LA DERNIÈRE VAGUE (1977)

Richard Chamberlain incarne un avocat australien soudain confronté aux mythes et légendes du peuple aborigène…

THE LAST WAVE

 

1977 – AUSTRALIE

 

Réalisé par Peter Weir

 

Avec Richard Chamberlain, Olivia Hamnett, David Gulpilil, Frederick Parslow, Vivean Gray, Nandjiwarra Amagula, Walter Amagula, Roy Bara

 

THEMA CATASTROPHES I POUVOIRS PARANORMAUX

En début de carrière, Peter Weir réalise un grand nombre de courts-métrages tournant autour de deux thématiques que le cinéaste déclinera tout au long de sa filmographie : la quête des origines et l’accès à une réalité plus grande que celle offerte pas nos perceptions premières. En toute logique, ses deux premiers longs-métrages, Les Voitures qui ont mangé Paris et Pique-nique à Hangig Rock, brodent à leur manière autour de ces sujets récurrents. Avec La Dernière vague, Weir décide de les affronter de manière encore plus frontale en s’appuyant sur une idée narrative qui le guidera pendant l’écriture de son scénario : décrire le comportement d’un être pragmatique et cartésien soudain en proie à des prémonitions et des phénomènes inexplicables. Pour le rôle principal de son film, il souhaite un comédien australien. Mais dans l’incapacité de trouver celui qui lui conviendra, il fait appel à l’Américain Richard Chamberlain, pas encore superstar de la série Les Oiseaux se cachent pour mourir mais déjà très connu du grand public (notamment grâce à ses prestations dans Les Trois Mousquetaires et La Tour infernale). Le comédien est un peu perplexe à la lecture du scénario, d’autant qu’il n’a jamais entendu parler de Peter Weir. Mais après avoir visionné Pique-nique à Hanging Rock, il est emballé et s’embarque dans l’aventure.

Au cœur de la ville de Sydney, en proie à une série de phénomènes météorologiques inquiétants, Chamberlain incarne David Burton, un avocat spécialisé en droit des sociétés. Tranquillement installé dans la capitale avec son épouse et ses deux filles, il se retrouve un jour commis d’office pour défendre cinq aborigènes ayant tué un des leurs. D’abord réticent à se charger de cette affaire, dans la mesure où le droit pénal n’est pas sa spécialité, Burton se laisse fasciner par l’étrange tranquillité de ces hommes qui semblent cacher un secret apparemment incompréhensible pour l’homme blanc. Mais Burton veut percer ce mystère, quitte à se rapprocher d’eux et à se laisser guider par une spiritualité qui n’est pas la sienne. Cette enquête semble pouvoir l’aider à expliquer les rêves prémonitoires et les visions qui l’obsèdent depuis sa plus tendre enfance, et qui convergent vers la menace d’un cataclysme imminent et inéluctable.

La fin d’un monde

Peter Weir a vu juste : Richard Chamberlain est tout simplement parfait sous la défroque de ce héros bien sous tous rapports qui découvre soudain le monde qui l’entoure sous un autre angle et comprend que ses propres origines ne sont pas occidentales mais tribales (Burton devenant du même coup la métaphore du continent australien tout entier). Sans préavis, le voilà étroitement lié à un peuple qui régnait sur les terres qui l’occupent depuis 50 000 ans et qui se retrouve contraint, désormais, à errer par petits groupes en marge de la société. Le discours de Peter Weir est moins politique que spirituel, et l’on ne peut s’empêcher de laisser La Dernière vague entrer en résonnance avec plusieurs œuvres ultérieures du cinéaste. Cette ouverture d’un protagoniste cartésien vers une ethnie aux antipodes de ses propres convictions ne nous rappelle pas Witness ? Cette prise de conscience d’une autre réalité cachée derrière celle que le héros croyait cerner dans son entièreté n’est-elle pas voisine de celle de Truman Show ? Tandis que David Burton s’efforce d’intégrer peu à peu ces nouvelles données, la nature se déchaîne autour de lui, en une série d’intempéries au caractère presque biblique : la pluie de grêle et de grenouilles nous renvoie aux plaies d’Égypte, les visions prophétiques d’un monde submergé sous les flots évoquent le Déluge de la Genèse. Quant à la « dernière vague » du titre, cette catastrophe ultime qui plane telle une épée de Damoclès, elle a tous les atours d’un cataclysme digne de l’Apocalypse. Weir n’a pas son égal pour construire une atmosphère étrange, insolite, envoûtante et quasi-hypnotique, s’appuyant beaucoup sur la magnifique photographie de Russell Boyd et sur la musique synthétique de Groove Myers. Prix spécial du jury au Festival international du film fantastique d’Avoriaz en 1978, La Dernière vague ouvrira au réalisateur les portes d’Hollywood. Après deux autres films réalisés en Australie, il poursuivra avec succès sa carrière aux États-Unis.

 

© Gilles Penso

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MASSACRES DANS LE TRAIN FANTÔME (1981)

Un groupe d’adolescents passe la nuit dans une fête foraine et tombe nez à nez avec un monstre masqué au comportement meurtrier…

THE FUNHOUSE

 

1981 – USA

 

Réalisé par Tobe Hooper

 

Avec Elizabeth Berridge, Largo Woodruff, Jeanne Austin, Shawn Carson, Jack McDermott, Cooper Huckabee, Miles Chapin, Wayne Doba

 

THEMA TUEURS I FREAKS

Au début des années 80, le succès inattendu de Vendredi 13, succédant de près à celui de La Nuit des masques, commence à faire cogiter tous les grands studios n’ayant pas vu venir cette vogue croissante du film d’horreur pour public adolescent. Universal décide donc de prendre le train en marche et achète à Larry Block le scénario de The Funhouse. Pour prendre les commandes du film, on pense à Tobe Hooper, qui avait su faire frémir les foules avec Massacre à la tronçonneuse et Le Crocodile de la mort tout en prouvant sa capacité d’adaptation à des projets plus « calibrés » comme le téléfilm Les Vampires de Salem d’après Stephen King. Avec Massacres dans le train fantôme, Hooper entre ainsi pour la première fois dans le giron d’une major hollywoodienne. Soucieux de l’esthétisme de ce film qu’il sait déterminant pour la suite de sa carrière, le cinéaste embauche le directeur de la photographie Andrew Laszlo, qui signa les images des Guerriers de la nuitde Walter Hill. Le casting étant constitué de nombreux jeunes comédiens, l’équipe de tournage s’installe à Miami, où les lois concernant les acteurs mineurs sont moins contraignantes qu’à Los Angeles.

