KNOCK KNOCK (2015)

Seul chez lui pour le week-end, un architecte reçoit la visite inattendue de deux jeunes filles qui cherchent un abri et cachent bien leur jeu…

KNOCK KNOCK

 

2015 – USA / CHILI

 

Réalisé par Eli Roth

 

Avec Keanu Reeves, Lorenza Izzo, Ana de Armas, Ignacia Allamand, Dan Baily, Megan Bailt, Aaron Burns, Colleen Camp

 

THEMA TUEURS

Eli Roth est un homme sous influence. Si Cabin Fever et Green Inferno étaient respectivement inspirés par Evil Dead et Le Dernier monde cannibale, Knock Knock est quant à lui le remake officiel d’un film de Peter S. Traynor passé totalement inaperçu lors de sa sortie en 1977, Death Game (rebaptisé Ça peut vous arriver demain en France). Ce shocker d’un genre très particulier mettait en scène Sondra Locke et Colleen Camp dans le rôle de deux dangereuses psychopathes manipulatrices. Un remake non officiel avait déjà été signé en 1980 par le cinéaste espagnol Manuel Esteba sous le titre Viciosas al desnudo (« Vicieuses et dénudées », tout un programme !). Mais Knock Knock tient à créer un lien plus direct avec son modèle. Du coup, le réalisateur et les deux actrices principales de Death Game participent à la production du film, Colleen Camp acceptant même d’y jouer un rôle secondaire. Avec ses partenaires d’écriture Guillermo Amoedo et Nicolás López, Eli Roth réadapte le concept aux mentalités de 2015 et laisse notamment les réseaux sociaux jouer un rôle important dans le scénario. Le projet entre en production très vite, dès lors que Keanu Reeves donne son accord pour jouer le rôle masculin principal. L’équipe s’installe alors à Santiago du Chili pour le tournage de ce huis-clos oppressant.

La star de Matrix et de John Wick incarne Evan, architecte talentueux et père de famille comblé. Pendant le week-end de la fête des pères, son épouse et ses enfants partent à la plage mais il ne peut se joindre à eux, pris par un travail qu’il doit terminer au plus vite. Tranquillement installé dans sa vaste maison décorée par les œuvres de sa femme sculptrice, Evan se plonge dans ses designs architecturaux en écoutant des vinyles sur sa platine de DJ. La soirée est paisible, la nuit tombe et s’étire. Dehors, un violent orage gronde. Soudain, on cogne à la porte. Lorsqu’Evan ouvre, c’est pour découvrir deux jeunes filles trempées jusqu’aux os, Bel (Ana de Armas) et Genesis (Lorenza Izzo, épouse d’Eli Roth à l’époque du tournage). Perdues, désorientées, elles cherchent des amis et se sont visiblement trompées de quartier. Evan ne peut se résoudre à les laisser dans cet état. Il leur propose donc de venir se sécher et de passer un coup de fil. Mais lorsqu’elles pénètrent chez lui, c’est comme si le loup entrait dans la bergerie. Le cauchemar s’apprête à commencer…

Les diaboliques

C’est avec une cruelle délectation que le cinéaste semble s’amuser à bâtir le cadre de vie paradisiaque de son héros pour mieux le faire voler en éclat au fil d’un récit qui se vit comme une inexorable descente aux enfers. Très inconfortable, bâti autour d’une tension qui monte lentement mais sûrement jusqu’au point de non-retour, Knock Knock (« Toc Toc », le bruit de la porte à laquelle on cogne) s’appuie énormément sur la prestation impressionnante de Keanu Reeves, qui donne beaucoup de sa personne sur un registre passif qu’on ne lui connaissait pas, lui qui joue généralement les héros durs à cuire. Ana de Armas et Lorenza Izzo ne déméritent pas, tour à tour charmantes, détestables et terrifiantes. L’horreur de la situation décrite par le film est avant tout psychologique, même si le sang finit par couler, mais c’est justement la tangibilité des faits décrits qui les rend si inquiétants. « Ça peut vous arriver demain » : le titre français de Death Game n’était pas si mal choisi. Mais si, chez Peter S. Traynor, le comportement des deux furies semblait relever d’un déséquilibre mental aigu rendant imprévisibles chacune de leurs actions, le jeu auquel jouent celles de Knock Knock semble moins immature et primaire. De fait, tout semble préparé, calculé, minuté au millimètre près. Dans les dialogues sentencieux des comédiennes, on devine trop les répliques toutes faites qu’ont écrites pour elles les scénaristes. Cette absence de spontanéité et cette idée de « préméditation » enlève beaucoup d’impact et de crédibilité à leurs actes. Il n’en demeure pas moins que le film sait distiller un malaise vénéneux et croissant jusqu’à son final désespéré et cynique.

 

© Gilles Penso

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MAD MISSION 3 (1984)

Ce troisième épisode réalisé par Tsui Hark redouble d’inventivité et multiplie les références à la saga James Bond

ZUIJIA PAIDANG ZHI NÜHANG MILING / MAD MISSION 3: OUR MAN FROM BOND STREET

 

1984 – HONG-KONG

 

Réalisé par Tsui Hark

 

Avec Sam Hui, Karl Maka, Sylvia Chang, Peter Graves, Richard Kiel, Harold Sakata, Jean Mersant, John Sham, Huguette Funfrock

