BRUCE CAMPBELL BRISE LE SILENCE SUR SA MALADIE

Le diagnostic est tombé, irrévocable. Pour chasser les éventuelles fake news, l'acteur fétiche de Sam Raimi a décidé de prendre la parole pour s'adresser directement à ses fans.

PUBLIÉ LE 3 MARS 2026

Voici le message de Bruce Campbell, tel qu’il fut publié sur ses comptes Instagram et X. Le reste se passe sans doute de commentaires :

 

Salut tout le monde, de nos jours, quand quelqu’un a un problème de santé, on parle d’une « opportunité », alors allons-y pour ça : j’en ai une. On parle aussi d’un type de cancer « traitable » et non « guérissable ». Je m’excuse si ça vous choque, ça m’a choqué aussi.

 

La bonne nouvelle, c’est que je ne vais pas entrer dans les détails. Je publie ce message parce que, sur le plan professionnel, certaines choses vont devoir changer : les apparitions publiques, les conventions et le travail en général devront passer au second plan pour laisser la place au traitement.

 

Mon objectif est de me rétablir autant que possible pendant l’été afin de pouvoir partir en tournée avec mon nouveau film Ernie & Emma cet automne.

 

Je dois annuler plusieurs conventions cet été. Je le regrette beaucoup. Les besoins liés au traitement et les obligations professionnelles ne vont pas toujours de pair.

 

C’est à peu près tout. Je ne cherche pas à susciter la sympathie, ni à obtenir des conseils, je veux simplement prendre les devants au cas où de fausses informations seraient diffusées (ce qui sera le cas).

 

N’ayez crainte, je suis un vieux salaud dur à cuire et je bénéficie d’un soutien formidable, donc je pense être encore là pendant un certain temps.

 

Comme toujours, vous êtes les meilleurs fans du monde et j’espère vous revoir bientôt !

 

Avec toute mon affection,

Bruce Campbell

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IRON LUNG (2026)

Dans ce huis-clos claustrophobique tiré d’un jeu vidéo d’horreur, un détenu enfermé dans un sous-marin rétrofuturiste explore un océan de sang…

IRON LUNG

 

2026 – USA

 

Réalisé par Mark Fischbach

 

Avec Mark Fischbach, Caroline Kaplan, Troy Baker, Elsie Lovelock, Elle LaMont, Mick lauer, Dave Pettitt, Holt Boggs, Isaac McKee, Roman Parsons Crow

 

THEMA FUTUR

Grand spécialiste des tests de jeux vidéo – de préférences ceux qui se rattachent à l’horreur et sont produits par des compagnies indépendantes -, Mark Fischbach s’est mué en véritable phénomène depuis son arrivée sur YouTube en 2012 sous le pseudonyme de Markiplier. Le succès de sa série de vidéos « Let’s Play » est tel qu’il finit par cumuler 38 millions d’abonnés, reçoit plusieurs prix prestigieux, engrange une petite fortune et devient l’une des stars les plus populaires de la plateforme. Après avoir réalisé une grande quantité de films courts diffusés en ligne, son envie de cinéma commence sérieusement à le titiller. Lorsqu’il teste le jeu Iron Lung, une aventure de science-fiction oppressante au concept minimaliste et au graphisme volontairement simpliste, il décide de se lancer. Cet univers conçu par David Szymanski le séduit suffisamment pour qu’il décide d’en faire l’objet de son premier long-métrage. Pour conserver un contrôle total – mais aussi parce qu’aucun studio n’aurait sans doute osé le suivre -, il décide d’écrire, de réaliser, de produire et de distribuer lui-même Iron Lung, dont il tient aussi le rôle principal. Financé à hauteur de trois millions de dollars, le film est tourné dans un décor unique édifié sur les plateaux de Troublemaker Studios, la société de Robert Rodriguez. Le pari était osé, mais Markiplier a vu juste. Grâce à son immense communauté de followers, son modeste long-métrage se hisse au sommet du box-office et se mue en véritable petit phénomène.

Conformément aux informations que nous donne le jeu Iron Lung en début de partie, un texte introductif nous annonce le contexte peu reluisant dans lequel va se dérouler le film. Nous sommes dans le futur. Les étoiles ont cessé de briller, les planètes se sont éteintes et seuls quelques survivants flottent encore, à bord de stations abandonnées ou de vaisseaux dérivant dans le vide, observant gravement cette fin du monde à laquelle ils ont donné un nom imagé : « le rapt silencieux. » Alors que toutes les structures s’effondrent les unes après les autres, la compagnie Iron Consolidation fait une découverte singulière sur la lune désolée AT-5 : un océan de sang. Une expédition y est immédiatement lancée, dans l’espoir de mettre la main sur des ressources vitales et peut-être de renverser le cours de l’anéantissement. Pour l’explorer, un sous-marin est construit et un prisonnier y est enfermé avec pour mission d’aller sonder les profondeurs. S’il survit, il retrouvera sa liberté. Sinon, un autre prendra sa place…

