LE BAZAAR DE L’ÉPOUVANTE (1993)

Un brocanteur s’installe dans la petite ville de Castle Rock et commence à y semer progressivement le chaos…

NEEDFUL THINGS

 

1993 – USA

 

Réalisé par Fraser Clarke Heston

 

Avec Max von Sydow, Ed Harris, Bonnie Bedelia, Amanda Plummer, J.T. Walsh, Ray McKinnon, Duncan Fraser, Valri Bromfield, Shane Meier

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA STEPHEN KING

Allégorie sur la bêtise humaine, l’hypocrisie, la jalousie et la capacité chez tout un chacun à faire œuvre de destruction autour de lui, cette adaptation du roman « Bazaar » de Stephen King, publié en 1991, est produite par Castle Rock Entertainment, la compagnie créée par Rob Reiner à l’occasion de Stand By Me. Le film devait initialement être réalisé par Peter Yates (Bullit, Krull), mais le réalisateur quitte le tournage avant le premier tour de manivelle. Il faut donc le remplacer à la dernière minute par Fraser Clarke Heston, fils du célèbre Charlton, qui effectue là ses premiers pas derrière une caméra. Les cinéphiles se souviennent qu’il jouait Moïse enfant dans Les Dix commandements. L’histoire insolite du Bazaar de l’épouvante, qui repose sur un sujet digne de La Quatrième dimension, donne au diable les traits avenants de Leland Gaunt (Max Von Sydow), un brocanteur sympathique et charismatique venu installer sa boutique dans le paisible village de Castle Rock.

Le fantastique baigne l’ensemble du film de manière évidente et omniprésente, mais tout en allusions sous-jacentes, jamais ouvertement. C’est l’une de ses grandes forces. L’efficacité du Bazaar de l’épouvante s’appuie aussi sur le choix de ses héros, une série de personnages très ordinaires, ce qui décuple les possibilités d’identification du spectateur. Tous très crédibles, les comédiens sont prompts à traduire les faiblesses et les défauts de ces protagonistes plus vrais que nature, avec en tête Ed Harris (le shérif Alan Pangborn, impulsif et sceptique), Bonnie Bedelia (son épouse Polly Chalmers, atteinte d’une arthrite douloureuse), Amanda Plummer (Mettie Cobb, une serveuse peu assurée) et J.T Walsh (Danforth Keeton, surnommé Buster, politicien paranoïaque). Leland Gaunt offre aux habitants de Castle Rock les objets dont ils rêvent depuis toujours, en échange d’une farce a priori insignifiante que ceux-ci doivent adresser à l’un de leurs voisins. Peu à peu, la situation dégénère et la tension et l’angoisse progressent lentement vers un point de non-retour.

Réaction en chaîne

Le scénario réussit le difficile exercice d’imbriquer toutes les actions parallèles les unes dans les autres, de telle sorte que l’ampleur des méfaits de Leland Gaunt, par « clients » interposés, n’apparaisse pas immédiatement. Cette structure narrative virtuose est à mettre au crédit du scénariste W.D. Richter (L’Invasion des profanateurs, le Dracula de John Badham, Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin). Fraser C. Heston prouve ici ses talents de metteur en scène, rendant justice au texte de Stephen King tout en développant un style personnel. Quant à la splendide bande originale de Patrick Doyle, elle contribue agréablement à tisser l’atmosphère trouble du film. On pourra regretter que le dénouement n’ait pas la force espérée, malgré une montée en puissance qui laissait espérer un final moins escamoté. Les fans de Stephen King noteront que le personnage du shérif Pangborn, incarné ici par Ed Harris, apparaît la même année dans La Part des ténèbres de George Romero, cette fois-ci sous les traits de Michael Rooker. À la demande de TBS Network, Heston supervisera un remontage du Bazaar de l’épouvante sous forme d’un téléfilm en deux parties réintégrant plus d’une heure de scènes coupées.

 

© Gilles Penso

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L’AMBULANCE (1990)

Un dessinateur de bandes-dessinées se lance aux trousses d’une ambulance mystérieuse dont les occupants kidnappent les gens dans la rue…

THE AMBULANCE

 

1990 – USA

 

Réalisé par Larry Cohen

 

Avec Eric Roberts, Megan Gallagher, James Earl Jones, Janine Turner, Red Buttons, Janine Turner, Eric Braeden, Richard Bright, Stan Lee

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Roi du « film concept », Larry Cohen a souvent aimé détourner les éléments les plus ingénus de notre environnement quotidien pour les muer en objets de terreur. Ainsi, après avoir transformé les gentils bébés en mutants cannibales dans Le Monstre est vivant puis les desserts sucrés en blobs voraces dans The Stuff, voilà qu’il déroute les ambulances de leur fonction première pour en faire des instruments de danger et de mort. L’idée lui serait venue d’une hospitalisation, alors qu’il était lui-même transporté par une ambulance. Le cinéma d’Alfred Hitchcock aurait été une autre source d’inspiration, notamment cette propension à choisir un personnage banal pour le plonger malgré lui dans une situation invraisemblable où sa vie est sans cesse menacée. Il ne reste plus qu’à trouver le « McGuffin », autrement dit le prétexte scénaristique justifiant les folles péripéties que Cohen commence à élaborer dans son cerveau fertile. Ce sera une histoire d’expérimentations médicales douteuses et de trafics d’organe, dans la droite lignée des romans à suspense de Robin Cook, dont le fameux « Coma » fut porté à l’écran par Michael Crichton pour devenir Morts suspectes. Après avoir envisagé tour à tour John Travolta et Jim Carrey pour tenir la vedette de L’Ambulance, le réalisateur opte finalement pour Eric Roberts, plutôt habitué jusqu’alors aux seconds rôles de sales types. C’est un excellent choix : à contre-emploi, le frère de Julia Roberts s’amuse visiblement comme un fou et fait porter une grande partie de la réussite du film sur ses épaules.

