AIRPORT 80 : CONCORDE (1979)

Alain Delon et Sylvia Kristel prennent les commandes d’un avion de ligne supersonique dans cette parodie involontaire…

AIRPORT ’79 – THE CONCORDE

 

1979 – USA

 

Réalisé par David Lowell Rich

 

Avec Alain Delon, Susan Blakely, Robert Wagner, Sylvia Kristel, George Kennedy, Eddie Albert, Bibi Anderson, John Davidson

 

THEMA CATASTROPHES I SAGA AIRPORT

Le premier Airport ayant déjà épuisé toutes les ficelles du film catastrophe, nous n’eûmes droit qu’à des redites au cours des deux épisodes suivants, même si Les Naufragés du 747 avait le mérite de savoir varier les plaisirs en aménageant savamment quelques efficaces moments de suspense et de tension. Comment savoir ce que les producteurs nous réservaient pour ce quatrième opus ? Réponse : du grand n’importe quoi, avec comme clé de voûte un scénario tellement absurde qu’il en deviendrait presque culte. Le Concorde étant plus à la mode que le Boeing 747 en ces seventies déclinantes, c’est désormais lui la vedette de cet ultime Airport, accompagné d’un slogan qui en dit déjà long : « Deux fois la vitesse du son et soudain… la terreur ! » Le premier exemplaire de ce prestigieux supersonique, tout juste acheté par la fédération World Airlines, s’apprête à se poser à Washington au cours du prologue du film. Mais une montgolfière, à bord de laquelle ont pris place trois écologistes, tente de le stopper. Signe des temps, les défenseurs de la planète ne sont donc plus des héros clairvoyants mais d’inconscients terroristes à l’aube des années 80. Finie la prise de conscience environnementale, place au capitalisme arrogant !

Notre avion au nez effilé atterrit de justesse, grâce à la dextérité de ses pilotes.  Mais diantre : voilà que le multimilliardaire Kevin Harrison (Robert Wagner) se rend compte que son amie Maggie Whelan (Susan Blakely) possède des documents prouvant que son entreprise a fait du trafic d’armes. Or Maggie va prendre le Concorde à destination de Paris. Pour éliminer les documents, Harrison décide de détruire le Concorde, tout simplement. Quand l’avion prend son vol, notre super-vilain sans scrupule fait donc décoller un missile à tête chercheuse qui le poursuit inlassablement. Comme moyen de se débarrasser discrètement de documents compromettants, c’est effectivement une méthode imparable ! Cette séquence délirante, inspirée apparemment des batailles spatiales de La Guerre des étoiles, souffre d’effets visuels assez maladroits. Mais ce n’est encore qu’un début. Car une fois que le Concorde parvient à esquiver le missile jusqu’à ce que l’armée de l’air le détruise, Harrison ne perd pas espoir. Il envoie carrément un jet qui bombarde le valeureux supersonique. Une fois de plus, l’armée sauve l’équipage et le Concorde endommagé atterrit en catastrophe en plein Paris.

Sabotages en série

Là, ce bon vieil Harrison tente la méthode des négociations, mais son entrevue avec Maggie tourne court. Tenace, il paie donc un homme qui trafique la soute à bagages. Et dès que le Concorde repart à Moscou avec Maggie à son bord, la soute s’ouvre et la décompression déchire le sol de l’avion ! Les pilotes sauront-ils sauver les passagers de cette ultime tentative de sabotage ? Rarement péripéties absurdes se sont enchaînées avec autant d’aplomb dans un film catastrophe. On en vient à se demander ce qu’Alain Delon et Sylvia Kristel, alors au faîte de leur gloire, sont venus faire dans cette galère. Sans doute la star française tentait-elle une manœuvre désespérée d’exportation de sa célébrité outre-Atlantique. Quant à la vedette d’Emmanuelle, elle était visiblement en quête de rôles l’éloignant du ghetto du cinéma érotique bon chic bon genre. Accueilli au mieux avec des éclats de rire, au pire avec indifférence par le public, Airport 80 : Concorde fut le moins rentable des quatre films de la saga, marquant logiquement la fin d’une franchise arrivée en bout de piste. Il était grand temps qu’une bonne parodie reprenne le flambeau. Jerry Zucker, Jim Abrahams et David Zucker s’en chargèrent dès l’année suivante avec l’indispensable Y’a-t-il un pilote dans l’avion ?

 

© Gilles Penso

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LE CHAT NOIR (1981)

Lucio Fulci propose une version étrange de la célèbre nouvelle d’Edgar Poe sans renoncer à son goût de l’horreur graphique

IL GATTO NERO

 

1981 – ITALIE

 

Réalisé par Lucio Fulci

 

Avec David Warbeck, Al Cliver, Patrick Magee, Mimsy Farmer, Al Cliver, Dagmar Lassander, Bruno Corazzari, Daniela Doria

 

