ULYSSE (1954)

Kirk Douglas incarne le célèbre héros mythologique dans cette épopée fantastico-antique produite par Dino de Laurentiis…

ULISSE / ULYSSES

 

1954 – ITALIE / USA

 

Réalisé par Mario Camerini

 

Avec Kirk Douglas, Silvana Mangano, Anthony Quinn, Rossana Podesta, Daniel Ivernel, Jacques Dumesnil

 

THEMA MYTHOLOGIE

Coproduction entre l’Italie, la France et les États-Unis, Ulysse est l’un de ces projets pharaoniques dont le producteur Dino de Laurentiis avait le secret. Après le désistement à la dernière minute du réalisateur George Wilhelm Pabst, c’est Mario Camerini qui reprend les commandes du film, épaulé de près par le cameraman Mario Bava qui, comme il le fit souvent avant de signer son premier long-métrage Le Masque du démon, assure une coréalisation officieuse. L’histoire commence par les tourments de Pénélope, incarnée par Silvana Mangano, la propre femme de Dino de Laurentiis. Alors que la fidèle épouse d’Ulysse résiste aux assauts d’une meute de prétendants s’abandonnant à la boisson faute de pouvoir la conquérir, un flash-back grandiose nous conte en quelques brèves minutes l’épisode du Cheval de Troie. Puis Ulysse nous apparaît sous les traits défaits et barbus d’un Kirk Douglas naufragé et amnésique. Accueilli à la cour du roi Alicinous (Jacques Dumesnil), tapant dans l’œil de l’ingénue princesse Nausicaa (Rossana Podesta), il montre sa maîtrise de la lutte en affrontant une montagne de muscles face à une foule en liesse. C’est en contemplant la mer que notre héros finit par se souvenir de qui il est et des aventures qui ont précédé son naufrage.

Les épisodes principaux de « L’Odyssée » s’égrènent alors, réinventés à la sauce Cinecitta pour le plus grand plaisir d’un public avide de grands spectacles. Le traitement du drame se révèle très théâtral, avec des révélations aux lourdes conséquences, des confrontations verbales et des répliques souvent gorgées de poésie. La mise en scène élégante de Camerini joue souvent sur les zones d’ombre et de lumière, par la grâce d’une photographie signée par le vétéran Harold Rosson (Le Magicien d’Oz, Quand la ville dort, Chantons sous la pluie). Dès que l’action prend le pas, la théâtralité des dialogues cède alors le pas au dynamisme et à la nervosité. C’est notamment le cas au cours du morceau d’anthologie du film, qui est la rencontre d’Ulysse et de ses hommes avec le gigantesque cyclope Polyphème. La patte de Mario Bava est clairement perceptible dans cette séquence aux effets spéciaux sobres mais efficaces (conçus par Eugène Schuftan). Trucages optiques habiles, perspectives forcées, mains et jambes surdimensionnées, poupées remplaçant les captifs sont autant d’astuces déployées pour mêler les humains et le géant, lequel est incarné avec panache par Umberto Silvestri.

Le cyclope géant et les sirènes invisibles

Si l’épisode des sirènes se montre frustrant (nous nous contentons d’entendre le chant enjôleur des créatures marines sans même avoir la possibilité de les entrapercevoir), le passage situé chez Circé ne manque pas de sel. Le film a en effet la bonne idée de prêter à la redoutable magicienne, muant les hommes en cochons, les mêmes traits que ceux de Penelope, Mangano incarnant à la fois l’épouse modèle et la vile tentatrice. Ce jeu de dédoublement semble vouloir suggérer qu’Ulysse, après tant d’années d’absence, finit par transférer le visage de sa bien-aimée sur celui de ses rencontres féminines. Après maintes péripéties, le retour à Ithaque n’est pas de tout repose. Car pendant que l’intrépide marin grec lutte contre les monstres et les merveilles, l’étau ne cesse de se resserrer autour de Pénélope, dont la horde de prétendants, gorgée de testostérone, piaffe d’impatience en abusant de son hospitalité et commence à montrer des signes d’hostilité. Parmi ces derniers, l’un se détache du lot par son audace, son arrogance et son culot : il s’agit d’Antinoos, incarné à merveille par Anthony Quinn. Ce qui nous donne droit à un affrontement final mouvementé, cerise sur le gâteau d’un spectacle de très haute tenue, l’une des plus belles incarnations à l’écran des récits de la mythologie grecque… du moins jusqu’à ce que Don Chaffey et Ray Harryhausen ne s’en emparent à leur tour avec Jason et les Argonautes.

 

© Gilles Penso

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LE MESSAGER DU DIABLE (1965)

Boris Karloff incarne un patriarche en pleine mutation dans cette adaptation de la nouvelle de H.P. Lovecraft « La Couleur tombée du ciel »…

DIE, MONSTER, DIE !

