DEATH WARMED UP (1984)

Quelques années avant Peter Jackson, David Blyth ensanglantait les écrans néo-zélandais avec cette histoire de savant fou aux expériences délirantes…

DEATH WARMED UP

 

1984 – NOUVELLE-ZÉLANDE

 

Réalisé par David Blyth

 

Avec Michael Hurst, Margaret Umbers, Norelle Scott, William Upjohn, David Letch, Gary Day, Bruno Lawrence, Geoff Snell, Ian Watkin, David Weatherley

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Souvent considéré comme le premier véritable film d’horreur néo-zélandais, bien qu’il ait été précédé en 1982 par L’Épouvantail de la mort de Sam Pillsbury, Death Warmed Up marque une étape décisive dans l’histoire du cinéma de genre du pays. Réalisé par David Blyth, qui signe ici son troisième long métrage, le film bénéficie du soutien du New Zealand Film Commission, conscient que le cinéma horrifique connaît alors un regain d’intérêt au début des années 80. Avec à sa disposition un budget important pour l’époque et le territoire – près de 800 000 dollars – Blyth transcende ses moyens grâce à une inventivité constante, un sens aigu du cadre et de l’esthétique et une atmosphère trouble et nihiliste. « Blade Runner de Ridley Scott est sans doute le film révolutionnaire qui, avec Evil Dead de Sam Raimi, a inspiré certains éléments de la vision présentée dans Death Warmed Up », confie-t-il lorsqu’on l’interroge sur ses influences (1). Pour bâtir son ambiance anxiogène, Blyth s’appuie sur le savoir-faire du directeur de la photographie James Bartle, déjà à l’œuvre sur L’Épouvantail justement. Death Warmed Up s’impose donc comme une œuvre radicale, marquée par une violence frontale et graphique qui lui vaudra d’être purement et simplement interdit en Australie à cause de son caractère jugé trop explicite.

Le docteur Archer Howell (Gary Day), un brillant neurochirurgien qui se prend pour Dieu, rêve d’abolir la mort en prolongeant indéfiniment l’espérance de vie. Après des premiers essais sur des rats, il décide de franchir une limite irréversible en expérimentant sur des êtres humains. Son associé, le professeur Tucker (David Weatherley), s’oppose fermement à cette dérive. Mais le fils de ce dernier, Michael (Michael Hurst), surprend leur confrontation et devient la proie idéale du savant fou. Manipulé par Howell, Michael est transformé en cobaye et programmé pour tuer. Sous hypnose, il rentre chez lui et assassine froidement ses propres parents. Il est aussitôt interné dans un hôpital psychiatrique pour de longues années, hanté par ce double crime. Sept ans plus tard, Michael recouvre la liberté. Accompagné de sa petite amie Sandy (Margaret Umbers) et de deux amis, Jeannie (Norelle Scott) et Lucas (William Upjohn), il prend la route en direction d’une île isolée où Howell poursuit ses expériences interdites, transformant des humains en zombies à sa solde. Animé par la rage et la culpabilité, Michael n’a plus qu’un objectif : affronter l’homme qui a détruit sa vie, se venger du meurtre de ses parents et mettre un terme aux agissements du docteur Howell avant que son délire scientifique ne condamne définitivement l’humanité…

L’île du docteur barjo

Death Warmed Up ne cherche jamais à approcher un quelconque réalisme. Ici, tout est excessif, outrancier, pour ne pas dire caricatural. Le savant fou halluciné, les jeunes héros écervelés, les rednecks dégénérés, les infirmières et les insulaires au comportement bizarre, tous participent à cette galerie de freaks totalement invraisemblables. Le scénario lui-même fait du hors-piste. La quête de vengeance de Michael, qui en constitue pourtant le moteur dramatique principal, est ainsi expédiée sans véritable développement, comme si le film s’en désintéressait rapidement. On sent clairement que Death Warmed Up néglige le terrain de l’écriture pour privilégier l’impact immédiat, l’expérience sensorielle et visuelle. Blyth accentue donc ses effets de mise en scène, notamment dans cette étonnante séquence de poursuite à moto dans un tunnel qui doit beaucoup à Mad Max. Un soin indiscutable est apporté à la photographie, aux cadres, aux montages, avec une esthétique directement héritée de la culture clip et pub des années 80 (fumée, néons, contre-jours), tandis que l’usage du Steadicam, les plans captés par une caméra portée et la musique expérimentale accentuent ce sentiment permanent d’étrangeté. Et puis il y a le gore. Avec ses têtes qui explosent, ses trépanations graphiques, ses corps empalés et éventrés ou ses pendaisons dégoulinantes, Blyth anticipe les débordements sanguinolents que Peter Jackson popularisera quelques années plus tard. Au carrefour de L’Île du docteur Moreau, de La Nuit des morts-vivants et du futur Re-Animator, Death Warmed Up remportera en 1984 la Licorne d’Or au Festival International de Paris du film fantastique et de science-fiction, décernée par un jury présidé par Alejandro Jodorowsky.

 

(1) Interview en juillet 2016 sur le site Melissa Fergusson.