THEMA MAMMIFÈRES

L’affiche du Chat noir a beau clamer « d’après le chef d’œuvre d’Edgar Poe », cet exercice de style signé Lucio Fulci n’a pas grand-chose à voir avec la célèbre nouvelle dont il emprunte effrontément le titre. Certes, il y a bien un félin au pelage d’ébène dans le film, mais la ressemblance s’arrête à peu près là, à l’exception d’un climax s’affranchissant tardivement du texte original dont il est censé s’inspirer. Le récit, qui prend place dans un village anglais, démarre par la mésaventure d’un automobiliste constatant la présence incongrue d’un chat noir sur sa banquette arrière. Perdant le contrôle de son véhicule, il heurte une camionnette, traverse son pare-brise et brûle dans l’incendie de son moteur, tandis que l’animal s’en va tranquillement gambader plus loin. Nous découvrons alors nos deux héros : la photographe américaine Jill Trevers (Mimsy Farmer), qui prépare un reportage sur les pierres tombales, et l’inspecteur Gorly de Scotland Yard (David Warbeck), dépêché sur place pour enquêter sur la disparition d’un couple d’adolescents. Tous deux croisent bientôt la route de Robert Miles (Patrick Magee), un vieux médium excentrique persuadé qu’il peut communiquer avec les trépassés en appliquant un micro sur leur tombe. « La mort n’est pas la fin, ce n’est que le début d’un nouveau voyage », affirme-t-il à Jill, avant de se faire cruellement griffer par le fameux chat noir, qui se trouve lui appartenir, et qui semble le détester copieusement. « Nous sommes liés l’un à l’autre par la haine » explique Miles.

Si Patrick Magee interprète cet étrange scientifique avec son magnétisme habituel, il faut savoir que le rôle fut initialement proposé à Peter Cushing. Mais ce dernier déclina l’offre, associant le nom de Lucio Fulci à des films ultra-gore peu en accord avec ses propres goûts. Donald Pleasence refusa lui aussi d’endosser la défroque du savant fou. Aucun « grand nom » ne vient donc orner le générique du film, si ce n’est celui de Fulci lui-même, qui appose sa signature visuelle sur certaines séquences clés. Comme celle de l’ivrogne attaqué par le félin qui le pousse à se précipiter dans le vide et à s’empaler. Ou celle des jeunes disparus retrouvés morts et partiellement dévorés par les rats, enfermés dans un hangar à bateaux dont la clef a disparu et dont la climatisation a été mystérieusement coupée. Ou encore celle de la mère d’une des victimes qui meurt dans un brasier provoqué par le noir mammifère, son visage se consumant progressivement en gros plan. Pour ce bon vieux Miles, il n’y a pas de doute : son chat est l’auteur de tous ces assassinats. Il décide alors de faire cesser le massacre en empoisonnant puis en pendant son minou.

« Les chats ne reçoivent d’ordre de personne »

Dès lors, l’excentrique Miles est hanté par son geste et par des visions du gibet, tandis que la dépouille féline disparaît soudain sans laisser de trace. Le chat – visiblement un être surnaturel qui apparaît et disparaît au gré de sa volonté – serait-il possédé par un esprit humain ? Décevant, en regard des chefs d’œuvre horrifiques que Fulci réalisa à peine quelques années plus tôt, Le Chat noir se pare tout de même d’effets de mise en scène efficaces (la caméra rampe pour adopter le point de vue de la bête, les regards des comédiens sont souvent captés en très gros plans, le chef opérateur joue sur les reports de point). Saluons également le travail du dresseur qui obtient d’étonnantes performances de son matou, d’autant que, comme le déclare Miles dans le film, « les chats ne reçoivent d’ordre de personne ». Le cinéaste avoua plus tard qu’il accepta de réaliser Le Chat noir principalement pour rendre service à son producteur. Pour beaucoup, ce film marque un inexorable infléchissement artistique dans la carrière du maestro italien.

 

© Gilles Penso

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LES NAUFRAGÉS DU 747 (1977)

Pris d’assaut par des pirates de l’air, un Boeing survole le Triangle des Bermudes et s’échoue au fond de l’océan…

AIRPORT 77

 

1977 – USA

 

Réalisé par Jerry Jameson

 

Avec Jack Lemmon, Olivia de Havilland, Joseph Cotten, James Stewart, Lee Grant, Darren Mc Gavin, Christopher Lee

 

THEMA CATASTROPHES I SAGA AIRPORT

Les Naufragés du 747 perpétue la saga Airport en s’efforçant d’aller toujours plus loin dans la démesure et le spectaculaire, sans malheureusement chercher à gagner en finesse et en profondeur. Spécialiste de la série télévisée et du téléfilm (il réalisa notamment un sous-Tour infernale pour le petit écran, Terreur au 40ème étage), Jerry Jameson se retrouve aux commandes de cette seconde séquelle. Le septuagénaire James Stewart y incarne Philip Stevens, un richissime industriel qui s’est fait fabriquer un Boeing à bord duquel il souhaite faire voyager ses toiles de maître, ses grands crus et ses voitures de collection. Cette luxueuse cargaison sera affrétée jusque dans sa somptueuse maison de Palm Beach reconvertie en musée. Une centaine de VIP se trouve également dans cet avion première classe équipé d’un salon, d’un bar, d’une bibliothèque et même de consoles de jeu vidéo. Tout ce beau monde décolle de Washington, sous le commandement du pilote Don Gallagher (Jack Lemmon). Parmi les passagers, on reconnaît plusieurs visages familiers, notamment Christopher Lee dans le rôle d’un businessman affublé d’une femme insupportable et alcoolique (Lee Grant), Joseph Cotten en riche financier et collectionneur, ou encore Olivia de Haviland incarnant la fille de Philip Stevens.

Comme toujours, la première partie du film nous présente tous les acteurs du drame, leurs relations et leur caractérisation ne dépassant pas le niveau d’un soap opera de bas-étage. Soudain, des pirates de l’air montés clandestinement à bord gazent tous les passagers et prennent les commandes. Leur but étant de voler la précieuse collection de Stevens, ils pilotent le plus bas possible afin d’éviter les radars. Hélas, en traversant la zone du Triangle des Bermudes, l’avion heurte la mer et coule à pic, provoquant la panique qu’on imagine. Le vernis craque parmi les prestigieux passagers, mais le scénario exploite fort mal ce qui aurait pu donner lieu à une savoureuse satire sociale. Le film renonce également à traiter la thématique des dangers du matérialisme, qu’il amorce pourtant en mettant en balance la vie des passagers contre les objets de valeur contenus dans la soute.

