ARMY OF THE DEAD (2021)

Zack Snyder revient visiter le territoire des morts-vivants dans ce mixage improbable entre Ocean’s Eleven et World War Z

ARMY OF THE DEAD

 

2021 – USA

 

Réalisé par Zack Snyder

 

Avec Dave Bautista, Ella Purnell, Omari Hardwick, Ana de la Reguera, Theo Rossi, Matthias Schweighöfer, Nora Arnezeder, Hioyuki Sanada, Tig Notaro, Raul Castillo

 

THEMA ZOMBIES

À l’instar de Christopher Nolan, avec lequel il partage quelques incursions remarquées dans l’univers des DC Comics, Zack Snyder s’est mué au fil des ans en aimant à controverses polarisant des opinions contraires qui évacuent souvent toute nuance. Il semblerait qu’il faille absolument se positionner dans le clan des « pour » ou « contre » Snyder. Au mépris de ce « manichéisme » de bon ton, osons la demi-mesure. Non, Army of the Dead n’est pas un chef d’œuvre, loin s’en faut. Ce n’est pas non plus une catastrophe honteuse à enterrer six pieds sous terre. D’ailleurs, nul doute que si le film n’avait pas été signé Snyder, de nombreux esprits chagrins auraient considéré ce spectacle survolté comme un divertissement de très honnête facture. Même si le titre peut prêter à confusion, Army of the Dead est sans lien avec L’Armée des morts, que Snyder signa en 2004 sous le titre original de Dawn of the Dead puisqu’il s’agissait d’un remake officiel du Zombie de George Romero. Les distributeurs français ayant opté à l’époque pour une traduction à caractère militaire, celui-ci conserve son appellation originale afin d’éviter toute confusion. Cela dit, l’idée d’Army of the Dead est née dans la foulée de Dawn of the Dead, Zack Snyder envisageant alors de le réaliser sous la double bannière des studios Universal et Warner. Mais le projet traîna pendant presque quinze ans jusqu’à se concrétiser après son rachat par Netflix et une mise de départ de 90 millions de dollars.

Tout commence par un accident de la route au beau milieu du désert du Nevada. Un convoi militaire transportant une mystérieuse cargaison issue directement de la zone 51 et la voiture d’un couple de jeunes mariés entrent violemment en collision. Un zombie qu’on imagine fruit d’expérimentations top secrètes de l’armée (comme au bon vieux temps du Retour des morts-vivants) s’échappe alors, sème la mort, infecte quelques militaires au passage puis se rend à Las Vegas. La contamination se répand comme une traînée de poudre, muant la ville qui ne dort jamais en nid grouillant de zombies où les créatures, mises en quarantaine, sont livrées à elles-mêmes. C’est alors que le film d’action/horreur se met à intégrer les codes du « film de casse ». Car un petit commando, mené par le mercenaire Scott Ward (Dave Bautista), accepte une mission presque suicidaire : s’armer jusqu’aux dents, s’immiscer au milieu du flot affamé de morts-vivants et forcer le coffre-fort d’un casino qui renferme 200 millions de dollars… le tout avant la frappe nucléaire qui éradiquera Las Vegas quelques heures plus tard !

Leaving Las Vegas

Loin de la noirceur maniérée d’un Man of Steel ou d’un Batman V Superman, cette nouvelle « Armée des morts » ne se prend pas au sérieux, quitte à forcer le trait, à esquisser en quelques coups de burin mal ajustés le caractère des personnages et à se contenter d’explications vaseuses pour justifier des comportements et des motivations invraisemblables. Cette belle brochette d’archétypes et ces raccourcis scénaristiques ne poseraient pas de problème particulier si Army of the Dead se contentait d’une approche au second degré, à l’image de ce générique cartoonesque où le sang gicle à tout va au sein de séquences de combat dantesques qu’accompagne une reprise de « Viva Las Vegas ». Mais Snyder ne sait visiblement pas trop sur quel pied danser, s’obligeant à intégrer dans son film des moments d’émotion intense, des liens affectifs conflictuels entre le héros taciturne et sa fille ou encore des leçons de morale douteuses véhiculées par une soldate masculinisée qui semble s’ériger en défenseuse virulente des droits des femmes opprimées. Toutes ces tentatives d’ajouter de l’épaisseur à un film qui n’en demandait pas tant sont autant de coups d’épée dans l’eau – ratés, maladroits et souvent embarrassants. À l’image de l’emploi abusif de l’optique Canon Dream que le réalisateur – qui signe lui-même la photographie du film – utilise pour chaque scène intime, nimbant ses personnages d’un effet de flou digne de David Hamilton. D’un autre côté, Army of the Dead est d’une générosité rafraîchissante dans le double domaine de l’action et de l’horreur, multipliant les visions impensables comme ce panorama d’un Las Vegas dévasté où surgissent des hordes de morts-vivants précédées par leur « roi », chevauchant un cheval squelettique et accompagné d’un tigre monstrueux. Cet enrichissement de la mythologie zombie (les « alphas » dominants, les « boiteux » obéissants, les animaux mutants contaminés) permet un déchaînement sans précédent au moment des séquences de combat qui scandent régulièrement le film. Bref, ce mixage improbable entre Ocean’s Eleven et World War Z n’apporte rien de fondamental à la filmographie de Zack Snyder ni à celle – déjà très surchargée – des zombies à l’écran. Mais il faut bien avouer qu’on ne s’y ennuie pas une seconde et que ses 2h28 de métrage passent miraculeusement comme une lettre à la poste.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

LE SMOKING (2002)

Jackie Chan, Jennifer Love Hewitt et Jason Isaacs partagent la vedette de cette imitation de James Bond exhibant un costume futuriste délirant

THE TUXEDO

 

2002 – USA

 

Réalisé par Kevin Donovan

 

