LE CRÂNE HURLANT (1958)

Un homme s’installe avec sa nouvelle épouse dans une maison qui semble hantée par la présence fantomatique de sa précédente femme…

THE SCREAMING SKULL

 

1958 – USA

 

Réalisé par Alex Nicol

 

Avec John Hudson, Peggy Webber, Russ Conway, Alex Nicol, Tony Johnson

 

THEMA FANTÔMES

Le Crâne hurlant est le premier film d’Alex Nicol, acteur dans bon nombre de séries B depuis le tout début des années 50. Sa motivation première, en dirigeant ce petit film d’horreur sans prétention, fut de s’attribuer un rôle intéressant en rupture avec ce que les cinéastes lui proposaient jusqu’alors. Il s’octroie donc le personnage de Mickey, un jardinier simple d’esprit et inquiétant qui participe à l’atmosphère étrange du film. Le scénario, signé par le vétéran de la télévision John Kneubuhl, s’inspire officieusement d’un récit d’épouvante classique écrit par Francis Marion Crawford en 1906. Tourné en six semaines avec des moyens très réduits, Le Crâne hurlant n’hésite pas à en faire des tonnes pour attirer le public et susciter le grand frisson. La voix off qui s’exprime au cours du prologue ne recule déjà devant aucune outrance. « Le Crâne Hurlant est un film qui atteint son climax dans l’horreur la plus totale », nous affirme-t-elle. « Son impact est si terrifiant qu’il pourrait avoir un effet imprévu : il pourrait vous tuer. Par conséquent, il n’est pas conseillé à des personnes susceptibles de mourir de peur en regardant Le Crâne Hurlant. » Aussitôt apparaît à l’écran un cercueil qui s’ouvre tout seul, à l’intérieur duquel se trouve un message écrit : « réservé pour vous ». Nous voilà conditionnés.

Une maison de campagne, un marécage où coasse une grenouille, beaucoup de fumigènes et soudain un crâne qui émerge de l’eau… Alex Nicol ne ménage pas ses effets. Puis nous découvrons nos protagonistes : Eric (John Hudson), dont la chère et tendre épouse Marian est décédée, et sa nouvelle femme Jenny (Peggy Webber), qui s’installe avec lui dans une grande maison vide et triste qu’il va falloir meubler et décorer. C’était inévitable, la présence de la défunte est partout : dans la maison, dans le jardin, dans les pensées d’Eric. Le récit évoque du coup l’incontournable Rebecca d’Alfred Hitchcock. Le jardinier Mickey (joué donc par le réalisateur) était lui-même très attaché à Marian, au point de parler à son portrait et de s’isoler dans la serre pour pleurer. Deux autres personnages font bientôt leur apparition : le révérend Snow et son épouse (Russ Conway et Tony Johnson), qui habitent non loin. En tout et pour tout, il n’y a donc que cinq acteurs dans le film. Le trouble s’installe lorsque nous découvrons que les parents de Jenny sont morts noyés, tout comme Marian. Or la santé de cette nouvelle épouse semble fragile. La nuit, elle entend des hurlements, voit apparaître un crâne dans un placard, découvre soudain des marques de griffures sur les mains. S’agit-il de manifestations surnaturelles ? D’un trouble mental ? D’une machination ? Toutes les hypothèses semblent possibles…

Un enterrement offert !

Le scénario s’avère assez bien ficelé, garni de répliques qui font mouche (« on se crée une prison en vivant dans les regrets du passé ») mais un tel sujet aurait mérité un travail beaucoup plus minutieux sur l’atmosphère et la mise en forme pour fonctionner correctement. Or la mise en scène s’avère désespérément académique, la photographie sans relief, les décors dénués de caractère. Le Crâne hurlant reprend ainsi les codes du cinéma gothique sans se donner les moyens de lui offrir l’écrin nécessaire. Il faut tout de même saluer les efforts du compositeur Ernest Gold (qui sera oscarisé deux ans plus tard pour la célèbre bande originale d’Exodus). Modulant habilement sa musique pour évoquer toute la palette d’émotions frappant les personnages, il passe en quelques secondes de l’ambiance guillerette à la tension ou au mystère, tout en expérimentant de nombreuses variantes sur la « Symphonie Fantastique » d’Hector Berlioz (tout particulièrement le « Songe d’une nuit de Sabbat ». A ces compositions s’ajoutent les cris nocturnes des paons, le vent dans les branches, les volets qui claquent ou encore les pas dans les couloirs, contribuant à créer une ambiance sonore lugubre. Très inspirée des facéties du cinéaste William Castle, la publicité de l’époque affirmait qu’un enterrement était offert à toute personne qui mourait de peur pendant le film ! Personne n’eut besoin de réclamer ce prix macabre, Le Crâne hurlant n’ayant reçu qu’un accueil mitigé lors de sa sortie.

 

© Gilles Penso


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3 FROM HELL (2019)

Cette suite de La Maison des 1000 morts et The Devil’s Rejects n’arrive pas à la cheville de ses prestigieux modèles…

3 FROM HELL

 

2019 – USA

 

Réalisé par Rob Zombie

 

Avec Sehri Moon Zombie, Bill Moseley, Sid Haig, Richard Blake, Danny Trejo, Dee Wallace, Daniel Roebuck, Jeff Daniel Phillips, Pancho Moler, Jackie S. Garcia

 

