BACCHANALES INFERNALES (1975)

Une énième imitation de L’Exorciste qui tente de varier les plaisirs en jouant la carte de l’érotisme et en brisant quelques tabous…

UN URLO DALLE TENEBRE

 

1975 – ITALIE

 

Réalisé par Angelo Pannacio et Franco Lo Cascio

 

Avec Richard Conte, Françoise Prevost, Patrizia Gori, Jean-Claude Verne, Elena Suevo, Sonia Viviani, Mimma Monticelli

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

En 1975, recycler le succès de L’Exorciste en l’agrémentant d’une dose généreuse d’érotisme n’était déjà plus une idée nouvelle. L’Antéchrist d’Alberto de Martino et Le Cadeau du diable de Walter Boos étaient déjà passés par là. Angelo Pannacio et Franco Lo Cascio, spécialisés dans le cinéma érotique pur et dur, tentèrent pourtant d’apporter leur pierre à l’édifice avec Un Urlo dalle tenebre (autrement dit « Un hurlement dans les ténèbres ») qui connut des titres variés au fil de son exploitation internationale, comme la jolie allitération Bacchanales infernales en France, le peu équivoque Naked Exorcism (« L’exorcisme nu ») en Grande-Bretagne, l’abusif The Return of the Exorcist aux États-Unis, ou carrément Exorcist III lors de sa sortie vidéo sur le territoire anglais. Le poster assume d’ailleurs totalement ses influences en exhibant une silhouette noire coiffée d’un chapeau et portant une serviette. Le film commence par une cérémonie satanique au cours de laquelle une jeune fille nue allongée sur un autel est l’objet de toutes les attentions, entourée d’une foule d’adeptes encapuchonnés et d’un maître de cérémonie dont le jeu exagérément théâtral annonce le manque de subtilité qui caractérisera la totalité du long-métrage.

Nous faisons ensuite connaissance avec Elena Forti (Patrizia Gori), une jeune religieuse dont le frère Piero (Jean-Claude Verné) est pris d’accès de violence aigus, au point qu’il est attaché à son lit, traitant sa sœur de tous les noms en grimaçant hideusement. Dépêché sur les lieux, un médecin propose de le faire interner. « Nous sommes devant un cas grave d’hystérie et votre frère doit être soumis à des soins spécifiques qui ne peuvent être donnés que dans un établissement psychiatrique » déclare-t-il. Mais Elena s’oppose à un internement, comme l’explique un étrange flash-back au montage épileptique où s’agitent des malades mentaux dans un institut psychiatrique. Lorsque Piero se met à déplacer des objets à distance et à faire danser son lit dans les airs, il devient évident que c’est l’œuvre du malin. Sa sœur se confie alors à l’évêché et raconte l’origine du mal.

Piero le fou

Nous découvrons donc Piero en pleine excursion avec ses amis, quelques mois plus tôt. Surpris par la présence d’une fille nue près d’une cascade, il s’approche et découvre un étrange talisman qu’il met autour de son cou comme un porte bonheur. Dès lors, son esprit est possédé par l’esprit d’une redoutable succube qui altère sa personnalité. L’une des scènes les plus surprenantes le montre aux prises avec la démone, dont il se débarrasse en l’égorgeant avec un rasoir. Au même moment, la petite amie de Piero, en pleine soirée dansante, meurt la gorge tranchée. Au sommet de ses crises, le jeune homme agresse même sexuellement sa propre mère et sa sœur ! Évidemment, le drame s’achève par la venue d’un exorciste (Richard Conte) mandé pour en découdre une fois pour toute avec le Mal. Bacchanales infernales tente de tromper en vain l’ennui du spectateur en lui offrant régulièrement des visions de corps dénudés s’enlaçant en pleine orgie, ce qui n’ôte rien au caractère laborieux de cet Exorciste du pauvre.

 

© Gilles Penso

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RENFIELD (2023)

Nicolas Cage incarne Dracula et Nicholas Hoult son fidèle assistant dans cette comédie horrifique bourrée d’action et d’hémoglobine…

RENFIELD

 

2023 – USA

 

Réalisé par Chris McKay

 

Avec Nicholas Hoult, Nicolas Cage, Awkwafina, Ben Schwartz, Shohreh Aghdashloo, Adrian Martinez, Brandon Scott Jones, Jenna Kanell, Bess Rous

 

THEMA DRACULA I VAMPIRES

Nicolas Cage dans le rôle de Dracula, vous en rêviez ? Chris McKay l’a fait ! La star de Volte-face voulait depuis longtemps endosser la cape du plus célèbre des vampires. Son oncle Francis Ford Coppola ayant signé en 1992 une adaptation mémorable du classique de Bram Stoker, et son partenaire dans Le Dernier des Templiers Christopher Lee ayant été l’un des interprètes les plus célèbres du comte aux dents longues, il était temps que Cage franchisse le pas à son tour, quitte à accepter de jouer les seconds rôles pour laisser la vedette à Nicholas Hoult dans le rôle de Renfield. Mais le film a mis du temps à entrer en production. Au départ, Renfield est censé faire partie du « Monsterverse » dont rêve le studio Universal pour concurrencer le succès du Marvel Cinematic Universe. Mais l’accueil glacial réservé à Dracula Untold en 2014 puis à La Momie en 2017 entravent sérieusement le projet. Le producteur Robert Kirkman (co-créateur du comic book « Walking Dead ») propose alors une nouvelle version de Renfield : un long-métrage autonome qui mêlerait allègrement l’horreur et la comédie. Universal accepte cette option originale. Pressenti pour réaliser le film, Dexter Fletcher (Rocketman) est finalement remplacé par Chris McKay (Lego Batman le film, The Tomorrow War). Et c’est ce dernier qui propose Nicolas Cage aux producteurs, en s’appuyant notamment sur sa prestation étonnante dans Kiss of Death.

