LA ROSE DE FER (1973)

Un poème macabre, surréaliste et erratique concocté par Jean Rollin, le roi de l’épouvante française érotico-fantastique…

LA ROSE DE FER

 

1973 – FRANCE

 

Réalisé par Jean Rollin

 

Avec Françoise Pascal, Hugues Quester, Mireille Dargent, Nathalie Perrey, Michel Delesalle, Jean Rollin

 

THEMA MORT I SAGA JEAN ROLLIN

Les films de Jean Rollin sont souvent des œuvres inclassables, s’efforçant de mixer l’épouvante graphique à la Mario Bava, l’érotisme bourgeois d’un David Hamilton et le surréalisme poétique cher à Luis Buñuel, sans que la mayonnaise ne prenne tout à fait malgré une bonne volonté évidente. Dans le cas de La Rose de fer, autant dire qu’elle ne prend pas du tout, tant les intentions de son auteur nous échappent. Il faut dire que le scénario de Rollin, inspiré par un poème de Tristan Corbière et dialogué par Maurice Lemaître, tiendrait sur un ticket de métro, et que même pour une petite heure vingt de métrage, c’est un peu court ! Le cinéaste s’amuse ainsi à étirer au maximum des plans joliment composés par le chef opérateur Jean-Jacques Renon et des situations souvent insolites, jusqu’à ce que l’ennui s’installe et que les bâillements ne s’immiscent même chez les spectateurs les plus attentifs.

L’histoire commence par la rencontre d’une jeune danseuse et d’un fringant poète (Françoise Pascal et Hugues Quester) au cours d’un déjeuner de noces. Ils se séduisent, se taquinent, se donnent rendez-vous le long d’une voie ferrée plutôt photogénique, jouent à cache-cache, puis se retrouvent dans un cimetière où ils font l’amour à l’abri des regards, tout au fond d’un caveau. Lorsqu’ils en ressortent, la nuit est tombée, et ils s’avèrent incapables de retrouver la sortie. Chaque fois qu’ils essaient de quitter les lieux, nos deux tourtereaux se retrouvent à leur point de départ. Alors, peu à peu, le jeune homme s’énerve et bascule dans l’hystérie, tandis que la fille change bizarrement de comportement, comme si elle était possédée par l’esprit des morts qui reposent autour d’eux. La voilà donc qui déclame des poèmes macabres, qui joue avec des ossements et danse au milieu des tombes. A l’apogée de sa folie, elle enferme son compagnon dans le caveau puis vient l’y rejoindre au petit matin pour reposer auprès de lui et retrouver les défunts qui s’agitent dans son esprit tourmenté…

Une « peinture animée »

Vaguement influencé par l’univers d’Edgar Allan Poe, le postulat est loin d’être inintéressant, mais Jean Rollin renonce à le développer vraiment, se contentant de la photogénie nocturne de son cimetière et de sa peu pudique comédienne pour soutenir son film. La Rose de fer souffre donc cruellement d’un scénario anémique et d’un rythme exagérément lent. On gardera tout de même en mémoire quelques esquisses de scènes oniriques à souhait, comme ce clown qui vient déposer des fleurs sur une tombe, cet homme vêtu comme le Bela Lugosi de Dracula qui pénètre furtivement dans un mausolée, ou ces visions de l’héroïne nue comme un ver qui joue avec des croix de fer au bord de la mer. Conçu comme une « peinture animée » (dixit Rollin lui-même), La Rose de fer fut l’un des films les moins rentables de son auteur. Ignoré par le public et conspué par la critique lors de sa sortie sur les écrans français, il acquit pourtant outre-Atlantique un statut d’œuvre culte, notamment grâce à son édition DVD dans la collection « Redemption ». Sans doute les Américains y apprécièrent l’exotisme « so french » et les charmes indéniables de Françoise Pascal.

 

© Gilles Penso

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COWGIRLS VS. PTERODACTYLS (2021)

En plein Far West, une jeune institutrice monte un commando féminin pour chasser les ptérodactyles qui infestent une ville du Texas…

COWGIRLS VS. PTERODACTYLS

 

ANNEE – USA

 

Réalisé par Joshua Kennedy

 

Avec Madelyn Wiley, Haley Zega, Carmen Vienhage, Dani Thompson, Jonathan Tamez, Stephanie Marie Baggett

 

THEMA DINOSAURES

La filmographie du jeune cinéaste texan Joshua Kennedy est constellée de titres joyeusement évocateurs : Slave Girls on the Moon, Dracula A.D. 2015, The Night of Medusa, The Alpha Omega Man, House of the Gorgon… Hommages à la Hammer, aux films de science-fiction des années 50, au cinéma catastrophe des seventies ou aux « creature features » de Ray Harryhausen, tous ces longs-métrages sont bricolés avec les moyens du bord, quasiment sans budget, et il faut bien avouer que cet amateurisme saute aux yeux. Ce qui n’enlève rien aux belles intentions de ce réalisateur opiniâtre qu’aucun obstacle ne semble pouvoir arrêter. En 2017, il met en scène Theseus and the Minotaur, une aventure mythologique balourde clignant visiblement de l’œil vers Jason et les Argonautes et Le Choc des Titans. On y trouve des acteurs en toge qui surjouent outrancièrement, des décors réduits à leur plus simple expression et un minotaure animé en stop-motion par un certain Ryan Lengyel. Ce dernier – qui pratique l’art de Ray Harryhausen en amateur pendant son temps libre – est aussi un grand amoureux du genre, comme en témoignent son court-métrage The Beast from Twenty Zillion Years Ago et sa séquelle Night of the Beast. Les deux hommes étaient faits pour s’entendre. Joshua Kennedy et Ryan Lengyel se retrouvent donc à l’occasion de Cowgirls vs. Pterodactyls, un western comique dans lequel le ciel est sillonné de reptiles volants préhistoriques animés image par image… Une sorte de réponse low-cost à La Vallée de Gwangi, en quelque sorte.