 

1965 – GB / USA

 

Réalisé par Daniel Haller

 

Avec Boris Karloff, Nick Adams, Suzan Farmer, Freda Jackson, Patrick Magee, Paul Farrell, Terrence de Marney

 

THEMA MUTATIONS I LOVECRAFT

Publiée en 1927, « La Couleur tombée du ciel » est probablement l’une des nouvelles les plus terrifiantes d’H.P. Lovecraft. L’atmosphère cauchemardesque qui s’y développe repose en grande partie sur des abominations indescriptibles. La retranscription à l’écran d’un tel récit était donc une véritable gageure, face à laquelle ne recula pourtant guère le studio AIP, qui se frotta déjà à Lovecraft avec La Malédiction d’Arkham. Pour réaliser Le Messager du diable, on fit appel à Daniel Haller, dont ce fut le premier film en tant que metteur en scène, mais qui œuvra comme directeur artistique sur la plupart des adaptations d’Edgar Poe réalisées par Roger Corman pour AIP, de La Chute de la maison Usher à La Tombe de Ligeia. On ne s’étonnera donc guère de retrouver ici une ambiance, des décors, des personnages et des thématiques très proches du cycle Corman/Poe. L’intrigue initiale, située dans une ferme de la Nouvelle Angleterre, a du coup été transposée dans un vieux château familial au beau milieu de la campagne britannique.

C’est là que débarque un beau jour l’Américain Stephen Rheinhart (Nick Adams), tout heureux de retrouver sa petite amie Susan (Suzan Farmer). Mais il déchante quelque peu en découvrant sa famille. Le père, Nahum Witley (Boris Karloff), est un tyran irascible cloué sur un fauteuil roulant, et la mère, Letitia (Freda Jackson), est enfermée dans sa chambre, souffrant d’un mal étrange. Sans parler des domestiques, guère plus avenants. Helga, la servante, a disparu corps et bien, mais réapparaît nuitamment sous forme d’une silhouette encapuchonnée. Quant au vieux Merwyn, il meurt une nuit en hurlant, laissant derrière lui une étrange traînée noire. L’explication de tous ces mystères réside dans la chute d’une météorite au beau milieu de la lande. La végétation alentour s’étant soudainement développée outre mesure, Nahum Witley décida d’en tirer profit pour raviver ses terres en friche. Mais c’était compter sans les effets secondaires de la pierre. Car les radiations qu’elle émet provoquent bientôt de terrifiantes mutations. Les plantes pourrissent prématurément, les animaux se déforment et les humains son atteint de dégénérescence et de folie meurtrière.

Métal incandescent

Daniel Haller parvient sans trop de mal à installer un climat inquiétant, bénéficiant visiblement de moyens plus conséquents que Corman pour visualiser les horreurs de son scénario. D’où des maquillages horrifiques peu subtils mais très efficaces concrétisant les mutations de la famille Witley, et quelques trucages visuels surprenants, notamment l’ultime métamorphose de Karloff, dont le corps prend la texture d’un métal incandescent. Parmi les séquences les plus mémorables du film, on retiendra surtout la visite dans la serre, où les plantes attaquent Susan et où de monstrueux animaux gémissent dans des cages. Furtivement aperçues, ces horreurs difformes sont bien dignes des récits tourmentés de Lovecraft, mais on ne peut en dire autant du film tout entier, qui échoue majoritairement dans la transposition du texte initial. Au détour du casting, on reconnaît dans le rôle d’un médecin acariâtre Patrick Magee, qui allait crever l’écran six ans plus tard dans Orange mécanique.

 

© Gilles Penso


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UNE QUESTION DE VIE OU DE MORT (1946)

Mort dans un crash aérien, un pilote britannique se retrouve dans l’au-delà où les hautes autorités doivent décider de son sort…

A MATTER OF LIFE AND DEATH

 

1946 – GB

 

Réalisé par Michael Powell et Emeric Pressburger

 

Avec David Niven, Kim Hunter, Robert Coote, Kathleen Byron, Richard Attenborough, Roger Livesey, Raymond Massey

 

THEMA MORT

Cette luxueuse production J. Arthur Rank porte le seau des plus belles œuvres de Michael Powell, co-réalisateur du somptueux Voleur de Bagdad produit par les frères Korda et futur auteur du troublant Le Voyeur. Partageant ici sa chaise de metteur en scène avec Emeric Pressburger (comme il le fera souvent, signant avec lui des œuvres de la trempe du Narcisse noir, des Chaussons rouges ou des Contes d’Hoffmann), il nous livre une délicieuse comédie romantique assumant pleinement son caractère fantastique à travers l’usage d’excellents effets spéciaux visuels et d’immenses décors surréalistes. Après un prologue situé dans l’immensité du cosmos, nous faisons connaissance avec un pilote britannique, le commandant Peter Carter incarné par David Niven. En pleine déroute dans un avion en flammes, il communique avec une opératrice de la RAF prénommée June (Kim Hunter, future Zira de La Planète des singes) et lui avoue qu’il s’apprête à sauter dans le vide sans parachute pour échapper au crash imminent. Émue par son destin sans appel, la jeune fille ne peut réprimer un sanglot, mais le pilote échappe par miracle à une mort certaine.