La veste ample, la démarche assurée, le regard vif et la coupe de cheveux improbable, Eric Roberts incarne Josh Baker, un dessinateur de bandes-dessinées qui gagne sa vie en créant des comics pour Marvel, d’où la présence savoureuse de Stan Lee dans son propre rôle. Un jour, en plein New-York, il drague une jolie jeune femme qui lui a tapé dans l’œil (Janine Turner) et qui ne semble pas insensible à son charme, malgré sa technique d’approche aux gros sabots. Mais soudain, elle s’écroule dans la rue, victime d’une crise de diabète. A peine Josh a-t-il le temps de retenir son prénom – Cheryl – qu’une ambulance rouge surgit de nulle part et que deux ambulanciers patibulaires l’emmènent vers une destination inconnue. Persuadé que quelque chose de louche se trame derrière ce qu’il considère comme un enlèvement, Josh tente de convaincre l’inspecteur de police Spencer (James Earl Jones) et l’officier Malloy (Megan Gallagher) qu’une sombre machination se trame. Mais personne n’accorde le moindre crédit à ses propos, et notre homme devient bientôt la cible des conducteurs de la sinistre ambulance…

« Quoi qu’il arrive, n’appelez pas l’ambulance ! »

Si le sujet du film flirte ouvertement avec l’horreur et la science-fiction, Cohen choisit d’opter principalement pour le ton de la comédie policière. Récupérant quelques membres clés de l’équipe de Maniac Cop, qu’il a écrit et produit deux ans plus tôt pour William Lustig, le cinéaste confie au compositeur Jay Chattaway la bande originale dynamique de son film et au superviseur des cascades Spiro Razatos la mise en place d’une série de scènes d’action inventives et échevelées (avec comme point d’orgue cette séquence dingue où Eric Roberts, attaché sur une civière, dévale les rues de New-York au beau milieu du trafic). Le comédien donne de sa personne, mouille la chemise et prouve un fort potentiel comique qui n’aura été que très peu exploité au fil de sa carrière. Fidèle une fois de plus aux préceptes hitchcockien, Cohen ne choisit pas au hasard la profession de son héros : dessinateur de BD, il peut croquer des portraits robots de la disparue et de la redoutable ambulance, mais voit également sa parole mise en doute du fait d’un métier jugé peu sérieux par son entourage. James Earl Jones lui-même, peu habitué aux personnages humoristiques (malgré sa présence délectable dans Soul Man de Steve Miner), n’hésite pas à en faire des tonnes dans le registre du policier lunaire accros aux chewing-gums. Cette tonalité humoristique et cette mise en scène soignée (le film donne le sentiment d’avoir coûté plus que son budget de quatre millions de dollars) font sans conteste de L’Ambulance le film le plus « mainstream » de son réalisateur. Il passa pourtant inaperçu aux États-Unis, où les spectateurs ne se déplacèrent guère pour le voir. Le public français lui réserva en revanche un accueil très chaleureux, en grande partie grâce à une belle campagne de promotion où l’affiche clamait sous forme d’avertissement : « Quoi qu’il arrive, n’appelez pas l’ambulance ! »

 

© Gilles Penso

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LES DÉMONS DU MAÏS 2 (1993)

Cette première séquelle des Démons du maïs s’intéresse aux méfaits d’enfants diaboliques obéissant au « maître des tumultes »

CHILDREN OF THE CORN 2 : THE FINAL SACRIFICE

 

1993 – USA

 

Réalisé par David F. Price

 

Avec Terrence Knox, Paul Scherrer, Rosalind Allen, Ryan Bollman, Christie Clark, Ned Romero, Ed Grady

 

THEMA ENFANTS I DIABLE ET DÉMONS I SAGA STEPHEN KING I DÉMONS DU MAÏS

Vaguement inspiré de la nouvelle « Les Enfants du maïs » de Stephen King, Horror Kid (alias Les Démons du maïs) est un film anecdotique qui aura pourtant donné naissance à une saga interminable et protéiforme. Sa première séquelle est confiée à David Price (réalisateur l’année suivante du parodique Dr. Jekyll and Ms. Hyde). Le film commence par la découverte d’un amoncellement de cadavres décomposés dans une cave de la petite ville de Gatlin. Interrogés, les enfants du coin se contentent de dire « j’ai vu le maïs ». Dans un village voisin, Hemingford, les enfants agissent comme ceux de Gatlin, menés par Micah (Ryan Bollman), un nouveau prophète qui obéit au « maître des tumultes ». Le personnage principal du film est le journaliste new-yorkais John Garrett (Terence Knox). Accompagné par son fils adolescent Danny (Paul Scherrer), il mène l’enquête dans l’espoir de redonner un coup de pouce à sa carrière. Lorsqu’ils s’installent dans une chambre d’hôte tenue par l’avenante Angela (Rosalind Allen), le spectateur découvre que le fils de cette dernière n’est autre que Micah. Et tandis que les romances rurales s’esquissent, le curé du village crie à ses ouailles « la fornication c’est la peste ! ».