Un équipage sous pression

Mais l’on sent bien que les ambitions de ce troisième Airport ne dépassent guère le cadre du divertissement savamment dosé. Le film de Jameson s’attache donc avant tout à bâtir des séquences de suspense plus ou moins efficace, en particulier autour de l’eau qui menace de s’infiltrer progressivement à bord de l’avion. Mais là encore, il eut été intéressant de mettre en parallèle la pression physique subie par l’appareil sous l’océan et celle, psychologique, des survivants enfermés dans cette prison aquatique, au lieu de se contenter de faire crier le casting, de secouer la caméra et d’inonder le décor. La dernière partie du film est un sauvetage en grandes pompes organisé par l’US Navy, reposant sur un ultime suspense : pourra-t-on remonter le Boeing sans le briser en mille morceaux ? Dommage que Les Naufragés du 747 gâche autant son potentiel, car en matière de tension, de rebondissements et d’action, il s’avère bien supérieur à 747 en Péril.

 

© Gilles Penso

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LES DENTS DE LA MER 4 : LA REVANCHE (1987)

Le quatrième opus de la saga initiée par Steven Spielberg transforme le grand requin blanc en serial killer bien décidé à décimer la famille Brody

JAWS – THE REVENGE

 

1987 – USA

 

Réalisé par Joseph Sargent

 

Avec Michael Caine, Lorraine Gary, Mario Van Peebles, Lance Guest, Karen Young, Judith Barshi

 

THEMA MONSTRES MARINS I SAGA LES DENTS DE LA MER

Au milieu des années 80, la compagnie Universal n’est pas au mieux de sa forme et son célèbre parc d’attractions nécessite un regain d’intérêt. Le président du studio Sid Sheinberg pense aussitôt à une solution de la dernière chance : une nouvelle suite des Dents de la mer. Certes, le troisième opus ne fut pas un succès colossal, mais il rapporta tout de même quelques juteux bénéfices. Acculé, Sheinberg confie le bébé au producteur/réalisateur Joseph Sargent (En plein cauchemar) et exige une entrée en production la plus rapide possible. Le tournage commence donc sans scénario définitif. C’était certes déjà le cas des Dents de la mer 2ème partie. Mais Joseph Sargent n’est pas Jeannot Szwarc. En fin de carrière, ce vétéran de la télévision emballe donc sans enthousiasme un film étrange qui prend vite les allures d’une série Z à gros budget. Aucun des acteurs principaux des films précédents n’ayant envie de se commettre dans cette énième séquelle, Sheinberg se rabat sur la seule comédienne susceptible d’accepter : Lorraine Gary, sa propre épouse, qui incarnait Ellen Brody dans les deux premiers films de la saga. Charge à elle d’assurer comme elle peut le lien avec les opus précédents.

Ignorant ouvertement les événements survenus dans Les Dents de la mer 3, ce quatrième épisode commence dans la station balnéaire d’Amity (toujours filmée à Martha’s Vineyard), le soir de Noël. Endeuillée par la crise cardiaque qui a terrassé son mari (un prétexte pratique pour justifier l’absence de Roy Scheider), Ellen se réjouit du futur mariage de son fils cadet Sean (Mitchell Anderson, vu dans Cap sur les étoiles), qui a repris le poste de son père. Son autre fils Michael vit quant à lui aux Bahamas avec sa petite famille, où il travaille comme chercheur marin. Après Chris Rebello, Mark Gruner et Dennis Quaid, c’est désormais Lance Guest (le héros de Starfighter) qui reprend le rôle de Michael. Le drame frappe une fois de plus les Brody lorsque Sean est happé en pleine nuit par un nouveau grand requin blanc dans la baie d’Amity. Terrassée, Ellen est persuadée que ce monstre est celui qui a provoqué la mort de son mari et qu’il en veut à tous ses proches. Cette théorie délirante semble être celle d’une femme désespérée. Sauf que le scénario la prend pour argent comptant. De fait, le squale des Dents de la mer 4 est désormais une sorte de serial killer/Terminator qui est prêt à tout pour décimer les membres de la famille Brody… quitte à traverser 2000 kilomètres à la nage pour les retrouver dans les mers tropicales des Bahamas ! Cet angle scénaristique parfaitement farfelu place l’intrigue sous un jour surnaturel, ce que confirment les visions soudaines d’Ellen qui pressent le danger à distance – comme un médium – et revoit même en flash-back des séquences du premier film auxquelles elle n’a pourtant pas assisté ! On le voit, le script écrit par Michael de Guzman ne fait pas dans la dentelle, réservant des seconds rôles inconsistants à Mario Van Peebles (en faire-valoir comique) et Michael Caine (en baroudeur gouailleur dont va s’enticher Ellen Brody).

