L’ATTAQUE DES SANGSUES GÉANTES (1959)

Roger Corman persiste et signe dans le domaine du film de monstres géants avec des parasites gluants infestant les marais d’une bourgade de Floride

ATTACK OF THE GIANT LEECHES

 

1959 – USA

 

Réalisé par Bernard L. Kowalski

 

Avec Bruno Ve Sota, Yvette Vickers, Michael Emmet, Ken Clark, Gene Roth, Jan Shepard, Tyler McVey, Dan White

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Deux ans après L’Attaque des crabes géants, Roger Corman réitère dans le domaine des invertébrés démesurés avec cette Attaque des sangsues géantes dont il confie cette fois la mise en scène à Bernard Kowalski, vétéran de séries télévisées telles que Gunsmoke ou Les Incorruptibles. Prometteurs, le titre et les posters d’époque dissimulent hélas un film ennuyeux et longuet malgré sa modeste durée de 62 minutes. Nous sommes dans une petite ville de Floride, où les autochtones viennent volontiers traîner derrière le comptoir du ventripotent barman Dave Walker (Bruno VeSota), sosie quelque peu amorphe d’Orson Welles. L’épouse de ce dernier, Liz (Yvette Vickers), est une bimbo provocante qui fait saliver tous les habitués du bar, notamment l’athlétique Cal (Michael Emmet). Tandis que le drame conjugal couve, un accident secoue les chaumières. Un chasseur a en effet été retrouvé défiguré dans les marais. Attribuant ce décès violent à un crocodile, la police classe rapidement l’affaire. Mais Steve Benton (Ken Clark), un agent chargé de chasser les braconniers et de préserver l’environnement, décide de mener sa propre enquête. Comme il s’agit d’un beau gosse blond et musclé, et qu’il est amoureux d’une jolie brunette dont le père est scientifique, les amateurs des clichés de la science-fiction à l’ancienne ne sont pas dépaysés.

Au-delà de son désespérant premier degré, le film s’efforce tout de même de dresser une série de portraits pittoresques pour le moins récréatifs, notamment le shérif alcoolique, les piliers du bar et l’apathique barman. Ce dernier finit par surprendre son épouse aux bras de Cal. Sortant enfin de sa léthargie, il les mène jusqu’aux marais du bout de son fusil… Jusqu’à ce que les deux partisans de l’adultère ne soient soudain engloutis par des sangsues géantes, comme le titre l’indique assez bien. Sauf qu’en guise de monstres assoiffés de sang, nous n’avons droit qu’à de grands morceaux de caoutchouc qui flottent dans l’eau. Les deux victimes suivantes sont des pêcheurs, et il faudra attendre un certain temps avant de voir les sangsues géantes plus distinctement, autrement dit deux comédiens engoncés dans des costumes en plastique truffés de ventouses.

Sens dessus dessous

Après avoir capturé leurs proies humaines, les monstres les emmènent dans une grotte souterraine pour leur sucer le sang. D’où une séquence assez dantesque où tout le monde hurle, le visage blafard et couvert de plaies, sous les assauts répétés des sangsues pataudes (dont l’une met deux bonnes minutes à s’extraire maladroitement de l’eau). Une fois que les autorités comprennent à quel type de monstruosité elles ont affaire, le vieux professeur nous gratifie d’une explication scientifique de dernière minute : les sangsues ont probablement été irradiées, car Cap Canaveral n’est pas loin, or la NASA a parfois utilisé l’énergie atomique pour le lancement des fusées. CQFD. Quant au climax, il est pour le moins expéditif : un corps à corps sous l’eau, Ken Clark imitant Johnny Wessmüller dans les vieux Tarzan, puis une explosion finale à la dynamite réglant définitivement leur compte à ces improbables sangsues.

 

© Gilles Penso

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LOOKER (1981)

Un « techno-thriller » prophétique qui anticipe avec des décennies d’avance les dérives de l’imagerie numérique et des clonages virtuels

LOOKER

 

1981 – USA

 

Réalisé par Michael Crichton

 

Avec Albert Finney, Leigh Taylor-Young, James Coburn, Susan Dey, Dorian Harewood, Tim Rossovich, Kathryn Witt, Terry Welles, Ashley Cox

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION

En 1973, Michael Crichton passait pour la première fois à la mise en scène avec Mondwest, un film de science-fiction habile et efficace qui présentait entre autres particularités celle d’être pionnier dans l’utilisation des images de synthèse. Encore discrètes, très sommaires, uniquement en 2D, elles étaient tout de même avant-gardistes et servaient à visualiser la vision robotisée du cowboy mécanique incarné par Yul Brynner. Deux ans plus tard, l’écrivain/réalisateur commence à élaborer l’idée d’un thriller futuriste situé dans le milieu publicitaire, avec pour postulat la possibilité de reproduire en imagerie numérique des comédiens plus vrais que nature. Mais en 1975, une telle idée semble ridicule. Six ans plus tard, elle n’est pas beaucoup plus réaliste. Crichton décide malgré tout de franchir le pas. Il écrit et réalise donc Looker, qui sera son quatrième film après Mondwest, Morts suspectes et La Grande attaque du train d’or. Pour le rôle principal, il choisit Albert Finney, à l’affiche la même année de Wolfen. L’Hercule Poirot du Crime de l’Orient-Express donne ici la réplique au vétéran James Coburn (Les Sept mercenaires, La Grande évasion) mais aussi à Susan Dey (La Loi de Los Angeles), Leigh Taylor-Young (Soleil vert) et plusieurs mannequins échappés des pages glacées de Playboy. En quête d’une atmosphère en accord avec le sujet high-tech du film, Crichton sollicite le compositeur Barry De Vorzon (Légitime violence, Les Guerriers de la nuit) dont la bande originale majoritairement électronique évoque parfois certains travaux de Jerry Goldsmith.

