GIANTESS ATTACK (2017)

Deux actrices au chômage rencontrent de minuscules extra-terrestres qui les dotent d’une taille gigantesque…

GIANTESS ATTACK

 

2017 – USA

 

Réalisé par Jeff Leroy

 

Avec Tasha Tacosa, Rachel Riley, Christine Nguyen, Jed Rowen, Robert Rhine, Al Burke, Eric Flenner, Randal Malone, Jasper Oliver, Shawn C. Phillips, Mark Polonia

 

THEMA NAINS ET GÉANTS I EXTRA-TERRESTRES I SAGA CHARLES BAND

Actif depuis 1997, Jeff Leroy s’est spécialisé dans les tout petits films comico-horrifico-fantastiques aux budgets ridicules, dont les titres imagés (Creepies, The Witch’s Sabbath, Werewolf in a Womens Prison, Psychon Invaders) annoncent assez bien la teneur et les ambitions. Lorsqu’il se lance dans Giantess Attack, variante loufoque du concept d’Attack of the 50 Foot Woman, Leroy estime qu’il lui manque 4000 dollars pour pouvoir mettre le film en boîte. Il lance donc une campagne de financement participatif sur le site Kickstarter et, grâce à la contribution de 123 donateurs, récolte plus de 5600 dollars. Satisfait, il truffera son film de clins d’œil à Kickstarter. Dès le prologue, une voix off nous annonce que le long-métrage Giantess Attack n’a pas pu atteindre son objectif de financement et qu’il est resté inachevé. Au lieu de pouvoir le visionner, la même voix nous propose donc de voir un épisode d’une série TV de science-fiction ultra-kitsch aux effets spéciaux effroyables, mettant en vedette deux super-héroïnes bimbo en bikini : Battle Babe et Combat Queen. Celles-ci parviennent à déjouer les plans d’un super-vilain d’opérette et s’autocongratulent. Puis nous brisons le quatrième mur pour découvrir que nous sommes sur le tournage de cet épisode.

Alors que les prises de vues s’achèvent, les deux actrices principales, Diedre (Tasha Tacosa) et Frida (Rachel Riley), se disputent brutalement puis en viennent aux mains. L’échauffourée tourne au combat de catch et devient virale. Après une violente altercation avec leur agent, elles se retrouvent dans une prison pour femmes caricaturale (où les gardiennes sont habillées comme Caroline Munro dans Star Crash). A leur sortie, Diedre et Frida sont sans emploi et livrées à elles-mêmes. Elles se réconcilient en se saoulant ensemble, jusqu’à ce que débarquent deux minuscules sœurs jumelles extra-terrestres qui semblent s’être échappées de Mothra. Ce sont des Métaluniennes (en hommage aux Survivants de l’infini), toutes deux interprétées par Christine Nguyen. Après avoir visionné les épisodes de leur série, elles pensent que les deux comédiennes sont de vraies super-héroïnes galactiques (selon un principe hérité de Galaxy Quest). Or la Terre est en danger. Grâce au pouvoir qu’elles leur donnent, nos deux actrices atteignent des proportions gigantesques et sortent faire la fête sur Hollywood Boulevard. L’armée, sous le commandement du général Smedley Pittsburgh (Jed Rowen), décide alors d’intervenir…

Bikinis et contre-plongées

Giantess Attack est pétri de bonnes idées, de gags référentiels, de fausses pubs (la réclame des céréales pour enfants vaut le détour), de flashs d’information, de pastiches (le générique calqué sur celui de L’Homme qui valait trois milliards) et de mise en abyme. Mais le manque de moyens saute aux yeux et le rendu amateur du film finit par être très rebutant. Car le caractère comique du film ne suffit pas à justifier l’extrême maladresse de ses trucages. Cette mise en forme ratée ruine la majorité des bonnes idées du film, comme la grande bataille contre l’armée, le tank qui sert de skateboard, la destruction du bâtiment de la scientologie ou le clin d’œil direct au poster de Attack of the 50 Foot Woman. Jeff Leroy utilise pourtant avec habileté des maquettes, des décors miniatures et des jouets. Mais ses incrustations et ses images de synthèse sont définitivement trop hideuses pour plaire – même au second degré. De toutes façons, l’objectif principal du film se limite finalement à peu de choses : filmer en contre-plongée deux filles qui se trémoussent en bikini. Les gags se situent donc souvent en-dessous de la ceinture, quitte à montrer le général fou de la gâchette se faire abondamment uriner dessus par l’une des demoiselles en colère, ou se retrouver coincé à l’intérieur de leurs sous-vêtements. Dommage que Giantess Attack n’ait pas plus joué la carte des interludes télévisés, des spots de pub, des bandes-annonces et autres, ce qui aurait pu lui donner les allures d’une sorte de Cheeseburger Film Sandwich (toutes proportions gardées). En l’état, le film est amusant, certes, mais assez vain. Une suite, Giantess Attack vs Mecha Fembot, verra le jour deux ans plus tard.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

EVIL BONG 666 (2017)

Plus mouvementé que les deux précédents opus de la saga du « bong maléfique », celui-ci met en scène de nouvelles créatures délirantes…

EVIL BONG 666

 

2017 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Mincy Robinson, Sonny Carl Davis, Robin Sydney, Jessica Morris, Peter Badalamenti, Caleb Hurst, Orson Chaplin, Tonya Kay, Jonathan Katz

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I PETITS MONSTRES I SAGA EVIL BONG I KILLJOY I GINGERDEAD MAN I CHARLES BAND

Face à la médiocrité des deux opus précédents, on aurait pu logiquement croire que la saga Evil Bong était arrivée à son terme et n’intéressait plus personne. Mais les fans des productions Full Moon constituent une base solide et enthousiaste, comme le prouvent les 20 000 dollars réunis grâce à une campagne de levée de fonds participative lancée par Charles Band pour aider à financer ce sixième opus. Une partie de la petite troupe habituelle se retrouve donc pour Evil Bong 666 qui, s’il n’a rien pour marquer durablement les mémoires et encore moins l’histoire du cinéma, se révèle beaucoup plus généreux, délirant et drôle que ses routiniers prédécesseurs. Depuis que Larnell, le Evil Bong et le Gingerdead Man ont été aspirés dans un monde parallèle (en l’occurrence à l’intérieur de l’esprit libidineux de ce bon vieux Rabbit toujours incarné par Sonny Carl Davis), nous découvrons que les choses ont changé. C’est désormais Mindy (Mincy Robinson), ancienne employée de Rabbit, qui reprend en main la boutique « Ebee’s Magical Weed Dispensary » sur Venice Beach. Relookée façon Morticia Addams et rebaptisée Lucy Furr, elle est désormais adoratrice de Satan, d’où la déco gothique digne d’Halloween dont elle a affublé le magasin.

