I WAS A TEENAGE WEREWOLF (1957)

Le futur Charles Ingalls de La Petite maison dans la prairie incarne un adolescent en pleine rébellion qui se transforme en loup-garou

I WAS A TEENAGE WEREWOLF

 

1957 – USA

 

Réalisé par Gene Fowley Jr

 

Avec Michael Landon, Yvonne Lime, Whit Bissell, Tony Marshall, Dawn Richard, Barney Philips, Ken Miller, Cindy Robbins

 

THEMA LOUPS-GAROUS

Au milieu des années 50, le producteur Herman Cohen décide qu’il est grand temps de donner un coup de jeune aux monstres classiques qui hantaient les productions Universal pendant les deux précédentes décennies. Damant ainsi le pion à la Hammer, il initie en 1957 I Was a Teenage Werewolf, un essai plutôt sympathique dans lequel Michael Landon (futur cow-boy dégoulinant de bons sentiments dans La Petite maison dans la prairie) joue Tony, un lycéen survolté et colérique. Une petite tape amicale sur l’épaule suffit pour déclencher chez lui une bagarre homérique que seule la police peut interrompre. « Je m’enflamme rapidement » avoue-t-il à l’inspecteur. Sa petite amie Arlene (Yvonne Lime) essaie de le convaincre de consulter l’éminent docteur Brandon (Whit Bissell) pour contrôler ses accès de fureur, mais il refuse catégoriquement.

Dès ses premières minutes, I Was a Teenage Werewolf prend la forme d’un véritable témoignage des années drive-in, exhalant une insouciance très réjouissante lors de ses séquences de « party » innocentes émaillées de morceaux musicaux qu’on croirait issus d’une comédie musicale. Les blagues bon enfant s’y accumulent, mais lorsque Tony est victime de l’une d’entre elles, il entre dans une nouvelle colère et frappe son ami Vic (Ken Miller). Il accepte alors de consulter. Mais Brandon, qui n’est autre qu’un bon vieux savant fou à l’ancienne, en profite pour en faire son cobaye. Il lui injecte un sérum puis, par hypnose, le faire régresser jusqu’à ses instincts les plus primitifs, malgré les protestations de son pleutre assistant. Au milieu de la nuit, un lycéen est attaqué et tué dans les bois. Son corps est retrouvé couvert de griffures et de traces de crocs. La police, perplexe, envisage d’enquêter auprès des cirques, des zoos et des ménageries. Mais le vieil homme de ménage du commissariat a sa propre théorie : d’après lui, c’est l’œuvre d’un loup-garou. Car selon les légendes que l’on raconte dans ses Carpates natales, « quand le mauvais œil est sur vous, la bête sauvage entre en votre possession, vous donnant l’apparence et les actes d’un loup ».

La bestialité refoulée

Contrairement à la mécanique habituelle de la pleine lune, la lycanthropie prend ici des allures psychanalytiques, s’apparentant du coup au thème de Jekyll et Hyde. Car depuis son traitement, Tony a un comportement plus paisible. Sa bestialité est refoulée, ne se déchaînant que lorsqu’il est agressé psychologiquement ou physiquement. La première métamorphose à laquelle nous assistons se déroule dans un gymnase du lycée. Irrité par une sonnerie, il attaque une fille en train de s’entraîner sur les barres parallèles. Son maquillage s’avère plutôt efficace, et son allure générale (visage poilu, dents extrêmement proéminentes, oreilles pointues et jaquette de lycéen) inspirera quelques années plus tard Teen Wolf. Finalement, sous ses allures de B-ovie récréatif, I Was a Teenage Werewolf raconte sous l’angle métaphorique les difficultés de l’âge adolescent, les complexités de l’intégration avec les autres et avec le monde adulte. Cette richesse thématique inattendue explique probablement le succès du film, réalisé avec un budget dérisoire de 82 000 dollars.

 

© Gilles Penso

 

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L’ANNEAU SACRÉ (2004)

Cette ambitieuse coproduction internationale conçue pour le petit écran adapte le célèbre mythe de Siegfried et de l’Anneau des Nibelungen

RING OF THE NIBELUNGS / DAS NIBELUNGENLIED

 

2004 – ALLEMAGNE / GB / USA / ITALIE

 

Réalisé par Uli Edel

 

Avec Benno Fürmann, Kristinna Loken, Alicia Witt, Julian Sands, Samuel West, Max Von Sydow, Robert Pattinson, Mavie Hörbiger

 

THEMA HEROIC FANTASY I DRAGONS

L’impact du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson fut tel qu’il déclencha immanquablement maints ersatz aux quatre coins du monde. L’Anneau sacré est l’un des plus audacieux, s’efforçant d’adapter pour le petit écran la célèbre légende de l’Anneau des Nibelungen. Réalisateur pour des séries culte telles que Twin Peaks, Les Contes de la crypte ou Oz, Uli Edel s’est efforcé ici de s’éloigner de la source d’inspiration traditionnelle, autrement dit le célèbre opéra de Wagner, pour puiser directement aux racines des mythologies nordiques et germaniques. Suite à l’assassinat de son père par deux maléfiques rois jumeaux, le prince Siegfried, héritier du trône de Xanten, est recueilli par le forgeron Eywind (Max Von Sydow) alors qu’il n’est qu’un enfant. En grandissant, il se mue en robuste gaillard, à qui le comédien Benno Fürmann prête dès lors ses traits mi brutaux mi angéliques. Ignorant tout de ses origines, il rencontre la belle Valkyrie Brunhilde, reine d’Islande, interprétée par la sculpturale Kristinna Loken, qui fut le redoutable cyborg femelle de Terminator 3.

