PANICS (1988)

Seule survivante de l’immolation collective d’une secte, une jeune femme est hantée par les visions cauchemardesques de son ancien gourou…

BAD DREAMS

 

1988 – USA

 

Réalisé par Andrew Fleming

 

Avec Jennifer Rubin, Bruce Abbott, Richard Lynch, Dean Cameron, Harris Yulin, Susan Barnes, John Scott Clough, E.G. Daily

 

THEMA TUEURS

Panics est le premier film d’Andrew Fleming, futur réalisateur de la romance 2 garçons, 1 fille, 3 possibilités, du conte fantastique Dangereuse alliance, de la comédie Espion mais pas trop et de beaucoup d’épisodes de séries TV. Ses premiers pas derrière la caméra sont produits par Gale Anne Hurd (Terminator, Aliens, Futur immédiat – Los Angeles 1991). Grâce à une telle alliée à ses côtés, l’apprenti-réalisateur peut bénéficier des conseils éclairés d’un cinéaste plus aguerri que lui : James Cameron en personne. Ce dernier n’hésite pas à partager avec Andrew Fleming ses idées, ses propositions et ses notes. Il vient même lui rendre visite dès qu’il le peut pendant le tournage. Le scénario de Panics est l’œuvre commune de Fleming et de Steven E. De Souza (48 heures, Commando, Piège de cristal). Le film part donc avec plusieurs atouts en poche. En tête d’affiche, on jette son dévolu sur Jennifer Rubin, ancienne mannequin ayant fait ses débuts au cinéma dans Freddy 3. Âgée de 26 ans, elle est alors à l’aube de sa carrière d’actrice. Pour lui donner la réplique, Bruce Abbott (le Dan Cain de Re-Animator et Re-Animator 2) joue le psychiatre attentif et bienveillant.

Le film commence en 1975, au sein de la secte Unity Fields. Aveuglés par les propos mystiques de leur gourou Franklin Harris (Richard Lynch), tous les membres de cette communauté se réunissent dans une grande maison (sosie de celle de House 4) et s’immolent collectivement dans un grand feu purificateur. Seule survivante de ce suicide collectif, Cynthia Weston (Jennifer Rubin) est hospitalisée et reste dans le coma pendant treize ans. A son réveil, elle est assaillie par des souvenirs traumatisants mais aussi par des visions terrifiantes de son gourou, le visage calciné et grimaçant, s’immisçant dans les couloirs de l’hôpital, dans l’ascenseur ou dans sa chambre. Sous les conseils du vénérable docteur Berrisford (Harris Yulin), le jeune psychiatre Alex Karmen (Bruce Abbott) intègre Cynthia dans une thérapie de groupe parmi d’autres patients perturbés qui partagent leurs angoisses et leurs névroses. Mais les visions continuent, plus inquiétantes que jamais. Et bientôt la mort se met à ensanglanter les couloirs de l’hôpital…

L’hôpital et ses fantômes

Sans être renversante, la mise en scène d’Andrew Fleming réserve quelques agréables surprises en s’appuyant souvent sur des effets spéciaux astucieux et redoutablement efficaces, comme ce trucage optique habile permettant de montrer les comédiens qui prennent feu en temps réel face à la caméra lors de l’impressionnant flash-back de l’immolation. D’autres scènes percutantes ponctuent le film, notamment ces litres de sang qui jaillissent soudain des grilles d’aération de l’hôpital. Bien vite, Panics se structure sur la mécanique d’un slasher, si ce n’est que le tueur semble venir d’outre-tombe et que chaque mort prend les allures d’un suicide violent et spectaculaire. En adoptant le point de vue de Cynthia, les spectateurs nagent en plein trouble, découvrant comme elle le visage de grand brûlé d’Harris qui vient régulièrement la narguer grâce aux effets spéciaux de maquillage de Michele Burke (La Guerre du feu, Iceman, Le Clan de la caverne des ours). Richard Lynch irradie l’écran de sa simple présence, tandis que Jennifer Rubin nous offre une prestation très juste, toute en retenue (sauf pendant les crises de panique bien sûr). Étant donné que la jeune femme qu’elle incarne est passablement troublée, nous ne savons jamais si ce que nous voyons à travers ses yeux est le reflet de la réalité ou une vision altérée de son environnement. Là réside la force principale du film, qui s’achève sur un twist final plutôt bien ficelé.

 

© Gilles Penso


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THE ARRIVAL (1996)

Un astronome capte un message extra-terrestre et tente d’avertir sa hiérarchie, qui lui met aussitôt des bâtons dans les roues…

THE ARRIVAL

 

1996 – USA

 

Réalisé par David Twohy

 

Avec Charlie Sheen, Ron Silver, Lindsay Crouse, Teri Polo, Richard Schiff, Phyllis Applegate, Alan Coates, Leon Rippy, Buddy Joe Hooker, Javier Morga, Tony T. Johnson

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

David Twohy est un cinéaste d’une folle inventivité dont chacune des œuvres, si inégales soient-elles, suscite une bouffé d’air frais bien agréable. The Arrival est son second long-métrage après Timescape. Entre-temps, notre homme a écrit les scénarios de Critters 2, Warlock, Le Fugitif, Waterworld et Terminal Velocity, preuve de son éclectisme et de sa productivité. C’est à l’occasion de ce dernier film, réalisé par Deran Sarafian, que Twohy collabore avec Charlie Sheen pour lequel il écrit spécifiquement le scénario de The Arrival. Le comédien accepte aussitôt et endosse donc le rôle de Zane Zaminski, un scientifique installé au beau milieu du désert californien sous une immense antenne radar parabolique qui scanne les étoiles. Un jour, il capte un message radio en provenance de l’espace. Tout porte à croire qu’il s’agit d’un langage extra-terrestre. Fasciné et passablement surexcité, Zaminski en réfère aussitôt à sa hiérarchie, en premier lieu Phil Gordian (Ron Silver) qui calme d’abord ses ardeurs, puis le désavoue, et enfin efface les preuves. Visiblement, plusieurs hautes instances sont embarrassées par cette découverte et cherchent à enterrer l’affaire. Zane décide donc de poursuivre son enquête tout seul, au péril de sa vie.

