SEXY KILLER (2008)

Ce pastiche espagnol des slashers s’intéresse aux méfaits d’une tueuse psychopathe qui sévit dans une école de médecine…

SEXYKILLER, MORIRA POR ELLA

 

2008 – ESPAGNE

 

Réalisé par Miguel Marti

 

Avec Macarena Gómez, Alejo Sauras, César Camino, Angel de Andrés López, Juan Carlos Vellido, Nadia Casado, Juan Diaz, David Tenreiro

 

THEMA TUEURS I ZOMBIES

Barbara est une jeune étudiante qui a planifié sa vie depuis qu’elle est toute petite en s’inspirant de la béatitude tranquille des poupées Barbie. Son avenir idéal est celui d’une femme active qui aurait trois emplois, deux enfants blonds et un mari chirurgien esthétique. Pour tendre vers ce but, elle s’est inscrite dans une école de médecine. Voilà le point de départ d’une gentille petite histoire naïve et acidulée. Sauf que Barbara est une fille très particulière : c’est une tueuse en série. Tous ceux qui la contrarient d’une manière ou d’une autre finissent les deux pieds devant, généralement dans un spectaculaire bain de sang. Armes blanches, armes à feu, outils divers, tous les moyens sont bons pour faire passer son entourage de vie à trépas. La première partie du film est structurée sous forme d’un flash-back raconté par Barbara, alors qu’elle est sur le point d’achever un voyou qui a écrasé en voiture son chien adoré. Un gag récurrent nous permet donc de retrouver régulièrement le pauvre gars dans des situations de plus en plus déplaisantes, contraint d’écouter les confessions de la pétulante psychopathe. Les méfaits répétés de la jeune fille affolent bientôt la police et la presse qui s’empressent de parler de « l’assassin du campus ». L’enquête suit son cours tant bien que mal, mais aucun soupçon ne se porte sur Barbara…

Tête coupée et conservée dans un frigo, cadavre aux entrailles pendantes exhibé pendant un cours de médecine, mutilations en série, meurtres violents et originaux (avec une mention spéciale pour le talon aiguille qui s’enfonce dans la tempe d’un professeur), Sexy Killer n’y va pas avec le dos de la cuiller côté gore, démarrant par un pastiche potache de Scream avant d’emprunter des sentiers plus inattendus. Car à mi-parcours, la parodie de slasher part dans une direction surprenante, alors qu’entrent en scène deux autres étudiants en médecine, Alex (Alejo Sauras) et Tomas (Cesar Camino). Ce dernier a inventé une machine capable de projeter sur un écran les dernières images vues par un mort. Cette idée scénaristique excentrique (qui n’est pas sans rappeler le postulat de Quatre mouches de velours gris de Dario Argento) pourrait permettre de faire avancer l’enquête d’un grand pas. Or Barbara se laisse séduire par Tomas, qu’elle croit être son parfait alter-ego. Un quiproquo tenace la laisse en effet imaginer qu’il est lui aussi un meurtrier en série, alors qu’il travaille en réalité à la morgue. L’idylle qui s’installe entre eux ne sera pas un long fleuve tranquille…

La mort lui va si bien

Délicieuse dans le rôle de cette « psycho-killeuse » instinctive qui ne réfrène aucune de ses impulsions, Macarena Gómez (que les fantastciophiles ont découverte dans le Dagon de Stuart Gordon) excelle dans le double registre du charme et de la comédie (son visage est d’une incroyable mobilité, digne d’un personnage de Tex Avery). Brisant régulièrement le fameux quatrième mur pour parler à la caméra et rendre le spectateur complice de ses actes, elle justifie ses meurtres en affirmant avec malice : « la question n’est pas pourquoi, mais pourquoi pas ». Le scénario de Paco Cabezas (Les Disparus) déborde d’idées folles qui s’imbriquent plutôt bien les unes avec les autres (on aurait pu frôler l’indigestion, mais le miracle opère), portées à l’écran par la mise en scène extrêmement inventive de Miguel Marti qui multiplie les idées visuelles étonnantes. Sexy Killer ne recule pas devant les références, citant Vendredi 13, Titanic, Le Silence des agneaux, Evil Dead, clignant de l’œil vers Scream, Crocodile Dundee et La Nuit des morts-vivants. Mais au-delà de l’exercice de style parodique, rien n’empêche de lire en filigrane le désespoir d’un être à la dérive dont l’apparente absence de tabous et de barrière morale masque un grand vide affectif que rien ne pourra jamais combler, ce que laisse entrevoir un épilogue en équilibre instable entre l’exubérance et la tristesse.

 

© Gilles Penso

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THE RESURRECTED (1991)

Une adaptation de « L’Affaire Charles Dexter Ward » de H.P. Lovecraft, signée par le réalisateur du Retour des morts-vivants

THE RESURRECTED / SHATTERBRAIN

 

1991 – USA

 

Réalisé par Dan O’Bannon

 

Avec John Terry, Jane Sibbett, Chris Sarandon, Robert Romanus, Charles K. Pitts, Megan Leitch, Lauren Briscoe

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I LOVECRAFT

Connu surtout pour ses travaux de scénariste (Dark Star, Alien, Réincarnations, Métal Hurlant, Tonnerre de feu, Lifeforce, L’invasion vient de Mars, Total Recall, Planète hurlante), Dan O’Bannon n’aura signé que deux longs-métrages en tant que réalisateur : le célèbre Retour des morts-vivants et le moins connu Resurrected, resté inédit en nos contrées. Il s’agit d’une adaptation modernisée – mais qui se veut relativement fidèle – de la nouvelle « L’Affaire Charles Dexter Ward » d’H.P. Lovecraft. Une première variante autour de ce récit avait été tournée en 1963 par Roger Corman sous le titre La Malédiction d’Arkham, qui mixait les écrits de Lovecraft avec ceux d’Edgar Poe (à l’époque, l’auteur des « Histoires extraordinaires » était beaucoup plus connu du grand public que celui de « L’Appel de Cthulhu »). Le scénario de The Resurrected est passé par plusieurs étapes avant de connaître sa forme définitive. L’auteur Brent V. Friedman écrit d’abord une histoire de son côté (baptisée Shatterbrain), tandis qu’O’Bannon développe son propre script (sous le titre de The Ancestor). Les deux versions sont fusionnées, mais O’Bannon ne conserve que peu d’idées de son confrère. Il sera d’ailleurs le seul à être crédité comme scénariste au générique.

