LES DÉSASTREUSES AVENTURES DES ORPHELINS BAUDELAIRE (2004)

Un casting de haut niveau s’anime dans ce conte pour enfants qui s’autorise tous les excès et toutes les impertinences

LEMONY SNICKET’S A SERIES OF UNFORTUNATE EVENTS

 

2004 – USA

 

Réalisé par Brad Siberling

 

Avec Jim Carrey, Meryl Streep, Jude Law, Emily Browning, Liam Aiken, Kara et Shelby Hoffman, Timothy Spall, Bill Connolly

 

THEMA CONTES

Les romans pour enfants ayant le vent en poupe au début des années 2000, grâce au succès colossal de la saga Harry Potter, les studios Nickelodeon Movies ont décidé de s’attaquer à l’œuvre de l’écrivain Daniel Handler. Les Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire adapte ainsi les trois premiers volumes d’une saga baptisée « A Series of Unfortunate Events » et met en scène Violette, Klaus et Prunille, trois enfants surdoués dont les parents meurent soudainement dans un terrible incendie. Orphelins du jour au lendemain, ils se retrouvent à la tête d’une fortune colossale dont ils pourront bénéficier dans quatre ans, lorsque Violette aura atteint sa majorité. En attendant, l’austère Monsieur Poe, banquier de son état et exécuteur testamentaire des parents Baudelaire, s’efforce de les placer dans une famille d’accueil respectable. C’est là qu’intervient l’affreux oncle Olaf, parent éloigné et comédien raté qui endosse divers déguisements pour attirer les orphelins dans ses griffes et tenter de récupérer leur argent…

Avec à son actif Casper et La Cité des anges, Brad Silberling n’avait pas démontré de talent particulier en matière de mise en scène et d’inventivité. D’où la surprise très agréable qui attend les spectateurs des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire. Car la première grande qualité du film est liée à la réussite sa direction artistique. Tout commence avec les décors sublimement surréalistes concoctés par Rick Heinrichs, collaborateur régulier de Tim Burton. De la vieille maison sur pilotis au château décrépi en passant par la colossale demeure champêtre, la ville portuaire, la caverne mystérieuse ou le théâtre d’un autre âge, on n’en finit plus d’admirer ces panoramas gothiques et résolument atemporels. Les effets spéciaux hallucinants d’ILM sont à l’avenant, nous donnant à voir un serpent géant jouant avec une petite fille, un train sur le point d’écrabouiller les jeunes héros ou encore une attaque de sangsues carnivores !

Les métamorphoses de Jim Carrey

Ajoutez à cela des costumes surprenants, des maquillages excessifs et une partition envoûtante de Thomas Newman, et vous obtenez l’un des contes pour enfants les plus originaux jamais transposés à l’écran. D’autant qu’ici, le ton est volontiers cynique, les clichés sont détournés et les happy-ends soigneusement évités. Il faut avouer que le film repose aussi beaucoup sur ses interprètes enfants et adultes. Parmi ces derniers, Jim Carrey et Meryl Streep nous offrent des prestations proprement hilarantes, versions caricaturales et cartoonesques des méchants de la littérature enfantine classique. Habitué aux maquillages outranciers depuis The Mask, Carrey se retrouve ainsi affublé de prothèses en tout genre, sous les mains habiles de Bill Corso qui décrit son personnage comme un mixage entre un vampire, un vautour, Lon Chaney et Laurence Olivier ! On note au détour du casting quelques apparitions en forme de clin d’œil, comme celle de Dustin Hoffmann campant un savoureux critique théâtral. Bref, une œuvre franchement rafraîchissante qui confirme le flair et l’audace de l’équipe de Nickelodeon.

 

© Gilles Penso

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LA PLUIE DU DIABLE (1975)

Plusieurs stars se bousculent dans ce film d’horreur où William Shatner se décompose et où Ernest Borgnine se transforme en bélier !

THE DEVIL’S RAIN

 

1975 – USA / MEXIQUE

 

Réalisé par Robert Fuest

 

Avec Ernest Borgnine, Tom Skerritt, Joan Prather, Eddie Albert, William Shatner, Ida Lupino, John Travolta

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Adulé par toute la communauté fantasticophile grâce à des œuvres aussi atypiques que L’Abominable docteur Phibes ou Les Décimales du futur, Robert Fuest continue à cultiver son goût du non-conformisme avec La Pluie du diable, à la différence près qu’il évacue ici l’humour satirique qui était jusqu’alors l’une de ses marques de fabrique. Car ce récit très manichéen s’apprécie au premier degré. Très proche des thématiques développées dans Les Vierges de Satan de Terence Fisher, La Pluie du diable se distingue par l’atmosphère de western que véhicule son décor de ville fantôme perdue dans un désert de l’ouest américain. Ici, Satan s’affronte un fusil à la main et un stetson vissé sur la tête. Ne s’embarrassant guère de prologue explicatif, le film démarre sur des chapeaux de roue et entraîne le spectateur dans sa folle course. Bien décidé à en découdre avec une secte sataniste qui a kidnappé ses parents, Mark Preston (William Shatner) investit une vieille église abandonnée et se heurte au grand gourou Jonathan Corbis (un Ernest Borgnine proprement habité par son rôle). Capturé à son tour par les adorateurs de Lucifer, il ne peut désormais plus compter que sur son frère Tom (Tom Skeritt) et sur l’épouse de celui-ci (Joan Prather), qui semble développer des perceptions extrasensorielles.

