Hopkins, John Huston, Shelley Winters, Henry Fonda, Dellia Boccardo, Cesare Danova, Alan Boyd, Sherry Buchanan, Franco Diogene, Claude Akins

 

THEMA MONSTRES MARINS

En 1977, dans le sillage du raz-de-marée provoqué par Les Dents de la mer, un étrange monstre marin surgit à son tour des profondeurs dans Tentacules. Derrière cette production aux allures hollywoodiennes se cache un projet 100% italien. Produit et réalisé par Ovidio G. Assonitis – qui signe ici sous le pseudonyme d’Oliver Hellman – le film est entièrement tourné en Californie. Si les seconds rôles sont en majorité campés par des acteurs transalpins, les têtes d’affiche, elles, sont bien américaines. Le premier choix d’Assonitis, John Wayne, accepte le rôle principal, avant que le cinéaste ne découvre que l’acteur, très affaibli, est incapable de tourner. Il se rabat alors sur Henry Fonda, qui, victime d’une crise cardiaque, se voit relégué au second plan dans un rôle statique — celui d’un businessman grognon, filmé en gros plan, la plupart du temps au téléphone. C’est finalement à John Huston (qui dirigea lui-même un mythique monstre marin dans Moby Dick) qu’est confié le rôle du journaliste en quête de vérité. À ses côtés s’agite un casting hétéroclite : Shelley Winters (qui faisait déjà le grand plongeon dans L’Aventure du Poséidon) en improbable mère sexagénaire d’un enfant en bas âge, Claude Akins en shérif dur à cuire, et Bo Hopkins en océanographe qui murmure à l’oreille des orques.

À Solana Beach, paisible station balnéaire californienne, l’été vire au cauchemar lorsque des cadavres atrocement mutilés sont retrouvés. Peau arrachée, os rongés jusqu’à la moelle : un véritable carnage. Le shérif local est dépassé et les autorités pataugent. Seul Ned Turner, journaliste pugnace, flaire une piste : la société Trojan, en plein chantier sous-marin pour la construction d’un tunnel, pourrait être liée à ces drames. Mais son patron, le glacial M. Whitehead, nie en bloc et tente de le faire taire. Alors que les morts s’accumulent, Turner fait appel à Will Gleason, océanographe réputé et dresseur d’orques. Sceptique au départ, Gleason change de ton lorsque deux de ses plongeurs disparaissent à leur tour. En analysant les données, il découvre que les forages de Trojan utilisent des ultrasons d’une intensité démesurée, perturbant gravement l’écosystème marin. Ces ondes ont réveillé une pieuvre gigantesque. Pendant ce temps, la foule se presse pour assister à une grande course de bateaux pour enfants… sans savoir que, sous la surface, un monstre tentaculaire les guette.

« Il s’agit d’un monstre diabolique ! »

Au début, on a encore envie d’accorder le bénéfice du doute à Assonitis. Certes, Les Dents de la mer est pillé en long et en large (les vues subjectives de la bête, le surgissement en gros plan de la tête énuclée d’un pêcheur) et les dialogues donnent parfois dans la grandiloquence risible (« Croyez-moi, il s’agit d’un monstre sans aucun doute, un monstre diabolique » lance ainsi John Houston dans un élan lyrique). Mais quelques idées de mise en scène intéressantes surnagent, comme la disparition du bébé sous nos yeux, escamotée par le passage des véhicules sur la route, ou le motif de cinq notes au clavecin qu’utilise le compositeur Stelvio Cipriani pour évoquer la présence de la bête. On note aussi cette double scène d’attaque en mer qui s’efforce audacieusement d’assembler les images d’une pieuvre réelle, de faux tentacules grandeur nature, de rétro-projections et de maquettes. Mais à mi-parcours, Tentacules s’enfonce dans la nanardise pour ne plus jamais en ressortir. La séquence de panique pendant la course de bateau – qu’on imaginait être le moment le plus fort du film – est filmée et montée n’importe comment, envahie par une insupportable musique symphonico-disco kitsch et truffée de choix de montage incompréhensibles (coupure du son pendant les dialogues, arrêts sur image en pleine action), tandis qu’une tête en plastique censée représenter le monstre glisse dans l’eau et que la pieuvre rugit de colère ! Le climax s’enfonce d’avantage, porté par une partition de péplum complètement hors-sujet (avec trompettes et chœurs), et précédé par une séquence de dialogue invraisemblable au cours de laquelle l’océanographe vedette demande à ses orques d’avoir la gentillesse de tuer le monstre !

