ORLOFF ET L’HOMME INVISIBLE (1970)

Un savant fou, une créature lubrique et transparente, une enterrée vivante, une crypte abandonnée… Ah les bonnes vieilles séries B des années 70 !

ORLOFF ET L’HOMME INVISIBLE / LA VIE AMOUREUSE DE L’HOMME INVISIBLE

 

1970 – FRANCE / ESPAGNE

 

Réalisé par Pierre Chevalier

 

Avec Francis Valladeres, Howard Vernon, Brigitte Carva, Fernando Sancho, Isabel del Rio, Evane Hanska, Arlette Balkis, May Chartrette

 

THEMA HOMMES INVISIBLES

Dix ans après L’Horrible docteur Orloff, le comédien suisse-américain Howard Vernon reprend le rôle de ce savant fou imaginaire qu’il joua également dans Les Orgies du docteur Orloff avant de réincarner plus tard le personnage dans Le Sinistre docteur Orloff et Les Prédateurs de la nuit. Tous plus excentriques les uns que les autres, ces films n’ont aucun rapport entre eux, si ce n’est le patronyme du bon docteur toujours embarqué dans des expériences extravagantes dont la finalité nous échappe la plupart du temps. L’entame d’Orloff et l’homme invisible fonce tête baissée dans tous les clichés d’usage. Le docteur Garondet (Francis Valladeres), propre sur lui, le manteau impeccable et la cape ample, débarque dans une auberge de village et demande un cocher pour l’accompagner dans un château dont le nom provoque immédiatement un frisson généralisé. On se croirait dans un Dracula de la Hammer, mais sans la même recherche esthétique hélas. Ici, la photo est plutôt laide, avec des ombres portées disgracieuses sur les murs, les décors sont franchement appauvris et le montage intègre bizarrement des gros plans flous et des coups de zoom intempestifs. Le cocher qui accepte de mauvaise grâce d’accompagner Garondet le laisse à mi-chemin, dans la boue, sous une pluie battante (on sent bien qu’un assistant fait couler un arrosoir devant la caméra !). Le bon docteur a rendez-vous chez le mystérieux professeur Orloff après avoir reçu un appel de détresse. Il débarque donc dans un grand manoir tenu par deux serviteur patibulaires (un vieux grincheux et une jeune écervelée), puis rencontre la fille du maître des lieux, Cécile (Brigitte Carva), et enfin Orloff en personne.

Comme le titre du film l’indique assez clairement, le scientifique a conçu un homme invisible dont il est très fier. « J’ai créé une nouvelle race, une créature supérieure et inconnue, plus forte qu’un être humain et plus intelligente » affirme-t-il avec emphase au docteur venu lui rendre visite tout en versant des liquides colorés dans des tubes de manière aléatoire. L’expérience qu’il décrit s’avère complètement farfelue. Il aurait en effet trouvé un cobaye humain pour l’assassiner avant de restructurer son corps afin de le rendre invisible et de le ressusciter. Dans quel but ? « Pour diriger l’humanité et dominer le monde » rétorque Orloff sans sourciller. Un coup de zoom sur une chouette empaillée et un déploiement de fumigènes fait place au flash-back qui nous explique tout. Là, le scénario de Juan Fortuny et Pierre Chevalier part dans tous les sens, mélangeant le motif du savant fou à celui de la profanation de sépulture, de l’enterrement prématuré, de la vengeance, de la chasse à l’homme, avec en prime de l’érotisme déviant et au beau milieu de tout ça un homme invisible.

La révélation finale

Les trucages censés matérialiser l’invisibilité sont ici réduits à leur portion congrue : quelques objets bousculés ou tenus par des fils, de la stop-motion sommaire pour faire apparaître des pas dans de la poudre, et surtout des acteurs qui s’agitent en faisant croire qu’une créature les frappe. Puis survient LA scène du film : le viol de la jeune servante (Evane Hanska) par l’homme invisible, sous le regard lubrique d’Orloff. La fille intégralement nue remue dans tous les sens et gémit tandis que la caméra s’affole comme dans un film de Jess Franco. La révélation finale fait définitivement basculer le film dans la nanardise de premier ordre. Car en réalité, l’homme invisible est (ATTENTION SPOILERS, NE LISEZ PAS LA SUITE SI VOUS VOULEZ GARDER LE SUSPENSE INSOUTENABLE, POUR LES AUTRES BON COURAGE, LA RÉVÉLATION ARRIVE), car en réalité l’homme invisible, disais-je, est… un gorille invisible. Voilà. Ne cherchez pas à comprendre pourquoi, c’est comme ça. Orloff a donc créé un gorille invisible (ou plutôt un acteur dans un costume velu en caoutchouc) pour faire avancer la science ! Étonnant, non ? Connue également sous le titre jovial Les Aventures amoureuses de l’homme invisible, cette pépite est le 18ème long-métrage de Pierre Chevalier, qui aura œuvre dans tous les genres : des thrillers, des drames, des films érotiques, des films d’aventure et des comédies avec Fernand Reynaud et même Fernandel.

 

© Gilles Penso


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ATOR LE GUERRIER (1987)

Une calamiteuse imitation de Conan le barbare qui mange à tous les râteliers, de Superman à Indiana Jones en passant par Star Wars !