THEMA TUEURS I SAGA FIREFLY FAMILY

Rob Zombie a démarré sa carrière de cinéaste très fort. Trop fort, peut-être. En guise de baptême du feu, La Maison aux 1000 morts et The Devil’s Rejects étaient deux coups de maître, le second surpassant même le premier par son audace, sa crudité et son jusqu’auboutisme. Tous les regards braqués sur lui, le barbu métalleux promu nouveau pape du cinéma d’horreur ne risquait-il pas de décevoir faute de pouvoir encore se surpasser ? Sa double relecture de l’Halloween de John Carpenter portait encore en germe d’indiscutables coups de génie. Mais Lords of Salem eut du mal à convaincre. Quant à 31, il sentait déjà la redite maladroite. Pour regagner les faveurs du public et retrouver ses personnages fétiches, Zombie décide alors de doter ses deux premiers films d’une suite, muant du coup la « saga » de la famille Firefly en trilogie. Malheureusement, Sid Haig, inoubliable Captain Spaulding clownesque et macabre, est alors très malade, se remettant difficilement d’une opération compliquée. Le réalisateur est contraint de réduire drastiquement son rôle. Le film s’appelle pourtant 3 From Hell (« Les trois de l’enfer »), succédant logiquement à The Devil’s Rejects (« Les rebuts du diable »). Spaulding étant hors-jeu, qui sera le troisième larron ? Zombie crée alors un nouveau personnage, Winslow Coltrane, surnommé « Le loup-garou de minuit », demi-frère des infernaux Otis et Baby. Le rôle échoit au charismatique Richard Brake, déjà présent dans Halloween 2 et 31.

Le début du film se raccorde directement avec la fin de The Devil’s Rejects. Nous sommes le 23 mai 1978. Baby, Otis et Captain Spaulding, laissés pour morts suite à leur altercation avec la police, ont miraculeusement survécu à leurs blessures. C’est déjà une facilité scénaristique difficile à avaler. Les voilà donc incarcérés et jugés coupables pour leurs crimes, même si l’opinion publique leur est en partie favorable, voyant chez eux le symbole d’une certaine liberté et d’une lutte contre le système. Fascinés, leurs admirateurs scandent même le slogan « Free the Three » (« Libérez les trois ») qui se répand comme une traînée de poudre. Comme tout effet de mode, l’engouement finit par se tarir et nos trois psychopathes croupissent pendant dix ans dans le couloir de la mort. Alors que l’heure de l’exécution approche à grands pas, la situation bascule. Suite à une évasion musclée avec perte et fracas, une série de cadavres ensanglantés s’apprête une fois de plus à joncher la route des « rebuts du diable »…

Le film de trop ?

Comme toujours, Zombie soigne la patine de son film, s’amusant cette fois-ci avec les codes visuels des années 80, du moins dans la première partie du métrage où de fausses images d’archive (reportages, émissions TV, documentaires) viennent s’insérer dans le montage. Mais trouver la bonne tonalité de ce troisième opus n’est visiblement pas une chose simple. Avec La Maison des 1000 morts et The Devil’s Rejects, il avait abordé la folie de ses personnages sous deux facettes complémentaires : l’exubérance baroque d’un côté, la furie brute de l’autre. Quel style adopter cette fois-ci ? Dans le doute, il force le trait, laisse ses acteurs surjouer (surtout Sheri Moon qui en fait clairement trop, comme si elle se muait en émule de l’Harley Quinn de Suicide Squad). Il semble surtout que Zombie n’ait plus grand-chose à raconter autour des Firefly. Il lance donc des idées en l’air sans les exploiter, comme la folie de Baby la poussant à avoir des hallucinations poétiques (le chat qui danse), ou cette tentative isolée et un peu vaine de déstructurer totalement la chronologie d’une séquence pour tenter de varier les plaisirs. La violence et la brutalité sont toujours de la partie, mais la spontanéité semble s’être effacée. D’autant qu’à partir de sa deuxième moitié, le scénario de 3 From Hell stagne et se laisse couler, s’appuyant sur une sorte d’atmosphère de western spaghetti mexicain en évacuant peu à peu ses apparats de film d’horreur. Voilà donc sans conteste le film de trop, qui aura été endeuillé par le décès de Sid Haig, mort à peine cinq jours après sa sortie en salles.

 

© Gilles Penso

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THE DEVIL’S REJECTS (2005)

Rob Zombie donne une suite à sa Maison des 1000 morts en adoptant un style beaucoup plus brut et réaliste…

THE DEVIL’S REJECTS

 

2005 – USA

 

Réalisé par Rob Zombie

 

Avec Sid Haig, Bill Moseley, Sheri Moon Zombie, William Forsythe, Ken Foree, Matthew McGrory, Leslie Easterbrook, Geoffrey Lewis

 

THEMA TUEURS I SAGA FIREFLY FAMILY

Après le tournage de La Maison des 1000 morts, Rob Zombie pose sur le papier quelques pistes scénaristiques pour une éventuelle suite. Sa démarche est alors moins artistique que préventive. Il veut en effet éviter que les producteurs n’aient la mauvaise idée de mettre un second opus en chantier sans le solliciter. Zombie se prête au jeu et rédige finalement un scénario complet qui est approuvé sans réserve par l’équipe de Lionsgate. La bride sur le cou, le réalisateur va donc pouvoir attaquer The Devil’s Rejects plus sereinement que le film précédent, pour lequel Universal ne lui facilita guère les choses. Pour éviter toute redite, Zombie décide d’adopter un changement de ton brutal. Les personnages n’ont pas changé, incarnés par les mêmes comédiens (à l’exception du rôle de la matriarche confié à Leslie Easterbrook après les prétentions salariales trop élevées de Karen Black) et les événements se déroulent peu de temps après ceux racontés dans La Maison des 1000 morts. Mais l’exubérance cède désormais le pas au réalisme. On efface les maquillages de clowns, on enlève les costumes, on cesse de ricaner. Tout se passe comme si la famille Firefly accusait le contrecoup des péripéties mouvementées racontées dans le film précédent. Portant les stigmates de leurs forfaits, presque en « gueule de bois », ils sont ramenés à leur forme la plus brute, celle de hors-la-loi hirsutes et névrotiques livrés à eux-mêmes. Le décor change lui aussi. Exit la maison des horreurs et le parc d’attraction macabre. Place aux routes incandescentes de la Californie. Versions trash de Bonnie and Clyde, les rescapés du clan Firefly arpentent le bitume dans une ambiance de Far West empruntée à Il était une fois dans l’Ouest et La Horde sauvage.

