PREHISTORIC TIGER (2002)

Des savants aux intentions indéfinissables utilisent de l’ADN fossilisé pour créer non pas un dinosaure mais un tigre à dents de sabre…

SABRETOOTH

 

2002 – USA

 

Réalisé par James D.R. Hickox

 

Avec David Keith, Vanessa Angel, Josh Holloway, John Rhys-Davis, Jenna Gering, Lahmard J. Tate, Nicole Tubiola

 

THEMA MAMMIFÈRES

Même les enfants de cinq ans savent que les tigres à dents de sabre vécurent longtemps après les dinosaures, donc pas du tout pendant la période jurassique, ce qui ne semble pas avoir gêné outre-mesure les distributeurs français de Sabretooth, osant l’improbable titre Jurassic Tiger lors de ses diffusions télévisées, dans une tentative désespérée de surfer tardivement sur la vogue Jurassic Park, avant de se rabattre vers un plus raisonnable Prehistoric Tiger pour l’exploitation vidéo. L’idée de donner la vedette à un de ces fauves préhistoriques monstrueux aux canines démesurées était plutôt intéressante, dans la mesure où les smilodons et les machairodus (petits noms dont les ont dotés les paléontologues) n’avaient jusqu’à présent été que seconds rôles dans une poignée de films tels que Sinbad et l’œil du tigre ou La Guerre du feu. Pour justifier la présence d’un tel fauve dans un contexte moderne, les scénaristes ne sont pas allés chercher bien loin. Des scientifiques utilisent en effet de l’ADN fossilisé afin d’en recréer un en chair et en os. Merci Michael Crichton !

Transporté dans un camion sur une route de montagne, l’animal s’échappe après un accident et s’en va gambader gaiement à travers les bois. Son futur festin est tout désigné. Il s’agit d’un groupe d’apprentis guides de montagne qui font une randonnée censée les former, sous la direction d’une athlétique monitrice. Les hommes sont machos ou idiots, les filles sont belles et stupides, bref les méninges des spectateurs sont charitablement ménagées. D’ailleurs, la bêtise semble être le point commun de la majeure partie des protagonistes de ce monster movie, que ce soient les premières victimes (un couple improbable qui vit dans une maison de campagne aux alentours), les responsables de l’expérience (menés par un John Rhys-Davies qui cachetonne en cabotinant pathétiquement), ou le chasseur dur à cuire embauché par les scientifiques pour capturer la bête au plus tôt. Seul Josh Holloway (futur interprète de Sawyer dans la série Lost) tire un peu son épingle du jeu dans le rôle d’un randonneur un peu moins niais que ses congénères.

« Ses dents sont comme des machettes… »

Reste le monstre. « Ses dents sont comme des machettes, elles pourraient couper un homme en deux » nous annonce une zoologiste avant de finir sous forme de gigot. Tête animatronique assez efficaces pour les gros plans, images de synthèse furtives pour les plans larges, le smilodon fait son petit effet, la mauvaise qualité des incrustations de la bête en 3D étant rattrapée par un montage nerveux et dynamique. Malheureusement, aucune péripétie du film ne s’avère assez palpitante pour générer le moindre suspense digne de ce nom, et Prehistoric Tiger s’achève sur un climax franchement ridicule. A la tête de ce téléfilm modérément convaincant se trouve James D.R. Hickox, qui réalisa la même année Blood Surf, preuve de son intérêt pour les bestiaux antédiluviens puisque ce dernier donnait la vedette à un crocodile géant préhistorique. Pour rentabiliser le travail des infographistes et des créateurs de la tête animatronique, une séquelle de Prehistoric Tiger fut réalisée en 2005 par George Miller (pas celui de Mad Max, l’autre) sous le titre Attack of the Sabretooth (Les Dents de sabre chez nous).

 

© Gilles Penso


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DANS LA PEAU DE JOHN MALKOVICH (1999)

Un marionnettiste découvre un jour une porte dérobée qui donne accès à l’intérieur de la tête de John Malkovich !

BEING JOHN MALKOVICH

 

1999 – USA

 

Réalisé par Spike Jonze

 

Avec John Cusack, Cameron Diaz, Catherine Keener, John Malkovich, Mary Kay Place, Orson Bean, Ned Bellamy

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES

Spike Jonze se fait d’abord connaître comme réalisateur de clips, notamment pour les Beastie Boys, Björk, Fat Boy Slim ou Daft Punk. Sa famille cinématographique s’élargit lorsqu’il épouse Sofia Coppola, fille du grand Francis Ford et déjà réalisatrice d’un très remarqué Virgin Suicide. Pour son premier long métrage, Jonze a la brillante idée de s’associer au scénariste Charles Kaufman, dont l’univers atypique s’était jusqu’alors cantonné au petit écran. Dans la peau de John Malkovich nous offre une entrée en matière très poétique au cours de laquelle le marionnettiste de rue Craig Schwartz (John Cusack) crée des spectacles épurés mais magnifiques (l’animation de ses pantins de bois est très expressive malgré l’immobilité de leur visage). Mais cette activité artistique n’est pas vraiment rémunératrice, et Craig postule pour un poste administratif dans l’entreprise Lester. À partir de là, le film bascule dans un univers digne des Monty Pythons, car le bureau du jeune homme se situe à l’étage « sept et demi » de l’immeuble (poussant le perfectionnisme jusqu’à l’absurdité, Kaufman et Jonze situent cette information à sept minutes et demie du métrage !). Le plafond trop bas de cet étage oblige tous les employés à avancer en se courbant, et le bureau ferme ses portes à quatre heures onze précises. Nous sommes donc en pleine absurdie. Mais ce n’est encore qu’un début.