Avec Jackie Chan, Jennifer Love Hewitt, Jason Isaacs, Debi Mazar, Peter Stormare, Ritchie Coster, Mia Cottet, Cecile Christobal

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION

Jackie Chan s’était déjà prêté au jeu du pseudo-James Bond avec Contre-attaque qui, à défaut de développer un scénario palpitant, collectionnait des séquences d’action originales détournant les « classiques » de la saga 007 (notamment un combat sous-marin d’anthologie au milieu de requins affamés). Sous l’impulsion du studio Dreamworks, la superstar chinoise retente l’exercice en s’efforçant de mixer espionnage, comédie et science-fiction, mais autant dire que la mayonnaise ne prend guère. Étant donné que la scène d’introduction ressemble à un remake de Taxi, autant dire qu’elle laisse peu d’espoirs sur la suite du film, et ce premier sentiment est hélas très tôt confirmé. Chan interprète ainsi un chauffeur de taxi new-yorkais nommé Jimmy Tong (d’où la réplique qui tue : « mon nom est Tong, James Tong ! »), qui végète quelque peu jusqu’à ce que ses dons de conducteur hors pair n’attirent l’attention des services secrets américains. Ces derniers lui confient le poste de chauffeur personnel de l’agent Clark Devlin.

Prodigieux salaud dans The Patriot de Roland Emmerich, Jason Isaacs incarne ledit Devlin, un fort honorable émule de James Bond dont le jeu et le physique ne sont pas sans évoquer Timothy Dalton. C’est d’ailleurs le seul éclat d’un casting par ailleurs terne, malgré la présence de l’éblouissante Jennifer Love Hewitt ici cantonnée au double rôle de potiche et de faire-valoir comique. Dans le rôle de l’agent novice Dell Blaine, elle sert principalement à véhiculer un quiproquo pataud sur lequel repose la majeure partie du film (Jimmy Tong est confondu avec Clark Devlin). Sans parler de Ritchie Coster, qui incarne sans l’once d’un charisme un méchant du nom de Dietrich Banning, lequel projette de posséder le monopole de l’eau minérale en transformant toutes les sources naturelles en poison déshydratant. D’où une séquence un peu gore où l’un de ses ex-associés se mue en momie desséchée qui tombe en morceaux. Un tel vilain aurait pu donner lieu à de palpitantes séquences d’action et de suspense, mais le film n’en tire aucun parti.

L’habit ne fait pas le moine

Quant au smoking du titre, il s’agit d’un costume high-tech bourré de gadgets et de modes de fonctionnement variés : destruction, homme-araignée, assemblage d’arme rapide, dons de sniper, combat, camouflage… Jimmy Tong hérite du miraculeux costume après que son employeur ait été envoyé à l’hôpital suite à une explosion, et se mue ainsi en espion hors du commun, doté de capacités physiques extraordinaires malgré son incorrigible maladresse. A part un combat plutôt réussi dans une chambre d’hôtel et une étonnante apparition en forme de clin d’œil du roi de la soul James Brown, il n’y a pas grand-chose à sauver de cette aberrante entreprise. D’autant que lorsque Chan, revêtu de son costume miraculeux, imite James Brown sur scène, chorégraphie excessive à l’appui, le spectateur est plus embarrassé qu’amusé. Avec son intrigue filiforme, ses scènes d’action sans surprise et son humour besogneux, Le Smoking n’a su séduire aucun public, remboursant difficilement son budget de 60 millions de dollars, et s’est donc vu reléguer à l’endroit qui lui sied le mieux : le vestiaire.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

DRACULA 2001 (2000)

Le monteur de Wes Craven passe à la mise en scène pour une relecture modernisée du mythe créé par Bram Stoker, Gerard Butler héritant des dents pointues…

DRACULA 2000

 

2000 – USA

 

Réalisé par Patrick Lussier

 

Avec Gerard Butler, Christopher Plummmer, Jonny Lee Miller, Justine Waddell, Colleen Fitzpatrick, Jennifer Esposito, Omar Epps

 

THEMA DRACULA I VAMPIRES

Monteur attitré de Wes Craven depuis Freddy sort de la nuit, Patrick Lussier s’est vu offrir sa première mise en scène pour le cinéma par le père de Scream lui-même, qui produisit ce Dracula 2001 au titre prometteur mais au scénario franchement décevant. Le film démarre en 1897. Le navire Demeter débarque à Londres. Tout l’équipage est mort, les rats ont envahi le pont, et bientôt une étrange silhouette bat le pavé. La situation nous est familière. Un petit bond dans le temps et hop ! nous voilà en 2001, toujours dans la capitale anglaise. Le vénérable Christopher Plummer y incarne l’antiquaire Matthew Van Helsing, petit-fils du célèbre chasseur de vampire. Avec la complicité d’une de ses employées, un gang de voleurs très organisés déjoue tous ses systèmes de sécurité et entre dans sa chambre forte souterraine, croyant y dénicher un fabuleux trésor. Mais ils ne trouvent que des crânes, des crucifix et un étrange cercueil en argent. En essayant de l’ouvrir, deux d’entre eux meurent, empalés par des pièges acérés. Leur sang est aussitôt absorbé par le cercueil. Dans l’avion qui emmène nos voleurs vers les îles Caïman, le cercueil s’ouvre subitement, révélant un jeune Dracula aux cheveux longs et à la chemise ouverte (Gerard Butler) qui les vampirise un à un.

Van Helsing part alors en quête de son ennemi séculaire, une valise gadget à la main. Curieux, son assistant Simon (Jonny Lee Miller) l’a suivi, lui avouant la larme à l’œil : « vous avez été comme un père pour moi ». Dracula, de son côté, cherche à retrouver la jeune Mary (Justine Waddell), qui vit à la Nouvelle-Orléans et n’est autre que la fille de Van Helsing. Lorsque Lucy, la colocataire de Mary, propose un café au vampire, celui-ci répond : « Je ne bois pas… de café », en un hommage aux gros sabots au Dracula de Tod Browning. Le film n’hésite d’ailleurs pas devant les répliques ridicules, comme ce grotesque « il ne faut jamais emmerder un antiquaire anglais » déclamé par Simon avant qu’il ne se débarrasse d’un suceur de sang. Lorsque l’assistant fougueux s’étonne en entendant Van Helsing prononcer le nom de Dracula, ce dernier s’empresse de préciser : « pas le mythe, pas les divagations d’un romancier irlandais dérangé ».

