I AM NOT A SERIAL KILLER (2016)

Un adolescent qui travaille dans une morgue avec sa famille se demande s’il n’est pas en train de se transformer en tueur psychopathe…

I AM NOT A SERIAL KILLER

 

2016 – GB / IRLANDE

 

Réalisé par Billy O’Brien

 

Avec Christopher Lloyd, Max Records, Laura Fraser, Tim Russell, Christina Baldwin, Karl Geary, Lucy Lawton

 

THEMA TUEURS I DIABLE ET DÉMONS

Dix ans après Isolation, Billy O’Brien est de retour avec ce très étonnant I am not a Serial Killer adapté d’un roman de Dan Wells. Et force est de reconnaître que notre homme n’a rien perdu de son mordant ni de sa sensibilité. Entretemps, il aura concédé à réaliser un film fantastique pour SyFy Channel, Ferocious Planet, et de remplacer à la dernière minute le metteur en scène du film de science-fiction Scintilla. Ces travaux de commande lui permirent de ne pas perdre la main et surtout de préparer une œuvre plus personnelle, en l’occurrence I am not a Serial Killer. Fasciné par le roman homonyme de Dan Wells que lui soumet un producteur londonien, il contacte l’auteur qui lui avoue lui-même être un grand amateur d’Isolation. Les deux hommes étaient faits pour s’entendre ! Pour autant, O’Brien souhaite faire subir au livre quelques infidélités pour mieux conformer le récit à un traitement cinématographique. Ces changements concernent principalement le point de vue de la narrayion et le dernier acte. Wells n’est pas certain d’apprécier la démarche, et se ravisera finalement en voyant le résultat à l’écran. « Pour un film, ça fonctionne mieux », avouera-t-il au réalisateur.

Cette chronique intimiste s’intéresse à John Cleaver, un jeune homme qui travaille avec sa mère et sa tante dans une maison mortuaire et qui craint d’être saisi de pulsions susceptibles de le transformer en tueur en série. Avec l’aide d’un psychologue, il se fixe une série de règles destinées à entraver un comportement sociopathe. Mais un vrai serial killer sévit bientôt dans la petite ville. Notre héros s’intéresse à lui, le démasque, le suit de près, et finit par découvrir son incroyable secret. La mise en scène d’O’Brien étant extrêmement naturaliste et intuitive, l’intrusion du fantastique dans ce cadre familier et rassurant n’en est que plus surprenante. « Mon directeur de la photographie Robbie Ryan, avec qui j’étais à l’école et qui avait déjà éclairé Isolation, a une approche très naturaliste, ce qui contribue beaucoup à la patine réaliste du film », explique le réalisateur. « Et bien sûr, il y a la performance de Max Records. Il était tout simplement parfait. Il n’a que 17 ans et il porte la plus grande partie du film sur ses épaules. » (1)

Un tueur peut en cacher un autre

La double présence de Max Records et Christopher Lloyd aide en effet beaucoup à l’efficacité du film, le premier en jeune héros tourmenté, le second en vieux voisin qui cache bien son jeu. « La prestation de Christopher Lloyd dans Vol au-dessus d’un nid de coucou reste inégalée », dit O’Brien. « La manière très particulière qu’il a de jouer avec son corps et son visage dote son personnage d’une étrangeté subtile que je trouvais idéale pour le rôle. Dans le film, il joue un homme a priori sobre et taciturne, loin des personnages exubérants qu’on lui connaît, et il a beaucoup apprécié ce contre-emploi. » (2) A la fois attachant, drôle et effrayant, Lloyd s’éloigne en effet du Doc Brown de Retour vers le futur qui lui colle tant à la peau pour nous emmener sur un terrain totalement inattendu. Et c’est justement parce que Lloyd est un comédien naturellement sympathique et familier aux yeux du spectateur que les évolutions du scénario n’en sont que plus surpenantes. Car de manière imprévisible, le film de tueur en série se laisse peu à peu contaminer par le fantastique pur. Il y a en effet une créature dans le film, remettant en perspective tout ce que nous pensions comprendre ou savoir. Sans doute apparaît-elle de manière trop explicite pendant le climax, le maigre budget à la disposition du réalisateur ne lui permettant pas de faire des merveilles, même si l’on apprécie l’emploi d’une marionnette animatronique « à l’ancienne » plutôt que des images de synthèses plus « convenues ». Il faut cependant beaucoup de suspension d’incrédulité pour accepter cet ultime revirement. I Am Not a Serial Killer aurait mérité des effets spéciaux plus performants pour son grand final, et aurait probablement gagné à resserrer un peu sa narration. Mais la spontanéité de la mise en scène d’O’Brien et son refus de sacrifier aux canons hollywoodiens habituels sont franchement appréciables.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2016

 

© Gilles Penso


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UNE VIE MOINS ORDINAIRE (1997)

Danny Boyle réunit un casting quatre étoiles pour cette histoire exubérante d’anges venus du ciel pour unir un couple de force

A LIFE LESS ORDINARY

 

1997 – GB / USA

 

Réalisé par Danny Boyle

 

Avec Ewan McGregor, Cameron Diaz, Ian Holm, Holly Hunter, Delroy Lindo, Stanely Tucci, Dan Hedaya, Tony Shalhoub

 