Joshua Kennedy ayant sympathisé avec la comédienne Martine Beswick pendant le tournage de House of the Gorgon, cette dernière accepte de prêter sa voix off au film. Ce n’est pas rien : non contente d’avoir été l’une des icônes les plus mémorables du cinéma de genre des sixties, la belle Martine affrontait elle-même des ptérodactyles en stop-motion dans Un million d’années avant JC. Pendant le prologue, elle nous apprend qu’un épisode de l’histoire d’Ouest des États-Unis a été totalement oublié dans les livres. En effet, en 1864, la petite ville texane de Kerksey fut victime d’une invasion de redoutables ptérodactyles. Après que son mari ait été enlevé par un de ces reptiles volants, l’institutrice Rebecca Crawford (Madelyn Wiley) sollicite la chasseuse de primes Bunny Parker (Carmen Vienhage) pour l’aider à chasser les monstres. Elles sont bientôt rejointes par Debbie Dukes (Haley Zega), la tenancière d’une maison close qui espère pouvoir empailler un des spécimens pour sa décoration intérieure. A la question « qu’est-ce qu’un ptérodactyle ? » posée par Debbie, Rebecca répond aussitôt : « moitié oiseau, moitié serpent, entièrement démon ». D’autres filles les rejoignent à mi-parcours, notamment la hors-la-loi Doris Yates (Dani Thompson). La guerre des cowgirls contre les ptérosaures peut commencer…

Old school

Même si un bond qualitatif est clairement perceptible par rapport au médiocre Theseus and the Minotaur, Cowgirls vs. Pterodactyls reste très disgracieux dans sa facture, malgré sa tonalité semi-parodique qui autorise une certaine indulgence. Les décors sont tellement minuscules que les cadrages (en faux Cinemascope) restent souvent très serrés, plusieurs séquences se déroulent tout simplement sur fond noir pour simuler des sites extérieurs nocturnes, les éclairages déficients et le grain de l’image donnent presque l’impression de visionner un film amateur tourné en super 8 et repiqué sur une VHS… Bref le cruel manque de moyens transparaît derrière chaque plan, y compris lorsque Joshua Kennedy met en scène trois chevaux mais n’en filme jamais plus de deux à la fois. L’amateur se rabattra donc sur les créatures, qui ne sont pas à proprement parler des ptérodactyles mais des ptéranodons, ces reptiles préhistoriques de huit mètres d’envergure qui sillonnaient les cieux du Crétacé. Bien sûr, les figurines ne sont pas sculptées avec une grande finesse et s’incrustent souvent grossièrement dans les prises de vues réelles, mais voir un film de 2021 s’efforcer de perpétuer l’art de Willis O’Brien, Ray Harryhausen et Jim Danforth a quelque chose de très rafraîchissant. Fidèle aux méthodes de leurs mentors, le réalisateur et son animateur utilisent même des figurines en stop-motion pour remplacer les humains dans certains plans larges et une marionnette mécanique pour les gros plans des bêtes. Anecdotique ? Certainement. Maladroit ? Assurément. Mais la détermination et la passion de cette équipe de cinéastes/mercenaires reste touchante, envers et malgré tout.

 

© Gilles Penso

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LE BEAU-PÈRE (1987)

Stéphanie ne porte pas dans son cœur le nouvel époux de sa mère. Et pour cause : c’est un tueur psychopathe obsédé par l’idée d’un foyer idéal…

THE STEPFATHER

 

1987 – USA

 

Réalisé par Joseph Ruben

 

Avec Terry O’Quinn, Jill Schoelen, Shelley Hack, Charles Lanyer, Stephen Shellen, Stephen E. Miller, Robyn Stevan, Jeff Schultz

 

THEMA TUEURS

Repéré par les fantasticophiles grâce à son surprenant Dreamscape, Joseph Ruben réalise avec Le Beau-père un slasher atypique qui s’appuie sur un scénario du célèbre romancier Donald Westlake et échappe habilement aux influences de Psychose et Halloween. La scène d’ouverture, étonnante, dure cinq bonnes minutes et se passe de tout dialogue. Un homme se douche, se rase, s’habille, descend tranquillement les escaliers d’un coquet pavillon, passe devant une famille massacrée qui baigne dans une épouvantable marre de sang, puis s’en va tout guilleret à grandes enjambées. Un an plus tard, nous le retrouvons sous l’identité de l’agent immobilier Jerry Blake, marié à une charmante veuve et désormais beau-père de Stéphanie, une adolescente qui ne le porte guère dans son cœur. Il faut dire que cet époux modèle, bien peigné, en costume impeccable et au sourire digne d’une publicité pour les dentifrices, semble trop propre sur lui pour être honnête. L’intuition de Stéphanie est donc bonne, même si elle ignore encore qu’il s’agit d’un dangereux tueur psychopathe obsédé par l’idée d’un foyer idéal.

Plus puritain encore qu’un Michael Myers ou qu’un Jason Voorhes (dont le couteau se plante de préférence dans la chair des jeunes qui se droguent, boivent de l’alcool ou copulent), Jerry Blake réduit en charpie toutes les familles qu’il intègre et qui ne sont pas assez harmonieuses à son goût. Lorsqu’un journaliste relance l’affaire du massacre précédent, à la demande du frère d’une des victimes, Stéphanie commence sérieusement à soupçonner son beau-père. L’intrigue flirte alors avec L’Ombre d’un doute d’Alfred Hitchcock, et ce n’est pas le moindre de ses attraits. Liaison fatale nous vient également à l’esprit, notamment au moment des rebondissements du climax. Mais à la différence du thriller d’Adrian Lyne, la moralisation n’est pas vraiment ici à l’ordre du jour, et la sacro-sainte famille américaine idéale en prend même un sacré coup. Le Beau-père pourrait presque même s’interpréter comme un plaidoyer contre l’hypocrisie des valeurs familiales traditionnelles.

