LES MYSTÈRES D’OUTRE-TOMBE (1959)

Deux scientifiques se sont fixés pour objectif de vaincre la mortalité en découvrant le secret de la vie éternelle…

MISTERIOS DE ULTRATUMBA

 

1959 – MEXIQUE

 

Réalisé par Fernando Mendez

 

Avec Gaston Santos, Rafael Bertrand, Mapita Cortés, Carlos Ancira, Carolina Barret, Luis Aragon, Beatriz Aguirre, Antonio Raxel

 

THEMA MORT I FANTÔMES

« Depuis la nuit des temps, l’humanité n’a cessé de se poser une seule et même question dont personne n’a jamais su trouver la réponse : que trouve-t-on après la mort ? » C’est sur ces propos sentencieux prononcés en voix off que démarre Les Mystères d’outre-tombe, tandis que la caméra balaie d’étranges ruines tapissées de toiles d’araignée. Peu après Les Proies du vampire et Le Retour du vampire, Fernando Mendez renoue ainsi avec l’épouvante gothique qui lui réussit si bien, au sein d’un scénario tortueux qui prend place dans un sanatorium abritant plusieurs malades mentaux. Là, le professeur Jacinto Aldama (Antonio Raxel, que l’on vit dans La Tête vivante) rend son dernier souffle. Son confrère, le docteur Mazali (Rafael Bertrand), lui rappelle alors la promesse mutuelle qu’ils se sont faite : le premier qui meurt doit délivrer un message à l’autre depuis l’au-delà, afin de lui permettre de voyager du monde des vivants vers celui des morts. Vaincre la mortalité, découvrir le secret de la vie éternelle, telles sont les ambitions de nos deux savants. Mais évidemment, comme chaque fois que l’homme joue à défier Dieu en pareil contexte, rien ne se passe comme prévu.

Peu après son trépas, Aldama parvient à communiquer avec Mazali, par l’intermédiaire d’une voyante, et lui promet de lui ouvrir la porte de l’autre monde trois mois plus tard. Entre-temps, le fantôme du défunt, dignement drapé dans une cape noire, apparaît à sa fille Patricia, danseuse de cabaret incarnée par la très photogénique Mapita Cortes. Un triangle amoureux s’installe bientôt, la belle étant à la fois courtisée par Mazali et par le jeune interne Eduardo Jimenez (Gaston Santos) qui arbore fièrement la moustache, comme tous les héros masculins du film d’ailleurs. Bientôt, un drame frappe le sanatorium. Une gitane folle furieuse (Carolina Barret) échappe en effet à la vigilance des médecins et jette une bouteille d’acide au visage de l’infortuné Elmer (Carlos Ancira) l’un des infirmiers. Celui-ci, atrocement défiguré (grâce à un maquillage impressionnant qui semble s’inspirer des créations de Lon Chaney), est désormais ivre de vengeance. Tous ces événements convergent peu à peu vers la date fatidique annoncée par Aldama…

L’ironie du sort

Ainsi, par touches successives, Mendez construit un puzzle étrange qui ne prend sa tournure définitive qu’au moment du dernier acte, via un surprenant retournement de situation laissant la part belle à l’ironie du sort. La camarde semble se jouer des protagonistes avec délectation, et ce n’est pas le moindre attrait du scénario de Ramon Obon, abordant avec beaucoup d’originalité les thèmes de la mort et de l’au-delà. Fidèle à ses habitudes, le cinéaste soigne tout particulièrement la mise en forme de son film, notamment à travers des cadrages ciselés, une partition inquiétante de Gustavo Cesar Carrion et une photographie somptueuse signée Victor Herrera. On n’est pas près d’oublier ce sinistre gibet en contre-jour attendant sa victime, la résurrection effrayante de l’homme défiguré, ou encore ce splendide décor de patio dans lequel dansent les ombres des plantes secouées par le vent, et où se nouent tour à tour les romances et les drames d’un récit fort alambiqué.

 

© Gilles Penso


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OCTOPUS 2 (2002)

Un calamar géant se cache sous les eaux de la baie de Manhattan, frappant de ses tentacules tous ceux qui passent à sa portée…

OCTOPUS 2

 

2002 – USA

 

Réalisé par Yossi Wein

 

Avec Michael Reilly Burke, Meredith Morton, Frederic Lehne, John Thaddeus, Chris Williams, Stovan Angelov, Clement Blake

 

THEMA MONSTRES MARINS

C’était à prévoir, l’Octopus de John Eyres s’est vu doter d’un second épisode, comme le furent avant lui Shark Attack, Spiders et Crocodile (une fois les bébêtes modélisées en 3D, autant les amortir à moindre coût en multipliant les séquelles). Comme dans le cas des films cités ci-dessus, le n°2 du titre n’est pas vraiment justifié dans le cas présent, puisqu’il ne s’agit ni de la suite du premier Octopus, ni des mêmes personnages, ni du même monstre. Ici, nous avons affaire à un calamar géant qui rode dans le port de New York, assassinant un couple de touristes, coulant un bateau, tuant deux policiers, et menaçant de provoquer une belle panique lors de la cérémonie du jour de l’indépendance, le fameux 4 juillet. Le héros est Nick (Michael Reilly Burke), un policier de la patrouille fluviale qui a tout compris depuis le début, mais que personne ne veut croire, et surtout pas le maire de New York. Comme s’il avait vu faire son homologue d’Amity dans Les Dents de la mer, il réagit de la même façon, du genre : « allons voyons, ce monstre n’existe pas, ne gâchons pas les festivités ! »

