INCUBUS (1981)

Dans une petite ville américaine, plusieurs femmes sont attaquées et violées par une entité dotée d’un force phénoménale…

INCUBUS

 

1981 – CANADA

 

Réalisé par John Hough

 

Avec John Cassavetes, John Ireland, Kerrie Keane, Erin Noble, Helen Hughes, Duncan McIntosh, Harvey Atkin, Harry Ditson, Mitch Martin, Matt Birman

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Vétéran des séries TV Chapeau melon et bottes de cuir et Poigne de fer et séduction, le réalisateur John Hough a toujours eu une prédilection affirmée pour le fantastique et l’horreur, comme en témoignent Les Sévices de Dracula et La Maison des damnés qu’il signa en début de carrière. Même lorsqu’il s’attela à des productions Disney (La Montagne ensorcelée, Les Visiteurs d’un autre monde, Les Yeux de la forêt), le surnaturel et l’épouvante n’étaient jamais loin. Il était donc tout disposé à mettre en scène Incubus, écrit par George Franklin d’après le roman publié par Ray Russell en 1976. Il fut pourtant un temps question que David Cronenberg se voit confier le projet. La production étant canadienne et le sujet du film tournant autour d’agressions sexuelles d’origine inconnue, le choix du réalisateur de Frissons, Rage et Chromosome 3 avait du sens. Mais Cronenberg s’attaquant au début des années 80 à Scanners, John Hough eut le champ libre et put apposer sa patte et son style très britannique sur Incubus. En tête d’affiche, on trouve John Cassavetes, qui venait alors de réaliser Gloria et s’était déjà frotté par le passé au fantastique en jouant dans Rosemary’s Baby et Furie. L’acteur/réalisateur accepta le rôle à condition de réécrire la grande majorité de ses dialogues, puis s’embarqua avec l’équipe du film pour un tournage en Ontario étalé sur une dizaine de semaines.

Cassavetes incarne le docteur Sam Cordell, fraîchement débarqué avec sa fille dans la petite ville de Galen. Veuf taciturne et chirurgien brillant, il se retrouve bientôt confronté à une série d’agressions sexuelles qui dépassent l’entendement. La police lui confie en effet le corps de victimes laissées dans un état pitoyable. Leur anatomie est profondément altérée et certaines sont souillées par une quantité impressionnante de semence qui, après étude au microscope, n’a visiblement rien d’humain. Alors que Sam et les autorités se perdent en conjecture et que la journaliste Laura Kincaid (Kerrie Keane) commence à fouiner au grand dam de la police, un jeune homme qui a grandi dans la bourgade, Tim (Duncan McIntosh) est en proie à des cauchemars réguliers liées à une séance de torture d’allure médiévale. Or chaque fois que ce rêve traumatisant l’assaille, une nouvelle victime est découverte à Galen. Aucun lien logique ne semble pouvoir s’établir entre Tim et les agressions. Et pourtant…

Sexcrimes

Pour s’inscrire dans l’air du temps et traiter frontalement la violence inhérente au scénario, John Hough ne recule ni devant la nudité, ni devant les meurtres brutaux et l’horreur graphique. L’affiche française d’Incubus ne jouera d’ailleurs pas la carte de la demi-mesure, reprenant la même idée visuelle que celle de L’Avion de l’apocalypse : une femme qui hurle tandis que la peau de son cou et de son visage se déchire. La musique oppressante de Stanley Myers contribue beaucoup au malaise qui s’instille régulièrement dans le film (clignant de l’œil vers le Bernard Herrmann de Psychose au moment d’une scène de douche) et s’adapte aux effets de mise en scène parfois perturbants adoptés par Hough : cadrages complètement obliques, contre-plongées vertigineuses, caméra embarquée sur un fauteuil roulant… Le cinéaste tente aussi des choses surprenantes du côté du montage, comme ce prologue déroutant dans lequel plusieurs séquences qui semblent n’avoir aucun rapport entre elles de déroulent en même temps, cette scène étrange où la caméra avance sur le visage de John Cassavetes en l’accompagnant du tictac lancinant d’une horloge juste avant un baiser langoureux, ou encore ces flash-back très furtifs qui viennent contaminer le présent. Cette réalisation à la lisière de l’exercice expérimental et ce scénario en forme d’énigme dotent Incubus d’une atmosphère très curieuse, d’autant que la prestation de Cassavetes est insaisissable. Dégingandé, les traits tirés, le visage souvent défait, il semble un peu ailleurs, comme en pilotage automatique. « Vous avez une mine terrible ! » lui dira d’ailleurs la journaliste Laura Kincaid. Quant au final, abrupt et sanglant, il clôt le film sur une note un peu frustrante, comme si le scénario n’avait pas eu le temps d’aller au bout de ce qu’il voulait nous raconter.