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION I SAGA MAD MISSION

La franchise Mad Mission ayant prouvé sa rentabilité, un troisième opus est logiquement mis en chantier par les producteurs Jim Lau et Karl Maka. Cette fois-ci, le réalisateur Eric Tsang cède sa place à Tsui Hark. S’il n’est pas encore le célèbre producteur du Syndicat du crime ou d’Histoire de fantômes chinois, Hark s’est déjà fait un nom à Hong-Kong en dirigeant The Butterfly Murders, Histoires de cannibales, L’Enfer des armes et surtout Zu, les guerriers de la montagne magique, un film de sabre et d’arts martiaux qui révolutionne le genre et assoit son style. Avoir de pouvoir tourner des œuvres plus personnelles, il joue le jeu du cinéma commercial et accepte donc de prendre la barre de ce Mad Mission 3 qui va dépasser en outrances et en références ses prédécesseurs. Le générique de début assure le lien en égrenant pendant deux minutes un best-of des cascades automobiles des deux premiers films. Puis l’action se met en place dans un Paris de carte postale. En vacances dans notre belle capitale pleine de majorettes et de policiers à képi, Sam (Sam Hui toujours) n’a guère le temps de se reposer. En quelques minutes, il se bat contre une jolie espionne sur les quais, est attaqué par un sosie du Oddjob de Goldfinger (Tsuneharu Sugiyama) qui lui lance son fameux chapeau tranchant, puis affronte sur la tour Eiffel le colossal Richard Kiel (échappé de L’Espion qui m’aimait et Moonraker) qu’il fait gonfler avec une bouteille d’oxygène comme Kananga dans Vivre et laisser mourir. Voilà un démarrage en fanfare, fidèle à la promesse référentielle du sous-titre de ce troisième opus : Our Man From Bond Street.

Mais les clins d’œil ne s’arrêtent pas là. En se jetant dans la Seine, Sam est avalé par un sous-marin en forme de requin (musique des Dents de la mer à l’appui). Là, il est accueilli par l’agent James Bond lui-même (Jean Mersant). Ce dernier lui demande de l’aider à restituer à la Reine d’Angleterre (Huguette Funfrock) les pierres précieuses de sa couronne qui ont été dérobées à Hong Kong. Puis c’est carrément le Peter Graves de Mission Impossible, en pleine période d’autodérision post-Airplane, qui fait son apparition dans le rôle d’un l’agent nommé Tom Collins. Il y a bien sûr une enveloppe qui l’attend à Hong Kong avec un message qui ne tarde pas à s’autodétruire avec perte et fracas. Collins découvre que le soi-disant James Bond est en réalité à la tête d’une organisation internationale d’escrocs professionnels. Sam a alors pour mission de récupérer les pierres tout en mettant hors d’état de nuire l’organisation…

Loufoquement vôtre

La saga James Bond, référence majeure de la franchise Mad Mission et notamment de cet épisode, vit alors ses heures les plus exubérantes en fin de période Roger Moore. La science-fiction s’invite donc un peu partout dans ce troisième épisode. D’où cette scène de « casse » high-tech où Sam déjoue des rayons lumineux à l’aide d’un dispositif dont même le Tom Cruise de Mission Impossible serait jaloux. Les gadgets délirants sont d’ailleurs légion dans le film, des baskets motorisées au bathyscaphe/aéroglisseur en passant par le skateboard à réaction. Plus rythmé et mieux équilibré que ses deux prédécesseurs, Mad Mission 3 accumule les scènes surréalistes à un rythme effréné : la pyramide humaine de gangsters déguisés en pères Noël qui s’enfuient en jet-pack, Sam et Kody accrochés à une aile volante qui fonce dans les tunnels du métro, des hélicoptères qui arrachent un yacht des flots, un commando futuriste qui s’envole depuis le pont d’un sous-marin… L’inévitable référence à Mad Max est toujours de mise, avec cette fois-ci une horde de barbares motorisés au look post-apocalyptique qui prennent d’assaut la voiture pilotée par Sam et la jeune fille dont il s’est épris. Certes, certains trucages optiques sont d’une grande maladresse, quelques fils sont visibles, la technique n’est pas toujours parfaite… Mais quel spectacle, quelle générosité ! La machine étant si bien lancée, trois autres épisodes suivront.

 

© Gilles Penso

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LIFEFORCE (1985)

Tobe Hooper met en scène des vampires de l’espace qui absorbent l’énergie vitale des terriens et sèment un chaos indescriptible sur notre planète…

LIFEFORCE

 

1985 – GB

 

Réalisé par Tobe Hooper

 

Avec Steve Railsback, Peter Firth, Frank Finlay, Mathilda May, Patrick Stewart, Michael Gothard, Nicholas Ball, Aubrey Morris

 

THEMA VAMPIRES I EXTRA-TERRESTRES

Après ses expériences avec le studio Universal à l’occasion de Massacres dans le train fantôme et Poltergeist, Tobe Hooper se rapproche de Menahem Golan et Yoram Globus, les patrons de la Cannon, avec qui il signe un contrat pour trois films successifs. Ce package comprend Massacre à la tronçonneuse 2, L’Invasion vient de Mars, et Lifeforce, qui sera le premier des trois. Le projet s’appelle d’abord Space Vampire, titre du roman de Colin Wilson dont il s’inspire. Le sujet mixant l’horreur et la science-fiction, Golan et Globus sollicitent le scénariste Dan O’Bannon, qui sut parfaitement équilibrer ces deux genres avec Alien. O’Bannon rédige le script avec Don Jakoby (Tonnerre de feu) et les producteurs, flairant là un gros succès potentiel, allouent au film un budget confortable de 25 millions de dollars. Pour éviter une connotation trop « série B », Golan et Globus décident finalement de rejeter le titre Space Vampires (qui n’est pas sans évoquer La Planète des vampires de Mario Bava) au profit d’un plus sobre et énigmatique Lifeforce. Si le roman de Wilson demeure l’inspiration principale du film, le sujet évoque aussi beaucoup le roman « Invasion Galactique » d’A.E. Van Vogt, où des extra-terrestres avides de sang débarquaient sur Terre, mais aussi Les Monstres de l’espace de Roy Ward Baker, avec lequel il présente de nombreux points communs.

