LE CONTINENT FANTASTIQUE (1977)

Le touche à tout Juan Piquer Simon réalise une adaptation très fantaisiste de Voyage au centre de la Terre

EL VIAJE AL CENTRO DE LA TIERRE

 

1977 – ESPAGNE

 

Réalisé par Juan Piquer Simon

 

Avec Kenneth More, Pep Munne, Yvonne Sentis, Franck Brana, Jack Taylor, Lone Fleming, José Cafarel, Ana Del Arco

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I DINOSAURES I SINGES

Les continents perdus étant en vogue au milieu des années 70 (Le Sixième continent, Centre Terre : septième continent, Le Continent oublié, tous signés Kevin Connor), le cinéaste espagnol Juan Piquer Simon nous offre en 1977 ce Continent fantastique qui adapte librement le « Voyage au Centre de la Terre » de Jules Verne. Le poster du film tire ouvertement profit du battage médiatique du King Kong de John Guillermin, affichant un gorille géant déchaîné qui n’apparaît en réalité que quelques secondes à l’écran, tout en promettant au public un procédé technique novateur : la Dinavision (dont le nom s’inspire visiblement de la Dynamation conçue par Ray Harryhausen). Le film commence dans une librairie de Hambourg, où le professeur Lindenbrock (Kenneth Moore) découvre un manuscrit étrange détaillant le chemin qui mène au centre de la terre, et que lui lègue un vieil homme mystérieux contre une poignée de pièces. Avec sa nièce Sophie (Ivonne Sentis) et André (Pep Munné), le fiancé de celle-ci, le professeur se rend en Islande pour y retrouver Fredericson (José Maria Caffarel), spécialiste de ce genre de question. Ils montent aussitôt une expédition, qui sera guidée par le berger Yann (Frank Braña).

Le petit groupe gagne alors le cratère d’un vieux volcan éteint. Bientôt, un lac en ébullition se met à émettre des vapeurs toxiques et une espèce de dinosaure montre timidement le bout de son museau. Alors qu’ils découvrent une source d’eau potable, Sophie fait la connaissance d’un certain Olsen (Jack Taylor) qui, sans véritable justification, se joint à l’expédition, portant pour tout bagage un mystérieux coffret métallique. La progression se poursuit difficilement et bientôt apparaissent des champignons géants aux spores particulièrement dangereuses. Puis l’expédition découvre un océan souterrain recouvert d’une voûte lumineuse, réminiscence du Voyage au centre de la Terre d’Henry Levin. En traversant les eaux, le petit groupe assiste à l’affrontement entre deux gigantesques tylosaures (des marionnettes à main, façon Le Sixième continent).

« Je suppose que sous terre, il faut s’attendre par principe à de l’inattendu… »

Ce ne sera que le prélude à une série d’événements inquiétants : l’apparition de tortues géantes préhistoriques, les ravages d’un gigantesque tsunami, l’attaque du fameux gorille géant qui s’exhibe fièrement sur le poster (dont le costume évoque celui de King Kong contre Godzilla), le surgissement d’un dinosaure aux allures de dragon (conçu avec une marionnette grandeur nature montée sur rails) et même la vision furtive d’un étrange laboratoire futuriste dans une grotte. « Je suppose que sous terre, il faut s’attendre par principe à de l’inattendu » dit alors Sophie avec pragmatisme, comme si une telle remarque suffisait à justifier un tel patchwork de visions surréalistes. Cette aventure très divertissante, calibrée pour le jeune public, baigne dans un humour bon enfant, bénéficie d’une direction artistique soignée et d’effets spéciaux pleins de charme signés Emilio Ruiz. Quelques jolis décors miniatures, des maquettes et des peintures sur verre dignes de Karel Zeman égaient ainsi le métrage. Le récit s’achève sur un amusant paradoxe temporel qui s’assujettit définitivement du texte initial de Jules Verne.

 

© Gilles Penso

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RAIDERS OF THE LIVING DEAD (1986)

Un enfant démonte un lecteur CD pour fabriquer un pistolet laser et lutter contre une horde de morts-vivants créés par un savant fou !

RAIDERS OF THE LIVING DEAD

 

1986 – USA

 

Réalisé par Samuel M. Sherman et Brett Piper

 

Avec Scott Schwartz, Robert Deveau, Donna Asali, Bob Allen, Bob Sacchetti, Zita Johann, Corri Burt, Leonard Corman

 

THEMA ZOMBIES

Raiders of the Living Dead : le titre du film évoque en vrac Steven Spielberg et George Romero. Le film, lui, n’évoque rien. Le jeu des « acteurs », les maquillages « spéciaux », le « scénario », la « musique » suffiraient, chacun indépendamment, à saboter irrémédiablement n’importe quel long-métrage. Le montage, dont un raccord sur deux en moyenne est faux, et l’éclairage, constellé de dominantes verdâtres et de sous-expositions bleutées, font songer aux vieux films amateurs tournés en super-8. L’intrigue elle-même s’avère difficile à résumer, car elle part un peu dans tous les sens sans parvenir à se stabiliser. Après un générique de début sous-tendu par une abominable chanson rock des années 80, nous avons droit à un commando des forces armées qui intervient pour contrecarrer les plans d’un malfaiteur sur le point d’acquérir une arme nucléaire, au cours d’un prologue mis en scène n’importe comment. Puis l’histoire se tourne vaguement vers un reporter enquêtant sur une île inconnue d’où proviennent d’étranges témoignages. Sur place, il s’avère qu’un scientifique digne des savants fous des années 30 fabrique des zombies à partir de corps qu’il récupère dans une prison. Les morts-vivants en question attendent bien une demi-heure avant d’intervenir, sans améliorer pour autant la qualité du métrage.

