DESTINATION FINALE : BLOODLINES (2025)

Chassez la mort, et elle revient au galop ! Voici donc le sixième opus d’une saga qu’on croyait terminée, et qui ressuscite ici avec perte et fracas…

FINAL DESTINATION : BLOODLINES

2025 – USA

Réalisé par Zach Lipvosky et Adam B. Stein

Avec Kaitlyn Santa Juana, Teo Briones, Rya Kihlstedt, Richard Harmon, Owen Patrick Joyner, Anna Lore, Alex Zahara, April Telek, Tinpo Lee, Tony Todd

THEMA MORT I CATASTROPHES I SAGA DESTINATION FINALE

 

Quatorze années se sont écoulées depuis Destination finale 5, et de nombreuses pistes de suites ont entretemps été formulées puis abandonnées. Continuer à faire fructifier la franchise restait une priorité pour New Line Cinema, encore fallait-il trouver la bonne idée. Le très inégal Jon Watts (à la tête des Spider-Man du Marvel Cinematic Universe et de la sympathique série Skeleton Crew) étant embarqué dans ce sixième opus tardif en tant que coproducteur et coscénariste, on ne savait trop quoi penser de la teneur du projet. Mais le nom des deux réalisateurs finalement sélectionnés – après une longue phase de sélection – se révélait plutôt rassurant. Zach Lipvosky et Adam B. Stein nous ont en effet offert le très recommandable Freaks en 2018. Cela dit, comment surprendre encore le public habitué à une franchise aussi codifiée ? Autant dire que l’exercice n’était pas simple, pour ne pas dire périlleux. D’un autre côté, trop s’éloigner de la formule aurait pu être considéré comme un acte de trahison par les aficionados de la saga. En quête du juste équilibre, les scénaristes et les cinéastes se sont creusé les méninges pour finalement trouver une solution plutôt habile. Car si la mécanique ne change pas – la Mort vient faucher ceux qu’elle a ratés la première fois en orchestrant de diaboliques réactions en chaîne propres à hérisser les poils des spectateurs -, son inscription dans le scénario change un peu la donne.

Le prologue du film, spectaculaire comme il se doit, parvient encore à nous époustoufler en jouant la carte du vertige, quelque part à mi-chemin entre le naufrage de Titanic et la scène de la caravane suspendue du Monde perdu. Dès cette entame, située à la fin des années 60, nous comprenons que le concept a été réadapté. La suite des péripéties, qui nous ramène à l’époque contemporaine, prend un tour différent puisque, comme l’indique le sous-titre Bloodlines, il est question ici d’hérédité, ou plutôt de très lourd héritage familial. Une fois n’est pas coutume, les héros ne sont donc pas des amis liés par un destin funeste mais des parents, des enfants et des cousins aux liens distendus bientôt embarqués dans une galère dont la Camarde tient les rênes. Et comme personne ne semble croire à cette malédiction familiale, à part la protagoniste incarnée par Kaitlyn Santa Juana, le phénomène d’identification fonctionne à plein régime, notamment dans cette séquence tendue au cours de laquelle elle tente d’anticiper sur les relations de cause à effet qui pourraient provoquer à tout moment un trépas violent dans une rue tranquille…

La mort dans le sang

Le film construit dès lors ses séquences de suspense à partir de tout et n’importe quoi : deux enfants qui jouent au football sur le trottoir, une enceinte qui vibre, une porte à tambour, la moindre étincelle, la plus petite pièce de monnaie… Et ça marche ! Les codes du film d’horreur (généreux en effets gore) et du cinéma catastrophe (avec force explosions et destructions massives) s’entrechoquent une fois de plus avec fracas. Au détour du jeu de massacre, c’est non sans émotion que nous retrouvons Tony Todd pour un dernier tour de piste avant que l’inoubliable interprète de Candyman tire sa révérence. Son personnage s’enrichit et se redéfinit ici de manière inattendue. « Pour briser le cycle, il faut mourir » dit-il, alors très malade, saisissant pleinement la cruelle ironie de cette réplique avant d’ajouter : « La vie est précieuse, profitez de chaque seconde ». Todd s’éteindra quelques mois après la fin du tournage du film, qui lui est dédié. Soutenu par une très belle musique orchestrale de Tim Wynn (déjà à l’œuvre sur Freaks), partagé entre l’humour noir, l’horreur et la chronique familiale, Destination finale : Bloodlines trouve en ce domaine l’équilibre qui faisait cruellement défaut à The Monkey d’Osgood Perkins. Bref, voici sans doute l’un des opus les plus réjouissants de cette longue série initiée par James Wong et Glen Morgan 25 ans plus tôt.

 

© Gilles Penso

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LILO ET STITCH (2025)

C’était à craindre : ce remake « live » du film d’animation ultra-populaire de 2002 manque singulièrement de personnalité et de surprise…

LILO & STITCH

 

2025 – USA

 

Réalisé par Dean Fleischer Camp

 

Avec Maia Kealoha, Sydney Agudong, Zach Galifanakis, Billy Magnussen, Tia Carrere, Courtney B. Vance, Kaipo Dudoit, Amy Hill, Jason Scott Lee, Chris Sanders

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Chaque fois qu’un film d’animation Disney passe le cap d’une relecture « live », la légitimité d’une telle entreprise laisse perplexe. L’argument financier est évidemment la motivation première de ce type d’initiative, quoique l’échec cuisant du Blanche Neige de Mark Waters au box-office laisse entendre qu’il ne suffit pas de capitaliser sur des propriétés intellectuelles connues du public et de les resservir avec d’autres sauces pour forcément remplir les tiroir-caisse. Trois familles de films se dégagent de ce flot de remakes réinventant les grands classiques dans l’espoir d’attirer de nouveaux spectateurs : les réadaptations libres et personnelles portées par des cinéastes désireux d’apporter leur patte personnelle (Peter et Eliott, Dumbo), les « origin stories » revisitant certains personnages célèbres depuis leurs débuts (Cruella, Maléfique) et les remakes fidèles. Lilo et Stitch entre confortablement dans cette troisième catégorie, ce qui est d’autant plus dommage que le concept initial offrait des opportunités artistiques infinies, pour peu qu’on se donne la peine de réadapter le sujet original – clairement conçu pour le médium animé, avec la pureté de ses traits, la simplicité de son animation et la beauté de ses couleurs pastel – pour le transposer dans un univers en prises de vues réelles.