La mésaventure intérieure

Contrairement au jeu, d’autres personnages que le détenu enfermé dans son submersible apparaissent dans Iron Lung, mais surtout sous forme de voix off (à travers les fragiles canaux de communication installés à bord) ou de silhouettes derrière le hublot. Le reste du temps, Markiplier occupe tout l’écran et nous sert donc d’unique pole d’identification. Il faut moins y voir un « ego trip » qu’une pleine implication de l’acteur/réalisateur, manifestement trop heureux de pouvoir concrétiser son rêve à l’écran. Iron Lung est pétri de qualités et d’audaces : son design rétro-futuriste, son atmosphère oppressante, ses connotations lovecraftiennes, sa mise en scène solide et inventive. Il faut aussi saluer l’extrême radicalité du concept, qui consiste à enfermer les spectateurs avec un personnage unique pendant toute la durée du film – comme jadis Mélanie Laurent dans Oxygène ou Ryan Reynolds dans Buried. La musique électronique d’Andrew Hulshult, l’appareil photo qui saisit les immenses clichés rétroéclairés d’un inquiétant squelette surdimensionné, le sang qui commence à s’immiscer partout dans les coursives sont autant de gimmicks qui contribuent à renforcer le caractère anxiogène du récit. Mais avec ses 125 minutes, Iron Lung joue les prolongations avec excès et finit par susciter une sacrée dose de patience. Car le spectacle est somme toute limité en termes de situations et de rebondissements. Ce travers est d’autant plus étonnant qu’une partie d’Iron Lung se joue en trois-quarts d’heure à peine. Cette première œuvre n’est donc pas exempte de maladresses, mais son audace et son culot forcent le respect.

 

© Gilles Penso

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NIGHT OF THE REAPER (2025)

Dans une petite ville américaine, au cœur des années 80, un tueur masqué sème la terreur et se joue des forces de police…

NIGHT OF THE REAPER

 

2025 – USA

 

Réalisé par Brandon Christensen

 

Avec Jessica Clement, Ryan Robbins, Summer H. Howell, Keegan Connor Tracy, Matty Finochio, Max Christensen, Ben Cockell, David Feehan, Bryn Samuel

 

THEMA TUEURS

Si le réalisateur Brandon Christensen n’est pas une superstar du cinéma fantastique, il œuvre dans le genre avec une constance qui force le respect, malgré des moyens souvent limités et des exploitations parfois confidentielles. L’homme à qui nous devons le thriller horrifique Superhost, le film de possession The Puppet Man et le found footage Bodycam se lance avec Night of the Reaper dans un slasher « à l’ancienne » qui assume pleinement ses références : l’intrigue se situe dans les années 80, les télés diffusent des clips de MTV, des posters de Robocop et Massacre à la tronçonneuse 2 s’affichent dans les chambres, le magazine Fangoria traîne sur un bureau… Christensen pousse la démarche jusqu’à adopter un format Cinémascope et une bande originale synthétique façon John Carpenter, à isoler des baby-sitters en pleine nuit d’Halloween ou à utiliser des artefacts de cassettes VHS pour habiller le générique de son film. Cette démarche – qui évoque par moments celle de Ti West dans House of the Devil – semble de prime abord emboîter le pas de la « eightiesmania » déclenchée par Super 8, Ça, Stranger Things et consorts. Mais il ne faut pas forcément se fier aux apparences. Si Christensen déclare ouvertement sa flamme aux années vidéoclub, il ne s’en tient pas là…

Tout commence pourtant de manière très classique, c’est le moins qu’on puisse dire. Les dix premières minutes s’attachent à Emily Golding (Summer H. Howell), une baby-sitter harcelée, menacée puis assassinée par un tueur habillé en Camarde (d’où le titre du film, qui peut se traduire par « La Nuit de la Faucheuse »). Non contente de multiplier les meurtres, cette figure fantomatique prend un malin plaisir à filmer ses exactions au caméscope et à se jouer du shérif local, le chef Rodney Arnold (Ryan Robbins), en semant sur son chemin des cassettes vidéo détaillant les méfaits sanglants en vue subjective, façon « snuff movie ». Sur les nerfs, ce policier volontiers impulsif, veuf depuis peu, doit travailler en pleine nuit et sollicite donc une baby-sitter pour surveiller son fils Max (Max Christensen). La jeune fille habituelle étant indisposée, c’est sa meilleure amie Deena (Jessica Clement) qui est sollicitée d’urgence. Celle-ci vient tout juste de débarquer dans la petite ville natale après son diplôme universitaire et accepte la mission un peu à contrecœur. Or dès la nuit tombée, le tueur masqué refait son apparition…

Déjà-vu ?

L’inconvénient principal d’un film comme Night of the Reaper est le sentiment de déjà-vu qui l’irrigue abondamment. Les personnages principaux (la baby-sitter sage et sérieuse, son amie délurée, le jeune geek accro à la vidéo, le footballer star de la fac, le shérif bourru et son adjoint sympathique) cumulent tous les stéréotypes attendus sans chercher à s’en affranchir. Les méfaits du tueur eux-mêmes nous semblent très familiers, tout comme sa tenue qui rappelle furieusement celle du premier opus de la petite saga Fear Street. Les spectateurs sentent donc qu’ils ont toujours un coup d’avance sur les personnages et qu’ils peuvent tout prévoir à l’avance. C’est là que Brandon Christensen nous prend par surprise. Car au cours de son troisième acte, le scénario rebondit de manière spectaculaire et réorganise toutes les pièces de l’échiquier. Le twist est franchement inattendu. Revers de la médaille : il nous semble tiré par les cheveux et manque de crédibilité. Mais si l’on se prend au jeu, les ultimes rebondissements ont quelque chose de jouissif – avec en prime une mise à mort cartoonesque sous forme de gag macabre. Tout ce catalogue de clichés prend alors une toute nouvelle tournure, et le cadre même des années 80 se justifie pleinement. Transposé à l’ère des smartphones et des réseaux sociaux, le récit verrait en effet la majorité de ses péripéties court-circuitées. Night of the Reaper ne fera certes pas date dans l’histoire du slasher, mais les astuces de son intrigue et de sa mise en scène rendent son visionnage hautement recommandable.