Très éloignée de la Mindy blonde et acidulée que nous présentaient les films précédents, celle-ci affirme de plus noirs desseins. Elle désire en effet ouvrir un portail qui l’emmènerait dans un monde infernal nommé Sexy Hell. Pour y parvenir, elle va devoir accorder ses plans avec ceux de Ebee, le bong maléfique qui vient de s’échapper et qui rêve une nouvelle fois de dominer le monde. À partir de là, le scénario déjà passablement confus part dans tous les sens, envoyant valdinguer une grande partie de ses personnages dans le monde du Sexy Hell dirigé par le diabolique Belzeebub (Peter Badalamenti, le cyclope de Unlucky Charms) et ses démones topless. En pleine folie créatrice, Rabbit annonce alors solennellement : « pour lutter contre un monstre, il faut créer un autre monstre ». Ebee et lui s’habillent alors comme des docteurs Frankenstein, mélangent toutes sortes d’ingrédients et fabriquent une sorte d’homuncule qu’ils soumettent à la foudre. Ainsi naît (roulements de tambour…) le Gingerweed Man !

Un nouveau petit monstre

Si toutes sortes de clients – nouveaux ou aperçus dans les films précédents – défilent dans la boutique selon le rituel établi depuis quelques opus déjà, cet Evil Bong 666 entend bien pousser le grain de folie un peu plus loin. D’où ses incursions dans le Sexy Hell, un monde parallèle jonché de statues féminines géantes et survolé par des poitrines volantes ! Le concept s’avère gentiment surréaliste, même si la mise en forme est bâclée, faute d’effets visuels dignes de ce nom. Non content de continuer le crossover avec la saga Gingerdead Man, ce sixième épisode greffe également des éléments de la franchise Killjoy puisque Robin Sydney intervient ici dans le rôle de la fausse Batty Boop, compagne du clown démoniaque. L’actrice aura donc eu l’occasion de jouer trois personnages distincts dans la série Evil Bong, puisqu’elle fut aussi Sarah Leigh (la pâtissière qui créa le Gingerdead Man) et Luann (la petite amie de Larnell). Le Gingerweed Man qui surgit en fin de métrage n’est pas une création particulièrement convaincante, du côté du design, mais voir un nouveau petit monstre enrichir le « Charles Band Cinematic Universe » est toujours agréable. Cette créature parfaitement improbable utilise comme arme un pistolet qui projette des joints directement dans la bouche de ses victimes ! Si nous sommes loin de la réussite d’un Killjoy Goes to Hell, cet opus a le mérite de sortir de la monotonie dans laquelle s’encroûtaient les épisodes précédents pour offrir plus de spectacle et de gags visuels. Le générique de fin nous annonce un épisode suivant baptisé Gingerdead Man : Rebaked, mais la suite s’appellera en réalité Evil Bong 777.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

SOUVIENS-TOI L’ÉTÉ DERNIER (2025)

Près de vingt ans après le premier opus de la saga, cette suite tardive tente de renouer avec les vieilles recettes d’antan, sans beaucoup de succès…

I KNOW WHAT YOU DID LAST SUMMER

 

2025 – USA

 

Réalisé par Jennifer Kaytin Robinson

 

Avec Chase Sui Wonders, Madelyn Cline, Jonah Hauer-King, Tyriq Withers, Sarah Pidgeon, Billy Campbell, Freddie Prinze Jr., Jennifer Love Hewitt, Austin Nichols

 

THEMA TUEURS I SAGA SOUVIENS-TOI L’ÉTÉ DERNIER

Bizarre, cette mode qui consiste à ressusciter les slashers d’antan en recyclant tel quel le titre du premier film, comme s’il s’agissait d’un remake ou d’un reboot flambant neuf. Pourtant, à l’image du Halloween de David Gordon Green, du Massacre à la tronçonneuse de David Blue Garcia ou du Scream signé Bettinelli-Olpin et Gillett, ce Souviens-toi l’été dernier millésime 2025 n’est rien d’autre qu’une séquelle peinant à ranimer les braises d’une franchise depuis longtemps refroidie. Déjà à la fin des années 90, Souviens-toi l’été dernier et ses suites n’étaient qu’un ersatz opportuniste du carton Scream, sans véritable valeur ajoutée face au néo-slasher de Wes Craven. Alors, que pouvait-on espérer d’un quatrième opus ? Le film de Jennifer Kaytin Robinson (scénariste de Thor : Love and Thunder – aïe !) situe l’action plusieurs décennies après les deux premiers volets, sans tenir compte du troisième épisode sorti en 2006 en DTV. Et pour caresser les fans dans le sens du poil, les têtes d’affiche de l’époque reprennent du service. Freddie Prinze Jr. et Jennifer Love Hewitt, désormais proches de la cinquantaine, affrontent donc à nouveau le croque-mitaine au crochet.

