SASQUATCH (2002)

Lance Henriksen part en chasse contre une créature des bois velue et agressive dans cette production canadienne sans saveur

SASQUATCH / SASQUATCH MOUNTAIN / THE UNTOLD

 

2003 – CANADA

 

Réalisé par Jonas Quastel

 

Avec Lance Henriksen, Andrea Roth, Russell Ferrier, Philip Granger, Jeremy Radick, Mary Mancini, Taras Kostyuk

 

THEMA YETIS ET CHAÎNONS MANQUANTS

Directement conçu pour le petit écran, Sasquatch raconte l’histoire d’un avion qui s’écrase quelque part au beau milieu d’une forêt du Pacific Northwest. Aussitôt, Harlan Knowles (Lance Henriksen), puissant businessman à la tête de la compagnie Bio-Comp, monte une expédition pour retrouver les survivants, notamment sa fille qui se trouvait dans l’avion. Au fil du long bivouac qui s’ensuit, les personnalités des membres de la petite équipe de secours se révèlent. L’aventurier Winston Burg (Phil Granger), auteur de nombreux livres sur la jungle et les bêtes sauvages, s’avère être un alcoolique trouillard. Marla Lawson (Andrea Roth), la représentante de l’assurance, voit dans cette expédition l’occasion de servir son propre intérêt en monnayant des informations compromettantes. Quant à Knowles, il cherche autant à retrouver sa fille qu’à mettre la main sur une mystérieuse boîte noire qui était à bord de l’avion. Bientôt, tout ce beau monde comprend ce qui a provoqué le crash : l’avion semble avoir heurté et tué un homme-bête vivant dans les bois. A peine sortis de la carcasse, les occupants ont ensuite été décimés par une autre de ces créatures, îvre de vengeance. Or le monstre rôde toujours dans la forêt…

Sur le papier, tout ça semble plutôt intéressant. A l’écran, ça l’est nettement moins. Car la majeure partie du film est consacrée à des promenades sans fin dans les bois et des discussions ineptes autour du feu. Ne sachant pas trop comment filmer cette ennuyeuse aventure, Jonas Quastel, qui signe-là son premier long-métrage après une expérience de cadreur et de scénariste, essaie de faire du style, abusant des fondus, des jump-cuts, des ellipses et des ralentis qui ne font qu’ajouter à la lassitude générale. Du coup, les petites 85 minutes du métrage semblent en durer deux fois plus. Quant au Sasquatch du titre, c’est un peu l’arlésienne, puisqu’il se contente la plupart du temps de rares apparitions furtives, ne dévoilant pudiquement qu’un bout de crâne ou de mâchoire. Nous avons surtout droit à sa vision subjective, traduite par un effet visuel assez hideux sensiblement inspiré par Predator.

L’étrange créature du bois noir

Comme il se souvient de King Kong et de L’Étrange créature du lac noir, le monstre se laisse volontiers séduire par la blonde Marla, qui dort à moitié nue dans sa tente et se baigne en tenue d’Eve dans une source d’eau chaude, sans que cette « attirance » n’ait le moindre impact sur le scénario. Au moment du dénouement, la bête est un peu plus visible, son maquillage créé par Gene McCormick évoquant quelque peu celui de La Créature du marais. Elle s’agite vaguement derrière les arbres, menaçant un Lance Henriksen fatigué et bouffi, qui semble s’ennuyer presque autant que le spectateur, et cachetonne visiblement sans la moindre conviction (mais où est donc passé l’immense acteur d’Aliens et Aux frontières de l’aube ?). Quelques emprunts à Blair Witch et un casting sans saveur parachèvent le ratage de ce Sasquatch qui affirme fièrement s’inspirer de faits réels. Ce téléfilm tout à fait facultatif fut diffusé sous le titre Inexplicable au Quebec et The Untold dans le reste du Canada.

 

© Gilles Penso

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LOVE AND MONSTERS (2020)

Dans un monde post-apocalyptique où grouillent des insectes géants, un jeune homme part à la recherche de la fille qu’il aime…

LOVE AND MONSTERS

 

2020 – USA

 

Réalisé par Michael Matthews

 

Avec Dylan O’Brien, Jessica Henwick, Michael Rooker, Dan Ewing, Ariana Greenblatt, Ellen, Tre Hale, Pacharo Mzembe, Senie Priti, Amali Golden

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Le concept de Love and Monsters est né en 2012 sous la plume de Brian Duffield, scénariste de The Babysitter et Underwater. Cette comédie post-apocalyptique qui n’est pas sans présenter quelques points communs avec Bienvenue à Zombieland (avec des monstres géants à la place des morts-vivants) attire rapidement Shawn Levy (La Nuit au musée) qui en devient le producteur, aux côtés de Dan Cohen (Stranger Things). Si cette équipe est en terrain connu, leur filmographie ayant déjà cotoyé à plusieurs reprises la comédie, le fantastique et la science-fiction, le choix du réalisateur est plus surprenant. Michael Matthews s’est en effet fait remarquer par le western contemporain Five Fingers to Marseilles, tourné dans son Afrique du Sud natale et récipiendaire d’une foule de prix locaux. Love and Monsters est son second long-métrage, et la maestria avec laquelle il gère cet équilibre délicat entre la comédie romantique adolescente et le gros film de monstres prouve qu’il était l’homme de la situation. En tête d’affiche, nous retrouvons Dylan O’Brien, vu notamment dans la série Teen Wolf, la saga Le Labyrinthe et Bumblebee. Initialement, Love and Monsters était destiné à une sortie en salles, mais la pandémie du Covid-19 en a décidé autrement. Le studio Paramount a donc opté pour une distribution sur les plateformes de VOD et de streaming, Netflix en tête. C’est dommage, car la générosité du spectacle se serait parfaitement accordée à une projection sur (très) grand écran.