THEMA DIEU, LES ANGES ET LA BIBLE

Après Petits meurtres entre amis et Trainspotting, Danny Boyle et son acteur fétiche Ewan McGregor s’attaquent à un nouveau mélange des genres avec cette Vie moins ordinaire qui s’efforce de mixer comédie romantique, conte fantastique et polar musclé. Tout commence dans le décor surexposé d’une espèce d’administration où chaque employé est tout de blanc vêtu. Nous sommes au Ciel, et Dieu a confié à l’ange Gabriel (Dan Hedaya) la mission d’unir un homme et une femme que tout sépare. O’Reilly et Jackson, deux anges aux méthodes expéditives incarnés par Holly Hunter et Delroy Lindo, sont donc chargés de prendre les choses en main. En cas d’échec, ils seront condamnés à rester en exil sur Terre. Autant dire que la pression est grande, d’autant que l’affaire semble loin d’être gagnée. Robert, l’homme qui est visé (Ewan McGregor) est un agent d’entretien qui rêve de devenir écrivain et qui est renvoyé du jour au lendemain pour être remplacé par un robot. Furieux, il se rend chez son irascible patron (Ian Holm) et, en désespoir de cause, kidnappe sa fille Celine (Cameron Diaz), une oisive exubérante mariée à un dentiste riche et ennuyeux (Stanley Tucci) qui, pour la distraire, accepte de poser une pomme sur sa tête tandis qu’elle joue à Guillaume Tell avec un pistolet.

Bien peu doué pour proférer correctement des menaces téléphoniques et des demandes de rançon, Robert finit par amuser son otage, à tel point que leur relation prend une tournure absurde. « C’est tout ce que je suis pour toi ? Ton dernier kidnappeur en date ? Un accessoire de mode ? » assènera-t-il à une Celine plus prompte à prendre les choses en main que lui. Pour jeter ces deux êtres l’un dans les bras de l’autre, nos deux anges mercenaires vont tester les stratagèmes les plus excentriques, mais rien ne semble fonctionner… L’argument d’Une vie moins ordinaire est donc des plus plaisants, et le ton dérisoire du film, souvent à la limite du cartoon, a tout pour séduire. D’autant que ces deux anges maniant des armes à feu, provoquant des carambolages et effectuant d’aberrantes cascades nous changent des habituels chérubins doucereux et moralisateurs.

Anges ou démons ?

Mais à force de vouloir autant amalgamer les styles, les genres et les influences, Danny Boyle se retrouve avec un film patchwork qui semble ne pas trop savoir où il va et s’emmêle un peu les pinceaux. L’intérêt du public s’émousse donc un peu face à ce spectacle inégal, et c’est d’autant plus dommage que les acteurs sont pétillants et que de nombreuses scènes de comédie pure font souvent mouche. Parmi les trouvailles visuelles du film, on se souviendra de ces visions colorées du cœur de notre héros, ou encore du générique de fin, qui raconte l’épilogue sous forme d’un formidable film d’animation en pâte à modeler signé Mike Mort, le créateur de la burlesque série animée Gogs. Une Vie moins ordinaire ne fut guère le succès escompté par Danny Boyle et son producteur Alex MacDonald, et n’arriva pas à la cheville de leurs deux films précédents en matière de box-office et d’accueil critique. Cinq ans plus tard, le cinéaste s’essaiera à nouveau au genre fantastique avec le remarquable 28 jours plus tard.

 

© Gilles Penso


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MANHUNT (2008)

Héritier de Tobe Hooper et John Boorman, ce survival norvégien compense ses airs de déjà-vu par une brutalité sans concession…

ROVDYR

 

2008 – NORVÈGE

 

Réalisé par Patrik Syversen

 

Avec Henriette Bruusgaard, JØrn-BjØrn Fuller Gee, Lasse Valdal, Nini Bull Robsahm

 

THEMA TUEURS

Manhunt doit énormément à Délivrance et Massacre à la tronçonneuse. Le réalisateur norvégien Patrik Syversen ne s’en cache pas, situant même son intrigue en 1974 et prenant pour protagonistes quatre amis partis en van pour un week-end de détente dans les bois. A vrai dire, la détente n’est pas exactement à l’ordre du jour, et des tensions commencent même à se faire sentir entre Roger, sa fiancée Camilla, la meilleure amie de cette dernière Mia et son frère Jorgen. Faisant halte dans un petit restoroute miteux perdu dans la cambrousse, ils rencontrent quelques autochtones peu avenants – refrain connu – ainsi qu’une jeune femme terrorisée qu’ils acceptent de prendre en stop pour les prochains kilomètres. Mais au beau milieu d’une route de campagne, le petit groupe tombe dans une embuscade et chacun se retrouve inconscient. Le réveil est rude. Car nos infortunés campeurs découvrent qu’ils sont devenus les proies de chasseurs sanguinaires et armés jusqu’aux dents. La course à travers champ se mue donc rapidement en bain de sang.

Nous voilà prévenus : Manhunt sera un survival dans la pure tradition du genre et cultivera fatalement un sentiment de déjà-vu, dans la droite lignée des classiques de Tobe Hooper et John Boorman. Pour autant, le film ne déçoit guère et son impact n’en est aucunement amenuisé, bien au contraire. Conditionné par ce contexte familier, préparé au pire, le spectateur n’est pas au bout de ses surprises. En grand amateur de films d’horreur, de zombies et de mutants, comme en témoignent ses courts métrages précédents, Syversen, à peine âgé de vingt-cinq ans, met le paquet pour son premier long, témoignant d’une maîtrise technique et artistique de premier ordre.

