CENTRE TERRE : SEPTIÈME CONTINENT (1976)

Kevin Connor adapte un roman d’Edgar Rice Burroughs et envoie ses héros au centre de la terre où vivent toutes sortes de créatures primitives

AT THE EARTH’S CORE

 

1976 – GB

 

Réalisé par Kevin Connor

 

Avec Doug McClure, Peter Cushing, Caroline Munro, Sean Lynch, Cy Grant, Godfrey James, Michael Crane, Bobby Parr

 

THEMA DINOSAURES I EXOTISME FANTASTIQUE

Le succès mondial du Sixième continent pousse Kevin Connor et la compagnie Amicus à s’attaquer à un autre récit d’Edgar Rice Burroughs : At the Earth’s Core, que les distributeurs français traduiront par Centre Terre : septième continent. Mais contrairement à ce que peuvent laisser croire ce titre et la présence du comédien Doug McClure, ce film n’est pas la suite du Sixième continent mais une variation sur le thème du voyage au centre de la terre, officiellement adaptée par le scénariste Milton Subotsky du roman « Au cœur de la terre », premier tome du cycle « Pellucidar » de Burroughs. Bâtie sur un concept selon lequel la Terre serait creuse, avec un « monde à l’intérieur du monde » possédant son propre soleil et ses peuplades oubliées figées dans une préhistoire alternative, la saga de Pellucidar se compose de sept ouvrages publiés entre 1914 et 1944. L’intrigue de Centre Terre : septième continent démarre en 1898 et nous fait découvrir une énorme machine particulièrement photogénique surnommée la « Taupe de fer ». Cet appareil au design à mi-chemin entre Gustave Eiffel et Jules Verne est l’œuvre de l’ingénieux docteur Abner Perry, qui va tenter de parvenir jusqu’au centre de la terre afin d’explorer les mystères qui y règnent. 

Avec David Innes, jeune et riche ingénieur américain qui finance l’affaire, Perry met la machine en marche, laquelle plonge verticalement à une vitesse vertigineuse telle une vrille colossale. Perry découvre alors le monde fantastique de Pellucidar, célèbre dans les légendes antiques. Sortant de leur machine, les explorateurs font face à des monstres, des arbres immenses, une végétation luxuriante. Ils sont bientôt capturés par les Sagoths, une tribu de créatures primitives, moitié hommes moitié monstres, qui sont servis par des esclaves humains. L’analogie avec les Morlocks de La Machine à explorer le temps nous saute alors aux yeux. Le pays est gouverné par une dynastie de ptérosaures géants, les Mahars, qui communiquent avec les Sagoths par ondes mentales. David établit le contact avec Dia, une belle esclave dont il s’éprend bien vite, mais s’attire le courroux de ceux qui veulent la garder. Il lui faudra élaborer un plan audacieux pour éliminer les Mahars et libérer les esclaves avant que Dia ne soit sacrifiée aux sinistres créatures… Outre Doug McClure, dont l’énergie athlétique compense une certaine inexpressivité, les héros de cette aventure délirante sont Peter Cushing, employé à contre-emploi dans le rôle d’un excentrique émule du professeur Tournesol éternellement affublé de son parapluie, et Caroline Munro, dont le rôle ici n’excède pas – hélas ! – celui de jolie potiche.

 

Des dinosaures improbables

Les monstres qui hantent le centre de la terre, très vaguement préhistoriques, se situent à mi-chemin entre ceux des films de science-fiction japonais et ceux des péplums italiens fantastiques. Autrement dit, ils prêtent volontiers à rire et amenuisent par leur seule présence l’impact des séquences dans lesquels ils interviennent. La plume d’Edgar Rice Burroughs, adoptant le point de vue à la première personne de David Innes, les décrivait pourtant avec une belle force évocatrice : « lorsque je vis ces longues carcasses luisant aux rayons du soleil, qui émergeaient de l’océan en secouant leurs têtes géantes ; lorsque je vis l’eau rouler de leurs corps sinueux en formant des cataractes miniatures, tandis qu’ils glissaient de-ci de-là, un moment à la surface, l’instant d’après à demi-submergés ; lorsque je les vis s’affronter, gueules béantes, sifflant et renâclant, en leurs combats titanesques et interminables, je me rendis compte à quel point l’imagination de l’homme est pauvre et débile comparée à l’incroyable génie de la Nature. » Mais à l’écran, ces visions dantesques prennent les allures d’un prédateur affublé d’un bec de perroquet, de bêtes cornues hybrides entre le dinosaure et le phacochère, d’un quadrupède carnivore aux allures d’hippopotame, de rhamphorhynchus télépathes de taille humaine, tous interprétés par des figurants dans des costumes à la coupe très évasive. Leur concepteur, Ian Wingrove, fut visiblement victime de terribles restrictions budgétaires. En comparaison, les dinosaures du Sixième continent sont des modèles de réalisme. Les effets visuels qui mêlent ces créatures aux comédiens sont en revanche très soignés. À la fin de cet aberrant défilé de dragons caoutchouteux et de tribus sauvages, et après un coutumier cataclysme, la « Taupe de fer » victorienne regagne la surface, au cours d’un dénouement gag judicieusement concis.

 

© Gilles Penso

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LE RAYON BLEU (1977)

Une vague de crimes violents secoue la cité. Les assassins semblent subir les effets tardifs d’une drogue qu’ils consommèrent dix ans plus tôt…

BLUE SUNSHINE

 

1977 – USA

 

Réalisé par Jeff Lieberman

 

Avec Zalman King, Deborah Winters, Mark Goddard, Robert Walden, Charles Siebert, Ann Cooper

 

