BORROWER, LE VOLEUR DE TÊTES (1991)

Un extra-terrestre banni de sa planète est contraint de se réfugier sur Terre sous une forme humaine en changeant régulièrement de tête…

THE BORROWER

 

1991 – USA

 

Réalisé par John McNaughton

 

Avec Rae Dawn Chong, Don Gordon, Tom Towles, Antonio Fargas, Neil Giuntoli, Larry Pennell, Pam Gordon

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Après le psycho-killer glacial et hyperréaliste Henry, Portrait d’un Serial Killer, John McNaughton plonge de plain-pied dans la science-fiction pure matinée d’horreur et d’humour noir, avec un postulat qui repose grosso-modo sur le même principe que Hidden. Banni de sa planète, un extra-terrestre est obligé de purger une peine sur Terre sous une forme humaine au métabolisme capricieux. Il est en effet contraint de changer régulièrement de tête, car celles-ci, comme des greffes ratées, finissent toutes invariablement par exploser douloureusement. « Votre ingénuité vous aidera à survivre » lui déclarent sévèrement les instances supérieures. Notre exilé commence par « emprunter » la tête d’un braconnier, passe à celle d’un clochard puis d’un médecin. Fatalement, l’alien accumule sur sa route les cadavres décapités dont il en profite pour manger les entrailles. Diana Pierce, une femme flic, est chargée de l’enquête.

La différence majeure entre le principe d’Hidden et celui de Borrower provient des décapitations successives nécessaires à la survie de cet improbable criminel d’outre-espace. D’où un certain nombre de scènes gores joliment mises en scène, avec notamment des transformations surprenantes à base de bladders. Avec ce visiteur d’un autre monde aux allures d’insecte géant qui se retrouve condamné à voler les têtes des humains ou cet OVNI qui traverse le ciel nocturne en rase-campagne, autant dire que le réalisateur s’écarte beaucoup de l’ambiance intimiste de son premier film. Pourtant, certaines scènes étonnent quelque peu par leur réalisme froid, en rupture avec le postulat résolument fantaisiste. Il s’agit en particulier de la captation des bas quartiers de la ville, filmés souvent en pleine rue avec des passants devenus figurants malgré eux, ainsi que l’adoption du point de vue des sans-abris, des ivrognes et des miséreux, des personnages rarement mis en avant dans ce genre de récit.

Tête à tête

On note au passage la prestation hallucinante d’Antonio Fargas (« Huggy les bons tuyaux » chez Starsky et Hutch), un clochard devenu à son tour victime de l’alien. L’intrigue prend vite des allures policières, les déambulations du voleur de tête étant narrées parallèlement à l’enquête d’un duo de policiers sur les meurtres et les décapitations en série. Ce duo est interprété avec beaucoup de conviction par Rae Dawn Chong et Don Gordon. Dans l’une de ses ultimes métamorphoses, l’E.T. se mue carrément en homme à tête de chien (nous avions eu droit au contraire dans L’Invasion des profanateurs). Les méfaits d’un tueur en série humain sont greffés à l’intrigue, mais il ne s’agit en fait que d’un prétexte scénaristique pour offrir aux spectateurs un petit rebondissement final assez incongru. Victime de nombreux problèmes de production et d’un manque cruel de financement, The Borrower faillit s’interrompre plus d’une fois, et ne fut finalement exploité que trois ans après les premiers tours de manivelle. John McNaughton accèdera ensuite à des budgets plus décents, notamment via des films tels que Mad Dog and Glory ou Sexcrimes, puis se spécialisera dans la série TV policière (Homicide, Lansky, FBI porté disparu).

 

© Gilles Penso

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BIG (1988)

Un enfant de treize ans rêve d’être plus grand, ignorant que son vœu va être exaucé d’une manière très particulière…

BIG

 

1988 – USA

 

Réalisé par Penny Marshall

 

Avec Tom Hanks, Elizabeth Perkins, Robert Loggia, John Heard, Jared Rushton, David Moscow, John Lovitz

 

THEMA ENFANTS I CONTES

C’est Anne Spielberg (auteur de la comédie de science-fiction Timewarp) et Gary Ross (futur réalisateur de Pleasantville) qui sont à l’origine de Big. Leur scénario, écrit en 1984, séduit immédiatement les studios hollywoodiens. Steven Spielberg est pressenti pour réaliser le film, mais il craint de faire de l’ombre à sa sœur et juge qu’un seul Spielberg au générique est amplement suffisant. Du reste, la naissance de son fils Max lui fait définitivement renoncer au projet. Le projet évolue donc et des dizaines d’acteurs sont pressentis dans le rôle principal de cet enfant qui se retrouve du jour au lendemain dans un corps d’adulte. De Harrison Ford à Robert de Niro en passant par John Travolta, Dennis Quaid, Bill Murray, Michael Keaton, Robin Williams et Steve Guttenberg, on ne compte plus les grands noms qui se bousculent au portillon. Mais aujourd’hui, comment imaginer quelqu’un d’autre que Tom Hanks en tête d’affiche de Big ? Révélé dans Splash, le futur acteur fétiche de Steven Spielberg (tiens, comme par hasard !) embrasse ce rôle avec tant de conviction qu’il ne semble pas exagéré d’attribuer à sa prestation une grande partie du succès du film. La mise en scène échoit finalement à Penny Matshall, qui n’avait alors dirigé qu’un seul long-métrage, Jumpin’ Jack Flash, et allait retrouver Hanks quatre ans plus tard à l’occasion d’Une équipe hors du commun. On note que la photographie de Big est signée Barry Sonnenfeld, chef opérateur de talent (Quand Harry rencontre Sally, Miller’s Crossing, Misery) et futur réalisateur à succès (La Famille Addams, Get Shorty, Men in Black).