C’est en quelques minutes, à travers la voix off du jeune narrateur et les dessins griffonnés sur son cahier de bord, que nous découvrons la situation dans laquelle se déroule le film. Pour détruire un astéroïde menaçant de s’écraser sur la Terre, de nombreux missiles lancés dans sa direction ont provoqué des retombées chimiques aux conséquences désastreuses. Tous les animaux à sang froid se sont aussitôt transformés en monstres gigantesques et voraces, éradiquant la grande majorité de la population. Les rares survivants se sont regroupés dans des bunkers souterrains, ne sortant que pour ramener des provisions dans ce monde hostile où la nature a repris ses droits. C’est dans une de ces « colonies » que vit Joel Dawson (Dylan O’Brien). Sept ans plus tôt, pendant l’évacuation de Fairdield, ses parents ont été tués et sa petite amie Aimee (Jessica Henwick) a pris la fuite. Dès lors, il communique avec elle par radio en espérant un jour la retrouver. Mais il est incapable de se battre, se fige dès que le danger pointe le bout de son nez et se contente donc d’officier comme cuisinier pour ses compagnons d’infortune. Mais un jour, Joel prend son courage à deux mains et décide de quitter le bunker pour rejoindre celle qu’il aime, quitte à braver les redoutables créatures qui grouillent à la surface…

Mille et une pattes

Fidèle aux ambitions de son scénario prometteur, Love and Monsters nous offre une ménagerie très impressionnante qu’on pourrait situer quelque part entre les insectes de Starship Troopers, les monstres de The Mist et les créatures de Ray Harryhausen. Ce crapaud, ces vers, ce mille-pattes ou ce crabe, tous mutants et titanesques, crèvent l’écran avec une folie destructrice qui n’aurait pas dépareillé dans un film plus « sérieux ». De fait, si l’humour est omniprésent dans Love and Monsters, ce n’est jamais sous forme de clins d’œil au second degré ou de coups de coude post-modernes. C’est au contraire avec une étonnante sincérité qu’est traitée la mésaventure de cet adolescent attardé de 24 ans qui semble toujours en avoir seize, sa maturité ayant été considérablement entravée par le cataclysme et ses conséquences immédiates. Dylan O’Brien est parfait, appréhendant ce personnage maladroit mais opiniâtre avec une candeur surprenante. La romance elle-même évacue tous les clichés attendus. En sept ans, la fille qu’il aime et lui-même ont évolué différemment, n’ont pas muri à la même vitesse, ce qui ne garantit pas forcément les retrouvailles idylliques tant espérées. C’est donc avec cœur et sincérité que Michael Matthews aborde ce film de monstres, citant le jeu vidéo « The Last of Us » comme l’une de ses sources d’inspiration majeures. Et même si le final laisse la porte ouverte vers une éventuelle séquelle, il est rafraîchissant de ne pas se sentir « pris en otage » dans un produit filmique dont l’objectif majeur est de créer une franchise. Love and Monsters se suffit à lui-même, et c’est tout à son honneur.

 

© Gilles Penso

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MOTEL (2007)

Un couple au bord de la rupture est obligé de faire halte dans un motel qui sert de lieu de tournage à des films d’horreur… sans trucages !

VACANCY

 

2007 – USA

 

Réalisé par Nimrod Antal

 

Avec Kate Beckinsale, Luke Wilson, Frank Whaley, Kevin Dunigan, Andrew Fiscella, Dale Waddington Horowitz, Kym Stys

 

THEMA TUEURS

Dès le générique de début, qui semble emprunter son style à ceux de Saul Bass, Motel emporte l’adhésion, porté par une partition nerveuse évocatrice des travaux de Bernard Herrmann. Alfred Hitchcock est donc cité d’emblée, et le motel du titre nous renvoie évidemment à Psychose, mais bien vite Nimrod Antal s’extrait de l’ombre immense du maître du suspense pour révéler son propre style et son remarquable savoir-faire. En panne de voiture, David (Luke Wilson) et Amy (Kate Beckinsale), un jeune couple au bord du divorce, se retrouvent obligés de passer la nuit dans un motel miteux éloigné de tout. Entre deux scènes de ménage dans l’exiguïté de leur chambre sinistre, ils découvrent des cassettes vidéo montrant plusieurs meurtres violents commis exactement à l’endroit où ils se trouvent. D’abord perplexes, David et Amy finissent par se persuader que le réalisme extrême des scènes filmées n’est pas obtenu avec des effets spéciaux. Les meurtres qu’ils voient sur leur téléviseur sont bel et bien réels, et s’ils ne réagissent pas, ils seront très bientôt les vedettes du prochain film d’horreur du tenancier du motel…

Tourné avec une belle économie de moyens, dans des décors édifiés au sein des studios de Sony, Motel repose quasi-exclusivement sur la minutie de son scénario, la perfection de sa mise en scène (le découpage et le montage sont au cordeau) et l’extrême conviction de ses comédiens, dans des registres à contre-courant de leur filmographie habituelle. Car Luke Wilson et Kate Beckinsale échappent ici au registre auquel ils nous ont habitué, respectivement celui de l’anti-héros comique et de la super-héroïne intrépide, pour camper des protagonistes réalistes, humains, au sein d’un couple en pleine reconstruction après un drame passé. Avec beaucoup d’ingéniosité, Nimrod Antal sépare souvent ses deux protagonistes à l’écran, jouant sur la composition de ses cadrages et sur les reports de point, pour mieux les rapprocher au fil de l’intrigue, métaphore visuelle de leurs retrouvailles affectives.

