LES CRÉATURES DE L’AU-DELÀ (1993)

Trois jeunes et jolies extra-terrestres qui s’ennuient sur leur planète partent en escapade dans l’espace et se crashent sur la Terre…

BEACH BABES FROM BEYOND

 

1993 – USA

 

Réalisé par David DeCoteau

 

Avec Joe Estevez, Don Swayze, Joey Travolta, Burt Ward, Jackie Stallone, Linnea Quigley, Roxanne Blaze, Tamara Landry, Nicole Posey, Michael Todd Davis

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA CHARLES BAND

En 1993, le producteur Charles Band décide d’ajouter deux labels à sa compagnie Full Moon. Le premier, Moonbeam, sera consacré aux films destinés aux enfants, avec de gentils petits dinosaures (Prehysteria) et autres créatures fantastiques amicales (Le Château du petit dragon). Le second, Torchlight, est au contraire destiné à un public adulte et averti, puisqu’il consiste à déguiser en films d’horreur ou de science-fiction des bandes érotiques peuplées de jolies filles exemptes de la moindre pudeur. Les Créatures de l’au-delà est le premier titre officiel de cette série. Au-delà de l’atout de charme, Band prépare une campagne marketing hors pair en affichant fièrement sur le matériel promotionnel du film : « Travolta, Estevez, Swayze et Stallone réunis pour la première fois à l’écran ! » Ce slogan accrocheur semble surréaliste, et pourtant il n’est pas mensonger… du moins pas totalement. Les Créatures de l’au-delà comporte en effet dans son casting tous ces noms, même si les prénoms ne sont pas vraiment ceux qu’on imagine. Il s’agit de Joe Estevez (l’oncle d’Emilio), Don Swayze (le frère de Patrick), Joey Travolta (le frère de John) et Jackie Stallone (la mère de Sylvester). Il suffisait d’y penser !

Le générique de début donne le ton : une femme se douche langoureusement au ralenti, aux accords d’une musique langoureuse de Reg Powell, tandis que la caméra du réalisateur David DeCoteau s’attarde en gros plan sur tous les détails anatomiques à sa portée. D’emblée, nous comprenons que le scénario du film ne sera qu’un prétexte pour collecter ce genre de séquence. Nous voici bientôt en présence de Xena (Roxanne Blaze), Sola (Nicole Posey) et Luna (Tamara Landry), trois jeunes et jolies extra-terrestres qui s’ennuient sur leur planète. Elles empruntent donc sans permission le vaisseau T-Bird des parents de l’une d’entre elles et traversent l’espace. Mais personnes n’a pensé à vérifier le niveau du carburant (c’est ballot !) et leur engin s’écrase sur la planète Terre, plus précisément sur une plage californienne où elles s’apprêtent à découvrir la vigueur des mâles de notre planète…

Travolta, Estevez, Swayze et Stallone !

Ce récit filiforme avance à pas de fourmi, car le montage enchaîne principalement des scènes clippées souvent interminables de danse en maillot sur le sable, de rêves érotiques torrides, de séances photo topless, d’accouplements au ralenti… Bref, c’est un véritable catalogue qui semble s’être échappé des pages glacées des magazines masculins. C’est sexy et charmant tout plein, certes, mais pas follement palpitant. DeCoteau nous rappelle son passé dans le cinéma pornographique des années 80, dont il détourne les codes pour les réadapter à l’érotisme « chic » de la décennie suivante. Nos jolies extra-terrestres ne font donc rien de très intéressant dans le film, à part se laisser séduire par trois garçons sympathiques et participer à un concours de bikini pour aider le sympathique oncle Bud (tonton Estevez) à garder sa maison sur la plage. Recrutée à la dernière minute pour incarner une antagoniste peu convaincante, la scream queen Linnea Quigley (Le Retour des morts-vivants) avouera être affligée par le résultat final, malgré son attachement de longue date à David DeCoteau. Ce dernier, pas très fier du film non plus, le signera sous le pseudonyme d’Ellen Cabot.

 

© Gilles Penso

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DUMBO (2019)

Tim Burton réinvente le classique de Disney en réunissant les deux acteurs vedettes de son mythique Batman le défi

DUMBO

 

2019 – USA

 

Réalisé par Tim Burton

 

Avec Colin Farrell, Eva Green, Michael Keaton, Danny DeVito, Alan Arkin, Nico Parker, Finley Hobbins, Lars Eidinger, Joseph Gatt, Douglas Reith

 

THEMA MAMMIFÈRES I CONTES I SAGA TIM BURTON

Si Tim Burton s’était déjà amusé à revisiter sous forme d’un film « live » l’un des classiques animés des studios Disney, en l’occurrence Alice au pays des merveilles, sa version n’était pas un remake du film de 1951 mais plutôt une variante imaginant les événements survenus après le récit original. Le cas de Dumbo est différent, puisque cette fois-ci nous avons affaire à une relecture assumée du célèbre cartoon réalisé en 1941 par Ben Shapersteen. La démarche est donc la même que celle du Livre de la jungle de Jon Favreau ou de La Belle et la Bête de Bill Condon. À ce jeu, le public ne pouvait qu’être méfiant, d’autant que l’Alice de Burton ne brillait déjà pas par la pertinence de ses choix narratifs. Le scénario de ce nouveau Dumbo est signé Ehren Kruger, un auteur pour le moins éclectique à qui nous devons pèle mêle Scream 3, Le Cercle, Les Frères Grimm ou Ghost in the Shell. Pour la direction artistique, Burton s’appuie sur l’un de ses plus fidèles collaborateurs, en l’occurrence le designer Rick Heinrichs qui reste fidèle au style du cinéaste tout en évitant les signatures esthétiques trop attendues. L’une de ses sources d’inspiration majeures est l’œuvre du peintre Edward Hooper. Afin de pouvoir contrôler tous les aspects visuels de son film et lui donner une patine féerique, Burton opte pour un tournage intégralement en studio, y compris pour les extérieurs. Dumbo est donc filmé sur les plateaux de Pinewood et à l’aérodrome de Cardington.