Après une nuit d’amour passionnée, ils se déclarent mutuellement leur flamme et se jurent fidélité. En gagnant le royaume de Burgund, Siegfried apprend qu’un redoutable dragon nommé Fafner sème la terreur alentour. N’écoutant que son courage, il brave la bête dans son repaire, et parvient à la tuer après un combat épique. En se baignant dans le sang du dragon, Siegfried est désormais invincible, et il décide de ramener au royaume le gigantesque trésor des Nibelungen que gardait Fafner, notamment un anneau qu’il portera désormais. Mais ce trésor est porteur d’une malédiction, et dès lors la route de Siegfried sera pavée de duplicité, de jalousie et de trahisons l’acheminant vers un noir destin. L’ange exterminateur étant en l’occurrence le sinistre Hagen, campé par Julian Sands qui présente ici de nombreuses similitudes physiques avec l’Alan Rickman de Robin des bois.

Le sang de la bête

La première moitié de ce long téléfilm est ainsi ponctuée de séquences épiques, servies par des effets spéciaux haut de gamme. Le cœur du récit s’articule autour de l’affrontement contre Fafner, un dragon en image de synthèse très impressionnant qui rampe sur quatre pattes trapues comme un vrai reptile et dont la gueule se dilate démesurément au moment de cracher du feu. Le combat, situé au beau milieu d’une sinistre caverne, présente plusieurs réminiscences avec ceux des Amours enchantées et du Dragon du lac de feu, et s’achève par l’éventrement de la bête, Siegfried se retrouvant couvert d’un sang poisseux comme jadis Scott Carey sous l’araignée géante de L’Homme qui rétrécit. La seconde partie de l’intrigue, même si elle présente d’autres moments d’action héroïques comme le fameux combat sur les plaques de glace en mouvement, se centre plus particulièrement sur l’histoire d’amour complexe qui lie Siegfried et Brunhilde, et s’achève sur une note tragique et fort émouvante. L’Anneau sacré remplit donc très honorablement son contrat, sans trop souffrir de l’ombre immense de l’œuvre de Peter Jackson, malgré d’inévitables similitudes thématiques.

 

© Gilles Penso


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MUTATIONS (1988)

Des limaces irradiées par des déchets toxiques deviennent soudain carnivores et dévorent la population !

SLUGS

 

1988 – ESPAGNE

 

Réalisé par Juan Piquer Simon

 

Avec Michael Garfield, Kim Terry, Philip MacHale, Alicia Moro, Santiago Alvarez, Concha Cuetos, John Battaglia, Emilio Linder

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Le coup des limaces tueuses, personne n’avait encore osé le faire… Cette lacune a fort heureusement été réparée par Juan Piquer Simon, réalisateur espagnol spécialisé dans les plagiats des films de genre américains, à qui l’on doit notamment le risible Supersonic Man et un Sadique à la tronçonneuse plutôt gratiné. Produit conjointement par l’Espagne et les États-Unis pour un budget ne dépassant pas le million de dollars, Mutations ne restera pas dans les mémoires pour l’audace de son scénario, co-signé par Juan Piquer et Ron Gantman d’après « La Mort visqueuse », un roman exubérant du britannique Shaun Hutson. Qu’on en juge : dans la petite ville américaine d’Ashton, plusieurs morts violentes demeurent inexpliquées. Mike Brady (Michael Garfield), un agent du service d’hygiène, mène l’enquête et trouve les coupables : des limaces irradiées par des déchets toxiques et devenues carnivores ! D’où la réplique qui tue : « Peut-être avons-nous affaire à une espèce de limaces mutantes, du genre qui mange la viande ! » Prononcée avec un grand sérieux, une phrase de ce genre possède évidemment un grand potentiel comique. Bien entendu, notre héros a bien du mal à convaincre les autorités du bien-fondé de sa théorie. Jusqu’à ce que le massacre ne prenne des proportions alarmantes…

Le prétexte narratif du film, qui n’aurait pas surpris trente ans plus tôt au beau milieu d’un cinéma de science-fiction volontiers excessif, s’avère pour le moins daté en 1988. Mais Mutations vaut tout de même le détour pour l’outrance extrême de ses séquences gore, filmées avec un plaisir manifeste par un Juan Piquer en grande forme. La plus corsée d’entre elles se situe dans une chambre à coucher, pendant les ébats sexuels d’un jeune couple. La fille se retrouve en tenue d’Eve au beau milieu d’un tapis grouillant et gluant de plusieurs milliers de limaces qui la recouvrent peu à peu. La bave se mélange au sang sur toute la surface de son corps dénudé, et son œil finit par sortir de son orbite ! Dans le même registre, on se souviendra du jardinier qui se coupe la main à la hache parce qu’une limace dissimulée dans son gant est en train de le mordre, de l’homme dont le visage explose littéralement sous la pression des bestioles rampantes en plein restaurant, ou de ce fermier dont le ventre s’ouvre pour libérer des flots de sang… Le tout agrémenté de bruitages visqueux du meilleur effet.