Pour raconter Lilo et Stitch au milieu d’acteurs en chair et en os, la solution la plus logique et la plus efficace aurait sans doute été de reprendre le mètre étalon en la matière, autrement dit E.T. : l’inscription du récit dans un contexte réaliste, avec des personnages crédibles et attachants, prélude au surgissement dans un second temps de la créature extra-terrestre et de l’impact de sa présence sur les protagonistes. La campagne marketing du film valorisant son tournage à Hawaï avec des acteurs locaux pour plus d’authenticité, cette approche tombait sous le sens. Mais ce remake choisit l’imitation structurelle de son modèle et démarre donc son intrigue dans l’espace, au beau milieu du conseil intergalactique présidant aux destinées du savant fou Jumba et de sa création démoniaque, l’expérience 626. Pour réadapter cette séquence, la production fait le choix logique de l’image de synthèse. Mais le design, la modélisation, le rendu et l’animation des personnages nous semblent d’un autre âge, comme échappés d’un Pixar ou d’un Dreamworks des années 2000. Lorsque le film se déplace ensuite sur Terre, le décalage abyssal entre les scènes « humaines » et ce prologue animé en 3D saute aux yeux, comme s’il s’agissait de deux films distincts. Et lorsque les personnages animés – Stitch, Jumba et Pleakley – surgissent au milieu des acteurs, le grand écart esthétique se creuse davantage.

Lilo et les Minimoys

Car voilà bien le problème majeur de ce Lilo et Stitch : son incapacité à opérer des choix artistiques cohérents. Ce n’est pourtant pas la première fois que des créatures numériques cartoonesques côtoient des humains à l’écran. Mais pour que le rendu tienne la route, encore faut-il que les premiers soient intégrés de manière fluide dans l’action – à la manière du Rocket Racoon des Gardiens de la galaxie par exemple. Or ici, nos deux chasseurs extra-terrestres s’agitent de manière saccadée comme s’ils parodiaient la frénésie du Bob Razowski de Monstres et compagnie ou du Tilt des 1001 pattes. L’harmonie de ce traitement avec le cadre naturaliste dans lequel se situe l’intrigue est donc sérieusement mise à mal (on se croirait par moments dans le dernier opus d’Arthur et les Minimoys !). Stitch s’en sort mieux, grâce à une animation plus fluide, un travail de texture remarquable (son museau humide et sa fourrure bleue sont très réalistes) et surtout une interaction parfaite avec la petite Maia Kealoha, géniale trouvaille de casting qui est probablement la meilleure surprise du film. Mais l’abatage savoureux de cette star en herbe ne suffit pas à nous convaincre pleinement, les scénaristes et le réalisateur Dean Fleischer Camp – pourtant signataire d’un très sympathique Marcel le coquillage (avec ses chaussures) – renonçant tant à choisir la tonalité du film qu’ils affublent le film d’une infinité d’épilogues, surlignant lourdement tout ce que les spectateurs sont pourtant suffisamment intelligents pour comprendre ou imaginer seuls. Bilan ? Un film honnêtement très agréable mais un peu vain, comme la grande majorité des versions « live action » du patrimoine animé de Disney.

 

© Gilles Penso

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DOLAN’S CADILLAC (2009)

Assassinée par des trafiquants d’êtres humains, une jeune femme réapparaît sous forme de fantôme pour aider son époux à se venger…

DOLAN’S CADILLAC

 

2009 – USA

 

Réalisé par Jeff Beesley

 

Avec Christian Slater, Emmanuelle Vaugier, Wes Bentley, Greg Bryk, Aidan Devine, Al Sapienza, Karen LeBlanc, Cory Generoux, Vivian Ng, Patrick Bird, Eugene Clark

 

THEMA TUEURS I FANTÔMES I SAGA STEPHEN KING

La nouvelle de Stephen King La Cadillac de Dolan, parue en 1993 dans le recueil Rêves et cauchemars, intéresse d’abord beaucoup la réalisatrice Stacy Title (L’Ultime souper) qui ne parvient malheureusement pas à mener son projet d’adaptation à terme après des années de développement. Sylvester Stallone et Kevin Bacon avaient pourtant donné leur accord pour y tenir les rôles principaux, ce qui aurait pu permettre au film d’accéder à un budget confortable et à un large circuit de distribution international. Le film redémarre momentanément avec le réalisateur canadien Erik Canuel (qui participa à la série Dead Zone), mais ce dernier jette l’éponge à son tour face aux coupes budgétaires de dernière minute, cédant la place au spécialiste des séries télévisées Jeff Beesley. Sur un scénario de Richard Dooling (co-auteur de Kingdom Hospital, le remake américain de la série L’Hôpital et ses fantômes), Beesley signe un thriller très soigné, à la mise en scène racée et à la photographie somptueuse se déployant sur toute la largeur du format Cinémascope.