L’intrigue se situe à notre époque mais s’efforce de conserver l’esprit des écrits de Lovecraft. Claire Ward (Jane Sibbett, l’ex-femme de Ross dans Friends) engage le détective privé John March (John Terry, le Felix Leiter de Tuer n’est pas jouer) pour enquêter sur les activités de plus en plus étranges de son mari Charles Dexter Ward (Chris Sarandon, suceur de sang dans Vampire vous avez dit vampire), un ingénieur chimiste réputé de Rhode Island. Nous sommes donc d’abord plongés dans l’ambiance d’un film noir. Il semblerait que Ward se soit passionné pour l’histoire de sa famille et de ses ancêtres, notamment un certain Joseph Curven dont il serait le portrait craché. Installé dans une ferme ancestrale abandonnée près de Pawtuxet, il poursuit dès lors des travaux mystérieux qui soulèvent l’inquiétude du voisinage. Lorsque la mort se met à roder dans les parages, l’affaire prend une tournure particulièrement inquiétante…

La chair et le sang

La première partie de The Resurrected souffre d’une mise en scène anonyme de téléfilm et accuse un rythme un peu languissant. Mais les choses s’améliorent par la suite, ponctuées par des visions cauchemardesques pour lesquels le virtuose des effets spéciaux Todd Masters s’en donne à cœur joie. Le film bascule définitivement au cours de ce flash-back qui révèle en plan-séquence le regard affolé d’une créature abominable constituée de restes humains mutilés et difformes qui vivent encore. Plus tard, ce sont des morceaux de chair qui reviennent à la vie et se métamorphosent, ou encore un monstre hideux à moitié dépecé qui attaque nos héros dans les catacombes du nécromancien. Quant au final complètement délirant, il rend à sa manière une sorte d’hommage à Ray Harryhausen (Le 7ème voyage de Sinbad, Jason et les Argonautes). Visiblement, le film ne correspond pas à ce que Dan O’Bannon avait en tête. Le studio aurait en effet refait le montage sans lui demander son accord, évacuant au passage tout l’humour qu’il souhaitait y injecter. Voilà qui explique sans doute pourquoi nous ne retrouvons pas le grain de folie du réalisateur du Retour des morts-vivants. Sans forcément suivre la voie des adaptations de Lovecraft par Stuart Gordon et Brian Yuzna, un peu plus d’exubérance n’aurait sans doute pas nui. Le rythme global aurait mérité d’être resserré, la musique de Richard Band un peu plus inspirée. La société de distribution Interstar Releasing ayant fait faillite au début des années 90, The Resurrected ne sortit jamais en salle et fut directement exploité en vidéo.

 

© Gilles Penso


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DOCTOR STRANGE IN THE MULTIVERSE OF MADNESS (2022)

Sam Raimi vient faire un tour chez Marvel pour marquer de son empreinte les aventures du « Maître des Arts Mystiques »…

DOCTOR STRANGE IN THE MULTIVERSE OF MADNESS

 

2022 – USA

 

Réalisé par Sam Raimi

 

Avec Benedict Cumberbatch, Elizabeth Olsen, Chiwetel Ejiofor, Rachel McAdams, Benedict Wong, Xochitl Gomez

 

THEMA SUPER-HÉROS I MONDES PARALLÈLES ET MONDES VIRTUELS I SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA MARVEL COMICS I MARVEL CINEMATIC UNIVERSE

Sam Raimi est un cas vraiment à part. Même au sein de films de commande comme Le Monde fantastique d’Oz, il parvient à tirer son épingle du jeu en imposant non seulement son style et son univers – tant de fois imités, jamais égalés – mais aussi une vision très lucide des travers hollywoodiens masqués par une intrigue métaphorique. Allait-il pouvoir continuer à laisser émerger sa personnalité dans une machine aussi codifiée que le Marvel Cinematic Universe ? L’homme qui sut redéfinir les règles du jeu en matière de film de super-héros moderne (avec Darkman et surtout Spider-Man) avait-il encore son mot à dire dans un monde désormais saturé de justiciers en collants ? Il faut croire que non. Car pour être honnête, Doctor Strange in the Multiverse of Madness est moins un film de Sam Raimi qu’un film qui cherche à ressembler à un film de Sam Raimi. Le réalisateur prend bien soin de rappeler les spectateurs à son bon souvenir par l’entremise de signatures tellement voyantes qu’elles ressemblent à des autocitations forcées, comme si le tout-puissant producteur Kevin Feige lui disait en substance : « Vas-y Sam, fais plaisir à tes fans, montre-leur que tu es là », tout en lui soumettant un cahier des charges rempli à ras-bord de passages obligatoires. Non content de devoir tenir compte des 27 longs-métrages qui l’ont précédé, ce second Doctor Strange doit aussi intégrer les péripéties des séries TV Loki, WandaVision et What if ? produites pour Disney +. Charge au scénariste Michael Waldron de construire un récit cohérent à partir de cette infinité de contraintes.

Or le scénario est justement le point faible majeur du film. Showrunner de Rick et Morty, Good Game, Loki et Heels, Michael Waldron s’efforce d’adapter son savoir-faire télévisé aux nécessités d’un long-métrage cinématographique sans jamais y parvenir. Le film enchaîne donc les séquences sans rigueur, sans cohérence, sans chercher à bâtir le moindre enjeu dramatique digne de ce nom. On ne s’attarde pas trop, on sature l’écran d’images de synthèse, de nouveaux personnages, de bruit et de fureur, histoire d’annihiler les sens du public et de l’empêcher de pousser trop loin la réflexion. Les protagonistes passent eux-mêmes instantanément d’un sentiment et d’une attitude à l’autre (la joie, la peine, la peur, le cynisme blagueur, le sérieux papal), au bon gré des besoins immédiats de l’intrigue et au mépris de la logique la plus élémentaire. Comment s’attacher à eux et à leur sort ?

