SHADOWZONE (1990)

Un capitaine de la NASA enquête sur la mort du cobaye d’une expérience top-secrète pratiquée dans un souterrain abandonné…

SHADOWZONE

 

1990 – USA

 

Réalisé par J.S. Cardone

 

Avec Louise Fletcher, David Beecroft, James Hong, Frederick Flynn, Shawn Weatherly, Miguel A. Nuñez, Lu Leonard

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES I SAGA CHARLES BAND

Après avoir réalisé le thriller surnaturel The Slayer et le film musical Rock Star, J.S. Cardone fait la rencontre du producteur Charles Band, qui vient de lancer sa compagnie Full Moon avec Puppet Master et cherche de nouveaux talents pour rejoindre son écurie. L’un des projets qu’il a prévendus à son distributeur Paramount, sur la simple foi d’un titre et d’un poster, s’appelle Shadowzone. Cardone accepte de le réaliser afin de recycler l’idée d’un ancien scénario qui lui trottait dans la tête depuis quelques années. Band lui alloue un budget d’un million de dollars, vingt-quatre jours de tournage et un contrôle total du film. « La scène extérieure d’ouverture a été tournée dans le Bronson Canyon, un célèbre décor de westerns hollywoodiens », se souvient le réalisateur. « Les intérieurs ont été tournés dans un hôpital abandonné à Northridge, en Californie. L’endroit était glauque et dégoûtant. Il y avait des alcôves sombres pleines de vieilles seringues et de déchets médicaux. C’était parfait pour ce que nous voulions faire. » (1) Ce site sinistre apporte en effet une touche de réalisme idéale, d’autant que la grande majorité du film s’y déroule. Dans le scénario, il s’agit d’un centre de recherche souterrain pratiquement abandonné depuis le début des années soixante et abritant désormais dans le plus grand secret le projet « Shadowzone ».

Dépêché par le gouvernement, le capitaine Hickok de la NASA (David Beecroft) débarque sur place pour enquêter sur la mort inexpliquée d’un des sujets d’expérience. Dans cet endroit en décrépitude, Hickok rencontre la petite équipe en charge du projet : le docteur Van Fleet (James Hong), son bras droit le docteur Erhardt (Louise Fletcher), le docteur Kidwell (Shawn Weatherly), l’informaticien Wiley (Miguel A. Nuñez Jr.), le responsable de la maintenance Tommy Shivers (Frederick Flynn) et la cuisinière Mrs. Cutter (Lu Leonard). Ce microcosme vit en circuit fermé autour d’expérimentations de pointe liées au sommeil prolongé, susceptibles d’être appliquées aux voyages spatiaux. Les sujets sont placés dans des caissons et étudiés de près. Or lorsqu’ils sont plongés dans cet état second, il semble que les cobayes soient capables d’ouvrir la porte d’une dimension parallèle et de laisser entrer dans notre monde une entité fort peu recommandable… Même si on sent que les moyens sont très limités (comme toujours chez Charles Band), l’exigence du film semble aller au-delà des canons habituels des productions Empire ou Full Moon. Tout le monde prend visiblement le sujet au sérieux (les acteurs, l’équipe technique et artistique et bien sûr le réalisateur), d’où un niveau qualitatif accru, autour d’un postulat de science-fiction original convoquant les peurs primales et les possibilités inconnues du subconscient.

Les peurs primales

Si le point de départ est très intriguant, le film ne parvient pas à tenir toutes ses promesses. Lorsque l’intrigue prend la tournure d’un chassé-croisé dans des couloirs sombres, Shadowzone perd un peu de sa saveur et prête le flanc aux critiques l’accusant de plagier Alien. Fort heureusement, le maquilleur spécial Mark Shostrom (maître d’œuvre des folles créations d’Evil Dead 2) parvient à ponctuer le film de visions choc horrifiques. Dès l’entame, il nous offre la vision d’un cadavre autopsié particulièrement repoussant, puis plus tard un gonflement de veines et une tête qui explose directement hérités de Scanners. Au cours du dernier tiers du film, l’entité mystérieuse prend diverses apparences furtives, notamment celle d’un rat géant, d’un singe monstrueux ou d’un être difforme et dégoulinant qui n’est pas sans évoquer les créations de John Buechler sur From Beyond. Si la censure de l’époque se montra clémente sur les scènes d’horreur, elle tiqua en revanche sur les corps nus dans les caissons. « La nudité frontale du sujet masculin les a plus dérangés que celle du sujet féminin, mais j’étais déterminé à ne pas reculer devant l’un ou l’autre sexe », raconte Cardone. « Nous avons tenu bon et n’avons eu à faire que de petites coupes. » (2)

 

(1) et (2) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

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JEEPERS CREEPERS 2 (2003)

Dans ce second épisode inventif, le monstre imaginé par Victor Salva s’en prend à un groupe d’adolescents coincés dans un bus scolaire…

JEEPERS CREEPERS 2

 

2003 – USA

 

Réalisé par Victor Salva

 

Avec Ray Wise, Jonathan Breck, Garikayi Mutambirwa, Eric Nenninger, Nicki Lynn Aycox, Marieh Delfino, Diane Delano

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA JEEPERS CREEPERS

Fort du succès de son Jeepers Creepers mué dès sa sortie en petit classique du genre, l’auteur/réalisateur Victor Salva se penche sur une suite et bénéficie de la présence prestigieuse de Francis Ford Coppola qui rempile en tant que producteur exécutif. Dans l’une des premières versions du scénario de Jeepers Creepers 2, les deux héros du film précédent, Trish et Jezelle, sont les personnages principaux, traquant le monstre qui leur fit tant de misères. Mais l’actrice Gina Philips décide finalement de ne pas participer au film, entraînant plusieurs réécritures. L’une des intrigues secondaires du premier script devient donc le moteur narratif principal : un bus scolaire rempli d’adolescents qui sont traqués par le Creeper. Quant au personnage de Jack Taggart, incarné par Ray Wise, il devient central alors qu’il n’était censé initialement ne tenir qu’un petit rôle dans une seule scène. Ces changements de cap induits par des contraintes logistiques vont s’avérer bénéfiques, empêchant ce second épisode de trop ressembler au premier pour véhiculer de nouvelles terreurs et se draper d’une atmosphère très singulière. Le récit s’installe trois jours après les événements décrits dans le premier Jeepers Creepers.