« Je ne bois jamais… de café »

Le film tente ainsi maladroitement de se débarrasser de l’influence de Bram Stoker, comme pour nous laisser entendre qu’il s’apprête à nous présenter le « vrai » Dracula. L’intrigue cherche d’ailleurs à inscrire le personnage dans un passé antérieur au 15ème siècle, et à lier ses origines à l’histoire du christianisme. Qui est-ce donc ? Le Diable ? L’Antéchrist ? La réponse dépasse par son absurdité toutes les conjectures. Pour sauver les meubles, Dracula 2001 nous offre quelques belles scènes comme l’attaque d’une journaliste et de son cadreur par un Dracula invisible à travers l’objectif de la caméra, ou encore la transformation du vampire en loup puis en une nuée de chauves-souris. La compagnie Virgin sponsorise le film avec tellement d’ostentation qu’on croirait parfois être dans un spot publicitaire géant. Cette omniprésence visuelle de la marque, qui précise bien la cible visée, nuit beaucoup à la crédibilité déjà bien entachée de ce pur produit de consommation qui sera suivi par deux séquelles facultatives.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

ARTHUR ET LES MINIMOYS (2006)

Luc Besson s’essaie à l’exercice du conte de fées en plongeant un enfant en chair et en os dans un monde magique miniature…

ARTHUR ET LES MINIMOYS

 

2006 – USA

 

Réalisé par Luc Besson

 

Avec Freddie Highmore, Mia Farrow, Penny Balfour, et les voix de Madonna, David Bowie, Robert de Niro, Harvey Keitel

 

THEMA CONTES I PETITS MONSTRES I SAGA ARTHUR ET LES MINIMOYS I LUC BESSON

Située au tout début des années soixante dans une petite ville de l’Amérique profonde digne des tableaux de Norman Rockwell, l’intrigue d’Arthur et les Minimoys adapte les deux premiers romans que Luc Besson publia en 2002 d’après un concept développé par Céline et Patrice Garcia. Du haut de ses dix ans, Arthur (Freddie Highmore, héros de Charlie et la chocolaterie) vit dans une vénérable bâtisse avec sa grand-mère (Mia Farrow). Or celle-ci croule sous les dettes, et un promoteur – véreux comme il se doit – est sur le point de récupérer la maison et le terrain. Refusant de baisser les bras, Arthur se plonge dans la lecture d’un grimoire que lui a légué son grand-père. Au beau milieu des récits fantastiques qui s’étalent sur les pages racornies, il est question d’un fabuleux trésor caché quelque part dans le jardin. Pour le trouver, Arthur va devoir déchiffrer plusieurs indices disséminés dans la maison, puis se propulser dans un monde parallèle : celui des Minimoys, des lutins pas plus gros que des fourmis dont le règne s’étend sur sept royaumes féeriques. Dès lors, selon le même principe que James et la pêche géante ou Richard au pays des livres magiques, le petit garçon en chair et en os se mue en personnage animé, et la suite des aventures d’Arthur se déroule dans un univers intégralement conçu en images de synthèse. Pour autant, Arthur et les Minimoys n’est pas un film d’animation pur et dur.

Refusant de lutter dans la même catégorie que Pixar et Dreamworks, Luc Besson tient à équilibrer les séquences en synthèse et celles en prises de vues réelles, assurant le va et vient de l’une à l’autre grâce à des effets de montage astucieux et à l’hyperréalisme des décors virtuels. « Ce qui n’était pas facile », explique Besson à propos de la mise en chantier du film, « c’était de solliciter des financements pour un projet qui allait nécessiter cinq ans de travail alors que je ne pourrais pas montrer les premières images avant deux ans. Étant donné que je ne suis pas familier avec l’animation, j’avais besoin de vrais comédiens et de vraies caméras. J’ai donc recruté des acteurs pour leur faire jouer l’intégralité des actions requises par les Minimoys. Je les dirigeais librement et ils disaient leurs dialogues, comme dans un film traditionnel. Si ce n’est que tout était filmé avec huit caméras sur un petit plateau. J’ai ensuite monté tous ces rushes. A partir de ce “brouillon“, les infographistes ont pu reproduire les mouvements de chaque personnage en les adaptant à la morphologie des Minimoys. » (1). Les créatures elles-mêmes bénéficient d’une animation soignée mais inégale. On sent bien que tous les efforts ont été concentrés sur la jolie princesse Sélénia. « C’est le personnage qui nous a demandé le plus de travail, dans la mesure où elle a des proportions proches de celles d’un être humain normal », avoue Pierre Buffin, réalisateur des séquences numériques. « Pour couronner le tout, elle a une forte personnalité et devait être sexy. Nous n’en finissions plus de la modifier et de l’améliorer. Si nous n’avions pas eu de contraintes de temps et d’argent, nous serions probablement encore en train de travailler sur elle ! » (2)

Mamie, j’ai rétréci le gosse !