Bien vite, le film affirme sa nature de slasher dont la seule ambition consiste à multiplier les meurtres graphiques visualisés par les maquillages spéciaux de Bob Keen. Les premières victimes sont des journalistes dans leur van perdus au milieu d’un champ de maïs. L’un est égorgé par un épi tranchant, l’autre empalé par une branche. Plus tard, une vieille bigote est écrasée sous sa propre maison. Puis un homme se vide de son sang en plein office religieux, un médecin est assassiné à coup de seringues et de couteaux et une vieille dame sur un fauteuil électrique est heurtée sur la route par un camion avant d’aller s’éjecter dans une vitrine. Quelques scènes de suspense efficaces ponctuent le film, comme lorsque Dany et sa petite amie s’embrassent dans le champ de maïs puis tombent sur des morceaux de cadavres mutilés, ou lorsque Gareth et son ami Indien sont menacés d’être déchiquetés par une moissonneuse.

La menace fantoche

A vrai dire, la menace qui pèse sur les habitants n’est pas très claire. Les enfants agissent parfois comme de simples tueurs, utilisent d’autres fois des méthodes vaudou en poignardant une statuette en bois, à moins qu’ils ne laissent agir l’entité diabolique elle-même. Le scénario s’efforce maladroitement d’expliquer l’origine du mal, en nous apprenant que de vieux épis de maïs contaminés ont été mélangés avec des épis sains afin de faire des économies, créant des toxines provoquant la démence des enfants. Mais cette explication ne justifie pas pour autant la présence du démon surnaturel qui rode sous la terre. A l’unisson de ce scénario indécis, les effets visuels partent un peu dans tous les sens, alternant les nuages noirs en aquarium, les arcs électriques en rotoscopie ou les hideuses visions subjectives solarisées héritées du film précédent. Les effets numériques commençant alors à se populariser progressivement, un morphing final montre le visage de Micah se transformer en faciès démoniaque avant d’exploser en morceaux. Stephen King refusa catégoriquement d’être associé à cette séquelle, ce qui n’empêcha pas les producteurs de faire apparaître son nom au générique.

 

© Gilles Penso

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ABSOLOM 2022 (1994)

Le futur réalisateur de Goldeneye et Casino Royale isole Ray Liotta dans une île-prison futuriste peuplée de hordes barbares

NO ESCAPE / ESCAPE FROM ABSOLOM

 

1994 – USA

 

Réalisé par Martin Campbell

 

Avec Ray Liotta, Lance Henriksen, Stuart Wilson, Kevin Dillon, Kevin J. O’Connor, Don Henderson, Ian Mc Neice, Michael Lerner

 

THEMA FUTUR

Ça y’est, nous voilà en 2022. Après un plan d’ouverture très surprenant dans lequel une troupe de militaires, vus en plongée, défilent comme des soldats de plomb, le film démarre sur des chapeaux de roue au beau milieu d’une gigantesque prison futuriste qui n’a rien à envier à celle de Fortress question confort et hospitalité. à la suite d’une traversée du désert en compagnie d’autres prisonniers dans un métro aérien qui évoque un peu celui de Total Recall, John Robbins (Ray Liotta, jeune loup des Affranchis), un héros de guerre condamné pour avoir tiré sur son officier supérieur, se retrouve pensionnaire dans les quartiers de la haute sécurité de ce bâtiment pénitentiaire très inquiétant. Le directeur de la prison (Michael Lerner, inoubliable dans la peau du producteur hollywoodien de Barton Fink), est un individu assez peu recommandable, d’autant qu’il a tendance à mettre à l’épreuve ses prisonniers, histoire d’assouvir un sadisme à peine dissimulé sous un masque d’impartiale respectabilité. Or lors d’une démonstration de discipline, Robbins a la mauvaise idée de lui tenir tête.

À peine le spectateur a-t-il le temps de souffler que voilà dès lors notre héros abandonné dans la jungle d’Absolom, une île-prison perdue au beau milieu de l’océan déchaîné et destinée aux prisonniers les plus indomptables. Ce bout de terre sauvage, vu d’hélicoptère, a un irrésistible air de famille avec l’Isla Nubar de Jurassic Park qui crevait les écran un an plus tôt. À partir de là, le film change de tournure, délaissant la science-fiction high-tech au profit de l’aventure sauvage dans une jungle inhospitalière, habitée non pas par des dinosaures, comme pourrait le laisser imaginer le paysage quasiment mésozoïque, mais par deux peuplades antagonistes : les barbares criminels dirigés par le psychopathe Marek, dont les costumes d’indigènes recyclent les déchets de la civilisation, à l’instar des tribus de Mad Max, et un village de paysans pacifiques conduits par « le père » (l’inébranlable Lance Henriksen), village qui n’est pas sans rapport avec celui du Prisonnier dans la mesure où Robbins n’aura pas d’autre but que de s’évader de l’île. Et à l’instar des bulles géantes de la série de Patrick McGoohan, des hélicoptères armés empêchent toute tentative d’évasion.

