REPO MEN (2010)

Une fable futuriste cinglante et sanglante dans laquelle Jude Law et Forrest Whitaker démembrent ceux qui ne peuvent plus payer leurs organes…

REPO MEN

 

2010 – USA

 

Réalisé par Miguel Sapochnik

 

Avec Jude Law, Forrest Whitaker, Alice Braga, Liev Schreiber, Carice Van Houten, Chandler Canterbury, Joe Pingue, Liza Lapira

 

THEMA FUTUR

Il est surprenant qu’un grand studio comme Universal et que des comédiens aussi populaires que Jude Law et Forrest Whitaker aient osé se lancer dans cette fable futuriste qui, sous ses allures de divertissement de science-fiction grand public, abrite une satire sociale cinglante qui ne recule devant aucun effet gore pour délivrer ses salves acerbes. Certes, le sujet même du roman « The Repossession Mambo », écrit par Eric Garcia, n’avait rien d’un conte pour enfants. Mais une adaptation « mainstream » aurait tout à fait été envisageable, surtout avec de telles têtes d’affiche. Or ni les scénaristes (Garcia lui-même et son complice Garrett Lerner), ni le réalisateur Miguel Sapochnik ne semblent vouloir édulcorer le propos initial. Ainsi, lorsque nos « héros » entrent en scène pour récupérer un organe impayé, les armes les plus tranchantes s’acharnent sur les corps des malheureux endettés, le sang gicle sans la moindre demi-mesure, et l’équipe des effets spéciaux s’en donne à cœur joie, sous les bons auspices du maquilleur Andy Clement.

Comme Law et Whitaker, dans le rôle des deux « repo-men » les plus efficaces de leur génération, s’acquittent de leur tâche avec une bonne humeur excessive pour pouvoir toucher leur prime, il semble difficile de trouver chez ces tueurs officiels un pôle d’identification. D’autant que si l’un d’entre eux finit par se retourner contre le système, c’est moins par un élan soudain de conscience humaniste que pour des raisons strictement personnelles. Pourtant, ces protagonistes nous attirent et nous touchent, suscitant auprès des spectateurs une empathie qui semblait de prime abord impensable. Ce petit miracle, sans lequel Repo Men ne serait qu’un défouloir dénué d’émotion, repose beaucoup sur les épaules des deux comédiens principaux, cassant volontairement leur image de superstars sympathiques pour composer des anti-héros cyniques et désabusés. Même l’excellent Liev Schreiber parvient à contourner les écueils du manichéisme, malgré les ignominies perpétrées par la société que dirige son personnage.

Violent et décomplexé

Le questionnement moral est donc au cœur du récit, mais le scénario refuse ostensiblement de se soumettre au dictat du politiquement correct. Aucune réelle rédemption ne vient illuminer le destin de ces employés modèles, et si l’acte final de Repo Men semble vouloir racheter les péchés de chacun en préservant la morale, ce n’est qu’un leurre savamment orchestré qui s’achemine sans détour vers un dénouement pour le moins surprenant. Et pour mieux noyer le poisson, le long-métrage de Miguel Sapochnik s’offre les atours d’une superproduction d’anticipation digne de ce nom, révélant d’impressionnants panoramas d’une cité cyclopéenne où le métro aérien se faufile tel un serpent entre d’immenses immeubles, et ponctuant ses péripéties de combats musclés et spectaculaires au cours desquels Forrest Whitaker peut pleinement exploiter sa maîtrise des arts martiaux. Violent, décomplexé, rythmé par une bande originale énergisante qui alterne les envolées symphoniques de Marco Beltrami et une playlist musicale joyeusement décalée, Repo Men nous évoque les œuvres subversives et impertinentes de Paul Verhoeven. Comme référence, il y a pire.

 

© Gilles Penso

LES ENFANTS DU MAÏS 4 : LA MOISSON (1996)

Naomi Watts et Karen Black tiennent la vedette de ce quatrième épisode où de nouveaux enfants sont possédés par le démon imaginé par Stephen King

CHILDREN OF THE CORN IV : THE GATHERING

 

1996 – USA

 

Réalisé par Greg Spence

 

Avec Naomi Watts, Karen Black, Jamie Renée Smith, Mark Salling, Brent Jennings, Toni Marsh, Lewis Fanagan III

 

THEMA ENFANTS I DIABLE ET DÉMONS I SAGA DÉMONS DU MAÏS I STEPHEN KING

Contrairement aux trois premiers films de la saga des Démons du maïs, ce quatrième épisode, sobrement sous-titré La Moisson, sort directement en vidéo. C’est un signe des temps, et il en sera de même pour tous les opus suivants. Le titre français opte d’ailleurs bizarrement pour Les Enfants du Maïs au lieu des Démons du Maïs. Oubliant le final du long-métrage précédent,  qui annonçait une apocalypse à l’échelle planétaire avec le déploiement d’un grand monstre animatronique digne de Lovecraft, celui-ci revient à un cadre rural et modeste. Alors en début de carrière, Naomi Watts interprète la jeune Grace Rhodes, interrompant ses études pour rendre visite à sa mère June (Karen Black) dans une petite ville du Nebraska. Prise d’une peur irrationnelle des champs de maïs, en proie à de terribles cauchemars, June refuse de dépasser le perron de sa maison. Nous découvrons alors le reste de la famille de Grace : sa petite sœur Margaret, encore enfant, et son frère James, préadolescent. De toute évidence, ce sont des proies idéales pour le culte du maïs.