Le scénario de Kruger prend place en 1919 dans le Missouri. Nous sommes donc au lendemain de la guerre (et accessoirement un siècle avant la date de réalisation du film). Revenu du front amputé d’un bras, Holt Farrier (Colin Farrell), ancien cavalier de cirque, revient sous le chapiteau dirigé par le vénérable Max Medici (Danny DeVito). Mais en son absence le cirque a fait faillite et les chevaux ont été vendus pour éponger les dettes. Holt se retrouve alors chargé de garder les éléphants. Parmi ces derniers se trouve Madame Jumbo, une femelle d’Asie sur le point de donner naissance à son rejeton. Lorsque ce dernier vient au monde, Holt lui découvre des oreilles incroyablement grandes. Max tient à camoufler ces appendices disproportionnés. Mais le secret ne pourra pas être gardé éternellement. A partir de là, l’intrigue rejoint celle du dessin animé de 1941 lui-même inspiré du livre d’Helen Aberson et Harold Pearl. Mais chacun se souvient du Dumbo original, plein de charme mais volontairement économe en rebondissements. Celui de Tim Burton tient à aller plus loin, réservant de fait un certain nombre de surprises aux spectateurs.

Éléphantastique

Loin des remakes serviles de La Belle et la Bête ou d’Aladdin, le Dumbo de Burton s’affirme comme une très belle réinterprétation d’un des « Disney Classics » les plus appréciés par les fans de la première heure. De ce point de vue, ceux qui pouvaient émettre des doutes légitimes sont rassurés. Le réalisateur de Beetlejuice et Edward aux mains d’argent retrouve la fibre poétique et la naïveté enchanteresse qui lui firent souvent défaut au cours des années 2000. Difficile de ne pas savourer cette nouvelle confrontation de Michael Keaton et Danny de Vito, inversant ici les rôles de bon et de vilain qu’ils tenaient dans Batman le défi 27 ans plus tôt. Burton leur adjoint l’une de ses actrices fétiches du moment, Eva Green (Dark Shadows, Miss Peregrine) et en tête d’affiche un nouveau venu dans son univers, Colin Farrell, qui s’avère impeccable (remplaçant au pied levé Will Smith parti jouer dans Bad Boys for Life). Les deux enfants vedette sont tout aussi parfaits, notamment Nico Parker dont le visage rond et les grands yeux semblent avoir été dessinés par Tim Burton lui-même. Bien sûr, la star du film reste l’éléphanteau aux grandes oreilles. Son design est une grande réussite (rarement yeux numériques furent aussi expressifs) et quelques choix de mise en scène audacieux permettent aux spectateurs d’adopter la vue subjective de Dumbo pendant le numéro des clowns ou de vivre une variante de la fameuse séquence psychédélique du cartoon original. La somptueuse bande originale de Danny Elfman ne gâche rien. Au passage, le réalisateur se permet de dresser un portrait au vitriol de l’empire Disney. Il peut sembler incroyable que la maison de Mickey l’ait laissé à ce point mordre la main qui le nourrissait ! Ce n’est pas l’un des moindres charmes inattendus de ce Dumbo « live ».

 

© Gilles Penso

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SUBSPECIES (1991)

Un vampire blafard aux doigts griffus et son armée de démons miniatures tiennent la vedette de cette série B tournée en Roumanie…

SUBSPECIES

 

1991 – USA

 

Réalisé par Ted Nicolaou

 

Avec Angus Scrimm, Anders Hove, Irina Movila, Laura Mae Tate, Michelle McBride, Ivan J. Rado, Mara Grigore, Adrian Valcu, Michael Watson, Lili Dumitrescu

 

THEMA VAMPIRES I DIABLE ET DÉMONS PETITS MONSTRES I SAGA SUBSPECIES I CHARLES BAND

Après le lancement officiel de sa compagnie Full Moon avec le premier opus de la saga Puppet Master, Charles Band cherche le moyen de produire rapidement toute une foule de nouveaux films de genre à petit budget, pour retrouver la frénésie créative qui animait sa société précédente Empire Pictures. La rencontre avec le producteur roumain Ion Ionescu va s’avérer déterminante pour son nouvel opus, un film de vampires baptisé Subspecies. Profitant des infrastructures d’un grand studio de cinéma à Bucarest, Band transporte son équipe sur place et laisse les commandes à Ted Nicolaou. Monteur de nombreux longs-métrages pour Band (Tourist Trap, Le Jour de la fin des temps, L’Alchimiste, Ghoulies, Future Cop, Zone Troopers), ce dernier réalisa également pour lui l’un des segments du Maître du jeu et l’excentrique TerrorVision. Il s’agit donc d’un homme de confiance. Sa détermination ne sera pas superflue pour lutter contre tous les obstacles semés sur son chemin : un équipement de tournage déficient, des conditions météorologiques complexes, la barrière de la langue… « Héros » de Subspecies, le maléfique vampire Radu (Anders Hove) revient dans sa ville natale de Prejnar, en Transylvanie, après avoir passé des années d’exil. Son maquillage blafard aux traits creusés est outrancier et ses doigts griffus exagérément longs, inspirés de toute évidence de ceux de Nosferatu. Ce maquillage peu subtil est l’œuvre de Greg Cannom, qui créera pourtant un an plus tard les excellents effets spéciaux cosmétiques du Dracula de Coppola (dont il « empruntera » d’ailleurs un costume pour le Meridian de Charles Band).