« A l’origine, ce devait être un film de zombies pur et dur », nous raconte Brett Piper, co-réalisateur, « et j’ai tourné toutes les séquences avec les morts-vivants qui surgissent de leurs tombes et se mettent à errer et attaquer les humains. Sam Sherman n’a gardé que quelques-unes de ces séquences et s’en est servi de stock-shots. Je décline donc toute responsabilité sur le reste. » (1) La grande idée du film consiste à faire démonter par un petit garçon bricoleur le lecteur CD de son grand-père pour le transformer en pistolet laser ! Après avoir testé le dispositif sur un malheureux hamster, le petit génie décide de s’en servir pour éliminer les zombies ! A ce stade du film, de toute façon, plus personne ne se fait d’illusion sur la cohérence du script. Quant aux rayons destructeurs de cette improbable arme de fortune, ils ressemblent sur l’écran à du grattage sur pellicule…

« C’est un film affreux ! »

Pour meubler, le réalisateur envoie ses protagonistes au cinéma et nous balance de larges extraits des Trois Stooges. « C’est un film affreux ! » nous avoue Piper en riant. « Je ne suis responsable que de 20% du résultat final. Il a complètement été modifié, et ils n’ont utilisé que peu des plans que j’avais tournés. Au générique, je suis crédité comme co-réalisateur avec Sam Sherman, mais c’est lui qui a réalisé la majeure partie du film. » (2)  Résultat des courses, le film pourrait aisément concourir dans une sélection des plus mauvais films du monde, toutes catégories confondues, et n’aurait gère de mal à se retrouver sur le podium. Assez bizarrement, Raiders of the Living Dead a connu une sortie DVD de luxe, dans un coffret présentant trois montages différents du film (qui aura le courage de tous les visionner ?!), accompagné du solgan qui tue : « Des chasseurs de zombies lancés dans une quête effrayante d’êtres non-morts ! » De là à crier au film culte, n’exagérons rien…

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en juin 1998

 

© Gilles Penso

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PRISONNIERS DU TEMPS (2003)

Richard Donner adapte Michael Crichton et transporte une équipe de scientifiques en plein moyen-âge

TIMELINE

 

2003 – USA

 

Réalisé par Richard Donner

 

Avec Paul Walker, Frances O’Connor, Gerard Butler, Billy Connolly, David Thewlis, Anna Friel, Lambert Wilson, Neal McDonough

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS

« Par l’auteur du best-seller Jurassic Park et le réalisateur de L’Arme fatale ». L’argument publicitaire de Prisonniers du temps était imparable, mais à l’écran l’alchimie ne prend pas vraiment. Le roman de Michael Crichton qui a inspiré le film recyclait bon nombre de mécanismes narratifs de son œuvre passée, notamment Mondwest et Jurassic Park. Mais il se tirait d’affaire par un don indiscutable pour créer des scènes d’action inédites, un talent certain dans l’art de ménager le suspense, et surtout une connaissance quasi-encyclopédique sur l’époque médiévale. A ce titre, soucieux de bousculer les idées reçues, il déclarait au sein du récit : « en réalité, la conception du Moyen Âge comme une époque brutale est une invention de la Renaissance dont les chantres ne ménageaient pas leurs efforts pour faire valoir un nouvel esprit, fût-ce au détriment des faits. » On imagine donc la somme de recherches historiques et scientifiques que l’écrivain effectua avant de se mettre à écrire, recherches dont on ne trouve hélas qu’un pâle reflet dans le film de Richard Donner.

Le récit nous familiarise avec ITC, l’une de ces multinationales imaginaires chères à Crichton, exploitant les découvertes scientifiques les plus révolutionnaires pour en tirer un maximum de profit. Sponsor des fouilles archéologiques du professeur Johnston sur le site de Castlegard en Dordogne, ITC a mis au point une machine capable d’ouvrir des portails temporels. Testant l’invention, Johnston se retrouve propulsé en l’an 1357, au beau milieu d’une guerre médiévale franco-anglaise. Pour le ramener vivant à son époque, il n’y a qu’une solution : envoyer à sa recherche une équipe de secours constituée d’étudiants spécialisés dans le moyen âge et chapeautée par un agent de sécurité rompu à diverses formes de combats.