L’intrigue qui se situe dans ce monde miniature parallèle se suit sans déplaisir, même si la dynamique des scènes d’action prend systématiquement le pas sur l’originalité et l’innovation. A vrai dire, tout semble avoir déjà été vu ailleurs, que ce soient cette bataille contre les moustiques héritée de la saga Star Wars, cette épopée dans une nature gigantesque clignant de l’œil vers Chérie j’ai rétréci les gosses, cet affrontement entre la gentille colonie et les vilains envahisseurs calqué sur les 1001 pattes ou cette course poursuite dans une voiture jouet qui évoque Stuart Little. Le patchwork des références devient plus problématique lorsque Besson détourne hasardeusement le mythe d’Excalibur ou recycle le surnom « M le Maudit » pour désigner le maléfique Maltazard (dont il ne faut pas prononcer le nom, comme le Voldemort d’Harry Potter). Du coup, plus le film avance, plus il manifeste ses difficultés à mettre en place un univers fantaisiste cohérent libéré de ses influences multiples. Les anachronismes qui jonchent le récit participent du même manque de rigueur. Puisque le récit se situe au début des années soixante, pourquoi Arthur, en pleine poursuite automobile, s’exclame-t-il « pourvu qu’il n’y ait pas de radars ! » (si ce n’est pour l’allusion à la trilogie Taxi) ? Sans parler de cette interminable séquence chorégraphique sur une platine géante avec un DJ rasta qui parodie La Fièvre du samedi soir et Pulp Fiction.  Mais ces réserves n’ôtent rien au caractère résolument divertissant du film, lequel présente en outre la particularité d’opter pour un casting vocal constitué de superstars de la chanson (Madonna, David Bowie, Snoop Doggy Dog en VO, Mylène Farmer, Alain Bashung, Rohff, Stomy Bugsy ou Marc Lavoine en VF).

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en novembre 2006

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

SHOPPING (1986)

Trois robots censés sécuriser un centre commercial se dérèglent et commencent à massacrer tous ceux qui croisent leur route…

KILLBOTS / CHOPPING MALL

 

1986 – USA

 

Réalisé par Jim Wynorski

 

Avec Kelli Maroney, Tony O’Dell, Russell Todd, Karrie Emerson, Barbara Crampton, Nick Segal, John Terlesky, Gerrit Graham, Paul Bartel, Mary Woronow,

 

THEMA ROBOTS

C’est en voyant le film de science-fiction Gog, réalisé en 1954 par Herbert L. Strock, que Jim Wynorski a l’idée d’une histoire de robots tueurs. En 24 heures, il rédige un synopsis détaillé avec Steve Mitchell et le soumet à Julie Corman, l’épouse du célèbre Roger. Cette dernière accepte de produire ce long-métrage, baptisé alors Killbots, et obtient l’accord de Vestron International pour sa distribution. Enthousiaste, Wynorski se lance alors dans les préparatifs de ce qui sera son second film après The Lost Empire. Le scénario définitif est écrit en quelques semaines. Au milieu d’un casting de jeunes comédiens peu connus, l’amateur reconnaîtra Barbara Crampton (Re-Animator) en serveuse, Paul Bartel (réalisateur de La Course à la mort de l’an 2000) en commerçant et Dick Miller (l’acteur fétiche de Joe Dante) en agent d’entretien. Produit pour un budget très raisonnable de 800 000 dollars, ce mixage délirant entre l’horreur et la science-fiction est tourné pendant vingt jours dans un véritable centre commercial californien, le Sherman Oaks Galleria. La contrainte pour l’équipe du film est de ne pouvoir travailler que la nuit, entre les horaires de fermeture et d’ouverture des magasins, et de laisser les lieux impeccables avant l’arrivée des clients. Une mission compliquée mais accomplie sans accroc.

L’histoire se situe donc dans un « shopping center » américain qui vient de s’équiper d’un système de sécurité ultramoderne : la gamme Protector 101, autrement dit trois robots programmés pour arpenter chaque soir les trois étages du bâtiment afin de stopper les éventuels voleurs pénétrant illégalement dans les lieux. Ce sont des machines trapues montées sur chenille et équipées de pinces, de rayons lasers, de câbles électrifiés, de flèches paralysantes, de quatre bras extensibles, d’explosifs et d’un blindage qui résiste aux balles. Lorsqu’un éminent scientifique présente avec emphase ces machines intelligentes devant une petite assemblée, on ne peut s’empêcher de penser à Robocop. D’autant que tout commence par une fausse pub vantant les mérites de ces nouveaux garants de la sécurité. Si ce n’est que le film de Paul Verhoeven est sorti un an après celui-ci. Le cinéaste hollandais et ses scénaristes se seraient-ils laissés inspirer par la petite série B sans prétention de Jim Wynorski ? Allez savoir ! Toujours est-il que, comme dans Robocop, le spectateur pressent très vite que les choses vont mal tourner. Et effectivement, ça ne rate pas : pendant un violent orage, la foudre frappe l’ordinateur central. Les robots deviennent alors incontrôlables, tuent d’abord deux techniciens puis s’en prennent à un groupe de jeunes gens qui travaillent dans le centre commercial et ont décidé de s’offrir une nuit de fête en restant sur place après la fermeture…

Mortelles emplettes

Le spectacle qui s’offre à nous est sans prétention mais généreux en cascades, en scènes de destruction, en séquences délicieusement foutraques (la jeune fille en petite tenue coursée dans la galerie marchande par un robot qui la mitraille à coups de rayons laser) et en morts inventives dignes d’un slasher exubérant. Après chaque égorgement, immolation ou explosion de tête, les robots lâchent un désinvolte « merci, passez une bonne journée ». La grande majorité des acteurs joue sans la moindre conviction, ce qui n’est pas particulièrement rédhibitoire en pareilles circonstances. Il faut tout de même saluer l’implication physique de Kelli Maroney (au passage la seule jeune fille du film qui ne se dénude pas). Celle-ci donne de sa personne, effectue de nombreuses cascades vertigineuses elle-même et laisse d’énormes tarentules lui grimper dessus dans une efficace séquence de suspense située dans une animalerie. Il convient également de féliciter le travail de Robert Short et de son équipe qui, avec trois bouts de ficelles et beaucoup de recyclage, ont su construire des robots convaincants et photogéniques : un modèle entièrement radio-contrôlé à distance et quatre autres exemplaires mécaniques aux fonctions complémentaires. En guise de clin d’œil aux anciennes productions de Roger Corman, l’un des décors du film, celui du restaurant italien, est garni de posters de films tels que La Galaxie de la terreur, Barbarian Queen, Mutant ou Lost Empire. Un couple regarde même un extrait de L’Attaque des crabes géants dans l’une des séquences précédant l’attaque des monstres mécaniques. Le film sort d’abord en mars 1986 sous le titre Killbots, mais sans succès. Le titre et le visuel du poster évoquent un dessin animé pour enfants, n’attirant pas du tout le public visé. Les époux Corman le réexploitent donc aussitôt sous un autre titre : Chopping Mall (un jeu de mot entre « Shopping » – faire ses courses – et « Chopping » – couper en morceaux). Cette fois-ci, un modeste succès accueille cette œuvrette sympathique rythmée sur une bande originale « so eighties » de Chuck Cirino.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