C’est d’ailleurs une mécanique de western qu’adopte le film, s’intéressant à un shérif prêt à tout pour prendre sa revanche sur les psychopathes qui ont assassiné son frère. Bien décidé à outrepasser la loi s’il le faut, ce cowboy à la gâchette facile est incarné par le vétéran William Forsythe (Il était une fois en Amérique, Arizona Junior, Dick Tracy). Une énorme fusillade éclate donc pour tenter de déloger les membres de la famille Firefly. Captain Spaulding (Sid Haig), Otis (Bill Moseley) et Baby (Sheri Moon Zombie) prennent la fuite et entament un parcours sanglant semé de victimes hurlantes. Le nombre de cadavres s’accumule donc de façon affolante, jusqu’à ce que le shérif vengeur ne parvienne à mettre la main sur eux pour les soumettre à son tour aux pires sévices. À ce stade, le spectateur se retrouve désarçonné, incapable de se positionner moralement face à des personnages plus détestables les uns que les autres. Pour qui prendre parti : les assassins sans foi ni loi ou le « gardien de la paix » mué en bourreau sadique ? De fait, si Massacre à la tronçonneuse reste l’influence majeure de Rob Zombie, d’autres sources d’inspiration affleurent, notamment Orange mécanique et Taxi Driver qui présentent la particularité de balayer d’un revers de main tout manichéisme trop radical.

Le Mal par le Mal

Volontairement déstabilisant, le film s’attarde sur la violence physique et psychologique sans se réfréner (le massacre des deux otages d’Otis, la torture interminable des Firefly par le shérif) tout en s’autorisant des écarts humoristiques référentiels (les employées de la maison close qui déclarent que les hommes fantasment désormais sur la princesse Leïa, le critique de cinéma spécialiste des Marx Brothers venu prêter main forte aux policiers). Évacuant l’approche kitsch et surréaliste de La Maison des 1000 morts, The Devil’s Rejects se prive donc de la grande majorité des facéties visuelles de son prédécesseur. Son image granuleuse signée par le talentueux directeur de la photographie Phil Parmet, ses plans cadrés à l’épaule, sa bande originale et la grande majorité de ses partis pris artistiques imitent avec une étonnante minutie les effets de style du cinéma d’exploitation de la fin des années 70 et du début des années 80. D’où quelques rôles en forme de clin d’œil offerts à Ken Foree (Zombie) et Michael Berryman (La Colline a des yeux) ou ce détournement d’une scène horrifique de Massacre à la tronçonneuse 2 (le visage découpé et transformé en masque, déjà décliné dans La Maison des 1000 morts). Le changement de look des tueurs, quant à lui, évoque beaucoup la bande de Charles Manson, comme en témoigne cette réplique d’Otis (« Je suis le diable et je suis ici pour faire son travail ») qui le positionne comme une sorte de hippie sataniste dégénéré. Implacable, féroce, inconfortable, The Devil’s Rejects est considéré par beaucoup d’amateurs du genre comme le meilleur film de son réalisateur, qui lui donnera une suite tardive en 2019.

 

© Gilles Penso


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LA MAISON DES 1000 MORTS (2003)

Le chanteur Rob Zombie démarre sa carrière de réalisateur avec fracas en nous présentant une famille de tueurs dégénérés et exubérants…

HOUSE OF 1000 CORPSES

 

2003 – USA

 

Réalisé par Rob Zombie

 

Avec Sid Haig, Bill Moseley, Sheri Moon, Karen Black, Chris Hardwick, Erin Daniels, Jennifer Jostyn, Rainn Wilson, Matthew McGrory

 

THEMA TUEURS I FREAKS I CLOWNS I SAGA FIRELFY FAMILY

C’est en tant que membre du groupe White Zombie que Rob Zombie s’est fait connaître, avant d’entamer une carrière solo à succès. Son univers musical étant très largement influencé par le cinéma d’horreur des années 30 aux années 70, il rêve depuis longtemps de pouvoir lui-même passer derrière la caméra. Les choses se font progressivement. Il crée d’abord des designs pour le film d’animation Beavis et Butt-Head se font l’Amérique, réalise plusieurs clips, développe le scénario d’une suite de The Crow qui ne verra finalement pas le jour, bref sème peu à peu les graines de sa future carrière cinématographique. Lorsqu’il est sollicité pour concevoir un labyrinthe hanté pour le parc Universal, l’idée de La Maison des 1000 morts commence à émerger. Après avoir lu quelques pages de scénario, les cadres du studio se laissent convaincre et acceptent de suivre Zombie dans l’aventure, sans se douter que le trublion prépare un film gore, déviant et immoral absolument pas calibré avec les longs-métrages qu’ils ont l’habitude de produire. L’apprenti-cinéaste démarre avec son équipe un tournage de 25 jours – un délai très limité au regard des ambitions du film – dont la majorité se déroule dans l’une des maisons du parc Universal à Hollywood. Les choses se compliquent dans la mesure où le circuit touristique ne s’interrompt pas, obligeant Zombie à stopper régulièrement les prises de vues pour laisser passer le petit train et ses visiteurs.

L’histoire de La Maison des 1000 morts se déroule en 1977. Deux couples s’amusent à répertorier les sites les plus bizarres qu’ils trouvent le long des routes de campagne de l’Amérique profonde, dans l’espoir d’en tirer un livre. L’un des lieux dans lesquels ils font halte est « le musée des monstres et des malades mentaux du Capitaine Spaulding ». Après avoir visité cette étrange attraction, ils embarquent au beau milieu de la nuit l’auto-stoppeuse Baby (Sheri Moon, la compagne de Rob Zombie qui fait ici ses débuts face à la caméra) mais l’un de leurs pneus crève en pleine forêt. Pas de souci : Baby leur propose de venir dîner chez elle. Les voilà donc réunis dans une maison bizarre où vit la famille Firefly. Manque de chance, ce sont tous des psychopathes dégénérés. La mère est incarnée par la vénérable Karen Black, bien connue des fantasticophiles (747 en péril, Trauma, Capricon One, La Poupée de la terreur). L’un des frères de Baby, Otis (Bill Moseley), vient de kidnapper et de torturer cinq pom-pom girls. Son autre frère est Tiny (Matthew McGrory), un colosse bossu et sourd-muet caché derrière un masque. Sans oublier bien sûr l’excentrique Capitaine Spaulding (Sid Haig), qui cache sous son maquillage de clown et son costume aux couleurs du drapeau américain des pulsions meurtrières intenses. Tombés dans la gueule du loup, nos quatre touristes s’apprêtent à vivre l’enfer, tandis que deux policiers et le père d’une des jeunes filles mènent l’enquête…

