JIANG HU, LA FIANCÉE AUX CHEVEUX BLANCS (1993)

Dans la droite lignée d’Histoires de fantômes chinois, cette love story fantastique made in Hong Kong déborde de folie et de grâce…

BAK FAT MOH LUI ZYUN

 

1993 – HONG-KONG

 

Réalisé par Ronny Yu

 

Avec Brigitte Lin, Leslie Cheung, Francis Ng, Elaine Lui, Kit Ying Lam, King-chei Cheng, Eddy Ko, Leila Kong, Lok-Lam Law, Fong Pau, Jeffrey Lau

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Il est des films qui, plus que d’autres, cristallisent à eux seuls tout un pan du cinéma populaire. Jiang Hu, réalisé par Ronny Yu en 1993, en fait partie. Véritable condensé de tout ce que le cinéma hongkongais de la grande époque peut offrir de meilleur – virtuosité formelle, débordement émotionnel, romantisme lyrique, flamboyance martiale – cette adaptation très libre d’un classique du roman wuxia chinois (Baifa Monü Zhuan de Liang Yusheng) transcende son matériau pour livrer une fresque à la fois débridée, tragique et envoûtante. Au cœur de l’intrigue, Zhuo Yihang, disciple prodige mais hésitant du clan Wu Tang, se retrouve déchiré entre son devoir envers son école et son amour impossible pour Lian Nichang, redoutable guerrière au service d’une secte maléfique dirigée par une entité siamoise. Lui est l’héritier désigné d’un ordre ancien fondé sur la discipline et la tradition, elle est une orpheline ayant grandi au milieu des loups, élevée dans la violence et muée en instrument de vengeance. Mais sous leurs cuirasses respectives, les deux personnages aspirent à la même chose : fuir la guerre des clans, échapper aux chaînes du destin et s’aimer librement.

On pourrait croire à une simple variation asiatique de Roméo et Juliette, mais Jiang Hu nous transporte ailleurs. Car Ronny Yu se lance dans une relecture de la tragédie romantique nimbée de fantasmagorie et de combats martiaux. Le spectateur est ici transporté dans un monde en perpétuelle explosion, où les affrontements chorégraphiés à la perfection alternent avec des moments de grâce suspendue. La caméra virevolte, suit les corps dans leur ballet aérien, caresse les étoffes et épouse les élans du cœur avec une sensualité rarement égalée. Les décors baroques, les éclairages saturés, les mouvements de caméra acrobatiques confèrent au film une atmosphère unique, à la frontière du conte féerique et du manga. Tout semble ici volontairement stylisé à l’extrême : les cris, les gestes, les larmes et les rires. Peu féru de réalisme, Ronny Yu cède la place au symbolisme, à la théâtralité et à l’émotion brute. Parfaits dans les rôles principaux, Leslie Cheung (Histoires de fantômes chinois) et Brigitte Lin (Zu, les guerriers de la montagne magique) nous livrent des performances à fleur de peau. Tandis que Cheung incarne un héros tourmenté, écartelé entre fidélité et désir, Lin personnifie la douleur rentrée et la rage contenue. Rarement l’écran aura accueilli un couple aussi magnétique et tragiquement beau.

Grands écarts stylistiques

L’originalité de Jiang Hu réside aussi dans sa façon d’équilibrer la violence et le romantisme. Chaque moment de tendresse semble suspendu au bord d’un précipice, tandis que chaque explosion de violence est le fruit d’une blessure affective. Le film navigue constamment entre deux extrêmes : d’un côté une poésie visuelle presque naïve (les envolées lyriques, les métaphores florales, les serments d’amour éternel), de l’autre un imaginaire horrifique excessif (le corps difforme des siamois, les sorts diaboliques, les bains de sang stylisés). Ce grand écart, typique du cinéma de Hong Kong des années 90, constitue précisément ce qui fait le charme et la singularité du film. Jusqu’alors cantonné à l’action pure (Legacy of Rage avec Brandon Lee), Ronny Yu se réinvente ici en styliste lyrique, influencé autant par les opérettes chinoises que par le cinéma gothique européen. Son film s’inscrit dans la lignée des grands wuxia-fantasy du tournant des années 90, aux côtés des Histoires de Fantômes Chinois de Ching Siu-Tung, dont il reprend le sens du rythme, l’exubérance des combats et l’intensité mélodramatique. Ce sera son ticket pour Hollywood, puisqu’après The Phantom Lover (relecture du Fantôme de l’opéra, toujours avec Leslie Cheung) Yu enchaînera avec Magic Warriors, La Fiancée de Chucky et Freddy contre Jason.

 

© Gilles Penso

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LA MAISON DU DOCTEUR MOREAU (2004)

Après trois adaptations officielles produites par de grands studios, Charles Band s’attaque à son tour au roman d’H.G. Wells sous un angle très singulier…

DR MOREAU’S HOUSE OF PAIN

 

2004 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec John Patrick Jordan, Jessica Lancaster, Peter Donald Badalamenti, Lorielle New, Ling Aum, B.J. Smith, Debra Mayer, Jacob Witkin, Laura Petersen

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE I SAGA CHARLES BAND

Depuis Blood Dolls en 1999, Charles Band, très accaparé par ses activités de producteur, n’avait guère eu l’occasion de repasser lui-même derrière la caméra. Certes, il y eut bien Puppet Master : The Legacy, mais ce film n’était qu’un « best of » se contentant de compiler des extraits des épisodes de la fameuse saga des poupées meurtrières. Pour son premier « vrai » film depuis cinq ans, Band souhaite effectuer un bond qualitatif et aborder un sujet fort. D’où l’idée de s’attaquer au roman LÎle du docteur Moreau de H.G. Wells, tombé dans le domaine public aux États-Unis. Mais au lieu d’une nouvelle adaptation du texte, Band demande au scénariste C. Courtney Joyner d’imaginer une sorte de suite. Ironiquement, Joyner signe depuis quelques années une grande partie de ses scénarios sous le pseudonyme Earl Kenton, en hommage au réalisateur de L’Île du docteur Moreau de 1932. La boucle est donc bouclée, d’autant que La Maison du docteur Moreau marque la fin de sa longue collaboration avec Band. Le casting est constitué de comédiens qui deviendront des familiers des productions Full Moon, comme John Patrick Jordan et Jacob Witkin (futurs héros récurrents de la saga Evil Bong), ou qui sont déjà habitués depuis longtemps aux films de la « famille » Charles Band, en particulier Debra Meyer, vue dans Blood Dolls, Voodoo Academy, Prison of the Dead, Micro Mini Kids, Stitches, Hell Asylum, Cryptz, Groom Lake, Speck, Decadent Evil et Gingerdead Man.