Big raconte donc l’histoire du petit Josh Baskin (David Moscow), qui vit avec ses parents et sa petite sœur dans le New Jersey. Il fait les quatre cents coups avec son ami Billy (Jared Rushton) et rêve d’impressionner la jolie Cynthia (Kimberlee M. Davis). Un jour, dans une fête foraine où il s’est fait refuser l’entrée d’un manège à cause de sa petite taille, Josh découvre une machine à lire la bonne aventure appelée Zoltar. Face au visage un brin inquiétant d’une sorte de diable qui grimace derrière la vitrine, il formule le vœu d’être grand. Aussitôt, une petite carte sort de la machine et lui annonce que son vœu a été exaucé. Or Josh découvre que la machine est débranchée. Surpris par ce prodige, il le sera beaucoup plus le lendemain matin en se réveillant dans le corps d’un adulte de trente ans !

Little Big Man

Big est l’un de ces films en état de grâce dont l’alchimie de talents combinés produit un véritable miracle. Le scénario de Ross et Spielberg est d’une minutie remarquable. La mise en scène de Marshall est tellement millimétrée qu’elle en devient imperceptible. Quant à Hanks, il réalise le prodige de nous faire croire à l’incroyable. Il lui suffit d’un seul coup d’œil dans le miroir face à sa soudaine transformation, d’abord pouffant de rire puis écarquillant des yeux éberlués, pour suspendre aussitôt l’incrédulité des spectateurs. Nous y croyons parce que ce grand corps dégingandé semble vraiment appartenir à un enfant de treize ans ayant grandi beaucoup trop vite. Pour guider le comédien dans son jeu, la réalisatrice a l’excellente idée de demander au garçon qui interprète son personnage au début du film (David Moscow) de jouer d’abord toutes les scènes lui-même. Hanks se lance alors dans un exercice de mimétisme, réadapte à sa sauce les mimiques et les gestuelles de l’enfant et livre l’une de ses prestations les plus étonnantes. Au-delà du rire provoqué naturellement par cette situation insolite, l’émotion change de tonalité lorsque Josh, seul dans une chambre d’hôtel sinistre de New York, pleure dans son lit parce qu’il a peur et que sa mère lui manque. L’espace de quelques minutes, ce grand dadais ne nous amuse plus, il nous touche. Cette satire sans concession du cynisme adulte, doublée d’un vif plaidoyer pour conserver son âme d’enfant (visiblement le leitmotiv de la famille Spielberg), est gorgée de séquences irrésistibles, de l’improbable réunion marketing autour d’un nouveau robot Transformer à la nuit romantique qui se transforme en concours de trampoline en passant par ce moment culte où Tom Hanks et Robbert Loggia dansent sur les touches d’un piano géant. Nommé aux Oscars pour son scénario et son acteur principal, Big est un colossal succès critique et public qui assoit définitivement le statut de star de Tom Hanks.

 

© Gilles Penso

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HARD CANDY (2006)

Pour son premier long-métrage, David Slade entraîne Ellen Page et Patrick Wilson dans une vénéneuse descente aux enfers…

HARD CANDY

 

2006 – USA

 

Réalisé par David Slade

 

Avec Ellen Page, Patrick Wilson, Sandra Oh, Gilbert John, Odessa Rae, Cori Bright, Erin Kraft

 

THEMA ENFANTS

En l’espace de quelques films marquants (le classique Misery, le controversé La Jeune fille et la mort ou le peu connu Ça peut vous arriver demain), le motif de l’homme captif d’une geôlière féminine s’étant octroyé le rôle de juge et de bourreau s’est quasiment imposé comme un sous-genre du cinéma, à mi-chemin entre le thriller, le drame psychologique et l’horreur. Hard Candy s’inscrit de plain-pied dans cette lignée et fut inspiré à son producteur David Higgins par une série de faits divers survenus au Japon. Plusieurs jeunes filles y donnaient rendez-vous à des hommes plus âgés qu’elles, après avoir lié connaissance sur Internet, et leur tendaient un traquenard pour les agresser avec un groupe d’amis à elles. Resserrant l’intrigue sur une seule adolescente et localisant l’action aux États-Unis, Higgins décide de confier le film à deux hommes faisant là leurs premiers pas sur le grand écran : le scénariste Brian Nelson (auteur de plusieurs épisodes de Loïs et Clark) et le réalisateur David Slade (spécialiste jusqu’alors des spots de pub et des vidéoclips).