Un spectacle médiéval de fête foraine

Prisonniers du temps souffre beaucoup de l’extrême fadeur de son casting. L’idée de ne recourir à aucune tête d’affiche n’est pas mauvaise en soi, et elle avait fait ses preuves dans Alien. Mais il aurait fallu choisir des comédiens charismatiques, ce qui n’est guère le cas ici. Même David Thewlis, excellent dans Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban, joue en demi-mesure, composant sans le moindre panache un émule de Bill Gates autrement plus coloré dans le roman de Crichton. Richard Donner, quant à lui, assure le service minimum, livrant là une mise en scène propre et efficace mais sans le moindre sens de l’épopée. Du coup les nombreux combats qui scandent le film semblent presque issus d’un spectacle médiéval de fête foraine, tant ils manquent de violence, de suspense et de surprise. Et face à la partition peu inspirée de Brian Tyler, on ne peut que pleurer la disparition prématurée du grand Michael Kamen, qui collabora souvent avec le cinéaste. Reste un assaut de château final plutôt bien troussé, faisant office de climax explosif, et quelques paradoxes temporels intéressants liés à la modification du cours de l’histoire par nos héros. Mais tout ceci est bien en deçà du fort potentiel d’un récit initial dense, présentant quelques similitudes avec le palpitant « Jésus Vidéo » écrit par Andreas Eschbach.

 

© Gilles Penso

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UNE SI GENTILLE PETITE FILLE (1977)

En emménageant dans une nouvelle maison, la petite Cathy se laisse posséder par un esprit qui la dote d’inquiétants pouvoirs…

CATHY’S CURSE

 

1977 – CANADA / FRANCE

 

Réalisé par Eddy Matalon

 

Avec Randi Allen, Alan Scarfe, Beverly Murray, Dorothy Davis, Mary Morter, Roy Witham, Bryce Allen, Sonny Forbes

 

THEMA ENFANTS I FANTÔMES I POUVOIRS PARANORMAUX

« J’ai envoyé ma maman chez les fous… J’ai fait mourir mon chien de frayeur… J’ai fait passer ma nounou par la fenêtre… On reste tous les trois, mon papa, ma poupée et moi… Moi… Moi ! » Cette accroche un brin excessive, que l’on peut lire sur les posters d’Une si gentille petite fille, résume assez bien l’intrigue de cette co-production franco-canadienne soucieuse de surfer sur la vogue de l’enfant maléfique, et connue des anglophones sous le titre Cathy’s Curse. La mise en scène est signée Eddy Matalon, dont le CV compte principalement des comédies de bas étage et des films pornos hardcore. George Gimble (Alan Scarfe) emménage avec sa femme Vivian (Beverly Murray) et sa fille de huit ans Cathy (Randi Allen) dans la maison où il a grandi. Des tas de souvenirs lui reviennent lorsqu’il prend possession des lieux, mais il semble le seul à s’en enthousiasmer. En traînant dans le grenier, Cathy découvre une vieille poupée et le portrait d’une fille de son âge. Bientôt, elle se met à adopter un comportement bizarre, organise des jeux malsains avec les enfants de la voisine et manque même de crever l’œil de l’une d’entre elles.

Lorsqu’elle révèle des pouvoirs télékinétiques qui lui permettent de pousser à distance la gouvernante par la fenêtre du premier étage et de faire trembler tout le mobilier de la maison, les références cinématographiques de Matalon sont mises en évidence : La Malédiction et L’Exorciste. Mais ici, le diable n’est pas en cause. Cathy est en effet possédée par l’esprit de Laura,  la sœur de son père, morte à huit ans dans un accident de voiture… Laquelle apparaît furtivement dans le grenier sous forme d’une vieille dame hideuse. Ce prétexte scénaristique n’explique pas pour autant les motivations nouvelles de Cathy, soucieuse de se débarrasser de toute présence féminine dans son entourage immédiat (sa mère, sa nounou, et même la chienne du gardien !), et encore moins ses pouvoirs surnaturels. Car au-delà de sa capacité à faire bouger les gens et les objets sans les toucher, Cathy peut se téléporter en quelques secondes ou lancer sur ceux qui lui font obstacle des espèces de rayons laser destructeurs !

Possession, télékinésie et rayons laser

Bref, c’est un peu n’importe quoi, et le scénario semble surtout conçu pour accumuler les séquences insolites. En ce domaine, on retient surtout le plateau du petit-déjeuner qui se décompose en accéléré, la poupée qui s’anime seule, Vivian recouverte de sangsues sous sa douche ou le vieux Paul (Roy Witham) soudain envahi de serpents, de tarentules et de rats. Au moment du final, Cathy arbore un maquillage vieillissant pour le moins grotesque et affirme gravement : « Je m’appelle Laura ». Si le montage du film (signé Laurent Quaglio, futur sound designer de talent) est assez soigné, on ne peut en dire autant du jeu des comédiens (assez inexpressifs, sauf l’inquiétante Randi Allen) et du scénario, bourré de lieux communs et d’invraisemblances. C’est d’autant plus dommage qu’Une si gentille petite fille avait un réel potentiel horrifique, exhalant par moments une ambiance très étrange, notamment chaque fois qu’apparaît le portrait aux yeux lumineux de la petite Laura.