Charlie Sheen excelle sous la défroque de cet homme seul contre tous, à l’écoute des étoiles, déconnecté du reste du monde parce que fasciné jusqu’à l’obsession par l’espace. Ce qui finit par le couper de ses collègues, de sa hiérarchie et même de sa petite amie. En s’appuyant sur ce protagoniste devenu solitaire, The Arrival prend la tournure d’un thriller d’espionnage, avec son lot de paranoïa, de filatures, de regards suspects et de meurtres déguisés en accident… C’est la fameuse mécanique des Trois jours du condor qui, une fois de plus, démontre sa redoutable efficacité. Si ce n’est que passé au filtre inventif de David Twohy, ce motif dramatique prend une tournure excessive, comme le prouvent la scène spectaculaire de l’inondation dans la salle de bains ou ce moment de suspense extrêmement stressant avec les scorpions cachés dans une chambre d’hôtel. Le film est ponctué d’idées visuelles très intéressantes, comme ce jeu avec la marionnette du squelette qui symbolise bien sûr le destin funeste que ne cesse de frôler le héros. Lorsque la science-fiction commence à s’inviter de manière plus frontale dans l’intrigue, nous avons droit à des moments totalement « autres », comme cet homme dont les jambes se plient à l’envers pour lui permettre de sauter au-dessus d’un immeuble, ou cette boule volante qui absorbe l’intégralité du contenu d’une maison.

Rencontres de drôles de types

La seconde partie du film bascule de manière plus ouverte dans la SF pure et décide de jouer la carte de la démonstration. The Arrival déploie alors une large gamme d’effets spéciaux originaux et audacieux, à défaut d’être vraiment convainquants, notamment des extra-terrestres 100% numériques créés par la compagnie Pacific Data Image. C’est sans doute cette partie du film qui a le plus mal vieilli, les images de synthèse n’ayant pas le réalisme nécessaire pour être vraiment crédibles. Twohy aurait sans doute dû jouer la carte de la suggestion – adoptée par Chris Carter et l’équipe de X-Files – au lieu de vouloir trop en montrer. Restent l’abattage irrésistible de Charlie Sheen, la performance parfaite de Ron Silver dans le registre de l’hypocrisie feutrée et plusieurs moments d’humour décalés désopilants (la scène de l’ascenseur). The Arrival aura eu toutes les peines du monde à déplacer les foules, souffrant de toute évidence de la rude concurrence d’Independence Day. Le film de Twohy mettra donc du temps à rembourser son budget de 25 millions de dollars. Ce qui n’empêchera pas la mise en chantier en 1998 d’une suite destinée directement au marché vidéo, L’Invasion finale. David Twohy ne s’impliquera pas dans ce second épisode pour pouvoir se consacrer à son film suivant, Pitch Black.

© Gilles Penso


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ICEMAN (1984)

Une équipe de chercheurs découvre le corps d’un homme de Néanderthal parfaitement conservé dans la glace… et encore vivant !

ICEMAN

 

1984 – USA

 

Réalisé par Fred Schepisi

 

Avec Timothy Hutton, Lindsay Crouse, John Lone, Josef Sommer, David Strathairn, Philip Akin, Danny Glover, Amelia Hall, Richard Monette, James Tolkan

 

THEMA YÉTIS ET CHAÎNONS MANQUANTS I MÉDECINE EN FOLIE

C’est Norman Jewison, le vénérable réalisateur de Rollerball et L’Affaire Thomas Crown, qui envisageait au départ de réaliser Iceman, un projet amorcé au milieu des années 70. Mais ce dernier ne se concrétisera qu’une décennie plus tard. Si Jewison reste présent au générique en tant que producteur, il cède sa place de metteur en scène au moins prestigieux Fred Schepisi (le drame The Devil’s Playground, le thriller Jimmie Blacksmith, le western La Vengeance mexicaine). Natif de Melbourne et sensible aux rites tribaux des peuplades primitives, Schepisi voit dans Iceman la possibilité d’explorer la nature humaine sous un angle nouveau. Son intention est de s’appuyer sur un postulat de science-fiction pur pour mieux s’immerger dans une sorte de poésie métaphysique, une approche qu’annonce très tôt la bande originale de Bruce Smeaton, laissant la part belle à une flute asiatique ethnique et lyrique. L’entrée en matière du film, au cours de laquelle des chercheurs emmitouflés sous leurs tenues hivernales s’affairent autour d’un corps conservé dans un bloc de glace au beau milieu des étendues désertiques de l’Arctique, nous rappelle par bien des aspects le prologue de La Chose d’un autre monde et de son remake The Thing. Mais ce que les savants trouvent à l’intérieur n’a rien d’extra-terrestre.

À vrai dire, les prémices d’Iceman sont en tout point similaires à celles d’Hibernatus. Si ce n’est que l’homme qui repose encore intact dans la glace n’est pas vieux de 65 ans mais de 40 000 ans ! Dépêché sur place pour offrir son analyse de la situation, l’anthropologue Stanley Shephard (Timothy Hutton, futur écrivain tourmenté de La Part des ténèbres) est fasciné par cette découverte. Lorsque l’équipe de savants décongèle le corps pour pratiquer une autopsie, une surprise de taille les attend : les cellules de cet homme d’un autre âge sont encore vivantes. De fait, après plusieurs actes médicaux élaborés, le voilà qui revient à la vie. Logiquement paniqué lorsqu’il fait face à cette horde de scientifiques masqués aux allures de créatures extra-terrestres, le Néanderthalien s’apaise face au visage démasqué de Shephard qui s’approche de lui. Un lien s’établit ainsi très tôt entre eux. Ce rescapé de la préhistoire est bientôt installé dans un vivarium reproduisant tant bien que mal l’environnement naturel dans lequel il vivait. Mais que faire de lui à terme ? Le garder en captivité pour continuer à l’étudier ? Le lâcher dans la nature ? L’euthanasier ? Les questions morales sont innombrables et semblent insolubles…