Les évadés du futur

Le problème majeur du film réside dans son rythme, brusquement rompu dès l’arrivée dans le village. Le tempo ne cesse de ralentir au fil du métrage, malgré quelques pointes intermittentes d’accélération lors des nombreux affrontements entre peuplades, très savamment orchestrés mais un peu répétitifs. À ces ruptures de rythme s’ajoutent quelques intrigues secondaires qui écartent le héros de son but premier (l’évasion) et amenuisent quelque peu l’attention du spectateur. Regrettons également ce dénouement, expédié à toute vitesse et surtout assez peu crédible. Malgré tout, on ne peut qu’admirer la beauté des décors du film, exploitant toute la latitude du format scope, saluer le jeu très intériorisé de Ray Liotta et apprécier la partition brillante de Graeme Revell, des qualités formelles probablement dictées par l’exigence de la productrice Gale Anne Hurd (les deux Terminator, Aliens et Abyss). Ce survival futuriste servira de tremplin à Martin Campbell, qui dirigera dans la foulée Goldeneye, Le Masque de Zorro, Vertical Limit et quelques années plus tard Casino Royale.

 

© Gilles Penso

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THE CELL (2000)

Jennifer Lopez plonge dans le cerveau d’un dangereux tueur psychopathe afin de retrouver sa dernière victime

THE CELL

 

2000 – USA / ALLEMAGNE

 

Réalisé par Tarsem Singh

 

Avec Jennifer Lopez, Vince Vaughn, Vincent D’Onofrio, Jake Weber, Dylan Baker, Marianne Jean-Baptiste, Patrick Bauchau, Gerry Becker, Tara Subkoff

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE I TUEURS

Dans Le Voyage fantastique de Richard Fleischer, des scientifiques se miniaturisaient pour pénétrer à l’intérieur d’un corps dans le coma et tenter de le soigner de l’intérieur. Le concept de The Cell est assez proche, si ce n’est que cette fois-ci « l’aventure intérieure » n’est plus physique mais psychologique. Il s’agit en effet de pénétrer à l’intérieur d’un esprit malade pour s’efforcer de le guérir. La technologie employée diffère donc entre les deux films (la miniaturisation chez l’un, le transfert psychique dans l’autre), mais l’enjeu est finalement assez proche : vu de l’intérieur, le corps (ou l’esprit) humain est un labyrinthe psychédélique qui peut rapidement se muer en monde cauchemardesque jonché de pièges fatals. Et pour couronner le tout, un compte à rebours mortel s’enclenche et crée un irrépressible sentiment d’urgence. Un tel sujet était le terrain de jeu idéal de Tarsem Singh, réalisateur de clips musicaux et de spots publicitaires marqués par une approche esthétique forte, dirigeant ici pour la première fois un long-métrage. Capitalisant en partie sur le succès du Silence des agneaux, le scénario de The Cell est l’œuvre de Mark Protosevich, qui avoue ne pas avoir reconnu son travail dans le film, tant ses écrits furent remaniés à la demande du studio. Signataire plus tard d’œuvres moins innovantes (Poséidon, Je suis une légende, Thor), Protosevich connaîtra d’autres infortunes à Hollywood, notamment la frustration de ne pas voir se concrétiser Jurassic Park 4 et Batman Unleashed pour lesquels il noircit pourtant de nombreuses pages. Pourtant, malgré ses nombreuses réécritures, le scénario de The Cell conserve d’un bout à l’autre une incontestable cohérence, oscillant sans cesse entre le monde réel et celui de l’inconscient.

Au début, il semble difficile de lier les deux intrigues que Tarsem Singh monte en parallèle. D’un côté, nous découvrons Catherine Deane (Jennifer Lopez), une psychologue pour enfants qui emploie une technologie expérimentale lui permettant d’entrer littéralement à l’intérieur de l’esprit de jeunes patients. De l’autre, nous assistons avec effroi aux exactions de Rudolph Stargher (Vincent D’Onofrio), un tueur psychopathe particulièrement tordu qui noie ses victimes féminines dans une cage de verre. La police et le FBI sont sur les dents, mais lorsqu’ils parviennent enfin à mettre la main sur lui, Stargher tombe dans le coma suite à une violente crise de schizophrénie. Or sa dernière victime est cachée quelque part, promise à une mort certaine. Comment la retrouver ? Une seule solution semble envisageable, même si elle s’annonce hasardeuse et dangereuse : transporter le tueur inanimé dans le laboratoire où travaille Catherine et demander à cette dernière d’entrer dans son esprit pour lui soutirer l’information. La psychologue accepte, sans se douter que cette odyssée dans le cerveau du serial killer va la plonger aux confins de l’horreur.