 

© Gilles Penso

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LE DERNIER TESTAMENT (1983)

Le cauchemar d’une famille brisée après le déclenchement de la troisième guerre mondiale et de l’holocauste nucléaire…

TESTAMENT

 

1983 – USA

 

Réalisé par Lynne Littmann

 

Avec Jane Alexander, Rossie Hamis, William Devane, Roxana Zal, Lukas Haas, Lilia Skala, Philip Anglim, Leon Ames, Kevin Costner

 

THEMA CATASTROPHE

En 1983, l’Amérique s’inquiétait sérieusement de la politique de réarmement de Ronald Reagan et des tensions avec la Russie, pas vraiment atténuées depuis le début de la Guerre Froide. Pour exorciser ce malaise, les petits écrans diffusèrent la mini-série La Troisième Guerre Mondiale de Boris Sagal et David Greene et le téléfilm Le Jour d’après de Nicholas Meyer. Sorti la même année que ces deux œuvres bien peu rassurantes, Le Dernier testament raconte une histoire sensiblement similaire, mais l’approche et le point de vue de Lynne Littman font toute la différence. S’appuyant sur la nouvelle « The Last Testament » de Carol Amen, la réalisatrice ne s’intéresse ni à l’aspect catastrophe du récit, ni à sa dimension politique-fiction, mais principalement à son approche humaine. Le fait que le film soit dédié à sa famille n’est sans doute pas innocent. Ici, pas de présentation d’une dizaine de protagonistes en montage parallèle, et encore moins de scènes d’état-major, de  préparatifs militaires et de réunions de politiciens.

Nos protagonistes sont les membres d’une famille tranquille qui vit dans la petite ville d’Hamlin, en Californie. Un jour, un flash spécial interrompt brusquement les programmes à la télé. A peine a-t-on le temps d’annoncer l’attaque nucléaire subie par New York qu’une lueur jaune et aveuglante illumine tout. Bientôt, il faut se rendre à l’évidence : les bombes ont éclaté. Qui a déclenché la guerre ? Personne ne le sait, et là n’est pas la préoccupation des habitants. Pour l’heure, on se rassemble dans l’église, on attend les maris absents, on commence à se rationner, on se serre les coudes. Puis les morts commencent à se multiplier, suite à l’inévitable propagation des radiations. Les bancs de l’église sont de plus en plus clairsemés, les détritus jonchent le sol, le pillage commence à se répandre. Lorsque, outrage ultime, les enfants se mettent à mourir lentement, comme s’éteignent des bougies, tout espoir semble perdu…

« Soyez maudits ! »

Le Dernier testament est avant tout un drame réaliste, narré à travers le regard de Carol Weatherly (Jane Alexander), une mère de famille qui s’efforce de rester à la hauteur malgré l’horreur s’insinuant tranquillement dans son quotidien. Austère, triste et pudique, le film refuse tout recours au spectaculaire mais ne se prive pas d’images fortes, comme ces dizaines de cadavres enveloppés dans des suaires improvisés qu’on jette dans un grand brasier, faute de place dans le cimetière, tandis que Carol tombe genoux à terre, hurlant « Qui a fait ça ? Soyez maudits ! » L’angoisse latente qui baigne le film n’est pas sans évoquer celle du Dernier rivage de Stanley Kramer. Marquant les premières années de carrière de Kevin Costner (dans le rôle d’un père pleurant la perte de son bébé), du jeune Lukas Haas (futur héros de Witness) et du compositeur James Horner (dont la partition mélancolique s’accorde à la sobriété de la réalisation), Le Dernier testament sait bouleverser ses spectateurs sans jamais forcer sur les effets, tandis que des extraits de films de famille en super 8 s’insèrent dans le montage, comme autant de souvenirs rendant plus insupportable encore ce présent endeuillé.

 

© Gilles Penso

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LA MAISON DE L’EXORCISME (1973)

Pour profiter de la vogue de L’Exorciste, le producteur Alfredo Leone remanie de fond en comble un film de Mario Bava passé inaperçu

LA CASA DELL’ESORCISMO

 

1973 – ITALIE

 

Réalisé par Mario Bava et Alfredo Leone

 

Avec Telly Savalas, Elke Sommer, Sylvia Koscina, Gabriele Tinti, Alida Valli, Alessio Orano, Kathy Leone, Eduardo Fajardo

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

En 1973, Mario Bava et son producteur Alfredo Leone présentèrent à Cannes Lisa et le diable, un film d’épouvante à l’intrigue passablement confuse mêlant en vrac le diable, la réincarnation, la sorcellerie, un tueur psychopathe, de la nécrophilie et des morts-vivants. Si l’œuvre eut un bel impact et connut un certain succès d’estime, elle ne parvint pourtant pas à trouver de distributeur. Pas démonté pour autant, Leone décida de profiter du succès colossal de L’Exorciste pour surfer sur la vague de la possession démoniaque. Il remania donc Lisa et le diable, y adjoignant cinquante minutes de nouvelles séquences calquées fidèlement sur le chef d’œuvre de William Friedkin qu’il dirigea avec un Bava peu consentant. Si le scénario du film original était confus, celui du nouveau montage, opportunément titré La Maison de l’exorcisme, s’avère carrément incompréhensible, collectionnant les séquences d’épouvante sans véritable respect de la continuité ou de la logique.

