MEN IN BLACK II (2002)

Face à une nouvelle menace extra-terrestre, les hommes en noir incarnés par Will Smith et Tommy Lee Jones reprennent du service…

MEN IN BLACK II

 

2002 – USA

 

Réalisé par Barry Sonnenfeld

 

Avec Will Smith, Tommy Lee Jones, Rip Torn, Lara Flynn Boyle, Johnny Knoxville, Rosario Dawson, Tony Shalhoub, Patrick Warburton, Jack Kehler, David Cross

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA MEN IN BLACK

Toutes les planètes semblaient s’être alignées pour la sortie de Men in Black, immense succès ayant trouvé aux yeux du public l’équilibre idéal entre la comédie, la science-fiction et la mécanique éprouvée du « buddy movie ». Le scénariste David Koepp est donc chargé de plancher rapidement sur l’écriture d’un deuxième film. Mais l’auteur (très courtisé après ses travaux sur Jurassic Park et Mission impossible) doit passer son tour pour partir œuvrer sur Panic Room et Spider-Man. Le scénario de Men in Black II est donc confié à Robert Gordon, puis à Barry Fanaro qui révise la première version en y ajoutant des touches d’humour référentielles et en positionnant le retour de l’agent K (Tommy Lee Jones) plus tôt dans le récit. Une relation amoureuse est prévue entre J (Will Smith) et le témoin d’un phénomène extra-terrestre (Rosario Dawson). Le réalisateur Barry Sonnenfeld, qui rempile derrière la caméra, n’est pas très chaud pour cette sous-intrigue sentimentale peu conforme aux personnages tels qu’il les conçoit, mais ses protestations n’ont pas beaucoup d’impact auprès du studio. Will et Rosario se feront donc les yeux doux dans le film. Dans le rôle de la grande méchante venue d’ailleurs, c’est d’abord Famke Janssen qui est sélectionnée. Mais la « bad girl » de Goldeneye n’est pas disponible et cède sa place à Lara Flynn Boyle, transfuge de la série Twin Peaks.

C’est un agent J un peu blasé que nous découvrons en début de métrage. Avec sa désinvolture habituelle, Will Smith retrouve la veste et les lunettes noires de l’homme du gouvernement chargé de régler le plus discrètement possible les affaires extra-terrestres sur Terre. Mais depuis que son mentor K s’est volontairement fait effacer la mémoire pour couler des jours tranquilles loin des aliens de tous poils, J a beaucoup de mal à trouver un partenaire à la hauteur. Pendant un temps, il fait équipe avec Frank (un chien très bavard). Or une nouvelle menace venue de l’espace se profile bientôt. Il s’agit de Serleena (Lara Flynn Boyle), une redoutable créature végétale ayant pris l’apparence d’un mannequin de lingerie fine. Pour la combattre, il n’y a qu’une seule solution : faire revenir l’agent K.

Mauvais alien

L’idée principale de Men in Black II consiste donc à inverser les rôles que tenaient Will Smith et Tommy Lee Jones dans le premier film. Cette fois-ci, J est l’homme en noir expérimenté qui ne s’étonne plus de rien et K l’individu candide et ordinaire qui va devoir tout redécouvrir avec stupeur. Bien sûr, l’effet de surprise n’a plus vraiment cours et l’on sent bien l’embarras des différents scénaristes qui se sont succédé pour écrire ce second épisode, cherchant en vain à retrouver l’alchimie du film original. Les ficelles sont un peu grosses, les rebondissements très modérément convaincants et les acteurs eux-mêmes semblent n’y croire qu’à moitié, comme s’ils se livraient un peu à contrecœur à l’exercice obligatoire de la séquelle. Bien sûr, quelques passages drôles parviennent toujours à se frayer un chemin au fil du film, notamment les facéties canines de l’agent Frank ou les interventions de Peter Graves dans son propre rôle, mais la spontanéité n’est pas toujours au rendez-vous. Même les effets spéciaux manquent de finesse, notamment cette profusion d’images de synthèse excessives ou ces incrustations très approximatives. Prévu pour se situer au beau milieu des tours jumelles du World Trade Center, le final du film a été relocalisé suite aux attentats du 11 septembre. Men in Black II s’achève donc par une espèce de feu d’artifice au-dessus de la Statue de la Liberté. La troisième aventure des hommes en noir redressera fort heureusement la barre qualitative de la franchise.

 

© Gilles Penso


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LA FAMILLE ADDAMS (1991)

Les joyeux freaks imaginés par Charles Addams vivent leur première aventure sur grand écran sous la direction de Barry Sonnenfeld…

THE ADDAMS FAMILY

 

1991 – USA

 

Réalisé par Barry Sonnenfeld

 

Avec Anjelica Huston, Raul Julia, Christopher Lloyd, Jimmy Workman, Christina Ricci, Carel Struycken, Judith Malina

 

THEMA FREAKS I MAINS VIVANTES

Le succès des aventures de la famille Addams, d’abord sous forme dessinée à partir de 1938 puis dans la fameuse série TV de 1964, allait tôt ou tard se décliner sur grand écran. Le sujet semblait à priori taillé sur mesure pour Tim Burton. Mais ce dernier est occupé au début des années 90 à préparer Batman le défi et doit donc se désister. Le second réalisateur contacté est Terry Gilliam. Son grain de folie et son style singulier pourraient a priori se prêter sans trop de mal à l’univers créé par Charles Addams. Mais l’ex-Monty Python passe lui aussi son tour, sans doute pour éviter justement de se conformer à un concept déjà existant. La production change alors son fusil d’épaule et se tourne vers un metteur en scène débutant : Barry Sonnenfeld. Il s’agit cependant d’un risque mesuré, dans la mesure où ce n’est pas un nouveau venu à Hollywood. Sonnenfeld a en effet a signé la photographie d’un grand nombre de longs-métrages à succès tels que Sang pour sang, Arizona Junior, Big, Quand Harry rencontre Sally, Miller’s Crossing ou Misery. Après la valse des réalisateurs vient celle des scénaristes. Caroline Thompson et Larry Wilson écrivent une première version du script, remanié ensuite par toute une batterie d’auteurs.