Grace reprend provisoirement son ancien travail d’infirmière pour le médecin local et découvre que les jeunes enfants du coin sont tous pris de violents accès de fièvre et de convulsions. Il ne s’agit évidemment pas d’un simple virus. Ils sont possédés par l’esprit d’un enfant fantôme/zombie surgi d’un puits. Bientôt, tous ces charmants bambins se mettent à déambuler en groupe, à la façon de ceux du Village des damnés, et à assassiner les habitants. Lors d’une scène assez marquante, le sang des enfants stocké dans les tubes à essai déborde pour se transformer en une marre écarlate d’où émerge une main armée d’une faucille. Mais le reste du temps, les séquences horrifiques et les meurtres surprennent surtout par leur manque d’inventivité. L’homme transpercé par toutes sortes d’outils dans une grange (faux, fourche, faucille) et plus tard l’infirmière assaillie par des objets tranchants se contentent ainsi de plagier le climax de Carrie.

Cauchemars à répétition

Au fil d’une intrigue routinière et ennuyeuse, les personnages n’en finissent plus de faire des cauchemars imbriqués les uns dans les autres jusqu’à ce que les événements tournent à la parodie involontaire. Finalement, le film de Greg Spence illustre à merveille la théorie de la relativité développée par Albert Einstein. En effet, malgré sa courte durée (à peine plus d’une heure), Les Enfants du maïs : la Moisson semble interminable. Spence réalisera deux ans plus tard un autre film de genre, Prophecy 2, avant de se concentrer sur ses activités de producteur (on le retrouvera au générique de nombreuses séries dont Game of Thrones). Naomi Watts, quant à elle, devra attendre le Mulholland Drive de David Lynch pour se muer progressivement en superstar et tenter de faire oublier de sa filmographie ces premiers pas embarrassants aux côtés des enfants du maïs.

 

© Gilles Penso

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ABBY, LA MALÉDICTION NOIRE (1974)

Une version Blaxploitation de L’Exorciste qui raconte la possession diabolique d’une jeune femme par un esprit africain…

ABBY

 

1974 – USA

 

Réalisé par William Girdler

 

Avec William Marshall, Terry Carter, Austin Stoker, Carol Speed, Juanita Moore, Charles Kissinger, Elliott Moffitt

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Le cinéma de Blaxploitation des années 70 s’étant attaqué sans vergogne aux grands classiques du fantastique avec Blacula et Blackenstein, William Girdler décida de prendre la relève en puisant cette fois-ci son inspiration dans un succès tout récent, l’incontournable L’Exorciste de William Friedkin. L’initiative est bien peu inventive et le résultat pas vraiment folichon. Parti au Nigeria faire des fouilles archéologiques, le père Garnet Williams (William Marshall, qui incarna justement le rôle-titre de Blacula) découvre un étrange coffret en bois renfermant l’esprit du démon Eshu. Comme la Pandore de la mythologie, Williams ouvre malencontreusement le reliquat, libérant aussi sec l’entité vaporeuse. Les fâcheuses conséquences ne tardent pas à se faire sentir plusieurs milliers de kilomètres plus loin. Abby Williams (Carol Speed), belle-fille de l’ecclésiastique, se met en effet à adopter un comportement étrange de plus en plus préoccupant. Elle se taillade d’abord le bras avec un couteau de cuisine, puis blasphème avec une voix de ténor, bave abondamment et déplace les meubles à distance, tandis que le visage du démon grimaçant apparaît furtivement dans le montage. Merci William Friedkin !

En pleine hystérie, Abby provoque même la crise cardiaque d’une pauvre femme. Le brave pasteur Emmett Williams (Terry Carter), son époux, la fait hospitaliser d’urgence, mais elle s’en échappe aussitôt et se met à écumer un night-club qui obéit à tous les clichés de l’époque : musique funky, boule à facettes et coupes afro. Là, notre possédée aguiche tous les hommes qu’elle croise, notamment un de ses amis qu’elle entraîne dehors avant de se jeter sur lui dans sa voiture, tirant abondamment la langue et poussant des gémissements bestiaux. Puis la force démoniaque tue le malheureux (à l’écran, la voiture est secouée tandis qu’une machine à fumée envoie des volutes à tout va !). 

Procès pour plagiat

En désespoir de cause, Garnet Williams fait appel à son père afin qu’il se lance dans un exorcisme, pratique décidément très à la mode dans le cinéma d’épouvante des années 70. La séance a lieu directement dans le night-club, après que tous les occupants aient été instamment priés d’aller se trémousser ailleurs. Tous les lieux communs de la possession démoniaque sont alors de la partie : grognements de monstres, incantations dans des langues étrangères, lévitation. Simple mais efficace, le maquillage d’Abby, au sommet de ses crises, est constitué de lentilles de contact blanches et de sourcils épaissis, tandis que le démon Eshu apparaît brièvement sous forme d’un visage grimaçant généreusement garni de prothèses déformant son faciès. A l’issue de l’exorcisme, les explosions s’enchaînent, puis le démon réintègre sa prison de bois et tout rendre dans l’ordre. Mal réalisé, mal joué, Abby la malédiction moire s’avère finalement très routinier et n’apporte pas grand-chose au genre. N’appréciant guère le plagiat, Warner Bros intenta un procès à American International afin d’empêcher la distribution en salles du film. Abby fut donc longtemps invisible, et ceux qui le découvrirent sur le tard constatèrent finalement qu’ils n’avaient pas manqué grand-chose.