Un jour, en classant des dossiers, Craig découvre une porte dérobée et l’emprunte. Là se trouve un passage qui mène pendant quinze minutes à l’intérieur de la tête du comédien John Malkovich. Stupéfait par cette découverte, notre marionnettiste en parle à sa collègue Maxine (Catherine Keener) dont il est amoureux, et tous deux montent une entreprise très fructueuse qui propose aux gens d’entrer dans ce monde parallèle improbable. Mais un jour, Lotte (une Cameron Diaz méconnaissable), la femme de Craig, emprunte à son tour le passage, tandis que Maxine est en train de flirter avec Malkovich. Par l’intermédiaire de l’acteur, elles finissent par tomber amoureuses l’une de l’autre.

Peut-on entrer dans sa propre tête ?

Déjà vertigineux, le scénario s’emballe davantage lorsque Craig, jaloux, se rend compte qu’il peut manipuler Malkovich de l’intérieur, comme il le fait avec ses marionnettes à fil. Il se faufile donc dans le passage, entre dans la peau de l’acteur et, faisant croire que Lotte se trouve à sa place, fait l’amour avec Maxine. Ce bon vieux Malkovich finit peu à peu par sentir que quelque chose d’anormal se trame sur son dos, jusqu’à découvrir le pot aux roses. Passées la surprise puis l’indignation, il décide de tenter lui-même l’expérience, autrement dit entrer dans sa propre tête ! « Que se passe-t-il quand un homme emprunte lui-même son propre chemin ? » s’interroge alors Craig. Réponse : la plongée dans un univers alternatif où tout le monde a la tête de Malkovich et où un seul mot existe : « Malkovich »… Le scénario va ainsi au bout de son délire tout en développant en filigrane une métaphore liée à l’identité. Qu’est-ce qui nous définit de prime abord ? semble nous demander ce scénario à tiroirs. Notre enveloppe corporelle ou ce qui se trouve caché à l’intérieur ? « Sois toi-même » pourrait d’ailleurs en être le slogan. Fort de cette expérience joyeusement atypique, Charles Kaufman poursuivra ses expériences avec des œuvres aussi singulières qu’Adaptation, Human Nature ou l’extraordinaire Eternal Sunshine of the Spotless Mind.

 

© Gilles Penso

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FULL ECLIPSE (1993)

Un buddy movie d’un genre très spécial dans lequel Mario Van Peebles fait équipe avec un loup-garou…

FULL ECLIPSE

 

1993 – USA

 

Réalisé par Anthony Hickox

 

Avec Mario Van Peebles, Patsy Kensit, Bruce Payne, Anthony John Denison, Jason Beghe, Paula Marshall, John Verea

 

THEMA LOUPS-GAROUS

Conçu pour le petit écran (principalement via sa distribution en vidéocassettes), Full Eclipse s’amorce comme un classique « buddy movie » policier musclé, dans l’esprit de L’Arme fatale, si ce n’est que les traditionnelles fusillades sont ici assorties de cascades en apesanteur apparemment héritées du cinéma de Hong Kong. A la suite d’une descente de police, Jim Sheldon (Anthony John Denison), le partenaire de l’officier Max Dire (Mario Van Peebles), est abattu. Pourtant, deux jours plus tard, Jim est à nouveau sur pied, grâce à un sérum étrange qui lui a été injecté pendant qu’il était à la morgue. Un émule du réanimateur Herbert West est-il sur le coup ? Pas vraiment, car notre flic de choc n’a rien d’un zombie écervelé. Qui plus est, il semble maintenant doté d’une force surhumaine. Après une arrestation spectaculaire (filmée sous des angles de prise de vue souvent surprenants), Jim saute de voiture en voiture, se jette sur un side-car en pleine course puis se loge inexplicablement une balle en plein crâne sous les yeux de Max.

La vie de notre héros ne cesse du coup d’être chamboulée. Car en plus de la double mort de son partenaire (un traumatisme déjà conséquent en soi !), il doit subir la décision de sa femme qui vient de le quitter, les avances de la belle Casey Spence (Patsy Kensit) qui lui tourne autour avec insistance, et les choix de ses employeurs qui cherchent à l’affecter au département du détective Adam Garou (Bruce Payne), un flic de choc au patronyme laissant peu de place à l’ambiguïté, qui dirige un service dont les agissements sont pour le moins étranges. L’histoire vire alors au fantastique pur, à travers ce commando policier d’élite, mi-homme mi-loup, tandis que la bande son se met à regorger de cris de fauves, comme pour suggérer une présence bestiale permanente, même en dehors des moments de métamorphoses. On se souviendra en particulier de la scène de séduction très animale entre l’affriolante Patsy Kensit (rescapée de L’Arme fatale 2) et Mario Van Peebles, solide interprète d’un flic qui se laisserait presque tenter par les joies de la lycanthropie.