 

© Gilles Penso

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L’ATTAQUE DE LA POM-POM GIRL GÉANTE (2012)

Pour intégrer l’équipe des cheerleaders de son lycée, une fille complexée par son physique s’injecte un sérum expérimental et atteint une taille colossale…

ATTACK OF THE 50 FOOT CHEERLEADER

 

2012 – USA

 

Réalisé par Kevin O’Neill

 

Avec Jena Sims, Sean Young, Treat Williams, Sasha Jackson, Olivia Alexander, Ryan Merriman, Ted Raimi, Anne McDaniels, Mary Woronov, Paula Trickey

 

THEMA NAINS ET GÉANTS I ARAIGNÉES

Attack of the 50 Foot Woman, le sympathique nanar de Nathan Juran, eut droit à un remake à grande échelle en 1993, avec Daryl Hannah en tête d’affiche. Toujours sur les bons coups, Roger Corman décida de surfer sur le thème de la « femme géante sexy et revancharde » en produisant dans la foulée L’Attaque de la pin-up géante. Il faut croire que le sujet se prêtait encore à quelques déclinaisons burlesques, puisque Corman revient à la charge plus de quinze ans plus tard avec une variante « cheerleader ». Entretemps, Avatar est sorti sur les écrans du monde entier et a provoqué un soudain regain d’intérêt pour la 3D. Qu’à cela ne tienne : L’Attaque de la pom-pom girl géante sera tourné en relief ! Ce sera l’occasion de balancer à la figure des spectateurs les courbes généreuses des actrices impudiques qui apparaissent dans le film, notamment bien sûr la protagoniste gigantesque et sa rivale, incarnées respectivement par Jena Sims et Olivia Alexander. La mise en scène est confiée à Kevin O’Neill, qui dirige la société d’effets spéciaux Flat Earth (logiquement en charge des nombreux trucages du film) et s’est parallèlement spécialisé dans la réalisation de séries Z à base de grands monstres : Dinocroc, Dinoshark, Dracano, Sharktopus vs Pteracuda, Sharktopus vs Whalewolf, bref un beau palmarès.

Tourné sur les campus de l’U.C.L.A. et du Santa Ana College, L’Attaque de la pom-pom girl géante s’intéresse à Cassie Stratford (Jena Sims), une étudiante désireuse de marcher dans les pas de sa mère, ancienne figure emblématique de l’université, couronnée reine des cheerleaders et membre influente d’une prestigieuse confrérie. Mais Cassie est complexée par son physique, son acné et sa maladresse. A tel point qu’elle devient la bête noire de Brittany (Olivia Alexander), capitaine des pom-pom girls qui règne avec autorité sur la sororité Beta Mu. Entre deux cours, Cassie travaille comme assistante d’un labo de biochimie qui teste un médicament expérimental, le « sérum renouveau », conçu pour régénérer les cellules. Un soir, en désespoir de cause, elle décide de s’injecter le produit dans les veines. Le résultat est au-delà de toutes les espérances : la voici désormais sûre d’elle et rayonnante (autrement dit l’actrice a retiré ses énormes lunettes, s’est lavé les cheveux et s’est maquillée). « Ce sérum t’a carrément transformée en Barbie en une nuit », constate sa meilleure amie. Mais ce médicament a un effet secondaire imprévu : Cassie se met progressivement à grandir jusqu’à atteindre la taille de King Kong.