Le prologue de Renfield inscrit l’histoire dans la directe continuité du Dracula de Bram Stoker, mais sous un angle ouvertement parodique. Des plans du classique de 1931 sont donc détournés, Nicolas Cage prenant la relève de Bela Lugosi (éclairage expressionniste et regards fou à l’appui) et Nicholas Hoult celle de Dwight Frye, le tout dans une image en noir et blanc au format 4/3. Les péripéties s’enchaînent ensuite sur un rythme effréné : Renfield devient l’assistant de Dracula, traverse les siècles avec lui en l’alimentant régulièrement avec des cadavres gorgés de sang frais, l’aide à échapper aux envoyés de l’église bien décidés à le détruire (l’un étant joué par William Ragsdale, le Charley Brewster de Vampire vous avez dit vampire ?) et se retrouve avec lui dans la Nouvelle-Orléans du 21ème siècle, toujours en quête de nouvelles victimes humaines…

Sur les traces de Chaney et Lugosi

La densité de cette entrée en matière est si forte qu’il nous semble avoir assisté en quelques minutes au résumé d’un film entier. Impossible alors de savoir comment le scénario va bien pouvoir évoluer. C’est là que Renfield nous prend par surprise, centrant ses enjeux sur la relation de codépendance qui lie le héros du titre avec son patron vampire, tout en compliquant la situation via les exactions d’un gang de trafiquants de drogue. Nicolas Hoult est impeccable sous la défroque de ce serviteur exsangue accroc aux insectes qui se met en quête d’une insaisissable autonomie. Awkwafina se révèle irrésistible en femme flic hargneuse et obstinément incorruptible dans un monde où les dessous de table font la loi. Shohreh Aghdashloo nous impressionne en impitoyable chef de gang. Quant à Nicolas Cage, il est sidérant, comme souvent. Derrière ses mimiques invraisemblables, son maquillage excessif et sa diction insensée se cachent une noirceur et une tragédie inattendues, doublées d’un hommage sincère aux monstres du répertoire classiques (non seulement le Bela Lugosi de Dracula mais aussi le Lon Chaney de Londres après minuit). Très drôle, bourré d’excellentes idées visuelles, de séquences de combat vertigineuses et d’effets gore ahurissants où le sang gicle par hectolitres, Renfield entrechoque avec fracas les codes du cinéma d’horreur, de la comédie et du film policier pour offrir aux spectateurs un cocktail bizarre mais profondément réjouissant.

 

© Gilles Penso

 

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LE SCORPION NOIR (1957)

Une horde de scorpions grands comme des locomotives surgit d’un volcan et sème la panique au Mexique…

THE BLACK SCORPION

 

1957 – USA

 

Réalisé par Edward Ludwig

 

Avec Mara Corday, Richard Denning, Carlos Rivas, Mario Navarro, Carlos Múzquiz, Pascual García Peña, Fanny Schiller

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Tout content du succès du Monstre des temps perdus, le producteur Jack Dietz décida de se lancer fin 1957 dans une autre histoire de monstre géant baptisée Le Scorpion noir, en espérant tirer parti du triomphe récent de Tarantula. Les effets spéciaux sont confiés à Willis O’Brien, maître d’œuvre des trucages de King Kong, et à son bras droit Pete Peterson. Dans les grandes lignes, le récit du Scorpion noir commence par l’émergence d’un nouveau volcan au Mexique. Des douzaines de scorpions géants s’en échappent et ravagent la campagne. Après avoir détruit un train, les créatures gigantesques se battent entre elles et meurent toutes, sauf une. Le scorpion restant fait des ravages dans la ville de Mexico avant de se faire piéger dans une arène de corrida et détruire par les militaires. Dans la scène la plus spectaculaire du film, les héros descendent dans une caverne souterraine où ils rencontrent toutes sortes de monstres : les scorpions monstrueux, forcément, mais aussi une araignée grosse comme un ours et un ver gigantesque muni de pinces.

Ce pur moment de cauchemar dure une bonne dizaine de minutes. Dès le prologue de cette scène, la patte inimitable du Willis O’Brien des grands jours apparaît : les deux héros descendent tout au fond de la caverne obscure, tandis qu’une chauve-souris animée volette devant eux. Ce qui suit contient de vrais morceaux d’anthologie, notamment les deux hommes assaillis par plusieurs scorpions, l’enfant qui se fait poursuivre par l’araignée, ou encore le combat entre un scorpion et le ver géant. Parmi les autres moments forts des séquences d’effets spéciaux, il y a l’attaque d’un train qui rappelle beaucoup la séquence du métro aérien de King Kong, ainsi que tous les plans frénétiques dans lesquels cinq scorpions cavalent en même temps tandis que la caméra est en mouvement. L’efficacité de ces plans est hélas amenuisée par leur répétition tout au long du film, pour des raisons évidentes de limitations budgétaires.