Lorsque Hard Candy commence, Hayley, une gamine de 14 ans, et Jeff, un photographe trentenaire, se retrouvent dans un café après avoir entamé une relation sur le Web. Un petit jeu de séduction s’entame aussitôt, et Hayley finit par suggérer de poursuivre leur rencontre chez lui, loin des regards curieux. La simplicité de l’argument de départ, la justesse des comédiens et la sobriété de la mise en scène emportent immédiatement l’adhésion. En quelques minutes, un climat malsain s’installe ainsi de manière feutrée, presque polie. La symbolique du petit chaperon rouge se jetant sans méfiance dans la gueule du grand méchant loup est pleinement assumée par une affiche métaphorique et par le survêtement à capuche écarlate qu’endosse Hayley, mais bien vite Charles Perrault et les frères Grimm cèdent le pas à une réalité brute et sans concession qui ne fait qu’accroître le malaise.

Dans la gueule du loup

Alors que l’adulte et l’adolescente s’enivrent quelque peu, jouent au photographe et au mannequin, et que la situation est sur le point de déraper, Jeff sombre soudain dans l’inconscience. Lorsqu’il revient à lui, ligoté, il comprend qu’il a été drogué. Hayley troque la naïveté ingénue contre une froideur clinique. Elle est persuadée de ne pas être la première adolescente à tomber entre les griffes de Jeff après une rencontre sur Internet, et l’accuse d’avoir violé et assassiné la jeune Donna Mauer, disparue sans laisser de trace. Le photographe, abasourdi, nie en bloc et demande à être libéré sur le champ. Mais Hayley a d’autres projets. Une encyclopédie médicale dans une main, un bistouri dans l’autre, elle souhaite castrer Jeff pour qu’il cesse définitivement de représenter une menace. Et rien ne semble pouvoir lui faire changer d’avis. Tandis que la tension monte inexorablement et que l’angoisse va crescendo, le manichéisme se trouble peu à peu. Jeff est-il vraiment un pédophile ? Hayley est-elle une psychopathe ? Le bien et le mal sont-ils clairement identifiables ? Évidemment, aucune réponse définitive ne sera donnée au spectateur, laissé seul juge de ce procès hors du commun s’achevant d’une manière particulièrement éprouvante.

 

© Gilles Penso


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SPY KIDS 2 : ESPIONS EN HERBE (2002)

Robert Rodriguez envoie ses agents secrets en culottes courtes sur une île peuplée de créatures hybrides et monstrueuses

SPY KIDS 2 : THE ISLAND OF LOST DREAMS

 

2002 – USA

 

Réalisé par Robert Rodriguez

 

Avec Antonio Banderas, Carla Gugino, Alexa Vega, Daryl Sabara, Steve Buscemi, Bill Paxton, Mike Judge, Danny Trejo

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION I SAGA SPY KIDS

Fort du succès de son énergique Spy Kids, Robert Rodriguez enfonce le clou avec cette suite décuplant effets spéciaux, action spectaculaire, gadgets science-fictionnels et monstres en tous genres. Depuis le film précédent, les « Spy Kids » sont devenus une branche à part entière des services secrets, et Carmen et Juni Cortez en sont les membres les plus réputés. Mais deux autres espions en herbe, Gary et Gerti Giggles, viennent un peu marcher sur leurs plates-bandes, et leur volent la vedette lors d’une opération de sauvetage de la fille du Président. Rétrogradés, nos deux héros piratent le serveur informatique de l’OSS et partent en mission sur une île inconnue, à la recherche d’une machine capable de détruire tous les systèmes électroniques de la planète. Visiblement satisfait de ses expérimentations en matière d’images de synthèse sur Spy Kids premier du nom, Rodriguez se lâche carrément sur ce deuxième épisode, où la 3D fuse dans tous les sens, malgré un budget à peine revu à la hausse (tout juste cinq millions de dollars de plus que le premier Spy Kids).

Supervisés par Rodriguez lui-même, ainsi que par Dale Carman (la série G.I. Joe), Brad Kuehn (Spider-Man), Daniel Leduc (Battlefield Earth) et Brandon Oldenburg (The Keyman), les effets numériques permettent notamment de visualiser les attractions hystériques d’un parc à thème dirigé par un cow-boy qu’interprète avec enthousiasme Bill Paxton (le parc en question s’appelle d’ailleurs « Troublemaker », nom de la compagnie de production de Rodriguez). La 3D donne également corps aux véhicules volants et sous-marins des espions de tous âges qui s’agitent dans le film, ainsi qu’à toutes sortes de monstres hybrides, œuvres d’un savant fou nommé Romero (hommage au grand George ?) et savoureusement incarné par Steve Buscemi. « Nous sommes des enfants, pas des monstres », s’écrie Carmen lorsqu’elle est confrontée à Romero, lequel se contente de rétorquer le plus sérieusement du monde « Quelle est la différence ? ».