La course à la mort

La figure récurrente de la victime humaine courant à travers bois, prise en chasse par un agresseur brutal et dénué d’émotion, pourrait être galvaudée et perdre tout son sel depuis tant d’années de survivals. Or le cinéaste parvient à lui redonner toute sa saveur primitive, muant son Manhunt en expérience éprouvante d’un point de vue émotif et sensoriel. La violence y est crue, la souffrance et la peur presque palpables, et les meurtres rivalisent de cruauté. Armes blanches, fusils, arcs et flèches, fils de fer barbelés, tous les moyens sont bons pour transformer la petite bande en viande hachée. Le mutisme des agresseurs et la tendance du cinéaste à ne presque jamais montrer leur visage participe pour beaucoup au sentiment d’épouvante qu’ils génèrent. D’autant que leurs motivations ne nous sont jamais révélées. Les prédateurs n’ont finalement d’humain que le visage, jouant surtout le rôle de révélateurs auprès des héros montrant vite leurs véritables personnalités. Le courage, la lâcheté et l’opiniâtreté sont du coup poussés à leur paroxysme. Quant à la bande son, elle s’orne régulièrement du son du cor de chasse, véritable glas aussi peu engageant que les ronronnements furieux de la tronçonneuse de Leatherface. Au motif classique du « redneck » congénitalement violent s’adjoint ainsi celui du gibier humain, Manhunt s’érigeant du même coup en descendant lointain des fameuses Chasses du comte Zaroff. Rien de bien neuf à l’horizon, certes, mais une chasse à l’homme qui demeure palpitante jusqu’à la dernière minute.

 

© Gilles Penso


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GHOST IN THE SHELL (2017)

Une adaptation live du célèbre manga de Masamune Shiro dans laquelle Scarlett Johansson incarne une mercenaire au cerveau humain et au corps artificiel

GHOST IN THE SHELL

 

2017 – USA

 

Réalisé par Rupert Sanders

 

Avec Scarlett Johansson, Takeshi Kitano, Michael Pitt, Pilou Asbaek, Chin Han, Juliette Binoche, Peter Ferdinando, Lasarus Ratuere

 

THEMA ROBOTS I FUTUR

Depuis la publication du manga original de Masamune Shirow en 1989, l’univers cyberpunk de « Ghost in the Shell » s’est étendu sur plusieurs formats. Il y eut d’abord le superbe film d’animation de Mamoru Oshii, puis ses trois séquelles, trois séries d’animation et plusieurs jeux vidéo. Une adaptation en live action semblait inévitable. Elle se concrétisa en 2017 sous la direction de Rupert Sanders, réalisateur de Blanche Neige et le chasseur. Margot Robbie, qui devait initialement en tenir la vedette, choisit finalement d’incarner Harley Quinn dans Suicide Squad et cède donc la place à Scarlett Johansson. Nous n’y perdons pas au change. Très convaincante dans le rôle du major Mira Killian, la Natasha Romanoff du Marvel Cinematic Universe fit pourtant grincer beaucoup de dents par sa seule présence. Le fait qu’une comédienne occidentale joue un rôle qui aurait dû logiquement être tenu par une actrice japonaise provoqua quelques levées de boucliers. Il ne s’agissait donc pas d’un jugement de valeur mais de principe, la grande majorité des mécontents n’ayant pas pris la peine de voir le film. Au risque de froisser les adeptes de la controverse, avouons que les attributs physiques du personnage initial, tel qu’il fut dessiné par Shirow puis revisité par Oshii, n’ont rien de fondamentalement asiatique, comme en témoignent par exemple ses grands yeux clairs et sa peau d’albâtre. Donc qu’importe finalement la nationalité ou l’origine de l’interprète, pourvu que son incarnation soit crédible.

Tourné en Nouvelle-Zélande, au cœur d’une vision fantasmée de Hong Kong qui semble s’inspirer en partie de Blade Runner, Ghost in the Shell se situe dans un futur où la recherche en matière de robotique et d’intelligence artificielle a fait des bonds spectaculaires. La majorité des humains sont « augmentés », intégrant à leur anatomie des extensions cybernétiques qui compensent des handicaps ou accroissent des performances. Fruit d’expérimentations de pointe, le major Mira Killian est unique en son genre. Un an plus tôt, sa famille ayant été victime d’une attaque terroriste, elle fut sauvée de justesse par la compagnie Hanka Robotics et son cerveau fut transféré dans un corps entièrement synthétique. Depuis, elle a rejoint une unité d’élite anti-terroriste. Mais en menant l’enquête sur un dangereux criminel capable de pirater et de contrôler les esprits, elle va se mettre à douter de ses propres origines…

L’esprit, l’âme et le corps

Même s’il emprunte quelques chemins de traverse, le scénario co-écrit par Jamie Moss, William Wheeler et Ehren Kruger reste très fidèle à celui du long-métrage animé de Mamoru Oshii. Le film de Sanders se positionne de fait comme un remake du Ghost in the Shell de 1995, dont il reproduit fidèlement plusieurs séquences plan par plan. Voir les dessins que nous connaissions prendre ainsi du volume et entrer dans une nouvelle dimension où la chair des comédiens et les images de synthèse se substituent à l’encre et aux traits est une expérience fascinante. D’autant qu’il est justement question ici de fusion entre l’organique et le digital, entre le simulacre et la réalité. La direction artistique du film et ses effets visuels sont de très haut niveau, la seule ombre au tableau étant probablement la bande originale agressive de Clint Mansell et Lorne Balfe qui ne retrouve jamais le lyrisme envoûtant des partitions de Kenji Kawaï. À travers cette relecture en prises de vues réelles de l’univers étendu conçu par Masamune Shirow, la société d’humains augmentés qui jalonnent le récit fait toujours autant froid dans le dos, certaines visions évoquant même parfois les fulgurances cauchemardesques de Tetsuo 2. Si l’approche de Rupert Sanders n’est pas aussi philosophico-métaphysique que celle de Mamoru Oshii, l’interrogation sur la nature de l’identité humaine demeure intacte. Avec en filigrane cette question sans réponse : qu’est-ce qui, de l’esprit, l’âme ou le corps, définit le mieux les individus que nous sommes ?