La tête qui bave…

Dommage que les hommes n’interagissent pas assez avec les monstres, malgré l’usage de quelques figurines humaines très soignées dans les plans larges. Dommage aussi que le réalisateur ait jugé utile de recourir à une tête mécanique pour les gros plans du scorpion principal. Non seulement cette tête qui bave en permanence n’a que peu de rapports avec la morphologie d’un vrai scorpion, mais en plus elle raccorde mal avec la figurine animée. Assez curieusement, dans une quinzaine de plans d’attaque du village puis de la grande ville, le scorpion géant est représenté sous forme d’une silhouette sombre animée. Est-ce pour suggérer qu’il est vu en contre-jour, ou bien sont-ce là des plans truqués que Willis O’Brien et Pete Peterson n’ont pas eu le temps d’achever, faute de temps ? Toujours est-il que le résultat n’est pas tout-à-fait convaincant. Le dénouement, en revanche, est spectaculaire à souhait. On y voit le monstre renverser des tanks et attraper au vol un hélicoptère au milieu d’une pluie de projectiles. En regardant le talent et le savoir-faire déployés sur Le Scorpion noir, on se prend à rêver à ce que O’brien et Peterson auraient pu faire s’ils avaient eu plus de moyens et plus de temps à leur disposition.

 

© Gilles Penso


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SCREAM VI (2023)

Pour sa sixième apparition à l’écran, l’indéboulonnable Ghostface sème désormais la terreur dans les rues de New York…

SCREAM VI

 

2023 – USA

 

Réalisé par Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett

 

Avec Melissa Barrera, Jenna Ortega, Jasmin Savoy Brown, Mason Gooding, Dermot Mulroney, Courteney Cox, Hayden Panettiere, Jack Champion, Quinn Bailey

 

THEMA TUEURS I SAGA SCREAM

Ghostface à New York ! L’idée est séduisante, même si une promesse du même genre nous avait déjà été faite avec Jason Voorhes dans Vendredi 13 chapitre 8, avec le résultat frustrant que l’on sait. Pour éviter de provoquer la même déception, les co-réalisateurs Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett et les co-scénaristes James Vanderbilt et Guy Busick, tous les quatre déjà à l’œuvre sur le Scream de 2022, ancrent pleinement leur récit au cœur de Manhattan, muant du même coup le tueur imaginé par Wes Craven en monstre résolument urbain. Un an après les événements racontés dans le film précédent, Sam (Melissa Barrera) et Tara (Jenna Ortega) se sont installées à Manhattan aux côtés de Chad (Mason Gooding) et Mindy (Jasmin Savoy Brown), survivants eux aussi du massacre survenu à Woodsboro. Ostracisée en public à cause d’une théorie du complot en ligne selon laquelle elle serait le véritable cerveau des derniers meurtres, Sam suit une thérapie pour l’aider à évacuer les démons qui la hantent. Mais le quotidien du quatuor s’ensanglante bientôt puisque – comme on pouvait s’y attendre – l’assassin au masque blanc revient faire des siennes, toujours friand de coups de téléphone menaçants et de coups de couteau tranchants…

Le changement radical de décor a l’avantage indiscutable de créer la surprise et de faire varier les plaisirs, quitte à rajuster l’imagerie de Ghostface qui n’hésite pas, le temps d’une scène, à troquer son habituel couteau contre un fusil à pompe ! La brutalité et la violence des meurtres sont encore montées d’un cran par rapport à l’épisode précédent, et les duettistes Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett parviennent à concocter quelques séquences de suspense réussies, notamment l’attaque du drugstore, la traque dans l’appartement de Gale ou encore le trajet en métro où – comble du postmodernisme – les usagers se préparant à fêter Halloween sont déguisés en Ghostface, en Michael Meyers ou en Pinhead. Hélas, le film n’est pas toujours de cet acabit, et d’autres passages beaucoup moins convaincants – pour ne pas dire embarrassants – ponctuent le métrage, comme la fuite sur l’échelle entre deux immeubles ou ce climax parfaitement improbable.

Les masques tombent

Si Melissa Barrera et Jenna Ortega reprennent avec conviction le rôle des sœurs Carpenter, Courteney Cox – de plus en plus altérée par la chirurgie esthétique – ne semble camper une fois de plus la journaliste arriviste Gale Weathers que dans le but d’assurer la présence dans le film d’un personnage « legacy » (un argument marketing cher aux studios qui font fructifier les franchises). Le film ressort aussi l’un des seconds rôles de Scream 4, Kirby Reed (Hayden Panettiere), absolument pas crédible en agent du FBI adepte du perfecto. Dermot Mulroney, quant à lui, oublie l’intensité habituelle de ses prestations pour camper lourdement un inspecteur de police venu prêter main-forte aux héros. Bien vite, les comportements des protagonistes deviennent absurdes, motivés par les besoins immédiats du scénario et non par une quelconque vraisemblance psychologique. On pleure donc rapidement la mort de ses proches pour passer aussitôt à autre chose et échanger des blagues référentielles destinées aux amateurs de films d’horreur. Le passage obligatoire de l’explication des règles d’un bon slasher est toujours aussi laborieux. Au cours de cet exercice désespérément vain, les héros commentent donc le film dans lequel ils jouent et ses rebondissements. Comme on pouvait le craindre, le pire reste le coup de théâtre final, le « twist » où tombent les masques et où les révélations sont délivrées par un interminable monologue explicatif involontairement comique. Changer le cadre de l’action était une bonne idée. Il serait maintenant temps de renouveler aussi les mécanismes de la franchise pour éviter cet irrépressible sentiment de plat mal réchauffé.