L’inévitable trauma qui fait démarrer l’intrigue emprunte toujours la même mécanique : des amis fêtards déclenchent involontairement un accident nocturne sur la route et décident de garder le secret. L’entame est mise en scène avec soin, le suspense fonctionne plutôt bien, mais cette récurrence finit par devenir absurde, pour ne pas dire improbable. Le film ne cesse d’ailleurs de se référer aux événements survenus en 1997, pour bien nous faire comprendre que nous opérons ici un retour aux sources. Et même si l’un des dialogues affirme avec cynisme que « la nostalgie, c’est pour les vieux », c’est bien à une manœuvre régressive que nous assistons ici. Une fois que le drame s’enclenche et que les premiers meurtres ensanglantent la ville, les « legacy characters » entrent en scène, autrement dit les vieux acteurs qui assurent le lien avec les films originaux et s’efforcent – sans beaucoup de conviction, comme s’ils se prêtaient au jeu de mauvaise grâce – d’assurer par leur seule présence une certaine légitimité à cet opus tardif. Destination finale Bloodlines ne se donnait pas tant de mal et parvenait pourtant habilement à raviver une franchise horrifique elle aussi née à la fin des années 90, en lui injectant du sang neuf. Mais ici, on se contente des vieilles recettes en espérant qu’elles fonctionnent encore.

Oublie-moi l’été prochain

Or les clichés qui s’accumulent ici sont sérieusement éculés, y compris la surcharge de « chansons cool » qui alimentent la bande son. Aucune séquence ne sort vraiment du lot, tout semble avoir déjà été vu ailleurs, et même les lieux visuellement intéressants (comme le sauna enfumé) ne sont pas exploités par un scénario désespérément paresseux. L’attitude du tueur, de son côté, est parfaitement incompréhensible, plus propice aux besoins de la mise en scène que mues par une motivation logique. Exemple : notre assassin surgit debout, immobile, derrière l’un des personnages principaux, laisse le temps à ce dernier – et aux spectateurs – de remarquer sa présence, de sursauter, de crier, et décide seulement ensuite de passer à l’attaque. Par ailleurs, il apparaît et disparaît à volonté, défiant les lois de la physique, comme s’il se muait en créature surnaturelle selon les besoins du récit. C’est par pure charité que nous éviterons de nous attarder sur la scène de la révélation finale, affublée du sempiternel monologue explicatif du tueur qui atteint ici les sommets du comique involontaire. Et que dire de la ridicule séquence post-générique façon Marvel ? Chers amis de Columbia Pictures et de Screen Gems, serait-ce trop vous demander de laisser mourir gentiment les vieilles franchises et d’inventer de nouvelles choses ?

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

RED SONJA (2025)

Quarante ans après Kalidor, la guerrière aux cheveux rouges imaginée par Robert Howard revient manier l’épée sous les traits de Matilda Lutz…

RED SONJA

 

2025 – USA

 

Réalisé par M. J. Bassett

 

Avec Matilda Lutz, Robert Sheehan, Wallis Day, Luca Pasqualino, Michael Bisping, Martyn Ford, Eliza Matengu, Danica Davis, Joana Nwamerue, Mana El-Feitury

 

THEMA HEROIC FANTASY

Dans Revenge, Coralie Fargeat exhibait Matilda Lutz sous toutes ses coutures, mais le potentiel dramatique de l’actrice y était éclipsé par la mise en valeur insistante de sa plastique. Il aura fallu le regard de M.J. (Jadis Michael J.) Bassett, pour que la jeune femme puisse échapper à cette objectification fétichiste et s’imposer comme une héroïne à part entière, capable de porter sur ses épaules une épopée ambitieuse. Pour autant, la mise en chantier de Red Sonja ne fut pas un long fleuve tranquille, loin s’en faut. Ceux qui gardent en mémoire le sympathique mais anecdotique péplum Kalidor avec Brigitte Nielsen savent que la « diablesse rouge », imaginée par Robert Howard puis magnifiée dans les comics de Roy Thomas, n’avait pas encore eu droit à un long-métrage digne de son envergure. Robert Rodriguez envisagea de s’y coller avec Rose McGowan dans le rôle principal, suivi de Simon West avec Amber Heard, puis de Joey Soloway avec Hannah John-Kamen. Mais c’est finalement M. J. Bassett qui hérita du bébé. Quoi de plus normal ? N’avait-elle pas dirigé un fort honorable Solomon Kane en 2009, déjà d’après Robert Howard ? De nombreux épisodes de séries TV et quelques longs-métrages plus tard (Silent Hill : Revelation, Inside Man : Most Wanted, Rogue, Espèces menacées), Bassett retrouve donc l’univers du créateur de Conan le barbare et place Matilda Lutz sous le feu des projecteurs.

Red Sonja est une « origin story » qui raconte la naissance de la légende, au cœur du pays imaginaire d’Hyrkanie. Enfant, Sonja voit sa terre natale envahie par des barbares qui massacrent la majorité de son peuple et la forcent à fuir dans les vastes et mystérieuses forêts voisines. Séparée des derniers survivants de sa tribu, elle atteint l’âge adulte en cherchant d’autres Hyrkaniens. Sa confrontation avec des braconniers va la lancer sur la piste du vil empereur Draygan, qui a décidé de dominer le monde, comme tout bon vilain qui se respecte. Au lieu de la montagne de muscles campée jadis par Brigitte Nielsen, Matilda Lutz incarne une Sonja plus animale, une sorte de nymphe des forêts mythologique capable de communier avec la nature, comme en témoigne le lien fusionnel qui l’unit au cheval Vihur et ses dialogues fréquents avec l’arbre anthropomorphique à l’image de la déesse Ashéra. Robert Sheeran, lui, transfuge de la série Misfits et de Mortal Engines, campe un tyran pétri de duplicité, génial et immature à la fois, bien déterminé à asservir les animaux et à déforester pour concrétiser ses rêves de conquête. Son opposition avec Sonja est évidemment une parabole de la lutte contre l’industrialisation massive qui détruit l’environnement pour y puiser des ressources et s’enrichir. « La Terre saigne et réclame notre aide », finit même par dire une voix ancestrale qui retentit dans la tête de notre héroïne.