Les prémices de Looker sont troublantes. Après avoir demandé à Larry Roberts (Albert Finney), l’un des chirurgiens esthétiques les plus réputés de Beverly Hills, d’opérer sur elle des changements microscopiques, la top-modèle Lisa Convey (Terri Welles) rentre chez elle. Mais visiblement quelqu’un s’est introduit dans son appartement. Après avoir été déstabilisée par un « flash » venu de nulle part, la jeune femme est prise de panique et se jette par la fenêtre. Cet « accident » n’est pas un cas isolé. Deux autres patientes du docteur Roberts, elles aussi mannequins spécialisés dans les spots publicitaires, sont mortes dans d’étranges circonstances après qu’il ait très légèrement altéré leur physique. Alors que la prochaine sur la liste semble être Cindy Fairmont (Susan Dey), le médecin mène sa petite enquête et tombe sur la compagnie Digital Matrix, possédée par le richissime John Reston (James Coburn) et dirigée par Jennifer Long (Leigh Taylor-Young). Spécialisée dans l’utilisation de l’imagerie numérique et des outils digitaux pour maximiser l’impact des spots publicitaires, cette entreprise ne laisse rien au hasard. « A un million de dollars la minute, nous voulons que vous regardiez ce que nous vendons » explique avec pragmatisme Jennifer à notre chirurgien fasciné. Pour être certains que les téléspectateurs regardent là où il faut, les mouvements des pupilles sont ainsi analysés en détail et un ordinateur ajuste au millimètre près la position des modèles ainsi que leur physionomie. Et pour pouvoir contrôler à la perfection leur gestuelle, des avatars numériques permettent de ne plus avoir besoin des acteurs/mannequins une fois que leur corps a été numérisé…

Avatars

Un film comme Looker permet de mesurer le caractère incroyablement avant-gardiste de l’œuvre littéraire et cinématographique de Michael Crichton, qui n’oubliait jamais d’intégrer dans les spéculations scientifiques de ses techno-thrillers des questions éthiques, morales et sociétales. Particulièrement en avance sur son temps, Looker anticipe sur la technologie de la motion capture et soulève déjà les problèmes moraux liés à la création des clones virtuels et à la réappropriation de l’image d’autrui sans son consentement. Ce sujet ne sera d’actualité que deux décennies plus tard. Une scène particulière du film montre Susan Dey se faire scanner à 360°, une technologie qui relevait alors de la science-fiction. En adéquation avec son sujet, le film utilise des images de synthèse inédites, un an avant Tron, dix ans avant Terminator 2 et douze ans avant Jurassic Park qui ouvrira définitivement la voie aux effets numériques… et dont le scénario s’appuie comme par hasard sur un roman de Michael Crichton. Le discours de Looker est d’une force que les années n’ont pas atténué (voir cette scène édifiante où les parents de Cindy sont quasi hypnotisés par une émission stupide qui passe à la télé sans voir la détresse de leur fille). Mais passée la première moitié du film, Crichton peine à construire des péripéties solides autour de ce concept. Un nombre incalculable d’incohérences jalonne ainsi le récit, lui ôtant peu à peu toute crédibilité. De fait, Looker sera un gros flop au box-office et sa chanson générique « She’s a Looker », pourtant conçue comme un tube parfait des années 80, sombrera dans l’oubli. Mais le film mérite d’être redécouvert, ne serait-ce que pour constater à quel point son postulat était vertigineusement prophétique.

 

© Gilles Penso

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TERREUR AVEUGLE (1971)

Richard Fleischer dirige Mia Farrow dans le rôle d’une jeune femme aveugle traquée par un tueur psychopathe

SEE NO EVIL / BLIND TERROR

 

1971 – GB

 

Réalisé par Richard Fleischer

 

Avec Mia Farrow, Dorothy Alison, Robin Bailey, Diane Grayson, Brian Rawlinson, Norman Eshley, Paul Nicholas, Christopher Matthew, Lila Kaye, Barrie Houghton

 

THEMA TUEURS

S’il y a bien deux composantes dans la filmographie de Richard Fleischer qui frappent, c’est son éclectisme et sa capacité d’adaptation. Touche-à-tout, il sut tourner avec la même maestria des films noirs, des westerns, des épopées d’aventure, des péplums, des fables de science-fiction ou des films de guerre en injectant dans chacune de ces œuvres une touche extrêmement personnelle, sans pour autant faire la démonstration d’un style trop voyant. C’est dans les détails qu’on reconnaît un film de Richard Fleischer : une attirance récurrente pour les figures du Mal, une approche sociale des comportements, un sous-texte psychanalytique… Au tout début des années 70, Fleischer s’attaque à un scénario écrit par Brian Clemens (élément créatif clé de la série Chapeau melon et bottes de cuir) et pose les jalons d’un genre qui atteindra le summum de sa popularité la décennie suivante : le slasher. Avant Black ChristmasLa Nuit des masques, Vendredi 13 et même La Baie sanglante (réalisé la même année mais sorti plus tard sur les écrans américains)Terreur aveugle met en place les mécanismes de ce cocktail très particulier mixant les codes du film policier avec ceux du film d’horreur. La cécité était déjà un support d’épouvante fort dans Seule dans la nuit de Terence Young. Richard Fleischer la reprend à son compte, éliminant l’argument policier du thriller qui mettait en vedette Audrey Hepburn pour s’intéresser au profil insaisissable d’un désaxé frappé de pulsions meurtrières incontrôlables.