Voyage au centre de l’enfer

Le concept est en soi fascinant et aurait déjà largement suffi à placer The Cell au-dessus de la moyenne des thrillers criminels post-Silence des agneaux. Mais avec l’esthétique folle dont Tarsem Singh dote son film, nous entrons littéralement dans une autre dimension. En se laissant influencer par les œuvres picturales de Bacon, Dali et Giger mais aussi par David Lynch (notamment la série Twin Peaks à laquelle il rend plusieurs hommages) et Francis Coppola (dont le Dracula lui fit si forte impression qu’il embaucha sa costumière Eiko Ishioka), le cinéaste déploie des trésors d’inventivité pour que son premier long-métrage possède une patine ébouriffante. Chaque nouveau voyage dans le cerveau du tueur schizophrène ressemble à l’étape d’un train fantôme dont la destination finale n’est rien d’autre que l’Enfer. Certains liens semblent d’ailleurs se tisser – sans doute inconsciemment – entre The Cell et le méconnu Les Yeux de l’enfer. Tous les moyens sont bons pour désorienter et perturber les spectateurs : ultra-ralentis, images digitales, perspectives forcées, prises de vues vertigineuses, accélérés, décors et costumes surréalistes, maquillages spéciaux gore (conçus par les artistes de l’atelier KNB), musique étrange aux sonorités ethniques (composée par Howard Shore)… Parfois, on croirait assister au mariage contre-nature d’Alejandro Jodorowsky, Stanley Kubrick et Ken Russell. Ce raffinement cosmétique a poussé certains critiques à déplorer la vacuité du film, comme si une forme soignée impliquait un fond vide de sens. Or l’enveloppe de The Cell et son récit tourmenté sont étroitement liés, procurant aux spectateurs une expérience sensorielle et émotionnelle qu’ils ne sont pas près d’oublier.

 

© Gilles Penso

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WOODY ET LES ROBOTS (1973)

En début de carrière, Woody Allen se lance dans une aventure futuriste rocambolesque pour mieux pasticher ses semblables

SLEEPER

 

1973 – USA

 

Réalisé par Woody Allen

 

Avec Woody Allen, Diane Keaton, Marya Small, John Beck, Mary Gregory, John McLiam, Don Keefer, Bartlett Robinson

 

THEMA FUTUR I ROBOTS

Cinquième long-métrage de Woody Allen, Woody et les robots s’inscrit donc à l’orée de sa fort prolifique carrière, en ces temps où l’une de ses influences majeures était l’âge d’or des films muets burlesques. Congelé en l’an 1973 suite à une bénigne intervention chirurgicale, Miles Monroe, propriétaire d’une boutique de restauration macrobiotique, est réveillé deux cents ans plus tard par des scientifiques s’opposant au régime totalitaire alors en vigueur. Complètement dépassé par les événements, Miles, à qui Allen prête évidemment ses traits nerveux et cartoonesques, n’est répertorié sur aucun ordinateur de cette société futuriste où les robots sont omniprésents. Les rebelles comptent donc se servir de lui pour infiltrer les systèmes de sécurité. Mais les autorités interviennent, mitraillent tout le monde, et Miles est obligé de se déguiser en robot pour passer inaperçu. Interprétés par des mimes arborant un masque blanc, les robots du film semblent être devenus les parfaits compagnons des humains en cette belle année 2173. Pour se faire passer pour l’un d’eux, Allen s’affuble d’un grossier maquillage blanc et se coiffe d’un bol en métal. L’effet comique n’est certes pas subtil, mais il est garanti. Surtout lorsque l’humaine chez qui il a échoué (l’excentrique poétesse Luna, interprétée par l’incontournable Diane Keaton) l’envoie se faire démonter pour une révision complète.

A vrai dire, le scénario semble surtout être conçu pour accumuler les gags visuels hérités du slapstick des années 20, à grand renfort de courses poursuites en accéléré soulignées par une musique ragtime qu’interprète Woody Allen lui-même. Le film n’est donc guère avare en acrobaties vertigineuses, en envolées dans des costumes gonflables ou en glissades sur des peaux de banane géante. On y décèle aussi l’héritage de Jacques Tati et de le cultissime The Party de Blake Edwards, Woody Allen se débattant souvent sans paroles dans un monde où sa maladresse semble décuplée. Avec une mention spéciale pour la séquence où Allen et Keaton doivent se faire passer pour des chirurgiens renommés en pleine séance de clonage expérimental à partir d’un nez dont il faut reproduire les cellules !

Le meilleur des mondes

Mais si Woody et les robots se positionne ouvertement avant la période réflexive et analytique de son auteur, le film n’en demeure pas moins une cinglante satire socio-politique, décrivant un futur aseptisé dans lequel les gens font l’amour en quelques secondes dans des machines à orgasme, s’abrutissent devant les mille chaînes que propose la télévision et préfèrent vivre heureux et stupides plutôt que résister à leur omnipotent leader. Soucieux de la crédibilité de son univers anticipatoire, Allen filme des décors et des véhicules futuristes simples mais fort efficaces. Et puis, référence ultime, il dote l’un de ses ordinateurs de la voix de Douglas Rain, celui-là même qui interprétait HAL 9000 dans 2001 l’odyssée de l’espace. Bref, Woody et les robots est un véritable bol d’air, bénéficiant en outre d’une narration rapide ne s’embarrassant d’aucune perte de rythme, et d’un final abrupt en forme de réplique-gag absurde.