 

© Gilles Penso

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DUNE (2021)

37 ans après David Lynch, Denis Villeneuve propose sa propre version du classique de Frank Herbert et livre aux spectateurs un film-monument…

DUNE

 

2021 – USA / CANADA

 

Réalisé par Denis Villeneuve

 

Avec Timothée Chalamet, Rebecca Ferguson, Oscar Isaac, Jason Momoa, Stellan Skarsgård, Josh Brolin, Javier Bardem, David Bautista, Zendaya, Charlotte Rampling

 

THEMA SPACE OPERA

Pour Denis Villeneuve, Dune est un rêve d’enfant qui se réalise. À l’âge de douze ans, il dévore le roman de Frank Herbert et ne pense dès lors qu’à une chose : en faire un film. La version de David Lynch qu’il découvre quelques années plus tard ne le décourage pas. Elle le pousse au contraire à poursuivre ce rêve pour être le plus fidèle possible à la prose de l’écrivain. Dix ans plus tard, Villeneuve devient réalisateur, et lorsqu’il se lance enfin dans la science-fiction, c’est sciemment pour préparer le terrain du futur Dune qu’il a toujours en tête. Premier contact et Blade Runner 2049 sont donc à ses yeux les étapes nécessaires pour atteindre son graal. Et pour se sentir libre de sa création, le cinéaste canadien décide de produire lui-même ce nouveau Dune. Le scénario est signé Eric Roth (auteur entre autres de Forrest Gump, Munich, Benjamin Button ou encore A Star is Born). Incapable de réduire son texte en dessous de la barre des 200 pages – ce qui impliquerait une durée trop longue d’après le studio Warner Bros -, il est relayé par la plume moins prestigieuse de John Spaihts (Prometheus, Doctor Strange, La Momie). Cette écriture à quatre mains, supervisée de près par le réalisateur, restitue avec beaucoup de finesse l’essence du roman d’Herbert, capitalisant sur l’aura mystique du texte sans jamais perdre les spectateurs dans une quelconque nébulosité. Chaque enjeu – qu’il soit familial, militaire, politique ou personnel – est clairement défini. Tout tourne finalement autour de l’acceptation d’une immense responsabilité et de l’anticipation des conséquences qu’elle implique.

Comme son prédécesseur de 1984, Dune s’appuie sur un casting de premier ordre. Du côté des Atréides, le charisme dévore l’écran. Comment pourrait-il en être autrement face à des figures aussi fortes que Rebecca Ferguson, Oscar Isaac, Josh Brolin ou même Jason Momoa (dans son meilleur rôle) ? Certes, Timothée Chalamet a beaucoup moins de caractère et n’imprime pas le film d’une grande empreinte. Mais Kyle McLachlan ne crevait guère plus l’écran chez David Lynch. Paul Atréides a besoin de s’affirmer au sein d’un récit tumultueux qui le montre d’abord immature et mal dégrossi, première étape d’une quête initiatique creusant plus tard chez lui les sillons de la maturité. On pourra en revanche regretter le traitement du Baron Harkonnen. Recouvert de prothèses grossissantes, Stellan Skarsgård a du mal à laisser affleurer son talent sous la défroque d’un « super-vilain » plus blême et moins impressionnant que l’horrible « pustule flottant » qu’incarnait Kenneth McMillan en 1984. Du côté des monstres, c’est surtout la réinvention des vers des sables qui saute aux yeux. Ceux conçus par Carlo Rambaldi pour Lynch avaient déjà de quoi marquer les mémoires. Ici, leur taille devient démente, cyclopéenne, à tel point qu’il nous est quasiment impossible de les appréhender d’un seul regard, leur bouche démesurée s’ouvrant dans les dunes comme le Sarlacc du Retour du Jedi.

Un demi-film

Dès ses premières secondes, Dune frappe par la magnificence de sa mise en forme. Ceux qui ont vu Blade Runner 2049 ne doutaient pas des dons d’esthète de Denis Villeneuve, mais force est de reconnaître que l’écrin visuel dans lequel il sertit son film est d’une beauté à couper le souffle, loin de la grisaille morose que laissait craindre un poster officiel bizarrement neurasthénique. Villeneuve a surtout l’art de composer des plans étonnant dans lequel les éléments de science-fiction pure s’insèrent avec un naturel désarmant. Comment ne pas être persuadé que tous ces objets gigantesques se libérant de la loi de la gravité n’existent pas réellement ? Comment ne pas croire dur comme fer à la tangibilité des « ornithoptères » empruntant leur morphologie à celle des libellules ? Cette pleine harmonie entre la mise en scène et la mise en image surprend d’autant plus que Villeneuve se prive de son directeur de la photographie habituel Roger Deakins et collabore pour la première fois avec Greig Fraser (Rogue One). Mais cette somptuosité indiscutable finit par s’assortir d’une certaine fadeur. Face aux visions folles d’artistes aussi singuliers qu’Alejandro Jodorowsky (dont le Dune ne vit jamais le jour) ou David Lynch (qui signa une œuvre « malade » mais ponctuée de fulgurances), il est difficile de ne pas reprocher au Dune de Villeneuve son caractère un tantinet terne et impersonnel. Et l’on ne peut s’empêcher de trouver présomptueuses les déclarations du réalisateur définissant Dune comme un « Star Wars pour adultes », comme si la saga de George Lucas ne portait pas elle-même en germe des motifs universels propres à toucher toutes les générations. Autre frustration : Dune n’est en réalité qu’un « demi-film », s’interrompant à mi-parcours pour laisser les spectateurs en suspens, dans l’attente d’un second épisode que Warner a préféré ne mettre en chantier qu’après s’être assuré des bénéfices du premier opus. Contrairement à L’Empire contre-attaque ou La Communauté de l’Anneau qui s’arrêtaient certes sur une fin très ouverte mais n’oubliaient pas de développer chacun la structure complète d’un film autonome avec tous ses actes dramatiques et tous ses climax émotionnels, Dune s’arrête sans avoir eu le temps de décoller. Il faudra donc voir la suite pour pouvoir vraiment juger le film dans son intégralité.