 

© Gilles Penso

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LE CERVEAU DE LA FAMILLE (1996)

Un homme au crâne hypertrophié et au corps minuscule règne sur une bien étrange famille…

HEAD OF THE FAMILY

 

1996 – USA

 

Réalisé par Robert Talbot (alias Charles Band)

 

Avec Blake Bailey, Jacqueline Lovell, Bob Schott, James Jones, Alexandria Quinn, Gordon Jennison Noice, J.W. Perra, Vicki Skinner, Robert J. Ferrelli

 

THEMA FREAKS I POUVOIRS PARANORMAUX I SAGA CHARLES BAND

Grand amateur du dessinateur Jack Kirby (qui créa avec Stan Lee les Quatre Fantastiques, Thor, Hulk, les X-Men et tant d’autres), le producteur Charles Band signe avec lui un accord en 1986 pour l’adaptation de deux de ses concepts. Faute de moyens, les films ne pourront jamais se concrétiser. Mais chez Band, rien ne se perd, tout se transforme. Ces idées non utilisées sont donc recyclées sous forme d’adaptations officieuses : Docteur Mordrid et Mandroid. Dans un esprit voisin, Le Cerveau de la famille s’inspire grandement d’une histoire créée en 1954 par Jack Kirby et Joe Simon pour le magazine « Black Magic ». Son personnage principal ? Un homme monstrueux cloué sur un fauteuil, affublé d’un corps minuscule et d’une tête disproportionnée. Le titre de l’histoire ? « Head of the Family » ! A ce stade, direz-vous, ce n’est plus de l’inspiration, c’est du plagiat ! Même si le scénariste Benjamin Carr, familier des productions Band, tente de se réapproprier ce personnage et ce titre pour raconter une histoire relativement différente du récit initial, les similitudes sautent aux yeux. Pourtant, le comic book original n’est cité nulle part dans les crédits, ce qui fit logiquement grincer les dents des amateurs du grand Kirby, mort deux ans à peine avant la sortie du Cerveau de la famille.

Tourné pendant deux semaines au printemps 1996, le film se situe dans une petite ville américaine et concentre son action dans trois décors principaux : un petit restaurant, un appartement et la sinistre maison de la famille Stackpools. Personne ne sait vraiment ce qui se passe dans cette demeure un peu à l’écart où vivent des quadruplés d’un genre très particulier : Otis le colosse (Bob Schott), Enestina la bimbo (Alexandria Quinn), Wheeler dont la vue et l’ouïe sont hyper-développées (James Jones), et enfin Myron l’hydrocéphale paraplégique qui contrôle par télépathie ses frères et sa sœur (J.W. Perra). Un soir, Lance (Blake Adams), propriétaire du restaurant de la ville, assiste à une scène inquiétante. Les Stackpools agressent un automobiliste et le cachent dans la cave de leur maison où se pratiquent d’étranges expériences. Lance décide alors de les faire chanter : pour qu’il accepte de garder le silence, ils doivent kidnapper le voyou Howard (Gordon Jennison Noice) dont l’épouse Loretta (Jacqueline Lovell) est sa maîtresse. À partir de là, les choses se mettent à dégénérer…

La grosse tête

Si Charles Band est tout à fait conscient que son film (produit et réalisé sous le pseudonyme de Robert Talbot) plagie Jack Kirby, son scénariste cherche l’inspiration ailleurs, notamment dans plusieurs vieux films d’épouvante tels que Bedlam, The Uneartly ou Les Monstres se révoltent. Pour autant, la tonalité générale du Cerveau de la famille reste très proche de celle d’une bande dessinée façon EC Comics, mêlant l’humour noir et l’horreur, avec en prime des pointes d’érotisme. Il faut dire qu’Alexandria Quinn et Jacqueline Lovell (spécialisée jusqu’alors dans le X) ne sont pas avares de leurs charmes, offrant au métrage quelques séquences de nu intégral d’une parfaite gratuité. Car il faut bien combler les vides d’un scénario qui peine un peu à se développer sur la durée d’un long-métrage. D’où de longues scènes de dialogues qui auraient gagné en efficacité si elles étaient plus courtes. L’attraction principale du film reste « le chef de famille » Myron, qui bénéficie d’un excellent maquillage de Chris Bergschneider et interagit avec les autres personnages grâce à d’astucieux effets de perspectives forcées. Le compositeur Richard Band concourt beaucoup à l’atmosphère insolite du Cerveau de la famille, retrouvant à l’occasion le grain de folie de Re-Animator, même si l’on ressent sa frustration de ne pas pouvoir bénéficier d’un orchestre plus ample pour donner corps à son inventivité. En charge des thèmes principaux, il est épaulé par Steven Morrell pour les musiques additionnelles. Charles Band chercha longtemps à produire une séquelle du film, Bride of the Head of the Family, pour laquelle il fit même réaliser un poster promotionnel. Mais ce projet est resté inachevé.