Homo Hibernatus

Les 25 premières minutes d’Icerman abordent le sujet avec un maximum de réalisme scientifique. Les gestes des médecins, leur jargon, les instruments, les machines, le protocole de réanimation sont traités sous l’angle le plus naturaliste possible, avec une approche quasi-documentaire. Puis soudain les yeux s’écarquillent et les savants prononcent un « He’s alive ! » exalté qui nous ramène illico au mythe de Frankenstein. C’est alors qu’entrent en jeu les considérations philosophiques et éthiques, liées à cet être qui ne peut plus décemment être considéré comme un simple spécimen à décortiquer. La confrontation physique entre l’homme moderne et son lointain ancêtre, au cœur de cet écosystème sauvage reconstitué de toutes pièces, est un des moments forts du film. Timothy Hutton est parfait en savant non conformiste et exalté. Mais c’est surtout la performance de John Lone qui impressionne. Ses pantomimes, ses mimiques et ses cris rauques pourraient être ridicules. Ils sont au contraire confondants de vérisme, appuyés par le remarquable travail de maquillage de Michael Westmore. Ces hommes qui se font face se positionnent ouvertement comme les deux facettes d’une même espèce. Chacun s’observe, se jauge, s’étudie, détaille les différences et surtout les ressemblances (le look hirsute de Hutton facilitant bien sûr cet effet miroir). Quelques visages familiers (notamment James Tolkan, le futur Mr Strickman de Retour vers le futur, et un jeune Danny Glover avant La Couleur pourpre et L’Arme fatale) affleurent au détour du casting de cette fable fascinante qui s’achève de manière vertigineuse et atypique.

 

© Gilles Penso

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L’ATTAQUE DES DONUTS TUEURS (2016)

Attention, c’est la panique : des beignets cuits dans de l’huile de friture irradiée se transforment en créatures assoiffées de sang !

ATTACK OF THE KILLER DONUTS

 

2016 – USA

 

Réalisé par Scott Wheeler

 

Avec Justin Ray, Kayla Compton, Ben Heyman, Michael Swan, Philip Fallon, Aaron Groben, Lauren Compton, Kassandra Voyagis

 

THEMA MUTATIONS

Il y a les mauvais films volontairement drôles, les mauvais films involontairement drôles et les mauvais films qui voudraient être drôles sans y parvenir. L’Attaque des donuts tueurs appartient hélas à la troisième catégorie. Son réalisateur Scott Wheeler avait pourtant commencé sa carrière sur des chapeaux de roue. Grand spécialiste des effets spéciaux visuels, il contribua aux tours de magie numériques de plusieurs séries TV de renom telles que Xena la guerrière, X-Files, Buffy contre les vampires, De la Terre à la Lune, Millenium, Dune ou Battlestar Galactica. Mais à partir du début des années 2000, ses talents furent sollicités par de plus en plus de productions vidéo fauchées imitant les grands succès du moment (Boa vs Python, Robot War, Jurassic Commando, Mega Shark VS. Giant Octopus et des dizaines d’autres nanars du même acabit). Passé à la réalisation en 2008, il s’attacha aux mêmes genres de séries Z photocopiant les blockbusters des grands studios (Transmorphers, Avalanche Sharks, Martian Land). Il ne fallait donc pas s’attendre à des merveilles avec L’Attaque des donuts tueurs. Ce que le film a de meilleur, c’est probablement son titre. Et encore : ce dernier n’est que faussement novateur, puisqu’il se calque volontairement sur le mythique L’Attaque des tomates tueuses de John De Bello.

Johnny Wentworth (Justin Ray) vit chez sa mère (Kassandra Voyagis) et cohabite avec l’excentrique oncle Luther (Michael Swan). Ce dernier se prend pour l’Herbert West de Re-Animator, expérimentant un sérum sensé ressusciter un rat mort qui le transforme en bête féroce et vorace. On sent bien que c’est de là que le drame va poindre… Johnny gagne un salaire de misère dans un petit snack-bar minable nommé Dandy Donuts. Sa collègue de travail, Michelle Kester (Kayla Compton), n’est pas insensible à ses charmes, mais lui n’a d’yeux que pour la blonde Veronica (Lauren Compton), une petite-amie vénale et infidèle. Tout ceci n’est pas très passionnant, malgré les grimaces de Chris de Christopher qui tente de nous arracher quelques sourires dans le rôle du patron acariâtre Cliff affublé d’une perruque improbable. Et voilà que débarque l’oncle Luther, qui se dispute aussitôt avec Cliff et laisse échapper de la poche de sa blouse une étrange substance verdâtre. Celle-ci plonge aussitôt dans l’huile de friture où cuisent les donuts. Et là, c’est la panique. Car les savoureux beignets ronds, dès lors contaminés, se transforment en créatures voraces qui dévorent tout sur leur passage…

Beignets niais

Mal écrit, mal joué, pas terriblement réalisé, très modérément drôle, L’Attaque des donuts tueurs s’appuie sur des gags à base de flatulences toxiques, de déjections verdâtres et de timides effets gore. On sent bien que l’effet culte est en ligne de mire, mais cette micro-production à mi-chemin entre celles de Troma et celles d’Asylum se cherche sans trouver le ton juste. D’autant que la galerie de personnages secondaires caricaturaux qui surgissent sur le chemin des protagonistes (les clients, les voisins, les flics) n’apportent rien de très intéressant au film. On note qu’au milieu d’un casting de parfaits inconnus apparaît C. Thomas Howell (héros de Hitcher, Soul Man et L’Aube Rouge tout de même !) dans le rôle d’un policier hargneux et peu scrupuleux. Finalement, les personnages les plus intéressants restent les donuts eux-mêmes. Les petits monstres sucrés s’agitent avec beaucoup de dynamisme, exhibent de redoutables dents acérées, dévorent tous ceux qui passent à leur portée, crachent des jets acides, poussent des petits cris de Gremlins et rebondissent en émettant un bruit de ressort cartoonesque. Quant à ceux qui ont le malheur de les manger, dire que leurs intestins passent un mauvais quart d’heure est un doux euphémisme. Dommage que ces bestioles joyeusement absurdes ne soient pas au service d’une comédie d’horreur mieux construite et un tantinet plus exigeante.