La belle Elke Sommer y incarne Lisa Reiner, une touriste en vacances à Tolède qui, après avoir contemplé une fresque représentant le diable, est soudain prise de convulsions avant d’être hospitalisée d’urgence. Venu à son chevet, un prêtre reconnaît là toutes les caractéristiques d’une possession, et décide de pratiquer un exorcisme. Entre deux crises, Lisa se souvient avoir été l’hôte d’une étrange villa en compagnie d’un couple et de leur chauffeur. Les maîtres des lieux sont une vieille comtesse acariâtre (Alida Valli) et son fils Maximilien (Alessio Orano). Là sévit également Leandro (Telly Savalas, reprenant le célèbre gimmick de la sucette de Kojak), un majordome qui s’avèrera être rien moins que le diable en personne. Bientôt, les invités meurent les uns après les autres de bien mystérieuse manière, tandis que Maximilien déclare sa flamme à Lisa qui a de plus en plus de mal à discerner le rêve de la réalité… tout comme le spectateur, lequel doit faire un effort surhumain pour s’efforcer de suivre cette intrigue surréaliste et décousue.

Le diable tire les ficelles

Le film développe malgré tout quelques belles idées, notamment la métaphore du diable qui manipule les gens sous forme de marionnettes. Dans les nouvelles séquences d’exorcisme, Elke Sommer s’enlaidit, crache des blasphèmes et des jurons orduriers, vomit sans cesse et se tortille en des acrobaties inhumaines, tandis que Leone et Bava accumulent les scènes peu ragoûtantes, en particulier les grenouilles que Lisa crache au milieu de son vomi, ou le squelette qui apparaît soudain et projette des serpents sur le malheureux prêtre. Ce dernier porte sur ses épaules le poids d’un traumatisme lié à l’accident de voiture qui coûta la vie à sa femme. Ce qui nous vaut une séquence érotique au cours de laquelle la défunte réapparaît, nue comme un ver, et tente le brave homme en se déhanchant lascivement dans la chambre d’hôpital. Elke Sommer elle aussi a droit à son strip-tease au cours des flash-backs situés dans la villa. Peu fier de ce film bâtard, Mario Bava ne le signa pas et cessa là sa collaboration avec Alfredo Leone. Mais il faut bien reconnaître que ce dernier eut du flair, car en l’état La Maison de l’exorcisme connut un certain succès.

 

© Gilles Penso

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MA VIE EST UN ENFER (1991)

Josiane Balasko rencontre un démon incarné par Daniel Auteuil qui s’apprête à lui faire signer un pacte diabolique en échange d'une vie meilleure…

MA VIE EST UN ENFER

 

1991 – FRANCE

 

Réalisé par Josiane Balasko

 

Avec Josiane Balasko, Daniel Auteuil, Michael Lonsdale, Catherine Samie, Richard Berry, Jean Benguigui, Luis Rego

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I DIEU, LES ANGES, LA BIBLE

Variation féminine et très libre sur le thème de Faust, Ma vie est un enfer est le troisième long-métrage réalisé par Josiane Balasko après Sac de nœuds et Les Keufs. Le scénario, qu’elle co-écrit avec l’écrivain Joël Houssin (surtout connu par la série « Le Dobermann » éditée chez Fleuve Noir entre 1981 et 1984), lui permet d’incarner une fois de plus la fille ordinaire, solitaire et complexée dont elle fit un archétype avec des films comme Les Hommes préfèrent les grosses, et que Bertrand Blier détourna allègrement dans Trop belle pour toi en 1989. Ici, retour à la case départ. Balasko incarne donc Léah, assistante dans un cabinet dentaire souffrant des brimades d’un employé tyrannique. Alors qu’elle s’apprête à fêter seule son 35ème anniversaire dans un appartement trop grand pour elle, sa mère (délectable Catherine Samie) lui rend visite. Cette dernière se caractérisant par son égoïsme et sa superficialité, on ne peut pas dire qu’il s’agisse d’une présence très réconfortante. Léah fête donc son anniversaire seule, en tête à tête avec le chien de sa mère partie dîner dehors. Puis elle découvre un étrange artefact que celle-ci a laissé dans l’appartement : un miroir du 18ème siècle orné d’un crâne hideux. En lisant l’incantation écrite au dos de cet objet sinistre, elle fait venir Abargadon, un des lieutenants du diable, incarné avec gouaille et décontraction par Daniel Auteuil. Après lui avoir prouvé ses pouvoirs surnaturels, le démon lui propose un échange classique : son âme contre la concrétisation de ses rêves.