 

© Gilles Penso

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PANDORA (1951)

Ava Gardner et James Mason nous font revivre dans l’Amérique des années 30 la fameuse légende du Hollandais Volant…

PANDORA

 

1951 – GB

 

Réalisé par Albert Lewin

 

Avec Ava Gardner, James Mason, Nigel Patrick, Sheila Sim, Harold Warrender, Mario Cabré, Marius Goring, John Laurie, La Pillina

 

THEMA FANTÔMES

Tourné en Espagne avec une équipe technique principalement britannique (le genre d’expatriation qui était devenue monnaie courante à Hollywood à la fin de la seconde guerre mondiale), Pandora s’efforce de moderniser et de remettre au goût du jour la légende du Hollandais Volant. Selon le mythe initial, né au 17ème siècle, le capitaine Hendrick Van Der Decken fut condamné à errer sur les mers jusqu’à la fin des temps pour avoir osé blasphémer. Repris dans les années 1820 par le Romantisme allemand, le mythe s’adjoignit une annexe sentimentale, précisant que le fier capitaine pouvait faire escale sur terre un jour tous les sept ans, afin de trouver une femme suffisamment amoureuse de lui pour se sacrifier et le libérer du joug de sa malédiction. Wagner en tira un célèbre opéra, et le cinéaste Albert Levin, auteur d’une magnifique version du Portrait de Dorian Gray, s’en inspira pour écrire, produire et réaliser Pandora.

L’héroïne éponyme, campée par la superbe Ava Gardner, est une chanteuse américaine des années 30, fière, arrogante et admirée par tous les hommes traînant dans son sillage. En vacances à Esperanza, un petit port d’Espagne, elle refuse d’épouser le poète Reggie Demarest (Marius Goring) qui se suicide par dépit, ce qui la laisse quelque peu indifférente. Elle jette finalement son dévolu sur le pilote automobile Stephen Cameron (Nigel Patrick), sans toutefois parvenir à réfréner les assauts du torero Juan Montalvo (excellent Mario Cabré) qui s’est mis en tête de la conquérir coûte que coûte. Un soir, intriguée par un yacht mystérieux ancré dans la baie du port, Pandora y parvient à la nage (ce qui nous vaut un strip-tease intégral que la mise en scène habile se contente de suggérer, sans en ôter toutefois le fort potentiel érotique). A bord du navire, elle découvre Hendrick Van der Zee et tombe amoureuse de lui. Or il se trouve que ce marin taciturne, incarné par le toujours impeccable James Mason, est le fameux Hollandais Volant. Un long flash-back nous racontera d’ailleurs les origines de sa malédiction, liées au meurtre passionnel de son épouse.

La chanteuse et le fantôme

Le film mêle à la légende initiale des motifs hérités de la mythologie grecque, à travers plusieurs statues antiques disséminées dans les décors extérieurs catalans, et via l’héroïne qui renvoie à Pandore, celle qui déversa tous les malheurs du monde sur l’humanité pour avoir ouvert la boîte qu’il ne fallait pas. Pandora se pare d’une belle photographie Technicolor signée Jack Cardiff, et toutes les conditions seraient réunies pour un excellent conte moderne si le scénario n’annihilait pas tout le potentiel fantastique de son intrigue au profit d’une romance pour tabloïds. Courses automobiles, corridas, yachts sur la plage… Il ne manque plus que le Festival de Cannes et les paparazzis ! Le film souffre par ailleurs d’une voix off redondante qui juge bon de commenter l’intégralité du récit. Sans compter que le personnage de Pandora, glacial, odieux et hautain, n’emporte guère la sympathie du public, malgré le charme indéniable de son interprète. Sur le registre voisin de la romance fantastique, on préfèrera largement une Aventure de Madame Muir, plus légère et moins opulente.

 

© Gilles Penso


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ESCLAVE DES AMAZONES (1957)

Une expédition scientifique se rend au fin fond de la jungle amazonienne où l’attend de pied ferme une tribu de redoutables sauvageonnes…

LOVE-SLAVES OF THE AMAZONS

 

1957 – USA

 

Réalisé par Curt Siodmak

 

Avec Don Taylor, Gianna Segale, Eduardo Ciannelli, Harvey Chalk, Wilson Viana, Eugenio Carlos, Tom Payne, Gilda Nery