LA JEUNE FILLE DE L’EAU (2006)

M. Night Shyamalan filme les mésaventures d’une nymphe aquatique égarée dans un immeuble résidentiel où rôde une bête féroce surnaturelle…

LADY IN THE WATER

 

2006 – USA

 

Réalisé par M. Night Shyamalan

 

Avec Paul Giamatti, Bryce Dallas Howard, Jeffrey Wright, M. Night Shyamalan, Sarita Choudhury, Freddy Rodriguez, Bob Balaban

 

THEMA CONTES I SAGA M. NIGHT SHYAMALAN

Si Le Village était un récit noir et désabusé, La Jeune fille de l’eau ramène M. Night Shyamalan sur un terrain plus enfantin et plus optimiste. Pour rédiger son scénario, le cinéaste s’inspire d’ailleurs d’un conte qu’il avait imaginé pour ses propres enfants. Peu convaincus, les studios Disney, pourtant « mariés » avec Shyamalan depuis Sixième sens, ne se lancent pas dans l’aventure. Pour concrétiser ce film qui, visiblement, lui tient particulièrement à cœur, le réalisateur d’Incassable dénonce donc son contrat avec la compagnie aux grandes oreilles et confie La Jeune fille de l’eau à un studio concurrent, en l’occurrence Warner Bros. Paul Giamatti tient le haut de l’affiche dans le rôle de Cleveland Heep, modeste gardien d’un vieil immeuble résidentiel qui s’efforce d’oublier le drame qui frappa jadis sa famille en s’astreignant à des tâches quotidiennes et monotones. Une nuit, la routine est brisée par la présence d’une jeune fille dans la piscine de la résidence. En cherchant à l’atteindre, Cleveland manque de se noyer et c’est elle qui le sauve. D’une étrange pâleur, la demoiselle, qui répond au nom de Story, prétend être une « Narf », autrement dit une nymphe des eaux. Sa mission consiste à trouver un écrivain dans la résidence avant que le « Scrunt », une bête féroce dont le pelage vert se confond avec la végétation, ne s’en prenne à elle. Le récit semble incohérent et absurde, mais Cleveland a très envie d’y croire et de prêter main forte à la mystérieuse jeune fille de l’eau…

La beauté envoûtante de Bryce Dallas Howard (qui jouait déjà dans Le Village) se prête à merveille à ce personnage mythique. Shyamalan, visiblement sous le charme, la filme amoureusement, attardant sa caméra sur son regard mélancolique, sa peau nacrée et ses longues jambes de nymphe. Ironiquement, le père de la comédienne mit lui-même en scène une inoubliable « jeune fille de l’eau » deux décennies plus tôt dans Splash. Le casting de La Jeune fille de l’eau s’avère pertinent jusqu’aux personnages secondaires et le réalisateur lui-même, dans un rôle plus étoffé qu’à l’accoutumée, joue avec justesse et retenue. Mais le film souffre de l’extrême légèreté de son scénario. Sans compter cette incroyable paresse narrative consistant à mettre en scène une vieille locataire chinoise qui, comme par hasard, connaît la légende des « Narfs » sur le bout des doigts et nous en livre tous les tenants et aboutissants. N’eut-il pas été plus intéressant que Cleveland soit obligé de tout comprendre au fur et à mesure ?

La semence du changement

L’idée d’une muse préparant la « semence du changement » auprès des hommes, par le truchement d’un écrivain dont le roman sera lu par un petit garçon appelé à devenir un des dirigeants du pays dans le futur, était pourtant très belle. « Pour moi, le Fantastique est le meilleur moyen d’aborder des sujets liés à la spiritualité d’une manière qui ne soit pas trop frontale, trop directe », nous explique le cinéaste. « Ça permet de traiter ces thèmes en se déconnectant de la religion. On peut parler de la foi sans pour autant aborder les croyances “traditionnelles“. Dans mes films, il ne s’agit pas de croire à Dieu, au diable ou aux anges, mais aux extra-terrestres, aux fantômes ou aux créatures. Ce qui revient au même, finalement. La foi est un sujet fascinant. Sommes-nous capables de croire à des choses que nous ne pouvons pas prouver ? C’est une question qui m’intéresse, et le Fantastique est un vecteur idéal pour tenter d’y répondre. » (1) Les intentions sont assez limpides mais l’effet escompté n’est pas atteint, tout comme les tentatives d’humour qui tombent souvent à plat (par exemple lorsque le critique de cinéma, face au « Scrunt », analyse ce qui se passerait normalement dans un film d’horreur). Nous sommes les premiers à vouloir défendre un film dénonçant le cynisme et plaidant pour la quête du regard d’enfant perdu. Mais lorsque la démonstration est trop appuyée et les effets trop grossiers, comme c’est ici le cas, l’adhésion du spectateur est loin d’être garantie.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2015

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

ÉCLOSION (2000)

Le réalisateur d’Arac Attack raconte l’horrible invasion d’une horde de cafards mutants particulièrement voraces