Une musique épique de Henry Mancini, digne du Basil Poledouris de Conan le barbare, se déchaîne dès le générique. Les cuivres du London Symphony Orchestra tonnent et nous transportent ainsi au fin fond de l’espace. Là, l’équipage anglo-américain de la navette Churchill découvre dans le sillage de la comète de Halley un immense objet spatial de 250 mètres de long. Cet engin aux formes organiques, dont l’intérieur évoque une gigantesque artère, abrite les corps desséchés de milliers de chauves-souris géantes en suspension. Stupéfaits, les astronautes découvrent aussi des sarcophages transparents contenant le corps de trois humanoïdes en sommeil. Poussés par la curiosité, ils décident de les ramener sur Terre pour les étudier. C’est bien sûr une très mauvaise idée. Car une fois qu’ils gagnent notre planète, les aliens reprennent vie et révèlent leur nature de redoutables vampires. Si ce n’est qu’au lieu de sucer le sang, ils aspirent l’énergie vitale de leurs victimes (d’où le titre du film). Pour traquer ces monstres, Scotland Yard mène l’enquête, tandis que le chaos se répand comme une traînée de poudre dans les rues de Londres.

Debout les morts !

La première partie de Lifeforce nous offre une série de séquences folles qu’on croirait échappées de Re-Animator, notamment ces corps desséchés qui se relèvent des tables d’autopsie pour attaquer les vivants. Un autre film nous vient alors à l’esprit : Le Retour des morts-vivants. Ce n’est sans doute pas un hasard dans la mesure où son réalisateur Dan O’Bannon est justement le co-scénariste de Lifeforce. Les deux films mettent d’ailleurs en scène quasiment la même créature : une morte au corps fripé qui revient à la vie. Tous ces « morts-vivants » rachitiques qui s’agitent en hurlant sont le fruit d’un remarquable travail animatronique supervisé par le maquilleur spécial Nick Maley (Krull, La Forteresse noire). Parmi les autres moments délirants du film, il faut aussi citer les hectolitres d’hémoglobine qui surgissent des visages de Patrick Stewart et Aubrey Morris pour reconstituer un corps féminin ensanglanté, ou encore le surgissement d’une impressionnante chauve-souris géante. Lifeforce est aussi – et surtout ? – célèbre pour les nombreuses scènes de nudité intégrale d’une Mathilda May alors totalement inconnue du public. À peine âgée de vingt ans et pas pudique pour un sou, la jeune comédienne mit en émois bien des adolescents avant de « rentrer dans le rang » en se concentrant sur un cinéma plus « respectable » (Le Cri du hibou de Claude Chabrol, Trois places pour le 26 de Jacques Demy, Là-bas… mon pays d’Alexandre Arcady). Après une première heure très efficace, le soufflé retombe un peu. Le scénario cherche alors à rationaliser et à tout expliquer aux spectateurs (Le passage d’un corps à l’autre, la lecture dans la pensée, les corps des vampires modelés sur le désir des humains), quitte à solliciter une sorte d’émule de Van Helsing en la personne du docteur Fallada (Frank Finlay). Résultat : le récit perd de sa nervosité pour aligner des péripéties peu crédibles et s’achève de manière un peu chaotique. Tobe Hooper aura le regret de voir son montage expurgé de presqu’une demi-heure pour la distribution américaine du film, une partie de la bande originale d’Henry Mancini étant remplacée à l’occasion par une musique additionnelle de Michael Kamen.

 

© Gilles Penso

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MAD MISSION 2 (1983)

Dans ce second épisode, nos héros affrontent des gangsters, des bolides futuristes et des robots destructeurs

ZUIJA PAIDANG DAXIAN SHENTONG / MAD MISSION PART 2 : ACES GO PLACES

 

1983 – HONG-KONG

 

Réalisé par Eric Tsang

 

Avec Sam Hui, Karl Maka, Sylvia Chang, Hector Britt, Charlie Cho, Tat-wah Cho, Joe Dimmick, Yasuaki Kurata, Billy Lau, Eric Tsang

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION I ROBOTS I SAGA MAD MISSION

Le premier Mad Mission était une comédie policière sympathique mais un peu poussive qui rattrapait sa gaucherie par des séquences de combats et de poursuites assez étourdissantes, la plupart des cascades étant effectuées par les comédiens eux-mêmes. Ce second épisode bascule plus ouvertement dans la science-fiction et ce dès son hallucinante séquence d’ouverture. Après un flash-back rapide hérité du film précédent dans lequel le voleur Sam (Sam Hui) dérobe une valise pleine de pierres précieuses, deux hélicoptères futuristes radiocommandés (dont le design s’approche beaucoup de celui de Tonnerre de feu) s’introduisent chez lui en entrant par la fenêtre. Là, ils s’assemblent entre eux, se déploient et, à l’instar des jouets Transformers, prennent la forme d’un robot agressif truffé d’armes explosives. D’où une folle séquence de combat où Sam a maille à partir avec ce Terminator particulièrement tenace. À peine a-t-il le temps de souffler que notre héros est pris en chasse par six motards. Sillonnant les rues à toute allure avec sa moto futuriste, il défie sans cesse les lois de la gravité sur un tempo frénétique. En émule du Steve McQueen de La Grande évasion, il saute au-dessus d’une rangée de bus à impériale, puis se jette dans l’eau où son véhicule se transforme en jet-ski. Du pur délire ! Et nous ne sommes même pas à 12 minutes de métrage.

Le trio vedette du film précédent étant de retour, Sam sollicite l’aide de ses amis policiers Kody Jack (Karl Maka) et Nancy Ho (Sylvia Chang) qui viennent de se marier. Tous trois sont bientôt pris entre les feux de deux bandes adverses. Parmi ces dernières se trouve un gangster impassible surnommé Filthy Harry, incarné par un sosie de Clint Eastwood dont chaque apparition est soulignée par la reprise du thème du Bon, la brute et le truand. Bien sûr, l’intrigue n’est que le prétexte d’un nouvel enchaînement de séquences folles où des cascades burlesques, qui semblent autant héritées de Buster Keaton que des Looney Tunes, saturent l’écran avec une frénésie dont seul le cinéma de Hong Kong semble avoir le secret. Certes, les scènes de comédie pure sont toujours balourdes, certaines idées comiques sont plutôt douteuses (le déguisement de néo-nazis qu’empruntent nos héros en fin de métrage), mais dès que l’action reprend le dessus le film retrouve son équilibre miraculeux et son rythme d’enfer.