Le commando des hommes-loups

L’aspect des créatures, conçues par Tony Gardner, se limite le plus souvent à des dents pointues, un faciès plus ou moins animal et des griffes démesurées. Mais au cours d’une éclipse, le méchant, par le biais d’un morphing, se transforme en loup géant bipède, très semblable aux lycanthropes de Hurlements. Plutôt convaincant dans les plans serrés, ce monstre perd hélas de la crédibilité lorsqu’il est vu dans son entier, un travers que connaissait déjà la bête conçue par Rick Baker pour Le Loup-garou de Londres. Sans transcender le thème ni le genre, Full Eclipse, réalisé par un habitué du fantastique (Waxwork, Hellraiser 3, Warlock 2), lui-même fils d’un vétéran du cinéma de genre (Douglas Hickox, signataire entre autres de Théâtre de sang et Intervention Delta), se laisse regarder sans ennui, et place même la barre assez haut sous ses modestes allures de téléfilm.

 

© Gilles Penso


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JUNIOR (1994)

Arnold Schwarzenegger incarne un scientifique qui expérimente sur lui-même un médicament expérimental et tombe enceint !

JUNIOR

 

1994 – USA

 

Réalisé par Ivan Reitman

 

Avec Arnold Schwarzenegger, Danny de Vito, Emma Thompson, Frank Langella, Pamela Reed, Aida Turturro, James Eckhouse

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Enivré par le succès considérable de S.O.S. fantômes (un chef d’œuvre dont on ne vantera jamais assez les louanges), Ivan Reitman ne parvint jamais à réitérer un tel exploit, malgré quelques comédies séduisantes comme L’Affaire Chelsea Deardon, avec Robert Redford et Daryl Hannah, ou Président d’un jour, avec Kevin Kline et Sigourney Weaver. Un bel accueil au box-office lui fut cependant réservé en 1988 lors de la sortie de Jumeaux, une farce sommaire reposant sur une idée absurde mais efficace : demander à Arnold Schwarzenegger et Danny de Vito de jouer deux frères jumeaux ! Après avoir retrouvé le massif Arnold à l’occasion d’Un flic à la maternelle, Reitman décida de réunir une fois de plus son duo antithétique avec Junior, souvent considéré – à tort – comme une séquelle de Jumeaux. À vrai dire, le sujet de cette improbable comédie fantastique est tellement aberrant, son scénario tant truffé de clichés caricaturaux et sa mise en scène si maladroite qu’on se demande sincèrement comment Schwarzenegger, De Vito et Emma Thompson ont pu accepter de s’y compromettre. La seule lecture du synopsis aurait fait fuir le plus téméraire des acteurs. Il faut sans doute trouver la réponse dans les rapports amicaux qu’entretiennent le réalisateur et ses comédiens. Parfois, il n’en faut pas plus pour qu’un projet cinématographique – si improbable semble-t-il – voit le jour.

Soucieux de continuer à casser son image de macho au gros bras, Arnold Schwarzenegger incarne donc le docteur Alex Hesse, qui prépare depuis plusieurs années un médicament miracle censé assurer des grossesses sans risque : l’Expectane. Alors qu’il semble prêt à atteindre son but, la Food & Drug Administration lui refuse un permis d’expérimentation. Alex s’apprête alors à regagner son Autriche natale la queue entre les jambes lorsque son associé, le docteur Larry Arbogast (Danny de Vito), lui suggère de faire lui-même office de cobaye. Alex se laisse séduire par cette idée audacieuse qui fera de lui le premier homme « enceint » de l’histoire. Pour y parvenir, Larry s’introduit en catimini dans leur ancien laboratoire, désormais alloué à une jeune chercheuse britannique, le docteur Diana Reddin (Emma Thompson), et y subtilise un ovule cryogénisé…

Poussée d'hormones

Si Danny de Vito et Emma Thompson tirent leur épingle du jeu, dans leur rôle respectif de faire-valoir comique et de chercheuse excessivement maladroite, la performance de Schwarzenegger est franchement embarrassante. Lorsque son personnage enceint, victime de poussées d’hormone, se déguise en femme pour échapper au méchant du film (le toujours impeccable Frank Langella), il est difficile de réfréner des soupirs d’exaspération ! Seuls passages drôles à sauver de Junior : un cauchemar dans lequel Schwarzy donne naissance à un bébé qui a son visage et Danny de Vito lançant des fléchettes sur un poster d’Aerosmith, dont l’un des membres a mis enceinte son ex-femme. Pour le reste, le film s’oublie rapidement après son visionnage, même si Ivan Reitman le cite souvent comme l’un de ses films préférés. Permettons-nous de préférer l’Arnold Schwarzenegger gonflé à la testostérone de Conan, Terminator, Commando et Predator.