Mais la lutte est loin d’être gagnée d’avance, d’autant que Corbis semble prêt à tout pour récupérer un livre dans lequel tous ceux qu’il a converti à ses diableries ont signé un pacte avec leur sang. Or cette relique repose depuis trois cents ans entre les mains de la famille Preston… La Pluie du diable baigne dans un climat très étrange qu’il doit en partie à l’austérité de sa mise en scène, ponctuée çà et là d’images particulièrement insolites, proches des délires surréalistes que cultivera Don Coscarelli dans Phantasm. Parmi ces visions d’épouvante folkloriques, dues au talent du maquilleur Tom Burman, les plus marquantes sont probablement les visages des adorateurs de Satan, similaires à des figures de cire dont les yeux sont remplacés par des orbites vides. Présents tout au long du film, ces faciès morbides ne perdent jamais leur efficacité. Dans le registre du bizarre, il faut également citer la transformation ponctuelle d’Ernest Borgnine en homme-bélier diabolique !

John Travolta caché sous le latex

Le rythme du film s’étiole ensuite singulièrement, émoussant peu à peu l’intérêt du spectateur, mais la scène finale ravive soudain l’attention. Pendant cinq minutes ininterrompues, on y voit les visages de tous les membres de la secte se liquéfier et se décomposer de fort visqueuse manière. Ce spectacle impressionnant – et peu ragoûtant ! – valut au film le prix des meilleurs effets spéciaux lors de la sixième édition du Festival du Film Fantastique de Paris en 1977. Au détour d’un casting prestigieux, on note que La Pluie du diable offrit son premier rôle à John Travolta. Un effort tout particulier est cependant nécessaire pour le repérer, tant son apparition s’avère furtive et son visage méconnaissable sous les maquillages de Burman. Quant au montage du film, il est assuré par Michael Kahn, futur collaborateur indéfectible de Steven Spielberg.

 

© Gilles Penso

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NEMESIS (1992)

Le réalisateur de Cyborg met en scène le kickboxer Olivier Gruner dans le rôle d’un policier du futur parti à la chasse aux robots récalcitrants

NEMESIS

 

1992 – USA

 

Réalisé par Albert Pyun

 

Avec Olivier Gruner, Tim Thomerson, Cary-Hiroyuki Tagawa, Merle Kennedy, Yuji Okumoto, Marjorie Monaghan

 

THEMA ROBOTS I FUTUR

Il est des réalisateurs qui aiment décliner et enrichir les mêmes thématiques d’un film à l’autre. Albert Pyun, lui, s’est spécialisé dans la série B de science-fiction mâtinée d’action. Ses préférences : des aventures futuristes musclées avec des robots et, en guise d’acteur principal, un ancien champion de kickboxing devenu comédien. Ainsi, après Cyborg avec Jean-Claude Van Damme, le voilà qui récidive en commettant Nemesis, qui met cette fois-ci en vedette Olivier Gruner. Nous sommes à Los Angeles dans le futur. La recherche cybernétique a tant évolué qu’il est désormais possible de réparer toutes les blessures en remplaçant les organes ou les membres abîmés par des implants robotiques. C’est une énorme avancée technologique, mais le revers de la médaille est l’accroissement d’une population de cyborgs de plus en plus intelligents et de plus en plus puissants. Lorsque certains d’entre eux décident de renverser le règne des humains pour s’établir à leur place, il est grand temps d’agir. C’est là qu’intervient Olivier Gruner, alias Alex, un policier humain dont le corps possède lui-même de nombreuses parties mécaniques. Sa mission : affronter les androïdes qui ont comme intention de prendre le pouvoir de la planète et les empêcher de nuire.

Pyun croit dur comme fer à son sujet, trop heureux de porter à l’écran des éléments de la littérature cyberpunk qu’il affectionne tant et dont l’écran ne s’est alors pas encore montré très friand. Si le sujet de Nemesis évoque beaucoup Blade Runner, son traitement se rapproche bien plus de Terminator, qui demeure sa principale source d’inspiration. Le cinéaste ne se gêne d’ailleurs pas pour solliciter le sentiment de déjà vu, quitte à utiliser des lieux de tournage déjà vus dans Terminator 2 et Robocop. Pourtant, lorsqu’on lui demande sa source d’inspiration principale, Pyun aurait plutôt tendance à citer Fill Metal Jacket. Généreux et décomplexé, Nemesis compense la relative pauvreté de son intrigue et de ses péripéties par une belle surenchère de cascades, de combats et d’explosions, signature d’un réalisateur décomplexé qui offrit aux amateurs de cinéma bis des films tels que L’Épée sauvage, Captain America version 1990 ou Dollman.

Déjà-vu

Fidèlement calqué sur celui du premier Terminator, le climax de Nemesis montre notre vaillant héros face à un cyborg interprété par Tim Thomerson qui se débarrasse de son enveloppe charnelle après une explosion pour révéler son squelette robotique. D’où un inévitable sentiment de déjà-vu. Pour augmenter encore les ressemblances avec son modèle, la production sollicite pour cette séquence la même compagnie d’effets visuels (Fantasy II Film Effects), le même superviseur (Gene Warren Jr) et le même animateur (Peter Kleinow). Ici, la stop-motion est beaucoup plus présente que dans le final de Terminator, étant donné que le réalisateur n’a pas à sa disposition une version mécanique du robot aussi détaillée que celle créée par Stan Winston pour James Cameron. Il ne peut utiliser qu’une fausse tête un peu rigide qui n’intervient que très furtivement. Kleinow anime donc une quarantaine de plans très dynamiques. A la fin du combat, Gruner s’arrache tout bonnement le bras et le robot, qui s’y était agrippé, tombe dans le vide. « C’est une grande séquence d’animation », nous raconte Peter Kleinow, « mais je ne suis pas satisfait à 100% du résultat. Et le film lui-même est assez épouvantable ! On a tout le temps envie d’appuyer sur la touche avance rapide pendant qu’on le voit ! » (1) Nemesis sera suivi par trois séquelles sans saveur produites directement pour la vidéo.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en mars 1999