L’île du docteur Romero

Car le brave homme considère les êtres contre-nature issus de son laboratoire comme sa tendre progéniture.  « L’île des rêves perdus » qui donne son poétique sous-titre au film abrite ainsi une faune hétéroclite conçue comme un hommage direct aux films de Ray Harryhausen. On y trouve pèle mêle un dragon marin géant et bicéphale, des cochons aux ailes de pélicans, des poissons marcheurs et surtout un gorille-araignée et un crocodile-serpent qui se lancent dans un pugilat spectaculaire qu’on croirait issu de King Kong ou du 7ème voyage de Sinbad. Et puis, référence ultime, il y a ces squelettes armés de sabres qui attaquent nos jeunes héros, exactement comme dans Jason et les Argonautes. A ce titre, on ne peut qu’admirer le charme rétro des images de synthèse qui imitent avec soin le style de l’animation image par image des âges héroïques. Ainsi, non content d’avoir créé avec ses Spy Kids une véritable franchise propre à se décliner sous plusieurs formes, Robert Rodriguez donne un nouveau souffle et un véritable coup de jeune au cinéma d’aventure pour enfants.

 

© Gilles Penso


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A CLASSIC HORROR STORY (2021)

Cinq personnes qui voyagent en covoiturage dans un minibus sont victime d’un accident et se retrouvent isolés en pleine forêt…

A CLASSIC HORROR STORY

 

2021 – ITALIE

 

Réalisé par Roberto De Feo et Paolo Strippoli

 

Avec Matilda Lutz, Will Merrick, Yuliia Sobol, Justin Korovkin, Peppino Mazzotta, Cristina Donadio, Francesco Russo, Alida Baldari

 

THEMA TUEURS

A Classic Horror Story est le premier long-métrage de Paolo Strippoli, signataire jusqu’alors d’une demi-douzaine de films courts. Roberto De Feo, son coréalisateur, n’en est quant à lui pas à son coup d’essai puisqu’il dirigea le thriller Ice Scream et le huis-clos flirtant avec l’épouvante Le Domaine. Comme le laisse imaginer le titre de cette œuvre commune, A Classic Horror Story est un film d’horreur qui discourt sur lui-même et sur les codes du genre. De fait, la situation de départ exhale de forts relents de déjà-vu. Cinq personnes qui ne se connaissent pas s’embarquent ensemble dans un minibus pour partager les frais d’un voyage qui les mènera en Calabre. Cette petite virée en covoiturage est constituée du chauffeur Fabrizio (Francesco Russo), de la jeune femme solitaire Elisa (Matilda Lutz), du couple extraverti Sofia et Mark (Yuliia Sobol et Will Merrick) et du médecin Riccardo (Peppino Mazzotta). Certains d’entre eux semblent trimballer quelques bagages émotionnels intimes, mais l’ambiance est plutôt bonne… jusqu’à ce qu’un cadavre de chèvre sur l’asphalte ne provoque une embardée violente du minibus qui percute violemment un arbre. Et c’est le black-out.

Au moment du réveil après le choc, la déstabilisation frappe nos cinq compagnons de voyage de manière collégiale. Car s’ils se retrouvent toujours dans leur véhicule, c’est au beau milieu d’une forêt très dense et visiblement à des kilomètres de la route. Comment ont-ils pu atterrir là ? Les seuls signes de vie alentour sont une vieille maison rustique garnie de trophées de chasse et de photos bizarres, ainsi que des totems inquiétants dans les bois qui laissent imaginer une sorte de culte diabolique ancestral. L’extrême classicisme de la situation est bien sûr assumé d’emblée, notamment à travers les dialogues de Fabrizio qui déclare à ses comparses : « On percute un arbre à côté de la route et on se retrouve devant la maison de Sam Raimi, avec des têtes coupées et des photos de fermiers fous. On est loin de tout. Nos portables ne marchent pas. Personne ne veut le dire, mais c’est le film d’horreur classique. » La complicité des spectateurs est donc sollicitée de manière très explicite.

Tout s’explique

Intrigués, nous attendons donc patiemment que le film finisse par bifurquer hors des sentiers battus pour révéler sa nature véritable. Mais cette évacuation des lieux communs tarde à venir. A Classic Horror Story parvient malgré tout à conserver notre attention grâce à sa mise en forme soignée – une très belle photographie désaturée d’Emanuele Pasquet, une bande originale oppressante de Massimiliano Mechelli -, à sa capacité probante à bâtir une atmosphère anxiogène qui va crescendo, et à ses brèves mais fulgurantes incursions dans l’horreur pure. Il n’empêche que toute cette patine cosmétique, si soignée soit-elle, ne compense pas les lacunes d’un scénario qui peine à se déployer avec plénitude. Nous découvrons donc les abominations d’un culte religieux païen incompréhensible, quelque part à mi-chemin entre Wicker Man et Midsommar, en misant tous nos espoirs sur le twist qui expliquera tout. Ce dernier survient comme prévu au cours du dernier acte et permet de remettre tout en perspective sous un angle inattendu. L’effet de surprise fait mouche, même si cette révélation comporte son lot d’invraisemblances pour qui se prête à une relecture minutieuse des événements précédents. L’exercice n’est donc qu’à moitié convaincant, le postmodernisme n’étant visiblement pas la clé d’un renouveau digne de ce nom du cinéma d’horreur italien. Mario Bava et Dario Argento n’ont donc pas encore trouvé leurs successeurs, loin s’en faut.