Le film se situe dans les années 1930. Eric « Kid » Carson (John Patrick Jordan), un jeune boxeur qui ne fait visiblement pas beaucoup d’étincelles sur les rings, est à la recherche de son frère, lequel s’est mystérieusement volatilisé sans laisser de trace. En compagnie de Judith (Jessica Lancaster), la fiancée du disparu, et de Mary Anne (Debra Mayer), une journaliste en quête de scoop, il mène sa petite enquête et file le train d’une strip-teaseuse, Aliana (Lorielle New), dont son frère s’était visiblement épris. Cette piste emmène le trio dans un ancien sanatorium jadis dédié au traitement de la polio et désormais abandonné. Là, ils tombent entre les griffes du docteur Moreau (Jacob Witkin), dont les expériences consistent à transformer les animaux en humains, et vice-versa. Si la femme-panthère Aliana est l’une de ses plus grandes réussites, on ne peut pas en dire autant du cochon humain Gallagher (Peter Donald Badalamenti), du colosse humanoïde mi-lion mi-hyène Peewee (B.J. Smith) ou de la malheureuse Gorgana (Laura Petersen) au faciès affreusement difforme. De toute évidence, Eric, Judith et Mary Anne seront ses prochains cobayes…

Dans les griffes de la femme-panthère

La photographie léchée du vétéran Mac Ahlberg apporte une véritable plus-value au film. Tourné en 35 mm – un luxe, quand la plupart des productions Full Moon ont depuis longtemps basculé vers la vidéo -, le long-métrage bénéficie d’une ambiance de film noir assez rare chez Charles Band, avec à la clé musique jazz, voitures d’époque et costumes des années 30. Le réalisateur-producteur frappe d’ailleurs fort dès les premières minutes, lorsqu’Aliana pousse un cri de panthère avant de transpercer le crâne d’un mafieux un peu trop entreprenant d’un coup de griffe ! Les effets spéciaux sont confiés à John Carl Buechler qui, comme toujours, s’en donne à cœur joie malgré les moyens limités, concoctant quelques humanimaux surprenants et même une poignée d’effets gore. Pour que la recette soit complète, Lorielle New assure au film son quota de nudité et d’érotisme, reprenant le flambeau des précédentes femmes-panthères (Kathleen Burke en 1932, Barbara Carrera en 1977 et Fairuza Balk en 1996), dans une version nettement moins pudique… et bien plus blonde. Afin de renforcer le caractère insolite du récit et de souligner le trouble qui habite ses personnages, Band use et abuse des cadrages obliques, reflets visuels de la folie ambiante. Certes, La Maison du docteur Moreau n’a rien d’un grand film et trahit sans cesse son budget anémique, mais il témoigne aussi d’une ambition sincère : celle d’élever, ne serait-ce que modestement, le niveau des productions Full Moon de l’époque.

 

© Gilles Penso

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LA FOLLE HISTOIRE DU MONDE (1981)

La préhistoire, l’antiquité, le moyen-âge, la Révolution française et même le space opera sont au menu de cette fresque signée Mel Brooks…

HISTORY OF THE WORLD PART I

 

1981 – USA

 

Réalisé par Mel Brooks

 

Avec Mel Brooks, Dom DeLuise, Madeline Kahn, Harvey Korman, Cloris Leachman, Ron Carey, Gregory Hines, Pamela Stephenson, Shecky Greene, Sid Caesar

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I DINOSAURES I DIEU, LES ANGES ET LA BIBLE I SPACE OPERA

En 1981, Mel Brooks est depuis longtemps considéré comme l’un des maîtres absolus de la parodie. Certes, les ZAZ sont venus empiéter sur son terrain de jeu avec Y’a-t-il un pilote dans l’avion ?, mais le père de Frankenstein Junior reste la référence en la matière. Il se lance donc un défi monumental : condenser l’évolution de l’humanité en un film comique débridé. Telle est l’ambition de La Folle histoire du monde, une fresque burlesque où se croisent des hommes préhistoriques surexcités, un Moïse dépassé par les événements, des empereurs romains libidineux, des inquisiteurs mélomanes, un roi de France obsédé par ses privilèges mais aussi des dinosaures et des vaisseaux spatiaux. Comme souvent chez Brooks, le projet naît d’une blague improvisée. « Je traversais le parking de la 20th Century Fox pour me rendre à mon bureau lorsqu’un des machinistes qui avait travaillé sur Le Grand frisson m’a interpellé depuis l’arrière d’un camion en me demandant : “ Hé Mel, c’est quoi la suite ? Tu prévois un gros projet ? “ », raconte-t-il. « Tout à coup, le titre le plus impressionnant auquel je pouvais penser m’est venu à l’esprit : “ Oui, le plus grand film jamais réalisé. Il s’appellera History of the World ”. Quelqu’un d’autre dans le camion a crié : “ Comment peux-tu couvrir l’histoire du monde entier dans un seul film ? ” Je lui ai répondu : “ Tu as raison. Je l’appellerai History of the World – Part I ” » (1) Voilà comment nait l’idée d’un faux premier volume, laissant croire à une suite inexistante.