Trop perturbant pour Universal

Extrêmement inventif, Rob Zombie insère régulièrement dans son montage des plans brefs « salis », comme vus sur un vieux téléviseur des années 70. Certaines images sont solarisées, d’autres passent subitement en négatif. Des flash-back rapides, des images fantasmées, des split-screens jaillissent parfois à l’écran, tandis que la bande originale mixe toutes sortes de sources variées. Cette profusion pourrait s’avérer indigeste, mais Zombie trouve miraculeusement le juste équilibre, dynamisant sa mise en scène en offrant à son premier film une patine très originale, en accord avec l’esthétique granuleuse des seventies (on pense bien sûr à Massacre à la tronçonneuse, source d’inspiration parfaitement digérée). De toutes ces trouvailles se dégage aussi un profond sentiment de liberté créatrice, loin des canons hollywoodiens traditionnels. C’est déjà un signal d’alarme pour Universal. Mais c’est surtout avec l’approche de la violence du film que le studio aura le plus de mal. La cruauté gratuite, l’horreur graphique, les pires sévices s’étalent avec une complaisance assumée, au sein d’une direction artistique extrêmement inventive où finissent par se côtoyer des tueurs biomécaniques et des cobayes humains mutilés, comme échappés d’un épisode de la saga Hellraiser. Zombie a beau couper les scènes les plus perturbantes, Universal se désolidarise et refuse de distribuer le film. C’est finalement Lionsgate qui prendra le relais. Devenu culte, La Maison des 1000 morts entraînera deux suites : The Devil’s Rejects et 3 From Hell.

 

© Gilles Penso

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SCREAM (2022)

Conçu comme un hommage à Wes Craven, ce cinquième épisode n’apporte rien de bien neuf à la franchise créée 25 ans plus tôt…

SCREAM

 

2022 – USA

 

Réalisé par Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett

 

Avec Neve Campbell, Courteney Cox, David Arquette, Melissa Barrera, Jack Quaid, Mikey Madison, Jenna Ortega, Dylan Minnette, Jasmon Savoy Brown

 

THEMA TUEURS I SAGA SCREAM

Scream 4 était le dernier film de Wes Craven avant son décès en août 2015. La disparition du cinéaste aurait logiquement dû mettre un terme à cette franchise déjà passablement usée. Mais on ne tue pas la poule aux œufs d’or. Après sa déclinaison sous forme de série télévisée entre 2015 et 2019, la saga s’offre donc un cinquième épisode qui ne s’appelle pas Scream 5, comme la logique l’aurait voulu, mais simplement Scream. Cette tendance à oublier la numérotation crée une confusion qui place cette suite au-dessus de son statut de simple séquelle pour lui octroyer une singularité quelque peu abusive (tout comme le Halloween de David Gordon Green ou le Massacre à la tronçonneuse de David Blue Garcia). Ce Scream n’est pourtant ni un reboot, ni un remake, mais bel et bien un cinquième opus prenant la suite des événements racontés onze ans plus tôt dans Scream 4. Et même si un clin d’œil à l’intérieur du film se moque de ce principe du titre tronqué (quelqu’un sur Youtube déplore un huitième « Stab » qui ne s’appelle pas « Stab 8 » mais simplement « Stab »), ça ne change rien au problème. Dénoncer des travers ne rend pas leur usage plus pertinent pour autant. Cette histoire de chiffre ne pourrait être qu’un détail, mais elle est symptomatique du problème majeur du Scream co-réalisé par Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett (qui avaient signé ensemble Wedding Nightmare). Voilà un énième chapitre qui n’apporte absolument rien de neuf tout en prétendant le contraire.

Sans surprise, le film commence comme un remake de la fameuse scène d’ouverture de Scream, reprenant servilement le motif de la jeune fille seule chez elle au milieu de la nuit qui répond au téléphone à un maniaque l’interrogeant sur ses goûts en matière de film d’horreur. Certes, le tueur s’avère ici plus violent, plus brutal et plus sadique que dans les opus précédents, les effets gore ayant gagné en débordements. Mais pour le reste, nous nageons en plein déjà vu. L’habituel groupe d’étudiants qui se serre les coudes autour des victimes en se demandant qui sera la prochaine et surtout qui est l’assassin est donc de la partie. Au beau milieu des nouvelles têtes apparaissent les trois stars indéboulonnables de la franchise, autrement dit Neve Campbell, Courteney Cox et David Arquette, reprenant leurs rôles familiers pour assurer la transition. Ces « Legacy Characters » retrouvent d’ailleurs rapidement leurs vieilles habitudes pour ne pas désarçonner le public. Dewey et Gale continuent donc à se disputer et Sid joue une fois de plus les dures à cuire.

Déjà vu

Comme on pouvait s’y attendre, les dialogues n’en finissent plus d’énoncer les règles qui régissent les films d’horreur, évoquent les slashers, les franchises, les séquelles, les remakes, les reboots, le phénomène des fans, l’horreur « raffinée » façon Hérédité ou The Witch (pour être dans l’air du temps), bref on se regarde le nombril avec satisfaction. L’idée d’une paranoïa grandissante auprès de l’intégralité du casting – chacun se demandant si l’autre n’est pas le tueur – avait un potentiel intéressant, soulevant en substance une question troublante : à quel point connait-on ses amis et sa famille ? Mais ce n’est finalement qu’un gimmick sans grande conséquence, si ce n’est l’abus de coups de théâtre, de révélations et de monologues trop écrits pour sonner justes. « Il te faut de nouvelles idées ! » finit par dire Sidney au tueur, lasse de voir les mêmes situations se répéter inlassablement. Nous serions tentés d’adresser le même conseil aux scénaristes. Finalement très fidèle à ce qu’est devenue la franchise Scream dès son second chapitre (autrement dit un festival d’autocitations complaisantes), ce cinquième opus n’élève donc pas le débat, pas plus qu’il ne renouvelle le genre, se contentant de recycler scolairement des recettes connues. L’hommage au travail de Wes Craven est manifeste et les cinéastes ont bien appris leurs leçons, mais l’exercice est un peu vain.