 

© Gilles Penso

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PETER PAN (2003)

Pour célébrer les cent ans de la pièce de James Barrie, P.J. Hogan offre au célèbre conte une adaptation somptueuse…

PETER PAN

 

2003 – USA

 

Réalisé par P. J. Hogan

 

Avec Jason Isaacs, Jeremy Sumpter, Rachel Hurd-Wood, Lynn  Redgrave, Richard Briers, Olivia Williams, Geoffrey Palmer

 

THEMA CONTES

Steven Spielberg, pourtant toujours prompt à raviver avec talent la flamme de la magie enfantine, s’était tant égaré dans son Hook de sinistre mémoire qu’on n’espérait plus rien d’une version « live » des aventures de Peter Pan. Or la surprise vint justement d’un cinéaste qu’on n’imaginait pas dans un tel registre, l’Australien P.J. Hogan jusqu’alors spécialisé dans les comédies trentenaires comme Muriel ou Le Mariage de mon meilleur ami. Dodi Al-Fayed, à qui le film est dédié, convoitait ce projet depuis plusieurs années, avant même que Hook ne se concrétise. Suite à son décès, c’est son père Mohamed Al-Fayed qui reprit les rênes du projet, ce Peter Pan s’inscrivant dans une commémoration centenaire de la pièce de J.M. Barrie, au même titre que le Neverland de Marc Foster, qui s’attache pour sa part à romancer la vie de l’auteur.

Wendy Darling (Rachel Hurd-Wood) et ses deux frères John et Michael (Harry Newell et Freddie Popplewell) passent une grande partie de leur temps libre à s’inventer des histoires de pirates et à les jouer, ce qui n’est pas du goût de la revêche tante Millicent (Lynn Redgrave). Un soir, leurs jeux attirent Peter Pan (Jeremy Sumpter), un garçon volant tout droit venu du Pays Imaginaire. Wendy l’aide à récupérer son ombre rebelle, et grâce à un peu de poussière magique, tous quittent la maison en volant au-dessus des toits de Londres. Parvenus au Pays Imaginaire, ils rencontrent les Garçons Perdus, la petite Indienne Lili la Tigresse, de redoutables sirènes, et l’ennemi juré de Peter Pan : l’infâme capitaine Crochet.

Les deux visages de Jason Isaacs

Les deux univers antithétiques décrits dans Peter Pan – l’Angleterre rigide et victorienne d’un côté, le Pays Imaginaire de l’autre – sont mis en scène avec le même panache par un metteur en scène visiblement très inspiré. La direction artistique, les effets spéciaux et le casting sont d’indéniables réussites. En ce dernier domaine, outre les enfants débordant de justesse et de charisme, on apprécie tout particulièrement l’interprétation de Jason Isaacs dans le double rôle du timoré Mr Darling et de l’exubérant capitaine Crochet. Cette idée, qui semble empruntée au Magicien d’Oz, aurait cependant eu plus de cohérence si tous les personnages du « monde réel » trouvaient leur correspondance dans le Pays Imaginaire. Limiter ce dédoublement au père des jeunes héros et au redoutable pirate manchot réduit du coup l’impact de ce choix artistique, et induit même en filigrane un sous-texte psychanalytique freudien résolument étranger à l’univers de Barrie. Comment interpréter autrement ce personnage gémellaire qui incarne dans un univers le père aimant de la jeune Wendy et dans l’autre un « Grand Méchant Loup » n’hésitant pas à la séduire pour attirer Peter Pan dans ses filets ? Le film ose ainsi dépasser le cadre du texte initial à bien des égards, s’offrant de savoureuses satires de la haute bourgeoisie londonienne et quelques sous-entendus érotiques liés à la relation Peter/Wendy/Clochette. Cette dernière, incarnée par Ludivine Sagnier, s’avère d’ailleurs mille fois plus pertinente que l’embarrassante Julia Roberts d’un Hook définitivement à côté de la plaque.

 

© Gilles Penso

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LIFE : ORIGINE INCONNUE (2017)

À bord de la station spatiale internationale, une forme de vie étrangère ramenée de Mars commence à croître et se déployer…

LIFE

 

2017 – USA

 

Réalisé par Daniel Espinosa

 

Avec Jake Gyllenhaal, Rebecca Ferguson, Ryan Reynolds, Hiroyuki Sanada, Ariyon Bakare, Olga Dihovichnaya, Naoko Mori

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Un groupe d’astronautes coincés dans un huis-clos spatial et décimés un à un par une forme de vie extra-terrestre : de prime abord, le postulat de Life se contente de reproduire servilement celui d’Alien. La référence est ouvertement assumée par l’affichage du titre sur fond cosmique, lettre par lettre, imitant fidèlement les premières minutes du classique de Ridley Scott. Mais à peu de choses près, les ressemblances s’arrêtent là. Les décors industriels, sombres et suintants de 1979 cèdent ici le pas à un environnement clair, sobre et presque clinique. Aux designs biomécaniques quasi-surréalistes de H.R. Giger succède un univers technique réaliste et fonctionnel qui s’appuie sur l’imagerie réelle des missions de la station spatiale internationale que le grand public connaît bien depuis son inauguration en 1998. Le cadre est familier, connu, tangible. L’horreur s’y immiscera avec d’autant plus d’impact. L’idée de ce film s’appuie d’ailleurs sur un événement réel : l’exploration de la planète Mars par l’astromobile Curiosity. Que se serait-il passé si le petit véhicule avait découvert un organisme vivant et l’avait ramené à bord de l’ISS ? En partant de ce postulat, les producteurs David Ellison et Dana Goldberg confient à Rhett Reese et Paul Wernick (Bienvenue à Zombieland, Deadpool) l’écriture d’un scénario qui sera mis en scène par le réalisateur suédois Daniel Espinosa, dirigeant là son quatrième long-métrage pour un studio américain. La finesse et la noirceur de Life surprennent d’autant plus que son duo d’auteurs semblait jusqu’alors spécialisé dans la bonne grosse comédie, à mille lieues de l’atmosphère oppressante de Life.