De la nudité, des guests et une araignée géante

Drôle, rythmé, léger, ne reculant pas devant les scènes dénudées gratuites, L’Attaque de la pom-pom girl géante se révèle bien mieux fichu que les variantes sur le même sujet que réaliseront plus tard Jeff Leroy (Giantess Attack) ou Jim Wynorski (Attack of the 50 Foot Camgirl). Le budget n’est pourtant pas immense, mais l’équipe de Flat Earth s’en sort plutôt bien, gérant habilement les perspectives forcées pour crédibiliser les premières étapes de la croissance accélérée de Cassie, puis recourant de manière intensive aux incrustations sur fond vert lorsqu’elle atteint les quinze mètres de haut. Cette générosité visuelle n’exclut pas quelques scories, comme cette araignée géante en images de synthèse bien peu crédible, mais ces approximations sont tolérables dans un film qui ne se prend jamais au sérieux. Les plus attentifs repèreront des autocitations (le poster de Dinocroc dans un coin de décor), un clin d’œil à Spider-Man (Cassie voit soudain flou avec ses lunettes et réalise qu’elle n’en a plus besoin) et quelques guest stars savoureuses. On apprécie ainsi les interventions de Treat Williams en businessman colérique, Ted Raimi en savant dépassé par les événements, Roger Corman en doyen du lycée, John Landis en enseignant ordurier ou Sean Young en mère indélicate. Avec au passage quelques dialogues fleuris comme « Je suis la version pétasse de la Statue de la Liberté » ou « son vagin sert de caisse de résonnance » ! Rien de bien inoubliable, certes, mais avec un titre pareil, on ne s’attend pas non plus à voir Citizen Kane.

 

© Gilles Penso

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LA NUIT DE LA MÉTAMORPHOSE (1976)

Dans une petite ville croate qui a sombré dans la misère, un écrivain découvre que des rats sont en train de se substituer aux humains…

IZBAVITLEJ

 

1976 – YOUGOSLAVIE

 

Réalisé par Krsto Papic

 

Avec Ivica Vidovic, Mirjana Majurec, Relja Basic, Fabijan Sovagovic, Ilja Ivezic, Branko Spoljar, Petar Dobric, Edo Perocevic, Ana Hercigonja, Zvonimir Ferencic

 

THEMA MAMMIFÈRES

La Nuit de la métamorphose est né au cours d’une période charnière du cinéma yougoslave, à la fois sur le plan artistique et politique. Le film s’inspire du livre Pacolovac (littéralement « Le Chasseur de rats »), écrit dans les années 1920 par le romancier russe Alexandre Grine. Le cinéaste Krsto Papić et le scénariste Ivo Brešan y trouvent la matière nécessaire pour bâtir une œuvre fantasmagorique dérangeante. Tourné presque intégralement à Zagreb, alors capitale de la République socialiste de Croatie, La Nuit de la métamorphose compense son budget limité par une mise en scène sèche et une atmosphère oppressante. Le contexte politique joue un rôle essentiel dans la genèse du film. Le début des années 1970 est en effet marqué par le « Printemps croate », mouvement revendiquant une plus grande autonomie face au pouvoir fédéral. La réforme constitutionnelle de 1974 assouplit le contrôle de l’État, notamment sur la création artistique, ouvrant une brèche dont le cinéma va s’emparer. Papić choisit alors la voie de l’allégorie horrifique, forme idéale pour dissimuler une critique acérée du collectivisme et de la déshumanisation qu’il engendre. Sous couvert d’un récit fantastique, La Nuit de la métamorphose dénonce la dissolution de l’individu au profit d’un corps social monstrueux. Visionnaire, le film semble déjà annoncer les fissures d’un bloc de l’Est qui ne tardera pas à s’effondrer.

Le générique, sur fond de musique expérimentale, se promène sur des peintures surréalistes effrayantes et instille déjà un certain malaise. Le monde que nous décrit le début du film n’a rien de très engageant. Nous sommes dans une petite ville croate des années 20 où la situation économique semble s’être brutalement effondrée. Les gens vivent dans la misère, les habitants cherchent désespérément du travail, les commerces mettent la clé sous la porte, les vieillards se raccrochent à la soupe populaire… Ivan Gajski (Ivica Vidovic), écrivain sans le sou incapable de payer son loyer, est un individu ordinaire noyé dans cet océan de désenchantement. Contraint de dormir dehors après avoir été expulsé de son appartement, Ivan trouve refuge dans un grand bâtiment abandonné auquel on accède par les égouts. Là, il assiste nuitamment à un bien étrange spectacle : des dizaines de gens fortunés et insouciants se livrent à des orgies en rupture brutale avec ce que vivent la plupart des autres habitants. Ils valsent sur de la musique enjouée, se repaissent dans des banquets fastueux, s’accouplent sans la moindre retenue. La mise en scène saupoudre alors quelques détails insolites et furtifs : des dents qui ressemblent à celles des rongeurs, des touffes de poils bizarres sur les visages. Ivan découvre alors l’impensable : ces gens sont en réalité des rats qui empruntent l’apparence des humains pour mieux les dominer…