Radu réclame le pouvoir auprès de son père (Angus Scrimm, en tête d’affiche alors qu’il n’apparaît que quelques minutes à l’écran), qui refuse et l’emprisonne dans une cage. Le vampire s’arrache alors quatre doigts qui, en tombant au sol, se transforment en minuscules créatures maléfiques. Ce sont les fameux Subspecies qui donnent leur nom au film et qui ne sont pas sans évoquer les petits démons de The Gate. Sauf qu’ici, leur look est différent. Ils sont rouges de la tête aux pieds, possèdent des pieds griffus, des bras musclés et exagérément longs, ainsi qu’un visage de gargouille affublé de bajoues ridées, de grosses arcades sourcilières, de cornes diaboliques et de grands yeux brillants. Pour donner vie à ces petits démons, Band opte pour la même technique que The Gate : des danseurs dans des costumes de monstres filmés dans des décors surdimensionnés, avec quelques effets de perspective forcée. Mais en découvrant les rushes, toute l’équipe déchante. « C’était inutilisable », se souvient Charles Band. « Incroyablement ridicule, absurde et à mourir de rire. On aurait dit des versions miniatures des danseurs d’Elton John. Je voulais des diablotins terrifiants et maléfiques. A la place, j’ai eu des mini-clowns ! » (1)

Stop-minions

Le plus logique aurait été d’abandonner cette idée de petits monstres, que Ted Nicolaou n’appréciait d’ailleurs pas particulièrement. Mais Charles Band, fidèle à ses habitudes, avait vendu le film et le poster avant même le premier tour de manivelle. Et sur le poster, il y avait les Minions. La seule solution viable est donc la stop-motion, grâce au savoir-faire du talentueux David Allen (familier des productions Band avec des films tels que Rayon laser, Le Jour de la fin des temps, Le Maître du jeu, Dolls, Robot Jox et Puppet Master). Les créatures sont de jolies réussites, même si elles sont très maladroitement incrustées dans les arrière-plans. Malgré l’extrême pauvreté des effets optiques et le fait que ces charmantes bestioles n’aient pas grand-chose d’intéressant à faire dans le film à part déambuler d’un endroit à l’autre comme le petit monstre bipède de Piranhas, les effets spéciaux de David Allen constituent à peu près le seul intérêt de ce Subspecies, qui se contente de broder besogneusement une intrigue archi-convenue sur le thème éculé du vampirisme. On note malgré tout une belle photographie de Vlad Panescu, qui s’amuse à faire glisser sur le sol l’ombre de Radu, et l’intégration intéressante de percussions et de chœurs ethniques dans la bande originale synthétique co-écrite par quatre compositeurs. Subspecies marquera le point de départ d’une longue franchise, presque aussi fructueuse que celle de Puppet Master.

 

(1) Extrait de l’autobiographie de Charles Band « Confessions of a Puppet Master » (2022).

 

© Gilles Penso

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AFTER EARTH (2013)

Will Smith et Jaden Smith incarnent un père et son fils plongés dans une Terre futuriste revenue à l’état ptimitif, sous la direction de M. Night Shyamalan…

AFTER EARTH

 

2013 – USA

 

Réalisé par M. Night Shyamalan

 

Avec Will Smith, Jaden Smith, Sophie Okonedo, Zoe Kravitz, Glenn Morshower, Kristofer Hivju, Sacha Dhawan, Chris Geere, Diego Klattenhoff, David Denman

 

THEMA FUTUR I SAGA M. NIGHT SHYAMALAN

After Earth fait office d’exception dans la filmographie de M. Night Shyamalan. C’est en effet la première fois que le cinéaste travaille sur commande à partir d’un scénario qui n’est pas de lui. L’idée originale du film vient de Will Smith, qui confie l’écriture du scénario à Gary Whitta. Au départ, le récit est celui d’un adolescent traversant la forêt pour secourir son père après un accident de voiture. Mais au fil des réécriture, le concept est relocalisé dans un cadre de science-fiction futuriste. Et c’est là que Shyamalan entre en jeu, embauché par Smith qui admire son travail et rêve depuis longtemps de travailler avec lui. Le réalisateur met son grain de sel dans le scénario afin de se l’approprier, puis cède la place à Stephen Gaghan et Mark Boal qui ajoutent leurs touches personnelles. Pour Smith, à la fois producteur et acteur principal, After Earth est une nouvelle occasion de jouer avec son fils Jaden, après A la recherche du bonheur en 2006. Pour Shyamalan, c’est un moyen intéressant d’aborder la sortie de l’enfance. « J’ai gardé en mémoire cette période particulière de l’enfance où vous arrêtez de croire à la magie, où vous commencez à voir le monde comme les adultes le voient », raconte-t-il. « C’est un moment très triste. Je me souviens avoir ressenti ça. Depuis, je n’ai jamais cessé de lutter contre ce sentiment. L’une des manières de mener cette bataille est de continuer à regarder le monde comme les enfants le voient. D’où ma tendance à écrire des rôles importants pour de jeunes comédiens. » (1)

Nous sommes en l’an 3071 et le bilan n’est pas folichon. Comme on pouvait s’y attendre, la dégradation environnementale de la Terre l’a rendue inhabitable, poussant ses habitants à partir s’installer sur une autre planète, Nova Prime. Mais il y a un problème de taille sur cette nouvelle terre d’asile : les Ursas. Ces créatures aveugles sentent la peur chez les humains et les massacrent impitoyablement. Le seul moyen de leur échapper est de parvenir à « effacer » sa peur, un domaine dans lequel le ranger Cypher Raige (Will Smith) est passé maître. Ce dernier part en mission spatiale avec son fils Kitaï (Jaden Smith) afin de faire des expériences sur un spécimen d’Ursa. Hélas, une pluie d’astéroïdes provoque le crash de leur vaisseau sur la planète Terre, désormais en quarantaine. L’Ursa s’est échappé et tout l’équipage est mort à l’exception du père et du fils. Mais le ranger a les jambes cassées et ne peut plus bouger. Il confie donc à Kitaï la mission de traverser la jungle hostile de la planète pour partir retrouver une balise qui permettrait d’appeler les secours.