La mort visqueuse

Les trucages, artisanaux, combinent des centaines de limaces réelles, des reproductions inertes en plastique (proches de celles qu’on trouverait dans un magasin de farces et attrapes) et un exemplaire articulé mû par des systèmes mécaniques sous la direction de Carlo de Marchis, qui assista Carlo Rambaldi sur des monstres un poil plus consistants (notamment King Kong, Alien et le serpent géant de Conan le barbare). Pour d’évidentes raisons budgétaires, Piquer doit en revanche abandonner l’idée d’une limace géante qui était censée intervenir au cours du climax. Du coup, le dénouement tel qu’il se présente dans le montage définitif s’avère un peu mou, pas vraiment à la hauteur des excès précités, lesquels valurent au film une interdiction pendant près de dix ans sur le territoire australien. Pour l’anecdote, on note que l’immense comédienne Silvana Mangano (Ulysse, Barabbas, Mort à Venise) joue très brièvement une cliente dans un restaurant. Ce sera sa dernière apparition à l’écran.

 

© Gilles Penso

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LA DIXIÈME VICTIME (1965)

Ursula Andress prend en chasse Marcello Mastroianni pour les besoins d’un jeu télévisé futuriste à l’issue fatale…

LA DECIMA VITTIMA

 

1965 – ITALIE / FRANCE

 

Réalisé par Elio Petri

 

Avec Marcello Mastroianni, Ursula Andress, Elsa Martinelli, Salvo Randone, Massimo Serato, Milo Quesada

 

THEMA FUTUR I CINÉMA ET TÉLÉVISION

Au 21ème siècle, pour assouvir l’instinct de meurtre des citoyens, un jeu a été instauré : La Grande Chasse. Deux participants sont sélectionnés au hasard : un « chasseur » et une « victime ». Le prédateur connaît sa proie, qui ignore en revanche qu’elle a été désignée, et une très grosse somme d’argent est à la clef. Cette fois ci, le chasseur est Caroline Meredtith (Ursula Andress), qui est sur le point de battre son record, et la victime Marcello Polletti (Marcello Mastroianni), qui accumule les chassés croisés amoureux et les soucis financiers. Tous deux vont devoir s’affronter à Rome, au Colisée, devant les caméras de télévision du monde entier. Lorsqu’il découvre qu’il est en ligne de mire, Marcello décide de retourner la situation à son avantage et de devenir le chasseur. Mais bientôt, nos deux opposants commencent à tomber amoureux l’un de l’autre, ce qui complique sérieusement les choses…

Voilà un film insolite, brisant net les habitudes et les anticipations du spectateur le plus assidu. Inspirée du roman « La Septième Victime » écrit en 1953 par Robert Sheckley, l’histoire se déroule dans un futur indéterminé qui ressemble plutôt à un monde parallèle, dans la mesure où l’architecture, la technologie et la mode vestimentaire (œuvre ici d’André Courrèges) restent typiques des années soixante, les seuls élans « futuristes » concernant de gros ordinateurs parlants et des téléphones portables. Un futur à la Alphaville, en quelque sorte. Les classiques de la littérature y sont devenus les bandes-dessinées, et les citoyens trop âgés doivent être « restitués » au gouvernement. Le postulat du film, autrement dit le meurtre autorisé selon certaines règles afin de canaliser la violence des individus, annonce avec une décennie d’avance La Course à la mort de l’an 2000, Rollerball, et surtout Le Prix du danger (inspiré justement d’un autre roman de Robert Sheckley). D’autant qu’ici aussi interviennent la télévision et les sponsors.

La mort en direct

Mais le traitement choisi par Elio Petri est tout autre. Dans La Dixième victime, le cynisme désabusé est de mise, via l’anti-héros incarné par Mastroianni. Le slogan publicitaire du jeu vaut d’ailleurs son pesant de cacahuètes : « Si vous êtes suicidaire, la Grande Chasse est faite pour vous. Pourquoi faire un contrôle des naissances quand on peut avoir un contrôle des morts ? » C’est dans le Temple de Venus que prévoit de l’abattre sa chasseresse Ursula Andress, icône Botticellien dans James Bond contre Dr No et future Aphrodite du Choc des Titans. L’image de la célèbre déesse antique colle ainsi comme une seconde peau à la sculpturale comédienne suisse. Fruit de tous les fantasmes, Ursula s’exhibe d’ailleurs en début de film dans le « Masoch Club », au milieu de convives qu’elle frappe pendant une danse érotique, puis se débarrasse de son chasseur grâce à deux canons de revolvers camouflés dans son soutien-gorge (un gadget qui sera repris entre autres dans les parodies d’espionnage Matt Helm traqué et Austin Powers). Le dénouement de cette Dixième victime accumule les retournements de situation, se mue en poursuite échevelée, à grand renfort de coups de feu intempestifs, et s’achève dans un « avion matrimonial » où est célébré un mariage sous la menace d’un pistolet ! Vraiment un curieux film.