 

© Gilles Penso

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DEAD BY DAWN (2025)

Dans ce giallo polonais expérimental, une troupe de comédiens est méthodiquement massacrée par un tueur sanguinaire…

MARTWI PRZED SWITEM / DEAD BY DAWN

 

2025 – POLOGNE

 

Réalisé par Dawid Torrone

 

Avec Sylwia Boron, Monika Frajczyk, Adam Machalica, Piotr Nerlewski, Lukasz Szczepanowski, Bartlomiej Topa, Paulina Zwierz

 

THEMA TUEURS I DIABLE ET DÉMONS

Pour son premier long-métrage, le réalisateur Dawid Torrone entend bien frapper fort en proposant quelque chose de nouveau sur le marché du cinéma polonais, tout en rendant hommage aux films de genre qu’il chérit tant. Si le titre international Dead By Dawn évoque naturellement Evil Dead 2, c’est surtout du côté de l’Europe – et tout particulièrement de l’Italie – que Torrone puise son inspiration, au point de ranger son film dans une catégorie imaginaire qu’il surnomme avec auto-dérision « Giallo Pollo ». Dead By Dawn s’affirme donc comme un « giallo polonais », empruntant aux œuvres de Mario Bava et Dario Argento le caractère baroque de ses scènes de meurtres tout en se fendant de plusieurs références frontales. Le scénario s’appuie ainsi sur le même dispositif narratif que celui de Bloody Bird, tandis que le dernier acte reprend sans vergogne l’un des motifs visuels les plus fameux de Terreur à l’opéra. Tourné majoritairement dans le Palais de la Culture de Zagłębie, dont l’architecture monumentale offre à l’intrigue un écrin propice à l’exubérance dramaturgique, Dead By Dawn joue la carte de l’unité de lieu, de temps et d’action en gorgeant son atmosphère de tension, nuit d’orage à l’appui.

Les protagonistes du film sont un groupe de comédiens invités à répéter une nouvelle pièce dans le mystérieux théâtre appartenant à la famille Heissenhoff, une dynastie artistique bien connue qui aurait tissé des liens avec l’occultisme. Plusieurs drames ont eu lieu sur place dans le passé, notamment des arrêts cardiaques à répétition et la pendaison d’un exorciste paraplégique. L’endroit est donc chargé d’un lourd passé. Le tonnerre qui gronde cette nuit-là, provoquant une coupure partielle de l’électricité dans le théâtre et ses coulisses, renforce le caractère pesant de l’ambiance. La petite troupe n’en est pas plus affectée pour autant et décide de se mettre le plus rapidement possible au travail, d’autant que deux semaines les séparent de la grande première. Mais la répétition théâtrale se transforme bientôt en un jeu désespéré de survie lorsqu’un tueur masqué commence à les traquer et à les massacrer l’un après l’autre. Qui est-il ? Que veut-il ? Et comment échapper au carnage ?

La bête aux cent yeux

Divisé en actes, comme pour faire écho au milieu théâtral dans lequel il se déroule, Dead By Dawn dégage quelque chose de profondément atemporel. Les smartphones sont là, certes, mais aussi un vieux téléphone à cadran circulaire et une télévision cathodique aux images saturées de parasites analogiques, comme si deux courants technologiques cohabitaient. Les artefacts des cassettes VHS deviennent d’ailleurs un élément esthétique récurrent du film. Ce « choc des époques » transpire tout au long du métrage, dont la mise en scène sensorielle convoque aussi bien les œuvres des cinéastes italiens des années 70 que les expérimentations sonores et visuelles d’Hélène Cattet et Bruno Forzani (Amer, Reflet dans un diamant mort). Dawid Torrone soigne tout particulièrement la mise en forme de son film, serti dans un classieux format Cinemascope où s’invitent des couleurs saturées excessives. De fait, Dead By Dawn s’affranchit volontairement des contraintes du monde réel : les comédiens semblent soudain possédés dès qu’ils montent sur scène, un tueur psychopathe au look résolument surréaliste (dont le masque est constellé de centaines de globes oculaires) surgit comme une figure cauchemardesque, et les scènes de meurtres volontiers gore frôlent parfois l’abstraction pure. Le grand final, quant à lui, bascule dans une apothéose opératique délirante, quelque part à mi-chemin entre Lucio Fulci, Sam Raimi et David Lynch. Voilà donc une œuvre hautement recommandable, qui ne parvient certes pas toujours à transcender ses sources d’inspiration mais présente le mérite de nous offrir un spectacle radical, viscéral et déroutant.

 

© Gilles Penso

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RETOUR À SILENT HILL (2026)

Entre pure horreur anxiogène et ultra romantisme, ce retour aux enfers est l’aboutissement d’un projet longuement muri depuis la sortie du premier opus…

RETURN TO SILENT HILL

 

2026 – USA / FRANCE

 

Réalisé par Christophe Gans

 

Avec Jeremy Irvine, Hannah Emily Anderson, Robert Strange, Evie Templeton, Pearse Egan, Eve Macklin, Emily Carding, Martine Richards, Howard Saddler

 

THEMA MORT I SAGA SILENT HILL

Après les quatre premiers jeux originaux sur Playstation édités par Konami entre 1999 et 2004, l’auteur du Pacte des loups signe la première adaptation de Silent Hill en 2006. En 20 ans, la licence a donné lieu à diverses suites ainsi qu’à un second long-métrage, Silent Hill : Revelation 3D, réalisé cette fois par M.G. Bassett, également réalisatrice en 2009 de Solomon Kane et en 2025 d’une nouvelle adaptation d’un personnage créé par le texan Robert E. Howard, Red Sonja, avec l’actrice italienne Matilda Lutz éblouissante dans le Revenge de Coralie Fargeat. Si Christophe Gans a envisagé cette suite dès les débuts de son travail sur la licence, il a dû mettre le projet en stand-by pour mieux s’y consacrer avec sa co-scénariste, Sandra Vo-Anh – auteure de Dégénérescence dans la collection Frayeur dirigée par Jean Rollin et de Dans mon dedans sorti aux Belles Lettres – avec qui il a également écrit et porté à l’écran sa propre version du conte de La Belle et la Bête. Christophe Gans signe donc ici son grand retour sur les écrans avec un film dont l’atmosphère évoque les œuvres littéraires des auteurs macabres des 19ème et 20ème siècles (d’Edgar Poe à H.P. Lovecraft), ainsi que les grands thèmes romantiques chers au réalisateur depuis son segment The Drowned dans le Necronomicon, produit par Brian Yuzna en 1991, et son premier long-métrage Crying Freeman