La scène d’introduction de Massacres dans le train fantôme multiplie les clins d’œil cinéphiliques. Nous y découvrons une chambre décorée avec des photos des Universal Monsters, puis un enfant qui avance en caméra subjective caché sous un masque (comme dans le prologue de Halloween), un faux meurtre sous la douche calqué fidèlement sur celui de Psychose et même un extrait de La Fiancée de Frankenstein diffusé à la télévision… Amy Harper (Elizabeth Berridge), 16 ans, décide de passer la soirée à la fête foraine du coin en compagnie de son nouveau petit ami Buzz Dawson (Cooper Huckabee) et de ses amis Liz (Largo Woodruff) et Richie (Miles Chapin). Ce parc est jalonné d’attractions sinistres : des freaks (une vache à deux têtes, des fœtus difforme), un magicien qui plante un pieu dans le cœur de son assistante, une vieille voyante… Par défi, les quatre ados décident de passer la nuit dans le train fantôme, ignorant que le petit frère d’Amy les a suivis. Cachés dans la pénombre, ils assistent soudain au meurtre d’une femme par un homme qui porte le masque du monstre de Frankenstein. Cet assassin au comportement bestial semble être une sorte d’enfant dans un corps d’adulte. De fait, l’analogie avec le Leatherface de Massacre à la tronçonneuse s’impose. Si ce n’est que derrière le masque, c’est un visage encore plus affreux qui apparaît : monstrueux, hydrocéphale, hirsute, hurlant, baveux…  C’est le danseur et mime Wayne Doba qui incarne cette créature, sous les prothèses spectaculaires de Rick Baker et Craig Reardon.

Monstres de foire

Le décor de la fête foraine permet aux séquences horrifiques du film de prendre une tournure grand-guignolesque, les monstres réels et factices s’entremêlant dans la plus grande confusion. Extrêmement travaillée, la bande son s’avère être un très efficace support d’épouvante, notamment dans la salle des mécanismes du train fantôme. Si Hooper décline une fois de plus le motif de la victime féminine traquée par un monstre à peine humain dans un décor hostile, il évacue aussi le manichéisme trop tranché en dressant le portrait d’un père brisé par la monstruosité de son fils, dissimulant sans cesse ses actes criminels pour mieux le protéger. « L’un sans l’autre on n’est rien, tu comprends ? », déclare-t-il à sa progéniture contrefaite. « Le Seigneur m’est témoin que je t’aime. » Lorsque le film sort en vidéo, la très prude Grande-Bretagne le range illico dans la catégorie « Video Nasties », une liste noire intégrant tous les longs-métrages que la censure réprouve au point de les interdire purement et simplement sur le territoire. Mais ce bannissement est né d’un malentendu, Massacre dans le train fantôme ayant été confondu avec Last House on Dead End Street de Roger Watkins, dont l’un des titres de travail fut The Fun House ! En comparaison, le slasher de Tobe Hooper est finalement assez inoffensif et lui ouvrira d’ailleurs la porte vers un cinéma plus mainstream. Un an plus tard, il réalisera Poltergeist sous la supervision d’un certain Steven Spielberg.

 

© Gilles Penso

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MALÉFIQUE (2014)

Angelina Jolie incarne la redoutable sorcière de La Belle au bois dormant et lève le voile sur son étrange passé…

MALEFICENT

 

2014 – USA

 

Réalisé par Robert Stromberg

 

Avec Angelina Jolie, Elle Fanning, Sam Riley, Sharlto Copley, Brenton Thwaites, Imelda Staunton, Juno Temple, Lesley Manville

 

THEMA CONTES I DRAGONS

Cette relecture surprenante du classique La Belle au bois dormant s’inscrit dans une démarche de déstructuration des contes entreprise depuis le début des années 2010 par le studio Disney, bien décidé à donner un nouveau souffle et une seconde jeunesse à son patrimoine. Mais contrairement à l’approche auto-parodique d’Il était une fois ou à la normalisation appauvrie d’Alice au pays des merveilles, Maléfique nous offre un angle de narration étonnant dénué du manichéisme habituellement de mise. Pour mettre toutes les chances de son côté, le studio confie le scénario à Linda Woolverton, qui participa à l’écriture de La Belle et la Bête, Aladdin, Le Roi Lion et Mulan. En terrain familier, la scénariste peine pourtant à trouver le bon ton et le juste équilibre, plus d’une quinzaine de versions du script étant nécessaires avant que le tournage puisse débuter. L’aspect visuel du film étant d’une importance capitale, on confie la mise en scène à Robert Stromberg, chef décorateur de talent (Avatar, Alice au pays des merveilles, Le Monde fantastique d’Oz) et vétéran des effets visuels (Une nuit en enfer, Master and Commander, Le Terminal, Aviator et près d’une centaine d’autres films et séries). Stromberg fait ainsi ses débuts derrière la caméra, soutenu par une équipe confiante et un studio qui lui alloue un très confortable budget de 200 millions de dollars.

Bien entendu, Maléfique s’inspire moins du conte de Perrault que du film d’animation de 1959 dont il constitue une sorte de prequel atypique. Maléfique (formidable Angelina Jolie, incarnation parfaite en chair et en os de la sorcière du dessin animé original) est à la fois entité du bien et du mal, une ancienne fée privée de ses ailes, de son amour et de sa candeur par un homme qu’elle a cru pouvoir aimer mais dont l’ambition dévorante a perverti les actes. Cet homme (Sharlto Copley) est devenu le roi Stéphane, père de la petite Aurore. Cette dernière est incarnée par Vivienne Jolie-Pitt, la propre fille d’Angelina et Brad Pitt, lorsqu’elle est enfant, puis par Elle Fanning à l’âge de l’adolescence. Ivre de vengeance, Maléfique jette sur le bébé le sort que l’on sait, mais finit par le regretter lorsque la fille grandit et qu’elle s’attache à elle. Les notions de Bien et de Mal sont ainsi séparées par une ligne très floue, chose peu commune au royaume de Mickey. Là n’est pas le moindre des attraits de Maléfique, l’autre étant la splendide mise en forme du film.

