LE CONTINENT OUBLIÉ (1977)

Dans cette suite trépidante du Sixième continent, une expédition de secours se rend sur un monde perdu peuplé de dinosaures et de tribus primitives…

THE PEOPLE THAT TIME FORGOT

 

1977 – GB

 

Réalisé par Kevin Connor

 

Avec Patrick Wayne, Thorley Walters, Doug Mc Clure, Dave Prowse, Sarah Douglas, Dana Gillespie, Milton Rird

 

THEMA DINOSAURES I EXOTISME FANTASTIQUE

Après Le Sixième continent et Centre terre : septième continent, Kevin Connor et ses producteurs se lancent dans Le Continent oublié, une troisième aventure inspirée des écrits d’Edgar Rice Burroughs qui prend directement la suite des événements racontés dans Le Sixième continent. Adapté du second volume du cycle « Caspak », « Le peuple que le temps avait oublié », le film est tourné à Santa Cruz de la Palma (pour les extérieurs) et aux studios Pinewood (pour les intérieurs). La jolie maquette d’un navire évoluant devant de beaux glaciers en matte painting ouvre le film. Nous apprenons qu’une expédition financée par un grand journal s’est montée pour retrouver la trace de Bowen Tyler (le héros du premier film), après qu’une bouteille contenant le récit de ses aventures ait été découverte au large de l’Ecosse. Une fois qu’ils ont gagné l’Antarctique en bateau, le commandant Ben McBride (Patrick Wayne), la journaliste Charly Cunningham (Sarah Douglas), le biologiste Edwin Norfolk (Thorley Walters) et le mécano Hogan (Shane Rimmer) s’envolent en hydravion au-delà d’une impressionnante barrière rocheuse, aux accents d’une partition épique de John Scott. En plein ciel, ils sont attaqués par un ptérodactyle vindicatif qui finit par se blesser mortellement dans l’hélice de l’avion et provoque leur atterrissage en catastrophe. Malgré la maquette peu convaincante du biplan et la marionnette figée du reptile volant, la séquence (qui semble héritée du projet avorté de la Hammer « Zeppelins vs. Pterodactyls ») fonctionne bien grâce à l’habileté de son montage.

 

Au beau milieu de la végétation tropicale, la petite troupe fait d’autres rencontres inattendues, notamment un stégosaure pataud à tête de tortue à la queue duquel ils attachent une corde pour désembourber leur avion, deux cératosaures agressifs dont ils se débarrassent à coups de grenades, et Ajor (Dana Gillespie), une sauvageonne au décolleté affriolant dont le maquillage et le brushing sont franchement anachroniques. « Une authentique femme des cavernes, c’est exactement ce qu’il vous faut ! » s’exclame la facétieuse Charly à l’adresse du très macho commandant McBride. Alors que nos héros sont capturés par une tribu de chasseurs au faciès néanderthalien, les Band-Lu, et livrés en pâture à un étrange carnassier quadrupède à la démarche pataude et à la tête démesurée, Ajor les libère et tous se retrouvent sur la terre des Nagas.

 

Sacrifices et monstres géants

Ce peuple conquérant, qui a massacré la tribu d’Ajor, a des allures de samouraïs masqués (leurs visages sont hideux et malformés) qui vivent dans la montagne des crânes (un matte painting qui pèche par manque de réalisme) et adorent le dieu volcan, sous la dictature du colosse chauve Sabbala (l’impressionnant Milton Reid). Ils s’apprêtent à lui sacrifier Ajor et Charly, mais les hommes emprisonnés retrouvent Tyler et parviennent à s’évader (on note que c’est David Prowse, futur Dark Vador, qui incarne le bourreau !). La bataille finale s’émaille d’autres créatures étranges, notamment des serpents géants dont les têtes jaillissent dans une grotte étroite que les protagonistes sont obligés d’emprunter, ou encore un dinosaure cuirassé aux allures de crapaud géant carnivore. Un inévitable cataclysme clôt l’aventure, l’île étant secouée de multiples explosions volcaniques avant que les survivants essoufflés ne s’échappent de ce monde perdu finalement très distrayant. Souvent considéré comme supérieur au Sixième continent, ce troisième volet d’une trilogie inégale sera le dernier du genre produit par Amicus. Kevin Connor poursuivra dans une voie similaire avec Les Sept cités d’Atlantis et Le Trésor de la montagne sacrée pour EMI Films, avant de signer la comédie d’horreur Nuits de cauchemar et de se spécialiser ensuite dans les réalisations pour le petit écran.