L’explication de ce prodige est pourtant triviale : les hautes autorités de l’au-delà ont commis une erreur administrative due à une négligence. Carter aurait bel et bien dû périr, et un guide céleste français et maniéré, guillotiné pendant la révolution, vient lui rendre visite pour lui expliquer que son sursis arrive à expiration. Mais Carter proteste. En effet, dans l’intervalle, il est tombé amoureux de June, qu’il a enfin rencontrée en chair et en os. En désespoir de cause, il décide donc de « faire appel ». Aussitôt, un tribunal se réunit dans les cieux pour juger si la date de décès de cet homme doit être reportée ou non. Ce procès surréaliste, auquel assiste une immense foule hétéroclite appartenant à toutes les époques et toutes les nationalités, confronte deux avocats que tout oppose : un médecin britannique, mort peu de temps après avoir sympathisé avec Carter, et un fanatique américain tué par une balle anglaise au 18ème siècle.

« Ça nous manque vraiment, le Technicolor, là-haut ! »

Si le procès prend d’abord les allures d’un match anglo-américain, chacun vantant les mérites de sa propre nation, le véritable enjeu de la joute verbale se profile bientôt : pour avoir droit à un sursis, Carter doit prouver qu’il aime June, et que c’est réciproque. Mais comment prouver l’amour ? Magnifiquement mis en image par le chef opérateur Jack Cardiff, Une question de vie ou de mort dissocie graphiquement les deux mondes ici mis en scène. Si les humains évoluent dans de chatoyantes couleurs saturées à loisir, l’au-delà est serti dans un noir et blanc épuré qui donne toute son ampleur aux éléments de décor surprenants élaborés par le directeur artistique Alfred Junge : un escalator qui s’étend à perte de vue, de colossales statues représentant des célébrités du passé (Lincoln, Socrate, Salomon), un hall d’accueil en forme d’aéroport aseptisé, de vastes toiles de fond en trompe l’œil… Ce qui nous vaut une mémorable réplique prononcée par le guide céleste lors de son arrivée sur Terre : « Ça nous manque vraiment, le Technicolor, là-haut ! » Bref, voilà une fable enlevée, profonde et optimiste, échappant de justesse à une moralisation pesante et teintant d’ironie débonnaire la moindre de ses considérations philosophiques.

 

© Gilles Penso


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LÂCHEZ LES MONSTRES ! (1970)

Vincent Price, Peter Cushing et Christopher Lee partagent l’affiche de ce film d’horreur atypique déclinant le mythe de Frankenstein…

SCREAM AND SCREAM AGAIN

 

1970 – GB

 

Réalisé par Gordon Hessler

 

Avec Vincent Price, Christopher Lee, Peter Cushing, Alfred Marks, Christopher Matthews, Judy Huxtable, Yutte Stensgaard

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Futur réalisateur des Crocs de Satan et du Voyage fantastique de Sinbad, le cinéaste britannique Gordon Hessler signe avec Lâchez les monstres ! un film étrange s’efforçant de marier l’horreur, la science-fiction, l’espionnage, l’enquête policière, la politique-fiction et l’humour noir. Le démarrage de l’intrigue, pour le moins confus, enchaîne des séquences bizarres qui semblent n’avoir aucun rapport les unes avec les autres. Un homme en train de faire son jogging s’évanouit et se réveille dans un hôpital pour découvrir qu’il a été amputé d’une jambe ; des policiers enquêtent sur l’agression sexuelle et le meurtre particulièrement violent d’une jeune femme ; les généraux d’un gouvernement dictatorial non déterminé échafaudent de nébuleuses stratégies ; un homme rencontre une femme dans un night-club et l’assassine ; deux prisonniers tentent de s’évader d’un camp militaire mais sont rattrapés et torturés… Autant dire que dans un premier temps, il est difficile de s’impliquer dans le film, tant le scénario accumule les étrangetés sans s’efforcer de tisser le moindre lien entre ces saynètes insolites. L’effet recherché est manifestement le mystère et la curiosité, mais cette technique narrative s’avère risquée, car la tentation de décrocher est grande face à un récit aussi décousu.

Lâchez les monstres ! commence à captiver vraiment lorsque la police se lance sur les traces d’un tueur qui semble invincible et qui suce le sang de ses victimes. Après une poursuite automobile qui semble faire écho à celle de Bullit (sorti l’année précédente sur les écrans), le meurtrier, fort comme dix hommes, escalade une falaise à toute vitesse, en une séquence surprenante qui n’a rien à envier à Spider-Man. Lorsqu’il est enfin capturé et menotté, il s’arrache carrément la main pour prendre la fuite, avant d’achever sa folle cavalcade en se jetant dans une cuve d’acide. Le scénario n’étant pas l’œuvre de surréalistes adeptes des cadavres exquis, toutes les pièces du puzzle finissent tout de même par s’assembler pour révéler les activités hors normes d’un bon vieux savant fou incarné par Vincent Price, le docteur Browning (dont le nom est un hommage manifeste au réalisateur de Dracula et Freaks).