Alors qu’elle se promène à cheval dans le désert, Elizabeth Robinson (Emmanuelle Vaugier), une jeune institutrice, assiste à une tractation sanglante autour d’un trafic d’êtres humains. Elle panique et prend aussitôt la fuite. Mais le gangster James Dolan (Christian Slater), qui se déplace dans une Cadillac 4×4 blindée, est prêt à tout pour faire taire ce témoin gênant. S’ensuit une vision de cauchemar : pour l’inciter à oublier ce qu’elle a vu, on a placé chez Elizabeth le cadavre d’une clandestine dont le doigt a été cousu à la bouche, dans une position qui intime le silence. Terrifiée, la jeune femme veut tout de même témoigner, malgré l’avis de son mari Tom (Wes Bentley), lui aussi instituteur. On assure alors leur protection jusqu’au procès. Mais le jour où elle sort pour acheter un test de grossesse, Elizabeth meurt dans l’explosion de sa voiture piégée. Dévasté, Tom achète un revolver et prépare sa vengeance. C’est alors que le spectre de sa défunte épouse lui apparaît pour l’aider dans sa mission…

La place du mort

A priori, Dolan’s Cadillac n’est pas un film fantastique mais plutôt un polar émaillé d’accès de violence. Le surnaturel occupe pourtant une place particulière dans l’intrigue, car le fantôme d’Elizabeth, le visage à moitié brûlé, vient régulièrement rendre visite à Tom au cours de sa quête vengeresse. Dans la nouvelle, le héros n’entendait qu’une voix intérieure, écho de sa propre conscience, et avait de temps en temps le sentiment de sentir le contact de doigts d’outre-tombe. « J’eus l’impression qu’une main glacée me caressais la nuque » raconte-t-il ainsi à la première personne. Ici, la revenante prend corps de manière plus concrète. Péchant par fidélité, le film utilise parfois la voix off du personnage pour traduire ses états d’âme, mais le processus est un peu artificiel et surtout inutile, puisqu’il se contente de paraphraser la narration. La vengeance elle-même est une merveille de machination digne de Mission Impossible, que Stephen King élabora avec l’aide de son frère Dave, professeur de mathématiques, et que le film restitue avec la même précision diabolique.

 

© Gilles Penso

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LE VOLEUR DE BAGDAD (1924)

Douglas Fairbanks s’investit devant et derrière la caméra pour donner corps à l’un des plus célèbres contes des mille et une nuits…

THE THIEF OF BAGDAD

 

1924 – USA

 

Réalisé par Raoul Walsh

 

Avec Douglas Fairbanks, Snitz Edwards, Charles Belcher, Julanne Johnston, Sojin Kamiyama, Anna May Wong, Brandon Hurst, Tote Du Crow, Noble Johnson

 

THEMA MILLE ET UNE NUITS I DRAGONS I ARAIGNÉES

 

En 1924, Douglas Fairbanks est l’icône absolue du cinéma d’aventure. Après avoir enchaîné les succès avec Le Signe de Zorro, Les Trois Mousquetaires et Robin des Bois, il cherche un nouveau terrain de jeu pour repousser les limites du cinéma muet. En visionnant Le Cabinet des figures de cire de Paul Leni, il découvre un segment orientaliste qui lui inspire la mise en chantier du Voleur de Bagdad. Pleinement investi, il signe lui-même le scénario sous le pseudonyme d’Elton Thomas, produit le film et en tient bien sûr le rôle principal. Pour la mise en scène, il fait appel au vétéran Raoul Walsh et s’entoure d’une équipe de haut niveau. La photographie est ainsi assurée par Arthur Edeson (Frankenstein, Casablanca), les décors par William Cameron Menzies (qui marquera l’histoire du cinéma en devenant le premier « production designer » officiel sur Autant en emporte le vent) et les costumes par Mitchell Leisen, futur réalisateur spécialisé dans la comédie (La Baronne de minuit, La Vie facile). Quant aux effets spéciaux, très en avance sur leur temps, ils sont supervisés par Howard Lydecker (déjà à l’œuvre sur Le Signe de Zorro et Les Trois Mousquetaires), épaulé par Coy Watson et Hampton Del Ruth. Le tournage, étalé sur vingt-huit semaines, mobilise des milliers de figurants et donne lieu à une des plus grandes productions hollywoodiennes de l’époque, avec un souci du détail et de la démesure qui en font un projet hors normes.

À Bagdad, Ahmed (Douglas Fairbanks), voleur espiègle et acrobate, vit de rapines et de malice. Un jour, il s’introduit dans le palais du Calife (Brandon Hurst) et tombe éperdument amoureux de sa fille (Julanne Johnston). Pour l’approcher, il se fait passer pour un prince venu demander sa main, comme les autres prétendants rassemblés dans la cité. Mais son imposture est découverte. Trahi et emprisonné, Ahmed parvient à s’évader et se lance dans une quête périlleuse, à travers des royaumes enchanteurs et hostiles, pour rapporter à la belle une cassette magique. Ce périple épique l’emmène aux confins du monde. Il affronte un dragon redoutable, escalade les mille marches d’un escalier vertigineux, brave les flammes d’une caverne ardente, échappe à une araignée géante, capture un cheval volant et résiste aux sortilèges envoûtants de sirènes sous-marines. Chaque épreuve le rapproche un peu plus de son but et transforme le voleur en héros. Mais lorsqu’il revient triomphant à Bagdad, la ville est en proie au chaos : des envahisseurs barbares, alliés à l’un des princes rivaux, assiègent les murailles. Grâce au pouvoir de la cassette magique, Ahmed invoque alors une armée de cent mille guerriers pour libérer la cité…