Marvel Zombies

L’aspect le plus fascinant de Doctor Strange in the Multiverse of Madness est l’adéquation – sans doute involontaire – entre son sujet et sa nature. Le récit s’appuie en effet sur les conséquences désastreuses des « incursions », autrement dit le surgissement de personnages appartenant à un univers dans un autre univers qui n’est pas le leur. Or c’est exactement ce qui se passe en coulisses. Sam Raimi cherche tant bien que mal à faire une incursion dans le Marvel Cinematic Universe. Pour s’affirmer, il projette à l’écran ce qu’on attend de lui : des monstres, du gore, de l’humour cartoonesque, des démons grimaçants, des zombies et Bruce Campbell. Cette profusion de « marques de fabriques » héritées de la trilogie Evil Dead serait réjouissante si celles-ci s’intégraient avec fluidité dans le film. Mais il n’en est rien. Le scénario de ce 28ème film estampillé Marvel n’étant qu’un capharnaüm chaotique d’idées éparses passées au shaker, les clins d’œil que nous adresse le grand Sam tombent à plat. Au beau milieu de ce bric-à-brac déstabilisant qui alterne une violence frontale digne de The Boys avec les bonnes blagues héritées des Spider-Man de Jon Watts, une séquence sublime surnage pourtant. Le temps d’un affrontement qui semble conçu comme un cadeau offert au compositeur Danny Elfman, Doctor Strange in the Multiverse of Madness nous offre un moment de poésie surréaliste d’une beauté inouïe. Ne serait-ce que pour ces quelques minutes – et aussi avouons-le pour la scène de la pieuvre géante cyclopéenne et pour la seconde séquence post-générique – ce film sans queue ni tête mérite d’être visionné.

 

© Gilles Penso

 

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MUTANT (1984)

Une petite ville de l’Amérique profonde est victime d’un fléau qui transforme peu à peu tous les habitants en mutants/zombies…

NIGHT SHADOWS / MUTANT

 

1984 – USA

 

Réalisé par John Bud Cardos

 

Avec Wings Hauser, Bo Hopkins, Jody Medford, Lee Montgomery, Marc Clement, Cary Guffey, Jennifer Warren, Danny Nelson, Mary Nell Santacroce, Stuart Culpeper

 

THEMA MUTATIONS I ZOMBIES

Au tout début des années 80, alors qu’ils travaillent aux studios MGM en tant que simples coursiers, John C. Kruize et Michael Jones décident d’écrire ensemble un film d’horreur qu’ils baptisent alors The Pestilence, influencé en partie par le roman « Le Fléau » de Stephen King. En quelques mois, à raison de sessions de travail régulières pendant les pauses déjeuner, ils arrivent au bout de leur histoire. Il y est alors question d’un virus de grippe mutant, issu de recherches secrètes sur la création d’armes bactériologiques, qui infecte un employé de laboratoire et se propage bientôt dans une région isolée des Rocheuses. Edward Montoro, président de la compagnie Film Ventures International, s’intéresse à ce scénario à condition d’y apporter un certain nombre de changements. L’arme bactériologique se transforme ainsi en empoisonnement aux déchets toxiques et le titre The Pestilence est remplacé par Night Shadows. Puis vient le moment de trouver un réalisateur. La production embauche dans un premier temps Mark Rosman (The House on Sorority Row), mais celui-ci quitte le navire au bout de quelques jours de tournage suite à une mésentente avec le studio. Il est relayé au pied levé par John Bud Cardos (L’Horrible invasion, Le Jour de la fin des temps). Ce dernier, habitué au cinéma de genre à petit budget, fait ce qu’il peut avec la modeste enveloppe de 2,5 millions de dollars mise à sa disposition.

Les protagonistes du film sont Josh (Wings Hauser) et Mike Cameron (Lee Montgomery), deux frères profitant de quelques jours de vacances pour se la couler douce dans le Sud des États-Unis. Josh a beau être l’aîné, il est beaucoup moins raisonnable et mature que son frère, s’amusant à faire des slaloms sur la route jusqu’à attirer la colère d’un groupe de rednecks en camionnette qui les prennent en chasse et font tomber leur voiture dans une rivière. Désormais piétons, ils débarquent dans une ville minuscule pas particulièrement engageante. Les habitants semblent y être victimes d’une maladie contagieuse qui les cloue au lit les uns après les autres. Mais ce virus n’a rien d’une banale grippe. Ceux qui sont contaminés se transforment en effet en mutants blafards au comportement de zombies exsudant un liquide jaune moutarde poisseux et incandescent. L’origine du mal semble être une usine chimique en bordure de la ville…

La nuit des mutants vivants

En début de métrage, John Bud Cardos s’amuse à brosser à coup de saynètes cocasses le portrait de cette petite ville américaine campagnarde, voisine de celle de L’Horrible invasion. Le film prend d’ailleurs son temps pour s’attacher aux personnages (les deux frères, le shérif, le docteur, les piliers du bar, la jeune institutrice) avant de déclencher le drame, même si plusieurs signes inquiétants s’installent dès les premières minutes. Malgré cette approche intéressante et la solidité de sa mise en scène, John Bud Cardos ne parvient pas vraiment à passionner ses spectateurs, dans la mesure où le scénario arpente prudemment des sentiers maintes fois battus depuis La Nuit des morts-vivants. Même les maquillages spéciaux (œuvre de Dave Miller, le créateur de Freddy Krueger) empruntent sagement les mêmes partis pris visuels que ceux du film séminal de George Romero. Le film échouant à effrayer son public et mettant la pédale douce sur l’horreur, rien ne lui permet vraiment de sortir du lot. Exploité d’abord en salles sous le titre de Night Shadows, il sera rebaptisé Mutant au moment de sa distribution en vidéo (ce qui entraînera une confusion avec le Mutant d’Alan Holzman sorti deux ans plus tôt). Suite aux mauvais résultats du film au box-office, le producteur Edward Montoro ferma Film Ventures International, empocha un million de dollars dans les caisses de la société et disparut dans la nature.