L’idée d’approcher cette histoire sous l’angle de l’enquête policière et de considérer le monstre comme une sorte de tueur en série tapi dans l’ombre était plutôt prometteuse. Mais le scénario, toujours signé Michael Weiss, ne parvient guère à se développer de manière cohérente, et les comédiens sont tous assez épouvantables, encombrés il est vrai de dialogues franchement ineptes. Le réalisateur Yossi Wein (dont les titres de gloire se nomment Lethal Ninja, Cyborg Cop 3 ou encore Operation Delta Force 5 !) ne fait pas preuve non plus d’une grande inventivité. Quant au monstre, dont le film ne cherche jamais à expliquer le gigantisme ni la présence dans la baie de Manhattan, il ne convainc pas beaucoup plus. Tour à tour image de synthèse passable ou hideuse marionnette en latex, il n’intervient dans aucune scène spectaculaire ou un tant soit peu mémorable. Le Monstre vient de la mer, réalisé près de cinquante ans plus tôt et avec un budget bien moindre, nous proposait des visions autrement plus dantesques que cette pauvre chose rigide agitant mollement ses tentacules caoutchouteux au milieu des hommes-grenouilles.

La Statue de la Liberté décapitée !

Quant à l’attaque de New York sur laquelle repose l’intégralité du « suspense » du film, elle n’a jamais lieu, si l’on excepte un rêve du héros, involontairement comique, au cours duquel le monstre décapite la Statue de la Liberté (J.J. Abrams aurait-il vu Octopus 2 avant de mettre en chantier Cloverfield ?!). Au moment du dénouement, notre calmar est tué à la va vite, d’un bon coup d’explosif, puis le climax du film se transforme en interminable remake de Daylight avec un tunnel sur le point de s’écrouler sur un bus scolaire et sur une insupportable vieille dame qui crie pour qu’on sauve son chien… Qu’on se rassure, il sera sauvé, comme dans tout bon film catastrophe digne de ce nom. Le calamar refait surface une dernière fois – comment a-t-il survécu, on l’ignore – remeurt, fait plouf, puis les feux d’artifice du 4 juillet éclatent dans le ciel de New York, et le mot « fin » apparaît à l’écran. Pourvu que les joyeux drilles de Nu Image nous épargnent un troisième épisode !

 

© Gilles Penso

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BELPHÉGOR, LE FANTÔME DU LOUVRE (2001)

Sophie Marceau nous joue un remake risible de L’Exorciste dans cette adaptation ratée du célèbre feuilleton des années soixante…

BELPHÉGOR, LE FANTÔME DU LOUVRE

 

2001 – FRANCE

 

Réalisé par Jean-Paul Salomé

 

Avec Sophie Marceau, Frédéric Diefenthal, Michel Serrault, Jean-François Balmer, Julie Christie, Patachou, Lionel Abelanski

 

THEMA MOMIES I FANTÔMES

Hollywood ayant décidé à la fin des années 90 de massacrer plusieurs séries TV culte des années 60 via des remakes cinématographiques mêlant l’ineptie à une incompréhension totale de l’état d’esprit de l’œuvre originale (Chapeau melon et bottes de cuir, Wild Wild West), la France crut bon de s’engouffrer à son tour dans cette brèche douteuse. D’où ce long-métrage tape à l’œil, concocté par un Jean-Paul Salomé apparemment mal à l’aise dans le registre fantastique. Le scénario reprend vaguement les éléments du Belphégor original, qui fit les belles heures du petit écran français à partir du 6 mars 1965, et nous raconte la possession progressive de la belle Lisa (Sophie Marceau) par l’esprit d’une momie exposée au musée du Louvre. Tandis que l’inspecteur Verlac (Michel Serrault) fait une entorse à sa retraite pour enquêter sur le vol d’artefacts égyptiens au sein du musée, l’égyptologue Glenda Spencer (Julie Christie) affirme que la momie abrite l’esprit maléfique de Belphégor…

Là où le feuilleton en noir et blanc de Claude Barma laissait planer le mystère et le doute, dans une atmosphère insolite à la « Fantomas », cette adaptation cherche plutôt son inspiration chez La Momie de Stephen Sommers. Voilà qui explique la présence de ce spectre en bandelettes 100% numérique qui vient hanter les protagonistes en ricanant. Il faut croire que les infographistes de Duboi ont passé beaucoup de temps sur ce monstre en images de synthèse et que les producteurs ont tenu à le rentabiliser, car il apparaît pratiquement toutes les cinq minutes, comme pour redynamiser le rythme déficient du film. Mais étant donné que le fantôme en question n’est vu par aucun personnage et qu’il ne joue aucun rôle physique dans le déroulement des événements, il s’agit clairement d’un cache-misère qui pourrait être ôté du film sans modifier d’un millimètre son intrigue. Une intrigue poussive et maladroite, truffée d’incohérences et de rebondissements pas crédibles pour un sou. Comble de tout : Jean-Paul Salomé ne parvient jamais à rendre photogénique le musée du Louvre (il faut le faire quand même !) et ne dirige pas vraiment ses acteurs, notamment Michel Serrault en totale roue libre et Sophie Marceau qui nous joue un remake risible de L’Exorciste.