 

© Gilles Penso


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LE PHARE DE L’ANGOISSE (2000)

Un tueur psychopathe s’installe dans un phare, prêt à massacrer tous les naufragés qui passent à sa portée

LIGHTHOUSE

 

2000 – GB

 

Réalisé par Simon Hunter

 

Avec James Purefoy, Rachel Shelley, Christopher Adamson, Paul Brooke, Don Warrington, Christopher Dunne, Bob Goody

 

THEMA TUEURS

Premier long-métrage écrit et réalisé par le Britannique Simon Hunter, Le Phare de l’angoisse met en scène un redoutable tueur en série du nom de Leo Rook (Chris Adamson). Véritable force de la nature, et psychopathe comme il se doit, il parvient à s’évader du bateau qui assurait son transit et celui d’autres prisonniers, et trouve refuge dans un phare. Après avoir assassiné les gardiens, il prend possession des lieux et éteint le feu de signalisation. Fatalement, le bateau-prison, privé de repères lumineux, s’échoue sur les récifs, et une poignée de rescapés se réfugie à son tour dans le phare. Le petit groupe, constitué de détenus, de policiers et d’une femme médecin, va donc se transformer en gibier pour notre tueur adepte de la machette, féru de décapitations et collectionneur de têtes coupées ! Même si le décor nocturne du phare perdu au milieu des mers déchaînées propose une alternative intéressante aux sempiternelles maisons de banlieue ou camps de vacance où sévissent invariablement nos psycho-killers habituels, force est de constater que ce Phare de l’angoisse brille par son absence de nouveauté et de surprise. L’intrigue est fort convenue, le schéma narratif usé jusqu’à la corde, et les situations très familières. Leo Rook se contente donc de suivre la voie tracée par Michael Myers et Jason Voorhes.

Visiblement conscient de la minceur de son récit, Hunter s’efforce de transcender ces clichés en série par une mise en scène virtuose, excessivement stylisée et truffée de morceaux de bravoure. C’est donc là que réside tout l’intérêt du film : dans sa photographie somptueuse signée Tony Imi, ses décors sinistrement photogéniques, son montage nerveux, ses cadrages parfois vertigineux, ses effets spéciaux visuels magistraux et sa bande son richement ciselée (qu’agrémente une partition brillante de la très prometteuse Debbie Wiseman). Mais tout ce talent mériterait amplement de se mettre au service d’un scénario digne de ce nom. Car même si elles sont menées de main de maître, certaines séquences conçues comme des morceaux d’anthologie, notamment les longs moments de suspense dans les toilettes ou dans la barque sur la plage, manquent leur objectif premier : faire peur.

L’esthétique du psycho-killer

Tout y est : le visage du tueur dans l’ombre, la machette qui brille dans la nuit, les halètements saccadés des futures victimes, les cadrages obliques, le sang qui coule goutte à goutte, le silence salvateur sans cesse sur le point d’être brisé… Mais l’alchimie de l’épouvante ne prend pas. Comme si le trop-plein d’esthétisation finissait par muer les scènes d’angoisse en pures abstractions décalées et distantes. Apparemment influencé par John Carpenter, dont il reprend plusieurs motifs puisés notamment dans Halloween et Fog, Simon Hunter se laisse carrément inspirer par Alfred Hitchcock et Sueurs froides à la fin de son film, l’achevant par un climax prévisible, haut perché et hystérique qui n’hésite pas à en faire des tonnes. Sur le territoire américain, le Phare de l’angoisse fut distribué sous le titre passe-partout de Dead of Night (c’était déjà celui d’une demi-douzaine de films d’horreur, dont Au cœur de la nuit et Le Mort-vivant).

 

© Gilles Penso


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GAMERA CONTRE VIRAS (1968)

La tortue géante préférée du public japonais affronte dans ce quatrième épisode une gigantesque pieuvre extraterrestre…

GAMERA TAÏ UCHU KAIJU BAIRASU

 

1968 – JAPON

 

Réalisé par Noriaki Yuasa

 

Avec Kojiro Hongo, Toru Takatsuka, Carl Craig, Peter Williams, Carl Clay, Michiko Yaegaki, Mari Atsumi, Junko Yashiro

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES I MONSTRES MARINS I EXTRA-TERRESTRES I SAGA GAMERA

L’infantilisation de la saga Gamera, sérieusement amorcée avec le troisième épisode, s’affirme pleinement au sein de ce nouvel opus, du triple point de vue du scénario, du choix des protagonistes et de l’humour balourd dont il se gorge goulûment. L’histoire se résume à peu de choses : à bord d’un vaisseau spatial étrange en forme de sphères bicolores assemblées entre elles, des extra-terrestres décident d’envahir la Terre mais découvrent qu’elle est protégée par la tortue géante Gamera. Pour lui enlever toute envie de s’opposer à eux et prendre son contrôle, ils kidnappent deux jeunes boy scouts insupportables et s’en servent d’otages. Le studio Daei, soucieux de faire des économies, ne s’encombre pas de scrupules en réutilisant presque vingt minutes d’extraits empruntés aux trois films précédents pour remplir un métrage bien anémique. Pour justifier ces interminables flash-back, le film prend le prétexte de l’exploration du passé de Gamera par les aliens dans le but de mieux cerner ses éventuelles faiblesses. D’autres fois, il s’agit carrément de réutilisation pure et simple de séquences déjà vues auparavant, comme s’il s’agissait de stock shots. Gamera détruisait-il un barrage au début de Les Monstres attaquent ? Il fait la même chose ici.