 

© Gilles Penso

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THE FLINTSTONES – LA FAMILLE PIERRAFEU (1994)

La célèbre série animée des années 60 se transforme en film exubérant porté par l’enthousiasme de John Goodman…

THE FLINTSTONES

 

1994 – USA

 

Réalisé par Brian Levant

 

Avec John Goodman, Elizabeth Perkins, Rick Moranis, Rosie O’Donnell, Kyle McLachlan, Halle Berry, Elizabeth Taylor

 

THEMA DINOSAURES I EXOTISME FANTASTIQUE

Traduire sur grand écran l’univers démentiel de la très populaire série de dessins animés Flintsones (Les Pierrafeu, 1960), avec des acteurs en chair et en os et des prises de vues réelles, était une vraie gageure. Comment reconstituer cet univers excentrique dans lequel le seul mot d’ordre semble être l’anachronisme ? Comment donner vie à cette famille préhistorique qui vit au milieu des dinosaures dans un confort très moderne ? Il suffit de prononcer le mot magique : Spielberg, ou plutôt Spielrock, puisque c’est sous ce nom qu’apparaît à l’écran le célèbre réalisateur, ici producteur exécutif aux côtés de William Hanna et Joseph Barbera, initiateurs de la série originale. L’entrée en matière a de quoi couper le souffle. La caméra y virevolte au milieu d’une cité préhistorique emplie de maisons de banlieue taillées dans le roc, de citoyens vêtus à la mode paléolithique, et ornée d’un grand chantier dans lequel les brontosaures servent de grues. La suite ne désavoue pas cette démesure, puisqu’on y découvre les caractéristiques hors du commun de cette ville des cavernes baptisée Bedrock. Les habitants sont des hommes de Cro-Magnon plein d’entrain qui travaillent pour la plupart au chantier de la puissante Slate & Co, puis se distraient le soir au bowling, fréquenté également par des Néanderthaliens hirsutes, ou au drive-in, dans lequel on peut voir projeté « Tar Wars », à moins qu’ils ne se repaissent au fast-food du coin, le Rock Donald’s.

Tout ce beau monde circule dans des voitures en bois mues par la force des pieds, et les enfants s’ébattent dans le Jurassic Park d’acclimatation. Un tas d’animaux pseudo-préhistoriques sont recyclés en matériel de toutes sortes : outre les dino-grues, on utilise entre autres des homards géants tondeuses à gazon, des cochons sauvages broyeurs d’ordures, des mammouths robinets ou encore des volatiles dictaphones. Ces trouvailles sans cesse renouvelées sont propres à attiser l’intérêt des plus blasés, d’autant que cet univers anachronique reste cohérent notamment grâce aux décors de William Sandell (Robocop, Total Recall). On ne peut pas en dire autant des costumes (pourtant signés Rosana Norton, qui œuvra sur Phantom of the Paradise et Tron), lesquels tiennent moins de la peau de bête recyclée que du morceau de tissus peint et découpé. John Goodman et Elisabeth Perkins sont les parfaites incarnations en chair et en os (surtout en chair pour Goodman) de leurs ancêtres dessinés Fred et Wilma Flintstones. A leurs côtés, on reconnaît sous les haillons un réjouissant Rick Moranis alias Barney, le meilleur ami de Fred, mais aussi Kyle MacLachlan, ici un peu sous-exploité en méchant stéréotypé, ainsi que l’immense Elizabeth Taylor en belle-mère assez peu supportable.

« Yabba-Dabba-Doo ! »

Quant aux dinosaures, ils bénéficient des progrès effectués sur Jurassic Park. Images de synthèses concoctées par ILM, créatures animatroniques conçues par l’atelier Jim Henson, ou mélange des deux, en particulier pour l’affectueux Dino, ils font tous quelques apparitions furtives mais remarquées tout au long du film. Mais que raconte-t-il, au juste, ce fameux film ? Il faut bien avouer que c’est là que le bât blesse, car le scénario des Flintstones n’a rien de bien palpitant. On y découvre l’ascension de Fred Flinstone à un haut poste de la société Slate & Co, sa rupture avec ses amis suite à ses élans de snobisme, les magouilles du président Cliff Vandercave qui manipule Fred, et la victoire finale des gentils qui se réconcilient. Évidemment, avec une intrigue aussi anémique, le spectateur ressent quelque part un sentiment de vide assez profond. Fort heureusement, ce scénario filiforme ne se prend jamais au sérieux et s’affirme presqu’ouvertement comme un simple prétexte, les auteurs ayant eu le bon goût de ne pas se laisser aller à un sentimentalisme ou à une surdramatisation à côté de la plaque. C’est donc ses penchants burlesques, sa bonne humeur communicative et sa jovialité de tous les instants qui sauvent le film de l’ennui. Et puis comment résister à l’entrain de John Goodman, sorte d’Obélix du Cénozoïque qui ne rate jamais une occasion de s’élancer dans les airs, la massue à la main, pour hurler son célèbre « Yabba-Dabba-Doo ! » ?