La famille parfaite

Sans déborder d’inventivité, la mise en scène de Ruben sert correctement le sujet, et même la médiocre musique synthétique du Suisse Patrick Moraz (qui fut un temps membre du groupe Yes) ne parvient guère à entacher l’efficacité des séquences de suspense. Il faut dire que le film repose principalement sur les épaules de Terry O’Quinn, excellent dans le rôle de ce psycho-killer d’un genre très spécial. La scène de la conversation téléphonique où il ne sait plus laquelle de ses identités fictives endosser, face à son épouse stupéfaite, est à ce titre mémorable. On peut légitimement s’étonner que Le Beau-père n’ait pas ouvert à O’Quinn une carrière cinématographique digne de ce nom, au-delà de sa présence dans une inévitable séquelle réalisée en 1989 par Jeff Burr et de son imposante incarnation d’Howard Hughes dans Rocketeer. C’est finalement le petit écran qui offrira à ce comédien d’exception ses rôles les plus marquants, à travers les personnages récurrents de Millenium, Alias, À la Maison Blanche et surtout Lost.

 

© Gilles Penso

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SNOWPIERCER, LE TRANSPERCENEIGE (2013)

2031 : le seul moyen de survivre à la glaciation qui a frappé la planète est d’entasser la population dans un train qui tourne autour du monde…

SNOWPIERCER / SEOLGUNGNYEOLCHA

 

2013 – CORÉE DU SUD

 

Réalisé par Bong Joon-ho

 

Avec Chris Evans, Song Kang-ho, Jamie Bell, John Hurt, Tilda Swinton, Ed Harris, Octavia Spencer, Ewen Bremner, Ko Ah-sung, Tomas Lemarquis

 

THEMA FUTUR

Alors qu’il est en plein travail sur son film de monstre The Host, Bong Joon-ho découvre au hasard de ses pérégrinations dans son magasin de bandes dessinées préféré « Le Transperceneige ». Imaginée par Jacques Lob à la fin des années 70 et dessinée par Alexis puis Jean-Marc Rochette, cette série futuriste séduit immédiatement le cinéaste par son originalité, son audace et son absence de concessions. Il n’en faut pas plus pour lui donner l’envie de l’adapter à l’écran. Ses producteurs Park Chan-wook et Lee Tae partagent cet enthousiasme, mais l’entreprise s’annonce complexe et très coûteuse. Entretemps, The Host sort sur les écrans et triomphe non seulement auprès du public mais aussi de la critique. La machine Snowpiercer se met alors en branle. Première étape : restructurer entièrement les péripéties de la (longue) BD originale pour les adapter au scénario d’un film de deux heures. Deuxième étape : trouver le casting idéal. Le film étant budgété à 40 millions de dollars (une somme inédite pour le cinéma sud-coréen), il sera tourné en anglais afin de pouvoir être exploité dans le monde entier. D’où une distribution anglophone intégrant des acteurs de prestige tels que John Hurt, Tilda Swinton ou Ed Harris. Séduit par sa prestation dans le Sunshine de Danny Boyle, Bong Joon-ho propose à Chris Evans le rôle principal. Jamie Bell (l’inoubliable Billy Eliott de Stephen Daldry) le seconde. Un peu intimidé par l’ampleur de cette production, le cinéaste a aussi besoin de visages familiers dans son entourage immédiat. D’où la présence des comédiens Song Kang-ho et Ko Ah-sung, qui jouaient déjà un père et une fille dans The Host. L’équipe s’installe dans les studios Barandov, en République tchèque, où se construit un décor titanesque : 26 wagons grandeur nature dans lesquels se tiendra le tournage pendant 72 jours. Le voyage peut commencer…

Nous sommes dans le futur. Comme on pouvait le craindre, le réchauffement climatique a provoqué un dérèglement global de la planète. Pour enrayer le phénomène, un gaz expérimental baptisé CW7 est envoyé dans l’atmosphère. Mais l’effet obtenu est catastrophique. Une gigantesque vague de froid frappe tous les continents et la Terre entre dans une ère glaciaire. Ce qui reste de l’humanité s’est réfugié dans un train dont la proue brise la glace. Cet immense serpent de fer circule en circuit fermé depuis des années, charriant ses passagers répartis par classes sociales. Les plus pauvres sont entassés dans des conditions inhumaines dans les derniers wagons, les nantis jouissent de nombreux privilèges dans les voitures de tête, et le créateur de cette arche de Noé d’un nouveau genre, Wilford, s’assure du bon fonctionnement de la machine, érigé au statut de véritable gourou sauveur de l’humanité. Mais parmi les plus défavorisés, un vent de révolte gronde…