 

© Gilles Penso

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BUNNY LAKE A DISPARU (1965)

Otto Preminger concocte une enquête policière insolite qui bascule progressivement dans le cauchemar…

BUNNY LAKE IS MISSING

 

1965 – GB

 

Réalisé par Otto Preminger

 

Avec Laurence Olivier, Carol Lynley, Keir Dullea, Martita Hunt, Anna Massey, Clive Revill, Lucie Mannheim, Finlay Currie

 

THEMA ENFANTS

Adapté du roman homonyme écrit par Evelyn Piper, Bunny Lake a disparu s’ouvre sur un générique de Saul Bass assez troublant dans la mesure où la musique de Paul Glass, plutôt enjouée, accompagne le gros plan d’une main déchirant l’écran pour laisser apparaître la liste des noms et le titre. Puis nous faisons connaissance avec l’Américaine Ann Lake (Carol Lynley), qui inscrit sa petite fille de quatre ans Bunny dans une école maternelle en Angleterre. Lorsqu’elle revient la chercher, l’enfant n’est pas là, et personne ne l’a vue ou n’a entendu parler d’elle. Avec son frère (Keir Dullea), elle commence à enquêter et s’inquiète rapidement. L’inspecteur Newhouse (Laurence Olivier), chargé de l’affaire, épuise une à une toutes les possibilités, et finit par douter de l’existence même de Bunny. D’autant que, aux dires du frère, la jeune maman jouait, dans son enfance, avec une amie imaginaire qu’elle avait baptisée Bunny. Pour prouver ses dires, Ann va donc tenter par tous les moyens de retrouver des objets ayant appartenu à Bunny ou des témoins l’ayant vue. Mais tout ce qui concerne la fillette a été subtilisé, et personne ne se souvient d’elle.

Bâti à priori sur le même schéma narratif que le fameux Une femme disparaît d’Alfred Hitchcock, le scénario de Bunny Lake a disparu s’amorce lui aussi de manière fort anodine. Le récit s’achemine vers l’enquête policière, puis se mue progressivement en thriller psychologique assez trouble avant de basculer au moment du final dans l’angoisse pure. Preminger se plaît à entourer les héros de personnages insolites et plutôt inquiétants, comme cette vieille femme au dernier étage de l’école (Martita Hunt) qui étudie avec une étrange délectation les cauchemars que des enfants racontent sur la bande d’un magnétophone, ou ce propriétaire envahissant (Noel Coward) qui collectionne les objets liés au marquis de Sade et demande à la police de le frapper ! Ces éléments, ainsi que le ton général du film, évoquent les premiers films d’épouvante de Roman Polanski (Répulsion, Rosemary’s Baby, Le Locataire).

Horreur psychologique

La photographie noir et blanc signée Denys Coop sied à merveille à l’atmosphère trouble du film, le cinéaste n’hésitant pas à déformer le visage de ses comédiens via des gros plans en courte focale partiellement plongés dans la pénombre, ou à utiliser des caméras portées façon reportage pour déstabiliser quelque peu le spectateur. En revanche, on s’étonne que Preminger nous assène autant de larges extraits des chansons des Zombies, vus sur l’écran de télévision d’un bar où Ann Lake se morfond d’inquiétude. Certes, le contraste entre la musique pop guillerette et l’état psychologique de l’héroïne est intéressant, mais le rythme du film en pâtit pendant un moment. Laurence Olivier excelle ici en inspecteur de police posé et rationnel, seul personnage auquel le spectateur peut pleinement s’identifier, dans la mesure où lui aussi essaie de comprendre, jusqu’à se demander si Bunny Lake existe réellement. La clef de l’énigme apparaît dans un dénouement fort éprouvant qui se rapproche presque de celui Psychose en matière d’horreur psychologique et de révélation vertigineuse.

 

© Gilles Penso

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FOG (2005)

Le réalisateur de Stigmata se lance dans le remake d’un classique de l’épouvante signé John Carpenter…

FOG

 

2005 – USA

 

Réalisé par Rupert Wainwright

 

Avec Tom Welling, Maggie Grace, Selma Blair, DeRay Davis, Rade Serbedzija, Kenneth Welsh, Adrian Hough, Sara Botsford

 

THEMA FANTÔMES

Il était inévitable que John Carpenter soit tôt ou tard en ligne de mire des faiseurs de remakes hollywoodiens des années 2000. Inaugurée avec l’Assaut sur central 13 de Jean-François Richet, la relecture « modernisée » de l’œuvre du père de Michael Myers se poursuit avec un nouveau Fog produit par David Foster (The Thing), écrit par Cooper Lane (Fusion – The Core) et réalisé par Rupert Wainwright (Stigmata). Carpenter lui-même a soutenu le projet à 100%, mais il y a fort à parier que cet engouement démesuré ait été dicté par des raisons financières et non artistiques. Comment pourrait-il en être autrement au vu du résultat ? Des acteurs de séries télévisées à la mode, notamment Tom Welling (Smallville) et Maggie Grace (Lost) nous rejouent donc l’histoire de la petite île d’Antonio Bay frappée inexplicablement par des phénomènes inquiétants un siècle tout juste après la création du site par les « pères fondateurs », tandis qu’un brouillard mystérieux envahit les parages. Parallèlement aux morts violentes qui se succèdent sur terre ou en mer, la jeune héroïne fait des cauchemars récurrents, entend des bruits bizarres, voit des empreintes de pas humides parcourir le plafond. Mais que se passe-t-il ?