Mortel motel

Si le concept de Motel est d’une extrême simplicité, l’intelligence et l’efficacité du traitement sont indéniables. Chaque cliché inhérent au genre est ainsi contourné à la dernière minute. On pense beaucoup à Ils, notamment dans les premières séquences au cours desquelles nos héros sont terrifiés par des agresseurs extérieurs très bruyants mais encore invisibles. La thématique du snuff movie donne cependant au récit un autre dimension, transformant même les spectateurs en voyeurs dans ce plan mémorable où le couple, assis par terre dans sa chambre, se tourne lentement vers nous, tandis que l’image devient celle d’un moniteur vidéo dans la salle de montage du propriétaire du motel. Autre excellente idée visuelle : l’électricité coupée par intermittence dans la chambre, provoquant la diffusion des extraits sanglants par saccades terrifiantes sur l’écran du téléviseur. Bien sûr, quelques incohérences et quelques raccourcis hasardeux parsèment le récit, notamment au moment d’un dénouement franchement ballot. Mais à cette réserve près, le film est une indéniable réussite, puisant sa force dans une vraie construction dramatique et des personnages dignes de ce nom.

 

© Gilles Penso

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LA REVANCHE DE LA CRÉATURE (1955)

Un an après L’Étrange créature du lac noir, la même équipe en réalise une séquelle sympathique mais anecdotique

REVENGE OF THE CREATURE

 

1955 – USA

 

Réalisé par Jack Arnold

 

Avec John Agar, Lori Nelson, Robert B. Williams, John Bromfield, Nestor Paiva, Grandon Rhodes, Dave Willock, Charles Cane, Clint Eastwood

 

THEMA MONSTRES MARINS I SAGA LA CRÉATURE DU LAC NOIR

Le succès de L’Étrange créature du lac noir ne pouvait décemment pas laisser indifférents les cadres d’Universal. Persuadés qu’ils tenaient là un nouveau monstre classique digne de Dracula, Frankenstein et le Loup-Garou, ils se dépêchèrent donc d’en initier une séquelle, qui fut confiée une fois de plus à Jack Arnold. Celui-ci s’acquitte de sa tâche fort honorablement, mais il faut bien reconnaître que le scénario de La Revanche de la créature, œuvre de Martin Berkeley, n’atteint pas les sommets de l’originalité. Pour des raisons non précisées, ce bon vieux « Gill Man », abattu à la fin de L’Étrange créature du lac noir, a survécu à ses blessures sans en conserver la moindre égratignure. Errant à nouveau dans les eaux troubles de l’Amazonie, il est capturé par une petite expédition et ramené dans un parc national de Floride. Sujet de diverses études scientifiques menées par l’ichtyologiste Helen Dobson (la toute belle Lori Nelson) et le professeur Clete Ferguson (John Agar, héros la même année de Tarantula), il est exhibé au grand public du Marinland. Le monstre nous est donc cette fois montré sous toutes ses coutures, perdant du coup une grande partie de son aura mystérieuse, et ce malgré la combinaison toujours aussi efficace conçue par l’équipe du maquilleur Bud Westmore.

En revanche, les observations menées sur son comportement soulèvent d’intéressantes interrogations sur ses origines et sa filiation avec l’être humain. Refrain connu, la créature finit par s’échapper et semer la panique aux alentours, se laissant séduire par la belle Helen. Nous retrouvons donc les motifs majeurs de King Kong, avec en prime une séquence directement inspirée du classique de Schoedsack et Cooper : la bête contemple la belle en pleine nuit à travers la fenêtre de son hôtel, avant de l’enlever dans sa belle robe blanche. Autour de cette intrigue basique, le scénario brode une vague querelle amoureuse entre deux prétendants courtisant la jolie demoiselle, mais de manière plus futile et plus artificielle que dans L’Étrange créature du lac noir.

Un débutant nommé Clint Eastwood

Les dialogues sont d’ailleurs souvent sans saveur, tout comme les héros eux-mêmes, qui semblent plus se chagriner pour la disparition mystérieuse d’un chien que pour la mort violente d’un de leurs amis. Sans compter des réactions et des attitudes pour le moins bizarres. Ainsi, lorsque le monstre s’enfuit de son bassin pour battre la campagne, notre couple de scientifiques se dit : « bah, il a dû rentrer chez lui en Amazonie ! » Et de fêter ça en partant tranquillement faire une petite croisière en mer… Le final, empruntant lui aussi les chemins les plus balisés, nous montre la battue nocturne organisée par les policiers, sous la direction du vigoureux héros. Tourné en relief comme son prédécesseur, La Revanche de la créature est donc une suite très facultative, en même temps qu’un des films les plus anecdotiques de Jack Arnold. Il gardera tout de même une petite place dans les manuels d’histoire du cinéma, ne serait-ce que parce qu’il met pour la première fois en scène le jeune Clint Eastwood, dans le rôle minuscule d’un scientifique maladroit.