Le film est conçu comme une série de sketches parodiant les grandes épopées hollywoodiennes. On y croise des hommes singes tout droit échappés de 2001 l’odyssée de l’espace, Moïse recevant les Dix Commandements (et en brisant par mégarde cinq supplémentaires), l’Empire romain, l’Inquisition espagnole transformée en comédie musicale façon MGM, et enfin la Révolution française. Brooks, bien décidé à s’amuser des deux côtés de la caméra, incarne pas moins de cinq rôles. Autour de lui gravite un casting habitué à ses délires : Dom DeLuise en César glouton, Harvey Korman en Comte de Monet, Cloris Leachman en Madame Defarge, ainsi qu’un nouveau venu : le danseur Gregory Hines, propulsé vedette après le retrait de Richard Pryor. La mise en scène adopte une logique de cabaret : gags visuels, jeux de mots, chansons, références absurdes, anachronismes assumés. On passe sans transition de la vulgarité la plus crasse (les Homo erectus « toujours debout ») aux clins d’œil lettrés (Œdipe aveugle mendiant dans les rues de Rome) en passant par les références cinéphiliques. L’humour ne s’embarrasse d’aucune limite : tout peut être détourné, de la liturgie biblique aux exactions de l’Inquisition. Brooks lui-même avouera avoir hésité sur cette dernière séquence, craignant la réaction du public. Mais il transforme la cruauté en comédie musicale somptueuse, avec décors immenses, ballets nautiques à la Esther Williams et showgirls surgissant de l’eau en candélabres humains. Le résultat est un sommet d’absurde et de mauvais goût assumé.

« It’s good to be the King »

La fameuse scène de Moïse brisant l’une des trois tables de la loi nait quant à elle d’un pur hasard. En contemplant le décor des cavernes préhistoriques, Brooks imagine soudain qu’elles pourraient devenir le mont Sinaï. Résultat : une séquence improvisée devenue culte. Autre héritage du film : la réplique « It’s good to be the King », lancée par Brooks en Louis XVI, entrée dans la culture populaire, transformée en morceau de rap au succès planétaire et même recyclée dans Sacré Robin des Bois. Quant à la parodie de Star Wars, « Les Juifs dans l’espace », elle recycle des bruitages du film de George Lucas et prépare le terrain pour La Folle Histoire de l’espace. Adepte du gag sous toutes ses formes, Brooks n’a jamais eu son pareil pour combattre l’antisémitisme en le ridiculisant. D’où cette relecture absurde des Dix Commandements, ce Torquemada d’opérette, ces rabbins spatiaux ou ce « Hitler on Ice » que nous promet la bande annonce finale. Avec son budget de 11 millions de dollars, le film coûte plus cher que les trois précédents Brooks réunis. Sorti le 12 juin 1981, le même jour que Les Aventuriers de l’Arche Perdue et Le Choc des Titans, il se retrouve en compétition frontale avec des blockbusters intimidants. L’accueil critique sera partagé. Si certains dénoncent un humour inégal, d’autres saluent l’audace et la générosité du spectacle. Certes, nous sommes loin du raffinement délicieusement absurde d’un Sacré Graal, mais la bonne humeur de Brooks et de ses complices finit par devenir communicative. Il faudra attendre 2023 pour voir surgir sur la chaîne Hulu History of the World Part II, une mini-série coproduite par Brooks, preuve que sa blague vieille de quarante ans avait encore du carburant.

 

(1) Extrait d’une interview parue dans le New York Times en juin 1981

 

© Gilles Penso

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THE EXOTIC HOUSE OF WAX (1997)

Une étudiante hérite du musée de cire de son grand-père et décide de le retaper avec ses amis, mais les statues sont vivantes… et très excitées !

THE EROTIC HOUSE OF WAX / THE EXOTIC HOUSE OF WAX

 

1997 – USA

 

Réalisé par Cybil Richards

 

Avec Blake Pickett, Jacqueline Lovell, Everett Rodd, Eric Acsell, Elizabeth Kaitan, Kurt Sinclair, Tori Sinclair, Yvette Lera, Rob Lee, Taylor St. Clair, Leigh Matchett

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA CHARLES BAND

On ne peut que saluer l’inventivité des producteurs Charles Band et Pat Siciliano, toujours prêts à se creuser la tête pour trouver des concepts originaux visant à alimenter leur label « Surrender Cinema ». Les titres de ce catalogue étant des petits films érotiques bâtis sur des histoires fantastiques ou de science-fiction, il faut parvenir à varier les plaisirs pour justifier le déshabillage et le passage à l’acte de l’ensemble du casting. Après les mondes virtuels de Virtual Encounters et les visiteuses extra-terrestres de Femalien, place donc au musée de cire hanté. En réalité, la mécanique scénaristique de The Exotic House of Wax reprend un principe largement exploité dans le monde des films X : une jolie fille hérite d’un établissement légué par un riche parent récemment décédé, point de départ de parties de jambes en l’air à répétition. Sauf qu’ici, ce n’est ni un bowling, ni une station de lavage, ni un magasin de maillots de bain… mais un décor qui n’aurait pas dépareillé dans L’Homme au masque de cire. Le film sera exploité une première fois sous le titre The Erotic House of Wax, avant que Charles Band ne remplace le mot « erotic » par le plus sage « exotic » pour le diffuser sur la plateforme de streaming de Full Moon.

Le générique se déroule en pleine Égypte antique, plus précisément en l’an – 40 avant JC. Filmée dans le style d’un film muet, image sépia et décor minimaliste à l’appui, une Cléopâtre d’opérette s’envoie en l’air avec ses serviteurs. Puis nous voilà transportés à l’université de Midville, à la fin des années 90. Josie (Blake Pickett), Star (Jacqueline Lovell), Pete (Everett Rodd) et Andy (Eric Acsell) viennent d’être diplômés et pensent déjà aux vacances qu’ils vont passer ensemble. C’est alors que Josie apprend que son grand-père vient de mourir et lui a légué son musée de cire à Santa Monica. Le lieu est abandonné depuis des années et prétendument hanté, mais les quatre amis décident de le remettre sur pied. En visitant l’endroit, ils découvrent que la thématique du musée était l’exposition de tableaux libertins à travers les âges. Lorsque Josie croit apercevoir une silhouette encapuchonnée dans les lieux, la tension monte d’un cran. Personne d’autre qu’elle n’a vu cette apparition, mais il y a tout de même un élément troublant : un collier antique qui traîne par terre. Par jeu, Star le passe autour du cou d’une des statues, qui aussitôt revient à la vie…