Fairbanks l’acrobate

À 41 ans, Fairbanks impressionne encore par sa forme physique, multipliant les acrobaties avec une aisance intacte. Il porte le film de bout en bout, y injectant une énergie vive, presque juvénile, et un goût manifeste pour le spectacle visuel. En phase avec sa star, Raoul Walsh privilégie un récit linéaire ponctué d’épreuves fantastiques. L’intrigue, simple mais efficace, sert ainsi de prétexte à une succession de séquences mémorables, à la fois naïves et spectaculaires. Malgré les gros moyens déployés, le système D fonctionne à plein régime : le tapis volant de Fairbanks est suspendu à une grue via des câbles presque invisibles, les scènes sous-marines sont filmées à travers un voile de gaze pour simuler l’immersion avant d’être teintées en bleu, et des enfants sont utilisés comme figurants pour accentuer la disproportion dans la séquence du singe géant. Les somptueux décors de William Cameron Menzies, quant à eux, multiplient les architectures impossibles, les perspectives exagérées et les arabesques oniriques. Sans oublier la musique de Mortimer Wilson, composée comme une véritable partition symphonique avec des leitmotivs pour chaque personnage, à la demande expresse de Fairbanks, une bande originale qui témoigne d’un souci rare d’intégration image/son à une époque encore peu sensible à cette logique. Toujours aussi époustouflant tant d’années après sa réalisation, Le Voleur de Bagdad est devenu une pierre angulaire du film d’aventure fantastique, au sein de laquelle de nombreux cinéastes puiseront leur inspiration.

 

© Gilles Penso

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LE VAMPIRE DE L’ESPACE (1988)

Traci Lords affronte un extra-terrestre en quête de sang frais dans ce remake d’un petit classique de la SF des années 50…

NOT OF THIS EARTH

 

1988 – USA

 

Réalisé par Jim Wynorski

 

Avec Traci Lords, Arthur Roberts, Lenny Juliano, Ace Mask, Roger Lodge, Rebecca Perle, Michael DeLano, Becky LeBeau, Monique Gabrielle, Roxanne Kernohan

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Alors qu’il est en pleine post-production de Big Bad Mama II, le réalisateur Jim Wynorski tombe sur une vieille copie de Pas de cette Terre, petit classique de la science-fiction réalisé à bas prix par Roger Corman en 1957, et propose d’en faire un remake dans les mêmes conditions qu’à l’époque : même planning de tournage express, même budget (rajusté à l’inflation) et même trame. Corman accepte bien sûr avec enthousiasme. Comme son modèle, Le Vampire de l’espace raconte les mésaventures d’une infirmière confrontée à un extraterrestre vampire. Si le scénario est le même, Wynorski tient à injecter dans sa version de l’humour et du sexe. Les victimes de l’alien en perdition sont donc de préférence jeunes, jolies, en petite tenue ou carrément nues (y compris des prostituées et des strip-teaseuses). Pour le rôle féminin principal, le réalisateur choisit Traci Lords qui, après un début de carrière hyperactif dans l’industrie du X, cherche à rejoindre le cinéma « mainstream ». Cela dit, si l’actrice tient cette fois-ci à jouer la plupart des séquences du Vampire de l’espace en restant habillée, elle sacrifie au cliché de la tenue de l’infirmière court-vêtue et continue à dévoiler généreusement son anatomie (en sortie de bain, en maillot, tous les prétextes sont bons). Sa présence dans le film est de toute évidence un argument marketing majeur.

À ces écarts impudiques près, Le Vampire de l’espace reprend fidèlement l’intrigue de Pas de cette Terre. La plupart des scènes sont reproduites quasiment à l’identique, y compris celle du vendeur d’aspirateur jadis joué par Dick Miller (et incarné ici par Michael DeLano). L’avenante infirmière Nadine Stacy (Traci Lords), employée du docteur Rochelle (Ace Mask), fait donc la rencontre d’un patient inhabituel, Monsieur Johnson (Arthur Roberts), qui est habillé en noir, trimballe une mallette énigmatique, porte des lunettes de soleil et demande de toute urgence une transfusion sanguine. Après avoir analysé le sang de Johnson, le docteur découvre avec surprise qu’il possède des caractéristiques très inhabituelles. Johnson propose d’engager Nadine pour travailler chez lui et lui administrer des transfusions régulières. Avec l’aide de son petit ami Harry (Roger Lodge), la jeune femme découvre bientôt que Johnson est un émissaire de la planète Davanna, qui cherche à se procurer le sang humain dont son peuple a besoin pour survivre…

Du sang pour Davanna

Le générique de début donne immédiatement le ton, puisqu’il s’agit d’un joyeux fourre-tout où s’assemblent dans l’anarchie la plus totale toute une série d’extraits de films d’horreur et de science-fiction produits par Roger Corman (Piranhas, Les Mercenaires de l’espace, Mutant, Les Monstres de la mer) qui n’ont aucun rapport avec Le Vampire de l’espace mais permettent à Wynorski de saturer l’écran de monstres et d’hémoglobine sans rien dépenser, le tout sur une musique électronique survoltée de Chuck Cirino. Le film se joue volontairement de tout réalisme. Le décor du cabinet du médecin, par exemple, est orné de fioles emplies de liquides de toutes les couleurs, tandis que tous les personnages féminins du film ont des mensurations de playmates. Y compris une extra-terrestre en bikini (Rebecca Perle) qui se fait transfuser de l’hémoglobine contaminée et se transforme en tueuse assoiffée de sang avant de mourir de la rage ! Les effets vidéo utilisés pour montrer le regard aveuglant de l’alien et le flux d’énergie qui s’échappe de ses victimes sont extrêmement kitsch, mais ils ne tranchent pas avec le ton et le style de ce remake déjanté. Car si Le Vampire de l’espace est plutôt mal fichu, il se regarde avec plaisir. Le film est sans prétention, ne se prend jamais au sérieux et laisse deviner une certaine bonne humeur communicative derrière la caméra. Il connaîtra d’ailleurs un gros succès lors de son exploitation en vidéo à la fin des années 80.