Tout commence par une scène étonnante où un petit garçon est emporté dans les airs par un épouvantail qui s’anime soudain et s’avère être le Creeper. Dès lors, tel le Achab de Moby Dick, son père le fermier Jack Taggart (Ray Wise, donc) ne vit plus que pour tuer le monstre. Entre-temps, la créature démoniaque s’en prend à un bus scolaire dont elle crève les roues à distance à l’aide de projectiles d’un genre particuliers (variante des étoiles de ninja avec quatre griffes acérées et, au centre, de macabres attributs humains tels qu’une dent ou un nombril !). Ce bus transporte une équipe de joueurs de basket-ball dont le nom, les « Bannon Bantams », est un hommage direct à Dan O’Bannon, le scénariste d’Alien et le réalisateur du Retour des morts-vivants. Tandis que la nuit tombe, les basketteurs, les cheerleaders, la conductrice et les coachs vont devoir surmonter leurs peurs afin de résister aux assauts répétés de ce monstre bien décidé à accomplir son rituel infernal. Mais Jack Taggart n’a pas dit son dernier mot et décide de se dresser sur son chemin.

Le bus en folie

En construisant ses personnages adolescents, Salva s’est attaché à représenter des stéréotypes soit victimes soit coupables de discrimination raciste et homophobe. Le bus scolaire se mue ainsi en microcosme, symbole à échelle réduite de la société et de ses travers. Le film collecte les séquences de suspense reposant sur le jeu subtil des comédiens et sur l’ingéniosité accrue de la mise en scène. Grâce à des effets spéciaux particulièrement impressionnants, le monstre déploie ses ailes pour prendre les allures d’un démon à l’envergure d’un ptérodactyle. Certaines séquences poussent l’outrance très loin, comme lorsque le Creeper, suite à une échauffourée avec ses jeunes proies, s’arrache la tête et la remplace par celle d’un adolescent qu’il décapite ! Rien ne semble pouvoir vaincre ou repousser cette effrayante créature au maquillage extraordinaire. Salva tire ainsi les meilleures leçons possibles du premier opus dont il a su conserver toutes les qualités, simplifiant son récit à l’extrême et contournant les clichés avec une belle effronterie. Les adolescents victimes d’un croquemitaine saturent pourtant les écrans depuis belle lurette.

 

© Gilles Penso


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TRANSFORMATIONS (1988)

Un astronaute séduit par une femme mystérieuse est bientôt victime d’une étrange mutation qui fait de lui une bête gluante…

TRANSFORMATIONS

 

1988 – USA

 

Réalisé par Jay Kamen

 

Avec Rex Smith, Lisa Langlois, Patrick Macnee, Christopher Neame, Michael Hennessy, Cec Verrell, Benito Stefanelli, Donald Hodson, Pamela Prati

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I DIABLE ET DÉMONS I FUTUR I SAGA CHARLES BAND

Transformations est l’un des derniers films produits par la compagnie Empire de Charles Band, alors au bord de la faillite après son départ en fanfare quatre ans plus tôt. Cette série B de science-fiction – qui intègre comme souvent chez Band des éléments horrifiques et érotiques – a donc été réalisée à la va vite avec les moyens du bord. Le rôle principal est tenu par Rex Smith, alors très populaire grâce à la série Tonnerre mécanique. Il entre ici dans la peau de John Wolf, un astronaute voguant dans l’espace à bord de son vaisseau spatial. Un soir, une rencontre inattendue vient briser sa solitude : une énigmatique jeune femme qui apparaît inexplicablement, le rejoint dans son lit et s’offre à lui dans ce qui ressemble à un rêve polisson permettant à la comédienne Pamela Pratti de s’exhiber sans pudeur. Mais ses traits finissent par se déformer, révélant sous sa peau des écailles gluantes. L’inconnue disparaît comme elle est apparue, laissant perplexe un Wolf qui doit soudain gérer les avaries de son vaisseau atterrissant en catastrophe sur la colonie pénitentiaire Hephaestus IV. Là, notre bel astronaute est pris en charge par l’accorte Miranda (Lisa Langlois, vue dans Class 1984 et Voyage au bout de l’horreur) qui n’est pas insensible à ses charmes. Mais bientôt, Wolf est en proie à des crises violentes, prélude aux transformations promises par le titre du film.

Quelle est la nature de la jeune femme ayant « contaminé » Wolf d’un étrange mal ? Un démon ? Un succube ? Une entité extra-terrestre ? Une mutante ? Nous n’en saurons rien, le scénario de Mitch Brian (futur co-auteur de l’excellente série animée Batman) ne s’embarrassant pas d’explications ni même de cohérence. Jay Kamen lui-même, le réalisateur (qui se spécialisera plus tard dans le montage son de nombreux blockbusters), n’a pas grand-chose à défendre et assure donc le service minimum, dans des décors futuristes minimalistes empruntés à d’autres productions Empire en cours, en l’occurrence Robot Jox et Arena, où des figurants aux looks post-punk anachroniques simulent des bagarres de rue théâtrales. Peu palpitant, répétitif, Transformations souffre aussi du manque de conviction global de ses comédiens. Rex Smith est transparent, Lisa Langlois se contente de lui lancer des regards langoureux en répétant « I love you » et Patrick Macnee cachetonne sous la défroque d’un prêtre mystique qui anone des versets en latin.

Brûlez le monstre !