Monstres et merveilles

Puisant dans sa longue expérience acquise dans le domaine des effets spéciaux, Robert Stromberg s’efforce de trouver le bon équilibre entre les trucages numériques et ceux réalisés en direct sur le plateau de tournage. Les cornes de Maléfique sont ainsi des prothèses conçues par l’immense maquilleur Rick Baker. Ce dernier semble s’être laissé partiellement inspirer par l’une des plus belles créations de son ancien protégé Rob Bottin, le diabolique Darkness de Legend. Ce sera le dernier travail hollywoodien de Baker, le maquilleur multi-oscarisé fermant boutique après Maléfique face à la mutation irréversible de son métier et le grignotement croissant des effets numériques sur son propre travail. De fait, les effets digitaux occupent une place importante dans le film, notamment pour donner corps aux monstres et aux merveilles. Si un dragon intervient bien dans le récit, il ne s’agit plus, comme dans l’inoubliable final du dessin animé de Wolfgang Reitherman, d’une métamorphose de la sorcière, mais d’une mutation de son fidèle compagnon Diaval (Sam Riley), qu’elle peut transformer à loisir en toutes sortes d’animaux. Ce superbe dragon noir, aux larges ailes déployées et au front cornu, surgit au cours d’un climax riche en rebondissement où le monstre tente de libérer Maléfique du filet métallique qui la retient prisonnière et finit lui-même enchaîné par les hommes du roi. Cette très belle séquence s’appuie sur une musique splendide de James Newton Howard, qui accompagne le film de Stromberg avec emphase et se laisse partiellement inspirer par « La Belle au bois dormant » de Tchaikovski. Colossal succès auprès du public – même si la critique américaine lui réserve un accueil mitigé – Maléfique entérinera la démarche disneyenne de transformation de tous les grands classiques animés en versions live et donnera naissance à une suite en 2019 : Maléfique, le pouvoir du mal.

 

© Gilles Penso

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LA MAISON AU FOND DU PARC (1980)

Dans la foulée de Cannibal Holocaust, Ruggero Deodato filme les exactions d’un psychopathe agressant la petite bourgeoisie italienne

LA CASA SPERDUTA NEL PARCO

 

1980 – ITALIE

 

Réalisé par Ruggero Deodato

 

Avec David Hess, Annie Belle, Christian Borromero, Giovanni Lombardo Radice, Marie Claude Joseph, Gabriele Di Giuio, Brigitte Petronio

 

THEMA TUEURS

Avec un titre pareil, il n’est pas difficile de comprendre à quel film La Maison au fond du parc se réfère, même si ce choix n’est pas celui du réalisateur Ruggero Deodato, pas spécialement désireux de se laisser inspirer par Wes Craven. « La référence au titre de La Dernière maison sur la gauche était une volonté du producteur, d’autant que nous avons utilisé le même acteur principal, David Hess », nous confirme-t-il. « Mais les deux histoires sont très différentes. Celle de La Maison au fond du parc s’inspire d’un fait réel qui s’est déroulé à Parioli, un quartier très élégant de Rome. Des jeunes issus des quartiers pauvres y ont violé et torturé deux filles de bonne famille. On a beaucoup parlé de cette affaire dans la presse à l’époque, et je l’ai utilisée comme base du scénario du film. » (1) A l’occasion de La Maison au fond du parc, Deodato entend tout de même s’inscrire dans la vogue du survival et du slasher alors à la mode dans le monde entier, tout en se simplifiant la vie par rapport au tournage éprouvant de Cannibal Holocaust. Un décor unique et une poignée de protagonistes se substituent en effet à la jungle hostile, aux figurants et aux bêtes sauvages. D’emblée, Deodato impose un style dérangeant, filmant pendant le prégénérique une scène de viol crue et réaliste dans une voiture, aux accents d’une chanson douce et sirupeuse composée par Riz Ortolani et susurrée par Diana Corsini. « Sweetly » chante la voix enjôleuse, autrement dit « gentiment », en contradiction totale avec ce que montre l’écran.

Deux petits voyous sans envergure, Alex (David Hess) et Ricky (Giovanni Lombardo Radice), qui vivent du trafic de voitures volées, s’invitent dans une petite fête organisée par un jeune couple riche, dans une maison isolée au fond d’un grand parc. Au fil de la soirée, les incidents se multiplient et la tension monte jusqu’à ce qu’Alex finisse par révéler sa nature psychopathe en agressant un à un les invités. Même s’il incarne ouvertement une figure maléfique, Alex (dont le prénom renvoie visiblement à celui du héros d’Orange mécanique) n’est pas le seul être détestable du film. À vrai dire, les « honnêtes gens » qu’il brutalise de plus en plus violemment rivalisent eux-mêmes d’hypocrisie, de veulerie, de cruauté et de perversité. Lorsque la toute jeune Cindy (Brigitte Petronio) pénètre à son tour dans les lieux, elle devient victime des violentes pulsions d’Alex, comme un agneau se jetant sans préavis dans la gueule d’un loup affamé. Armé d’un rasoir, Alex arrache ses vêtements et lui taillade le corps qu’il larde de blessures écarlates, face à une assistance terrifiée qui ne sait comment réagir…

