SIMETIERRE 2 (1992)

Mary Lambert, qui avait su nous terrifier avec sa remarquable adaptation de « Simetierre », eut un jour la mauvaise idée d’en réaliser une séquelle…

PET SEMETARY 2

 

1992 – USA

 

Réalisé par Mary Lambert

 

Avec Edward Furlong, Anthony Edwards, Clancy Brown, Jared Rushton, Darlanne Fluegel

 

THEMA ZOMBIES I SAGA STEPHEN KING

Envisagée depuis l’été 1989, la séquelle du glaçant Simetierre voit finalement le jour trois ans plus tard. Espérant que le studio Paramount lui laissera les mains libres, la réalisatrice Mary Lambert accepte d’y participer. Stephen King, en revanche, ne s’implique pas du tout dans cette suite qu’il juge inutile. Le scénariste Richard Outten est donc chargé de décliner l’histoire du premier film en inventant de nouveaux personnages. Le prologue se situe pendant le tournage d’un film d’horreur au cours duquel l’actrice Renée Hallow (Darlanne Fluegel) meurt électrocutée à cause d’un court-circuit provoqué par les effets spéciaux. Sous le choc, son époux Chase Andrews (Anthony Edwards, acteur récurrent de la série Urgences) et son fils Jeff (Edward Furlong, devenu une star éphémère grâce à Terminator 2), s’installent dans la ville de Ludlow. Lorsqu’apparaît Gus (Clancy Brown, l’inoubliable Kurgan de Highlander), le shérif du coin, on se doute bien que les choses s’apprêtent à mal tourner. Lourdaud, patibulaire, agressif, il tue un soir le chien de son propre fils Drew (Jason McGuire) parce qu’il rôdait trop près des cages à lapins.

Drew et Jeff décident alors d’enterrer la dépouille dans le cimetière indien Micmac voisin, qui a la réputation de faire revenir les morts à la vie. Effectivement, la bête ne tarde pas à ressusciter, arborant le même regard phosphorescent que le chat du premier Simetierre. L’écume aux lèvres, il tue Gus. Or ce dernier se retrouve à son tour enterré chez les Micmacs, par le biais d’une absurde circonvolution scénaristique. A partir de là, rien ne va plus. Gus fait son retour sous forme d’un zombie pataud et hilare, tout le monde ou presque meurt puis ressuscite jusqu’à un final grotesque qui s’achève par un grand incendie. La finesse dont Mary Lambert faisait preuve dans le film précédent semble s’être ici évanouie, la bande son étant pesamment saturée de chansons rock qui visent de toute évidence à séduire le jeune public.

Une franchise morte et enterrée

Sans doute la réalisatrice n’est-elle pas aidée par l’ineptie du scénario. Les personnages ont en effet des réactions absurdes et certaines scènes basculent dans le ridicule le plus accompli, comme cet improbable cauchemar avec une femme à tête de chien. Le casting était pourtant de premier ordre et les effets spéciaux de Steve Johnson franchement efficaces. « Je crois que ce film mérite d’être redécouvert, ne serait-ce que pour la présence des trois acteurs masculins principaux : Anthony Edwards, Clancy Brown et Edward Furlong », nous déclare la réalisatrice. « Travailler avec eux était un véritable régal. J’aurais aimé que Paramount me laisse plus libre sur le choix des morceaux de musique utilisés dans le film, mais nous n’avons pas réussi à nous mettre d’accord. » (1) Sur la base de cette séquelle, les producteurs espéraient lancer une franchise menant à chaque fois de nouveaux protagonistes sur la trace du cimetière indien. Mais Simetierre 2 n’attira pas les foules et la série s’arrêta dès ce second opus.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en juillet 2017

 

© Gilles Penso

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CHÉRIE, NOUS AVONS ÉTÉ RÉTRÉCIS (1997)

Dans ce dernier volet de la trilogie consacrée aux folles expériences du professeur Wayne Szalinski, Rick Moranis est réduit à une taille lilliputienne

HONEY, WE SHRUNK OURSELVES

 

1997 – USA

 

Réalisé par Dean Cundey

 

Avec Rick Moranis, Eve Gordon, Bug Hall, Robin Bartlett, Stuart Pankin, Allison Mack, Jake Richardson, JoJo Adams, Bryson Aust

 

THEMA NAINS ET GÉANTS I SAGA CHÉRIE J’AI RÉTRÉCI LES GOSSES

Ancien directeur de la photographie de Steven Spielberg, John Carpenter et Robert Zemeckis (Fog, Retour vers le futur, Jurassic Park, il y a pires références !), Dean Cundey briguait depuis longtemps le fauteuil de réalisateur. Les studios Disney lui en ont offert la possibilité avec Chérie, nous avons été rétrécis. Contrairement aux deux précédents, cet ultime volet de la trilogie fut conçu directement pour le petit écran. Après l’échec artistique de Chérie, j’ai agrandi le bébé, les scénaristes Karey Kirkpatrick et Nell Scovell sont revenus au principe de base imaginé par Stuart Gordon, autrement dit la miniaturisation. Seul survivant du casting original, Rick Moranis interprète toujours l’excentrique professeur Wayne Szalinski, pris entre ses responsabilités professionnelles, parentales et conjugales. Sa dernière lubie, un énorme totem tribal installé au beau milieu du salon, est le fruit d’une dispute avec son épouse. Très attaché à l’objet mais soucieux d’apaiser les tensions familiales, il décide de réduire sa taille grâce à sa célèbre machine à miniaturiser, même si le gouvernement lui a formellement interdit de s’en servir. Évidemment, un nouvel incident survient, et notre homme est ramené à la taille de six millimètres, tout comme son frère Gordon et leurs femmes respectives.