Pour remplir son quota d’érotisme et d’horreur, le film multiplie les séquences où Wolf, en proie à des pulsions incontrôlables, fait l’amour avec toutes les femmes qu’il croise et se met à subir des mutations. Des boutons purulents apparaissent sur son corps, ses mains deviennent griffues, son teint blafard, puis son visage se mue en une bouillie de latex gluante et informe aux traits vaguement reptiliens. Rien à voir donc avec la métamorphose spectaculaire et surréaliste qu’essayait de nous vendre le poster du film, avec un homme empruntant sa morphologie à la fois aux insectes, aux serpents, aux chauve-souris et à d’autres créatures indéterminées. « Le costume du monstre final a été fabriqué à partir de restes d’autres films d’Empire, de même que tous les maquillages », raconte Michael Deak, superviseur des effets spéciaux sur le plateau et membre de l’équipe du maquilleur John Buechler. « Je crois que John avait un budget de 7000 dollars pour faire une tête et c’était à nous, sur place, de faire le reste. Le dernier jour du tournage, lorsque le monstre a été mis au feu pour le climax du film, tout le monde, y compris le personnel de bureau, s’est pressé pour le regarder brûler, tellement tout le monde le détestait. » (1) Car cette créature faite de bric et de broc symbolise alors la fin du studio et donc le futur renvoi de tous ses employés. Une poignée d’autres films sortiront pourtant en vitesse sous le label Empire avant sa fermeture définitive.

 

(1) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso


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TENDRE DRACULA (1974)

Peter Cushing côtoie Bernard Menez, Miou-Miou et Alida Valli dans cette comédie ponctuée d’érotisme, d’épouvante et de numéros musicaux…

TENDRE DRACULA / LA GRANDE TROUILLE

 

1974 – FRANCE

 

Réalisé par Pierre Grunstein

 

Avec Peter Cushing, Bernard Menez, Miou-Miou, Alida Valli, Nathalie Courval, Stéphane Shandor, Percival Russel, Brigitte Borghese, Valentina Cortese

 

THEMA VAMPIRES

Pierre Grunstein fait ses débuts dans le théâtre avant d’entamer à partir des années soixante une carrière d’assistant-réalisateur, notamment pour Claude Berri, Chris Marker ou Alain Resnais. C’est son ami chef opérateur Jean-Jacques Tarbès qui le convainc de passer à la mise en scène. Féru de poésie, de comédie, de musique, de théâtre, d’expressionnisme et de fantastique, Pierre Grunstein s’efforce de combiner tous ces ingrédients dans un scénario qui finit par s’appeler Tendre Dracula. Le célèbre seigneur des ténèbres popularisé par Bram Stoker brille certes par son absence, mais il y a bien un vampire dans le film, sous les traits du grand Peter Cushing (qui, paradoxalement, incarna bien souvent l’ennemi juré de Dracula, autrement dit Van Helsing, pour le compte de la Hammer). Comme le fera deux ans plus tard Christopher Lee avec Dracula père et fils, le prestigieux comédien britannique voit là l’occasion de s’autoparodier et de s’offrir une bulle d’air en France. Il côtoie sur place une jeune équipe de tournage pleine d’énergie malgré ses faibles moyens, une légendaire actrice en fin de carrière (Alida Valli, transfuge de chez Hitchcock, Bertolucci, Pasolini et Chabrol) et une petite troupe turbulente dominée par le trublion Bernard Menez (vu chez Pascal Thomas et François Truffaut) et la pétillante Miou-Miou (tout juste sortie du tournage des Valseuses).

Autant l’avouer tout de suite, le scénario de Tendre Dracula n’a ni queue ni tête et semble avancer un peu au hasard, au fil des idées éparses de Grunstein et de son co-auteur. Bernard Menez et Stéphane Shandor interprètent deux scénaristes au service d’un producteur tyrannique (Julien Guiomar). Celui-ci panique depuis que son acteur vedette, MacGregor (Peter Cushing) a décidé d’arrêter de tourner dans des films d’horreur pour se spécialiser dans les histoires romantiques. Les deux auteurs sont donc chargés de rendre visite à MacGregor dans son château pour le faire changer d’avis. Ils sont accompagnés dans leur mission par deux actrices très peu pudiques que jouent Miou-Miou et Nathalie Courval. Sur place, l’ambiance est sinistre à souhait, l’épouse de l’acteur (Alida Valli) adopte un comportement étrange, leur serviteur muet (Percival Russel) arbore une mine patibulaire et MacGregor lui-même se comporte comme un véritable vampire…

Et la tendresse ?

Féru d’expérimentations, Pierre Grunstein tente plein de choses avec plus ou moins d’efficacité. L’humour du film est généralement pesant, s’appuyant sur des gags répétitifs et poussifs qu’accentue une musique éléphantesque de Karl Heinz Schafer. Le caractère érotique cher à ces années de libération des mœurs est assuré par Miou-Miou et Nathalie Courval qui se dévêtent à la moindre occasion et poussent même la chansonnette, muant par moments Tendre Dracula en comédie musicale. On s’étonne forcément de voir Peter Cushing échoué dans ce long-métrage biscornu et incohérent, même si le réalisateur lui voue visiblement une admiration sans borne (l’une des séquences montre Bernard Menez feuilleter un album garni de photos issues des films d’horreur de la Amicus, comme Histoires d’outre-tombe ou Je suis un monstre). Formant un couple étrange avec Alida Valli, Cushing parvient à conserver sa classe et son élégance en toutes circonstances, même lorsqu’il s’affuble d’un maquillage outrancier lui donnant les traits de Bela Lugosi, ou lorsqu’il frappe les fesses nues de Miou-Miou pour la corriger ! Ce qui est indiscutable, c’est la beauté plastique du film, ses décors très graphiques aménagés dans l’observatoire de Meudon (notamment une incroyable salle à manger ornée de statues géantes conçues par le dessinateur Pierre Gourmelin) et sa poésie mi-surréaliste mi-grotesque (notamment cette séquence mémorable où Miou-Miou est coupée en deux, son torse reposant sur une table tandis que ses jambes coursent Menez). Légitimement désemparés face au résultat final, les distributeurs décident de changer le titre du film, au grand dam du réalisateur. Nous lui connaissons donc deux appellations : Tendre Dracula et La Grande frousse. Deux ans plus tard, Bernard Menez donnera cette fois-ci la réplique à Christopher Lee dans le fameux Dracula père et fils. Pierre Grunstein, lui, s’en tiendra là en matière de mise en scène et poursuivra avec succès une carrière de producteur.