 

© Gilles Penso

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ESCAPE GAME (2019)

Six personnes sans point commun apparent sont invitées à participer à un mystérieux escape game dont les pièges et dangers s’avèrent bien réels…

ESCAPE ROOM

 

2019 – USA / AFRIQUE DU SUD

 

Réalisé par Adam Robitel

 

Avec Taylor Russell, Logan Miller, Jay Ellis, Tyler Labine, Deborah Ann Woll, Nik Dodani, Yorick van Wageningen

 

THEMA TUEURS

Le cinéma d’horreur aime à humer l’air du temps, s’en inspirer, l’intégrer, pour satisfaire chaque nouvelle génération de spectateurs en quête de frissons. Après les tueurs psychopathes, le found footage ou le torture porn, quelle nouvelle tendance pour les adolescents de 2020 ? Si les téléphones portables font souvent partie des accessoires, ils n’ont pas généré une vague de « films de téléphone », le pire cauchemar des utilisateurs étant assez terre-à-terre : ne plus avoir de batterie ! Sony Columbia a donc eu la « bonne » idée de produire cet Escape Game, surfant sur la popularité grandissante de ces jeux de société grandeur nature dont familles et groupes d’amis sont devenus friands depuis quelques années. Il faut dire que ces salles garantissent une immersion et un sens de la collaboration supérieurs à n’importe quel jeu vidéo. Et puis, oubliées les premières salles basées exclusivement sur des enquêtes façon « Sherlock Holmes » : nombres d’entre elles puisent leur inspiration dans les univers cinématographiques les plus populaires, de Saw à The Conjuring en passant par The Walking Dead. Mais c’est bien le problème d’Escape Game dont l’approche apparait dès lors assez vaine : en tentant de transposer à l’écran le concept de salles elles-mêmes sous influence du cinéma d’horreur, le serpent ne se mord-il pas la queue ?

Espace Game entend nous prendre à la gorge en prenant une partie en cours. Le lieu : une bibliothèque dans un manoir. Un jeune homme tombe d’une trappe située au plafond et les murs commencent à se rapprocher comme un étau. Le mobilier vole en éclats, le joueur hurle de peur et de désespoir. Va-t-il se faire écrabouiller ? Générique. Nous connaitrons l’issue de la scène quelques 85 minutes plus tard, mais on s’interroge tout de suite sur l’intérêt de cette entrée en matière parfaitement gratuite, sinon que la production devait avoir très peu foi en ses scènes d’exposition pour penser avoir besoin de la dynamiser de façon aussi artificielle. Le film enchaine sur les présentations successives de trois des six personnages qui vont participer au jeu. Pourquoi pas tous ? On peut encore une fois supposer qu’il s’agit d’un choix de montage destiné à permettre à la partie de démarrer au plus vite. La caractérisation des personnages est de toutes façons tellement schématiques qu’elle n’apporte absolument rien au déroulement du film. Autant ne pas s’attarder donc. On apprend toutefois que tous ont reçu par courrier un étrange cube noir. Pourquoi cherchent-ils tous à tout prix à ouvrir cet objet dont ils ignorent la provenance ? Voici une question plus intrigante que le cube lui-même ! À l’intérieur se trouve une carte d’invitation pour participer à un escape game… et bien sûr, tous s’y rendent. Sur place, aucun n’a l’air particulièrement ravi d’être là ni se montre sympathique avec les autres. Pourquoi être venu ? Encore un mystère… Mais ils réalisent très vite que la partie a déjà commencé. En quelques minutes, la salle d’attente où ils font connaissance se transforme en four géant, avec lance-flammes au plafond. Le groupe parvient à s’échapper et arrive dans une seconde zone : une cabane au bord d’un lac gelé au milieu des montagnes (!?), alors qu’ils sont toujours dans le bâtiment. Le panorama est en fait un mur-écran à LED. Décidément, les organisateurs n’ont pas regardé à la dépense. De son côté, le spectateur comprend qu’il est lui aussi piégé car à ce stade, il va encore falloir tenir plus d’une heure. Pour qui a vu le film au cinéma, l’expérience en devient carrément méta : où est la sortie ? La mécanique infernale du scénario enchaine une demi-douzaine de salles, chacune d’elle basée sur l’expérience personnelle d’un des joueurs. Une salle, un mort. On se prend ainsi à décompter le nombre de survivant en attendant la fin. On comprend en cours de route que les invitations n’ont pas été envoyées par hasard et que le maître du jeu est à la tête d’une organisation secrète qui effectue des expériences « scientifiques » sur des cobayes humains, afin de percer le secret des aléas qui permettent à certains de survivre à des situations extrêmes.

La grande évasion

Après l’anecdotique Insidious : la dernière cet en attendant Insidious : The Dark Real à sortir en 2021, le réalisateur Adam Robitel livre ici un produit de consommation courante qui ne dépareillerait pas une certaine plate-forme de streaming, en raison notamment d’une écriture favorisant le visionnage en tranches et une intensité dramatique proche du néant. Le concept même de l’escape game mortel tenait de la rencontre improbable du slasher et de « Fort Boyard », mais la production semble pourtant y croire, allant même jusqu’à emprunter au John Doe de Se7en et au Jigsaw de Saw leur discours sentencieux et nihiliste sur la société. Ajoutez une dose de Hostel et bien sûr de Cube et vous obtiendrez sans surprise un résultat aussi dérivatif que dilué. Le game master cherche ici à satisfaire la fascination morbide de ses clients (riches) pour la mort des candidats, mais aussi pour observer la capacité de l’être humain à déployer des ressources insoupçonnées pour garantir sa survie, jusqu’au recours au mensonge et à la manipulation. Escape Game tente d’ailleurs de se prendre au sérieux en citant les jeux du cirque de la Rome antique comme symbole de notre besoin d’exorciser la peur de la mort, et brouille nos repères moraux en accusant un des personnages d’avoir causé la mort de ses amis dans un accident de voiture, après avoir préféré prendre le volant dans un état d’ébriété avancé pour économiser le prix d’un trajet en taxi. Pour la subversion, on repassera. Le pire dans l’histoire, c’est que l’épilogue annonce une suite déjà en cours de production qui devrait débarquer en salles en 2022. Oui, en salles. Car nous vivons dans une époque où Annihilation sort directement sur Netflix alors qu’Escape Game 1 et 2 sortent en salles. Allez comprendre…