 

© Gilles Penso


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ARACHNIA (2003)

Des araignées géantes en stop-motion attaquent un groupe d’étudiants dans cette série B d’horreur qu’on croirait échappée des années 50

ARACHNIA

 

2003 – USA

 

Réalisé par Brett Piper

 

Avec Rob Monkiewicz, Irene Joseph, David Bunce, Bevin McGraw, Alexxus Young, James Aspden, Dan Merriman

 

THEMA ARAIGNÉES

Brett Piper adore les gros monstres animés image par image façon Ray Harryhausen, comme le prouvent Mystérieuse planète, A Nymphoïd Barbarian in Dinosaur Hell ou l’extraordinaire court-métrage The Return of Captain Sinbad passé hélas complètement inaperçu. Avec Arachnia, il s’en donne de nouveau à cœur joie, écrivant, réalisant et créant les effets spéciaux d’une improbable série B de science-fiction dont le scénario n’est qu’un prétexte pour mettre en scène des bestioles qu’on croirait échappées des années 50. Le professeur de paléontologie Jonathan Mugford et un petit groupe d’étudiants volent à bord d’un avion de tourisme en direction d’un site de fouilles dans l’Arizona. Surpris par une pluie de météorites, le pilote atterrit en catastrophe. Tous échappent de justesse au crash et se réfugient dans une ferme qui semble abandonnée. Mais leur répit est de courte durée, car les voilà bientôt assaillis par des araignées grosses comme des éléphants. Réveillées par la chute d’une des météorites, elles se mettent désormais en quête d’hôtes humains pour y pondre leurs œufs.

Voilà pour le script, manifestement pas conçu pour entrer dans les annales. Les comédiens et les dialogues sont à l’avenant, c’est-à-dire insipides et saugrenus. Chaque personnage répond à un cliché excessif : le professeur arrogant, l’élève obsédé sexuel, le pilote musclé, la surveillante énergique et deux étudiantes ahuries qui passent leurs journées à prendre des bains ensemble ou à coucher dans le même lit pour s’initier aux joies du lesbianisme. Piper en profite pour filmer des séquences d’érotisme soft dont il s’est également fait une spécialité, et qui s’insèrent régulièrement dans le métrage sans faire avancer l’intrigue d’un poil. Restent les araignées géantes. Rugueuses comme des crustacés, animées avec nervosité et dynamisme, celles-ci s’inscrivent dans des séquences d’action plutôt originales. Notamment l’agression d’un homme dans sa voiture par deux arachnides qui le coupent en deux et en dévorent chacun une moitié. Ou encore l’affrontement du héros armé d’une tronçonneuse et d’un des monstres sur le toit de la ferme.

Références old school

Les trucages sont basiques et la texture des créatures traduit le manque de moyens de Piper, mais l’ensemble distille un indéniable charme rétro. La séquence finale voit les survivants se jeter dans la gueule du loup, autrement dit la caverne qui sert de repère aux monstres, afin de détruire le mal à la racine. La dernière bobine d’Arachnia se teinte ainsi de références au Scorpion noir de Ludwig Berger. Piper se paie même un clin d’œil à L’Homme qui rétrécit au moment où le valeureux pilote, recouvert par une araignée sur le point de le dévorer, parvient à l’éventrer avec sa tronçonneuse et se retrouve couvert de sang poisseux. Absurde et emphatique, le dénouement voit l’armée débarquer au grand complet et dynamiter les bestioles envahissantes, le tout avec une demi-douzaine de figurants et une réutilisation inlassable du même plan d’explosion d’araignée géante. Brett Piper nous prouve une fois de plus que la petitesse du budget ne réfrène jamais ses ambitions, même si le résultat s’avère ici d’une désarmante maladresse.

 

© Gilles Penso

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OBLIVION (1994)

Un mixage improbable entre le western et la science-fiction avec des cowboys, des aliens, des cyborgs et des scorpions géants…

OBLIVION

 

1994 – USA

 

Réalisé par Sam Irvin

 

Avec Richard Joseph Paul, Jackie Swanson, Andrew Divoff, Meg Foster, Isaac Hayes, Julie Newmar, Carel Struycken, George Takei, Musetta Vander, Jimmie F. Skaggs

 

THEMA SPACE OPERA EXTRA-TERRESTRES I INSECTES ET INVERTÉBRÉS I SAGA CHARLES BAND

Né de l’imagination fertile du producteur Charles Band, Oblivion recycle un projet baptisé « Shoot to Kill » développé une première fois en 1986 pour la compagnie Empire. Band profite de ce projet audacieux – qui mixe le western et la science-fiction – pour inaugurer les studios Castel qu’il a acquis en Roumanie. L’intégralité du tournage se déroule donc en périphérie de Bucarest, dans des conditions précaires et bancales sous la direction de Sam Irvin (futur réalisateur de L’Île magique et Elvira et le château hanté). Au scénario, on note la présence de Peter David, dont le nom allait plus tard devenir fameux dans le monde des comic books (notamment chez Marvel et Dark Horse). Oblivion donne le ton dès son premier plan : dans le ciel immaculé d’un désert de Far West surgit un vaisseau spatial, accompagné d’une musique martiale qui mime avec les moyens du bord les envolées symphoniques de John Williams. Tous les clichés du western sont dès lors détournés à la mode futuriste (le duel, la bagarre de saloon, la taverne avec les prostituées, les fusillades au ralenti), avec un certain goût prononcé pour le kitsch. Presque aussi caricatural qu’un film de Troma dont on aurait expurgé le mauvais goût, la nudité ou le gore, Oblivion est un film au ton un peu insaisissable.