 

© Gilles Penso

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MORGAN (2025)

Une jeune fille à l’équilibre mental très fragile décide d’offrir à sa meilleure amie une poupée grandeur nature à son effigie…

MORGAN : KILLER DOLL

 

2025 – USA

 

Réalisé par Jose Prendes

 

Avec Shelby Wright, Bix Krieger, Daniel Ballard, Rhonda Bankston, Kayla Fields, Sara Kamine, Colin Kane, Ruby Lupoff, Sarah Lupoff, Scott Mazzapica, Michael Paré

 

THEMA JOUETS I TUEURS

Le succès de Megan ne pouvait pas laisser insensibles les responsables de la compagnie The Asylum, dont le cœur de métier est l’imitation à faible coût des grands hits du moment (tout particulièrement les films fantastiques, d’horreur et de science-fiction). N’ayant pas senti venir les prouesses au box-office du shocker réalisé par Gerard Johnston, le producteur David Michael Latt décide de se rattraper en profitant de l’annonce de la sortie de Megan 2.0 pour proposer sa propre histoire de poupée tueuse. Et comme il est toujours bon de semer la confusion chez les spectateurs, les petits génies de The Asylum trouvent un titre astucieusement mimétique : après Megan, voici Morgan. Il fallait y penser ! Quant à la date de sortie, elle est calée le 13 juin, devançant de presque quinze jours celle de Megan 2.0., comme à l’époque où Roger Corman se débrouillait pour couper l’herbe sous les pattes de Jurassic Park en distribuant son Carnosaur deux semaines avant le blockbuster de Spielberg. L’écriture et la réalisation de Morgan sont confiées à Jose Prendes, habitué aux séries B de cet acabit. Nous lui devons entre autres The Monster Man, Les Portes de l’enfer, The Exorcists ou Heretics. Il est donc en terrain connu.

Morgan raconte l’histoire de Darcy (Bix Krieger), une jeune fille traumatisée par la mort brutale de sa mère. Solitaire, marginale et franchement bizarre, elle tente de renouer les liens avec son ancienne meilleure amie, Astrid (Shelby Wright), à qui elle offre en guise de cadeau d’anniversaire Morgan, une poupée grandeur nature à son effigie. Surprise par un tel présent, Astrid découvre que Darcy est secrètement amoureuse d’elle et rêve que ses sentiments soient partagés – ce qui n’est pas le cas. Devenue la risée des amis d’Astrid, Darcy s’isole davantage, à la grande inquiétude de la psychologue qui s’occupe d’elle. Bientôt, une succession d’étranges événements et de morts inexpliquées frappent l’entourage d’Astrid. Car de toute évidence, Morgan n’est pas une simple poupée et semble animée par une sorte de quête meurtrière et vengeresse…

Le cadeau empoisonné

Morgan s’éloigne volontairement des canons esthétiques habituels des productions The Asylum. Ici, pas de robots ou d’extra-terrestres en images de synthèse bas de gamme mais une approche plutôt intimiste, dramatique et psychologique. Sans éclat mais soignée, la mise en scène capte efficacement les petites mesquineries entre les jeunes protagonistes, la marginalisation de Darcy et son obsession grandissante pour Astrid… L’entame fonctionne donc plutôt bien. Mais dès qu’il s’agit de basculer dans les codes du slasher, le film se prend les pieds dans le tapis. La cohérence n’a plus cours, les cadavres disparaissent comme par magie et les ficelles scénaristiques deviennent énormes. Quant au coup de théâtre qui nourrit le dernier acte, il se révèle parfaitement invraisemblable. Côté effets spéciaux, pas question de se compliquer la vie : une actrice avec un masque en plastique blanc et le tour est joué. Au passage, le look de cette poupée n’a rien à voir avec celui que montre le poster. Seul visage connu du casting, Michael Paré cachetonne mollement dans le rôle du père veuf qui écoute du jazz en dînant avec sa fille et se laisse draguer par sa prof de yoga. Nous sommes finalement très loin du concept de Megan, qui aura juste servi d’impulsion pour donner naissance à ce scénario certes original mais franchement improbable.

 

© Gilles Penso

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TARZEENA (2008)

Une île perdue, une sauvageonne en peaux de bêtes, un savant fou et un gorille incontrôlable sont au programme de cette comédie délurée…

TARZEENA : JIGGLE IN THE JUNGLE

 

2008 – USA

 

Réalisé par Fred Olen Ray

 

Avec Christine Nguyen, Nicole Sheridan, Alexandre Boisvert, Syren, Evan Stone, Michael Gaglio, Ed Polgardy

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I SINGES

Grand spécialiste du cinéma de série B, Fred Olen Ray aura consacré une grande partie de sa carrière à produire et réaliser des petites comédies érotiques directement destinées au marché vidéo. « Ces films étaient financés par leur préachat, et je conservais les droits DVD et monde », raconte-t-il. « C’était un business particulièrement juteux. Peut-être le seul genre, à ce moment là, où vous étiez sûr de ne pas perdre d’argent, et même de faire du profit. » (1) Fidèle à ses goûts et à ses habitudes, Ray injecte dans la plupart de ces longs-métrages du fantastique, de l’horreur ou de la science-fiction dès qu’il en a l’occasion, et c’est ainsi qu’est conçu Tarzeena, parodie délirante de Tarzan et de Sheena (comme son titre l’annonce de manière très explicite). « J’ai essayé d’intégrer des éléments de genre dans chacun de ces films pour m’amuser, mais aussi parce que c’était bien plus lucratif pour le marché DVD », poursuit-il. « Je me suis beaucoup amusé à les faire dans un premier temps, puis au bout d’une quarantaine d’entre eux je me suis contenté de les produire. Il s’agissait de petits métrages tournés rapidement, à moindre coût, sans aucune pression. » (2) Cette légèreté transparaît pleinement dans Tarzeena, comme le démontre le petit bêtisier qui fait office d’épilogue, reflet d’une atmosphère de tournage détendue et rigolarde.