Un requin complètement marteau

Ne sachant visiblement pas trop comment aborder son film, Joseph Sargent ménage plusieurs passages intimes censés enrichir et approfondir ses personnages humains, comme ce remake de la célèbre scène où le jeune Sean Brody imitait les gestes de son père dans le premier Jaws. Mais faute d’écriture correcte et de caractérisation fine, ces moments sonnent creux et ralentissent inutilement l’intrigue. Quant aux séquences d’action, elles ne manquent pas d’ambition (la poursuite sous les eaux, l’attaque au milieu de la plage, le combat final contre le bateau et l’avion) mais tombent à plat à cause d’un requin peu convainquant aux allures d’attraction de foire (qui pousse des rugissements en sortant de l’eau !) et d’une mise en scène très approximative. Le climax, notamment, où Ellen Brody se prend pour Sigourney Weaver dans Aliens, est sabordé par d’horribles effets de ralenti qui rendent l’action illisible. La musique de Michael Small, de son côté, s’avère totalement anecdotique en dehors de ses reprises du thème de John Williams. Considéré comme l’un des films les plus involontairement risibles de tous les temps par une vaste communauté de spectateurs, Les Dents de la mer 4 ne fit pas beaucoup d’éclat au box-office et mit donc un point final à la franchise amorcée douze ans plus tôt… Si l’on excepte bien sûr le fictif Jaws 19 annoncé dans Retour vers le Futur 2 !

 

© Gilles Penso

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747 EN PÉRIL (1975)

Panique à bord : un avion de tourisme heurte un Boeing en plein vol et provoque une terrible fissure. Charlton Heston et Karen Black tentent le tout pour le tout…

AIRPORT 75

 

1975 – USA

 

Réalisé par Jack Smight

 

Avec Charlton Heston, Karen Black, George Kennedy, Helen Reddy, Dana Andrews, Roy Thinnes, Sid Caesar, Linda Blair

 

THEMA CATASTROPHES I SAGA AIRPORT

Malgré son titre original, 747 en Péril n’est pas une suite d’Airport ni même une nouvelle adaptation du roman d’Arthur Hailey, mais une variation sur le thème de la catastrophe aérienne et la réexploitation d’un sous-genre dans le but d’en créer une franchise. Airport se déclinera ainsi en quatre épisodes d’intérêt fort variable. Celui-ci met définitivement en place les canons du film catastrophe des seventies, collectionnant les clichés avec une telle ostentation qu’il deviendra cinq ans plus tard la cible rêvée de Y’a-t-il un Pilote dans l’Avion. La première partie du film s’emploie ainsi à nous présenter quelques-uns des 120 passagers du vol 747 n°409 de la compagnie Columbia. Chacun d’entre eux, futur acteur du drame, verse volontiers dans l’archétype caricatural. Nous avons donc la bonne sœur joviale qui joue de la guitare (au cours d’une séquence pour le moins interminable), la petite fille malade (Linda L’Exorciste Blair) qui attend une greffe de rein, la vieille gloire hollywoodienne sur le retour (Gloria Swanson dans son propre rôle), la mémère et son chienchien, le petit garçon qui sait tout, les blacks cool qui détendent l’atmosphère, les trois businessmen passablement éméchés qui veulent festoyer, la dame bien sous tous rapports mais qui s’avère alcoolique, le voisin de fauteuil excessivement curieux et bavard…

Tandis que le Bœing s’envole de Washington en direction de Los Angeles, les mauvaises conditions atmosphériques l’incitent à faire escale à Salt Lake City. Mais au-dessus des montagnes rocheuses, l’appareil heurte un avion de tourisme dont le pilote, victime d’une crise cardiaque, meurt sur le coup. Le choc ouvre une large brèche dans le cockpit, détruit une partie de l’équipement de vol, provoque une fuite de kérosène, blesse grièvement le commandant de bord (Efrem Zimbalist Jr) et éjecte le malheureux co-pilote (Roy Les Envahisseurs Thinnes). Livré à lui-même, le Bœing doit être repris en main par l’hôtesse Nancy (Karen Black et son inimitable coquetterie dans l’œil), qui ne sait évidemment pas piloter, mais qui n’a pas froid aux yeux. Grâce à la radio de bord et aux conseils de son petit ami Alan Murdock (Charlton Heston, en surplus de testostérone comme toujours), elle va s’efforcer de maintenir l’avion en vol.

Il n’y a plus de pilote dans l’avion !

Mais faire atterrir cet appareil est une autre paire de manche. Pour y parvenir, on tente une manœuvre de la dernière chance : faire passer le pilote d’un hélicoptère à bord du 747 par l’ouverture créée au moment de la collision. Cette séquence, servie par des effets spéciaux simples mais efficaces (maquettes, décors partiels grandeur nature et rétro-projections), vaut son pesant de suspense. Mais ensuite, la tension se relâche sérieusement et le reste du film n’offre plus beaucoup d’intérêt, s’achevant sur une happy end forcée et convenue. 747 en Péril n’a donc rien de transcendant, multipliant en outre les incohérences et ne s’intéressant que très superficiellement aux personnages longuement introduits une fois la catastrophe survenue. Mais il faut croire que le public de 1975 était fort demandeur de films de cet acabit, car outre ses séquelles officielles, il fit l’objet de maintes imitations pour le grand et le petit écran.

 

© Gilles Penso

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LES DENTS DE LA MER 2ème PARTIE (1978)

Le réalisateur des Insectes de feu s’attaque à la suite du chef d’œuvre de Spielberg et nous offre un second épisode de haut niveau

JAWS 2

 

1978 – USA

 

Réalisé par Jeannot Szwarc

 

Avec Roy Scheider, Lorraine Gary, Murray Hamilton, Joseph Mascolo, Jeffrey Kramer, Collin Wilcox, Ann Dusenberry

 