 

© Gilles Penso

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MISTER FROST (1990)

Entre La Mouche et Jurassic Park, Jeff Goldblum entrait dans la peau d’un être énigmatique et démoniaque…

MISTER FROST

 

1990 – FRANCE / GB

 

Réalisé par Philippe Setbon

 

Avec Jeff Goldblum, Alan Bates, Kathy Baker, Jean-Pierre Cassel, Daniel Gélin, François Négret, Maxime Leroux, Vincent Schiavelli, Roland Giraud

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

C’est dans la bande-dessinée que Philippe Setbon fait ses débuts, notamment pour les mythiques revues « Pilote » et « Métal Hurlant ». Le début des années 80 marque son entrée dans le cinéma, d’abord en tant que scénariste. Il écrit entre autres Détective de Jean-Luc Godard, Parole de flic de José Pinheiro, Lune de miel de Patrick Jamain ou encore Mort un dimanche de pluie de Joël Santoni. En 1987, il passe lui-même derrière la caméra pour Cross, un buddy movie policier qu’il écrit et réalise avec en tête d’affiche Michel Sardou et Roland Giraud. Son second long-métrage est Mister Frost, une ambitieuse co-production franco-britannique mêlant des vétérans anglo-saxons (Jeff Goldblum, Alan Bates, Kathy Baker) et quelques seconds couteaux français que Setbon laisse surjouer à la lisière de la caricature : Roland Giraud (échappé de Cross) en directeur d’institut psychiatrique pédant, Jean-Pierre Cassel en chef de la police blasé et Daniel Gélin en villageois exagérément acariâtre. L’intrigue commence en Angleterre et nous familiarise avec Felix Detweiler (Alan Bates), un inspecteur de police dont Philippe Setbon accentue certaines manies, notamment sa propension à essayer de rouler ses cigarettes lui-même pour finalement abandonner avec lassitude. Ce genre de petit geste banal en dit souvent plus long que les mots. L’homme est indécis, nerveux et impatient.

Detweiler est envoyé enquêter dans la résidence luxueuse du mystérieux Mister Frost (Jeff Goldblum) chez qui deux jeunes gens qui projetaient de voler une voiture ont affirmé avoir vu un cadavre. Frost ne nie pas et admet même que plusieurs corps sont enterrés dans son jardin. Lorsque les autorités débarquent, pas moins de 24 cadavres mutilés sont exhumés chez Frost, dont plusieurs enfants. L’assassin est arrêté mais personne ne parvient à établir son identité. Officiellement, ce Frost n’existe pas. Après avoir gardé le silence pendant deux ans, il est finalement placé dans un institut psychiatrique en France, après avoir transité par l’Allemagne et la Suisse en désarçonnant tous les psychiatres. Seule le médecin Sarah Day (Kathy Baker) est capable de briser son silence. Frost ne veut parler qu’à elle. Mais pourquoi ? Et qui est-il vraiment ? Detweiller, qui a quitté la police, est persuadé qu’il s’agit du diable en personne. « Frost n’est pas dérangé » dit-il le regard exalté en s’entretenant avec le docteur Day. « Il n’a pas sa place dans votre hôpital. C’est le Mal que vous avez introduit chez vous. » Et s’il avait raison ?

Les voies du démon sont impénétrables

Jamais ostentatoire, la mise en scène de Philippe Setbon sait malgré tout se montrer inventive pour déstabiliser les spectateurs. L’usage de la demi-bonnette permet d’obtenir la mise au point à la fois sur un très gros plan de Goldblum et un plan large d’Alan Bates dans le même cadre, les contre-plongées extrêmes et les cadres serrés sur les regards suscitent le malaise, le jeu des reflets en forme de croix sur les pupilles évoque une idée de la propagation du mal… Mais le film repose surtout sur ses acteurs principaux. Si le casting français fait couleur locale sans beaucoup de subtilité et si Kathy Baker ne déborde pas foncièrement de charisme, Alan Bates et Jeff Goldblum crèvent l’écran. Le premier prête son regard de chien battu à un homme brisé au mysticisme amer, affirmant à qui veut l’entendre que « si les voies du Seigneur sont impénétrables, les voies du démon le sont tout autant. » Le second promène sa silhouette de dandy désinvolte avec la grâce d’un danseur, chemise ouverte, cheveux mi-longs, esquissant pas à pas la gestuelle du fameux Ian Malcolm auquel il donnera corps trois ans plus tard dans Jurassic Park. Le spectateur, lui, hésite entre le cartésianisme serein du docteur Day et la théorie satanique de Detweiler. Frost n’est-il qu’un manipulateur habile et sociopathe ou s’agit-il vraiment du diable ? Fascinant malgré ses maladresses, Mister Frost n’aura pourtant pas permis à Setbon de poursuivre sa carrière prometteuse sur grand écran, puisqu’il se tournera dès lors vers la télévision pour écrire plusieurs séries et téléfilms, notamment Fabio Montale, Le Lion et Frank Riva avec Alain Delon.