 

© Gilles Penso

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JIGSAW (2017)

La franchise sanglante ressuscite après sept ans d’absence, sous la direction des réalisateurs de Daybreakers et Prédestination

JIGSAW

 

2017 – USA

 

Réalisé par Michael et Peter Spierig

 

Avec Matt Passmore, Callum Keith Rennie, Clé Bennett, Hannah Emily Anderson, Laura Vandervoort, Paul Braunstein, Mandela Van Peebles, Britanny Allen

 

THEMA TUEURS I SAGA SAW

Après Saw 3D chapitre final, la franchise initiée par James Wan et Leigh Whannell était censée être définitivement morte et enterrée. Mais allez expliquer ça à des producteurs et des distributeurs en mal de juteux bénéfices. Et puis les spectateurs n’étaient pas vraiment dupes : depuis le quatrième opus de la saga Vendredi 13, chacun sait que le sous-titre « chapitre final » n’est pas à prendre au pied de la lettre. Convaincu par une idée développée par les scénaristes Josh Stolberg et Peter Goldfinger (Piranhas 3D), le studio Lionsgate lance donc la production d’un huitième épisode. Pour ce nouveau départ, deux réalisateurs jusqu’alors étrangers à l’univers de Saw se lancent dans l’aventure : les frères Michael et Peter Spierig, dont l’inventivité avait donné naissance à des œuvres telles que Undead, Daybreakers ou Prédestination. Plus attirés par le suspense que par l’horreur pure, les duettistes décident de mettre un peu la pédale douce sur les tortures et le gore pour se concentrer sur le sentiment de claustrophobie, revenant du même coup aux sources du tout premier Saw qui, contrairement à ses séquelles, n’était pas conçu comme un festival de sévices et de maquillages spéciaux. Tourné à Toronto, cet opus est d’abord titré Saw Legacy avant s’être rebaptisé Jigsaw.

En rupture avec les épisodes précédents, Jigsaw commence comme un film d’action. Au cours d’une poursuite musclée entre des policiers et un malfaiteur qui fracasse sa voiture contre un barrage puis s’enfuit sur les toits, ce dernier finit sous le tir nourri des agents, non sans avoir – visiblement contre son gré – actionné une télécommande qui lance un nouveau jeu macabre. La scène suivante nous transporte sur un terrain plus familier. Cinq personnes se réveillent enchaînées dans un lieu clos, la tête enserrée dans une sorte de seau qui ne laisse de place que pour leurs yeux. Sur le mur en face, des scies circulaires s’activent. Le sanglant parcours du combattant s’amorce. Le calvaire de ces prisonniers – et la mort brutale de plusieurs d’entre eux en cours de route – est monté parallèlement à l’enquête policière. L’inspecteur Halloran (Callum Keith Rennie) ramasse à la petite cuiller des cadavres de plus en plus amochés, tandis que les légistes Logan Nelson (Matt Passmore) et Eleanor Bonneville (Hannah Emily Anderson) analysent les corps et y collectent des indices. Tout désigne le mode opératoire de « Jigsaw », alias John Kramer (Tobin Bell). Mais celui-ci est mort depuis Saw 3. S’agirait-il d’un copycat ? À moins que le décès du « tueur au puzzle » n’ait été qu’une mascarade ?

Le tueur omniscient

Soucieux de doter ce Saw nouvelle génération d’une patine un peu plus luxueuse que les précédents, les frères Spierig soignent tout particulièrement sa mise en forme, confiant à leur directeur de la photographie attitré Ben Nott la lumière du film. S’il est moins mis en avant, le gore est toujours de la partie pour pouvoir s’accorder avec les attentes du public. D’où ce visage à moitié déchiqueté sur une table d’autopsie, cette femme qui se vide de son sang et qu’on retrouve à moitié rongée chez les médecins légistes, ces membres sectionnés en gros plan ou cet homme au corps passé à la moulinette… L’expert en prothèses et en maquillages spéciaux François Dagenais (à l’œuvre sur la saga depuis le second épisode) fait toujours des merveilles en ce domaine, son expérience s’étant enrichie entretemps avec la série Hannibal. Certains pièges sont parfaitement absurdes (ce silo à grain où les captifs se font balancer à la figure tous les objets contondants possibles et imaginables, on se croirait dans un film des ZAZ !) mais c’est surtout la caractérisation caricaturale des protagonistes qui pèche. Sans compter l’éternel problème de crédibilité de cet « escape game » mortel tellement bien minuté que tous ses rebondissements et ses gimmicks semblent plus conçus pour les spectateurs que pour les prisonniers. Comment le tueur peut-il prévoir à tout moment qui va faire quoi, qui va s’en sortir, qui va mourir, qui va se déplacer où, et anticiper chaque action avec autant de clairvoyance ? Sans compter ces rebondissements abracadabrants en fin de métrage qui cherchent tant à surprendre qu’ils en oublient toute quête de vraisemblance, fut-elle minime. Mal accueilli par la critique mais champion du box-office (où il rapporte dix fois sa mise), Jigsaw relance officiellement la saga et la mise en chantier de nouvelles séquelles.