 

© Gilles Penso

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AMITYVILLE (2005)

Ryan Reynolds et Melissa George tiennent la vedette de ce remake du classique de 1979 produit par Michael Bay

THE AMITYVILLE HORROR

 

2005 – USA

 

Réalisé par Andrew Douglas

 

Avec Ryan Reynolds, Melissa George, Jesse James, Jimmy Bennett, Rachel Nichols, Philip Baker Hall, Chloe Mortez

 

THEMA FANTÔMES I SAGA AMITYVILLE

Le succès du remake de Massacre à la tronçonneuse aidant, le producteur Michael Bay et le scénariste Scott Kosar se réunissent une fois de plus pour s’attaquer à un autre classique de l’épouvante des années 70, le bien nommé Amityville la maison du diable. Si le réalisateur a changé (Marcus Nispell cède ici le pas à Andrew Douglas), la charte de mise en scène des deux films est très similaire : texte sobre blanc sur noir annonçant que nous avons affaire à une « histoire vraie », générique minimaliste, extraits en noir et blanc de fausses images d’archive, coupures de presse de l’époque, intrigue située au milieu des années 70, photographie un peu surexposée et quasi-monochrome inspirée de l’image des films des seventies… La séquence d’intro nous remémore les faits : la nuit du 13 novembre 1974, les policiers du comté de Suffolk débarquent à Amityville, dans la résidence du 112 Ocean Avenue, et découvrent six membres d’une même famille massacrés dans leur lit à coup de fusil. L’auteur du crime, Ronald DeFeo Jr, déclare avoir assassiné son père, sa mère et ses quatre frères et sœurs après avoir entendu des voix le lui ordonnant. Un an plus tard, George et Katy Lutz emménagent avec les trois enfants de cette dernière dans la maison d’Amityville. Au courant du drame passé, George ne s’en émeut pas pour autant, déclarant « il n’y’ a pas de mauvaise maison, il n’y a que des mauvaises personnes. ». Évidemment, les choses ne tardent pas à tourner au vinaigre.

Si le Massacre à la tronçonneuse des années 2000 revisitait entièrement le scénario du film de Tobe Hooper, cet Amityville reproduit servilement son modèle, empruntant la même structure, les mêmes événements et la même progression dramatique. Le spectateur familier du shocker de Stuart Rosenberg n’y gagne donc guère au change, d’autant que Ryan Reynolds et Melissa George, malgré leur charme et la sympathie qu’ils dégagent, n’ont ni le charisme, ni la stature de leurs prédécesseurs James Brolin et Margot Kidder. Certes, le film égrène son lot de séquences choc, notamment les visions effrayantes de George, l’attaque du prêtre par une horde de mouches, la petite Chelsea qui escalade le toit de la maison pour suivre son amie imaginaire ou encore l’hélice du bateau qui manque de broyer la tête de Katy.

Le train fantôme

Mais à trop vouloir privilégier les effets choc traditionnels (brusques entrées dans le champ de visions macabres, explosions sonores), Amityville se prive d’une vraie atmosphère, jouant simplement la carte du train fantôme en suivant un terrain déjà trop balisé pour surprendre. D’autant que le scénario n’hésite pas à utiliser le motif récurrent de la petite fille fantôme dont le cinéma d’épouvante japonais ne cesse de nous abreuver depuis des années. Restent quelques idées originales, liées en particulier à l’origine du mal. En se renseignant dans les archives de la ville, Katy découvre ainsi que la maison servit jadis de sanctuaire au maléfique révérend Jeremiah Ketcham, qui tortura et massacra dans le sous-sol de la bâtisse une bonne vingtaine d’Indiens. Voilà de quoi alimenter une mythologie toujours vivace depuis sa première adaptation cinématographique en 1979.

 

© Gilles Penso

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AQUAMAN (2018)

Le super-héros amphibie de l’univers DC tient la vedette de son premier long-métrage solo sous les traits massifs de Jason Momoa

AQUAMAN

 

2018 – USA

 

Réalisé par James Wan

 

Avec Jason Momoa, Amber Heard, Willem Dafoe, Patrick Wilson, Nicole Kidman, Dolph Lundgren, Yahya Abdul-Mateen, Temuera Morrison, Ludi Lin, Djimon Hounsou

 

THEMA SUPER-HÉROS I MONSTRES MARINS I SAGA DC COMICS

A force de côtoyer le diable, James Wan aurait-il fini par lui vendre son âme ? Succombant à l’appel du blockbuster, le réalisateur surdoué de Saw, Insidious et Conjuring était déjà sorti de l’ornière de ses modestes films d’épouvante pour se frotter à la tôle froissée et à la testostérone de Fast and Furious 7. Après ce qui ressemblait à une parenthèse, il était « revenu dans le droit chemin »  en mettant son savoir-faire au service du second Conjuring. Mais le revoici propulsé dans une méga-production de 200 millions de dollars qui se positionne comme l’antithèse exacte du cinéma qui le fit connaître. Car Aquaman est tout ce que les premiers films de Wan ne sont pas : tapageur, excessif, outrancier, clinquant et tape-à-l’œil. L’homme-poisson de DC avait déjà fait quelques apparitions anecdotiques sous les traits de Jason Momoa dans Batman V. Superman et Justice League. Le voici désormais star de son propre long-métrage. Patrick Wilson, l’acteur fétiche de James Wan, hérite du rôle d’Orm, son demi-frère maléfique. A leurs côtés, on note la présence de Nicole Kidman, Willem Dafoe, Dolph Lundgren… Mais à quoi bon se payer un casting aussi prestigieux si c’est pour filmer tous ces acteurs sur fond bleu, agiter leurs cheveux numériquement, les placer à cheval sur des hippocampes géants en image de synthèse et leur faire déclamer des dialogues absurdes ?

