VOYAGE DANS LA PRÉHISTOIRE (1954)

Le cinéaste tchèque Karel Zeman redouble d’inventivité pour conter l’aventure d’un quatuor d’enfants qui remontent le temps…

CESTA DO BRAVEKU

 

1954 – TCHÉCOSLOVAQUIE

 

Réalisé par Karel Zeman

 

Avec Josef Lukas, Petr Herrman, Zdenek Hustak, Vladimir Bejual

 

THEMA DINOSAURES I EXOTISME FANTASTIQUE I VOYAGES DANS LE TEMPS

Pour bien apprécier Voyage dans la préhistoire, il faut oublier le rythme effréné auquel se plient habituellement les films d’aventure et se laisser couler dans cette lente traversée initiatique qui – tant pis pour le lieu commun – a tout à fait les allures d’un livre illustré soudain doué de vie, spécialité dans laquelle Karel Zeman est passé maître au fil de ses œuvres enchanteresses. Voyage dans la préhistoire est son tout premier long-métrage, après de nombreux films courts laissant la part belle aux marionnettes animées image par image. Le récit s’articule autour d’une trame extrêmement simple : quatre enfants passionnés de préhistoire entrent dans une grotte qui leur permet de remonter en barque le fleuve du temps et de visiter toutes les grandes étapes géologiques de la Terre, de l’ère glaciaire au silurien en passant bien entendu par l’âge des dinosaures. C’est l’occasion pour eux de rencontrer des mammouths velus, des rhinocéros laineux, des girafes géantes, des stégosaures, un brontosaure, un cératosaure ou encore des ptérodactyles.

Extrêmement pédagogique, le film ne se permet aucun écart scientifique, ni dans la chronologie, ni dans l’aspect des créatures innombrables qui s’animent sous les yeux ébahis des jeunes héros, ni dans leurs noms et leurs mœurs. Voyage dans la préhistoire vaut ainsi tous les livres pour enfants sur la faune et la flore du passé. Zeman s’attache d’ailleurs les services d’un paléontologue de l’université de Prague, le professeur Augusta, auteur d’un livre de référence en la matière, « L’Encyclopédie de la préhistoire ». Du point de vue technique, Zeman redouble d’ingéniosité, mélangeant l’animation image par image, les silhouettes découpées et les marionnettes mécaniques pour donner vie à la vingtaine d’animaux préhistoriques qui déambulent dans le film, entremêlant les décors peints, les maquettes et les accessoires grandeur nature pour figurer la végétation antédiluvienne, remplaçant même les enfants par des figurines mécaniques ou animées en stop-motion le temps de quelques plans furtifs. Des créatures fabriquées en taille réelle sont également mises à contribution pour décrire la faune antédiluvienne, notamment un mammouth et un cadavre de stégosaure.

Le fleuve du temps

Ce mélange des techniques empêche le spectateur de déceler le vrai du faux, plonge l’ensemble du film dans une atmosphère purement féerique, et permet de visualiser quelques scènes d’une beauté surréaliste, comme le guépard qui ronronne férocement sur une branche au-dessus d’un des jeunes protagonistes, l’orage qui se déchaîne sur le paysage volcanique que traverse le quatuor en barque, la horde de girafes préhistoriques qui traverse la forêt, la bataille sauvage entre deux rhinocéros laineux, l’apparition du Phororhacos qui annonce celui de L’Île mystérieuse, l’attaque des ptéranodons ou le combat entre un stégosaure et un cératosaure dans la lumière rouge du crépuscule. En 1966, la société de production « New Trends Associates » récupère les images du film de Karel Zeman et les remonte, sous la supervision de William Cayton, sous prétexte de l’adapter au public américain, en le distribuant sous le titre Journey to the Beginning of Time. Les quatre garçons tchèques sont remplacés par des teenagers américains et cette fois-ci le fleuve qu’ils traversent prend sa source sous Central Park ! Autant dire que ce nouveau montage, truffé d’images de volcans issues de divers documentaires, fait beaucoup perdre de son charme à l’œuvre originale.