La qualité de la direction artistique de La Famille Addams saute d’emblée aux yeux. Visuellement – mais aussi musicalement avec la très belle partition de Mark Shaiman -, le film est une réussite indiscutable dont l’esthétique évoque inévitablement celle de Tim Burton. Le penchant naturel que le film exprime pour les êtres atypiques, marginaux et macabres est une autre réminiscence directe des obsessions du réalisateur de Beetlejuice. Pour autant, Sonnenfeld parvient à exprimer sa propre personnalité et à imposer une vision originale. L’autre point fort du film est son casting. Il n’était pas simple de faire oublier les visages immortalisés par le show télévisé des années 60. A contre-courant de la femme fatale vampirique qu’incarnait jadis Carolyn Jones, Anjelica Huston campe une Morticia mélancolique d’une classe absolue. Face à elle, le Gomez que revisite Raul Julia est un hidalgo fier et ardemment romantique. Christopher Lloyd excelle en Fester blafard et grimaçant, tandis que la toute jeune Christina Ricci (dix ans au moment du tournage) est une parfaite Mercredi.

Les liens du sang

Si la patine du film est irréprochable, on ne peut en dire autant du récit lui-même. A la fois anecdotique et alambiqué, le scénario accuse sa rédaction hétérogène par une infinité de plumes successives. Cette histoire de faux Fester tentant de profiter de la crédulité de la famille Addams pour s’emparer de leurs biens n’a rien de foncièrement palpitant, et c’est dans les détails que le spectateur trouvera matière à se réjouir : les nombreux éléments fantastiques qui hantent le manoir par exemple (le portail animé d’une vie propre, la peau d’ours féroce, les tableaux qui s’animent, les livres vivants, des plantes un peu trop affectueuses) ou les saynètes satiriques tournant en dérision les gens « bien comme il faut ». Dans ce domaine, on n’est pas près d’oublier le spectacle des enfants Addams s’entretuant sur scène, avec force jets de sang, au beau milieu d’une très conventionnelle fête d’école ! On saluera aussi les superbes et discrets effets visuels qui donnent vie à la Chose. Mise en mouvement avec dextérité par le mime Christopher Hart et parfois remplacée par une figurine en stop-motion pour les plans les plus acrobatiques, cette « bête aux cinq doigts » se révèle bien plus dynamique que la version des sixties qui restait généralement confinée dans sa boîte. Malgré un tournage un peu chaotique et plusieurs dépassements budgétaires, La Famille Addams est un succès planétaire. La carrière de réalisateur de Barry Sonnenfeld part ainsi sur des chapeaux de roue. Les Valeurs de la famille Addams sortira sur les écrans deux ans plus tard.

 

© Gilles Penso

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L’ANGE EXTERMINATEUR (1962)

Luis Buñuel enferme les invités d’un dîner mondain dans une luxueuse demeure qui refuse soudain de les laisser sortir…

EL ANGEL EXTERMINADOR

 

1962 – MEXIQUE

 

Réalisé par Luis Buñuel

 

Avec Silvia Pinal, Jacqueline Andere, Augusto Benedico, Luis Beristain, Antonio Bravo, Claudio Brook, Cesar Del Camno, Enrique Rambal, Rosa Elena Durgel

 

THEMA FANTÔMES I MAINS VIVANTES

Aujourd’hui considéré comme un classique et comme l’une des œuvres les plus marquantes de Luis Buñuel, L’Ange exterminateur fut réalisé dans des conditions très précaires. Tout est parti d’une histoire co-écrite par Buñuel et Luis Alcoriza sous le titre « Los Náufragos de la Calle Providencia », autrement dit « Les Naufragés de la rue Providence ». Le titre définitif, L’Ange exterminateur, est emprunté à une pièce de théâtre que José Bergamin, ami de Buñuel, est en train d’écrire mais ne parvient jamais à finir. Le dramaturge ne voit aucun inconvénient à céder ce titre au cinéaste, dans la mesure où il l’a lui-même trouvé dans la Bible, plus précisément dans le Livre de l’Apocalypse. Le film est tourné en moins de six semaines, du 29 janvier au 9 mars 1962, dans les studios mexicains de Churubusco, où Buñuel s’afflige de découvrir qu’il manque de tout. L’équipement est rare ou absent, les accessoires réduits à leur plus simple expression, bref il va lui falloir bricoler s’il veut parvenir à ses fins. En contrepartie, le réalisateur possède pour la première fois un contrôle total sur son œuvre et peut se permettre de demander à ses acteurs d’improviser des séquences entières.

L’Ange exterminateur s’ouvre sur une réception mondaine que donne le riche Nobile (Enrique Rambal) dans son hôtel particulier après une soirée à l’Opéra. Une vingtaine de personnes de la meilleure société se trouve ainsi réunie autour d’une table abondamment garnie. Assez curieusement, tous les domestiques, sans raison valable, ont abandonné leur poste, poussés par une volonté inconnue. Seul reste le maître d’hôtel, qui effectue le service. Au moment de partir, personne ne peut se décider à prendre congé. Après une nuit étrange, il devient évident qu’une force invisible les retient prisonniers. Incapables de franchir le seuil de la riche demeure, l’hôte et ses invités sombrent peu à peu dans l’épuisement, la faim et la haine… Et Luis Buñuel saisit l’occasion pour se livrer à l’une de ses activités préférées : la satire de la haute bourgeoisie. Car dans une telle situation, le vernis craque assez rapidement. Les clans se créent, les instincts les plus bas se révèlent, jusqu’à ce que des envies de viol et de meurtre ne commencent à sourdre sérieusement.