La guerre des robots

L’un des grands moments du film voit Sam et Kody Jack enfermés dans une base marine et livrés à un nouveau robot particulièrement agressif. Pour le contrer, Sam sollicite de nouveaux gadgets, en l’occurrence une armée de robots miniatures lanceurs de rayons destructeurs. S’ensuit une bataille homérique digne du plus fou des dessins animés. Mad Mission 2 s’offre aussi une gigantesque bagarre dans un dancing où des dizaines de belligérants se livrent aux sports de combat les plus acrobatiques dans une orgie de destructions jouissive. Le clou du spectacle reste la poursuite automobile finale qui – une fois de plus – cligne de l’œil vers Mad Max. Le vilain à bord d’une Rolls Royce bourrée de gadgets y prend en chasse nos héros pilotant un nouveau bolide dont la ligne futuriste évoque à la fois l’Interceptor de Mel Gibson et l’aéroglisseur de la série L’Âge de cristal. Tout s’achève par une envolée en jet-pack inspirée du pré-générique d’Opération Tonnerre. En France, Mad Mission 2 sortit sous le titre simplifié de Mad Mission, le premier volet étant resté inédit chez nous. Cette séquelle est aussi connue sous deux autres titres alternatifs : Mission Super Casse et La Folle équipée.

 

© Gilles Penso

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MORT SUR LE GRIL (1985)

Après Evil Dead, Sam Raimi collabore avec les frères Coen pour se lancer dans une comédie policière cartoonesque teintée d’horreur

CRIMEWAVE

 

1985 – USA

 

Réalisé par Sam Raimi

 

Avec Reed Birney, Paul L. Smith, Brion James, Louise Lasser, Bruce Campbell, Sheree J. Wilson, Antonio Fargas, Edward R. Pressman

 

THEMA TUEURS

Après les succès de leurs films respectifs Evil Dead et Sang pour sang, Sam Raimi et les frères Coen décident de travailler ensemble sur un film tournant autour de deux tueurs fous. Le scénario s’appelle d’abord Relentless, puis The XYZ Murders, avant d’être titré Broken Hearts and Noses et finalement Crimewave. Les distributeurs français, eux, choisiront un jeu de mot farfelu recyclant le titre du célèbre roman d’Agatha Christie. Le budget ayant considérablement grimpé depuis Evil Dead (trois millions de dollars, soit huit fois plus), Sam Raimi n’a pas vraiment les mains libres et doit justifier toutes ses décisions à ses producteurs. Bruce Campbell, que le réalisateur aurait logiquement voulu en tête d’affiche, est ainsi relégué à un second rôle au profit de Reed Birney, vu dans le Georgia d’Arthur Penn. Raimi voulait la monteuse Kaye Davis, on lui impose Michael Kelly et Kathie Weaver. Même son compositeur fétiche Joe LoDuca est écarté pour céder la place à Arlon Ober (Le Monstre qui vient de l’espace, Les Tueurs de l’éclipse). C’est donc sur la base de nombreux accommodements consentis de mauvaise grâce que s’élabore Mort sur le gril.

Tout commence au pénitencier Hudsucker (un nom que Raimi et les Coen réutiliseront pour Le Grand saut). Condamné à la chaise électrique pour un crime qu’il n’a pas commis, Vic Ajax (Reed Birney) essaie d’attendrir les gardiens en leur racontant son histoire. Le récit se construit donc comme un grand flash-back. Nous découvrons Vic dans son quotidien. C’est un homme timide, maladroit, un peu benêt, qui travaille pour Ernest Trend (incarné par le producteur Edward Pressman). Or ce dernier a décidé de se débarrasser de son associé Donald Odegard (Hamid Dana). Pour y parvenir, il convoque deux tueurs (Paul L. Smith et Brion James) qui se déplacent à bord d’une camionnette d’exterminateurs de rats. Mais ce sont des assassins psychopathes parfaitement incontrôlables. Entretemps, Vic s’amourache de la belle Nancy (Sheree J. Wilson), elle-même amoureuse du rustre Renaldo (Bruce Campbell). Tout ce beau monde finit par croiser la route des deux meurtriers désaxés dont rien ne semble pouvoir arrêter la folie destructrice.

Jack Nicholson version Tex Avery

Plongé dans une atmosphère rétro inspirée par les années quarante (les costumes, les décors, les vieilles machines à écrire, les appareils photos, les clubs de swing), Mort sur le gril se situe dans une période indéterminée et emprunte surtout ses effets de style aux dessins animés. Les bruitages, les effets, la musique et même le comportement des personnages évoquent bien souvent les Looney Tunes et Tex Avery. Paul Smith lui-même (inoubliable dans Midnight Express et Dune) agit comme une sorte de version toonesque du Jack Nicholson de Shining. De nombreuses scènes démentes s’articulent autour de sa massive présence, dont le point d’orgue est l’attaque de l’épouse de Trend (Louise Laser). Ici, tous les excès sont permis : la caméra qui fonce sur le tueur en même temps que les assiettes qu’on lui jette à la figure, la moquette de l’appartement arrachée à mains nues et surtout ce délirant chassé-croisé dans un magasin de portes qui s’achève par un gigantesque effet domino. Quant à la poursuite automobile finale, elle pousse encore plus loin le grain de folie, preuve de la virtuosité et de l’inventivité sans cesse en éveil d’un Sam Raimi pourtant bien souvent réfréné dans son élan. Difficile à vendre – il est aux confluents de l’horreur, du polar et de la comédie – et fruit d’une infinité de compromis, Mort sur le gril ne fera aucun éclat au box-office. « Le film n’est pas sorti, il s’est échappé », résumera Bruce Campbell, frustré comme les autres par cette expérience décevante. Il n’empêche que cette œuvre inclassable se distingue par ses nombreuses fulgurances. Raimi et les frères Coen poursuivront leurs expérimentations dans le domaine du cartoon en chair et en os, respectivement avec Evil Dead 2 et Arizona Junior.