Grévin grivois

Il faut reconnaître que les acteurs s’efforcent de rendre leurs personnages crédibles, et que le scénario tente réellement de bâtir une intrigue et une atmosphère. L’ensemble fonctionne presque, dans la mesure où le postulat de départ tiendrait même sans la dimension érotique propre au label « Surrender ». On imagine très bien un tel postulat dans un épisode de Scoobydoo ou Chair de poule, par exemple. Les premières scènes « hot » tardent d’ailleurs à se manifester, si l’on excepte le prologue antique et une brève scène de douche. Ensuite, une mécanique assez sommaire s’enclenche : une silhouette mystérieuse place son collier mystérieux sur les statues de cire, qui s’animent aussitôt et font l’amour, puis s’immobilisent lorsque le collier leur est retiré. Ainsi s’enchaînent les ébats de Cléopâtre et Marc-Antoine, Casanova et deux servantes, Romeo et Juliette, Aphrodite et Venus, et finalement de tous les participants d’une orgie endiablée dans un donjon médiéval. Nos héros eux-mêmes se prêtent bien sûr au jeu, le scénario se débarrassant bientôt de ses dernières bribes de crédibilité afin de pleinement satisfaire la cause érotique. Pour relancer l’intérêt, une petite sous-intrigue met en scène un collectif de citoyens en colère, bien décidés à faire fermer ce musée peu catholique. En parallèle, un clin d’œil amusant évoque l’enlèvement de Sun, la sœur jumelle de Star, par des extraterrestres. Or Jaqueline Lovell incarnait justement une certaine Sun dans Femalien. Lorsqu’il s’agit de créer des crossovers – même les plus improbables – entre les films produits par Charles Band, tous les moyens sont bons !

 

© Gilles Penso

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PROJECT SILENCE (2023)

Dans ce mixage coréen entre Cujo et Destination finale, une meute de chiens tueurs s’attaque aux victimes d’un carambolage sur un pont…

TALCHUL : PROJECT SILENCE

2023 – CORÉE DU SUD

Réalisé par Kim Tae-gon

Avec Lee Sun-kyun, Ju Ji-hoon, Kim Hee-won, Moon Sung-keun, Ye Soo-jung, Kim Tae-woo, Park Hee-bon, Park Ju-hyun, Kim Su-an, Ha Do-kwon, Jang Gwang

THEMA MAMMIFÈRES

Après avoir durablement marqué les esprits avec Dernier train pour Busan, le scénariste Park Joo-seok retrouve le cinéma de genre de grande ampleur avec Project Silence, qu’il co-écrit avec Kim Yong-hwa et Kim Tae-gon. « En rédigeant le scénario, je voulais renouveler le genre du film catastrophe en imaginant des scènes et des situations totalement inédites », confie ce dernier (1). Le tournage débute le 8 octobre 2020 sur l’immense structure d’Incheon, où une portion de 200 mètres est réquisitionnée, avec plus de 300 véhicules mobilisés pour figurer un embouteillage spectaculaire. Afin d’amplifier le réalisme du rendu à l’écran, la réplique grandeur nature d’une route est construite sur un plateau de 4 300 m² recouvert d’asphalte. Cette logistique colossale offre au film son décor principal, théâtre d’un drame à très grande échelle. Pour saisir avec un maximum de dynamisme les mouvements désespérés des protagonistes, le directeur de la photographie Hong Kyung-pyo opte pour une approche immersive. 90 % des scènes sont donc tournées caméra à l’épaule, afin de transmettre directement au spectateur la peur, l’urgence et la vulnérabilité. « Je souhaitais que l’évolution de la situation et des émotions traversées par les personnages soit ressentie presque physiquement, au plus près de l’action » (2), explique-t-il. Les prises de vue de ce tournage marathon s’achèvent le 11 juin 2021.

Plusieurs styles s’imbriquent les uns dans les autres en début de métrage, laissant le spectateur s’adapter à des situations en perpétuelle évolution. L’intrigue politique de l’entame vire soudain au film catastrophe, via un gigantesque carambolage sur un pont noyé dans le brouillard qui n’aurait pas dépareillé dans un épisode de Destination finale (on pense notamment au cinquième opus de la saga, qui prend place dans un décor très similaire). Mais ce n’est qu’ensuite que la véritable nature du film se met en branle : celle de l’attaque animale. Car au milieu du chaos provoqué par une série de collisions automobiles et par l’explosion d’un hélicoptère, une meute de chiens enragés menace soudain les survivants. Un peu comme si Cujo se multipliait par dix. Les trois genres – politique, catastrophe, horreur – finissent donc par s’entremêler dans la mesure où les bêtes en furie sont le fruit d’une expérimentation gouvernementale top secrète validée par les ministres actuellement en poste, tandis que le pont sur lequel sont coincés les protagonistes est en train de se disloquer, de brûler et de dégager des vapeurs toxiques. Le suspense est donc à son comble…

Dressés pour tuer

Le formidable potentiel du film est hélas entravé par le manque de finesse apporté à la poignée de personnages qui s’y agitent. Le chauffard déchaîné qui provoque l’accident, la manageuse sportive pleurnicharde, le scientifique hystérique, le dépanneur surexcité, les militaires patibulaires, l’adjoint à la sécurité égoïste et sa fille boudeuse sont autant d’archétypes caricaturaux qui nuisent singulièrement à la crédibilité de l’intrigue et à l’implication des spectateurs. L’autre travers de Project Science est l’irrégularité de la qualité des images de synthèse mises à contribution pour donner vie aux chiens fous. Si certaines tiennent la route, la plupart jouent la carte de l’excès (les mouvements des animaux sont trop rapides, trop saccadés, trop peu naturels) et entament donc la suspension d’incrédulité. Tous les moyens conséquents mis au service du film sont donc un peu gâchés par des partis-pris qu’on aurait aimé plus subtils. C’est d’autant plus dommage que l’approche esthétique reste très soignée, ce pont dévasté plongé dans le brouillard finissant par prendre les allures d’un décor post-apocalytique, tandis que le suspense final décline habilement l’une des scènes clés du Monde perdu : Jurassic Park. On apprécie aussi, en filigrane, la dénonciation sans fard de l’hypocrisie politique et des mesquineries qui vont à l’encontre des principes moraux les plus élémentaires. Car ici, comme toujours, les vrais méchants ne sont pas les chiens mais ceux qui les ont conditionnés pour tuer.