La tête et les jambes

Par l’entremise de splendides effets visuels, After Earth nous offre le spectacle inédit d’une Terre au sein de laquelle la nature aurait repris ses droits. La première vision grandiose des plaines emplies de troupeaux en liberté et de cieux traversés par des milliers d’oiseaux amène un constat sans appel : notre planète se porte bien mieux sans les terriens. Elle est sauvage, inhospitalière, traversée par des périodes de grand froid, toxique par endroit, mais libérée du joug humain. Dans ce cadre primitif imprévisible s’installe une relation complexe entre un père et son fils, un sujet qui semble tout droit échappé de la filmographie de Steven Spielberg. D’autant qu’ici, l’enfant doit agir comme un adulte pour survivre. Dans ce duo improvisé, le père est la tête et le fils les jambes. Tous deux sont en contact audio et vidéo permanent. Cypher voit et entend tout ce que fait Kitaï. Il le guide, l’assiste, le conseille, le fils se laissant guider par la voix rassurante de son père. Will Smith joue sur un registre dénué d’émotion – dicté par la nature de son personnage – mais non sans subtilité, car on sent bien que le ranger qu’il incarne les réfrène. Jaden Smith, au contraire, incarne le « chien fou » qui rêverait de bénéficier d’autant de self-control que ce père modèle. Le spectateur sent pourtant que c’est justement sa capacité à s’émouvoir qui sauvera Kitaï. Cette mission est bien sûr un voyage initiatique. Lorsque tout contact sera coupé entre ces deux êtres, l’enfant sera bien forcé de couper le cordon, livré soudain à lui-même et à son libre arbitre. After Earth développe donc des thématiques passionnantes, au sein d’un univers sauvage servi par une direction artistique de premier ordre. Le film sera pourtant un échec cuisant au box-office, poussant M. Night Shyamalan à se tourner vers des projets plus modestes et plus personnels.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2015

 

© Gilles Penso


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PROJET WOLF HUNTING (2022)

Un film d’action coréen ultra-violent qui bascule soudain dans l’horreur et la science-fiction en éclaboussant l’écran de litres de sang…

NEUKDAESANYANG

 

2022 – CORÉE

 

Réalisé par Kim Hongsun

 

Avec Seo In-guk, Jang Dong-yoon, Choi Gwi-hwa, Park Ho-san, Jung So-min, Ko Chang-seok, Jang Young-nam, Sung Dong-il, Son Jong-hak, Lee Sung-wook

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Jusqu’alors, le nom de Kim Hongsun n’avait pas beaucoup retenu l’attention. Faiseur compétent de films de genre coréens volontiers portés sur l’action et le suspense, il s’était essayé à l’horreur en 2019 avec Metamorphosis sans pour autant faire couler beaucoup plus d’encre. Pour son cinquième long-métrage, le cinéaste décide de passer à la vitesse supérieure en imaginant un film au concept fort et à la violence exacerbée. Sa première source d’inspiration semble avoir été Les Ailes de l’enfer de Simon West, la fameuse production de Jerry Bruckheimer qui consacré Nicolas Cage comme star de cinéma d’action dans la foulée de The Rock. Du blockbuster de West, Kim Hongsun reprend l’idée d’un huis-clos dans lequel se retrouvent embarquée une horde de malfrats, de criminels et de psychopathes. Il remplace simplement l’avion par un cargo. Son idée complémentaire est d’adopter une tonalité extrêmement nerveuse et brutale et de greffer à l’histoire un élément de science-fiction décuplant en cours de métrage le sentiment d’oppression et de danger. C’est ainsi que se bâtit le scénario du Projet Wolf Hunting, que Kim Hongsun écrit lui-même. Pour brouiller davantage les cartes et sortir des sentiers battus, le réalisateur choisit dans le rôle de l’un des personnages les plus sadiques et les plus désaxés du film une superstar glamour de la pop coréenne, l’éphèbe ténébreux Seo In-guk.

Après qu’une extradition de criminels de Manille a été perturbée par un attentat suicide à l’aéroport (qui permet au film de démarrer de manière explosive), les autorités décident que le prochain groupe de détenus doit être transporté par la mer. Sous une garde lourdement armée, les dangereux condamnés sont menottés à bord d’un cargo. Meurtriers, mafieux, trafiquants, chefs de gangs, ils rivalisent tous de vilénie et de vices et nous sont présentés comme de véritables bombes à retardement. Très tôt, le spectateur sait que la situation s’apprête à dégénérer. La tension est palpable, parfaitement saisie par la caméra de Kim Hongsun. Lorsque les prisonniers s’unissent dans une tentative d’évasion coordonnée qui se transforme rapidement en émeute sanglante, l’ultra-violence s’invite sans retenue. Mais quand l’intrigue bascule subitement dans le fantastique, le gore éclabousse les écrans avec une vigueur accrue. Désormais, c’est par hectolitres que le sang se met à couler au fil de scènes de plus en plus hardcore…

Le bateau de la mort

Le carnage impitoyable qui se déclenche à bord du navire semble ne vouloir épargner personne, tant et si bien qu’il devient rapidement impossible de savoir qui va survivre et quelle sera la tournure des événements. Les notions mêmes d’antagonistes et de protagonistes ne cessent de se redéfinir en cours de route. Lorsque la situation vire au cauchemar sans issue, l’un des rescapés – provisoire ? – a le mot juste : « si ce n’est pas l’enfer, alors je ne sais pas ce que c’est. » La prodigieuse efficacité des effets gore s’appuie sur des effets spéciaux 100% physiques, à l’ancienne. Des prothèses, des maquillages spéciaux, des faux membres, des corps en mousse de latex et 2,5 tonnes de faux sang (selon les calculs du réalisateur) sont sollicités pour les besoins du film. Et ça se voit ! L’argument fantastique évoque Le Retour des morts-vivants et Re-Animator mais en évacuant toute forme d’humour, si l’on excepte cette euphorie burlesque qui finit par jaillir de manière presque incontrôlable face aux passages horrifiques les plus exubérants. D’autres références apparaissent au cours du récit, comme cette vision infrarouge de la créature qui semble empruntée à Predator. Mais plus que les allusions cinématographiques, c’est au cœur même de l’histoire de la Corée et de ses blessures que Le Projet Wolf Hunting semble puiser sa rage et sa folie destructrice. Le scénario se réfère en effet aux camps d’expérimentation humaine mis en place par les Japonais pendant la seconde guerre mondiale. De fait, la bête terriblement sanguinaire qui se déchaîne en deuxième partie de métrage se révèle elle-même une victime des horreurs de la guerre, une sorte de monstre de Frankenstein pathétique en révolte contre ses créateurs et par extension contre l’humanité entière. Ce n’est pas le moindre attrait de ce festival d’hémoglobine et de fureur dont la fin très ouverte semble vouloir appeler une suite.