La folie destructrice

Si le tournage de La Maison au fond du parc ne pose pas de difficulté particulière, Ruggero Deodato doit composer avec le caractère très particulier de son acteur principal. « J’ai réalisé ce film immédiatement après Cannibal Holocaust qui n’était pas encore sorti sur les écrans, donc personne ne savait qui j’étais », raconte-t-il. « David Hess, en revanche, était devenu célèbre grâce à La Dernière maison sur la gauche. Nos relations pendant le tournage étaient difficiles à cause de ça. J’avais du mal à m’imposer, et il me semblait trop sûr de lui. Mais ça s’est finalement bien terminé, puisque j’ai travaillé avec lui à cinq reprises par la suite. Nous sommes devenus amis. Pour l’anecdote, sachez d’ailleurs que la fille que son personnage viole dans la voiture au début du film était incarnée par sa propre femme ! » (2) Même s’il semble souvent roue libre face à la direction de Deodato, David Hess est de toute évidence l’atout majeur du film, la folie destructrice irrécupérable de son personnage le muant en monstre aux pulsions imprévisibles qui laisse planer sur l’intégralité du métrage un sentiment de menace permanent. Pur produit d’exploitation jouant avec la violence et l’érotisme comme autant d’ingrédients d’une recette destinée à titiller un public féru du genre, La Maison au fond du parc n’est certes pas un grand film. Mais son climat oppressant, sa sophistication décalée et son caractère impitoyable face à une humanité peu reluisante dont aucun individu ne semble mériter le moindre salut en font résolument une œuvre à part.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2016

 

© Gilles Penso

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PRINCESS BRIDE (1987)

Le quatrième long-métrage de Rob Reiner est un conte de fées pas comme les autres, jouant avec les codes du genre pour mieux les détourner…

THE PRINCESS BRIDE

 

1987 – USA

 

Réalisé par Rob Reiner

 

Avec Cary Elwes, Robin Wright, Peter Falk, Mandy Patinkin, Chris Sarandon, Christopher Guest, Billy Crystal, Wallace Shawn, André le Géant

 

THEMA CONTES

En 1973, le studio 20th Century Fox fait l’acquisition des droits d’adaptation du roman « Princess Bride » de William Goldman et prépare le film qui en sera tiré, avec Richard Lester derrière la caméra. Le projet part plutôt bien, jusqu’à ce qu’un changement de direction au sein du studio ne l’annule purement et simplement. L’auteur rachète alors lui-même les droits d’adaptation de son livre en attendant qu’un nouveau projet de film ne se concrétise. Les choses redémarrent lorsque Rob Reiner découvre le livre, que lui offre un jour son père, et en tombe amoureux. Tout auréolé des succès de Spinal Tap, The Sure Thing et surtout Stand By Me, Reiner a suffisamment de poids pour relancer la transformation du roman en film, travaillant de près avec Goldman pour s’assurer que son récit soit respecté à l’écran. Pour incarner son couple vedette, Reiner hésite. Si Cary Elwes s’impose assez rapidement dans le rôle de l’héroïque Westley (sa performance dans Lady Jane a convaincu le réalisateur), la princesse Bouton d’or est moins simple à trouver. Après un casting organisé auprès de nombreuses comédiennes (parmi lesquelles Uma Thurman, Courteney Cox et Meg Ryan), Reiner et Goldman tombent finalement sous le charme de Robin Wright (alors héroïne récurrente du soap opéra Santa Barbara). Elle sera engagée une semaine seulement avant le début du tournage.

Le film commence au milieu des années 80, dans notre monde. Un petit garçon malade (Fred Savage), entouré de jouets et de l’affection des siens, se morfond dans son lit. Son grand-père (Peter Falk) lui rend visite. L’enfant s’apprête à écouter un de ces récits d’autrefois, principalement pour lui faire plaisir. Plus attiré par les aventures de super-héros que par les contes de fées, il écoute distraitement cette histoire d’une princesse tombant amoureuse d’un palefrenier que des pirates assassinent. Certes, ce démarrage est assez atypique, mais le petit garçon n’est pas passionné pour autant. Toutefois, petit à petit, insidieusement, le grand-père parvient à capter l’attention de son petit-fils. Inconsolable, la princesse accepte d’épouser un jeune prince arrogant. C’est alors qu’elle est kidnappée par un trio de brigands eux-mêmes pris en chasse par un redoutable pirate…

Un conte défait

Princess Bride ressemble à première vue à un conte de fées des plus conventionnels. Mais le spectateur comprend vite qu’il ne faut pas se fier aux apparences. Cette fausse fable candide et sirupeuse cache en réalité une comédie décalée, loufoque et atypique, jonglant en permanence entre le premier et le second degré. Autodérision, parodie, caricatures et gags ponctuent donc une histoire rocambolesque que l’on suit pourtant avec le même intérêt que si le récit était sérieux. En ce sens, notre identification avec l’enfant alité est totale. Rob Reiner joue à manipuler son spectateur, laissant toujours entrevoir la possibilité que – une fois n’est pas coutume – ce conte pourrait mal se terminer. Cary Elwes et Robin Wright s’amusent à détourner la mièvrerie qu’évoque de prime abord leur couple à l’écran. A leurs côtés, on se régale aussi de la prestation excessive de Mandy Patinkin, en escrimeur ibérique assoiffé de vengeance, et de la petite apparition de Billy Crystal, méconnaissable sous un maquillage de Peter Montagna et improvisant la grande majorité de ses dialogues. Soucieux d’une mise en forme soignée conforme à ce que les spectateurs attendent d’un conte de fées à l’écran, Reiner mise sur une direction artistique minutieuse et des effets spéciaux poétiques, à défaut d’être parfaits (le budget du film reste limité). On note ainsi des maquettes et des peintures sur verre de toute beauté, ainsi que l’insolite intervention de rats géants (en réalité des comédiens sous des costumes conçus par Nick Allder). La bande originale, signée Mark Knopfler, oscille entre les jolies balades à la guitare et les envolées synthétiques un peu ratées. Un orchestre et des instruments symphoniques auraient de toute évidence donné plus d’ampleur aux séquences épiques. Dommage aussi que l’histoire parallèle du grand-père et de l’enfant ne soit pas exploitée plus en profondeur, contrairement par exemple aux séquences de lecture de L’Histoire sans fin avec lequel Princess Bride entretient plusieurs similitudes. L’approche postmoderne du film ayant sans doute désarçonné une partie du public, Princess Bride ne connaît qu’un succès modeste au moment de sa sortie. Mais à l’aune des futurs succès populaires de Rob Reiner (Quand Harry rencontre Sally, Misery, Des hommes d’honneur), le film sera réévalué et deviendra culte, certaines de ses répliques entrant même dans la culture populaire.