 

© Gilles Penso

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SCREAM 3 (2000)

Situé au cœur d’Hollywood, ce troisième épisode ensanglante cette fois-ci le tournage d’un film d’horreur…

SCREAM 3

 

2000 – USA

 

Réalisé par Wes Craven

 

Avec Neve Campbell, David Arquette, Courteney Cox, Patrick Dempsey, Jenny McCarthy, Parker Posey, Scott Foley, Liev Schreiber, Lance Henriksen

 

THEMA TUEURS I SAGA SCREAM WES CRAVEN

En réalisant La Musique de mon cœur, Wes Craven souhaitait échapper provisoirement au « ghetto » du film d’horreur pour affirmer une sensibilité jusqu’alors peu perceptible et s’efforcer du coup de toucher une audience plus large. Mais les aficionados du cinéaste se sentirent un peu trahis. Malgré des critiques plutôt bienveillantes, Craven revint vite aux recettes qui firent son succès. Le voilà donc à la tête de Scream 3, censé clore la trilogie du tueur au masque blanc. Mais le cœur n’y est pas vraiment, d’autant que le scénario ne cesse d’être réécrit pendant le tournage. Auteur des deux Scream précédents, Kevin Williamson est en effet remercié par les producteurs et remplacé par Ehren Kruger (Arlington Road). D’autre part, la fusillade dramatique qui survient dans le lycée de Columbine en avril 1999 pousse l’équipe du film à changer certains aspects de l’intrigue qui pourraient être jugés de mauvais goût par le public et à en atténuer la violence. Moins sanglant que ses prédécesseurs, plus porté sur la satire, Scream 3 est un film un peu amer, entravé en outre par le contrat de l’actrice Neve Campbell l’empêchant de rester sur le plateau plus de vingt jours. Pas facile, dans ces conditions, de concocter un troisième acte digne de ce nom.

Après le désormais traditionnel double meurtre qui permet au film de démarrer en trombe, nous découvrons que Sidney (Neve Campbell) vit désormais recluse sous une nouvelle identité et vient en aide aux femmes maltraitées. Gale Weathers (Courteney Cox), de son côté, donne des conférences auprès des apprentis-journalistes. Quant à l’ex-flic Dewey (David Arquette), il sert de consultant sur le tournage du film d’horreur « Stab 3 ». Car l’intrigue se situe désormais à Hollywood et s’intéresse aux acteurs qui jouent les personnages que nous connaissons. Découvrir ces faux Sidney, Gale, Dewey et consorts a quelque chose d’assez fascinant qui renforce la mise en abîme – mot d’ordre de la saga depuis le premier Scream. « Déjà vu » s’exclame d’ailleurs Gale en découvrant les décors du film. Et c’est justement pendant le tournage de « Stab 3 » qu’un nouveau tueur au masque blanc et à la bure noire (décidément la psychopathie meurtrière semble être une maladie contagieuse) se met à sévir, bien décidé à tuer les acteurs dans l’ordre dans lequel leurs personnages meurent dans le scénario…

« Coupez ! »

Profitant de son cadre hollywoodien, Scream 3 multiplie les clins d’œil appuyés. Lance Henriksen joue ainsi le producteur (avec dans son bureau un squelette aux allures de Terminator), Roger Corman apparaît brièvement en cadre du studio, Wes Craven en cameraman, Kevin Smith et Jason Mewes font coucou en reprenant leurs rôles fétiches de Jay et Silent Bob et Carrie Fisher incarne une archiviste qui aurait voulu jouer la princesse Leïa ! Quelques idées intéressantes s’appuient sur le décor dans lequel se situe l’intrigue, comme cette actrice qui se cache dans la salle des costumes où pendent plusieurs exemplaires de la panoplie du tueur et qui n’a que des armes factices en caoutchouc pour se défendre. Ou, plus vertigineux encore, cette séquence où Sidney revit l’agression du tueur du premier Scream dans un décor de cinéma reproduisant fidèlement sa propre maison. Sans compter cet effet miroir lié à David Arquette et Courteney Cox, couple dans le film et dans la vie réelle. Mais toutes ces facéties, si cocasses soient-elles, ne sauvent pas le film. Le scénario pousse le bouchon trop loin, ajoutant artificiellement une scène de cauchemar excessive, dégainant régulièrement un gadget improbable qui permet au tueur d’imiter les voix qu’il veut (pourquoi pas des masques comme dans Mission impossible ?), se lançant même dans un long monologue expliquant les règles qui régissent le chapitre final d’une trilogie d’horreur. Trop autosatisfait, Scream 3 se perd ainsi dans des circonvolutions vaines et se compromet dans un chassé-croisé final involontairement parodique qui n’aurait pas dépareillé dans Scary Movie.