 

© Gilles Penso

 

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OXYGÈNE (2021)

Un exercice de style périlleux dans lequel Alexandre Aja filme en temps réel le calvaire claustrophobique de Mélanie Laurent…

OXYGÈNE / OXYGEN

 

2021 – USA / FRANCE

 

Réalisé par Alexandre Aja

 

Avec Mélanie Laurent, Malik Zidi, Mathieu Amalric, Lyah Valade, Annie Balestra, Éric Herson-Macarel, Laura Boujenah, Cathy Cerda, Marc Saez

 

THEMA FUTUR ROBOTS ET INTELLIGENCE ARTIFICIELLE I SAGA ALEXANDRE AJA

Tout est parti d’un scénario de Christie LeBlanc, dont les crédits d’écriture concernaient jusqu’alors principalement la série How to Make a Reality Star. À partir de 2016, son script fait le tour des compagnies de production américaines et attire les convoitise sans parvenir à se concrétiser. Il entre alors dans la catégorie « Black List » bien connue à Hollywood : un scénario au potentiel énorme mais que personne n’a encore acquis. Le projet finit par se matérialiser grâce à Alexandre Aja qui envisage de le produire pour en confier la mise en scène à son compère Franck Khalfoun (Deuxième sous-sol, Maniac). Le film s’appelle alors 02 et Anne Hataway est pressentie dans le rôle principal, avant de céder la place à Noomi Rapace. Tout est en place pour une mise en production aux États-Unis, jusqu’à ce que la pandémie du Covid-19 ne bouleverse tout. Contraint de rentrer à Paris et de se confiner, Aja ne renonce pas pour autant au film, qu’il décide de réaliser lui-même moyennant un certain nombre d’ajustements. Oxygène (son nouveau titre) se tournera finalement en France et Mélanie Laurent (qu’il a rencontrée sur le tournage d’Inglorious Basterds de Quentin Tarantino) hérite finalement du rôle principal. En juillet 2020, Aja et son équipe s’installent dans un décor futuriste conçu à Ivry-sur-Seine par le vétéran Jean Rabasse (La Cité des enfants perdus). Le réalisateur met ainsi en scène son premier film en langue française depuis Haute tension.

Oxygène est ce qu’on appelle un « film concept », reposant sur une idée simple et forte qu’il faut parvenir à décliner sur la durée d’un long-métrage sans lasser le spectateur grâce à des choix de mise en scène audacieux et des péripéties inattendues. Très attiré par ce type de défi, Alfred Hitchcock caressait par exemple l’idée de réaliser un film intégralement situé dans une cabine téléphonique, une idée que Larry Cohen reprendra à son compte pour écrire le Phone Game de Joel Schumacher. On pense aussi bien sûr au Buried de Rodrigo Cortés, dans lequel Ryan Reynolds se retrouvait enterré vivant. Mais ici, le contexte est sensiblement différent. Mélanie Laurent s’éveille en panique dans un lieu qui lui est totalement étranger : un caisson d’hibernation futuriste, bardé d’équipements médicaux high-tech, d’écrans de contrôle variés et d’appareils qui font bip bip. Qui est-elle ? Où est-elle ? Impossible de le savoir. Son amnésie et l’hostilité de cet environnement inconnu créent dès les premières secondes un sentiment d’identification fort avec les spectateurs qui vont chercher comme elle à dénouer le mystère de cet enfermement. En guise d’interlocuteur, la malheureuse doit se contenter de MILO, une intelligence artificielle à laquelle Mathieu Amalric prête sa voix chaleureuse. C’est alors que s’enclenche le compte à rebours : la réserve d’oxygène baisse à vue d’œil. Si elle ne trouve pas le moyen de comprendre la situation et d’en sortir, elle périra asphyxiée. Mais comment assembler les pièces du puzzle ?

Dans l'air du temps

Face à ce « survival » oppressant qui se vit presque comme un « escape game » ramené à sa plus simple expression, on ne peut s’empêcher de penser que le contexte très particulier dans lequel le film fut réalisé a joué en sa faveur. Oxygène n’est-il pas l’expression directe des angoisses suscitées par l’épidémie mondiale qui frappa la planète fin 2019 ? Le confinement, la médicalisation, la détresse respiratoire et tant d’autres éléments du scénario positionnent le neuvième long-métrage d’Alexandre Aja comme le témoin direct d’une période qui fera date dans l’histoire de l’humanité et dont chaque rebondissement exorcise naturellement les traumatismes. Même son mode de diffusion – la plateforme Netflix au lieu des salles de cinéma – rend compte du caractère inédit de la situation. L’exercice difficile que constitue Oxygène le confrontait à de nombreux écueils. Il ne les évite pas tous. Certains raccourcis scénaristiques sont un peu difficiles à avaler et la plupart des voix off qui communiquent avec notre infortunée héroïne donnent dans le surjeu théâtral (proche de la tonalité d’un feuilleton radiophonique). Malgré tout, le film tient miraculeusement la route en s’appuyant sur une alchimie fragile : la prestation impressionnante de Mélanie Laurent et la mise en scène au cordeau d’Alexandre Aja, qui tire parti de chacune des contraintes de ce décor unique pour les muer en atouts. Préférant à l’horreur qui lui est chère le suspense pur (malgré quelques écarts qui feront frémir les phobiques des seringues et des rongeurs), le cinéaste retrouve plusieurs composantes de Crawl dont il décline certains motifs jusqu’à les muer quasiment en abstraction pures. Car Oxygène est aussi un « trip », une expérience immersive totale qui démontre une fois de plus l’inventivité folle d’un réalisateur qui n’a pas fini de nous surprendre.