Ceux qui n’ont pas vu le classique de Carpenter seront peut-être surpris d’apprendre qu’il s’agit de la vengeance d’outre-tombe de naufragés sauvagement coulés et incendiés cent ans plus tôt par les quatre fondateurs d’Antonio Bay, leur crime odieux ayant été dissimulé par une brume opaque. Les autres s’affligeront face à ce spectacle d’une parfaite inutilité. Cela dit, il était difficile de rivaliser avec le style impeccable de Big John, avec la photographie magnifique de Dean Cundey et l’excellent casting original dominé par Jamie Lee Curtis, Tom Atkins et Adrienne Barbeau. Certes, le brouillard numérique de ce nouvel opus est indéniablement photogénique et quelques scènes du film parviennent encore à surprendre, comme ce passage digne du Blob de Chuck Russell où une femme attaquée par une main surgie de son évier se décompose à toute vitesse et finit sous forme de squelette fumant.

Bouh fais-moi peur !

Mais si la technique des effets spéciaux a évolué depuis 1980, l’art de la mise en scène est en pleine régression. Ici, Wainwright cherche l’effet facile avant tout, le « bouh fais-moi peur ! » basique. Dès qu’il sent que son film manque d’action, le réalisateur casse des vitres au ralenti et filme des accidents de voiture dans le brouillard en guise de climax. Ce Fog réchauffé est donc un film sans style, sans personnalité, encombré d’acteurs insipides, de dialogues banals et de situation peu imaginatives. Nous sommes même contraints de supporter les tentatives d’humour de Snooper, le sidekick noir aux dialogues « irrésistibles » (« les femmes ont la télépathie testiculaire »). Sans compter les incohérences totales qui parsèment le récit, comme lorsque le héros confie à se petite amie une pièce à conviction qui pourrait innocenter son ami accusé de meurtre au lieu de la donner à la police. Quant à la confrontation finale avec les fantômes, elle aurait dû être effrayante, étonnante, oppressante… Elle n’est que grotesque.

 

© Gilles Penso


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MACISTE CONTRE LES MONSTRES (1962)

Habitué aux péplums musclés, Maciste se retrouve ici en pleine préhistoire au milieu de dinosaures fantaisistes…

MACISTE CONTRO I MOSTRI

 

1962 – ITALIE

 

Réalisé par Guido Malatesta

 

Avec Reg Lewis, Margaret Lee, Luciano Marin, Andrea Aureli, Myriam kent, Birgit Bergsen, Giovanni Pazzafini, Fulvia Gasser

 

THEMA DINOSAURES I EXOTISME FANTASTIQUE

Jusqu’alors héros imaginaire d’une mythologie fantaisiste s’érigeant en concurrent direct d’Hercule, Maciste se retrouve bizarrement en pleine préhistoire dans cet étrange opus situé pendant les grandes glaciations, dans un âge de pierre alternatif proche de celui des futures productions Hammer (Un million d’années avant JC, Quand les dinosaures dominaient le Monde). Aidar, fils du vieux roi de la tribu du soleil, se fiance. Soudain, un monstre marin menace ce futur ménage, mais Maciste intervient à temps et tue la créature. Peu après cet acte de bravoure, la peuplade des adorateurs de la lune se met à saccager le village d’Aidar et à enlever toutes les femmes de la tribu. Aidar, aidé de Maciste, va préparer sa contre-attaque. Vantés par un titre sans détour et par des posters dénués de la moindre retenue, les monstres tant attendus sont en réalité des amas de latex, timidement animés par des systèmes mécaniques rudimentaires, qui arrachent d’inévitables sourires aux spectateurs au lieu des frayeurs escomptées. Le premier est un saurien aquatique au long cou, une sorte de plésiosaure dont la tête évoque plus ou moins un lion. Grossièrement sculptée, cette maquette grandeur nature remue à grand-peine. Maciste s’en débarrasse en lui plantant une lance dans l’œil. Puis surgissent un serpent sous-marin à têtes multiples (réminiscence de l’Hydre de Lerne ?), un vrai varan grossi à l’écran – qui n’apparaît jamais dans les mêmes plans que Maciste histoire d’éviter les trucages optiques – et un dragon quadrupède aussi massif qu’apathique.