 

© Gilles Penso


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QUEEN OF OUTER SPACE (1958)

Un sommet de science-fiction kitsch des années 50 dans lequel de fiers astronautes américains découvrent une planète peuplée par des femmes…

QUEEN OF OUTER SPACE

 

1958 – USA

 

Réalisé par Edward Bernds

 

Avec Zsa Zsa Gabor, Eric Fleming, Dave Willock, Laurie Mitchell, Lisa Davis, Paul Birch, Patrick Waltz, Barbara Darrow, Marilyn Buferd

 

THEMA SPACE OPERA I EXTRA-TERRESTRES I FUTUR I ARAIGNÉES

Le plus incroyable, dans Queen of Outer Space, ce n’est pas tant l’absurdité absolue de son concept, sa naïveté délicieuse ou son machisme aberrant. C’est surtout de découvrir que cette perle de la science-fiction kitsch des années 50 soit née sous la plume de deux scénaristes extrêmement prestigieux, en l’occurrence Ben Hecht (Scarface de Howard Hawks, Les Enchaînés d’Alfred Hitchcock) et Charles Beaumont (l’un des auteurs phare de la série La Quatrième dimension). Que s’est-il donc passé dans la tête de ces deux vénérables dramaturges ? Quelles substances illicites ont-ils donc consommé ? Nul ne le saura sans doute jamais. Toujours est-il qu’un beau jour, Ben Hecht propose à la compagnie Allied Artist un scénario baptisé Queen of the Universe narrant la découverte d’une planète dirigée par des femmes. Charles Beaumont est chargé de retravailler cette histoire qui deviendra finalement Queen of Outer Space (le titre initial faisant penser à un concours de beauté du type « Miss Univers ») et s’inspirera d’autres films de SF abordant déjà un sujet similaire, notamment Deux nigauds chez Venus, Cat Women of the Moon et Fire Maidens from Outer Space. Le budget de ce long-métrage étant réduit à peau de chagrin, tous les moyens sont bons pour faire des économies, y compris la réutilisation des costumes de Planète interdite, des maquettes de Destination Mars et des effets spéciaux d’Un monde sans fin.

En cette lointaine année futuriste 1985, un équipage constitué du sage capitaine Patterson (Eric Fleming), du lieutenant chaud-lapin Mike Cruze (Dave Willock), de l’officier blagueur Turner (Patrick Waltz) et du vénérable professeur Konrad (Paul Birch) s’envole en direction d’une station spatiale en orbite dans les étoiles. Mais alors qu’ils approchent de leur destination, un rayon d’énergie interstellaire en dessin animé pulvérise la station et heurte leur fusée. Soudain, après ce prégénérique d’un quart d’heure, le titre du film s’étale alors plein écran, dans tout son glorieux Cinemascope. Les quatre hommes découvrent qu’ils se sont échoués sur la planète Venus, où l’air est parfaitement respirable, et décident de passer la nuit à la belle étoile. Les premières mini-jupes ne tardent pas à entrer dans le champ. Toute une armée de jolies filles, dont l’uniforme très seyant porte les mêmes couleurs que celles du futur équipage de Star Trek, intervient en effet et les capture pour les traîner jusqu’au palais de la cruelle reine Yllana (Laurie Mitchell), qui ne se sépare jamais de son masque et règne en dictatrice sur la planète. Les hommes sont promis à un sort funeste. Fort heureusement, la courtisane Talleah (Zsa Zsa Gabor) et ses alliées préparent la révolte…

Amazon Women on Venus

Les amateurs d’anachronismes surréaliste tomberont à coup sûr sous le charme suranné de ces tableaux invraisemblables : de fiers astronautes qui se promènent dans une jungle multicolore vénusienne sans besoin de porter la moindre combinaison spatiale ; de mignonnes extra-terrestres court-vêtues qui les menacent avec des pistolets aux allures de sèche-cheveux et parlent couramment l’anglais ; un palais spatial qui ressemble à une scène de music-hall ; une chambre royale toute rose où une bonne bouteille de vin attend les invités… Pour expliquer cette infinité d’aberrations scientifiques, le savant de l’équipe a une phrase imparable : « tout est possible dans l’espace ». De nombreux dialogues joyeusement macho ponctuent le film. L’un des plus gratinés ? « Comment un groupe de femmes aurait pu inventer un tel rayon, vous avez-vu comment les femmes conduisent ? ». Ou encore : « Même à 40 millions de kilomètres de la Terre, ces poupées sont toutes les mêmes ». Bien sûr, toutes les vénusiennes finissent par succomber face aux attraits de ces beaux visiteurs mâles, poussant le capitaine à affirmer sans ciller : « Vous n’êtes pas qu’une reine, vous êtes aussi une femme, et une femme a besoin de l’amour d’un homme. » Ce que confirme la jet-setteuse Zsa Zsa Gabor engagée ici pour jouer une extra-terrestre rebelle : « Les femmes ne peuvent pas être heureuses sans hommes. » Queen of Outer Space souffre d’une mise en scène statique, abusant de plans larges fixes, d’interminables déambulations dans des couloirs et de dialogues longuets. Mais le film reste résolument divertissant. Coloré, léger, sexy, ne se prenant jamais vraiment au sérieux, nous offrant même l’incontournable scène de l’araignée géante (une grande marionnette statique en plastique), ce sera l’influence principale du désopilant Amazon Women on the Moon.