 

© Gilles Penso

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LE SADIQUE À LA TRONÇONNEUSE (1982)

Un tueur psychopathe tout de noir vêtu se promène dans une université avec sa tronçonneuse pour découper les jolies étudiantes en morceaux…

PIECES / MIL GRITOS TIENE LA NOCHE

 

1982 – ESPAGNE / USA

 

Réalisé par Juan Piquer Simon

 

Avec Christopher George, Lynda Day George, Frank Braña, Edmund Purdom, Ian Sera, Paul L. Smith, Jack Taylor, Gérard Tichy

 

THEMA TUEURS

Dès que l’occasion de surfer sur les grandes tendances cinématographiques du moment se présentent, le réalisateur espagnol Juan Piquer Simon ne se fait pas prier, avec une prédilection assumée pour le genre fantastique sous toutes ses formes. Le King Kong de John Guillermin et Le Sixième continent de Kevin Connor ravissent le grand public ? Il se fend d’un Continent fantastique joyeusement opportuniste. Superman ravage tout au box-office ? Qu’à cela ne tienne, place à Supersonic Man ! Fatalement, l’ami Juan ne pouvait pas rester insensible à la vogue croissante du slasher déclenchée par Halloween et Vendredi 13. Il délaisse donc la cible familiale pour un public très averti et signe un film d’horreur déviant et sanglant connu sous de multiples appellations. Le titre espagnol, Mil gritos tiene la noche, est le plus poétique (« La nuit aux mille hurlements »). Celui utilisé à l’international joue la carte de l’efficacité : Pieces (autrement dit « morceaux »). En France, on n’y va pas par quatre chemins et on annonce clairement la couleur : Le Sadique à la tronçonneuse ! Écrit par le cinéaste américain Dick Randall (Le Château de l’horreur) et le producteur italien Roberto Loyola (Laisse aller… c’est une valse), le scénario original est trop court pour tenir sur la durée d’un long-métrage. Juan Piquer rallonge donc un peu la sauce en tenant compte des contraintes budgétaires. Tourné en Espagne – bien que l’intrigue se situe à Boston -, Le Sadique à la tronçonneuse est bouclé en quatre semaines, quelques jours supplémentaires étant nécessaires pour filmer les nombreux effets spéciaux gore.

Nous sommes à Boston en 1942. Dans sa chambre, un petit garçon s’applique à finir un puzzle, tandis que sa mère le regarde l’air attendri. Mais cette dernière change brusquement d’expression en découvrant que le puzzle représente une femme nue. Tandis qu’elle pique une violente crise de colère, faisant subitement basculer cette scène paisible dans l’hystérie, le garçon s’empare d’une hache et la massacre. Puis il la découpe joyeusement avec une scie ! La police, qui pense que l’assassin s’est échappé, place le petit Timmy chez sa tante. Quarante ans plus tard, le garçon n’a pas perdu son goût pour les puzzles féminins. Il sévit donc sur un campus universitaire où son passe-temps favori est l’équarrissage d’étudiantes à l’aide d’une tronçonneuse. Affublé de gants noirs, d’un costume sombre et d’un chapeau à larges bord qui évoquent à la fois le tueur de Six femmes pour l’assassin et le héros de la bande dessinée « The Shadow », le psychopathe défie la police…

Puzzles féminins

Le Sadique à la tronçonneuse s’inspire en partie des giallos italiens, dont il emprunte l’idée de meurtres esthétisés commis par un tueur en noir (l’attaque au couteau dans le waterbed), mais son imagerie est surtout empruntée aux slashers, référence assumée par la présence d’un poster de Vendredi 13 dans l’un des décors. Au-delà de l’influence évidente de Massacre à la tronçonneuse, les ombres de Psychose et de Maniac planent aussi sur le film, dans la mesure où notre désaxé découpe ses victimes féminines dans le but de reconstituer pièce par pièce le corps de sa mère, comme s’il s’agissait d’un puzzle géant ! Le mystère entretenu autour de l’identité du tueur se resserre rapidement autour de trois suspects, mais l’intrigue policière est sans doute l’aspect le moins intéressant du film. D’abord parce que l’enquête est menée sans conviction par un inspecteur qui semble occupé ailleurs (jusqu’à demander à un étudiant et à une joueuse de tennis de lui prêter main forte !), ensuite parce que les incohérences du scénario s’enchaînent sans le moindre scrupule. D’ailleurs, comment un type habillé comme un justicier de comic book des années 40 et armé d’une tronçonneuse peut-il se promener dans les locaux de la fac sans jamais attirer l’attention ? Sans compter les séquences qui semblent ajoutées artificiellement au film sans aucune justification : la fille sur le skateboard qui heurte une vitre, ou le professeur d’arts martiaux qui surgit au milieu de la nuit pour se battre contre l’héroïne puis s’enfuit tranquillement (il s’agit en fait de Bruce Le, imitateur de Bruce Lee qui tourne à l’époque un film pour le producteur Dick Randall et qui vient donc faire une apparition éclair absurde dans Le sadique à la tronçonneuse). Le film est surtout mémorable pour ses effets gore, obtenus la plupart du temps avec de vrais abats d’animaux et des matériaux récupérés directement dans une boucherie ! Juan Piquer poursuivra dans cette voie avec un Mutations plutôt gratiné.