 

© Gilles Penso

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CARNAGE (1981)

Gravement brûlé suite à une blague stupide, un gardien de camp de vacances sort de l’hôpital et décide de se venger…

THE BURNING

 

1981 – USA / HONG-KONG / CANADA

 

Réalisé par Tony Maylam

 

Avec Brian Matthews, Leah Ayres, Brian Backer, Larry Joshua, Jason Alexander, Ned Eisenberg, Holly Hunter

 

THEMA TUEURS

Quand on a Vendredi 13 comme principale source d’inspiration, il ne faut évidemment pas s’attendre à des merveilles. Certes, les instigateurs de Carnage ont visiblement élaboré le premier jet de leur scénario avant le slasher à succès de Sean S. Cunningam, s’inspirant initialement d’une légende urbaine tenace, mais le récit a entretemps été reformaté pour mieux se calquer sur le massacre de Crystal Lake. Partant, ce psycho-killer mâtiné de survival ne s’en sort pas si mal, s’ouvrant sur une séquence pré-générique assez nerveuse et fort prometteuse. Cinq jeunes campeurs, à cause d’une farce qui tourne mal, brûlent accidentellement Crospy, un gardien de camp de vacances qu’ils ont pris en grippe. Cinq ans plus tard, gravement brûlé et complètement défiguré, Crospy sort de l’hôpital, cherchant tous les moyens d’assouvir son désir de vengeance. Il commence ses meurtres par l’assassinat d’une prostituée, puis sème la terreur dans un camp de vacances, armé d’un redoutable sécateur. Le carnage promis par le titre français tarde à se manifester, le film se concentrant d’abord sur une petite galerie de personnages vivant quelques petits conflits sentimentaux et autres tracasseries triviales dans le cadre fort propice d’un camp de vacances en pleine forêt.

Lorsque le groupe se resserre et part pour une randonnée en canoë, la seconde source d’inspiration du film apparaît : il s’agit de Délivrance, ce qu’atteste la musique country accompagnant lesdits canoës. Le reste du temps, la bande originale, signée Rick Wakeman (du groupe Yes), est un imbroglio de sons synthétiques assez inaudibles. Après une série de fausses alertes et le meurtre nocturne d’une fille, dans une lumière tellement sous-exposée que le spectateur ne voit pratiquement rien, survient la scène la plus spectaculaire du film : l’attaque du tueur, caché dans un canoë, qui massacre au sécateur une poignée de teenagers voguant sur un radeau de fortune… Tom Savini s’en donne à cœur joie dans les effets gore – hélas coupés pour la plupart au montage pour sortir le film du ghetto de la classification X – et dote son assassin d’un visage défiguré impressionnant mais peu crédible, qui évoque évidemment celui de Jason Voorhees et n’apparaît qu’au cours du climax. Savini regrettera plus tard de n’avoir pas eu assez de temps pour élaborer un maquillage plus raffiné, la production ne lui ayant alloué que trois jours.

Holly Hunter face au tueur

Tourné avec un budget raisonnable d’un million et demi de dollars, Carnage est solidement réalisé et permettra à l’œil attentif de repérer quelques visages parmi le casting amenés à entrer plus tard dans la cour des grands, notamment Jason Alexander (future star de la série Seinfeld), Leah Ayres (partenaire de Jean-Claude Van Damme dans Bloodsport) et surtout Holly Hunter (oscarisée dix ans plus tard pour le très respectable La Leçon de piano, et rétrospectivement très heureuse de cette première expérience cinématographique). On note aussi que le montage de Carnage est signé Jack Sholder, futur réalisateur de Alone in the Dark, La Revanche de Freddy et Hidden. Quant au scénario, il est signé Harvey et Bob Weinstein, le film étant produit par une compagnie Miramax alors à ses tout débuts. Les slashers poussant comme des champignons en 1981, et Le Tueur du vendredi étant sorti accompagné d’une promotion assez importante, Carnage eut du mal à sortir du lot et n’engrangea pas les bénéfices escomptés par la production, ce qui annula logiquement la séquelle qui était pourtant prévue au départ. Au Japon, en revanche, ce fut un petit triomphe. Mais il ne gagna ses galons de petit classique du genre que plus tard, grâce à son exploitation remarquée en VHS.

  

© Gilles Penso

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NICK FURY : AGENT OF SHIELD (1998)

David Hasselhoff incarne le célèbre agent secret de Marvel dans un téléfilm aujourd’hui tombé dans l’oubli…

NICK FURY : AGENT OF SHIELD

 

1998 – USA

 

Réalisé par Rod Hardy

 

Avec David Hasselhoff, Lisa Rinna, Sandra Hess, Neil Roberts, Garry Chalk, Tracy Waterhouse, Tom McBeath, Ron Canada, Peter Haworth, Scott Heindl

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION I ROBOTS I SAGA MARVEL

Nous sommes à la fin des années 90. À l’exception des téléfilms et de la série consacrés à L’incroyable Hulk, aucune adaptation live des personnages de l’écurie Marvel n’a encore réussi à convaincre le grand public. Le costume plissé de L’Homme-araignée, le casque de motard de Captain America, les facéties de Howard et les coups de sang du Punisher se sont en effet montrés indignes de la richesse de l’univers créé par Stan Lee. Pour tenter de contrer cette « malédiction », le studio 20th Century Fox tente sa chance en misant sur une tête d’affiche populaire et un personnage s’éloignant de la galerie classique des super-héros : Nick Fury, le fameux colonel borgne et acariâtre à la tête du S.H.I.E.L.D, que le David Hasselhoff de K 2000 et Alerte à Malibu est chargé d’interpréter. David S. Goyer, alors surtout connu pour son travail sur de modestes séries B d’action et de SF, est missionné pour écrire le scénario, tandis que la mise en scène est confiée à Rod Hardy (signataire du passionnant film de vampires Soif de sang). Fox pense avoir trouvé le bon concept et l’équipe adéquate, allouant à cet ambitieux téléfilm un budget de six millions de dollars.