La plantureuse Mandy (Nicole Sheridan) vient d’hériter de la fortune de son vieil oncle Milton. Avant de pouvoir toucher la somme colossale qui lui revient, elle doit retrouver le fils et la petite-fille de Milton, qui ont disparu il y a vingt ans sur l’île de Kong. Elle s’y rend donc à contrecœur en compagnie de son petit ami Ted (Alexandre Boisvert) et de l’exécuteur testamentaire Jed Slater (Ed Polgardy). Avec leur guide macho Jack Carver (Evan Stone), ils apprennent que le fils de Milton s’est crashé en avion dans la jungle et que sa petite-fille a survécu pour devenir la sauvageonne Tarzeena (Christine Nguyen). Pendant ce temps, dans son laboratoire secret, le maléfique docteur Mortimer (Michael Gaglio) mène d’inquiétantes expériences qui consistent à contrôler le cerveau des animaux de la jungle avec un microprocesseur de son invention. Après avoir ainsi lavé le cerveau de Tabonga, le fidèle gorille de Tarzeena, il décide de capturer la jeune femme elle-même pour en faire son esclave servile…

(Bienve)nue dans la jungle

Les premières minutes du film valorisent le double caractère érotique et exotique de l’entreprise : Tarzeena se baigne nue sous les cascades face au regard apathique d’hippopotames, de chameaux, de girafes, bref de toute une ménagerie insérée artificiellement dans le montage. Bien décidé à doter son film d’une coloration « pulp », Fred Olen Ray truffe ainsi son film de stock-shots animaliers et ne recule devant aucun excès : une plante carnivore en image de synthèse, des maquettes en perspectives forcées pour simuler un avion crashé ou un hélicoptère, un chaton qui rugit comme un lion, un acteur déguisé en gorille gesticulant, un savant fou aux intentions floues… Nous ne sommes pas loin du cinéma d’Ed Wood, quelque part à mi-chemin entre La Fiancée du monstre et La Fiancée de la jungle, mais avec une fort secourable couche de second degré parodique. D’où cette séquence absurde presque digne des ZAZ dans laquelle s’enchaînent tous les moyens de transports possibles et imaginables (avions, hélicoptères, voitures, bateaux, tramways, navettes spatiales, téléphériques) pour symboliser le voyage de nos héros vers l’île de Kong. Bien sûr, le quota de séquences de jambes en l’air est allègrement respecté, mais le film a le bon goût de ne jamais se prendre au sérieux, y compris au moment de son épilogue délicieusement cynique et amoral.

 

(1) et (2) Propos extraits du livre Fred Olen Ray : il était une fois à Hollywood de Damien Granger (2023).

 

© Gilles Penso

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ANACONDA (2025)

Jack Black et Paul Rudd s’agitent dans cette parodie/suite/reboot improbable du film de serpent géant de 1997…

ANACONDA

 

2025 – USA

 

Réalisé par Tom Gormican

 

Avec Jack Black, Paul Rudd, Steve Zahn, Thandiwe Newton, Daniela Melchior, Selton Mello, Ione Skye, Rui Ricardo Diaz, John Billingsley, Sebastian Sero

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES I SAGA ANACONDA

Sur le podium des projets cinématographiques les plus improbables et les plus incongrus de ces dernières années, Anaconda version 2025 occupe une jolie place. Car enfin, qui donc a pu penser que la mise en production d’une parodie du semi-nanar réalisé par Luis Llosa en 1997 était une bonne idée ? À part la présence en tête d’affiche de Jennifer Lopez, les cabotinages de Ice Cube et Jon Voigt et ce serpent géant mi-numérique mi-mécanique déjà daté à l’époque de la sortie du film, il n’y avait déjà pas grand-chose de mémorable à se mettre sous la dent dans l’Anaconda original. Les quatre séquelles dont il fut bizarrement affublé, toutes plus anecdotiques les unes que les autres, s’échinèrent d’ailleurs à prouver les limitations de son concept. Alors pourquoi un reboot comique ? Et pourquoi convoquer deux stars – en l’occurrence Jack Black et Paul Rudd – pour en tenir la vedette ? Que s’est-il passé chez Sony Columbia pour qu’un tel projet soit validé ? Il faut croire que Sanford Panitch, patron du studio, trouva l’idée judicieuse. Toujours est-il que Tom Gormican, sur la foi de son sympathique Un talent en or massif (avec Nicolas Cage dans son propre rôle) eut le feu vert pour se lancer dans cet étrange objet filmique, avec à sa disposition un confortable budget de 45 millions de dollars.

Jack Black incarne Doug, qui végète dans une petite société spécialisée dans les vidéos de mariage, alors qu’il n’aime que les films d’horreur et rêve d’en réaliser depuis toujours. Paul Rudd, lui, campe Griff, un acteur de seconde zone qui cherche désespérément à percer mais rate la plupart de ses auditions. Amis depuis l’enfance, à l’époque où ils tournaient des films amateurs (notamment leur « chef d’œuvre » consacré à un Sasquatch), tous deux sont des fans inconditionnels du film Anaconda, qui berça leurs jeunes années. Or Griff vient de manière totalement invraisemblable d’en récupérer les droits. Et il propose à Doug d’en profiter pour en réaliser un reboot, façon « cinéma indépendant ». Les deux compères partent donc en Amazonie, caméra au poing, accompagnés par leurs amis de longue date Kenny (Steve Zahn) et Claire (Thandiwe Newton). Sur place, ils entrent en contact avec un dompteur de serpent (Selton Mello) ainsi qu’avec une jeune Brésilienne traquée par des trafiquants (Daniela Melchior) qui met un bateau à leur disposition. Le tournage commence bien, mais un anaconda grand comme un dinosaure rôde dans la jungle et dévaste tout sur son passage…