THEMA MUTATIONS

Un an après La Nuit des vers géants, Jeff Lieberman s’embarque dans une nouvelle fable fantastico-horrifique qui délaisse cette fois la terreur viscérale au profit d’une satire sociale filtrée par le prisme d’un postulat de science-fiction. Acteur récurrent de la série The Young Lawyers, Zalman King y interprète d’un héros bizarre bourré de tics nerveux nommé Jerry Zipkin. Celui-ci est plongé malgré lui au cœur d’un vent de fureur et de folie meurtrière qui se met subitement à souffler parmi la population. Agressé par un tueur redoutable, déjà coupable du meurtre de trois femmes, Zipkin se débarrasse de lui en le poussant sous les roues d’un camion lancé à pleine vitesse. Manque de chance, voilà notre protagoniste accusé du meurtre de l’homme, mais aussi de celui de ses victimes. Fuyant la police, il décide de mener l’enquête de son côté, avec l’aide de son amie Alicia (Deborah Winters), et découvre l’incroyable pot aux roses. Tous ceux qui sont atteints par ce virus sanguinaire ont été étudiants dix ans plus tôt dans la même université, à Stanford, et ont tous absorbé une variante de LSD baptisée « Blue Sunshine ». Une décennie plus tard, leurs cheveux ont commencé à tomber, la migraine a gagné leurs cerveaux, et ils se sont mués en tueurs fous à la force décuplée. Comble de l’ironie, celui qui vendait cette fameuse drogue sur le campus est aujourd’hui candidat aux élections présidentielles…

Tourné en cinq semaines, Le Rayon bleu accuse la maigreur de son budget et aurait sans doute gagné en atmosphère si Lieberman avait pu installer ses caméras à New York, comme il l’envisageait initialement, avant que les contraintes de production ne l’incitent à filmer à Los Angeles. Les limitations budgétaires l’empêchèrent également de tourner des flash-backs situés dans les années 60, où l’origine du mal aurait été plus explicitement montrée. On regrette surtout que le point de départ audacieux de ce scénario se solde finalement par un récit un tantinet erratique mêlant l’intrigue policière et le film d’épouvante sans parvenir à déjouer les conventions et les lieux communs des deux genres, d’autant que l’enquête de Zipkin finit par traîner en longueur. On sent bien la volonté du cinéaste de décliner la thématique très hitchcockienne du faux coupable en la teintant d’une horreur très urbaine. De fait, l’affrontement final de l’un des drogués dans le petit supermarché évoque irrésistiblement le Zombie de George Romero, qui ne sortira sur les écrans qu’un an plus tard.

Le faux coupable

S’il concourt à créer une ambiance insolite, le jeu outré de Zalman King joue en défaveur de la crédibilité de son personnage. Mais le comédien n’est pas vraiment à mettre en cause, dans la mesure où les instructions de Jeff Liebermann étaient d’adopter une attitude nerveuse et étrange pour laisser imaginer aux spectateurs que son héros pourrait très bien être lui aussi en proie à une mutation. Le réalisateur regrettera plus tard d’avoir dirigé King sur cette voie douteuse. Le Rayon bleu se démarque surtout par sa vision cynique de la société américaine, qui protège les citoyens respectables, fussent-ils des assassins psychopathes, au détriment des inadaptés, volontiers accusés des crimes à leur place. De toute évidence, le cinéaste effectue une sorte de transfert sur son héros, avec lequel il partage la même marginalité, hors des canons bien établis du monde hollywoodien. Le Rayon bleu marquera de son influence plusieurs autres films de genre, notamment le Scanners de David Cronenberg. Lieberman lui-même en signera une sorte de remake en 1988 avec le méconnu Remote Control.

 

© Gilles Penso

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ROBOT JOX (1989)

Dans le futur, pour éviter les guerres, les pays s’affrontent par l’entremise de robots géants pilotés par des « champions »

ROBOT JOX

 

1989 – USA

 

Réalisé par Stuart Gordon

 

Avec Gary Graham, Anne-Marie Johnson, Paul Koslo, Robert Sampson, Danny Kamekona, Hilary Mason

 

THEMA ROBOTS I FUTUR I SAGA CHARLES BAND

Les robots Transformers des rayons de jouets, l’Iliade d’Homère et le roman « L’Étoffe des Héros » de Tom Wolfe sont les trois sources d’inspirations qui font germer dans la tête de Stuart Gordon l’idée de Robot Jox. Après l’intervention du romancier Joe Haldeman et celle du scénariste Dennis Paoli, le script connaît enfin sa forme définitive, au bout de dix réécritures. Le postulat de départ est le suivant : dans le futur, les guerres entre peuples ont causé tant de dégâts que les gouvernements ont décidé d’un commun accord de ne plus y céder. Ainsi, lorsque deux états se disputent un territoire, le litige est réglé par les « Robot Jox », des joutes entre robots géants pilotés par des sportifs de haut niveau, qui se tiennent dans des arènes ouvertes au public. Point d’anthropomorphisme ici, puisque les machines lutteuses adoptent des formes disparates, parfois empruntées aux insectes, et s’avèrent capables de diverses métamorphoses. Lorsqu’il commence à préparer Robot Jox, Stuart Gordon est en train de terminer Dolls. Il propose donc à son producteur Charles Band cette histoire de robots géants, mais celui-ci est réticent. Le coût de Robot Jox est estimé à 30 millions de dollars, et Empire, la compagnie de Charles Band, n’a jamais brassé une telle somme. Cependant, l’efficacité et le faible coût des effets visuels de David Allen, alors à l’œuvre sur les prises de vues additionnelles de Dolls, font pencher la balance. Avec un tel superviseur des effets spéciaux, Robot Jox pourrait être réalisé à un coût bien plus raisonnable. Après plusieurs coupes dans le script, le budget est finalement ramené à 7 millions de dollars.