 

© Gilles Penso

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BRUCE TOUT-PUISSANT (2003)

Pendant sept jours, Dieu donne à un homme ses pouvoirs et lui demande de gérer le monde à sa place…

BRUCE ALMIGHTY

 

2003 – USA

 

Réalisé par Tom Shadyac

 

Avec Jim Carrey, Jennifer Aniston, Morgan Freeman, Lisa Ann Walter, Philip Baker Hall, Catherine Bell, Steve Carell

 

THEMA DIEU, LES ANGES ET LA BIBLE

Avec à son palmarès des « œuvres » aussi peu marquantes qu’Ace Ventura, Professeur Foldingue ou Menteur menteur, Tom Shadyac semble accumuler les comédies comme on travaille à la chaîne, sans passion ni innovation, se contentant la plupart du temps d’une mécanique éprouvée et bien huilée, dénuée d’âme et concoctée à l’instar d’une recette ayant fait ses preuves. Comme on pouvait s’y attendre, Bruce tout-puissant ne déroge pas vraiment à la règle, donnant la vedette à un Jim Carrey qui en fait des tonnes pour nous rappeler, après les échecs de Man on the Moon et The Majestic, qu’il est toujours le parfait équivalent en chair et en os des dessins animés de Tex Avery. À ses côtés, Morgan Freeman assure le service minimum dans un registre où il n’est visiblement pas tout à fait à son aise, tandis que Jennifer Aniston semble un peu dépassée par les événements, comme si elle éprouvait quelques difficultés à gérer correctement sa carrière post-Friends.

Le concept de Bruce tout-puissant s’inspire largement de celui de L’Homme qui faisait des miracles que Lothar Mendes réalisa en 1936 d’après un scénario de Herbert George Wells en personne. Ici, Carey incarne Bruce Nolan, un journaliste cantonné aux reportages régionaux insignifiants, alors qu’il brigue depuis longtemps le poste de présentateur du 20 heures. Déçu par sa stagnation professionnelle et par sa vie de couple de plus en plus morose, il finit par craquer et s’en prend directement à Dieu, l’accusant de tous les maux. Celui-ci répond illico, et le met au défi de mieux gérer le monde que lui, en le dotant pendant sept jours de tous ses pouvoirs. Grisé, Bruce utilise sa toute-puissance pour obtenir enfin ce qu’il souhaite, mais il y a évidemment un revers de la médaille…

Aide-toi et le Ciel t’aidera

Conçu comme un conte de fées moralisateur, Bruce tout-puissant véhicule un message pour le moins douteux, qui semble d’abord être le classique « aide-toi et le Ciel t’aidera » mais qui s’avère plutôt pencher vers le « au lieu de t’évertuer à faire le bien autour de toi, pense d’abord à ton propre bonheur ». Édifiante, cette ode à l’égoïsme n’est même pas tempérée par un second degré salvateur. Car le scénario opte pour une tonalité binaire, soit comique, soit sentimentale, mais jamais les deux en même temps, tandis que la pesante et omniprésente partition de John Debney croit bon de souligner grossièrement chaque effet. Restent quelques effets spéciaux surprenants, comme l’embouteillage qui s’écarte tel la Mer Rouge, le tiroir gigantesque qui contient toutes les informations sur Bruce, les sept doigts dont s’affuble soudain la main de ce dernier ou l’invasion de post-it. Reconnaissons également la réussite d’une poignée de séquences comiques, notamment lorsque le présentateur du JT, rival de Bruce, perd tout contrôle en plein direct et se met à bégayer atrocement, ou lorsque le chien prend l’habitude de faire ses besoins aux toilettes. Mais la majorité des gags, hélas, tombe plutôt à plat, comme cette mauvaise imitation de Clint Eastwood, carrément embarrassante tant elle traîne en longueur. Le bilan est donc plutôt négatif pour ce Bruce tout-puissant qui connut pourtant un succès assez remarquable au box-office américain.