Nous avons également droit à des extraits en noir et blanc du premier Gamera qui s’intègrent artificiellement dans le métrage, sans le moindre souci de raccord ou de cohérence. Bien vite, même les spectateurs les plus jeunes, auxquels cet opus est manifestement adressé, constatent l’intérêt très limité d’une telle entreprise. Pourtant, les producteurs s’efforcent de viser le public international, utilisant comme acteurs principaux un enfant japonais et un enfant américain, et ponctuant les dialogues de mots anglais (le film sortit d’ailleurs sur le territoire américain sous le titre de Destroy All Planets, pour surfer sur le succès du Godzilla de l’époque, Les Envahisseurs Attaquent, que les spectateurs américains découvrirent sous l’appellation Destroy All Monsters).

Gamera fait du surf !

Toutes ces opérations marketing ne cachent pas hélas le problème majeur de Gamera contre Viras, celui d’un film puéril bricolé à la va-vite et tourné au rabais. Les fans de monstres caoutchouteux nippons trouveront tout de même leur compte dans une poignée de séquences mémorables au cours desquelles Gamera affronte le Viras du titre, une espèce de pieuvre géante équipée d’un petit bec et de grands yeux fixes, un must dans le genre ! Le céphalopode en question s’avère être le chef des aliens, les autres s’étant camouflés sous une apparence humaine. Lorsqu’ils se retrouvent décapités par leur maître (dans un film pour enfants c’est étrange, mais nous ne sommes plus à une bizarrerie près), les extra-terrestres humanoïdes reprennent leur forme originelle de pieuvres et se retrouvent absorbés par Viras qui atteint alors des proportions alarmantes. Sans doute les scénaristes avaient-ils eux-mêmes absorbé des substances étranges… Au cours du climax, cette œuvre impensable nous offre en guise de bonus un gag calamiteux : Gamera saute sur le dos de Viras et se met à surfer d’un air enjoué !

 

© Gilles Penso


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LA LOCATAIRE (2011)

35 ans après sa fermeture, la compagnie Hammer renait de ses cendres avec ce thriller d’épouvante aux rebondissements multiples…

THE RESIDENT

 

2011 – GB

 

Réalisé par Antti Jokinen

 

Avec Hilary Swank, Jeffrey Dean Morgan, Lee Pace, Christopher Lee, Aunjanue Ellis, Sean Rosales, Deborah Martinez

 

THEMA TUEURS

Christopher Lee avait assisté aux derniers soubresauts de la Hammer, puisqu’il tint le rôle principal de l’avant-dernier film de la célèbre compagnie de production anglaise, Une Fille pour le diable, en 1976. Il semblait logique qu’il participe à sa résurrection 35 ans plus tard, légitimant par sa seule présence l’estampille « Hammer » (qui ouvre le film sous forme d’un logo animé conçu sur le modèle de celui des productions Marvel) et assurant un retour aux sources. Pour autant, La Locataire n’a pas grand-chose à voir avec les œuvres mythiques de Terence Fisher, Don Sharp ou Freddie Francis. Ni l’ambiance, ni le style visuel, ni les personnages, ni même le sujet abordé ne cherchent à marcher sur les traces prestigieuses de la firme britannique. L’intrigue se situe d’ailleurs dans le New York contemporain, en rupture totale avec le classicisme en costume auquel on a tendance à associer les films de la Hammer.

Deux fois oscarisée pour ses prestations dans Boys Don’t Cry et Million Dollar Baby, Hillary Swank endosse ici le rôle de Juliet, médecin urgentiste secouée par une récente rupture. En quête d’un nouvel appartement, elle déniche un vaste loft à Brooklyn, que le propriétaire charmant et attentionné, Max (Jeffrey Dean Morgan, le Comédien des Watchmen), lui loue pour une bouchée de pain. Tout semble presque trop beau. Mais certains soirs, Juliet est troublée par la sensation étrange de ne pas être seule chez elle, d’être épiée par des regards extérieurs, d’être frôlée par des présences fantomatiques. Alors que le mystère s’épaissit et que les relations entre Juliet et Max s’approfondissent, l’intrigue s’interrompt d’un seul coup et se met à rembobiner (au sens propre) pour nous montrer à nouveau certains détails de cette première demi-heure de métrage sous un autre angle. Le principe est audacieux et permet aux spectateurs, désormais armés de nouvelles informations, d’appréhender différemment le récit, support d’efficaces séquences de suspense.

Changement de point de vue

Le réalisateur Antti Jokinen, jusqu’alors spécialisé dans les clips musicaux (Will Smith, Beyoncé ou Céline Dion ont bénéficié tour à tour de son savoir-faire), attaque avec La Locataire son premier long-métrage et prouve ses capacités à construire une atmosphère oppressante, en s’appuyant sur la photogénie des lieux et de sa comédienne principale. Dans le rôle d’August, le grand-père de Max, Christopher Lee irradie l’écran à chacune de ses brèves apparitions, et l’image de son visage sévère serti d’une crinière blanche persiste longtemps, même lorsque l’immense acteur n’est plus présent à l’image. Tous ces atouts, ajoutés au charisme de Jeffrey Dean Morgan et à l’implication sans réserve d’Hillary Swank, ne suffisent pourtant pas à attiser l’intensité du film, laquelle s’amenuise face aux limites du concept initial et aux figures imposées que le scénario finit par accumuler. La quasi homonymie du titre français avec celui du chef d’œuvre de Roman Polanski est d’autant plus trompeuse que c’est surtout du côté de Psychose que La Locataire semble chercher son inspiration. L’intention est louable, mais les lieux communs qui en découlent desservent ce long-métrage qu’on aurait aimé moins anecdotique.