Ma vie est en enfer tente de transcender son scénario bancal aux idées inégales par le jeu de ses deux principaux comédiens. De fait, le potentiel comique provient moins de ses situations, souvent triviales et parfois très vulgaires (le psychologue macho sodomisé par un top model, la porte qui défèque !), que des performances du duo Balasko-Auteuil. Une poignée de seconds rôles cocasses vient égailler le film, de Richard Berry en psy inefficace (il fait sa liste de courses pendant les séances) à Jean Benguigui en voisin collectionneur de cassettes vidéo porno, en passant par Luis Rego en barman de l’enfer (affublé de la mèche et de la moustache d’hitler), Ticky Holgado en magicien déguisé en diable rouge, Emmanuelle Escourrou (Baby Blood) en femme panthère et même la toute jeune Marilou Berry en petite fille dans la salle d’attente du dentiste. De tous ces « guest », le plus savoureux est sans conteste Michael Lonsdale, qui prête son charisme imperturbable, sa haute carrure et sa voix doucereuse à l’ange Gabriel, venu vérifier la validité du contrat d’Abargadon. Chacune de ses trop brèves apparitions est un régal, d’autant que son personnage s’inscrit dans une vision administrative de l’Enfer et du Paradis qui nous rappelle Le Ciel peut attendre.

Une fausse bonne idée

Si la première partie du film pique la curiosité, il devient vite évident que le scénario ne saura pas rebondir de manière satisfaisante. Plus l’intrigue avance, plus l’histoire est poussive, moins les gags sont drôles. Et l’on finit par ressentir un profond embarras pour les comédiens principaux, forcés de se plonger dans des situations foncièrement grotesques. Techniquement, Ma vie est un enfer bénéficie du savoir-faire de l’as des effets visuels Kent Houston (Brazil, Legend, Princess Bride) qui concocte une multitude de trucages efficaces (l’héroïne qui se miniaturise, la traversée des murs, le grand incendie final), épaulé par le maquilleur spécial Jacques Gastineau (Lifeforce, Les Prédateurs de la nuit) et l’expert des effets mécaniques Jean-Marc Mouligné (Jean de Florette, Les Visiteurs). De ce point de vue, Balasko a su s’entourer. On peut émettre plus de réserves sur les choix musicaux du film, les Rita Mitsouko concoctant une bande originale funk/pop dissonante originale mais complètement à côté de la plaque. On ne peut s’empêcher de penser que Ma vie est un enfer était une fausse bonne idée qui aurait mérité une sacrée couche de réécriture pour pouvoir convaincre totalement. Balasko réalisatrice touchera la grâce quatre ans plus tard avec Gazon maudit, sans conteste son film le plus drôle et le plus réussi.

 

© Gilles Penso

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FRAGILE (2005)

Jaume Balaguero plonge Calista Flockhart (Ally McBeal) dans les méandres d’un hôpital hanté par de sinistres fantômes

FRAGILES

 

2005 – ESPAGNE

 

Réalisé par Jaume Balaguero

 

Avec Calista Flockhart, Yasmin Murphy, Elena Anaya, Gemma Jones, Richard Roxburgh, Colin McFarlane, Michael Pennington

 

THEMA FANTOMES

Avec Fragile, Jaume Balaguero continue de tracer le sillon entamé avec La Secte sans nom et Darkness. Toujours attiré par l’épouvante insidieuse et les traumatismes de l’enfance, le cinéaste espagnol adoucit au fil de ses films son propos, troquant peu à peu l’horreur psychologique contre le drame humain. En ce sens, Fragile est certainement l’un de ses films les plus subtils et les plus aboutis, marchant ouvertement sur les traces de l’Echine du diable de Guillermo del Toro dont il reprend plusieurs composantes. Échappant totalement à son passé télévisuel et au personnage d’Ally McBeal qui lui collait à la peau, Calista Flockhart incarne Amy, une infirmière hantée par un passé douloureux qui intègre un hôpital pour enfants sur le point de fermer ses portes. Sinistre et délabré, le lieu semble charrier des angoisses et des secrets innommables. Cet hôpital aurait dû fermer depuis longtemps, mais un accident ferroviaire oblige le personnel à garder cet endroit ouvert plus longtemps que prévu.

Sur place, Amy se prend d’affection pour la petite Maggie Reynolds, qui communique régulièrement avec un personnage fantomatique, Charlotte, « la fille mécanique ». Parmi les autres étrangetés de cet endroit, il y a un deuxième étage condamné depuis les années cinquante, une infirmière qui protège les patients victimes d’attaques mystérieuses, une autre infirmière qui vient de mourir dans un accident de voiture, un petit garçon qui se retrouve sans explication avec une double fracture soudaine… L’atmosphère que construit Balaguero sait susciter le malaise sans qu’il ait besoin de recourir aux artifices habituels (si l’on excepte les quelques ombres qui courent furtivement à l’avant-plan), l’une des grandes forces du film étant son casting impeccable et sa solide direction d’acteurs.