Un hôtel très particulier

Jamais le scénario n’explique pourquoi nos vingt protagonistes sont incapables de s’échapper. Hallucination collective ? Autosuggestion ? Esprit maléfique empêchant toute évasion ? Toujours est-il que l’hôtel particulier agit comme une maison hantée, animée d’une vie propre, refusant subitement de libérer ses captifs. Buñuel se laisse même aller à une autre de ses disciplines favorites, le surréalisme, au cours d’une scène qu’on croirait issue de La Bête aux cinq doigts : épuisée et en proie à d’étranges rêves, une femme voit une main ramper sur le sol et l’agresser au milieu de la nuit ! Cet oppressant huis-clos est servi par un jeu d’acteur impeccable, avec en tête Enrique Rambal, et par une très belle photographie en noir et blanc signée Gabriel Figueroa. Le dénouement est une sorte de gag teinté d’humour noir qui laisse entendre que le cauchemar est sur le point de recommencer. Présenté en avant-première au Festival de Cannes de 1962, L’Ange exterminateur sort dans les cinémas mexicains deux ans plus tard. La critique du monde entier l’acclamera. En 2016, l’auteur Tom Cairns et le compositeur Thomas Adès en tirent un opéra qui fera le tour du monde avec un certain succès.

 

© Gilles Penso


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CRAZY BEAR (2023)

Un grand ours noir des montagnes ingère des kilos de cocaïne largués par l’avion d’un trafiquant et se mue en monstre incontrôlable…

COCAINE BEAR

 

2023 – USA

 

Réalisé par Elizabeth Banks

 

Avec Keri Russell, O’Shea Jackson Jr., Alden Ehrenreich, Christian Convery, Brooklynn Prince, Isiah Whitlock Jr., Ray Liotta

 

THEMA MAMMIFÈRES

Aussi étrange que ça puisse paraître, Cocaine Bear (très bizarrement « traduit » Crazy Bear pour sa sortie en France) s’inspire de faits réels. En décembre 1985, le trafiquant de drogue Andrew C. Thornton, ancien agent de la brigade des stupéfiants ayant viré de bord, largue depuis son avion un sac de sport empli de cocaïne pour éviter de surcharger son appareil en difficulté. Il saute ensuite en plein vol mais son parachute ne s’ouvre pas et la chute est fatale. L’affaire se corse lorsqu’un ours noir de 80 kilos qui se promène tranquillement dans la forêt, au nord de la Georgie, tombe sur le sac de sport et en avale le contenu. Trois mois plus tard, la pauvre bête est retrouvée morte, manifestement suite à une overdose. Mais que ce serait-il passé si l’ours avait survécu à son ingestion de cocaïne au point de devenir accro ? Tel est le postulat du scénario de Cocaine Bear écrit par Jimmy Warden (The Babysitter : Killer Queen). La réalisation du film est confiée à Elizabeth Banks, ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle. Si les fantasticophiles apprécient depuis longtemps cette actrice versatile (elle était notamment la Betty Brant de la trilogie Spider-Man de Sam Raimi, l’héroïne de Horribilis ou encore l’Elfie Trinket de la saga Hunger Games), ses travaux de mise en scène se limitent jusqu’alors aux très dispensables Pitch Perfect 2 et Charlie’s Angels version 2019. Cocaine Bear lui permettra-t-il de passer à la vitesse supérieure ?

Le scénario de Cocaine Bear (ou Crazy Bear pour les francophones, donc) commence exactement comme le fait réel sur lequel il s’appuie mais bifurque ensuite rapidement vers la fiction la plus débridée, empruntant dès lors ses codes au survival, au film d’horreur, à la comédie et au thriller. Car dans cette forêt où rôde un énorme plantigrade devenu fou, accro et très agressif suite à une trop forte ingestion de cocaïne se retrouvent pêle-mêle des randonneurs, des enfants qui font l’école buissonnière, des gardes forestiers, des secouristes, des délinquants à la dérive, des policiers et des trafiquants bien décidés à remettre la main sur la cocaïne égarée dans les bois (dont le chef est incarné par Ray Liotta, qui connaissait déjà des petits soucis avec la poudre blanche dans Les Affranchis). Une fois cette petite bande hétéroclite savamment éparpillée dans la nature, le jeu de massacre peut tranquillement commencer.

La poudre aux yeux

On le voit, Crazy Bear recelait un formidable potentiel. Malheureusement, Elizabeth Banks ne parvient pas à trouver le ton juste. Les traits d’humour, les personnages exubérants et les gags visuels sont souvent appuyés sans finesse, dans l’espoir manifeste de muer le film en œuvre culte. Mais la démarche est trop artificielle, trop voyante. Tous ces coups de coude adressés au spectateur, avec ce qu’il faut d’éléments politiquement incorrects pour afficher de l’impertinence, semblent finalement bien dérisoires. Les séquences de suspense et d’épouvante elles-mêmes peinent à susciter le moindre frisson, malgré la qualité des effets visuels (l’ours numérique de Weta est une formidable réussite) et le recours à une pincée de membres arrachés et de tripes à l’air pour faire bonne mesure. « J’aime le gore », confesse Banks. « J’ai grandi avec Evil Dead. Le gore fait partie du plaisir de l’aventure. » (1) On ne peut pas lui en vouloir, tout comme on apprécie la démarche culottée d’une réalisatrice jouant des coudes pour s’imposer sur un terrain cinématographique généralement très masculin. On regrette d’autant plus les maladresses de cet ours sous coke qui avait pourtant tout pour nous plaire. Mais à force d’hésiter entre l’approche brutale de The Revenant et le grain de folie d’un Sharknado, Crazy Bear peine à convaincre. Le film est dédié à Ray Liotta, qui s’est éteint quelques mois après la fin du tournage.

 

(1) Extrait d’un entretien d’Elizabeth Banks avec Adam B. Vary publié dans le magazine Variety

 

© Gilles Penso


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LE SOUS-MARIN DE L’APOCALYPSE (1961)

Un sous-marin expérimental a pour mission de lancer des ogives nucléaires pour dissiper des radiations électromagnétiques qui pourraient être fatales pour notre planète…

VOYAGE TO THE BOTTOM OF THE SEA

 

1961 – USA

 

Réalisé par Irwin Allen

 

Avec Walter Pidgeon, Joan Fontaine, Robert Sterling, Peter Lorre, Barbara Eden, Michael Ansara, Frankie Avalon

 