 

© Gilles Penso

 

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THOR RAGNAROK (2017)

Le réalisateur Taika Waititi propose sa propre vision des aventures du super-héros viking : plus fun, plus décalée et plus rock’n roll…

THOR RAGNAROK

 

2017 – USA

 

Réalisé par Taika Waititi

 

Avec Chris Hemsworth, Tom Hiddleston, Cate Blanchett, Anthony Hopkins, Mark Ruffalo, Idris Elba, Jeff Goldblum, Tessa Thompson

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA MARVEL COMICS I MARVEL CINEMATIC UNIVERSE

Si les films estampillés Marvel ont toujours su laisser une place de choix à l’humour, Les Gardiens de la galaxie plaça le curseur assez loin dans le domaine, prouvant que la dérision impertinente pouvait s’avérer payante, sans pour autant céder à l’autosatisfaction faussement subversive d’un Deadpool. Le puissant Thor, dont les longs-métrages solo accusaient jusqu’alors une certaine rigidité pataude, tente à son tour la carte de la drôlerie à la limite du pastiche. Pour trouver le bon équilibre, c’est l’acteur/scénariste/réalisateur Taika Waititi qui est sollicité. Avec un tel homme à la barre – auteur du savoureux Vampires en toute intimité -, les choses étaient bien engagées. Le cahier des charges que s’impose Waititi est pour le moins prometteur : un rythme à cent kilomètres/heure, de gros enjeux dramatiques traités au second degré et une influence puisée dans le cinéma de genre décomplexé des années 80, Les Aventures de Jack Burton en tête. Comment ne pas s’emballer ? Le prologue de Thor Ragnarok donne le ton : ce film sera plus excentrique, plus irrévérencieux et plus rock’n roll que les précédents, tout en conservant un fort ancrage dans l’esprit des comic books originaux. En l’occurrence, ce sont ici les arcs narratifs « Ragnarok » et « Planète Hulk » qui servent d’inspiration majeure au scénario co-écrit par Eric Peasron, Craig Kyle et Christopher L. Yost.

Le rythme alerte voulu par le réalisateur s’affirme d’emblée. En moins de trente minutes de métrage, on change déjà six fois de décors (la grotte incandescente de Surtur, la cité d’Asgard, les rues de New York, le manoir du Docteur Strange, les côtes norvégiennes, une planète poubelle digne de Wall-E et les arènes de Sakaar). Waikiki ne cherche pas forcément à bousculer les spectateurs mais surtout à leur réserver des surprises en cascade. Thor est donc bringuebalé d’une situation à l’autre jusqu’à se retrouver gladiateur forcé au beau milieu d’autres combattants aux morphologies les plus variées. Dès lors, l’intrigue se scinde en deux actions parallèles principales. La première, volontiers cartoonesque, montre les retrouvailles musclées du héros nordique et d’un Hulk plus déchaîné que jamais (tous deux s’affrontent avec la même exubérance que des personnages des Looney Tunes). La seconde, plus sombre et plus apocalyptique, raconte l’ascension de la redoutable Hela, bien décidée à reconquérir le trône d’Asgard dont elle fut chassée par Odin et à éliminer tous ceux qui barreront sa route. Ces deux trajectoires narratives finissent bien sûr par converger pour un affrontement final à grande échelle.

L’armée des morts

En super-vilaine quasiment invincible, Cate Blanchett crève l’écran, adoptant un look qui la rend presque méconnaissable et révélant sa puissance le temps d’une poignée de séquences très explicite : elle réduit en bouillie le marteau de Thor d’une seule pression de la main puis anéantit en quelques secondes toute l’armée d’Asgard. Comment lutter contre une telle furie ? C’est d’ailleurs à elle que nous devons les séquences les plus dantesques du film, comme la résurrection des anciens guerriers d’Asgard, sorte d’armée des morts digne de Sam Raimi, ou le réveil du loup géant Fenrir. A l’exact opposé, Jeff Goldblum cabotine à souhait sous les traits d’un dictateur jovial et baroque, tandis que Chris Hemsworth et Tom Hiddleston laissent pleinement éclore le potentiel comique de leur jeu d’acteur. Stan Lee lui-même apparaît dans le rôle d’un coiffeur cyborg qui dotera Thor d’un tout nouveau look. La direction d’acteurs de Waititi passe par une bonne dose d’improvisation, laquelle se ressent notamment lors des dialogues entre Thor et Bruce Banner ou à chaque apparition de Goldblum. Quant à l’influence eighties de Thor Ragnarok, elle surgit de manière très distincte dans la bande originale composée par Mark Mothersbaugh, laissant cohabiter son orchestre symphonique avec des synthétiseurs tout droit échappés de chez Vangelis et Jean-Michel Jarre. Le pari est réussi : impossible de s’ennuyer face à Thor Ragnarok. Le revers de la médaille est qu’il ne laisse pas de souvenir impérissable après son visionnage.

 

© Gilles Penso

 

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CAPTAIN MARVEL (2019)

La première super-héroïne de l’univers Marvel à bénéficier d’un long-métrage solo est une guerrière surpuissante au passé énigmatique…

CAPTAIN MARVEL

 

2019 – USA

 

Réalisé par Anna Boden et Ryan Fleck

 

Avec Brie Larson, Samuel L. Jackson, Ben Mendelsohn, Djimon Hounsou, Lee Pace, Lashana Lynch, Gemma Chan, Annette Bening, Clark Gregg, Jude Law

 