L’appel de la forêt

La forêt féerique dans laquelle évolue Sonja en début de métrage n’aurait pas dépareillé dans Legend. Passé l’enchantement premier, Bassett la truffe de toutes sortes de créatures fantaisistes telles que des rhinocéros préhistoriques, des scorpions géants, des hommes-singes ou encore un gigantesque cyclope cornu aux pattes de bouc qui rend hommage au 7ème voyage de Sinbad et au bestiaire de Ray Harryhausen. La séquence de combat qui le met en scène paie aussi son tribut à l’affrontement de la Moria dans La Communauté de l’Anneau. Mais plus encore que Legend, le scénario de Red Sonja semble vouloir se référer ouvertement à un autre film de Ridley Scott, en l’occurrence Gladiator. Car Sonja, réduite en esclavage et contrainte de se battre dans l’arène de l’empereur, agit ici comme une émule de Spartacus. Le groupe de rebelles qui se joint à elle et se cache dans la forêt évoque quant à lui l’imagerie de Robin des Bois. Malgré ces nombreuses réminiscences, Bassett bâtit un film qui possède sa propre singularité, brosse des personnages secondaires passionnants (notamment Anisia, une ancienne esclave ayant racheté sa liberté et désormais hantée par la voix de tous ceux qu’elle tua) et achemine son récit vers un climax étonnant qui va à l’encontre de ce qu’on attend habituellement d’un ultime affrontement entre le héros et son ennemi juré. La très belle musique épique composée par Sonya Belousova et Giona Ostinelli achève de faire de Red Sonja un spectacle hautement recommandable. Très ouvert, l’épilogue laisse espérer une suite que nous appelons de nos vœux.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

EVIL BONG HIGH-5 (2016)

La saga Evil Bong se poursuit inlassablement, défiant la logique et le bon goût pour continuer à conter les méfaits de la « pipe diabolique »…

EVIL BONG HIGH-5

 

2016 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Sonny Carl Davis, Robin Sydney, Amy Paffrath, John Patrick Jordan, Chance A. Rearden, Mindy Robinson, Rorie Moon, Jacob Witkin, Jonathan Katz

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I PETITS MONSTRES I SAGA EVIL BONG I GINGERDEAD MAN I CHARLES BAND

À la fin de Evil Bong 420, les quatre personnages principaux se retrouvaient aspirés dans le monde de Ebee, le bong maléfique. En toute logique, nous retrouvons Larnell (John Patrick Jordan), Rabbit (Sonny Carl Davis), Sarah (Robin Sydney) et Velicity (Amy Paffrath) immergés dans cet univers bizarre jonché de volcans aux fumées doucereuses, de crânes grimaçants et de filles dénudées. Le premier quart d’heure du film est donc réalisé dans des décors en image de synthèse bon marché, au sein desquels sont incrustés de manière très hasardeuses nos quatre comédiens. Le caractère « cheap » de l’entreprise saute aux yeux dès l’entame, mais ceux qui sont familiers avec l’improbable franchise Evil Bong ne sont pas particulièrement dépaysés. À notre quatuor s’ajoute le Gingerdead Man, le petit bonhomme en pain d’épices jadis psychopathe et désormais radouci par les volutes de marijuana. Ses aventures solo s’étant achevées avec Gingerdead Man 3, le biscuit humanoïde squatte désormais la saga Evil Bong où il joue les vedettes invitées – sans y ajouter de plus-value particulière, avouons-le. Comme l’épisode précédent, qui tirait à la ligne avec une impressionnante paresse scénaristique, celui-ci va solliciter beaucoup de tolérance de la part de ses spectateurs.

Alors qu’ils cherchent en vain à s’échapper de ce monde parallèle qui n’est pas le leur, nos héros se heurtent à Ebee (à qui Michelle Mais prête toujours sa voix), bien décidée à les soumettre à un chantage. S’ils veulent rentrer chez eux, ils vont devoir l’aider à planifier sa domination du monde. Il leur faut donc investir une nouvelle boutique à Los Angeles et y vendre des tonnes de son cannabis ensorcelé jusqu’à récolter la coquette somme d’un million de dollars. Or ils n’ont que trente jours pour y parvenir. Leur mission semble impossible, mais ils sont bien obligés de l’accepter. D’autant que seuls Larnell, Rabbit et le Gingerdead Man sont renvoyés sur Terre. Sarah et Velicity, elles, sont retenues en otages dans le « bong word » et livrées aux griffes de deux gardiennes dominatrices aux seins nus, les « Poonishers » (Raylin Joy et Adriana Sephora). Voilà pour le scénario…

La petite boutique des odeurs

Passé le prologue sur fond vert, l’intégralité d’Evil Bong High-5 se déroule dans le décor unique d’une boutique baignée dans l’odeur du cannabis, enchaînant une série de saynètes où les acteurs se contentent la plupart du temps de discuter en champ et contre-champ. La réplique de Larnell « tout cela a-t-il un intérêt ? » nous vient alors forcément à l’esprit. Le principe du film consiste à faire défiler un maximum de personnages issus des épisodes précédents. Nous retrouvons donc tour à tour la sémillante serveuse Phoebe (Mindy Robinson), le grand-père de Larnell (Jacob Witkin), les rednecks du film précédent (Circus-Szalewski et Kaius Harrison), la toujours impudique Candy (Rorie Moon), le coupe de clients asiatiques caricaturaux (Tian Wang et Jinhee Joung), le réalisateur David DeCoteau qui continue à faire des blagues sur son homosexualité, le journaliste David Del Valle, un duo de junkies passablement défoncés (Caleb Hurst et Orson Chaplin) et le fermier porcin Hambo (Chance A. Rearden) flanqué de son caddie plein de produits dérivés. Lorsque ce dernier apparaît, le film se transforme carrément en vidéo de téléachat, puisque le site web « badassdolls.com » apparaît plein écran une bonne demi-douzaine de fois pour promouvoir les poupées vendues sur le site de Full Moon ! Pour continuer à repousser les limites du n’importe quoi, Gingerdead Man s’accouple une fois de plus à Candy, relayé aussitôt par la poupée Ooga Booga ! A l’issue de ce délire généralisé, le générique de fin nous annonce la sortie imminente de Evil Bong 666. Mais même les fans les plus indécrottables des films Full Moon commencent sérieusement à voir leur intérêt émoussé.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