 

© Gilles Penso

 

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SUICIDE SQUAD (2016)

Un commando top secret de super-vilains s’unit pour lutter contre les dangers surnaturels qui menacent l’humanité…

SUICIDE SQUAD

 

2016 – USA

 

Réalisé par David Ayer

 

Avec Will Smith, Margot Robbie, Jared Leto, Joel Kinnaman, Viola Davis, Jai Courtney, Karen Fukuhara, Jay Hernandez, Cara Delevingne

 

THEMA SUPER-HÉROS I SUPER-VILAINS I CLOWNS I SAGA DC COMICS I BATMAN

C’est en 1959 que la Suicide Squad (L’Escadron Suicide en version française) fait sa première apparition dans les pages des DC Comics. Mais il faudra attendre deux décennies pour que ce commando de parias ait droit à son propre mensuel et possède son nom de code Task Force X. Plusieurs personnages de cette escouade apparaissent de manière épisodique dans des séries ou des films estampillés DC, jusqu’à ce qu’un premier long-métrage d’animation lui soit entièrement consacré en 2014 : Batman : Assaut sur Arkham réalisé par Jay Oliva et Ethan Spaulding. Deux ans plus tard, la Task Force X débarque sur les grands écrans en chair et en os. A la tête de Suicide Squad, on trouve un solide spécialiste du cinéma d’action viril. David Ayer est en effet le réalisateur de Bad Times avec Christian Bale, Au bout de la nuit avec Keanu Reeves, End of Watch avec Jake Gyllenhaal ou encore Fury avec Brad Pitt. C’est aussi le scénariste du premier Fast and Furious. En prenant les commandes de Suicide Squad, Ayer envisage le film comme une version comics des Douze salopards.

Suicide Squad est le troisième long-métrage du « DC Cinematic Universe », amorcé avec Man of Steel dans l’espoir de rivaliser avec le tsunami Marvel. Les événement se déroulent donc juste après ceux narrés dans Batman V. Superman. « L’homme d’acier » n’étant plus de ce monde, les autorités craignent que de nouveaux super-vilains émergent et menacent l’humanité. Pour prévenir un tel danger, la très antipathique Amanda Waller (Viola Davis) met en place la Task Force X, qui consiste à utiliser une équipe de criminels aux pouvoirs surnaturels comme commando secret sous son contrôle. Ce projet se heurte à plusieurs voix contraires (« Vous voulez confier la sécurité nationale à des sorcières, des gangsters et des crocodiles ? » s’entend-elle dire), mais ses arguments font mouche :  « Je combats le feu par le feu ». Les heureux élus de cette escouade suicide sont le tireur d’élite Deadshot (Will Smith), la psychopathe Harley Quinn (Margot Robbie), l’homme-reptile Killer Croc (Adewale Akinnuoye-Agbaje), le voleur Captain Boomerang (Jai Courtney), le gangster pyromane El Diablo (Jay Hernandez) et la redoutable Enchanteresse (Cara Delevingne), qui agiront tous sous le commandement du colonel Rick Flag (Joel Kinnaman). Tandis que leur première mission se profile, le Joker (Jared Leto) sort de l’ombre pour suivre ses propres plans…

Les Freaks, c’est chic

Tous les ingrédients semblaient réunis pour un spectacle drôle, mouvementé et décapant, avec en prime une bonne dose de subversion positionnant le film à contrecourant de la vague croissante de films de super-héros submergeant tout Hollywood. Pourtant, la mayonnaise ne prend pas. David Ayer semble certes y mettre de la bonne volonté, mais à force se concentrer sur la cosmétique et les effets de style, il rate le coche. Dès les vingt premières minutes, on sent bien que quelque chose cloche. Chaque anti-héros nous est présenté à la façon d’un personnage de jeu vidéo, des flash-backs furtifs mettent très brièvement en scène Batman et Flash, une compilation de chansons « cool » sature la bande son, bref le film ressemble plus à un clip ou à une bande-annonce qu’à un long-métrage digne de ce nom. Le scénario s’appuie sur un concept absurde qu’il est très difficile d’avaler, mais une réflexion intéressante sur le manichéisme et la porosité entre les notions de bien et de mal aurait pu s’y greffer. Hélas, Suicide Squad n’a pas cette ambition. En guest-star, Jared Leto incarne un Joker au look étrange qui cherche en vain à nous faire oublier l’interprétation intense de Heath Ledger dans The Dark Night. De fait, le super-vilain au sourire ravageur n’est ici qu’un figurant noyé dans la masse d’un trop-plein de freaks en roue libre. Restent le charisme impeccable de Will Smith et la prestation hallucinante de Margot Robbie, véritable révélation de Suicide Squad qui incitera DC à lui consacrer quatre ans plus tard un film à part entière. Quant à la Task Force X, elle renaîtra de ses cendres en 2021 grâce à une suite/reboot orchestrée par James Gunn.

