

Un vampire chauve et bedonnant se déguise en Père Noël pour que les familles l’invitent et s’offrent involontairement à ses appétits sanglants…
PUNAISTA LUNTA
2026 – FINLANDE
Réalisé par Ilja Rautsi
Avec Hannu-Pekka Björkman, Anni Iikkanen, Kari Hietalahti, Tommi Korpela, Krista Kosonen, Marja-Liisa Nguyen, Otava Rossi, Eeva Litmanen, Jussi Vatanen
THEMA VAMPIRES
Comme beaucoup de réalisateurs qui s’adonnent à l’horreur, Ilja Rautsi était un gamin peureux. Même les histoires de trolls dans les livres pour enfants le pétrifiaient. Il fallait bien que, tôt ou tard, il exorcise ses frayeurs à sa manière – autrement dit sous un angle humoristique. « L’horreur est devenue en quelque sorte ma zone de confort », raconte-t-il. Après deux courts-métrages aux titres très éloquents (Helsinki Mansplanning Massacre et Night of the Living Dicks), il s’attaque à son premier long avec Red Snow, qui s’efforce de mêler deux mythes à priori antithétiques : le Père Noël et les vampires. « Pour qu’un vampire puisse entrer chez vous, il faut qu’il soit invité, c’est la tradition », explique-t-il. « Si le vampire se fait passer pour le Père Noël, il peut se faire inviter et rencontrer des familles entières d’un seul coup. » L’idée est déjà insolite en soi, mais Rautsi ne s’en contente pas et décide de pousser un peu plus loin le délire, en s’appuyant sur la logique selon laquelle les vampires conservent l’âge qu’ils avaient au moment de leur transformation en suceurs de sang. « Je me suis dit que si mon personnage était devenu un vampire alors qu’il était un Finlandais d’âge mûr, gros et dégarni, il serait condamné à traverser pour toujours la crise de la quarantaine. » C’est donc à une variante sur un thème connu que nous invite Red Snow. Ilja Rautsi ne s’y prend jamais au sérieux, son cahier des charges se résumant finalement à peu de choses : « J’ai simplement essayé de faire un film que j’aurais adoré voir à 16 ans. » (1)


En Finlande, Johanna (Anni Iikkanen), 16 ans, est une adolescente fascinée par les vampires de cinéma. Elle rêve de vivre un amour sombre et romantique, mais son quotidien est beaucoup moins exaltant. Mal dans sa peau, elle peine à trouver sa place au sein d’une famille recomposée. Son père (Kari Hietalahti) est en train de refaire sa vie avec sa nouvelle épouse (Marja-Liisa Nguyen), son jeune frère est indifférent à ses états d’âme et sa mère très distante. La veille de Noël, la famille se réunit pour aller dîner chez la grand-mère de Johanna. Alors que les festivités commencent, un invité pour le moins inattendu fait irruption dans la maison : le Père Noël (Hannu-Pekka Björkman). Mais derrière son costume rouge se cache un vampire sanguinaire, bien loin du prince ténébreux dont Johanna rêve. Chauve, bedonnant et âgé de 49 ans, Martti est un prédateur qui s’introduit dans les maisons à la faveur des fêtes pour dévorer des familles entières. Alors que le repas de Noël dégénère en massacre, un chasseur de vampires (Tommi Korpela) surgit à son tour, accompagné d’une acolyte déséquilibrée (Krista Kosonen) …
Vampire Noël
Déjanté, drôle, excessif, Red Snow se distingue par une indiscutable générosité, tant du côté du gore que de la comédie. Sa mise en scène est solide, sa photographie très soignée et plusieurs gags fonctionnent à plein régime (notamment les allusions aux vampires scintillants de Twilight, et ce dès une entrée en matière franchement culottée). Mais ces nombreux atouts n’empêchent pas le film de tourner rapidement à vide, de prendre les allures d’un grand défouloir qui ne mène nulle part et d’exhaler un inévitable sentiment de déjà-vu. Ilja Rautsi est pourtant en quête manifeste d’originalité, mais ce jeu de massacre familial en huis-clos ne vaut pas celui de Wedding Nightmare, tandis que le chassé-croisé musclé avec un Père Noël badass évoque celui de Violent Night. Bref Red Snow n’est novateur qu’en apparence. Même le look bestial des vampires au moment où ils s’apprêtent à consommer le sang de leurs victimes – une sorte de bouche de sangsue-ventouse gluante qui déchire leur visage et laisse surgir une langue phallique – nous rappelle quelque chose, en l’occurrence les faucheurs de Blade 2. Autre travers : aucun des personnages du film n’étant particulièrement sympathique (l’ado tête à claque, son père trouillard, sa belle-mère transparente, son frère insipide, les chasseurs de vampires caricaturaux, le monstre lui-même), leur sort nous importe peu. Bref, Red Snow est autant amusant qu’oubliable.
(1) Extraits d’une interview publiée sur iHorror en septembre 2026.
© Gilles Penso
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