LA FILLE QUI EN SAVAIT TROP (1963)

En s’inspirant ouvertement d’Alfred Hitchcock, Mario Bava fait basculer cette comédie policière vers l’horreur psychologique et jette les bases du giallo…

LA RAGAZZA CHE SAVEPA TROPPO

 

1963 – ITALIE

 

Réalisé par Mario Bava

 

Avec Leticia Roman, John Saxon, Valentina Cortese, Titti Tomaino, Luigi Bonos, Milo Quesada, Walter Williams, Marta Melocco, Gustavo De Nardo

 

THEMA TUEURS

Avant que le terme giallo ne devienne synonyme de meurtres rituels à l’arme blanche et d’assassins tout de cuir noir vêtus, il y eut La Fille qui en savait trop. Tourné en 1962 et sorti l’année suivante, ce long-métrage en noir et blanc de Mario Bava est souvent considéré comme le point de départ d’un genre emblématique du cinéma transalpin. Pourtant, rien ne prédestinait ce film à entrer dans l’histoire. Conçu comme une comédie policière sans prétention à la demande de la société américaine AIP, le projet se transforme quasiment, face à la caméra de Bava, en manifeste du thriller italien moderne. L’intrigue s’intéresse à Nora Davis, une jeune Américaine passionnée de romans policiers, qui débarque à Rome pour rendre visite à une parente malade. À peine arrivée, elle assiste à la mort soudaine de sa logeuse, est agressée dans la rue et croit être témoin d’un meurtre… Commence alors une spirale d’événements troubles où la jeune femme, prise pour une illuminée, décide de mener sa propre enquête, épaulée par le charmant docteur Bassi. Mais l’ombre du doute plane : et si l’imagination débordante de Nora brouillait la frontière entre les faits et la fiction ?

Ce scénario en apparence classique est porté par une mise en scène pleine de malice et de virtuosité. Bava, ancien directeur de la photographie, s’empare de cette matière simple pour y injecter ses obsessions formelles à base de contrastes violents, de lumières expressionnistes et de cadres mouvants. Tout concourt ainsi à instaurer une atmosphère de rêve fiévreux. Et si le noir et blanc domine, c’est pour mieux souligner le tiraillement constant entre la clarté du jour romain et l’obscurité psychologique qui s’empare de l’héroïne. La grande réussite du film réside dans une ambiguïté permanente, dans la mesure où tout ce que vit Nora peut être interprété de deux façons. Réalité ou délire paranoïaque ? En s’inspirant à la fois d’Hitchcock (le titre souligne l’influence sans la moindre équivoque) et des feuilletons populaires, Bava signe un thriller mental qui dépasse largement son cahier des charges initial. Letícia Román, dans le rôle principal, incarne avec justesse la candeur mêlée d’angoisse de son personnage. À ses côtés, John Saxon, futur habitué des films de genre (Ténèbres, Les Griffes de la nuit), campe un médecin à la fois protecteur et ambigu, qui semble parfois aussi perdu que sa patiente.

« L’œil maléfique »

Souvent éclipsé par les œuvres plus connues de Bava, ce film pose pourtant toutes les bases du genre : crimes mystérieux, tueur insaisissable, accessoires fétiches (gants noirs, lame étincelante, imperméable sombre), héroïne en détresse, enquête en milieu urbain, mise en scène stylisée… Certes, la violence reste ici contenue, et l’humour, parfois envahissant (et pas toujours très subtil), atténue l’effet de tension. Mais l’architecture narrative, les figures visuelles et l’ambiguïté du point de vue sont bel et bien en place. La Fille qui en savait trop existe en deux versions, révélatrices de l’écart culturel entre les attentes du public américain et celles du spectateur italien. The Evil Eye (« l’œil maléfique »), version commandée par l’AIP, ajoute des scènes de comédie romantique et une musique plus légère signée Lex Baxter. La version italienne, quant à elle, conserve la partition originale de Roberto Nicolosi et propose quelques séquences plus sensuelles et troublantes, dont une scène marquante où Nora, seule dans une chambre, croit être observée par un portrait inquiétant… en réalité celui de Bava lui-même ! La Fille qui en savait trop est un film charnière, un prototype encore hésitant mais déjà riche en promesses. S’il ne possède pas l’éclat baroque de Six femmes pour l’assassin, que Bava réalisera l’année suivante en couleur, il n’en reste pas moins un jalon fondateur.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

EVIL BONG 420 (2015)

Dans cet opus paresseux d’une franchise en bout de course, une série de personnages excentriques et de créatures bizarres se croisent dans un bowling…

EVIL BONG 420

 

2015 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Sonny Carl Davis, John Patrick Jordan, Robin Sydney, Amy Paffrath, Mindy Robinson, Chance A. Rearden, Sam Aotaki, Rorie Moon, David DeCoteau