Serpent à sornettes

On ne s’attendait pas à grand-chose, donc la déception n’est pas très grande. Il n’en demeure pas moins que cet Anaconda à mi-chemin entre la séquelle, le remake meta, le reboot et le pastiche nous laisse de marbre. Certes, Jack Black et Paul Rudd font le job et semblent beaucoup s’amuser. Mais ce n’est évidemment pas suffisant pour provoquer l’hilarité des spectateurs. Entre deux gags patauds et une poignée d’attaques spectaculaires du reptile titanesque, il n’est pas interdit d’étouffer quelques bâillements ou de regarder sa montre. Le film donne surtout l’impression de n’aller nulle part, comme s’il avançait en pilote automatique, tellement confiant dans l’absurdité de son concept et dans l’abattage de son casting qu’il en oublie de s’articuler autour d’un scénario digne de ce nom. Or le choix de la farce burlesque n’exclut pas la rigueur d’écriture, bien au contraire. D’ailleurs, même dans un cadre aussi parodique, comment croire à des personnages vouant un tel culte au film Anaconda ? L’idée est aussi peu crédible que celle du groupe de jeunes adultes qui idolâtrent Arthur et les Minimoys dans Arthur : Malédiction. Bien sûr, cet Anaconda cligne souvent de l’œil vers le film original mais aussi vers Jurassic Park (les tenues des acteurs, le plan du rétroviseur) et quelques classiques du cinéma de genre (les posters d’Inferno et du Blob accrochés dans le bureau de Doug). Voici donc une entreprise sympathique, certes, mais parfaitement facultative, à l’image de la bande originale gentiment exotique composée par David Fleming.

 

© Gilles Penso

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JIGSAW (2002)

Cinq étudiants en art fabriquent un mannequin biomécanique qui, soudain, se réveille et décide de les assassiner…

JIGSAW

 

2002 – USA

 

Réalisé par Don Adams et Harry James Picardi

 

Avec Barret Walz, Aimee Bravo, Mia Zifkin, Arthur Simon, Maren Lindow, James Palmer, Mark Vollmers, David Wesley Cooper, Marissa Adams, Brian Ellis

 

THEMA OBJETS VIVANTS I SAGA CHARLES BAND

Avant de réaliser le long-métrage Vengeance of the Dead pour Charles Band, Don Adams et Harry James Picardi jouèrent les couteaux suisses au sein des productions Full Moon, assurant notamment les rôles de monteurs et de sound designers sur des films aussi variés que Kraa ! The Sea Monster, Clockmaker, Frankenstein Reborn !, Murdercycle, Dead & Rotting, Veronica 2030, Witchouse, Les Morts haïssent les vivants, Alien Arsenal, Retro Puppet Master, Cryptz ou Killjoy 2. À cette époque florissante (où la quantité, hélas, était bien souvent préférée à la qualité), il n’était pas rare que trois ou quatre films soient mis en production chaque mois dans l’usine à série B de Band. Fort de leur Vengeance of the Dead, les duettistes se voient confier un autre film pour Full Moon dont ils signent une fois de plus la réalisation, le scénario, le montage et la production, le tout pour la très modique somme de 30 000 dollars. Et comme on pouvait le craindre, les ambitions artistiques de ces deux natifs du Wisconsin – où le film est tourné, comme le précédent – se heurtent à des contraintes budgétaires drastiques. Difficile de faire des merveilles avec si peu d’argent en poche et un planning de douze jours de tournage.

On ne peut pas reprocher au scénario de Jigsaw son manque d’originalité. La séquence d’introduction nous apprend que cinq étudiants en art sont mis au défi par leur professeur de créer une œuvre originale à partir des pièces détachées d’un mannequin d’apparence humaine. Charge à eux de customiser cette tête, ce torse, ces bras et ces jambes et de les assembler pour concevoir une sorte de Golem de leur invention en y injectant leurs peurs les plus intimes et leurs secrets les plus sombres. D’où le titre du film, qui signifie littéralement « puzzle ». Pour se donner de l’inspiration et du cœur à l’ouvrage, ils se retrouvent tous les cinq avec leur prof dans un bar et se confient les uns aux autres. À l’issue de cet exercice atypique, le résultat obtenu est une sorte de robot biomécanique bizarre équipé notamment d’un fusil à canon scié dans une main, d’une scie circulaire dans l’autre et d’une caméra greffée sur le visage. Pour aller au bout de la démarche artistique, les étudiants doivent mettre leur création au bûcher et voir tous leurs griefs et tous leurs mauvais souvenirs s’envoler. Mais il semblerait que Jigsaw n’ait pas spécialement envie d’être immolé…

Cadavre exquis

Pendant cinquante bonnes minutes, le film se soustrait à tout élément fantastique pour prendre les allures d’une chronique étudiante gorgée de séquences de dialogues conçues manifestement pour approfondir la personnalité des personnages et leurs fêlures. À ce titre, les flash-backs en noir et blanc qui décrivent les ravages de la toxicité masculine sur deux jeunes femmes (un père abusif et un mari violent) frappent par leur crudité. Mais dans la foulée, les victimes sont transformées en objets sexuels par le film dans des séquences clippées en totale rupture avec ce qui précède. Les intentions des deux auteurs/réalisateurs nous échappent donc un peu. Et lorsqu’enfin le mannequin se réveille et décide de massacrer tous ceux qui croisent sa route, aucune explication ne vient justifier ce virage surnaturel. Le Jigsaw se réveille et tue, c’est tout. Pas même un petit coup de baguette magique, une quelconque incantation vaudou ou même une décharge électrique vivifiante. Rien. Comme si Adams et Picardi se désintéressaient totalement de cette partie du film, par ailleurs très routinière. Il faut dire que le look de ce monstre patchwork n’est pas très concluant – une tête en plastique affublée d’une coupe iroquoise, une démarche rigide – et que les meurtres s’enchaînent de manière très mécanique, jusqu’à un final particulièrement abrupt. Dommage que le dernier acte de Jigsaw soit expédié de manière si désinvolte, parce que le concept ne manquait pas d’audace.