La première image de Terreur aveugle est celle d’un cinéma qui projette un double programme explicite : « Meurtre au couvent » et « Le Culte du violeur » (deux films imaginaires). Les spectateurs dévalent l’escalier et se répandent dans la rue nocturne. La caméra s’abaisse alors pour s’approcher d’une paire de bottes de cowboy. L’homme à qui elles appartiennent – dont nous ne verrons jamais le visage – passe devant des vitrines de jouets guerriers, des journaux qui parlent de fusillades, des téléviseurs qui diffusent un film d’horreur (Le Jardin des tortures), bref est exposé à la violence réelle et fictive qui, on l’imagine, s’emmêlent dans sa tête. Une voiture passe et l’éclabousse. Nerveusement, il essuie ses bottes. Cet incident est visiblement vécu comme un affront. En quelques secondes, Richard Fleischer nous a montré le chasseur et sa proie. La voiture, rutilante, appartient à George et Sandy Rexton (Brian Rawlinson et Diane Grayson), l’oncle et la tante de Sarah (Mia Farrow). Cette dernière est devenue aveugle après un accident d’équitation. Dès lors, elle s’installe avec eux dans leur grande maison au cœur de la campagne anglaise. Là, elle retrouve son ami Steve (Norman Eshley) qui tient un ranch à proximité. Alors que Sarah se remet en selle (au propre comme au figuré) avec Steve, l’homme aux bottes pénètre dans la maison et se lance dans un sanglant massacre. La jeune aveugle sera sa prochaine proie…

L’assassin sans visage

Très tôt, Richard Fleischer nous présente plusieurs suspects possibles. Autour de la candeur de Sarah, les regards sont louches, les attitudes étranges, certaines remarques déplacées. Un fossé social se creuse naturellement entre la famille de l’héroïne et cet entourage immédiat fait de modestes employés et de gitans. Les petites jalousies, les animosités et l’intolérance s’affirment de manière insidieuse, concourant à créer un climat anxiogène avant même que le tueur ne frappe. La virtuosité de Fleischer éclate dans ce long passage (qui commence le soir et s’achève au petit matin) où Mia Farrow évolue dans la grande maison jonchée de cadavres sans s’en rendre compte. Les spectateurs distinguent un par un les indices qui mènent au massacre, sans qu’elle-même en ait conscience. C’est là la définition la plus pure du suspense tel que le définissait Alfred Hitchcock. Lorsqu’enfin elle découvre l’étendue du carnage, c’est hors champ, derrière une porte close. Un bref instant, le spectateur devient à son tour aveugle, privé de l’information visuelle. Le chassé-croisé qui suit sera vécu comme un éprouvant parcours du combattant, rabaissant Sarah plus bas que terre, la traînant littéralement dans la boue, comme si elle devenait à elle seule le symbole de toutes les horreurs que les hommes peuvent faire subir aux femmes (un sujet que Fleischer avait déjà abordé dans La Fille sur la balançoire et qu’il allait décliner de manière surprenante dans Soleil vert). Le tueur est d’ailleurs sur-virilisé (les bottes, le jean, la cigarette à la bouche, le fusil à la main). Trois ans après sa performance inoubliable dans Rosemarys’ Baby, Mia Farrow est une fois de plus exceptionnelle, au cœur de séquences d’angoisse particulièrement éprouvantes. Mais Terreur aveugle n’est pas dénué de faiblesses, en particulier une caractérisation caricaturale de l’assassin (étonnant de la part de Fleischer) et surtout une résolution très décevante. Le film sera l’un des rares flops de son réalisateur, avant d’être réévalué par les cinéphiles y décelant une œuvre charnière dans l’histoire d’un genre cinématographique que John Carpenter allait porter aux nues.

 

© Gilles Penso

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HORROR OF THE BLOOD MONSTERS (1970)

Un film totalement absurde dans lequel des astronautes atterrissent sur une planète préhistorique où sévissent des créatures improbables

HORROR OF THE BLOOD MONSTERS

 

1970 – USA

 

Réalisé par Al Adamson

 

Avec John Carradine, Robert Dix, Vicki Volante, Joey Benson, Jennifer Bishop, Bruce Powers, Theodore Gottlieb

 

THEMA VAMPIRES

Grand spécialiste du cinéma d’exploitation à tout petit budget, Al Adamson fonde la compagnie Independent International Production avec Samuel M. Sherman et enchaîne les productions fauchées comme Satan’s Sadists, Blood of Dracula’s Castle ou cet hallucinant Horror of the Blood Monsters dont le scénario part dans tous les sens et n’atterrit finalement nulle part. Il s’agit en réalité d’un patchwork assez confus structuré autour de larges extraits du film philippin Tagani, réalisé par Rolf Bayer en 1956, qui conte la rivalité entre deux peuplades d’hommes préhistoriques. Adamson rachète ce film obscur pour une bouchée de pain, récupère au passage d’autres extraits en vrac et se creuse la tête pour pouvoir bricoler un long-métrage à peu près cohérent à partir de cette matière disparate. Il lui faut d’abord trouver un moyen de recycler tous ces extraits en noir et blanc au sein d’un film couleur. C’est là que vient l’idée de génie : l’intrigue se situera sur une autre planète dont l’atmosphère est saturée de « radiations chromatiques ». Du coup tout ce qui s’y déroule semble être en noir et blanc avec un filtre de couleur jaune, bleu, rouge ou vert. Adamson pousse le vice jusqu’à inventer le nom d’un procédé technique totalement imaginaire qui s’affiche fièrement sur le générique et les affiches du film : le « Color Effect Spectrum X ».

Lorsque le film commence, nous apprenons qu’un fléau vampirique a gagné la Terre et que les citoyens se transforment les uns après les autres en suceurs de sang. C’est ce que nous raconte une voix off qui en fait des tonnes en prenant une sorte d’accent de l’est indéfinissable, tandis que s’égrènent à l’écran quelques saynètes répétitives où des figurants s’affolent face à des comédiens arborant des dents pointues. Or le mal vient visiblement d’une autre planète. Il faut donc organiser un voyage dans l’espace jusqu’au système solaire de Spectrum. L’expédition est montée par le docteur Rynning (un John Carradine vieillissant qui acceptait à l’époque de jouer dans tout et n’importe quoi). Après d’interminables bavardages avec le centre de contrôle (deux acteurs filmés devant un fond noir) et quelques images spatiales empruntées à The Wizard of Mars (1965), le vaisseau XP13 atterrit enfin sur la fameuse planète. Et c’est parti pour un festival de stock-shots en noir et blanc filtrés de toutes les couleurs. Tout commence avec des images de dinosaures empruntées à Tumak fils de la jungle (1940) et L’île inconnue (1948), autrement dit des lézards qui se battent dans un décor miniature et des hommes costumés en cératosaures au milieu des broussailles. Mais ce n’est qu’un avant-goût du délire qui attend les spectateurs…