Pour Stuart Gordon, la séquence d’effets spéciaux qui ressemble le plus à celles qu’il souhaite mettre en scène dans Robot Jox est l’attaque des At-At dans L’Empire contre-attaque. « Nos robots existaient à deux échelles », explique David Allen. « Il y avait les figurines d’animation, qui mesuraient à peu près 50 centimètres de haut, et leurs contreparties mécaniques, hautes d’environ un mètre vingt. Étant donné qu’à l’époque j’étais encore au travail sur Miracle sur la huitième rue, c’est Dennis Gordon qui a supervisé la construction de toutes ces maquettes. Toute l’animation a été tournée dans mon studio, puis nous sommes partis à El Mirage, près du désert du Mojave pour filmer les grandes maquettes mécaniques. » (1) Le tournage principal se déroule pendant neuf semaines à Rome, dans un studio d’Empire où Gordon a déjà tourné From Beyond. Une vingtaine de décors futuristes sont édifiés sur place par Giovanni Natalucci d’après les designs de Ron Cobb. Peu à peu, le budget du film grimpe à 9 millions de dollars, et Empire s’avère incapable de réunir cette somme. Tant et si bien que Charles Band se voit contraint de vendre sa compagnie en faillite à un consortium d’investisseurs étrangers. Et la sortie de Robot Jox est retardée jusqu’au recouvrement de toutes les dettes d’Empire. Du coup, la superproduction tant attendue, au sujet inédit et aux proportions titanesques finit par se muer en « direct-to-video » anonyme. « À l’époque où nous étions au travail sur les effets spéciaux, il commençait à y avoir des pressions du studio », raconte David Allen. « Il était question d’amenuiser un certain nombre de scènes et de les réduire. Beaucoup d’entre elles ont donc été éliminées. Stuart voulait par exemple montrer les robots évoluer sous la mer et lancer des missiles balistiques comme des Polaris en plein océan. Ces scènes n’ont jamais été tournées. » (2)

La chute des Titans

Que reste-t-il à l’issue de cette triste déchéance ? Principalement une poignée de séquences extraordinaires dans lesquelles des robots grands comme des buildings s’affrontent violemment et vigoureusement, des moments forts qui n’étaient alors jusque-là que l’apanage du dessin animé et de quelques séries TV nippones à base de comédiens vaguement costumés en robots. Les deux grandes scènes d’effets spéciaux de Robot Jox concernent les deux combats que se livrent le héros Achilles et le vilain Alexander à bord de leurs robots respectifs. Le choix des techniques est assez systématique : des figurines animées dans les plans larges et des maquettes mécanique dans les plans serrés et dans ceux qui nécessitent de la pyrotechnie. Au cours du final, le robot d’Alexander est doté de six pattes et marche comme un insecte géant dans des plans très impressionnants en contre-plongée, tandis que celui d’Achilles se replie sur lui-même et roule sur des chenilles. Le travail de David Allen, superviseur des effets spéciaux, n’a rien à envier ici aux prouesses de Phil Tippett dans Robocop, et d’une manière générale les robots sont de grandes réussites. On ne peut pas en dire autant, hélas, du film tout entier, dont l’intrigue, d’une linéarité extrême, ne suscite que peu d’intérêt, tout comme ses personnages taillés à la serpe dont les motivations et les caractères échappent un peu aux spectateurs – ainsi qu’au scénariste, apparemment. Ces sérieuses carences ramènent donc Robot Jox au niveau du petit téléfilm qu’il est devenu, et ce malgré les visions dantesques que Stuart Gordon place devant sa caméra. Le réalisateur de Re-Animator, Les Poupées et From Beyond, qui démarra si fort sa carrière cinématographique, aura du mal à se relever de ce rude échec, né pourtant d’excellentes intentions. En France, Robot Jox sera exploité en VHS sous le titre Les Gladiateurs de l’apocalypse.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

© Gilles Penso

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SCANNERS (1981)

Trait d’union entre les œuvres confidentielles de David Cronenberg et ses films grand public, Scanners raconte la guerre entre deux télépathes aux pouvoirs terrifiants

SCANNERS

 

1981 – CANADA

 

Réalisé par David Cronenberg

 

Avec Stephen Lack, Patrick McGoohan, Michael Ironside, Jennifer O’Neill, Lawrence Dane

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX I SAGA SCANNERS

Après ses premiers essais « grand public » dans le domaine du cinéma d’horreur avec Frissons, Rage et Chromosome 3, David Cronenberg s’attaque en 1981 à un sujet plus ambitieux et plus ouvertement science-fictionnel à l’occasion de Scanners. Le scénario – écrit sous le titre provisoire The Sensitives – part du postulat qu’une nouvelle lignée de télépathes est capable de contrôler le corps d’autres individus. Le docteur Ruth (Patrick McGoohan), scientifique rattaché à la corporation « Consec », est particulièrement intéressé par ces « scanners » qu’il compte trouver et contrôler. Il envoie l’un d’eux, Vale Cameron (Stephen Lack), à ses ordres, afin de s’infiltrer dans le réseau des « scanners terroristes » dirigés par Darryl Revok (Michael Ironside). Mais Vale s’aperçoit bien vite que la « Consec » a pour but d’éliminer tous les « scanners » qui ne se plient pas à ses ordres. Le nom des deux opposants n’a pas été choisi au hasard, chacun évoquant à sa manière la protection mentale avec laquelle les télépathes doivent s’envelopper pour ne pas être atteint par les pouvoirs de l’autre. Vale signifie en effet « voile ». Quant à Revok, c’est le mot « cover » à l’envers, autrement dit « couverture ».

Sous la défroque de Darryl Revok, Michael Ironside s’avère terrifiant. Ses points communs avec Jack Nicholson, tant du point de vue physique que de celui du jeu, sont frappants, notamment dans une séquence de flash-back au cours de laquelle il s’entretient avec un psychiatre. Son regard fou et ses sourires inquiétants n’auraient pas dépareillé dans Vol au-dessus d’un nid de coucou ! Patrick MacGoohan, de son côté, est employé à contre-emploi dans le rôle d’un vieux savant. « Je souhaite montrer que la violence est indissociable de l’être humain, qu’elle en fait partie intégrante », nous explique Cronenberg. « Je ne voulais pas que cette violence soit séduisante ou esthétique. » (1) Pour les différentes séquences gore qu’il a en tête, le réalisateur souhaite faire appel à Dick Smith, le légendaire créateur des maquillages spéciaux de Taxi Driver, L’Exorciste et Le Parrain. Mais ce dernier, exténué par ses onze mois de travail sur Au-delà du réel de Ken Russel, préfère décliner l’offre. David Cronenberg doit donc trouver une solution de secours. C’est Chris Walas et Stephen Dupuis, futurs maîtres d’œuvre des horribles mutations de La Mouche, qui la lui apporteront. Le premier effet spectaculaire de Scanners est aussi l’un des plus célèbres du film. Preuve de la puissance et du pouvoir de destruction des télépathes, la tête d’un conférencier interprété par Louis Del Grande explose en gros plan, face à une assistance médusée !