 

© Gilles Penso

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LES MONSTRES DE LA PRÉHISTOIRE (1977)

Au pied du mont Fuji, un lac semble abriter un grand plésiosaure qui sème la panique parmi les habitants et les touristes…

KYÔRYÛ KAICHÔ NO DENSETSU

 

1977 – JAPON

 

Réalisé par Junji Kurata

 

Avec Tsunehiko Watase, Nobiko Sawa, Shôtarô Hayashi, Tomoko Kiyoshima, Fuyuchiki Maki, David Freedman, Maureen Peacock, Catherine Laub

 

THEMA DINOSAURES

En 1975, Les Dents de la mer secoue le public du monde entier et bouleverse à tout jamais l’industrie du cinéma. Personne n’est insensible à cette onde de choc, et les émules ne tardent pas à pointer le bout de leur museau aux quatre coins du monde. Shigeru Okada, président de la compagnie japonaise Toei, veut lui aussi sa part du gâteau et commence à imaginer un film de monstre marin. Parallèlement, les témoignages liés à la présence d’une créature d’allure préhistorique dans le Loch Ness s’intensifient et provoquent un regain d’intérêt pour ce vieux mythe écossais. Okada tient alors son sujet : le surgissement d’un dinosaure aquatique en plein lac nippon. Ainsi naît le projet Les Monstres de la préhistoire. Pour assurer au film un caractère folklorique local susceptible d’attirer les spectateurs du monde entier, l’intrigue se situera majoritairement dans les environs du célèbre mont Fuji et se réfèrera aux légendes liées aux dragons asiatiques. Tourné en extérieurs réels et sur les plateaux de la Toei, le film s’inscrit ouvertement dans le style du cinéma catastrophe alors très en vogue à l’époque et sollicite le savoir-faire du vétéran des effets spéciaux Fuminori Ohashi, qui œuvra notamment sur Godzilla et King Kong contre Godzilla, et qui signe ici son dernier film avant sa retraite.

Dans la forêt d’Aokigahara, au pied du mont Fuji, une jeune femme chute dans une caverne glacée tapissée d’énormes œufs. Avant de sombrer dans le coma, elle confie à un journaliste une vision terrifiante : « Deux yeux immenses qui bougeaient au fond de la coquille ». Son témoignage attire l’attention du géologue Takashi Ashizawa, qui se rend aussitôt près du lac Saiko – où l’on s’apprête à célébrer la traditionnelle « fête du dragon aux yeux rouges » – pour retrouver l’œuf fossilisé. À son arrivée, un violent séisme le laisse inconscient. Recueilli par Shohei Muku, un vieil ami de sa famille, Takashi reprend rapidement ses recherches dans la forêt de Jukai. Mais autour du lac, les signes inquiétants se multiplient : un couple disparaît en pédalo, un plongeur est retrouvé grièvement blessé, du bétail s’évanouit sans laisser de traces. Lorsque sa petite amie découvre le cadavre décapité d’un cheval, Takashi est contraint d’envisager l’impensable : une créature préhistorique et vorace rôde dans les profondeurs du lac.

Grosses têtes mécaniques et petites marionnettes

Comme on pouvait s’y attendre, Les Monstres de la préhistoire emprunte plusieurs idées au Dents de la mer, notamment ce faux aileron qui affole les gens, prélude au surgissement du vrai monstre. Comme le Nessie dont il s’inspire, celui-ci tarde à se montrer. Ce sont d’abord des ombres qui glissent, des remous dans l’eau, une grande queue qui s’agite. Au bout de quarante minutes, la bête paraît enfin, pas beaucoup plus crédible hélas qu’une attraction de fête foraine. Si le scénario nous apprend que nous avons affaire à un plésiosaure, son anatomie reste relativement fantaisiste. Pour lui donner corps, le montage alterne une grosse tête mécanique grandeur nature et des marionnettes miniatures. Les mêmes techniques permettent de visualiser l’autre créature du film, un rhamphorynchus géant à mi-chemin entre Rodan, le ptéranodon du Sixième continent et le volatile préhistorique de La Serre géante. Ce ptérosaure démesuré fait son apparition dans les vingt dernières minutes du métrage en claquant bizarrement sa gueule aux allures de pince à cheveux. Entravé par une musique « easy listening » qui atténue l’impact dramatique des scènes d’attaque, par un jeu d’acteurs excessif et par un scénario erratique qui traîne en longueur, Les Monstres de la préhistoire peine à nous convaincre. Le réalisateur Junji Kurata cherche pourtant les sensations fortes en osant quelques passages sanglants (le demi-corps d’une victime déchiquetée au niveau de la taille, des jambes arrachées, des têtes coupées) et en concoctant un climax à grande échelle qui montre enfin l’affrontement promis par le poster du film. Le public japonais boudera cette production pourtant soigneusement calibrée qui n’aura pas le succès escompté, malgré quelques retentissements notables sur le marché international, en particulier en Russie.

 

© Gilles Penso

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VIRGIN HUNTERS 2 (2016)

Un couple d’extra-terrestres en mal de sensations se téléporte sur la Terre du futur où le plaisir de la chair est désormais interdit…

VIRGIN HUNTERS 2

 

2016 – USA

 

Réalisé par Cybil Richards

 

Avec Amber Newman, Dru Berrymore, Jerry Banks, Tina Tyler, Nikki Steel, Joel Lawrence, Craig Steep, Chris Evans, Leah Stice, Steve Tadei, Colt Steele

 

THEMA FUTUR I SAGA CHARLES BAND

Depuis le début des années 1990, le marché des petits films fantastico-érotiques directement destinés à la vente ou la location en vidéo est florissant, poussant Charles Band à alimenter généreusement son catalogue de titres sympathiques mais très anecdotiques qui mêlent des intrigues de fantasy et de science-fiction à des parties de jambes en l’air effrénées. Sorti en 1994, Virgin Hunters exploitait joyeusement ce filon, profitant même d’une tête d’affiche, Morgan Fairchild, qui fut à l’époque un peu trompée sur la marchandise – elle pensait participer à une innocente comédie futuriste. Toujours est-il que le film eut un petit succès dans les vidéoclubs, notamment parce qu’à l’époque Paramount Vidéo prenait en charge la distribution des films de Band. Quelques années plus tard, ce deal ne fonctionne plus, ce qui n’empêche pas le prolifique producteur de continuer sur sa lancée. Virgin Hunters 2 est donc mis en chantier au début des années 2000, sans star cette fois-ci, mais avec des actrices habituées du cinéma adulte (affublées de pseudos toujours très imagés, dont l’inénarrable Dru Berrymore) et un concept scénaristique voisin. Bizarrement, le film prendra longtemps la poussière dans les tiroirs de Full Moon et ne sera finalement exploité qu’en 2016 en DVD.