 

© Gilles Penso

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WILLARD (2003)

Dans ce remake d’un film fameux réalisé par Daniel Mann, Crispin Glover incarne un jeune homme perturbé qui sympathise avec des rats…

WILLARD

 

2003 – USA

 

Réalisé par Glen Morgan

 

Avec Crispin Glover, R. Lee Ermey, Laura Elena Harring, Jackie Burroughs, Kimberly Patton, William S. Taylor, Edward Horn

 

THEMA MAMMIFÈRES

James Wong et Glen Morgan, co-auteurs de quelques-uns des meilleurs scénarios d’X-Files et Millenium, ont décidé au début des années 2000 de se lancer dans la mise en scène. Wong a donc dirigé Destination finale, l’un des films d’épouvante les plus originaux et les plus terrifiants du début du 21ème siècle. Morgan, plus prudent, a opté pour la voie du remake, avec ce Willard que les deux compères écrivirent pendant le tournage de The One et qui reprend fidèlement le scénario du film homonyme réalisé en 1971 par Daniel Mann. Couvé par une mère possessive et handicapée, quasiment autiste, Willard Stiles (Crispin Glover) a bientôt trente ans et subit quotidiennement des humiliations infligées par son tyrannique patron Frank Martin (R. Lee Ermey). Ce dernier le renvoie un jour avec perte et fracas (« quelle est la partie de “vous êtes viré“ que vous ne comprenez pas ? » lui lance-t-il face à sa réaction stupéfaite), sans se soucier le moins du monde du fait que la société qu’il dirige a été fondée par le propre père de Willard. Poussé à bout, désespéré, le jeune homme ne trouve le réconfort qu’auprès d’une horde de rats qui grouillent dans sa cave et avec lesquels il sympathise. Cette étrange « communauté » est dirigée par un « chef » colossal et extrêmement intelligent que Willard baptise Ben. Peu à peu, le jeune homme décide de fomenter sa vengeance et de dresser ses nouveaux compagnons contre tous les humains qui l’ont humilié ou rabaissé…

Malgré tous les efforts qu’il déploie pour styliser sa mise en scène, malgré l’apport des effets spéciaux numériques, ce Willard peine à rivaliser avec son illustre aîné. Les attaques des rongeurs ont gagné en spectaculaire, mais pas en impact dramatique, d’autant que Morgan désamorce certaines séquences par une poignée de gags qui amenuisent forcément leur potentiel d’épouvante (la chatte qui s’appelle Scully, le gros rat qui vient remplacer la souris d’un ordinateur). D’ailleurs, l’impact du premier Willard était principalement dû au réalisme de son approche. A trop caricaturer son film, à trop exagérer ses décors, ses angles de prises de vue, sa photographie, sa direction d’acteurs, Morgan en tire plus un pastiche qu’un véritable remake. Même R. Lee Ermey, redoutable sergent instructeur de Full Metal Jacket, ne parvient pas à surpasser la performance d’Ernest Borgnine.

La haine le ronge

Reste Crispin Glover. Cet acteur incroyable, qui n’a pas pris une ride depuis Retour vers le futur dans lequel il incarnait le père de Michael J. Fox, et qu’on a revu en tueur psychopathe dans Charlie et ses drôles de dames, nous offre ici une performance hallucinante. On pense beaucoup à Anthony Perkins dans Psychose et la musique de Shirley Walker cligne d’ailleurs de l’œil vers Bernard Herrmann, histoire d’officialiser la filiation entre les deux films. Rien que pour ce comédien hors norme, le film vaut largement le détour, et l’on ne peut que se soulager du fait que Macaulay Culkin et Joaquin Phoenix, tous deux contactés de prime abord pour jouer le rôle-titre, aient décliné la proposition à tour de rôle. On note qu’en guise de clin d’œil au film original, le comédien Bruce Davison, qui incarnait Willard en 1971, apparaît sur une série de photos représentant le père du héros. Autre filiation directe : l’utilisation dans la bande originale d’une chanson de Michael Jackson qui fut composée en 1972 pour Ben, la séquelle officielle de Willard.

 

© Gilles Penso

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LE CIEL PEUT ATTENDRE (1943)

Arrivé à la fin de sa vie, un homme se retrouve face au diable qui n’est pas certain de devoir l’accueillir en Enfer…

HEAVEN CAN WAIT

 

1943 – USA

 

Réalisé par Ernst Lubitsch

 

Avec Don Ameche, Gene Tierney, Charles Coburn, Laird Cregar, Allyn Joslyn, Michael Ames, Louis Calhern, Helene Reynolds

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I MORT 

C’est la pièce « Birthdays », créée en 1934 par le dramaturge hongrois Laszlo Bus-Fekete, qui sert d’inspiration au scénario du Ciel peut attendre, écrit avec beaucoup de finesse par Samson Raphaelson. Après une vie de mauvaise conduite, Henry Van Cleve (Don Ameche), un impénitent coureur de jupons, meurt à l’âge de soixante-six ans et imagine en toute logique que Satan lui a gardé une place bien au chaud en Enfer. Mais le diable (Laird Cregar) n’est pas certain de devoir « accueillir » cette âme en peine. « Voudriez-vous être assez aimable pour me citer, par exemple, l’un des crimes exceptionnels que vous avez commis ? » lui demande fort poliment « Son Excellence ». Mais Van Cleve est bien en peine de trouver une réponse satisfaisante. « J’ai bien peur de n’en avoir commis aucun », répond-il donc. « Mais je peux affirmer sans me tromper que ma vie entière est une infraction ininterrompue. » Pour être sûr de son choix, Satan lui demande donc de raconter sa vie amoureuse, depuis le dévergondage de sa professeure d’anglais alors qu’il n’avait que quinze ans jusqu’aux diverses beautés qui tombèrent dans ses bras sur ses vieux jours en passant par la fiancée de son cousin qu’il séduisit la veille de son mariage…