THEMA SUPER-HÉROS I EXTRA-TERRESTRES I SAGA MARVEL COMICS I MARVEL CINEMATIC UNIVERSE

Contrairement au concurrent DC, les comics Marvel n’ont jamais été réputés pour leur capacité à concevoir des super-héroïnes aussi emblématiques que leurs homologues masculins. Aucune d’entre elles n’est honnêtement susceptible de rivaliser avec une Wonder Woman ou une Catwoman par exemple. La plupart des justicières Marvel se contentent en effet d’être des versions féminines de leurs collègues (Spider-Woman, Miss Hulk, Miss Marvel) ou des faire-valoir (Black Cat, la Sorcière Rouge, la Femme Invisible). Au cinéma, cette tendance s’affirme de la même manière. Black Widow, la Guêpe et même les X-Women restent généralement cantonnées à leurs rôles d’acolytes, laissant la part belle aux mâles musclés. Il était donc temps de donner la vedette à une super-héroïne en solo. De fait, Captain Marvel est plus qu’un film au sein du Marvel Cinematic Universe, c’est un symbole. Pour marquer le coup, les responsabilités artistiques sont autant que possible féminisées (le scénario, la bande originale, le montage, la direction artistique, les costumes). Ce souci d’équité ressurgit aussi au poste de la mise en scène, partagé par le duo Anna Boden et Ryan Fleck, signataire jusqu’alors de plusieurs comédies dramatiques (Sugar, Une drôle d’histoire, Under Pressure) et d’un certain nombre d’épisodes de séries TV. Force est de constater que nos duettistes prennent leur mission à cœur, offrant à Brie Larson un rôle savoureux sans tomber dans les travers caricaturalement féministes qui gangrèneront Black Widow deux ans plus tard.

Le film commence comme un space opera mouvementé, au cœur d’un conflit entre deux races extra-terrestres : les Kree et les Skrulls. Vers, une guerrière Kree, possède un grand pouvoir (notamment des poings qui lancent des photons destructeurs) mais ne contrôle pas encore suffisamment ses émotions, ce qui amenuise considérablement son efficacité au combat. Partie en mission dans une zone hostile avec son commandant et une petite équipe de soldats pour exfiltrer l’un des leurs, elle tombe dans une embuscade. Capturée par les Skrulls qui veulent soutirer une information logée dans son cerveau, Vers s’échappe et se crashe sur la Terre de 1995. Là, elle rencontre un Nick Fury jeune (qui n’est pas encore borgne) et apprend le secret déroutant de ses propres origines. Il semblerait en effet qu’elle ait eu une vie antérieure sur Terre en tant que pilote de l’US Air Force à la fin des années 80, sous le nom de Carol Danvers. S’agit-il d’une illusion créée par les Skrulls ou possède-t-elle réellement des racines terriennes ?

« Merci Stan »

Terriblement sous-exploitée dans Kong : Skull Island où elle jouait les substituts ternes de Fay Wray, Brie Larson trouve avec Captain Marvel un rôle à sa mesure, parfait équilibre d’humour, de charme et d’énergie. Si Jude Law assure le service minimum en mentor glacial et si Ben Mendelsohn nous ressert le couplet habituel de l’antagoniste haut gradé, il faut avouer que voir Samuel L. Jackson jouer les agents spéciaux dans une intrigue située au milieu des années 90 (donc à l’époque où l’acteur crevait l’écran dans Pulp Fiction) a quelque chose d’euphorisant. En redescendant sur le plancher des vaches après son prologue spatial, le film nous offre une scène de poursuite efficace avec un métro et des véhicules de police, sous influence manifeste de French Connection. L’intrigue se pare d’éléments d’espionnage, de faux-semblants et de trahisons, le tout complexifié par le fait que les Skrulls ne cessent de changer de visage et d’imiter les traits de ceux qu’ils croisent. Les apparences sont d’ailleurs trompeuses dans le film. C’est sans doute l’un des aspects les plus intéressants du scénario, qui joue habilement sur la mécanique du souvenir parcellaire et énigmatique dont le protagoniste ne pourra reconstituer l’intégralité qu’à mi-parcours du récit. Captain Marvel manque sans doute de cohérence globale, alternant les séquences inspirées (des « dogfights » vertigineux dont l’un dans un canyon hérité de La Guerre des étoiles et Independence Day) et les moments d’humour artificiels (les facéties du « Flerken », un combat dédramatisé par l’ajout d’un tube de Gwen Stefani dans la bande son). Captain Marvel demeure un opus sympathique de la grande saga démarrée avec Iron Man, dédié à Stan Lee qui s’éteignit pendant le montage. Le film commence donc par un logo Marvel entièrement repensé en son honneur, suivi de la mention : « Merci Stan ».

 

© Gilles Penso

 

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LE FESTIN DE LA MANTE (2003)

Mue par une force surnaturelle, une femme au comportement de mante religieuse assassine chacun de ses partenaires après l’acte d’amour…

LE FESTIN DE LA MANTE

 

2003 – BELGIQUE

 

Réalisé par Marc Levie

 

Avec Lou Broclain,Yann Chely, Sacha Kollich, Adèle Jacques, Hugues Hausman, Michel de Warzee, Serge Swysen

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

La Belgique s’affirme régulièrement comme l’un des derniers bastions de l’innovation et de la surprise en matière de cinéma de genre, loin du formatage américain et de l’intellectualisation française. Berceau d’œuvres aussi divergentes que Malpertuis ou C’est arrivé près de chez vous, elle nous livre en 2003 un Festin de la Mante pour le moins osé. Premier long-métrage de Marc Levie, qui en avait l’idée en tête depuis une bonne quinzaine d’années, Le Festin de la Mante raconte l’histoire d’une femme mante religieuse condamnée à occire les hommes qu’elle aime, ni plus ni moins. Mais loin des Wasp Woman et autres Le Vampire a soif, cet insecte tueur déguisé en femme n’est un monstre qu’à travers son comportement, car jamais elle ne prend l’aspect physique de la mante, Levie se refusant à user d’effets spéciaux spectaculaires. Lorsque le violoncelliste Julien la rencontre dans le sud de la France, elle lui dit se prénommer Sylvia. Tombé sous son indiscutable charme printanier, il tombe dans ses bras et l’épouse peu après. Mais la belle refuse de consommer leur amour, car elle ne veut pas perdre Julien. Or toute relation sexuelle entraîne inévitablement la mort de son partenaire. Ses précédents amants en ont fait les frais.