Aquaman commence comme une relecture de Splash. En 1985, un brave gardien de phare (Temuera Morrison) découvre une Atlante échouée (Nicole Kidman), s’amourache d’elle et lui fait un enfant, avant qu’elle ne reparte rejoindre les siens. L’enfant grandit, est malmené par ses camarades de classe qu’il effraie en communiquant soudain avec un requin derrière une vitre, dans une sorte de remake aquatique d’une scène clé de Harry Potter. La finesse n’étant pas vraiment au rendez-vous de ces séquences pré-générique, on se dit que 2h30 de métrage, ça risque de faire long. Et effectivement, les choses ne s’arrangent pas beaucoup par la suite. Devenu un grand gaillard aux pouvoirs surhumains, notre héros mi-humain mi-atlante interrompt un acte de piraterie visant un sous-marin russe puis se retrouve au cœur d’une rivalité aquatique aux velléités shakespeariennes avec son demi-frère Orm (Patrick Wilson), aspirant au trône de l’Atlantide et désireux d’entrer en guerre contre les « Surfaciens », autrement dit nous autres, pauvres humains. Avec le soutien de la jolie rouquine Mera (Amber Heard) et du vénérable mentor Vulko (Willem Dafoe), Aquaman va tenter de contrecarrer les plans hégémoniques d’Orm et de remettre la main sur un trident ancestral caché aux confins de la planète…

On touche le fond !

De toute évidence, James Wan n’est pas ici dans son élément. La grande séquence de la découverte de l’Atlantide en est la meilleure preuve. Cette immersion spectaculaire soutenue par une partition de Rupert Gregson-Williams qui se prend soudain pour Vangelis nous en met plein la vue : des lumières partout, des vaisseaux futuristes, des vestiges de cités antiques, une épave de galion, de jolies méduses, des tortues marines et des requins… Le problème, c’est que Wan semble ne pas du tout savoir où mettre sa caméra. Cinéaste du huis-clos et de l’intime, le voilà soudain privé des quatre murs de son terrain de jeu habituel. Face à cet espace de liberté nouvellement acquis, il se perd. On jurerait qu’il laisse les clefs aux créateurs des animatiques et qu’il abdique. Il faut dire qu’avec ces 2300 plans truqués par onze compagnies d’effets spéciaux distinctes (notamment ILM, Weta et Digital Domain), il y a de quoi se laisser submerger. D’où ces mouvements de caméra circulaires qui tournent vainement autour des personnages en plein dialogue, comme s’il fallait optimiser toute cette imagerie numérique au lieu de se concentrer simplement sur les acteurs. Ou ces explosions qui surviennent à peu près tous les quarts d’heure pour interrompre des scènes de discussion et tenter de relancer l’intrigue (on croirait avoir affaire à un gag de répétition). Wan retrouve momentanément sa verve au cours de la scène des monstres de la fosse, qui rendent hommage à L’Étrange créature du lac noir et H.P. Lovecraft, mais c’est un peu court. Tout le potentiel dramatique du héros (à la fois souverain mythologique et icône de la pop culture) et de son antagoniste (qui se dresse contre les exactions des hommes à l’instar du capitaine Nemo de 20 000 lieues sous les mers) s’effacent derrière le lissage extrême de l’intrigue et ses clins d’œil maladroits (à Karaté Kid, Les Dents de la mer ou Pinocchio). En l’état, le spectacle de ces combats improbables à dos de squale donne à Aquaman les allures d’un Sharknado boosté aux dollars. Ce pourrait n’être qu’une erreur de parcours. Pourtant, face au succès colossal du film, Wan s’est aussitôt lancé dans les préparatifs de sa séquelle…

 

© Gilles Penso

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LE JOURNAL D’ELLEN RIMBAUER (2003)

Préquel de la mini-série Rose Red, ce téléfilm inspiré de Stephen King nous conte les origines de la fameuse demeure maudite…

THE DIARY OF ELLEN RIMBAUER

 

2003 – USA

 

Réalisé par Craig R. Braxley

 

Avec Lisa Brenner, Steven Brand, Tsidii de Loka, Kate Burton, Brad Greenquist, Deirdre Quinn

 

THEMA FANTÔMES I SAGA STEPHEN KING

Pour promouvoir le téléfilm en trois parties Rose Red, diffusé sur les petits écrans américains le 27 janvier 2002, un roman écrit par Ridley Pearson sous le pseudonyme de Joyce Reardon (nom de l’héroïne de la mini-série), fut publié dans la foulée. Reposant sur une idée de Stephen King, ce « Journal intime de Ellen Rimbauer » (sous-titré « Ma vie à Rose Red ») servit principalement d’objet publicitaire pour accompagner la diffusion des trois épisodes mais fit aussi office de préquelle explicitant les événements survenus par le passé dans la maison maudite. « Durant l’été 1998, au cours d’une vente aux enchères, j’ai acquis un journal intime cadenassé et recouvert de poussière, persuadée que ces écrits appartenaient à Ellen Rimbauer », peut-on y lire en guise de prologue. Un an plus tard, l’idée d’adapter ce livre pour en tirer un nouveau téléfilm se concrétise, toujours sous la direction de Craig R. Baxley.