 

(1) et (2) Extraits d’interviews publiées sur Media CDN en mai 2023

 

© Gilles Penso

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GLEN OR GLENDA (1953)

Pour son premier film, Ed Wood aborde le thème du travestissement en mêlant bizarrement le drame psychologique et l’horreur surréaliste…

GLEN OR GLENDA

 

1953 – USA

 

Réalisé par Ed Wood

 

Avec Ed Wood, Delores Fuller, Bela Lugosi, Lyle Talbot, Timothy Farrell, Tommy Haynes, Charles Craft, Connie Brooks

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I DOUBLES

Au départ, Glen or Glenda est conçu comme un film d’exploitation censé surfer sur l’affaire Christine Jorgensen, première Américaine à avoir subi une opération de réassignation sexuelle en 1952, un événement qui fit la une des journaux. Flairant le bon coup médiatique, le producteur George Weiss, spécialisé dans les séries B, fait même imprimer l’affiche du film avant d’avoir un scénario ou un réalisateur. Il tente en vain d’attirer Jorgensen elle-même dans le projet, mais devant ses refus répétés, il lui faut revoir ses plans. C’est alors qu’entre en scène Edward D. Wood Jr. Le jeune cinéaste, encore inconnu, parvient à convaincre Weiss de lui confier la réalisation en lui révélant un secret jusque-là connu seulement de sa compagne Delores Fuller : il est travesti. Weiss, voyant là une occasion d’ajouter une touche d’authenticité au film, accepte immédiatement. Sauf qu’au lieu de livrer le mélodrame racoleur attendu sur le sujet de la transsexualité, Wood détourne le projet et signe un plaidoyer maladroit mais sincère en faveur du travestisme, dans lequel il injecte bizarrement de nombreux éléments hérités du cinéma d’épouvante. D’où la présence de Bela Lugosi en tête d’affiche. Alors ruiné et miné par sa dépendance à la morphine, l’ancienne star de Dracula accepte sans discuter en échange de quelques dollars. Wood, lui, s’attribue le rôle principal, dissimulé sous le pseudonyme de Daniel Davis, et donne la réplique à sa petite amie.

Tout commence par un avertissement énigmatique : « Pour réaliser ce film qui traite d’un sujet étrange et curieux, nous n’avons ni usé de violence, ni emprunté des chemins faciles. De nombreux rôles sont tenus par des personnes qui incarnent ce qu’elles sont réellement. Ce film est réaliste et refuse de prendre parti, mais vous donne les faits… tous les faits, tels qu’ils sont aujourd’hui. Vous êtes la société. Ne jugez pas. » Le récit s’ouvre sur le corps d’un homme retrouvé mort, vêtu en femme. Désemparé à l’idée de ne pouvoir s’habiller comme il l’entend sans subir sans cesse les foudres de la police, le malheureux a choisi le suicide. L’inspecteur chargé de l’enquête consulte alors un psychiatre qui lui raconte deux histoires vécues. La première est celle de Glen. Passionné par les vêtements féminins, il vit dans l’angoisse de révéler son secret à la jeune femme qu’il s’apprête à épouser. Le film s’attarde sur ses tourments intimes : doit-il se confier ou continuer à cacher cette facette de lui-même ? Puis le médecin évoque le cas de Alan/Anne. Depuis l’enfance, il se sent femme, bien au-delà du simple travestissement. Décrit comme « pseudo-hermaphrodite », il envisage une opération chirurgicale pour transformer son corps. Il sera ainsi le « fruit de la médecine moderne, comme le monstre de Frankenstein », nous dit une voix off qui ne fait pas dans la dentelle. Ce scénario ne présente à priori aucun caractère fantastique. D’autant que Wood opte pour le format d’un docu-fiction mêlant les saynètes jouées par les comédiens et les commentaires en voix off philosophant autour des travers de notre société, sur fond d’images d’archive variées qui occupent une bonne quinzaine de minutes du métrage : des voitures qui roulent, des immeubles, des gens dans la rue, des animaux, des usines ou encore des soldats en plein conflit.

« Beware ! Beware ! »

Mais au beau milieu de ce patchwork déjà déroutant s’intercalent des images surréalistes (Glen s’imaginant en train de sauver sa fiancée d’un arbre qui s’est effondré sur elle, le diable qui assiste à leur mariage en ricanant puis qui prend la place de sa promise avant de venir envahir tout l’écran). À ce cocktail bizarre s’ajoutent des interludes érotiques sans lien particulier avec l’intrigue, que le producteur décide d’ajouter pour rallonger la sauce – et rendre le tout un peu plus aguicheur. Mais les véritables morceaux d’anthologie de Glen or Glenda sont les interventions de Bela Lugosi. Assis dans une salle sinistre ornée de squelettes, un grand livre sur les genoux, il écarquille les yeux face à la caméra et se lance dans des monologues incompréhensibles, avec son impayable accent hongrois. Totalement déconnecté du reste du film, il pratique des expériences chimiques avec des tubes à essai, tandis que le tonnerre gronde, et nous offre de grands moments d’humour involontaire. L’une de ses répliques les plus fameuses, « Pull the string ! » (« Tire les ficelles »), sera reprise par Tim Burton dans son magnifique biopic Ed Wood. Sans oublier l’impayable « Beware, Beware ! », suivi d’une mise en garde toujours aussi nébuleuse aujourd’hui : « Méfiez-vous du dragon vert assis sur le pas de votre porte. Il mange les petits garçons, la queue des chiots et les gros escargots. » Il n’empêche que derrière ce fatras fait de bric et de broc, mû par des intentions confuses et des décisions de production contraires, se cache une œuvre très en avance sur son temps qui n’est pas sans annoncer quelques-unes des expérimentations de David Lynch. Ce dernier avouera d’ailleurs en avoir fait l’un de ses films de chevet, au point de réutiliser son bruitage de vent sinistre pour la bande son d’Eraserhead.

 

© Gilles Penso

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PRIMITIVE WAR (2025)

La guerre du Vietnam et la préhistoire s’entrechoquent dans ce qui est probablement le meilleur film de dinosaures depuis Jurassic Park !