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

Depuis les années 20, le très prolifique Curt Siodmak était sur tous les fronts en matière de cinéma fantastique, tour à tour figurant (dans le Metropolis de Fritz Lang), scénariste (Le Retour de l’homme invisible, Le Loup-garou, Vaudou, La Maison de Frankenstein, Les Soucoupes volantes attaquent), réalisateur (Curucu, La Fiancée du gorille) et même auteur de chansons (pour Frankenstein rencontre le loup-garou). En 1957, il écrivit, réalisa et produisit cet Esclave des Amazones jouant à fond la carte du dépaysement et tourné en grande partie au Brésil, avec un casting partiellement recruté sur place. Le docteur Peter Masters (Don Taylor) se laisse convaincre par son confrère Crespi (Eduardo Ciannelli), un individu étrange, qu’il existe au cœur de la forêt inexplorée d’Amazonie une tribu de femmes sauvages vivant dans un site couvert de diamants et d’émeraudes. Pour prouver ses dires, Crespi lui montre une statuette qu’il a ramenée d’une précédente expédition. Masters monte alors une nouvelle expédition et emprunte le fleuve de l’Amazone. Après un trajet semé d’embûches, seul Masters réussit à atteindre la jungle. Il y est capturé par les Amazones. Parmi elles se trouve Gina Vanni (Gianna Segale), une scientifique arrivée avec l’expédition précédente…

Comment ne pas être alléché par un film nous promettant le spectacle d’une peuplade de sauvageonnes en peaux de bêtes vivant secrètement dans un recoin inconnu de l’Amazonie, au milieu d’un palais pavé de pierres précieuses ? Le film met une bonne demi-heure à nous annoncer ces fameuses Amazones, et même si la mise en scène et les dialogues s’avèrent poussifs, tous les espoirs restent permis. La scène d’abordage du bateau des héros, au cours de laquelle tous les combattants finissent dans la boue, reste le passage mémorable de cette première partie. Mais dès que la fameuse tribu féminine paraît enfin, le spectateur déchante brusquement. Car il faut bien avouer que le film nous propose une vision bien peu séduisante de ces Amazones qui ont pourtant bercé tant de fantasmes depuis l’Antiquité gréco-romaine.

Sauvés par une île flottante !

Disgracieuses, bien en chair, affublées de tuniques en forme de tapis, permanentées et outrageusement maquillées, passant le plus clair de leur temps à rire béatement en gambadant : voilà hélas les Amazones vues par Curt Siodmak ! Le tout dans un décor que le plus kitsch des péplums n’aurait pas osé utiliser. C’était à craindre : l’attrayante affiche originale, œuvre d’un artiste de renom (Reynold Brown) n’ayant probablement pas vu le film, était trop aguicheuse pour être honnête. Les amateurs de second degré et d’humour involontaire atteindront le comble du bonheur au cours de la danse des Amazones, dans laquelle la chorégraphie et les tenues se disputent la palme du ridicule. La gent masculine n’est pas au mieux de sa forme non plus, représentée par un Don Taylor un peu niais dont les béatitudes sont censées amuser les spectateurs. Ce héros bien peu crédible finira par s’enfuir sur le fleuve avec Gina, Amazone malgré elle, grâce à la présence d’une providentielle île flottante – pas le dessert, non, mais un morceau de terre qui flotte miraculeusement sur les eaux…

 

© Gilles Penso


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BEHEMOTH LE MONSTRE DES MERS (1958)

En fin de carrière, Willis O’Brien, créateur des effets spéciaux de King Kong, anime un dinosaure fantaisiste qui attaque Londres…

THE GIANT BEHEMOTH / BEHEMOTH THE SEA MONSTER

 

1958 – USA / GB

 

Réalisé par Eugène Lourié

 

Avec Gene Evans, Andre Morell, John Turner, Leigh Madison, Jack MacGowran, Maurice Kaufman, Henry Vidon

 

THEMA DINOSAURES

Contacté par le producteur indépendant David Diamond pour réitérer le succès du Monstre des temps perdus qu’il réalisa cinq ans plus tôt, Eugène Lourié prit les commandes de ce Giant Behemoth aux relents de déjà-vu. Pourtant, le premier jet du script s’efforçait d’éviter les sentiers battus en imaginant une menace radioactive intangible, une sorte de marre vivante et croissante. Mais bien vite, l’instinct financier de Diamond le poussa à reconsidérer le concept initial en intégrant un dinosaure atomique, héritier contre-nature des sauriens antédiluviens du Monstre des temps perdus et de Godzilla. Pressé par le temps, Lourié expédia en quelques jours un scénario un peu basique avec Dan Hyatt, sans possibilité de l’affiner avant le premier tour de manivelle. Les effets spéciaux, nerf de la guerre d’un tel projet, furent confiés à rien moins que Willis O’Brien, l’homme qui donna naissance à King Kong, et à son assistant Pete Peterson, tous deux ayant déjà été rompus aux films à tout petit budget avec Le Scorpion noir.

Le héros de Behemoth le monstre des mers est le docteur Steve Carnes (Gene Evans), biologiste, qui donne en guise de prologue une conférence sur les dangers nucléaires. Or un monstre quadrupède, le paléosaure, remonte la Tamise à la recherche d’eau fraîche (on note que le mot « Behemoth », démon de la gloutonnerie dans le Nouveau Testament, n’est jamais prononcé dans le film, et que le paléosaure lui-même est un dinosaure imaginaire). Cette créature chargée d’électricité se meurt de ses propres radiations, dans ce que les experts scientifiques diagnostiquent comme une réaction en chaîne biologique. Le monstre ravage bientôt la capitale britannique, coupant des lignes à haute tension et faisant s’effondrer des bâtiments… Tourné à Londres en 24 jours, le film fut ensuite confié aux bons soins de l’équipe des effets spéciaux en Californie, mais Lourié refusa de superviser la post-production, suite à une dispute avec le producteur. D’où un résultat bizarre qui dessert fatalement ce Behemoth fait de bric et de broc.