ATOR IL GUERRIERO DI FERRO / IRON WARRIOR

 

1987 – ITALIE / USA

 

Réalisé par Alfonso Brescia

 

Avec Miles O’Keeffe, Savina Gersak, Tim Lane, Elisabeth Kaza, Tiziana Altieri, Conrad Borg, Malcolm Borg, Josie Coppini

 

THEMA HEROIC FANTASY

Tardive démarcation de Conan le barbare, cet inénarrable Ator le guerrier, vague séquelle de deux autres Ator réalisés par Joe d’Amato, n’a pas grand-chose pour séduire. Le scénario lui-même est un joyeux fourre-tout, parfois exagérément linéaire, d’autres fois parfaitement confus, comme au moment de son dénouement tout à fait incompréhensible. La scène d’introduction nous familiarise avec un Ator encore enfant, qui joue à la baballe avec son frère jumeau jusqu’à ce que celui-ci ne soit kidnappé sur les ordres de la sinistre sorcière Phedra (Elisabeth Kaza). Celle-ci n’est pas là pour rire, ne reculant devant aucun proverbe funeste pour se faire comprendre : « La vie est une illusion, la mort est réelle », professe-t-elle ainsi solennellement. Dix-huit ans après le drame, Ator (Miles O’Keeffe) est devenu un grand gaillard aux traits émaciés, affublé d’une longue tignasse très féminine et d’un costume visiblement hérité du Musclor des Maîtres de l’univers. Défenseur de la veuve et de l’orphelin, Ator sauve la vie d’une jolie princesse dont le trône a été usurpé par un imposteur, et se heurte dès lors aux maléfices de Phedra, flanquée du redoutable guerrier Trogar (Franco Daddi) qui semble invincible.

À vrai dire, le film se contente d’accumuler sans le moindre scrupule des séquences fidèlement photocopiées sur d’autres films à succès. La sorcière est condamnée par un tribunal cosmique pour répondre de ses nombreux crimes (comme dans Superman le film), Ator couche dans une cabane avec une jolie fille qui s’avère être une sorcière (comme dans Conan le barbare), se retrouve sur un pont suspendu au-dessus d’une falaise dont les cordages sont coupés à la machette (comme dans Indiana Jones et le temple maudit), récupère un objet sacré dans un temple qui menace dès lors de s’écrouler et se retrouve poursuivi par une énorme pierre qui roule (comme dans Les Aventuriers de l’arche perdue) et affronte régulièrement à l’épée Trogar, dont la grande cape noire, le casque en forme de crâne et la respiration étouffée nous renvoient directement à Dark Vador.

Star Trek au synthétiseur

Sans parler de cette musique assez catastrophique, notamment celle du générique qui imite au synthétiseur le thème de Star Trek écrit par Jerry Goldsmith ! Le compositeur Carlo Maria Cordio se dissimulera d’ailleurs derrière un nom d’emprunt aux accents américains, en l’occurrence Charles Scott. Visiblement conscient des faiblesses de son script, Alfonso Brescia (roulant des mécaniques sous le pseudonyme yankee d’Al Bradley) tente d’en cacher la misère en abusant d’effets de style incongrus : ralentis, jump-cut, filtres colorés… Quant aux séquences de combat, elles s’avèrent terriblement mollassonnes, d’autant que par moments Miles O’Keeffe est doublé de manière outrageusement visible. Diable, si cet homme n’est pas capable d’effectuer ses cascades tout seul, pourquoi a-t-il été choisi ? Pas pour ses talents de comédien tout de même ! Bref, pas grand-chose à sauver de ce triste Ator le guerrier, à l’exception peut-être de ses très beaux décors extérieurs captés sur l’île de Malte.

 

© Gilles Penso


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PEUT-ÊTRE (1999)

Cédric Klapisch s’essaie à la science-fiction en plongeant Romain Duris et Jean-Paul Belmondo dans un Paris futuriste recouvert de sable…

PEUT-ÊTRE

 

1999 – FRANCE

 

Réalisé par Cédric Klapisch

 

Avec Romain Duris, Jean-Paul Belmondo, Géraldine Pailhas, Julie Depardieu, Emmanuelle Devos, Bass Dhem

 

THEMA FUTUR I VOYAGES DANS LE TEMPS

Cédric Klapisch n’est pas vraiment familier avec la science-fiction. Avec Riens du tout, Le Péril jeune, Chacun cherche son chat et Un air de famille à son palmarès, il avait plutôt montré jusqu’alors un penchant pour les comédies de mœurs ancrées dans la réalité. Mais il faut croire que l’approche de l’an 2000 l’a poussé dans une nouvelle direction. Le voici donc plongé dans un exercice de style audacieux. Le soir du 31 décembre 1999, Arthur (Romain Duris, l’acteur fétiche du cinéaste) retrouve son amie Lucie (Géraldine Pailhas), désireuse d’avoir un enfant, ce qui semble loin de ses propres préoccupations. Au cours du réveillon, Arthur se retrouve transporté dans le futur, au beau milieu de l’an 2070. Là, dans un Paris ensablé et dénaturé, il rencontre un homme de 70 ans, Ako (Jean-Paul Belmondo), qui dit être son fils… Le postulat de départ est plutôt imaginatif, et il faut avouer que la reconstitution d’un Paris futuriste noyé sous les dunes est des plus réussies.