 

© Gilles Penso


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CANNIBAL WOMEN (1989)

Une scientifique féministe est envoyée dans la jungle par le gouvernement américain pour tenter de raisonner une tribu de femmes cannibales…

CANNIBAL WOMEN IN THE AVOCADO JUNGLE OF DEATH

 

1989 – USA

 

Réalisé par J.F. Lawton

 

Avec Shannon Tweed, Bill Maher, Karen Mistal, Adrienne Barbeau, Brett Stimely, Barry Primus, James MacKrell, Paul Ross, Vicky Varner

 

THEMA CANNIBALES I EXOTISME FANTASTIQUE I SAGA CHARLES BAND

Après la chute de son ambitieuse compagnie Empire, le producteur Charles Band entend bien se ressaisir. L’une de ses premières décisions est de s’associer avec la division vidéo de Paramount pour bénéficier de leur large réseau de distribution et de marketing. Charge à lui de proposer des concepts alléchants susceptibles d’alimenter le marché alors florissant des séries B « direct-to-video ». L’un des premiers titres qu’il propose est autant invraisemblable que prometteur : Cannibal Women in the Avocado Jungle of Death (autrement dit « Les Femmes cannibales dans la jungle mortelle des avocats ») ! Conçu autant comme un film d’aventure burlesque que comme une comédie satirique se jouant des clichés féministes et machistes, Cannibal Women est écrit et réalisé par le talentueux J.F. Lawton (sous le pseudonyme de J.D. Athens). Sa plume habile permet d’élever le niveau du film au-delà de ce que son titre improbable laisse imaginer et se permet même de revisiter sous un angle parodique le classique « Au cœur des ténèbres » de Joseph Conrad. En tête d’affiche, Cannibal Women s’offre l’ex-mannequin Shannon Tweed (héroïne récurrente des soap operas Falcon Crest et Des jours et des vies) et l’humoriste Bill Maher (futur animateur des shows Politically Incorrect et Real Time with Bill Maher), avec en guest-star Adrienne Barbeau, ex-égérie de John Carpenter (Meurtre au 43ème étage, Fog, New York 1997).

Lorsque le film commence, nous apprenons que le gouvernement américain s’inquiète du manque d’approvisionnement en avocats du pays après plusieurs confrontations avec une tribu primitive de femmes cannibales, les « Piranha Women », qui sévit dans une jungle à l’ouest de San Bernardino. « A la manière des araignées veuves noires, elles s’accouplent avec les hommes puis les tuent », nous apprend le dialogue. « Ensuite elles les découpent en lanières, comme du bœuf séché, et les mangent avec du guacamole. » Les autorités ayant tout tenté, y compris une intervention militaire ratée s’étant terminée en festin pour les femmes cannibales, elles font appel à Margo Hunt (Shannon Tweed), professeur d’études féministes dans le Spritzer College. Sa mission : se rendre dans la jungle et prendre contact avec les Piranha Women pour tenter de les convaincre de déménager dans une réserve à Malibu. Elle est accompagnée dans cette expédition par Bunny (Karen Mistal), une jeune étudiante écervelée, et Jim (Bill Maher), une sorte d’Indiana Jones du pauvre qui s’improvise guide…

Les aventuriers de l’avocat perdu

Cette aventure exotique absurde est un prétexte permanent pour renvoyer dos à dos les exubérances ultra-féministes et les comportements stupidement machistes. Face à une horde de piliers de bar en rut, Margo exhibe ainsi un énorme pistolet en déclarant : « je ne suis pas une poulette, je suis une ethno-historienne avec un doctorat en anthropologie culturelle. » Lorsque nos héros font face dans la jungle à une tribu d’hommes soumis qui tricotent, cuisinent et vivent en paix dans des tentes ornées de statues de flamants roses, Jim s’exclame avec dépit : « Ils n’ont pas de modèles comme John Wayne ou Stallone. » Pour les muer en hommes virils, il leur fait découvrir la bière. Lorsque les cannettes volent au ralenti, une variante de « Also Spracht Zarathustra » cligne alors de l’œil vers 2001. Tout le film est à l’avenant, jusqu’à l’inévitable confrontation avec les Piranha Women, menées par une ancienne féministe star de talk-shows et auteur du livre « Femmes intelligentes, Hommes stupides et insensibles ». C’est Adrienne Barbeau qui tient ce rôle de matriarche opportuniste, l’actrice étant obligée de déclamer ses 17 pages de dialogues en un temps record dans la mesure où la production ne peut lui payer qu’une seule journée de tournage ! Cannibal Women aura servi de galop d’essai à J.F. Lawton, qui connaîtra la gloire l’année suivante en écrivant le scénario de Pretty Woman.

 

© Gilles Penso


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PULSE POUNDERS (1988)

Ce film à sketches, qui a aujourd’hui partiellement disparu, réunit le casting de Re-Animator, Future Cop et Le Maître du jeu

PULSE POUNDERS

 

ANNEE – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Barbara Crampton, Jeffrey Combs, David Warner, David Gale, Tim Thomerson, Helen Hunt, Art La Fleur, Telma Hopkins, Richard Moll, Jeffrey Byron

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I FUTUR I VOYAGES DANS LE TEMPS I LOVECRAFT I SAGA FUTURE COP CHARLES BAND