 

© Gilles Penso

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SIMETIERRE 2 (1992)

Mary Lambert, qui avait su nous terrifier avec sa remarquable adaptation de « Simetierre », eut un jour la mauvaise idée d’en réaliser une séquelle…

PET SEMETARY 2

 

1992 – USA

 

Réalisé par Mary Lambert

 

Avec Edward Furlong, Anthony Edwards, Clancy Brown, Jared Rushton, Darlanne Fluegel

 

THEMA ZOMBIES I SAGA STEPHEN KING

Envisagée depuis l’été 1989, la séquelle du glaçant Simetierre voit finalement le jour trois ans plus tard. Espérant que le studio Paramount lui laissera les mains libres, la réalisatrice Mary Lambert accepte d’y participer. Stephen King, en revanche, ne s’implique pas du tout dans cette suite qu’il juge inutile. Le scénariste Richard Outten est donc chargé de décliner l’histoire du premier film en inventant de nouveaux personnages. Le prologue se situe pendant le tournage d’un film d’horreur au cours duquel l’actrice Renée Hallow (Darlanne Fluegel) meurt électrocutée à cause d’un court-circuit provoqué par les effets spéciaux. Sous le choc, son époux Chase Andrews (Anthony Edwards, acteur récurrent de la série Urgences) et son fils Jeff (Edward Furlong, devenu une star éphémère grâce à Terminator 2), s’installent dans la ville de Ludlow. Lorsqu’apparaît Gus (Clancy Brown, l’inoubliable Kurgan de Highlander), le shérif du coin, on se doute bien que les choses s’apprêtent à mal tourner. Lourdaud, patibulaire, agressif, il tue un soir le chien de son propre fils Drew (Jason McGuire) parce qu’il rôdait trop près des cages à lapins.

Drew et Jeff décident alors d’enterrer la dépouille dans le cimetière indien Micmac voisin, qui a la réputation de faire revenir les morts à la vie. Effectivement, la bête ne tarde pas à ressusciter, arborant le même regard phosphorescent que le chat du premier Simetierre. L’écume aux lèvres, il tue Gus. Or ce dernier se retrouve à son tour enterré chez les Micmacs, par le biais d’une absurde circonvolution scénaristique. A partir de là, rien ne va plus. Gus fait son retour sous forme d’un zombie pataud et hilare, tout le monde ou presque meurt puis ressuscite jusqu’à un final grotesque qui s’achève par un grand incendie. La finesse dont Mary Lambert faisait preuve dans le film précédent semble s’être ici évanouie, la bande son étant pesamment saturée de chansons rock qui visent de toute évidence à séduire le jeune public.

Une franchise morte et enterrée

Sans doute la réalisatrice n’est-elle pas aidée par l’ineptie du scénario. Les personnages ont en effet des réactions absurdes et certaines scènes basculent dans le ridicule le plus accompli, comme cet improbable cauchemar avec une femme à tête de chien. Le casting était pourtant de premier ordre et les effets spéciaux de Steve Johnson franchement efficaces. « Je crois que ce film mérite d’être redécouvert, ne serait-ce que pour la présence des trois acteurs masculins principaux : Anthony Edwards, Clancy Brown et Edward Furlong », nous déclare la réalisatrice. « Travailler avec eux était un véritable régal. J’aurais aimé que Paramount me laisse plus libre sur le choix des morceaux de musique utilisés dans le film, mais nous n’avons pas réussi à nous mettre d’accord. » (1) Sur la base de cette séquelle, les producteurs espéraient lancer une franchise menant à chaque fois de nouveaux protagonistes sur la trace du cimetière indien. Mais Simetierre 2 n’attira pas les foules et la série s’arrêta dès ce second opus.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en juillet 2017

 

© Gilles Penso

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CHÉRIE, NOUS AVONS ÉTÉ RÉTRÉCIS (1997)

Dans ce dernier volet de la trilogie consacrée aux folles expériences du professeur Wayne Szalinski, Rick Moranis est réduit à une taille lilliputienne

HONEY, WE SHRUNK OURSELVES

 

1997 – USA

 

Réalisé par Dean Cundey

 

Avec Rick Moranis, Eve Gordon, Bug Hall, Robin Bartlett, Stuart Pankin, Allison Mack, Jake Richardson, JoJo Adams, Bryson Aust

 

THEMA NAINS ET GÉANTS I SAGA CHÉRIE J’AI RÉTRÉCI LES GOSSES

Ancien directeur de la photographie de Steven Spielberg, John Carpenter et Robert Zemeckis (Fog, Retour vers le futur, Jurassic Park, il y a pires références !), Dean Cundey briguait depuis longtemps le fauteuil de réalisateur. Les studios Disney lui en ont offert la possibilité avec Chérie, nous avons été rétrécis. Contrairement aux deux précédents, cet ultime volet de la trilogie fut conçu directement pour le petit écran. Après l’échec artistique de Chérie, j’ai agrandi le bébé, les scénaristes Karey Kirkpatrick et Nell Scovell sont revenus au principe de base imaginé par Stuart Gordon, autrement dit la miniaturisation. Seul survivant du casting original, Rick Moranis interprète toujours l’excentrique professeur Wayne Szalinski, pris entre ses responsabilités professionnelles, parentales et conjugales. Sa dernière lubie, un énorme totem tribal installé au beau milieu du salon, est le fruit d’une dispute avec son épouse. Très attaché à l’objet mais soucieux d’apaiser les tensions familiales, il décide de réduire sa taille grâce à sa célèbre machine à miniaturiser, même si le gouvernement lui a formellement interdit de s’en servir. Évidemment, un nouvel incident survient, et notre homme est ramené à la taille de six millimètres, tout comme son frère Gordon et leurs femmes respectives.