 

 © Jérôme Muslewski

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GOLDEN CHILD, L’ENFANT SACRÉ DU TIBET (1986)

Eddie Murphy part à la recherche d’un enfant sacré kidnappé par un suppôt de Satan capable de se transformer en monstre démoniaque…

GOLDEN CHILD

 

1986 – USA

 

Réalisé par Michael Ritchie

 

Avec Eddie Murphy, Charlotte Lewis, Charles Dance, J.L. Reate, Victor Wong, Randall Cobb, James Hong

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Première tentative de comédie fantastique pour Eddie Murphy, Golden Child lui donne le rôle de Chandler Jarrell, un détective spécialisé dans les disparitions d’enfants. Il est un beau jour contacté par Kee Nang (Charlotte Lewis), une magnifique jeune asiatique qui lui demande de retrouver l’enfant sacré du Tibet, enlevé par Sardo Numspa (l’impressionnant Charles Dance), un suppôt de Satan. De la réussite de cette mission dépendent l’équilibre et le salut du monde, rien que ça ! Jarrel oppose une incrédulité inébranlable face aux mythes qu’évoque Kee Nang pour le convaincre. Il devra pourtant se rendre bientôt à l’évidence : les forces du mal représentées par Sardo Numspa sont très tangibles. Héros américain très terre à terre propulsé dans des aventures surnaturelles rattachées à un folklore oriental, Chandler Jarrell n’est pas sans points communs avec le Jack Burton de John Carpenter, sorti sur les écrans quasiment en même temps. Le moteur narratif de Golden Child est d’ailleurs très classique : un sceptique – limite mécréant – finit par élargir son champ de croyance et revoir son système de valeurs. C’est l’une des récurrences du cinéma de Michael Ritchie, qu’on trouve notamment dans La Chouette équipe avec Walter Matthau ou Les Faux durs avec Burt Reynolds.

Pour amuser la galerie, Eddie Murphy gesticule, lâche quelques bonnes blagues, bref s’acquitte sans mal du rôle de clown qu’on lui a réservé. S’il arrache des sourires aux spectateurs, il n’offre en revanche pas beaucoup d’épaisseur à un personnage qui aurait pourtant pu être attachant. Mais l’humour de Golden Child est tellement limité (le vieux sage qui rote et insulte à tour de bras), l’action si peu épique (le parcours pour récupérer la dague, mauvaise parodie des exploits d’Indiana Jones) et les éléments fantastiques tellement évasifs (la femme de 300 ans au corps de serpent) que personne n’y croit et que l’intérêt du spectateur se fait de plus en plus distant. Sans doute Michael Ritchie, qui venait alors de se distinguer avec la comédie Fletch aux trousses avec Chevy Chase, est-il mal à l’aise dans un contexte mixant sorcellerie, exotisme et mysticisme. Golden Child est en effet son premier film se rattachant au genre fantastique, ce qui implique dans le cas présent une logistique technique très particulière. Et si les stars ne l’effraient pas (il a dirigé des acteurs de la trempe de Robert Redford, Robin Williams ou Goldie Hawn), on sent bien qu’il est mal à l’aise avec les effets spéciaux, au point de s’en désintéresser pour laisser la main aux spécialistes d’Industrial Light & Magic.

Un démon high-tech

C’est donc du côté des créatures fantasmagoriques qu’il faut chercher un minimum de créativité et d’attrait. Le spectaculaire démon squelettique qui attaque notre héros au cours du dénouement, conçu par l’équipe de Phil Tippett et incrusté dans les prises de vues réelles par les techniciens d’ILM, est assurément le clou du spectacle. La technique d’animation à l’ancienne et les derniers perfectionnements des prises de vues contrôlées par ordinateur cohabitent à cette occasion pour doter le monstre d’un dynamisme surprenant. Nous sommes donc un cran au-dessus de la go-motion (animation assistée informatiquement) qui avait été créée pour L’Empire contre-attaque et perfectionnée avec Le Dragon du lac de feu. « Le système de go-motion qui avait été mis au point pour Le Dragon du lac de feu était efficace mais très laborieux à mettre en action », explique Tippett. « Il fallait tout pré-programmer et essayer d’imaginer ce que serait l’animation de la créature sans encore y toucher. L’ingénieur Jerry Jeffress avait à l’époque mis au point un logiciel qui actionnait le support sur lequel était fixée la figurine du dragon. Bill Tondreau a réadapté ce système en mettant au point un logiciel qui mémorisait les mouvements libres d’une caméra de prise de vue réelle et les restituait sur une caméra d’animation filmant une maquette, ce qui nécessitait un calcul du changement d’échelle. » (1) Du coup, le démon animé manuellement peut désormais s’intégrer dans des images accidentées filmées par une caméra à l’épaule. C’est une grande première. Hélas, dans le cas présent, le mieux est l’ennemi du bien. Certes, l’animation est ultra nerveuse et gagne en réalisme, mais ces séquences sont desservies par un montage trop confus. Une stop-motion classique à la Ray Harryhausen n’aurait-elle pas été moins frustrante pour les spectateurs ? L’une des plus belles scènes de Golden Child est finalement celle où une canette de Pepsi roule au sol, se froisse, se transforme en petit personnage en fer blanc et danse sur un air de claquettes. C’est dire si le film est futile.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

© Gilles Penso

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CRITTERS 3 (1991)

Cette troisième aventure des petits extra-terrestres voraces et velus n’a qu’un véritable intérêt : un certain Leonardo di Caprio y fait ses débuts !