PRIMITIVE WAR

 

2025 – AUSTRALIE

 

Réalisé par Luke Sparke

 

Avec Ryan Kwanten, Tricia Helfer, Nick Wechhsler, Jeremy Piven, Anthony Ingruber, Aaron Glenane, Carlos Sanson Jr., Albert Mwangi, Adolphus Waylee, M.J. Kokolis

 

THEMA DINOSAURES

Contrairement à ce que pourraient faire croire son poster et son titre, Primitive War n’est pas un « creature feature » de seconde zone façon Asylum (Jurassic City), Syfy (Dinocroc) ou Nu Image (Raptor Island) mais une production australienne ultra-ambitieuse rivalisant sans rougir avec la saga Jurassic Park. Le miracle tient dans le fait que le film a été réalisé sans grand studio, sans subvention ni prévente, avec un budget extrêmement modeste estimé à 7 millions de dollars, soit 66 fois moins que celui de Jurassic World : le monde d’après ! En s’appuyant sur l’expérience acquise sur ses films précédents et sur le travail acharné d’un groupe d’artistes indépendants rompus aux techniques numériques, Luke Sparke porte le projet à bout de bras, assurant lui-même la production, la réalisation, le scénario, le montage, les décors et la co-supervision des effets visuels. Le film s’inspire d’une série de romans écrite par Ethan Pettus et publiée pour la première fois en 2017. « J’ai été captivé par les images qui entourent ces livres d’Ethan et l’histoire qu’ils racontent », explique-t-il. « J’ai travaillé dur pour capturer cette essence, mais aussi le côté cru, les aspects horrifiques et le contexte militaire. Mon objectif était de donner l’impression que les personnages du film Platoon se retrouvaient face aux plus grands prédateurs que la planète ait jamais connus. » (1) Pari largement réussi.

Fidèle à la plume d’Ethan Pettus, le film s’ancre dans un contexte historique tangible. Pendant la guerre du Vietnam, en 1968, un peloton de Bérets verts est stationné dans une vallée reculée de la jungle. Pris dans une embuscade, les soldats sont attaqués et décimés par des prédateurs inconnus. Face à la disparition de l’unité, le colonel qui les avait sous sa responsabilité fait appel à une équipe de reconnaissance connue sous le nom de « Vulture Squad ». L’objectif est clair : retrouver les Bérets verts disparus sans chercher à comprendre quelle était la nature de leur mission top secrète. Parachutés dans la vallée, les membres de l’escouade avancent dans la jungle touffue, découvrent des traces étranges, d’énormes plumes et des empreintes qui semblent appartenir à un animal inconnu. L’expédition prend vite des allures cauchemardesques lorsque nos braves soldats tombent nez à nez avec une meute de dinosaures affamés… Certes, les clichés de films de guerre du Vietnam ne nous sont pas épargnés, notamment la ponctuation régulière de la bande son avec des morceaux de rock et de blues des années 60, tandis que la mécanique narrative reste proche de celle d’Aliens : le commando militaire qui affronte des monstres lors d’une mission de sauvetage.  Mais le film transcende allègrement ces lieux communs pour nous offrir un spectacle de très grande qualité. Les effets visuels y sont extrêmement soignés, la reconstitution de la guerre du Vietnam très ambitieuse et les acteurs franchement convaincants.

Jurassic Platoon

De nombreuses images délicieusement surréalistes – bâtissant leur impact sur leur anachronisme – ponctuent Primitive War : un T-rex somnole dans un cimetière de pachydermes, un deinonychus trimballe un petit alligator dans sa gueule, une horde d’hadrosaure passe au loin tandis que les soldats traversent la brousse, des tricératops s’abreuvent en même temps que des éléphants, des dizaines de brontosaures se promènent en compagnie de notre commando sur les collines, des ptérosaures passent à l’attaque au-dessus des hautes herbes. On croirait parfois voir les tableaux légendaires de Charles Knight et Zdenek Burian, rois de la peinture paléontologique, prendre vie sous nos yeux. Face à ce spectacle incroyablement généreux, force est de constater qu’aucun épisode de la saga Jurassic Park/World n’avait osé montrer autant de dinosaures. Le nombre de morceaux de bravoure et de séquences d’action est sacrément impressionnant, le film ne se réfrénant pas non plus sur quelques effets gore gratinés, tout en s’efforçant de ne pas filmer les créatures comme des monstres mais comme des animaux se positionnant au sommet de la chaîne alimentaire dans un environnement qu’ils se sont réappropriés. Le postulat qui justifie la présence de ces bêtes préhistoriques en plein vingtième siècle n’emprunte cette fois-ci pas ses idées à la génétique mais à la physique quantique et aux trous de vers. Mais le constat est le même : quand l’homme joue à l’apprenti-sorcier, il se laisse dépasser par ses recherches. Malgré ses moyens extrêmement limités, Primitive War est donc non seulement une excellente surprise, mais aussi l’un des meilleurs films de dinosaures jamais vus sur un écran depuis le premier Jurassic Park !

 

(1) Extrait d’une interview publiée sur Bloody Disgusting en septembre 2024

 

© Gilles Penso

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LE ROYAUME SECRET (1998)

Trois enfants découvrent avec stupeur que l’espace sous le lavabo de leur cuisine cache la présence d’une cité médiévale miniature…

THE MAGIC KINGDOM / THE TINY KINGDOM

 

1998 – USA

 

Réalisé par David Schmoeller

 

Avec Billy O’Sullivan, Andrew Ducote, Samantha Tabak, Gerald S. O’Loughlin, Jamieson Price, Andreea Macelaru, Florin Chiriac, Constantin Barbulescu

 

THEMA CONTES I NAINS ET GÉANTS I SAGA CHARLES BAND

Collaborateur de longue date du producteur Charles Band, David Schmoeller concocta pour lui bon nombre de films d’horreur efficaces malgré leurs petits budgets, tels que Tourist Trap, Fou à tuer, Catacombs ou le premier volet de la longue saga Puppet Master. Mais contrairement à ses collègues Ted Nicolaou, David DeCoteau ou Sam Irvin, il ne s’était pas encore frotté à l’univers des films pour public familial, qui occupaient depuis le milieu des années 90 une place importante dans le catalogue de Charles Band. Avec Le Royaume secret, il comble cette lacune en donnant corps à un scénario audacieux de Neal Marshall Stevens (qui signe ici sous son pseudonyme habituel de Benjamin Carr). Certes, le concept évoque d’autres films de la même collection, notamment Shandar : la cité miniature, Le Miroir aux merveilles, Clockmaker et Mysterious Museum. Mais le point de départ et la tournure que prennent les péripéties restent très singuliers, d’autant que Schmoeller parvient à doter le film d’une atmosphère originale en tournant le prologue « réel » dans les rues de Louisiane et toute la partie fantastique en Roumanie, où Charles Band a ses habitudes depuis le lancement de la saga Subspecies.