C’est par un plan-séquence qui semble vouloir prendre le contrepied de ceux de Gravity (l’agoraphobie suscitée par Alfonson Cuaron se mue ici en claustrophobie) que commence Life. Nous y découvrons une ISS en tous points conforme à celle de la réalité. Six collègues complémentaires venus d’horizons différents y travaillent main dans la main : une commandante russe (Olga Dihovichnaya), un officier britannique (Rebecca Ferguson), un pilote japonais (Hiroyuki Sanada), un exobiologiste, un ingénieur et un médecin américains (Ariyon Bakare, Ryan Reynolds et Jake Gyllenhaal). Un vent d’excitation secoue la petite équipe lorsqu’une sonde de retour de Mars ramène un échantillon de sol de la planète rouge qui pourrait contenir des signes de vie extra-terrestre. Après analyse, un organisme pluricellulaire fait en effet son apparition. La nouvelle se propage sur Terre et provoque un enthousiasme planétaire. Un concours est même lancé auprès des écoles pour nommer cet organisme, qui se retrouve donc baptisé « Calvin ». Mais le gentil petit « blob » ne tarde pas à grandir et à manifester un comportement hostile qui finit par mettre en danger tout l’équipage…

Le septième passager

C’est lentement, étape par étape, que la situation du film dégénère. La perte de contrôle est progressive, et si l’angoisse diffuse se mue progressivement en cauchemar inexorable, le récit ne perd jamais son caractère plausible. La force de Life réside justement dans sa quête permanente du comportement crédible, du dialogue juste, de la péripétie réaliste, loin des canons traditionnels du cinéma d’horreur qui n’hésite pas à forcer le trait pour secouer leurs spectateurs. Les effets visuels eux-mêmes sont d’autant plus réussis qu’ils ne sont jamais ostentatoires, qu’il s’agisse de ces très beaux panoramas spatiaux au-dessus de la Terre, de ces prises de vues acrobatiques suivant les astronautes dans leurs évolutions en apesanteur à l’intérieur ou à l’extérieur de la station, mais aussi et surtout de la visualisation de cette entité extra-terrestre dont la forte personnalité est parfaitement détectable malgré sa forme délibérément non-anthropomorphe. On pense d’abord à un organisme monocellulaire, puis à une plante, puis à un céphalopode. Plus « Calvin » évolue, plus il montre sa force, sa rapidité, son endurance, son intelligence et son absence de pitié. « Il ne fait que survivre » dit le biologiste qui culpabilise encore plus que les autres pour avoir éveillé et stimulé cette chose sans en mesurer les conséquences. « L’existence de la vie passe par la destruction ».  Malgré l’absence d’un visage où pourrait se nicher une quelconque expression, il nous semble à tout moment pouvoir lire les pensées, les volontés et la détermination de cette créature qui ne ressemble à rien de connu. Life se vit donc comme une expérience éprouvante dont le dénouement glaçant hante longtemps les esprits…

 

© Gilles Penso

 

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LES FEMMES PRÉHISTORIQUES (1967)

Un jeune explorateur se retrouve dans une jungle africaine peuplée de jolies femmes des cavernes que dirige une cruelle souveraine…

SLAVE GIRLS / PREHISTORIC WOMEN

 

1967 – GB

 

Réalisé par Michael Carreras

 

Avec Martine Beswick, Edina Ronay, Michael Latimer, Stephanie Randall, Carol White, Alexandra Stevenson, Yvonne Horner

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

Un an après Un million d’années avant JC, Martine Beswick, qui y affrontait l’ingénue Raquel Welch, devient tête d’affiche à part entière, endossant le rôle d’une autre femme préhistorique dans ce remake d’un film homonyme des années 50 dont elle constitue, il faut bien l’avouer, le seul véritable intérêt. Œuvre de Michael Carreras, patron du studio Hammer qui produisit et réalisa le film lui-même, le scénario des Femmes préhistoriques, d’une absurdité et d’une platitude à toute épreuve, a bien du mal à captiver l’attention. Sans raison aucune, si ce n’est après avoir touché la corne d’une statue de rhinocéros, le jeune explorateur David Marchant (Michael Latimer) bascule, comme à travers une faille spatio-temporelle, dans une jungle africaine peuplée de femmes brunes, dirigées par la cruelle reine Kari (un rôle qui sied à merveille à la belle Martine). Ces dernières réduisent en esclavage leurs congénères blondes, ainsi qu’une poignée d’hommes préhistoriques hideux, et adorent un dieu rhinocéros dont la grande corne est un symbole phallique à peine camouflé. S’éprenant d’une jeune esclave nommée Saria (Edina Ronay), Marchant prend le parti des opprimés et la tête de la révolte.

Au mépris de toute logique, tout le monde – indigènes africains, Amazones, hommes des cavernes – parle dans ce film un anglais impeccable, ce qui règle bien des problèmes de communication. Quelques trucages optiques abominables (notamment le matte-painting de la montagne en forme de rhinocéros et l’éclipse) donnent le ton dès les prémices. Puis l’histoire se contente de décrire les misères du peuple asservi jusqu’à l’incontournable rébellion. Heureusement, Martine Beswick est là, illuminant chacun des plans où elle paraît d’une aura envoûtante dont rien ne semble pouvoir rompre le charme. Le film a au moins le mérite de lui offrir un rôle à sa mesure. D’ailleurs, à l’exception de la plastique impeccable de ses comédiennes à peine vêtues d’affriolants bikinis en peau de bête, on voit mal où réside l’intérêt d’une telle entreprise. D’autant que contrairement à Un million d’années avant JC, aucun monstre antédiluvien digne de ce nom ne vient égayer le récit.