« Nous sommes partis tourner en Tunisie, dans les mêmes décors et avec la même infrastructure que George Lucas pour Star Wars », nous explique non sans fierté Thomas Duval, superviseur des effets spéciaux visuels. « Je crois même que nous avons dormi dans les mêmes hôtels que son équipe ! L’équipe déco n’a eu que deux ou trois mois pour fabriquer 30 000 mètres carrés de décors réels, en dur. Puis nous nous sommes chargés de prolonger ces décors à l’aide de peintures numériques. » (1) Il faut avouer que ces plans surréalistes, où les protagonistes côtoient autruches et moutons tandis que la Tour Eiffel et le Sacré Cœur surgissent du sable au loin, sont tout à fait étonnants, et nous proposent une vision du futur inédite. Pour le reste, le film se suit distraitement, sans véritable implication du public, tant ces allées et venues entre présent et futur sont évasives et dénuées de la moindre rigueur science-fictionnelle. C’est dommage, car la réflexion sur les implications de la naissance d’un enfant était pleine d’intérêt, tout comme cette idée empruntée à Retour vers le futur qui veut que les descendants d’Arthur s’effacent progressivement tant que leur avenir demeure incertain.

Un air de famille…

Au détour du casting, on reconnaît bon nombre d’habitués de Klapisch, notamment Vincent Elbaz (Le Péril jeune), Zinedine Souallem (Chacun cherche son chat) et Jean-Pierre Bacri (Un air de famille). Le cinéaste manie ainsi l’un de ses exercices favoris : la direction collégiale d’une troupe de comédiens. « Le casting est important, puis viennent les répétitions, que je filme en vidéo afin d’appréhender qui sont mes acteurs, comment ils travaillent et comment ils réagissent », nous raconte-t-il. « C’est en fonction de ces répétitions que je vais décider de quelle manière les diriger. Il est évident que je ne peux pas mettre en scène de la même manière Romain Duris ou Jean-Paul Belmondo. Ils n’ont pas les mêmes cultures de travail et les mêmes techniques. Le fait de filmer les répétitions me donne immédiatement le résultat à l’image, qui n’est pas le même que celui que je perçois en direct. Et lorsque ce résultat me plaît, je m’efforce de le retrouver au moment du tournage. » (2) Après cet exercice d’anticipation un peu laborieux, Klapisch reviendra à ses premières amours avec L’Auberge espagnole.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2002

(2) Propos recueillis par votre serviteur en mai 2005

 

© Gilles Penso


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VENECIAFRENIA (2021)

Alex de la Iglesia confronte des touristes espagnols à un serial killer vénitien dissimulé sous un masque de carnaval…

VENECIAFRENIA

 

2021 – ESPAGNE

 

Réalisé par Alex de la Iglesia

 

Avec Caterina Murino, Cosimo Fusco, Ingrid Garcia Jonsson, Silvia Alonso, Enrico Lo Verso, Nico Romero, Alberto Bang, Nicolas Illoro, Alessandro Bressanello

 

THEMA TUEURS

C’est pour Sony Pictures et Amazon Studios que l’impertinent réalisateur espagnol Alex de la Iglesia (Action Mutante, Le Jour de la bête, Les Sorcières de Zugarramurdi) s’est lancé dans l’aventure Veneciafrenia, dans le cadre d’un programme baptisé « The Fear Collection ». L’idée première du cinéaste est de concevoir un film d’horreur constellé d’humour noir. « C’est un giallo et un slasher à la fois, ce genre de film où des jeunes gens stupides se transforment en victimes », explique-t-il. « J’adore ça. Je voulais jouer avec le genre. Ce n’est pas un hommage à Mario Bava ou Dario Argento, parce qu’ils n’ont pas besoin d’hommage. Disons plutôt que je me suis inspiré d’eux, que je les ai copiés. J’ai voulu retrouver leur style. Un peu comme un dessinateur qui essaierait d’imiter le style de Jack Kirby » (1). Cette intention artistique surgit dès le superbe générique d’ouverture, extrêmement graphique, qui nous ramène aux sources des giallos des années 60, rythmé sur une musique envoûtante de Roque Banos. D’emblée, De la Iglesia donne le ton. Pour autant, Veneciafrenia ne ressemble pas vraiment à ses modèles italiens, dont il cherche à retrouver l’atmosphère mais pas la forme. Le film est résolument moderne dans son approche visuelle. La ville de Venise, qu’il ne serait pas exagéré de considérer comme le personnage principal, est filmée au steadicam, en perpétuel mouvement, jusqu’au vertige. La cité des Doges se transforme en un labyrinthe inextricable où toutes les rues se ressemblent. Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg nous revient alors furtivement à l’esprit.

Le point de départ est simple. Cinq touristes espagnols débarquent à Venise pour y passer des vacances joyeuses et légères. Ils sont jeunes, dissipés, gentiment idiots. D’emblée, un fossé s’établit entre leur culture populaire et celle – séculaire – qui règne dans la ville italienne immergée. L’une des jeunes femmes pense que se déguiser en Harley Quinn ou en princesse Disney sera tout à fait cohérent avec l’esprit du carnaval de Venise. La légèreté se brise un peu lorsque des vénitiens mécontents accueillent froidement nos héros. Ils manifestent contre les croisières et les arrivées massives de touristes qui, selon eux, détruisent tout ce qu’ils touchent. « Le tourisme est l’industrie qui consiste à transporter des gens qui seraient mieux chez eux, dans des endroits qui seraient mieux sans eux », disait Jean Mistler. Veneciafrenia va le démontrer de manière sanglante et surprenante. Car bientôt, au milieu de la foule bigarrée, surgit un bouffon facétieux et sautillant qui se met à assassiner ces visiteurs étrangers indésirables.