 

© Gilles Penso

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I WAS A TEENAGE WEREWOLF (1957)

Le futur Charles Ingalls de La Petite maison dans la prairie incarne un adolescent en pleine rébellion qui se transforme en loup-garou

I WAS A TEENAGE WEREWOLF

 

1957 – USA

 

Réalisé par Gene Fowley Jr

 

Avec Michael Landon, Yvonne Lime, Whit Bissell, Tony Marshall, Dawn Richard, Barney Philips, Ken Miller, Cindy Robbins

 

THEMA LOUPS-GAROUS

Au milieu des années 50, le producteur Herman Cohen décide qu’il est grand temps de donner un coup de jeune aux monstres classiques qui hantaient les productions Universal pendant les deux précédentes décennies. Damant ainsi le pion à la Hammer, il initie en 1957 I Was a Teenage Werewolf, un essai plutôt sympathique dans lequel Michael Landon (futur cow-boy dégoulinant de bons sentiments dans La Petite maison dans la prairie) joue Tony, un lycéen survolté et colérique. Une petite tape amicale sur l’épaule suffit pour déclencher chez lui une bagarre homérique que seule la police peut interrompre. « Je m’enflamme rapidement » avoue-t-il à l’inspecteur. Sa petite amie Arlene (Yvonne Lime) essaie de le convaincre de consulter l’éminent docteur Brandon (Whit Bissell) pour contrôler ses accès de fureur, mais il refuse catégoriquement.

Dès ses premières minutes, I Was a Teenage Werewolf prend la forme d’un véritable témoignage des années drive-in, exhalant une insouciance très réjouissante lors de ses séquences de « party » innocentes émaillées de morceaux musicaux qu’on croirait issus d’une comédie musicale. Les blagues bon enfant s’y accumulent, mais lorsque Tony est victime de l’une d’entre elles, il entre dans une nouvelle colère et frappe son ami Vic (Ken Miller). Il accepte alors de consulter. Mais Brandon, qui n’est autre qu’un bon vieux savant fou à l’ancienne, en profite pour en faire son cobaye. Il lui injecte un sérum puis, par hypnose, le faire régresser jusqu’à ses instincts les plus primitifs, malgré les protestations de son pleutre assistant. Au milieu de la nuit, un lycéen est attaqué et tué dans les bois. Son corps est retrouvé couvert de griffures et de traces de crocs. La police, perplexe, envisage d’enquêter auprès des cirques, des zoos et des ménageries. Mais le vieil homme de ménage du commissariat a sa propre théorie : d’après lui, c’est l’œuvre d’un loup-garou. Car selon les légendes que l’on raconte dans ses Carpates natales, « quand le mauvais œil est sur vous, la bête sauvage entre en votre possession, vous donnant l’apparence et les actes d’un loup ».

La bestialité refoulée

Contrairement à la mécanique habituelle de la pleine lune, la lycanthropie prend ici des allures psychanalytiques, s’apparentant du coup au thème de Jekyll et Hyde. Car depuis son traitement, Tony a un comportement plus paisible. Sa bestialité est refoulée, ne se déchaînant que lorsqu’il est agressé psychologiquement ou physiquement. La première métamorphose à laquelle nous assistons se déroule dans un gymnase du lycée. Irrité par une sonnerie, il attaque une fille en train de s’entraîner sur les barres parallèles. Son maquillage s’avère plutôt efficace, et son allure générale (visage poilu, dents extrêmement proéminentes, oreilles pointues et jaquette de lycéen) inspirera quelques années plus tard Teen Wolf. Finalement, sous ses allures de B-ovie récréatif, I Was a Teenage Werewolf raconte sous l’angle métaphorique les difficultés de l’âge adolescent, les complexités de l’intégration avec les autres et avec le monde adulte. Cette richesse thématique inattendue explique probablement le succès du film, réalisé avec un budget dérisoire de 82 000 dollars.

 

© Gilles Penso

 

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L’ANNEAU SACRÉ (2004)

Cette ambitieuse coproduction internationale conçue pour le petit écran adapte le célèbre mythe de Siegfried et de l’Anneau des Nibelungen

RING OF THE NIBELUNGS / DAS NIBELUNGENLIED

 

2004 – ALLEMAGNE / GB / USA / ITALIE

 

Réalisé par Uli Edel

 

Avec Benno Fürmann, Kristinna Loken, Alicia Witt, Julian Sands, Samuel West, Max Von Sydow, Robert Pattinson, Mavie Hörbiger

 