En 2099, la Terre connaît une paix parfaite depuis trente-sept ans. À la tête de ce monde désormais aseptisé, Camella Swales (Tina Tyler), présidente des États-Unis et commandante suprême de l’Alliance mondiale, gouverne une société où toute promiscuité est interdite, où la procréation se fait in vitro et où la passion a été chimiquement éradiquée par des inhibiteurs glissés dans l’alimentation. Le futur est productif, rationnel… et profondément ennuyeux. Mais la frustration gronde. Un mouvement rebelle mené par Karina (Nikki Steel) et Horace (Chris Evans, non, pas celui de Captain America) défie l’ordre établi en diffusant des vidéos pirates célébrant l’acte charnel. Cette menace d’insurrection déclenche la colère du général Hardwick (Craig Steep), prêt à instaurer la loi martiale pour s’emparer du pouvoir, contre l’avis du robot conseiller Davi (Joel Lawrence). C’est dans ce contexte que deux extraterrestres venus d’Alterria, Lex (Jerry Banks) et Trina (Dru Berrymore), débarquent sur Terre pour des vacances hédonistes. Leur désillusion est totale : la nourriture est devenue insipide et le sexe a disparu. Refusant de renoncer à leurs plaisirs, ils s’allient à Beth (Amber Newman), une jeune serveuse terrienne, qu’ils enlèvent brièvement pour l’initier aux joies de la chair avant de la renvoyer sur Terre, convaincus qu’elle pourra rallumer la flamme chez les humains.

Crossovers

Comme souvent dans ce type de production, l’intrigue de science-fiction n’est qu’un vague prétexte, même si le scénario griffonné à la va-vite par Cybil Richards cherche à l’exploiter du mieux qu’il peut. Si nous avons droit à l’apparition furtive de jolies maquettes de vaisseaux spatiaux, les effets numériques sont globalement très laids et le décor où sévissent les aliens d’une pauvreté extrême : un fond noir et des petites lampes qui pendouillent. On sait bien que les spectateurs sont surtout venus admirer l’anatomie du casting féminin et les séquences d’extases à répétition. De ce point de vue-là, tout le monde s’en donne à cœur joie, y compris Amber Newman que les familiers des productions polissonnes de Band connaissent bien (Pleasurecraft, Dungeon of Desire, Timescape). Le film s’amuse à tisser plusieurs liens avec d’autres films de la collection, notamment ceux de la « saga » Femalien, comme s’ils partageaient tous le même univers. Ainsi aperçoit-on un extrait de Femalien 2 visionné par les extra-terrestres pour montrer la liberté qui régnait sur la Terre quelques années plus tôt, tandis que la race des Alterians réapparaîtra dans Femalien Cosmic Crush. Lorsqu’enfin la Terre redevient une planète de passion et d’amour et que le film touche à sa fin, un ultime message nous annonce que la situation ne sera peut-être pas rétablie pour toujours, et que la lutte se poursuivra dans Virgin Hunters 3. Ce troisième opus, tourné dans la foulée, ne sortira quant à lui qu’en 2017.

 

© Gilles Penso

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WYVERN (2009)

Un dragon médiéval endormi depuis des siècles s’éveille soudain dans une petite ville d’Alaska et commence à semer la panique…

WYVERN

 

2009 – USA

 

Réalisé par Steven R. Monroe

 

Avec Nick Chinlund, Erin Karpluk, Barry Corbin, Elaine Miles, Tinsel Korey, Simon Longmore, John Shaw, Karen Elizabeth Austin, David James Lewis

 

THEMA DRAGONS

Conçu directement pour le marché vidéo par Steven R. Monroe, sur un scénario de Jason Bourque (La Terreur du Loch Ness, La Prophétie), Wyvern s’inscrit dans la veine des infinités de « creature features » déployés tous azimuts depuis la démocratisation des images de synthèse. Le postulat de départ n’y va pas par quatre chemins. Un pêcheur se coupe en vidant son poisson, une goutte de sang tombe dans la rivière, et le bloc de glace qu’abritait un Wyvern – sorte de monstre ailé carnivore possédant la morphologie classique d’un dragon, mais dénué de souffle enflammé – cède sous la morsure du réchauffement climatique. En quelques minutes, la créature jaillit de sa torpeur et attaque sa première victime. Dès lors, il apparaîtra à intervalles réguliers pour survoler la ville, s’immiscer dans les habitations et faucher ses proies à grands coups de griffes ou de queue acérée. Selon les codes adoptés depuis longtemps dans le cinéma catastrophe, les personnages nous sont présentés en parallèle de l’escalade de la menace : un ex-chauffeur routier hanté par un drame personnel, une serveuse à l’esprit pratique, un vieux braconnier adepte de légendes scandinaves, un médecin trop poli pour être honnête et quelques autres figures locales…

La structure narrative de Wyvern respecte scrupuleusement ce que nous sommes en droit d’attendre d’un tel exercice : la présentation rapide du lieu, l’apparition progressive du danger, les premières attaques, le regroupement des survivants, la découverte d’une complication supplémentaire (ici, un nid contenant trois œufs) et la mise au point d’un plan de contre-attaque. L’entreprise est menée de manière linéaire, sans véritable effet de surprise, mais avec une indéniable rigueur. On sent chez les auteurs la volonté de livrer le produit le plus solide possible. Le budget est visiblement très limité mais la créature numérique bénéficie d’un design soigné et d’une animation globalement crédible. Monroe ne se met pas en quête d’un second degré décalé à la Sharknado (malgré quelques répliques improbables telles que « We have a Wyvern problem ! ») et prend son sujet au sérieux.