Bien que Mary (Hannah Emily Anderson) soit morte trois ans auparavant, l’amour que lui porte James Sunderland (Jeremy Irvine) l’entraîne dans une quête éperdue dans l’univers terrifiant de la ville de Silent Hill, désireux de remonter le temps, porté par la culpabilité de l’avoir abandonnée à deux reprises par le passé. Cette incursion dans l’enfer de la ville incendiée – à l’instar de son âme – s’apparente aussi à un combat contre ses propres démons, comme semblent le lui signifier les multiples miroirs brisés rencontrés dans le jeu, ou encore l’alter-ego de Mary l’appelant une nouvelle fois à l’aide. Ni ville fantôme, ni ville morte puisqu’habitée d’abominations qui ne cessent de se multiplier, mais plutôt ville condamnée, Silent Hill est un mirage dans la brume, à l’orée d’une symbolique forêt et d’un lac (de larmes ?) qui la protège du sort des bâtiments lorsqu’ils s’effondrent sous les flammes. La restitution de ce volet, où les cendres n’en finissent pas de tomber, est une sublimation du jeu et de ses décors, où émergent de l’obscurité des camaïeux de couleurs gris-marron-vert, qui pointent dans la noirceur de ce monde comme des espoirs de (sur)vie, que le rouge du sang et l’orange du feu s’acharnent à détruire.

Des cendres et des pluies de larmes

Mais du Chaos de la mythologie nait aussi l’amour et l’harmonie. Ainsi James va affronter toutes ses peurs et transcender un monde fantasmagorique pour tenter de retrouver le chemin vers la vie, porté par le fol espoir d’une seconde chance après son rendez-vous manqué avec le bonheur ; celui-ci est hors de portée de la ville, là où le monde resplendit avec ses couleurs chatoyantes : le bleu du ciel tel celui des yeux de Mary, le vert de la nature luxuriante, le jaune du soleil qui vivifie. Silent Hill apparait alors à certains comme un purgatoire plus qu’un lieu infernal, qui donne à notre anti-héros, comme à nous-mêmes, de quoi méditer sur les mauvais choix, les erreurs passées qui hantent l’esprit, et sur les amours perdues. Conçues par Patrick Tatopoulos et chorégraphiées par Roberto Campanella d’après les designs de Masahiro Itō, une foultitude de créatures fantastiques chtuluhesques donne lieu à des scènes d’action pour lesquelles le cinéaste a toujours démontré à la fois son attirance et sa maîtrise du genre. La bande originale est signée par Akira Yamaoka lui-même, créateur, producteur et compositeur du jeu qui, par sa seule présence au générique, valide cette transposition de son œuvre. Retour à Silent Hill est une expérience immersive avec juste ce qu’il faut d’artificialité pour respecter la sensation ludique du jeu vidéo, en même temps qu’une réussite cinématographique qui n’est pas, comme d’autres transpositions, uniquement réservée aux gamers.

 

© Quélou Parente

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PRIMATE (2025)

Ben, un chimpanzé amical, est mordu par une mangouste enragée et se transforme aussitôt en monstre assoiffé de sang…

PRIMATE

 

2025 – USA

 

Réalisé par Johannes Roberts

 

Avec Johnny Sequoyah, Jess Alexander, Troy Kotsur, Victoria Wyant, Gia Hunter, Benjamin Cheng, Charlie Mann, Tienne Simon, Miguel Torres Umba, Amina Abdi

 

THEMA SINGES

Depuis bien longtemps, l’attaque animale s’est muée en véritable sous-genre du cinéma d’horreur, permettant aux grands classiques, aux séries B honorables et aux nanars invraisemblables de se côtoyer joyeusement au milieu des écailles, des plumes, des poils, des griffes et des crocs. Au sein de ce sous-genre bestial existe un « sous-sous-genre » (eh oui !) consacré aux singes. Quelques titres émergent de la masse velue, comme le séminal Double assassinat dans la rue Morgue ou les plus récents Link, Incident de parcours ou Shakma (King Kong est hors compétition, ou alors dans la catégorie poids très lourds). Pouvait-on encore nous surprendre et nous effrayer dans un tel registre ? Le réalisateur Johannes Roberts (Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City) et son coscénariste Ernest Riera (Nowhere) en sont persuadés, à condition de concevoir un primate agressif ultra-réaliste et de confiner les infortunés protagonistes devenus ses proies dans un huis-clos oppressant. Pour aller vite, on pourrait dire que Primate est une sorte de Cujo avec un chimpanzé à la place du Saint-Bernard, le refuge des survivants n’étant pas ici une voiture mais une piscine. Il y a de ça, c’est certain, et la référence est totalement assumée par Roberts et Riera (qui concoctent même une séquence hommage au shocker de Lewis Teague). Mais Primate dépasse fort heureusement le simple statut de lettre d’amour à Cujo pour affirmer sa propre personnalité avec un seul objectif en tête : secouer les spectateurs et leur couper le souffle.