Si les acteurs principaux sont incarnés par de parfaits inconnus, cette production Band se distingue tout de même par l’apparition d’une poignée de guest stars surprenantes comme Meg Foster en policier cyborg, Isaac Hayes en barman de saloon ou George Takei en médecin ivrogne. Ce dernier est convaincu de se lancer dans l’aventure par le scénariste Peter David, avec lequel il a collaboré sur plusieurs adaptations en comics de Star Trek. Pris au jeu, Takeï improvise plusieurs de ses répliques, notamment un certain nombre de clins d’œil au personnage de Sulu qui l’a rendu célèbre. Encombré d’un humour généralement poussif et de longs dialogues statiques, Oblivion met en scène une galerie improbable de personnages qui ressemblent tous à des figurants échappés d’un parc d’attraction. Parmi eux, on note des nains surexcités, un géant sinistre, une poignée d’aliens (dont le grand méchant, un homme-lézard qui a la capacité de faire repousser ses membres coupés) et quelques créatures hybrides jouées par des marionnettes (un croisement entre une mouche et une chauve-souris juché sur le panneau de la ville Oblivion, un crapaud crustacé vorace qui assiste à un bras de fer dans un saloon).

Le combat des monstres

L’élément le plus réjouissant du film est finalement – comme très souvent chez Charles Band – la contribution du département effets visuels dirigé par David Allen. Alors très occupé par son projet personnel The Primevals, Allen supervise les effets d’Oblivion et confie la stop-motion à Joel Fletcher. Ce dernier est donc chargé d’animer les « Night Scorps », des scorpions géants à double queue particulièrement impressionnants. Le premier d’entre eux surgit derrière un promontoire rocheux et menace un Indien ficelé au sol. Le design de cette bête hybride, quelque part entre les créatures de Phil Tippett et de Brett Piper, fait son petit effet. La bête est chassée par les coups de feu d’un cowboy mais revient lors du climax nocturne pour affronter l’un de ses congénères et grignoter au passage quelques personnages. Toutes proportions gardées, ce grand final évoque les séquences de monstres du Scorpion noir et de Howard et clôt en beauté un film par ailleurs très anecdotique. Confiant dans le potentiel d’Oblivion, Charles Band lui alloue un budget de 2,5 millions de dollars et prévoit de le sortir en salles. Mais le film sera finalement exploité directement en vidéo en décembre 1994 sans faire beaucoup d’éclat. Une suite sera réalisée dans la foulée mais ne sortira que deux ans plus tard.

 

© Gilles Penso

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PARANO (1993)

Cinq sketches drôles et horrifiques supervisés par Yann Piquer, grand spécialiste des courts-métrages fantastiques français…

PARANO

 

1993 – FRANCE

 

Réalisé par Yann Piquer, Alain Robak, Manuel Flèche, Anita Assal et John Hudson

 

Avec Patrick Bouchitey, Alain Chabat, Jean-Marie Maddedu, Gustave Parking, Smaïn, Jacques Villeret

 

THEMA FANTÔMES I TUEURS 

En 1989 sortait sur les écrans Adrénaline, un film fantastique français constitué d’une série de courts-métrages inégaux mais souvent très inventifs. On y voyait en particulier un vigile attaqué par une caméra de surveillance vivante transformée en sorte d’araignée métallique, ou encore un visage humain sculpté par des gants de boxe avant d’être exposé dans une galerie d’art moderne ! Yann Piquer, initiateur du projet, réitère l’exploit quatre ans plus tard avec Parano, qui fonctionne selon le même principe si ce n’est que les cinq petites histoires qui le constituent sont reliées entre elles par un fil conducteur (une première version de ce « fil rouge » fut tournée par Jan Kounen mais abandonnée car jugée trop noire). Du coup, Parano se rapproche plus du film à sketches que de l’anthologie de courts-métrages. Le lien entre les cinq segments est le suivant : Jean-Claude, un homme assez peu assuré, attend avec anxiété la femme qui a répondu à sa petite annonce. Lorsqu’elle arrive enfin, et qu’elle s’avère pleine de charme, tous les espoirs sont permis. Mais les moindres faits et gestes du malheureux Jean-Claude ramènent à la mémoire de la jeune femme des anecdotes pour le moins inquiétantes…

L’enchaînement des sketches suit donc les épisodes de cette rencontre d’un soir. Jean-Claude allume son briquet, et la jeune femme se souvient de ce pompiste de nuit (Jacques Villeret) confronté à des silhouettes féminines étranges, puis à un pyromane (Jean-François Stévenin) ;  il lui propose d’aller manger une pizza, et elle se remémore la mésaventure de ce livreur de pizza (Smaïn) terrorisé par la reconstitution radiophonique des crimes sanglants d’un psycho-killer ; il envisage de passer un week-end à la campagne avec elle, et elle se rappelle de cet automobiliste (Patrick Bouchitey) condamné à repasser inlassablement par la même route depuis qu’il a failli renverser un cycliste ; ils se retrouvent au lit, et elle évoque une rencontre peu banale entre un dragueur et une dangereuse adepte du sadomasochisme. Exaspéré, Jean-Claude finit à son tour par lui raconter l’histoire d’un plongeur sous-marin (Jean-Marie Maddedu) kidnappé en mer par un Canadair piloté par l’amant de sa femme (Alain Chabat).