Diffusé en mai 2003 sur la chaîne ABC, Le Journal d’Ellen Rimbauer prend place au début du vingtième siècle, à Seattle. Le riche marchand John Rimbauer (Steven Brand) demande à sa fiancée Ellen (Lisa Brenner) de l’épouser. Pour lui prouver son amour, il lui a fait construire une gigantesque maison, importée brique par brique d’Angleterre. Craig Braxley nous offre alors la vision impressionnante du chantier qui côtoie la mer, par la grâce d’effets visuels très soignés. « Cette maison abritera notre bonheur » dit John, juste avant d’être contredit par la détonation d’un coup de feu. Un accident vient en effet d’arriver sur le chantier, prélude d’une série de drames qui iront crescendo. Peu émus par ce mauvais présage, John et Ellen Rimbauer partent en voyage de noces en Afrique, où ils rencontrent Sukeena (Tsidii Le Loka) qui deviendra leur domestique et la confidente de la jeune épouse. Le soir du premier grand bal donné dans la maison, une invitée est soudain prise d’une crise de panique après avoir visité une pièce à l’étage et répète dans une espèce de transe « je sais tout, je sais tout ».

« Je sais tout… »

À partir de là, les choses dégénèrent lentement. John multiplie les maîtresses, des filles disparaissent dans la maison, l’atmosphère devient pesante… Ellen tombe enceinte et accouche bientôt d’Adam, puis d’April qui nait avec un bras atrophié. Celle-ci ne tarde pas à découvrir le corps de Doug, un associé de son père, pendu dans la maison. Face à ce trop-plein d’événements dramatiques, Ellen sollicite contre l’avis de son époux l’aide de Madame Lu (Tsai Chin), une médium asiatique qui détecte que Rose Red est animée d’une vie autonome et influe sur l’esprit d’April, laquelle disparaît à son tour. Malgré le savoir-faire indéniable de Craig Baxley et la multiplication de phénomènes surnaturels et de rebondissements, Le Journal d’Ellen Rimbauer peine à captiver son public, peu aidé par une facture anonyme qui lui donne trop souvent les allures d’un soap opera des années 80/90, la voix off redondante de la narratrice et un épilogue peu crédible expédié en quelques minutes. Ce produit dérivé lui-même inspiré d’un autre produit dérivé n’a donc un intérêt que très relatif.

 

© Gilles Penso

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SCOOP (2006)

Woody Allen raconte la rencontre improbable entre une étudiante, le fantôme d’un journaliste et un aristocrate soupçonné d’être un tueur en série…

SCOOP

 

2006 – USA

 

Réalisé par Woody Allen

 

Avec Scarlett Johansson, Hugh Jackman, Woody Allen, Ian McShane, Romola Garai, Charles Dance, Meg Wynn Owen

 

THEMA FANTÔMES

Avec l’excellent Match Point, Woody Allen avait pris son public par surprise, s’écartant des sentiers qu’il avait l’habitude d’emprunter et délaissant son éternelle ville de New York au profit d’un Londres embrumé propice au drame policier vénéneux et à l’humour noir. Fort de cet indéniable succès, il creuse le même sillon avec Scoop, dirigeant l’envoûtante Scarlett Johansson pour la deuxième fois consécutive. Au suspense hitchcockien et à la satire typiquement anglaise, l’auteur de Manhattan ajoute cette fois une bonne dose de burlesque et un argument purement fantastique. Tout le monde, dans le milieu de la presse, déplore la mort de Joe Strombel (Ian McShane), un journaliste d’investigation réputé pour son flair et son opiniâtreté. En route vers l’au-delà à bord d’une embarcation conduite par la Faucheuse en personne, ce dernier fait la rencontre d’autres trépassés, notamment l’ancienne secrétaire de Peter Lyman (Hugh Jackman), un jeune aristocrate qu’elle soupçonne d’être le serial killer qui défraie la chronique sous le surnom de « Tueur au Tarot ».

Piqué au vif, Strombel rêverait d’exhumer ce scoop, fut-ce de manière posthume. Pour y parvenir, il se jette dans le fleuve aux allures de Styx qui le transporte, et parvient à entrer furtivement en contact avec le monde des vivants. C’est ainsi que Sondra Pransky (Scarlett Johansson), jeune étudiante en journalisme, aperçoit le fantôme de Strombel alors qu’elle participe à un spectacle de magie donné par le grand Splendini, de son vrai nom Sid Waterman (Woody Allen). Le spectre a tout juste le temps de lui donner quelques indices avant de s’évanouir. Entreprenante, Sondra décide de mener l’enquête, avec l’aide du magicien qu’elle prend à témoin. Pour obtenir son scoop, elle se jette dans les griffes de Lyman, faisant passer Splendini pour son père. Mais bientôt, l’aristocrate et l’apprentie journaliste tombent mutuellement amoureux…

L’esprit des morts et les mots d’esprit

Loin d’être déplaisant, Scoop laisse tout de même un arrière-goût d’inachevé et ne possède ni la trouble sensualité, ni l’impeccable perfectionnisme de Match Point, duquel il se rapproche pourtant par bien des aspects. L’angle fantastique du récit passe certes comme une lettre à la poste, grâce au second degré poétique avec lequel il est traité, mais les ressorts comiques, en revanche, ne font mouche qu’une fois sur deux. A vrai dire, il eut sans doute été préférable que Woody Allen n’apparaisse pas dans le film et efface son personnage du scénario. Car Splendini n’apporte rien de foncièrement intéressant à l’intrigue et désamorce la plupart des séquences où il s’immisce en délivrant des mots d’esprits hors sujet typiques de son auteur (« je suis né de confession israélite mais je me suis converti au narcissisme », « je n’ai pas besoin de faire d’exercice, mon anxiété a l’effet d’un aérobic » ou encore « tu viens d’une famille orthodoxe, accepteront-ils un tueur en série ? »). Le charme et le charisme des deux acteurs principaux demeure l’atout principal de ce Scoop qui eut mérité un travail d’écriture un peu plus rigoureux. A peine le tournage s’acheva-t-il que Scarlett Johansson et Hugh Jackman se retrouvèrent sous la direction de Christopher Nolan pour Le Prestige.