Fidèle à la comédie romantique sophistiquée dont il a réalisé quelques-uns des plus beaux fleurons dans l’Amérique des années trente et quarante (La Huitième femme de Barbe Bleue, The Shop Around the Corner et surtout l’incontournable To Be or not To Be), Ernst Lubitsch utilise ici le prétexte fantastique d’un entretien avec l’émissaire du Diable pour tracer le portrait attachant d’un homme mal compris, un rôle qu’il destinait à l’origine à Rex Harrison (L’Aventure de Madame Muir) ou Frederic March (Docteur Jekyll et Mister Hyde). Faisant fi de tout manichéisme et inversant les notions de morale généralement admises, Le Ciel peut attendre se pare d’un beau Technicolor (la photo est signée par le vétéran Edward Cronjager, 125 films au compteur) et bénéficie du jeu plein de finesse de Don Ameche, dans le rôle du protagoniste dont le scénario retrace la vie.

Le charme fou de Gene Tierney

Le maquillage vieillissant appliqué par Guy Pearce sur Ameche, alors âgé de vingt-cinq ans, anticipe habilement sur le vrai visage qu’aura l’acteur bien des décennies plus tard (on se souvient notamment de ses prestations sexagénaires dans Un Fauteuil pour deux et Cocoon). Ce film nous donne également l’occasion d’admirer dans toute sa splendeur Gene Tierney, autour de qui gravite toute l’histoire de notre héros. Avec sa structure en flash-back étalée sur toute sa longueur et son postulat céleste, le film de Lubitsch rappelle d’autres œuvres de la même veine, en particulier La Vie est belle qui sortira trois ans plus tard sur les écrans américains. Et à l’instar des films de Frank Capra, Le Ciel peut attendre distille une bonne humeur très rafraîchissante. Un film homonyme sera réalisé en 1978 par Warren Beatty. Il ne s’agit pas d’un remake mais de l’adaptation d’une autre pièce (écrite en 1938) qui se nomme justement « Heaven Can Wait » et dont Alexander Hall tira déjà le film Le Défunt Récalcitrant en 1941.

 

© Gilles Penso

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BEN (1972)

Un an après le succès de Willard, une séquelle est mise en chantier avec une nouvelle invasion de rats dangereusement intelligents

BEN

 

1972 – USA

 

Réalisé par Phil Karlson

 

Avec Lee Harcourt Montgomery, Joseph Campanella, Arthur O’Connel, Meredith Baxter, Kenneth Tobey, Rosemary Murphy

 

THEMA MAMMIFÈRES

Le succès de Willard motiva aussitôt la mise en chantier d’une séquelle, toujours écrite par Gilbert Ralston. Le réalisateur Daniel Mann cède ici la place à Phil Karlson, un stakhanoviste du cinéma et de la télévision dont le nom n’est jamais sorti de l’ombre un peu anonyme de la série B, si l’on excepte peut-être les deux premiers films de la série Matt Helm. Pour s’inscrire directement dans la continuité de Willard, Ben commence exactement là où le film précédent s’arrêtait. Le film emprunte de manière plus consciente que son prédécesseur les codes du cinéma d’horreur. De fait, il se veut plus spectaculaire, comme en témoigne cette première attaque d’un policier qui se passe entièrement de dialogue. Les rats sont d’ailleurs traités ici comme un mystérieux tueur insaisissable qui laisse ses victimes déchiquetées et disparaît sans que la police ne puisse mettre la main dessus. Puis nous faisons connaissance de Danny Garrison, un enfant malade du cœur dont l’apparente joie de vivre cache une grande solitude. Du coup, lorsqu’il rencontre ce gros rat bien dodu dans son jardin, au lieu de partir en courant ou de pousser des hurlements, comme l’auraient fait la plupart des gamins, il trouve là un nouveau compagnon de jeu. Il lui dédie des poèmes qu’il récite en jouant du piano et dort avec lui, comme s’il s’agissait d’une peluche ou d’un animal de compagnie.

Le film joue d’ailleurs avec cette ambiguïté entre le caractère mignon du rat (on n’est pas loin de Ratatouille avec 35 ans d’avance) et son aspect terrifiant (avec l’héritage assumé des Oiseaux d’Alfred Hitchcock). Cette séquelle s’efforce donc de décliner le principe du premier film : un être solitaire – et mentalement un peu perturbé – incapable de développer un lien social normal avec les autres humains et sociabilisant donc avec les rats. Dans Ben, l’étrangeté s’impose surtout à travers sa manière de filmer les passants ou les badauds après une agression de rats. Ils sont immobiles, figés, hébétés, silencieux, comme des zombies ou des possédés. Rien n’explique ce comportement, qui dote le film d’une touche de bizarrerie additionnelle et le fait ouvertement basculer dans le fantastique, alors que Willard conservait une approche réaliste.

Un générique signé Michael Jackson

Les choses prennent la tournure d’une peur primaire et irrationnelle en train de se répandre dans la ville. D’où ce camionneur incapable d’aligner deux mots après une attaque, ou ces employés venus nettoyer les égouts et soudain pétrifiés de terreur. C’est d’ailleurs dans les égouts que se déroule le climax spectaculaire, à côté duquel la fameuse scène des rats d’Indiana Jones et la dernière croisade ressemblerait presque à une promenade de santé. L’un des problèmes majeurs du film est son incapacité à nous faire comprendre à qui il s’adresse. Les nombreuses séquences bon enfant avec Danny évoquent la naïveté un peu guimauve des films live que produisait Disney à l’époque. En revanche, les scènes d’agressions des rats semblent chercher à séduire le public amateur d’horreur et de catastrophe. A force de chercher sa cible, Ben n’en atteint finalement aucune. Le film sombrera donc un peu dans l’oubli et annihilera tout projet de poursuivre cette saga au-delà de deux films, malgré l’immense succès du 45 tour de la chanson du générique de fin, interprétée par rien moins que Michael Jackson.