Titanic sur des rails

On le sait, le cinéma de Bong Joon-ho repose très souvent sur le décalage entre les classes sociales, le fossé se creusant jusqu’à un point de rupture qui mène généralement au chaos. L’une de ses plus grandes réussites, Parasite, en est la démonstration la plus éclatante. Mais Snowpiercer creusait déjà ce sillon, le prisme de la science-fiction autorisant toutes les disproportions pour mieux alimenter ce discours anthropologique. Version roulante et futuriste du Titanic, le Transperceneige court à la catastrophe justement parce que son organisation consiste à répartir les passagers par rang social. La révolution est inévitable, portée sur les épaules d’un petit groupe s’appuyant sur un équilibre instable. Curtis (Chris Evans) est la force tranquille mais excessivement déterminée, Edward (Jamie Bell) la fougue impétueuse de la jeunesse, Gilliam (John Hurt) la sagesse paternelle et vénérable. Le patronyme de ce dernier n’a pas été choisi au hasard. Car si d’autres œuvres de SF semblent avoir nourri l’imagination de Bong Joon-ho (on pense notamment à Soleil vert), le travail de Terry Gilliam en ce domaine est une de ses influences les plus apparentes. L’humour désespéré de Snowpiercer, ses exubérances, ses ruptures de ton, ses personnages hauts en couleur nous renvoient directement à Brazil et L’Armée des 12 singes, avec en bout de course un même constat désenchanté sur la nature humaine. La direction artistique du film est aussi l’une de ses grandes forces, les wagons de ce train rétro-futuriste au style partiellement cyberpunk se déployant sans fin comme une cité aux visages multiples, le Fritz Lang de Metropolis voyageant côte à côte avec le Fellini de Satyricon. Violent (le combat à la hache), surréaliste (la voiture-aquarium), spectaculaire (le climax), Snowpiercer est assurément une œuvre d’exception. Sept ans plus tard, le même sujet sera déployé dans une série TV du même nom créée par Josh Friedman et Graeme Manson.

 

© Gilles Penso

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LES DÉMONS DU MAÏS 3 : LES MOISSONS DE LA TERREUR (1995)

Un troisième épisode qui brise la routine grâce à des effets gore surréalistes dignes de la saga Freddy

CHILDREN OF THE CORN 3 : URBAN HARVEST

 

1995 – USA

 

Réalisé par James D.R. Hickox

 

Avec Daniel Cerny, Ron Melendez, Jim Metzler, Nancy Lee Grahn, Jon Clair, Mari Morrow, Michael Ensign, Duke Stroud, Rif Hutton

 

THEMA ENFANTS I DIABLE ET DÉMONS I SAGA STEPHEN KING I DÉMONS DU MAÏS

Troisième épisode de la saga des Démons du maïs, Les Moissons de la terreur est signé James D.R. Hickox (dont le père Douglas réalisa entre autres The Giant Behemoth, avec un dinosaure animé par Willis O’Brien, et Théâtre de sang, laissant Vincent Price s’en donner à cœur joie en serial killer shakespearien). La scène d’introduction, assez surprenante, se situe en toute logique dans un champ de maïs. Un homme y est agressé par des plantes qui l’attachent en position de croix. En gros plan, via un effet saisissant, ses yeux et sa bouche se cousent. Après cette mort violente, ses deux fils Eli et Josh sont adoptés par un couple de Chicago, Amanda et William Porter. Le look amish des deux garçons tranche de manière assez singulière avec le cadre urbain dans lequel s’installe la série, et l’on découvre bien vite qu’Eli est un adorateur du démon, ayant invoqué la Bête avec un livre de démonologie pour occire son géniteur. Par ailleurs, il ne se sépare jamais de sa valise pleine d’épis de maïs, à l’intérieur de laquelle sa mère adoptive trop curieuse croit voir une nuée d’insectes grouillants. Au collège, Eli parvient à réactiver le culte du maïs en liguant les enfants contre les adultes, prélude à un nouveau cauchemar céréalier.

La finesse n’est résolument pas à l’ordre du jour dans Les Démons du maïs 3 : les moissons de la terreur. Les adolescents jouent tous en roue libre (comme si personne ne les dirigeait), la musique de Daniel Licht imite celle que composa Jerry Goldsmith pour La Malédiction, tous les faits et gestes des personnages sont ponctués d’effets sonores excessifs… L’amateur de gore à l’ancienne se rabattra sur les effets spéciaux de Screaming Mad George, l’un des maquilleurs les plus inventifs de sa génération (Society, Re-Animator 2), épaulé par Kevin Yagher (les sagas Chucky et Freddy). Sous leurs bons auspices, les séquences les plus folles éclaboussent l’écran : un vagabond aux yeux crevés par les épis de maïs, un curé qui expulse par la bouche un énorme cafard, une femme dont le visage brûle et fond en gros plan, une tête qui éclate pour laisser s’échapper une nuée d’énormes insectes, un jeune homme déchiqueté par des lianes dont la tête se dresse le long de la colonne vertébrale à trois mètres de haut, et même le surgissement d’un épouvantail zombie psychopathe armé d’une faucille !

Céréale killers

Mais le sommet du délire est atteint lors du climax. Après un combat à coups de boules d’énergie en dessin animé dignes de Dragonball, voilà qu’apparaît un démon géant lovecraftien aux attributs physiques mixant l’anatomie des insectes, des reptiles et des végétaux. L’œil globuleux, le corps recouvert de lianes tentaculaires, il massacre tous les adolescents réunis dans le champ de maïs. Cette combinaison d’effets animatroniques grandeur nature et de maquettes miniatures nous rappelle les grandes heures du cinéma fantastique décomplexé des années 80, comme si ce troisième opus de la saga des Démons du maïs refusait obstinément de s’inscrire dans les années 90. Médiocre mais très divertissant au second degré, ce troisième épisode présente le mérite d’être le seul de la saga à mettre en scène un monstre tel que Stephen King le décrivait à l’issue de sa nouvelle.