Le bouffon tueur

« J’ai voulu situer cette histoire à Venise, l’endroit le plus intellectuel du monde, peuplé d’habitants distingués et aristocrates », raconte Alex de la Iglesia. « Ces gens-là veulent lutter contre la vulgarité, autrement dit les touristes. Dans ce film, les méchants sont donc les vrais vénitiens. Ils sont cultivés, riches, et s’organisent sous forme d’une sorte de groupe terroriste. Leur idée première est de créer la peur pour chasser les touristes et les renvoyer chez eux. C’est une sorte de mise en garde, de climat angoissant. Le problème, c’est que l’un d’entre eux est fou et tue vraiment » (2). Dans Veneciafrenia, le tueur n’est donc pas un vulgaire psychopathe affublé d’un masque anonyme. Il représente l’art, la culture, la distinction, l’histoire. En attaquant les touristes, il s’en prend à la grossièreté, à la banalité, à la bassesse. Un climat de paranoïa croissant gagne le film, dans la mesure où toute la ville, sous ses apparats festifs, semble hostile à la présence de nos héros. Les regards sont entendus, les attitudes étranges. Plus étonnant encore : chaque assassinat se déroule dans la foule, devant tout le monde, mais personne ne s’en rend compte, considérant ces accès de violence comme la mise en scène d’un théâtre de rue folklorique. « Personne ne regarde ! » s’écrie le meurtrier face à l’amie d’une victime dont il vient de trancher la tête. Alex de la Iglesia continue ainsi à creuser le sillon irrévérencieux d’une filmographie singulière toujours prompte à puiser son inspiration dans les fleurons du cinéma de genre.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2021

 

© Gilles Penso

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L’HOMME SANS OMBRE 2 (2006)

Dans cette suite conçue directement pour une exploitation en vidéo, Christian Slater prend la relève de Kevin Bacon…

HOLLOW MAN II

 

2006 – USA

 

Réalisé par Claudio Faeh

 

Avec Peter Facinelli, Laura Regan, Christian Slater, David McIlwraith, William MacDonald, Sarah Deakins, Jessica Harmon, Sonya Salomaa, Terri Anne Welyki

 

THEMA HOMMES INVISIBLES

Après plusieurs courts-métrages remarqués et le film de guerre Coronado situé en Amérique centrale, le réalisateur Claudio Faeh hérite d’un cadeau empoisonné : la séquelle de L’Homme sans ombre de Paul Verhoeven. C’est une double gageure. D’abord parce qu’à l’exception de Robocop 2, aucune des suites données aux films du génial Hollandais n’a su arriver ne serait-ce qu’à la cheville de son modèle (aujourd’hui, qui se souvient de Basic Instinct 2 ou Starship Troopers 2 ?). Ensuite parce que la relecture du mythe de l’homme invisible par Verhoeven n’avait pas la fougue créatrice et l’audace de ses films précédents, précipitant d’ailleurs sa désertion d’Hollywood et son retour en Europe pour une troisième partie de carrière passionnante. Mais c’est peut-être là que Faeh trouve matière à tirer son épingle du jeu. Le premier Hollow Man n’étant pas une œuvre mémorable, sa suite a moins de chance de pâlir de la comparaison. Verhoeven s’implique du bout des doigts dans cette seconde aventure, acceptant un crédit honorifique de producteur exécutif et apparaissant brièvement en photo dans le rôle d’une des victimes du psychopathe invisible. Le scénario de ce second Homme sans ombre est signé Joel Soisson (Highlander Endgame, Mimic 2, Dracula 2001) pour une distribution directement destinée au marché de la vidéo.

L’Homme sans ombre 2 se déroule dans la ville de Seattle et démarre en trombe. Au cours d’un cocktail arrosé, le scientifique Devin Villiers (John Shaw) est égorgé par un homme invisible. Chargés de mener l’enquête sur cette mort mystérieuse, le détective Frank Turner (Peter Facinelli, qui présente une étonnante ressemblance avec Tom Cruise) et sa partenaire Lisa Martinez (Sarah Deakins), sont chargés de protéger la collègue de Devin, le Dr Maggie Dalton (Laura Regan, vue notamment dans Incassable). Celle-ci semble en savoir plus qu’elle ne le dit, mais lorsqu’une présence invisible se met à rôder autour d’elle et des policiers, elle est bien obligée d’expliquer la situation. À la demande du gouvernement, elle-même et son défunt collègue menaient une expérience top-secrète sur des vétérans de l’armée américaine pour créer l’arme ultime : des soldats indétectables. Le problème, c’est que la technologie employée provoque des effets secondaires indésirables. Les cobayes voient leurs cellules dégénérer lentement jusqu’à l’agonie et la mort. C’est la raison pour laquelle l’un des hommes invisibles créés par Maggie, Michael Griffin (Christian Slater), mué en assassin redoutable et invisible, cherche à tout prix à la retrouver pour qu’elle trouve un antidote au mal qui le frappe…