Le principe est donc le même que celui de Chérie, j’ai rétréci les gosses, si ce n’est que cette fois ce sont les adultes qui cherchent à attirer l’attention des enfants pour retrouver leur taille initiale, tandis que la jungle du jardin a ici été remplacée par les mille et un dangers de la maison. Alors que les bambins profitent de l’absence de leurs parents pour organiser une fiesta, les minuscules adultes s’efforcent de rester en vie et de manifester leur présence en utilisant la sono qui trône dans le salon. Dès lors, le film s’apprécie comme un ride de parc d’attraction – et il n’est pas impossible qu’il ait été conçu en partie pour alimenter les parcs Disneyland de nouveaux manèges. Plusieurs séquences inventives rythment ainsi un récit pour le moins minimaliste, notamment la folle course dans la voiture miniature, l’attaque d’un cafard affamé, l’envolée dans les bulles de savon ou la rencontre avec une araignée amicale.

Une intrigue minimaliste

Malgré quelques incrustations un peu visibles, les effets visuels de Dreamquest sont globalement très réussis et gratifient ce troisième épisode des sensibles avancées de la technologie numérique. Hélas, le reste du métrage n’est pas aussi réjouissant, d’autant que tout semble ici avoir été formaté pour réjouir les jeunes téléspectateurs de Disney Channel et surtout pour rassurer leurs parents. Tout est lisse, rien ne dépasse, les enfants acteurs sont bien peignés et le final est dégoulinant de bons sentiments et de leçons de morale assénées à coups de massue. Même la lumière du film est à l’avenant. Étale, sans parti pris, elle n’a guère plus de personnalité que celle d’une sitcom. De la part du chef opérateur de La Nuit des masques et The Thing, c’est tout de même un comble ! Après cet ultime long-métrage, la franchise Chérie, j’ai rétréci les gosses se déploiera sur le petit écran, sous forme d’une série TV burlesque dans laquelle Peter Scolari reprendra le rôle de Wayne Szalinski.

 

© Gilles Penso

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REEKER (2006)

Cinq jeunes automobilistes sont pris en chasse par un monstre mystérieux qui mutile tous ceux qui passent à sa portée…

REEKER

 

2006 – USA

 

Réalisé par David Payne

 

Avec Devon Gummersall, Derek Richardson, Tina Illman, Scott Whyte, Arielle Kebbel, Michael Ironside, Eric Mabius

 

THEMA MORT

En écrivant, produisant et réalisant Reeker, David Payne semble s’être efforcé de prendre le contre-pied des films d’horreur classiques formatés par les grands studios hollywoodiens. L’initiative est on ne peut plus louable, et la séquence d’introduction s’avère très efficace. En quelques minutes, ce concentré de suspense, d’épouvante, d’humour noir et de gore semble annoncer aux spectateurs qu’un monstre mystérieux rôde sur le bas-côté des autoroutes, prêt à mutiler sauvagement tous les automobilistes qui passent à sa portée. L’intrigue nous familiarise ensuite avec Jack, Nelson, Trip, Gretchen et Cookie, cinq adolescents en partance pour une rave party au cœur du désert californien. Outre les conflits inhérents aux fortes personnalités du petit groupe, des ennuis plus sérieux surviennent en cours de route. Une fuite dans le réservoir les oblige ainsi à faire halte devant un motel qui semble avoir été abandonné à la hâte. Alors qu’ils s’efforcent de trouver une assistance providentielle à l’aide des téléphones et des radios, ils ne captent que des messages brouillés où les appels de détresse se multiplient, évoquant une catastrophe mystérieuse. Décidés faute de mieux à passer la nuit sur place, les cinq amis sont bientôt rejoints par Henry (ce bon vieux Michael Ironside, transfuge de Scanners et Starship Troopers), le chauffeur d’un camping-car qui recherche sa femme et s’avère victime d’attaques cardiaques chroniques.

Tous les pions étant en place, le jeu de massacre commence, dirigé par une entité dont on ignore tout. S’agit-il d’un tueur psychopathe ? D’un démon surgi des enfers ? D’un zombie ? D’un fantôme ? A moins qu’il ne s’agisse de la Mort elle-même ? Toujours est-il que l’entité, insaisissable, assassine à l’aide d’instruments mécaniques variés tout en exhalant une odeur proprement insupportable. Jusqu’à la fin du film, conçue comme un gigantesque twist pour le moins audacieux, le mystère reste complet… Toutes les composantes d’un film d’horreur novateur et surprenant sont donc réunies. Et pourtant, hélas, Reeker tombe assez rapidement à plat. La faute en incombe prioritairement au choix de ses protagonistes, archétypes de la jeunesse crétine qui servait déjà de chair à saucisse à Jason Voorhees depuis le début des années 80. Leur sort ne nous émeut donc pas plus que ceux des campeurs idiots de l’interminable saga Vendredi 13.