THEMA HEROIC FANTASY I DRAGONS

L’impact du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson fut tel qu’il déclencha immanquablement maints ersatz aux quatre coins du monde. L’Anneau sacré est l’un des plus audacieux, s’efforçant d’adapter pour le petit écran la célèbre légende de l’Anneau des Nibelungen. Réalisateur pour des séries culte telles que Twin Peaks, Les Contes de la crypte ou Oz, Uli Edel s’est efforcé ici de s’éloigner de la source d’inspiration traditionnelle, autrement dit le célèbre opéra de Wagner, pour puiser directement aux racines des mythologies nordiques et germaniques. Suite à l’assassinat de son père par deux maléfiques rois jumeaux, le prince Siegfried, héritier du trône de Xanten, est recueilli par le forgeron Eywind (Max Von Sydow) alors qu’il n’est qu’un enfant. En grandissant, il se mue en robuste gaillard, à qui le comédien Benno Fürmann prête dès lors ses traits mi brutaux mi angéliques. Ignorant tout de ses origines, il rencontre la belle Valkyrie Brunhilde, reine d’Islande, interprétée par la sculpturale Kristinna Loken, qui fut le redoutable cyborg femelle de Terminator 3.

Après une nuit d’amour passionnée, ils se déclarent mutuellement leur flamme et se jurent fidélité. En gagnant le royaume de Burgund, Siegfried apprend qu’un redoutable dragon nommé Fafner sème la terreur alentour. N’écoutant que son courage, il brave la bête dans son repaire, et parvient à la tuer après un combat épique. En se baignant dans le sang du dragon, Siegfried est désormais invincible, et il décide de ramener au royaume le gigantesque trésor des Nibelungen que gardait Fafner, notamment un anneau qu’il portera désormais. Mais ce trésor est porteur d’une malédiction, et dès lors la route de Siegfried sera pavée de duplicité, de jalousie et de trahisons l’acheminant vers un noir destin. L’ange exterminateur étant en l’occurrence le sinistre Hagen, campé par Julian Sands qui présente ici de nombreuses similitudes physiques avec l’Alan Rickman de Robin des bois.

Le sang de la bête

La première moitié de ce long téléfilm est ainsi ponctuée de séquences épiques, servies par des effets spéciaux haut de gamme. Le cœur du récit s’articule autour de l’affrontement contre Fafner, un dragon en image de synthèse très impressionnant qui rampe sur quatre pattes trapues comme un vrai reptile et dont la gueule se dilate démesurément au moment de cracher du feu. Le combat, situé au beau milieu d’une sinistre caverne, présente plusieurs réminiscences avec ceux des Amours enchantées et du Dragon du lac de feu, et s’achève par l’éventrement de la bête, Siegfried se retrouvant couvert d’un sang poisseux comme jadis Scott Carey sous l’araignée géante de L’Homme qui rétrécit. La seconde partie de l’intrigue, même si elle présente d’autres moments d’action héroïques comme le fameux combat sur les plaques de glace en mouvement, se centre plus particulièrement sur l’histoire d’amour complexe qui lie Siegfried et Brunhilde, et s’achève sur une note tragique et fort émouvante. L’Anneau sacré remplit donc très honorablement son contrat, sans trop souffrir de l’ombre immense de l’œuvre de Peter Jackson, malgré d’inévitables similitudes thématiques.

 

© Gilles Penso


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MUTATIONS (1988)

Des limaces irradiées par des déchets toxiques deviennent soudain carnivores et dévorent la population !

SLUGS

 

1988 – ESPAGNE

 

Réalisé par Juan Piquer Simon

 

Avec Michael Garfield, Kim Terry, Philip MacHale, Alicia Moro, Santiago Alvarez, Concha Cuetos, John Battaglia, Emilio Linder

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Le coup des limaces tueuses, personne n’avait encore osé le faire… Cette lacune a fort heureusement été réparée par Juan Piquer Simon, réalisateur espagnol spécialisé dans les plagiats des films de genre américains, à qui l’on doit notamment le risible Supersonic Man et un Sadique à la tronçonneuse plutôt gratiné. Produit conjointement par l’Espagne et les États-Unis pour un budget ne dépassant pas le million de dollars, Mutations ne restera pas dans les mémoires pour l’audace de son scénario, co-signé par Juan Piquer et Ron Gantman d’après « La Mort visqueuse », un roman exubérant du britannique Shaun Hutson. Qu’on en juge : dans la petite ville américaine d’Ashton, plusieurs morts violentes demeurent inexpliquées. Mike Brady (Michael Garfield), un agent du service d’hygiène, mène l’enquête et trouve les coupables : des limaces irradiées par des déchets toxiques et devenues carnivores ! D’où la réplique qui tue : « Peut-être avons-nous affaire à une espèce de limaces mutantes, du genre qui mange la viande ! » Prononcée avec un grand sérieux, une phrase de ce genre possède évidemment un grand potentiel comique. Bien entendu, notre héros a bien du mal à convaincre les autorités du bien-fondé de sa théorie. Jusqu’à ce que le massacre ne prenne des proportions alarmantes…

Le prétexte narratif du film, qui n’aurait pas surpris trente ans plus tôt au beau milieu d’un cinéma de science-fiction volontiers excessif, s’avère pour le moins daté en 1988. Mais Mutations vaut tout de même le détour pour l’outrance extrême de ses séquences gore, filmées avec un plaisir manifeste par un Juan Piquer en grande forme. La plus corsée d’entre elles se situe dans une chambre à coucher, pendant les ébats sexuels d’un jeune couple. La fille se retrouve en tenue d’Eve au beau milieu d’un tapis grouillant et gluant de plusieurs milliers de limaces qui la recouvrent peu à peu. La bave se mélange au sang sur toute la surface de son corps dénudé, et son œil finit par sortir de son orbite ! Dans le même registre, on se souviendra du jardinier qui se coupe la main à la hache parce qu’une limace dissimulée dans son gant est en train de le mordre, de l’homme dont le visage explose littéralement sous la pression des bestioles rampantes en plein restaurant, ou de ce fermier dont le ventre s’ouvre pour libérer des flots de sang… Le tout agrémenté de bruitages visqueux du meilleur effet.