THEY NEST / CREEPY CRAWLERS

 

2000 – USA

 

Réalisé par Ellory Elkayem

 

Avec Thomas Calabro, Dean Stockwell, Kristen Dalton, John Savage, Tom McBeath, Mark Schooley, Dean Wray

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Il faut croire qu’Ellory Elkayem aime les bestioles qui rampent, car entre deux films d’araignées géantes (l’étonnant court-métrage Larger Than Life et la grosse série B Arac Attack produite par Roland Emmerich), il écrivait et réalisait ce peu ragoûtant Éclosion qui s’efforce de concentrer autant son attention sur ses protagonistes humains que sur les affreux insectes qui les attaquent tout au long du film. Échappé de la série Melrose Place, Thomas Calabro interprète Ben Cahill, un chirurgien de Boston un peu trop porté sur la bouteille dont le ménage et la carrière battent de l’aile. D’où une courte scène d’introduction qui emprunte ses tics de mise en scène à Urgences. Soucieux de tourner la page, notre bon docteur quitte la ville et vient s’installer sur Orrs Island, une petite île du Maine où l’accueil des autochtones est des plus froids, surtout celui de Jack Wald, à qui aurait dû revenir la maison où loge désormais Cahill. Alcoolique et hargneux, Wald est interprété par l’excellent John Savage, qui marqua les mémoires dans des chefs d’œuvre tels que Hair ou Voyage au bout de l’enfer. Cahill trouve tout de même un certain réconfort auprès de Nell Bartle (Kristen Dalton, future héroïne de la série Dead Zone), une jolie commerçante du coin qui lui fait les yeux doux. Dean Stockwell, l’inoubliable Hal de la série Code Quantum, fait aussi partie des habitants de l’île, sous la défroque du shérif Hobbs.

Le décor étant planté, l’invasion peut commencer. Elle prend la forme de hordes de cafards mutants originaires d’Afrique particulièrement voraces, qui plantent leurs crocs dans la peau de leurs victimes, les paralysent avec leur venin et y pondent des milliers d’œufs. Le film s’avère généreux en séquences horrifiques directement héritées du dernier sketch de Creepshow, notamment les cafards qui sortent de la bouche de leurs victimes ou qui les recouvrent inexorablement en gigotant. Les effets spéciaux de maquillage et les images de synthèse sont à ce titre d’exceptionnelles réussites, d’autant qu’il est bien souvent difficile de distinguer les insectes réels de leurs contreparties numériques. Et la bande son se met comme il se doit au diapason, surchargeant les enceintes de petits bruits galopants chaque fois que l’occasion se présente.

Les petites bêtes qui rampent

Certaines scènes de suspense fonctionnent du coup à plein régime, notamment le sauvetage du gamin dans la grange infestée de millier de cafards agressifs. Vers la fin du film, les immondes bébêtes mutent encore et s’avèrent capables de voler. D’où un climax impressionnant où des nuées d’insectes menacent la population. L’affrontement final, un peu décevant, rappelle celui des Oiseaux 2, téléfilm de sinistre mémoire, et le récit se clôt comme il se doit par une menace laissée en suspens. Certes, Éclosion ne restera pas dans toutes les mémoires, d’autant qu’il emprunte des chemins déjà balisés par moult invasions d’invertébrés en tous genres, mais il s’avère de très honnête facture, surtout pour un shocker destiné directement au petit écran. Aux États-Unis, Éclosion est connu sous deux titres imagés : They Nest (« ils font leur nid ») et Creepy Crawlers (« les petites bêtes qui rampent »).

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

PAYCHECK (2003)

Sous la direction de John Woo, Ben Affleck incarne un espion du futur dont la mémoire est effacée après chaque mission…

PAYCHECK

 

2003 – USA

 

Réalisé par John Woo

 

Avec Ben Affleck, Aaron Eckhart, Uma Thurman, Paul Giamatti, Colm Feore, Joe Morton, Michael C. Hall, Peter Friedman

 

THEMA FUTUR I ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION

Apparemment enthousiasmé par le succès critique et artistique de Minority Report, Steven Spielberg s’est lancé dans la production d’une autre adaptation d’une nouvelle de Philip K. Dick via sa compagnie Dreamworks. Derrière la caméra, on retrouve le surdoué John Woo, soucieux de redorer son blason après l’échec d’un Windtalkers qui lui tenait pourtant à cœur. Hélas, Paycheck n’aura pas eu l’impact escompté auprès de la critique et du public. Et ce malgré d’évidentes bonnes intentions, un point de départ passionnant et une série de clins d’œil manifestes à La Mort aux trousses d’Alfred Hitchcock (qui inspira un autre film d’espionnage futuriste, Cypher de Vincenzo Natali). Ben Affleck, dont le talent vaut mieux que le Big Jim lisse qu’il incarne ici, à peu près aussi inexpressif qu’un Steven Seagal, incarne sans finesse (ou sans conviction ?) Michael Jennings, un génie de l’informatique capable de pirater des logiciels ou des technologies très performantes pour le compte de sociétés concurrentes. Comme nous sommes dans un futur proche, nul n’est besoin pour lui de signer une clause de confidentialité à l’issue de chacune de ses missions. Il lui suffit de se soumettre à une machine qui efface ses derniers souvenirs, ce qui n’est pas sans nous évoquer le principe de Johnny Mnemonic.

Engagé sur un nouveau contrat, notre protagoniste va devoir œuvrer sur une machine ultra-secrète, ce qui nécessitera l’effacement de trois années de sa mémoire. A l’issue de cette mission, au lieu d’empocher le chèque de 92 millions de dollars qui lui était promis, Jennings se retrouve avec une enveloppe contenant vingt objets dérisoires. Mais il découvre bien vite que ces derniers seront indispensables à sa survie, car désormais le voilà traqué par le FBI et toute une escouade de tueurs. Peu à peu, il parvient à recomposer le puzzle de son passé. La machine qu’il a construite permet de voir le futur, et dès lors tout le monde semble décidé à se débarrasser de lui. L’idée, particulièrement avant-gardiste en 1952 lorsque la nouvelle de Dick fut publiée, demeure très séduisante cinquante ans plus tard. Mais elle nécessitait, pour fonctionner, une rigueur à toute épreuve que le scénario s’avère incapable d’assurer, accumulant au contraire les incohérences les plus grossières.