 

© Gilles Penso


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GUNGALA, LA VIERGE DE LA JUNGLE (1967)

Une expédition scientifique s’enfonce dans la forêt africaine où vit une sauvageonne élevée par les bêtes…

GUNGALA LA VERGINE DELLA GUNGLA

 

1967 – ITALIE

 

Réalisé par Romano Ferrara

 

Avec Kitty Swan, Linda Veras, Poldo Bendandi, Conrad Loth, Archie Savage, Alfred Thomas, Antonietta Fiorito, Bobby Rhodes, Valentino Macchi

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

Romano Ferrara, réalisateur de l’inénarrable Monstre aux yeux verts avec Michel Lemoine, nous emmène cette fois-ci dans une aventure exotique délirante qui décline le mythe de Tarzan sous un angle féminin (à la manière de la fameuse Sheena des comic books). Pour brouiller les pistes, Ferrara signe le film sous le pseudonyme américanisé de Mike Williams. Aux frontières de l’Ouganda et du Kenya, deux explorateurs sans scrupules, Wolf (Poldo Bendandi) et Dany (Bobby Rhodes), pillent Bokani, l’idole de la tribu des Bakenda, en s’emparant de son œil gauche, autrement dit un diamant précieux. Mais l’aventure tourne mal. Dany tente en effet de tuer Wolf et disparaît lui-même dans la jungle. Une nouvelle expédition est montée plusieurs années plus tard, menée par Wolf. Ce dernier est bientôt rejoint par Chandler (Conrad Loth), un scientifique qui s’intéresse à la radioactivité des lieux, et sa jolie fiancée Fleur (Linda Veras), adepte du fusil de chasse. Or le joyau est désormais porté comme un médaillon par une sauvageonne baptisée Gungala. Cette dernière, incarnée par la sculpturale actrice danoise Kitty Swan, se promène nue dans la forêt, pousse des cris d’animal apeuré et vit avec des panthères.

Comme on pouvait s’y attendre, les origines de Gungala sont proches de celles de Tarzan. Alors qu’elle était presque bébé, l’avion qui la transportait avec ses parents s’est écrasé dans la jungle africaine, la laissant orpheline. Elle a donc grandi seule au milieu des bêtes. Ce qui est étonnant, c’est que malgré son statut de créature sauvage ayant évolué bien loin de la civilisation, elle porte de très jolis faux-cils et un maquillage soigné. Mais après tout, Raquel Welch nous avait déjà habitués à de tels effets de style l’année précédente avec Un million d’années avant JC. Belle et bronzée comme si elle s’était échappée du papier glacé d’un magazine de charme vintage, Gungala est le seul véritable attrait du film, même si la fiancée de l’explorateur campée par Linda Veras ne rechigne pas non plus à exhiber sa nudité pour attirer aussi les regards vers elle. Les hommes, de leur côté, se révèlent particulièrement inintéressants. Le fiancé, par exemple, est spectaculairement insipide. Quant au chef de l’expédition, c’est une brute antipathique qui passe tout le film à suer à grosses gouttes !

La belle et les bêtes

La tribu africaine de mise en pareil contexte – réduite à une quinzaine de figurants maquillés pour respecter le budget ridicule du film – obéit quant à elle à tous les clichés coloniaux du genre. Ce sont donc des gens peureux, sauvages, primitifs et stupides. On le voit, les choses n’ont guère évolué depuis les Tarzan des années trente. L’intrigue elle-même se résume à une chasse au trésor banale et répétitive. Gungala, la vierge de la jungle provoquerait donc un ennui durable s’il n’était égayé par la présence lumineuse de son héroïne. La scène la plus étonnante – et la plus charmante – du film est sans doute celle où la belle découvre pour la première fois une femme qui lui ressemble. Elle l’observe attentivement, non sans une certaine curiosité, puis se réfugie dans son petit coin de paradis, en compagnie de son singe fidèle et de ses panthères. Là, elle étudie son propre corps, prétexte à une saynète gentiment érotique. Gungala passe donc en revue sa poitrine et ses jambes, puis décide de s’habiller comme l’exploratrice, arborant dès lors une sorte de peau de bête ne masquant que partiellement sa parfaite anatomie. Et ce sera désormais sa tenue de sauvageonne. Le film parvint à réunir suffisamment de spectateurs pour motiver la mise en chantier d’une suite dès l’année suivante : Gungala, la panthère nue.

 

© Gilles Penso

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GINGERDEAD MAN (2005)

Gary Busey prête sa voix à un petit bonhomme en pain d’épice psychopathe bien décidé à décimer une famille de boulangers !

THE GIGNGERDEAD MAN

 

2005 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Gary Busey, Robin Sydney, Ryan Locke, Alexia Aleman, Jonathan Chase, Margaret Blye, Daniela Melgoza, Newell Alexander, James Snyder, Larry Cedar

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I PETITS MONSTRES I SAGA CHARLES BAND I GINGERDEAD MAN

Grand amateur du show télévisé burlesque Mad TV, le scénariste William Butler imagine un sketch absurde dans lequel un bonhomme en pain d’épice assassine une famille le soir de Noël. Son titre : The Gingerdead Man, un jeu de mot intraduisible en français qui fusionne « Gingerbread » (pain d’épice) et « Dead » (mort). L’équipe de Mad TV apprécie mais décline son offre, dans la mesure où l’un de leurs sketches ressemble déjà beaucoup à l’idée de Butler (si ce n’est qu’un ourson remplace le biscuit assassin). Le scénariste se tourne alors vers le producteur Charles Band, avec qui il a eu l’occasion de travailler depuis le début des années 80. Band s’emballe et lui propose d’en tirer le script d’un long-métrage. Problème : en l’état, le film coûterait dans les trois millions de dollars, ce que Band ne peut pas se permettre en cette période de vaches maigres. Avec l’autorisation de Butler, le concept est donc entièrement revu et corrigé par l’auteur Brian Muir (Critters) pour se conformer à une enveloppe budgétaire minuscule. Seul le titre et l’idée d’un biscuit assassin sont conservés. Pour le reste, nous avons affaire à simple huis-clos classique : un seul décor, une poignée de personnages et un petit monstre qui se cache dans l’ombre. Band connaît bien cette formule, qu’il décline à loisir depuis longtemps, notamment avec les Puppet Master, les Ghoulies, les Demonic Toys, ou encore Hideous.