L’ennui au musée

Quelques années après la sortie du film, le réalisateur reconnaissait humblement son échec et son incapacité à gérer correctement les mécanismes d’épouvante inhérents au mythe initial. « Belphégor s’adressait à un large public car c’était un film populaire français au budget important », nous expliquait-il. « Je ne pouvais tendre ni vers l’horreur codifiée de Wes Craven, ni vers la recherche expérimentale de David Lynch. D’autre part, les producteurs souhaitaient conserver un aspect comédie, notamment à travers les personnages de Michel Serrault et Frédéric Diefenthal. J’ai donc eu beaucoup de mal à trouver le juste équilibre. » (1) Ce Belphégor version 2001 loupe ainsi le coche et ne marquera guère les mémoires. Reste la très belle partition arabisante de Bruno Coulais. « Pour Belphégor, j’ai pu travailler avec des musiciens traditionnels égyptiens et avec des chanteuses orientales », nous raconte le compositeur. « J’adore le fantastique et le merveilleux. Dès qu’il y a une étrangeté, je m’y engouffre avec bonheur. » (2) Un tout petit bonheur au milieu d’un si médiocre film, mais il faut bien s’en contenter.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2004

(2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2001

 

© Gilles Penso


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INDIANA JONES ET LE CADRAN DE LA DESTINÉE (2023)

Harrison Ford revient une dernière fois jouer du fouet et du pistolet, en quête d’un artefact qui pourrait bien changer le cours de l’histoire…

INDIANA JONES AND THE DIAL OF DESTINY

 

2023 – USA

 

Réalisé par James Mangold

 

Avec Harrison Ford, Phoebe Waller-Bridge, Mads Mikkelsen, Antonio Banderas, John Rhys-Davies, Toby Jones, Boyd Holbrook, Ethann Isidore

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I VOYAGES DANS LE TEMPS I SAGA INDIANA JONES

Le monde avait-il besoin d’un cinquième Indiana Jones ? Les réactions mitigées suscitées par Le Royaume du crâne de cristal auraient pu mettre un terme définitif à la saga initiée par George Lucas et Steven Spielberg. Mais les franchises ne meurent jamais, surtout lorsqu’elles sont gérées par l’empire Disney. L’acquisition de Lucasfilm par la maison de Mickey allait forcément entraîner une réactivation des aventures du docteur Jones, quitte à se passer des services du duo à l’origine de son succès. George Lucas jouissant d’une retraite tranquille et Steven Spielberg ayant finalement (après de longues hésitations) renoncé à diriger un nouvel opus de la saga, les cartes se redistribuent naturellement. Le choix du metteur en scène vient d’Harrison Ford lui-même. Heureux de sa collaboration avec James Mangold qui fut le producteur de L’Appel de la forêt, l’acteur glisse son nom à Kathleen Kennedy et Steven Spielberg. C’est ainsi que Mangold, à qui nous devons des œuvres aussi disparates que Copland, Identity, Logan ou Le Mans ’66, se retrouve à la tête d’Indiana Jones et le cadran de la destinée. Encore faut-il que le cinéaste se sente à l’aise avec le scénario. Le premier jet de David Koepp est donc revu de fond en comble par Mangold et ses partenaires Jez et John-Henry Butterworth pour tenter de trouver le délicat équilibre entre les passages obligatoires (ceux que les fans attendent de pied ferme) et la surprise. Pari tenu ? En partie…

L’emblème de la Paramount cohabitant cette-fois ci à l’écran avec ceux de Disney et de Lucasfilm, Mangold se prive de l’un des gimmicks les plus célèbres de la franchise : le fondu enchaîné de la montagne du logo avec un élément du décor réel. Pour autant, le prologue du film sacrifie aux traditions solidement établies depuis Les Aventuriers de l’arche perdue avec un concentré d’action mouvementée qui ne laisse que peu de répit aux spectateurs. Cette entame ramène même sur le devant de la scène les nazis ainsi qu’un Harrison Ford rajeuni de quarante ans grâce aux coups de baguette magique numériques de la compagnie ILM. Si les rebondissements de cette scène d’ouverture ne manquent pas et si le quota de poursuites, de coups de feu et de destructions est amplement respecté, cette ouverture – sans doute trop longue – ne possède ni le grain de folie ni les fulgurances auxquelles Spielberg avait su nous habituer. Lorsque l’intrigue se transporte à la fin des années soixante, les choses prennent une tournure plus intéressante. Le fringuant archéologue a beaucoup perdu de sa superbe. Henry Jones Jr est désormais un vieux professeur sur le point de prendre sa retraite, une relique du passé qui peine à captiver ses étudiants (bien plus passionnés par la conquête de l’espace que par les ruines de l’antiquité) et devient violemment acariâtre lorsque ses jeunes voisins écoutent les Beatles à tue-tête.