 

© Gilles Penso

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CONJURING: SOUS L’EMPRISE DU DIABLE (2021)

Dans ce troisième volet de la franchise Conjuring, les époux Warren doivent prouver face à un tribunal l’existence d’une possession démoniaque…

THE CONJURING : THE DEVIL MADE ME DO IT

 

2021 – USA

 

Réalisé par Michael Chaves

 

Avec Patrick Wilson, Vera Farmiga, Sterling Jerins, Ruairi O’Connor, Sarah Catherine Hook, Charlene Amoia, Julian Hilliard

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA CONJURING

C’était à prévoir : James Wan, instigateur de la saga Conjuring et réalisateur des deux premiers épisodes, a tellement le vent en poupe qu’il se voit contraint de céder la mise en scène du troisième opus pour pouvoir se consacrer à d’autres projets (notamment le thriller horrifique Malignant, la série TV Archive 81 et la suite d’Aquaman). C’est donc Michael Chaves qui lui succède. Ce dernier ne nous avait qu’à moitié convaincus avec La Malédiction de la Dame Blanche, mais Wan lui fait confiance, partage avec lui de nombreux goûts cinématographiques (tous deux adulent le Seven de David Fincher) et pense qu’il saura assurer la continuité en respectant la ligne artistique établie par les films précédents. Ce troisième volet consacré aux enquêtes paranormales de Lorraine et Ed Warren (qui se positionne aussi comme le huitième épisode du « Conjuring cinematic universe ») cherche malgré tout à casser une certaine routine. Pour éviter le sentiment de déjà vu, le motif de la maison hantée est d’emblée écarté. D’autre part, Wan et Chaves souhaitent se concentrer davantage sur les pouvoirs médiumniques de Lorraine Warren, sollicités pour faire avancer une enquête policière complexe. En ce sens, Conjuring : sous l’emprise du diable se rapproche de la mécanique du Dead Zone de David Cronenberg. Le scénario s’inspire cette fois-ci du procès réel d’Arne Cheyenne Johnson, qui se déroula en 1981 dans le Connecticut et qui avait déjà inspiré en 1983 le téléfilm Le Procès du démon.

Tout commence par une séquence de possession éprouvante qui rend un hommage direct à L’Exorciste (avec la reprise du plan iconique de la silhouette du prêtre se découpant devant la grande bâtisse, chapeau sur la tête et mallette à la main). En dix minutes, le prologue de ce troisième Conjuring nous offre une sorte de condensé du classique de William Friedkin. Le petit David Galtzel (Julian Hilliard) est libéré de l’emprise diabolique qui le possédait, mais le démon s’est désormais logé dans l’esprit du petit ami de sa sœur, le jeune Arne Johnson (Ruairi O’Connor). Celui-ci, victime d’hallucinations de plus en plus terrifiantes, adopte un comportement étrange et assassine l’un de ses amis avant de redevenir lui-même. Condamné à mort, il n’a qu’une seule chance de s’en sortir : plaider la possession diabolique. Mais un tel argument a-t-il un poids quelconque dans un tribunal ? « La cour accepte l’existence de Dieu chaque fois qu’un témoin jure de dire la vérité », déclare Ed Warren au juge en charge de cette affaire. « Je pense qu’il est temps qu’ils acceptent l’existence du diable. » Or seuls les époux Warren semblent susceptibles de dénouer cette situation épineuse…

Les avocats du diable

La structure de Conjuring 3 diffère donc de celle des deux précédents. Au lieu d’être une entame narrative plantant le décor sans présenter de lien direct avec le reste de l’intrigue, le pré-générique est ici le point de départ du récit tout entier, à partir duquel l’enquête des Warren repart à rebours au bout de trente minutes de métrage pour élucider le mystère d’une double possession. L’enjeu dramatique est fascinant : pour sauver la vie d’un condamné, ils doivent prouver l’existence d’un démon. Si Michael Chaves n’a pas la finesse de James Wan, il se tire tout de même de cet exercice périlleux avec les honneurs, respectant du mieux qu’il peut le style de son prédécesseur et surtout sa gestion de la peur. L’attente, le silence et le hors-champ sont donc beaucoup plus sollicités que les effets démonstratifs, même si le réalisateur ne peut s’empêcher de ponctuer le film de « jump-scares » artificiels (c’était justement l’un des travers de La Malédiction de la Dame Blanche). Quelques rebondissements scénaristiques sont un peu durs à avaler et le final aurait mérité une approche plus subtile, mais l’alchimie fonctionne toujours, en grande partie grâce à l’indéboulonnable duo Patrick Wilson/Vera Farmiga – peut-on rêver ghostbusters plus charismatiques ? L’idée d’affaiblir Ed Warren physiquement est d’ailleurs intéressante, car elle crée des obstacles supplémentaires sur la piste des enquêteurs et pousse Lorraine à participer plus activement aux investigations sur le terrain, quitte à se jeter dans la gueule du loup. Conjuring : sous l’emprise du diable s’achève sur un double suspense très efficace qui semble pour sa part cligner de l’œil vers « Shining » (le livre, pas le film) jusqu’à un épilogue qui laisse bien sûr imaginer d’autres aventures possibles. Les affaires traitées par les véritables époux Warren ne manquant pas, la matière pour alimenter de nombreux autres scénarios est encore foisonnante.