Le voyage entre les vivants et les morts

Alors que le mystère s’épaissit, Amy confie ses doutes à deux vieilles dames qui lui déclarent : « Savez-vous ce qu’est la vie ? Rien de plus qu’un voyage entre deux mondes : le nôtre, celui des vivants, et celui de morts. » Le principe de Fragile veut ainsi que ceux qui approchent de la mort puissent percevoir des visions de l’au-delà. Ce qui expliquerait pourquoi tous ceux qui ont pu voir l’inquiétante Charlotte sont décédés ou souffrent d’une maladie incurable. Là où les choses prennent une tournure plus effrayante, c’est lorsqu’Amy elle-même, en allant fouiller le 2ème étage, aperçoit la fillette. Grâce à un film super 8 d’époque, elle pense comprendre le fin mot de l’histoire. Mais elle n’est pas encore au bout de ses surprises, et le public non plus. Même si les ultimes apparitions du fantôme sont franchement angoissantes, le film n’a pas vocation première de faire peur (domaine dans lequel le cinéaste a pourtant prouvé sa maîtrise au cours de sa filmographie précédente). Le passé du personnage de Charlotte est assez atroce, mais Fragile est surtout un drame très émouvant, comme le confirme son final particulièrement touchant. Et la prestation à fleur de peau de Calista Flockhart nous fait regretter que la pétillante Ally McBeal n’ait pas plus souvent illuminé les grands écrans de sa présence.

 

© Gilles Penso

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ALICE OU LA DERNIÈRE FUGUE (1977)

Sylvia Kristel incarne une jeune femme qui fuit son époux et perd le contrôle de son véhicule, basculant dès lors de l’autre côté du miroir

ALICE OU LA DERNIÈRE FUGUE

 

1977 – FRANCE

 

Réalisé par Claude Chabrol

 

Avec Sylvia Kristel, Charles Vanel, Jean Carmet, André Dussollier, Bernard Rousselet, Fernand Ledoux, François Perrot, Thomas Chabrol, Catherine Druzy

 

THEMA MORT

Alice ou la dernière fugue se situe exactement à mi-parcours de la filmographie de Claude Chabrol, à une période où le cinéaste, déjà auréolé de nombreux succès, cherche à se renouveler et à donner un second souffle à sa carrière. Avant de connaître une nouvelle consécration avec Violette Nozière, il s’offre une escapade (une « dernière fugue » ?) avec cette relecture étonnante des écrits de Lewis Carroll. Tout commence dans un cadre banal qui ressemble presque à une parodie d’un film de Claude Chabrol. Dans le salon d’un appartement bourgeois, vissé devant son téléviseur, un homme (Bernard Rousselet) déblatère, raconte ses anecdotes de bureau, bombe le torse, s’écoute parler et nous exaspère. Son épouse (Sylvia Kristel) l’entend plus qu’elle ne l’écoute, le regard lointain. Lorsqu’enfin elle peut en placer une, c’est pour lui dire qu’elle le quitte. Pas de dispute, pas de cris, pas de larmes, juste une profonde lassitude qui pousse Alice à faire sa valise et à prendre la route. Pour où ? Le sait-elle elle-même ? Elle roule, prend le large, mais un orage tonne et son pare-brise vole soudain en éclat. Alice trouve refuge dans une vaste demeure où l’accueillent le vieux Vergennes (Charles Vanel) et son domestique Colas (Jean Carmet). Elle y dîne, y passe la nuit, mais au matin ses hôtes ont disparu. Après un bref petit-déjeuner, elle regagne son véhicule (dont le pare-brise est miraculeusement réparé) et reprend la route. Mais elle s’égare et revient sans cesse à son point de départ, comme si elle était prisonnière d’un espace-temps n’obéissant à aucune logique connue…

Les références à Lewis Carroll abondent tout au long du métrage, du nom de l’héroïne (Alice Carrol) à cette traversée du miroir symbolisée par la destruction du pare-brise en passant par le labyrinthe dans lequel se perd notre héroïne. Mais en guise de « pays des merveilles », nous aurions plutôt affaire à un cauchemar. Chabrol joue avec l’idée du temps qui se boucle et bégaie, à travers cette pendule qui s’arrête et se remet en marche toutes les nuits, ou ce disque rayé qui transforme les symphonies en ostinatos entêtants. L’insolite vire au surnaturel lorsque des sons inquiétants résonnent au dehors, que les perceptions d’Alice semblent s’altérer au point de déformer son champ de vision et qu’une force invisible la pousse contre les murs. En toute logique, nous cherchons à comprendre. Au moment où le personnage agaçant incarné par André Dussollier, tout de blanc vêtu et coiffé comme Claude François, explique à Alice qu’elle ne doit pas poser de question ni chercher à comprendre, c’est aussi aux spectateurs qu’il s’adresse. Nous suivons donc cette aventure erratique sans savoir où elle va nous mener, comme si le cinéaste éprouvait notre patience et notre capacité à accepter la sortie des sentiers battus. Étant donné qu’il a choisi l’héroïne d’Emmanuelle comme actrice principale, Chabrol sacrifie à une brève scène de nu intégral, parfaitement gratuite mais conçue visiblement pour satisfaire les fans de la comédienne néerlandaise peu connue pour sa pudeur. Voilà qui égaie certes le métrage mais ne fait guère avancer l’intrigue.