 

© Gilles Penso

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ANACONDAS : À LA POURSUITE DE L’ORCHIDÉE SAUVAGE (2004)

Un groupe de biologistes part pour Bornéo à la recherche d’une fleur aux propriétés miraculeuses et se heurte à un serpent gigantesque…

ANACONDAS : THE HUNT FOR THE BLOOD ORCHID

 

2004 – USA

 

Réalisé par Dwight Little

 

Avec Johnny Messner, KaDee Strickland, Matthew Marsden, Nicholas Gonzalez, Eugene Byrd, Karl Yune, Salli Richardson

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES

Anaconda ayant connu un petit succès et quasiment donné naissance à un sous-genre du cinéma d’horreur peuplé de serpents géants, comme le prouvent les Python, Boa, Snake et autre King Cobra qui rampèrent dans son sillage, les producteurs du premier volet se sont mis en tête d’en initier une tardive séquelle. C’est d’ailleurs la sortie de King Cobra qui aura précipité la mise en scène de ce second opus, le « direct-to-video » de David et Scott Hillenbrand étant sorti sur certains territoires sous le titre abusif d’Anaconda 2. Pour la mise en scène, on sollicite Dwight Little, habitué du cinéma d’horreur (Halloween 4, Le Fantôme de l’opéra) et d’action (Désigné pour mourir, Rapid Fire, Meurtre à la Maison Blanche). À vrai dire, Anacondas : à la poursuite de l’orchidée sauvage n’est pas techniquement une suite du premier Anaconda (même si les faits survenus dans le film original sont vaguement évoqués le temps d’une réplique) mais plutôt une sorte de remake avec d’autres personnages. Force est de constater hélas que ce deuxième volet s’avère à peu près aussi inepte que son modèle, proposant les mêmes péripéties et les mêmes séquences, tout en se privant de têtes d’affiches telles que Jennifer Lopez et Jon Voight au profit d’un groupe de jeunes comédiens désespérément dénués de charisme.

L’histoire se concentre sur une équipe de botanistes ayant obtenu le parrainage d’une société pharmaceutique pour monter une expédition à Bornéo afin de trouver la rare orchidée sauvage qui ne fleurit qu’une fois tous les sept ans, dans une vallée reculée, et qui pourrait être la solution miracle capable de stopper le vieillissement humain. Mais l’expédition arrive en pleine saison des pluies et le seul propriétaire de bateau qui accepte de les emmener en amont est un skipper peu engageant nommé Bill Johnson (Johnny Messner). Après avoir affronté de nombreux dangers à bord du Bloody Mary, le bateau branlant de Johnson, s’être écrasés contre une chute d’eau et fait naufrage, nos chercheurs poursuivent leur route à pied. Or ils découvrent bien vite qu’ils sont poursuivis par un anaconda ayant atteint des proportions gigantesques après avoir ingéré l’orchidée sauvage. Comme si ça ne suffisait pas, la saison des amours a poussé toute une série d’autres serpents géants à se rassembler dans la région. Et pour couronner le tout, un traitre parmi les membres de l’équipe est déterminé à obtenir à tout prix des échantillons de la précieuse orchidée, quitte à saboter les chances de survie de l’expédition…

Les créatures du marais

Le travail sur les images de synthèse ne se révélant pas beaucoup plus soigné que sur le premier Anaconda et les personnages étant caractérisés à coup de serpe (le faire valoir comique, l’aventurier musclé, le traitre, l’indigène sage et courageux), il est très difficile de s’attacher à cette intrigue exotique bardée de clichés. D’autant que Dwight Little essaie d’effrayer ses spectateurs avec les trucs les plus éculés du monde (caméra subjective, coups de violons stridents, petit singe qui entre dans le champ en criant…), quitte à plagier allègrement au passage Les Dents de la mer ou même les vieux Tarzan avec Johnny Weissmuller (le temps d’un combat contre un crocodile). Certes, le film ne manque pas de générosité dans ses exubérances, nous offrant quelques séquences de suspense réussies (comme celle de la gigantesque silhouette du monstre qui nage dans le marais au milieu des héros) et un climax spectaculaire au-dessus d’un nid de serpents géants. Mais Anacondas : à la poursuite de l’orchidée sauvage s’oublie aussitôt après son visionnage, se distinguant finalement bien peu des autres films de monstres géants à tout petit budget de chez Nu Image ou Asylum.

 

© Gilles Penso

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LES AILES DU DÉSIR (1987)

Un ange tombe amoureux d’une mortelle et décide d’abandonner ses ailes et sa vie éternelle pour s’unir à elle…

DER HIMMEL ÜBER BERLIN

 

1987 – ALLEMAGNE/FRANCE

 

Réalisé par Wim Wenders

 

Avec Bruno Ganz, Peter Falk, Solveig Dommartin, Peter Falk, Otto Sander, Curt Bois

 

THEMA DIEU, LES ANGES, LA BIBLE

Après plusieurs années passées aux États-Unis, où il signe notamment Paris, Texas, Wim Wenders ressent le besoin de revenir filmer son Allemagne natale. C’est à Berlin, ville coupée en deux par le Mur, qu’il trouve un décor idéal pour raconter une histoire profondément mélancolique. Il imagine alors Les Ailes du désir, un projet nourri de nombreuses influences : la littérature de Rainer Maria Rilke, le cinéma expressionniste allemand, et surtout une envie de capter l’âme même de Berlin. Le scénario, coécrit avec l’écrivain Peter Handke, naît d’une idée simple : et si des anges invisibles nous accompagnaient au quotidien, témoins impuissants de nos souffrances, incapables d’intervenir ? Pour mettre son film en image, Wenders fait appel au légendaire chef opérateur Henri Alekan (La Belle et la Bête), qui alterne à sa demande le noir et blanc pour représenter le regard des anges et la couleur pour incarner la perception humaine. Les deux anges errants sont incarnés par Bruno Ganz et Otto Sander, aux côtés desquels s’illustre Solveig Dommartin, encore inconnue, choisie pour jouer la trapéziste dont l’un d’eux tombera amoureux. Wenders invite également l’inspecteur Colombo en personne, autrement dit Peter Falk, jouant ici son propre rôle à l’occasion d’une pirouette narrative qui fait de son personnage un acteur ayant été autrefois un ange.