 

© Gilles Penso

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NIGHT WATCH (2004)

Une épopée délirante bourrée d’effets spectaculaires qui mêle des vampires, des sorciers et des hommes animaux…

NOTCHNOÏ DOZOR

 

2004 – RUSSIE

 

Réalisé par Timur Bekmambetov

 

Avec Konstantin Khabensky, Vladimir Menshov, Valeri Zolotukhin, Mariya Poroshina, Galina Tyunina, Yuri Kutsenko, Aleksei Chadov

 

THEMA VAMPIRES I SORCELLERIE ET MAGIE

Les États-Unis lancent l’offensive avec Matrix ? La Nouvelle-Zélande explose tous les records avec Le Seigneur des anneaux ? Qu’à cela ne tienne : la Russie contre-attaque avec Night Watch, premier volet d’un diptyque combinant sans complexe fantasy et épouvante. Inspiré d’un roman à succès de Sergeï Lukyanenko, Night Watch démarre en 1342, au beau milieu d’une colossale échauffourée médiévale entre deux armées prêtes à en découdre, les guerriers de la lumière menés par le bienveillant Geser, et ceux de l’ombre dirigés par le terrible Zavulon. Les forces en présence semblant parfaitement équilibrées, l’issue de l’échauffourée est incertaine. Geser propose alors une trêve, mettant fin à ce conflit séculaire. Le respect de cette paix salvatrice passe par l’obéissance à un certain nombre de règles, et une armée secrète est chargée d’y veiller. Ainsi, au fil des âges, tous les êtres dotés de pouvoirs surnaturels, sobrement nommés « Les Autres », s’efforcent d’oublier leurs griefs. Ce sont des sorciers, des magiciens, des humains capables de se métamorphoser en animaux, et surtout des vampires, figure mythique centrale du film et de ses enjeux. Mais à Moscou, de nos jours, l’équilibre précaire de cette trêve est sur le point d’être rompu, d’autant qu’une ancienne prophétie risque de se réaliser de manière imminente. Selon elle, un des « Autres » basculera dans le camp opposé et fera replonger le monde dans le chaos.

Bourré d’audace, d’idées visuelles et d’effets spéciaux hallucinants, Night Watch s’avère d’autant plus surprenant que la Russie ne nous avait pas habitués à de tels spectacles cinématographiques. On n’en finirait plus de citer les images fortes de ce film excessif, du bébé en plastique se déplaçant sur des pattes d’araignée au camion propulsé dans les airs par Zavulon, en passant par la femme qui se mue en panthère, l’épée greffée à la colonne vertébrale, le magnifique flip-book racontant l’origine de la prophétie, la vampire junkie déambulant sous un tunnel autoroutier ou encore le boulon qui tombe d’un avion et traverse le ciel pour atterrir dans une tasse de café.

Des vampires d’un nouveau genre

Le vampirisme est ici traité sous un angle étonnant, les membres des forces de la lumière buvant au goulot des litrons concoctés par des bouchers complices afin d’éviter d’assassiner leurs prochains, tandis que leurs opposants se fournissent plus volontiers à la source. Et à contrario de la légende traditionnelle, les vampires sont ici capables de se rendre invisibles, n’apparaissant du même coup que sous forme de reflets dans les miroirs. D’où une séquence de combat homérique ornant la première partie du film. Hélas, malgré ses excellentes intentions, le film part très vite dans tous les sens. N’ayant ni le temps de s’attacher aux personnages, ni le loisir de s’impliquer réellement dans les enjeux de l’intrigue, le spectateur reste donc désespérément distant, d’autant que toutes ces trouvailles visuelles et narratives s’additionnent au lieu de s’enrichir mutuellement. L’expérience de Night Watch s’avère ainsi plus sensitive qu’émotionnelle. Ce travers ressurgira dans le second volet de cette épopée, Day Watch.

 

© Gilles Penso


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LA SCIENCE DES RÊVES (2006)

Michel Gondry réunit un casting de premier ordre pour cette fable bizarre gorgée d’effets spéciaux « faits main »…

LA SCIENCE DES RÊVES

 

2006 – FRANCE

 

Réalisé par Michel Gondry

 

Avec Gael Garcìa Bernal, Charlotte Gainsbourg, Alain Chabat, Miou-Miou, Emma de Caunes, Aurélia Petit, Pierre Vaneck

 