 

© Gilles Penso


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LES DÉMONS DU MAÏS (2009)

Indépendante de la longue série initiée en 1984, cette nouvelle version de la nouvelle de Stephen King revient aux sources du texte original…

CHILDREN OF THE CORN

 

2009 – USA

 

Réalisé par Donald P. Borchers

 

Avec David Anders, Kandyse McClure, Daniel Newman, Preston Bailey, Alexa Nikolas

 

THEMA ENFANTS I DIABLE ET DÉMONS I SAGA LES DÉMONS DU MAÏS I STEPHEN KING

Après une myriade de séquelles, Les Démons du maïs de Fritz Kiersch a droit à son remake pour la télévision, même si le réalisateur Donal P. Borchers préfère parler d’une nouvelle adaptation de la nouvelle, dans la mesure où il revient au texte original en oubliant toutes les digressions précédentes. Son scénario est d’ailleurs co-écrit par Stephen King, gage de fidélité, et plusieurs dialogues du film sont directement issus du texte initial. Réalisateur et co-scénariste mais aussi producteur de ces nouveaux Démons du maïs, Borchers connaît bien son sujet puisqu’il fut l’un des producteurs du long-métrage de Fritz Kiersch ainsi que de toutes sortes de films de genre comme Dar l’invincible, Vamp ou Le Double maléfique. L’intrigue est située en 1975. Partant du principe que tout le monde connaît déjà le sujet, le film commence par une séquence de prédication dirigée par un enfant auprès d’autres enfants. « Les adultes sont des pécheurs, c’est l’heure du sacrifice », dit-il. Aussitôt, un cochon est mis à mort par la petite assemblée, lors d’une séquence qui semble héritée d’un livre qui marqua durablement Stephen King : « Sa Majesté des mouches » de William Golding.

Douze ans plus tard, la scène familière du couple qui se dispute dans la voiture, en route au beau milieu du Nebraska, se déroule sous nos yeux. La jolie Kandyse McClure, qui joue Vicky, incarnait Sue Snell dans le téléfilm Carrie de Dave Carson. Quant à son époux Burt, vétéran de la guerre du Vietnam, il a pris les traits charismatiques de David Anders (le maléfique Sark de la série Alias). Ces Démons du maïs, qui cherchent visiblement à faire oublier toutes les versions précédentes, se parent d’idées visuelles intéressantes, comme ce montage parallèle entre la course poursuite dans le champ de maïs et les souvenirs de la guerre du Vietnam. Facteur récurrent de l’univers de King, les traumatismes passés du personnage principal viennent ainsi le hanter dans le présent et contaminent la réalité, jusqu’à ce que les frontières entre le monde tangible et l’illusion deviennent dangereusement poreuses.

Le monstre invisible

Plus que jamais, les épis de maïs semblent ici dotés d’une vie autonome, enfermant le héros dans des murailles végétales, enroulant des lianes autour de ses membres, suscitant un sentiment efficace de claustrophobie. Nous avons sans doute affaire là à la meilleure et à la plus fidèle des adaptations de la nouvelle de King, dressant un portrait peu reluisant de la bigoterie et de l’extrémisme religieux. Dommage que le final, même s’il est assez éprouvant, évacue l’atmosphère lovecraftienne développée par le texte original et se prive du monstre tentaculaire décrit dans les pages de la nouvelle. C’est d’autant plus frustrant que deux ténors des effets spéciaux œuvrent sur ce téléfilm, Kevin Kutchaver (X-Men 2, Hellboy, The Mist) et Robert Kurtzman (L’Armée des ténèbres, Une Nuit en enfer, Scream), et qu’ils auraient pu donner corps à la créature que Stephen King décrivait comme « une masse énorme qui se confondait avec le ciel… une masse verte où brillaient deux yeux énormes et rouges ». Nous devrons nous contenter d’imaginer ce démon ancestral, faute de le voir s’animer à l’écran.

 

© Gilles Penso

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JULIA X (2011)

Un tueur en série et l’une de ses victimes se lancent dans un violent jeu du chat et de la souris qui prend une tournure très inattendue…

JULIA X

 

2011 – USA

 

Réalisé par P.J. Pettiette

 

Avec Valerie Azlynn, Kevin Sorbo, Alicia Leigh Willis, Joel David Moore, Ving Rhames, Gregg Brazzel, Cassie Shea Watson, Saxon Sharbino

 

THEMA TUEURS

Julia X partait avec plusieurs atouts en poche : la promesse d’un slasher sexy au second degré, un tournage en stéréoscopie permettant des effets 3D spectaculaires, le grand retour de Kevin Sorbo (le héros de la série Hercule de Sam Raimi) dans le rôle d’un tueur en série psychopathe, bref il y avait de quoi se pourlécher les babines. La déception n’en est que plus grande. Pour son premier (et unique à ce jour) long-métrage en tant que réalisateur, le scénariste et producteur P.J. Pettiette démontre pourtant un indiscutable savoir-faire technique. Mais faute d’un scénario qui tienne la route, Julia X part dans tous les sens et n’arrive nulle part. Les vingt premières minutes du film sont un jeu du chat et de la souris entre un serial-killer improbable et une victime résolument décidée à ne pas se laisser faire. Valerie Azlynn, aperçue dans Ma sorcière bien-aimée et Tonnerre sous les tropiques, incarne la Julia du titre, une jeune femme qui déjeune avec un homme rencontré sur Internet. Son interlocuteur est charmant, les choses semblent bien engagées, mais Julia préfère écourter les choses. L’homme ressurgit alors sur sa banquette arrière et la kidnappe. Dans le garage où il sévit, il l’enchaîne, la marque au fer rouge de la lettre X sur la cuisse (il s’agirait donc de sa 24ème victime, toutes ayant été marquées d’une lettre de l’alphabet) puis la transporte dans sa camionnette jusqu’à un endroit isolé où l’on suppose qu’il se débarrassera d’elle. Sauf que Julia est une victime récalcitrante qui parvient à prendre la fuite…