Les maîtres du temps

Cette vision désenchantée du personnage et son déracinement (n’est-il pas anachronique dans le monde d’Apollo 11, de John Lennon et de la guerre du Vietnam ?) offrent de belles opportunités dramatiques que Mangold ne saisit qu’en partie, coincé entre son envie d’innover et ses contraintes liées aux codes attendus de la saga. Le rapport des personnages à leur époque est pourtant la thématique centrale du film, celle qui se décline à tous les niveaux. Dans la peau de l’ancien nazi reconverti en ingénieur chouchouté par le gouvernement américain (visiblement très inspiré par Werner Von Braun), Mads Mikkelsen symbolise le Mal d’un autre âge qui ne rêve que de ressurgir dans le futur en réécrivant l’histoire. La jeune femme incarnée par Phoebe Waller-Bridge, de son côté, est directement liée au passé de notre héros tout en assumant fièrement l’indocilité et l’émancipation chères aux révolutions sociétales post-68. Quant à l’objet de toutes les convoitises, ce n’est plus un simple « artefact-prétexte » mais un dispositif scientifique antique qui permettrait, selon la légende, de contrôler le cours du temps. Toutes les facettes du scénario entrent donc en cohérence les unes avec les autres avec une fluidité indiscutable. Mais il manque clairement à cet Indiana Jones quelques morceaux de bravoure dignes de ce nom et surtout une vraie vision de metteur en scène. Pour solide et appliquée qu’elle soit, la réalisation de Mangold se révèle souvent anonyme, sans prise de risque, sans « regard ». La musique de John Williams elle-même, bien peu valorisée au cours des séquences d’action, ne pourra pleinement s’apprécier que pendant le générique de fin. La longueur importante du métrage (2h35) passe certes comme une lettre à la poste, mais que nous restera-t-il du film après son visionnage ? Peu de choses en réalité, si ce n’est le sentiment d’avoir passé un bon moment. Contentons-nous de ça…

 

© Gilles Penso


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MULHOLLAND DRIVE (2001)

Face à la camera de David Lynch, une Naomi Watts en début de carrière incarne le rêve hollywoodien… qui se transforme bientôt en cauchemar

MULHOLLAND DRIVE

 

2001 – USA

 

Réalisé par David Lynch

 

Avec Naomi Watts, Laura Elena Harring, Justin Theroux, Ann Miller, Dan Hedaya, Brent Briscoe, Robert Forster, Lee Grant

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION I RÊVES I SAGA DAVID LYNCH

Mulholland Drive fait partie de ces films qui auront eu besoin de temps avant d’éclore sous leur forme définitive. Au départ, l’idée est de lancer une série télévisée dérivée de Twin Peaks qui s’intéresserait au personnage d’Audrey Horne incarnée par Sherilyn Fenn. David Lynch et Mark Frost travaillent un temps sur ce projet dont ils trouvent déjà le titre, Mulholland Drive, mais n’aboutissent à rien. Lynch tente de ressusciter l’idée au milieu des années 90 avec le scénariste Bob Engels, sans plus de succès. C’est l’ancien agent du cinéaste, Tony Krantz, qui le persuade d’écrire une toute nouvelle série sous ce titre. Un synopsis de deux pages est proposé à la chaîne ABC, qui se laisse séduire. Le pitch ? Une aspirante actrice débarque à Hollywood et se retrouve plongée dans une enquête dangereuse. En réalité, Lynch n’a aucune idée de la manière dont la série peut se développer à partir de là, mais ses arguments sont suffisamment convaincants pour lancer le tournage du pilote. C’est un montage approximatif de ce premier épisode qui parvient à l’un des cadres d’ABC. Dire que sa réaction est épidermique est un doux euphémisme. Il déteste ce qu’il voit, au point qu’ABC annule aussitôt la série. Mulholland Drive aurait donc pu disparaître dans les limbes de l’oubli. Mais un beau jour, Pierre Edelman de Canal + demande à voir ce fameux pilote et en tombe amoureux. Le projet renaît donc de ses cendres, non plus comme une série TV mais sous forme d’un long-métrage. Au bout d’un an de négociations, un financement de 7 millions de dollars est levé et le tournage reprend.

A Hollywood, durant la nuit, une jeune femme incarnée par Laura Elena Harring devient amnésique suite à un violent accident de voiture sur la route sinueuse de Mulholland Drive. Encore sous le choc, elle fait la rencontre de Betty Elms (Naomi Watts), une actrice en devenir qui vient juste de débarquer à Los Angeles et rêve déjà de devenir une star. Avec son aide, l’accidentée tente de retrouver la mémoire ainsi que son identité. L’enquête que mènent ensemble les deux jeunes femmes va s’avérer de plus en plus inquiétante. « Il y a d’innombrables histoires à raconter sur Hollywood », nous confie David Lynch à propos de ce scénario énigmatique. « C’est un endroit qui change, qui porte tant de rêves, de mystères, de possibilités… Cette ville peut abriter des millions d’histoires, et aucune d’entre elles ne peut tout raconter. J’adore la lumière de Los Angeles et ce sentiment que tout est possible, ainsi que la liberté qu’on y ressent. Parfois je pense qu’un lieu peut conjurer des idées » (1). L’enthousiasme du cinéaste et sa déclaration d’amour à la cité du cinéma n’aboutit pas pour autant à un portrait idyllique et fantasmé de Los Angeles. C’est au contraire un cauchemar qui s’apprête à défiler sur l’écran…