Un film féministe ?

L’un des moments mémorables des Femmes préhistoriques est la danse érotique de Kari autour de son esclave (elle cherche visiblement à s’accoupler avec lui, et n’importe qui craquerait en quelques secondes, mais le bougre résiste !). Les nombreuses autres chorégraphies du film, qui s’imposent à l’écran presque tous les quarts d’heure, semblent surtout faire office de remplissage pour obstruer tant bien que mal les lacunes d’un scénario anémique. Sans parler de cette cérémonie de mariage où courbettes et révérences n’en finissent plus, se prolongeant jusqu’au bâillement inévitable de tout spectateur normalement constitué. Parmi les moments d’humour involontaire les plus délectables, on retiendra cette scène où Kari s’enveloppe dignement dans son manteau de fourrure alors qu’elle est encore recouverte de mousse après son bain. La comédienne n’était visiblement pas dupe du haut potentiel d’humour involontaire dégagé par le film. « Michael Carreras était un cinéaste adorable », raconte-t-elle. « Je me suis immédiatement entendu avec lui, et je ne compte plus le nombre d’éclats de rire que nous avons eu pendant le tournage des Femmes préhistoriques. Ce film était grotesque, mais les dialogues que Michael Carreras m’avait écrits faisaient mouche, notamment lorsque mon personnage s’offusquait qu’on puisse la considérer incapable d’effectuer des tâches “d’homme“. Lorsque le personnage masculin tente de régner à ses côtés, elle se ressaisit et lui dit : “Tu vois, tu veux déjà m’imposer ta volonté. Tu veux me dominer. Je serais folle de laisser n’importe quel homme agir de la sorte“. C’était très féministe, quand on y pense. » (1) Le dénouement du film, joliment naïf, est une fausse surprise que la plupart des spectateurs auront anticipée depuis longtemps. Un bien étrange film, en vérité.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en juin 2019

 

© Gilles Penso


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LE DÉMON AUX TRIPES (1975)

Un mixage italien entre Rosemary’s Baby et L’Exorciste où Satan choisit une femme pour qu’elle tombe enceinte du futur antéchrist…

CHI SEI ? / BEYOND THE DOOR

 

1975 – ITALIE / USA

 

Réalisé par Ovidio Assonitis

 

Avec Juliet Mills, Gabriele Lavia, Nino Segurini, Richard Johnson, Elizabeth Turner, Barbara Fiorini, Carla Mancini

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Producteur italien aguerri, Ovidio G. Assonitis fit ses débuts de metteur en scène avec Le Démon aux tripes, qui met bien en évidence les grandes lignes de sa politique artistique : le recyclage des grands succès du cinéma international. Ses deux films suivants, Laure et Tentacules, allaient confirmer ce « plan de carrière » en surfant respectivement sur la vague d’Emmanuelle et des Dents de la mer. Ici, c’est évidemment L’Exorciste qui sert de source d’inspiration majeure, même si le scénario prend d’étranges détours pour surprendre ses spectateurs. Le film commence donc avec la voix off de Satan en personne, lequel ricane plus que de raison en s’adressant à l’un de ses serviteurs, Dimitri, incarné par Richard Johnson (héros de La Maison du diable quinze ans plus tôt). Ce dernier a la lourde tâche de veiller sur Jessica (Juliet Mills), une femme que le diable convoite et qu’il a choisie pour porter son futur fils. Mais au cours de la messe noire qui constitue le prologue du film (elle est nue sur un autel lumineux entouré de bougies), la jeune femme s’échappe, avec l’aide de Dimitri qui en pince pour elle. Pour le punir, Satan précipite son disciple en voiture du haut d’une falaise, mais le temps suspens soudain son vol. Le diable décide finalement d’accorder à Dimitri un sursis pour retrouver Jessica et reprendre sa mission. Dix ans plus tard, celle-ci a tout oublié et est désormais mariée et mère de deux enfants. Mais soudain, la voilà enceinte alors que rien ne laissait présager une nouvelle grossesse. C’est évidemment l’antéchrist qui grandit en elle…

Toute la première partie du film s’éloigne ainsi du récit classique d’exorcisme popularisé par William Friedkin pour lorgner plutôt du côté de Rosemary’s Baby. Mais ce n’est que reculer pour mieux sauter. Car bientôt, tous les clichés d’usage se bousculent. Possédée par le petit démon dont elle est enceinte, Jessica est donc prise d’accès de violence, insulte son entourage avec une voix caverneuse, vomit des matières gluantes, projette les gens et les objets à distance, lévite au-dessus de son lit… Assonitis calque même la séquence de l’électro-encéphalogramme de L’Exorciste, le maquillage et les attitudes de Juliet Mills plagiant à outrance ceux de Linda Blair.

« Une force au-delà de la compréhension »

« Elle est la victime d’une force qui est au-delà de la compréhension » affirme Dimitri à Robert (Gabriele Lavia), l’époux de Jessica qui se laisse bientôt totalement dépasser par les événements. Le Démon aux tripes bénéficie d’une réalisation soignée qui n’est pas exempte d’idées originales ou insolites, comme le visage de Juliet Mills qui se transforme furtivement en celui de Richard Johnson le temps d’un fondu enchaîné déstabilisant, les jouets qui s’agitent seuls dans la chambre des enfants (une scène qui annonce Poltergeist avec sept ans d’avance), l’œil droit de la possédée qui tourne dans tous les sens tandis que le gauche reste immobile ou encore le « gag » final qui déborde d’humour noir. Mais le film ne convainc pas vraiment, entravé par un scénario un peu laborieux et une confusion totale liée aux motivations exactes de Satan et au rôle censé jouer son serviteur taciturne.