La mort visqueuse

Les trucages, artisanaux, combinent des centaines de limaces réelles, des reproductions inertes en plastique (proches de celles qu’on trouverait dans un magasin de farces et attrapes) et un exemplaire articulé mû par des systèmes mécaniques sous la direction de Carlo de Marchis, qui assista Carlo Rambaldi sur des monstres un poil plus consistants (notamment King Kong, Alien et le serpent géant de Conan le barbare). Pour d’évidentes raisons budgétaires, Piquer doit en revanche abandonner l’idée d’une limace géante qui était censée intervenir au cours du climax. Du coup, le dénouement tel qu’il se présente dans le montage définitif s’avère un peu mou, pas vraiment à la hauteur des excès précités, lesquels valurent au film une interdiction pendant près de dix ans sur le territoire australien. Pour l’anecdote, on note que l’immense comédienne Silvana Mangano (Ulysse, Barabbas, Mort à Venise) joue très brièvement une cliente dans un restaurant. Ce sera sa dernière apparition à l’écran.

 

© Gilles Penso

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LA DIXIÈME VICTIME (1965)

Ursula Andress prend en chasse Marcello Mastroianni pour les besoins d’un jeu télévisé futuriste à l’issue fatale…

LA DECIMA VITTIMA

 

1965 – ITALIE / FRANCE

 

Réalisé par Elio Petri

 

Avec Marcello Mastroianni, Ursula Andress, Elsa Martinelli, Salvo Randone, Massimo Serato, Milo Quesada

 

THEMA FUTUR I CINÉMA ET TÉLÉVISION

Au 21ème siècle, pour assouvir l’instinct de meurtre des citoyens, un jeu a été instauré : La Grande Chasse. Deux participants sont sélectionnés au hasard : un « chasseur » et une « victime ». Le prédateur connaît sa proie, qui ignore en revanche qu’elle a été désignée, et une très grosse somme d’argent est à la clef. Cette fois ci, le chasseur est Caroline Meredtith (Ursula Andress), qui est sur le point de battre son record, et la victime Marcello Polletti (Marcello Mastroianni), qui accumule les chassés croisés amoureux et les soucis financiers. Tous deux vont devoir s’affronter à Rome, au Colisée, devant les caméras de télévision du monde entier. Lorsqu’il découvre qu’il est en ligne de mire, Marcello décide de retourner la situation à son avantage et de devenir le chasseur. Mais bientôt, nos deux opposants commencent à tomber amoureux l’un de l’autre, ce qui complique sérieusement les choses…

Voilà un film insolite, brisant net les habitudes et les anticipations du spectateur le plus assidu. Inspirée du roman « La Septième Victime » écrit en 1953 par Robert Sheckley, l’histoire se déroule dans un futur indéterminé qui ressemble plutôt à un monde parallèle, dans la mesure où l’architecture, la technologie et la mode vestimentaire (œuvre ici d’André Courrèges) restent typiques des années soixante, les seuls élans « futuristes » concernant de gros ordinateurs parlants et des téléphones portables. Un futur à la Alphaville, en quelque sorte. Les classiques de la littérature y sont devenus les bandes-dessinées, et les citoyens trop âgés doivent être « restitués » au gouvernement. Le postulat du film, autrement dit le meurtre autorisé selon certaines règles afin de canaliser la violence des individus, annonce avec une décennie d’avance La Course à la mort de l’an 2000, Rollerball, et surtout Le Prix du danger (inspiré justement d’un autre roman de Robert Sheckley). D’autant qu’ici aussi interviennent la télévision et les sponsors.

La mort en direct

Mais le traitement choisi par Elio Petri est tout autre. Dans La Dixième victime, le cynisme désabusé est de mise, via l’anti-héros incarné par Mastroianni. Le slogan publicitaire du jeu vaut d’ailleurs son pesant de cacahuètes : « Si vous êtes suicidaire, la Grande Chasse est faite pour vous. Pourquoi faire un contrôle des naissances quand on peut avoir un contrôle des morts ? » C’est dans le Temple de Venus que prévoit de l’abattre sa chasseresse Ursula Andress, icône Botticellien dans James Bond contre Dr No et future Aphrodite du Choc des Titans. L’image de la célèbre déesse antique colle ainsi comme une seconde peau à la sculpturale comédienne suisse. Fruit de tous les fantasmes, Ursula s’exhibe d’ailleurs en début de film dans le « Masoch Club », au milieu de convives qu’elle frappe pendant une danse érotique, puis se débarrasse de son chasseur grâce à deux canons de revolvers camouflés dans son soutien-gorge (un gadget qui sera repris entre autres dans les parodies d’espionnage Matt Helm traqué et Austin Powers). Le dénouement de cette Dixième victime accumule les retournements de situation, se mue en poursuite échevelée, à grand renfort de coups de feu intempestifs, et s’achève dans un « avion matrimonial » où est célébré un mariage sous la menace d’un pistolet ! Vraiment un curieux film.