Les surhommes du docteur Browning

Celui-ci fabrique des êtres composites en assemblant les membres et les organes de donneurs non consentants. Le résultat est censé être une race de surhommes insensibles à la douleur et physiquement parfaits. Mais ces monstres de Frankenstein d’un nouveau genre s’avèrent incontrôlables, et lorsque plusieurs gouvernements se disputent la découverte pour la muer en arme redoutable, Browning déchante carrément. Bien qu’en tête d’affiche, Christopher Lee et Peter Cushing ne font ici que de très brèves et très frustrantes apparitions. Quant à Vincent Price, il n’a droit qu’à une seule scène digne de ce nom, à la toute fin du film. Tout s’explique donc au cours de la dernière bobine, mais entre les spectateurs ayant abandonné le film faute de patience et ceux s’avérant désenchantés par un fin mot de l’histoire arpentant des sentiers maintes fois foulés, Lâchez les monstres ! a toutes les chances de décevoir. Et ce malgré une collection de séquences mémorables, une violence et un érotisme assez crus pour l’époque, et une poignée de comédiens tout à fait convaincants.

 

© Gilles Penso


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SHARK ATTACK (1999)

Suite à un nombre anormal d’attaques de requins mortelles, une enquête révèle que les squales tueurs ont subi des mutations…

SHARK ATTACK

 

1999 – USA

 

Réalisé par Bob Misiorowski

 

Avec Casper Van Dien, Ernie Hudson, Cordell McQueen, Jacob Makgoba, Chris Olley, Paul Ditchfield, Shelley Meskin

 

THEMA MONSTRES MARINS

Spécialisée dans les films de genre à tout petit budget, la firme Nu Image a de grandes ambitions et tente de rivaliser avec les plus grosses productions hollywoodiennes malgré des moyens anémiques. Après la guerre, la science-fiction, l’espionnage et les catastrophes, Nu Image s’est attaqué aux monstres avec ce premier Shark Attack. Là où l’on attendait une énième imitation des Dents de la mer, le film nous surprend avec un scénario certes ni très original, ni très palpitant, mais qui présente au moins le mérite de ne pas emprunter la voie quasi-incontournable tracée par Steven Spielberg. Dans le petit village de pêche africain d’Amanzi, le biologiste Mark Desanti meurt dans d’étranges circonstances, alors qu’il enquêtait sur un nombre anormal d’attaques de requins survenues en l’espace de trois mois. Douze victimes sont en effet tombées sous les mâchoires acérées des squales, soit plus qu’en Australie pendant cinq ans.

Steven McKray, ami et confrère du défunt, décide de poursuivre ses investigations. Il s’allie avec Corinne, la sœur de Mark, et découvre que les requins du coin sont atteints d’encéphalites. Une analyse sanguine révèle qu’une hormone de croissance artificielle leur a été injectée, les conduisant à un appétit insatiable et à une folie meurtrière qui les pousse à chasser de plus en plus près des côtes et non plus au large. L’enquête de Steven et Corinne semble gêner beaucoup de monde à Amanzi, ce qui leur vaut de frôler une mort violente à plus d’une reprise. L’hormone incriminée s’avère être l’œuvre de Miles Craven, chercheur au centre de recherches marines du village. Ce dernier modifie en effet l’anatomie des squales afin d’en tirer un produit miracle censé guérir le cancer, au mépris des nombreux effets secondaires indésirables. Mais la machination est encore plus complexe qu’elle n’y paraît, et le promoteur immobilier Lawrence Rhodes semble en savoir plus qu’il n’en dit…

Un Starship Trooper contre un Ghostbuster

Autour de cette intrigue aux rebondissements fréquents, Bob Misiorowski signe une réalisation efficace, soignant tout particulièrement sa mise en image, les décors naturels étant valorisés par une photographie et des cadrages minutieusement ciselés. Question action, nous avons droit à un raisonnable lot de poursuites de voitures et de bateaux, de cascades en hélicoptère, d’explosions et de fusillades. Quant aux requins, ils proviennent principalement d’images d’archives. Si leurs attaques sont plutôt bien montées, il est rare qu’ils apparaissent en même temps que les êtres humains, à l’exception de l’efficace séquence de la cage sous-marine, seul tribut payé aux Dents de la mer. Casper Van Dien et Ernie Hudson, qui connurent respectivement leur heure de gloire avec Starship Troopers et S.O.S. fantômes, s’acquittent convenablement de leurs rôles de héros intrépide et de financier véreux. Le reste du casting est à l’avenant, fonctionnel et sans éclat. Un double qualificatif qu’on pourrait d’ailleurs attribuer au film tout entier. Shark Attack ne marqua donc pas vraiment les mémoires, mais il se comporta suffisamment bien sur le marché de la vidéo pour initier chez Nu Image la mise en chantier de deux séquelles.