 

© Gilles Penso

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MAD MISSION (1982)

Un cocktail détonnant d’humour et d’action qui mêle le policier, l’espionnage et la science-fiction dans la décontraction la plus totale

ZUIJIA PAIDANG

 

1982 – HONG-KONG

 

Réalisé par Eric Tsang

 

Avec Sam Hui, Karl Maka, Sylvia Chang, Lindzay Chan, Sing Chen, Tat-wah Cho, Carroll Gordon, Dean Shek, Raymond Wong

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION I SAGA MAD MISSION

C’est aux producteurs hongkongais Paul Lai, Karl Maka et Dean Shek que nous devons Mad Mission, premier épisode d’une saga mouvementée promise à une belle longévité. Structurée autour d’un récit policier intégrant des éléments d’espionnage et de science-fiction, cette comédie d’action prend pour héros le vigoureux Sam (Sam Hui), un voleur acrobatique qui nous annonce dès les premières minutes son caractère ambivalent, à mi-chemin entre la virtuosité et la maladresse. Perché sur un toit, ayant troqué en un éclair son costume contre une combinaison en cuir, il installe une sorte de harpon sur trépied, lance un câble, se glisse entre deux buildings, brise une fenêtre et dérobe une mallette contenant des pierres précieuses. Puis il prend la fuite avec une moto qu’il remplace illico par un deltaplane motorisé, fendant les airs avec grâce. L’opération est rapide, propre et sans bavure, accompagnée d’une bande originale aux accents de « surf music » qui assume déjà la référence à James Bond. Mais les mafieux soudain délestés de leur bien ne l’entendent pas de cette oreille. D’où un clin d’œil au Parrain le temps de l’intervention d’un certain Don Antonio (Andrew Miller). Car Mad Mission se nourrit de références et de parodies, une tendance qui ne fera que s’accroître d’épisode en épisode. Témoin la présence de l’inspecteur Clouzeau incarné par Peter Sellers, à travers une photo de La Panthère Rose. Pour se racheter une conduite aux yeux des autorités et échapper aux tueurs lancés à ses trousses, Sam va devoir faire équipe avec Kody Jack (l’acteur et producteur Karl Maka), un policier new-yorkais gaffeur et empoté, et avec l’inspecteur Nancy Ho (Sylvia Chang), une femme d’action autoritaire et inflexible. C’est donc autour de ce trio hétéroclite que se construit l’intrigue de Mad Mission.

La mise en scène d’Eric Tsang est millimétrée. Dès ce prologue quasi-géométrique, où cinq voitures parfaitement identiques s’alignent devant un centre commercial avant que les portières ne s’ouvrent pour laisser sortir une dizaine de gardes du corps selon une chorégraphie extrêmement précise, une certaine esthétique se met en place. Ancien joueur de football professionnel et cascadeur, Tsang réalise son premier film en 1979. Mais c’est avec Mad Mission, son quatrième long-métrage, qu’il connaît un succès véritable et que sa carrière décolle. Il faut dire que le cocktail humour/action/effets spéciaux fonctionne à plein régime. C’est surtout du côté des cascades que le film étonne. Incroyables, tant dans leur conception que dans leur mise en application, elles défient tout ce que la plupart des spectateurs du monde occidental avaient pu voir jusqu’alors. Du « casse » vertigineux du prologue à cette scène impensable où un personnage se retrouve – réellement – suspendu à une grue de chantier en passant par ce passage dément où notre héros se lance dans un numéro de funambulisme au-dessus d’une rue animée, les cascades physiques coupent le souffle, d’autant qu’elles sont pour la plupart exécutée par les comédiens eux-mêmes.

Mission impensable

Les cascades automobiles ne sont pas en reste, et c’est justement l’une des nombreuses poursuites motorisées du film qui justifie la référence à Mad Max très présente sur le matériel promotionnel de Mad Mission (jusque dans son titre bien sûr). Car au moment du climax, nos héros s’embarquent dans une voiture futuriste customisée pour échapper à leurs poursuivants. Leur véhicule finira quasiment comme la 2CV de Bourvil dans Le Corniaud. Mais Sam, toujours plein de ressources, sollicite des gadgets high-tech excentriques qui deviendront eux aussi la marque de fabrique de la saga, basculant plus ouvertement dans la science-fiction dans les opus suivants. Ici, il s’agit d’une série de véhicules radiocommandés qui se logent sous les voitures des assaillants et les font exploser. Au milieu de ce débordement d’inventivité, on regrette les nombreuses pertes de rythme liées à une approche souvent poussive des séquences d’humour. Car si plusieurs gags font mouche (notamment les nombreuses références, y compris celle à Flash Gordon lorsque Kody Jack se déguise en empereur Ming au milieu d’un ballet classique), beaucoup de pantalonnades à base de quiproquos ralentissent artificiellement le tempo du film. Plusieurs de ces longueurs seront d’ailleurs expurgées du montage original pour la distribution de Mad Mission sur le marché international.

 

© Gilles Penso

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LE CHÂTEAU DE L’HORREUR (1973)

Le docteur Frankenstein greffe le cerveau d’une jeune fille au corps d’un homme préhistorique et obtient une bien belle créature !