CRITTERS 3

 

1991 – USA

 

Réalisé par Kristine Peterson

 

Avec Terrence Mann, John Calvin, Aimée Brooks, Leonardo di Caprio, Christian Cousins, Joseph Cousins, William Dennis Hunt

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I PETITS MONSTRES I SAGA CRITTERS 

Critters 3 allait-il réussir à réitérer l’exploit de Critters 2 qui s’avérait bien supérieur au premier opus ? Allait-il renouveler le concept sympathique imaginé par Domonic Muir pour surfer sur le succès de Gremlins ? Allait-il au moins conserver le grain de folie de ses deux prédécesseurs ? Hélas non, trois fois non. Avec ce troisième épisode, l’incohérence et l’absurdité semblent être devenus les mots d’ordre. Comme en outre la fraîcheur et la nouveauté se sont évaporées, cette seconde séquelle ne présente plus qu’un intérêt très limité. Après Stephen Herek et Mick Garris, la réalisation échoit cette fois-ci à Kristine Peterson, future réalisatrice de… Kickboxer 5 ! Les petites boules de poils voraces venues d’ailleurs sont donc de retour, ayant déjà échappé par deux fois aux chasseurs de prime d’outre-espace lancés à leurs trousses. Lorsque le film commence, un père de famille (John Calvin), sa fille adolescente Annie (Aimee Brooks) et son fils Johnny (joué tour à tour par Christian et Joseph Cousins) s’arrêtent sur une aire de repos avec un pneu crevé. Là, ils rencontrent Charlie McFadden (Don Opper) qui, hystérique, les met en garde contre le danger que représentent les Critters. En toute logique, ils n’accordent aucun crédit à cet homme qui semble passablement dérangé. Ils auraient pourtant dû l’écouter…

Lorsque notre petite famille reprend la route, les Critters s’attachent au-dessous de leur camping-car en ricanant. Une fois nos héros de retour chez eux, les Critters envahissent rapidement l’immeuble et sèment la panique à tous les étages. Face à cette menace grouillante, Annie décide de prendre les choses en main et de rassembler les différents locataires pour tenter de les mettre en sécurité. La petite nouveauté qu’offre ce troisième opus est donc le changement de cadre, la minuscule ville rurale du Kansas étant ici remplacée par l’environnement urbain d’une grande cité. En ce sens, Critters 3 suit la voie de son modèle initial Gremlins dont le second épisode se déroulait justement dans une grande ville. C’est donc un immeuble moderne qui sert de nouveau terrain de jeu aux Critters. Pour le reste, rien de bien nouveau à signaler, même si le scénario de David J. Show met en place un conflit entre locataires et propriétaires pour tenter d’enrichir une intrigue désespérément pauvre en rebondissements et en tension dramatique.

Bulles de savon et flatulences

Les fans d’effets spéciaux artisanaux continueront d’apprécier les séquences délirantes concoctées par les frères Chiodo, à l’exception de cette indigente scène d’agitation dans une cuisine qui traîne épouvantablement en longueur en cherchant à retrouver avec beaucoup de maladresse l’esprit irrévérencieux des Gremlins. Les petites créatures sont prises de flatulences après avoir mangé des haricots et crachent des bulles suite à l’ingestion de liquide vaisselle, ce qui situe assez bien l’humour du film ! Pour les curieux, Critters 3 sera surtout l’occasion d’assister à l’une des toutes premières apparitions d’un adolescent nommé Leonardo Di Caprio. Alors âgée de 16 ans, la future superstar incarne ici le fils d’un détestable propriétaire venu encaisser ses loyers. Critters étant devenu une franchise dont la rentabilité dépend de la rapidité de mise en chantier des films et de la petitesse de leur budget, un quatrième épisode sera tourné en même temps que celui-ci, c’est-à-dire entre février et juillet de l’année 1991. Critters 3 et Critters 4 seront exploités directement en vidéo par le studio New Line.

 

© Gilles Penso

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ANDROÏDE (1982)

Klaus Kinski incarne un savant du futur qui s’isole dans une station spatiale abandonnée pour créer le robot féminin parfait…

ANDROID

 

1982 – USA

 

Réalisé par Aaron Lipstadt

 

Avec Klaus Kinski, Don Opper, Kendra Kirchner, Brie Howard, Norbert Weisser, Crofton Hardester

 

THEMA ROBOTS I FUTUR

Tout commence par un générique très poétique. Des mains fabriquent un couple de robots rudimentaires sur une table de travail. Puis soudain, les deux petits êtres s’animent en stop-motion. Nous sommes en 2036. Dans une station spatiale abandonnée depuis longtemps, le docteur Daniels (Klaus Kinski) poursuit inlassablement ses travaux. Il est obsédé par la création de Cassandra, l’androïde le plus parfait de la galaxie. Comme assistant, il ne possède que Max 404, un robot de la génération précédente qui se passionne pour la vie humaine. Les expériences du savant sont parfaitement illicites. En effet, au cours d’une crise survenue à Munich, des androïdes se sont révoltés contre les humains. Dès lors, la création de robots est interdite. Voilà pourquoi le savant agit secrètement, loin de la Terre. Un jour, sa vie recluse se trouve bouleversée par l’arrivée de trois criminels en fuite. Max 404 voit l’arrivée de ces intrus d’un très mauvais œil. Mais pour le docteur Daniels, la présence d’une femme parmi eux est une chance inespérée : seule son énergie vitale pourra en effet donner vie à Cassandra.