 

© Gilles Penso

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JUMANJI (1995)

Deux enfants découvrent un jeu de société dont chaque lancé de dés déclenche l’irruption d’animaux sauvages…

JUMANJI

 

1995 – USA

 

Réalisé par Joe Johnston

 

Avec Robin Williams, Bonnie Hunt, Kirsten Dunst, Jonathan Hyde, Bebe Neuwirth, David Alan Grier, Bradley Pierce

 

THEMA JOUETS I MAMMIFÈRES I SINGES I ARAIGNÉES I REPTILES ET VOLATILES MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES

Dire que les effets spéciaux numériques ont changé la face du cinéma à l’aube des années 90 est un euphémisme. Mais bien que Terminator 2 et Jurassic Park soient considérés comme les porte-étendards du changement, l’idée que le numérique puisse tout faire est un mensonge confectionné par les services presse. En réalité, les deux films sus-cités sont le fruit d’un subtil mélange entre effets spéciaux physiques et numériques et présentent en outre des créatures pour lesquelles le public n’a pas ou peu de point de référence dans le monde réel. Aussi, lorsque Columbia Tristar décide dès 1993 de prendre le train en marche pour proposer un spectacle exploitant les images de synthèse, le choix du livre pour enfants « Jumanji », dans lequel des animaux de la jungle sèment la pagaille en ville, représente un défi technique de taille : non seulement ces animaux doivent évoluer dans des conditions diurnes, mais il s’agit en plus d’espèces dont le public est familier (éléphants, singes, crocodiles, girafes et araignées) contrairement aux espèces éteintes du parc jurassique. C’est d’ailleurs encore une fois Industrial Light & Magic qui décroche le contrat, la compagnie de George Lucas ne souffrant encore d’aucune autre concurrence que sa propre volonté de se surpasser film après film. Les effets spéciaux étant au cœur du récit, la réalisation est confiée à un expert en la matière : Joe Johnston. Alumni d’ILM où il œuvra en tant que directeur artistique et storyboarder à ses débuts, il vient aussi de passer avec succès à la mise en scène avec Chérie j’ai rétréci les gosses et Rocketeer.

Jumanji adapte donc un livre pour enfant d’une petite trentaine de pages, écrit et illustré par Chris Van Allsburg, auteur prolifique à qui l’on doit aussi Le Pôle Express. Les droits sont achetés dès 1984 mais le projet stagne en raison du cauchemar logistique que représenterait la perspective d’employer de vrais animaux. Après l’ouragan Jurassic Park, la production commande un nouveau scénario à Jonathan Hensleigh (qui signera plus tard Une journée en enfer et officiera sur plusieurs productions Bruckheimer) afin d’étoffer l’histoire. Allsburg raconte avant tout l’ennui éprouvé par deux enfants passant l’après-midi seuls à la maison, tuant le temps en jouant à Jumanji, une variante du jeu de l’oie version safari… jusqu’à ce que les animaux de la savane et autres contrées exotiques « sortent » du jeu et sèment le chaos dans la maison. Au retour des parents, la maison est intacte, toutes les péripéties étant le fruit de l’imagination des enfants. Dans le film, en revanche, les dégâts sont tangibles et le scénario se montre surtout moins linéaire, Joe Johnston ne voulant pas d’un simple enchainement mécanique de séquences à effets sans enjeu ni progression narrative. Le scénario de Jumanji adopte ainsi une structure assez déroutante : le film débute dans les années 60 avec le jeune Alan Parrish, un fils de bonne famille prisonnier du carcan familial. Il découvre la boite du jeu du titre et commence une partie avec son amie Sarah. Après un premier lancé de dé provoquant l’irruption de chauve-souris dans le salon, Alan est aspiré dans le jeu. Ce prologue dure vingt bonnes minutes avant d’introduire de nouveaux personnages : Judy (Kirsten Dunst) et son frère Peter (Bradley Pierce), emménageant trente ans plus tard avec leur tante dans la maison des Parrish. En explorant cette grande demeure, ils découvrent à leur tour la boite de jeu et, malgré eux, réussissent à libérer Alan qui a désormais les traits de Robin Williams. Alan et les enfants se voient obligés de finir la partie s’ils veulent que Jumanji les laissent en paix. Les enjeux sont donc doubles, Alan cherchant à retrouver sa vie là où il l’avait laissée, et Judy et Peter vivant l’aventure comme un rite initiatique suite à la mort de leurs parents…

 Des effets spéciaux au poil ?

Appliquant la méthode éprouvée d’ILM, Joe Johnston mêle plusieurs techniques en fonction des scènes… Mais parlons d’emblée du sujet qui fâche : les singes ! Le rendu approximatif du pelage, leur animation saccadée et leurs incrustations douteuses les réduisent à des pantins numériques à l’allure assez rudimentaires. Pour le reste, éléphants et autres animaux imberbes sont tout à fait convaincants. Si la modélisation et la texture ont pris un petit coup de vieux, l’animation parvient encore à « vendre » l’effet. C’est cette dimension artistique qui faisait la force d’ILM par rapport à la concurrence de l’époque. Cela dit, l’usage des images de synthèse reste parcimonieux. Pour les gros plans et scènes tournées en studio, c’est le duo Alec Gillis/Tom Woodruff Jr (Alien 3) qui confectionne lion, plante carnivore géante, alligator mécanique et araignées géantes. Finalement, l’effet spécial le moins visible demeure l’étonnante sobriété de Robin Williams. Alors au zénith de sa popularité après avoir assuré le doublage du génie d’Aladdin et singé Tootsie dans Madame Doubtfire, l’acteur habituellement survolté ne tire pas la couverture à lui et laisse à Bonnie Hunt et leurs jeunes compagnons de l’espace à l’écran. Mieux, il parvient à conjuguer deux facettes récurrentes de sa filmographie : l’homme-enfant et le mentor. Car si Alan a le corps d’un quadragénaire, il reste aussi le petit garçon de 12 ans qu’il était lors de sa disparition. Williams fait grandir Alan au fil du film, jusqu’à se comporter avec Peter comme la figure paternelle sévère et intransigeante qu’était son propre père. A ce sujet, c’est Jonathan Hyde qui incarne le double-rôle de M. Parrish et du chasseur Van Pelt, afin d’appuyer la dimension psychanalytique du personnage. Le succès et la popularité de Jumanji donneront lieu à plusieurs projets dérivés : une série animée anecdotique (1996 -1999), une simili-suite avec Zathura et le très sympathique remake de 2017, Jumanji : Bienvenue dans la jungle (et sa suite moins inspirée), qui parvient à ne pas singer le film original de façon pachydermique, glissant même un petit clin d’œil en hommage au regretté Robin Williams.