Pendant que leurs parents sont absents, Mark, Zak et Callie Fremont pensent pouvoir se la couler douce, seuls dans la maison. Mais un matin, Zak, le plus jeune d’entre eux, capte, sur son talkie-walkie un étrange appel à l’aide. À l’autre bout, un ingénieur nommé Chartwell affirme venir de Relkin, un royaume miniature caché derrière les produits ménagers de l’évier. Intrigué, le gamin se rapproche de la source de l’appel et libère malgré lui un passage vers ce monde souterrain. Un accident réduit alors Mark, son frère aîné, à la taille d’un habitant de Relkin. Propulsé au cœur de la cité, il est aussitôt capturé par les soldats du régent, un despote qui règne sur cette cité d’une main de fer. Considéré comme un complice des rebelles, Mark est menacé d’une opération chirurgicale destinée à le transformer en rouage de cette société où chaque individu est remodelé pour servir une fonction précise. Son frère Zak et sa sœur Callie décident de le libérer. Mais comment ?

« La nécessité doit prévaloir sur la vérité »

Schmoeller profite intelligemment des ressources locales, tirant parti à moindre coût de sites naturels roumains particulièrement photogéniques, comme les ruelles pavées d’un village médiéval ou encore l’imposante silhouette d’un château. À cela s’ajoutent les maquillages saisissants imaginés par Gabe Bartalos et son équipe : des citoyens métamorphosés en inquiétantes figures sans yeux, pointant les intrus du doigt en sifflant – écho à L’Invasion des profanateurs -, ou en hybrides mi-humains mi-canins. De quoi effrayer durablement le jeune public auquel le film semble pourtant s’adresser en premier lieu. Car derrière ses airs de conte inoffensif, Le Royaume secret aborde des thèmes très adultes. Le régent (excellent Jamieson Price) s’acharne ainsi à maintenir l’illusion que rien n’existe au-delà des frontières du royaume, afin de préserver une religion fragilisée et d’asseoir son autorité absolue. « La nécessité doit prévaloir sur la vérité », lâche-t-il avec cynisme. Cette logique débouche sur l’inquiétant « Ministère de la perfection », chargé de remodeler chirurgicalement les sujets pour les adapter à la fonction que la société leur assigne. Cette dimension politique donne au film une profondeur inattendue et constitue l’un de ses atouts majeurs. Elle se double d’un clin d’œil littéraire assumé : l’apparition en début et en fin de métrage d’un mystérieux vendeur de paratonnerres qui évoque irrésistiblement La Foire des ténèbres de Ray Bradbury.

 

© Gilles Penso

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MARCHE OU CRÈVE (2025)

Cette adaptation sans concession d’un des récits les plus brutaux de Stephen King réunit 50 concurrents pour une compétition sanglante…

THE LONG WALK

 

2025 – USA

 

Réalisé par Francis Lawrence

 

Avec Cooper Hoffman, David Jonsson, Garrett Wareing, Tut Nyuot, Charlie Plummer, Ben Wang, Jordan Gonzalez, Joshua Odjick, Mark Hamill

 

THEMA POLITIQUE FICTION I SAGA STEPHEN KING

Parmi les centaines d’histoires inventées par Stephen King, la grande majorité semblait destinée à être portée très vite à l’écran. C’est Carrie – premier roman publié et premier film adapté – qui ouvrit le bal. D’autres, en revanche, ont longtemps rôdé en coulisses. Marche ou crève appartient à cette seconde catégorie. Écrit dans la jeunesse de l’auteur, ce texte féroce est demeuré pendant des décennies l’un de ses romans « impossibles à adapter ». Lorsque King imagine ce conte cruel à la fin des années 1960, il n’est encore qu’un jeune professeur arrondissant ses fins de mois avec des nouvelles éditées dans des magazines de seconde zone. Trop cru, trop violent, le manuscrit restera inédit jusqu’à la fin des années 1970, où il paraîtra sous le pseudonyme de Richard Bachman. Le fait que ce nom d’emprunt ait aussi servi pour Running Man n’est sans doute pas innocent, ces deux romans partageant la même plume acerbe et le même portrait d’une Amérique à la dérive où la compétition se transforme en cauchemar. Ici, nous voilà face à une sorte d’épreuve sportive insensée : cent adolescents marchent jusqu’à l’épuisement, surveillés par des soldats qui abattent les retardataires. Seul le dernier survivant sera récompensé. 

En portant ce récit à l’écran, Francis Lawrence insiste sur l’épuisement physique, filmant les tremblements, la sueur, les crampes, tout en adoptant une mise en scène volontairement minimaliste. Les jeunes comédiens eux-mêmes sont poussés à l’extrême : leurs visages marqués et leurs gestes alourdis sont corollaires du véritable marathon auquel ils ont dû se prêter sur le tournage. Une question finit par traverser le récit : qui regarde ? La Longue Marche est conçue comme un spectacle destiné à galvaniser une nation. Mais le film lui-même place le spectateur dans cette même position de voyeur. Assis dans son fauteuil, il observe ces jeunes corps s’effondrer les uns après les autres, pris entre fascination et malaise. En cela, Marche ou crève ne parle pas seulement d’une dystopie fictive : il nous renvoie au miroir de nos propres consommations d’images violentes, de télé-réalités humiliantes ou de compétitions déshumanisées. Face à l’autorité représentée par le personnage du major (Mark Hamill), les adolescents ne peuvent se raccrocher qu’à leur solidarité de fortune, leurs conversations brisées par la fatigue, leurs rêves murmurés entre deux halètements. 