Le chant du cygne

À cause de son budget ridicule et de ses délais très serrés, le film s’avère timide en plans composite mêlant le dinosaure aux comédiens. Pourtant, lorsqu’il le fait, le résultat obtenu s’avère très efficace. C’est le cas pour la scène dans laquelle le monstre apparaît en plein jour pour la première fois, émergeant de la Tamise et avançant dans la rue, aux accents d’une musique qui évoque beaucoup celle de King Kong. Cette scène de panique en ville, la meilleure du film, dure six bonnes minutes et comprend de nombreux plans d’animation audacieux, même si certains d’entre eux sont réutilisés à outrance pour éviter les dépenses supplémentaires. La séquence d’attaque nocturne qui s’ensuit est également un morceau de choix pour les fans d’animation. Il faut y voir là la patte d’un Willis O’Brien en fin de carrière mais encore très inspiré. Le monstre périt finalement en ingurgitant une torpille à embout de radium, lancée par un sous-marin de poche. Il émerge une dernière fois des flots, interprété cette fois-ci par une marionnette mécanique, puis disparaît dans un tourbillon d’écume et de fumées. Cet ultime plouf marque la fin de la carrière d’un Willis O’Brien qui eut sans doute mérité une œuvre plus grandiose en guise de chant du cygne professionnel.

 

© Gilles Penso

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ARCADE (1993)

Un groupe d’adolescents fait face à un jeu vidéo maléfique qui emprisonne les joueurs dans une inquiétante réalité virtuelle…

ARCADE

 

1993 – USA

 

Réalisé par Albert Pyun

 

Avec Megan Ward, Peter Billingsley, John de Lancie, Sharon Farrell, Seth Green, A.J. Langer, Bryan Dattilo, Brandon Rane, Sean Bagley, B.J. Barrie

 

THEMA MONDES PARALLÈLES ET MONDES VIRTUELS I SAGA CHARLES BAND

Arcade entre en production fin mars 1991, juste après Dollman. Les deux films sont produits par Charles Band (patron de la compagnie Full Moon), dirigés par Albert Pyun (réalisateur de Cyborg) et écrits par David S. Goyer (futur scénariste de Blade). Mais si Dollman est mis en scène sans accrocs et démarre sa carrière dans les vidéoclubs début 1992, Arcade ne sort qu’en mars 1994, après maintes déconvenues. Le premier problème du film est d’ordre scénaristique. Si Charles Band envisage un simple petit film d’horreur autour d’une salle d’arcades hantée, Goyer voit plus grand. Il souhaite plonger les jeunes héros dans un jeu vidéo en dix niveaux de plus en plus complexes et leur faire vivre des aventures virtuelles épiques. C’est évidemment impensable quand on connait les budgets rachitiques des productions Full Moon. « Le budget d’Arcade était de 750 000 dollars je crois », raconte Albert Pyun. « Je pense que le scénario que David Goyer et moi-même avons élaboré était trop complexe et ambitieux. J’ai proposé l’idée de la réalité virtuelle, au grand regret de tout le monde. C’était trop en avance sur ce qui était économiquement faisable. C’est ma faute. » (1) Paniqué face aux rushes catastrophiques et à un premier montage incompréhensible, Pyun ne sait que faire et doit surtout quitter le navire pour partir réaliser Nemesis. Charles Band et son équipe se retrouvent donc avec un film parfaitement inexploitable sur les bras.

Les premières séquences du film tiennent à peu près la route. Nous y découvrons l’adolescente Alex Manning (Megan Ward), passablement perturbée par le suicide de sa mère. Pour fuir sa vie morose, elle traîne souvent avec sa petite bande de copains (parmi lesquels on reconnaît un tout jeune Seth Green) et avec son petit-ami Greg (Bryan Dattilo). Un jour, ils se retrouvent dans la salle d’arcade de leur quartier, « Dante’s Inferno ». Là, le patron d’une société informatique (John de Lancie) leur fait découvrir un tout nouveau jeu en réalité virtuelle et leur offre même des échantillons gratuits à tester chez eux. Mais ce jeu est maléfique. Les joueurs qui perdent la partie se retrouvent emprisonnés dans un monde virtuel sinistre sans espoir d’en réchapper. Alex va donc devoir y plonger à son tour pour sauver ses amis… Voilà pour le postulat. Pas particulièrement palpitantes, les scènes situées dans le monde réel sont filmées platement et jouées sans beaucoup de conviction. Mais lorsque les héros s’immergent dans le jeu vidéo, c’est bien pire. L’univers digital dans lequel ils évoluent est tellement hideux que le véritable danger de cet univers virtuel semble être une migraine carabinée pour les spectateurs.