L’idée peut de prime abord faire penser à une variante pâtissière de Chucky : l’âme d’un tueur psychopathe qui se transfère dans un petit corps et le transforme en mini-monstre. Dans le rôle de l’assassin, Band porte son choix sur Gary Busey (le fameux vilain de L’Arme fatale) sans trop y croire. Or l’acteur accepte le rôle contre la modique somme de 25 000 dollars. Band se frotte les mains : il ne le sollicitera que pendant une seule journée de tournage, le fera revenir pour une session de doublage afin qu’il prête sa voix au cookie psychopathe et misera toute la promotion sur son nom. Hélas, l’acteur va s’avérer ingérable. « Il était capricieux, bizarre et impossible ! », se souvient Band. « Presque immédiatement, deux femmes de la garde-robe et du maquillage se sont approchées de moi et m’ont fait savoir qu’il disait des choses obscènes et qu’il était « accidentellement » tactile. » (1) La journée de tournage au cours de laquelle Busey incarne le désaxé Millard Findlemeyer qui assassine un homme et son fils dans un restaurant texan est donc cauchemardesque pour l’équipe. « Le reste du film a été beaucoup plus facile, parce qu’au lieu de Gary, nous avons travaillé avec le biscuit » (2), confesse Band.

L’attaque du biscuit tueur !

Comment le tueur se transforme-t-il en bonhomme en pain d’épices psychopathe ? Manifestement indécis, le scénario se perd dans une triple explication confuse. A priori, cette métamorphose survient à cause d’un sort jeté par la mère du tueur, qui a mêlé ses cendres à de la farine de pain d’épice et l’a déposée dans la boulangerie de la famille Leigh. Mais une autre explication survient plus tard dans le métrage : le sang d’un des employés s’écoule par accident dans la pâte et provoque une étrange réaction en chaîne. Puis c’est carrément un éclair à la Frankenstein qui frappe le four en train de cuire le bonhomme en pain d’épices. Le petit monstre est une marionnette conçue par John Carl Buechler. Son animation extrêmement limitée ne lui permet malheureusement pas de faire grand-chose, à part surgir ici et là en s’agitant modérément. C’est pourtant l’un des personnages les plus convaincants du film. Car à l’exception de Robin Sydney, qui tente tant bien que mal de mettre un peu de conviction dans son jeu, les acteurs jouent tous plus mal les uns que les autres, de la mère alcoolique à la rivale écervelée en passant par le businessman au chapeau de cowboy, le petit ami « bad boy » ou le « boulanger catcheur ». Très court (à peine plus d’une heure), le film semble pourtant très long, tant il est chiche en péripéties, préférant utiliser des dialogues insipides pour faire office de remplissage. Bref, voilà encore un concept amusant gâché par un scénario paresseux et une mise en scène bâclée. Gingerdead Man aura pourtant droit à plusieurs suites et même à un crossover avec la saga Evil Bong.

 

© Gilles Penso

 

(1) Extrait de l’autobiographie de Charles Band « Confessions of a Puppet Master » (2022).

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HENRY, PORTRAIT D’UN SERIAL KILLER (1986)

Le réalisateur John McNaughton nous conte les méfaits banals, quotidiens et atroces d’un tueur en série pulsionnel… Un film choc !

HENRY, PORTRAIT OF A SERIAL KILLER

 

1986 – USA

 

Réalisé par John McNaughton

 

Avec Michael Rooker, Tom Towlers, Tracy Arnold, David Katz, Anne Bartoletti, Kurt Naebig, Ray Atherton, Eric Young, Mary Demas, Anne Bartoletti, Kristin Finger

 

THEMA TUEURS

« Il n’est pas Freddy, il n’est pas Jason… Il est réel ». Cette accroche, écrite en gros sur les posters américains d’Henry, portrait d’un serial killer, dit bien le parti pris adopté par John McNaughton : le réalisme avant tout, loin des codes habituels du slasher et du cinéma d’horreur. Pour son premier long-métrage, le réalisateur souhaite frapper fort, même s’il dispose de moyens très limités. Avec un budget de 110 000 dollars, une caméra 16 mm et des acteurs débutants, McNaughton tourne pendant un mois en s’inspirant des faits sanglants perpétrés par deux tueurs en série ayant vraiment existé, Henry Lee Lucas et Otis Toole. Avec l’accord de ses producteurs Malik B. Ali et Waleed B. Ali, les faits réels sont largement réadaptés pour s’intégrer dans la fiction que McNaughton a en tête. Les conditions de tournage sont si précaires que la plupart des seconds rôles sont interprétés par des amis ou des parents du réalisateur. Les décors sont naturels, les costumes et les véhicules appartiennent aux membres de l’équipe et les figurants dans la rue sont de vrais passants. Michael Rooker lui-même travaille comme concierge lorsqu’il auditionne pour incarner Henry, et c’est son véritable uniforme qu’on voit dans le film. Ce système D permanent stimule la créativité de tous et dote surtout le film d’une patine réaliste qui intensifie très efficacement l’effet d’inconfort voulu par son metteur en scène.