 

© Gilles Penso

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AMITYVILLE (2005)

Ryan Reynolds et Melissa George tiennent la vedette de ce remake du classique de 1979 produit par Michael Bay

THE AMITYVILLE HORROR

 

2005 – USA

 

Réalisé par Andrew Douglas

 

Avec Ryan Reynolds, Melissa George, Jesse James, Jimmy Bennett, Rachel Nichols, Philip Baker Hall, Chloe Mortez

 

THEMA FANTÔMES I SAGA AMITYVILLE

Le succès du remake de Massacre à la tronçonneuse aidant, le producteur Michael Bay et le scénariste Scott Kosar se réunissent une fois de plus pour s’attaquer à un autre classique de l’épouvante des années 70, le bien nommé Amityville la maison du diable. Si le réalisateur a changé (Marcus Nispell cède ici le pas à Andrew Douglas), la charte de mise en scène des deux films est très similaire : texte sobre blanc sur noir annonçant que nous avons affaire à une « histoire vraie », générique minimaliste, extraits en noir et blanc de fausses images d’archive, coupures de presse de l’époque, intrigue située au milieu des années 70, photographie un peu surexposée et quasi-monochrome inspirée de l’image des films des seventies… La séquence d’intro nous remémore les faits : la nuit du 13 novembre 1974, les policiers du comté de Suffolk débarquent à Amityville, dans la résidence du 112 Ocean Avenue, et découvrent six membres d’une même famille massacrés dans leur lit à coup de fusil. L’auteur du crime, Ronald DeFeo Jr, déclare avoir assassiné son père, sa mère et ses quatre frères et sœurs après avoir entendu des voix le lui ordonnant. Un an plus tard, George et Katy Lutz emménagent avec les trois enfants de cette dernière dans la maison d’Amityville. Au courant du drame passé, George ne s’en émeut pas pour autant, déclarant « il n’y’ a pas de mauvaise maison, il n’y a que des mauvaises personnes. ». Évidemment, les choses ne tardent pas à tourner au vinaigre.

Si le Massacre à la tronçonneuse des années 2000 revisitait entièrement le scénario du film de Tobe Hooper, cet Amityville reproduit servilement son modèle, empruntant la même structure, les mêmes événements et la même progression dramatique. Le spectateur familier du shocker de Stuart Rosenberg n’y gagne donc guère au change, d’autant que Ryan Reynolds et Melissa George, malgré leur charme et la sympathie qu’ils dégagent, n’ont ni le charisme, ni la stature de leurs prédécesseurs James Brolin et Margot Kidder. Certes, le film égrène son lot de séquences choc, notamment les visions effrayantes de George, l’attaque du prêtre par une horde de mouches, la petite Chelsea qui escalade le toit de la maison pour suivre son amie imaginaire ou encore l’hélice du bateau qui manque de broyer la tête de Katy.

Le train fantôme

Mais à trop vouloir privilégier les effets choc traditionnels (brusques entrées dans le champ de visions macabres, explosions sonores), Amityville se prive d’une vraie atmosphère, jouant simplement la carte du train fantôme en suivant un terrain déjà trop balisé pour surprendre. D’autant que le scénario n’hésite pas à utiliser le motif récurrent de la petite fille fantôme dont le cinéma d’épouvante japonais ne cesse de nous abreuver depuis des années. Restent quelques idées originales, liées en particulier à l’origine du mal. En se renseignant dans les archives de la ville, Katy découvre ainsi que la maison servit jadis de sanctuaire au maléfique révérend Jeremiah Ketcham, qui tortura et massacra dans le sous-sol de la bâtisse une bonne vingtaine d’Indiens. Voilà de quoi alimenter une mythologie toujours vivace depuis sa première adaptation cinématographique en 1979.