Cris et chuchotements

Si le dernier tiers de L’Homme sans ombre premier du nom s’autorisait tous les excès, quitte à transformer son anti-héros en monstre invisible aussi puissant qu’un xénomorphe ou qu’un vélociraptor, cette séquelle met un peu la pédale douce sur les « super-pouvoirs » de son successeur et finit par y gagner en efficacité. Le motif de l’homme invisible est ainsi décliné ici sous l’angle du slasher, annonçant plusieurs passages du Invisible Man de Leigh Whannell. La bande son intègre des chuchotements lugubres conçus pour faire frissonner les spectateurs et chaque grincement finit par devenir suspect. Plusieurs séquences de suspense fonctionnent à plein régime, notamment le chassé-croisé dans l’aéroport, et si le film n’a pas les moyens de son prédécesseur (250 plans truqués à peine, dont 80 uniquement pour effacer des câbles), les idées visuelles compensent l’absence d’effets spectaculaires : la silhouette qui apparait dans un caméscope en mode « night vision », le corps transparent partiellement recouvert de sang, l’herbe qui s’enfonce sous des pieds invisibles, les traces de pas qui se dessinent dans la moquette… L’effet de surprise s’est certes un peu évaporé et les prouesses techniques du Tippett Studio manquent à l’appel. Quelques plans du premier film sont même réutilisés pour une scène de flash-back. Mais L’Homme sans ombre 2 se permet quelques audaces, comme ce climax délirant, et même un gag inattendu lorsque ce militant végétarien se met à crier dans la rue « le bacon est un meurtre » (petit clin d’œil potache à Kevin Bacon). Le dénouement du film est très ouvert, mais aucun épisode 3 ne viendra compléter ce diptyque.

 

© Gilles Penso


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HISTOIRES DE FANTÔMES CHINOIS 2 (1989)

Le producteur Tsui Hark et le réalisateur Ching Siu-Tung concoctent une suite délirante qui ne recule devant aucun excès…

SINNUI YAUMAN 2 / A CHINESE GHOST STORY 2

 

1989 – HONG-KONG

 

Réalisé par Ching Siu-Tung

 

Avec Leslie Cheung, Joey Wong, Michelle Reis, Jacky Cheung, Ma Wu, Feng Ku, Shun Lau, Siu-Ming, Lau Waise

 

THEMA FANTÔMES I DIABLE ET DÉMONS I INSECTES ET INVERTÉBRÉS I SAGA HISTOIRES DE FANTÔMES CHINOIS

Le succès d’Histoires de fantômes chinois dépassa allègrement les espoirs les plus fous de son producteur Tsui Hark et de son réalisateur Ching Siu-Tung, l’exploitation cinéma puis la distribution en vidéo de cette œuvre époustouflante ayant su ravir le public du monde entier. Ce triomphe entraîna une multitude d’imitations et ouvrit les portes du cinéma de Hong-Kong au grand public occidental, une ouverture déjà entamée avec les films de John Woo. Une séquelle était donc inévitable. Les moyens mis à la disposition des deux hommes furent considérables : un budget de 26 millions de dollars hongkongais, un planning de neuf mois de production, des décors multiples, une figuration imposante et des effets spéciaux toujours plus sophistiqués, intégrant cette fois ci les dernières avancées en matière de trucages numériques. Ce changement d’échelle induit un ton un peu différent, délaissant un peu la romance au profit d’une exubérance qui semble puiser son inspiration dans le langage graphique du dessin animé et de la bande dessinée.

Dans une Chine oppressée par la dictature de terrifiants sorciers aux pouvoirs démoniaques, le jeune scribe Ning Choi Sin (Leslie Cheung), héros du film précédent, se retrouve emprisonné par erreur et condamné à être décapité. Il échappe de justesse à ce sort peu enviable grâce à l’intervention de son compagnon de cellule qui lui permet de prendre la poudre d’escampette en empruntant un passage souterrain. Alors qu’il se retrouve en pleine forêt, Ning rencontre un moine taoïste (Jacky Cheung) avec qui il se lie d’amitié. Celle-ci est rapidement mise à l’épreuve par un combat contre une escouade de spectres agressifs qui s’avèrent être des combattants déguisés en rébellion contre le démoniaque Grand Prêtre de la cour. Parmi ces guerriers, notre héros est envoûté par le charme d’une jeune fille (Wang Tsu-Hsien) qui ressemble trait pour trait au spectre dont il s’était épris dans le premier film. Mais les véritables créatures surnaturelles ne tardent pas à montrer le bout de leur nez…

Action non-stop

Comme on pouvait le craindre, cette suite s’avère moins réussie que l’original, en partie à cause d’un scénario confus plus superficiel. On regrette aussi bien sûr l’atténuation des scènes de séduction qui gorgeaient de charme le film précédent, malgré la présence de la toujours magnifique Wang Tsu-Hsien dans le rôle d’une réincarnation supposée du fantôme féminin du premier épisode. L’humour (dé)bridé, en revanche, ne faillit pas, tout comme ces scènes d’action incroyablement énergiques, s’appuyant sur un rythme et des effets auxquels les spectateurs d’Occident étaient encore peu familiers. On se souviendra en particulier de l’affrontement burlesque du héros contre un colosse monstrueux de trois mètres de haut, ou encore de l’assaut d’un mille-pattes géant par des guerriers chevauchant comme des surfeurs des épées volantes (animées en partie en images de synthèse). Grâce à l’usage inventif de la marche arrière, de l’accéléré, des câbles et des mouvements de caméra vertigineux, les lois de la pesanteur sont sans cesse bafouées dans un dynamisme fou à couper le souffle. Parmi les personnages insolites de ce second épisode, on note en particulier le fameux moine taoïste Autumn (Jacky Cheung) qui voyage sous terre à la manière d’une taupe et fige ses adversaires d’un simple geste de la main, ou encore l’impressionnant guerrier Van (Wu Ma) dont le carquois garni de sabres orne son dos comme celui d’un paon. Très confiant, Tsui Hark amorça les préparatifs d’Histoires de fantômes chinois 3 alors que celui-ci était encore en production.