THEMA CATASTROPHES I MONSTRES MARINS I POLITIQUE-FICTION

Pour le grand-public, le nom d’Irwin Allen est associé aux fleurons du cinéma catastrophe qu’il réalise dans les années 70, tels que L’Aventure du Poséidon, La Tour infernale et dans une moindre mesure L’inévitable catastrophe. Mais sa filmographie en tant que réalisateur et producteur se définit également par ses contributions régulières au genre fantastique à tendance rétro (même pour l’époque) marquée par l’esprit de Jules Verne, avec le remake du Monde perdu et Cinq semaines en ballon (« tiré du roman de » justement). Ayant pressenti le vent du Nouvel Hollywood, il mise aussi pas mal sur le petit écran dès 1970 (avec notamment les séries TV culte Perdus dans l’espace et Voyage à travers le temps), même si, paradoxalement, ses plus gros succès au box-office cités plus haut interviennent dans cette même décennie. Si la prédilection d’Irwin Allen pour la science-fiction et les films catastrophes peut légitimement être considérée comme matricielle pour l’œuvre à venir de Roland Emmerich (Independence Day, 2012, mais plus encore Le Jour d’après lui doivent beaucoup), son attrait pour l’élément marin pourrait également avoir marqué l’esprit du petit James Cameron. Le générique du Sous-marin de l’apocalypse est accompagné d’une chanson interprétée par le crooner Frankie Avalon (celui-ci jouant également dans le film) et peine à nous mettre dans l’ambiance, laissant augurer d’une gentille comédie de mœurs avec Marylin Monroe plutôt qu’un huis clos se déroulant à bord d’un sous-marin nucléaire. Mais ce dernier, le Seaview, montre le bout de son nez dès la première scène et il a fière allure, bien que les effets spéciaux ne cherchent pas à dissimuler le fait que l’on contemple des maquettes. Mais cela n’est guère un défaut et contribue au contraire au charme du film.

Après une première bobine faisant office de visite guidée du submersible et d’introduction de son équipage composé essentiellement de stars hollywoodiennes au crépuscule de leur carrière (Peter Lorre, Joan Fontaine), l’amiral Nelson (Walter Pidgeon, déjà auto-proclamé Dieu dans Planète interdite) se rend au siège des Nations Unies à New-York en tant que dernier espoir pour la sauvegarde de l’humanité, rien que ça. D’étranges ondes électromagnétiques dans l’atmosphère terrestre menaceraient en effet de s’embraser et d’éradiquer toute vie sur notre belle planète bleue. Ce phénomène tout juste découvert en 1961, dit des « radiations de la ceinture Van Allen », n’est en fait nullement dangereux mais la science n’en avait pas encore percé les mystères. La solution désespérée préconisée dans le film consiste donc à lancer les missiles nucléaires de notre joli sous-marin à un endroit et un moment stratégiques, pour contrer le mal par le mal en quelque sorte. Mais des opinions discordantes se font entendre jusqu’au sein de l’équipage, certains optimistes ayant la conviction que les ondes se dissiperont d’elles-mêmes. Or la situation empire, la température mondiale augmente et des incendies se déclenchent un peu partout. Dans un Seaquest au bord de la mutinerie, les tensions entre l’amiral et son second en chef annoncent avec 34 ans d’avance la prise bec entre Gene Hackman et Denzel Washington dans USS Alabama, aux rebondissements très similaires.

À en perdre Allen

De prime abord, Le Sous-Marin de l’Apocalypse apparait comme une histoire sans ennemi célébrant la solidarité et l’entente entre les nations pour éviter une catastrophe naturelle mondiale, avec son amiral visionnaire tenant plus de Walt Disney que de Patton. Sauf que… la menace a beau être invisible, elle se manifeste comme par hasard par des effets de radiation rougeoyants dans le ciel, symbolisant bien sûr comme toujours la peur du communisme. Notons que si le film dégage aujourd’hui un charme naïf et suranné, il sortit en pleine guerre froide, deux ans seulement avant la crise des missiles de Cuba qui faillit déclencher une troisième guerre mondiale. Bien que cette production 20th Century Fox se lise finalement avant tout comme un acte de propagande pour la superpuissance américaine, on peut aussi discerner une discrète tentative de brouiller la frontière du manichéisme. Car si l’ennemi russe n’est jamais évoqué explicitement, le film pose la question de la responsabilité politique et militaire. L’amiral Nelson succombe à la paranoïa et doute même de sa mission alors que les communications avec la surface sont coupées. Sa santé mentale est même remise en question lorsque ses officiers le soupçonnent d’avoir lui-même écrit des lettres de menace qui lui sont adressées – une aliénation évoquant peut-être le capitaine Némo de Jules Verne, tout comme la pieuvre géante qu’affrontera le Seaview en cours de métrage. Et si les enjeux politiques constituent la base thématique du récit, Irwin Allen n’oublie pas de livrer un divertissement tout public et greffe notamment de façon très artificielle deux personnages féminins, supposés apporter une touche de légèreté à l’ambiance général. Barbara Eden, incarnant une potiche blonde dansant le charleston et rêvant à son futur mariage avec son supérieur (Robert Sterling), écoperait surement d’un carton rouge si le film était soumis au test de Bechdel. Les péripéties se suivent comme autant de petits épisodes, au fil d’un rythme déjà très télévisuel mais compensé par un CinémaScope élégant qui, conformément au cahier des charges du format à l’époque, se montre d’une lisibilité et d’une clarté jamais prise en défaut, même si la caméra s’avère le plus souvent très statique. Les 400 000 dollars investis dans les décors seront amortis avec la production de la série télé Voyage au fond des mers qui durera quatre saisons à partir de 1964. Descendant direct du Seaview, le Seaquest de la série homonyme produite par Spielberg en 1993 témoignera à sa façon de l’impact durable de l’œuvre science-fictionnelle d’Irwin Allen.