Rat People

Si ce concept de métamorphose – que met en avant le titre français du film – peut faire penser au Rhinocéros de Ionesco, une autre source littéraire nous vient conjointement à l’esprit : The Body Snatchers de Jack Finney. De fait, le sentiment de paranoïa diffus qui se propage tout au long du récit n’est pas sans évoquer L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel, tout en annonçant la version que réalisera en 1978 Philip Kaufman. La parabole de science-fiction est ici renforcée par un sous-texte social et politique inhérent à l’Europe de l’Est du milieu des années 1970. La société misérable que nous décrit Krsto Papic est le terreau idéal pour la prolifération insidieuse du fascisme. Et de ce point de vue, le film se veut très explicite : les sbires du « chef des rats » portent de longs manteaux en cuir noir, la grande table du banquet ressemble à une demi-croix gammée et le climax annonce l’arrivée imminente d’un dictateur impitoyable. Malgré des moyens limités, La Nuit de la métamorphose s’offre quelques effets spéciaux de maquillage discrets mais efficaces, évoquant parfois le lycanthrope du Monstre de Londres. La Nuit de la métamorphose sera primé comme meilleur film au Festival international du film de science-fiction de Trieste en 1977, au Festival international du film fantastique et de science-fiction de Paris en 1980 et au Fantasporto en 1982. Cette triple récompense permettra au film de s’exposer sur la scène internationale et de franchir les frontières.

 

© Gilles Penso

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LE PACTE 2 (2001)

Dans une école huppée, un étudiant mystérieux propose à trois garçons de s’adonner à la sorcellerie pour se venger de ceux qui leur causent du tort…

THE BROTHERHOOD 2 : YOUNG WARLOCKS

 

2001 – USA

 

Réalisé par David DeCoteau

 

Avec Forrest Cochran, Sean Faris, Stacey Scowley, Jennifer Capo, Justin Allen, C.J. Thomason, Noah Frank, Greg Lycskowski, Julie Briggs, Ari Welkom, Holly Sampson

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA CHARLES BAND

Le Pacte s’était révélé une bonne affaire pour David DeCoteau : un petit budget, un tournage express, un nombre limité de décors, des jeunes acteurs inconnus et à l’arrivée un beau succès dans les vidéoclubs. Toujours épaulé par Charles Band, en tant que producteur exécutif, mais maître de ses décisions depuis qu’il est à la tête de sa récente compagnie de production Rapid Heart Pictures, DeCoteau décide de battre le fer tant qu’il est chaud. S’il conserve le même principe narratif et les mêmes ingrédients que pour le premier film, il décide cependant de s’intéresser à une autre confrérie et à d’autres maléfices dans Le Pacte 2. De fait, l’action se situe toujours sur un campus mais les personnages ont changé, le cadre aussi, tout comme le rituel secret au cœur de l’intrigue. Rédigé par Matthew Jason Walsh d’après une histoire qu’il a écrite avec DeCoteau et Dave Parker, le scénario s’éloigne ainsi du vampirisme pour s’orienter vers une pratique de la sorcellerie plus explicite. Et pour mieux créer l’ambiguïté, le récit évacue longtemps tout élément surnaturel, nous laissant imaginer dans un premier temps que nous avons surtout affaire à de la manipulation d’esprit et à de l’autosuggestion.