 

© Gilles Penso

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LE LIVRE DE LA JUNGLE (1942)

Longtemps avant Disney, Zoltan Korda signait une splendide adaptation des écrits de Rudyard Kipling avec Sabu dans le rôle de Mowgli

THE JUNGLE BOOK

 

1942 – USA

 

Réalisé par Zoltan Korda

 

Avec Sabu, Joseph Calleia, Patricia O’Rourke, John Qualen, Frank Puglia, Rosemary de Camp, Noble Johnson, Ralph Byrd

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

À l’origine d’un somptueux Voleur de Bagdad qu’ils commencèrent en Grande-Bretagne et terminèrent aux États-Unis, les frères Korda décident de se lancer avec une partie de la même équipe dans une adaptation à grand spectacle du « Livre de la Jungle » et du « Second livre de la jungle » de Rudyard Kipling, sortis respectivement en 1894 et 1895. Comme toujours, le trio se répartit les rôles clés : Zoltan assure la mise en scène, Alexander la production et Vincent la direction artistique. En charge du scénario, Laurence Stallings se concentre sur quatre nouvelles en particulier : « Les frères de Mowgli » et « Au tigre, au tigre ! » (issues du premier livre), et « Comment vint la crainte » et « L’Ankus du roi » (présentes dans le second). La bonne tonalité n’est pas simple à trouver, Zoltan optant pour une approche réaliste et Alexander (qui aura le dernier mot) pour un traitement plus ouvertement fantastique. United Artists leur allouant un budget de 300 000 dollars, Le Livre de la jungle peut entrer en production. Pour le rôle principal, aucune hésitation : Sabu, qui crevait déjà l’écran dans Le Voleur de Bagdad, sera l’interprète idéal du « petit d’homme » décrit par Kipling. Alors âgé de 18 ans, le comédien indien naturalisé américain prête sa silhouette acrobatique et ses traits juvéniles à l’enfant-loup qui ne trouvera jamais de meilleure incarnation en chair et en os. Principalement tourné à Sherwood Forest, près d’Hollywood, le film bénéficie du savoir-faire artistique et technique de Merian C. Cooper (l’homme qui porta à bout de bras le projet de King Kong), mais ce dernier doit quitter la production pour s’enrôler dans l’armée en 1941.

La double influence de Zoltan et Alexander Korda est perceptible au cours des prémisses du Livre de la jungle. Car le prologue, au cours duquel le vieux mendiant Buldeo raconte contre quelques pièces les histoires de la jungle indienne face à une petite assistance fascinée, se pare d’un certain naturalisme. Mais dès les séquences suivantes, nous plongeons en pleine féerie. L’apport de Merian C. Cooper y est d’ailleurs sensible, dans la mesure où cette jungle, où pendent les lianes entre les arbres denses et où le réel et le factice s’entremêlent, ressemble presque à une version Technicolor de celle de King Kong. Dans cette forêt irréelle et magnifique vivent Hathi et sa troupe d’éléphant, l’ours Baloo, Bagheera la panthère noire, le redoutable tigre Shere-Khan, le gigantesque serpent des rochers Kaa ou encore le peuple singe des Bandar Logs. Ces derniers s’ébattent dans les superbes ruines du temple de la cité perdue où la végétation a repris ses droits. C’est là que nous emporte le narrateur. Nous y découvrons un groupe d’autochtones travaillant ardemment dans la jungle pour y aménager un lieu de vie, de commerce et d’activité. Échappant à la surveillance de ses parents, le bébé Nathoo s’échappe de son berceau et se perd dans la nature où il est recueilli par une famille de loup qui l’élève comme l’un des siens et le nomme Mowgli, « la petite grenouille »…

L’enfant sauvage

L’enfant sauvage qu’est devenu Mowgli est ouvertement traité comme un être hybride et surnaturel, capable de parler avec tous les animaux et même de comprendre ce que murmure le vent. Son ennemi juré est le tigre Shere-Khan, qui a déjà tué son père et a depuis juré sa perte. Mais le félin, si redoutable soit-il, reste une force de la nature. Ici, le véritable adversaire est l’homme avide et cupide, qui bafoue les règles de son environnement et fait fi des lois de la jungle pour s’approprier ce qui ne lui appartient pas. Le plus étonnant est que le narrateur lui-même soit le pire des humains du récit, un chasseur autoritaire haïssant et condamnant tout ce qui ne lui ressemble pas. Son affrontement avec Mowgli et avec ses amis de la forêt aurait-il finalement eu raison de ses travers pour l’emmener en vieillissant vers une forme de sagesse ? On n’en finirait pas de citer les morceaux d’anthologie dont se pare Le Livre de la jungle : la chambre du trésor abandonné où se dresse le grand cobra, la traversée de la rivière avec le titanesque python Kaa, le combat contre Shere-Khan, l’homme emporté dans les flots par un immense crocodile, la chevauchée des éléphants, le monstrueux incendie de la forêt… Immense succès à travers le monde, cette version est sans conteste la plus belle des transcriptions à l’écran des écrits de Kipling, malgré tout le bien que nous pensons du sensationnel dessin animé jazzy de Wolfgang Reitherman.

 

© Gilles Penso

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