Alors que sa liaison avec son époux demeure frustrante et platonique, Sylvia se laisse séduire par Patrick, jeune chien fou prêt à prendre tous les risques pour pimenter sa vie. A ce dernier, elle se donne physiquement, pleinement et sauvagement. Car il lui faut assouvir son besoin meurtrier, sans lequel elle dépérira et cessera de reproduire son espèce hybride. A la fois fasciné et effrayé par cette relation étrange et autodestructrice, Patrick ignore évidemment l’issue fatale qui lui est réservée. Le chevauchant nue au moment de l’ultime extase, Sylvia serrera sa gorge dans ses mains soudain animées d’une puissance surhumaine et l’étranglera jusqu’au dernier souffle, orgasme et mort s’entremêlant ainsi inéluctablement. Lorsque Julien découvre l’amant, sa première réaction est violente et sans appel. Mais peu à peu, il comprend la véritable nature mi-femme mi-mante de son épouse. Fou d’amour, il est prêt à tous les sacrifices : la laisser en aimer un autre pour mieux le tuer, voire s’offrir lui-même en pâture aux jolies mandibules de Sylvia…

La prédatrice

Chez Marc Levie, l’amour et la mort sont donc indissociables, le fantastique est métaphorique et poétique, le prédateur prend le visage d’un ange ingénu, et les notions de fidélité, de désir et de passion s’entrechoquent loin des lieux communs de l’éternel trio amant/mari/femme. Audacieux et surprenant, Le Festin de la Mante est quelque peu desservi par une mise en scène timide qui aurait manifestement mérité des moyens plus conséquents et par l’interprétation moyennement convaincante de Yann Chely dans le rôle du terne Julien. En revanche, Lou Broclain, en troublante Sylvia au double visage, et Sacha Kollich, interprète du doux-dingue Patrick, crèvent l’écran et portent une grande partie du film sur leurs épaules. La séquence de la tarentule se promenant sur le visage de Sylvia, la première rencontre du couple illégitime ou le dénouement enlinceulé de neige font partie des moments mémorables de ce conte décidément hors norme.

 

© Gilles Penso


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LA MALÉDICTION DE LA MOUCHE (1965)

Cette seconde suite de La Mouche noire prend des libertés avec les films précédents pour mettre en scène de nouvelles mutations monstrueuses…

CURSE OF THE FLY

 

1965 – GB

 

Réalisé par Don Sharp

 

Avec Brian Donlevy, George Baker, Carole Gray, Yvette Rees, Burt Kwouk, Mary Manson, Michael Graham, Rachel Kempson, Jeremy Wilkins, Charles Carson

 

THEMA MUTATIONS I SAGA LA MOUCHE

Pour bénéficier d’un certain nombre d’avantages fiscaux, le producteur Robert L. Lippert (Le Continent perdu, Le Monstre, Je suis une légende) initia plusieurs films en Angleterre. C’est donc là qu’il mit sur pied cette seconde suite de La Mouche noire en réunissant deux membres clés du film d’horreur WItchcraft dont il s’occupa en 1964 : le co-producteur Jack Parsons et le réalisateur Don Sharp (qui signa Le Baiser du vampire pour la Hammer). Officiellement, La Malédiction de la mouche prend la suite de La Mouche noire et du Retour de la mouche. Mais le scénario de Harry Spalding prend beaucoup de libertés avec la continuité des deux films précédents, se contentant d’emprunter les éléments qui l’arrangent en laissant de côté les autres. L’inspecteur de police Charas, initialement incarné par Herbert Marshall, est ici joué par Charles Carson. Vincent Price, pour sa part, est absent de la distribution car il est alors sous contrat chez American International Pictures. Restent donc de nouveaux personnages, dont un Henri Delambre qu’incarne Brian Donlevy (le professeur Quatermass de La Marque) là où Don Sharp aurait largement préféré Claude Rains (L’Homme invisible). Sharp s’avouera par ailleurs déçu par le scénario de ce film, auquel il accorde cependant le crédit d’une scène d’ouverture très réussie.

En effet, La Malédiction de la mouche démarre de manière très intrigante. Une vitre se brise d’abord en mille morceaux. Puis une mystérieuse jeune femme en sous-vêtements (Carole Gray) sort par la fenêtre et s’enfuit au ralenti dans la forêt. Elle s’échappe de l’institut psychiatrique Fournier puis court au milieu des bois pendant toute la durée du générique. C’est alors qu’elle croise la route de Martin Delambre (George Baker), un scientifique qui lui prête des vêtements et la conduit à l’abri sans lui poser de question. Il apprend tout juste son nom : Patricia Stanley. Tous deux finissent par tomber amoureux et se marient en toute discrétion. Mais Patricia et Martin ont des secrets qu’ils ne sont pas prêts à partager. Elle s’est évadée de l’institut qui la soignait de sa dépression nerveuse suite à la mort de sa mère. Lui, de son côté, pratique des expériences sur la téléportation avec l’aide de son père. Mais les essais effectués jusqu’alors ont laissé d’horribles séquelles aux cobayes du dispositif. Martin lui-même souffre d’un mal congénital qui prend la forme de crise brutales le pliant en deux de douleur. Seul un sérum de son invention peut le calmer, sans lequel sa peau se flétrit en accéléré. On ne peut donc pas dire que ce couple parte sur des bases très saines…