Le dragon des montagnes

Sur le plan esthétique, Wyvern bénéficie d’une atmosphère particulière, portée par ses décors naturels. Tourné dans des paysages montagneux canadiens, le film dégage une ambiance de western glacial, où la menace ne vient pas seulement du ciel mais aussi de l’isolement. Ce cadre confiné permet de compenser en partie le manque de moyens, en instaurant une tension diffuse, ponctuée de pointes d’horreur relativement efficaces. Pour autant, les ambitions du film restent limitées. Les morts s’enchaînent selon une logique attendue, les conflits humains restent cantonnés à l’arrière-plan et l’enjeu dramatique peine à dépasser le strict cadre du monstre à éliminer. De plus, une partie de l’action se déroule hors champ, choix compréhensible compte tenu du budget, mais qui affaiblit parfois l’impact de certaines scènes. Selon son exploitation en DVD où sur les chaînes télévisées câblées, Wyvern est connu chez nous sous plusieurs appellations, telles que The Last Dragon ou La Malédiction de Beaver Mills. Un titre interchangeable pour une production modeste… mais pas dénuée d’une certaine efficacité. L’année suivante, Steven R. Monroe changera de registre pour s’attaquer à l’ultra-violent I Spit on your Grave, remake d’un classique du cinéma d’exploitation des années 70.

 

© Gilles Penso

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LE VENIN DE LA PEUR (1971)

Troublée par une série de rêves de plus en plus perturbants, une jeune femme est accusée du meurtre sanglant de sa voisine…

UNA LUCERTOLA CON LA PELLE DI DONNA

 

1971 – ITALIE / ESPAGNE / FRANCE

 

Réalisé par Lucio Fulci

 

Avec Florinda Bolkan, Stanley Baker, Jean Sorel, Silvia Monti, Alberto de Mendoza, Penny Brown, Mike Kennedy, Ely Galleani, Jorge Rigaud, Ezio Marano

 

THEMA TUEURS

Lucio Fulci commence sa carrière de réalisateur dans les années 50, mais il ne s’attaque au genre horrifique qui va le rendre célèbre qu’à la fin de la décennie suivante, d’abord avec Perversion Story puis avec Le Venin de la peur. Ce dernier est connu sous plusieurs titres alternatifs : Carole pour sa première exploitation en France (avant d’être retitré pour le marché vidéo et doté d’un très beau poster de Laurent Melki), Schizoid en Angleterre ou encore A Woman in a Lizard Skin aux Etats-Unis, traduction littérale du titre original qui signifie « Un lézard dans une peau de femme ». Cette expression imagée ne se réfère à aucune séquence particulière. Il s’agit plutôt d’une vue de l’esprit, conforme aux titres animaliers dont sont dotés de nombreux giallos des années 70 (comme L’Oiseau au plumage de cristal, Le Chat à neuf queues ou La Tarentule au ventre noir, par exemple). Le Venin de la peur est une coproduction italo-franco-espagnole mais se déroule à Londres et met en scène des personnages britanniques. Les acteurs, eux, viennent d’un peu partout : Brésil, Pays de Galle, France, Argentine, Italie, Suède, Grande-Bretagne… Ce melting pot face à la caméra est très représentatif des coproductions de cette époque.

Le Venin de la peur commence par une scène de rêve perturbante, dans laquelle la dormeuse Carol Hammond (Florinda Bolkan) semble partagée entre la frayeur et le désir : une traversée dans un couloir de train étroit, puis dans celui d’un immeuble où elle doit se frayer un chemin au milieu de dizaines de corps nus qui s’enlacent, jusqu’à une chute dans le vide et au surgissement de sa voisine Julia (Anita Strindberg) qui la séduit langoureusement. Lorsqu’elle raconte ce songe bizarre à son psychiatre, Carol se rend compte qu’elle est obsédée par cette jeune femme dont la vie dissolue contraste radicalement avec sa propre existence rangée et banale, partagée entre son époux Frank (Jean Sorel), sa belle-fille Joan (Ely Galleani) et son père Edmond (Leo Genn) qui brigue le poste de député. Peu à peu, ses rêves deviennent de plus en plus extrêmes : des corps déchiquetés, un cygne géant qui la poursuit, un meurtre au couteau… Mais alors que Carole vient de se voir en train d’assassiner Julia à coups de coupe-papier, celle-ci est retrouvée morte dans la réalité, exactement dans les mêmes conditions que dans le rêve. Tous les soupçons convergent alors logiquement vers elle. Aurait-elle inconsciemment commis ce meurtre ?