La foire du Tron

Même si l’on considère l’année de réalisation du film et son budget, force est de constater que les images de synthèse d’Arcade sont vraiment trop affreuses pour convaincre. Filmés devant un fond bleu, les acteurs s’agitent face à des polygones, des textures dégoulinantes de pixels et une sorte de harpie squelettique à tête de dragon qui les menace avec ses griffes numériques. En charge de la post-production du film après le départ précipité d’Albert Pyun, Daniel Schweiger en garde un souvenir amer. « Nous n’avions pratiquement pas d’argent et l’infographie n’en était qu’à ses balbutiements, à l’époque », raconte-t-il. « Nous avons fait de notre mieux. C’est comme si nous tentions de créer l’homme qui valait trois milliards avec les restes brisés d’un Steve Austin. » (2) Alors qu’Arcade est enfin sur le point de sortir, un autre problème de taille apparaît : Walt Disney menace d’intenter un procès à Full Moon à cause des trop fortes ressemblances avec Tron, notamment une course de motos futuristes sur un sol grillagé. Charles Band s’arrache donc les cheveux, car il est nécessaire de refaire l’intégralité des images de synthèse d’Arcade pour éviter toute ressemblance avec le fameux long-métrage de Steve Lisberger. Aujourd’hui, les fans hardcore s’arrachent des copies en vidéocassette du montage original, avant les ultimes retouches numériques, sous le titre « Original CGI Version ». Mais pour le commun des mortels, Arcade a sombré dans un oubli poli.

 

(1) et (2) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

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PERFECT SENSE (2011)

Eva Green et Ewan McGregor vivent une romance désespérée dans un monde où la population perd peu à peu ses cinq sens…

PERFECT SENSE

 

2011 – GB / SUÈDE / DANEMARK / IRLANDE

 

Réalisé par David Mackenzie

 

Avec Ewan McGregor, Eva Green, Denis Lawson, Connie Nielsen, Stephen Dillane, Ewen Bremner, Alaistar Mackenzie, Des Hamilton, Malcolm Shields

 

THEMA MUTATIONS I CATASTROPHES

Perfect Sense est au départ un scénario de Kim Fupz Aakeson, auteur notamment de la romance Okay avec Paprika Steen, du drame Prag avec Mads Mikkelsen ou encore de la comédie policière Un chic type avec Stellan Skarsgård. D’abord titré The Last Word (« le dernier mot »), le film se situe initialement à Copenhague, Aakeson étant d’origine danoise. Mais lorsque le réalisateur David Mackenzie entre en piste, l’intrigue est relocalisée à Glasgow, dans son Ecosse natale. Mackenzie ayant gardé un excellent souvenir de son tournage avec Ewan McGregor sur le drame policier Young Adam, il lui propose de s’embarquer avec lui dans l’aventure. L’acteur n’attendait visiblement que ça et s’engage aussitôt. Eva Green est choisie pour lui donner la réplique. Le couple vedette étant constitué, il reste au réalisateur une « formalité » avant de se lancer dans Perfect Sense : visionner le film Blindness de Fernando Meirelles, qui aborde lui aussi le sujet de la perte des sens, afin de s’en éloigner le plus possible. À vrai dire, malgré la similitude de leurs postulats, les deux longs-métrages diffèrent par bien des aspects. La mise en scène de Mackenzie, notamment, possède une personnalité très particulière, détournant les codes habituels du cinéma indépendant pour les adapter aux films de genre.

L’épidémie au cœur de Perfect Sense s’amorce en douceur, presque sur la pointe des pieds. Dans l’hôpital où travaille Susan (Eva Green) se déclare le cas d’un homme qui a perdu l’odorat. Ce serait presque anecdotique si de tels symptômes n’était pas apparus simultanément un peu partout dans le monde. Plus étrange encore : tous ceux qui sont frappés de cette soudaine carence olfactive sont préalablement terrassés par une sorte de crise de chagrin qui les laisse dans un bien piteux état. La contamination s’étend bientôt à la planète entière, ce qui n’arrange évidemment pas les affaires de Michael (Ewan McGregor), chef dans un restaurant de poisson situé en face de l’appartement de Susan. Privés d’odorat, les gens ne prennent plus goût aux aliments et désertent les restaurants. Au cœur de cette pandémie incompréhensible, Susan et Michael se rapprochent, apprennent à se connaître et vivent le début d’une intense relation amoureuse. Mais la perte d’odorat n’était que le début de la maladie. Bientôt, la population de la Terre perd l’un après l’autre tous ses autres sens. Comment l’humanité saurait-elle se remettre d’une telle situation ?

La panne des sens

L’originalité principale de Perfect Sense est de traiter son concept apocalyptique sous un angle résolument intimiste. Malgré les flashs planétaires nous donnant un aperçu de ce qui se passe en Inde, en Afrique ou ailleurs (à travers ce qui ressemble souvent à des images « volées », ou du moins tournées manifestement avec des acteurs non professionnels), l’intrigue reste centrée sur les amours naissantes et tourmentées du couple incarné par Green et MacGregor. C’est à travers leur prisme qu’est décrite la contamination, prélude à ce qu’il est difficile d’appréhender autrement que comme la fin du monde. Pourtant, jusqu’au bout, c’est l’incroyable pouvoir d’adaptation de l’humain et sa résilience que le film s’efforce presque désespérément de mettre en avant, comme en témoigne par exemple cette reprise du rituel des moments agréables passés au restaurant, même lorsque plus personne n’a de goût ou d’odorat. Les deux acteurs principaux crèvent l’écran, dégageant une sensualité glamour qui reste malgré tout réaliste, ou du moins non-hollywoodienne, en ce sens qu’elle est saisie par une caméra libre, charnelle et à fleur de peau. Difficile de ne pas être chamboulé par ce final qui fait froid dans le dos, mettant à rude l’épreuve l’optimisme des spectateurs. Curieusement, Perfect Sense n’a pas fait grand bruit lors de sa sortie en salles et s’est depuis évaporé dans la nature. Il mérite largement d’être redécouvert, d’autant que son visionnage après la pandémie du Covid-19 offre un effet de mise en abyme pour le moins perturbant.