THEMA RÊVES

Porté par le succès d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Michel Gondry est revenu dans sa France natale pour se lancer dans un nouveau voyage aux tréfonds du cerveau humain. Cette fois-ci, ce n’est pas la mémoire qui est en ligne de mire mais le monde des rêves, comme le titre de cette comédie fantastique l’indique assez clairement. Poussé par sa mère (Miou-Miou), Stéphane Miroux (Gael Garcìa Bernal) vient travailler à Paris dans une entreprise fabriquant des calendriers. Mais au lieu du poste artistique qu’il imaginait, le voilà confiné dans un monotone atelier de photocomposition, avec comme seul ami un collègue de bureau pas franchement finaud (Alain Chabat, qui en fait donc des tonnes). Pour compenser, il se réfugie dans ses rêves et se mue en animateur d’un show télévisé, filmé par des caméras en carton dans un studio bricolé à la main. Un jour, il rencontre sa voisine Stéphanie (Charlotte Gainsbourg) dont il tombe peu à peu amoureux. Mais Stéphane a de plus en plus de mal à dissocier le monde réel de celui de ses rêves…

Assortie d’un casting franchement attrayant, l’idée de départ de ce récit pour le moins atypique était prometteuse. Hélas, la mayonnaise ne prend pas longtemps, confinant bientôt La Science des rêves au statut d’œuvre brouillon incapable d’aller au bout de ses belles intentions. À vrai dire, cette fable loufoque puise beaucoup dans les souvenirs du cinéaste, lequel, assurant ici en solo le poste de scénariste, n’a probablement pas eu le recul nécessaire pour organiser avec rigueurs ces éléments autobiographiques épars. Les mésaventures amoureuses et professionnelles de Stéphane Miroux émeuvent et amusent donc pendant un petit quart d’heure, puis l’intrigue se met à patiner et à tourner en rond sans espoir d’évolution.

Bricolages poétiques

Restent les visions oniriques. À contre-courant des effets spéciaux high-tech et du tout numérique en vogue sur les écrans depuis la fin des années 90, Gondry opte pour des techniques artisanales proches de ses nombreuses expérimentations dans le domaine du film publicitaire. Il concocte ainsi plusieurs saynètes extraordinaires, à partir d’objets de récupération animés image par image à l’ancienne. Les rouleaux de papier toilette se transforment en voitures, le coton en nuages, le cellophane en eau qui coule, et bientôt c’est une immense cité en carton qui se met en mouvement dans les rêves de Stéphane. « C’est de l’artisanat pur », nous explique le producteur Georges Bermann. « Nous avons installé un studio d’animation dans la maison de famille de Michel Gondry, dans les Cévennes, et les animateurs ont travaillé sur les séquences en question pendant deux mois. Pendant le tournage des prises de vues principales, les animateurs sont ensuite venus animer certains éléments dans les décors, comme le petit poney qui court sur le piano et sur le tapis. Ces séquences étaient filmées pendant la nuit, entre deux journées de tournage avec les comédiens. » (1) Poétiques, rafraîchissantes et surréalistes, ces visions sont la vraie réussite de La Science des rêves, une oasis colorée et naïve au beau milieu d’un objet filmique bizarre en quête d’un scénario et d’une direction d’acteurs dignes de ce nom.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en juin 2006

 

© Gilles Penso

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TEDDY (2020)

Dans un petit village du sud de la France, un jeune homme est mordu en pleine nuit par un loup et commence à se métamorphoser…

TEDDY

 

2020 – FRANCE

 

Réalisé par Ludovic et Zoran Boukherma

 

Avec Anthony Bajon, Christine Gautier, Ludovic Torrent, Noémie Lvosky, Guillaume Mattera, Jean-Michel Ricart, Alain Boitel

 

THEMA LOUPS-GAROUS

Ludovic et Zoran Boukherma sont frères, jumeaux et passionnés de cinéma depuis toujours. Dans le Lot-et-Garonne où ils grandissent, les opportunités d’entrer dans ce milieu très fermé sont rares. Ils réalisent alors plusieurs courts-métrages en amateurs à partir de 2013. En 2016, ils font le grand saut avec leur premier long, Willy 1er, une comédie dramatique présentée à Cannes et à Deauville et récompensée par plusieurs prix. Deux courts-métrages plus tard, les duettistes s’attaquent à leur second long-métrage, une comédie fantastique qu’ils baptisent Teddy. Si la campagne promotionnelle du film s’axe principalement sur son caractère comique (avec des allusions au jeu pour enfants « Le loup-garou » et des extraits de critiques s’exclamant « Monstrueusement drôle ! »), là n’est pas le seul ressort de Teddy. Certes, l’humour y est très présent, parfois graveleux, parfois absurde, mais il se teinte souvent d’une indubitable tendresse pour ses personnages principaux, et vire au drame au cours d’un dernier acte qui ne prête plus vraiment à rire.