Après la mort de leur mère, la famille Pinborough peine à se reconstruire. Adam (Troy Kotsur), le père, écrivain à succès, s’est muré dans le travail pour faire face à la perte, tandis que Lucy (Johnny Sequoyah), l’aînée, a quitté le foyer pour entrer à l’université, creusant malgré elle un fossé au sein de la famille. De retour à Hawaï après sa première année d’études, Lucy se réjouit de retrouver sa sœur Erin (Gia Hunter), ses amis Hannah (Jess Alexander), Kate (Victoria Wyant) et Nick (Benjamin Cheng), ainsi que Ben, le chimpanzé adoré de la famille. Recueilli bébé par leur mère, professeure de linguistique passionnée par la communication entre humains et primates, Ben a été élevé comme un véritable membre du foyer. Grâce à la langue des signes et à un clavier spécialisé, il a appris à communiquer, développant un lien fusionnel avec Lucy et Erin, qui ne l’ont jamais considéré comme un simple animal mais comme un petit frère. Lorsqu’Adam doit s’absenter pour une conférence, Lucy profite de cette parenthèse estivale pour passer du temps avec ses proches dans la maison familiale, perchée sur une falaise isolée. Mais les retrouvailles avec Ben prennent rapidement une tournure inquiétante. D’abord affectueux, le chimpanzé adopte peu à peu un comportement étrange, puis ouvertement agressif…

« Quelque chose cloche avec Ben… »

Le premier parti pris artistique fort de Primate est de s’appuyer majoritairement sur des effets spéciaux physiques. Alors que la saga La Planète des singes a prouvé la viabilité de simiens 100% crédibles conçus via la performance capture et les images de synthèse, Johannes Roberts veut des costumes et de l’animatronique. Au-delà de l’envie de rendre hommage aux films d’horreur des années 80 qui l’ont bercé, le réalisateur pense pouvoir obtenir par ce biais une terreur plus viscérale, plus tangible et plus palpable. Pari réussi. Les combinaisons impressionnantes de réalisme, conçues par l’équipe de Millennium FX (Ex Machina, Doctor Who, The Witcher, Alien Earth) et endossées par l’acteur et mime Miguel Torres Umba, font immédiatement mouche. Ben est un personnage auquel le spectateur croit d’emblée. D’autant plus que ses accès de violence sont révélés dès les premières minutes, au cours d’une scène d’ouverture évoquant celle de Jurassic Park. La menace qu’il représente n’a donc rien d’abstrait. D’autres choix radicaux viennent renforcer la puissance du film, notamment un recours assumé à une violence graphique sans concession – certaines mises à mort s’avèrent particulièrement gratinées – et une montée en tension qui emprunte autant aux codes du film de monstre qu’à ceux du slasher. Les séquences de suspense extrême se succèdent, celles qui accélèrent le rythme cardiaque, nouent l’estomac et font frissonner la nuque d’un public pourtant bien installé dans son fauteuil mais pleinement immergé dans ce climat de danger permanent. Il y avait longtemps que nous n’avions pas ressenti une telle pression. À ce titre, Primate est une franche réussite.

 

© Gilles Penso

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THE R.I.P. MAN (2025)

Un tueur psychopathe, obsédé par la chirurgie dentaire sans anesthésie, se livre à un massacre méthodique dans une petite ville anglaise…

THE R.I.P. MAN

 

2025 – GB

 

Réalisé par Jamie Langlands

 

Avec Owen Llewelyn, Maximus Polling, Jasmine Kheen, Bruno Cryan, Mia Bowd, Callum Chapman, August Porter, Matt Weyland, Jamie Langlands, Paul Coster

 

THEMA TUEURS

En 2020, le producteur et scénariste Rhys Thompson commence à concevoir l’idée de ce qui deviendra The R.I.P. Man. « Un soir d’hiver, je zappais sur les chaînes de télé et je suis tombé par hasard sur un documentaire consacré à une maladie buccale rare appelée anodontie », raconte-t-il. « Une idée m’est alors venue à l’esprit : et si mon antagoniste en était atteint et l’assumait pleinement ? Petit à petit se sont assemblées les pièces du puzzle, comme ce protège-dents personnalisé et effrayant ou encore ces SMS annonçant la date du décès des victimes. » (1) Mais une bonne idée ne suffit pas. Pour aider à convaincre des investisseurs de s’embarquer dans cette aventure, Rhys Thompson et le réalisateur Jamie Langlands (The Cellar) se lancent dans un court-métrage/teaser dans le but d’aider à boucler le financement nécessaire à l’élaboration du long. A force de persévérance, The R.I.P. Man voit enfin le jour sous son format définitif grâce à un budget pourtant extrêmement modeste estimé à 20 000 £. Si Thompson cite parmi ses influences Halloween, Le Silence des agneaux, Scream ou Les Griffes de la nuit, l’envie qui sous-tend ce film est le lancement d’un tout nouveau croquemitaine suffisamment marquant et original pour donner naissance – pourquoi pas ? – à une franchise.