Dans un Berlin fracturé et maussade, deux anges, Damiel et Cassiel, planent silencieusement au-dessus des vivants. Invisibles aux yeux des hommes, ils observent, écoutent, compatissent, mais ne peuvent ni intervenir, ni modifier le cours des choses. Jour après jour, ils assistent aux angoisses, aux espoirs déçus, aux pensées intimes d’une humanité accablée par la solitude et l’incommunicabilité. Damiel, pourtant, se lasse de cette existence éthérée. Fasciné par Marion, une trapéziste solitaire et mélancolique, il rêve de ressentir enfin les émotions humaines : goûter au plaisir, au désir et même à la douleur. Cette envie devient une obsession. Dans sa quête, il croise l’acteur américain Peter Falk, venu tourner un film sur la Seconde Guerre mondiale. Ce dernier peut l’aider à franchir le pas, à devenir humain et quitter l’éternité pour plonger dans l’incertitude et la fragilité du monde mortel. Tiraillé entre son devoir angélique et ses aspirations nouvelles, Damiel doit choisir : rester un observateur impassible ou tenter sa chance auprès de Marion, au risque de tout perdre. Mais le temps est compté, car la vie humaine ne l’attendra pas éternellement…

Le saut de l'ange

Wenders filme la capitale allemande comme un monde suspendu entre la vie et la mort, magnifiant ses décors désolés en de sublimes tableaux. Les séquences en noir et blanc, traduisant le regard des anges, sont splendides, tandis que les passages en couleur, marquant l’entrée dans le monde des vivants, renforcent cette frontière entre deux réalités. La musique de Nick Cave et les Bad Seeds, ainsi que celle de Jürgen Knieper, achèvent de tisser une atmosphère unique. Formellement, il n’y a donc rien à dire, Les Ailes du désir est une réussite indiscutable. Mais Dieu, que ce film est bavard ! Chaque pensée humaine est déclamée avec un sérieux pesant, chaque dialogue semble vouloir réinventer la poésie. L’écriture est bien trop ampoulée, et cette surenchère d’intellectualisme finit par étouffer l’émotion brute que le sujet appelait. Malgré ses innombrables qualités plastiques, le film finit par se noyer dans sa propre emphase et par nous perdre en cours de route. Voilà donc un film fascinant mais frustrant : un rêve d’ange porté par des images sublimes, malheureusement lesté par un excès de verbiage et de prétention. Dommage, car sous cette avalanche de surlignages superflus se cachait un vrai grand film, simple, émouvant et universel. Un film qu’il nous faudra hélas nous contenter d’imaginer.

 

© Gilles Penso

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DREAMSCAPE (1984)

Un médium, qui se forme à une nouvelle technologie permettant d’intervenir dans les rêves, déjoue un complot contre le président des USA…

DREAMSCAPE

 

1984 – USA

 

Réalisé par Joseph Ruben

 

Avec Dennis Quaid, Max von Sydow, Christopher Plummer, Eddie Albert, Kate Capshaw, David Patrick Kelly

 

THEMA RÊVES

En 1984, alors que Freddy Krueger fait ses premiers pas au cinéma et bouleverse la représentation des cauchemars sur pellicule, un autre film fantastique se réapproprie le thème du rêve sous un jour surprenant : Dreamscape, qui mêle l’aventure (avec son somptueux poster à la Indiana Jones signé Drew Struzan), la science-fiction, l’espionnage et l’épouvante. À l’origine du projet, on trouve Roger Zelazny, maître de la science-fiction américaine, auteur notamment des Chroniques d’Ambre, de Seigneur de Lumière ou encore de L’Île des morts. En 1981, il rédige une première ébauche de scénario, inspirée de sa nouvelle Le Façonneur et de son roman Le Maître des rêves. Mais une fois le script vendu à la 20th Century Fox, Zelazny est écarté du projet : il ne participe ni au traitement ni à l’écriture finale, et son nom n’apparaît même pas au générique. L’intrigue de Dreamscape s’inscrit dans un contexte réel de tensions Est-Ouest. Le film imagine en effet une Amérique où certains groupes d’influence, inquiets de la passivité du président face à l’URSS, complotent en coulisses. Un écho troublant à la réalité : quelques années plus tard, Ronald Reagan signera un traité historique de désarmement nucléaire avec l’Union soviétique. L’histoire est rédigée par David Loughery, futur auteur de Star Trek V, Passager 57, Les Trois Mousquetaires et Money Train. Après avoir imaginé l’histoire, il co-écrit le script final avec Chuck Russell et le réalisateur Joseph Ruben. Ce dernier signera plus tard quelques thrillers solides comme Le Beau-père, Un bon fils ou Les Nuits avec mon ennemi.