 

© Gilles Penso

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L’ÉLUE (2000)

Le réalisateur de The Mask confronte Kim Basinger à une secte satanique préparant le retour du diable sur Terre…

BLESS THE CHILD

 

2000 – USA

 

Réalisé par Chuck Russell

 

Avec Kim Basinger, Jimmy Smits, Rufus Sewell, Christina Ricci, Ian Holm, Holliston Coleman, Angela Bettis, Miichael Gaston

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Marchant sur les traces de La Malédiction, L’Élue s’efforce de traiter la thématique du diable et de ses apôtres sous le jour le plus réaliste possible. Kim Basinger y incarne Maggie O’Connor, une infirmière qui se retrouve du jour au lendemain avec un bébé sur les bras, celui de sa sœur Jenna (Angela Bettis) qui s’enfuit sans laisser de traces le soir de Noël. Devenue sa mère adoptive, Maggie élève la petite Cody jusqu’à l’âge de six ans. Là, Jenna fait sa réapparition et réclame la garde de sa fille. Elle est désormais mariée à Eric Stark (Rufus Sewell), ancienne star d’une série TV genre Happy Days reconvertie en gourou d’une puissante secte baptisée « l’aube nouvelle », et qui n’est pas sans rappeler la bonne vieille scientologie. Maggie n’est pas très rassurée par ce couple improbable, mais bien vite Cody est kidnappée. Tandis que l’inspecteur John Travis (Jimmy Smits) mène l’enquête, il devient clair que « l’aube nouvelle » est un culte satanique. Cody possédant des pouvoirs littéralement divins, Stark entend bien la pervertir pour qu’elle puisse servir son maître au front cornu et à la queue fourchue.

Le point de départ n’est pas inintéressant, mais il est d’emblée desservi par l’interprétation faible de Kim Basinger. Cette dernière, d’une expressivité toute relative, réagit mollement aux événements, notamment lorsque Christina Ricci, dans le rôle d’une ancienne adepte de la secte, lui en décrit les atroces agissements, notamment l’assassinat récent d’une série d’enfants. Jimmy Smits, de son côté, joue le flic avec efficacité mais sans éclat, suivant tranquillement la trace du personnage qu’il incarnait dans la série N.Y. Police Blues. Reste Rufus Sewell, ex-héros de Dark City, qui s’avère très convaincant en gourou charismatique et malfaisant, ainsi que la petite Holliston Coleman, débordant de naturel dans le rôle de Cody. Quelques séquences choc ponctuent le récit, comme la décapitation dans le métro, le meurtre aux aiguilles à tricoter (!), la voiture lancée à vive allure sur une autoroute à contresens, la horde de rats qui envahissent le lit de Cody ou encore les nuées de gargouilles en 3D qui voltigent dans les cieux.

Une morale de catéchisme

Tout ça se suivrait avec entrain si le film ne se sentait pas obligé de nous délivrer une morale de catéchisme des plus basiques, nous rappelant au passage que c’est l’ultra-catholique Mel Gibson qui produit L’Élue. Le scénario véhicule même un message réactionnaire des plus déplaisants, tout droit sorti de la bouche du curé brièvement interprété par Ian Holm, et qu’on pourrait résumer ainsi : la plus grande victoire du diable est que personne ne croit plus en lui, et que la notion de Mal est devenue politiquement incorrecte. Autrement dit, le film prône le retour à la bigoterie d’antan, à une lecture de la Bible au tout premier degré, et à la croyance manichéenne des notions de bien, de mal, de dieu, de diable, de paradis et d’enfer. On ne s’étonnera donc pas de trouver, au beau milieu des récurrentes hallucinations de Maggie, un Satan fidèle en tout point à l’imagerie d’Épinal la plus commune, ainsi qu’une lumière divine et de jolis anges immaculés. Chuck Russell était tout de même plus enthousiasmant lorsqu’il réalisait des œuvrettes sans prétention comme Freddy 3, Le Blob et The Mask.

 

© Gilles Penso


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LE CHAT CHAPEAUTÉ (2002)

Dans cette adaptation colorée d’un classique de Dr Seuss, Mike Myers entre dans la peau d’un félin excentrique…

THE CAT IN THE HAT

 

2002 – USA

 

Réalisé par Bob Welch

 

Avec Mike Myers, Alec Baldwin, Kelly Preston, Dakota Fanning, Spencer Breslin, Amy Hill, Sean Hayes, Danielle Chuchran

 