Androïde est une production New World, Roger Corman ayant décidé d’investir dans les séries B de science-fiction depuis les triomphes planétaires de La Guerre des étoiles et Alien. D’où Les Mercenaires de l’espace, La Galaxie de la terreur et Mutant. Mais Androïde se pare d’un petit supplément d’âme que ne possèdent pas les œuvrettes précédentes. Même si l’influence des succès du moment est toujours présente (on pense notamment aux thématiques développées dans Blade Runner), les scénaristes James Reigle et Don Opper entendent bien insuffler à cette production modeste une touche d’originalité et de sincérité. Tous motivés par ce projet qui – une fois n’est pas coutume – est porté par la présence d’une star internationale, en l’occurrence Klaus Kinski, les artistes et techniciens à l’œuvre sur Androïde redoublent d’efforts. Le film se pare ainsi de décors sobres mais convaincants, d’une photographie très soignée et surtout d’excellents effets visuels. Les maquettes sont l’œuvre de Jay Roth et Alec Gillis et les maquillages spéciaux sont signés John Buechler, alors tous en début de carrière. Un certain James Cameron est même crédité comme « design consultant ». Tourné en vingt jours pour moins d’un million de dollars, Androïde est le premier film d’Aaron Lipstadt, un « pur produit New World » qui dirigea auparavant la seconde équipe de Mutant.

Robot pour être vrai

Klaus Kinski s’avère parfait en savant illuminé (physiquement assez proche du Rothwang de Metropolis, dont Max regarde un extrait tout en écoutant « It’s a Man’s Man’s Man’s World » de James Brown) qui semble entretenir des relations ambigües avec son androïde femelle, à laquelle la magnifique Kendra Kirchner prête ses traits. Lorsque le regard que Daniels porte sur sa création devient libidineux, le malaise s’installe. Le motif de La Fiancée de Frankenstein s’invite alors clairement dans le scénario. Mais la vraie révélation du film est Don Opper, à la fois co-scénariste, co-producteur et interprète de l’androïde Max 404, qu’il joue avec beaucoup de crédibilité. Ses roulements d’yeux sont dignes de ceux d’Anthony Perkins dans Psychose et sa démarche chaplinesque évoque celle de C3PO dans La Guerre des étoiles. C’est sur son interprétation que repose une grande partie du film. Max est un personnage résolument touchant, qui véhicule une sorte d’humour désespéré. Lorsqu’il prépare sa valise dans l’espoir de prendre la fuite avec les fugitifs, il emporte avec lui des yeux, des doigts et une main de rechange ! Suivant le modèle des Frankenstein d’Universal (qui masquèrent initialement les noms de Boris Karloff et Elsa Lanchester au générique), Don Opper n’est crédité que sous le nom de Max 404 dans le film. Pour entretenir le doute jusqu’au bout, le générique de fin va jusqu’à remercier « tous ceux qui ont contribué à la fabrication et à l’opération de Max 404 ».

 

© Gilles Penso

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BODY DOUBLE (1984)

Un comédien tombe amoureux d’une jeune femme qu’il observe chaque soir au télescope… et qui est menacée par un terrifiant assassin

BODY DOUBLE

 

1984 – USA

 

Réalisé par Brian de Palma

 

Avec Craig Wasson, Melanie Griffith, Gregg Henry, Deborah Shelton, Guy Boyd, Dennis Franz, David Haskell

 

THEMA TUEURS

Un homme en proie à une phobie le privant de tous ses moyens tombe amoureux d’une femme mystérieuse qui finit par mourir brutalement… jusqu’à ce qu’il ait l’impression de la reconnaître plus tard sous les traits d’une autre femme. Ce bref résumé de l’intrigue de Body Double est aussi celui de Sueurs froides, preuve que Brian de Palma ressent régulièrement le besoin de retourner explorer les motifs de son mentor Alfred Hitchcock. Le triomphe de Scarface aurait pourtant pu laisser imaginer que le cinéaste s’en irait défricher d’autres terrains. Mais chez lui, le « maître du suspense » est une influence naturelle. Chassez-la et elle revient au galop ! Cette récurrence est d’autant plus saillante qu’Obsession (qui portait décidément très bien son nom) proposait déjà une relecture personnelle de Sueurs froides. Qu’on ne s’y trompe pas pour autant. Il suffit de revoir Sœurs de sang ou Pulsions (autres œuvres sous haute influence du père de Psychose) pour constater que les films de Brian de Palma ne ressemblent pas du tout à ceux d’Alfred Hitchcock. Son style, ses névroses et ses passions sont très personnels et immédiatement identifiables. De Palma est un auteur avec un grand A, puisant dans le terreau de son illustre prédécesseur pour faire jaillir son propre univers. Body Double en est une nouvelle preuve éclatante, même si les outrances sans retenues du cinéaste font parfois grincer les dents des esprits chagrins.