C’est donc parti pour un chassé-croisé mouvementé qui ne possède pas une once de crédibilité mais se rattrape par le dynamisme de la mise en scène, la photogénie de certains décors (ce lac noyé de brume semble s’être échappé de la franchise Vendredi 13), la sympathique gratuité des effets 3D (le chasseur et sa proie n’en finissent plus de casser des éléments de décors pour les envoyer au visage des spectateurs) et l’implication physique manifeste des comédiens. L’ex-Hercule des années 90 est encore très athlétique et Valerie Azlynn donne beaucoup de sa personne, même si bien sûr les cascadeurs sont largement sollicités pour se substituer à eux. Au moment où le film commence dangereusement à tourner en rond, un coup de théâtre impromptu vient relancer l’intrigue. Les rôles se redistribuent et les situations évoluent. Ce pourrait être pour le meilleur. C’est hélas pour le pire…

Psycho Sisters

Car à partir de là, les motivations des personnages – qui n’étaient déjà pas particulièrement crédibles – deviennent tout bonnement incompréhensibles. Les comportements de chacun n’ont plus aucun sens, les péripéties deviennent totalement absurdes, bref rien ne va plus. De vagues flash-backs remontant à l’enfance viennent parfois s’intercaler dans l’action pour tenter de justifier ce qui se passe dans la tête des protagonistes, mais Julia X reste un fourre-tout grotesque dans lequel le scénario semble s’improviser au fur et à mesure. Il y avait pourtant quelques idées intéressantes à exploiter, notamment autour de la personnalité de ce tueur exagérément jovial et sûr de lui qui marque ses victimes et passe son temps à écouter de la musique sirupeuse (un peu comme l’assassin incarné par Dominique Pinon dans Diva, dont le walkman diffusait en boucle du bal musette). Mais ces idées ne servent à rien, sont abandonnées en cours de route et s’étouffent dans l’œuf. La principale motivation du film semble être de montrer les personnages se courir après, se frapper, tout casser, se torturer, s’entretuer, saigner, ricaner, recommencer, comme si nous étions dans un grand épisode hystérique de Itchy et Scratchy. Peut-être Pettiette cherche-t-il à retrouver le grain de folie d’un Sam Raimi période Mort sur le gril ? Peine perdue, Julia X ne rime à rien et s’achève comme il a commencé, sans queue ni tête.

 

© Gilles Penso


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SINISTER (2012)

Un écrivain qui cherche à relancer sa carrière s’installe avec sa famille dans une maison où se déroulèrent d’horribles événements…

SINISTER

 

2012 – USA / GB

 

Réalisé par Scott Derrickson

 

Avec Ethan Hawke, Juliet Rylance, Clare Foley, Michael Hall d’Addario, James Ransone, Vincent D’Onofrio, Fred Dalton Thompson, Tavis Smiley, Nicholas King

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I ENFANTS

Sinister est né d’un cauchemar. Après avoir vu Le Cercle de Gore Verbinski, qui lui fit visiblement forte impression, le scénariste C. Robert Cargill connaît une nuit agitée qui lui inspire une histoire d’épouvante. Le récit qui en découle séduit le réalisateur Scott Derrickson, passionné par le genre fantastique sous toutes ses formes. Le scénario définitif de Sinister est rédigé à quatre mains par les deux hommes et budgété à trois millions de dollars. Voilà qui change de l’enveloppe pharaonique de 80 millions de dollars allouée au Jour où la Terre s’arrêta que Derrickson réalisa quelques années plus tôt. Avec un concept simple et des moyens réduits, le cinéaste semble vouloir revenir à l’économie de ses premiers films d’épouvante, Hellraiser Inferno et L’Exorcisme d’Emily Rose. L’action se concentre ainsi sur un nombre limité de personnages, de décors et de situations. Pour remplacer la VHS maudite du Cercle qui fut l’inspiration première de Cargill, Sinister met en scène des snuff movies en 8 mm, que Derrickson filme en utilisant ce véritable format amateur (avec une caméra Beaulieu 4008 pour les connaisseurs) dans le but d’obtenir une touche d’authenticité supplémentaire. Le reste du métrage est tourné en 35 mm dans un élégant format Cinémascope.

Trois ans après avoir joué les vampires récalcitrants dans Daybreakers, Ethan Hawke entre dans la peau d’Ellison Oswalt, un auteur de romans policiers en panne d’inspiration qui décide de s’installer momentanément avec sa femme et ses enfants dans une petite ville qui fut jadis frappée par un fait divers sordide. Son objectif est d’enquêter sur les événements pour en tirer une histoire choc susceptible de le faire revenir sur le devant de la scène. En inspectant le grenier de la maison, il découvre une boîte en carton contenant un projecteur et des bobines de films 8 mm. Lorsqu’il regarde ces films, il est à la fois horrifié et fasciné. Il s’agit en effet d’assassinats de familles entières filmés visiblement par le meurtrier lui-même. Logiquement, Ellison devrait confier ces pièces à conviction à la police. Mais la tentation d’en tirer un livre passionnant est trop grande. Il se fait donc violence, garde les films pour lui, les étudie en détail… et finit par mettre en danger sa propre famille.