En 1987, à la tête de sa compagnie de production Empire, Charles Band décide de produire et mettre en scène un film à sketches atypique dont chaque segment serait la suite d’un de ses films à succès : Re-Animator, Future Cop et Le Maître du jeu. C’est l’occasion pour lui de retrouver quelques-uns de ses acteurs fétiches et de solliciter comme toujours les talents du chef opérateur Mac Ahlberg, du chef décorateur Giovanni Natalucci et du créateur d’effets spéciaux John Carl Buechler. Après plusieurs remaniements, le premier segment, baptisé The Evil Clergyman, n’est finalement pas une suite de Re-Animator, même s’il présente de nombreuses filiations avec le classique de Stuart Gordon. Le scénario, inspiré d’une nouvelle de H.P. Lovecraft publiée en 1939, est écrit par Dennis Paoli, grand spécialiste de l’écrivain tourmenté de Providence (nous lui devons les scripts de Re-Animator, From Beyond, Castle Freak et Dagon). Le sketch s’ouvre sur une très belle musique pour piano, chœurs et orchestre composée par Richard Band. Dans le décor somptueux d’un château gothique, Saïd Brady (Barbara Crampton) est accueillie froidement par une gouvernante aigrie (Una Brandon-Jones). L’amant de la jeune femme, l’ecclésiastique Jonathan (Jeffrey Combs), s’est récemment pendu, et Saïd est venue récupérer le reste de ses biens. Partagé entre la mélancolie et le cauchemar, ce sketch d’une demi-heure est ponctué de visions insolites – le visage à moitié défiguré de David Warner, un rat à visage humain – et peut presque s’appréhender comme une parabole du regret et du remords poussés jusqu’au basculement dans la folie. Dennis Paoli en profite pour glisser quelques allusions à une autre nouvelle de Lovecraft, « Les rats dans les murs » de 1924.

Le deuxième segment de Pulse Pounders est une suite directe de Future Cop, nommée Trancers : City of the Los Angels mais également connue sous le titre de Trancers 1.5, dans la mesure où son intrigue se situe entre Future Cop et Future Cop 2. Tim Thomerson, Helen Hunt et Art La Fleur sont donc de retour, dans les rôles respectifs du policier Jack Deth, de sa petite amie Lena et de son supérieur McNaulty. Le scénario est l’œuvre du duo Paul de Meo & Danny Bilson et la bande originale synthétique outrageusement eighties est signée Mark Ryder & Phil Davies. Tout commence par l’évasion d’une dangereuse criminelle dans une prison du futur, responsable de la mort de 13 prisonniers et des blessures de plusieurs gardes. Son objectif : retrouver Jack Deth dans le Los Angeles de 1986 pour lui faire la peau. Relativement anecdotique, cette courte aventure aux allures de Vaudeville, dont l’action est majoritairement confinée dans l’appartement de Deth, souffre d’un certain statisme, malgré deux ou trois bagarres.

Trois salles, trois ambiances

Pour le troisième sketch, Michael Cassut écrit une suite du Maître du jeu qu’il baptise Dungeonmaster II : A Sorcerer’s Nightmare. Richard Moll reprend le rôle du maléfique sorcier Mestema et Jeffrey Byron celui du valeureux Paul Bradford. Plusieurs séquences en stop-motion égaient ce sketch, en particulier une poupée en costume d’Arlequin animée par Paul Jessel (préfigurant les personnages de Puppet Master) et deux statues de pierre en plein combat (conçues par Justin Kohn et Kim Blanchette). Tout ceci est très prometteur, mais personne hélas n’a vu ce troisième segment. En effet, après le tournage, les négatifs originaux en 35 mm ont disparu quelque part dans les environs de Rome, alors que la compagnie Empire était en train de déposer le bilan. Vingt-cinq ans plus tard, une cassette VHS avec les rushes des trois segments a été retrouvée. Charles Band s’est mis en tête de restaurer ce qu’il pouvait pour réhabiliter ce film perdu. A ce jour, The Evil Clergyman et Trancers : City of the Los Angels ont été exhumés en vidéo dans des copies passables mais visionnables. Dungeonmaster II, en revanche, reste invisible. Espérons qu’un jour les archéologues de chez Full Moon Vidéo retrouvent suffisamment d’éléments pour ressortir dans une édition digne de ce nom ce film à sketches longtemps considéré comme une légende urbaine.

 

© Gilles Penso

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BRIGHT (2017)

Dans un monde alternatif où les humains cohabitent avec des créatures fantastiques, deux policiers enquêtent sur un puissant artefact magique…

BRIGHT

 

2017 – USA

 

Réalisé par David Ayer

 

Avec Will Smith, Joel Edgerton, Noomi Rapace, Lucy Fry, Edgar Ramirez, Veronica Ngo, Alex Meraz, Happy Anderson, Ike Barinholtz, Dawn Olivieri, Matt Gerald

 

THEMA HEROIC-FANTASY

Le concept de Bright est audacieux et surprenant : détourner les codes et les éléments récurrents du conte de fées, de la mythologie et de l’héroïc-fantasy (les orques, les elfes, la magie, les fées, les centaures, les dragons, les nains) pour les intégrer dans un contexte urbain et contemporain. Œuvre de Max Landis, le scénario prend place dans un Los Angeles alternatif où les humains cohabitent avec des créatures fantastiques et où la pratique de la magie est illégale. Will Smith y incarne Daryl Ward, un flic bourru et dur à cuire à qui on adjoint de force Nick Jakoby (Joel Edgerton), le premier policier orque du pays. Ce dernier est autant déprécié par les autres officiers de police que par ses anciens amis orques qui le voient comme un traitre. Comme on peut l’imaginer, les relations entre les deux coéquipiers sont loin d’être au beau fixe, surtout depuis qu’un voleur orque a tiré sur Ward et que Jakoby n’a pas réussi à l’arrêter. Un soir, les deux policiers interviennent dans le refuge d’un groupe extrémiste qui prophétise le retour du « Seigneur des Ténèbres », une ancienne figure semi-mythique vaincue il y a plusieurs millénaires. La seule survivante de cette intervention musclée est une jeune fille elfe nommée Tikka (Lucy Fry), en possession d’un objet rigoureusement interdit : une baguette magique.