Entre ces interventions vaguement dinosauriennes, le film conte le combat très manichéen des sympathiques adorateurs du soleil (blonds et en fourrure blanche), vivant paisiblement dans les plaines, contre ceux de la Lune (bruns et tout de noir vêtus), fomentant leurs sinistres plans dans d’obscures cavernes. Même s’il prend fait et cause pour les premiers, Maciste (un Reg Lewis huilé et fort peu expressif, à ne pas confondre avec Reg Park qui tenait la vedette dans Hercule à la conquête de l’Atlantide et Hercule contre les vampires) semble vouloir faire office de médiateur, s’autoproclamant « fils du soleil et de la Lune ». Et pour que la symbolique des couleurs n’échappe à personne, notre héros musclé arbore fièrement une fourrure écarlate et une tignasse rousse idoine !

Le fils du soleil et de la Lune

Une fois n’est pas coutume, les scènes humaines s’avèrent plus distrayantes que celles des monstres (sauf pour les amateurs de second degré, évidemment), d’autant que les décors extérieurs naturels s’avèrent franchement photogéniques et que les batailles inter-tribus sont plutôt bien menées. Le film s’achève de fort classique manière par un cataclysme naturel (volcan et tremblements de terre à l’appui, comme il se doit) et par le combat singulier des chefs des deux tribus. Bref, une curiosité tout à fait facultative. Aux États-Unis, le fil sortit sous le titre très fantaisiste de Fire Monster Against the Son of Hercule (autrement dit « Le Monstre de feu contre le fils d’Hercule »), tandis que les affiches françaises, pour leur part, pillaient allègrement les visuels de Capitaine Sinbad et Jack le tueur de géants.

 

© Gilles Penso

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LES ENFANTS DU DIABLE (1996)

La séquelle d’une adaptation de Stephen King avec une toute jeune Hilary Swank et un démon dégoulinant…

SOMETIMES THEY COME BACK… AGAIN

 

1996 – USA

 

Réalisé par Adam Grossman

 

Avec Michael Gross, Alexis Arquette, Hilary Swank, Bojesse Christopher, Glen Beaudin, Jennifer Elise Cox, Jennifer Aspen

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA STEPHEN KING

Vengeance diabolique ayant connu un petit succès en vidéo, la compagnie Trimark Pictures rachète les droits de la nouvelle “Cours, Jimmy, cours“ de Stephen King à Dino de Laurentiis pour en produire une pseudo-séquelle. Ce sera Les Enfants du diable (Sometimes They Come Back… Again), dont la mise en scène est confiée à Adam Grossman. Si les personnages de ce téléfilm ne sont plus les mêmes que ceux du précédent – et de la nouvelle originale – le principe reste rigoureusement le même. Un psychiatre quadragénaire, Jon Porter (Michael Gross, acteur récurrent de la série Urgences et de la saga Tremors), est en deuil après la mort improbable de sa mère. La malheureuse s’est en effet coupée la main en lavant un grand couteau de cuisine un soir d’orage, puis s’est brisée le crâne en tombant d’un tabouret après avoir cherché à atteindre une boîte de pansements ! De retour dans sa ville natale avec sa fille Michelle (Hilary Swank, future révélation de Million Dollar Baby), Jon se laisse hanter par des souvenirs d’enfance manifestement influencés par l’univers de King (notamment les réunions d’amis dans une cabane héritée de Stand By Me). De son côté, Michelle sympathise avec deux filles du coin et rencontre Tony Reno (Alexis Arquette), un beau garçon ténébreux drapé de mystère. Or Tony est l’un des trois voyous qui tuèrent trente ans plus tôt Lisa, la sœur de Jon, au cours d’une sorte de rite satanique dans une mine où ils moururent eux-mêmes électrocutés (via des effets visuels un peu grotesques). Inexplicablement, ils sévissent encore et n’ont pas pris une ride.

Si le scénario des Enfants du Diable se contente de reproduire mécaniquement celui de Vengeance diabolique, le spectateur y trouve matière à se divertir grâce à une poignée de séquences d’horreur joyeusement excessives. Au cours d’un cauchemar, Michelle fait ainsi l’amour avec Tony qui se mue en créature diabolique aux mains griffues et à la queue tentaculaire et visqueuse s’enroulant autour de son corps. Plus tard, dans la mine qui fut le lieu du crime originel, un démon gluant et nu surgit d’un magma incandescent pour prendre l’apparence d’un des trois autres voyous.

Meurtres à la tondeuse et aux cartes de tarot

Les meurtres eux-mêmes sont pour le moins outranciers. Michael, le simple d’esprit qui passe la tondeuse dans le jardin, est attaqué par des herbes qui l’entraînent sous terre jusqu’à ce que sa tête, émergeant du sol, soit déchiquetée par la tondeuse, en une sorte de clin d’œil sanglant à la nouvelle “La Pastorale“ dont s’était très librement inspiré Le Cobaye de Brett Leonard. Une autre victime est quant à elle assassinée à coups de cartes de tarot qui lévitent et se plantent dans son corps. Les effets spéciaux de maquillage, signés Bart J. Mixon (le téléfilm Ça) et Earl Ellis (Le Sous-sol de la peur), sont très efficaces, et la musique de Peter Manning Robinson nous gratifie d’un très beau thème principal pour piano et synthétiseur. Mais ce n’est que de la cosmétique. Le film lui-même ne déborde pas d’intérêt et s’achève sur un climax ridicule empruntant quelques éléments de la nouvelle de King non utilisés dans Vengeance diabolique.