L’histoire du Pacte 2 s’intéresse à John Van Owen (Sean Faris), élève dans une école privée huppée et très réputée, la Chandler Academy. Ici, tout le monde porte l’uniforme et on ne plaisante pas avec la discipline. Les deux meilleurs amis de John sont, comme lui, un peu marginaux. Il s’agit de Matt (Justin Allen) et Marcus (C.J. Thomason). Comme ils ne rentrent pas vraiment dans les cases, nos trois compères sont régulièrement chahutés – pour ne pas dire harcelés voire malmenés – par le groupe de sportifs lourdauds que mène l’antipathique Harlan (Noah Frank). Pas évident, dans ces conditions, de tenter de séduire la jolie Mary (Stacey Scowley), qui semble pourtant faire les yeux doux à notre jeune héros. Un jour, un nouvel étudiant débarque de nulle part : Luc (Forrest Cochran). Amateur de jeux de cartes, ténébreux, énigmatique, il propose à John et à ses amis de se venger de ceux qui leur causent du tort. En échange, il leur demande leur amitié, leur honnêteté et leur loyauté. « Je vous donne le monde ! » promet-il. Pour y parvenir, ils doivent d’abord accepter d’enfreindre les dix commandements. Et la mécanique infernale s’enclenche…

En slip autour du pentagramme

N’hésitant jamais à maniérer sa mise en scène pour séduire le public – mais aussi pour « cacher la misère » de ses budgets anémiques -, DeCoteau fait des choix plus ou moins discutables. Le fait de recourir à la voix off du héros pour raconter cette étrange aventure n’est pas inintéressant et permet une petite surcouche narrative plaisante. La musique électro qui rythme les pas des héros, de son côté, dote l’ensemble d’une belle énergie. En revanche, ces montages clippés, maniérés et truffés de flash blancs artificiels deviennent vite agaçants. Comme toujours chez ce coquin de DeCoteau, les garçons athlétiques se promènent volontiers à moitié nus. Matchs de basket, scènes de douches et de vestiaires, batifolages dans la piscine : tous les prétextes sont bons pour dévêtir le casting masculin, les montrer en train de se caresser comme dans Voodoo Academy – qui, dans le genre, n’y allait pas avec le dos de la cuiller – ou pour mettre en scène des réunions improbables en slip autour d’un pentagramme ! Et à l’instar du premier Pacte, la scène de coucherie à trois (le héros, le tentateur et l’ingénue) s’étire interminablement en longueur. Bref, on nous ressert à peu près la même recette, mais les amateurs répondent toujours présents. DeCoteau signera donc trois autres opus qui, pour leur part, se passeront de la présence du producteur exécutif Charles Band.

 

© Gilles Penso

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LITTLE NICKY (2000)

Adam Sandler entre dans la peau du fils le plus maladroit et le plus idiot de Satan, envoyé sur Terre pour une mission de la plus haute importance…

LITTLE NICKY

 

2000 – USA

 

Réalisé par Steven Brill

 

Avec Adam Sandler, Patricia Arquette, Harvey Keitel, Rhys Ifans, Tom Lister Jr., Rodney Dangerfield, Allen Covert, Peter Dante, Jonathan Loughran, Robert Smigel

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

C’est en allant voir Angel Heart avec des amis qu’Adam Sandler aurait commencé à développer l’idée de Little Nicky, réfléchissant d’abord aux ressorts comiques possibles de l’existence d’un fils encombrant et maladroit que Satan serait obligé de traîner partout avec lui. Quelques années plus tard, le concept prend forme et le scénario définitif est finalement co-écrit par Sandler, Tim Herlihy et Steven Brill. Ce dernier hérite aussi de la mise en scène. Réalisateur de deux autres longs-métrages (la comédie La Colo des gourmands et le téléfilm Last Last Night), Brill fit ses débuts comme acteur. On peut notamment le voir dans Sexe, mensonges & vidéo, Edward aux mains d’argent ou Batman le défi. Il fut aussi scénariste des Petits champions. Adam Sandler le pense taillé sur mesure pour diriger Little Nicky et s’octroie logiquement le rôle du fils gentil mais benêt du diable, ses deux frères étant incarnés par Rhys Ifans (qui crevait l’écran l’année précédente dans Coup de foudre à Notting Hill) et Tom Lister Jr. (le président Lindberg du Cinquième élément). Pour incarner Satan, on envisage tour à tour Jon Voight et Dustin Hoffman (les deux têtes d’affiche de Macadam Cowboy), mais c’est finalement Harvey Keitel qui hérite des cornes et du bouc du patron de l’enfer.