 

© Gilles Penso

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VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE 2 : L’ÎLE MYSTÉRIEUSE (2012)

Une séquelle exubérante qui prend comme son prédécesseur les allures d’un manège de parc d’attractions, avec The Rock en Monsieur Loyal…

JOURNEY 2: THE MYSTERIOUS ISLAND

 

ANNEE – USA

 

Réalisé par Brad Peyton

 

Avec Dwayne Johnson, Josh Hutcherson, Vanessa Hudgens, Michael Caine, Luis Guzman, Kristin Davis, Stephen Caudill, Anna Coldwell

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I REPTILES ET VOLATILES I INSECTES ET INVERTÉBRÉS

La relecture simpliste et récréative du roman « Voyage au centre de la Terre » par le réalisateur Eric Brevig en 2008 fut un succès au box-office, grâce à une campagne marketing de grande envergure, des péripéties mouvementées célébrant un « retour de la grande aventure » dont Brendan Fraser fut lui-même le porte-étendard avec La Momie, un déchaînement d’effets visuels très spectaculaires et une exploitation dynamique de la 3D. La formule ayant fait ses preuves, il ne restait plus qu’à la reproduire. Or un scénario baptisé « Mysterious Travels », œuvre de Richard Outten (Simetierre 2) traîne dans les bureaux de New Line Cinema depuis quelques temps et pourrait bien servir de base à une suite. Le studio rachète donc le manuscrit et demande à Brian et Mark Gunn de le retravailler pour le raccorder avec Voyage au centre de la Terre. Cette fois-ci, le roman de Jules Verne qui servira d’inspiration principale aux péripéties est « L’île mystérieuse », auquel s’ajoutent très vaguement des éléments puisés dans « Les Voyages de Gulliver » et « L’île au trésor ». Brendan Fraser et Anita Briem n’étant pas disponibles au moment du tournage, les deux comédiens n’apparaissent pas dans ce second épisode, le seul personnage assurant le lien étant l’ado Sean Anderson, toujours incarné par Josh Hutcherson. Il faut tout de même une tête d’affiche pour attirer les foules. Ce sera Dwayne Johnson, l’ex-catcheur mué en superstar du grand écran depuis le début des années 2000.

The Rock incarne Hank, le beau-père musclé et sympathique de Sean. Celui-ci, désormais âgé de 17 ans, vient d’être arrêté par la police après s’être introduit dans un centre de contrôle de satellites. Il cherchait en fait à améliorer un signal codé qui, selon lui, a été envoyé par son grand-père Alexander (Michael Caine) disparu depuis longtemps. Dans l’espoir d’améliorer ses relations tendues avec le jeune garçon, Hank l’aide à déchiffrer le message. Tous deux découvrent les coordonnées d’une île et décident de s’y rendre, avec la bénédiction de la mère de Sean qui voit là un moyen comme un autre de les rapprocher tous les deux. Sauf qu’il ne s’agira pas d’un simple voyage touristique. En louant les services d’un pilote d’hélicoptère et de sa fille au fin fond du Pacifique, ils s’enfoncent dans un ciel tourmenté et finissent par se crasher sur ce qui semble être l’île mystérieuse décrite dans le roman de Jules Verne. Là, mille dangers imprévus les guettent…

Le monde perdu

Le manque absolu de finesse et de crédibilité du film est assumé dès ses premières minutes, comme si le réalisateur signait d’emblée un contrat avec le spectateur en lui proposant de jouer le jeu sans se montrer trop regardant. Pour peu qu’on accepte les énormes ficelles, les clichés impensables et les caractères taillés au burin (Dwayne Johnson et Luis Guzman semblent jouer des caricatures d’eux-mêmes, Michael Caine cachetonne en émule septuagénaire d’Indiana Jones et Crocodile Dundee), on entre dans le jeu et l’on profite d’une succession de séquences joyeusement mouvementées. Le fantasticophile se rabat principalement sur la faune monstrueuse de ce monde perdu qui doit finalement plus à Arthur Conan Doyle qu’aux trois auteurs cités dans le film (Verne, Swift et Stevenson). Conçus et animés par une armada d’infographistes, plusieurs bêtes impensables font ainsi face à nos aventuriers en herbe : des éléphants miniatures, des abeilles géantes, des oiseaux gigantesques, une murène électrique surdimensionnée et surtout un lézard titanesque, version survitaminée de celui d’Un million d’années avant JC qui nous offre sans doute la meilleure scène du film. Cette tendance à associer les écrits de Jules Verne aux animaux géants semble d’ailleurs héritée de Ray Harryhausen et tout particulièrement de L’île mystérieuse de 1961 auquel le film de Brad Peyton rend plusieurs hommages (la cité perdue atlante, le pont suspendu à la King Kong, la présence du Nautilus, la grande éruption volcanique finale). Gentiment inoffensif, sitôt oublié après son visionnage, Voyage au centre de la Terre 2 est donc conçu comme son prédécesseur à la manière d’un grand manège de parc d’attraction, ne cherchant jamais à placer plus loin ses ambitions. Brad Peyton a au moins l’honnêteté de ne pas tenter de nous mentir sur la marchandise.

 

© Gilles Penso

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MEN IN BLACK (1997)

Tommy Lee Jones et Will Smith sont embauchés par une agence secrète qui surveille l’immigration clandestine d’extra-terrestres sur notre planète…

MEN IN BLACK

 

1997 – USA

 

Réalisé par Barry Sonnenfeld

 

Avec Will Smith, Tommy Lee Jones, Linda Fiorentino, Vincent d’Onofrio, Rip Torn, Tony Shalhoub, Siobhan Fallon, Mike Nussbaum, Jon Gries

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA MEN IN BLACK

Ceux qui s’intéressent de près au phénomène des ovnis sont familiers avec la figure des « hommes en noir ». Un nombre non négligeable de témoins d’objets volants non identifiés affirme en effet avoir reçu la visite d’individus aux allures et aux comportements étranges, tout de noir vêtus. Ces caricatures d’agents secrets les auraient menacés très explicitement en leur conseillant de ne révéler à personne ce qu’ils avaient vu. Ces hommes en noir seraient-ils de simples affabulations ou des agents de la CIA adoptant un comportement insolite afin d’étudier la réaction des témoins face à l’irrationnel tout en s’assurant que personne ne puisse prendre leur témoignage au sérieux ? Le mystère reste entier, et servira d’inspiration au scénariste Lowell Cunningham pour la création d’une série de comics dessinés par Sandy Carruthers, « The Men in Black ». Publiée à partir de 1990, cette BD connaît un succès important et attire bientôt Hollywood. Grâce au succès de ses deux Famille Addams, Barry Sonnenfeld est assez rapidement pressenti pour en diriger une adaptation à grand spectacle. Le réalisateur accepte à condition de remplacer la tonalité sombre et violente du comics original par un esprit joyeux, exubérant et coloré. Il vend d’ailleurs le projet au producteur exécutif Steven Spielberg en des termes curieux : « une version comique de French Connection avec des extra-terrestres ». On ne peut s’empêcher de penser aussi aux Blues Brothers, même si la costumière Mary Vogt fera tout pour s’éloigner des célèbres tenues noires portées par John Belushi et Dan Aykroyd.