 

© Gilles Penso


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LA MALÉDICTION DE LA MOMIE (1944)

Le monstre à bandelettes du studio Universal fait une cinquième et dernière apparition à l’écran, toujours en quête de son antique bien-aimée…

THE MUMMY’S CURSE

 

1944 – USA

 

Réalisé par Leslie Goodwins

 

Avec Lon Chaney Jr, Virginia Christine, Peter Coe, Kay Harding, Dennis Moore, Martin Kosleck, Kurt Katch, Holmes Herbert

 

THEMA MOMIES I SAGA UNIVERSAL MONSTERS

Les scénaristes d’Universal redoublant d’idées pour ressusciter inlassablement les monstres du répertoire classique, il ne fallait pas faire grand cas de la mort de la momie Kharis et de sa bien-aimée Ananka dans le marécage gluant du Fantôme de la momie. La Malédiction de la momie prend place 25 ans après les événements du film précédent (une aberration chronologique, car si l’on compte tous les sauts temporels narrés depuis La Momie, l’action devrait ici se dérouler dans les années 90 !). Nous sommes dans des bayous volontiers enclins à la superstition. Tante Berthe chante dans un café avec l’accent de Maurice Chevalier, tandis que les autochtones s’émeuvent de la vague de terreur qui se répandra à coup sûr suite à l’assèchement du marais supervisé par l’entrepreneur Pat Walsh (Addison Richards). Missionnés par le musée Scripps, le docteur James Halsey (Dennis Moore) et son assistant égyptien Ilzor Zandaab (Peter Coe) débarquent dans l’espoir de retrouver la momie de Kharis. Mais Zandaab est un fourbe, et il faut reconnaître qu’on le voit venir de loin avec son tarbouch vissé sur le crâne.

Ensuite, c’est la routine habituelle : notre homme gravit les longues marches qui le mènent dans un vieux monastère, en compagnie d’un apprenti nommé Ragheb (Martin Kosleck), revêt la robe et le pendentif des Grands Prêtres d’Arkam, puis nous gratifie d’un flash-back antique emprunté à La Main de la momie, avec Tom Tyler dans le rôle de Kharis. Pourtant, dès que la momie revient d’entre les morts après une revigorante gorgée de jus de tana, c’est à nouveau Lon Chaney Jr qui l’incarne, sous les bandelettes de Jack Pierce. Ananka, pour sa part, prend ici le séduisant visage de Virginia Christie. La séquence de sa résurrection est un des moments forts du film. S’extirpant maladroitement d’une terre encore meuble, elle erre en haillons, le visage blafard, telle un zombie désincarné, puis entre lentement dans un point d’eau pour chasser la boue qui la recouvre. Le jeu de la comédienne et la qualité du maquillage sont pour beaucoup dans l’impact de ce moment d’épouvante surréaliste.

D’entre les morts

Dès lors, Ananka retrouve toute sa jeunesse et sa beauté, et Hasley la prend sous son aile en attendant qu’elle recouvre la mémoire. Hélas, son destin n’est guère enviable, car elle finira momifiée, tandis que Kharis, réduit dans ce film à l’état de simple pantin meurtrier, est aplati sous les décombres du monastère qui s’effondre. Cette mise à mort, la moins flamboyante de toutes, est pourtant définitive, car la série des momies d’Universal s’achève avec ce cinquième volet, avant qu’Abbott et Costello n’en fasse l’objet d’un pastiche. Il est tout de même étrange que les scénaristes n’aient jamais vraiment cherché à s’éloigner des archétypes et des situations déjà vues. Finalement, il y a plus d’innovation dans la première Momie de Karl Freund que dans ses quatre séquelles réunies, ne serait-ce que parce que Boris Karloff quittait bien vite ses bandages pour incarner un monstre plus insidieux et plus complexe qu’un simple succédané égyptien du monstre de Frankenstein.

 

© Gilles Penso


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ASTÉRIX ET OBÉLIX : L’EMPIRE DU MILIEU (2023)

Pour leur cinquième aventure « live », les irréductibles Gaulois prennent les traits de Guillaume Canet et Gilles Lellouche…

ASTÉRIX ET OBÉLIX : L’EMPIRE DU MILIEU

 

2023 – FRANCE

 

Réalisé par Guillaume Canet

 

Avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Jonathan Cohen, Vincent Cassel, Julie Chen, Leanna Chea, Marion Cotillard, Pierre Richard, Ramzy Bedia, José Garcia

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA ASTÉRIX ET OBÉLIX

Si les deux premiers volets de la saga cinématographique Astérix avaient su très correctement emplir les tiroirs caisses, on ne peut pas dire qu’Astérix aux jeux olympiques et Astérix et Obélix : Au service de Sa Majesté aient rameuté les foules. Face à ce constat mitigé, il était clair qu’un renouvellement s’imposait. Anne Goscinny elle-même, fille du grand René en charge de faire fructifier l’œuvre de son père, estimait qu’il était grand temps de rajeunir le casting. Or si le petit Gaulois moustachu avait déjà plusieurs fois changé de visage (Christian Clavier, Clovis Cornillac, Édouard Baer), son comparse ventripotent et bon-vivant avait jusqu’alors invariablement conservé les traits bonhommes de Gérard Depardieu. À 75 ans, il semblait logique que le Cyrano de Rappeneau raccroche le menhir. Le ravalement de façade s’opère à l’initiative de Guillaume Canet qui – une fois n’est pas coutume – n’adapte aucun album de la BD mais écrit un scénario original avec Julien Hervé et Philippe Mechelen : Astérix et Obélix : l’empire du milieu (un terme qui évoque à la fois Star Wars, Le Seigneur des anneaux et bien sûr la Chine elle-même, occasion manifeste de rendre hommage aux films d’arts martiaux dont Alain Chabat se moquait déjà allègrement dans une séquence mémorable de Mission Cléopâtre). Le réalisateur s’octroie le rôle principal aux côtés de son compère Gilles Lellouche, qui a la lourde tâche de nous faire oublier la prestation imposante de Depardieu.