 

© Gilles Penso

 

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NOS AMIS LES TERRIENS (2007)

L’écrivain Bernard Werber passe derrière la caméra pour imaginer que des extra-terrestres épient nos moindres faits et gestes…

NOS AMIS LES TERRIENS

 

2007 – FRANCE

 

Réalisé par Bernard Werber

 

Avec Annelise Hesme, Audrey Dana, Thomas Le Douarec, Boris Ventura, Sellig, et la voix de Pierre Arditi

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Nos amis les Terriens est l’aboutissement d’un projet amorcé par Bernard Werber en 1992. Après deux nouvelles, un court-métrage et une pièce de théâtre abordant tous la même thématique, le romancier réalise enfin son rêve : en tirer un long-métrage que Claude Lelouch accepte de produire. « Quand Claude Lelouch a vu le court-métrage, ça l’a beaucoup fait rire et il m’a proposé immédiatement d’en faire un film », raconte Werber. « Il a respecté sa parole, avec d’autant plus de mérite que personne ne nous a suivi sur ce coup-là. Il a donc porté le projet tout seul, à bout de bras, en étant particulièrement respectueux de mon travail. Il m’a dit : « je te laisse faire tes erreurs, parce que c’est ce qui va créer ton style » (1). Il est difficile de ne pas adhérer d’emblée au concept du film, tant l’idée en est séduisante et la mise en forme distractive. Les premières minutes (des images de synthèse réalisées par l’équipe de Buf) nous transportent dans l’espace, tandis que la voix de Pierre Arditi nous annonce que nous ne sommes pas seul dans l’univers et qu’une autre forme de vie organisée a été découverte. Bien vite, il devient évident que ce « nous » ne concerne pas les humains mais une race extra-terrestre très évoluée, et que l’autre forme de vie en question, ce sont les Terriens. Une fois ce point de vue accepté, on s’amuse aisément du décalage entre le commentaire et les scènes de vie quotidienne captées dans Paris, un procédé qui rappele « Les Lettres Persanes » de Montesquieu.

 

Le parti pris narratif de Werber se scinde dès lors clairement en deux portions : les images « volées », filmées à la sauvette parmi les passants et les automobilistes, à la manière d’un film documentaire « ethnologique » ; et les séquences avec comédiens, dans la mesure où les extra-terrestres ont choisi de s’intéresser plus particulièrement à deux sujets d’observation pris au hasard : un homme (Thomas Le Douarec) et une femme (Annelise Hesme). Mais cette structure scénaristique, idéale sur un format court, aurait tout de même eu du mal à captiver le public pendant la durée d’un long-métrage. Conscient de cet état de fait, et soucieux de varier les plaisirs, Werber imagine que les extra-terrestres ne s’en tiennent pas à l’étude des humains dans leur environnement naturel, mais décident également d’analyser leur comportement en captivité. Reprenant à son compte la thématique des enlèvements d’humains par des aliens, Nos amis les Terriens nous fait donc découvrir, en montage parallèle, le triste sort d’un autre couple (Audrey Dana et Boris Ventura) enfermé dans un espace clos et livré à lui-même. « La science-fiction reste un support idéal pour parler de l’homme et de sa place dans l’univers », affirme Werber. « Voyons la vérité en face : nous sommes une espèce grouillant sur une planète, et nous sommes peut-être en train de la détruire. Parlons-en au lieu de nous voiler la face » (2).

Nous ne sommes pas seuls

Ces jalons étant posés, l’intrigue suit son cours sous l’œil mi-amusé mi-intrigué du spectateur. Car le cinéaste se plaît au jeu du mélange des genres et de la confusion des sentiments. Si le film prête souvent à rire, là n’est pas son unique objectif, et l’inversion des points de vue mue n’importe quelle séquence banale en tissu d’étrangetés, voire d’absurdités. Dès lors, tout est possible : l’érotisme numérique (l’incroyable scène des deux squelettes en image de synthèse qui font l’amour), l’allégorie biblique (les humains captifs qui construisent l’équivalent d’une Tour de Babel pour atteindre l’entité supérieure qui les observe), l’horreur gastronomique (l’épouvantable visite d’une usine où les poulets sont égorgés et plumés vivants). Et que dire de ce plan à la fois sublime et répulsif au cours duquel la tête d’un bébé s’extrait du corps de sa mère ?  L’originalité de Nos amis les Terriens et l’audace de son auteur-réalisateur nous incitent à l’indulgence quant aux faiblesses formelles du film, notamment une image vidéo numérique très inesthétique, des comédiens pas toujours convaincants et quelques pertes de rythme en cours de métrage.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en mars 2007

 

© Gilles Penso

 

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