En début de métrage, nous apprenons que Nick Fury est à la retraite dans le Yukon depuis la fin de la guerre froide. Le S.H.I.E.L.D. (Strategic Homeland Intervention Enforcement and Logistics Division) se passe donc de ses services. Bien sûr, les choses ne vont pas en rester là. Les agents de l’organisation terroriste HYDRA viennent en effet de se manifester, avec à leur tête les enfants du baron Wolfgang von Strucker, un ancien nazi dont le corps vient d’être subtilisé. HYDRA a créé une arme biologique redoutable : le « virus Tête de mort » aux effets mortellement efficaces. Mégalomane, psychopathe et digne descendante de son père, Andrea von Strucker, alias Viper, veut mettre en place rien moins que le quatrième Reich. Pour prouver qu’elle ne plaisante pas, elle menace de répandre dans Manhattan le « virus Tête de mort » à l’aide d’un lance-missiles caché quelque part dans la ville. Nick Fury est donc appelé à la rescousse. L’œil gauche sous son éternel patch, le cigare aux lèvres, les dents serrées, le colonel dur à cuire prend donc la tête des opérations anti-terroristes, au grand dam d’une hiérarchie qui n’apprécie pas du tout ses méthodes expéditives.

Mission non accomplie

Le Nick Fury incarné par David Hasselhoff est donc une espèce de brute sympathique à la gâchette facile, adepte de la réplique cinglante et du coup de poing impulsif, une sorte de cousin du John Spartan de Demoliton Man avec qui il partage un manque de respect effronté de l’autorité et une approche très frontale du danger. Même si la charge est ouvertement caricaturale, l’ex-Michael Knight a le physique de l’emploi et donne de sa personne. L’équipe de mercenaires qu’il met sur pied comprend son ancienne petite-amie Val (Lisa Rinna), la médium Kate Neville (Tracy Waterhouse) et l’agent Alexander Price (Neil Roberts). On note que ce dernier personnage fera son retour sur les écrans seize ans plus tard dans Captain America : le soldat de l’hiver, sous les traits de Robert Redford. Face à eux, Sandra Hess incarne une véritable super-vilaine de bande-dessinée, multipliant les tenues extravagantes et les éclats de rire sardoniques. Audacieux, le téléfilm n’est pas avare en effets visuels (la plateforme volante du S.H.I.E.L.D., les batailles aériennes, les robots), en décors imposants (la base des héros, le Q.G. d’HYDRA), en figuration costumée et en accessoires futuristes. Et il faut bien avouer que rétrospectivement, cet attentat qui se profile en plein New York avec deux missiles pointés vers les tours jumelles du World Trade Center, trois ans avant le 11 septembre 2001, fait un drôle d’effet. On retrouvera d’ailleurs certaines composantes de Nick Fury : agent du S.H.I.E.L.D. dans la série 24 heures chrono. Mais le public n’est pas au rendez-vous. La série prévue par Fox ne sera jamais produite et le téléfilm sombrera dans l’oubli, précipitant David Hasselhoff dans une seconde carrière ouvertement axée vers le second degré. Nick Fury représente donc une étrange parenthèse dans la carrière de scénariste de David S. Goyer, auteur la même année deux scripts beaucoup plus mémorables : Dark City, source d’inspiration majeure de Matrix, et Blade, premier succès au cinéma d’une adaptation Marvel qui finira par donner à la « maison aux idées » l’idée de fonder son propre studio… et de créer sa propre série consacrée aux hommes de Nick Fury, Les Agents du S.H.I.E.L.D., en 2013.

 

© Gilles Penso

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LA BAIE SANGLANTE (1971)

Le film le plus brutal et le plus sanglant de Mario Bava a directement influencé la vogue des slashers américains des années 80

ECOLOGIA DEL DELITTO / REAZIONE A CATENA

 

1971 – ITALIE

 

Réalisé par Mario Bava

 

Avec Claudine Auger, Luigi Pistilli, Claudio Camaso, Anna Maria Rosati, Cristea Avram, Leopoldo Trieste, Laura Betti, Brigitte Skay, Isa Miranda, Paola Montenero

 

THEMA TUEURS

La genèse de La Baie sanglante est à attribuer en partie au producteur Dino de Laurentiis, désireux de faire se rencontrer deux hommes qui, selon lui, s’entendront à merveille : le réalisateur Mario Bava (dont il a produit Danger Diabolik) et le scénariste Dardano Sacchetti (qui vient d’écrire Le Chat à neuf queues pour Dario Argento). Comme souvent, le mogul a du flair. Bava et Sacchetti sont sur la même longueur d’onde, ce dernier sollicitant son partenaire d’écriture Franco Barbieri pour rédiger la première ébauche d’un film d’horreur jalonné de meurtres brutaux. Mais Barbieri se dispute avec la production et quitte le navire, bientôt suivi par Sacchetti et même par De Laurentiis lui-même qui ne croit plus au projet. Pour ne pas laisser ce film en plan, Mario Bava demande à Giuseppe Zaccariello (Une Hache pour la lune de miel) de reprendre la production. Plusieurs auteurs se passent le relais pour finaliser le scénario, bâti autour de treize assassinats spectaculaires dans un lieu unique. Le budget restreint du film empêche en effet de multiplier les décors. Bava assure donc lui-même le poste de directeur de la photographie, bricole avec les moyens du bord (une poussette remplace le chariot du travelling, trois arbres à l’avant-plan simulent une forêt) et tourne en un temps record, principalement dans une villa qui appartient à son producteur. Pour autant, il sait que les effets gore doivent requérir une attention particulière dans la mesure où ils sont les points d’orgue du film. Pas encore spécialisé dans les bébêtes animatroniques hollywoodiennes (King Kong, Rencontres du troisième type, E.T., Dune), Carlo Rambaldi est donc sollicité pour les nombreux trucages sanglants qui jalonnent le métrage.