 

© Gilles Penso

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AQUAMAN (2018)

Le super-héros amphibie de l’univers DC tient la vedette de son premier long-métrage solo sous les traits massifs de Jason Momoa

AQUAMAN

 

2018 – USA

 

Réalisé par James Wan

 

Avec Jason Momoa, Amber Heard, Willem Dafoe, Patrick Wilson, Nicole Kidman, Dolph Lundgren, Yahya Abdul-Mateen, Temuera Morrison, Ludi Lin, Djimon Hounsou

 

THEMA SUPER-HÉROS I MONSTRES MARINS I SAGA DC COMICS

A force de côtoyer le diable, James Wan aurait-il fini par lui vendre son âme ? Succombant à l’appel du blockbuster, le réalisateur surdoué de Saw, Insidious et Conjuring était déjà sorti de l’ornière de ses modestes films d’épouvante pour se frotter à la tôle froissée et à la testostérone de Fast and Furious 7. Après ce qui ressemblait à une parenthèse, il était « revenu dans le droit chemin »  en mettant son savoir-faire au service du second Conjuring. Mais le revoici propulsé dans une méga-production de 200 millions de dollars qui se positionne comme l’antithèse exacte du cinéma qui le fit connaître. Car Aquaman est tout ce que les premiers films de Wan ne sont pas : tapageur, excessif, outrancier, clinquant et tape-à-l’œil. L’homme-poisson de DC avait déjà fait quelques apparitions anecdotiques sous les traits de Jason Momoa dans Batman V. Superman et Justice League. Le voici désormais star de son propre long-métrage. Patrick Wilson, l’acteur fétiche de James Wan, hérite du rôle d’Orm, son demi-frère maléfique. A leurs côtés, on note la présence de Nicole Kidman, Willem Dafoe, Dolph Lundgren… Mais à quoi bon se payer un casting aussi prestigieux si c’est pour filmer tous ces acteurs sur fond bleu, agiter leurs cheveux numériquement, les placer à cheval sur des hippocampes géants en image de synthèse et leur faire déclamer des dialogues absurdes ?

Aquaman commence comme une relecture de Splash. En 1985, un brave gardien de phare (Temuera Morrison) découvre une Atlante échouée (Nicole Kidman), s’amourache d’elle et lui fait un enfant, avant qu’elle ne reparte rejoindre les siens. L’enfant grandit, est malmené par ses camarades de classe qu’il effraie en communiquant soudain avec un requin derrière une vitre, dans une sorte de remake aquatique d’une scène clé de Harry Potter. La finesse n’étant pas vraiment au rendez-vous de ces séquences pré-générique, on se dit que 2h30 de métrage, ça risque de faire long. Et effectivement, les choses ne s’arrangent pas beaucoup par la suite. Devenu un grand gaillard aux pouvoirs surhumains, notre héros mi-humain mi-atlante interrompt un acte de piraterie visant un sous-marin russe puis se retrouve au cœur d’une rivalité aquatique aux velléités shakespeariennes avec son demi-frère Orm (Patrick Wilson), aspirant au trône de l’Atlantide et désireux d’entrer en guerre contre les « Surfaciens », autrement dit nous autres, pauvres humains. Avec le soutien de la jolie rouquine Mera (Amber Heard) et du vénérable mentor Vulko (Willem Dafoe), Aquaman va tenter de contrecarrer les plans hégémoniques d’Orm et de remettre la main sur un trident ancestral caché aux confins de la planète…

On touche le fond !

De toute évidence, James Wan n’est pas ici dans son élément. La grande séquence de la découverte de l’Atlantide en est la meilleure preuve. Cette immersion spectaculaire soutenue par une partition de Rupert Gregson-Williams qui se prend soudain pour Vangelis nous en met plein la vue : des lumières partout, des vaisseaux futuristes, des vestiges de cités antiques, une épave de galion, de jolies méduses, des tortues marines et des requins… Le problème, c’est que Wan semble ne pas du tout savoir où mettre sa caméra. Cinéaste du huis-clos et de l’intime, le voilà soudain privé des quatre murs de son terrain de jeu habituel. Face à cet espace de liberté nouvellement acquis, il se perd. On jurerait qu’il laisse les clefs aux créateurs des animatiques et qu’il abdique. Il faut dire qu’avec ces 2300 plans truqués par onze compagnies d’effets spéciaux distinctes (notamment ILM, Weta et Digital Domain), il y a de quoi se laisser submerger. D’où ces mouvements de caméra circulaires qui tournent vainement autour des personnages en plein dialogue, comme s’il fallait optimiser toute cette imagerie numérique au lieu de se concentrer simplement sur les acteurs. Ou ces explosions qui surviennent à peu près tous les quarts d’heure pour interrompre des scènes de discussion et tenter de relancer l’intrigue (on croirait avoir affaire à un gag de répétition). Wan retrouve momentanément sa verve au cours de la scène des monstres de la fosse, qui rendent hommage à L’Étrange créature du lac noir et H.P. Lovecraft, mais c’est un peu court. Tout le potentiel dramatique du héros (à la fois souverain mythologique et icône de la pop culture) et de son antagoniste (qui se dresse contre les exactions des hommes à l’instar du capitaine Nemo de 20 000 lieues sous les mers) s’effacent derrière le lissage extrême de l’intrigue et ses clins d’œil maladroits (à Karaté Kid, Les Dents de la mer ou Pinocchio). En l’état, le spectacle de ces combats improbables à dos de squale donne à Aquaman les allures d’un Sharknado boosté aux dollars. Ce pourrait n’être qu’une erreur de parcours. Pourtant, face au succès colossal du film, Wan s’est aussitôt lancé dans les préparatifs de sa séquelle…

 

© Gilles Penso

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