Hommes écrevisses et vampires des cavernes

Car nos fiers voyageurs de l’espace assistent bientôt à une série de pugilats entre plusieurs tribus préhistoriques. Les uns sont athlétiques et courageux, les autres plus sauvages et affublés d’un petit serpent qui semble greffé sur leur épaule. Ces images improbables proviennent de Tagani, comme la grande majorité de celles qui suivent. Car dès lors, les comédiens dirigés par Al Adamson se contentent de regarder au loin, de s’asseoir en fumant ou de commenter vaguement ce qui se passe hors-champ. Une femme préhistorique en maillot de bain se joint à eux, histoire de varier les plaisirs, et se met à parler parfaitement anglais après qu’ils lui aient injecté plusieurs produits dans le corps. Le reste du temps, nous découvrons donc la guerre que se livrent les gentils Taganis et les méchants Tubetons (des hommes de Néanderthal vampires avec des crocs aussi gros que ceux des tigres à dents de sabre). Parmi les scènes mythiques de Horror of the Blood Monsters (toujours issues de Tagani), on note l’attaque des hommes-chauves-souris dans une caverne et surtout le surgissement des hommes-écrevisses dans un lac ! Un très grand moment de n’importe quoi. L’action est parfois interrompue par des séquences déconnectées du reste de l’intrigue où un couple fait l’amour dans une chambre pleine d’ampoules multicolores qui font bip-bip. Finalement, l’équipage quitte la planète en ayant totalement oublié l’objectif premier de sa mission, qui était d’éradiquer le fléau vampire s’étant abattu sur la Terre. De toute façon, à ce stade, plus personne ne semble savoir à quoi rime ce film, ni les acteurs, ni le réalisateur, ni bien sûr les spectateurs. En France, cette production « autre » fut parfois affublée du titre Les Monstres de la planète des singes !

 

© Gilles Penso

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POSSESSOR (2020)

Grâce à une technologie permettant de contrôler les individus, une tueuse à gages accomplit la mission de trop qui pourrait lui faire perdre pied…

POSSESSOR

 

2019 – CANADA / GB

 

Réalisé par Brandon Cronenberg

 

Avec Andrea Riseborough, Christopher Abbot, Jennifer Jason Leigh, Tuppence Middleton, Sean Bean, Rossif Sutherland

 

THEMA TUEURS I MONDES VIRTUELS ET PARALLÈLES

Pas facile de se faire une place dans le monde du 7ème art quand vous êtes le fils de David Cronenberg, un des auteurs les plus reconnus du cinéma fantastique des années 70/80. Et vu que Brandon Cronenberg a choisi d’œuvrer dans le même genre, il tend encore plus le dos à la critique. Faisons donc preuve d’indulgence et évitons tout parti pris : oui, les deux premiers films du fiston, Antiviral et Possessor, ont bel et bien un air de famille avec ceux de papa. Et alors ? Que celui ou celle qui n’entretient aucun point commun avec ses géniteurs lui jette la première pierre ! Brandon Cronenberg explique d’ailleurs que dans sa jeunesse, il s’« interdisait » de faire du cinéma, mais décida finalement de suivre ses envies en dépit des inévitables mauvaises langues qui l’attendraient au tournant. Son galop d’essai, Antiviral, sorti en 2013, pâtissait de ses velléités auteurisantes et négligeait la caractérisation des personnages, discourant plutôt qu’il ne racontait une histoire. Il aura presque fallu dix ans à Brandon C. pour accoucher de son second projet. Et en dix ans, la pomme a muri et s’est éloignée de l’arbre dont elle était tombée.

Possessor nous plonge sans préambule dans son univers science-fictionnel. Une fille (une call-girl ?) rejoint une fête dans un bar branché, s’approche d’un homme, sort un pistolet et l’abat froidement. Elle porte ensuite l’arme à sa bouche sans se résoudre à appuyer sur la gâchette. Mais la police arrive et la crible de balles. Elle tombe raide-morte. Plan suivant : une femme blonde est allongée sur une table dans un environnement clinique, un étrange casque sur la tête. Elle se nomme Tasya Vos (Andrea Riseborough) et travaille pour une agence disposant d’une technologie permettant de prendre le contrôle d’un hôte afin d’effectuer des missions d’infiltration/espionnage/assassinat pour le compte de corporations prêtes à enfreindre toutes les lois. Mais Tasya commence à perdre pied. À force d’habiter le corps d’autres, sa propre conscience et sa perception de la réalité sont perturbées. Elle voudrait s’offrir un break mais sa supérieure Girder (Jennifer Jason Leigh) ne le voit pas de cet œil, elle qui préfèrerait que son agent renonce à son mari et son fils et se dévoue corps et âme à ses missions. Possessor raconte cette mission (de trop ?), durant laquelle Tasya va incarner Elio (Matthew Garlick). Ce dernier va s’avérer un hôte coriace et Tasya ne sortira pas indemne de cette « cohabitation ». Brandon Cronenberg réussit parfaitement son entrée en matière : au cours des dix premières minutes résumées ci-dessus, il définit à la fois le style visuel de sa mise en scène, le tempo, l’ambiance générale et fournit les informations nécessaires à la compréhension de son argument de science-fiction – sans s’encombrer de considérations techniques. De ce point de vue, Possessor ressemblerait plus à une adaptation de Philip K. Dick et ses questionnements sur la perception de notre environnement, qu’à une quelconque tentative d’émuler les thématiques de Cronenberg Senior.