 

© Gilles Penso

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TERREUR SUR LE TROLLENBERG (1958)

Au milieu des montagnes enneigées, des créatures extra-terrestres au look improbable prennent possession des humains…

THE TROLLENBERG TERROR

 

1958 – GB

 

Réalisé par Quentin Lawrence

 

Avec Forrest Tucker, Janet Munro, Lawrence Payne, Warren Mitchell, Jennifer Jayne, Frederick Schiller, Stuart Saunders

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Avant d’être un film, The Trollenberg Terror était une mini-série diffusée sur les petits écrans anglais entre 1956 et 1957. Si Quentin Lawrence a conservé son poste de réalisateur pour la version cinématographique de ce récit de science-fiction, c’est Jimmy Sangster, pilier de la firme Hammer, qui est cette fois en charge du scénario. Quant à la production artistique, elle est assurée par Robert S. Baker et Monty Berman (futurs responsables des remarquables Jack l’éventreur et L’Impasse aux violences). Dès les premières minutes, Terreur sur le Trollenberg sait instiller un climat de tension fort efficace. Alors que trois étudiants escaladent une montagne enneigée, l’un d’eux hurle soudain dans le brouillard et retombe, la tête arrachée (hors champ bien sûr, nous ne sommes qu’en 1958 !). Ce n’est qu’un des nombreux accidents qui émaillent la région. Saisis par une peur ancestrale, les montagnards sont persuadés qu’une malédiction plane sur les lieux…

Le film nous présente alors Anne et Sarah Pilgrim (Janet Munro et Jennifer Jayne), deux sœurs spécialisées dans les numéros de télépathie. Alors qu’elles se dirigent en train vers Genève, une intuition les pousse à s’arrêter dans la bourgade de Trollenberg, et plus précisément à l’hôtel Europa. Leur compagnon de voyage, un certain Allan Brooks (Forrest Tucker), fait de même. Employé des Nations Unies, ce dernier est venu dans la région à la demande d’un vieil ami scientifique (Warren Mitchell) qui a repéré un nuage radioactif sur le versant Ouest de la montagne. Tout ce petit monde se retrouve dans un huis-clos dont l’atmosphère évoque souvent les trois longs métrages de la série « Quatermass » produits par la Hammer (Le Monstre, La Marque, Les Monstres de l’espace). Ici aussi, il est en effet question d’une entité extra-terrestre qui prend possession des humains, prélude d’une invasion massive et insidieuse.

L’œil qui rampe !

La plupart du temps, les monstres se dissimulent dans une épaisse brume montagneuse, ce qui incite Brooks à déclarer « ce nuage cache le visage de notre ennemi », et ce qui, de l’aveu même de John Carpenter, influencera grandement l’utilisation du brouillard dans le mythique Fog. Mais lorsque les créatures émergent de l’ombre et montrent leur vrai visage, la gravité fait place à de grands éclats de rire (évidemment involontaires). Car le look improbable de ces envahisseurs d’un autre monde s’avère très stimulant pour les zygomatiques : des espèces de pieuvres boursouflées et caoutchouteuses bardées de tentacules flasques et dont le corps aux allures de cerveau hypertrophié s’orne d’un œil unique et globuleux (d’où le titre américain du film, The Carwling Eye, autrement dit « l’œil qui rampe »). Le slogan de l’époque n’y allait d’ailleurs pas avec le dos de la cuiller : « La terreur cauchemardesque de l’œil rampant qui sema l’horreur et l’agonie dans un monde hurlant ! » L’aspect risible de ces blobs tentaculaires ne ruine pas pour autant l’impact et l’efficacité du film, servi par un jeu d’acteurs solide, une photographie noir et blanc soignée, une mise en scène efficace et une ambiance résolument oppressante.

 

© Gilles Penso


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LE LIVRE DE LA JUNGLE (1994)

Le futur réalisateur de La Momie s’empare des célèbres écrits de Rudyard Kipling en donnant la vedette à Jason Scott Lee

THE JUNGLE BOOK

 

1994 – USA

 

Réalisé par Stephen Sommers

 

Avec Jason Scott Lee, Cary Elwes, Lena Headey, Sam Neill, John Cleese, Jason Flemyng, Stefan Kalipha, Ron Donachie

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

Ce Livre de la jungle cru 1994 est le troisième long-métrage de Stephen Sommers (après la comédie Catch Me if You Can située dans le milieu des courses automobiles et The Adventures of Huck Finn mettant en vedette Elijah Wood), mais aussi la troisième transposition sur grand écran des célèbres romans de Rudyard Kipling. Producteurs du film, les studios Disney essayaient là de rentabiliser leur patrimoine, mais comment rivaliser avec la somptueuse version de Zoltan Korda et le prodigieux dessin animé de Wolfgang Reitherman ? Le scénario emprunte donc ses éléments à ses deux prestigieux aînés sans chercher à s’approcher davantage du texte original. La différence réside surtout dans le fait que Mowgli a maintenant vingt ans, après un prologue nous le présentant enfant. Nous sommes donc en Inde, au début des années 1900, et le jeune homme n’a rien oublié de son enfance passée dans la jungle avec ses fidèles compagnons : la panthère noire Bagheera, le loup Frère Gris, et l’ours Baloo. Contrairement aux livres et aux adaptations précédentes, nous apprenons en effet que Mowgli et Baloo se sont rencontrés étant enfants et ont grandi ensemble.