THEMA MONSTRES MARINS I SAGA LES DENTS DE LA MER

Steven Spielberg ayant refusé de réaliser la séquelle des Dents de la mer pour éviter les redites, la lourde responsabilité de ce second épisode repose d’abord sur les épaules du réalisateur John Hancock, qui avait signé le film d’horreur Let’s Scare Jessica to Death. Mais après quatre semaines de tournage, il devient clair qu’il n’est pas l’homme de la situation. Il faut donc le remplacer en quatrième vitesse, dans la mesure où la date de sortie des Dents de la mer 2ème partie est déjà fixée (début juin 1978) et ne peut pas changer. Qui sera capable de prendre la relève avec efficacité et de se plier aux contraintes d’un tel tournage ? C’est le directeur artistique Joe Alves qui suggère le nom de Jeannot Szwarc. Ce jeune réalisateur français expatrié outre-Atlantique, à qui l’on doit une tonne d’épisodes de séries télévisées ainsi que le long-métrage Les Insectes de feu, accepte le défi sans hésiter. Confronté aux mêmes problèmes techniques et logistiques que Steven Spielberg à l’époque du premier Jaws, Szwarc doit en outre commencer à tourner sans scénario, Carl Gottlieb réécrivant tout depuis le début après le faux-départ amorcé par la production. Ce ne sont évidemment pas des conditions idéales pour se lancer dans un tel projet. Les qualités de cette séquelle n’en sont que plus appréciables.

Même si Roy Scheider, Lorraine Garry et Murray Hamilton reprennent leurs rôles, l’action se centre surtout ici sur la jeune génération, celle des adolescents d’Amity, parmi lesquels on trouve un étonnant sosie de Steven Spielberg jeune (incarné par Keith Gordon, futur héros de Pulsions et Christine). Ne s’embarrassant pas de trop longs préliminaires (après tout, les spectateurs savent maintenant à quoi s’en tenir), Les Dents de la mer 2ème partie donne très tôt le ton : deux plongeurs sous-marins venus photographier l’épave de  l’Orca sont violemment attaqués par un énorme squale, puis vient le tour de deux skieuses nautiques dont le bateau finit par exploser, jusqu’à ce que l’impressionnant cadavre mutilé d’un orque ne s’échoue sur le plage et ne confirme les craintes viscérales du shérif Brody : un nouveau grand blanc rôde dans les parages. Bien sûr, le maire d’Amity fait à nouveau la sourde oreille, faute de preuves. Et tandis que Brody se transforme en émule du capitaine Achab de « Moby Dick », emplissant ses balles de revolver de cyanure en attendant d’en découdre avec cet ennemi qu’il appréhende à titre personnel, le film s’attarde sur les enfants dont les seuls passions estivales sont les flirts et la voile. Ils deviendront bien sûr les victimes potentielles idéales de ce nouveau monstre marin…

Szwarc Attack

Si on lui épargne la comparaison avec son indétrônable prédécesseur, ce deuxième opus ne démérite pas, Jeannot Szwarc alignant avec efficacité les séquences de suspense et bénéficiant toujours de l’excellente prestation de Roy Scheider. Le non-dit fonctionne à plein régime lorsque le shérif Brody apprend dans quelles conditions un hors-bord semble avoir explosé sans explication. Son jeu intériorisé, la caméra s’attardant sur son visage buriné et les accords sinistres de John Williams nous font comprendre sans ambiguïté la terrible intuition qui le taraude. Inutile d’être télépathe pour lire dans ses pensées. « Ça recommence », se dit-il. Pour pouvoir se montrer digne du chef d’œuvre de Spielberg tout en ménageant son lot de surprises, cette séquelle revisite à sa manière quelques moments clés du premier Jaws en collectant d’excellents moments de suspense : la découverte d’un cadavre calciné dans l’eau, l’attente angoissée de Brody du haut de sa tour de surveillance, la révélation des photos prises par les deux premières victimes… Le film joue aussi la carte de la surenchère côté action, depuis la menace qui pèse sur une praticienne du ski nautique jusqu’à l’attaque des voiliers en pleine mer en passant par l’impensable assaut d’un hélicoptère de sauvetage. Szwarc décide d’ailleurs de montrer beaucoup plus le requin que dans le film précédent, d’abord parce que la technique est plus au point qu’en 1975, ensuite parce que le public est désormais familier avec le grand blanc et veut le voir plus ouvertement à l’œuvre. Avec son faciès vorace à moitié calciné, ce nouveau requin s’affirme ouvertement comme un monstre de cinéma et se déchaîne au cours d’un climax qui aurait dû logiquement marquer le point final de cette franchise. Deux séquelles très facultatives seront pourtant mises en chantier dans les années 80.

 

© Gilles Penso

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AIRPORT (1970)

Bardé de clichés gentiment datés, voici le film qui a lancé la vogue du cinéma catastrophe… et servi de modèle à Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

AIRPORT

 

1970 – USA

 

Réalisé par George Seaton

 

Avec Burt Lancaster, Dean Martin, Jean Seberg, Jacqueline Bisset, George Kennedy, Van Heflin, Dana Wynter

 

THEMA CATASTROPHES I SAGA AIRPORT

Airport est le long-métrage qui a officiellement propulsé les films catastrophe au rang de sous-genre cinématographique, et l’on ne s’étonnera donc pas d’y trouver tous les tics et lieux communs inhérents à cet exercice de style très calibré. L’inspiration provient ici d’un best-seller d’Arthur Hailey publié en 1968. Dès le générique de début, la musique ultra-dynamique d’Alfred Newman happe le spectateur. Nous y découvrons l’aéroport de Lincoln et son activité humaine débordante. A cause d’une tempête de neige particulièrement virulente, un avion vient de rater son atterrissage. L’incident est sans gravité, certes, mais l’appareil est maintenant immobilisé au sol, obstruant la seule piste encore praticable. Les premières séquences du film multiplient à outrance les effets de split-screen, pour visualiser les conversations téléphoniques abondantes ou nous asséner quelques flash-back liés aux personnages principaux. Les femmes trompent leurs maris, les pilotes engrossent les hôtesses, les couples se font et se défont, bref le prologue d’Airport, c’est un peu Santa Barbara dans les airs.