Dans un village tranquille d’Occitanie, un loup se repaît des brebis et des moutons, provoquant la colère et la panique des éleveurs au grand dam de gendarmes à l’efficacité toute relative. C’est là que vit Teddy (Anthony Bajon), un garçon de 19 ans sans diplômes qui habite avec son oncle adoptif Pépin (Ludovic Torrent), travaille à contrecœur dans le salon de massage de Ghislaine (Noémie Lvosky) et fait des projets d’avenir ambitieux avec sa petite amie Rebecca (Christine Gautier). Mais Teddy est un jeune homme impulsif, un peu à l’écart, qui agace souvent les autorités et recueille le mépris des lycéens aux yeux desquels il n’est qu’un raté sans avenir. Un soir de pleine lune, au cœur de l’été, il est attaqué par une bête inconnue. S’agit-il du loup qui rôde dans la montagne ? Toujours est-il qu’il est désormais pris de curieuses pulsions animales…

Le loup-garou de l’ombre

Tourné dans les Pyrénées-Orientales, Teddy sollicite plusieurs comédiens locaux non professionnels, notamment Ludovic Torrent dont le timbre de voix frêle et l’accent à couper au couteau dotent le personnage de Pépin d’une touche insolite du meilleur effet. À ce casting au naturalisme non feint s’adjoignent des acteurs en début de carrière (Anthony Bajon que les réalisateurs ont repéré dans La Prière de Cédric Kahn, Christine Gautier qui jouait dans leur court La Naissance du monstre) et d’autres beaucoup plus confirmés comme Noémie Lvosky (déjà à l’affiche de Willy 1er). Ce mélange s’harmonise miraculeusement au sein d’un récit atypique où les personnages semblent presque réels, comme pris sur le vif par une caméra prompte à capter des tranches de vie de la campagne profonde. C’est dans ce cadre rural anodin que s’installe le fantastique, par petites touches successives. Si le principe de la contamination du héros par un loup-garou est très tôt admis, les réalisateurs mettent la pédale douce sur les effets spéciaux. Aucune séquence de métamorphose, aucune vue d’ensemble du monstre, ce lycanthrope reste sagement caché dans l’ombre. À peine a-t-on droit à quelques anomalies physiques préoccupantes : une langue qui se couvre de pelage, un poil qui pousse dans l’œil, un ongle qui se détache… Ce choix est certes budgétaire (malgré le talent de l’équipe de Christophe Calcus, des maquillages spéciaux dignes de Rick Baker ne sont pas à la portée de cette modeste production) mais aussi et surtout narratif. La transformation d’homme en loup symbolise ici l’apothéose des frustrations d’un jeune homme d’emblée rejeté par les autres et donc relégué au statut de paria – tout comme le loup qui hante la montagne et décime les troupeaux. Nul n’est donc besoin de visualiser de manière trop explicite la bestialité qui s’empare de lui. Le cheminement qui mène à cette monstruosité est bien plus intéressant. Tour à tour drôle, touchant, déroutant et tragique, Teddy renouvelle ainsi modestement mais avec beaucoup de fraîcheur l’un des thèmes séminaux du cinéma d’épouvante.

 

© Gilles Penso

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LE VOYAGEUR DE L’ESPACE (1960)

Le pilote d’un avion supersonique expérimental franchit la barrière du temps et se retrouve 64 ans dans le futur…

BEYOND THE TIME BARRIER

 

1960 – USA

 

Réalisé par Edgar G. Ulmer

 

Avec Robert Clarke, Darlene Tompkins, Vladimir Sokoloff, Boyd Morgan, Stephen Bekassy, Arianne Arden, John Van Dreelen

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS I FUTUR I MUTATIONS

Réalisé dans les dernières années de l’étonnante carrière d’Edgar G. Ulmer, Le Voyageur de l’espace narre les mésaventures du pilote d’essai William Allison, interprété par Robert Clarke qui fut également producteur du film. À bord d’un avion supersonique expérimental, Allison passe au-dessus de la couche atmosphérique et se retrouve dans l’espace. Mais la suite des événements lui échappe complètement. Emporté par son élan, l’avion franchit en effet la barrière du temps et le transporte 64 ans dans le futur. Il atterrit donc dans un aérodrome à l’abandon, et se retrouve bien vite capturé par les habitants d’une cité souterraine. Dans cet avenir guère engageant, les rayons cosmiques ont transformé la quasi-totalité de la population en mutants. Les moins atteints sont sourds-muets, les plus touchés sont retournés à l’état sauvage et se retrouvent parqués dans des geôles. Et tous sont stériles, à l’exception de la jolie Trirene (Darlene Tompkins), la fille du chef suprême de cette triste civilisation, frappée de mutisme mais capable de lire dans les pensées. Allison tombe à pic : tous voient en lui l’avenir de l’humanité, en l’accouplant avec Trirene pour que ces Adam et Eve de l’an 2024 engendrent une nouvelle génération saine et solide. Pas insensible aux charmes de la belle, le pilote ne l’entend pas pour autant de cette oreille, et va s’efforcer de s’évader pour regagner son avion et son époque…

Si l’idée de départ, fruit de l’imagination fertile d’Arthur C. Pierce, ne manque guère de sel, la mise en forme d’Edgar G. Ulmer s’avère hélas ampoulée et quelque peu fastidieuse. Car bien vite, le dialogue explicatif prend sérieusement le pas sur l’action et se répand de scène en scène jusqu’à l’apathie la plus complète. Comme en outre le jeu des comédiens ne convainc guère, Le Voyageur de l’espace suscite progressivement l’ennui, malgré les enjeux conséquents développés par le scénario. Reste la direction artistique, l’un des points forts d’Ulmer, comme le prouvait déjà son Chat noir au formidable design art-déco. Ici, les demoiselles du futur arborent des minijupes tendance Planète interdite et les décors, amples et glaciaux, déclinent à loisir les formes triangulaires.