La guerre des cerveaux

Alors que Scanners est déjà terminé et monté, David Cronenberg se montre insatisfait par le climax. Tel quel, le film s’achève par un affrontement entre les deux télépathes incarnés par Michael Ironside et Stephen Lack, affrontement dont le point culminant est l’explosion de la tête de ce dernier. Trop bref et trop proche de la fameuse scène choc montrée plus tôt dans le film, ce final ne convient pas au réalisateur qui souhaite développer cette séquence, la rendre plus sanglante, plus spectaculaire, et mieux évoquer l’idée que l’esprit d’un des deux belligérants se transfère dans le corps de l’autre. Débordé par la post-production du film, par les comptes qu’il doit rendre au studio Avco-Embassy et par les contraintes budgétaires, Cronenberg sollicite une nouvelle fois Dick Smith, malgré son premier refus. Reposé et séduit par le défi technique que lui offre le scénario, Smith finit par accepter et passe six semaines de recherche et développement, proposant un découpage précis de la séquence en insistant notamment sur l’effort physique éprouvant que sont censés fournir les deux combattants. Cet affrontement impressionnant (qui décline à sa manière l’imagerie du calvaire du Christ) est de toute évidence l’un des moments les plus forts du film, à tel point qu’il sera utilisé pour sa promotion, y compris sur le fameux poster reproduisant les douloureuses altérations physiques de Michael Ironside. Si Scanners évoque beaucoup les films « cliniques » précédents de Cronenberg, il présente également de nombreux points communs avec le Furie de Brian de Palma dont il développe plusieurs thématiques communes – jusque dans son dénouement explosif. Le cinéaste avoue avoir aussi été sans doute influencé partiellement par le confidentiel Rayon bleu de Jeff Lieberman, auquel il aurait emprunté l’idée des conséquences rétroactives et surnaturelles de l’absorption d’une substance chimique altérée. Ce sera le plus gros succès de David Cronenberg depuis le début de sa carrière, le propulsant dans « la cour des grands » où il aura la possibilité de développer ses obsessions organiques à plus grande échelle.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en octobre 2005

 

© Gilles Penso

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L’ÂGE DE CRISTAL (1976)

Dans un monde futur surpeuplé, la vie de chaque citoyen est programmée pour s’arrêter à l’âge de 30 ans. Mais un couple se révolte…

LOGAN’S RUN

 

1976 – USA

 

Réalisé par Michael Anderson

 

Avec Michael York, Richard Jordan, Jenny Agutter, Roscoe Lee Browne, Farrah Fawcett, Michael Anderson, Peter Ustinov

 

THEMA FUTUR I ROBOTS

L’Âge de cristal adapte un roman homonyme écrit en 1967 par William F. Nolan et G.C. Johnson. En 2274, la surpopulation croissante a été évitée en éliminant chaque citoyen dès qu’il atteint l’âge de trente ans (dans le livre, l’âge limite était 21 ans). Les humains possèdent donc une horloge interne sous forme d’un cristal greffé dans leur main qui change de couleur au fur et à mesure de leur vieillissement. Jaune à huit ans, verte à seize, rouge à vingt-trois, il devient noir dès que la barre fatidique des trente ans est atteinte. Le sacrifice est alors pratiqué dans la cité des dômes sous le couvert d’une cérémonie appelée « le carrousel ». Révoltée par cette politique d’épuration, Jessica (Jenny Agutter) parvient à persuader le policier Logan (Michael York) de s’enfuir avec elle au lieu de la traquer. Devenus fugitifs après avoir quitté la cité, ils vont tenter de prouver qu’on peut vivre au-delà de trente ans. La découverte d’un vieil homme interprété par Peter Ustinov étaye leur théorie, mais l’opiniâtre traqueur Francis (Richard Jordan) s’est lancé à leurs trousses et rien ne semble pouvoir l’arrêter…

Les décors et les trucages insolites supervisés par Glenn Robinson (notamment de nombreuses maquettes très réussies en perspectives forcées), les costumes colorés, les architectures cyclopéennes, tous les designs de L’Âge de cristal participent d’une vision du futur qui semble aujourd’hui très datée, à l’image de ce robot cynique qui fait une apparition remarquée dans une caverne glacée emplie de victimes humaines congelées et semble tout droit sorti d’un serial d’avant-guerre. Cet esthétisme digne des pulps magazine d’antan a certes beaucoup de charme, mais il fixe aussi les limites d’une fable de science-fiction qui semble arriver trop tard. Au milieu des années 70, le public du monde entier a déjà découvert les visions sombres et désenchantées de Soleil vert et Rollerball, très éloignées des délires poético-naïfs d’un Barbarella. Or L’Âge de cristal semble peiner à trouver le ton juste, à cheval entre sa patine récréative et son postulat inquiétant. De fait, le film de Michael Anderson ne décolle jamais vraiment et laisse une impression en demi-teinte.

Le futur n’est plus ce qu’il était

Typique de la politique des studios, une véritable chaise musicale de comédiens s’amorça avant la définition du casting définitif. Jon Voight fut ainsi pressenti pour incarner Logan, Lindsay Wagner pour Jessica, Bill Devane pour Francis et James Cagney pour le vieil homme. Du coup, les acteurs sélectionnés au bout du compte ressemblent vraiment à ce qu’ils sont, c’est-à-dire des seconds choix manquant souvent de charisme (si l’on excepte sans doute le vénérable Peter Ustinov et la pétillante Farrah Fawcett). Trop linéaire pour vraiment séduire, le scénario de David Zlag Goodman s’ornait à l’origine d’allusions au sexe et à la drogue et même d’une bonne dose de satire politique, des éléments subversifs finalement coupés au montage. Financé par la MGM, L’Âge de cristal aurait dû à l’origine être produit par George Pal, mais le talentueux cinéaste venait de quitter le studio à l’époque. Dommage, car avec le réalisateur de La Machine à explorer le temps à la tête du projet, le résultat eut sans doute gagné en envergure. Il n’empêche que L’Âge de cristal fut un grand succès, rapportant sur le seul territoire américain près de trois fois son budget de neuf million de dollars. Une série télévisée fut donc mise en chantier et diffusée dès l’année suivante. Avec son casting différent et de nouvelles péripéties, cet Âge de cristal version petit écran s’avère finalement plus réjouissant et plus dynamique que son modèle cinématographique.