C’est l’inimitable voix off de Gérard Darmon, basse et profonde comme il se doit, qui nous guide dans cette nouvelle aventure. Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ et l’impératrice de Chine (Linh-Dan Pham) est emprisonnée à la suite d’un coup d’État fomenté par Deng Tsin Qin (Bun Hay Mean), un prince félon. Aidée par Graindemaïs (Jonathan Cohen), un marchand phénicien, et par sa fidèle guerrière Tat Han (Leanna Chea), la princesse Fu Yi (Julie Chen), fille unique de l’impératrice, s’enfuit pour demander de l’aide aux irréductibles Gaulois. Voilà pour l’entrée en matière. Or dès les premières minutes, on sent bien que quelque chose cloche. Guillaume Canet, sous le casque d’un Astérix maussade et dépressif, arbore un immuable regard de chien battu. Gilles Lellouche, engoncé dans son costume grossissant, débite ses dialogues avec une voix débilitante et des expressions niaises dans l’espoir de trouver les intonations qui conviendraient le mieux à Obélix. Pierre Richard, sous la défroque du vénérable Panoramix, interrompt brutalement une séquence pour se prêter à un clin d’œil à La Chèvre qui tombe comme un cheveu dans la soupe. Manifestement pas dans son élément, Canet a toutes les peines du monde à trouver la juste tonalité.

« Ne raconte pas de salades à César ! »

Partagé entre l’envie d’apporter du sang neuf à la saga inspirée par Goscinny et Uderzo et celle de retrouver la recette miracle appliquée par Alain Chabat sur Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, Astérix et Obélix : l’empire du milieu multiplie les guest-stars tous azimuts (comédiens, chanteurs, humoristes, footballeurs, youtubeurs) mais cette tendance au remplissage n’a pas plus d’efficacité que le navrant défilé de sportifs qui faisait la queue pendant l’épilogue d’Astérix aux jeux olympiques. La pauvreté des dialogues, le manque d’originalité des gags, les jeux de mots affligeants (« Ne raconte pas de salades à César ! ») et la conviction toute relative des acteurs n’arrangent rien. Ni Vincent Cassel en César malingre, ni Marion Cotillard en Cléopâtre adultère, ni même Jonathan Cohen en faux blond phénicien (qui vole pourtant la vedette à tout le monde, comme souvent) ne parviennent à tirer leur épingle du jeu et à s’extraire du carcan caricatural où les enferme le film. Pour couronner le tout, malgré toute la sympathie que l’on peut éprouver pour Matthieu Chédid, force est de constater que le talentueux chanteur est un bien piètre compositeur de bande originale (discipline dans laquelle Jean-Jacques Goldman avait lui-même montré ses limites avec Astérix et Obélix contre César). C’est donc à un ratage quasi complet que nous convie hélas Astérix et Obélix : la terre du milieu, bien incapable de justifier à l’écran le budget pharaonique de 66 millions d’euros mis à sa disposition.

 

© Gilles Penso

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LES FAUVES MEURTRIERS (1963)

Un directeur de zoo psychopathe se sert de ses animaux sauvages pour éliminer tous ceux qui l’importunent…

BLACK ZOO

 

1963 – USA

 

Réalisé par Robert Gordon

 

Avec Michael Gough, Jeanne Cooper, Rod Lauren, Virginia Grey, Jerome Cowan, Elisha Cook Jr, Marianna Hill

 

THEMA MAMMIFÈRES I SINGES

Les Fauves meurtriers s’ouvre sur une visite de zoo qu’orchestre le facétieux propriétaire des lieux, Michael Conrad, incarné avec une délectation certaine par Michael Gough. Le clou de cette visite est le spectacle de singes savants que dirige son épouse Edna (Jeanne Cooper). Excentrique, Conrad convoque ses fauves dans son salon chaque soir pour leur offrir un concert d’orgue. Mais sous ses airs affables, cet homme est un psychopathe caractériel qui traite son employé muet Carl (Rod Lauren) comme un esclave et se sert de ses animaux comme instruments de vengeance. Ainsi assiste-t-on dès les prémices du film à l’agression d’une jeune fille par un tigre. Plus tard, lorsqu’un promoteur immobilier menace Conrad de le chasser, il ne tarde pas à finir entre les crocs de King, un lion qui obéit au doigt et à l’œil à la voix de son maître. Le sujet des Fauves meurtriers n’est donc pas très éloigné de celui de Konga, dans lequel Michael Gough se débarrassait déjà des importuns à l’aide d’un gorille agressif.