 

© Jérôme Muslewski


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CASTLE FREAK (1995)

Stuart Gordon réunit les deux acteurs principaux de Re-Animator et From Beyond pour une nouvelle adaptation libre des écrits de Lovecraft…

CASTLE FREAK

 

1995 – USA

 

Réalisé par Stuart Gordon

 

Avec Jeffrey Combs, Barbara Crampton, Jonathan Fuller, Jessica Dollarhide, Massimo Sarchielli, Elisabeth Kaza, Lucia Zingaretti, Helen Stirling

 

THEMA FREAKS I TUEURS I LOVECRAFT I SAGA CHARLES BAND

Stuart Gordon est un familier des productions Charles Band, puisqu’il réalisa sous le label Empire Re-Animator, From Beyond, Dolls, Robot Jox et Le Puits et le pendule. Un jour, alors qu’il rend visite à Band, Gordon remarque dans son bureau un poster énigmatique. Sous le titre Castle Freak, un dessin saisissant montre un homme difforme enchaîné à un mur et fouetté par une femme. Intrigué, le réalisateur souhaite en savoir plus. Band se contente de répondre qu’il s’agit d’un des nombreux posters qu’il a fait réaliser sans idée précise de scénario, juste pour pouvoir appâter d’éventuels investisseurs. C’est sa méthode de prédilection, qui s’est avérée payante par le passé. Les deux hommes passent alors un accord. Si Gordon souhaite réaliser ce film, il a carte blanche sur le scénario et sur le casting, dans la mesure où il garde le titre et donc l’idée d’un monstre dans un château. Charles Band, dont la compagnie Full Moon connaît alors quelques difficultés et qui vient de perdre le soutient de la Paramount, tient à limiter les frais. Le budget ne pourra donc pas dépasser les 500 000 dollars et la quasi-totalité du tournage devra se dérouler dans le château qu’il possède en Italie (et où Gordon tourna déjà Le Puits et le pendule). Le scénario, confié à Dennis Paoli, s’inspire très vaguement d’une nouvelle de H.P. Lovecraft, « Je suis d’ailleurs », et réunit les deux acteurs principaux de Re-Animator et From Beyond.

Après avoir hérité d’un château du XIIe siècle qui appartenait à une célèbre duchesse italienne, John Reilly (Jeffrey Combs) se rend en Italie pour le visiter avec sa femme Susan (Barbara Crampton) et leur fille adolescente Rebecca (Jessica Dollarhide). Le climat n’est pas au beau fixe entre les époux depuis la mort de leur fils cadet dans un accident de voiture qui a également rendu leur fille aveugle. John était au volant et possédait beaucoup d’alcool dans le sang. La tension dans leur couple est palpable et crédible, portée par le jeu intense de Combs et Crampton. Sur les conseils de leur exécuteur testamentaire (Massimo Sarchielli), ils décident de rester au château jusqu’à ce qu’ils puissent liquider la succession. Une gouvernante ayant jadis servi la duchesse, Agnese (Elisabeth Kaza), s’occupera d’eux. Mais la nuit, des bruits étranges résonnent dans les couloirs et Rebecca sent une présence dans sa chambre. Il leur faut bientôt se rendre à l’évidence : quelqu’un ou quelque chose rôde dans le château…

La bête dans le château

Le climat de malaise qui s’installe dès les premières minutes du film, accentué par la musique à base de violons dissonants écrite par Richard Band, montre la volonté de Stuart Gordon de s’éloigner de l’horreur burlesque qui émaillait ses précédentes adaptations de Lovecraft. De fait, Castle Freak possède une gravité inhabituelle de la part des productions Full Moon. « C’est probablement le film le plus macabre et le plus perturbant que j’ai pu produire », confirme Charles Band. « Mais l’ambiance dans laquelle nous l’avons tourné était exactement à l’opposé : un délice complet du début à la fin. » (1) Il faut dire que le réalisateur, le producteur et les acteurs principaux se connaissent bien, liés depuis de nombreuses années par une amitié solide. Band avait d’ailleurs lui-même dirigé Combs et Crampton pour une autre adaptation de Lovecraft, le segment The Evil Clergyman du film à sketches Pulse Pounders. Très inspiré, Gordon exploite au maximum de son potentiel le décor naturel du château que Band met à sa disposition. Quant au monstre qui sévit dans la cave, il nous effraie autant qu’il nous apitoie. La scène de son évasion, traitée partiellement en caméra subjective, procure un sentiment d’identification qui se rapproche du texte de Lovecraft. Gordon se réfère d’ailleurs directement à « Je suis d’ailleurs » à travers le passage furtif où la créature découvre son reflet dans le miroir. Mais pour le reste, le scénario de Paoli n’entretient que peu de rapport avec la nouvelle originale. Lorsque le film bascule soudain dans le gore, c’est dans un registre glauque, sanglant et cru tout à fait déstabilisant. Les auteurs de ces maquillages – et du faciès horriblement difforme du « freak » – sont les talentueux John Vulich et Mike Measmer, de l’atelier Optic Nerve. Tous les artistes au service de Castle Freak se sont ainsi donné le mot pour faire du film une expérience éprouvante et presque douloureuse, que Charles Band ne pourra hélas distribuer qu’en vidéo et de manière discrète. Le dixième long-métrage de Stuart Gordon aurait pourtant mérité d’être vécu sur grand écran.

 

(1) Extrait de l’autobiographie de Charles Band « Confessions of a Puppetmaster » (2021)

 

© Gilles Penso

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SHRUNKEN HEADS (1994)

Un film complètement fou réalisé par le frère du compositeur Danny Elfman et produit par le roi de la série B Charles Band…

SHRUNKEN HEADS

 

1994 – USA

 

Réalisé par Richard Elfman

 

Avec Julius Harris, Meg Foster, Aeryk Egan, Rebecca Herbst, A.J. Damato, Bo Sharon, Darris Love, Bodhi Elfman, Troy Fromin, Leigh-Allyn Baker, Paul Linke

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I ZOMBIES I SAGA CHARLES BAND

Sur le papier, ça semblait être une bonne idée. C’est ce que s’est dit le producteur Charles Band lorsque Richard Elfman, le frère du célèbre compositeur Danny Elfman, lui présenta le scénario d’un long-métrage qu’il souhaitait réaliser. Le titre ? Shrunken Heads. Le concept ? Trois têtes réduites dotées de pouvoirs magiques font régner la justice dans les rues de New York. Band est emballé. Certes, Richard Elfman n’est pas un nom particulièrement « bankable » à Hollywood. Ses deux premiers films, Forbidden Zone et Streets of Rage, sont restés confidentiels. Mais son frère est une star (qui s’engage à écrire la musique du générique, le reste de la bande originale étant pris en charge par Richard Band) et l’accord que Charles Band a passé avec Paramount pourrait permettre au film de sortir en salles. Mais face au résultat final, les cadres du studio se désolidariseront de ce Shrunken Heads décidément trop « tordu » pour eux. Tout commence pourtant bien. Il y a d’abord ce thème principal virevoltant composé par un Danny Elfman en grande forme, évoquant derrière ses rythmes tribaux le « March of the Dead » qu’il écrivit pour L’Armée des ténèbres mais aussi plusieurs de ses travaux super-héroïques (Darkman, Flash, Batman). Les jeunes protagonistes du film sont d’ailleurs fans des comics DC. Il s’agit de Tommy Larson (Aeryk Egan), Bill Turner (Bo Sharon) et Freddie Thompson (Darris Love).