À l’instar de Blow Out, Body Double commence comme un film d’horreur qui n’est en réalité qu’un faux départ. Jake (Craig Wasson), un comédien claustrophobe, découvre l’infidélité de sa petite amie et doit abandonner l’appartement de celle-ci pour partir à la recherche d’un nouvel emploi et d’un nouveau logement. Au cours d’une audition, il rencontre un sympathique et jovial comédien, Sam (Gregg Henry), qui s’apprête à partir en tournée et lui offre l’hospitalité d’une luxueuse garçonnière. Grâce à un télescope, Jake peut, à heure fixe, admirer à loisir la danse sensuelle à laquelle se livre dans une tenue des plus légères la belle locataire d’un pavillon résidentiel, également épiée par un mystérieux Indien. Là, les échos de Sueurs froides entrent en résonnance avec celle de Fenêtre sur cour. Ce vertigineux jeu d’influences hitchcockiennes atteint son apogée lors d’une scène de meurtre particulièrement graphique où l’arme du crime – une perceuse surdimensionnée – décuple le symbole phallique déjà très explicite du couteau de Psychose. On pourrait même aller plus loin en mentionnant le fait que le personnage féminin central de Body Double est incarné par Melanie Griffith, autrement dit la fille de la star des Oiseaux.

Sueurs très froides

C’est l’utilisation d’une doublure pour les scènes de nudité d’Angie Dickinson dans Pulsions qui aurait donné à Brian de Palma l’idée de Body Double. Car tout ici est affaire de doubles, de reflets et de faux-semblants. La majorité des personnages du film sont d’ailleurs des comédiens, habitués à jouer des personnages qui ne sont pas eux-mêmes. Dès le générique, le réalisateur instille cette idée d’illusion en nous laissant croire que nous contemplons le désert alors qu’il ne s’agit que d’un élément de décor dans un studio hollywoodien. La virtuosité de De Palma éclate comme toujours en plusieurs moments très inspirés, notamment ce long chassé-croisé filmé au steadicam dans une galerie marchande, qui prolonge la scène du musée de Pulsions et dont l’idée sera reprise et décuplée au cours du climax de L’Impasse. Certes, certains passages excessifs frôlent l’humour involontaire, comme cette scène de baiser vertigineux que le réalisateur regrettera plus tard d’avoir filmée avec tant d’emphase. Mais le film étant tout entier perçu à travers les yeux de Jake, rien n’empêche d’interpréter ces passages exubérants comme des vues de l’esprit. Il faut d’ailleurs souligner l’excellente prestation de Craig Wasson, que De Palma avait repéré dans Georgia et Le Fantôme de Milburn, et qui entre à merveille dans la peau de cet anti-héros phobique. Bien sûr, Body Double n’aurait pas eu le même impact sans l’ensorcelante bande originale de Pino Donaggio, qui compose un enivrant « Body Double Theme » synthétique et vocal pour les séquences de voyeurisme. De Palma signe-t-il là ses adieux définitifs à sir Alfred ? Il semblerait. Les Incorruptibles et Le Bûcher des vanités le transporteront loin des terres hitchcockiennes. Pourtant… Le prologue et l’épilogue d’Outrages ne sont-ils pas de nouveaux hommages directs à Vertigo ? Et que dire de L’Esprit de Caïn ou de Femme fatale ? Non, décidément, Brian de Palma a le « maître du suspense » dans la peau !

 

© Gilles Penso

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LE COLOSSE DE HONG KONG (1977)

Imaginez un mixage improbable entre King Kong et Sheena concocté par une équipe de cinéastes spécialisés dans les films de kung-fu…

THE MIGHTY PEKING MAN

 

1977 – HONG KONG

 

Réalisé par Ho Meng-Hwa

 

Avec Li Hsi-Hsien, Evelyne Kraft, Hsiao Yao, Ku Feng, Hsu Shao-Chiang, Wu Hang-Sheng, Chen Pin

 

THEMA SINGES

Après le Japon (King Kong s’est échappé) et la Corée (King Kong revient), Hong-Kong profite à son tour de la vogue King Kong engrangée par le remake de Dino de Laurentiis avec ce très curieux Mighty Peking Man. La firme Shaw Brothers abandonne ainsi provisoirement ses films de kung-fu en série pour s’essayer au fantastique exotique, profitant des décors naturels de la forêt indienne de Mysore. Une expédition chinoise se rend dans la jungle inhospitalière de l’Inde à la recherche d’un colosse simiesque dont parlent depuis plusieurs années les villageois, et qui aurait été libéré par un tremblement de terre du glacier qui l’abritait. Face aux périls de la jungle, et sans nouvelles du monstre, toute l’expédition abandonne les recherches au milieu de la nuit, laissant seul l’un des membres qui découvre finalement le colosse, une espèce de gorille gigantesque, ainsi qu’une sauvageonne qui vit dans la forêt et qui semble être la protégée du colosse. Celle-ci, Samantha, est la seule survivante d’un crash d’avion dans la jungle alors qu’elle n’était qu’une enfant. Elle connaît donc tous les secrets de la jungle. L’aventurier décide de la ramener avec le colosse à Hong Kong.

Le scénario écrit par Yi Kuang suit ainsi pas à pas celui de King Kong, depuis l’expédition qui affronte les périls de la jungle (les éléphants et les tigres remplaçant les dinosaures) jusqu’au gorille géant abattu par l’armée de l’air du haut d’un building, en passant par sa capture sur un bateau, son exhibition dans un grand stade (une idée visuelle initialement prévue pour le vrai King Kong) et sa destruction de la grande ville face à la foule paniquée. De ce côté-là, évidemment, pas beaucoup de surprise. Mais le scénariste a eu la bonne idée de coupler à ce schéma ô combien classique un autre thème, celui de la sauvageonne vivant dans la jungle et protégée du monstre, une sorte de Tarzan femelle qui se balade de liane en liane en poussant son cri, qui a tout à fait l’allure de Sheena et à laquelle la superbe Evelyn Kraft (ex Lady Dracula) prête sa silhouette et ses traits. Cet élément ajoute bien de l’attrait au film et permet même, dans les séquences situées au milieu de la cité, quelques clins d’œil (conscients ou non ?) au classique Tarzan à New York.