EL CASTELLO DELL’ORRORE / FRANKENSTEIN’S CASTLE OF FREAKS

 

1973 – ITALIE

 

Réalisé par Robert H. Oliver (alias Ramiro Oliveros)

 

Avec Rossano Brazzi, Michael Dunn, Edmund Purdom, Christiane Royce, Simone Blondell, Gordon Mitchell, Alan Collins

 

THEMA FRANKENSTEIN

Au concours des adaptations les plus improbables de l’œuvre de Mary Shelley, Le Château de l’horreur est l’un de nos grands favoris. Réalisé par Robert Harrison Oliver (autrement dit un Ramiro Oliveros, visiblement peu fier de ses origines ibériques), le film a le mérite d’annoncer très tôt la couleur. En effet, surgi d’on ne sait où, un homme préhistorique attaque les paysans d’un village d’Europe (une foule de dix figurants peu motivés) qui finissent par avoir sa peau. La défroque du sauvageon hirsute est transportée jusque sur la montagne qui abrite le château du docteur Frankenstein (un bien terne Rossano Brazzi, ex-amant d’Ava Gardner dans La Comtesse aux pieds nus). Celui-ci a enfin découvert le secret de la vie. Il capte l’énergie électrique de la foudre pour la faire passer à travers le corps de l’homme préhistorique, auquel il a greffé le cerveau d’une jeune fille décédée qu’il a récupéré dans un cimetière. Très fier de sa création, il la baptise Goliath, et ses quatre assistants l’applaudissent bien fort. Car Le Château de l’horreur, entre autres curiosités, se distingue par le nombre record d’auxiliaires dont il dote le baron Frankenstein : Genz le nain (incarné par Michael Dunn, futur Miguelito Loveless de la mythique série Les Mystères de l’ouest), Kreegin le bossu (Xiro papas, scénariste et producteur exécutif du film), ainsi qu’Igor le mutilé et Hans le dément. Bref c’est une véritable cour des miracles qui s’agite dans le château du savant.

Bientôt, Frankenstein reçoit une visite de sa fille, sur le point de se marier, ainsi que de sa dame de compagnie. Il n’est pas tout à fait insensible aux charmes de cette dernière, laquelle est très intéressée par ses travaux. Coupable d’une maladresse, Genz est renvoyé par Frankenstein. Il erre alors dans la forêt où il rencontre un autre homme préhistorique qu’il appelle Ook, et qui servira sa vengeance. On n’en finirait pas d’énumérer les incohérences de ce film, mais la plus énorme consiste quand même à faire déambuler des hommes de Néanderthal en pleine forêt du 19ème siècle, comme ça, sans que rien ne vienne expliquer leur présence. Mal filmé (avec force coups de zoom histoire de dramatiser), affublé d’une musique épouvantable et d’une photographie terriblement fade, ce Château de l’horreur reste un grand moment d’humour au douzième degré.

Goliath contre Ook

Les comédiennes tentent bien d’égayer le métrage en se déshabillant à chaque occasion (pour dormir, s’ébattre amoureusement, se baigner dans une source d’eau volcanique, ou encore se faire violer par le nain), mais le film reste quand même profondément ennuyeux. Goliath le bien nommé (incarné par un certain Loren Ewing) est un colosse affreux qui annonce Lou Ferrigno en Hulk et dont la coiffure de clown anéantit définitivement son potentiel horrifique. Quant à Ook le Néanderthalien, il est interprété par l’habitué des séries Z Salvatore Baccaro, que le générique croit bon de créditer sous le nom de Boris Lugosi ! Il fallait quand même oser ! Au moment du climax, nos deux colosses primitifs s’affrontent dans une caverne, puis tout le monde ou presque passe l’arme à gauche, ce qui s’avère finalement salvateur pour le spectateur.

 

© Gilles Penso

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ANTEBELLUM (2020)

Les histoires croisées d’esclaves noirs avant la guerre de sécession et d’une militante des droits des femmes noires-américaines de nos jours…

ANTEBELLUM

 

2020 – USA

 

Réalisé par Gerard Bush et Christopher Benz

 

Avec Janelle Monae, Jena Malone, Robert Aramaic, Jack Huston, Tongayi Chirisa, Gabory Sidibe

 

THEMA POLITIQUE-FICTION I VOYAGES DANS LE TEMPS

Un film ne correspond pas toujours à ce que l’on en attendait. Cette affirmation peut avoir une connotation positive si le film en question nous surprend et surpasse nos espérances. Malheureusement, si Antebellum décontenance, c’est parce que sa bande-annonce vendait un film complètement différent. Si elle avait menti par omission, ce serait encore de bonne guerre. Mais il s’avère qu’elle triche éhontément en manipulant certaines images pour raconter tout autre chose ! La première malhonnêteté de la promotion du film est de clamer haut et fort qu’il est l’œuvre des producteurs de Get Out et Us. Jordan Peele ? Non. Jason Blum alors ? Non plus ! Il s’agit en fait de QC Entertainment, une boite de production parmi tant d’autres et qui ne constitue en rien un gage de qualité. Antebellum entretient néanmoins bel et bien un lien avec les deux titres cités puisqu’il s’inscrit dans la nouvelle vague du cinéma noir américain. La bande-annonce présente deux temporalités : d’un côté des esclaves dans une plantation de coton du sud des États-Unis, encadrés par des soldats confédérés. D’un autre des scènes contemporaines avec la même actrice (Jannelle Monae) vue dans la partie historique. Nous avons ensuite droit à une succession d’images intrigantes dont la tonalité horrifico-fantastique ne fait aucun doute : les esclaves regardent le ciel et voient passer un avion de ligne. L’image saccade, comme un téléviseur mal réglé, faisant disparaitre l’avion l’espace d’un instant… Image suivante : le fantôme d’une fillette en robe d’époque, immobile, au fond d’un couloir d’hôtel, fixant l’héroïne (et le spectateur) alors que celle-ci referme vite la porte de sa chambre sur elle. Nous enchaînons sur un plan de Jannelle Monae et deux amies devant un restaurant, manquant de se faire renverser par calèche totalement anachronique. Et pas besoin de faire des arrêts sur image pour remarquer que les cadres décorant l’hôtel représentent la maison et la plantation des scènes se situant dans le passé.