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I PETITS MONSTRES I SAGA EVIL BONG I GINGERDEAD MAN I CHARLES BAND

Après le crossover Gingerdead Man vs. Evil Bong, Charles Band décide de continuer d’entrecroiser les aventures du bonhomme en pain d’épice psychopathe et celles du bong maléfique, dans l’espoir de pouvoir continuer à exploiter deux franchises déjà usées jusqu’à la corde. Si ce quatrième Evil Bong est titré 420, c’est à la fois pour détourner un terme argotique désignant la marijuana et pour annoncer la date de sortie du film sur la plateforme de streaming de Full Moon (le 20 avril, donc 4/20). Mais cette fois-ci, Band veut limiter les frais au maximum. « Ce film était particulièrement difficile à écrire, parce que je ne savais tout simplement pas quoi faire dans le cadre des paramètres imposés », raconte le scénariste Kent Roudebush. « Il s’agissait essentiellement de réunir les personnages dans un bowling. De plus, le film était censé être tourné en une journée. Je ne voyais tout simplement pas comment cela était possible. Ces choses sont déjà assez difficiles à écrire avec un budget et des contraintes, mais là, c’était extrême ! Il n’y avait pas beaucoup d’histoire, alors je l’ai simplement remplie de personnages excentriques et de décors minimaux. » (1) À la lecture de la prose de Roudebush, Band consent à ajouter une journée de tournage supplémentaire. Evil Bong 420 (qui a failli s’appeler Slimeball Bowl-O-Rama 420, en hommage au film Sorority Babes) est donc bouclé en 48 heures, comme le fut jadis La Petite boutique des horreurs.

Second rôle exubérant dans les opus précédents, Rabbit (Sonny Carl Davis) est désormais devenu le personnage principal. Après avoir réussi à s’échapper miraculeusement au monde maléfique d’Evil Bong, le sémillant sexagénaire décide d’ouvrir un bowling – dans lequel les employées sont topless – et d’organiser une grande fête pour l’inauguration de l’établissement. Son nom ? Le « Licky Splits ». Plusieurs visages familiers viennent donc y pointer le bout de leur nez, comme le fermier à groin de cochon Hambo (Chance A. Rearden, sans doute l’une des créations les moins inspirées de chez Full Moon), le héros des Evil Bong précédents Larnell (John Patrick Jordan), sa fiancée Velicity (Amy Paffrath), la pâtissière Sarah Leigh (Robin Sydney), l’héroïne de Ooga Booga Donna (Ciarra Carter) et même le réalisateur David DeCoteau (dans son propre rôle), désireux de tourner sur place un nouveau film de bowling 25 ans après Sorority Babes. Mais Rabbit ignore qu’Ebee, le bong maléfique, est à ses trousses, et qu’elle compte bien venir gâcher la fête, flanquée du Gingerdead Man…

Seins nus et crème pâtissière

Avec Evil Bong 420, on sent clairement que Charles Band a atteint les limites du concept. Car ce film qui dure à peine une heure se distingue par son absence totale de péripéties. Les mêmes scènes se répètent donc inlassablement et traînent en longueurs (Gingerdead Man cajolé par deux jeunes femmes dénudées dans le monde de Evil Bong, les employées du bowling et les clients qui discutent avec Rabbit) sans mener nulle part. Pour égayer un peu les spectateurs, le film exhibe une quantité généreuse de seins nus (sollicitant plusieurs actrices issues du porno à cette occasion), multiplie les guest-stars (y compris la poupée Ooga Booga qui surgit furtivement pour s’en prendre à deux rednecks) et étale sans complexe une grande quantité de produits dérivés Full Moon sur les comptoirs du bowling. Ici, la marionnette du Gingerdead Man s’agrémente de quelques effets numériques pour faire cligner ses yeux mais aussi de l’incrustation de la bouche d’un comédien (John Karyus) pour ses dialogues, ce qui permet une parfaite synchronisation avec ses répliques (prononcées par un autre acteur, Robert Ramos). Le biscuit lubrique nous donne d’ailleurs droit à la scène de mauvais goût ultime : son accouplement avec une jeune femme fort peu pudique, prélude à une éjaculation de crème pâtissière ! Le film se termine sur un cliffhanger absurde, puisque la saga Evil Bong entend bien se poursuivre jusqu’à épuisement…

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

THE RITUAL – L’EXORCISME D’EMMA SCHMIDT (2025)

Al Pacino incarne un vieil exorciste missionné pour chasser le démon qui s’est emparé d’une jeune paroisienne…

THE RITUAL

 

2025 – USA

 

Réalisé par David Midell

 

Avec Al Pacino, Dan Stevens, Ashley Greene, Abigail Cowen, Patrick Fabian, Patricia Heaton, Maria Camila Giraldo, Meadow Williams, Courtney Rae Allen

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Contrairement à ce qu’affirme fièrement sa campagne marketing, le scénario de The Ritual ne s’appuie pas sur les faits qui ont inspirés L’Exorciste mais sur une autre affaire véridique survenue en 1928 dans l’Iowa. L’histoire d’Emma Schmidt fit l’objet d’un ouvrage de Carl Vogl, Begone Satan !, publié en 1935 et relatant en détail la possession de cette jeune femme ainsi que les rituels mis en place pour l’exorciser. Fascinés par ce récit, le réalisateur David Midell et son coscénariste Enrico Natale décident d’en tirer un long-métrage. Le projet prend de l’ampleur en 2023 lorsqu’Al Pacino est annoncé en tête d’affiche. Voir celui qui incarnait jadis le Malin, dans L’Associé du diable, entrer cette fois-ci dans la soutane d’un émissaire de l’église catholique ne manque pas d’ironie. À ses côtés, Ben Foster est sélectionné pour incarner un jeune prêtre sceptique. Mais trois mois après le début du tournage, sans raison officielle, Foster quitte la production pour être remplacé par Dan Stevens, acteur éclectique qui fut tour à tour la Bête de La Belle et la Bête, le chef des gangsters d’Abigail ou l’androïde d’I’m Your Man. À leurs côtés, Ashley Green (la fiancée zombie de Burying the Ex de Joe Dante) joue une religieuse que cette affaire ne va pas laisser indemne, et la jeune Abigail Cowen campe la « possédée », adoptant en début de métrage un look qui rappelle beaucoup celui de Sissi Spacek dans Carrie.