Détour mortel

Comme en outre la mise en scène de leurs meurtres ne déborde pas d’originalité et s’encombre d’effets numériques maladroits visualisant les volutes nocives que véhicule le monstre, le bain de sang tourne assez rapidement à l’ennui. Reste cette chute, une véritable trouvaille, certes, mais qui aurait mérité meilleure préparation que cet enchaînement de séquences malhabiles au cours desquelles le mystère sans cesse épaissi finit par susciter le désintéressement total d’un public progressivement lassé. Reeker est donc un ratage intéressant, qui évoque tour à tour Destination finale et Identity, et que David Payne aura porté à bout de bras, constituant à l’occasion sa propre structure de production (avec son épouse Tina Illman, interprète de Gretchen) et composant lui-même une bande originale plutôt efficace.

 

© Gilles Penso

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GODZILLA 2000 (1999)

Après son « écart » américain orchestré par Roland Emmerich, Godzilla renaît de ses cendres au Japon pour inaugurer le 21ème siècle

GOJIRA NI-SEN MIRENIAMU

 

1999 – JAPON

 

Réalisé par Takao Okawara

 

Avec Takehiro Murata, Hiroshi Abe, Naomi Nishida, Mayu Suzuki, Shirô Sano

 

THEMA DINOSAURES I EXTRA-TERRESTRES I SAGA GODZILLA

C’est avec Godzilla 2000 que le plus grand des dinosaures radioactifs fait son entrée dans le 21ème siècle, inaugurant une nouvelle ère baptisée « Millennium » (avec deux N). Repassé sous le giron japonais après la « trahison » américaine de Roland Emmerich, le monstre surgit initialement en ne révélant que partiellement son anatomie impressionnante. Son œil immense terrorise un gardien de phare (dans une scène qui semble vouloir rendre hommage au Monstre des temps perdus), sa queue tentaculaire balaie une gargote avec la force d’un ouragan, sa silhouette titanesque se découpe dans le ciel nocturne, ses pattes énormes se fraient un chemin dans un tunnel… L’influence de Jurassic Park est assez manifeste. Son aspect a un peu changé, même s’il conserve les lignes principales de la créature originale. Sa mâchoire immense, garnie d’une infinité de dents acérées, ressemble à celle d’un crocodile monstrueux, son corps est très massif, sa tête large, ses plaques dorsales proéminentes, et le nouveau look de son rayon, qui irradie d’abord ses écailles puis surgit de sa gueule sous forme d’un flux lumineux aveuglant, s’avère particulièrement réussi.

Entretemps, l’équipage d’un submersible futuriste explore une forêt de volcans sous-marins puis supervise l’extraction d’un énorme bloc minéral qui semble dater de la préhistoire. Suivant un schéma assez classique, les militaires préconisent de détruire cette matière inconnue tandis que les scientifiques préfèreraient la préserver pour l’étudier. Or la roche se dresse soudain à la verticale au milieu de l’océan, le temps d’une belle séquence surréaliste digne de Abyss, puis s’envole, comme animée d’une vie propre, et se plante sur le rivage près de la ville. Les citoyens ne sont pas au bout de leurs surprises, puisqu’une soucoupe volante s’extrait de la roche inconnue et se pose sur le toit d’un building qui finit pulvérisé.

« Pourquoi nous protège-t-il alors que nous essayons toujours de le détruire ? »

Curieusement, Godzilla 2000 semble ainsi faire écho au cinéma de Roland Emmerich, clignant de l’œil non seulement vers son Godzilla (qui fut pourtant largement boudé par le public japonais) mais aussi vers Independence Day, ce que confirment ces séquences de destructions en pleine ville occasionnées par le massif vaisseau spatial. L’affrontement entre Godzilla et la machine extraterrestre est inévitable, mais il prend une tournure inattendue lorsque le vaisseau se transforme en créature biomécanique. Des tentacules poussent hors de sa carapace, lui donnant les allures d’une monstrueuse méduse, jusqu’à la phase finale de sa mutation. L’adversaire de Godzilla ressemble alors à un reptile géant redoutable équipé d’énormes mains griffues. Très ambitieux, le film mélange sans cesse les techniques d’effets spéciaux « à l’ancienne » (hommes costumés, maquettes, pyrotechnie miniature) avec des trucages numériques à grande échelle. Le mélange ne fonctionne pas toujours (certaines images de synthèse sont ratées, quelques plans composites peinent à convaincre) mais la saga entre ainsi officiellement dans un nouveau millénaire en s’efforçant de combiner la modernité et la tradition. Godzilla 2000 surprend surtout par la portée apocalyptique de son climax, au cours duquel le dinosaure surgit du chaos, vainqueur d’un pugilat qui faillit réduire la cité en cendres. Et tandis qu’un des protagonistes demande « pourquoi nous protège-t-il alors que nous essayons toujours de le détruire ? », la réponse de son interlocuteur sonne comme une citation biblique : « peut-être parce qu’il est en chacun de nous. »