La révolte des mutants

Étant donnée l’évidente exiguïté du budget, on peut s’étonner de l’ampleur desdits décors. Mais Ulmer est un malin. Incapable de les faire édifier spécialement pour son film, il les « emprunta » à une exposition futuriste qui se tint à Dallas en 1959, et les réutilisa d’ailleurs dans la foulée pour son Amazing Transparent Man. Le statisme de la réalisation se rompt furtivement le temps d’une révolte des mutants assez mouvementée, au cours de laquelle les hommes sont violemment malmenés et les femmes pratiquement violées par les évadés enragés et bestiaux. Quant au final, il énonce sans concession son message antinucléaire et démontre qu’on ne franchit pas impunément la barrière du temps. A vrai dire, la force du propos et le minimalisme de la mise en scène eurent été bien plus efficace au service d’un épisode de La Quatrième dimension ou d’Au-delà du réel, ce long-métrage étant décidément trop languissant pour convaincre totalement.

 

© Gilles Penso


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SALEM (2004)

Un casting de haut niveau apparaît dans cette seconde adaptation télévisée du roman « Les Vampires de Salem » de Stephen King

SALEM’S LOT

 

2004 – USA

 

Réalisé par Mikael Salomon

 

Avec Rob Lowe, Donald Sutherland, Rutger Hauer, James Cromwell, Andre Braugher, Samantha Mathis

 

THEMA VAMPIRES I SAGA STEPHEN KING

À l’instar d’autres écrits de Stephen King déjà portés à l’écran dans les années 80 (Shining, Maximum Overdrive, Carrie ou Dead Zone), « Les Vampires de Salem » se voit offrir une deuxième vie à la télévision. Cette nouvelle version du roman « Salem », longue de trois heures comme celle réalisée jadis par Tobe Hooper, est confiée aux bons soins de Mikael Salomon, ancien directeur de la photographie de James Cameron (Abyss) et Steven Spielberg (Always) passé à la mise en scène en 1993. Après David Soul, c’est Rob Lowe qui incarne Ben Mears, un écrivain new yorkais revenant dans la petite ville de Jerusalem’s Lot où il a grandi pour écrire sur la vieille maison Marsten, théâtre d’un drame auquel il assista lorsqu’il était enfant. Donald Sutherland reprend avec son charisme habituel le rôle – tenu jadis par James Mason – de Richard Strecker, un antiquaire affable, élégant et beaucoup trop poli pour être honnête. Son collègue Kurt Barlow est incarné par un Rutger Hauer impeccable, dont le jeu plein de duplicité nous rappelle un peu sa prestation flamboyante dans Hitcher.

Si Barlow apparaît plus tard sous une forme plus bestiale, nous sommes bien loin du Nosferatu monstrueux et muet de la version de Tobe Hooper. Plus proche du roman, ce Barlow est une sorte d’émule du Dracula de Bram Stoker, même s’il n’a droit qu’à trois scènes assez courtes. Quant à James Cromwell, il endosse la défroque d’un curé rongé par ses propres péchés – notamment l’alcoolisme – qui sera finalement vampirisé par Barlow. Cherchant de toute évidence à se rapprocher du roman de King, Salem souffre d’une mise en scène tâtonnant entre la fonctionnalité sans style et les effets ratés (voir le flash-back du traumatisme d’enfance de Ben, avec une saturation rouge hideuse et des mouvements stroboscopiques). Le scénario lui-même, pourtant signé Peter Filardi (L’Expérience interdite), abuse de la voix off du narrateur et multiplie les dialogues excessivement littéraires au sein d’une narration un peu brouillonne.

L’attaque des enfants vampires

Quelques moments d’épouvante réussis maintiennent tout de même l’intérêt des téléspectateurs. On se souviendra notamment de cette vision de cauchemar digne de l’épisode « Tooms » des X-Files dans laquelle un vampire se contorsionne pour entrer dans un conduit d’aération et menacer Ben Mears dans sa cellule, de cette morte qui se réveille subitement chez le médecin, ou encore de l’attaque des enfants vampires dans le car scolaire. Mikael Salomon ne recule d’ailleurs pas devant les morts violentes tout au long du métrage. Mais le film hésite sans cesse sur le comportement à faire adopter aux vampires, à mi-chemin entre les fantômes japonais (ils grimpent aux plafonds et se déplacent de manière saccadée et désarticulée) et les zombies (ils marchent lentement dans les rues, le regard vide et la tête penchée). On préfèrera donc largement la version de Tobe Hooper, bien plus efficace et pourtant plus vieille de vingt-cinq ans. Salomon retrouvera l’univers de Stephen King à plusieurs reprises, notamment pour la série Rêves et cauchemars et le téléfilm Grand chauffeur.

 

© Gilles Penso


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