 

 © Jérôme Muslewski

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LA MAISON DE CIRE (2005)

Remake officiel de L’Homme au masque de cire, ce slasher anecdotique s’inspire surtout du méconnu Tourist Trap produit par Charles Band

HOUSE OF WAX

 

2005 – USA / AUSTRALIE

 

Réalisé par Jaume Collet-Serra

 

Avec Elisha Cuthbert, Chad Michael Murray, Brian Van Holt, Paris Hilton, Jared Padalecki, Jon Abrahams, Robert Richard

 

THEMA SUPER-VILAINS I TUEURS

Si Masques de cire et L’Homme au masque de cire font figure de classiques incontournables du cinéma d’épouvante, cette troisième variante officielle n’est qu’un petit shocker sans envergure. A vrai dire, seuls le titre et l’idée de statues de cire conçues à l’aide de corps humains tissent un lien avec les deux films précédents. Tout le reste a été reformaté pour satisfaire un public adolescent peu exigeant. D’où un casting féminin pour le moins opportuniste (Paris Hilton, insipide égérie d’une jet-set à paillettes alimentant les revues people, et Elisha Cuthbert, fille de Kiefer Sutherland dans la mythique série 24 heures chrono). D’où également une bande son saturée de hard rock et de rap, ainsi qu’une demi-douzaine de héros aussi jeunes que stupides, comme au bon vieux temps des Vendredi 13 des années 80. Pour s’assurer un maximum de chances au box-office, le film de Jaume Collet-Serra surfe également sur les succès de son époque, notamment l’excellent remake de Massacre à la tronçonneuse. Ce qui explique le prologue situé en 1974, la motivation première des protagonistes partis assister à un match de foot (c’était un concert dans le film de Marcus Nispell), la famille de tueurs dégénérés qui sévit en marge d’une usine désaffectée, et la tentative d’établissement d’une atmosphère

On l’aura compris, l’entreprise est trop bien calculée pour se soumettre à la moindre innovation. Sans compter l’insipidité de ses dialogues, comme en témoigne cet échange sous la tente en pleine forêt : « Wade j’ai entendu un bruit ! » « Sûrement un serial killer ou quelque chose comme ça… ». Très inspirés par l’excellent Tourist Trap de Gary Schmoeller, les super-vilains sont ici les jumeaux Sinclair, deux frères siamois séparés à la naissance. Le premier, Bo, tient la station-service d’une petite ville perdue en rase campagne. Le second, Vincent est un sculpteur de talent qui cache son visage derrière un masque inexpressif. Tous deux se sont donné pour objectif d’achever la grande œuvre de leur défunte mère, autrement dit la construction d’un musée entièrement en cire (les personnages, les meubles, mais aussi les murs, les sols et les plafonds), quitte à multiplier les cadavres pour obtenir un résultat criant de vérité…

Le strip-tease de Paris Hilton

Le film collecte des scènes d’une terrible gratuité, comme le strip-tease désespérément soft de Paris Hilton. Restent tout de même quelques séquences de suspense efficaces (la traque dans la salle de cinéma qui projette Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? où le spectateur est soumis à un bel effet de mise en abyme), des moments macabrement surréalistes (l’église emplie de fidèles qui s’avèrent être des figurines inanimées) et quelques passages gore assez gratinés (le crâne enfoncé par un pieu, le visage d’une des victimes qui révèle sous la cire un squelette ensanglanté et grimaçant). Comme dans les classiques, tout s’achève par un gigantesque incendie photogénique et spectaculaire, au cours duquel le repaire des deux frères psychopathes fond en un immonde maelström de cire dégoulinante. Quant à la chute, amenée avec de gros sabots, elle ouvre de toute évidence la porte vers une éventuelle séquelle qui ne vit jamais le jour.

 

© Gilles Penso

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DEADPOOL 2 (2018)

Le succès impensable du premier opus ne pouvait rester sans suite, quitte à surenchérir dans le registre de l’auto-satisfaction

DEADPOOL 2

 

2018 – USA

 

Réalisé par David Leitch

 

Avec Ryan Reynolds, Josh Brolin, Morena Baccarin, Julian Dennison, Zazie Beetz, Morena Baccarin

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA MARVEL

Deadpool était déjà un joli coup d’esbroufe dissimulant sous sa fausse subversion une recette aux Ingrédients savamment dosés. Le principe ? Faire croire au public qu’on est son complice pour le mettre dans sa poche. Ce procédé bien connu porte un nom : démagogie. Et le succès confirma le fort potentiel rémunérateur d’une telle démarche. D’où une séquelle qui reprend logiquement les mêmes ingrédients en continuant d’imposer de force son statut de « film culte » (désormais, ce n’est plus le public qui décide mais le studio qui impose). Face à Deadpool 2, difficile de ne pas avoir l’impression d’ingurgiter un plat réchauffé. Le film s’inscrit dans le même univers que les X-Men, pas particulièrement pour rendre hommage aux comics originaux ou à la série de films initiée par Bryan Singer, mais surtout parce que c’est le même studio qui détient la franchise. D’où des clins d’œil appuyés à Logan, dernier film de la saga sorti à l’époque. Mais Logan se déroulait dans le futur, et non Deadpool 2. Faut-il y voir un paradoxe temporel ? Même pas. Ici, on ne se réfère pas aux événements qui se déroulent dans le film de James Mangold mais au film lui-même. Nous voilà plongés dans le règne du cinéma éphémère et autoréférentiel qui se regarde le nombril en commentant les succès du moment. D’ailleurs, s’agit-il encore de cinéma ? N’avons-nous pas plutôt affaire à une sorte de vidéo Youtube à 110 millions de dollars ?