Incarné par un athlétique Jason Scott Lee prenant dignement la relève de Sabu, Mowgli a appris de ses amis mammifères la ruse, la souplesse, la langue et les lois indispensables à la survie dans la forêt sauvage. La menace de son ennemi juré, le tigre Shere-Khan, plane d’ailleurs toujours sur lui. Kitty Brydon (Lena Headey), la jeune Anglaise qui fut son premier amour, est encore l’élue de son cœur, mais elle est courtisée par l’impitoyable capitaine William Boone (Cary Elwes), qui n’hésite pas à faire emprisonner son rival et à salir sa réputation. Ce triste événement enseigne à Mowgli la férocité et l’injustice de ses semblables. Grâce à l’influence de son père le colonel Geofferey Brydon (Sam Neill), Kitty obtient la libération de celui qu’elle aime, mais les ennuis ne font alors que commencer…

Romance sauvage

Le film recycle donc tant bien que mal plusieurs épisodes des aventures de Mowgli racontés par Kipling, non sans une certaine mièvrerie, intégrant au passage la quête cupide d’un sabre précieux déjà présente dans la version de 1942, et reposant sur une love story tout à fait en phase avec les dessins animés produits par les studios Disney dans les années 90, tendance confirmée par le slow langoureux chanté pendant le générique de fin. Du chef d’œuvre animé de 1967, le film de Stephen Sommers récupère la cité des singes (les matte paintings imitant fidèlement les dessins du cartoon), leur roi orang-outan (alors que chez Kipling les singes n’ont pas de chef), son nom (par le truchement d’un clin d’œil sur le portrait du roi Louis), et même la fausse mort de Baloo. Aux côtés de Jason Scott Lee, Cary Elwes interprète un méchant de bande dessinée, John Cleese joue comme à son habitude le « british » délicieusement pédant, et Sam Neill, à contre-emploi, incarne un officier qui semble s’inspirer du colonel Hati du dessin animé, tandis que la peu charismatique Lena Headey est le joli minois de l’affiche. Avec Un cri dans l’océan et La Momie, Stephen Sommers allait nous offrir des spectacles bien plus réjouissants que ce Livre de la jungle édulcoré pour midinettes.

 

© Gilles Penso


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LES DÉMONS DU MAÏS 6 (1999)

Et de 6 ! La saga des enfants maléfiques vaguement inspirée par les écrits de Stephen King se paie ici Nancy Allen et Stacy Keach en vedettes invitées…

CHILDREN OF THE CORN 666 : ISAAC’S RETURN

 

1999 – USA

 

Réalisé par Kari Skogland

 

Avec John Franklin, Natalie Ramsey, Gary Bullock, Alix Koromzay, Stacy Keach, Nancy Allen, Paup Popowich

 

THEMA ENFANTS I DIABLE ET DÉMONS I SAGA STEPHEN KING I LES DÉMONS DU MAÏS

En dépit de tout sens commun et de toute cohérence, la saga Les Démons du maïs initiée en 1984 poursuit son bonhomme de chemin avec ce sixième épisode qui s’oublie aussitôt après son visionnage, malgré quelques guest stars sur le retour et une tentative de retour aux sources premières de la franchise. Les Démons du maïs 6 est réalisé à la va vite par Kari Skogland, une téléaste ayant notamment œuvré pour les séries Nikita et The Crow. Lorsque le film commence, Hannah Martin (Natalie Ramsey) est de retour dans Gatlin, sa ville natale. Elle embarque sur la route un autostoppeur prêcheur qui lui cite des passages de la Bible puis disparaît soudain mystérieusement, tandis que la jeune femme fait une embardée et plante sa voiture dans un champ de maïs. Hannah est venue chercher sa mère Rachel, qui est prétendue morte, et qu’incarne une Nancy Allen (Pulsions, Robocop) à la beauté miraculeusement préservée. À ses côtés, Stacy Keach joue le médecin de l’hôpital de Gatlin.

Mais l’élément le plus singulier du casting est John Franklin, interprète original du petit Isaac dans le tout premier épisode de la saga réalisé par Fritz Kiersch. Petit, trapu, affublé d’un visage d’enfant vieilli et d’une voix haut perchée, le comédien suscite un certain malaise à chacune de ses apparitions. Son personnage sort du coma et relance la secte du maïs à Gatlin, dont la cible est cette fois-ci la génération des adultes qui étaient enfants dans les années 80. Comme il ne se passe à peu près rien pendant le film, Hannah est souvent en proie à des hallucinations furtives (sang, cadavres d’humains ou d’animaux, personnages bizarres), histoire de tenir le spectateur en éveil. Une vague histoire de prophétie qui doit se réaliser lorsque seront unis le premier fils et la première fille des enfants du maïs originaux s’intègre timidement à l’intrigue sans la faire beaucoup avancer.