Parallèlement à cette accumulation d’histoires sentimentales, de peines de cœur et de coucheries, le film joue la carte de la chronique quotidienne d’un aéroport et de ses cocasseries. D’où une forte allusion à la rivalité légendaire qui oppose les « rampants » et les « volants », ainsi qu’une petite galerie de portraits truculents, comme la vieille passagère clandestine qu’on débusque ou la femme peu scrupuleuse qui essaie de faire passer des diamants et des fourrures à la douane. Au bout d’une longue heure de mise en place, le Boeing 707 de la compagnie imaginaire Trans Global Airlines, qui relie Chicago à Rome, décolle enfin. À son bord, on trouve un bel échantillon de stéréotypes taillés au burin, notamment le pilote arrogant (Dean Martin) et l’hôtesse amoureuse (Jacqueline Bisset). Parmi les passagers, un homme étrange transporte fébrilement une mallette au contenu mystérieux. Comme on pouvait s’y attendre, c’est par lui que la catastrophe va arriver.

Panique en plein ciel

Car ce malheureux, récemment licencié par son employeur, a décidé de se suicider en faisant sauter une bombe artisanale, afin que son épouse puisse toucher la prime d’assurance. Mises au courant, les autorités s’affolent. Au sol, le mécanicien Joe Patroni (George Kennedy) se met au travail pour tenter de dégager la piste et le directeur de l’aéroport Mel Bakesfield (Burt Lancaster) ne sait plus où donner de la tête, tandis que le désastre tant attendu survient en plein vol… Le film a beau sembler documenté sur les coulisses d’un aéroport, il manque singulièrement de crédibilité. Ainsi, avant même le décollage du fameux 707, tout le monde semble pouvoir entrer dans l’avion comme dans un moulin, sans le moindre contrôle de sécurité. Quant au climax, il n’a franchement pas l’ampleur espérée. Bref, tout ça ne vole pas très haut, mais il faut reconnaître qu’on ne s’y ennuie guère et que le le réalisateur George Seaton assure le spectacle. Le succès fut d’ailleurs colossal : Airport, qui coûta 10 millions de dollars, en rapporta finalement dix fois plus, engendrant trois séquelles et un grand nombre d’imitations, la plus réjouissante étant bien sûr Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

 

© Gilles Penso

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FASCINATION (1979)

Brigitte Lahaie est membre d’une secte de vampires féminins qui a décidé de se faire les dents sur le cou d’un bandit en cavale…

FASCINATION

 

1979 – FRANCE

 

Réalisé par Jean Rollin

 

Avec Franka Mai, Brigitte Lahaie, Jean-Marie Lemaire, Fanny Magier, Muriel Montossé, Sophie Noël, Evelyne Thomas

 

THEMA VAMPIRES I SAGA JEAN ROLLIN

Fascination n’est pas le pire des films de Jean Rollin, et développe même une variante intéressante autour du thème du vampirisme. Hélas, le preux cinéaste aux goûts déviants ne sait toujours pas diriger ses acteurs, ni écrire des dialogues cohérents, ni monter correctement deux plans ensemble. Résultat : tout le potentiel du film s’évapore derrière l’amateurisme de sa mise en forme. Il faut dire que les deux petites semaines de tournage mises à disposition du réalisateur ne lui ont guère donné la possibilité de peaufiner son œuvre. L’intrigue se situe en 1905. Le bandit Mark (catastrophiquement interprété par Jean-Marie Lemaire) dérobe à ses quatre complices (plus risibles les uns que les autres, ce qui n’aide pas vraiment le film à démarrer sur des bases solides) un coffret plein d’or et trouve refuge dans un vaste château. Les lieux sont déserts, à l’exception de deux jeunes filles, Eva et Elisabeth, (Brigitte Lahaie et Franka Mai) qui se présentent comme deux domestiques mais semblent cacher un étrange secret. Comme les demoiselles ne sont guère farouches et comme ce bon vieux Jean Rollin a les fantasmes tenaces, les corps gironds se dénudent bien vite et s’accouplent sans vergogne.

Au bout d’un temps jugé suffisamment long (interminable même, pour la plupart des spectateurs), l’intrigue évolue un peu et notre duo de charme est rejoint par plusieurs autres jeunes femmes, venues célébrer avec elles une cérémonie nocturne, secrète et mystérieuse, qui s’avère être un culte vampirique. En effet, en ce début de siècle, de nombreux médecins n’hésitent guère à faire boire aux gens souffrant d’anémie un bon verre de sang de bœuf frais. Peu à peu, les abattoirs se muent donc en endroits à la mode où les dames de la haute bourgeoisie viennent faire rosir leurs joues. Certaines d’entre elles décident de pousser l’expérience plus loin, en se nourrissant directement à la source et en préférant au sang du bovidé celui de l’homme… Notre bandit en cavale est donc en passe de devenir le plat de résistance de cette secte de buveuses de sang exclusivement féminine.