Si le plaidoyer contre le racisme et les inégalités sociales qui sous-tend le récit (les orques sont les mal-aimés exploités par le système, les elfes représentent les castes supérieures) part d’un bon sentiment, il faut bien avouer qu’il est lourdement asséné aux spectateurs. D’autant que le concept d’un buddy movie dans lequel un flic humain fait équipe malgré lui avec un flic non humain est directement repris à Futur immédiat, qui détournait de manière bien plus subtile l’argument fantastique pour décrier les travers xénophobes de la société américaine. Les amateurs de jeux de rôles repèreront aussi de nombreuses similitudes entre Bright et « Shadowrun ». Au-delà de cette impression de déjà-vu, on peut regretter les failles d’un scénario finalement peu convaincant. Tout se résume en effet à une course-poursuite autour d’une baguette magique que chacun convoite pour des raisons différentes. Les dialogues ne font pas dans la finesse, les enjeux dramatiques sont confus et plusieurs rebondissements s’avèrent franchement difficiles à avaler, en particulier pendant le climax au cours duquel tout semble désespéré et tout se dénoue par miracle. Pourtant, l’initiative de Bright reste réjouissante, ne serait-ce que parce qu’elle se donne les moyens de ses ambitions. La direction artistique est soignée, les effets visuels très réussis, les scènes d’action généreuses (on ne compte plus le nombre de poursuites, de fusillades et de combats) et le travail des maquillages spéciaux est colossal. C’est l’œuvre du studio ADI, dirigé par Tom Woodruff Jr. et Alec Gillis.

Urban-Fantasy

« Dans l’histoire du cinéma et de la télévision, rares sont les films qui se seront avérés être de véritables festivals de maquillages spéciaux : Le Magicien d’Oz, La Planète des singes, Futur immédiat, Le Grinch… », explique Woodruff Jr. « Bright s’inscrit dans cette lignée. Cette production représentait une masse de travail colossale à la fois pour le design et la fabrication des prothèses et des effets de maquillage. Nous devions concevoir environ 200 orques aux looks spécifiques. » (1) Il est agréable de voir que les vieilles techniques – malgré la réussite indiscutable des créations numériques de la nouvelle Planète des singes – sont encore viables et marchent à merveille. Sous les prothèses de l’orque Nick Jacoby, Joel Edgerton s’avère incroyablement expressif. « Pour l’acteur, supporter le maquillage que nous lui avons appliqué pendant toute la durée du tournage fut une véritable épreuve », raconte Alec Gillis. « Nous avons tout fait pour que ces prothèses soient le moins inconfortables possibles, mais ça reste toujours difficile pour un acteur. Ce personnage était crucial dans le film, parce qu’il devait permettre aux spectateurs de comprendre et d’accepter le monde des orques. Nous n’avions donc pas droit à l’erreur. » (2) Cette réussite artistique et technique fait battre le cœur du film, malgré ses nombreuses scories, et l’on aurait largement tendance à préférer Bright au film précédent de David Ayer, le poussif Suicide Squad. A l’époque, Bright fit beaucoup couler d’encre dans la mesure où il s’agissait d’une des premières superproductions produites par Netflix. Mais la suite un temps envisagée ne fut finalement jamais tournée.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en juillet 2018

© Gilles Penso


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SIGNES (2002)

Mel Gibson et Joaquin Phoenix doivent lutter contre une invasion extra-terrestre qui menace leur famille et l’humanité tout entière…

SIGNS

 

2002 – USA

 

Réalisé par M. Night Shyamalan

 

Avec Mel Gibson, Joaquin Phoenix, Rory Culkin, Abigail Breslin, M. Night Shyamalan, Cherry Jones, Patricia Kalember, Ted Sutton, Merritt Wever

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA M. NIGHT SHYAMALAN

Comme souvent chez M. Night Shyamalan, le scénario de Signes s’est développé à partir d’une idée simple : raconter la fin du monde de manière intimiste en adoptant le point de vue d’une famille. En creusant cette envie première, l’auteur-réalisateur opte pour une invasion extra-terrestre et pour le motif visuel des signes circulaires mystérieux apparaissant dans les champs. Le récit qu’il bâtit sert finalement de métaphore à un sujet plus universel : la foi. « Pour moi, le recours au fantastique et à la science-fiction est le meilleur moyen d’aborder des sujets liés à la spiritualité d’une manière qui ne soit pas trop frontale, trop directe », nous explique-t-il. « Ça permet de traiter ces thèmes en se déconnectant de la religion. On peut parler de la foi sans pour autant aborder les croyances « traditionnelles ». Dans mes films, il ne s’agit pas de croire à Dieu, au diable ou aux anges, mais aux extra-terrestres, aux fantômes ou aux créatures. Ce qui revient au même, finalement. La foi est un sujet fascinant. Sommes-nous capables de croire à des choses que nous ne pouvons pas prouver ? C’est une question qui m’intéresse, et le Fantastique est un vecteur idéal pour tenter d’y répondre. » (1) Plusieurs classiques du fantastique le guident dans son écriture puis dans sa mise en scène, notamment Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock, La Nuit des morts-vivants de George Romero et L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel. Charge à lui de bien digérer ces influences complémentaires pour signer une œuvre personnelle.

La prodigieuse symphonie composée par James Newton Howard pour l’ouverture du film semble vouloir faire écho à la bande originale de Rencontres du troisième type. Nous sommes dans le comté de Bucks, en Pennsylvanie, à 70 km de Philadelphie. Durement ébranlé par la mort de sa femme dans un accident de voiture, le père Graham Hess a renoncé à la foi et à ses fonctions de prêtre pour devenir fermier. Pour ce rôle, Shyamalan envisageait au départ Paul Newman ou Clint Eastwood, avant d’opter pour un acteur plus jeune, en l’occurrence Mel Gibson. Ce dernier s’avère parfait sous la défroque d’un ancien homme d’église aux convictions ébranlées. Quelques détails discrets témoignent de son ancienne vie, comme une photo où il porte le col blanc ou encore la marque d’un crucifix qui a été décroché du mur. « Personne ne veille sur nous », dira-t-il plus tard pour bien marquer l’évaporation de ses croyances. « Nous sommes seuls. » Alors qu’il mène une vie paisible entouré de ses deux enfants, Morgan (Rory Culkin) et Bo (Abigail Breslin), et de son frère cadet Merrill (Joaquin Phoenix), un ancien joueur de base-ball, Graham devient le témoin d’apparitions et de signes mystérieux dans sa propriété. Quelle est la véritable origine de ces étranges phénomènes ?