Rires et frissons

Indiscutablement, l’initiative de Parano déborde d’originalité, le film étant dirigé par une partie de l’équipe qui réalisa les segments d’Adrénaline, dont Alain Robak, passé depuis au long-métrage avec un Baby Blood très porté sur le gore. L’esprit inventif qui anime Parano s’affirme dès le générique au cours duquel d’étranges bulles se détachent dans un fluide coloré pour s’avérer n’être que de la bière sous pression dans un bar, une idée visuelle qui évoque l’ouverture de L’Aventure intérieure. Le film bénéficie surtout d’une réunion de comédiens pleins d’entrain, tous habitués à la comédie. Et ce choix ne constitue pas un hasard, car ici le comique prime sur le fantastique, même si ce dernier reste très présent. On peut regretter que certaines idées narratives n’aient pas été exploitées jusqu’au bout, comme la rencontre nocturne de Jacques Villeret, trop confuse, ou la destinée inquiétante de Patrick Bouchitey, pourtant digne de La Quatrième dimension. Malgré une qualité irrégulière des scénarios, Parano est à marquer d’une pierre blanche, ne serait-ce que parce que Yann Piquer, à l’encontre de la majeure partie de ses compatriotes cinéastes, persiste coûte que coûte dans la voie du fantastique insolite.

 

© Gilles Penso


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LE CHÂTEAU DU PETIT DRAGON (1994)

Un orphelin américain se lie d’amitié avec un petit dragon écossais qui se mue au fil des années en créature gigantesque…

DRAGONWORLD

 

1994 – USA

 

Réalisé par Ted Nicolaou

 

Avec Alastair Mackenzie, Brittney Powell, John Calvin, Courtland Mead, Janet Henfrey, Stuart Campbell, Andrew Keir

 

THEMA CONTES I DRAGONS I SAGA CHARLES BAND

Sous le label Moonbeam Entertainment, le producteur Charles Band s’est mis au début des années 90 à alimenter vaillamment les rayons des cassettes vidéo pour enfants, camouflant avec pas mal d’habileté la petitesse de ses moyens. Cette branche pour jeune public – penchant « têtes blondes » de Full Moon Entertainment – se partage entre les niaiseries volontiers plagiaires et les agréables réussites. Réalisé et co-écrit par Ted Nicolaou (Terrorvision, Subspecies), Le Château du petit dragon se situe plutôt dans la seconde catégorie, à peu près au même niveau que le sympathique Prehysteria. Après la mort tragique de ses parents alors qu’il a cinq ans, le petit Américain Johnny McGowan (Courtland Mead) part vivre chez son grand-père Angus (Andrew Keir) dans un lointain château écossais dénué du confort moderne. Là, il découvre un bébé dragon avec lequel il se lie d’amitié et qu’il surnomme Yowler. Quinze ans plus tard, le showman américain Lester MacIntyre (John Woodvine), accompagné de sa fille Beth (Brittney Powell), découvre la créature (qui a depuis atteint de très respectables proportions) et propose d’en faire la vedette d’un parc d’attractions…

Bien sûr, cette histoire de monstre gentil exploité par un businessman sans scrupule puis s’échappant à la grande joie de ses amis humains n’est pas d’une folle nouveauté. Les personnages eux-mêmes, sujets à tous les stéréotypes, ne génèrent guère l’enthousiasme, en particulier le héros interprété par un jeune comédien d’une affligeante fadeur. Mais ce château médiéval, ce folklore séculaire, ces sites naturels captés en Ecosse (puis en Roumanie suite à de trop fortes intempéries) et cette bande originale aux accents celtes composée par un Richard Band en grande forme apportent une touche très attrayante au film, finissant presque par masquer ses défauts. Ted Nicolaou reconnaît d’ailleurs Le Château du petit dragon comme le sommet de sa carrière. Et puis il y a la créature elle-même, qui a fière allure en s’inscrivant dans l’imagerie populaire traditionnelle. Il s’agit d’une grande créature bipède dotée d’ailes sur les bras, d’une longue queue, d’un long cou reptilien, d’une bonne bouille qui se termine en bec et de grands yeux expressifs.

Amicalement monstre

L’animation de Yowler est l’œuvre commune de plusieurs artistes ayant travaillé sous la supervision du talentueux animateur David Allen. Mark Rappaport est chargé des gros plans de la tête mécanique, Jim Danforth des nombreuses séquences animées en stop-motion et Randy Cook des plans larges en image de synthèse. « J’ai beaucoup aimé travailler sur ce film », avoue Danforth. « Le monstre avait de l’humour, un peu comme le gorille de Monsieur Joe. Ça nous donnait donc plus de liberté dans son animation. » (1) Le travail conjoint de cette petite équipe est assez remarquable. Nous avons même droit à quelques prouesses visuelles, comme la caméra qui tremble un grand coup lorsque le dragon en animation s’écroule au sol. Les plans composites eux-mêmes s’avèrent très réussis, en particulier ceux de l’arène dans le parc d’attraction, facilités par la finalisation directe du film en format vidéo. Quant à la synthèse, elle ne marque aucune rupture stylistique avec l’animation traditionnelle, et sa présence est d’ailleurs à peine perceptible. « Je crois que c’est l’un des films les plus soignés qui aient été produits par Charles Band », confesse David Allen. « Il était directement destiné au marché vidéo, mais c’est un long-métrage très honorable. » (2) Dommage cependant qu’à force d’être exposé au grand jour, la bête perde de son aura mystérieuse. Sans tomber dans les excès du Dragon du lac de feu, un peu de brume et d’obscurité auraient donné plus d’atmosphère et de caractère dramatique aux apparitions de cet être légendaire.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