« Quand on révèle son futur à quelqu’un, on l’en dépossède… »

Dommage. Il y avait pourtant un long-métrage captivant à construire autour de la thématique qu’énonce Jennings au cours de l’action : « quand on révèle son futur à quelqu’un, on l’en dépossède »… On sent bien, ça et là, l’influence de Minority Report et de Total Recall, mais ces deux films bénéficiaient d’une construction dramatique en béton armé et d’une direction artistique inventive. Or ici, au-delà des carences du script, le futur qu’on nous décrit n’a rien de futuriste, si ce n’est quelques technologies en avance sur leur temps et une poignée d’accessoires imaginaires. Difficile donc d’y croire, l’accumulation des cascades et des fusillades au cours de la dernière demi-heure ressemblant de toute évidence à un cache misère, comme si le savoir-faire technique de John Woo en la matière allait suffire à combler les trop nombreuses lacunes du film. Il était initialement prévu que Matt Damon incarne Michael Jennings, mais le comédien déclina le rôle, trop proche selon lui de l’agent secret qu’il incarnait dans La Mémoire dans la peau. D’où la passation de relais à son vieil ami Ben Affleck. Il y a d’ailleurs un point commun artistique entre les aventures de Jason Bourne et Michael Jennings : une bande originale ultra-énergisante composée par un John Powell en très grande forme. John Powell dont le talent fut d’ailleurs révélé dans Volte/Face de John Woo.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

HAPPY BIRTHDEAD (2017)

Le jour de son anniversaire, une étudiante est assassinée par un tueur masqué… puis se réveille chaque matin pour revivre la même journée !

HAPPY DEATH DAY

 

2017 – USA

 

Réalisé par Christopher Landon

 

Avec Jessica Rothe, Israel Broussard, Ruby Modine, Rachel Matthews, Charles Aitken, Caleb Spillyards, Rob Mello, Phi Vu, Cariella Smith

 

THEMA TUEURS I VOYAGES DANS LE TEMPS

Scream rencontre Un jour sans fin : c’est sans aucun doute en ces termes que Scott Lobdell, auteur de nombreux comic books pour Marvel et DC, envisage le scénario du slasher d’un nouveau genre qu’il écrit en 2007 sous le titre Half to Death. Michael Bay aimerait produire ce film et offrir le premier rôle à Megan Fox, alors en tête d’affiche de Transformers. Mais le projet traîne et ne se concrétisera que dix ans plus tard à l’initiative de Michael Landon. Ce dernier est d’abord connu pour être le fils de Michael Landon, qui incarnait un loup-garou turbulent dans I Was a Teenage Werewolf avant de devenir le cowboy préféré des ménagères dans La Petite maison dans la prairie. Mais Landon Jr s’est depuis fait un nom en réalisant notamment Paranormal Activities : The Marked Ones et Manuel de survie à l’apocalypse zombie. Le script de Half to Death le séduit, à condition d’un certain nombre de remaniements. Une fois qu’il a convaincu le producteur Jason Blum de se lancer dans l’aventure, via le label « Blumhouse », le réalisateur réadapte le scénario pour partir en quête d’un public plus large. Il en atténue donc la violence (Lobdell envisageait un rendu plus sanglant), ajoute une romance et intègre l’idée de l’anniversaire de l’héroïne. D’où le changement de titre : Half to Death devient Happy Death Day (« francisé » en Happy Birthdead chez nous, avec un titre alternatif qui nous vient tout droit du Québec : Bonne fête encore !).

Nous sommes le 18 septembre 2017. La jeune Theresa « Tree » Gelbman (Jessica Rothe), se réveille avec une énorme gueule de bois dans la chambre d’étudiant d’un certain Carter (Israel Broussard) dont elle n’a gardé aucun souvenir. Aujourd’hui, c’est son anniversaire, mais Tree n’a visiblement aucune envie de le fêter : ni avec ce Carter qu’elle repousse de manière expéditive, ni avec son père (Jason Bayle) dont elle refuse les appels répétés, ni avec son ex-petit ami Tim (Caleb Spillyards), ni avec sa colocataire Lori (Ruby Modine), ni avec le professeur Gregory Butler (Charles Aitken) avec qui elle entretient une relation. Elle consent tout de même à se rendre à une soirée étudiante organisée sur le campus. Mais sur le chemin, elle est attaquée par un tueur portant un masque en forme de visage de bébé, mascotte d’une des équipes sportives de l’université. Tree succombe sous les assauts de l’agresseur… et se réveille aussitôt dans la chambre de Carter. S’agirait-il d’un mauvais rêve teinté d’un effet de déjà-vu ? C’est l’explication la plus plausible. Mais Tree comprend rapidement qu’elle est en train de revivre la journée du 18 décembre, jusqu’à son meurtre. Piégée dans une boucle temporelle, elle ne semble pouvoir s’en sortir que si elle découvre l’identité du tueur avant qu’il ne l’assassine une fois de plus…