 

© Gilles Penso

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THE TOMORROW WAR (2021)

Chris Pratt part dans le futur pour tenter de sauver l’humanité décimée par une horde de créatures extra-terrestres…

THE TOMORROW WAR

 

2021 – USA

 

Réalisé par Chris McKay

 

Avec Chris Pratt, Yvonne Strahovski, Ryan Kiera Armstrong, J.K. Simmons, Betty Gilpin, Sam Richardson, Edwin Hodge, Jasmine Mathews, Keith Powers

 

THEMA FUTUR I VOYAGES DANS LE TEMPS I EXTRA-TERRESTRES

Jusqu’alors, Chris McKay s’était principalement fait connaître dans le monde de l’animation. Réalisateur d’une quantité astronomique d’épisodes de Moral Orel, Titan Maximum et Robot Chicken, il co-dirigea La Grande aventure Lego et mit en scène en solo Lego Batman le film. Pour son passage aux prises de vues réelles, il se frotte à un blockbuster ultra-ambitieux bourré de séquences d’action et d’effets spéciaux. Baptisé provisoirement Ghostdraft (« le projet fantôme »), The Tomorrow War passe par de nombreux titres provisoires avant son appellation définitive qui insiste sans ambiguïté sur deux aspects clés du récit : la guerre et le futur. L’auteur du scénario est Zach Dean, à qui nous devons les thrillers Cold Blood et 24H Limit. Entre deux Gardiens de la galaxie et deux Jurassic World, Chris Pratt tient le premier rôle et occupe même pour la première fois le poste de producteur exécutif, ce qui lui permet de mettre un peu son grain de sel dans cette superproduction que Paramount Pictures devait distribuer en salles en décembre 2020. L’épidémie du Covid-19 bouleversa tous les plans, les droits de distribution ayant finalement été acquis par Amazon pour la modique somme de 200 millions de dollars (le budget complet du film). C’est donc sur la plateforme de streaming Prime Video que The Tomorrow War fut proposé aux spectateurs à partir de juillet 2021. Cette décision est peut-être viable financièrement, mais elle prive le film du grand écran qui semblait bien mieux adapté à ses ambitions spectaculaires qu’un visionnage sur téléviseur, ordinateur portable, tablette ou smartphone.

Nous sommes en décembre 2022. Dan Forester (Chris Pratt), professeur de biologie et ancien membre des forces spéciales, vient d’essuyer un nouveau refus pour un poste dans un prestigieux centre de recherche. Il se console auprès de sa famille et d’un groupe d’amis réunis autour de la diffusion de la finale de la coupe du monde, le soir du réveillon de Noël. Soudain, au milieu du match, un portail temporel s’ouvre et un bataillon de soldats venus du futur débarque sur le terrain pour mettre en garde l’humanité : dans trente ans, l’humanité sera entièrement décimée à cause d’une guerre perdue d’avance contre une race de créatures extra-terrestres redoutables ayant envahi les quatre coins du monde. En désespoir de cause, tous ceux qui sont en âge de se battre sont sollicités de force pour s’enrôler dans l’armée et partir dans le futur grossir les rangs des belligérants. Dan fait partie des conscrits et se retrouve projeté dans le monde de demain, sans imaginer à quel point la menace qui est en train d’éradiquer le monde sera difficile à vaincre…

Demain ne meurt jamais

Le moins qu’on puisse dire, c’est que The Tomorrow War est un long-métrage généreux, à défaut d’être subtil. Chris McKay ne nous trompe cependant jamais sur la marchandise. Laissant la satire politique antimilitariste à Paul Verhoeven, le réalisateur se concentre sur l’ampleur d’une épopée qui évoque finalement moins Starship Troopers qu’Edge of Tomorrow. Si ce n’est que les circonvolutions temporelles ne prennent pas ici la tournure d’une boucle mais d’une passerelle bâtie entre 2022 et 2051. Plutôt juste dans ses séquences intimistes, très habile dans ses moments de tension et de suspense, la mise en scène de McKay exprime surtout sa virtuosité dans les nombreux morceaux de bravoure consacrés aux combats contre les terribles « Whitespikes ». Ces monstres insectoïdes et tentaculaires, conçus par le designer Ken Bathelmey (la trilogie Le Labyrinthe, Bright, The Predator, Godzilla vs Kong) ne nous sont révélés qu’assez tardivement, pour laisser monter la tension et travailler l’imagination des spectateurs. Lorsqu’ils s’exhibent enfin dans toute leur splendeur, ils se déchaînent sans discontinuité au sein de scènes d’action particulièrement mouvementées : la poursuite dans la cage d’escalier, la fusillade dans la ville dévastée, la capture dans le puits (variante très énervée du prologue de Jurassic Park), la destruction de la plateforme pétrolière fortifiée ou encore le combat final dans le glacier. Bien sûr, le scénario prend l’eau de toutes parts si on l’examine à la loupe, quelques idées et une poignée de personnages sont oubliés en cours de route et la finesse n’est pas la qualité numéro un du film. Mais pour qui veut assister à une échauffourée musclée et explosive entre des militaires intrépides et des aliens agressifs pendant plus de deux heures de spectacle bouillonnant, le contrat est allègrement rempli.

 

© Gilles Penso

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