8 mm

Scott Derrickson n’est pas particulièrement connu pour sa finesse, comme en témoignent son éléphantesque Jour où la Terre s’arrêta ou même – dans une moindre mesure – son futur Doctor Strange. De fait, même si Ethan Hawke parvient sans mal à donner du corps et de l’épaisseur à son personnage d’écrivain en quête désespérée d’un succès qui l’a déserté et le nargue depuis longtemps, trop de grosses ficelles entravent l’efficacité de ce récit d’épouvante pourtant prometteur. Le principe même des snuff movies horrifiques tournés par une caméra amateur, recyclant à leur manière la vogue du « found footage », sent le déjà vu et n’étonne plus beaucoup. D’autant que Derrickson a la mauvaise idée d’accompagner chacun de leur visionnage d’une musique angoissante hors sujet qui leur ôte tout réalisme. Le silence cru des bobines muettes et le seul ronronnement du projecteur auraient largement suffi à provoquer le malaise. Mais le réalisateur semble ne pas être suffisamment confiant en son matériau, appuyant les effets là où il aurait fallu sans doute jouer la carte de l’épure. D’où le recours un peu trop systématique aux effets de sursaut artificiels. C’est d’autant plus dommage que certains moments d’effroi, notamment les terreurs nocturnes à répétition du jeune Trevor, fonctionnent bien. Le potentiel de Sinister s’estompe donc faute de spontanéité, de subtilité et de surprise.

 

© Gilles Penso

 

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BRIGADOON (1954)

Vincente Minelli réunit le couple star de Chantons sous la pluie pour un conte fantastique scandé de numéros musicaux atemporels…

BRIGADOON

 

1954 – USA

 

Réalisé par Vincente Minelli

 

Avec Gene Kelly, Van Johnson, Cyd Charisse, Elaine Stewart, Barry Jones, Hugh Laing, Albert Sharpe, Virginia Bosler

 

THEMA CONTES I FANTÔMES

Futurs auteurs de « My Fair Lady », Alan Jay Lerner et Frederick Loewe produisirent en 1947 la comédie musicale « Brigadoon », inspirée d’un conte folklorique allemand. Le spectacle eut un tel succès qu’Hollywood en tira un film. Vincente Minelli réunit donc Gene Kelly et Cyd Charisse, après leur inoubliable performance dans Chantons sous la pluie, et se lança dans cette aventure fantastique au postulat pour le moins original. Deux amis new-yorkais, Tommy Albright et Jeff Douglas, passent leurs vacances dans les Highlands d’Ecosse. Armés de fusils, ils s’avèrent de bien piètres chasseurs et s’égarent bientôt dans la forêt… Jusqu’à ce qu’ils découvrent un étrange village qui ne figure sur aucune carte et dans lequel les habitants vivent à l’ancienne, vêtus comme les personnages des cartes postales. D’où une première séquence chantée haute en couleur où des centaines de villageois s’agitent au beau milieu d’un marché bariolé, annonçant les séquences similaires des dessins animés Disney, notamment la célèbre ouverture de La Belle et la Bête.

Considérés d’un œil très suspect par les autochtones, les deux Américains découvrent peu à peu les coutumes séculaires de ce village, qui porte le nom de Brigadoon. Alors qu’ils assistent aux préparatifs d’un mariage en grandes pompes, Tommy tombe raide amoureux de la sœur de la promise, la belle Fiona. Ce qui permet à Gene Kelly et Cyd Charisse de se lancer dans de fort gracieuses chorégraphies au beau milieu d’un vaste décor champêtre entièrement reconstitué en studio. Mais alors qu’il nage en pleine euphorie, Tommy finit par découvrir le secret de ce mystérieux endroit. En 1754, menacés par des sorcières envahissantes, les villageois prièrent si fort que Brigadoon disparut dans les limbes… Pour réapparaître cent ans plus tard. Et depuis, le village disparaît et réapparaît tous les siècles, sans que ses habitants n’en souffrent outre mesure, car pour eux 200 ans ne représentent que deux jours. Ce miracle se perpétuera tant que les villageois ne franchiront pas les limites du bourg. Or voilà le dilemme : Tommy est un new-yorkais pur et dur, une fiancée l’attend en ville, mais il est transi d’amour pour Fiona. Que faire ? Rester ou repartir ?

Le village fantôme

Ramené à la raison par Jeff, notre héros quitte les lieux et rentre aux États-Unis. Comme on pouvait s’y attendre, Tommy pose à peine le pied sur le sol américain qu’il le regrette déjà. Ce qui nous vaut une savoureuse séquence de dîner dans laquelle chaque phrase prononcée par sa fiancée lui rappelle un souvenir ému avec Fiona. N’y tenant plus, Tommy retourne en Ecosse. Et comme il le craignait, là où jadis se tenait le village, il n’y a plus rien… La singularité de ce scénario et la fraîcheur du duo Kelly/Charisse sont les atouts principaux de Brigadoon, qui souffre par ailleurs d’une mise en scène un peu statique et de numéros musicaux pas vraiment mémorables. Il faut dire que les prodigieuses séquences dansées de Chantons sous la pluie avaient placé la barre très haut. On pouvait logiquement espérer une surenchère dans la fantaisie, surtout au sein d’un tel contexte fantastique et atemporel. Or ici, les chansons et les danses sont à l’avenant de l’imagerie d’Épinal du village : désespérément sages. Tout comme ce happy-end naïf et parfaitement illogique auquel ont sacrifié des scénaristes soucieux de caresser leurs spectateurs dans le sens du poil. Brigadoon n’en demeure pas moins un spectacle charmant auréolé par la grâce intacte de son couple vedette.