Orchestré comme une sorte de soap opera qui tourne mal, le scénario de La Baie sanglante tourne autour d’un magnifique manoir qui fait plus d’un envieux. Frank Ventura (Chris Avram) et sa maîtresse Laura (Anna Maria Rosati) aimeraient beaucoup en tirer profit en le transformant en lieu touristique. Mais la comtesse Federica Donati (Isa Miranda), propriétaire des lieux clouée sur une chaise roulante, s’oppose à ce projet. Les choses se compliquent – et la tension monte logiquement d’un cran – lorsque le mari de la comtesse, Filippo Donati (Giovanni Nuvoletti), l’agresse puis se retrouve poignardé. Attirés par ce parfum de scandales, deux jeunes couples s’introduisent dans le manoir sans y être invités et commencent à fouiner. À partir de là, le jeu de massacre va vraiment commencer. On le voit, l’intrigue n’est ouvertement que le prétexte à une série de meurtres très graphiques rythmant régulièrement le film. De l’aveu même de Bava et Sacchetti, leur méthode initiale d’écriture consistait d’ailleurs à imaginer d’abord les assassinats, puis à trouver le fil conducteur les reliant l’un à l’autre. D’où un effet inévitablement mécanique et un récit qui, par ailleurs, se traîne un peu pesamment.

Cadavres à la chaîne

La Baie sanglante peut se vanter d’avoir largement inspiré la vogue du slasher en général et la série des Vendredi 13 en particulier, notamment lorsque les quatre teenagers stupides se font massacrer gratuitement : un couple est transpercé par une lance en plein ébat amoureux, une fille qui se baigne nue est égorgée par une serpe, arme qui finira plantée dans la figure du quatrième joyeux drille. Parmi les autres charmantes images du film, citons une décapitation à la hache en gros plan, un éventrement à la lance ou encore le visage d’un cadavre sur lequel se promène un poulpe poisseux. Sans parler de l’insecte encore vivant transpercé d’un clou qui, lui, n’a hélas pas fait l’objet d’un effet spécial (Bava regrettera longtemps d’avoir tourné cette scène). Avec un jeu de décalage assez inattendu, une mélodie très lyrique, à base de piano et de violons, rythme ce catalogue d’atrocités. La raison de ces meurtres en série, à savoir la cupidité exacerbée de la majeure partie des personnages vis à vis de la Baie, aurait pu permettre, parallèlement aux délires gore, le développement d’une savoureuse intrigue policière teintée d’humour noir, une double possibilité que Mario Bava laisse complètement de côté. A vrai dire, seule l’accumulation ludique des assassinats semble l’intéresser. Les réactions souvent illogiques des personnages, leurs dialogues indigents et l’absence d’un protagoniste à travers lequel le spectateur puisse s’identifier amenuisent davantage l’impact du film. Tout comme cette chute incongrue conçue comme un gag final. Sur le marché international, La Baie sanglante est sorti sous un nombre incalculable de titres différents, de A Bay of Blood à Twitch of the Death Nerve en passant par Blood Bath ou même Last House on the Left 2 !

 

© Gilles Penso

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PETER ET ELLIOTT LE DRAGON (1977)

Un petit orphelin s’est lié d’amitié avec un compagnon hors du commun : un dragon invisible et farceur qui va lui attirer bien des ennuis…

PETE’S DRAGON

 

1977 – USA

 

Réalisé par Don Chaffey

 

Avec Sean Marshall, Helen Reddy, Jim Dale, Mickey Rooney, Red Buttons, Shelley Winters, Charles Tyner, Jeff Conaway, Gary Morgan

 

THEMA CONTES I DRAGONS

En 1957, le studio Disney fait l’acquisition d’une histoire courte de Seton Miller et S.S. Field, « Pete’s Dragon », pour pouvoir l’adapter sous forme d’un téléfilm en deux parties destiné au programme Le Monde merveilleux de Disney. Mais le film ne se fait pas et le projet traîne dans les tiroirs pendant deux décennies. C’est le producteur Jerome Courtland (La Montagne ensorcelée) qui remet la main dessus au milieu des années 70 et pense tenir là un sérieux émule de Mary Poppins et L’Apprentie-sorcière. Un scénario est aussitôt commandé à Malcom Marmorstein (auteur régulier des séries Dark Shadows et Peyton Place). Dans un premier temps, il est question que le dragon du film reste invisible pendant la quasi-totalité du métrage, à l’exception d’une courte scène. Mais un tel principe ne risque-t-il pas d’être lassant pour les jeunes spectateurs ? Motivé par les animateurs du studio, Courtland change son fusil d’épaule et décide de montrer la créature beaucoup plus généreusement, ce qui nécessitera au final plus de vingt minutes d’animation. Reste à trouver un réalisateur de poids. Le choix se porte assez naturellement sur le Britannique Don Chaffey. Non content d’être familier avec l’univers de Mickey (il dirigea quatorze épisodes du Monde merveilleux de Disney), c’est un habitué des effets spéciaux. Ne lui doit-on pas deux des meilleurs films animés par le magicien Ray Harryhausen, Jason et les Argonautes et Un million d’années avant JC ?

Nous sommes en Nouvelle Angleterre au début du 20ème siècle. Peter (Sean Marshall), un orphelin d’une dizaine d’années, vient de quitter les Googans, ses affreux parents adoptifs qui le martyrisaient, et se retrouve seul avec un ami d’un genre particulier : un dragon nommé Elliott qui peut se rendre invisible à volonté. Leur arrivée à Passamaquoddy ne va pas aller sans poser de problèmes car Elliott sème sur sa route une pagaille que l’on a vite fait de mettre sur le compte de Peter ! L’enfant se découvre cependant des alliés : Lampie (Mickey Rooney), le gardien du phare, et sa fille Nora (Helen Reddy), dont le fiancé a disparu en mer… Cette aide s’avèrera précieuse face à l’animosité croissante dont Peter fait l’objet. Non content d’être accusé par les habitants de la ville d’une pénurie soudaine de poissons, le garçon se heurte au docteur Terminus (Jim Dale) qui veut le ramener à ses parents adoptifs et mettre la main sur le dragon pour le couper en morceaux et le revendre à l’industrie pharmaceutique !