Un esprit malsain dans un corps sain

La perception distordue et les hallucinations dont souffre Tasya ont également des répercussions sur le spectateur, qui doit s’interroger sur les faits et gestes de l’hôte : qui, d’Elio ou Tasya, a l’ascendant ? La direction est bien sûr un élément-clé de la réussite du film et le réalisateur utilise beaucoup les gros plans pour mieux scruter les émotions contradictoires d’Elio. Une dualité qui évoque métaphoriquement une forme de schizophrénie, ou même, du fait de la différence de sexe entre la « possesseuse » et le « possédé », une dimension transgenre (un thème effleuré dans Ready Player One ou même Jumanji – Next Level, et traité plus frontalement dans Freaky de Chris Landon). Brandon Cronenberg avait d’ailleurs écrit une scène montrant Tasya affublée d’un pénis lors d’une de scène sexe pourtant déjà explicite à l’écran, mais se ravisa pour ne pas s’aventurer inutilement vers un hors-sujet, cet aspect physiologique n’étant finalement qu’un moyen plutôt qu’une fin dans le cadre de son histoire. Si il fallait à tout prix trouver un raccourci critique pour définir Possessor, on pourrait le décrire comme un croisement entre le pitch de la série Dollhouse, l’ambiance d’Enemy et Arrival de Denis Villeneuve, le tout mâtiné d’éléments empruntant à Philip K. Dick, pour ses thématiques et sa manière de décrire la technologie pour ce qu’elle permet sans s’attarder sur son fonctionnement. Bien qu’entretenant quelques points communs avec le très efficace Upgrade sur le papier, l’approche est ici plus intimiste, cérébrale et moins portée sur l’action. La conséquence directe est un certain déficit d’émotion envers les motivations et enjeux personnels de son héroïne. Ce qui n’a pas empêché Possessor de se voir attribuer le Grand Prix du Jury lors du Festival de Gerardmer 2021. Une récompense méritée pour une œuvre intègre et maitrisée, extrapolant intelligemment sur son postulat de départ. Malgré une légère baisse de régime à mi-parcours, le scénario tient la route jusqu’au bout, sans jamais perdre le spectateur, faisant converger ses différents éléments de façon cohérente et satisfaisante. En ces temps où le concept prime souvent sur la rigueur d’écriture, c’est plus qu’appréciable.

 

 © Jérôme Muslewski

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WILLARD (1971)

Un jeune homme introverti se lie d’amitié avec une horde de rats et les mue en instruments de vengeance contre ceux qui l’oppriment…

WILLARD

 

1971 – USA

 

Réalisé par Daniel Mann

 

Avec Bruce Davison, Ernest Borgnine, Elsa Lanchester, Sondra Locke, Michael Dante, Jody Gilbert, William Hansen, John Myhers

 

THEMA MAMMIFÈRES

Si les attaques animales représentent un sous-genre très codifié du cinéma d’épouvante, Willard échappe un peu aux règles établies depuis 1963 avec Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock. De fait, le long-métrage de Daniel Mann prend plus volontiers les atours d’un drame psychologique que d’un film d’horreur. Tout part d’un roman de Stephen Gilbert, « Ratman’s Notebooks », publié en 1968, dans lequel un jeune homme timide balloté entre sa vieille mère malade et son patron tyrannique utilise les rats pour se venger. Trois ans après la sortie du livre, Bing Crosby décide d’en produire une adaptation pour le cinéma. Bruce Davidson y trouve le rôle de sa vie, campant une sorte d’adolescent attardé dont la prestation gauche n’est pas sans évoquer le Norman Bates de Psychose. Sa grande maison et sa mère possessive renforcent l’analogie. Une scène précise du film évoque d’ailleurs les prémisses du slasher d’Alfred Hitchcock : le client fortuné de l’entreprise où travaille Willard qui exhibe de façon presque obscène son argent devant son patron. Un passage similaire lançait l’intrigue de Psychose, avec les conséquences sanglantes que l’on sait.

Martyrisé par son patron (Ernest Borgnine, délicieusement détestable), incompris par sa mère (Elsa Lanchester, ex-Fiancée de Frankenstein), Willard finit par se prendre d’affection pour les rats qui nichent dans le jardin. Il ne peut se résoudre à les tuer, malgré les instructions de sa mère, et préfère les laisser joyeusement gambader. Il commence même à les apprivoiser, les muant en compagnons de jeu, voire en confidents… et bientôt en instruments de vengeance. Dans Willard, les animaux agressifs ne sont donc pas traités comme des monstres venus de l’extérieur mais plutôt comme une menace interne, symbole des frustrations et des bas instincts du jeune homme qui leur demande d’agir à sa place. Les rongeurs deviennent l’expression de son côté animal, le fameux « ça » cher à la psychanalyse.

La bête qui sommeille…

Le film semble vouloir aborder en filigrane une problématique importante dans les mentalités de l’époque : le choc des générations. Lorsque tous ces visages vieillissants et fardés viennent imposer leur promiscuité au timide Willard pour lui infliger un repas d’anniversaire forcé, il nous semble presque revoir la fête que subit malgré lui Dustin Hoffman dans Le Lauréat (qui sut si bien traduire les fossés générationnels de la fin des années 60). Dans Willard, tous les adultes nous paraissent vulgaires, pleutres et geignards. Seule la jeune collègue intérimaire de Willard (Sondra Locke, future égérie de Clint Eastwood) exhale une certaine idée d’innocence et de pureté. Mais Willard reste insensible à ses battements de cils et n’a d’yeux que pour ses rats. Le film de Daniel Mann nous parle aussi de la peur qu’engendre la perte de contrôle. Car si les rats semblent redonner à Willard du pouvoir sur sa destinée (le jeune homme subissait son existence plus qu’il ne la vivait jusqu’alors), ses compagnons quadrupèdes prolifèrent à une vitesse alarmante dans sa cave, et une fois de plus la situation lui échappe. En ce sens, le drame se rapproche du mythe de l’apprenti sorcier développé avec panache dans le roman « Frankenstein » : le héros crée un monstre qui finit par se retourner contre lui. Énorme succès au moment de sa sortie, Willard relance la vogue du film d’attaques animales, dont le point d’orgue sera Les Dents de la mer en 1975.