 

© Gilles Penso

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S.O.S. CONCORDE (1979)

Le réalisateur de Cannibal Holocaust nous offre un film catastrophe inventif et nerveux garni de multiples rebondissements…

CONCORDE AFFAIRE ‘79

 

1979 – ITALIE

 

Réalisé par Ruggero Deodato

 

Avec James Franciscus, Mimsy Farmer, Venantino Venantini, Maria Fiamma Maglione, Edmund Purdom, Joseph Cotten

 

THEMA CATASTROPHES

Un an avant son légendaire Cannibal Holocaust, Ruggero Deodato signait ce S.O.S. Concorde un peu tombé dans l’oubli et pourtant bien plus novateur qu’Airport 80 Concorde, sorti la même année sur les écrans avec un battage publicitaire lié principalement à la présence de ses deux acteurs stars Alain Delon et Sylvia Kristel. Bénéficiant d’un solide casting et d’une audacieuse intrigue à tiroirs, S.O.S. Concorde se démarque un peu de la masse des films catastrophe qui l’ont précédé – et notamment ceux de la série Airport – par divers points. D’emblée, à l’exception d’un crash aérien très rapide, la première partie de l’intrigue s’apparente surtout à un film d’aventure, voire d’espionnage, parée en particulier d’une bataille sous-marine james bondienne qu’on croirait issue d’Opération Tonnerre. James Franciscus incarne ici Moses Brody, un journaliste enquêtant sur une compagnie aérienne dirigée par les peu scrupuleux Danker (Edmund Purdom) et Milland (Joseph Cotten). Ces deux entrepreneurs new-yorkais semblent déterminés coûte que coûte à ne pas se laisser grignoter la moindre part de marché. Or leurs avions de ligne sont sensiblement délaissés depuis l’arrivée du nouveau Concorde. Ils décident donc de faire saboter plusieurs de ces supersoniques flambants neufs afin d’effrayer les passagers et de renflouer leur compagnie.

Le premier avion victime des exactions de ces businessmen sans foi ni loi se crashe en pleine mer des Caraïbes, laissant dans son sillage une survivante miraculée, l’hôtesse de l’air Jean Benayton (Mimsy Farmer). Sauvée des eaux par deux pêcheurs bienveillants, la jeune femme est ensuite prise entre deux feux : d’un côté les hommes de main de Milland qui cherchent à l’éliminer pour éviter de faire des vagues, de l’autre un groupe de mafieux bien décidé à faire chanter la compagnie aérienne en réclamant une coquette rançon d’un million de dollars. James Franciscus arrive alors à la rescousse, fonçant tête baissée pour sauver la belle captive…

Mort à la concurrence

Le postulat à l’origine du sabotage des Concordes est plein d’intérêt, laissant imaginer en filigrane que la catastrophe aérienne du Hindenburg serait un complot ourdi par une compagnie aéronautique concurrente. Après les poursuites en voiture et les coups de feu, S.O.S. Concorde s’oriente directement, dans sa deuxième moitié, vers le genre catastrophe. Car la compagnie véreuse a saboté un second Concorde qui vole droit vers Londres et qui risque à tout moment d’exploser en plein vol. Grâce à la nervosité de la narration, les interminables présentations de chaque passager (le curé, les adolescents, le vieux couple) nous sont épargnées. De plus, les maquettes d’avions créées par Angelo Fattoracci et Fabio Traversari sont plutôt réussies et se mêlent assez adroitement aux stock-shots de véritables Concordes en plein vol. Le film bénéficie également d’une belle photographie signée Federico Zanni et Gianlorenzo Battaglia, s’étalant sur un luxueux format Cinémascope hélas systématiquement tronqué lors des diffusions télévisées du film. Un résultat plutôt honorable, donc, malgré un James Franciscus à moitié convaincu et une musique particulièrement poussive du très prolifique Stelvio Cipriani (La Baie sanglante, Baron Blood, Piranhas 2).

 

© Gilles Penso

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DOCTEUR RICTUS (1992)

Persuadé d’être un médecin bien sous tous rapports, un dangereux tueur fou s’évade d’un hôpital psychiatrique et sème la terreur…

DR GIGGLES

 

1992 – USA

 

Réalisé par Manny Cotto

 

Avec Larry Drake, Holly Marie Combs, Cliff de Young, Glenn Quinn, Keith Diamond, Richard Bradford, Michelle Johnson, John Vickery, Nancy Fish, Sara Melson

 

THEMA TUEURS I MÉDECINE EN FOLIE

Même s’il sévit au cinéma et à la télévision depuis le début des années 70, le comédien Larry Drake est vraiment passé sous le feu des projecteurs grâce à Darkman, dans lequel Sam Raimi lui offrait le rôle du gangster impitoyable Robert G. Durant. Son physique impressionnant se mit soudain à attirer les réalisateurs en quête de profils atypiques. Le voici donc en tête d’affiche de Docteur Rictus, un film d’horreur cynique et excessif réalisé et co-écrit par Manny Cotto. Futur spécialiste de la production et de l’écriture de séries prestigieuses telles qu’Au-delà du réel l’aventure continue, Star Trek Enterprise, 24 heures chrono, Dexter ou American Horror Stories, Cotto n’est pas encore particulièrement « bankable » lorsqu’il s’attaque à Docteur Rictus, même s’il a déjà réalisé quelques épisodes de séries TV (Monsters, Les Contes de la crypte), le film d’horreur Schizo et le thriller Envoyé spécial. Mais avec ce scénario délirant s’appuyant sur un concept de croquemitaine original, le cinéaste sent bien qu’il tient l’occasion de se lâcher en montrant toute l’étendue de son talent et de son inventivité. Le budget très raisonnable du film lui laisse justement la latitude nécessaire pour pouvoir s’exprimer sans trop de contrainte.