 

© Gilles Penso

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FRANKENFISH (2004)

Le réalisateur de Spawn jette dans les eaux de la Louisiane un monstrueux poisson mutant à l’appétit insatiable

FRANKENFISH

 

2004 – USA

 

Réalisé par Mark Dippé

 

Avec Tory Kittles, K.D. Aubert, China Chow, Matthew Rauch, Donna Briscoe, Tomas Arana, Mark Boone Junior, Reggie Lee

 

THEMA MONSTRES MARINS

Frankenfish… A lui seul, le titre du film est une trouvaille, une promesse en forme de clin d’œil dédié à tous les amateurs de « monster movies ». Seulement voilà : le métrage allait-il parvenir à tenir cette promesse ? Rien n’était moins sûr, dans la mesure où le fauteuil du réalisateur était occupé par Mark Dippé, ancien concepteur d’effets visuels passé à la mise en scène à l’occasion d’un peu glorieux Spawn. Mais notre homme semble avoir tiré des leçons de cet échec artistique. Car à la barre d’un projet plus modeste et moins fortuné, Dippé fait quelques étincelles. Frankenfish commence de manière très classique, avec la mésaventure d’un pêcheur subitement happé par une créature sous-marine dans les marais de la Louisiane. Dépêchés sur place, le médecin légiste Sam Rivers et la biologiste Mary Callahan étudient son cadavre à moitié déchiqueté. La première théorie envisagée, celle d’une attaque de crocodile, est finalement écartée lorsque tous deux découvrent la profondeur et la taille anormales des marques de dents. Leurs investigations les mènent jusqu’à un lotissement de petites maisons flottantes où vivent les amis et la famille de la victime. Là, ils subissent bientôt les attaques extrêmement violentes d’un poisson carnivore de deux mètres de long qui jaillit hors de l’eau avec une puissance hallucinante, respire à l’air libre sans la moindre difficulté et dévore tout ce qui passe à sa portée.

Les images de synthèse mises à contribution pour donner vie au « frankenfish » sont particulièrement performantes, le monstre se mouvant avec un dynamisme extraordinaire. Dippé (qui fut tout de même l’un des maîtres d’œuvres des dinosaures numériques de Jurassic Park) en profite pour réserver à ses infortunés protagonistes quelques morts gratinées et surprenantes. Décapitations soudaines, corps coupé en deux, visage à moitié explosé, rien ne nous est épargné, même si l’effet gag l’emporte souvent sur le gore pur et dur. Cet habile équilibrage entre l’horreur, le suspense et l’humour, assorti à une galerie de personnages plutôt sympathiques, n’est pas sans évoquer ce bon vieux Tremors. Plusieurs situations du film de Ron Underwood trouvent d’ailleurs leur écho ici, notamment lorsque nos héros sont obligés de sauter d’un bâtiment à l’autre sans toucher le sol de peur d’attirer le monstre.

Chasse, pêche, nature et traditions

La situation se complique lorsque d’autres poissons géants amphibies font leur apparition, démultipliant la menace de manière fort inquiétante. La présence de ces créatures mutantes n’est pas liée aux expériences d’un savant fou – comme pourrait le faire penser le titre – mais à la commande d’un chasseur milliardaire en quête d’un nouveau gibier digne de ce nom. D’où la modification génétique de poissons chinois à tête de serpent qui, évidemment, ne tardent pas à échapper à tout contrôle. Le chasseur et ses associés pointent bientôt le bout de leur nez pour participer au jeu de massacre. Si Frankenfish n’échappe pas totalement à la routine habituelle des « creatures features » spécialement concoctés pour le petit écran, il se situe largement sur le dessus du panier, bénéficiant d’un décor particulièrement original – les maisons sur pilotis des bayous de la Louisiane – et s’achevant sur une chute tout à fait jubilatoire.

 

© Gilles Penso

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L’ATTAQUE DE LA FEMME DE 50 PIEDS (1993)

Daryl Hannah se transforme en géante vengeresse dans ce remake d’un nanar culte des années cinquante

ATTACK OF THE 50-FOOT WOMAN

 

1993 – USA

 

Réalisé par Christopher Guest

 

Avec Daryl Hannah, Daniel Baldwin, William Windom, Frances Fisher, Cristi Conaway, Paul Benedict, O’Neal Compton

 

THEMA NAINS ET GÉANTS I EXTRA-TERRESTRES

Lorsqu’on s’attaque à un remake, on a à priori tendance à remettre au goût du jour un film à forte popularité, ne serait-ce que pour bénéficier de l’intérêt du sujet et de la notoriété de l’œuvre originale. Dans cette optique, on ne peut que s’étonner du choix d’Attack of the 50-Foot Woman, un sommet de ringardise signé Nathan Juran qui se classe allégrement parmi les pires films de science-fiction de tous les temps. La sculpturale Daryl Hannah, qui reprend le rôle de l’infortunée Nancy Archer muée en géante par un extraterrestre, nous expliquait à l’époque les raisons de ce choix étrange : « Si vous vous permettez de refaire un film qui a connu une belle carrière, vous risquez un échec, à cause de la comparaison. Mais si vous vous attaquez à un film qui, à la base, n’avait rien d’un chef d’œuvre, vous avez une plus grande liberté de manœuvre et toutes les chances d’obtenir un résultat intéressant. » (1) Tout laissait alors imaginer qu’un tel choix serait prétexte à une parodie ouvertement assumée. Or le ton choisi par Christopher Guest est tout autre.