Le miroir des chimères

A travers la caméra de Lynch, Hollywood se mue en effet en univers alternatif bizarre où les grandes décisions sont prises par des éminences grises omniscientes cachées dans des repaires secrets et dont les porte-paroles sont des mafieux italiens patibulaires, des gros bras en costume et des cowboys philosophes ! Cette vision sombre, surréaliste et effrayante contraste avec la candeur euphorique de l’actrice incarnée par Naomi Watts. L’étrangeté et l’inquiétude s’immiscent partout, même dans les scènes les plus banales. Dans Mulholland Drive, un déjeuner dans un snack-bar peut virer à l’horreur, une séance de casting anodine peut créer le malaise, une représentation théâtrale peut faire basculer ses spectateurs dans l’abîme… Et puis il y a toujours ces motifs visuels récurrents et vertigineux, comme lorsqu’une actrice brune devient blonde, réminiscence de Lost Highway qui faisait lui-même écho à Sueurs froides. La trame suit pourtant un cours à peu près logique, du moins jusqu’au dernier acte. Là, les barrières de l’espace et du temps s’abolissent, les personnages se dédoublent ou se superposent, le fil du récit se distend et s’embrouille. Pourtant, à quelques détails indécryptables près (la clé bleue, le clochard dans l’allée, le vieux couple miniaturisé), l’intrigue se renoue sans trop de difficulté, pour peu qu’on accepte la scission entre deux visions complémentaires d’une même situation : la dure réalité et son reflet fantasmé. A moins que ce ne soit le contraire, bien sûr. En 2001, Mulholland Drive obtient le prix de la mise en scène au Festival de Cannes, preuve que tous les architectes de cette œuvre d’exception eurent raison de la pousser jusqu’au bout de ses possibilités.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 2007

 

© Gilles Penso

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HYPNOTIC (2023)

Robert Rodriguez met en scène Ben Affleck dans un thriller parapsychologique où la réalité et l’illusion s’entrechoquent brutalement…

HYPNOTIC

 

2023 – USA

 

Réalisé par Robert Rodriguez

 

Avec Ben Affleck, Alice Braga, J.D. Pardo, Dayo Okeniyi, Jeff Fahey, Jackie Earle Haley, William Fichtner, Zane Holtz, Ruben Cabaalero, Kelly Frye, Sandy Avila

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX

L’histoire d’Hypnotic aura obsédé Robert Rodriguez pendant deux bonnes décennies. C’est en 2002, alors qu’il est aux commandes du sympathique Spy Kids 2, que le prolifique réalisateur d’El Mariachi ébauche les premières esquisses de ce qu’il qualifiera plus tard d’une de ses histoires préférées. Mais ce projet restera longtemps en sommeil, le temps pour Rodriguez d’aborder d’autres sujets avec plus ou moins de bonheur : Spy Kids 3 et 4, Desperado 2, Sin City 1 et 2, Les aventures de Shark Boy et Lava Girl, Planète terreur, Machete et Machete Kills, Red 11, Alita : Battle Angel, C’est nous les héros… Autant dire que notre homme est éclectique (et inégal). En 2018, Rodriguez décide de réactiver Hypnotic, qui ne verra le jour que quelques années plus tard sous forme d’un blockbuster mêlant les codes du film d’action, du thriller parapsychologique et de la fable de science-fiction mâtinée d’espionnage. Co-écrit avec Max Borenstein (auteur attitré du « monsterverse » du studio Legendary dominé par Kong et Godzilla), le scénario définitif d’Hypnotic laisse transparaître plusieurs sources d’inspiration, les plus évidentes étant le Scanners de David Cronenberg et le Firestarter de Mark Lester. Pour autant, ce récit alambiqué se révèle déconcertant, riche en surprises et en rebondissements vertigineux.

Au départ, la situation semble claire. Ben Affleck entre dans la peau de Danny Rourke, un inspecteur de la police d’Austin encore bouleversé par la disparition de Minnie, sa fille de sept ans. La thérapeute qu’il consulte régulièrement doit pouvoir juger de sa capacité à poursuivre ses activités. Mais le temps n’est pas à la réflexion. Un appel anonyme vient en effet de parvenir aux oreilles de la police, annonçant le cambriolage du coffre-fort d’une banque voisine. Or le casse a bel et bien lieu. En intervenant sur place arme au poing, Rourke découvre un homme mystérieux (William Fichtner) qui semble télécommander à distance et d’un simple regard les faits et gestes de tous ceux qui ont le malheur de croiser sa route. Cet homme est un « hypnotique », doué d’une capacité hors du commun lui permettant d’annihiler la volonté de n’importe qui pour dicter son comportement et ses actes. Or il n’est pas seul à posséder ce pouvoir. En poussant plus loin l’enquête, Rourke se retrouve piégé dans un labyrinthe de pièges physiques et mentaux dont il aura beaucoup de mal à sortir indemne…

Les labyrinthes du cerveau

Beaucoup de séquences d’action et de suspense redoutablement efficaces ponctuent Hypnotic, preuves du savoir-faire et de la virtuosité toujours intacts de Robert Rodriguez en ce domaine. Pour visualier certaines des illusions provoquées par les « hypnotiques », ce dernier n’hésite pas à se laisser influencer par Dark City et Inception, notamment lorsqu’il s’agit de recomposer l’architecture des bâtiments et des rues. Le concept du film est malin et permet de nombreuses déclinaisons dramatiquement intéressantes. Le problème, c’est que le scénario passe son temps à nous expliquer les règles du jeu à travers de trop nombreux dialogues d’exposition disséminés tout au long de l’intrigue (par l’entremise du personnage de Danny Rourke qui découvre tout ça en même temps que les spectateurs). Le procédé, très mécanique, fixe rapidement ses propres limites. Fort heureusement, un vertigineux coup de théâtre survient à mi-parcours en questionnant non seulement les protagonistes mais aussi le public sur les notions de réalité et d’illusion ainsi que sur les tours que le cerveau nous joue pour reconstruire – volontairement ou non – notre propre environnement. Le médium cinéma n’en est-il pas le meilleur exemple, temple de la suspension d’incrédulité et de l’immersion fictive dans d’autres vies que les nôtres ? Ne serait-ce que sur ce point, Hypnotic est un exercice de style fascinant, même si ses maladresses l’empêchent d’échapper au statut de simple série B à gros budget.