Le tout premier plan suscite déjà le malaise. Une jeune femme semble paisiblement endormie dans l’herbe. Mais plus la caméra recule, plus son regard semble figé. Puis le sang apparaît sur sa poitrine. Elle est nue et rigide. Pas de doute, c’est un cadavre. Changement de plan : une main écrase une cigarette dans un cendrier. Pour Henry, tuer est un geste quotidien comme un autre. Et tandis qu’apparaissent d’autres scènes de crime plus sanglantes et atroces les unes que les autres, avec en guise de bande son les hurlements d’horreur poussés pendant le massacre, Henry vaque tranquillement à ses occupations. Il fume, conduit, écoute la radio, puis se met à guetter les jeunes femmes à la sortie des magasins, sans cesse en quête de nouvelles proies. Chez lui, le meurtre est une pulsion incontrôlable qu’il a tranquillement intégrée dans son rythme de vie. « C’est toujours pareil, et c’est toujours différent », confie-t-il à propos de ses meurtres à Otis Toole, son ancien compagnon de cellule, son actuel colocataire et son futur complice. Henry semble hanté par une enfance martyre au cours de laquelle il aurait été violenté par sa mère. Mais ses souvenirs d’enfance sont flous, contradictoires, au point qu’on en vient à douter de leur véracité. Lorsque Becky, la sœur d’Otis, vient emménager provisoirement avec les deux hommes, la situation se complique…

La mort dans l’âme

La mise en scène brute, granuleuse et crue nous évoque parfois la crudité sans concession du Maniac de William Lustig ou du Driller Killer d’Abel Ferrara. Ces captations presque candides du quotidien d’un tueur ayant définitivement effacé toute notion de bien ou de mal font froid dans le dos parce qu’elles sont justement crédibles, presque palpables. La scène perturbante de l’attaque d’une famille filmée au caméscope annonce quant à elle les fausses images documentaires de C’est arrivé près de chez vous et la vogue future du found footage. Henry, portrait d’un serial killer bouscule donc les habitudes. À une époque où le slasher a tendance à tourner à la caricature, où La Colline a des yeux 2, La Revanche de Freddy, Massacre à la tronçonneuse 2 et Jason le mort-vivant transforment leurs figures d’épouvante en croquemitaines clownesques, John McNaughton remet les choses à leur place et nous montre sans filtre ce qu’est un vrai tueur. Dans le rôle principal, Michael Rooker est parfait. Sa mâchoire carrée, sa silhouette massive, son regard bien enfoncé sous une arcade sourcilière proéminente et son physique brutal s’adaptent à merveille à ce personnage secret et taciturne. Il s’en faudrait de peu que le monstre se laisse attendrir par la présence fragile de la sœur de son meilleur ami. Mais y a-t-il encore un salut possible dans cette âme souillée ? Au-delà de l’onde de choc durable qu’Henry, portrait d’un serial killer a provoqué sur le cinéma de genre en général et l’horreur en particulier, le film aura servi de starting-block aux carrières respectives du réalisateur John McNaughton (Borrower, Mad Dog and Glory, Sexcrimes) et de l’acteur Michael Rooker (La Part des ténèbres, Cliffhanger, Replicant, Horribilis, Les Gardiens de la galaxie). Beau pied à l’étrier pour ces deux artistes talentueux.

 

© Gilles Penso


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RODAN (1956)

Le célèbre ptéranodon géant japonais surgit pour la première fois dans un long-métrage en couleurs extrêmement spectaculaire…

SORA NO DAIKAIJU RADON

 

1956 – JAPON

 

Réalisé par Inoshiro Honda

 

Avec Kenji Sahara, Yumi Shirakawa, Akihito Hirata, Akio Kobori, Yasuko Nakaya, Minosuke Yanada, Yoshibumi Tajima

 

THEMA DINOSAURES

Après Godzilla et Le Retour de Godzilla, la compagnie japonaise Toho décide de mettre à l’honneur un nouveau monstre géant et de lui offrir pour la première fois l’écrin de la couleur, fait encore assez rare au milieu des années cinquante. Pour donner corps à cette créature, le scénariste Ken Kuronuma se laisse inspirer par un incident réel survenu dans le Kentucky en 1948 : un pilote de la garde nationale aérienne y trouva la mort après avoir poursuivi en avion ce qu’il pensait être un OVNI. La première idée est de mettre en scène une sorte d’oiseau géant proche de l’archéoptéryx. Mais l’on se rabat finalement sur une version titanesque du ptéranodon, ce fameux reptile volant au crâne surmonté d’une crête qui sillonnait les cieux du Crétacé. D’où son nom japonais de Radon, diminutif de ptéranodon. Aux États-Unis, on préfère inverser les voyelles dans la mesure où Radon est une marque de savon assez connue à l’époque ! En Occident, la bête s’appelle donc Rodan. Le film s’ouvre sur une incroyable découverte faite par des mineurs japonais dans une galerie : une horde d’insectes géants. Soudain, un ptérosaure gigantesque sort d’un œuf qui vient d’éclore, dévore les insectes et s’envole vers la ville, causant ruines et destructions par le simple battement de ses ailes. Bientôt, un autre ptérodactyle se joint à lui. Des cités entières s’écroulent sur leur passage, soufflées par les ouragans qu’ils provoquent en volant. De ville en ville, la radio signale ces créatures infernales auprès desquelles les avions les plus rapides et les plus puissants s’avèrent inefficaces…

Après avoir supporté le poids du costume de Godzilla, l’acteur Haruo Nakajima entre dans la peau de Rodan, autrement dit un costume de 70 kilos fabriqué sur mesure par l’équipe d’Eiji Tsuburaya. Soutenues par des cordes de piano, les gigantesques ailes du ptérosaure reposent sur une structure en bambou fixée aux épaules de Nakajima. Autant dire que le tournage n’est pas une partie de plaisir, notamment lorsque les grands câbles soutenant l’acteur costumé en monstre se rompent alors que la caméra tourne, l’entraînant dans une chute de plus de sept mètres de haut jusque dans l’eau. Passée la frayeur, tout le monde se frotte les mains : la cascade involontaire a été filmée et rendra très bien sur grand écran ! Pour les plans larges qui doivent montrer Rodan en plein vol, l’acteur déguisé cède la place à plusieurs marionnettes que Tusburaya construit à cinq échelles différentes selon les plans. Quant à l’insecte géant Meganulon, il s’agit d’un costume mécanique de quatre mètres cinquante de long actionné par trois manipulateurs.