 

© Gilles Penso

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LES INSECTES DE FEU (1975)

À la suite d’un tremblement de terre, des insectes capables de provoquer des incendies se libèrent et menacent la race humaine…

BUG

 

1975 – USA

 

Réalisé par Jeannot Szwarc

 

Avec Bradford Dillman, Patty McCormack, Joanna Miles, Richard Gilliland, Alan Fudge, Jamie Smith-Jackson, Jesse Vint

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Réalisateur de moult épisodes de séries télévisées américaines depuis le début des années 60 (Kojak, L’Homme de fer, Night Galleries), Jeannot Szwarc s’est vu confier par William Castle, producteur de Rosemary’s Baby, cette adaptation du roman « The Hephaestus Plague » que Thomas Page publia en 1973. Conformément au titre apocalyptique du livre, le prologue des Insectes de feu prend des allures de châtiment biblique, un violent tremblement de terre détruisant l’église d’une petite ville de l’Ouest des États-Unis au beau milieu du sermon du curé. Le séisme libère aussitôt des insectes rampants d’une dizaine de centimètres de long qui ont la capacité, en frottant leurs membres, de provoquer des incendies. A l’horreur que suscite cette soudaine invasion se conjugue une certaine dévalorisation de l’espèce humaine, qui croyait jusqu’alors avoir l’apanage de la création du feu. Engoncés dans de solides carapaces blindées, ces briquets ambulants se nourrissent de carbone, voyagent par les pots d’échappement et multiplient les brasiers en ville.

Plusieurs scènes mettant en vedette les insectes incendiaires provoquent des effets répulsifs d’une grande efficacité, accrus par une musique synthétique et des effets sonores stressants. Si la séquence du chat attaqué par les créatures invertébrées est déjà éprouvante, que dire de celle où l’une des bêtes, grimpant sur un combiné téléphonique, brûle l’oreille d’une jeune femme ! Un autre moment de suspense intense montre les insectes ramper sur le dos d’une femme et se loger dans ses cheveux… jusqu’à ce que la malheureuse ne se retrouve consumée de la tête aux pieds. Le professeur James Parmiter (Bradford Dillman, futur héros du Piranhas de Joe Dante) se penche sérieusement sur leur cas et découvre que ces monstres, issus des entrailles de la Terre, sont sans doute vieux d’une cinquantaine de millions d’années. Avant qu’on ait pu trouver un moyen efficace de s’en débarrasser, ils dépérissent d’eux-mêmes au contact de l’atmosphère. Il reste tout de même une poignée de survivants, que le scientifique conserve précieusement, rêvant secrètement de les croiser avec un cafard mâle traditionnel dans des conditions de pressurisation favorables.

Mille et une pattes

On pourrait légitimement se demander où réside l’intérêt d’une telle expérience, mais depuis la mort de sa femme, victime des insectes de feu, Parmiter a développé une véritable obsession. Reclus en ermite, il vit avec ses cobayes une étrange relation d’amour/haine. Dès qu’il obtient l’espèce hybride escomptée, il la baptise « Parmitera Hephaestus », en hommage au dieu grec du feu Héphaïstos. Évidemment, les choses finissent par mal tourner pour l’apprenti-sorcier. Mues par une pensée collective, les blattes mutantes se libèrent, grimpent sur le torse du savant pendant son sommeil (frissons assurés !) et finissent par communiquer avec lui en écrivant sur les murs avec leurs corps. C’est assurément l’un des moments les plus emblématiques et les plus mémorables d’un long-métrage peu avare en scènes choc. Comment oublier cette phrase « We Live » (« Nous vivons ») que dessinent les abdomens grouillants des sinistres arthropodes ? Cinq semaines de tournage avec les comédiens humains et quatre mois avec leurs homologues à six pattes auront été nécessaires à Jeannot Szwarc pour boucler cette fable d’épouvante à la mise en scène brute et quasi-clinique, typique des films d’horreur des années 70. Les Insectes de feu remportera le Grand Prix du Festival du Film Fantastique de Paris en 1975.

 

© Gilles Penso

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APPEL D’URGENCE (1988)

Un homme décroche le téléphone dans une cabine publique. Au bout du fil, un homme lui annonce que des missiles nucléaires vont s’abattre sur la ville…

MIRACLE MILE

 

1988 – USA

 

Réalisé par Steve de Jarnatt

 

Avec Anthony Edwards, Mare Winningham, Mykelti Williamson, Denise Crosby, O-Lan Jones, John Agar, Robert DoQui

 

THEMA POLITIQUE-FICTION I CATASTROPHES

Appel d’urgence est un film revenu de nulle part. Jouissant depuis quelques années d’un regain de popularité inespéré, il faillit bien disparaitre à jamais de la mémoire cinéphile collective. Ce qui est aussi étonnant qu’injuste car d’autres titres pas forcément aussi réussis ont pour leur part bénéficié de la récente vague de nostalgie des années 80. Ou bien justement Appel d’urgence est-il tellement « autre » qu’il s’avère tout aussi inclassable aujourd’hui qu’il ne l’était à sa sortie ? L’idée du film germa dans l’esprit de son auteur Steve De Jarnatt dès 1979, alors qu’il finissait ses études de cinéma à l’université de Californie, s’inspirant de ses souvenirs d’enfance dans les années 60 lorsque, au cœur de la Guerre Froide, la population américaine devait régulièrement se soumettre à des simulations d’attaque nucléaire. La menace et la psychose perdureront jusque dans les années 80, comme en témoignent Le Jour d’après de Nicholas Meyer, L’Aube Rouge de John Milius et même le plus commercial WarGames de John Badham. Warner se montra tout d’abord intéressé par ce sujet dans l’air du temps mais souhaitait modifier plusieurs éléments (dont la fin, pour que le film ne soit qu’un rêve !). Steve De Jarnatt refusa catégoriquement, d’autant qu’il comptait bien réaliser le film lui-même. Il apprit par la suite que le studio avait pour projet d’en faire un segment de La Quatrième dimension – le film. Mais le temps passa et la chute du mur de Berlin en 1989 amorça une détente politique internationale, ce qui pourrait bien avoir contribué à rendre Appel d’urgence caduque lorsqu’il sortit enfin sur les écrans en mai 1989 aux États-Unis et début 90 en France. 