Le scénario tourne paresseusement autour d’un adolescent mutant (Julian Dennison) que Deadpool veut sauver des griffes de Câble (Josh Brolin), un redoutable soldat cyborg venu du futur qui semble être gentiment décalqué sur le T-800 de Terminator. Son look, sa capacité à voyager dans le temps, les scènes situées dans sa chambre d’hôtel génèrent un inévitable sentiment de déjà-vu. La référence est assumée avec la réutilisation de l’effet sonore du fusil rechargé de Terminator 2. Lorsque deux personnages phares – et fort impressionnants – bien connus des amateurs de comics s’apprêtent à s’affronter avec perte et fracas, quelques espoirs sont enfin permis. La lutte entre le massif Colossus et le titanesque Fléau saura-t-elle trouver le souffle épique qu’elle mérite ? Hélas, le pugilat tourne très rapidement à la bouffonnerie truffée de gags grotesques.

« Ego-trip » vertigineux

Soyons honnêtes : tout n’est pas à jeter dans Deadpool 2. Son générique qui parodie James Bond arrache quelques sourires, l’équipe de mutants déglinguée que Deadpool engage pour créer la X-Force est plutôt drôle, la poursuite avec le fourgon blindé vaut son pesant de rebondissements spectaculaires et les super-pouvoirs du personnage de Domino sont pour le moins originaux (ils semblent renvoyer à une boutade de Stan Lee qui déclara à plusieurs reprises vouloir « la chance » comme super-pouvoir). Le réalisateur David Leitch parvient à construire quelques honnêtes séquences de suspense et même deux ou trois passages touchants (au premier degré, pour une fois) entre Wade Wilson et sa petite amie. Hélas, tout est noyé dans un océan d’autosatisfaction, l’« ego-trip » de Ryan Reynolds prenant des proportions vertigineuses au moment du post-générique.

 

© Gilles Penso

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LE BAZAAR DE L’ÉPOUVANTE (1993)

Un brocanteur s’installe dans la petite ville de Castle Rock et commence à y semer progressivement le chaos…

NEEDFUL THINGS

 

1993 – USA

 

Réalisé par Fraser Clarke Heston

 

Avec Max von Sydow, Ed Harris, Bonnie Bedelia, Amanda Plummer, J.T. Walsh, Ray McKinnon, Duncan Fraser, Valri Bromfield, Shane Meier

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA STEPHEN KING

Allégorie sur la bêtise humaine, l’hypocrisie, la jalousie et la capacité chez tout un chacun à faire œuvre de destruction autour de lui, cette adaptation du roman « Bazaar » de Stephen King, publié en 1991, est produite par Castle Rock Entertainment, la compagnie créée par Rob Reiner à l’occasion de Stand By Me. Le film devait initialement être réalisé par Peter Yates (Bullit, Krull), mais le réalisateur quitte le tournage avant le premier tour de manivelle. Il faut donc le remplacer à la dernière minute par Fraser Clarke Heston, fils du célèbre Charlton, qui effectue là ses premiers pas derrière une caméra. Les cinéphiles se souviennent qu’il jouait Moïse enfant dans Les Dix commandements. L’histoire insolite du Bazaar de l’épouvante, qui repose sur un sujet digne de La Quatrième dimension, donne au diable les traits avenants de Leland Gaunt (Max Von Sydow), un brocanteur sympathique et charismatique venu installer sa boutique dans le paisible village de Castle Rock.

Le fantastique baigne l’ensemble du film de manière évidente et omniprésente, mais tout en allusions sous-jacentes, jamais ouvertement. C’est l’une de ses grandes forces. L’efficacité du Bazaar de l’épouvante s’appuie aussi sur le choix de ses héros, une série de personnages très ordinaires, ce qui décuple les possibilités d’identification du spectateur. Tous très crédibles, les comédiens sont prompts à traduire les faiblesses et les défauts de ces protagonistes plus vrais que nature, avec en tête Ed Harris (le shérif Alan Pangborn, impulsif et sceptique), Bonnie Bedelia (son épouse Polly Chalmers, atteinte d’une arthrite douloureuse), Amanda Plummer (Mettie Cobb, une serveuse peu assurée) et J.T Walsh (Danforth Keeton, surnommé Buster, politicien paranoïaque). Leland Gaunt offre aux habitants de Castle Rock les objets dont ils rêvent depuis toujours, en échange d’une farce a priori insignifiante que ceux-ci doivent adresser à l’un de leurs voisins. Peu à peu, la situation dégénère et la tension et l’angoisse progressent lentement vers un point de non-retour.

Réaction en chaîne

Le scénario réussit le difficile exercice d’imbriquer toutes les actions parallèles les unes dans les autres, de telle sorte que l’ampleur des méfaits de Leland Gaunt, par « clients » interposés, n’apparaisse pas immédiatement. Cette structure narrative virtuose est à mettre au crédit du scénariste W.D. Richter (L’Invasion des profanateurs, le Dracula de John Badham, Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin). Fraser C. Heston prouve ici ses talents de metteur en scène, rendant justice au texte de Stephen King tout en développant un style personnel. Quant à la splendide bande originale de Patrick Doyle, elle contribue agréablement à tisser l’atmosphère trouble du film. On pourra regretter que le dénouement n’ait pas la force espérée, malgré une montée en puissance qui laissait espérer un final moins escamoté. Les fans de Stephen King noteront que le personnage du shérif Pangborn, incarné ici par Ed Harris, apparaît la même année dans La Part des ténèbres de George Romero, cette fois-ci sous les traits de Michael Rooker. À la demande de TBS Network, Heston supervisera un remontage du Bazaar de l’épouvante sous forme d’un téléfilm en deux parties réintégrant plus d’une heure de scènes coupées.