 

© Gilles Penso

 

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APE VS. MONSTER (2021)

Toujours dans les bons coups, le studio Asylum nous propose son imitation low-cost de Godzilla Vs. Kong

APE VS. MONSTER

 

2021 – USA

 

Réalisé par Daniel Lusko

 

Avec Eric Roberts, Adrianna Scott, Katie Sereika, Shayne Hartigan, Nerek Kirakossian, Irina Picard, Rudy Benz, Gregg Marcantel, R.J. Wagner, Quinn Baker

 

THEMA SINGES I REPTILES ET VOLATILES I EXTRA-TERRESTRES

En dignes successeurs de Roger Corman, qui sut en son temps sortir Carnosaur juste avant Jurassic Park pour damer le pion aux dinosaures de Steven Spielberg, les producteurs de The Asylum ne reculent devant rien et osent se lancer en quatrième vitesse dans une imitation low-cost de Godzilla vs. Kong dont ils confient la réalisation à Daniel Lusko. Celui-ci, coutumier du fait, avait signé l’année précédente un Top Gun du pauvre titré tout simplement Top Gunner, avec Eric Roberts dans le rôle d’un colonel. Le frère de Julia, décidément abonné aux films Asylum, jouait aussi dans Monster Island, qui essayait en 2019 de profiter de la sortie de Godzilla King of the Monsters. Le revoici donc au générique de Ape vs. Monster, dans un rôle différent puisque les deux films ne sont pas connectés entre eux. Cela dit, la présence de son nom en tête d’affiche est un peu abusive dans la mesure où l’ancien héros de L’Ambulance se contente ici de rester assis dans son bureau pour une poignée de séquences dialoguées. Tourné dans la précipitation, Ape vs. Monster ne peut pas vraiment s’appuyer sur le scénario de son modèle Godzilla vs. Kong, qui n’est alors pas encore sorti, et brode donc autour d’un sujet de science-fiction improbable dont certains éléments ne sont pas sans évoquer Rampage.

Lancée dans l’espace en 1985, une capsule spatiale manque d’entrer en collision avec l’ISS et atterrit au milieu du désert de Virginie. Alors qu’à Washington on s’agite, le docteur Linda Murphy (Arianna Scott) convoque une réunion d’urgence du Pentagone. Elle identifie la capsule comme étant l’ELBE, une sonde secrète américano-soviétique lancée dans l’espoir d’établir un contact avec des extraterrestres. Cette mission, conçue pour mettre fin à la guerre froide, avait été considérée comme un échec suite à la disparition de la capsule. Or la revoilà, avec à son bord le chimpanzé Abraham. Mais entretemps, celui-ci est entré en contact avec une substance verte extra-terrestre et se met à grandir jusqu’à atteindre des proportions dignes de King Kong. Alors que le singe géant est capturé et installé dans un bunker sous surveillance, un reptile qui se promène dans le désert s’approche des restes de la capsule et boit à grandes gorgées le liquide vert qui traîne encore au sol. La suite est prévisible : le petit saurien va se transformer en émule de Godzilla et le grand primate va s’échapper…

Le singe et le lézard

Si l’on apprécie le fait que les scénaristes aient évité l’aberration consistant à transformer le chimpanzé en gorille au moment de son changement de taille (le Konga de Charles Lamont avait moins de scrupules), force est de constater que ce bon vieil Abraham n’est pas vraiment convaincant. Son design, son rendu, son animation, son incrustation dans les prises de vues réelles rivalisent d’approximation. Ces effets visuels bons marchés sont supervisés par Glenn Campbell, qui fut pourtant un talentueux pionnier (on le trouve aux génériques de Star Trek le film, Tron, Lifeforce ou la série X-Files) avant de s’échouer dans les micro-productions aux budgets ridicules directement conçues pour le petit écran. Pour le monstre reptilien, la production n’y va pas par quatre chemins et achète sur Internet un modèle 3D tout fait, en l’occurrence le « Dino Beast » de Turbosquid (pour la modique somme de 54 dollars, avis aux amateurs !) pour éviter d’avoir à concevoir et modéliser la créature. Il fallait y penser ! La prochaine étape consistera-t-elle à concevoir les séquences d’effets spéciaux en utilisant des applis pour smartphone ? Nous n’en sommes pas loin. De fait, ce grand reptile qui ressemble au Godzilla de Roland Emmerich n’a aucun rapport physiologique avec le saurien original, mais à ce stade du scénario plus rien ne nous étonne. D’autant que nous apprenons bientôt que la substance verte qui a transformé les animaux en titans est contrôlée par des extra-terrestres qui survolent la Terre en soucoupe volante ! Tout ceci serait un minimum réjouissant si les monstres se donnaient généreusement en spectacle. Hélas, la grande majorité du film est constituée d’interminables scènes de dialogues, de réunions au sommet et de pianotages sur ordinateur. Malgré quelques scènes d’action audacieuses à défaut d’être réussies – Le Godzi-lézard qui attaque un train et un hélicoptère, Abraham-Kong qui escalade le monument de Washington – le temps de présence des deux bêtes est très limité et leur affrontement final se règle en quelques secondes. Bref, mieux vaut encore revoir King Kong contre Godzilla d’Inoshiro Honda. Là au moins, il y avait des combats de catch inter-monstres dignes de ce nom…

 

© Gilles Penso

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LES DEUX VISAGES DU DOCTEUR JEKYLL (1960)

La Hammer réinvente le célèbre mythe de Jekyll et Hyde en inversant les codes établis pour mieux semer le trouble…

THE TWO FACES OF DR JEKYLL

 

1960 – GB

 

Réalisé par Terence Fisher

 

Avec Paul Massie, Dawn Adams, Christopher Lee, David Kossof, Francis De Wolff, Norma Marla, Magda Miller, Oliver Reed

 

THEMA JEKYLL ET HYDE

Lorsque le studio Hammer décida de s’emparer du mythe du docteur Jekyll, on s’attendait à une réinterprétation très graphique des écrits de Robert Louis Stevenson. Après tout, Terence Fisher et son équipe n’avaient-ils pas constellé de sang les canines acérées de leur Dracula ? N’avaient-ils pas fait jaillir aux yeux des spectateurs les horrifiques aberrations engendrées par les expériences du docteur Frankenstein ? Or Les Deux visages du docteur Jekyll surprend au contraire par sa retenue. Au lieu d’une escalade dans l’horreur visuelle, Fisher opte pour une angoisse plus insidieuse, plus indirecte, osant même ne jamais montrer la métamorphose physique qui mue Jekyll en Hyde, nœud dramatique de la plupart des versions précédentes. Mais l’idée la plus originale de cette nouvelle adaptation est l’inversion des caractéristiques physiques du bon savant et de son maléfique alter ego. Ici, Jekyll est un vieux savant rabougri et disgracieux, tandis que son double a les traits séduisants et la voix enjôleuse. Même la pilosité faciale, attribut généralement associé à la bestialité de Hyde, prend le chemin inverse de ses prédécesseurs. Une barbe noire et drue grignote le menton de Jekyll, alors que la figure de son âme damnée est lisse et imberbe, comme pour mieux souligner l’impunité de ses exactions.