Le film s’ouvre sur des images du Big Bang et les débuts de la vie sur Terre, sur une musique synthétique planante du groupe Tangerine Dream. Une voix off dissertant sur les événements cosmiques aurait tôt fait de nous laisser croire que nous regardons au choix un documentaire, la suite de Phase IV, voire un film de Terrence Malick. Apparait ensuite à l’image Harry (Anthony Edwards) et l’on découvre que ces images ne sont qu’une fresque murale au musée d’histoire naturelle, celui de Los Angeles en l’occurrence. Harry y a repéré Julie (Mare Winnigham) et fait tout pour attirer son attention. Elle accepte d’aller diner avec lui mais Harry s’endort et rate l’heure du rendez-vous à cause d’une panne de courant. En se réveillant à 2h00 du matin, il se doute que Julie ne sera plus là mais il se rend au restaurant malgré tout. Sur place, une cabine téléphonique sonne. Interloqué, Harry décroche. Il s’agit d’un faux numéro mais la personne au bout du fil a juste le temps de lui expliquer qu’elle travaille dans une base militaire et que des missiles nucléaires vont s’abattre sur Los Angeles dans 1h10. Pris de panique, Harry décide de retrouver Julie avant qu’il ne soit trop tard. L’annonce de la catastrophe se répand comme un feu de paille et la ville entière sombre alors dans le chaos et l’anarchie…

 Du Big Bang au Big Boum

Si Kurt Russel et Nicolas Cage furent approchés pour tenir le rôle principal, le choix d’Anthony Edwards contribue à crédibiliser l’intrigue – ni gros bras ni sex-symbol, le futur Docteur Green de la série Urgences incarne le parfait quidam face à une situation pour le moins exceptionnelle. Mais la contrepartie est que la firme Hemdale ne peut miser trop gros sans véritable tête d’affiche et Steve De Jarnatt doit se contenter d’un budget de 3,7 millions de dollars. A titre de comparaison, la même compagnie avait alloué près de 7 millions au premier Terminator, avec lequel Appel d’urgence entretient d’ailleurs quelques points communs : l’apocalypse nucléaire et une histoire d’amour naissante au cours d’une course-poursuite/contre la montre se déroulant sur une période courte et majoritairement de nuit. Car la romance est bel et bien au cœur d’Appel d’urgence, De Jarnatt y consacrant vingt bonnes minutes d’exposition avant de nous faire basculer dans le cauchemar – Un revirement qui n’aurait pas le même impact si nous ne nous étions pas attachés aux personnages. Avec une solide maitrise de son matériau, le réalisateur continuera d’ailleurs de faire évoluer sa mise en scène au cours d’un film dont la courte durée ne le rend que plus dense : démarrant comme une comédie romantique classique, embrayant sur une ambiance paranoïaque avant de déployer un très efficace final sur fond de chaos urbain tirant le meilleur parti des moyens à disposition, De Jarnatt nous promène sans temps mort dans de nombreux lieux à priori anodins mais furieusement cinégéniques, introduisant au passage une riche galerie de personnages secondaires aussi variés que pittoresques, dont la diversité reflète à merveille l’esprit de la Cité des Anges. Par une sorte d’écho négatif à la première scène, la fin du film boucle parfaitement la boucle d’un scénario auquel ses huit longues années de gestation auront permis d’être parfaitement affiné. Hemdale avait envisagé d’ajouter une touche optimiste pour clore le film mais conserva finalement la chute plus radiale envisagée par son auteur. Hélas, l’insuccès d’Appel d’urgence (son second film après Cherry 2000) signera la fin de la carrière de Steve De Jarnatt au cinéma. Il restera très actif à la télévision, où il aura même l’occasion de diriger à nouveau Anthony Edwards sur quelques épisodes d’Urgences.

 

 © Jérôme Muslewski

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SOUDAIN… LES MONSTRES ! (1975)

Le spécialiste des films de monstres Bert I. Gordon adapte H.G. Wells et lâche sur ses héros des hordes d'animaux géants

THE FOOD OF THE GODS

 

1975 – USA

 

Réalisé par Bert I. Gordon

 

Avec Pamela Franklin, Marjoe Gortner, Ralph Meeker, Jon Cypher, Ida Lupino, John McLiam, Belinda Balaski, Tom Stovall

 

THEMA MAMMIFÈRES I REPTILES ET VOLATILES I INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Vingt ans après ses débuts, Bert I. Gordon continue inlassablement à mettre en scène des animaux géants. Les dinosaures, les cyclopes, les colosses, les dragons, les araignées géantes et les sauterelles titanesques cèdent ainsi le pas à toute une nouvelle ménagerie qui s’inspire très librement du roman « The Food of the Gods » (« La Nourriture des Dieux ») qu’H.G. Wells écrivit en 1904. Curieusement, Bert I. Gordon s’était déjà laissé inspirer par ce récit qui servit de base en 1965 à Village of the Giants. Soudain… les monstres ! prend place sur une île isolée au large des côtes canadiennes, filmée en extérieurs réels à Bowen Island. Le footballer Morgan (Marjoe Gortner, futur héros de Star Crash) et ses amis Davis (Chuck Courtney) et Brian (John Cypher) y chassent le cerf dans les bois. Soudain, Morgan entend un hurlement et retrouve le cadavre de Davis, dont le visage est complètement boursouflé, tandis qu’au loin s’éloigne un essaim monstrueux.