D’ailleurs, parmi les animaux à son service, Conrad garde derrière une cage un grand singe velu (autrement dit un acteur sous une peu convaincante défroque simiesque), lequel sera chargé de tuer sa propre femme après que celle-ci ait été débauchée par un agent artistique pour produire son spectacle de singes dans un grand cirque. Un jour, l’un des gardiens du zoo est agressé par un tigre et se défend en l’abattant in extremis. Furieux, Conrad n’y va pas par quatre chemins et transforme l’imprudent en apéritif pour son lion. S’ensuit une très photogénique séquence d’enterrement dans un cimetière brumeux. On pourrait croire une seconde que c’est l’homme qu’on enterre, mais en fait c’est le tigre. Au cours de ces funérailles surréalistes, Conrad prononce un discours plein d’emphase au beau milieu de ses autres fauves. Autant dire que dans ce type d’exercice, Michael Gough excelle.

Les « vrais croyants »

Mais ce n’est rien à côté de la séquence suivante, au cours de laquelle une congrégation d’adorateurs du règne animal, qui s’autoproclament les « vrais croyants », jouent du tam-tam, psalmodient, se recouvrent d’une défroque de fauve et orchestrent le transfert de l’âme du félin mort dans le corps d’un bébé tigre ! L’indiscutable pouvoir distractif de telles scènes est hélas noyé dans l’indigence d’un scénario filiforme incapable de soutenir bien longtemps l’attention de son spectateur. A tel point que, pour pouvoir s’étirer sur une heure et demie, le récit s’encombre de longueurs tout à fait inutiles, comme les disputes du couple Conrad en plein dîner (il faut dire que la montreuse de singe est quelque peu portée sur la bouteille, ce qui irrite fortement son époux) ou les discussions interminables des policiers s’efforçant sans grande conviction d’élucider cette étrange affaire. Robert Gordon lui-même, dont le seul titre de gloire, Le Monstre vient de la mer, devait beaucoup aux effets spéciaux de Ray Harryhausen et bien peu à l’éclat de sa mise en scène, assure le service minimum, jusqu’à un climax peu palpitant prenant la forme d’un ultime combat sous la pluie entre Conrad et Carl.

 

© Gilles Penso


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LE LOUP DES MALVENEUR (1943)

Dans l’ombre des « Universal Monsters » des années 30/40, le Français Guillaume Radot met en scène une malédiction familiale ancestrale…

LE LOUP DES MALVENEUR

 

1943 – FRANCE

 

Réalisé par Guillaume Radot

 

Avec Madeleine Sologne, Pierre Renoir, Gabrielle Dorziat, Marcelle Géniat, Louis Salon, Michel Marsay, Yves Furet

 

THEMA LOUPS-GAROUS

Le Loup des Malveneur est le premier film de Guillaume Radot, un artisan modeste du cinéma français qui réalisa six autres longs-métrages jusqu’en 1957. Une vieille légende concerne la famille des Malveneur dont un lointain aïeul était supposé se transformer nuitamment en loup. La devise familiale est d’ailleurs « Avec eux, je hurle », ce qui en dit long. Or cette famille semble subir encore de nos jours la malédiction, étant donné que la plupart de ses membres périssent de manière violente. Le dernier des Malveneur, Reginald (Pierre Renoir), n’est pas un être franchement recommandable. Il tue en effet sans le moindre état d’âme plusieurs domestiques (qu’il considère quasiment comme des êtres inférieurs) pour effectuer secrètement des expériences sur le rajeunissement des cellules vivantes, sous les yeux épouvantés de son épouse moribonde Estelle (Marie Olinska). Sa sœur Magda (Gabrielle Dorziat), semble liée à lui par une relation étrange, à la limite de l’inceste, et sa première rencontre avec la jeune gouvernante Monique Valory (Madeleine Sologne) est l’un des moments forts du film, proche de l’atmosphère trouble du Rebecca d’Alfred Hitchcock. Monique est chargée d’éduquer Geneviève, la fillette de cinq ans de Reginald. Mais intriguée par l’étrangeté de la situation, elle décide de mener sa petite enquête, aidée par le peintre en villégiature Philippe (Michel Marsay) avec lequel elle va nouer une idylle…

Ce film curieux, sur lequel semble planer l’ombre des « monster movies » du studio Universal, brasse des thèmes et des sujets d’inspirations diverses : une malédiction très proche de celle du « Chien des Baskerville » (le titre semble d’ailleurs s’y référer), la lycanthropie, le savant fou, le mystère policier, le château hanté… Hélas, le résultat suscite un ennui profond, pas vraiment à cause du mauvais agencement de ses multiples références, mais plutôt du fait de la désinvolture du film lui-même. Les personnages, interprétés par de bien fades comédiens, sont terriblement transparents, l’intrigue manque singulièrement de clarté (comme si le montage avait omis des scènes significatives), et l’angoisse mêlée de suspense qu’aurait dû dégager cette histoire de morts et de disparitions dans un château maudit voit son potentiel anéanti par une légèreté de ton assez malvenue.