 

© Gilles Penso

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CELLAR DWELLER (1987)

Une étudiante en dessin, fan de comic books d’horreur, réveille un démon ancestral qui sommeillait au fond d’une cave…

CELLAR DWELLER

 

1987 – USA

 

Réalisé par John Carl Buechler

 

Avec Debrah Farentino, Brian Robbins, Vince Edwards, Cheryl-Ann Wilson, Jeffrey Combs, Pamela Bellwood, Yvonne De Carlo

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA CHARLES BAND

Après le coup d’essai du Maître du jeu, sur lequel il prouva ses capacités à diriger un court-métrage d’horreur efficace et distrayant garni de créatures originales, le roi des effets spéciaux de maquillage John Carl Buechler (Re-Animator, From Beyond) s’était vu confier par le producteur Charles Band et sa compagnie Empire la réalisation de son premier long, le fameux Troll. Sur sa lancée, Buechler dirige ensuite Cellar Dweller (dont on pourrait traduire le titre par « L’habitant de la cave ») sur un scénario signé Kit Du Bois. Derrière ce pseudonyme énigmatique se cache le débutant Don Mancini, sur le point de passer à la postérité l’année suivante grâce à Jeu d’enfant. Le prologue de Cellar Dweller met en scène Jeffrey Combs, portant quasiment la même tenue que l’Herbert West qu’il campait dans Re-Animator, si ce n’est qu’il a troqué sa seringue au contenu fluorescent contre un crayon. Il entre cette fois-ci dans la peau de Colin Childress, un dessinateur à succès des années 50 spécialisé dans les BD horrifiques façon EC Comics (d’où une certaine filiation entre l’atmosphère de Cellar Dweller et celle de Creepshow). Pour concevoir l’une de ses histoires, il utilise un livre mystique titré « Malédiction des Morts Anciens ». Mais en lisant à voix haute l’une des phrases de l’ouvrage et en dessinant le monstre que ce texte lui inspire, Childress invoque un démon dans le sous-sol qui lui sert de studio. La créature massacre une jeune femme et disparaît finalement dans l’incendie que provoque le dessinateur, mourant lui-même dans les flammes en emportant son secret…

Après ce prologue prometteur, la star de Re-Animator tire sa révérence et laisse la place à d’autres personnages. Car l’intrigue nous transporte alors trente ans plus tard. Transformée en institut artistique dirigé d’une poigne de fer par Madame Briggs (Yvone De Carlo, vénérable actrice des Dix Commandements et de la série Les Monstres), la maison de Childress accueille un petit groupe d’étudiants pratiquant diverses disciplines créatives. Un soir, Whitney Taylor (Debrah Farentino) se joint à eux. Passionnée par le travail de Childress, cette dernière veut prendre sa relève en concevant des comic books dans le même esprit. En fouillant la cave, elle découvre l’antique ouvrage qui jadis réveilla le démon. On devine la suite… Pour qui n’est pas trop regardant côté rigueur scénaristique, Cellar Dweller est un film plaisant et récréatif qui s’appuie principalement sur la présence de sa créature. Le texte ancien qui lui donne vie est plein d’emphase : « Il est à la fois loup-garou, vampire, démon et fantôme ; il déchirerait votre gorge pour en boire le sang et se nourrir de votre cerveau encore chaud. » A l’écran, la chose se concrétise sous forme d’une sorte de colosse velu et simiesque aux oreilles pointues et aux crocs aiguisés. On trouve là toutes les caractéristiques chères aux créations de John Buechler et son équipe, le masque animatronique étant porté par Michael S. Deak.

La bande décimée

Mais si Buechler connaît son affaire en matière de monstres exubérants et grimaçants, il ne sait visiblement pas comment diriger ses comédiens. Tous moins crédibles les uns que les autres, ils agissent ou réagissent généralement n’importe comment, au sein d’une mise en scène désespérément statique. Sans compter les absurdités que le scénario les pousse à faire (avec une mention spéciale pour l’apprenti-écrivain qui menace ses camarades avec un pistolet chargé pour entrer dans la peau de ses personnages, ou l’actrice en herbe qui pousse des hurlements d’horreur en pleine nuit pour évacuer sa nervosité). C’est donc le démon qui est le mieux loti dans cette histoire, surgissant dans une pénombre secourable (pour éviter de révéler le caractère mécanique de ses mimiques) et nous gratifiant de quelques effets gore cartoonesques (dont une décapitation à coup de griffe et un œil gobé en gros plan !). Peu avare en clins d’œil, le cinéaste place dans la chambre de l’héroïne des posters de Re-Animator, Troll, Dolls et Ghost Town. Les scènes les plus originales du film sont finalement celles où les dessins horrifiques griffonnés par Whitney (en réalité œuvre de Frank Brunner) se concrétisent à l’étage du dessus de fort sanglante manière. L’idée est intéressante, mais elle aurait sans doute mieux été exploitée dans un format court (un épisode d’Histoires de l’autre monde ou des Contes de la crypte par exemple) que sur la durée d’un long-métrage. Cellar Dweller sera exploité directement en vidéo en septembre 1988.

 

© Gilles Penso

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