 

© Gilles Penso


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LA CHOSE SURGIT DES TÉNÈBRES (1957)

C’est la panique ! Une mante religieuse grande comme une locomotive sème la terreur dans les rues de New York…

THE DEADLY MANTIS

 

1957 – USA

 

Réalisé par Nathan Juran

 

Avec Craig Stevens, Florenz Ames, Alix Talton, William Hopper, Donald Randolph, Pat Conway, Paul Smith, Phil Harvey

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Né en Hongrie, Nathan Juran était un architecte et un décorateur de talent, oscarisé en 1941 pour la direction artistique du film de guerre Qu’elle était verte ma vallée. Devenu réalisateur au début des années 50, il s’avéra capable du meilleur comme du pire. Si sa complicité avec le génie des effets spéciaux Ray Harryhausen donna naissance à quelques joyaux de la SF et du fantastique (A des millions de kilomètres de la Terre, Le Septième voyage de Sinbad), ses réalisations en solo pouvaient s’avérer de redoutables nanars (le mémorable Attack of the 50 Foot Woman). Situé entre ces deux tendances, La Chose surgit des ténèbres conte l’attaque d’une mante religieuse géante, comme l’indique assez clairement son titre original. Le titre français, lui (qui existe aussi avec une orthographe alternative, La Chose surgie des ténèbres), semble se référer à La Chose d’un autre monde, ce qui s’explique par le fait que le monstre ait émergé des glaces après la rupture d’un iceberg au pôle Nord. Après plusieurs crash et disparitions mystérieuses dans cette zone, le Pentagone fait appel à l’éminent paléontologue Ned Jackson.

En analysant une aiguillon d’un mètre cinquante qui a été découvert sur place, le savant en arrive à l’alarmante théorie de l’insecte géant, alors très en vogue dans les années 50 depuis les fourmis des Monstres attaquent la ville. « Dans tout le règne animal, il n’existe pas d’espèce aussi vorace et aussi dangereuse que la mante religieuse » annonce-t-il solennellement. Accompagné par Marge Blaine, journaliste pour la revue du Muséum, il part étudier le phénomène… Il faut reconnaître que le monstre est une marionnette très réussie qui évolue dans des décors miniatures particulièrement soignés. Lorsqu’elle doit interagir avec les humains ou les décors réels, le talentueux superviseur des effets visuels Clifford Stinne (Tarantula, L’Homme qui rétrécit) concocte des rétro-projections et des incrustations souvent convaincantes. Du coup, le film de Nathan Juran collectionne quelques images saisissantes, comme l’attaque d’un bus dans une rue brumeuse et nocturne, l’escalade du monument de Washington, ou encore le climax situé dans un tunnel autoroutier de New York.

Monstre géant et propagande

En revanche, les tentatives d’humour avec lesquelles Nathan Juran essaie d’agrémenter le métrage s’avèrent particulièrement éléphantesques, notamment lorsque tous les hommes d’une station radar se pâment grotesquement en voyant débarquer la pimpante Marge. Mais le plus perturbant, dans La Chose surgit des ténèbres, réside probablement dans son caractère un tantinet propagandiste. Par moments, le film ressemble en effet à un spot publicitaire pour l’armée américaine, tant y sont glorifiés les systèmes de défense des Etats-Unis avec force détails techniques soulignés par une voix off emphatique. « Merci à l’Unité d’Observation au Sol pour sa coopération » peut-on d’ailleurs lire au générique. Comme si ce scénario n’était finalement qu’un prétexte pour prouver la réactivité et l’efficacité des soldats d’Uncle Sam en cas d’invasion ennemie. Toute polémique politique mise à part, La Chose surgie des ténèbres demeure un « monster movie » franchement divertissant auquel Juran a su apposer son indéniable savoir-faire technique et artistique.