Un dragon à la traîne

Le dragon étant l’attraction principale du film, un soin particulier est apporté à sa création et à son incrustation dans les prises de vues réelles, obtenue à l’aide d’un système de fond jaune au sodium que Ray Harryhausen expérimenta lui-même avec succès pour Les Voyages de Gulliver. Loin du design reptilien et agressif habituellement attribué aux cracheurs de feu, Elliott est bedonnant, doté d’un long cou, d’une tête sympathique surplombée par une touffe de cheveux, d’un gros museau, d’oreilles tombantes qui lui donnent un peu les allures d’un gros chien, d’une langue pendante, de toutes petites ailes dans le dos et d’écailles hérissées le long de l’échine. Gourmand et farceur, c’est un personnage immédiatement attachant et ses relations avec Peter ne sont pas sans évoquer celles de Mowgli et Baloo dans Le Livre de la jungle. Le petit garçon lui grimpe en effet sur le ventre, lui donne à manger et chante avec lui (même si les vocalises du dragon se limitent à des « pom pom »). Ses capacités à cracher du feu sont détournées à des fins comiques, comme lorsqu’il fait griller de la nourriture en crachant dessus. Elliott s’avère aussi capable de voler, ce qu’il prouve à la fin du film, quittant Peter pour partir au secours d’un autre enfant en difficulté. Peter et Elliott déborde donc de charme, mais le film est de toute évidence en retard d’une décennie, sa tonalité bon enfant et sa mise en forme « old school » n’étant plus en accord avec les goûts d’un public qui vient de découvrir La Guerre des étoiles. Le charme rétro se mue donc en gaucherie un peu kitsch et le film n’est pas le succès escompté. Don Chaffey aurait volontiers partagé son crédit de réalisateur avec le superviseur de l’animation Don Bluth, mais le studio refuse. Bluth quitte alors Disney et devient metteur en scène de longs-métrages à succès (Brisby et le secret de NIMH, Fievel et le nouveau monde, Le Petit dinosaure et la vallée des merveilles). Quant à son assistant Don Hahn, il magnifiera la technique de mixage de dessin animé et de prises de vues réelles en œuvrant dix ans plus tard sur Qui veut la peau de Roger Rabbit ?

 

© Gilles Penso

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MESSE NOIRE (1981)

Humilié par ses camarades, le jeune élève d’une académie militaire convoque un démon par l’entremise de son ordinateur…

EVILSPEAK

 

1981 – USA

 

Réalisé par Eric Weston

 

Avec Clint Howard, R.G. Armstrong, Joseph Cortese, Claude Earl Jones, Don Stark, Charles Tyner, Hamilton Camp

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Même s’il évoque beaucoup Carrie à travers son personnage principal (un jeune homme réservé devenu souffre-douleur de tout son entourage scolaire) et sa structure narrative (qui s’achève sur une vengeance explosive et sanglante), Messe noire regorge d’originalité et de surprises. Dès le prologue, ce souci d’inventivité est affiché : après une messe noire médiévale au bord d’une plage, une tête est tranchée d’un coup d’épée, et se raccorde en plein vol avec un ballon de foot au cours d’un match d’école ! Mais c’est surtout dans sa volonté de mêler l’usage de l’informatique et le satanisme que le premier long-métrage d’Eric Weston se distingue, un cocktail dans lequel se mêlent allègrement un soupçon d’antimilitarisme, une pincée d’anticléricalisme et un refus manifeste du manichéisme. À la fois réalisateur, producteur et scénariste de cette œuvre étrange budgétée à un million de dollars, le futur metteur en scène du drame Marvin & Tige (avec John Cassavetes et Billy Dee Williams) et du film de guerre Le Triangle de fer (avec Beau Bridges et Johnny Hallyday !) tourne Messe noire en trois semaines, principalement à Santa Barbara.

Le film commence donc en plein moyen-âge, un moine et ses disciples étant sacrifiés pour avoir osé pratiquer la magie noire, le tout aux accents d’une bande originale ténébreuse de Roger Kellaway qui puise largement son inspiration dans celle de La Malédiction. Puis nous voilà transportés quatre-cents ans dans le futur, dans les années 80 donc. Stanley Coppersmith (Clint Howard, le frère cadet de Ron Howard) est le souffre-douleur de ses camarades de chambrée, dans une école militaire qui lui réserve son lot d’humiliations et de déconvenues. Le jeune homme taciturne encaisse patiemment les coups-bas, mais la vengeance sera largement à la hauteur. Car l’esprit maléfique invoqué pendant le prologue du film vient hanter son ordinateur puis son esprit. Carrie, La Malédiction et L’Exorciste semblent donc s’être donnés rendez-vous dans cette œuvre patchwork annonçant aussi les thématiques qui seront développés – beaucoup plus sagement – dans WarGames et Electric Dreams. À sa manière, Messe noire est donc dans l’air du temps, mais il tire son originalité du brassage de thèmes d’horreur et de science-fiction qui, jusqu’alors, n’avaient pas vraiment eu l’occasion de cohabiter.

Des scènes cochonnes

Même si l’usage de l’ordinateur s’avère assez évasif (comment peut-il posséder autant d’informations alors que Coppersmith n’y entre qu’un nombre limité de données ?), son intervention high-tech, opposée aux pratiques antiques de la sorcellerie médiévale, offre un intéressant décalage. La première vraie scène choc du film intervient assez tardivement, au moment où une fille est attaquée sous sa douche, non par Norman Bates mais par une meute de grands cochons noirs affamés ! La violence paroxystique attend les dernières minutes du film pour éclater : un prêtre est trépané par un clou échappé d’une statue de Jésus, le héros apparaît en lévitation armé d’un sabre, les têtes sont tranchées avec force jets de sang, les cœurs sont arrachés à main nue, et les grands cochons noirs se mêlent à cette joyeuse orgie. On remarquera au passage la grande qualité des maquillages gore, œuvre de Allan Apone, qui allait ensuite participer aux effets spéciaux de Meurtres en 3D, Le Retour des morts-vivants et la série Twin Peaks.

 

© Gilles Penso

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