Le singe et la sauvageonne

Les Shaw Brothers n’étant guère familiers avec les effets spéciaux, ils sollicitent une équipe partiellement japonaise qui, hélas, assure le service minimum, si l’on excepte peut-être un joli travail de maquettes pour les scènes situées dans la jungle et surtout dans Hong-Kong. Ce sont les transparences qui sont les plus ratées, ainsi que le costume du monstre, habité évidemment par un comédien, qui nous rappelle beaucoup le King Kong japonais. En fait, la tête du colosse évoque plus le Yéti que le gorille, et deux modèles de masques lui donnent vie, l’un assez peu crédible porté par le comédien (on voit nettement le contour du masque autour de ses yeux), l’autre beaucoup mieux articulé et plus expressif. S’acheminant vers un final d’une noirceur inattendue, Le Colosse de Hong Kong s’avère finalement plus distrayant et beaucoup plus innovant que le trivial King Kong catastrophe réalisé par John Guillermin.

 

© Gilles Penso

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PULSIONS (1980)

Brian de Palma revisite Psychose dans ce thriller horrifique et psychanalytique où l’amour et la mort s’entremêlent étroitement

DRESSED TO KILL

 

1980 – USA

 

Réalisé par Brian de Palma

 

Avec Michael Caine, Angie Dickinson, Nancy Allen, Keith Gordon, Dennis Franz, David Marguiles, Ken Baker, Brandon Maggart, Susanna Clemm

 

THEMA TUEURS

Par un troublant jeu de miroirs, le prologue de Pulsions semble faire écho à celui de Carrie. Même salle d’eau noyée de buée, même atmosphère moite et sensuelle, même détournement de l’imagerie du cinéma érotique, même ambiance suave distillée par une composition de Pino Donaggio. Il y a tout de même une différence de taille : dans son adaptation de Stephen King, Brian de Palma montrait l’éveil traumatisant d’une adolescente à sa féminité ; ici, il s’attarde sur une quinquagénaire interrogeant sa propre libido à l’aube de la ménopause. Le début et la fin du cycle menstruel relient ainsi ces deux entrées en matière, chacune s’achevant comme il se doit par une effusion de sang. En laissant ces deux séquences se refléter l’une l’autre, le réalisateur semble aussi vouloir scinder en deux parties distinctes son approche du genre fantastique. D’un côté l’épouvante surnaturelle (Phantom of the Paradise, Carrie, Furie), de l’autre l’horreur psychique (Sœurs de sang, Obsession et donc Pulsions). Choisir Angie Dickinson pour jouer ce rôle délicat permet d’opérer un transfert entre la comédienne et son personnage. Celle qui illumina de sa beauté étourdissante des œuvres aussi diverses que Rio Bravo, L’Inconnu de Las Vegas, La Poursuite impitoyable ou Le Point de non-retour saurait-elle encore séduire le public à l’aube des années 80 ? C’est justement la question que se pose Kate Miller, la femme qu’elle interprète, décidant de s’offrir une aventure au hasard de ses pérégrinations pour vérifier si ses charmes agissent encore.

Incroyable morceau de mise en scène dénué du moindre dialogue, la séquence de séduction située dans un lieu choisi justement pour sa glorification de l’image (les galeries du Metropolitan Museum of Art de New York) est un jeu de chat et de souris filmé pendant un quart d’heure mémorable comme une séquence de suspense. L’excitation y côtoie la menace, la griserie se mêle à la peur… et quelques séquences plus tard, l’érotisme cèdera le pas à l’horreur. Le choc que subit le spectateur à mi-parcours du film s’assortit d’un passage de relais. Un rasoir ensanglanté, arme d’un crime très graphique filmé dans un ascenseur rutilant, se retrouve entre les mains d’une prostituée de luxe (Nancy Allen) qui devient soudain le personnage central du film. Comme dans Carrie, le sang est non seulement le révélateur mais aussi le témoin du drame. Dès lors, De Palma multiplie les morceaux de bravoure, recyclant la technique des split-screens qu’il affectionne tant pour les muer en supports de flash-backs furtifs et concoctant une course-poursuite éprouvante dans un métro bondé. Empruntant au thriller et au cinéma d’horreur leurs codes et leurs mécanismes, Pulsions s’affirme comme un film d’exploitation pur et dur, mais drapé dans une mise en forme d’une élégance inouïe.

Dans l'œil du psychopathe

Alors qu’il s’achemine vers un dénouement dantesque et flamboyant, Pulsions finit par révéler en même temps que l’identité du tueur sa nature propre : un remake à peine déguisé de Psychose. Suivant la même voie qu’Obsession, qui calquait son intrigue et ses coups de théâtre sur ceux de Sueurs froides, le treizième long-métrage de Brian de Palma peut se lire comme un nouvel hommage énamouré à Alfred Hitchcock. Tous les moments forts du classique de 1960 sont ainsi détournés et réinventés : l’attachement à un personnage féminin principal qui meurt soudain en cours de métrage de la main d’un psychopathe, le passage de relais à une autre héroïne qui mène l’enquête au péril de sa vie, et enfin la nature d’un l’assassin en pleine crise d’identité sexuelle. Mais plus que ces emprunts tout à fait assumés au maître du suspense, c’est l’imagerie du film et ses thèmes perturbants qui offusquèrent une certaine frange des spectateurs. La censure américaine ne se montra pas tendre avec Pulsions, imposant de nombreuses coupes. Quant aux ligues féministes du pays, elles firent le pied de grue à l’entrée des cinémas pour dissuader le public d’aller voir ce spectacle « honteux ». Ce qui n’empêcha pas Pulsions d’être un grand succès et d’être exploité dans sa version non censurée en Europe.

 

© Gilles Penso

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