 

© Gilles Penso


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FRANKENSTEIN ET LE MONSTRE DE L’ENFER (1974)

Pour sa dernière incarnation du docteur Frankenstein, Peter Cushing conçoit une créature incarnée par le futur interprète de Dark Vador

FRANKENSTEIN AND THE MONSTER FROM HELL

 

1974 – GB

 

Réalisé par Terence Fisher

 

Avec Peter Cushing, David Prowse, Madeline Smith, Shane Briant, Bernard Lee, John Stratton

 

THEMA FRANKENSTEIN

Ce dernier Frankenstein portant le sceau Hammer Films clôt la série sur une note mitigée. Le scénario, riche en rebondissements souvent artificiels, manque singulièrement de crédibilité. Et nous sommes plus éloignés que jamais de Mary Shelley. Réfugié dans un asile d’aliénés de Carlsbad sous le nom du docteur Victor, le baron Frankenstein (Peter Cushing) poursuit toujours ses travaux sur la réanimation et le don artificiel de la vie dans un laboratoire secret, mais ses mains, brûlées à la fin du Retour de Frankenstein, ne lui permettent plus d’exercer lui-même la chirurgie. L’un de ses disciples et admirateurs, le docteur Simon Helder (Shane Briant), est interné dans cet asile. Il devient le complice de Frankenstein et greffe le cerveau d’un savant décédé sur le monstre que le docteur a construit à partir d’un colosse débile et de membre épars, notamment les mains d’un violoniste virtuose. La créature tombe amoureuse de « l’Ange » (la magnifique Madeline Smith de Vampire Lovers), une jeune sourde et muette, et Frankenstein envisage de les accoupler pour mener ses expériences encore plus loin…

Peter Cushing, si marquant dans les cinq épisodes précédents, ne semble plus vraiment concerné par son rôle. Coiffé d’une étrange perruque, il laisse quasiment la vedette à Shane Briant, dans le rôle d’un jeune Frankenstein en herbe. La créature, de son côté, est affublée d’un maquillage grotesque et d’un pelage hirsute qui lui donnent les vagues allures d’un gorille mité et raccommodé. David Prowse, ancien garde du corps de Patrick Magee dans Orange mécanique, avait incarné un monstre autrement plus intéressant, ne serait-ce que du point de vue de son aspect physique, dans Les Horreurs de Frankenstein en 1970. Ici, il se contente de quelques grognements et gesticulations sommaires. D’ailleurs, l’audace de Jimmy Sangster, auteur de quelques-uns des meilleurs scénarios de la série, fait ici cruellement défaut.

En bout de course

Dommage, car ce Monstre de l’enfer portait en son sein un intéressant potentiel émotionnel, comme dans cette séquence pathétique au cours de laquelle la créature essaie de jouer quelques notes de violon avec ses mains désespérément malhabiles. Terence Fisher continue à injecter tant qu’il peut du rythme et de l’humour noir dans son film, tout en ne reculant devant aucune surenchère en matière d’opération sanglante à crâne ouvert (ces séquences seront d’ailleurs considérablement allégées dans les copies d’exploitation américaines), mais on sent bien que le cœur n’y est plus vraiment, la Hammer poursuivant là l’inexorable pente descendante amorcée par Dracula 73 et Dracula vit toujours à Londres. Comme à l’époque d’Abbott et Costello, la seule suite logique des aventures du docteur et du monstre semble dès lors être la parodie, et Mel Brooks s’en donnera à cœur joie dans la foulée avec Frankenstein Junior. Assez ironiquement, Peter Cushing et David Prowse allaient se retrouver en 1977 dans La Guerre des étoiles, respectivement dans le rôle du général Tarkan et du sinistre Dark Vador.

 

© Gilles Penso

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VARAN, LE MONSTRE GÉANT (1958)

Le réalisateur de Godzilla lâche dans la nature un nouveau monstre géant fantaisiste venu de la nuit des temps…

DAIKAIJU BARAN

 

1958 – JAPON

 

Réalisé par Inoshiro Honda

 

Avec Kozo Nomura, Ayumi Sonoda, Tsuruko Kobayashi, Fuyuki Murakami, Derick Shimatsu, Fumito Matsuo, Koreya Senda

 

THEMA DINOSAURES

Après un Rodan mémorable aux couleurs éclatantes, Inoshiro Honda revient au noir et blanc avec Varan, lequel reprend sans trop de nouveauté le schéma classique de Godzilla, En effet, il est à nouveau question d’un saurien géant soudain réveillé de son sommeil antédiluvien pour s’attaquer aux humains terrorisés. Tout commence lorsque le professeur Sugimoto s’étonne de la découverte d’un groupe d’écoliers dans la région montagneuse de Honsyu surnommée « le Tibet Japonais » : des papillons sibériens extrêmement rares. L’éminent scientifique missionne sur place deux de ses chercheurs. Se heurtant à des villageois guère loquaces vénérant le dieu Baradagi, ces derniers sont tués par un monstre mystérieux dont le spectateur n’entend dans un premier temps que l’étrange rugissement. La sœur de l’une des victimes, journaliste, et deux chercheurs – obéissant au cliché antithétique du trouillard rondouillard et du beau gosse courageux – décident alors de mener l’enquête…

Avec sa forêt isolée, sa peuplade primitive et sa divinité monstrueuse, Varan évoque souvent King Kong. Le monstre lui-même surgit dans un magnifique décor de lac brumeux, mélange de maquettes et de peintures. Face à ce cousin de Godzilla au dos hérissé de longues épines, l’un des savants affirme qu’il s’agit d’un varan (on aurait pourtant plus volontiers opté à priori pour un écureuil volant géant mixé avec un hérisson !) et prophétise, en guise de bande-annonce : « imaginez les dégâts dans une grande ville ». L’un de ses confrères, quant à lui, ne recule devant aucune déclaration érudite farfelue, identifiant là « un varanoïde ayant survécu depuis l’ère Mésozoïque » ! L’armée jette dans le lac du monstre bon nombre d’armes chimiques puis le bombarde allègrement, mais le varan semble invincible, et déploie même des ailes membraneuses pour s’envoler hors de portée des canons.