Les premières créatures du film sont donc des guêpes grosses comme des pigeons, en réalité des marionnettes figées qui sont incrustées très maladroitement dans les prises de vues réelles (un travers habituel des trucages de Gordon, tributaire de budgets souvent minuscules). Suivent un coq géant, c’est-à-dire une figurine immobile de deux mètres de haut qu’un montage nerveux tente de crédibiliser, et des vers énormes, repoussants et dégoulinants à souhait, qui se nourrissent volontiers de chair humaine dès qu’ils le peuvent. Ces mutations monstrueuses trouvent leur origine dans une substance mystérieuse qui s’écoule au pied d’un rocher. Les époux Skinner (Ida Lupino et John McLiam), qui l’ont découverte par hasard, s’en servent pour nourrir leurs poulets. Mais les rats y ont également trempé leur museau glouton. Les rongeurs géants ne tardent donc pas à ensanglanter les parages. En désespoir de cause, un petit groupe de survivants trouve refuge dans une vieille ferme.

La nuit des rats géants

Les monstres vedettes du film sont donc des rats velus et démesurés, obtenus tour à tour à l’aide de rats réels filmés dans de belles maquettes fabriquées par Erik Von Buelow, ou de répliques géantes très réussies conçues par Tom Burman et un tout jeune Rick Baker. Les doubles expositions qui mettent les monstres en relation avec les comédiens sont parfois efficaces (la caravane assaillie, la maison inondée) mais s’avèrent souvent calamiteuses. La plupart du temps, la ligne de cache est en effet bien visible et une partie des rats est transparente. En vingt ans de bons et loyaux services, Gordon n’a donc guère fait évoluer ses techniques depuis les sauterelles géantes de Beginning of the End. L’assaut final autour de la ferme, générant des tensions inévitables entre protagonistes, évoque beaucoup La Nuit des morts-vivants mais aussi Les Oiseaux, notamment lorsque Lorna Scott (Pamela Franklin) tremble de tous ses membres en entendant le bruit stressant des animaux qui s’abattent sur le toit. Quant à l’ironique chute finale, elle donne presque au film les allures d’une « prequel » de Village of the Giants. Une séquelle officielle sera réalisée par Damian Lee en 1989 sous le titre Gnaw : Food of the Gods 2.

 

© Gilles Penso

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LES AVENTURES DE BUCKAROO BANZAÏ À TRAVERS LA HUITIÈME DIMENSION (1984)

Un scientifique / rock star / agent secret ouvre les portes de la huitième dimension et provoque une invasion extra-terrestre…

THE ADVENTURES OF BUCKAROO BANZAI ACROSS THE 8th DIMENSION

 

1984 – USA

 

Réalisé par W.D. Richter

 

Avec Peter Weller, John Lithgow, Ellen Barkin, Jeff Goldblum, Lewis Smith, Christopher Lloyd, Rosalind Cash

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES

Les Aventures de Buckaroo Banzaï est né de la rencontre entre W.D. Richter, scénariste de plusieurs films mémorables comme L’Invasion des profanateurs de Philip Kaufmann, Dracula de John Badham ou Brubaker de Stuart Rosenberg, et Earl Marc Rauch, auteur du roman « Dirty Pictures From the Prom ». Tous deux décident d’initier un film ensemble, mais le scénario peine à se concrétiser. Rauch imagine un personnage nommé d’abord Buckaroo Bandy, héros d’une histoire déjantée inspirée en partie du cinéma de kung-fu. Entre-temps, Rauch écrit les scripts de New York New York pour Martin Scorcese et d’Otages pour Sean S. Cunningham. Lorsque le scénario des Aventures de Buckaroo Banzaï est enfin finalisé, il faut encore pouvoir le financer. Ce n’est pas une mince affaire, dans la mesure où le film s’annonce totalement inclassable et qu’il s’agira de la première réalisation de W.D. Richter. Le producteur David Begelman et le studio 20th Century Fox tentent finalement l’aventure en allouant au projet un budget de douze millions de dollars. Pas encore starifié par Robocop, Peter Weller hérite du rôle-titre, sa performance dans L’Usure du temps d’Alan Parker ayant convaincu Richter. Le comédien accepte sans trop savoir s’il s’embarque dans une parodie, un film de science-fiction sérieux ou une espèce de cartoon en chair et en os.

Buckaroo Banzaï est un personnage hors du commun cumulant tout à la fois les fonctions de neurochirurgien, de star du rock, d’agent secret, de spécialiste des arts martiaux, de physicien mondialement connu et d’ami du président des États-Unis. Alors qu’il expérimente sa toute dernière invention, l’Oscillateur, cet homme aux talents multiples se lance à vive allure dans le désert au volant d’une voiture expérimentale et ouvre malencontreusement les portes de la huitième dimension, permettant à des extra-terrestres aux sombres desseins d’envahir notre planète. Ces indésirables envahisseurs sont identifiés par Buckaroo Banzaï comme « Lectroïdes de la planète dix ». Seuls certains êtres privilégies peuvent voir leur monstrueux visage. Mais pour le commun des mortels, ils ressemblent à des humains ordinaires. Entretemps, le docteur Lizardo (John Lithgow) s’évade de l’hôpital psychiatrique où il était interné. Ce dernier avait tenté une expérience similaire à celle de Buckaroo Banzaï, avec un side-car customisé, mais en était ressorti transformé et profondément mégalomane. Notre héros et son équipe partent donc en guerre contre les aliens désormais à la solde de Lizardo.