Ces trois adolescents new-yorkais passent leur temps à lire des bandes dessinées qu’ils achètent au kiosque à journaux de Monsieur Sumatra (Julius Harris) et à éviter d’être bousculés par la bande du voyou Vinnie Benedetti (A.J. Damato). Ce dernier travaille pour la patronne de la mafia locale, Big Moe (Meg Foster), et s’occupe des basses besognes. Pour compliquer un peu les choses, Tommy, l’un de nos sympathiques ados, a le béguin pour Sally (Rebecca Herbst), la petite amie de Vinnie, et ses sentiments semblent partagés. Au début, Shrunken Heads ressemble à une gentille production Moonbeam un peu plus soignée que les autres et taillée sur mesure pour le tout jeune public. Certes, quelques éléments bizarres n’entrent pas dans les cases, notamment cette mafieuse qui se comporte comme un homme et caresse la bimbo décorative qui traîne sur son bureau, ou ces « fuck » qui ponctuent les dialogues des mauvais garçons. Et puis soudain, à 26 minutes du début du métrage, les trois jeunes héros sont abattus à coups de fusils et de pistolets ! A partir de là, le film prend une tournure définitivement saugrenue.

Mais à qui ce film s’adresse-t-il ?

Après ce triple meurtre particulièrement brutal, Monsieur Sumatra montre ses penchants pour le vaudou. Il s’immisce donc en pleine nuit dans la morgue et tranche la tête des trois petits cadavres avant de les plonger dans un liquide bouillonnant aux côtés d’une dépouille de chat mort ! Et voilà nos trois garçons ramenés à l’état d’hideuses têtes réduites à la bouche et aux yeux cousus ! Et ce n’est pas fini. Maintenant, Tommy, Bill et Freddie sont des têtes volantes aux instincts meurtriers. L’un est armé d’un couteau, l’autre est affublé de dents de vampire, le troisième peut envoyer des décharges électriques. Nos « têtes réduites » ne se contentent pas de faire régner la justice comme des super-héros. Elles égorgent, sucent le sang et électrocutent les méchants puis les transforment en zombies flatulents ! Si l’on ajoute à ce concept complètement délirant quelques scènes insaisissables, pour ne pas dire embarrassantes (la mini-tête de Tommy qui se frotte contre les seins naissants de la toute jeune Sally pour lui témoigner son affection !), on en vient légitimement à se demander à qui s’adresse ce film. Certes, la mise en forme est très soignée, les effets visuels particulièrement réussis, les maquillages impressionnants et la musique de Richard Band impeccable (avec des allusions au thème des « Jets » de West Side Story pour illustrer les déambulations du gang de Vinnie). Mais le résultat final peine à trouver son public. Trop gentillet pour les amateurs de films d’horreur, trop glauque pour les enfants, Shrunken Heads reste une curiosité dont le non-conformisme laisse encore rêveur aujourd’hui.

 

© Gilles Penso


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VIRUS (1999)

Jamie Lee Curtis, William Baldwin et Donald Sutherland affrontent des cyborgs d’origine extra-terrestre au milieu de l’océan…

VIRUS

 

1999 – USA / GB / JAPON / FRANCE / ALLEMAGNE

 

Réalisé par John Bruno

 

Avec Jamie Lee Curtis, William Baldwin, Donald Sutherland, Joanna Pacula, Marshall Bell, Sherman Augustus, Cliff Curtis, Julio Oscar Mechoso

 

THEMA ROBOTS I EXTRA-TERRESTRES

Talentueux superviseur d’effets visuels, John Bruno a œuvré sur de nombreux blockbusters. On le trouve par exemple au générique de Poltergeist, Vampire vous avez vampire, Batman le défi ou Cliffhanger. James Cameron, dont on connaît l’exigence, sollicita pour sa part son savoir-faire sur Abyss, Terminator 2, True Lies et Titanic. Notre homme connaît donc son affaire. L’envie de passer lui-même à la mise en scène le titille assez tôt. Après avoir fait ses premiers pas de réalisateur sur l’un des segments du dessin animé Métal Hurlant et sur le film de parc d’attraction Terminator 2 3D, il fait le grand saut avec Virus. Produit par Gale Anne Hurd, ce long-métrage ambitieux adapte une bande dessinée du même nom créée par Chuck Pfarrer. Les nombreux défis techniques qu’exige le scénario co-écrit par Pfarrer et Dennis Feldman semblent taillés sur mesure pour John Bruno, qui en a vu d’autres. Profitant du confortable budget de 75 millions de dollars mis à sa disposition par cette importante co-production internationale entre les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon, la France et l’Allemagne, Bruno ne recule devant aucune séquence spectaculaire et installe la majeure partie de son tournage à bord d’un véritable navire ancré sur la James River, en Virginie.