Les Ailes de l’enfer

Le scénario de Rodan s’appuie sur une mécanique rigoureusement identique à celle de Godzilla. Le monstre préhistorique est donc réveillé par une explosion nucléaire, sème la panique puis finit abattu par les autorités. La différence majeure réside dans le surnombre de créatures : deux ptéranodons géants, qui tardent d’ailleurs à montrer le bout de leur bec, cédant d’abord la place aux monstrueux insectes probablement inspirés des fourmis géantes de Des monstres attaquent la ville. Selon les séquences, les Rodans s’avèrent plus ou moins convaincants. Si certains passages au cours desquels ils battent péniblement des ailes pour décoller accusent leur nature caoutchouteuse et mécanique, les survols des grandes cités sont de toute beauté, les reptiles traversant alors les cieux avec une grâce indiscutable. EIji Tsuburaya se surpasse dans l’une de ses disciplines préférées : la fabrication de décors miniatures. Tous rivalisent de beauté et de minutie, agrémentés parfois de matte paintings et destinés pour la plupart à des destructions spectaculaires. Pour souligner l’impact de la présence des monstres sur le monde, Inoshiro Honda agrémente son film de nombreuses scènes de congrès, de conférences de presse, de réunions scientifiques et de meetings militaires. Quant à la version américaine du montage – celle qui franchira les frontières jusqu’à chez nous -, elle croit bon d’ajouter une voix off envahissante qui paraphrase l’action et administre même quelques leçons de morale. Il n’empêche que Rodan connaitra un beau succès aux États-Unis, comme dans le reste du monde, et permettra à la Toho de poursuivre allègrement dans la voie festive des films de monstres géants.

 

© Gilles Penso

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HIDEOUS (1997)

De riches collectionneurs excentriques cherchent à récupérer les spécimens biologiques difformes les plus rares… mais certains sont encore vivants !

HIDEOUS !

 

1997 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Michael Citriniti, Mel Johnson Jr, Jacqueline Lovell, Tracie May, Rhonda Griffin, Jerry O’Donnell, Andrew Johnston, Mircea Constantinescu, Alexandru Agarici

 

THEMA FREAKS I PETITS MONSTRES I SAGA CHARLES BAND

Surchargé par ses activités intensives de producteur (son nom est au générique d’une quinzaine de films par an !), Charles Band aime s’octroyer un peu de temps pour passer lui-même derrière la caméra. Le voilà donc à la tête de Hideous, dont le scénario est signé Benjamin Carr (pseudonyme habituel de Neal Marshall Stevens). Heureux de son expérience avec la comédienne Jacqueline Lovell sur le délirant Le Cerveau de la famille, Band décide de l’intégrer au casting du film et profite de l’infrastructure du studio qu’il a créé à Bucarest avec son partenaire roumain Vlad Paunescu (à l’occasion de Subspecies et de ses suites) pour y installer son équipe de tournage pendant deux semaines. Particulièrement original, le scénario de Hideous s’intéresse à deux collectionneurs excentriques et fortunés, le docteur Emilio Lorca (Michael Citriniti, l’un des policiers des Affranchis) et le businessman Napoleon Lazar (Mel Johnson Jr, l’un des mutants de Total Recall). L’impitoyable rivalité qui les oppose est liée à des items très rares dont eux seuls semblent capables de déterminer l’inestimable valeur : des bizarreries animales et humaines qu’ils conservent amoureusement dans des bocaux de formol. Leur principale fournisseuse est Belinda Yost (Tracie May), qui dirige avec poigne la compagnie Medical Specimens Inc.

Lorsque le film commence, un tout nouveau spécimen extrêmement rare vient d’être déniché dans un réservoir de traitement des eaux et récupéré par Belinda. Il s’agit d’une sorte de fœtus au visage double qui attire aussitôt les convoitises. Lazar l’achète au prix fort mais est braqué par Sheila (Jacqueline Lovell), l’assistante de Lorca, qui vole son précieux chargement. Les deux rivaux, leur fournisseuse, son assistante écervelée (Rhonda Griffin) et un détective privé (Jerry O’Donnell) se retrouvent tous dans le château de Lorca pour un règlement de compte en forme de huis-clos qui prend une tournure inattendue. Car quatre spécimens appartenant à Lorca – dont le tout dernier volé à son concurrent – ont brisé les bocaux dans lesquels ils flottaient et se sont échappés ! Ils rôdent désormais dans les recoins du château, bien décidés à ne plus se laisser faire…

Des bêtes baveuses, des seins nus et un masque de gorille

Non content de son postulat démentiel, Hideous collectionne les séquences farfelues qui semblent n’avoir d’autre raison d’être que de ravir les spectateurs et faire parler d’elles. Comment interpréter autrement ce moment « autre » où Jacqueline Lovell, entièrement nue à l’exception d’un minishort, d’une paire de bottines et d’un masque de gorille, menace Mel Johnson Jr avec un pistolet sur une route enneigée et le menotte à un arbre ? Lorsque l’homme lui demande les raisons de cet accoutrement, elle se contente de répondre avec une voix rocailleuse : « je suis libre, je suis fière, je suis une femme ! » Autre passage autant gratuit que mémorable : l’un des petits spécimens difformes et poisseux qui rampe sous les draps d’une femme endormie et entreprend de lui lécher la poitrine en émettant d’étranges borborygmes ! Les petits monstres du film sont des marionnettes conçues et animées par Mark Rappaport. Si leur design se révèle insolite et atypique, leur texture en plastique est assez rapidement identifiable et leurs mouvements sont très limités. Les freaks restent donc la plupart du temps dans l’ombre et ne font finalement pas grand-chose. Le scénariste semble d’ailleurs donner l’impression de ne pas savoir comment développer son concept. Il ne se passe donc plus grand-chose à partir de la première moitié du métrage, et cet Hideous qui s’annonçait si prometteur finit par devenir frustrant faute de péripéties et d’actions dignes de ce nom.

 

© Gilles Penso

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