En 1928, dans la paisible petite ville agricole d’Earling, au fin fond de l’Iowa, une jeune femme nommée Emma Schmidt est tourmentée par des terreurs nocturnes, connaît des accès de violence, parle des langues qu’elle n’a jamais apprises et manifeste une haine anormale envers tout ce qui est sacré. Sa famille, de fervents catholiques, est convaincue qu’elle est possédée et sollicite l’aide de l’Église. Leur appel désespéré parvient au père Theophilus Riesinger, un vieux prêtre capucin ayant déjà mené de nombreux exorcismes. Riesinger se rend dans l’Iowa et décide de lancer aussitôt une série de rituels visant à chasser le diable, accompagné à contrecœur par le jeune responsable de la paroisse locale, le père Joseph Steiger. Ce dernier, ébranlé par le récent suicide de son frère, doute de la réalité de la possession démoniaque et préfèrerait solliciter l’intervention du corps médical. Mais lorsqu’il rencontre Emma et assiste à ses agissements inexplicables, son scepticisme commence à vaciller.

« Nous sommes l’armée du Seigneur »

Avec ses prises de vues caméra à l’épaule, ses petits coups de zoom et ses recadrages abrupts, la mise en scène de David Midell cherche à accentuer le caractère documentaire du film – sans pour autant céder aux tics du « found footage ». The Ritual tient en effet à garder une patine réaliste et non-spectaculaire, égrenant les séances d’exorcisme et comptabilisant le nombre de rituels un par un, jour après jour. La partie la plus intéressante du film – qui était aussi au cœur de l’approche de William Friedkin dans L’Exorciste – est la confrontation entre la vieille génération représentée par le frère capucin et celle d’un jeune prêtre qui commence sérieusement à douter de sa propre foi. Ici, le cartésianisme et la quête d’explication rationnelle s’opposent à la vision religieuse et spirituelle. Et comme le film prend soin de choisir le personnage incarné par Dan Stevens comme pôle d’indentification des spectateurs, la démarche du père Theophilus Riesinger, qui affirme avec aplomb « nous sommes l’armée du Seigneur », laisse forcément perplexe. Ne faut-il pas y voir un excès de bigoterie fanatique ? Au-delà du choc culturel entre les deux hommes, une sorte d’attirance mutuelle – pas très catholique – semble se dessiner de manière sous-jacente entre le père Steiger et la sœur Rose. C’est bien sûr dans cette faille que va tenter de s’engouffrer le démon. S’il est solidement mis en scène et interprété avec conviction, The Ritual finit hélas par s’affaisser sous le poids de sa prolifique ascendance. Car depuis Friedkin, les films d’exorcismes n’ont cessé de pulluler sur les écrans, et force est de constater que celui-ci n’apporte rien de particulièrement neuf, nous laissant finalement sur notre faim.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

TROPHY HEADS (2014)

Désespéré de voir vieillir les « scream queens » qu’il adore, un homme solitaire décide de les décapiter et de transformer leurs têtes en trophées !

TROPHY HEADS

 

2014 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Adam Roberts, Maria Olsen, Brinke Stevens, Darcy DeMoss, Jacqueline Lovell, Linnea Quigley, Michelle Bauer, Denice Duff, Irena Murphy, Stuart Gordon

 

THEMA TUEURS I CINÉMA ET TÉLÉVISION I SAGA CHARLES BAND

Pour s’adapter au développement de plus en plus important de plateformes de streaming partout dans le monde, le producteur/réalisateur Charles Band, patron de Full Moon Entertainment, décide de prendre le train en marche. Puisqu’il faut désormais en passer par là, il crée son propre service de streaming en 2013 et commence à l’alimenter avec les films de son catalogue, des compilations d’extraits de ses titres les plus connus et des programmes originaux. La prochaine étape s’impose d’elle-même : la création d’une web série. C’est une publicité improbable dans un magazine (vantant la possibilité d’acheter des fausses têtes de femmes grandeur nature pour les exposer chez soi comme des trophées !) qui lui donne l’idée première de ce qui s’apprête à devenir Trophy Heads. Fidèle collaborateur de Full Moon, Roger Barron (alias Neal Marshall Stevens) écrit en deux semaines à peine les cinq épisodes de vingt minutes de cette première série. En proposant à plusieurs « scream queens » de jouer leur propre rôle (Brinke Stevens, Darcy DeMoss, Jacqueline Lovell, Linnea Quigley, Michelle Bauer et Denice Duff), Trophy Heads propose une réflexion drôle et désenchantée sur le caractère éphémère des stars hollywoodienne, surtout celles qui brillent dans les films d’horreur de série B. Après sa diffusion, la série sera remontée sous forme d’un long-métrage autonome et peut désormais s’apprécier sous ce format.

Au cours du prologue, l’actrice Darcy DeMoss (que les amateurs du genre ont pu voir dans Jason le mort-vivant, Return to Horror High ou Zombie Academy) est poursuivie en pleine nuit par un tueur déguisé en extra-terrestre qui la décapite brutalement d’un coup de faucille. Voilà une entrée en matière diablement efficace ! Trophy Heads s’intéresse à Max (Adam Noble Roberts), un homme oisif qui vit seul avec sa mère et se repasse en boucle des VHS de séries B qu’il adore (de préférence celles de Full Moon, bien sûr). Désabusé, il se rend compte que ses films préférés vieillissent, tout comme leurs stars. Son seul souhait est de les préserver pour toujours. Pour y parvenir, il décide de recréer les scènes de mort de ces starlettes dans leurs films les plus fameux, de leur couper la tête et d’en faire des trophées pour son sous-sol. Avec l’aide de sa mère (Maria Olsen, qu’on retrouvera en psychopathe dans I Spit on Your Grave : déjà vu), il met son plan à exécution…