Le générique de début nous plonge déjà au cœur de l’action – au sens propre. La caméra se promène en effet à l’intérieur du corps d’un homme mort sur une table d’opération. Les images de synthèse ne sont pas d’une très grande subtilité, mais l’énergie de cette entrée en matière emporte le morceau. Maniant le bistouri avec une allégresse trop excessive pour être normale, Evan Rendell (Larry Drake) est un psychopathe qui se prend pour un chirurgien. Après avoir charcuté l’un des médecins de l’institut psychiatrique où il croupissait, notre homme s’évade et regagne la petite ville américaine où il a grandi, Moorehigh. Les habitants du coin n’ont pas oublié les méfaits de son père, le docteur Rendell qui assassina plusieurs donneurs non consentants dans l’espoir de greffer un cœur tout neuf à son épouse malade. Ses parents ayant violemment passé l’arme à gauche, Rendell Junior prend la décision de parachever l’œuvre paternelle. « Cette ville t’as tué, elle est malade et doit être soignée » dit-il au portrait de son défunt père, regagnant la vieille maison familiale en ruines à côté de laquelle le Bates Motel est un modèle d’accueil et de sérénité.

Médecine dure

Le physique de Larry Drake et son jeu outré sont bien sûr les atouts majeurs du film, mais sans les trouvailles sans cesse renouvelées de Manny Cotto, Docteur Rictus n’aurait résolument pas le même impact. Ne reculant devant aucune exubérance, le cinéaste cultive un humour au second degré permanent et sature sa mise en scène d’effets appuyés qui semblent reprendre à leur compte l’imagerie des comic books horrifiques (des couleurs saturées, une photo très contrastée, des cadrages volontiers obliques, en plongée ou en contre-plongée, des mouvements de caméra parfois acrobatiques), le tout rythmé sur une musique excessive de Brian May (Mad Max). Les meurtres sont donc innovants et saugrenus, les angles de vue volontiers insolites (comme lorsque la caméra se retrouve à l’intérieur d’une bouche qui fait « ah », réminiscence d’un plan mémorable de La Petite boutique des horreurs), les situations originales (le chassé-croisé dans le palais des glaces) et le gore généreux (le flash-back avec l’enfant ensanglanté qui surgit de l’intérieur du ventre déchiré d’un cadavre !). Docteur Rictus se déguste donc avec délectation, détournant les clichés d’usage (les lycéens qui festoient, la vieille maison sinistre, les jeunes couples qui passent l’arme à gauche) sans autre ambition que distraire les fans d’horreur en leur en donnant pour leur argent, avec le comptant nécessaire de rebondissements en cascade pendant son dernier acte.

 

© Gilles Penso


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LES DÉMONS DU MAÏS 7 : RÉVÉLATION (2001)

Un septième opus qui relève le niveau grâce à une mise en scène stylisée et une atmosphère glauque et surréaliste…

CHILDREN OF THE CORN : REVELATION

 

2001 – USA

 

Réalisé par Guy Magar

 

Avec Claudette Mink, Kyle Cassie, Michael Ironside, Troy Yorke, Michael Rogers, Crystal Lowe

 

THEMA ENFANTS I DIABLE ET DÉMONS I SAGA LES DÉMONS DU MAÏS I STEPHEN KING

Voilà bien longtemps que plus personne n’attendait rien de la saga Les Démons du maïs, dont la longévité invraisemblable est due aux bénéfices générés par la sortie de chaque nouvel opus sur le marché de la vidéo. La surprise occasionnée par le septième épisode n’en est que plus agréable. Certes, Les Démons du maïs 7 n’a rien d’un chef d’œuvre et ne passera pas à la postérité, mais sa mise en scène est stylisée, ses acteurs convaincants, ses enfants vraiment effrayants et ses mécanismes d’épouvante très efficaces. Responsable de cet opus largement au-dessus du niveau des autres, Guy Magar, dont la carrière se concentre principalement les séries télévisées, nous avait déjà étonnés sur grand écran avec Les Forces du mal. Jouant la carte de l’unité de lieu, Les Démons du maïs 7 se déroule entièrement dans un immeuble sinistre dont la cave abrite une culture clandestine de maïs.

L’héroïne Jamie Lowell (Claudette Mink) rend visite à sa mère dont elle n’a pas de nouvelles. Celle-ci, une athée pure et dure, a subitement décidé sans raison de vendre sa maison, de s’armer d’une bible et de s’installer dans un vieil appartement sordide sur le point d’être démoli. Sur place, Jamie rencontre des enfants sinistres (dont une petite fille qui joue en pleine nuit à la marelle sur un pentagramme tracé à la craie !) mais ne trouve aucune trace de sa mère. Guy Magar parvient à établir une ambiance trouble dès le prologue. La première rencontre nocturne avec le prêtre qu’incarne Michael Ironside, dans une ruelle aux éclairages bleutés surréalistes, évoque même Dario Argento. Quant aux locataires de l’immeuble, ils s’avèrent tous un peu bizarres : paranoïaques, agressifs, junkies ou délurés…