La belle faucheuse

L’idée est séduisante et joyeusement transgressive, d’autant que le vampirisme se défait ici de ses habituels atours surnaturels pour prendre les allures d’une lubie, non loin des sanglants exploits attribués à la Comtesse Bathory. Mais il eut fallu une mise en scène à la hauteur et des acteurs un peu plus aguerris pour qu’elle puisse fonctionner correctement, même si Fascination est souvent considéré outre-Atlantique comme l’une des œuvres les plus « accessibles » de Rollin. Ce dernier soigne en effet l’aspect esthétique de son film, nous gratifiant d’un générique léché et d’une séquence prologue dans un abattoir magnifiquement photographié par le chef opérateur Georgie Fromentin, très porté sur les couleurs rouges et orangées. Et puis il y a cette scène, brève mais joliment inspirée, où Brigitte Lahaie, nue sous une grande cape noire, brandit une énorme faux et tue ceux qui entravent son passage. Cette vision de la Mort, l’une des plus érotiques et des plus surréalistes qu’on ait vues de mémoire de cinéphile, est probablement un des éléments les plus mémorables de Fascination. Elle fut d’ailleurs reprise sur la plupart des affiches internationales du film.

 

© Gilles Penso

QUI VEUT LA PEAU DE ROGER RABBIT ? (1988)

Dans un monde parallèle où les personnages de dessin animé côtoient les êtres humains, un lapin héros de cartoons est accusé de meurtre…

WHO FRAMED ROGER RABBIT

 

1988 – USA

 

Réalisé par Robert Zemeckis

 

Avec Bob Hoskins, Christopher Lloyd, Joanna Cassidy, et les voix de Charles Fleischer, Stubby Kaye, Mel Blanc, Lou Hirsch

 

THEMA MONDES PARALLÈLES ET MONDES VIRTUELS

Qui veut la peau de Roger Rabbit ? est un film rare et précieux, parce que peu de cinéastes auraient été capables de prendre en main un tel projet avec autant de maestria. Sans l’influence, l’opiniâtreté et l’enthousiasme de Steven Spielberg, voir Mickey Mouse et Bugs Bunny se donner la réplique ou Donald Duck et Daffy Duck se lancer dans un récital à quatre mains serait resté un fantasme inassouvi. Sans la minutie et la virtuosité de Robert Zemeckis, jamais l’interaction entre les toons et les êtres humains ne serait allée aussi loin, franchissant un cap qu’aucun film ultérieur n’est parvenu à ce jour à dépasser. Ça n’était pourtant pas gagné d’avance. Lorsque le roman « Qui a censuré Roger Rabbit ? » de Gary K. Wolf sort en librairie en 1981, rien ne le prédestine à priori à intéresser le studio Disney. Cette enquête policière située dans des années 40 alternatives, où les héros de dessins animés et les personnages en chair et en os se côtoient, parle tout de même de meurtres, d’alcoolisme et même de pornographie ! Mais Ron Miller, alors président de Disney, se laisse séduire par le concept et y voit un gros potentiel, après une révision complète des aspérités du récit bien sûr. Ce sera selon lui l’occasion de retrouver le grain de folie d’autres œuvres du studio mixant les acteurs réels et les créatures animées (Mary Poppins, L’Apprentie-sorcière, Peter et Elliott et consorts). Mais le projet est jugé trop coûteux et dort pendant quelques temps dans les tiroirs.

C’est la nomination de Jeffrey Katzenberg à la tête du studio Disney, l’arrivée de Steven Spielberg comme co-producteur et l’entrée en scène de Robert Zemeckis (en odeur de sainteté après les succès d’A la poursuite du diamant vert et Retour vers le futur) qui relancent Roger Rabbit, budgété à trente millions de dollars (une fortune à l’époque) et porté par une vision claire du réalisateur : une interaction permanente entre humains et toons, une mise en scène dynamique digne des films d’action de l’époque, une technique parfaite et invisible. En gros, Zemeckis n’aime pas la manière dont les films comme Peter et Elliott, trop statiques à son goût, gèrent le mélange animation/prises de vues réelles. Il veut révolutionner cette méthode. Pour y parvenir, il s’adjoint les services de Richard Williams (signataire des génériques du Retour de la panthère rose et de sa séquelle), qu’il nomme réalisateur de toutes les séquences d’animation. Œuvre conjointe de Jeffrey Price et Peter S. Seaman, le scénario reprend la trame principale du roman. Nous sommes en 1947, dans un Los Angeles parallèle. Hollywood jouxte la ville de Toontown, où vivent les personnages de dessins animés. Roger Rabbit, lapin acteur qui tient la vedette des cartoons produits par la compagnie Marron, est marié à la plantureuse Jessica Rabbit, une pin-up animée qui se produit dans les cabarets. Or un jour, il se retrouve accusé du meurtre de Marvin Acme, supposé entretenir une relation avec Jessica. Clamant son innocence, le lapin supplie le détective humain Eddie Valiant (Bob Hoskins) de rechercher le véritable assassin…

Un miracle

Humour violent, pastiches, personnages hyper-sexualisés… Nous sommes clairement plus proches ici de l’univers de Tex Avery que de celui de Walt Disney. En ce sens, Quoi veut la peau de Roger Rabbit ? fait un peu « tache » dans le monde alors aseptisé du studio de Mickey. D’autant que Robert Zemeckis ne se réfrène pas, transformant même Christopher Lloyd (ce bon vieux Doc Brown) en un super-vilain terrifiant capable de dissoudre les Toons récalcitrants dans un liquide bouillonnant à base de térébenthine, d’acétone et de benzène : la « Trempette ». La démonstration qu’il donne de cette redoutable mixture donne d’ailleurs lieu à une séquence à coup sûr traumatisante pour les tout jeunes spectateurs. Mais ce traitement parfois sombre de thématiques à priori enfantines est l’apanage de la compagnie Amblin, qui coproduit le film et entend bien le marquer de son empreinte. Techniquement, artistiquement, visuellement, rythmiquement, musicalement (Alan Silvestri y est en très grande forme), Qui veut la peau de Roger Rabbit ? est un véritable miracle, une œuvre-somme qui ose les ruptures de ton et le mélange des genres avec une audace folle qui aurait pu virer au patchwork ou à l’indigestion. Mais Zemeckis et Spielberg tiennent bon, trouvent l’équilibre parfait et accouchent d’un classique que personne – ni le Joe Pytka de Space Jam, ni le Henry Selick de Monkeybone, ni même le Joe Dante des Looney Tunes passent à l’action – ne parviendra à égaler. Les aventures du lapin facétieux se déclineront par la suite à l’occasion de trois courts-métrages : Bobo Bidon (1989), Lapin Looping (1990) et Panique au Pique-Nique (1993).

