

Le monstre de Frankenstein surgit dans l’Amérique des années 30 et réclame une compagne auprès d’une scientifique spécialisée dans la réanimation…
THE BRIDE
2026 – USA
Réalisé par Maggie Gyllenhaal
Avec Jessie Buckley, Christian Bale, Annette Bening, Pénélope Cruz, Peter Sarsgaard, Jake Gyllenhaal, John Magaro, Matthew Maher, Jeannie Berlin
THEMA FRANKENSTEIN
Quelques mois à peine après la sortie du Frankenstein de Guillermo del Toro, Maggie Gyllenhaal nous offre sa propre version du mythe créé par Mary Shelley. Mais ici, le classicisme n’a plus cours. L’actrice devenue réalisatrice s’inspire très vaguement du roman fondateur pour propulser ses personnages dans l’Amérique des années 30 et revisiter de fond en comble la romance contre-nature entre le Monstre et sa promise. Pour faire écho à La Fiancée de Frankenstein de James Whale, Gyllenhaal demande à Jessie Buckley, déjà héroïne de son premier film The Lost Daughter, d’endosser deux rôles : celui de la « promise » et celui de Mary Shelley, comme le fit Elsa Lanchester 90 ans plus tôt. Et c’est Christian Bale, couvert de prothèses en latex et de cicatrices, qui est chargé de lui donner la réplique. Le prologue, plongé dans une sorte d’état de suspension hypnotique, crée un étrange dialogue entre Shelley et sa créature. L’écrivaine affirme qu’elle n’a pas pu prolonger l’histoire qu’elle avait en tête après le roman Frankenstein, à cause de son décès. Pour la raconter, elle prend donc possession d’Ida, une femme vivant à Chicago en 1936, qui, en état de transe, se met à évoquer les activités criminelles du parrain de la mafia Lupino. Les hommes de main de Lupino l’emmènent alors à l’écart, où ses divagations la font tomber dans un escalier, entraînant sa mort.


C’est à partir de son corps que la scientifique Cornelia Euphronius (Annette Bening), spécialisée dans l’animation, va créer une compagne pour rompre la solitude de ce pauvre monstre de Frankenstein, qui erre depuis de longues années comme une âme en peine. Si le look de ce bon vieux « Frank » reste relativement fidèle à celui popularisé par le maquilleur Jack Pierce, l’apparence de la fiancée se révèle plus surprenante. Après sa résurrection, elle arbore en effet une crinière ébouriffée, une tache indélébile qui prolonge sur sa joue la noirceur de son rouge à lèvres, un regard torve et des froufrous ébouriffés. Gyllenhaal s’amuse alors à plonger ce couple de freaks au cœur du Chicago débauché et hystérique des années trente, proche du Hollywood survolté que mettait en scène Damien Chazelle dans Babylon. L’idée n’est pas inintéressante, mais The Bride nous rebute d’emblée par sa tonitruance incompréhensible qui semble vouloir passer pour de l’audace mais n’engage aucunement l’empathie du spectateur. De fait, même si « Frank » polarise un temps notre identification, le film se montre bien trop erratique pour nous attacher à ses personnages.
Un patchwork décousu
S’affirmant ouvertement comme un remake libre de La Fiancée de Frankenstein – d’où son positionnement au milieu des années 1930 – et empruntant de nombreux éléments à Metropolis – notamment la création du robot Maria –, The Bride part très vite dans tous les sens, muant ses monstres fugitifs en émules de Bonnie and Clyde mais aussi en héros de comédie musicale, dans des passages lyriques bizarres qui évoquent tour à tour Frankenstein Junior (sans la drôlerie, hélas) et Joker : folie à deux (ce qui, nous en conviendrons, est plus embarrassant). Pauvres créatures de Yórgos Lánthimos nous vient aussi à l’esprit pendant le visionnage de ce film décidément très décousu. A l’image des deux créatures qu’il met en scène, le film de Maggie Gyllenhaal ressemble ainsi à un patchwork d’idées et d’intentions assemblées maladroitement les unes avec les autres dans l’espoir d’en tirer une quelconque cohérence. Certes, quelques jolies idées surnagent au beau milieu de ce chaos, comme la projection sur les écrans de cinéma des états d’âme de nos deux héros, mués provisoirement en icones du 7ème art. Ce jeu des miroirs est récurrent dans le métrage, y compris lorsque le profil de Penelope Cruz s’aligne avec celui d’une affiche publicitaire sur un mur. Le monde réel et celui du fantasme s’entremêlent alors furtivement. Mais les véritables intentions de la scénariste/réalisatrice finissent par complètement nous échapper, confirmant cette impression générale d’occasion manquée – ou de fausse bonne idée.
© Gilles Penso
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