Le principe est donc le même que celui de Chérie, j’ai rétréci les gosses, si ce n’est que cette fois ce sont les adultes qui cherchent à attirer l’attention des enfants pour retrouver leur taille initiale, tandis que la jungle du jardin a ici été remplacée par les mille et un dangers de la maison. Alors que les bambins profitent de l’absence de leurs parents pour organiser une fiesta, les minuscules adultes s’efforcent de rester en vie et de manifester leur présence en utilisant la sono qui trône dans le salon. Dès lors, le film s’apprécie comme un ride de parc d’attraction – et il n’est pas impossible qu’il ait été conçu en partie pour alimenter les parcs Disneyland de nouveaux manèges. Plusieurs séquences inventives rythment ainsi un récit pour le moins minimaliste, notamment la folle course dans la voiture miniature, l’attaque d’un cafard affamé, l’envolée dans les bulles de savon ou la rencontre avec une araignée amicale.

Une intrigue minimaliste

Malgré quelques incrustations un peu visibles, les effets visuels de Dreamquest sont globalement très réussis et gratifient ce troisième épisode des sensibles avancées de la technologie numérique. Hélas, le reste du métrage n’est pas aussi réjouissant, d’autant que tout semble ici avoir été formaté pour réjouir les jeunes téléspectateurs de Disney Channel et surtout pour rassurer leurs parents. Tout est lisse, rien ne dépasse, les enfants acteurs sont bien peignés et le final est dégoulinant de bons sentiments et de leçons de morale assénées à coups de massue. Même la lumière du film est à l’avenant. Étale, sans parti pris, elle n’a guère plus de personnalité que celle d’une sitcom. De la part du chef opérateur de La Nuit des masques et The Thing, c’est tout de même un comble ! Après cet ultime long-métrage, la franchise Chérie, j’ai rétréci les gosses se déploiera sur le petit écran, sous forme d’une série TV burlesque dans laquelle Peter Scolari reprendra le rôle de Wayne Szalinski.

 

© Gilles Penso

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REEKER (2006)

Cinq jeunes automobilistes sont pris en chasse par un monstre mystérieux qui mutile tous ceux qui passent à sa portée…

REEKER

 

2006 – USA

 

Réalisé par David Payne

 

Avec Devon Gummersall, Derek Richardson, Tina Illman, Scott Whyte, Arielle Kebbel, Michael Ironside, Eric Mabius

 

THEMA MORT

En écrivant, produisant et réalisant Reeker, David Payne semble s’être efforcé de prendre le contre-pied des films d’horreur classiques formatés par les grands studios hollywoodiens. L’initiative est on ne peut plus louable, et la séquence d’introduction s’avère très efficace. En quelques minutes, ce concentré de suspense, d’épouvante, d’humour noir et de gore semble annoncer aux spectateurs qu’un monstre mystérieux rôde sur le bas-côté des autoroutes, prêt à mutiler sauvagement tous les automobilistes qui passent à sa portée. L’intrigue nous familiarise ensuite avec Jack, Nelson, Trip, Gretchen et Cookie, cinq adolescents en partance pour une rave party au cœur du désert californien. Outre les conflits inhérents aux fortes personnalités du petit groupe, des ennuis plus sérieux surviennent en cours de route. Une fuite dans le réservoir les oblige ainsi à faire halte devant un motel qui semble avoir été abandonné à la hâte. Alors qu’ils s’efforcent de trouver une assistance providentielle à l’aide des téléphones et des radios, ils ne captent que des messages brouillés où les appels de détresse se multiplient, évoquant une catastrophe mystérieuse. Décidés faute de mieux à passer la nuit sur place, les cinq amis sont bientôt rejoints par Henry (ce bon vieux Michael Ironside, transfuge de Scanners et Starship Troopers), le chauffeur d’un camping-car qui recherche sa femme et s’avère victime d’attaques cardiaques chroniques.

Tous les pions étant en place, le jeu de massacre commence, dirigé par une entité dont on ignore tout. S’agit-il d’un tueur psychopathe ? D’un démon surgi des enfers ? D’un zombie ? D’un fantôme ? A moins qu’il ne s’agisse de la Mort elle-même ? Toujours est-il que l’entité, insaisissable, assassine à l’aide d’instruments mécaniques variés tout en exhalant une odeur proprement insupportable. Jusqu’à la fin du film, conçue comme un gigantesque twist pour le moins audacieux, le mystère reste complet… Toutes les composantes d’un film d’horreur novateur et surprenant sont donc réunies. Et pourtant, hélas, Reeker tombe assez rapidement à plat. La faute en incombe prioritairement au choix de ses protagonistes, archétypes de la jeunesse crétine qui servait déjà de chair à saucisse à Jason Voorhees depuis le début des années 80. Leur sort ne nous émeut donc pas plus que ceux des campeurs idiots de l’interminable saga Vendredi 13.