Alors que son règne de 10 000 ans touche à sa fin, Satan doit décider lequel de ses trois fils lui succédera à la tête de l’enfer. Adrian est le plus sournois, Cassius le plus cruel et Nicky le plus gentil. Ce dernier souffre par ailleurs d’un trouble de la parole et d’une mâchoire déformée depuis que Cassius l’a frappé au visage avec une pelle. Lorsque Satan réunit ses fils, c’est pour leur annoncer qu’ils ne sont pas encore prêts à lui succéder et qu’il continuera donc à régner sur l’enfer. Furieux de cette décision, Adrian et Cassius se rendent sur Terre pour y semer le chaos en s’immisçant dans l’esprit de leaders religieux et de personnalités politiques à New York. En partant, ils gèlent l’entrée de l’enfer, empêchant ainsi d’autres âmes damnées d’y entrer et provoquant la désintégration progressive de Satan. Trop faible pour arrêter Adrian et Cassius, ce dernier envoie Nicky sur Terre avec une flasque en argent qui emprisonnera les deux fils indignes une fois qu’ils auront bu son contenu. Mais ce diablotin naïf et gaffeur saura-t-il se montrer digne d’une telle mission ?

Un bon petit diable

Au-delà du diable et de ses trois fistons, le casting de Little Nicky se paie quelques guest stars prestigieuses : Patricia Arquette en petite-amie excentrique de Nicky, Quentin Tarantino en prêtre aveugle exalté, Reese Witherspoon en ange maternel, Carl Weathers en prof de mambo, Henry Winkler et Ozzy Osbourne dans leur propre rôle… Tout ce beau monde semble beaucoup s’amuser sur le plateau, mais ce n’est pas suffisant pour faire de Little Nicky une comédie désopilante. L’humour y est trop souvent balourd, l’écriture franchement paresseuse, les gags souvent en-dessous de la ceinture. Hésitant manifestement entre plusieurs styles et plusieurs tonalités, le film se cherche et ne nous déride qu’occasionnellement. D’autant que la bouche tordue d’Adam Sandler, sa mèche sur les yeux et sa voix traînante nous amusent cinq minutes mais finissent par nous agacer durablement. On sent pourtant que Sandler et Brill se donnent les moyens de leurs ambitions, convoquant plusieurs ténors des maquillages spéciaux (Howard Berger, Robert Kurtzman, Greg Cannom ou Craig Reardon) pour concevoir la cour diabolique de Satan et déployant une grosse débauche d’effets visuels pour donner corps à l’Enfer – même si certains trucages numériques ont affreusement mal vieilli, comme la transformation de Sandler en millier d’araignées grimaçantes. Little Nicky ressemble surtout à une sorte d’ébauche non aboutie aux effets comiques très limités. Sorti en même temps que Charlie et ses drôles de dames, le film sera d’ailleurs un échec cuisant au box-office, ne rapportant qu’un peu plus de la moitié de son budget de 85 millions de dollars. Time Warner aura du mal à s’en remettre.

 

© Gilles Penso

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VIRGIN HUNTERS 3 (2017)

Dans ce troisième épisode, l’extra-terrestre Trina s’est installée sur Terre pour étudier le comportement érotique des humains…

VIRGIN HUNTERS 3 : AGENTS OF PASSION

 

2017 – USA

 

Réalisé par Cybil Richards

 

Avec Dru Berrymore, Chelsea Blue, Maya Divine, Felony, Mary Jane, Justine Joli, Monica Mayhem, Syren, Tina Tyler, Ava Vincent, Teri Weigel, Keri Windsor