Le prologue de Virus nous annonce très tôt la nature de la menace qui va s’abattre sur ses protagonistes : une entité extra-terrestre qui prend la forme d’une source d’énergie en suspension dans l’espace, frappe la station Mir puis infecte le système électrique du Vokov, un vaisseau de recherche russe, au beau milieu du Pacifique Sud. Après ce prologue choc, l’action ne faiblit pas puisque nous voilà à bord du remorqueur Sea Star plongé dans la tourmente d’un typhon. Désespéré, le capitaine Robert Everton (Donald Sutherland) vient de perdre sa cargaison non assurée. Un malheur n’arrivant jamais seul, la navigatrice Kelly Foster (Jamie Lee Curtis) et l’ingénieur Steve Baker (William Baldwin) découvrent que la salle des machines prend l’eau. Alors que la situation semble désespérée, un navire entre dans leur radar : le Volkov. Les membres de l’équipage montent à bord mais ne trouvent personne. Everton réalise qu’ils pourraient gagner des millions en ramenant le Volkov au gouvernement russe. Mais quelque chose les guette à bord…

Waterminator

Si l’entrée en matière est solidement menée et plutôt prometteuse, une mécanique familière empruntée à Alien se met rapidement en place et fleure donc le déjà-vu, avec des machines en révolte à la place du xénomorphe et Jamie Lee Curtis en substitut de Sigourney Weaver. Car l’entité extra-terrestre s’est infiltré partout et transforme tout l’équipement mécanique de bord en autant de robots autonomes de plus en plus agressifs. Certains s’inspirent de la morphologie des insectes, d’autres imitent les humains en fusionnant les machines avec des morceaux de cadavres, d’autres encore prennent l’aspect de colosses métalliques. L’influence du cinéma de James Cameron s’immisce alors dans le film, qui semble vouloir mixer Terminator et Titanic (puisque l’intrigue se résume bientôt à l’attaque de cyborgs indestructibles à bord d’un navire en train de couler). Au-delà de ces sources d’inspiration manifestes, le scénario de Virus évoque irrésistiblement celui de Moontrap, une modeste série B de SF avec Bruce Campbell et Walter Koenig dont il finit presque par ressembler à un remake à gros budget. Comme on pouvait s’y attendre, le travail sur les effets spéciaux est remarquable : les maquillages spéciaux et les marionnettes animatroniques de Steve Johnson et Eric Allard rivalisent d’inventivité, tandis que les images de synthèse conçues par le Tippett Studio débordent de dynamisme. Mais du côté des humains, la dramaturgie s’avère déficiente. Les revirements du capitaine incarné par Donald Sutherland n’ont aucun sens, Jamie Lee Curtis donne le sentiment de jouer dans un état second sans croire une seconde au personnage qu’elle incarne et le climax bascule carrément dans le grotesque. Gros échec critique et commercial, Virus restera sans suite et John Bruno reviendra avec bonheur à ses premières amours : les effets spéciaux.

 

© Gilles Penso


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DREAMANIAC (1986)

Premier film d’horreur de David DeCoteau, ce slasher surnaturel met en scène une succube aux appétits sanglants…

DREAMANIAC

 

1986 – USA

 

Réalisé par David DeCoteau

 

Avec Thomas Bern, Ashlyn Gere, Sylvia Summers, Lauren Peterson, Bob Pelham, Cynthia Crass, Brad Laughlin, Linda Denise Martin, Matthew Phelps, Lisa EMery

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I TUEURS I SAGA CHARLES BAND

David DeCoteau fait ses débuts dans le cinéma en tournant des films pornographiques gay, une industrie alors en plein essor dans les années 80. En deux ans, il réalise une bonne dizaine de longs-métrages de cet acabit, camouflé la plupart du temps derrière un pseudonyme, puis décide de s’attaquer à un genre différent susceptible de lui ouvrir un public plus large : l’horreur. À 24 ans, il écrit donc un long-métrage titré Succubus et réunit l’argent nécessaire (c’est-à-dire pas grand-chose) pour pouvoir le mettre en scène. Après dix jours de tournage, DeCoteau approche le producteur Charles Band et lui propose de lui montrer les rushes. « Ce n’était pas un chef d’œuvre », avoue Band, « mais David était très prometteur, et j’aimais le fait qu’il ait la même approche que moi : faire les choses, tout simplement. J’ai financé la post-production, j’ai réuni un peu d’argent pour lui et j’ai distribué le film sous la bannière de ma compagnie Empire. » (1) Jamais à cours d’idée lorsqu’il s’agit de surfer sur les modes du moment, le producteur change le titre au passage. Succubus devient donc Dreamaniac, dans l’espoir de profiter du succès des Griffes de la nuit. Le slogan sur les posters de l’époque assume d’ailleurs la référence en affirmant : « Pas besoin d’habiter à Elm Street pour faire des cauchemars ». Le film n’a pourtant aucun rapport avec le monde des rêves, mais les voies de l’opportunisme sont souvent impénétrables.

Le personnage principal du film est Adam (Thomas Bern), un musicien de heavy metal qui, pour une raison qui nous échappe (la quête de la gloire, de l’inspiration ou du succès auprès des femmes ?), décide d’invoquer une entité mystérieuse qui répond au nom d’Alou. Il allume donc des bougies dans sa chambre, écoute une musique planante, déchiffre un vieux livre écrit en français et se lance dans quelques incantations évasives. Bientôt apparaît Lily (Sylvia Summers), une jeune femme qui se love contre lui et entreprend de lui octroyer une petite gâterie. Mais soudain il hurle, tandis que nous la découvrons la bouche pleine de sang. S’agissait-il d’une hallucination ? Nous n’en savons trop rien, le scénario prenant le parti de ne pas s’attarder sur ce genre de détail. Tout ce que nous savons, c’est qu’une petite fête entre étudiants se prépare dans la maison, orchestrée par la petite amie d’Adam (Ashlyn Gere). La soirée en question s’avère aussi ennuyeuse pour les participants que pour les spectateurs, qui attendent désespérément un peu d’action. C’est alors que s’installe la mécanique du slasher.