Sanglante paranoïa

La mise en scène du Venin de la peur surprend par sa liberté, sa fougue et son foisonnement d’idées visuelles, à mi-chemin entre le surréalisme d’un Fellini et le psychédélisme en vogue au début des années 70. Fulci sollicite les mouvements brutaux de caméra portée, les gros plans invasifs, les reports de point, les split screens, les jeux d’avant-plan extrêmes, les coups de zoom intempestifs, les expérimentations musicales d’Ennio Morricone, bref un trésor d’inventivité lui permettant de traduire le déséquilibre psychique de son héroïne et l’invasion progressive de la paranoïa dans son quotidien. Au détour de certaines séquences, le réalisateur commence aussi à montrer ses penchants pour l’esthétisation des effets gore, sa future signature. Face à sa caméra s’exposent ainsi des cadavres décomposés, des plaies béantes, mais aussi des corps étripés de chiens agonisants qui lui vaudront des démêlées avec la justice, avec à la clé un procès et le témoignage des membres de l’équipe du film expliquant qu’il s’agit d’effets spéciaux conçus par Carlo Rambaldi ! Entre les nombreux moments de fulgurance du Venin de la peur – la course poursuite dans la clinique, le grand orgue dans la cathédrale, l’attaque des chauve-souris -, l’intrigue se perd un peu dans les clichés inhérents aux giallo : adultères, faux-semblants, manipulations, machinations, révélation finale théâtrale… Il n’en demeure pas moins que nous sommes là face à une pièce maîtresse de la filmographie de Fulci, que tous les aficionados du maestro se doivent de découvrir.

 

© Gilles Penso

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LE PACTE (2001)

Les membres d’une fraternité universitaire se livrent à de bien étranges activités qui semblent liées au secret de la vie éternelle…

THE BROTHERHOOD

 

2001 – USA

 

Réalisé par David DeCoteau

 

Avec Sam Page, Josh Hammond, Bradley Stryker, Elizabeth Bruderman, Forrest Cochran, Michael Lutz, Donnie Eichar, Christopher Cullen, Brandon Beemer

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I VAMPIRES I SAGA CHARLES BAND

À la fin des années 1990, David DeCoteau est déjà un vétéran du cinéma indépendant américain. Formé à l’école Roger Corman, passé par la galaxie Full Moon de Charles Band, le cinéaste est habitué à tourner à un rythme industriel pour des structures qui privilégient avant tout la rentabilité. Rompu à cette cadence éprouvante mais formatrice, DeCoteau décide de fonder en 1999 sa propre société de production : Rapid Heart Pictures. L’objectif est de continuer à produire vite et économiquement, tout en gardant cette fois-ci un plus grand contrôle. Ses crédos restent l’horreur, le fantastique et le suspense, avec une ligne éditoriale orientée vers un public niche, notamment auprès des audiences gay, adolescentes et féminines. La société se structure autour d’un mode de production léger, de tournages courts et d’une exploitation pensée essentiellement pour le marché du « direct-to-video », alors en pleine expansion. Le premier projet estampillé Rapid Heart est initialement développé sous le titre I’ve Been Watching You (« Je te surveille »), et tourné sous ce titre avant de trouver son appellation définitive : The Brotherhood (Le Pacte). Pari réussi : ce petit film d’épouvante aux ambitions modestes donnera naissance à pas moins de cinq suites !

Alors que la rentrée scolaire vient de commencer sur le campus de la petite université américaine de Drake, on déplore la mort mystérieuse d’un étudiant de 19 ans qui appartenait à la fraternité Doma Tau Omega, l’une des plus prestigieuses du pays. Dan (Josh Hammond), un étudiant un peu geek, se présente comme le nouveau colocataire de l’athlétique Chris Chandler (Sam Page). Celui-ci nous apparaît d’emblée comme extrêmement antipathique, comme en témoigne la liste d’avertissements qu’il énonce sévèrement au nouveau venu : « Ne touche pas à mes affaires, ni aux deux lits, ni au bureau, débrouille-toi avec un sac de couchage et un placard, dors dans ta voiture si je ramène des filles… » Mais cette entrée en matière glaciale est une blague. Chris est en réalité un bon gars. Membre de l’équipe de natation, boursier pour la fac, il n’est pas particulièrement désireux d’intégrer l’une de ces fameuses fraternités élitistes. Sauf que les membres de Doma Tau Omega l’ont repéré et veulent l’intégrer dans leur groupe, une invitation qu’il décline poliment. Il accepte malgré tout de se rendre à une de leurs fêtes, pour faire plaisir à Dan et à la jolie Megan (Elizabeth Bruderman). Sur place, sa rencontre avec Devon Eisley (Bradley Stryker), le chef de la fraternité, risque bien de bouleverser sa vie…

« Les vampires sont des mythes, nous sommes réels »

Le pacte qui donne au film son titre français est très proche de celui qu’on signerait avec le diable, même si nous sommes surtout en présence ici d’une variante autour du thème du vampirisme, puisque le secret de la vie éternelle repose sur la consommation du sang d’autrui. « Les vampires sont des mythes, ils n’existent pas », dit à ce propos le mystérieux Devon, « alors que nous sommes réels. » Évidemment – David DeCoteau oblige -, le film exhibe son lot de beaux garçons musclés en débardeur ou torse-nu, moulés dans leurs shorts ou leurs caleçons. Les membres de la fraternité, eux, sont filmés de manière ouvertement caricaturale : ils avancent au ralenti, lunettes noires sur le nez, accompagnés d’une musique électronique martiale. DeCoteau utilisait déjà ce gimmick dans le film de SF pour ados Alien Arsenal, tout comme il continue inlassablement à déployer ses tics de mise en scène habituels, notamment les nuits d’orage saturées d’éclairs et de coups de tonnerre. L’intrigue n’ayant pas non plus des tonnes de péripéties à raconter, le réalisateur fait durer les séquences au-delà de la limite raisonnable, en particulier cette « partie à trois » où Chris et Devon se repaissent du sang d’une jeune femme alanguie qui gémit longuement. Bref, la finesse n’est pas spécialement au rendez-vous. On sent pourtant l’envie de bien faire, à travers ce tournage élégant au format Cinemascope, ces dialogues plutôt bien écrits et ces acteurs qui s’impliquent avec autant de conviction qu’ils peuvent. Le public répondra présent et permettra le lancement d’une véritable petite saga autour de l’univers du Pacte.

 

© Gilles Penso

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