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA CHARLES BAND

S’ils sont respectivement sortis en 2016 et 2017, Virgin Hunters 2 et 3 ont pourtant été tournés une douzaine d’années plus tôt, l’un à la suite de l’autre, mais auront mis un temps fou à sortir des placards pour alimenter discrètement les plateformes de streaming. Contrairement aux nombreux autres films de science-fiction du catalogue Surrender, qui ponctuent généreusement de séquences érotiques des intrigues filiformes mêlant souvent des extra-terrestres, des robots, des voyages dans le temps et des vaisseaux spatiaux, voire les quatre en même temps, Virgin Hunters 3 ne prend même pas la peine de prétexter la moindre trame narrative. Femalien, Petticoat Planet, Lolita 2000, The Exotic Time Machine, Veronica 2030, Pleasurecraft ou Andromina ne couraient certes pas le risque de concourir pour l’Oscar du meilleur scénario, mais tentaient tout de même d’égayer les spectateurs avec une poignée de péripéties science-fictionnelles souvent humoristiques. Rien de tel ici. Virgin Hunters 3 se contente en effet d’enchaîner les strip-tease et les coucheries sur un rythme effréné mais quasiment sans fil conducteur. De ce point de vue-là, la scénariste et réalisatrice Cybil Richards ne s’est pas beaucoup foulé la rate, c’est le moins qu’on puisse dire.

L’introduction tente pourtant de raccorder ce film avec le précédent en ébauchant un semblant d’histoire. Nous apprenons donc que Trina (Dru Berrymore), l’extra-terrestre issue du peuple des Alterians, qui évita aux Terriens de végéter dans une vie morose sans plaisirs charnels, est de retour. Invitée à s’installer sur notre planète pour éduquer les masses aux joies de l’exultation corporelle et pour étudier le comportement sexuel des humains, elle dirige désormais le bureau des affaires virginales, spécialement créé pour elle. Pourquoi pas ? Sauf que les quarante premières minutes du film se déroulent dans un lieu unique – une chambre à coucher – et alternent deux actions parallèles manifestement situées dans deux temporalités différentes qui n’ont pas grand-chose à voir avec ce que nous a raconté le prologue. La première concerne Trina et ses deux soubrettes, la seconde une maîtresse dominatrice et ses deux esclaves. Rien ne semble à priori lier ces différents personnages, si ce n’est une sorte de lit magique qui, quand on entre en contact avec lui, éveille la libido et fait vivre des moments d’extase intense.

Le bureau des affaires virginales

La seconde moitié du métrage change de décor. Nous sommes désormais dans le bureau de Trina, qui écoute avec beaucoup d’attention le compte-rendu de ses deux assistantes, lié à la description d’attitudes érotiques déviantes sur la Terre. D’autres personnages s’invitent dès lors dans le film, au fil de séquences qui semblent avoir été montées de manière aléatoire pour pouvoir rallonger la durée du film. Virgin Hunters 3 égrène donc les vignettes polissonnes (où les filles se déshabillent, se caressent, se douchent, jouent à des jeux SM, s’accouplent à deux ou trois dans toutes les positions possibles), brièvement entrecoupées de dialogues récités sans la moindre conviction par des actrices manifestement plus à l’aise avec leur corps qu’avec leur élocution. Seul point notable dans ce troisième épisode : un casting exclusivement féminin, laissant imaginer que le public visé, lui, est majoritairement masculin. Après cet opus paresseux frôlant dangereusement la fumisterie, la « saga » Virgin Hunters aura le bon goût de s’arrêter là…

 

© Gilles Penso

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DEATH WARMED UP (1984)

Quelques années avant Peter Jackson, David Blyth ensanglantait les écrans néo-zélandais avec cette histoire de savant fou aux expériences délirantes…

DEATH WARMED UP

 

1984 – NOUVELLE-ZÉLANDE

 

Réalisé par David Blyth

 

Avec Michael Hurst, Margaret Umbers, Norelle Scott, William Upjohn, David Letch, Gary Day, Bruno Lawrence, Geoff Snell, Ian Watkin, David Weatherley