 

Le générique de début nous embarque immédiatement dans le rythme effréné du film, suivant les envolées frénétiques d’une libellule sur le tempo nerveux d’une partition survoltée de Danny Elfman. L’insecte finit par se crasher sur un pare-brise et le chauffeur s’écrie « satanées bestioles ! ». Le sujet du film est déjà là, quoiqu’à l’état embryonnaire. Car ce sont bien des bêtes aux allures d’insectes qui vont donner maille à partir à nos héros. Pince sans rire, Tommy Lee Jones incarne Kay, un « homme en noir » chargé d’enquêter sur les sites d’activités extra-terrestres, de lutter contre les aliens clandestins et d’effacer la mémoire de tous les témoins humains à l’aide d’un flash provocateur d’amnésies. En quête d’un nouvel agent après le départ à la retraite de son co-équipier, Kay jette son dévolu sur un jeune policier new yorkais fougueux (Will Smith) qui vient justement de faire une rencontre du troisième type en coursant un fugitif à l’agilité résolument non humaine. Cette recrue n’est ni très rigoureuse, ni très respectueuse de l’autorité, mais son instinct sans faille le dote d’un atout inestimable. Voilà donc nos deux Men in Black, l’un aguerri, l’autre « chien fou », qui jouent le refrain connu du « buddy movie » en partant à la chasse aux voyous intergalactiques…

 

Y’a un bug !

Men in Black s’appuie d’abord sur une mécanique scénaristique liée à la divergence des points de vue : Tommy Lee Jones est presque blasé de voir des extra-terrestres partout, ne s’étonnant plus de rien, tandis que Will Smith va de surprise en surprise. C’est donc à lui que les spectateurs s’identifient naturellement. Smith aurait visiblement rechigné initialement à l’idée de lutter une fois de plus contre des aliens, un an à peine après Independence Day. Mais force est de reconnaître que le traitement de Barry Sonnenfeld n’a rien à voir avec celui de Roland Emmerich. Ici, tout est prétexte aux gags absurdes, aux séquences d’action cartoonesques et au comique de situation. Il faut bien sûr souligner le travail prodigieux de Rick Baker, chargé de concevoir les extra-terrestres les plus étonnants possibles. Tout juste oscarisé pour les maquillages spéciaux du Professeur Foldingue, Baker nous offre de l’inédit : un « clandestin » qui tient une tête humaine au bout d’une perche, un receleur dont la tête repousse après avoir explosé, des « gremlins-criquets » amateurs de café, des cyclopes tentaculaires secrétaires, un bébé céphalopode, un alien miniature dissimulé dans une tête robotisée, tous les délires sont permis. Le maestro des effets spéciaux connait cependant une déconvenue liée à la séquence finale, mettant en scène une créature géante baptisée Edgar Bug. « Nous avions construit un Edgar Bug animatronique géant qui, selon moi, ne ressemblait pas assez à un insecte, mais dont la production avait approuvé le design », raconte-t-il. « Le jour du tournage, nous avons amené notre marionnette sur le plateau, nous avons tout installé, puis les gens de la production sont arrivés et m’ont dit qu’ils ne le filmeraient pas, que tout serait réalisé en image de synthèse parce qu’il ne ressemblait pas assez à un insecte ! » (1) Ce coup dur est symbolique d’une période où le tout-numérique commençait peu à peu à supplanter les bons vieux effets spéciaux à l’ancienne. C’est dommage, car malgré son dynamisme, le climax de Men in Black aurait sans doute eu un cachet bien différent avec un monstre animatronique du grand Rick Baker.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en juin 2010

 

© Gilles Penso


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LES ENFANTS DE L’HORREUR – LA GENÈSE (2011)

Ce huitième épisode de la saga des Démons du maïs n’entretient que peu de rapports avec la nouvelle de Stephen King dont il est censé s’inspirer…

CHILDREN OF THE CORN: GENESIS

 

2011 – USA

 

Réalisé par Joel Soisson

 

Avec Billy Drago, Tim Rock, Kelen Coleman, Barbara Nedelhakova, Dusty Burwell, Duane Whitaker

 

THEMA ENFANTS I DIABLE ET DÉMONS I SAGA LES DÉMONS DU MAÏS I STEPHEN KING

Alors que le remake des Démons du maïs réalisé par Donald P. Borchers semblait avoir sonné le glas de l’interminable flot de séquelles du film de Fritz Kiersch, Joel Soisson écrit et réalise un huitième épisode qui, contrairement à ce que son titre pourrait faire penser, n’a rien d’une préquelle. Le prologue se situe pourtant avant les événements décrits dans le premier film de la saga, plus précisément en septembre 1973, à 20 miles de Gatlin dans le Nebraska. Démobilisé après la guerre du Vietnam, un jeune soldat rentre chez lui. Mais il découvre avec horreur que sa famille a été assassinée. Sa mère a du maïs enfoncé dans la bouche, son père des épis plantés dans les yeux, et sa sœur n’a pas échappé au massacre. Une petite fille aux cheveux sales, aux allures de fantôme asiatique, marche alors lentement vers lui et lui renvoie sa propre culpabilité (« tueur de bébés » entend-on de manière lancinante). Le soldat s’effondre alors subitement sur le perron.