Un pied dans la tombe

Si Marche ou crève résonne autant aujourd’hui, c’est que sa cruauté symbolise parfaitement notre époque. Les compétitions absurdes, la pression de la performance, la valorisation de l’endurance sans fin sont autant de réalités qui hantent nos vies quotidiennes, du monde du travail aux logiques de divertissement. On peut penser à Squid Game, Battle Royale ou Hunger Games, bref à ces fictions où la survie devient un jeu. Mais ici, l’épure est totale : pas de futurisme, pas d’arène spectaculaire, seulement une route et cinquante adolescents condamnés à avancer. Nous sommes finalement plus proches du glaçant Punishment Park. Cette simplicité radicale rend le propos d’autant plus universel. En divisant par deux le nombre de marcheurs par rapport au livre, en évitant toute scène de foule, en ne nous montrant jamais l’impact de cet événement national sur la population, Lawrence privilégie une sorte d’épure qui mue quasiment le récit en allégorie. Après des décennies de faux départs (George Romero, Frank Darabont, André Øvredal ont envisagé à tour de rôle de porter ce roman à l’écran), Marche ou crève s’impose comme l’une des adaptations les plus singulières – et les plus réussies ? – de Stephen King. C’est en tout cas le sommet de la carrière d’un cinéaste qui, avec Constantine, Je suis une légende et la saga Hunger Games, n’avait pas encore montré toute l’étendue de son talent. Voilà chose faite.

 

© Benjamin Braddock

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LE TRIOMPHE DE TARZAN (1943)

Dans cette aventure rocambolesque digne d’un serial, le roi de la jungle affronte des nazis et vient au secours des habitants d’une cité perdue…

TARZAN TRIUMPHS

 

1943 – USA

 

Réalisé par Wilhelm Thiele

 

Avec Johnny Weissmuller, Johnny Sheffield, Frances Gifford, Stanley Ridges, Sig Ruman, Philip Van Zandt, Rex Williams, Pedro de Cordoba, Louis Adlon

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I TARZAN

Au début des années 40, Hollywood se fait l’écho du conflit mondial. Chaque studio trouve un moyen de soutenir l’effort de guerre : films patriotiques, comédies musicales exaltant le moral des troupes ou productions d’aventure destinées à galvaniser l’imaginaire du public. C’est dans ce contexte que naît Le Triomphe de Tarzan, un film où l’homme-singe, figure apolitique par excellence, devient malgré lui le champion d’une cause : celle de la démocratie contre le nazisme. À l’origine du projet, on retrouve le producteur Sol Lesser, déjà familier de l’univers créé par Edgar Rice Burroughs. Initiateur de Tarzan l’intrépide (1933) avec Buster Crabbe et La Revanche de Tarzan (1938) avec Glenn Morris, il récupère la franchise lorsque la MGM cède ses droits à la RKO. Le deal inclut deux de ses atouts majeurs : Johnny Weissmuller, toujours indétrônable dans le rôle-titre, et Johnny Sheffield, alias Boy, son fils adoptif. Maureen O’Sullivan, en revanche, reste sous contrat MGM et ne cache pas son soulagement de tirer un trait sur Jane. La situation mondiale ne laissant pas beaucoup de choix au scénario, Le Triomphe de Tarzan est quasiment un film de guerre. Le département d’État américain lui-même suggère à Sol Lesser qu’une histoire mettant en scène Tarzan opposé au fascisme serait un véhicule parfait pour un message de propagande accessible à tous.

Dès les premières minutes, nous apprenons que Jane est à Londres, auprès de sa mère malade, alors que la guerre fait rage. Mais la menace se déplace au cœur de la jungle africaine, puisqu’un avion d’officiers allemands survole la région de Palandria, un royaume fictif riche en matières premières stratégiques. Leur objectif consiste à séduire les habitants par des promesses de modernisation, puis à instaurer l’« ordre nouveau » à coup de discipline militaire. Tarzan, quant à lui, tarde à s’impliquer. Fidèle à sa nature, il reste d’abord à l’écart des intrigues humaines, jusqu’à ce que les nazis s’en prennent directement à Boy. Dès lors, le film bascule et l’homme-singe devient un guerrier implacable, une force brute qui affronte seul une armée entière, comme un Rambo avant l’heure. Privé de Jane, le récit introduit un substitut avec Zandra (Frances Gifford), une princesse guerrière de Palandria qui sauve Boy d’une chute mortelle en tout début de film, puis devient l’alliée de Tarzan face aux envahisseurs.

L’effort de guerre

Pour compenser un budget modeste, Le Triomphe de Tarzan joue habilement l’économie. Certains décors sont recyclés (la forteresse de Palandria est issue de Gunga Din), les stock shots d’animaux sauvages abondent (crocodiles, singes, félins), la jungle sent un peu le studio (le refuge de Tarzan et Boy est reconstitué à Sherwood Forest, en Californie, avec de grandes toiles peintes pour certains arrière-plans). Mais ce sens du bricolage régnait aussi sur les six films de la période MGM. En ce sens, Le Triomphe de Tarzan assure la continuité. On regrette évidemment que le célèbre cri du roi de la jungle ne soit qu’une imitation peu convaincante de celui que nous connaissons, la MGM ayant refusé de céder son enregistrement à la RKO. Pour le reste, ce nouvel opus ne pâlit guère de la comparaison avec ses prédécesseurs et témoigne même d’une ambition le dotant de proportions épiques, notamment au cours de la grande bataille finale contre les soldats allemands. Le film marque surtout une étape inattendue dans la mythologie du personnage. Si Tarzan fusionne plus que jamais avec son élément naturel – capable de parler avec les animaux et de comprendre leur langage, don qu’il a transmis à Boy -, il n’est plus seulement le gardien impartial d’une jungle fantasmée mais devient un héros enrôlé dans le combat universel contre la barbarie. Une mutation qui reflète parfaitement l’Amérique de 1943, où chaque production se devait de participer à la lutte idéologique.

 

© Gilles Penso

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