En totale roue libre

Assez curieusement, plusieurs composantes de ce film délirant annoncent Retour vers le futur, notamment cette voiture aérodynamique qui fonce sur une route droite jusqu’à se dématérialiser pour apparaître ailleurs de l’autre côté d’une montagne, avec en prime un tableau de bord équipé d’un dispositif en tout point similaire au convecteur temporel de Doc Brown. Christopher Lloyd apparaît d’ailleurs dans le film, jouant une sorte d’agent du gouvernement. Au détour du casting, on trouve aussi Jeff Goldblum, en ami médecin de Buckarro qui s’habille en cowboy, ainsi que de nombreux compagnons d’arme aux noms improbables. La délicieuse Ellen Barkin (future star de Dans la peau d’une blonde et Mélodie pour un meurtre) est aussi de la fête. Dans un flash-back, Jamie Lee Curtis jouait la mère du héros, mais cette scène fut finalement coupée au montage. Quant à John Lithgow, il en fait des tonnes sous la défroque de ce super-vilain improbable, déclamant ses dialogues avec un accent supposément italien qui ressemble plutôt à du russe. Le film se distingue par ses designs originaux, notamment ce vaisseau spatial mi-végétal mi-minéral aux allures de coquillage hérissé de branchages enchevêtrés, ou encore ces aliens juchés sur de très hauts sièges dans un étrange environnement enfumé. Les effets visuels sont supervisés par Michael Fink (Blade Runner, WarGames), les maquettes par Mark Stetson (New York 1997, S.O.S. fantômes) et les maquillages spéciaux par Tom Burman (L’Invasion des profanateurs, La Féline). Bref, du beau monde ! Rythmé sur une musique synthétique de Michael Boddicker, Les Aventures de Buckaroo Banzaï nous amuse par son grain de folie permanent et sa liberté de ton. Mais son déroulement erratique, en totale roue libre, ne mène nulle part et fixe donc les limites de son concept. La fin nous annonce une prochaine aventure : « Buckaroo Banzai Against the World Crime League ». Mais cette suite ne verra jamais le jour. Buckaroo Banzaï est en effet un flop retentissant, le film ne devenant culte qu’au moment de sa distribution en vidéo.

 

© Gilles Penso

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MONTCLARE : RENDEZ-VOUS DE L’HORREUR (1982)

Une jeune femme hérite d’un domaine familial abritant une communauté de retraités… et des secrets très inquiétants

NEXT OF KIN

 

1982 – NOUVELLE-ZÉLANDE / AUSTRALIE

 

Réalisé par Tony Williams

 

Avec Jacki Kerin, John Jarratt, Alex Scott, Gerda Nicolson, Charles McCallum, Bernadette Gibson, Robert Ratti, Vince Deltito, Tommy Dysart

 

THEMA TUEURS

S’il s’inscrit logiquement dans la mouvance des productions fantastiques ayant subitement émergé sur le continent océanien entre la fin des années 70 et le début des années 80 (au côté des œuvres de George Miller, Richard Franklin, Simon Wincer ou Colin Eggleston), Montclare est tout de même un film un peu à part. Son réalisateur Tony Williams n’a en effet réalisé qu’un autre long-métrage de fiction, le drame méconnu Solo, le reste de sa carrière ayant été consacré à la production et à la réalisation de films documentaires. C’est d’autant plus surprenant que ses trouvailles de mise en scène, ses expérimentations visuelles et sonores et sa direction d’acteurs laissaient augurer des promesses cinématographiques qui hélas n’auront pas été tenues. Montclare (Next of Kin en V.O., autrement dit « proche parent ») est donc un cas isolé. Et si ses derniers rebondissements semblent vouloir se réclamer du slasher, alors au sommet de sa vogue aux États-Unis, l’entame de ce Rendez-vous de l’horreur nous baigne dans une atmosphère différente, proche par bien des aspects des vieilles histoires de fantômes britanniques ou des thrillers « à mystère » dans l’esprit des récits d’Edgar Wallace ou de Boileau & Narcejac.

Après la mort de sa mère, Linda (Jacki Kerin) hérite de Montclare, un domaine rural qui appartient à sa famille depuis de longues années. La nuit de son arrivée, une vieille pensionnaire, Madame Ryan (Bernadette Gibson), arrive au beau milieu d’un orage, accompagnée par son fils Kelvin (Robert Ratti). Car Montclare abrite une communauté de retraités avec qui Linda va lier connaissance. Mais une ambiance étrange baigne les lieux, agitant les nuits de Linda qui est hantée dans ses rêves par une petite fille qui pourrait bien être elle-même. Bientôt, un drame survient : un résident est retrouvé noyé dans une baignoire. De plus en plus perturbée, Linda tombe sur des journaux intimes et des dossiers médicaux troublants. Convaincue que quelqu’un l’espionne et l’observe jour et nuit, elle finit par se persuader que Connie (Gerda Nicolson), une employée de longue date, et le docteur Barton (Alex Scott), qui officie à Montclare, lui cachent des choses sur sa mère et sur sa tante. Les incidents se multiplient bientôt, jusqu’à ce que la situation vire au cauchemar…

Le malaise s’installe…

Si Montclare : rendez-vous de l’horreur parvient à saisir le spectateur et à jouer avec ses nerfs, c’est moins pour son scénario, somme toute assez classique, que par la mise en forme qu’adopte Tony Williams. Pas du tout coutumier du genre, le réalisateur semble trouver là un passionnant terrain de jeu. Sa caméra suit souvent l’action de très près, zoomant sur certains détails du cadre, accompagnant les personnages pas à pas, quitte à adopter des angles de vue inattendus. Cette proximité que le cinéaste impose à ses spectateurs crée un climat insolite même lorsqu’il ne se passe rien. Comment oublier le malaise suscité par cette scène pourtant anodine des morceaux de sucre ? Williams altère souvent la cadence de l’action, imposant des mouvements ralentis qui créent un sentiment de flottement et laissent l’étrangeté s’inviter dans les moments les plus faussement paisibles. Toutes ces facéties sont moins des gimmicks que des moyens d’entrer dans la subjectivité d’un personnage de plus en plus déconcerté par cet environnement dont l’apparente respectabilité cache visiblement de lourds secrets. La couleur rouge est aussi un indicateur de perturbation (le ballon de la fillette, le béret, le pull, et bientôt l’eau d’une fontaine qui se teinte soudain d’écarlate). En ce sens, certains effets de style de Montclare ne sont pas éloignés de ceux du giallo, ce que confirme ce climax baroque digne des grandes heures de Dario Argento où les cris de terreur se muent en hurlements bestiaux, où la caméra flotte au-dessus du drame et où la musique synthétique de Klaus Schulze nimbe l’action d’une rythmique entêtante. Constellé d’images inquiétantes (le cadavre dans la baignoire), Montclare remportera le grand prix du Festival International du Film Fantastique de Paris en 1982.

 

© Gilles Penso

 

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