D’ailleurs, après chacune de ses métamorphoses – et donc chacun de ses méfaits – Hyde revient sous les traits d’un Jekyll de plus en plus vieilli, affaibli et stigmatisé. C’est là que le mythe créé par Stevenson semble épouser celui du Portrait de Dorian Gray et même celui de Faust. Ce parti pris audacieux, dont Jerry Lewis s’inspirera largement pour son savoureux Docteur Jerry et Mister Love, permet au comédien Paul Massie de se livrer à une étonnante performance. Dans les moments les plus intenses du film, le comédien s’avère capable d’incarner en plan séquence Jekyll et Hyde. Quels que soient sa figure et son maquillage, un simple changement d’intonation et de regard suffit à concrétiser ces altérations furtives de sa personnalité.

« Je ne peux pas aimer, je ne connais rien à l’amour »

Peu d’acteurs auront aussi bien rendu l’idée abstraite d’une personnalité prisonnière du corps d’un autre. Lorsque Hyde clame « aidez-moi » avec la voix de Jekyll, l’effet est troublant. Tout comme lorsque le bellâtre diabolique, après une nuit passionnée avec une charmeuse de serpents, constate dans un élan de lucidité désenchanté : « Je ne peux pas aimer, je ne connais rien à l’amour. » Aux côtés de Massie, on trouve la belle Dawn Adams (qu’on a pu admirer dans Un Roi à New York, Le Diabolique docteur Mabuse ou The Vampire Lovers), dans le rôle de l’épouse frustrée du savant qui se jette bien vite dans les bras d’un autre. Et c’est l’incontournable Christopher Lee qui incarne l’amant suffisant et gouailleur, que l’époux éconduit ne souhaite pas laisser impuni… quitte à convoquer le monstre qui sommeille en lui. Lee incarnera d’ailleurs lui-même le double rôle du savant dans une autre adaptation anglaise de la nouvelle de Stevenson, Je suis un Monstre, réalisée en 1971 pour la firme Amicus, concurrente de la Hammer.

 

© Gilles Penso

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MAD MISSION 5 (1989)

Dans ce cinquième épisode de la délirante saga hongkongaise, de vils gangsters convoitent une épée mythique ancestrale

 SAN ZEOI GAAI PAAK DONG / ACES GO PLACES 5 : THE TERRACOTTA HIT

 

1989 – HONG-KONG

 

Réalisé par Lau Kar-Leung

 

Avec Samuel Hui, Karl Maka, Leslie Cheung, Nina Li Chi, Conan Lee, Melvin Wong, Ellen Chan, Danny Lee, Fennie Yuen, Roy Cheung, Brad Kerner

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION I SAGA MAD MISSION

Praticien du kung fu depuis son enfance, chorégraphe attitré des productions Shaw Brothers dans les années soixante, Lau Kar-Leung a déjà une solide expérience de réalisateur lorsqu’on lui confie Mad Mission 5, sa filmographie comptant déjà une vingtaine de longs-métrages mouvementés tels que Le Combat des maîtres, La 36ème chambre de Shaolin ou Les Démons du karaté. Comparativement à ses prédécesseurs Eric Tsang, Tsui Hark ou Ringo Lam, il est donc un « vétéran » lorsqu’il s’attaque aux aventures de Sam et Cody Jack. Son influence sur cette quatrième aventure se manifeste par une orientation sensible vers les codes du film d’arts martiaux et de cape et d’épée. Si quelques allusions à l’univers de James Bond subsistent, tout le décorum lié à l’espionnage a ici tendance à s’effacer au profit d’une mise en avant d’un folklore asiatique plus traditionnel. Autre nouveauté : Sylvia Chang ne fait plus partie du casting et le duo incarné par Samuel Hui et Karl Maka partage désormais l’affiche avec deux voleurs qu’incarnent Nina Li Chin et Leslie Cheung. Ce dernier, alors à l’aube de sa carrière, deviendra l’une des superstars les plus populaires du cinéma de Hong-Kong. Chanteur et acteur à succès, il sera notamment le héros de la trilogie Histoires de fantômes chinois.

Le film démarre en Thaïlande, où Sam et Cody, devenus chasseurs de prime pour payer leurs dettes, interviennent au milieu d’une cérémonie de fiançailles et kidnappent la promise afin de la restituer à son époux légitime. La scène semble échappée d’un western, nos héros à moto étant pris en chasse par des centaines de poursuivants à cheval qui finissent par les encercler, relecture du motif de l’attaque de la diligence. Mais en comprenant que leur employeur est un sale type, ils renoncent à leur mission. Trois ans plus tard, nous voilà à Hong-Kong, où la célèbre armée de terre cuite de la ville de Xi’an est acheminée sous haute surveillance pour une exposition. Mais le « gang du gant blanc » veut mettre la main sur ce trésor national, et notamment sur l’épée de l’empereur Qin (rebaptisée « Excalibur » pour le public occidental), un artefact mythique et extrêmement précieux. Deux jeunes voleurs leur dament le pion et la subtilisent à leur place. L’un prend la fuite en se propulsant avec un canon, l’autre utilise le pouvoir de l’épée pour se frayer un chemin dans un grillage. Ces deux acrobatiques malfaiteurs s’étant faits passer pour Sam et Cody Jack, les deux amis – fâchés depuis trois ans – refont équipe pour se disculper. Ils se retrouvent rapidement pris entre le feu des autorités, de ceux qui ont usurpé leur identité et du gang du gant blanc.