L’apparition éclair de Michael Ironside

Le raccord – très lointain – avec la nouvelle de Stephen King s’établit lorsque Jamie découvre que sa grand-mère appartenait dans sa jeunesse à un culte d’enfants qui considéraient les adultes comme Satan. Tous s’immolèrent et elle survécut par miracle. Or les parents de Jamie sont eux aussi sont morts dans un incendie, et le building décrépi est bâti sur l’ancien lieu de culte de la secte. Les bambins qui massacrent bientôt tous les habitants de l’immeuble sont apparemment les spectres des enfants morts dans l’incendie. Une scène déroutante montre un de ces charmants bambins jeter des grains de maïs dans le bain d’une danseuse, laquelle est aussitôt agressée par des lianes qui s’emparent d’elle et la noient. On sent bien que Guy Magar souffre des très faibles moyens mis à sa disposition et que les effets spéciaux ne sont pas aussi performants qu’il le souhaiterait, notamment les images de synthèse médiocres visualisant la croissance accélérée du maïs. Quant à Michael Ironside, il n’intervient réellement qu’à vingt minutes de la fin du film, le temps d’une courte scène de dialogue. Sous la défroque d’un prêtre dur à cuire et patibulaire, il prononce quelques phrases lapidaires et ambiguës comme : « elle est morte, mais elle n’est probablement pas partie ». Seul nom connu du casting, il a droit à son nom en haut de l’affiche malgré un rôle extrêmement restreint.

 

© Gilles Penso

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MEGAN IS MISSING (2011)

Après avoir rencontré un jeune homme sur Internet, une adolescente disparaît sans laisser de trace. Que lui est-il arrivé ?

MEGAN IS MISSING

 

2011 – USA

 

Réalisé par Michael Goi

 

Avec Amber Perkins, Rachel Quinn, Dean Waite, Jael Elizabeth Steinmeyer, Kara Wang, Britanny Hingle, Carolina Sabate, Trigve Hagen, Curtis Wingfield

 

THEMA TUEURS

S’il y avait un seul film à montrer aux parents pour les mettre en garde contre les dangers auxquels s’exposent les enfants et les adolescents face à la boîte de Pandore qu’est Internet, ce serait Megan is Missing. En activité depuis le début des années 80, Michael Goi a signé la photographie de plus de trente longs-métrages et d’une demi-douzaine de séries TV lorsqu’il s’attelle à Megan is Missing. Ce n’est donc pas le geste opportuniste d’un apprenti-cinéaste soucieux de choquer son prochain pour faire parler de lui et gagner sa place à Hollywood (comme on a pu le lire ici ou là) mais plutôt la démarche réfléchie d’un vétéran du métier détournant le langage filmique pour aborder crument un sujet de société perturbant, quitte à secouer brutalement les spectateurs. Plus qu’un film à message, Megan is Missing est une œuvre pédagogique d’un genre très particulier qui ne manque pas d’alimenter les débats et de délier les langues. Le scénario s’inspire de sept faits divers réels particulièrement violents sur lesquels Goi se documente abondamment, collectant des transcriptions de procès, des vidéos de surveillance, des photos d’archive et des comptes rendus d’enquête. Bien conscient qu’aucune société de production n’aura la volonté de s’embarquer dans une telle aventure, le réalisateur autofinance son film – pour un budget de 35 000 dollars -, engage des acteurs amateurs, ramène son équipe technique au nombre de cinq et tourne pendant huit jours et demi avec du matériel amateur : camescopes, smartphones et webcams.

C’est donc à travers le prisme bien connu du « found footage » que nous est raconté Megan is Missing. Au fil d’une série de conversations vidéo et d’images tournées à la volée, nous faisons la connaissance de deux adolescentes de quatorze ans, la délurée Megan Stewart et la réservée Amy Herman. L’une est très populaire, l’autre beaucoup moins, mais elles s’entendent à merveille et se confient régulièrement leurs secrets les plus intimes. Au tout début, il faut bien avouer que l’amateurisme de l’entreprise fait un peu barrage à notre crédulité. Les gamines surjouent un peu, leur complicité ne sonne pas très juste, leurs caractères respectifs semblent un tantinet archétypaux. Mais plus le film avance, plus nous nous prenons au jeu, et lorsque la légèreté commence à s’imprégner de gravité – la soirée sordide qui dégénère – nous entrons de plain-pied dans cet univers finalement plus réaliste et crédible que nous ne l’aurions cru. L’artifice de la vidéo à la première personne (journal intime, chat, Facetime) prend tout son sens au sein d’une génération bercée dans la culture de l’image et du selfie. Les choses prennent une première tournure inattendue lorsque l’extravertie Megan, face à la caméra de son amie, se livre à une confession touchante au cours de laquelle elle se met littéralement à nu, abandonnant momentanément les oripeaux de la fille épanouie, décontractée et sexuellement précoce. Megan se laisse bientôt séduire par un lycéen dont elle ne voit pas le visage – sa caméra est cassée – et qui lui donne rendez-vous un soir. Mais qui se cache vraiment derrière l’écran ?