Détour mortel

Comme en outre la mise en scène de leurs meurtres ne déborde pas d’originalité et s’encombre d’effets numériques maladroits visualisant les volutes nocives que véhicule le monstre, le bain de sang tourne assez rapidement à l’ennui. Reste cette chute, une véritable trouvaille, certes, mais qui aurait mérité meilleure préparation que cet enchaînement de séquences malhabiles au cours desquelles le mystère sans cesse épaissi finit par susciter le désintéressement total d’un public progressivement lassé. Reeker est donc un ratage intéressant, qui évoque tour à tour Destination finale et Identity, et que David Payne aura porté à bout de bras, constituant à l’occasion sa propre structure de production (avec son épouse Tina Illman, interprète de Gretchen) et composant lui-même une bande originale plutôt efficace.

 

© Gilles Penso

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GODZILLA 2000 (1999)

Après son « écart » américain orchestré par Roland Emmerich, Godzilla renaît de ses cendres au Japon pour inaugurer le 21ème siècle

GOJIRA NI-SEN MIRENIAMU

 

1999 – JAPON

 

Réalisé par Takao Okawara

 

Avec Takehiro Murata, Hiroshi Abe, Naomi Nishida, Mayu Suzuki, Shirô Sano

 

THEMA DINOSAURES I EXTRA-TERRESTRES I SAGA GODZILLA

C’est avec Godzilla 2000 que le plus grand des dinosaures radioactifs fait son entrée dans le 21ème siècle, inaugurant une nouvelle ère baptisée « Millennium » (avec deux N). Repassé sous le giron japonais après la « trahison » américaine de Roland Emmerich, le monstre surgit initialement en ne révélant que partiellement son anatomie impressionnante. Son œil immense terrorise un gardien de phare (dans une scène qui semble vouloir rendre hommage au Monstre des temps perdus), sa queue tentaculaire balaie une gargote avec la force d’un ouragan, sa silhouette titanesque se découpe dans le ciel nocturne, ses pattes énormes se fraient un chemin dans un tunnel… L’influence de Jurassic Park est assez manifeste. Son aspect a un peu changé, même s’il conserve les lignes principales de la créature originale. Sa mâchoire immense, garnie d’une infinité de dents acérées, ressemble à celle d’un crocodile monstrueux, son corps est très massif, sa tête large, ses plaques dorsales proéminentes, et le nouveau look de son rayon, qui irradie d’abord ses écailles puis surgit de sa gueule sous forme d’un flux lumineux aveuglant, s’avère particulièrement réussi.

Entretemps, l’équipage d’un submersible futuriste explore une forêt de volcans sous-marins puis supervise l’extraction d’un énorme bloc minéral qui semble dater de la préhistoire. Suivant un schéma assez classique, les militaires préconisent de détruire cette matière inconnue tandis que les scientifiques préfèreraient la préserver pour l’étudier. Or la roche se dresse soudain à la verticale au milieu de l’océan, le temps d’une belle séquence surréaliste digne de Abyss, puis s’envole, comme animée d’une vie propre, et se plante sur le rivage près de la ville. Les citoyens ne sont pas au bout de leurs surprises, puisqu’une soucoupe volante s’extrait de la roche inconnue et se pose sur le toit d’un building qui finit pulvérisé.

« Pourquoi nous protège-t-il alors que nous essayons toujours de le détruire ? »

Curieusement, Godzilla 2000 semble ainsi faire écho au cinéma de Roland Emmerich, clignant de l’œil non seulement vers son Godzilla (qui fut pourtant largement boudé par le public japonais) mais aussi vers Independence Day, ce que confirment ces séquences de destructions en pleine ville occasionnées par le massif vaisseau spatial. L’affrontement entre Godzilla et la machine extraterrestre est inévitable, mais il prend une tournure inattendue lorsque le vaisseau se transforme en créature biomécanique. Des tentacules poussent hors de sa carapace, lui donnant les allures d’une monstrueuse méduse, jusqu’à la phase finale de sa mutation. L’adversaire de Godzilla ressemble alors à un reptile géant redoutable équipé d’énormes mains griffues. Très ambitieux, le film mélange sans cesse les techniques d’effets spéciaux « à l’ancienne » (hommes costumés, maquettes, pyrotechnie miniature) avec des trucages numériques à grande échelle. Le mélange ne fonctionne pas toujours (certaines images de synthèse sont ratées, quelques plans composites peinent à convaincre) mais la saga entre ainsi officiellement dans un nouveau millénaire en s’efforçant de combiner la modernité et la tradition. Godzilla 2000 surprend surtout par la portée apocalyptique de son climax, au cours duquel le dinosaure surgit du chaos, vainqueur d’un pugilat qui faillit réduire la cité en cendres. Et tandis qu’un des protagonistes demande « pourquoi nous protège-t-il alors que nous essayons toujours de le détruire ? », la réponse de son interlocuteur sonne comme une citation biblique : « peut-être parce qu’il est en chacun de nous. »

 

© Gilles Penso

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