 

© Gilles Penso

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L’AMBULANCE (1990)

Un dessinateur de bandes-dessinées se lance aux trousses d’une ambulance mystérieuse dont les occupants kidnappent les gens dans la rue…

THE AMBULANCE

 

1990 – USA

 

Réalisé par Larry Cohen

 

Avec Eric Roberts, Megan Gallagher, James Earl Jones, Janine Turner, Red Buttons, Janine Turner, Eric Braeden, Richard Bright, Stan Lee

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Roi du « film concept », Larry Cohen a souvent aimé détourner les éléments les plus ingénus de notre environnement quotidien pour les muer en objets de terreur. Ainsi, après avoir transformé les gentils bébés en mutants cannibales dans Le Monstre est vivant puis les desserts sucrés en blobs voraces dans The Stuff, voilà qu’il déroute les ambulances de leur fonction première pour en faire des instruments de danger et de mort. L’idée lui serait venue d’une hospitalisation, alors qu’il était lui-même transporté par une ambulance. Le cinéma d’Alfred Hitchcock aurait été une autre source d’inspiration, notamment cette propension à choisir un personnage banal pour le plonger malgré lui dans une situation invraisemblable où sa vie est sans cesse menacée. Il ne reste plus qu’à trouver le « McGuffin », autrement dit le prétexte scénaristique justifiant les folles péripéties que Cohen commence à élaborer dans son cerveau fertile. Ce sera une histoire d’expérimentations médicales douteuses et de trafics d’organe, dans la droite lignée des romans à suspense de Robin Cook, dont le fameux « Coma » fut porté à l’écran par Michael Crichton pour devenir Morts suspectes. Après avoir envisagé tour à tour John Travolta et Jim Carrey pour tenir la vedette de L’Ambulance, le réalisateur opte finalement pour Eric Roberts, plutôt habitué jusqu’alors aux seconds rôles de sales types. C’est un excellent choix : à contre-emploi, le frère de Julia Roberts s’amuse visiblement comme un fou et fait porter une grande partie de la réussite du film sur ses épaules.

La veste ample, la démarche assurée, le regard vif et la coupe de cheveux improbable, Eric Roberts incarne Josh Baker, un dessinateur de bandes-dessinées qui gagne sa vie en créant des comics pour Marvel, d’où la présence savoureuse de Stan Lee dans son propre rôle. Un jour, en plein New-York, il drague une jolie jeune femme qui lui a tapé dans l’œil (Janine Turner) et qui ne semble pas insensible à son charme, malgré sa technique d’approche aux gros sabots. Mais soudain, elle s’écroule dans la rue, victime d’une crise de diabète. A peine Josh a-t-il le temps de retenir son prénom – Cheryl – qu’une ambulance rouge surgit de nulle part et que deux ambulanciers patibulaires l’emmènent vers une destination inconnue. Persuadé que quelque chose de louche se trame derrière ce qu’il considère comme un enlèvement, Josh tente de convaincre l’inspecteur de police Spencer (James Earl Jones) et l’officier Malloy (Megan Gallagher) qu’une sombre machination se trame. Mais personne n’accorde le moindre crédit à ses propos, et notre homme devient bientôt la cible des conducteurs de la sinistre ambulance…

« Quoi qu’il arrive, n’appelez pas l’ambulance ! »

Si le sujet du film flirte ouvertement avec l’horreur et la science-fiction, Cohen choisit d’opter principalement pour le ton de la comédie policière. Récupérant quelques membres clés de l’équipe de Maniac Cop, qu’il a écrit et produit deux ans plus tôt pour William Lustig, le cinéaste confie au compositeur Jay Chattaway la bande originale dynamique de son film et au superviseur des cascades Spiro Razatos la mise en place d’une série de scènes d’action inventives et échevelées (avec comme point d’orgue cette séquence dingue où Eric Roberts, attaché sur une civière, dévale les rues de New-York au beau milieu du trafic). Le comédien donne de sa personne, mouille la chemise et prouve un fort potentiel comique qui n’aura été que très peu exploité au fil de sa carrière. Fidèle une fois de plus aux préceptes hitchcockien, Cohen ne choisit pas au hasard la profession de son héros : dessinateur de BD, il peut croquer des portraits robots de la disparue et de la redoutable ambulance, mais voit également sa parole mise en doute du fait d’un métier jugé peu sérieux par son entourage. James Earl Jones lui-même, peu habitué aux personnages humoristiques (malgré sa présence délectable dans Soul Man de Steve Miner), n’hésite pas à en faire des tonnes dans le registre du policier lunaire accros aux chewing-gums. Cette tonalité humoristique et cette mise en scène soignée (le film donne le sentiment d’avoir coûté plus que son budget de quatre millions de dollars) font sans conteste de L’Ambulance le film le plus « mainstream » de son réalisateur. Il passa pourtant inaperçu aux États-Unis, où les spectateurs ne se déplacèrent guère pour le voir. Le public français lui réserva en revanche un accueil très chaleureux, en grande partie grâce à une belle campagne de promotion où l’affiche clamait sous forme d’avertissement : « Quoi qu’il arrive, n’appelez pas l’ambulance ! »

 

© Gilles Penso

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