Ce prologue laisse entrevoir un potentiel intéressant, mais ce n’est qu’un leurre dans la mesure où la suite des événements n’a aucun rapport avec ce pré-générique et ne s’y réfère jamais. Car l’intrigue, qui se situe désormais dans les années 2000, s’intéresse à d’autres personnages, en l’occurrence Tim (Tim Rock) et Allie (Kelen Coleman), un couple tombé en panne sur une route californienne. La jeune femme est enceinte et la chaleur commence à leur taper sur les nerfs. Ils trouvent alors refuge chez un autochtone patibulaire, « le prêcheur » (Billy Drago), qui vit dans une petite maison isolée avec sa femme Oksana (Barbara Nedeljakova), une jeune et jolie Ukrainienne. L’ambiance est pesante, l’homme reste très taciturne tandis que la jeune fille opère d’invraisemblables manœuvres de séduction vers Tim. Obligés d’accepter l’hospitalité de ce couple guère rassurant pour la nuit, Allie et Tim découvrent, dans le terrain vague autour de la maison, un entrepôt qui sert manifestement de lieu de culte, ainsi qu’une grange dans laquelle semble être retenu prisonnier un enfant.

Carambolage

Bientôt, des forces surnaturelles se mettent à œuvrer dans la maison. Lorsqu’un policier fait irruption, il est soudain propulsé dans les airs et disparaît. Et si c’était l’enfant, possédé par une entité maléfique, qui les retenait tous prisonniers ? Le huis clos sur lequel s’appuie Les Enfants de l’horreur – la genèse est assez efficace dans un premier temps, mais la situation peine à évoluer, l’abondance de dialogues artificiels entravant la bonne marche du récit. A l’exception d’une scène de cauchemar (Allie est poursuivie dans un champ de maïs par des enfants qui l’attaquent à coup de serpe et de hache et la crucifient pour la sacrifier à une divinité), on ne voit pas bien le rapport entre ce film et la nouvelle de Stephen King, dont le nom s’affiche pourtant en grand sur la jaquette DVD. Peu de choses marqueront les mémoires dans ce film un peu insignifiant, à l’exception peut-être du carambolage spectaculaire qui survient pendant le climax, seul moment où le budget semble un peu plus élevé que celui d’un court-métrage amateur.

 

© Gilles Penso

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SAN ANDREAS (2015)

Un tremblement de terre gigantesque secoue toute la côte Ouest des États-Unis. Mais pas d’inquiétude, The Rock est là…

SAN ANDREAS

 

2015 – USA

 

Réalisé par Brad Peyton

 

Avec Dwayne Johnson, Carla Gugino, Alexandra Daddario, Ioan Gruffudd, Archie Panjabi, Paul Giamatti, Hugo Johnstone-Burt, Art Parkinson, Will Yun Lee, Kylie Minogue

 

THEMA CATASTROPHES

San Andreas est une idée de producteur. Un beau jour, le prolifique Beau Flynn (Requiem for a Dream, L’Exorcisme d’Emily Rose, Voyage au centre de la Terre) se dit qu’il aimerait bien mettre sur pied un film catastrophe à grand spectacle qui tirerait profit de la technologie 3D. New Line Cinema s’embarque dans l’aventure et dès lors un scénario est commandité à Jeremy Passmore (L’Aube rouge) et Andre Fabrizio (Vice). Un nombre incalculable de scénaristes se passera ensuite le relais pour modifier, retoucher et compléter l’histoire, notamment Carlton Cuse (Lost) et les duettistes Carey et Chad Hayes (la saga Conjuring). On l’a compris, l’objectif est ici la quête du concept fort, pas la quelconque vision d’un auteur ou d’un cinéaste. Le réalisateur sélectionné pour diriger San Andreas est d’ailleurs un habile faiseur qui n’a jamais cherché à mettre en avant sa personnalité, en l’occurrence Brad Peyton (Comme chiens et chats : la revanche de Kitty Galore, Voyage au centre de la Terre 2). En tête d’affiche, Beau Flynn pense rapidement au colossal Dwayne Johnson, qui est alors en plein tournage d’une de ses productions sous la direction de Brett Ratner : Hercule. L’ex-catcheur reçoit le scénario sur le plateau, le lit d’une traite et accepte immédiatement. La machine est lancée, le blockbuster est en marche.

Le prologue de San Andreas est une séquence de sauvetage mouvementée déconnectée de l’intrigue principale qui assoit Dwayne Johnson comme héros habile et intrépide. The Rock incarne ainsi Ray Gaines, un pilote d’hélicoptère de secours des pompiers de Los Angeles. En instance de divorce avec Emma (Carla Gugino) qui est sur le point de refaire sa vie avec le brillant architecte Daniel Riddick (Ioan Gruffudd, ex-homme élastique des Quatre fantastiques), il est père d’une charmante adolescente, Blake (Alexandra Daddario, qui a en réalité trente ans au moment du tournage). Cette petite famille dysfonctionnelle est sur le point d’éclater en morceaux lorsque le plus gros séisme de l’histoire des États-Unis se met à frapper toute la côte Ouest. San Andreas est donc une sorte de remake du Tremblement de terre de Mark Robson auquel il ajoute la figure du « super-héros » musclé et intrépide. Or la force des films catastrophe des années 70 était de laisser apparaître les vraies personnalités de chacun face à l’adversité : la lâcheté, l’héroïsme, l’égoïsme, l’altruisme. Dans le cas de San Andreas, nous avons déjà un super-justicier clairement identifié. Son comportement ne fait donc aucun doute. Le scénario intègre certes un trauma situé dans le passé du héros et de son ex-femme pour renforcer les liens et ajouter du drame, mais le traitement caricatural des personnages (notamment celui du beau-père, taillé d’un seul bloc) n’aide pas à la crédibilité des comportements.