Lewis Chabrol

Le problème, pour le public, est de parvenir à s’identifier à une héroïne qui se révolte sans grande conviction face à cette situation impossible, émettant de timides répliques censées traduire sa perplexité (« ce n’est pas possible » devant un mur infranchissable, « c’était trop beau » face à un téléphone qui ne fonctionne pas, « j’aurais dû m’en douter » lorsqu’un enfant apparaît puis disparaît). Elle finit par prendre son mal en patience, bouquine, écoute de la musique, bois du thé et ne s’étonne plus face à l’inexplicable. Tout ressemble à un rêve, ce qui ne serait pas étonnant si l’on tient compte de l’inspiration première de Chabrol, mais l’explication est ailleurs. Car il y a une explication, une raison concrète à cette collection de saynètes surréalistes. Le récit prend son sens au moment d’un final étonnant qui offre une relecture à posteriori de tous les événements passés. Cet exercice de style inhabituel de la part d’un cinéaste peu habitué au fantastique ne manque pas d’intérêt, mais il risque de laisser beaucoup de spectateurs sur le bas-côté à cause de l’apparente incohérence de la majorité de ses péripéties. Le film est dédié à la mémoire de Fritz Lang, mort au moment de son tournage.

 

© Gilles Penso

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ALIEN APOCALYPSE (2005)

Bruce Campbell affronte des termites extra-terrestres qui ont colonisé notre planète et réduit les humains en esclavage

ALIEN APOCALYPSE

 

2005 – USA

 

Réalisé par Josh Becker

 

Avec Bruce Campbell, Renée O’Connor, Remington Franklin, Miichael Cory Davis, Peter Jason, Neda Sokolovska, Vladimir Kolev

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Ami de longue date de Bruce Campbell, Josh Becker l’avait fait tourner dans une poignée de courts-métrages très anecdotiques bien avant que Sam Raimi ne lui donne la vedette dans Evil Dead. En toute logique, il lui confia le premier rôle d’Alien Apocalypse, un film de science-fiction semi-parodique commandité par la chaîne Sci-Fi Channel. De retour sur Terre après quarante années de cryogénisation, quatre astronautes en mission dans l’espace découvrent que leur planète a été colonisée par une race de termites extra-terrestres et que les humains ont été réduits en esclavage. Le mets favori des termites est le bois, bien sûr, mais elles ne rechignent pas contre quelques doigts ou têtes humaines en guise d’apéritif, d’où une poignée d’effets gore cartoonesques du plus bel effet. Les termites en question sont tour à tour des créations animatroniques ou des images de synthèse pleines de charme, dans la droite lignée des Sélénites animés image par image par Ray Harryhausen dans Les Premiers hommes dans la Lune. On pense aussi à l’homme scarabée de Flesh Gordon, animé jadis par Jim Danforth, avec lequel ces bestioles peu amicales présentent pas mal de points communs morphologiques.

Bien décidé à ne pas devenir esclave comme ses pairs, le docteur Ivan Hood (Bruce Campbell), membre de l’expédition spatiale, tente de fomenter une révolte et monte une petite armée qui traverse les bois en quête du Président des États-Unis avant que ne se joue l’inévitable bataille finale. Alien Apocalypse, c’est donc un peu Le Seigneur des Anneaux qui rencontre La Guerre des mondes, avec en prime de nombreux points communs avec La Planète des singes (les oppresseurs simiesques ayant ici été remplacés par leurs homologues invertébrés, et le vaillant Charlton Heston cédant le pas à Bruce Campbell). Josh Becker se permet au passage plusieurs allusions à L’Armée des ténèbres, ne serait-ce que par le personnage anachronique incarné par Campbell dans ce futur redevenu primitif.

« Ta stupidité est incurable, tu es guéri ! »

Malgré un scénario un peu mal fichu, des péripéties répétitives, des personnages monolithiques et une mise en scène franchement maladroite, ce petit film tourné en Bulgarie, aux grandes ambitions mais aux moyens très limités (le budget est estimé à un million cinq cent mille dollars), demeure fort sympathique et se déguste agréablement, un bol de popcorns sur les genoux et – éventuellement – le doigt sur la touche « accéléré » de la télécommande. Quelques dialogues savoureux agrémentent le tout, comme lorsque Campbell abat un chasseur de primes qui lâche dans un dernier râle : « tu es un docteur, tu es censé guérir les gens », ce à quoi notre bon vieux Ash rétorque : « ta stupidité est incurable, tu es guéri ». Les scènes de foules et de batailles manquent singulièrement d’ampleur, certes, et quelques dollars supplémentaires n’auraient pas été du luxe pour permettre au réalisateur d’aller au bout de ses idées. Tel quel, Alien Apocalypse s’apprécie donc comme une série B fauchée à la Roger Corman, agrémentée de monstres à l’ancienne et d’un Bruce Campbell impeccable, comme toujours. Pour certains fantasticophiles, c’est là la définition du bonheur.

 

© Gilles Penso

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