 

© Gilles Penso


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THE SADNESS (2021)

Un couple essaie de survivre au milieu d’une contamination soudaine qui transforme les humains en fous furieux aux instincts sanguinaires…

KÛ BĒI

 

2021 – TAIWAN

 

Réalisé par Rob Jabbaz

 

Avec Berant Zhu, Regina Lei, Tzu-Chiang Wang, Emerson Tsai, Wei-Hua Lan, Ralf Chiu, Lue-Keng Huang, Ying-Ru

 

THEMA MUTATIONS

The Sadness est le premier long-métrage de Rob Jabbaz, un réalisateur canadien établi à Taiwan depuis 2008 et jusqu’alors spécialisé dans les films d’animation. Pour être honnête, le projet est initialement motivé par des raisons triviales et opportunistes. Le producteur David Barker veut en effet profiter de la fermeture d’Hollywood pendant la pandémie du Covid-19 pour mettre rapidement en chantier un film qui puisse sortir sur les écrans taïwanais sans concurrence américaine. Le sujet est tout trouvé : une histoire d’horreur reprenant les codes des films de zombies et s’appuyant sur la paranoïa provoquée par la situation sanitaire du moment. Voilà comment The Sadness est né. Les bases d’une petite série B anecdotique sont ainsi posées, mais Rob Jabbaz veut aller plus loin. Pas question pour lui de se lancer dans un Corona Zombie vide de sens. Le cinéaste cherche à marcher sur les traces des premiers films de Sam Raimi, Stuart Gordon et Peter Jackson sans pour autant basculer dans le burlesque. Il envisage un film dur, brutal, sans concession, constellé certes d’humour noir mais abordant l’horreur avec une certaine radicalité. Beaucoup trouveront des ressemblances entre son scénario et la bande dessinée « Crossed » de Garth Ennis et Jacen Burrows. Les points communs sont légion, c’est indéniable. Mais The Sadness possède une personnalité forte et un style unique qui muent son visionnage en véritable électrochoc.

A vrai dire, rien ne nous prépare à la claque de The Sadness. Le film commence par des vignettes tranquilles de la vie quotidienne. À Tapei, Jim et Kat coulent la vie paisible d’un jeune couple taiwanais. Aux premières lueurs du matin, encore ensommeillés, ils s’enlacent de manière fusionnelle, presqu’animale. Ils se disputent pour des broutilles, se réconcilient aussitôt, se séparent pour la journée dans la hâte de pouvoir se retrouver le soir. Mais ce voile de tendresse se déchire sans préavis lorsque l’horreur s’invite dans le film. Une folie furieuse destructrice et assoiffée de sang va se répandre comme une traînée de poudre, saturant l’écran d’hémoglobine, de violence et de gore. Car un virus d’origine inconnue, qui ressemble à la grippe et à propos duquel les experts médicaux se perdent en conjectures, est en train de contaminer peu à peu la population. Les symptômes sont affolants. Tous les infectés se retrouvent dotés d’un regard noir, d’un sourire carnassier, d’une force surhumaine et d’une démence hystérique les poussant à massacrer tous ceux qui passent à leur portée. Nous voilà soudain dans une version sous amphétamine de The Crazies. Le chaos ne tarde donc pas à s’emparer de la cité…

La nuit des fous vivants

Ce qui surprend, dans le film, c’est d’abord la violence hardcore avec laquelle Rob Jabbaz met en scène ses séquences de meurtres, de viols, de torture et d’anthropophagie. En s’appuyant sur de très impressionnants effets spéciaux physiques conçus par l’atelier If SFX Art Maker, le réalisateur déchaîne une fureur extrême que rien ne semble réfréner. Le sang jaillit par hectolitres, les corps dont mutilés, déchiquetés, dévorés, souillés, le tout dans un festival de hurlements et de terreur. A ce titre, la séquence du métro (tournée dans un décor entièrement reconstitué pour les besoins du film) est un morceau d’anthologie éprouvant pour les nerfs. Et si le rire du spectateur vient ponctuer ce catalogue d’atrocités, c’est surtout pour se libérer nerveusement. Nous sommes donc loin des délires d’un Braindead dans la mesure où cette ultraviolence, si excessive soit-elle, s’inscrit dans un cadre très réaliste. Certains écarts satiriques – comme le discours parfaitement inconsistant du président s’adressant solennellement à ses concitoyens – nous font pourtant comprendre qu’il ne faut pas prendre tout ceci très au sérieux. The Sadness opère ainsi un grand écart osé entre le premier et le second degré, déstabilisant sans cesse le public sans jamais perdre sa cohérence. Quant à son titre énigmatique, il prend tout son sens au cours d’un final déchirant dont le nihilisme n’aurait sans doute pas déplu à George Romero.

 

© Gilles Penso

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SCREAM 2 (1997)

Pendant l’avant-première d’un film d’horreur inspiré des faits sanglants survenus dans Scream, un tueur masqué recommence le massacre…

SCREAM 2

 

1997 – USA

 

Réalisé par Wes Craven

 

Avec Neve Campbell, David Arquette, Courteney Cox, Sarah Michelle Gellar, Jamie Kennedy, Jerry O’Connell, Liev Schreiber

 

THEMA TUEURS I SAGA SCREAM WES CRAVEN

Face au triomphe de Scream, le réalisateur Wes Craven, le scénariste Kevin Williamson et les productrices Kathy Konrad et Marianne Maddalena ont foncé la tête la première vers un Scream 2, à peine six mois après la sortie du premier opus ! Dès les premières minutes, nous apprenons que le drame survenu à Woodsboro a fait l’objet d’un film d’horreur baptisé « Stab ». Le discours postmoderne entamé dans le premier Scream prend du coup une dimension supplémentaire. Les personnages ne se contentent pas d’être familiers avec les codes du cinéma d’horreur. Désormais, ils ont la possibilité d’aller voir au cinéma un long-métrage inspiré des faits survenus dans le film précédent ! Un certain vertige s’installe, d’autant que la première scène de Scream 2 se déroule dans une salle de cinéma et que les spectateurs en folie portent les costumes issus du merchandising de « Stab » (donc de Scream). Et tandis que nous redécouvrons la fameuse intro jadis incarnée par Drew Barrymore et désormais jouée par une autre actrice, un vrai tueur se cache parmi tous les spectateurs habillés en ghostface. Le massacre recommence alors, prélude d’une nouvelle série de meurtres autour de l’étudiante Sidney (Neve Campbell) et de ses amis, du moins ceux qui ont survécu à Scream.