Déjà vu

Happy Birthdead repose sur un mélange des genres audacieux (la comédie étudiante, l’horreur et la science-fiction) qui, pour parvenir à trouver le juste équilibre, décalque avec assiduité celui d’Un jour sans fin tout en l’adaptant aux codes du slasher. Les emprunts sont tellement évidents qu’une réplique de Carter juge bon de citer directement le film d’Harold Ramis, comme pour s’en affranchir. Faute – ou imitation – avouée serait-elle à demi-pardonnée ? Admettons. Il n’en demeure pas moins qu’Happy Birthdead cède souvent à des facilités qui entravent son bon déroulement. Le clip elliptique où Tree enquête sur les différents suspects, avant de mourir à chaque fois de manière de plus en plus exubérante, marque par exemple une telle rupture de ton avec le reste du métrage qu’il met à mal le fil ténu de notre suspension d’incrédulité. Les spectateurs ne sont pas forcément prêts à basculer dans une dynamique de cartoon. Les gags à base de rôts et de flatulences ne semblaient pas non plus indispensables. Mais le gros problème du récit est le caractère foncièrement antipathique de son héroïne. De toute évidence, c’est le présentateur aigri incarné par Bill Murray dans Un jour sans fin qui sert une nouvelle fois d’exemple. Misanthrope désabusé, il s’ouvrait peu à peu aux autres et à ses propres sentiments. Mais son personnage nous séduisait d’emblée par son cynisme et son humour pince sans rire. Rien de tel avec Tree, dont le caractère artificiel, désagréable et imbu de lui-même ne prête guère à l’empathie, même si l’on devine une évolution progressive de son comportement. C’est le point faible majeur du film. Malgré tout, il serait injuste de ne pas reconnaître qu’Happy Birthdead est extrêmement divertissant, sait tenir son public en haleine et s’assortit de séquences de suspense souvent très efficaces. Le compositeur Bear McCreary en profite pour multiplier les expérimentations sonores surprenantes, alternant en toute logique les passages légers et les morceaux exhalant une sourde angoisse viscérale. Gigantesque succès international, le film de Landon entraînera la mise en chantier d’une séquelle dès l’année suivante.

 

© Gilles Penso

 

Partagez cet article

A NYMPHOID BARBARIAN IN DINOSAUR HELL (1990)

« Une barbare nymphomane dans un enfer de dinosaures » : voilà un titre qui annonce du grand spectacle !

A NYMPHOID BARBARIAN IN DINOSAUR HELL

 

1990 – USA

 

Réalisé par Brett Piper

 

Avec Linda Corwin, Paul Guzzi, Alex Pirnie, Mark Deshaies, Al Hodder, Russ Greene, Scott Ferro, Rick Stewart

 

THEMA HEROIC FANTASY I DINOSAURES I FUTUR

« Le préhistorique et le prépubère enfin réunis ! » Tel est le slogan de cette aventure improbable située dans le Tromaville du futur, ravagé par un holocauste nucléaire comme le reste du monde et retourné à la préhistoire. Les hommes sont devenus des barbares ou des mutants, les animaux se sont transformés en dinosaures, et une femme (Linda Corwin) y lutte pour sa survie. « J’avais réalisé ce film sous le titre Dark Fortress », nous raconte Brett Piper. « Michael Hertz, le partenaire de Lloyd Kaufman, voulait avoir un film de dinosaures pour profiter du succès de Jurassic Park. La Troma a donc acheté mon film, parce qu’il y avait de grands monstres dedans, et lui a donné des allures de film de dinosaures. L’histoire n’était absolument pas post-apocalyptique à l’origine. Mon idée était que les personnages étaient une colonie terrienne installée sur une autre planète, puis retournée au moyen âge. » (1) Comme on pouvait le prévoir, les monstres créés et animés par Brett Piper constituent le seul intérêt de ce Nymphoïd Barbarian…, à l’exception peut-être des charmes de Linda Corwin qui batifole en tenue légère dans des décors d’une triste banalité sans témoigner pour autant des tendances « nymphoïdes » annoncées par un titre racoleur.

On s’ennuie donc assez fortement au cours des péripéties de cette femme pseudo-préhistorique qui rencontre un gentil héros inexpressif et un homme mutant affublé d’un masque à la Fantôme de l’Opéra version « Hammer ». L’affligeante bande originale synthétique n’arrange rien. Raison de plus pour jubiler quand interviennent les dinosaures fantaisistes de Brett Piper. Le premier, vaguement inspiré par la limace géante de L’Empire contre-attaque, est un ver géant à la mâchoire garnie de dents pointues qui surgit de terre et attaque un guerrier. Le héros s’en débarrasse en lui tirant dans l’œil avec son arbalète. Plus tard, c’est notre héroïne qui, en voulant récupérer son linge dans l’eau, tombe nez à nez avec un monstre marin. Celui-ci évoque un peu le Rhédosaurus du Monstre des temps perdus, mais avec une gueule plus plate et allongée. Il finit par dévorer l’un des méchants, puis s’enfuit sans demander son reste.

Le Tromasaurus !

La jeune femme est finalement capturée par des hommes-singes aux masques rigides dirigés par un méchant arborant le même costume que le Kurgan de Highlander. Tout ce beau monde l’emmène vers un château, autrement dit une belle maquette qui justifie le premier titre du film, « Dark Fortress ». Le petit convoi se heurte bientôt à un dinosaure à tête de scarabée et au corps de tricératops. Face à lui surgit un molosse reptilien à tête de tyrannosaure dont l’allure évoque les chiens de S.O.S. fantômes. Et c’est l’inévitable combat, filmé dans un décor rocailleux miniature. La belle en profite pour s’échapper et, quelques molles péripéties plus tard, atterrit dans le souterrain de la Forteresse Noire où elle est attaquée par une gargouille dont la gueule impressionnante est garnie de dents. Le dernier monstre en stop-motion est une sorte de cousin du Rancor du Retour du Jedi. À ces créatures très fortement inspirée par le bestiaire de Ray Hartyhausen s’ajoutent quelques bestioles mécaniques plus ou moins réussies. Lequel d’entre tous est le « Tromasaurus » vanté sur les affiches de l’époque ? Peu importe. C’est encore un coup de pub orchestré par les joyeux drilles de Troma !

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en juin 1998

 

© Gilles Penso

Partagez cet article