Sur la base de cette bande-annonce de deux minutes, qui pourrait ne pas penser qu’Antebellum parle d’une femme noire hantée par les fantômes de l’Histoire sudiste ? Ou qu’il sera question de voyage dans le temps ? Ou simplement d’un cauchemar mettant l’héroïne dans la peau d’une esclave ? Aussi sensées que soient ces suppositions, aucune d’elles n’approche de près la vérité ! Il s’agit du premier film du duo de réalisateurs Gerard Bush et Christopher Benz, tous deux issus du milieu du clip vidéo. Ils ne peuvent évidemment être tenus pour responsables de l’orientation de la promotion de leur film, mais ils sont les seuls à blâmer pour le résultat final, même si il faut reconnaitre à l’ensemble une très bonne tenue visuelle et un même un certain sens du rythme ; des qualités d’autant plus flagrantes qu’elles permettent de maintenir l’intérêt pendant la première moitié du film qui ne présente, de près ou de loin, aucun des éléments fantastique ou de suspense entrevus dans la bande-annonce. Le film s’ouvre sur un spectaculaire et virtuose plan-séquence (truqué par ILM) : la caméra survole un champ de fleurs, suivant une petite fille rejoignant sa mère sur le perron d’une magnifique maison à colonnades typique du sud des États-Unis ; nous bifurquons pour suivre des soldats revêtant l’uniforme gris de l’armée confédérée et nous approchons des baraquements des esclaves ; la caméra nous emmène vers un groupe infligeant châtiment corporel et humiliation à un esclave à terre. L’intention de Bush et Benz est claire : nous emmener dans l’arrière-cour de Tara, la maison d’Autant en emporte le vent, un classique qui refit parler de lui en 2020 en raison d’une polémique à l’égard de sa description complaisante de l’esclavage.

Trumperie sur la marchandise ?

Antebellum poursuit sa description des conditions de vie et de soumission sur la plantation pendant 45 minutes, nous faisant presque oublier que le scénario devra à un moment ou à un autre nous ramener à notre époque. Notre attention étant détournée par une première séquence en forme de remake de 12 Years a Slave, la transition sera aussi surprenante que bien négociée. Lorsque nous retrouvons Jannelle Monae en 2020, de nombreux éléments nous interrogent la nature réelle de l’histoire… Nous ne pourrons malheureusement rien dire de plus pour ne pas gâcher la « surprise », ou plutôt la « non-surprise », car d’un point de vue cinématographique, Antebellum est un coup d’épée dans l’eau, un film-concept reposant entièrement sur une arnaque d’écriture et de montage. Et si sous-texte socio-politique il y a, les auteurs/réalisateurs s’avèrent incapables de le distiller via les situations et leur réalisation. A tel point que, en désespoir de cause, ils offrent à leur héroïne une scène de discours en cours de film pour expliciter leur propos. Un propos noble évidemment. Mais là ou Get Out était un authentique thriller rehaussé par un sous-texte pertinent et même subversif, Antebellum fait du sous-texte son argument principal, les péripéties et rebondissements n’étant ici qu’un écran de fumée destiné à créer artificiellement un mystère qui n’existe pas.

 

 © Jérôme Muslewski

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LA POSSÉDÉE (1974)

Une histoire de possession diabolique qui évite pour une fois d’imiter L’Exorciste au profit d’une épouvante poétique teintée d’érotisme

L’OSSESSA

 

1974 – ITALIE

 

Réalisé par Mario Gariazzo

 

Avec Stella Carnacina, Chris Avram, Lucretia Love, Ivan Rassimov, Gabriele Tinti, Luigi Pistilli, Gianrico, Tondinelli, Umberto Raho

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Comme bon nombre de ses confrères italiens, le réalisateur Mario Gariazzo a touché à tous les genres (western, policier, aventure et même science-fiction) pour tenter de capitaliser sur les succès américains du moment. Mais en s’attaquant à La Possédée dans le sillage du triomphe de L’Exorciste, il s’est efforcé de doter son œuvre d’une personnalité bien à part. Les nombreuses incursions du long-métrage dans l’érotisme déviant ne se contentent donc pas de répondre à un cahier des charges commercial mais obéissent systématiquement à une fonction scénaristique précise. Lorsqu’une femme de la haute société italienne vit une relation sado-masochiste avec un amant qui la fouette avec des épines de roses, Gariazzo ne se contente pas de flatter les bas instincts de ses spectateurs mais cherche surtout à ancrer ses personnages dans une société bourgeoise décadente dont les perversions se répercutent sur les générations suivantes.

Ce n’est donc pas un hasard si Danila (Stella Carnacina), jeune étudiante en Beaux-Arts, assiste aux ébats dépravés de sa mère et décide d’accuser le choc de cette vision perturbante en se réfugiant dans son atelier pour restaurer un tableau ancien. Là git une sculpture en bois grandeur nature représentant l’un des brigands crucifiés avec le Christ. L’œuvre est troublante de réalisme, et Danila n’est pas insensible au charme étrange de cette sculpture qu’on croirait « née dans l’arbre ». C’est alors que survient une séquence magnifiquement surréaliste. A la manière de Boris Karloff sur la table d’opération du docteur Frankenstein, la sculpture s’éveille lentement. Mi-fascinée, mi-terrifiée, Danila est figée sur place, et le brigand, désormais en chair et en sang, lui arrache sa robe et s’accouple à elle, tandis que la croix sur laquelle il reposait s’enflamme. Lorsqu’elle sort de sa rêverie, Danila est seule dans l’atelier. Etait-ce un rêve ? Une hallucination ? Un fantasme ? La suite du métrage nous apprendra que la semence du démon coule désormais dans ses entrailles.

Le diable au corps

Les passages obligatoires ne tardent pas : la jeune fille perturbée est victime de crises de plus en plus violentes, devient allergique à tous signes sacrés, insulte son entourage, affiche une lubricité qui ne lui ressemble guère (elle propose même à son père de coucher avec elle en affirmant que la notion d’inceste a été inventée par les prêtres !), est soumise à l’examen d’un médecin qui diagnostique des troubles mentaux, puis à l’expertise d’un moine qui entreprend de l’exorciser… Mais une fois de plus, Gariazzo évite les lieux communs par l’élégance stylisée de sa mise en scène et l’absence de recours aux effets choc trop voyants. Certes, le sang coule sur les plaies de la belle lors d’un étrange flash-back où le brigand la crucifie sur sa propre croix, et les phénomènes surnaturels se déchaînent quelque peu pendant le climax. Mais le cinéaste ne cherche jamais à s’engouffrer totalement dans la brèche ouverte par Friedkin, suggérant l’horreur au lieu de l’exhiber, et misant beaucoup sur l’étourdissante photogénie de son actrice principale. Pour sa distribution américaine, La Possédée fut affublée du titre absurde The Eerie Midnight Horror Show ! La France le dota également d’une autre appellation alternative : Exorcisation.