L’entame de Scream 2 est prometteuse, poussant la mise en abîme dans ses retranchements. Le reste du métrage n’est hélas pas aussi novateur, développant un inévitable effet de déjà-vu. Parfaitement conscients de cet écueil, Kevin Williamson et Wes Craven décident de pousser plus loin la lecture au second degré de l’intrigue. De fait, de nombreuses répliques du film tournent désormais autour de l’intérêt des séquelles cinématographiques. « Par définition, la suite est un genre mineur », « Les films d’horreur se sont sabordés avec les suites », ou encore « Bien de suites ont dépassé l’original » peut-on entendre de la bouche des étudiants de cinéma. Et de citer Aliens, Terminator 2, Le Parrain 2, L’Empire contre-attaque ou même House 2. Les dialogues poussent le vice jusqu’à énumérer les recettes d’une bonne suite de film d’horreur, autrement dit plus de cadavres et plus de sang. Cette approche donne au spectateur la sensation d’être complice de la narration et occulte à ses yeux le fait qu’il regarde un film d’épouvante à la facture somme toute très classique. Car le principe est toujours le même : se démarquer à peine des Halloween, Vendredi 13 et autres Bal de l’horreur en désamorçant immédiatement le lieu commun par le mécanisme d’autodérision.

Les visions de Cassandre

Wes Craven n’a rien perdu de son savoir-faire et parvient à concocter quelques moments de peur très efficace, notamment lorsque deux des personnages principaux sont coincés dans une voiture accidentée, avec le tueur inconscient derrière le volant, et s’efforcent de s’échapper sans le réveiller… Mais le comportement de ce psycho-killer est souvent trop absurde pour convaincre. Il passe en effet la grande majorité du film à observer ses futures victimes sur le campus, ce qui nécessite une certaine discrétion. Pourtant, chaque fois qu’il surgit pour tuer quelqu’un, c’est dans sa panoplie complète, sans que personne ne s’en aperçoive ! Aux côtés de Neve Campbell, on retrouve avec plaisir David Arquette et Courtney Cox (qui s’amuse à cligner de l’œil vers ses complices de Friends à travers des allusions à David Schwimmer et Jennifer Aniston). Nous apercevons également le vénérable David Warner dans le rôle d’un professeur de théâtre. Car Craven, soucieux d’élever le débat à travers des références culturelles inattendues, convoque le mythe de Cassandre – héroïne maudite qui prévoit les meurtres et les massacres – via une représentation théâtrale qui tourne au cauchemar. Dommage que la révélation finale, pas crédible du tout et exprimée artificiellement par de longs dialogues explicatifs, fasse définitivement retomber le soufflé de cette suite facultative.

 

© Gilles Penso


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LA CHOSE (1983)

Une créature extra-terrestre mutante constituée d’énormes gueules carnivores terrorise une petite ville des États-Unis…

THE DEADLY SPAWN

 

1983 – USA

 

Réalisé par Douglas McKeown

 

Avec James Brewster, Elissa Neil, John Schmerling, Ethel Michelson, Judith Mayes, Andrew Michaels, John Arndt

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Grand amateur de cinéma d’horreur et de science-fiction, éditeur de la revue éphémère SPFX consacrée aux effets spéciaux, Ted A. Bohus s’est lancé au début des années 80 dans la production de films de genre à tout petit budget. Après Fiend et Nightbeast, il enchaîne avec ce mémorable Deadly Spawn que les distributeurs français éditèrent en VHS sous le titre de La Chose, entretenant une confusion hors-sujet avec The Thing de John Carpenter. Certes, cette « chose » vient elle aussi d’un autre monde et sa morphologie est en mutation permanente, mais les points communs s’arrêtent là. Tourné en 16 mm avec des moyens précaires, une équipe semi-amateur et beaucoup de bonne volonté, The Deadly Spawn est réalisé par Douglas McKeown dont ce sera le premier et seul film. Tout commence – refrain connu – par la chute d’une météorite dans les bois. Curieux, deux campeurs vont voir de quoi il en retourne. Mal leur en prend. Ils meurent hors-champ en poussant de grands cris, avec force jets de sang, tandis qu’une étrange créature apparaît en ombre chinoise. Cette mise en bouche est très prometteuse, mais dès lors La Chose souffre d’un gros déséquilibre, alternant des séquences d’effets spéciaux réjouissantes avec de longs dialogues filmés platement et joués avec une conviction toute relative.

Le passage où Sam et Barbara (James Brewtser et Elissa Neil) s’éveillent chez eux et découvrent qu’il n’y a plus d’eau chaude dure par exemple beaucoup trop longtemps, d’autant qu’il ne s’y passe rien de palpitant. Les choses se corsent heureusement par la suite. En descendant dans la cave pour réparer la chaudière, Sam est attaqué et tué par un monstre dont on ne voit encore que l’ombre, tandis que le sang gicle avec toujours autant d’abondance. Lorsque Barbara le rejoint, nous voyons enfin la bête : une bouche immense garnie d’un nombre impensable de dents acérées qui lui arrache la moitié de la peau du visage. Exit Sam et Barbara. Nous faisons alors connaissance de Charles, un garçon qui adore regarder des films d’horreur, se déguiser en monstre et lire la revue « Famous Monsters ». C’est de toute évidence une sorte d’alter-ego de Ted Bohus, non seulement producteur mais aussi scénariste du film. Sa chambre est décorée avec des posters de King Kong, Frankenstein, Le Monstre des abîmes, Le Colosse de New York, La Vallée de Gwangi, The Spider, mais aussi des photos du Monstre des temps perdus et d’À des millions de kilomètres de la Terre et une figurine de Godzilla. Ce sera lui le héros du film, aux côtés de son frère Peter, étudiant en sciences.