L’intrigue se situe dans la ville fictive de Tarkers, au cœur du Sussex. La caméra s’intéresse d’abord à une jeune femme, Abigail (August Porter), qui semble se préparer pour une sortie, mais dont les plans sont violemment contrariés par l’intrusion d’un homme chez elle. Notre tueur fou apparaît ainsi dès les premières minutes, à visage découvert. Contrairement à ses « confrères » volontiers masqués, Alden Pick (Owen Llewelyn) ne dissimule pas son faciès blafard et chauve. Muet, affublé de cette fameuse anodontie génétique caractérisée par l’absence congénitale de toutes les dents primaires, il bave, ricane et massacre à tour de bras. Sa première victime est donc Abigail, dont il perce la mâchoire à l’aide d’une sorte de chignole pour pouvoir lui extraire une dent. C’est le triste sort qui attend tous les amis de la malheureuse, entrés à leur tour dans sa ligne de mire, y compris Jaden (Bruno Cryan), le petit-ami de la défunte, rendu inconsolable après sa mort. En menant ses investigations, la police rapproche le mode opératoire du tueur des pratiques d’une secte italienne médiévale connue sous le nom de « Dentes »…

Les dents de la mort

Les différents gimmicks qui annoncent l’entrée en scène du tueur sont savamment calculés pour entrer dans la tête des spectateurs et ménager des moments de suspense efficaces. Il y a d’abord ce dentier à ressort posé chez les futures victimes, qui n’est pas sans rappeler la nouvelle Le Dentier claqueur de Stephen King – publiée dans le recueil Rêves et cauchemars et adaptée par Mick Garris dans le film Quicksilver Highway. Puis vient le SMS funeste, sur lequel apparaît le nom des cibles infortunées de l’assassin édenté, leur date de naissance, leur date de mort, un émoji en forme de dent et la mention « R.I.P. » qui peut se traduire de différentes manières : le traditionnel « Rest in Peace » (« Repose en paix »), la variante affichée sur les posters du film « Rest in Pain » (« Repose dans la douleur ») ou encore le verbe anglais « rip » (à prendre ici au sens « arracher »). Ajoutez à ça le rire lugubre d’Alden Pick et vous obtenez la recette infaillible de ce slasher bizarre qui, certes, n’évite pas la mécanique habituelle du genre – on isole les jeunes héros un à un puis on les tue, pendant que l’enquête policière patine – mais se distingue par la singularité de son psycho-killer et par le soin apporté à sa mise en forme. Malgré un budget anémique – que trahit notamment une bande son constellée d’imperfections -, Jamie Langlands sertit en effet l’action dans un beau format Cinemascope et renforce chaque fois qu’il le peut la photogénie des décors. Riche en rebondissements, The R.I.P. Man s’achève sur une fin ouverte. La suite potentielle se concrétisera d’ailleurs dans la foulée, une campagne de financement participatif ayant permis de lancer la production de The R.I.P. Man 2.

 

(1) Extrait d’une interview publiée sur Search My Trash en septembre 2024

 

© Gilles Penso

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FILMS FANTASTIQUES 2025 : LE TOP / FLOP

L'heure du bilan est arrivée. Et cette fois-ci, toute l'équipe a joué le jeu. Voici donc un classement collectif et forcément très subjectif de nos films fantastiques/horreur/science-fiction préférés de l'année… et des pires.

PUBLIÉ LE 29 DÉCEMBRE 2025

La disparité des résultats ci-dessous a quelque chose de rassurant. À une époque où l’uniformisation semble vouloir guetter l’industrie du film, voir apparaître de telles différences entre les goûts et les sensibilités de chacun se révèle plutôt réjouissant. Quelques tendances se dégagent malgré tout. Parmi les bonnes surprises figurent 28 ans plus tard et Companion qui figurent chacun dans 4 tops, et Évanouis et Avatar : de feu et de cendres (3 tops chacun). The Ugly Stepsister apparaît de son côté non seulement dans 3 tops mais aussi dans un « coup de cœur ». De l’autre côté du classement, grosse déception pour Mission Impossible : The Final Reckoning que nous retrouvons dans 3 flops. Ce n’est pas beaucoup plus reluisant pour Le Grand déplacement, The Electric State, Blanche Neige, Souviens-toi l’été dernier, Predator : Badlands, La Guerre des Mondes et Five Nights at Freddy’s 2, tous cités deux fois parmi les flops. Et puis il y a ceux qui divisent l’opinion. Si Sinners et Jurassic World : Renaissance cumulent 3 tops, ils sont aussi cités parmi les flops. Tout comme The Life of Chuck (2 tops, un « coup de cœur » et un flop), Wolf Man (2 tops, 1 flop), Les Quatre Fantastiques : premiers pas et Substitution : Bring Her Back (3 tops, 1 flop). Le Frankenstein de Guillermo del Toro, lui, apparaît conjointement dans un top et trois flops. Pour The Monkey, c’est un top et deux flops. Quant à Superman, Destination finale : Bloodlines, Red Sonja, Fear Street : Prom Queen et Presence, nous les retrouvons équitablement des deux côtés du classement.

LE TOP

N°1: Sinners 

N°2: Novocaïne

N°3: Mickey 17

N°4: Fear Street : Prom Queen

N°5: The Elixir

N°6: Primitive War

N°7: Troll 2

N°8: Companion

N°9: Lost in Starlight

N°10: Ziam

LE FLOP

N°1: Frankenstein

N°2: Vicious

N°3: The Electric State

N°4: Tron : Ares

N°5: La Guerre des mondes

N°6 : Five Nights at Freddy’s 2

N°7: Destination finale : Bloodlines

N°8: Wolf Man

N°9: Red Sonja

N°10: Submersion

Antoine n’ayant pas pu voir autant de films (ou de séries) qu’il aurait voulu cette année, son top et son flop se limitent à cinq titres chacun.

LE FLOP

N°1: Captain America : Brave New World

N°2: The Electric State

N°3: Alien Earth (Saison 1)

N°4: Mission Impossible : The Final Reckoning

N°5: Love, Death and Robots (saison 4)

Jérôme s’est fixé comme objectif de ne sélectionner que des films sortis en salle. Face à la difficulté de les classer, les films du top et du flop ci-dessous ne sont pas listés par ordre de préférence.