 

© Gilles Penso

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GHOST (1990)

Le fantôme d’un homme abattu en pleine rue enquête sur son propre meurtre et veille sur sa fiancée…

GHOST

 

1990 – USA

 

Réalisé par Jerry Zucker

 

Avec Patrick Swayze, Demi Moore, Whoopi Goldberg, Tony Goldwyn, Vincent Schiavelli, Rick Aviles

 

THEMA FANTÔMES

Dans le sous-genre du film de fantôme romantique, Ghost est assurément l’un des plus populaires. Sorti en 1990 à cheval sur deux décennies, il intègre l’influence des productions Amblin/Spielberg des années 80, tout en annonçant la récupération sous une forme industrielle des codes et figures du cinéma de genre par les blockbusters des années 90. Le scénario de Ghost se présente ainsi comme un mélange de romance, de comédie, de thriller et bien sûr de fantastique – une alchimie possible mais requérant un réel don d’équilibriste. S’agissant du premier film en solo de Jerry Zucker après ses collaborations à la série de films parodiques des Y a-t-il…?, il réussit/contourne le pari en adoptant un (non) style qui fait office de (plus bas) dénominateur commun pour lier les différents genres à l’écran. Ainsi, la nature ectoplasmique du héros passe au second plan dès que le drame pointe le bout de son nez, tandis que les révélations sur la trahison ayant mené à sa mort sont livrées au spectateur en parallèle des scènes romantiques et de comédie. Sam (Patrick Swayze), un golden boy de la finance à Wall Street, et Molly (Demi Moore), une artiste-sculptrice, sont deux jeunes tourtereaux qui ont tout pour être heureux. À la sortie d’un théâtre, alors qu’ils évoquent pour la première fois l’éventualité du mariage, un malfrat à la petite semaine tente de les détrousser. Un coup de feu est tiré ; Sam meurt sur le coup mais il se réveille, hors de son corps, et découvre qu’il est devenu un fantôme. Incapable de communiquer avec Molly, il va découvrir que sa mort n’était pas accidentelle et que son associé Carl (Tony Goldwyn) tente non seulement de se rapprocher un peu trop vite de Molly mais manigance aussi un détournement de fonds que Sam aurait pu faire capoter. Ce dernier trouve l’aide d’une voyante (Whoopi Goldberg) capable de l’entendre. Il va la guider pour déjouer le plan de Carl et protéger Molly…

Si le film de fantôme romantique compte quelques classiques oniriques comme L’Aventure de Madame Muir ou Le Portrait de Jennie, l’approche de Jerry Zucker se veut bien plus terre-à-terre et souligne ses effets au bazooka. À tel point qu’un mauvais esprit pourrait rapprocher certains dialogues des parodies qui firent sa renommée. Comme lorsque Patrick Swayze, l’air grave, explique à sa dulcinée que la vie est trop belle et qu’il va forcément leur arriver quelque chose, cinq minutes avant qu’il ne soit tué. Ou cet accident d’avion annoncé au journal télévisé qui lui fait se demander s’il ne devrait pas annuler son prochain vol pour un voyage d’affaire. Quant à la scène iconique les voyant se livrer à des préliminaires en malaxant de la glaise, difficile de ne pas sourire en voyant la forme suggestive de leur création, particulièrement lorsqu’elle apparait apparaît dans le cadre, érigée devant l’entre-jambe de Demi Moore… David Zucker, le propre frère de Jerry, parodiera la scène l’année suivante dans Y a-t-il un flic pour sauver le président ? sans avoir à changer grand-chose. Le besoin de tout expliciter via les dialogues ou les images (d’où l’adoption d’une description chrétienne du paradis et de l’enfer alors que le scénariste et le réalisateur sont tous deux de confession juive) encombre aussi le film lorsque Sam découvre les particularités de sa vie dans l’entre-deux mondes : sa rencontre avec un fantôme dans le métro (Vincent Schiavelli, une « gueule » habituée aux seconds rôles) donne ainsi lieu à une scène d’entrainement à la Yoda durant laquelle Sam parvient à pousser des objets.

Entre la vie et la Moore

Bien que le scénariste Bruce Joel Rubin et Jerry Zucker se parent d’une caution artistique en donnant à leur film une dimension shakespearienne (le couple voit Macbeth au théâtre et le scénario en émule l’intrigue : Macbeth tuait aussi le roi par ambition et était hanté par son « esprit »), difficile de justifier la double-nomination pour l’Oscar du Meilleur Film et du Meilleur Scénario. Il serait toutefois hypocrite de ne pas reconnaitre que, malgré (ou grâce à) son manque de sophistication, Ghost est un agréable divertissement, fluide et sans aspérité. Son atout principal tient sans aucun doute à son couple-vedette qui, par chance ou flair, plut aussi bien au public féminin que masculin, empêchant ainsi le film d’être taxé (selon les clichés établis) de « film fantastique avec Patrick Swayze » (donc pour monsieur), ou « de comédie romantique avec Demi Moore » (donc pour madame). Ghost comme ciment cinéphile du couple ? Cela peut en tout cas expliquer sa première place au box-office de l’année 1990. Paradoxalement, Always de Steven Spielberg, sur un sujet similaire, ne trouva pas grâce aux yeux du public un an plus tôt, peut-être justement parce qu’il assumait sa dimension fabuleuse et plus « féminine ». Enfin, pour les curieux (courageux ?), Ghost a fait l’objet d’un remake japonais en 2010 et d’une adaptation peu inspirée sous forme de comédie musicale à Broadway.

 

© Jérôme Muslewski

 

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