Les têtards de l’espace

L’une des scènes d’anthologie est celle où Charles découvre les premières victimes. Le monstre y apparaît dans toute sa splendeur, se multipliant, exhibant plusieurs têtes montées sur de longs cous qui se rattachent à la première, tandis que des espèces de têtards géants aux gueules voraces (mi-piranhas mi-« face huggers ») se déplacent dans l’eau et rongent les restes des corps humains. Autres moments mémorables : la réunion des végétariennes qui dégénère lorsque les « têtards » les attaquent, ou encore la découverte de l’oncle mort avec des bêtes à la place des orbites et une autre qui sort de sa poitrine façon Alien. Dommage que la mise en scène soit si académique, la photo si plate, les dialogues si insipides et les comédiens si peu convaincants. Avec plus de soin apporté à tous ces aspects, le film aurait pu gagner ses galons d’œuvre culte. Restent les extraordinaires effets spéciaux concoctés par John Dods et Arnold Gargiulo qui à eux seuls valent largement le déplacement. De fait, si La Chose n’a rien d’inoubliable, sa créature est l’une des préférées des amateurs de tous ces monstres « old school » qui pullulaient joyeusement dans les années 80.

 

© Gilles Penso

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ADAM ET ÈVE CONTRE LES CANNIBALES (1983)

Le premier couple de l’histoire du monde rencontre un ptérodactyle, des hommes-singes, un ours des cavernes et une tribu anthropophage…

ADAMO ED EVA, LA PRIMA STORIA D’AMORE

 

1983 – ITALIE / ESPAGNE

 

Réalisé par Enzo Doria et Luigi Russo

 

Avec Mark Gregory, Andrea Goldman, Angel Alcazar, Costantino Rossi, Pierangelo Pozzato, Vito Fornari, Liliana Gerace, Andrea Aureli

 

THEMA LA BIBLE I EXOTISME FANTASTIQUE I CANNIBALES

Surpris par le succès inattendu du culotté La Guerre du feu de Jean-Jacques Annaud, les spécialistes du cinéma bis italien s’empressèrent d’en produire des imitations fantaisistes comme Le Maître du monde, y ajoutant parfois des éléments empruntés à La Guerre des étoiles (Yor le chasseur du futur) ou à Conan le barbare (Ironmaster, la guerre du fer). Avec Adam et Eve contre les cannibales (quel titre !), on tente le tout pour le tout, mixant l’influence de La Guerre du feu avec celle du Lagon bleu et de Cannibal Holocaust, tout en prenant comme prétexte l’Ancien Testament. Il fallait oser ! À vrai dire, l’idée de porter à l’écran le mythe d’Adam et Ève titille le cinéma italien depuis la fin des années 70. Le projet passe dans les mains de Sergio Martino, puis Enzo G. Castellari et Joe d’Amato. Les scénarios sont écrits puis abandonnés, certains tournages sont même entamés, mais finalement cet Adam et Eve transalpin tourne court. Ce n’est qu’en 1983 que le film redémarre, confié cette fois-ci aux duettistes Enzo Doria et Luigi Russo, qui signent la réalisation sous les pseudonymes hollywoodiens de John Wilder et Vincent Green. Le résultat est un film parfaitement inclassable qui semble évoluer en roue libre, au fil des errances de ses deux personnages principaux.

Tout commence par des images d’archive d’éruptions volcaniques. Puis Adam émerge d’une sorte de cocon végétal, comme s’il était un extra-terrestre échappé de L’Invasion des profanateurs de sépultures. Le premier homme a pris les traits de Mark Gregory (le héros des Guerriers du Bronx). Tout nu, il se promène dans la forêt aux côtés de blanches colombes, d’un lion, d’un léopard, d’un perroquet, bref d’une petite ménagerie qu’il contemple candidement. Au bout de cinq minutes, notre bellâtre s’ennuie et se met à sculpter une femme dans le sable. Il s’avère plutôt doué puisque sa création prend les traits avenants d’Andrea Goldman, tandis qu’un slow romantique s’invite soudain dans la bande son. La chanteuse Tania Solnik susurre ainsi « My First Love » sans se soucier le moins du monde du caractère anachronique de cette ritournelle romantico-disco. Nos deux tourtereaux nudistes filent le grand amour, courent sur la plage, pataugent dans l’océan, font des papouilles aux bébés panthères, contemplent les flamants roses et rient sous les cascades. C’est beau. Mais voilà le vil serpent qui souffle à Ève l’envie de croquer dans la pomme. Ils y goûtent, et bien sûr c’est le drame. Un volcan emprunté à Un million d’années avant JC entre en éruption, un rocher géant tout droit sorti des Aventuriers de l’arche perdue (animé en stop-motion et très maladroitement rétro-projeté) fonce vers eux. C’en est donc fini du jardin d’Eden. Place à un paysage désormais rocailleux et désertique.

Moi Adam, toi Ève

La suite de l’aventure prend la plus improbable des tournures. Soudain conscients de leur nudité, Adam et Ève revêtent des peaux de bête et ressemblent alors au couple vedette du Tarzan de John Derek. Soudain, ils sont attaqués par un ptérodactyle ! En plan large, la bête est un nouvel « emprunt » à Un million d’années avant JC. Pour les gros plans, il s’agit d’un volatile mécanique au look de volaille volante contre lequel Mark Gregory essaie de se battre avec le plus de conviction possible. Puis notre couple croise des hommes-singes, une tribu primitive et des anthropophages hirsutes qui justifient comme ils peuvent le titre du film. Cette forêt antédiluvienne est donc une véritable foire d’empoigne, un fourre-tout aberrant qui pioche dans toutes les époques et dans tous les styles. La cerise sur le gâteau est l’attaque d’un ours des cavernes incarné par un acteur dans un costume rigide (qui ressemble beaucoup à celui du Hercule de Luigi Cozzi, sorti la même année). Un brin misogyne, le film laisse le beau rôle à Adam, Ève passant son temps à se plaindre, à prendre de mauvaises décisions ou à se faire capturer. Non contente d’être responsable du péché originel, elle se livre même au premier adultère de l’histoire de l’humanité avec un sauvageon chevelu aux allures de Francis Lalanne. Voilà donc un condensé de ce que le cinéma bis italien pouvait produire de plus fou et de plus invraisemblable dans les années 80. Un régal pour les amateurs de curiosités.

 

© Gilles Penso

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