La révolte des mutants

Le motif de l’apprenti-sorcier (hérité de “Frankenstein“) nimbe tout le film, notamment à travers le personnage d’Henri Delambre, exalté, qui affirme « trois générations de Delambre ont dédié leur vie à cette œuvre » sans s’émouvoir outre-mesure des conséquences désastreuses de ces expériences. Mais une autre source d’inspiration jette son ombre sur le métrage : Rebecca d’Alfred Hitchcock, d’après le célèbre roman de Daphné du Maurier. Il est en effet difficile de ne pas penser au classique de 1940 lorsque la nouvelle épouse de Martin Delambre cherche à trouver ses marques dans cette grande demeure encore hantée par la présence de la première femme du savant, se heurtant à l’accueil glacial d’une gouvernante qui fait tout pour accroître le malaise. « Vous êtes tous contre moi » finira par s’exclamer Patricia, développant une paranoïa bien compréhensible. Le grand moment de La Malédiction de la mouche est la révélation des mutants contrefaits victimes des expériences ratées des Delambre. L’un est une sorte de catcheur au visage partiellement effacé, l’autre un être malingre et gémissant. Quant à Judith, la fameuse ex-femme, elle est affublée d’affreuses malformations sur la moitié de son corps. Les maquillages conçus par Harold Fletcher (Les Innocents) ne sont pas d’une folle subtilité, mais l’effet perturbant reste efficace. La Malédiction de la mouche n’attira guère les foules au moment de sa sortie. Il faut dire que la promesse était mensongère, dans la mesure où aucune mouche ne montre le bout de ses mandibules dans le film. Nous connaissons donc la réponse à la question qu’affiche le générique de fin : « Is this the end ? » Oui, c’est bien la fin de la saga, jusqu’à sa résurrection par David Cronenberg. On note d’ailleurs que La Mouche 2 de Chris Walas emprunte plusieurs de ses idées narratives et visuelles à La Malédiction de la mouche. Car au pays des mutants, rien ne se perd, tout se transforme.

 

© Gilles Penso


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ROBOWAR (1988)

Une imitation italienne de Predator dans laquelle un commando de gros bras affronte en pleine jungle un robot tueur…

ROBOT DE LA GUERRA

 

1988 – ITALIE

 

Réalisé par Bruno Mattei

 

Avec Reb Brown, Catherine Hickland, Massimo Vanni, Romano Puppo, Claudio Fragasso, Luciano Pigozzi, Max Laurel, Jim Gaines, John P. Dulaney, Mel Davidson

 

THEMA ROBOTS

Roi de l’imitation à petit budget des succès du cinéma de genre, Bruno Mattei mange à tous les râteliers. Quand Zombie fait recette, il tourne Virus cannibale. Pour répondre à New York 1997, il réalise Les Rats de Manhattan. Face au Caligula de Tinto Brass, il signe Caligula et Messaline. L’homme n’a pas froid aux yeux, compensant ses moyens souvent anémiques par les raccourcis les plus divers et opposant au prestige de ses modèles un sens du mauvais goût parfaitement assumé, propre à flatter les instincts les plus primaires de ses spectateurs. Lorsque Predator crève les écrans en 1987, mêlant avec panache le film de commando et la science-fiction, Mattei flaire une nouvelle occasion de s’adonner à son exercice préféré : le plagiat low cost. Voici donc Robowar, variante fauchée du classique de John McTiernan qui pioche aussi son inspiration du côté de Rambo, de Portés disparus, de Terminator et de Robocop. Sous son pseudonyme habituel de Vincent Dawn, le réalisateur tourne aux Philippines avec une escouade de gros bras, émules de Chuck Norris et d’Arnold Schwarzenegger, menés par le très inexpressif Reb Brown que les amateurs connaissent déjà grâce à la version seventies de Captain America et au délirant Yor le chasseur du futur.

Le sculptural Brown incarne ici le major Murphy Black, vétéran de guerre devenu chef d’un commando de durs à cuire surnommé BAM (pour « Big Ass Motherfuckers » !). Leur nouvelle mission les transporte dans une jungle hostile où l’officier Mascher (Mel Davidson) se joint à eux pour déjouer un ennemi inconnu. La grande majorité du métrage est donc constituée de séquences interminables où les acteurs se promènent dans la forêt en simulant un effort extrême et en donnant des coups de machette dans les buissons, le visage tendu et le muscle bandé. Pour chasser la torpeur qui s’installe chez les spectateurs, Mattei nous rappelle qu’il fut le réalisateur de Virus Cannibale en montrant régulièrement d’affreux cadavres en putréfaction jonchant le chemin de nos fiers guerriers. Émules de John Rambo, les héros sauvent une bénévole envoyée par les Nations Unies (Catherine Hickland) puis affrontent des dizaines de guérilleros dans un petit village. Là, les cascades, les explosions et les fusillades se déchaînent, à grands coups de jets de grenade et de tirs de bazookas. Nous avons même droit à une reprise fidèle du célèbre « gag » de Predator : le lancer de couteau dans le corps d’un ennemi suivi d’un mot d’esprit décalé. Au légendaire « Aiguise-moi ça » de Schwarzy, Reb Brown préfère un plus sage « Ne bouge pas » après avoir cloué son ennemi contre une porte.

Rambo contre Robocop

Mais le véritable danger n’apparaît que plus tard, lorsque Mascher avoue l’objet réel de cette mission : faire cesser les activités d’Omega-1, un cyborg surpuissant créé pour intervenir au milieu des guérillas. La machine ayant échappé à tout contrôle, nos musclors ont du fil à retordre. Si ce n’est qu’en guise de monstre mécanique émule de Terminator et de Robocop, nous avons droit à un pauvre acteur qui étouffe dans une combinaison de motard noire avec casque intégral et larges épaulettes. Pour l’anecdote, c’est Claudio Fragasso, le scénariste du film, qui incarne la créature. Sous la chaleur étouffante des Philippines, il s’évanouira plusieurs fois pendant le tournage. Adepte du lancer de couteaux, du tir de rayons laser et même du déploiement furtif d’un tentacule façon docteur Octopus, le cyborg reste l’attraction principale du film, sa vue subjective étant symbolisée par d’horribles images pixellisées. De grands moments d’humour involontaire jalonnent le film, notamment lorsque les membres du commando mitraillent à l’aveuglette en hurlant comme des dératés et vident inutilement leurs chargeurs sur des fougères. Une musique électronique pénible signée Al Festa et une chanson rock parfaitement hors sujet qui surgit au beau milieu du film (« I Trust » vociféré par le groupe Metallo Italia) achèvent de muer Robowar en objet de culte pour tous les amateurs de séries Z de science-fiction.

 

© Gilles Penso


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