« Je n’ai pas d’âme ! »

La mise en scène excessivement maniérée de Kari Skogland rend souvent incompréhensibles les actions ou les faits et gestes des personnages. Les bizarreries des prises de vues et du montage – truffé de fondus enchaînés et de ralentis – semblent surtout avoir pour but de cacher la vacuité du film, qui se prend très au sérieux malgré son concept absurde et son méchant cabotinant sans la moindre retenue (à sa décharge, comment prononcer sobrement des répliques comme « Boudha, Gandhi, même Jésus Christ avaient des visions d’un monde parfait… Ma vision est absolue ! » ou encore « Je n’ai pas d’âme ! » ?). Comme les trois précédents, ce sixième opus fut exploité directement en vidéo (en VHS et en DVD), avec un succès très modéré mais suffisant pour générer un septième et dernier (enfin !) épisode. Bien sûr, le matériel promotionnel continue de mettre abusivement en avant le nom de Stephen King, qui se serait bien passé de cette saga interminable de moins en moins connectée avec sa nouvelle initiale. Malin, le titre original des Démons du maïs 6 décline le « Nombre de la Bête » 666. On s’amuse comme on peut.

 

© Gilles Penso

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À TON IMAGE (2004)

Christophe Lambert entre dans la peau d’un médecin qui joue dangereusement avec la génétique pour que sa femme tombe enceinte…

À TON IMAGE

 

2004 – FRANCE

 

Réalisé par Aruna Villiers

 

Avec Nastassja Kinski, Christophe Lambert, Audrey de Wilder, Rufus, Andrzej Seweryn, Francine Bergé, Lyes Salem

 

THEMA DOUBLES I MÉDECINE EN FOLIE

Produit par Luc Besson, À ton image est l’œuvre de deux collaborateurs réguliers de Jean-Pierre Jeunet : le scénariste Guillaume Laurant, co-auteur du Fabuleux destin d’Amélie Poulain et d’Un long dimanche de fiançailles, et la réalisatrice Aruna Villiers, scripte de Delicatessen, La Cité des enfants perdus et Alien la résurrection. Le point de départ, inspiré d’un roman de Louise L. Lambrichs, évoque beaucoup celui de La Malédiction, si ce n’est que l’argument diabolico-théologique a ici cédé le pas au bon vieux thème de l’apprenti-sorcier. Christophe Lambert y incarne Thomas, un obstétricien bien sous tous rapports qui s’éprend de Mathilde (Nastassja Kinski), une jeune femme blessée par un passé douloureux. Sans plus tarder, les deux tourtereaux s’installent ensemble et se marient. Tout serait merveilleux si un bambin babillant se mêlait au joyeux couple. Hélas, il faut bientôt se rendre à l’évidence :  Thomas et Mathilde ne peuvent pas avoir d’enfant. La déception se mue bientôt en résignation, mais dans la tête de Thomas, les choses ne sont pas si simples. Le médecin sait en effet que le clonage a fait des progrès considérables.

Et si un peu d’ADN prélevé sur son épouse servait à la conception d’un nouveau-né d’un genre nouveau ? Éthiquement, c’est évidemment contestable, mais le sauvetage de leur couple n’en vaut-il pas la peine ? La tentation est grande, et notre obstétricien finit par craquer. Mathilde tombe donc enceinte et accouche d’une jolie petite Manon sans se douter de sa nature eugénique. En grandissant, le clone se mue en adolescente et manifeste un comportement de plus en plus troublant. Ce n’est pas l’antéchrist mais presque, preuve qu’en matière de science-fiction, lorsque l’homme se substitue à Dieu, le diable n’est jamais très loin. Mignonne, brillante, très ressemblante à sa mère (et pour cause !), Manon a des accès de violence incontrôlables, comme lorsqu’elle tente de noyer un de ses camarades de classe dans une piscine. Quand elle révèle finalement sa véritable nature, machiavélique et psychopathe, Thomas est bien obligé de révéler à son épouse qu’il ne s’agit pas d’une enfant comme les autres…

L’apprenti-sorcier

Le sujet d’À ton image soulève donc une foule de questions passionnantes, d’autant que le clonage et le dédoublement ne sont généralement pas traités sous cet angle. Mais le scénario n’évolue guère au-delà du prévisible, la mise en scène est avare en innovations et les comédiens manquent singulièrement de conviction, à l’exception de la jeune Audrey de Wilder, seule à vraiment tirer son épingle du jeu. On sent bien que Christophe Lambert cherche ici à échapper à l’étiquette du cinéma d’action de seconde zone qui lui colle à la peau, mais sa prestation reste très ordinaire, tout comme celle de Nastassja Kinski qui assure le service minimum. C’est dommage, car en de furtifs moments, À ton image se permet de jolies audaces visuelles, comme ces cellules vues au microscope qui se muent progressivement en cour de récréation agitée, ou ces gros plans d’entrailles du corps humain (œuvre des maquilleurs spéciaux Jean-Christophe Spadaccini et Denis Gastou). Pour le reste, l’œuvre demeure très anecdotique, affublée de surcroît d’une musique assez horripilante.

 

© Gilles Penso

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