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Souvent considéré comme le premier véritable film d’horreur néo-zélandais, bien qu’il ait été précédé en 1982 par L’Épouvantail de la mort de Sam Pillsbury, Death Warmed Up marque une étape décisive dans l’histoire du cinéma de genre du pays. Réalisé par David Blyth, qui signe ici son troisième long métrage, le film bénéficie du soutien du New Zealand Film Commission, conscient que le cinéma horrifique connaît alors un regain d’intérêt au début des années 80. Avec à sa disposition un budget important pour l’époque et le territoire – près de 800 000 dollars – Blyth transcende ses moyens grâce à une inventivité constante, un sens aigu du cadre et de l’esthétique et une atmosphère trouble et nihiliste. « Blade Runner de Ridley Scott est sans doute le film révolutionnaire qui, avec Evil Dead de Sam Raimi, a inspiré certains éléments de la vision présentée dans Death Warmed Up », confie-t-il lorsqu’on l’interroge sur ses influences (1). Pour bâtir son ambiance anxiogène, Blyth s’appuie sur le savoir-faire du directeur de la photographie James Bartle, déjà à l’œuvre sur L’Épouvantail justement. Death Warmed Up s’impose donc comme une œuvre radicale, marquée par une violence frontale et graphique qui lui vaudra d’être purement et simplement interdit en Australie à cause de son caractère jugé trop explicite.

Le docteur Archer Howell (Gary Day), un brillant neurochirurgien qui se prend pour Dieu, rêve d’abolir la mort en prolongeant indéfiniment l’espérance de vie. Après des premiers essais sur des rats, il décide de franchir une limite irréversible en expérimentant sur des êtres humains. Son associé, le professeur Tucker (David Weatherley), s’oppose fermement à cette dérive. Mais le fils de ce dernier, Michael (Michael Hurst), surprend leur confrontation et devient la proie idéale du savant fou. Manipulé par Howell, Michael est transformé en cobaye et programmé pour tuer. Sous hypnose, il rentre chez lui et assassine froidement ses propres parents. Il est aussitôt interné dans un hôpital psychiatrique pour de longues années, hanté par ce double crime. Sept ans plus tard, Michael recouvre la liberté. Accompagné de sa petite amie Sandy (Margaret Umbers) et de deux amis, Jeannie (Norelle Scott) et Lucas (William Upjohn), il prend la route en direction d’une île isolée où Howell poursuit ses expériences interdites, transformant des humains en zombies à sa solde. Animé par la rage et la culpabilité, Michael n’a plus qu’un objectif : affronter l’homme qui a détruit sa vie, se venger du meurtre de ses parents et mettre un terme aux agissements du docteur Howell avant que son délire scientifique ne condamne définitivement l’humanité…

L’île du docteur barjo

Death Warmed Up ne cherche jamais à approcher un quelconque réalisme. Ici, tout est excessif, outrancier, pour ne pas dire caricatural. Le savant fou halluciné, les jeunes héros écervelés, les rednecks dégénérés, les infirmières et les insulaires au comportement bizarre, tous participent à cette galerie de freaks totalement invraisemblables. Le scénario lui-même fait du hors-piste. La quête de vengeance de Michael, qui en constitue pourtant le moteur dramatique principal, est ainsi expédiée sans véritable développement, comme si le film s’en désintéressait rapidement. On sent clairement que Death Warmed Up néglige le terrain de l’écriture pour privilégier l’impact immédiat, l’expérience sensorielle et visuelle. Blyth accentue donc ses effets de mise en scène, notamment dans cette étonnante séquence de poursuite à moto dans un tunnel qui doit beaucoup à Mad Max. Un soin indiscutable est apporté à la photographie, aux cadres, aux montages, avec une esthétique directement héritée de la culture clip et pub des années 80 (fumée, néons, contre-jours), tandis que l’usage du Steadicam, les plans captés par une caméra portée et la musique expérimentale accentuent ce sentiment permanent d’étrangeté. Et puis il y a le gore. Avec ses têtes qui explosent, ses trépanations graphiques, ses corps empalés et éventrés ou ses pendaisons dégoulinantes, Blyth anticipe les débordements sanguinolents que Peter Jackson popularisera quelques années plus tard. Au carrefour de L’Île du docteur Moreau, de La Nuit des morts-vivants et du futur Re-Animator, Death Warmed Up remportera en 1984 la Licorne d’Or au Festival International de Paris du film fantastique et de science-fiction, décernée par un jury présidé par Alejandro Jodorowsky.

 

(1) Interview en juillet 2016 sur le site Melissa Fergusson.

 

© Gilles Penso

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