Un écureuil volant géant mixé avec un hérisson

L’un des moments forts du film est une spectaculaire bataille navale réalisée avec de belles maquettes de navires et d’avions et une poignée de stock-shots de l’armée, le tout aux accents d’une de ces marches militaires enjouées dont le compositeur Akira Ifukube s’est fait une spécialité. Ce dernier, très inspiré, livre par ailleurs une BO d’une grande richesse, mêlant chœurs emphatiques, ostinatos au piano à la manière de Bernard Herrman sur Le Jour où la Terre s’arrêta, ou encore graves contrepoints aux cuivres à mi-chemin entre Max Steiner et Igor Stravinsky. Après un ultime affrontement nocturne avec l’armée, Varan disparaît dans la baie de Tokyo, emportant avec lui le secret de son existence. La version américaine du film, baptisée Varan the Unbelievable, fera subir quelques outrages au travail d’Inoshiro Honda, supprimant plus d’un quart d’heure du métrage original, éliminant la musique d’Ifikube, agençant les séquences dans un ordre différent et ajoutant des séquences avec le comédien Myron Healy dans le rôle d’un scientifique occidental. Varan, quant à lui, n’aura pas la carrière de son aîné Godzilla, se contentant d’une furtive réapparition à la fin des Envahisseurs attaquent dix ans plus tard.

 

© Gilles Penso


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LE CRI DE LA MORT (1959)

L’intrépide cowboy mexicain Gaston Santos enquête sur d’étranges statuettes antiques et se retrouve confronté à une sinistre femme-zombie…

EL GRITO DE LA MUERTE

 

1959 – MEXIQUE

 

Réalisé par Fernando Mendez

 

Avec Gaston Santos, Maria Duval, Pedro de Aguillon, Carlos Ancira, carolina Barret, Antonio Raxel, Hortensia Santoveña

 

THEMA ZOMBIES

Le producteur mexicain Alfredo Ripstein Jr et le réalisateur Rafael Baledon s’étaient essayés en 1957 au mixage du western et du fantastique avec Le Monstre du marécage, qui confrontait des cow-boys avec une bête aquatique et écailleuse se démarquant de L’Étrange créature du lac noir. Fernando Mendez, maître d’œuvre des Proies du vampire et du Retour du vampire, se laisse à son tour tenter par le mélange des genres en prenant la relève de Baledon pour une nouvelle aventure de l’intrépide héros du Far West Gaston et de son fidèle compagnon Coyote Loco. Il quitte du même coup son noir et blanc de prédilection pour un Technicolor plus adapté aux cavalcades à cheval et aux vastes panoramas rocailleux. Point d’homme-poisson ici, mais une morte-vivante sinistre et exsangue qui reprend à son compte la fameuse légende de la « pleureuse », déjà illustrée dans le très gothique Les Larmes de la malédiction.

Le récit prend place en 1916, dans une hacienda jadis prospère mais tombée depuis dans le discrédit et la ruine. L’intrépide Gaston enquête sur deux étranges statuettes aux allures d’idoles antiques. La belle Maria Elena lui apprend que c’est sa défunte tante Clotilde qui les a sculptées, en mémoire des deux fils qu’elle a perdus, engloutis dans les sables mouvants. Ces poupées, représentant chacune une femme éplorée, symbolisent la mort. Or Clotilde a disparu de sa tombe le lendemain de son enterrement, voilà un an. Depuis, on dit qu’elle erre en pleurant près du sinistre « marécage du squelette ». Pour empêcher le retour de la morte-vivante, les superstitieux ont planté un couteau dans le cadran d’une horloge, à l’heure exacte de sa mort. Mais Maria Elena se moque de ces croyances bigotes, et finit même par arracher le couteau, un soir de désespoir. Bien mal lui en prend, car bientôt Clotilde revient d’entre les morts, le visage terreux, le regard sombre, et les griffes acérées…

Le retour de la morte-vivante

Le Cri de la mort mixe ainsi les codes du film d’épouvante classique (brumes inquiétantes, cadavre ambulant, victimes ensanglantées) et ceux du western (combat de saloon, fusillades, poursuites à cheval). A vrai dire, le mixage fonctionne plutôt bien, malgré la relative insipidité de Gaston Santos dans le rôle du héros sans peur et sans reproche, et la lourdeur des gags véhiculés par son faire-valoir comique (Pedro de Aguilon), qui passe son temps à chercher un lit pour dormir et dont les scènes de combat sont accompagnées de bruitages de dessin animé. Le passage à la couleur prive également le film de la photogénie macabre dont Fernando Mendez s’était fait une spécialité. Le Cri de la mort se laisse malgré tout apprécier sans déplaisir, grâce aux charmes de Maria Duval, aux apparitions morbides de la morte-vivante assoiffée de vengeance, et aux rebondissements d’un scénario plein de surprises laissant jusqu’au bout planer le doute quant à la possibilité d’une explication logique et rationnelle à tous ces événements surnaturels. Après avoir résolu enfin cette étrange affaire, nos deux héros regagnent leurs pénates en s’éloignant à cheval dans la plaine, à la manière de Lucky Luke, tandis que la partition de Gustavo Carrion prend des accents épiques qui n’auraient pas dépareillé dans un film de John Ford.

 

© Gilles Penso


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