Car si cette version 1993 se veut comique, son humour ne transparaît vraiment qu’au second degré, à travers le ridicule des situations et par le biais d’une série de clins d’œil plus ou moins apparents. On notera en particulier le camion de traiteurs « Arkoff & Corman » (le nom des deux producteurs du film), le drive-in sur l’écran duquel est projeté le film original ou encore l’uniforme très Star Trek des personnages à la fin du film. Au même titre, la soucoupe volante qui apparaît dans le ciel, dont la carrosserie est bardée de gros rivets, est la jumelle du vaisseau spatial de Planète interdite. Même les rétroprojections employées pour les scènes de voitures et les décors en studio évoquent irrésistiblement les années cinquante. Paradoxalement, les plans à effets spéciaux qui visualisent le gigantisme de l’héroïne bénéficient d’un maximum de soins, le résultat oscillant entre le très convaincant (grâce aux effets de perspectives forcées) et l’approximatif (à cause de la qualité toute relative des incrustations sur fond bleu). De leur côté, les décors miniatures réalisés à différentes échelles sont d’incontestables réussites supervisées par le vétéran Gene Warren Jr, responsable entre autres de la bataille futuriste qui ouvrait Terminator 2.

Délire à grande échelle

« Notre intention était de rendre hommage aux films des années cinquante un peu simplistes, tout en utilisant les aspects les plus modernes de la technologie d’aujourd’hui », nous confirmait à ce titre la productrice Debra Hill (2). C’est ce décalage permanent qui a probablement déconcerté la plupart des spectateurs de ce long-métrage directement destiné aux petits écrans américains. Comment concilier les thèmes sérieux sous-jacents du scénario (l’émancipation de la femme, la réaction face à l’infidélité) avec le burlesque de certains dialogues et surtout avec ce dénouement gag complètement dément ? Le problème des scénaristes est visiblement de ne pas avoir su ouvertement opter pour un ton. Au premier degré, L’Attaque de la femme de 50 pieds a donc toutes les chances d’être considéré comme un nanar guère plus enthousiasmant que la version de 1958. Mais si on le perçoit comme un hommage amusé à l’âge d’or des drive-in, on peut y trouver une franche source de réjouissances.

 
(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en février 1994

 

© Gilles Penso

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REQUIEM POUR UN VAMPIRE (1971)

Deux jeunes filles s’évadent d’une maison de redressement et se retrouvent dans un château infesté de vampires paillards

REQUIEM POUR UN VAMPIRE / VIERGE ET VAMPIRE

 

1971 – FRANCE

 

Réalisé par Jean Rollin

 

Avec Mireille Dargent, Marie-Pierre Castel, Philippe Gasté, Louise Dhour, Michel Delesalle, Antoine Mosin, Agnès Petit

 

THEMA VAMPIRES I SAGA JEAN ROLLIN

On ne change pas une équipe qui gagne. Après Le Viol du vampire, La Vampire nue et Le Frisson des vampires, Jean Rollin enfonce le clou avec un Requiem pour un vampire assez gratiné (connu également sous le titre de Vierges et vampires). Profitant d’une fête déguisée pour s’échapper de leur maison de redressement, Marie (Marie-Pierre Castel) et Michèle (Mireille Dargent), grimées en clowns, se débarrassent de l’automobile et du conducteur mort qui ont permis leur évasion en y mettant le feu. Visiblement très fier de son effet pyrotechnique, Rollin fait durer l’incendie de la voiture près de deux minutes, montre en main ! Nos deux délinquantes prennent ensuite la poudre d’escampette dans la campagne et se cachent dans un cimetière. Là, au cours d’une des scènes les plus intéressantes du film, Michèle est à deux doigts d’être enterrée vivante par un fossoyeur peu attentif. Surgissant de la terre, la main crispée de la malheureuse nous évoque presque certaines visions cauchemardesques de Lucio Fulci. Le reste du métrage, hélas, est plus proche de la foire d’empoigne que du maître de l’horreur italienne.