Très très méchante

Lily s’immisce ainsi entre les différents invités, attend qu’ils s’isolent et se lance dans un joyeux massacre. Le carnage s’effectue au couteau, au rasoir, au tisonnier, au fil électrique, au bâton de ski, à la perceuse ou à mains nues, tandis que des effets spéciaux gore bricolés avec les moyens du bord font ce qu’ils peuvent pour éclabousser l’écran. L’un des invités, plus malin que les autres, a tout compris : « Ce n’est pas une fille, c’est un succube », s’exclame-t-il. « Elle baise les hommes et elle les tue ! » Le comportement d’Adam reste la plupart du temps incompréhensible. Complice involontaire de la tuerie, il s’offusque très mollement. « Il faut que ça s’arrête » dit-il ainsi sans conviction à Lily, tandis qu’à l’arrière-plan gisent deux cadavres enlacés l’un contre l’autre. Puis il se montre plus entreprenant, participant même activement au massacre. Dreamaniac est un film au rythme lent, affublé d’une facture de court-métrage amateur des années 80, d’une prise de son déficiente et d’un jeu d’acteurs globalement catastrophique. Comment ne pas s’embarrasser face à cette pauvre Sylvia Summers qui fait les gros yeux en nettoyant son couteau pour nous faire comprendre qu’elle est très très méchante ? Fidèle à ses goûts, David DeCoteau a tendance à déshabiller plus volontiers les garçons que les filles, arguant que la plupart des actrices ont refusé de satisfaire aux exigences de nudité du scénario, contrairement aux acteurs qui se sont révélés plus à l’aise. « J’ai investi dans David, plus que dans Dreamaniac » avoue Charles Band, bien conscient des maigres qualités de ce galop d’essai. « Et cet investissement s’est avéré payant. David a depuis réalisé des tonnes de films pour moi. C’est en outre devenu l’un de mes amis les plus proches. » (2)

 

(1) et (2) Extraits de l’autobiographie de Charles Band « Confessions of a Puppetmaster » (2021)

 

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HELLRAISER : DEADER (2005)

Une journaliste qui n’a pas froid aux yeux enquête sur une secte jouant avec la mort et se retrouve en ligne de mire du redoutable Pinhead…

HELLRAISER : DEADER

 

2005 – USA

 

Réalisé par Rick Bota

 

Avec Kari Wuhrer, Doug Bradley, Paul Rhys, Simon Kunz, Marc Warren, Georgina Rylance, Ionut Chermenski, Hugh Jorgin, Linda Marlowe, Madalina Constantin

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA HELLRAISER

C’est en 2002, alors que Hellraiser : Hellseeker vient de sortir, que Dimension film décide de lancer le septième volet de la franchise en confiant le scénario à Peter Briggs (Freddy contre Jason). Mais rien ne va se passer comme prévu. L’histoire proposée par Briggs est jugée trop coûteuse en termes de production et l’on se rabat finalement sur un autre scénario n’ayant initialement aucun rapport avec Hellraiser. Il s’agit de Deader, écrit par Neil Marshall Stevens (13 fantômes). Ce projet avait été proposé à Dimension dès 2000 et le roi des effets spéciaux Stan Winston, séduit, s’était engagé à le produire. Tim Day (qui avait écrit Hellseeker) est donc sollicité pour réadapter Deader afin de le muer en septième opus de la saga Hellraiser et Winston reste attaché à la production. Le mot d’ordre est de s’approcher de la vague montante du cinéma d’horreur japonais, et notamment de Ring. Reste à trouver un réalisateur. Scott Derrickson est approché mais passe son tour. Un seul Hellraiser lui suffit dans sa carrière (l’opus Inferno) et il préfère se consacrer à L’Exorcisme d’Emily Rose. C’est donc Rick Bota, réalisateur du très anecdotique sixième épisode de la franchise, qui rempile pour la suite. Ce n’est pas forcément une bonne nouvelle, d’autant que les moyens à sa disposition restent extrêmement réduits. Hellraiser : Deader est d’ailleurs tourné intégralement en Roumanie en même temps que l’épisode suivant, Hellraiser : Hellworld.

L’entrée en matière d’Hellraiser : Deader est pourtant prometteuse et laisse imaginer un film beaucoup plus soigné et cohérent que le précédent. Kari Wuhrer incarne Amy Klein, une journaliste tout-terrain qui n’hésite pas à s’immerger dans les situations les plus périlleuses ou les plus interlopes pour ramener des articles coup de poing. A la demande de son rédacteur en chef (Simon Kunz), elle part à Bucarest pour enquêter sur une cassette vidéo montrant le meurtre rituel – puis la réanimation – d’un membre d’une secte qui se fait appeler « Les Deaders ». Le visionnage de cette cassette plonge d’emblée les spectateurs dans un irrépressible état de malaise. Le stress provoqué plus tard par la découverte d’un cadavre pendu au milieu d’un appartement roumain décrépit accentue ce climat malsain et donne le sentiment que Rick Bota a tiré des leçons des faiblesses du film précédent. De retour dans sa chambre d’hôtel, Amy ouvre la boîte qu’elle a trouvée dans les mains crispées du cadavre et déclenche aussitôt un cauchemar effroyable dans lequel Pinhead (Doug Bradley) vient à sa rencontre…

D’entre les morts

Le saut qualitatif par rapport à Hellraiser : Hellseeker est indiscutable. Deader nous semble, dès les premières minutes, mieux réalisé, mieux joué, mieux rythmé et mieux écrit que son prédécesseur. Surréalistes, les séquences situées dans une rame de métro transformée en club SM échangiste morbide convoquent une imagerie directement héritée de Clive Barker. Mais une telle sous-culture peut-elle réellement exister secrètement dans les transports publics souterrains de Bucarest ? A vrai dire, la tangibilité de ces scènes pose question. Car depuis qu’elle a ouvert le cube, notre héroïne vit dans un monde où l’illusion et le cauchemar s’invitent sans préavis dans le monde réel. La scène du couteau est à ce titre déstabilisante. Ce qui a tout d’une sanglante hallucination refuse ainsi de s’évaporer pour s’ancrer obstinément dans la réalité en y déversant des taches de sang indélébiles. Comme en outre le personnage d’Amy trimballe un traumatisme d’enfance qui revient la hanter de manière lancinante, le trouble s’accroît. Hélas, le scénario se perd en cours de route, s’essoufflant sous ses facéties hallucinatoires qui ne masquent pas de grosses scories d’écriture. On sent bien que le troisième acte, réécrit pour imbriquer le film dans la mythologie d’Hellraiser, ne tient pas la route. Kari Wuhrer elle-même, convaincante en début de métrage, finit par gémir et hurler sans retenue face aux horreurs que le film accumule artificiellement jusqu’à un massacre final expédié à la va-vite. Dommage. Les deux premiers tiers du film laissaient espérer un épisode beaucoup plus abouti.

 

© Gilles Penso

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