LE TOP

N°1: My daughter is a zombie

N°2: La Città proibita

N°3: Mārama

N°4: Avatar : de feu et de cendres

N°5: Superman

N°6: Jurassic World : Renaissance

N°7: Creation of the Gods 2: Demon Force

N°8: Les Quatre Fantastiques : premiers pas

N°9: Que ma volonté soit faite

N°10: Red Sonja

LE FLOP

 

Pas de flop pour Quélou, qui préfère se concentrer sur les films qu’elle a aimés. Voici même quelques mentions spéciales pour deux autres coups de cœur :

 

The Ugly Stepsister

Life of Chuck

LE TOP

N°1: The Rule of Jenny Pen

N°2: Pluribus (saison 1)

N°3: The Ugly Stepsister

N°4: Substitution : Bring Her Back

N°5: Resurrection

N°6: 28 ans de plus tard

N°7: In a Violent Nature

N°8: Oditty

N°9: Companion

N°10: Wolf Man

LE FLOP

N°1: Dracula

N°2: Frankenstein

N°3: The Monkey

N°4: Souviens-toi, l’été dernier

N°5: Predator : Badlands

N°6: Black phone 2

N°7: Vicious

N°8: Fear Street : Prom Queen

N°9: La Guerre des mondes

N°10: The Strangers 2

AVATAR : DE FEU ET DE CENDRES (2025)

La famille de Jake Sully fait face à une nouvelle menace : une tribu barbare qui risque de faire basculer le destin des habitants de Pandora…

AVATAR : FIRE AND ASH

 

2025 – USA

 

Réalisé par James Cameron

 

Avec Sam Worthington, Zoe Saldaña, Sigourney Weaver, Stephen Lang, Kate Winslet, Jack Champion, Britain Dalton, Trinity Jo-Li Bliss, Oona Chaplin

 

THEMA EXTRA-TERRESTRE I SAGA AVATAR

La saga Avatar est un objet protéiforme dont James Cameron a pris soin de concevoir l’entièreté en se laissant toujours la possibilité d’interrompre le récit à mi-parcours en cas d’insuccès. Car malgré les apparences, le père d’Aliens et d’Abyss est loin d’être un artiste fou et obsessionnel. Si l’univers de Pandora le fascine au plus haut point et si la tentation d’en explorer toutes les facettes l’anime ardemment, il sait aussi qu’une telle franchise coûte trop cher pour se soumettre à ses seules envies. Son projet se décline donc en trois phases possibles : un seul film si le premier Avatar est un échec, une trilogie si le second ne remplit pas suffisamment les objectifs financiers, et une pentalogie dans le meilleur des cas. Or les triomphes des deux premiers volets lui auront permis de mener à bien son rêve et d’offrir à cette planète-monde inventée de toutes pièces un écrin titanesque à la hauteur de sa vision. Avatar se déclinera donc sous forme de cinq longs-métrages repoussant toutes les limites artistiques et techniques connues. A priori, ce troisième opus semble vouloir poursuivre une sorte de quête des quatre éléments – après la terre et l’eau, voici le feu. Mais comme toujours chez Cameron, les choses sont plus complexes qu’elles n’y paraissent. De fait, le sous-titre De feu et de cendres est à double sens. Il évoque d’abord les ravages incandescents provoqués par la nouvelle tribu mise en scène dans le film, mais fonctionne aussi sur un plan symbolique. « Si vous considérez le feu comme la haine, la colère et la violence, alors les cendres en sont les conséquences », explique Cameron. « Et quelles sont les conséquences ? Le chagrin et la perte. Et qu’est-ce que cela provoque ? Plus de violence, plus de colère et plus de haine. C’est un cercle vicieux. Voilà le raisonnement. » (1)

En réalité, Avatar : La voie de l’eau et Avatar : De feu et de cendres s’appréhendent comme les deux facettes d’une seule aventure épique, dans la mesure où une grande partie des enjeux laissés en suspens dans le film précédent trouvent ici leur résolution, ou du moins leur développement. Certains pourraient craindre un effet de déjà vu, mais cela reviendrait à dire que Terminator 2 ressemble trop à Terminator. Non content de reprendre exactement les personnages de La voie de l’eau là où nous les avions laissés, De feu et de cendres réorganise leurs arcs émotionnels respectifs de manière inattendue et prend une ampleur vertigineuse. Les séquences d’action monumentales abondent donc et parviennent encore à surprendre et à surpasser tout ce que nous avions déjà vu dans les chapitres précédents. Les hostilités sont lancées très tôt avec l’attaque de la somptueuse caravane volante des marchands du vent (sublime vision de pure fantasy) par les Mangkwan, un clan de damnés retournés à la barbarie et prêts à sacrifier toutes les vies pour satisfaire leurs besoins primaires. Ce premier morceau de bravoure d’une sauvagerie et d’une intensité époustouflantes réoriente soudain le récit et influe sur le destin de la famille de Jake Sully. Dès lors, l’intrigue n’en finit plus de rebondir et les nœuds dramatiques se redéfinissent, laissant souvent imaginer le pire pour nos protagonistes, devenus gibiers d’une traque impitoyable dans une nature hostile.