 

© Gilles Penso

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BEASTER DAY (2014)

À l’approche du week-end de Pâques, un lapin géant mutant et anthropophage sème la panique dans une petite ville américaine

BEASTER DAY : HERE COMES PETER COTTONHELL

 

2014 – USA

 

Réalisé par John Bacchus

 

Avec Peter Sullivan, Marisol Custodio, Jon Arthur, Kristina Beaudouin, Valerie Bittner, Autumn Bodell, Darian Caine, Tom Cikoski, Alyssa Dodge, Matthew Dolan

 

THEMA MAMMIFÈRES

Malgré le visuel alléchant du poster de Beaster Day et son postulat plein de promesses, nous aurions dû nous méfier : son réalisateur John Bacchus est l’homme qui osa commettre Kinky Kong, pastiche stupide et graveleux de King Kong. Spécialisé dans les parodies cheap de films fantastiques garnies généralement de séquences érotiques (The Erotic Witch Project, Mistress Frankenstein, Vampire Obsession, Zombiez, Batbabe : The Dark Nightie), notre homme se lance donc en 2014 dans Beaster Day dont il signe non seulement la mise en scène mais aussi l’écriture, la production, les images, le montage et les effets spéciaux, le tout sous le pseudonyme de The Snygg Brothers. Et comme on pouvait le craindre, le résultat est globalement calamiteux. Le point de départ laisse rêveur : dans une petite ville américaine qui s’apprête à fêter le week-end de Pâques, un lapin géant assoiffé de sang surgit soudain et se met à assassiner un par un les habitants de la ville. Alors que la population commence à s’alarmer face à ces massacres en série inexplicables, le maire (John Paule Fedele), un dilettante en chemise hawaïenne, refuse d’admettre la réalité de la menace. Lorsque Doug (Peter Sullivan), un employé de la fourrière locale zélé et stupide, se rend compte du danger, il tente d’avertir ses collègues. « C’est l’apocalypse, mais il n’y avait pas quatre cavaliers », hurle-t-il à qui veut l’entendre. « Savez-vous ce que j’ai vu ? Un lapin cannibale de 15 mètres ! » Il ne pourra compter que sur Brenda (Marisol Custodio), une actrice en herbe contrainte de travailler à ses côtés si elle ne veut pas que son père lui coupe les vivres, pour l’aider à sauver la situation…

Sur la base de ce scénario invraisemblable, Beaster Day ne se prend évidemment pas au sérieux, cultivant des séquences d’humour plus pataudes les unes que les autres malgré un prologue qui laissait espérer un peu plus d’ironie (le mariage où le fils s’en prend publiquement à son père et sa nouvelle épouse). Les interminables monologues exaltés de Doug ne font pas rire et sont probablement conçus pour que le film atteigne la durée d’un long-métrage. D’autres longues séquences de dialogues (les échanges entre Brenda, son père et sa belle-mère) semblent vouloir enrichir la caractérisation de certains personnages mais ne mènent finalement nulle part. Les seuls moments modérément drôles (quoique furtifs) sont liés à quelques mises à mort absurdes (l’homme qui continue à fumer après avoir été décapité, la fille au corps ouvert en deux qui veut absolument envoyer un tweet avant son trépas). Du côté du gore, Beaster Day s’avère généreux : doigts coupés, main tranchée, bras arraché, œil extirpé, corps coupé en deux, décapitation, démembrement, bref le sang coule à flot. John Bacchus ne recule pas non plus devant un peu de nudité gratuite, ce qui selon lui ne peut pas faire de mal. Et puis il y a le monstre…

Lapin crétin

Avec ce concept de lapin mutant géant et anthropophage, on ne s’attendait évidemment pas à une créature particulièrement spectaculaire ou effrayante, surtout si l’on tient compte du budget du film (environ 150 000 dollars en tout et pour tout). Mais on n’imaginait pas l’ampleur du désastre ! Le monstre est une petite marionnette à baguettes conçue par Brett Piper. Ce dernier, spécialiste de la stop-motion, sait habituellement garnir ses petits films d’un bestiaire attrayant inspiré de l’œuvre de Ray Harryhausen (A Nymphoïd Barbarian in Dinosaur Hell, Arachnia, Queen Crab, Triclops et tant d’autres). Mais si le design de son lapin géant est intéressant, la manipulation de la bête nous afflige par sa maladresse. Car la marionnette est incapable de bouger correctement, se contentant de faire du sur-place en agitant mollement les pattes et la tête. Comme en outre son incrustation dans les prises de vues réelles laisse franchement à désirer et que ses victimes humaines jouent comme des savates (avec une palme pour la fille aux seins nus qui ne sait visiblement ni crier ni courir), le spectateur finit par trouver le temps long. Du coup les scènes un tant soit peu ambitieuse (comme l’attaque de la fille à cheval) tombent lamentablement à plat et le climax en pleines festivités de Pâques n’a aucune ampleur, les figurants courant sans conviction tandis que les effets spéciaux font ce qu’ils peuvent, c’est-à-dire pas grand-chose.

 

© Gilles Penso

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