Dans la forêt avoisinante, qui semble infestée de chauves-souris, les jeunes filles découvrent un château qu’elles décident d’explorer. Après une interminable déambulation, elles trouvent un grand lit, comme dans les contes de fées, et décident de s’y coucher. Sauf que le conte de fées vire rapidement au récit paillard lorsque nos ingénues se dénudent et commencent à se caresser lascivement. Ceux qui connaissent Jean Rollin ne sont guère surpris outre mesure. Les deux tourterelles déchantent bientôt en constatant que les lieux sont habités par des vampires à la mode 18ème siècle dont le passe-temps favori consiste à enchaîner des filles nues dans leur crypte et à les violer avec avidité. En pleine extase, nos suceurs de sang retrouvent leur forme originelle de rongeur ailé. D’où cette vision surréaliste – et fort osée – d’une victime nue dont le pubis est butiné par une chauve-souris qui gigote ! Cette folle sarabande est menée par un émule de Dracula ayant à peu près autant de charisme qu’un bidet.

« Vous avez reçu la merveilleuse morsure ! »

Au petit matin, les jeunes délinquantes en cavale se demandent si elles n’ont pas été victimes d’un cauchemar. Mais leur incapacité à quitter le château les ramène à la réalité : elles sont désormais prisonnières des suceurs de sang, qui entendent bien les faire entrer dans leur confrérie. Requiem pour un vampire est assez chiche en dialogues, et ça n’est pas plus mal. Car lorsque le cinéaste laisse sa plume se délier, la naïveté confine bien souvent au grotesque. Comme lorsque l’une des femmes vampires déclame aux héroïnes sans la moindre conviction : « Vous avez reçu la merveilleuse morsure. Pendant quelques temps encore, vous resterez normales, mais bientôt vous ne sortirez plus que la nuit. Vous serez initiées… Initiées, il le faut ! On ne peut pas être vierge et vampire. » Enchaînant quelques scènes saphiques révélant assez distinctement les fantasmes de ce vieux grigou de Rollin (Marie, nue, est enchaînée et fouettée par Michèle qui lui déclare sa flamme), le film s’achève comme il a commencé : sans queue ni tête.

 

© Gilles Penso

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RETOUR VERS LE FUTUR 3ème PARTIE (1990)

Pour clore sa trilogie sur les chapeaux de roue, Robert Zemeckis envoie ses héros en plein Far West

BACK TO THE FUTURE PART 3

 

1990 – USA

 

Réalisé par Robert Zemeckis

 

Avec Michael J. Fox, Christopher Lloyd, Mary Steenburgen, Lea Thompson, Thomas F. Wilson, James Tolkan

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS I SAGA RETOUR VERS LE FUTUR

Si Robert Zemeckis avait attendu quelques années avant de donner une suite à Retour vers le futur, le temps de trouver le bon concept et de réaliser Qui veut la peau de Roger Rabbit, le troisième épisode de la saga s’est immédiatement enchaîné avec le précédent. Et pour cause : Retour vers le futur 2 et 3 ont été tournés dans la foulée, le cinéaste ne s’étant octroyé qu’une semaine de pause entre les deux films. Il faut dire que la démarche n’est plus la même. La fin ouverte du premier opus n’était en réalité qu’un gag n’appelant pas d’autre suite que celle que les spectateurs auraient pu bâtir dans leur propre imagination. Mais face au triomphe du film, une séquelle était inévitable. Au lieu de laisser le studio Universal l’orchestrer sans lui, Zemeckis joua le jeu et concocta avec son compère Bob Gale deux séquelles déclinant chacune à leur manière les thématiques développées avec panache en 1985. Même si Universal leur laissa la bride sur le cou, les deux hommes se triturèrent longtemps les méninges avant d’accoucher de la bonne idée. Ainsi, l’aventure située au Far West était initialement prévue comme un chapitre autonome de Retour vers le futur 2. Après avoir restructuré le scénario de manière plus judicieuse, Gale et Zemeckis ne gardèrent que trois actes pour le second épisode (l’année 2015, l’année 1985 et l’année 1955) et réservèrent les événements de l’an 1885 au troisième chapitre. Zemeckis s’embarqua donc avec son équipe sur le site légendaire de Monument Valley pour un tournage épique où il passa ses journées à assurer les prises de vue et ses nuits à superviser le montage de Retour vers le futur 2.

Tout le monde se souvient qu’à la fin du second chapitre, Marty McFly était coincé en 1955 après avoir vu Emmet Brown et la Delorean disparaître, frappés par un éclair. Mais quelques instants plus tard, il reçoit une lettre de Doc datée de 1885 qui lui permet de retrouver la voiture à remonter le temps, cachée près d’un cimetière. Avec la complicité du Doc des années 50, Marty retrouve son ami en plein Far West pour éviter qu’il ne se fasse abattre par le brigand Buford Tannen. Mais entretemps la Delorean a été endommagée et ne peut plus atteindre les 88 miles à l’heure nécessaires à son bon fonctionnement. Comment retourner vers le futur ? Alors que Doc se creuse les méninges, il rencontre la nouvelle institutrice de la ville, Clara Clayton (Mary Steenburgen) et en tombe amoureux. Ainsi Marty va-t-il devoir gérer non seulement les dangers de l’ouest et les problèmes mécaniques de leur véhicule mais aussi les élans romantiques de son complice plus excentrique que jamais…