 

© Gilles Penso

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PUPPET MASTER : DOKTOR DEATH (2022)

Une sinistre poupée à tête de mort habillée comme un médecin sème la terreur dans une maison de retraite…

PUPPET MASTER : DOKTOR DEATH

 

2022 – USA

 

Réalisé par Dave Parker

 

Avec Jenny Boswell, Chad Patterson, Emily Sue Bengtson, Erin Eva Butcher, Melissa Moore, Ashton Wolf, Tari Lyn Bergoine, Zach Zebrowski

 

THEMA JOUETS I SAGA PUPPET MASTER I CHARLES BAND

Apparue pour la première fois dans le dispensable Retro Puppet Master, la poupée du « Doktor Death » était trop attrayante pour ne pas refaire un tour de piste sur les écrans. Vingt-trois ans après ses débuts, le grimaçant médecin à tête de mort a donc droit à un film solo, dans la foulée de Blade The Iron Cross qui inaugurait une nouvelle série de longs-métrages dérivés de la longue saga Puppet Master. Mais contrairement à l’opus précédent situé en pleine seconde guerre mondiale, cet épisode se déroule dans un cadre contemporain. Un lien est tout de même assuré entre les deux époques dès l’entame, lorsqu’un vieil homme est hanté par d’affreux cauchemars où s’agitent les nazis et les Alliés au milieu de la tourmente, tandis qu’apparaît furtivement le faciès squelettique de la poupée vedette. Secoué par un spasme ultime, l’homme succombe à un arrêt cardiaque. C’est ainsi que commence Puppet Master : Doktor Death. Le défunt, Max Cuda, était un pensionnaire de la petite maison de retraite Shady Oaks Senior Living, qui ne prend en charge que quatre autres résidents. Sa mort coïncide avec l’arrivée d’une nouvelle infirmière venue de Californie, April Duval (Jenny Boswell). Celle-ci est avenante et de bonne composition, même si la raison de son arrivée dans cette petite ville américaine reste floue. Elle serait à la recherche d’une personne de sa famille disparue…

Sur place, April découvre le personnel soignant (majoritairement sympathique, à l’exception du balourd Flynn incarné par Zach Zebrowski) et se charge avec eux de vider les affaires de Max Cuda. Parmi celles-ci se trouve un très vieux coffre solidement verrouillé. Lorsque Flynn fait sauter la chaîne sans scrupule, c’est pour y découvrir un sinistre jouet : le fameux Doktor Death. Cette trouvaille serait anecdotique si la poupée n’avait pas tendance à disparaître régulièrement pour réapparaître dans les lieux les plus inattendus. Ces bizarreries sont le prélude d’un jeu de massacre qui ensanglante bientôt les lieux et que rien ne semble arrêter. Alors que le compositeur Richard Band, épaulé par Jerry Smith, recycle le fameux thème musical de la saga sur un mode sombre, le réalisateur Dave Parker (Kraa ! The Sea Monster, Les Morts haïssent les vivants) soigne sa mise en scène du mieux qu’il peut malgré des moyens qu’on devine très limités. Les décors sont en effet extrêmement réduits, tout comme les personnages et les situations. Le film lui-même dure à peine une heure, ce qui a le mérite de resserrer son rythme et ses actions mais ne permet guère de développer le potentiel de l’intrigue et de cette fameuse poupée adepte du scalpel.

Morts sans ordonnance

Si le design du Doktor Death est une réussite indiscutable, on regrette évidemment que les marionnettes mécaniques utilisées pour lui donner vie ne lui offrent qu’une latitude de jeu très restreinte. En charge des effets spéciaux de maquillage, Greg Lightner (Corona Zombies, Baby Oopsie) nous offre quelques séquences de meurtres assez gratinées (notamment celle de la morgue), même si beaucoup de choses se passent hors-champ, et surtout quelques visions macabres délirantes dignes des EC Comics en fin de métrage. Car la poupée grimaçante ne se contente pas de tuer : elle est capable de ranimer les morts selon une méthode très personnelle en inversant les notions de marionnette et de marionnettiste. Une poignée de séquences de suspense sortent du lot (celle de la buanderie par exemple) grâce aux effets de mise en scène s’amusant habilement avec les angles bas et les ombres portée. Petit shocker efficace à la mise en forme soignée et aux acteurs solides, Puppet Master : Doktor Death s’apprécie sans déplaisir, laisse quelques guest stars y faire une apparition (l’ancienne scream queen Melissa Moore, les catcheurs The Bunny et The Blade) et s’achève sur un coup de théâtre ouvrant la porte vers une suite potentielle.

 

© Gilles Penso

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