Crise de foi

Très tôt dans son film, Shyamalan renforce le sentiment d’inconfort en optant pour des angles de prise de vue bas, au ras du sol, évoquant une sorte de menace invisible. Lorsque le chien familial, occupant une grande partie de l’avant-plan, se met soudain à aboyer de manière inquiétante en direction des enfants, le cadrage le transforme presque en monstre. Le décor du grand champ lui-même convoque une imagerie proche de celle des Démons du maïs. Tous les partis-pris de mise en scène accentuent le caractère oppressant de cette invasion extra-terrestre qui mettra longtemps à s’affirmer concrètement dans l’esprit des protagonistes. Dans la scène de la cave, le réalisateur pratique presque du « found footage » avant l’heure, détournant la caméra de l’action principale, ne décrivant les événements que par l’entremise du hors-champ, cadrant une lampe torche tombée par terre alors que l’essentiel se joue ailleurs. Plus tard, lorsqu’une créature s’immiscera chez nos héros, ce n’est qu’un reflet qui sera offert aux spectateurs. Cette approche est audacieuse, mais – revers de la médaille – très frustrante, car finalement nous ne verrons rien. A trop vouloir jouer la carte de l’épure et du non-dit, le cinéaste nous donne le sentiment de tourner autour de son sujet sans l’aborder frontalement. Comme en outre le double-sens du mot signe (les cercles dans les champs mais aussi les indices « divins » qui pavent notre destinée) nous est expliqué sans beaucoup de finesse, avec en prime une image finale illustrant lourdement la reconquête de la foi, le cinquième long-métrage de Shyamalan ne nous convainc qu’à moitié.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2015

 

© Gilles Penso

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SINBAD THE FIFTH VOYAGE (2014)

Pour rendre hommage aux films de Ray Harryhausen, ce conte des Mille et une nuits met en scène toute une ménagerie en stop-motion…

SINBAD THE FIFTH VOYAGE

 

2014 – USA

 

Réalisé par Shahin Sean Solimon

 

Avec Shahin Sean Solimon, Danielle Duvale, Said Faraj, Patrick Stewart, Marco Khan, Sadie Alexandru, Lorna Raver

 

THEMA MILLE ET UNE NUITS I DRAGONS

En initiant Sinbad the Fifth Voyage, Shahin Sean Solimon souhaite rendre un hommage énamouré à Ray Harryhausen, et en particulier au 7ème Voyage de Sinbad, de toute évidence son film de chevet. Il décide donc de concevoir sous le label « Giant Flick Productions » un long-métrage ambitieux – malgré un budget extrêmement limité – laissant la part belle à une série de créatures animées en stop-motion qui s’inspirent des travaux les plus populaires de son idole. Non content de réaliser, de co-écrire (avec Evelyn Gabai) et d’assurer la production exécutive du film, Shahin Sean Solimon s’octroie le rôle principal et s’offre les services du grand Patrick Stewart (le capitaine Picard de Star Trek la nouvelle génération et le professeur Xavier des X-Men) pour assurer la narration en voix off. Le récit ne cherche pas à réinventer la roue. Sinbad est donc amoureux de la princesse Parisa, malgré la désapprobation de son père le sultan. Lorsqu’un maléfique sorcier la kidnappe, notre intrépide héros a quarante jours et quarante nuits pour la sauver. Son aventure va le conduire aux confins du monde et le pousser à affronter un grand nombre de créatures mythiques.

L’intérêt principal du film, on s’en doute, repose sur sa généreuse ménagerie de monstres « à l’ancienne ». Tour à tour surgissent ainsi à l’écran un cyclope bicorne, des squelettes vivants, un oiseau Roc géant, une bête grimaçante armée d’une lance, une statue aux bras multiples, un crabe monstrueux et un dragon quadrupède et cornu au dos garni d’écailles (dont Sinbad vient à bout au cours d’un combat frustrant tant il est court). Ce bestiaire hétéroclite et hautement référentiel est animé par de nombreux passionnés plus ou moins aguerris comme Ron Cole (avec à son actif quelques fausses têtes pour S.O.S. fantômes 2 et des effets spéciaux pour la série Monsters), Mark Sullivan (à qui nous devons les créatures en stop-motion de House et House 2) et Peter A. Montgomery Scott (signataire de l’animation du squelette de Legend of the Golden Fishcake).

Old School

La démarche de Sinbad the Fifth Voyage est forcément louable et son caractère anachronique a quelque chose de délicieusement rafraîchissant. Mais le film croule sous les maladresses. Ses acteurs peu convaincants, son intrigue filiforme et sa mise en scène anonyme jouent forcément en sa défaveur. Même les créatures – aux designs souvent intéressants et à l’animation fluide – sont dépréciées par les effets visuels qui les combinent avec les acteurs réels. Les incrustations sont souvent ratées, les effets de flou excessifs, l’abus de particules flottantes saute aux yeux, bref le rendu visuel n’est pas à la hauteur malgré une bonne volonté manifeste. Quelques très jolis tableaux surnagent – les plans féeriques de la montgolfière survolant les volcans en éruption par exemple – et l’ambition du projet force le respect. D’autres initiatives de ce type sont évidemment à encourager, à condition qu’un soin plus attentif soit apporté à l’esthétique générale et à la dramaturgie. Il s’en fallut de peu que Sinbad the Fifth Voyage se mue en petite œuvre culte pour amateurs d’effets spéciaux « old school ». En l’état, le film de Solimon est une simple curiosité passée quelque peu inaperçue. Bien sûr, le générique de fin remercie chaleureusement Ray Harryhausen « pour son inspiration ».

 

© Gilles Penso


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