Les prédateurs

La disparition de Megan du jour au lendemain provoque un émoi logique dans son entourage et permet à Michael Goi de s’en prendre aux médias sensationnalistes (avec en ligne de mire des programmes TV vulgaires comme « To Catch a Predator ») en montrant de quelle manière ils exploitent de telles affaires face à des téléspectateurs avides de sensations fortes. Cet aspect du film est satirique, à la lisière de la parodie volontaire, même si le cinéaste n’a pas besoin de grossir le trait. Mais c’est pour mieux nous plonger au cours du troisième acte de son long-métrage dans un cauchemar éprouvant et sans issue. Car les vingt dernières minutes de Megan is Missing se vivent comme une lente descente aux enfers. La violence y est d’autant moins soutenable qu’elle est suggérée, hors-champ, laissée à la discrétion du spectateur. L’horreur se vit en temps réel, au fil d’interminables plans-séquence qui laissent progressivement le temps d’abandonner tout espoir. D’une noirceur et d’un nihilisme inouïs, le film est resté dans un tiroir jusqu’à ce qu’Anchor Bay Films ne prenne en charge sa distribution. Très controversé – c’était à prévoir -, totalement interdit sur le territoire néo-zélandais, il se muera plus tard en phénomène sur les réseaux sociaux où des milliers d’adolescents le visionneront et le partageront un nombre incalculable de fois. Tel n’était pas le public initialement visé par Michael Goi, un peu effrayé à l’idée que des spectateurs aussi jeunes découvrent ce film initialement destiné aux adultes. Mais pour le coup, le message pédagogique y gagna un impact inattendu.

 

© Gilles Penso

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LE MONDE (PRESQUE) PERDU (2009)

Will Ferrell incarne un chercheur excentrique et lourdaud dans ce remake parodique d’une série de science-fiction des années 70

LAND OF THE LOST

 

2009 – USA

 

Réalisé par Brad Siberling

 

Avec Will Ferrell, Anna Friel, Danny McBride, Jorma Taccone, John Boylan, Matt Lauer, Michael Papajohn et les voix de Leonard Nimoy et Paul Adelstein

 

THEMA DINOSAURES I EXOTISME FANTASTIQUE I EXTRA-TERRESTRES

Pour les téléspectateurs américains des années 70, Land of the Lost était une institution. Produite par Sid et Marty Krofft, cette série inventive bricolée avec des moyens réduits racontait la mésaventure du garde forestier Rick Marshall, de son fils Will et de sa fille Holly plongés à travers une faille spatio-temporelle dans un monde préhistorique peuplé par des dinosaures, des hommes-singes et des extra-terrestres reptiliens. Diffusée entre 1974 et 1976 sur NBC, Land of the Lost eut droit à un premier remake dans les années 90 avec la sympathique mini-série Les Aventuriers du monde perdu. En 2009, les toujours vaillants Sid et Marty Krofft (alors âgés respectivement de 80 et 72 ans) donnent leur feu vert pour une nouvelle relecture de leur célèbre show. Cette fois-ci, il s’agira d’une superproduction au budget colossal (100 millions de dollars), portée par une star en tête d’affiche (Will Ferrell) et adoptant un ton parodique. Ainsi, comme le Starsky et Hutch de Todd Philips, Le Monde (presque) perdu est moins un remake de la série dont il s’inspire qu’un pastiche à l’humour potache, ouvrant la voie à d’autres « adaptations » comiques du même acabit comme 21 Jump Street ou Baywatch.

Dans cette version cinéma de Land of the Lost, Rick Marshall n’est plus un garde forestier mais un paléontologue bizarre dont la théorie sur les failles temporelles lui a valu discrédit et humiliation. Désormais enseignant blasé, il est un jour approché par une jeune étudiante, Holly (Anna Friel), qui est persuadée du bien fondé de ses recherches. Elle le convainc d’emporter son invention révolutionnaire, l’amplificateur de tachyons, sur un site où a été retrouvé un fossile prouvant la possibilité des voyages spatio-temporels. Les voilà donc tous deux dans une grotte au fin fond du désert américain, accompagnés par Will Stanton (Danny McBride), le propriétaire d’un magasin de souvenirs local. Soudain, un tremblement de terre ouvre une faille dans laquelle tous trois se retrouvent happés. Ils atterrissent aussitôt dans un monde sauvage peuplé de dinosaures agressifs, d’hommes-singes primitifs de la tribu Pakuni et d’aliens reptiliens répondant au doux nom de Sleestaks…

Un film (presque) perdu

Au risque de désarçonner les puristes, les rôles ont donc été redistribués par rapport au show télévisé des années 70. Si Holly et Will gardent leur prénom, ce ne sont plus les enfants de Rick mais respectivement une étudiante qui l’admire et deviendra sa petite-amie (Œdipe, quand tu nous tiens !) et un faire-valoir comique redneck. Dans cette aventure fantastique déjantée qui rappelle par bien des aspects la mécanique et les situations du Voyage au centre de la Terre d’Eric Brevig, les gros moyens déployés ne compensent pas la sensation d’assister à un sketch comique balourd qui traîne indéfiniment en longueur sans trop savoir où il va. De fait, les péripéties s’avèrent absurdes, les deux protagonistes masculins rivalisent de stupidité, bref c’est avec une indifférence polie – scandée de brefs sourires timides – que nous assistons au spectacle. Restent les créatures, sans conteste ce que le film a de meilleur. Conçues par le talentueux designer Crash McCreery (Jurassic Park, Small Soldiers, Pirates des Caraïbes), elles crèvent l’écran et sauvent l’entreprise du naufrage. Les Sleestaks et les Pakunis modernisent de manière habile les designs originaux, grâce à de très beaux costumes et maquillages spéciaux signés Mike Elizalde. Quant aux dinosaures numériques animés par les artistes de Rhythm & Hues, ils tiennent la vedette des meilleures séquences du film, notamment un chassé-croisé mouvementé avec un T-rex et un allosaure dans une sorte de décharge publique. Grosse déception au box-office, Le Monde (presque) perdu ne parviendra même pas à rembourser sa mise de départ et finira par sombrer dans un oubli poli.

 

© Gilles Penso


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