L’Excalibur de Chine

Cet ultime épisode met donc le paquet sur les combats de kung-fu, tous plus virtuoses et acrobatiques les uns que les autres. Il faut saluer là l’incroyable énergie de ses comédiens, prompts à se contorsionner en tous sens pour les besoins du film. Du coup, le scénario lui-même, volontairement simpliste, est assumé comme un prétexte à un enchaînement de pugilats et de démonstrations de force. L’influence de la saga 007, plus discrète qu’auparavant, se limite à quelques accords de guitare inspirés du « James Bond Theme » et à un vilain improbable portant un gant en forme de chat blanc qu’il passe son temps à caresser ! Bien sûr, les scènes d’action n’ont rien perdu de leur grain de folie et de leur caractère vertigineux, avec une mention spéciale pour notre héros coincé dans une cabine téléphonique enlevée par une grue, ou encore cette virée en voiture qui tourne à la catastrophe. Mais la grande idée visuelle du film intervient au cours du climax, situé dans un entrepôt où sont stockées les statues des guerriers en terre cuite. La moitié d’entre elles s’avèrent être de vrais soldats costumés, ce qui occasionne un monstrueux combat surréaliste où les statues n’en finissent plus de s’animer pour contrer les protagonistes, tandis que l’épée de Qin, soudain chargée d’électricité, confèrent à ceux qui l’utilisent un pouvoir particulier. Ce beau final clôt officiellement la franchise Mad Mission, même si un ultime épisode à part, New Mad Mission, sera réalisé en 1997 avec un casting totalement différent.

 

© Gilles Penso

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LAVALANTULA (2015)

Les tempêtes de requins de Sharknado faisant fureur, les producteurs d’Asylum tentent une variante : les avalanches d’araignées incandescentes !

LAVALANTULA

 

2015 – USA

 

Réalisé par Mike Mendez

 

Avec Steve Guttenberg, Nia Peeples, Patrick Renna, Michael Winslow, Marion Ramsey, Leslie Easterbrook, Ralph Garman, Danny Woodburn

 

THEMA ARAIGNÉES I CATASTROPHES

En 2013, Steve Guttenberg avait été contacté par les producteurs de Sharknado pour incarner le rôle de Finn le chasseur de requins. Le concept lui paraissant absurde, l’ancien héros de Cocoon et Short Circuit avait poliment décliné l’offre, sans se douter que ce délire filmique mixant le film de monstres et le film catastrophe génèrerait un culte planétaire. Deux ans plus tard, il ne veut plus rater le coche. Lorsque se prépare Lavalantula, une variante tout aussi abracadabrante reposant sur un principe voisin, il saisit la balle au bond et accepte le rôle. Il pousse même son implication jusqu’à entraîner avec lui plusieurs comédiens qui lui donnaient la réplique dans la célèbre saga Police Academy. Michael Winslow (le spécialiste des bruitages), Marion Ramsey et Leslie Easterbrook s’embarquent donc dans cette aventure. Dans un rôle plein d’autodérision, Guttenberg incarne Colton West, un acteur star des années 90 qui est aujourd’hui ringardisé au point de jouer dans un film avec des insectes géants. De fait, l’ancien fringuant jeune homme des années 80 est devenu un sexagénaire au visage buriné, Guttenberg assumant pleinement son nouveau look et son statut d’ex-comédien vedette.

La catastrophe annoncée par le titre excentrique du film survient dès les premières minutes. Une gigantesque éruption volcanique se déclenche au beau milieu des Monts Santa Monica et projette dans les rues de Los Angeles des hordes d’araignées géantes incandescentes. Des cratères fumants s’ouvrent partout dans le bitume, laissant surgir des arachnides grands comme des hommes qui crachent du feu et pénètrent dans les habitations. Les medias parlent d’une « avalanche de tarentules de lave », d’où le terme de « Lavalantula ». Un mot composite qui, selon un scientifique, était déjà utilisé par les Mayas pour évoquer le phénomène. Or plus le désastre s’étend, plus les spécimens sont gros et agressifs. Le seul moyen de sauver la situation semble être de tuer la reine de la colonie, autrement dit la… Mamalantula ! Plongé au milieu du chaos, Colton West part à la recherche de son fils et de son épouse, tandis que les morts spectaculaires et les destructions massives s’accumulent autour de lui…

L’araignée contre l’homme-fusée

Si la mise en scène de Mike Mendez (Le Couvent, Big Ass Spider !) est plutôt efficace, les effets visuels ont du mal à suivre. Ces incrustations hasardeuses et ces images de synthèse médiocres gâchent en effet une partie du spectacle et ne parviennent jamais vraiment à rendre justice aux ambitions du scénario (co-écrit par Mendez, Neil Elman et Ashley O’Neil, oui ils s’y sont mis à trois !). Le fait que ces trucages aient été sous-traités un peu partout dans le monde pour faire baisser les coûts n’est sans doute pas étranger à l’approximation du résultat. Quelques séquences de suspense sont tout de même efficaces (Nia Peeples cachée sous une couverture de survie sur laquelle grimpe l’un des monstres, les adolescents poursuivis dans le bâtiment désaffecté) et une poignée d’effets gore softs jaillissent parfois à l’écran (les milliers d’araignées qui sortent du corps d’une fille mordue). La scène de panique sur Hollywood Boulevard permet un certain nombre de clins d’œil, des Aventuriers de l’arche perdue à Pirates des Caraïbes en passant par Sharknado. Car Ian Ziering fait ici une furtive apparition dans le rôle de Fin Shepard, affirmant à notre héros qu’il a un problème de requins à régler. Le final délirant voit Colton West endosser la tenue d’un héros qu’il incarna jadis sur grand écran (« Red Rocket », une sorte de Rocketeer) pour s’en aller affronter la titanesque reine des araignées incandescentes. Drôle et distrayant à défaut d’être subtil et abouti, Lavalantula eut son petit succès, sans comparaison tout de même avec le phénomène Sharknado. D’où une séquelle mise en chantier en 2016 et baptisée 2 Lava 2 Lantula !

 

© Gilles Penso

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