Passé simple

Gale et Zemeckis ne pouvaient pas surenchérir sur la complexité scénaristique de Retour vers le futur 2, au risque de devenir totalement hermétiques et de perdre la majorité des spectateurs en route (Christopher Nolan ne se serait peut-être pas embarrassé de tels scrupules !). Ils optent donc pour une forme narrative volontairement simplifiée. Ainsi, à l’exception de son prologue et de son épilogue, Retour vers le futur 3 s’apprécie comme un grand western comique qui laisse un peu de côté les paradoxes temporels pour privilégier les scènes de poursuites, de règlements de comptes et de duels. Cette fois-ci, Doc n’a pas besoin d’un tableau noir pour expliquer à Marty (et aux spectateurs) sur quels mécanismes complexes repose l’intrigue. D’autant qu’à y regarder de près, la structure du film se calque fidèlement sur celle du premier opus. Marty et Doc préparent en effet leur voyage au cours du prologue, tous deux se retrouvent dans le passé pour une série de péripéties mouvementées, puis une course contre la montre au suspense haletant ramène notre jeune héros en 1985 où l’attend sa petite amie. Même le plan final des deux films est identique, si ce n’est qu’une locomotive rétro-futuriste à la Jules Verne remplace la Delorean. Moins minutieux que le premier film et moins virtuose que le second, ce troisième opus aura eu l’humilité de fermer toutes les portes narratives et d’assumer pleinement son rôle de chapitre final. Pour enfoncer le clou et clore définitivement un récit qui n’appelle plus de séquelle, Retour vers le futur 3 s’achève sur un happy end sans réserve, dont la morale se résume à un axiome simple : chacun est responsable de son propre avenir.

 

© Gilles Penso

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MORTELLE SAINT-VALENTIN (2001)

Le soir de la « fête des amoureux », un tueur masqué s’arme d’un grand couteau et se lance dans un sanglant massacre…

VALENTINE

 

2001 – USA

 

Réalisé par Jamie Blanks

 

Avec Denise Richards, David Boreanaz, Marley Shelton, Jessica Capshaw, Katherine Heigl

 

THEMA TUEURS

Dans le sillage de Scream, Souviens-toi l’été dernier, Urban Legend et consorts, Mortelle Saint Valentin cherche à capitaliser sur le regain d’intérêt pour les films de tueurs masqués amorcé au milieu des années 90 en s’appuyant sur un scénario filiforme de Donna Powers (Peur bleue, Braquage à l’italienne). Mortelle Saint Valentin raconte ainsi l’histoire de Jeremy Melton, un petit garçon timide avec un cheveux sur la langue qui se fait humilier par toutes les filles de son âge le soir de la Saint-Valentin parce qu’aucune ne veut danser avec lui. Lorsqu’une d’entre elles fait croire qu’il l’a agressée, les garçons le prennent en grippe et lui font une mauvaise blague qui semble tout droit sortie de Carrie. Treize ans plus tard, les fillettes ont grandi en prenant des allures d’héroïnes de sitcoms et reçoivent soudain des lettres de menaces, préludes à une vague de meurtres violents. Précisions que le tueur est armé d’un grand couteau et caché derrière un masque blanc en plastique…

Toute ressemblance avec Halloween n’est sans doute pas fortuite, tant cette Mortelle Saint-Valentin semble vouloir manger à tous les râteliers. Les scènes de suspense ne débordent pas d’originalité, les meurtres sont soit grotesques (la perceuse dans le jacuzzi !) soit routiniers (malgré une prometteuse séquence de poursuite dans une morgue avec Katherine Heigl dans un rôle préfigurant son personnage de Grey’s Anatomy), les dialogues sont largement du niveau de ceux d’un soap opera brésilien, les personnages secondaires sont volontiers improbables (l’inspecteur de police qui drague Denise Richards, l’abruti qui vole les sous-vêtements de sa voisine de palier pour pouvoir les enfiler) et les acteurs font ce qu’ils peuvent, c’est-à-dire pas grand-chose.

Les flèches de Cupidon

Certes, Urban Legend, précédente incursion de Jamie Blanks dans le domaine du slasher, n’était déjà pas un chef d’œuvre du genre, mais le réalisateur parvenait par moments à transcender la banalité du scénario par une mise en scène alerte et inventive. Rien de tel ici, et l’on ne peut que regretter le désistement – fort compréhensible cependant – de Richard Kelly qui fut sollicité un temps pour diriger le film (la même année, il signait le perturbant Donnie Darko). Fidèle au schéma établi dans Scream, l’intrigue de Mortelle Saint-Valentin se contente de nous laisser imaginer qui est l’assassin (Jeremy Melton devenu adulte ? Quelqu’un qui souhaite se venger à sa place ?) en éliminant un à un tous les suspects potentiels, sans que l’intérêt du spectateur soit attisé pour autant. Comme le titre français l’indique, le film est donc mortel ! C’est d’autant plus dommage que l’idée d’un tueur s’affublant des oripeaux de Cupidon (le masque de chérubin, l’arc et les flèches) n’était pas mauvaise en soi. Sur un thème voisin, on préfèrera largement le Meurtres à la Saint-Valentin de George Mihalka, qui exploitait bien mieux la « fête des amoureux » et les fameux cadeaux en forme de cœur tout en mettant en scène un tueur original dans un contexte minier bien plus intéressant que ces maisons de banlieues opulentes où errent d’insipides gosses de riche au brushing parfait.