La faille

San Andreas est ce qu’on pourrait appeler un film « confortable », dans la mesure où il donne au spectateur ce qu’il attend, ni plus, ni moins. Les audaces n’existent que dans le déploiement technique et la folie des séquences d’action, surtout pas dans le scénario. Il est d’ailleurs intéressant de constater à quel point la bande originale composée par Andrew Lockington est passe-partout, sorte de bibliothèque de morceaux préfabriqués (l’émotion, le suspense, l’héroïsme, le danger) susceptible de s’adapter à n’importe quelle superproduction de manière interchangeable. Restent donc les morceaux de bravoure spectaculaires, qui tirent leur efficacité de leur énormité : la pulvérisation quasi-instantanée d’un barrage, l’hélicoptère qui slalome entre des immeubles en train de s’écrouler comme un château de cartes, le saut en bateau au-dessus du tsunami… Certes, depuis que Roland Emmerich a tout détruit avec 2012 on ne s’étonne plus de rien, mais le spectacle reste très impressionnant, à défaut d’être plausible. Ces enchevêtrements d’immeubles effondrés, de grues désarticulées, de navires échoués et d’avions crashés nous offrent des visions dantesques et délicieusement surréalistes. Sans échapper totalement aux stigmates hérités des films d’Emmerich ou Michael Bay (on invoque Dieu, on se sacrifie au ralenti, on contemple le drapeau américain qui flotte fièrement), San Andreas s’en distingue par une légèreté à la lisière de l’insouciance qui le rend finalement plus sympathique.

 

© Gilles Penso

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LIQUID SKY (1982)

Une minuscule soucoupe volante se pose sur le toit d’un immeuble et influe sur la vie sexuelle d’une jeune femme…

LIQUID SKY

 

1982 – USA

 

Réalisé par Slava Tsukerman

 

Avec Anne Carlisle, Paula E. Sheppard, Susan Doukas, Otto von Wernherr, Bob Brady, Elaine C. Grove, Stanley Knap, Jack Adalist, Lloyd Ziff, Harry Lum

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

En 1982, les amateurs d’extra-terrestres au cinéma étaient aux anges. Ceux qui étaient en quête de frissons et d’horreur avaient droit au tétanisant The Thing. Ceux qui préféraient le rêve et l’émotion pouvaient se plonger dans le lyrisme d’E.T. Sorti la même année que les œuvres culte de John Carpenter et Steven Spielberg, Liquid Sky ne se rattache quant à lui à aucune des deux catégories. Ni à rien de connu d’ailleurs. Il y a bien une soucoupe volante et un alien dans ce film, mais pour le reste nous naviguons dans un univers inclassable. À l’origine de Liquid Sky, il y a Slava Tsukerman, réalisateur d’origine russe spécialisé dans les documentaires depuis le début des années 70. Son souhait de passer à la fiction se solde par plusieurs tentatives abandonnées. En fusionnant l’une de ses idées (la visite sur Terre d’un visiteur de l’espace) avec un récit écrit par son épouse Nina V. Kerona (l’histoire d’une femme qui ne parvient pas à avoir d’orgasme), le projet Liquid Sky commence à prendre forme. Il se finalisera grâce à l’aide d’une amie scénariste américaine, Anne Carlisle, qui s’impliquera jusqu’à jouer deux rôles dans le film, dont celui du personnage principal. Produit pour un budget de 500 000 dollars, tourné en « mode commando » en plein New York, la plupart du temps sans autorisation officielle, Liquid Sky est un OVNI dans tous les sens du terme.

Dès les premières secondes, le film nous saisit par son atmosphère « autre » : une musique électronique bizarroïde et expérimentale, des comédiens outrancièrement maquillés et costumés, des décors bardés de néons multicolores, des pas de danse syncopés qui ressemblent à des soubresauts épileptiques… Le temps de reprendre nos esprits, nous comprenons que l’intrigue navigue dans le monde de la mode, au cœur de ce que les années 80 pouvaient déployer de plus exubérant, quelque part à mi-chemin entre la New Wave et le mouvement néo-punk. Margaret (Anne Carlisle) est un mannequin bisexuel qui vit en colocation avec l’artiste conceptuelle Adrian (Paula E. Sheppard). Autour des deux jeunes femmes gravitent des gens excentriques accros à la drogue, notamment le mannequin Jimmy (également interprété par Anne Carlisle). Un soir, une minuscule soucoupe volante se pose sur un toit juste au-dessus de chez Margaret. Son occupant (une entité informe et changeante) étudie de près les mœurs des habitants, visiblement en quête des substances opiacées contenues dans l’héroïne. C’est en tout cas la théorie développée par le professeur Johann Hoffman (Otto von Wernherr), qui débarque à New York pour observer l’engin extra-terrestre. Ce dernier fait une autre découverte étonnante : les opiacés tant recherchés existent en quantité beaucoup plus importante dans le cerveau des humains en plein orgasme…

Expérimental, coloré et hypnotique

Liquid Sky (dont le titre énigmatique est l’un des surnoms donnés à l’héroïne) s’apparente plus à un geste artistique qu’à un film narratif à proprement parler. Certes, il y a bien un récit, une chronologie, des péripéties et des rebondissements dans ce scénario. Mais la manière de les raconter et de les agencer est tellement singulière qu’elle échappe à tout élément de comparaison. L’esthétique est proche de celle des spots publicitaires ou des clips musicaux de l’époque (avec un soin tout particulier apporté à la direction artistique, à la photographie, aux costumes et aux décors), sans pour autant s’y conformer tout à fait. Le montage n’est pas vraiment déstructuré, mais il joue souvent la carte de la narration parallèle en alternant avec minutie plusieurs actions simultanées localisés dans différents quartiers de la ville. Liquid Sky échappe donc systématiquement à toute case dans laquelle on voudrait le ranger. Libre à chacun de trouver le résultat avant-gardiste ou daté, élégant ou vulgaire, fascinant ou soporifique. Toujours est-il que l’expérience reste unique, loin de tous les canons établis. Très remarqué au moment de sa sortie, devenu culte dans des cercles relativement fermés, le film de Tsukerman est un peu tombé dans l’oubli aujourd’hui. Les amateurs d’un cinéma expérimental coloré et hypnotique gagneraient à le redécouvrir.

 

© Gilles Penso

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