Alex Gardner (Dennis Quaid), jeune médium doué mais immature, mène une vie de plaisirs faciles, entre jeux d’argent et conquêtes féminines. Repéré par deux mystérieux individus, Finch (Chris Mulkey) et Babcock (Peter Jason), alors qu’il cherche à fuir un gangster local, il est conduit dans une étrange institution gouvernementale où il retrouve son ancien mentor, le professeur Paul Novotny (Max von Sydow). Celui-ci travaille sur un projet top secret permettant à des médiums de pénétrer les rêves d’autrui en se connectant à leur subconscient pendant le sommeil paradoxal. Conçu à des fins thérapeutiques, ce programme vise notamment à traiter les cauchemars et les éliminer. Invité à participer au projet, Alex s’initie à cette étrange technologie, aidé par la scientifique Jane DeVries (Kate Capshaw), et gagne en expérience en affrontant les rêves inquiétants d’un jeune garçon, Buddy (Cory Yothers), hanté par une créature mi-homme mi-serpent. Mais il découvre bientôt que le programme a été détourné par un influent agent gouvernemental, Bob Blair (Christopher Plummer), qui compte l’utiliser à des fins meurtrières. Blair projette en effet d’éliminer le président des États-Unis (Eddie Albert) en provoquant sa mort dans un rêve. Alex devient alors le seul capable de l’en empêcher…

L’ancêtre d’Inception ?

Le scénario de Dreamscape repose sur une idée passionnante, qui aurait sans doute gagné à être confiée à des cinéastes de la trempe de Peter Hyams ou Michael Crichton, maîtres du techno-thriller mâtiné de science-fiction et de conspirations gouvernementales. Tous deux auraient probablement insufflé davantage de style et de personnalité au film, là où Joseph Ruben reste assez académique. Le réalisateur se rattrape dans les séquences oniriques, bien plus inspirées et inventives. Si les trucages optiques supervisés par Peter Kuran souffrent parfois de maladresses – notamment des liserés visibles lors des incrustations sur fond bleu – les maquillages signés Craig Reardon impressionnent. Ce dernier conçoit notamment, de manière expérimentale, la transformation de David Patrick Kelly en homme-serpent en utilisant une cinquantaine de têtes sculptées qui se substituent à l’écran image par image. Pour les plans larges, la créature est une figurine animée en stop-motion sous la supervision du talentueux James Aupperle (La Planète des dinosaures). Leur travail, même s’il accuse aujourd’hui un inévitable coup de vieux, se révèle d’une belle efficacité. On ne peut malheureusement pas en dire autant de la bande originale, une composition synthétique de Maurice Jarre indigne du talent que nous lui connaissons. Pour l’anecdote, Chuck Russell, co-scénariste et producteur associé du film, retournera à l’univers des rêves quelques années plus tard avec Freddy 3. Quant à l’idée centrale de Dreamscape, elle résonnera bien plus tard dans Inception de Christopher Nolan, dont elle constitue probablement une source d’inspiration.

 

© Gilles Penso

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CURTAINS, L’ULTIME CAUCHEMAR (1983)

Six actrices réunies dans un manoir pour une session de casting sont assassinées l’une après l’autre par un meurtrier masqué…

CURTAINS

 

1983 – CANADA

 

Réalisé par Richard Ciupka

 

Avec Samantha Eggar, John Vernon, Linda Thorson, Anne Ditchburn, Lynne Griffin,Sandee Currie, Lesleh Donaldson, Deborah Burgess, Michael Wincott

 

THEMA TUEURS

Après le succès du Bal de l’horreur, le producteur Peter Simpson cherche à réitérer l’exploit avec un nouveau slasher à fort potentiel. L’idée germe lors d’une discussion avec le scénariste Robert Guza Jr. : un thriller centré sur des actrices assassinées une à une pendant des auditions dans un manoir isolé de la Nouvelle-Angleterre. Contrairement aux nombreux films d’horreur de l’époque, Simpson souhaite viser un public adulte et s’éloigner de la formule du Monstre du train, par exemple. Pour la mise en scène, il mise sur Richard Ciupka, directeur de la photographie prometteur, fraîchement sorti du tournage d’Atlantic City de Louis Malle. Ciupka est séduit par le projet et y voit l’occasion de créer un film d’horreur influencé par les giallos italiens, avec un style plus européen que nord-américain. Mais la production finit par virer au cauchemar. Entre le ton voulu par Ciupka et la vision plus directe et plus commerciale qu’envisage Simpson, les tensions s’accumulent. Le conflit culmine avec le départ de Ciupka, qui renonce au projet avant la fin du tournage. Simpson reprend alors les rênes, orchestre des réécritures et supervise de nombreux tournages additionnels. Résultat : le film met près de deux ans à voir le jour. En désaccord profond avec le résultat final, Ciupka demandera à être crédité sous un pseudonyme. Voilà pourquoi Curtains est signé par un certain Jonathan Stryker – nom du personnage central du film !

C’est le vétéran John Vernon (L’Inspecteur Harry, American College) qui incarne ce fameux Jonathan Stryker, metteur en scène de renom qui collabore depuis longtemps avec la comédienne Samantha Sherwood (Samantha Eggar, l’héroïne de Chromosome 3). Étant donné qu’elle l’a accompagné sur tous ses plus grands succès, elle est certaine d’obtenir le rôle-titre de son nouveau projet, Audra. Stryker l’encourage dans cette idée, mais lui demande d’abord d’« approfondir son personnage ». Puisqu’Audra est une malade mentale, pourquoi ne se ferait-elle pas provisoirement interner dans un hôpital psychiatrique pour vivre pleinement ce que vivra l’héroïne ? Samantha accepte, sans imaginer une seule seconde qu’il compte l’y abandonner. Pendant ce temps, il convoque six jeunes actrices aux profils variés pour auditionner à sa place. Mais Samantha finit par s’échapper et retourne au vieux manoir isolé où ont lieu les auditions. Or les candidates disparaissent une à une, massacrées par un assassin qui se cache sous un masque de vieille sorcière. Qui est responsable des disparitions des jeunes prétendantes ? Samantha, dévorée par la vengeance ? Stryker, manipulateur jusqu’au bout ? Ou bien l’une des actrices, prête à tout pour décrocher le rôle ?