 

© Gilles Penso


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LES CRADOS (1987)

L'un des pires films de tous les temps ? Probablement…

THE GARBAGE PAIL KIDS MOVIE

 

1987 – USA

 

Réalisé par Rod Amateau

 

Avec Anthony Newley, Mackenzie Astin, Katie Barberi, Ron MacLachlan, J.P. Amateau, Marjory Graue, John Herman Shaner, Patty Lloyd, John Cade

 

THEMA FREAKS PETITS MONSTRES

C’est en 1985 que la compagnie Topps lance sur le marché les « Garbage Pail Kids » (qui deviendront « Les Crados » en Belgique et en France), des cartes à collectionner graveleuses conçues comme des parodies des très populaires « Cabbage Patch Kids » (« Les Câlinous »). Chaque carte représente un personnage enfantin difforme atteint d’une maladie bizarre ou d’une manie honteuse. Les adultes grincent des dents mais les ados adorent, évidemment, et transforment en objet de culte cette collection (conçue par Art Spiegelman et dessinée par Brent Engstrom) qui se décline en posters, en albums illustrés et en livres. Deux ans plus tard, le producteur Rod Amateau (un vétéran de la TV qui œuvra notamment sur la série Shérif fais-moi peur) décide d’en tirer un long-métrage en prises de vues réelles. En charge des effets spéciaux, John Carl Buechler envisage de réaliser le long-métrage lui-même, qu’il imagine comme un film d’horreur gorgé d’humour noir où les petits personnages monstrueux ayant muté à cause de radiations se transforment en serial killers. On sent là l’influence de Troll, que Buechler a réalisé l’année précédente, mais aussi de Ghoulies dont il a conçu les créatures voraces. Mais cette approche déplaît à la production, qui préfère orienter le film vers un public plus large. Buechler reste donc en charge des effets mais cède le pas à Amateau derrière la caméra. Et le désastre commence.

Pendant le générique, une poubelle vogue dans l’espace et se dirige vers la Terre, nous laissant imaginer que les petits monstres ont une origine extra-terrestres. Sans transition ni explication, cette poubelle se retrouve stockée dans l’échoppe d’un antiquaire, « capitaine Manzini » (Anthony Newley), qui veille à ce qu’elle reste bien fermée. Dans cette boutique travaille un gamin de 15 ans, Dodger (Mackenzie Astin), qui visiblement n’a pas d’amis, pas de parents et pas de cours à l’école puisqu’il passe son temps entre la boutique et la rue où il est régulièrement maltraité par des voyous plus âgés que lui. Or le chef de ces « bad boys » est le petit ami de la belle Tangerine (Katie Barberi) dont Dodger tombe amoureux. Après avoir ouvert par mégarde la poubelle mystérieuse, le garçon découvre sept créatures plus hideuses et stupides les unes que les autres. Mais ces freaks ont bon fond et vont l’aider à vaincre les méchants.

Moi, moche et gluant

On ne saurait dire ce qui afflige le plus dans ce film : l’invraisemblance de son concept, la vacuité abyssale de son scénario, l’absence totale de péripéties ou le design hideux des créatures. Sans doute tout ça à la fois. Pour jouer les « crados », la production opte pour des nains portant des costumes et des masques animatroniques : un crocodile à perruque amateur d’orteils (Ali Gator), un boutonneux incontinent habillé en super-héros (Nat Nerd), un horrible bébé en salopette (Foul Phil), une fillette joufflue qui a la morve au nez (Messy Tessie), un émule difforme d’Elvis Presley (Greaser Greg), un pétomane en chemise hawaïenne (Windy Wintston) et une fille à couette à l’estomac fragile (Valerie Vomit). John Buechler et son équipe n’ont visiblement pas eu le temps de peaufiner leurs créatures, à tel point que ce défilé d’acteurs miniatures en latex prend des allures cauchemardesques, comme si les Télétubbies, les Minikeums et Téléchat avaient fusionné en une impensable orgie contre-nature. Ces petits monstres hydrocéphales et grotesques ne seraient peut-être pas aussi choquants si le film jouait la carte de l’humour bête et méchant véhiculé par les cartes originales. Sans aller jusqu’au film d’horreur imaginé par Buechler, des gags trash et impertinents auraient peut-être pu sauver l’affaire. Mais Les Crados est d’une retenue désespérante et d’un ennui mortel. La cerise sur le gâteau est sans conteste la chanson « Nous pouvons tout faire si nous travaillons ensemble » qu’entonnent les petits monstres en fabriquant plein de jolis vêtements pour un défilé de mode. Le film fut bien sûr un flop retentissant, mais quelques fans déviants le visionnent entre eux lors de soirées probablement très arrosées.

 

© Gilles Penso


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