Un faux classique

La direction artistique elle-même manque singulièrement de caractère et de recherche esthétique (malgré un générique prometteur dont le titrage est calqué sur celui des Frankenstein des années 30), et le loup-garou dont il est question dès les prémices ne pointe jamais vraiment le bout de son museau velu. Le spectateur n’aura donc pas la moindre métamorphose à se mettre sur la dent. C’est d’autant plus dommage que le scénario de Francis Vincent-Bréchignac portait en son sein toutes les composantes possibles d’un passionnant film d’horreur doublé d’une satire sociale s’attaquant aux arrogances de l’aristocratie. Faute d’effets spéciaux dignes de ce nom, Guillaume Radot aurait pu s’appuyer sur des effets de suggestion hérités de Jacques Tourneur (La Féline, Vaudou, L’Homme léopard), mais même cette approche est écartée. Le Loup des Malveneur reste donc une œuvre très mineure, malgré ses allures de classique.

 

© Gilles Penso


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NANNY McPHEE (2005)

Emma Thompson entre dans la peau revêche d’une mystérieuse garde d’enfants qui a tous les attributs d’une sorcière…

NANNY McPHEE

 

2005 – GB / USA / FRANCE

 

Réalisé par Kirk Jones

 

Avec Emma Thompson, Colin Firth, Kelly Macdonald, Thomas Sangster, Eliza Bennett, Jennifer Rae Daykin, Raphael Coleman

 

THEMA CONTES

Il aura fallu neuf ans à la comédienne Emma Thompson et à la productrice Lindsay Doran pour récupérer les droits des trois romans « Chère Mathilda », « Chère Mathilda s’en va-t-en ville » et « Chère Mathilda aux bains de mer », signés Christianna Brand, et pour les synthétiser en un scénario susceptible de donner naissance à un long-métrage digne de ce nom. S’il semble surfer sur la vogue Harry Potter, Nanny McPhee est donc en réalité la concrétisation d’un rêve de longue date fomenté par deux fructueuses collaboratrices (Thompson et Doran œuvraient déjà ensemble sur Dead Again et Raisons et sentiments). Confié à Kirk Jones, réalisateur de spots publicitaires qui se fit remarquer avec son premier long-métrage Vieilles canailles en 1998, Nanny McPhee met en vedette Colin Firth dans le rôle de Cedric Brown, un veuf chargé de veiller sur ses sept enfants. Garnements impénitents, les charmants bambins ont déjà fait fuir dix-sept nounous et leur père, débordé, ne sait plus à qui les confier. Jusqu’à ce qu’une voix mystérieuse ne l’incite à engager Nanny McPhee, une femme revêche, autoritaire et franchement hideuse, à qui Emma Thompson donne corps sous un maquillage pas vraiment subtil de Peter King.

Peu à peu, il s’avère que cette garde d’enfants pas comme les autres est dotée de pouvoirs magiques. S’agit-il d’une sorcière, comme semble l’indiquer son apparence et ses manières acariâtres, ou plutôt d’une fée se camouflant sous une défroque de Carabosse (sa laideur s’effaçant au fur et à mesure que l’intrigue avance) ? Tandis que les enfants Brown tentent de lui en faire voir de toutes les couleurs, leur père doit se plier à un ultimatum inattendu : s’il ne veut pas que l’affreuse tante Adélaïde (Angela Lansbury, hilarante) ne le sépare de sa progéniture, il doit trouver une épouse dans les plus brefs délais… Certes, le rythme est enlevé, les comédiens attachants et les séquences d’effets spéciaux plutôt réussies (le cheval qui parle, les différentes bestioles que les enfants utilisent pour faire fuir leurs belles-mères potentielles). Mais Nanny McPhee exhale un sérieux parfum de déjà-vu qui nuit considérablement à son charme.

L’anti-Mary Poppins ?

De prime abord, on pourrait croire avoir affaire à un anti Mary Poppins, dans la mesure où le personnage éponyme est laid, méchant et antipathique, donc tout le contraire d’une Julie Andrews chantant sous son parapluie. Mais en réalité, le message est exactement le même (en gros, « soyez sages les enfants, et écoutez bien vos parents »), et le happy end de Nanny McPhee s’avère même dix fois plus moralisateur que chez Walt Disney. « De toutes mes musiques de films, Nanny McPhee fut probablement la plus difficile à écrire », nous raconte le compositeur Patrick Doyle. « D’abord parce que la bande originale d’une comédie est un exercice très difficile, ensuite parce que ce film comporte énormément de musique, et enfin parce que je n’ai eu que deux semaines et demie pour tout composer. Sans compter les incessants changements d’avis des responsables de la production. J’étais sous tension permanente. La qualité de ma musique en a sans doute souffert. » (1) A vrai dire, ce travers semble s’étendre au film tout entier. Dommage, l’initiative était plutôt sympathique.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2007

 

© Gilles Penso

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