Casting sanglant

La suspension d’incrédulité des spectateurs est mise à mal dès les premières minutes du film. Comment croire à la motivation de cette actrice qui se fait interner volontairement au nom de la « méthode », à cette machination invraisemblable fomentée par son metteur en scène, ou encore à cette ridicule et interminable scène de fausse agression qui persiste à démontrer que les comportements des personnages n’ont pas la moindre cohérence ? Le tiraillement à l’origine des conflits survenus en coulisses du film est très perceptible à travers son grand écart permanent entre les codes du slasher post-Halloween et ceux du giallo. Entre deux meurtres routiniers (agrémentés de visions surréalistes à la limite de la parodie involontaire, comme l’assassin masqué en vieille femme qui avance vers une de ses victimes en glissant sur des patins à glace, une faucille à la main !), l’ombre de Mario Bava et Dario Argento plane sur le film. D’où la présence de cette poupée angoissante, ces mains gantées qui saisissent les victimes ou ce dernier acte qui semble vouloir payer son tribut à Six femmes pour l’assassin avec ses mannequins en plastique et ses éclairages rouges et bleus. Au-delà de ses « crises d’identité, Curtains souffre d’un problème de gestion du rythme, s’encombrant de scènes inutiles qui trainent en longueur (la fille qui fait du patin, celle qui danse). Au détour du casting, les spectateurs avisés reconnaîtront Linda Thorson, la Tara King de Chapeau melon et bottes de cuir, ainsi qu’un Michael Wincott débutant, le futur salaud mémorable de The Crow, 1492 et Strange Days se contentant ici d’une apparition éclair.

 

© Gilles Penso

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BLANCHE NEIGE (2025)

Un énième remake « live » d’un classique de Disney dont chacun des choix artistiques est une énorme erreur qui précipita sa chute au box-office…

SNOW WHITE

 

2025 – USA

 

Réalisé par Marc Webb

 

Avec Rachel Zegler, Gal Gadot, Emilia Faucher, Andrew Burnap, Ansu Kabia, Andrew Barth Feldman, Tituss Burgess, Martin Klebba, Jason Kravits

 

THEMA CONTES

Marc Webb ne nous avait pas particulièrement convaincus avec son diptyque The Amazing Spider-Man. Mais à sa décharge, comment lutter contre la géniale trilogie de Sam Raimi ? Il échoue une nouvelle fois à nous séduire avec ce Blanche-Neige, qui s’avère être une véritable catastrophe artistique et industrielle. L’entrée en matière est déjà peu engageante : des animaux en image de synthèse dignes du siècle dernier, une voix off envahissante au ton exagérément mélancolique, un numéro musical médiocre filmé comme un spot publicitaire… Lorsque Gal Gadot entre en scène, les choses semblent s’améliorer, dans la mesure où la beauté envoûtante de l’ex-Wonder Woman nous ferait presque croire à ses pouvoirs surnaturels. Le choix de Rachel Zegler est beaucoup plus discutable, pas tant parce que c’est une actrice d’origine latino-américaine (décision tant décriée à l’époque de la sortie du film, qui semblait entrer en contradiction radicale avec les caractéristiques physiques intrinsèques d’un personnage nommé Blanche Neige), mais parce qu’elle n’a tout simplement pas l’étoffe du rôle. Sous la direction inspirée de Steven Spielberg, elle nous émouvait par sa candeur et sa fragilité dans la peau de la Maria de West Side Story. Mais au jeu du mimétisme avec son illustre ancêtre dessiné, la comédienne se prend hélas les pieds dans le tapis.

Cette erreur de casting n’est pourtant pas le problème principal du film de Marc Webb, dont le défaut majeur réside dans une consensualité poussée à l’extrême. Lorsque Walt Disney initiait le classique de 1937, il cassait les codes, repoussait les limites, prenait tous les risques : un pari jugé insensé, mais couronné de succès. Ce remake, au contraire, adopte une démarche diamétralement opposée : ne froisser personne, plaire à tout le monde, cocher toutes les cases imposées par un bureau de marketing, quitte à perdre toute audace créative. Soucieux d’afficher des valeurs de diversité et d’inclusion, le Blanche Neige de 2025 en oublie l’essentiel : proposer une œuvre originale, artistiquement ambitieuse, guidée par de vrais choix d’auteur. Las, c’est exactement l’inverse qui nous est servi.

Nain porte quoi !

Quand il ne se contente pas de singer platement son modèle animé (avec des costumes dignes d’un rayon déguisement et des effets visuels ratés), le film ajoute des chansons d’une mièvrerie confondante, refuse d’employer des acteurs de petite taille pour éviter toute stigmatisation (au prix de sept rôles supprimés, remplacés par des créatures numériques bas de gamme), et revendique fièrement son audace : Blanche-Neige ne sera pas blanche cette fois-ci. Ce geste politique mal assumé aurait pu rester anecdotique si l’actrice incarnait pleinement le personnage. Mais le film s’en empare comme d’un argument de vente, et se prend logiquement le retour de flamme (sans compter – mais c’est un autre débat – que la beauté de Rachel Zegler peine objectivement à rivaliser avec celle de Gal Gadot, pourtant enjeu majeur du scénario du film). Il y a fort à parier que si le public a boudé ce Blanche Neige revu et corrigé (dont le titre prend bien soin d’expurger les sept nains), ce n’est pas tant à cause de la couleur de peau de son héroïne que de l’indigence du projet lui-même, lequel achève de démontrer — encore plus que les laborieux Aladdin, Peter Pan et Wendy ou La Petite Sirène — à quel point l’industrialisation des remakes live-action des classiques de la maison de Mickey est une impasse artistique. L’audace du Walt Disney de 1937 nous semble aujourd’hui bien lointaine…

 

© Gilles Penso

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