Le règne du feu

Entre deux scènes mouvementées (et le film n’en manque pas, c’est le moins qu’on puisse dire !), Avatar : De feu et de cendres n’hésite pas à explorer les penchants les plus sombres de ses personnages. Ici, la cellule familiale est plus que jamais menacée, d’autant que les dangers viennent aussi de l’intérieur. Trouver sa place, garder l’équilibre, survivre à tout prix sont autant de sujets de tension qui peuvent conduire vers des pensées et des prises de position d’une noirceur déconcertante. Le scénario co-écrit par Cameron, Rick Jaffa et Amanda Silver brise ainsi volontairement tout manichéisme trop tranché, non seulement du côté des héros mais aussi chez leurs ennemis. Les Mangkwan nous prouvent ainsi qu’il existe aussi des Na’vis maléfiques, brutaux, déconnectés de la nature, dominés par la redoutable Varang (Oona Chaplin), sans conteste l’une des figures les plus mémorables de ce troisième volet. Le colonel Quaritch, lui, se révèle plus ambigu que jamais, partagé entre son impitoyable quête militaro-colonialiste et ses sentiments paternels refoulés. Même la faune est à double tranchant, comme nous le prouvent notamment ces monstrueux céphalopodes aux allures de pieuvres géantes carnassières. L’épopée Avatar achève ainsi son premier cycle avec flamboyance, cet opus refermant de nombreuses portes tout en laissant la voie ouverte vers les deux autres épisodes dont Cameron a d’ores et déjà lancé les préparatifs. Avatar : De feu et de cendres est dédié à la mémoire du producteur John Landau, fidèle collaborateur du réalisateur, décédé en juillet 2024.

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans Entertainment Weekly en août 2024.

 

© Gilles Penso

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PROMPT (2025)

Une jeune spécialiste de la génération de vidéos par intelligence artificielle se retrouve hantée par un visage inconnu qui apparaît sur ses écrans…

PROMPT

 

2025 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Lilly Bell, Elliott Woods, Jax Cody, Ian S. Peterson, Llana Barron, Rib Hillis, Jessica Morris, Felix Merback

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET PARALLÈLES I SAGA CHARLES BAND

L’intelligence artificielle alimentant toutes les conversations de manière de plus en plus enflammée, surtout depuis le lancement de Chat GPT en novembre 2022, Charles Band décide d’aborder le sujet assez tôt en réalisant AIMEE : The Visitor, qui mue une sympathique assistante virtuelle en redoutable serial killer. Dans la foulée, il sollicite l’IA générative pour créer les visions cauchemardesques de Quadrant. Évidemment, il y a encore mille histoires à raconter autour d’un thème si complexe. D’où la mise en chantier de Prompt, que Band tourne à Los Angeles pendant quelques jours avec une poignée de comédiens, fidèle à son légendaire sens de l’économie. De prime abord, ce film minimaliste semble n’utiliser son argument de science-fiction que comme prétexte à une succession de séquences érotiques destinées à titiller un public majoritairement masculin, dans la droite lignée des innombrables titres du catalogue Surrender Cinema. Mais le scénario de J.P. Talbot ne se limite pas à un assemblage de vignettes grivoises : il interroge notre rapport aux vidéos générées artificiellement et le regard biaisé qu’elles peuvent nous amener à porter sur le monde et sur nous-mêmes. Certes, la réflexion philosophique demeure sommaire, mais Prompt n’en soulève pas moins plusieurs questions passionnantes.

Conscient de devoir engager une actrice peu freinée par des soucis pudeur, Charles Band confie le rôle principal à Lilly Bell, véritable stakhanoviste du film X – plus de 130 titres en six ans – qui s’est déjà offert quelques détours plus « traditionnels », comme le slasher Scissors. Ici, la jolie blonde ne doit pas se contenter de donner de sa personne physiquement, puisqu’elle déploie aussi une tessiture de jeu subtile qui permet aux spectateurs d’entrer en empathie avec elle et d’adhérer plus facilement à cette histoire étrange. Bell incarne Taylor, une talentueuse conseillère en communication digitale qu’une cliente contacte pour l’aider à promouvoir leur dernier produit : une application diseuse de bonne aventure, « TheFortuneTeller.com » (le site web existe vraiment, essayez et vous verrez !). Taylor propose de générer en IA une influenceuse qui défend les vertus du produit, à la grande joie de ses commanditaires qui adorent l’idée. Les délais sont très courts, mais Taylor a déjà tout créé la veille. Il lui reste donc du temps pour elle. Esseulée, elle génère en IA quelques films érotiques afin de tromper son ennui. L’effet se révèle très efficace sur sa libido, mais le visage d’un homme mystérieux apparaît furtivement dans ses vidéos. De plus en plus troublée, elle commence à développer une obsession pour cet inconnu qui surgit systématiquement dans ses prompts et semble la dévorer des yeux…

Qui regarde qui?

Le budget riquiqui de Prompt n’empêche pas Band de soigner sa mise en forme, sollicitant Jonathan Walker (Bring Her to Me, Quadrant, Death Streamer) pour composer une bande originale envoûtante à base de synthétiseurs et de chœurs échantillonnés, tout en confiant à Terrance Ryker (Skull Heads, The Dead Want Women, Reel Evil) la photographie élégante du film. Quelques clins d’œil pour connaisseurs ponctuent discrètement le métrage, notamment la sollicitation de deux habitués des séries B fantastiques, l’actrice Jessica Morris (Les Geôles du diable) et son époux Rib Hillis (Killbots) dans le rôle des clients, ou encore la réutilisation du prénom Aimee. Mais Prompt reste un film sérieux qui s’appréhende au premier degré, loin des délires potaches d’un Evil Bong. Le scénario finit d’ailleurs par construire un vertigineux jeu de mise en abîme. L’héroïne est en effet observée par un homme virtuel qui s’invite dans ses créations et se met à influer sur son comportement, alors que c’est logiquement le contraire qui devrait se produire. Et lorsque, toute émoustillée, elle s’apprête à se déshabiller devant lui en lui demandant s’il aime ce qu’il est en train de voir, elle regarde la caméra… et donc les spectateurs. Ce triple croisement de points de vue débouche sur la question au cœur de tous les enjeux du film : qui regarde qui ? Certes, le twist final est prévisible, mais il reste savoureux et n’aurait pas dépareillé dans un épisode de La Quatrième dimension… ou plutôt de Black Mirror.

 

© Gilles Penso

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