 

© Gilles Penso

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LE MAÎTRE DU JEU (1984)

Un génie de l’informatique affronte un démon qui a enlevé sa fiancée, prétexte pour un film à sketches garni de monstres excentriques

RAGEWAR / THE DUNGEONMASTER

 

1984 – USA

 

Réalisé par Charles Band, Rosemarie Turko, John Buechler, David Allen, Steven Ford, Peter Manoggian, Ted Nicolaou

 

Avec Jeffrey Byron, Richard Moll, Leslie Wing

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES I DIABLE ET DÉMONS I ZOMBIES I TUEURS I FUTUR I DRAGONS PETITS MONSTRES I SAGA CHARLES BAND

Au milieu des années 80, Charles Band a l’idée d’un film à sketches dont chaque segment serait écrit et réalisé par un metteur en scène débutant choisi parmi ses habituels collaborateurs et amis, dans le but avoué de tester les capacités d’éventuels futurs réalisateurs pour sa compagnie Empire. Outre Band lui-même, Rosemarie Turko, Steven Ford, Ted Nicolaou, Peter Manoogian, John Buechler et David Allen se retrouvent donc derrière la caméra. Le fil conducteur de ce récit aux facettes multiples est un personnage maléfique baptisé Mestema (Richard Moll) qui promène son ennui depuis des siècles sans être parvenu à trouver un adversaire digne d’affronter ses pouvoirs. Aussi ne peut-il résister au désir de provoquer Paul Bradford (Jeffrey Byron) lorsqu’il découvre la prodigieuse « magie » que celui-ci détient grâce à sa faculté de communiquer avec un extraordinaire ordinateur baptisé Ex-Calibr-8, ou « Cal ». Ainsi débute un titanesque combat en sept étapes, plus ou moins inspiré des travaux d’Hercule, où Paul doit mettre en œuvre toute son ingéniosité pour vaincre Mestema et retrouver sa fiancée Gwen (Leslie Wing) devenue l’enjeu de ce duel. Les sept scénaristes-réalisateurs doivent donc chacun imaginer une étape du combat et la filmer en trois jours environ.

Après un prologue situé dans le monde réel, où Gwen fait une crise de jalousie à Paul qui semble mieux s’occuper de son ordinateur que d’elle, Mestema lance les hostilités et les sketches s’enchaînent dès lors comme autant de courts-métrages autonomes. Dans l’anecdotique « Ice Gallery » de Rosemary Turko, une caverne glacée abrite des créatures pétrifiées qui reviennent à la vie. « Demons of the Dead » offre à John Buechler l’opportunité de concocter quelques zombies impressionnants et un petit démon qui annonce ses travaux sur Ghoulies. Charles Band dirige « Heavy Metal », où s’agite un groupe de hard rock sataniste. De son côté, David Allen rend hommage à son mentor Ray Harryhausen avec « Stone Canyon Giant » où une statue antique s’anime en stop-motion comme le Talos de Jason et les Argonautes. « Slasher » de Steve Ford nous transporte dans un cadre urbain sur les traces d’un serial killer. Le « Cave Beast » de Peter Mannogian met en scène un troll grimaçant dans une caverne écarlate. Quant au segment de Ted Nicolaou, « Desert Pursuit », il se positionne en émule de Mad Max 2 avec une poursuite de véhicules futuristes customisés que Charles Band récupère de sa production Metalstorm.

Le 7ème voyage de Charles Band

L’exercice de style est très distrayant, mélangeant les univers et abordant le genre fantastique sous toutes ses facettes, mais il faut reconnaître que les limites du concept sont très rapidement atteintes. Chaque épreuve se réglant en quelques minutes à l’aide du « bras magique » du héros connecté à son ordinateur multifonctions, le suspense et la dramaturgie en prennent un sacré coup. Restent les monstres pittoresques de John Buechler, les effets visuels inventifs de David Allen, la musique ample mi-classique mi-électro de Richard Band et Shirley Walker et quelques idées amusantes, comme ce combat de deux dragons animés en rotoscopie. Baptisé Ragewar pendant le tournage et la post-production, le film sort finalement sous le titre de The Dungeonmaster pour évoquer les jeux de rôle très en vogue à l’époque. Cette référence est conservée dans le titre choisi pour la distribution vidéo du film en France : Le Maître du jeu. Si Rosemarie Turko et Steve Ford ne transformeront pas l’essai, les autres apprentis metteurs en scène passeront chacun au format long avec plus ou moins de succès. John Buechler dirigera notamment Troll, Cellar Dweller et Vendredi 13 chapitre 7, David Allen signera Puppet Master 2 et l’inachevé The Primevals, Peter Manoogian réalisera Arena et Demonic Toys et Ted Nicolaou sera le plus prolifique de tous, avec TerrorVision, Subspecies, Le Château du petit dragon et une trentaine d’autres séries B du même acabit.

 

© Gilles Penso

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