Tête à tête

Gingerdead Man 2 jouait déjà fortement la carte de la mise en abyme et de l’autodérision, mais sur un ton ouvertement burlesque et parodique. Si l’humour noir et les gags visuels ne sont pas absents de Trophy Heads, l’hommage se veut ici plus sincère. Entrant pleinement dans le jeu, nos « stars » écornent volontairement leur image. Ici, Brinke Stevens (Sideshow) est devenue masseuse spécialisée dans la chiropractie, Linnea Quigley (Le Retour des morts-vivants) fait du porte-à-porte pour diffuser la parole de Dieu, Michelle Bauer (Hollywood Chainsaw Hookers) vend des jus de fruit et des photos dédicacées sur la plage… L’un des moments humoristiques les plus réussis du film oppose Jacqueline Lowell (Hideous) et Denice Duff (Subspecies) qui jugent non sans mépris leurs carrières respectives. Charles Band accepte lui-même de passer à la moulinette, ses films étant résumés le temps d’une réplique à « du sang, des seins et des petits monstres ». Dans le même esprit, le connaisseur s’amusera de cette séquence de casting dans laquelle tout le monde joue son propre rôle. Stuart Gordon incarne donc le réalisateur d’un film qui s’appelle Re-Possessed et pour lequel postulent plusieurs actrices, parmi lesquelles Robin Sydney (Gingerdead Man), Amy Paffrath (Evil Bong 2) et Jessica Morris (Les Geôles du diable). À travers les reconstitutions des scènes clés de plusieurs de ses films fétiches avec les moyens du bord (Alien Abduction, Slave Girls, Creepozoids, Sorority Babes, Subspecies 2, Le Cerveau de la famille), notre fanboy psychopathe se lance presque dans une version trash de Soyez sympa rembobinez. Ce n’est pas l’un des moindres atouts de ce film bourré de clins d’œil, sur lequel plane aussi l’ombre de Psychose et Maniac lorsque les victimes décapitées et empaillées commencent à tourmenter le jeune homme en s’adressant directement à lui. Bref, voilà une « traversée du miroir » certes modeste mais très recommandable.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

LES DIABLES (1971)

Ken Russell s’empare de l’histoire vraie d’un prêtre accusé de sorcellerie pour bâtir une œuvre baroque, macabre et toujours aussi dérangeante…

THE DEVILS

 

1971 – GB

 

Réalisé par Ken Russell

 

Avec Oliver Reed, Vanessa Redgrave, Dudley Sutton, Max Adrian, Gemma Jones, Murray Melvin, Michael Gothard

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

En s’inspirant de la pièce Les Diables de John Whiting et du roman Les Diables de Loudun d’Aldous Huxley, Ken Russell transpose à l’écran une histoire vraie survenue au XVIIᵉ siècle, en France. À Loudun, petite ville provinciale rongée par les tensions religieuses et politiques, le père Grandier, prêtre séduisant et anticonformiste, devient malgré lui le catalyseur d’une flambée de délire collectif. Respecté par certains, haï par d’autres, Grandier attise les désirs et les rancunes. Il est notamment l’objet de la convoitise trouble de nombreuses jeunes femmes, en particulier celles du couvent local. Mais lorsqu’il décide de prendre une épouse, brisant ainsi son vœu de célibat, c’est toute une mécanique de vengeance, de frustration et d’oppression religieuse qui se met en place. La mère supérieure, sœur Jeanne des Anges, bossue et névrosée, sombre dans une forme de démence que son entourage interprète aussitôt comme une possession démoniaque. Son confesseur, le père Mignon, fait alors appel au père Barre pour procéder à un exorcisme. Très vite, c’est le couvent entier qui semble basculer dans une hystérie collective où se mêlent hurlements, convulsions, nudité et visions impies.

Désigné comme responsable de ces possessions, Grandier devient le bouc émissaire d’une société rongée par l’intolérance, où les alliances entre Église et pouvoir royal n’ont pour but que d’éliminer les voix dissidentes. Sous couvert de justice divine, on le traîne donc dans une parodie de procès et on le condamne pour sorcellerie. Ken Russell filme ce basculement dans l’absurde et l’horreur avec une audace visuelle rare. Avec ses décors monumentaux d’un blanc spectral, ses éclairages expressionnistes et ses costumes stylisés, le film adopte une esthétique théâtrale, baroque et délibérément excessive. Saisissante dans la peau de Sœur Jeanne, Vanessa Redgrave incarne une religieuse contrefaite et refoulée dont les visions érotiques prennent des allures de cauchemars christiques : elle fantasme Grandier crucifié, muant le désir en transgression mystique. Oliver Reed, imposant et magnétique, campe quant à lui un être tiraillé entre sa foi sincère et ses faiblesses très humaines. Face à la tempête qui s’abat sur lui, il reste digne, presque christique à son tour.

Sur l’autel de l’intolérance

Le film glisse vers la démesure lors de l’exorcisme central. Les sœurs se muent alors en possédées déchaînées, dans une séquence de pure déflagration visuelle et sonore, où les corps s’agitent, se dévoilent, hurlent, vomissent. À travers cette débauche incontrôlable, Russell dénonce la théâtralisation du pouvoir religieux, son goût pour la mise en scène, le spectacle et l’humiliation. Le cinéaste excelle aussi dans son usage du montage parallèle : le mariage secret de Grandier est entremêlé avec les hallucinations de Jeanne, le sermon du père Barre est juxtaposé aux divertissements décadents du roi Louis XIII. La dernière partie du film, qui décrit la torture et l’exécution publique de Grandier, est d’une intensité rare. Sans jamais verser dans le gore ou la complaisance, Russell filme le sacrifice d’un homme sur l’autel de l’intolérance. Car derrière ses excès apparents, Les Diables est avant tout un plaidoyer contre les dérives de la religion, la censure et le fanatisme d’État. Rattaché au Fantastique par son traitement et son climat (Russell n’hésitant pas à emplir l’écran de visions dantesques, comme ces squelettes de suppliciés grouillant de vers, ou cette fosse commune aux proportions affolantes), ce film longtemps censuré, banni et mutilé, est donc un réquisitoire contre l’injustice et l’intolérance, exacerbées en ces temps obscurs où tortures et jugements expéditifs étaient monnaie courante.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article