THEMA CONTES

Malgré sa relative médiocrité, Le Grinch remporta un immense succès et incita le producteur Brian Grazer à adapter un autre conte classique la littérature pour enfants, signé cette fois-ci Dr. Seuss. Dès les premières secondes du Chat chapeauté, au cours desquels les logos Dreamworks et Imagine apparaissent sous forme de dessins animés, le film de Bo Welch laisse présager quelque chose de plus consistant que l’opus caricatural de Ron Howard. Les partis pris artistiques sautent immédiatement aux yeux par leur audace et leur caractère volontairement excessif. Tout y est coloré avec exubérance, très aseptisé, parfaitement ordonné. On se croirait dans le monde en papier peint décrit par le romancier Raphaël Lafferty dans « Le Monde comme volonté et revêtement mural ». Cette réussite visuelle est à mettre en grande partie au crédit du chef décorateur Alex McDowell (Blade Runner, Minority Report). « Dans le cas du Chat chapeauté, le travail de design a quasiment été partagé entre le réalisateur et moi », explique-t-il, « car Bo Welch était à la base l’un des meilleurs chefs décorateurs de son temps avant de passer à la mise en scène. » (1) Welch signa en effet les décors d’une bonne trentaine de longs-métrages comme Génération perdue, Beetlejuice, S.O.S. fantômes 2, Edward aux mains d’argent, Batman le défi ou Men in Black.

C’est dans cet univers improbable et multicolore qu’évolue Joan Walden (Kelly Preston), employée dans l’agence immobilière de l’excentrique Mister Humberfloop (Sean Hayes) obsédé par l’ordre et l’hygiène. Les deux enfants de Joan sont Sally (Dakota Fanning) et Conrad (Spencer Breslin). La première est une fillette trop sage, le second un garnement surexcité qui s’amuse à effectuer des cascades à domicile. Quant au voisin de Joan, Lawrence Queen (Alec Baldwin), il la drague sans finesse tout en l’incitant à inscrire Conrad dans une école militaire pour jeunes gens turbulents. Un après-midi, alors que Joan laisse les enfants sous la responsabilité d’une baby sitter taïwanaise narcoleptique, un chat bipède grand comme un homme, coiffé d’un chapeau et extrêmement bavard fait son apparition.

Sur les traces de Jim Carrey

C’est à partir de là que Le Chat chapeauté commence à battre de l’aile. Car le maquillage du facétieux félin, pourtant œuvre du talentueux Steve Johnson, ressemble à un déguisement issu d’un magasin de farces et attrapes. Quant à Mike Myers, un tantinet ventripotent pour le rôle, il semble vouloir imiter le jeu cartoonesque de Jim Carrey sans vraiment y parvenir. Étant donné que les deux comédiens n’ont pas vraiment le même registre comique, on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit d’une erreur de casting (d’autant qu’à l’origine, c’est Tim Allen qui était pressenti pour le rôle). Dès lors, le film devient lourd, les gags pesants, et le spectacle de Myers accumulant des mimiques ridicules en devient presque embarrassant. Ces problèmes sont évidemment accentués par l’anémie du scénario, se résumant à la mésaventure des deux enfants qui s’efforcent de réparer les catastrophes du chat chapeauté dans leur maison avant l’heure fatidique où leur mère devra donner une réception avec son patron et ses collègues de travail. Et même si Myers joue chaque fois qu’il le peut la carte du second degré et de l’autodérision, le conte demeure terriblement moralisateur et dégouline de bons sentiments. Du coup, l’aseptisation et la banalité qu’il semblait condamner deviennent finalement les normes idéales à l’issue du récit.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en juillet 2005

 

© Gilles Penso

 

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DEEP IMPACT (1998)

Un remake officieux du Choc des mondes qui présente aussi d’étonnantes similitudes avec Armageddon, sorti quasiment en même temps…

DEEP IMPACT

 

1998 – USA

 

Réalisé par Mimi Leder

 

Avec Robert Duvall, Tea Leoni, Elijah Wood, Vanessa Redgrave, Maximilian Schell, Morgan Freeman

 

THEMA CATASTROPHES

Motivée par une nouvelle génération d’effets spéciaux et par plusieurs prises de conscience environnementales, le cinéma catastrophe est revenu au goût du jour vers la fin des années 90, alimentant massivement les salles de cinéma du monde entier. À force de recycler les vieilles idées, des films aux sujets similaires ont fini par se bousculer à l’affiche. Ainsi, après les deux volcans successifs du Pic de Dante et de Volcano, voici la comète dévastatrice de Deep Impact, qui précéda de quelques mois celle d’Armageddon. Les deux scénarios sont tellement proches qu’on se demande comment le spectateur a pu se laisser embobiner deux fois de suite. Deep Impact commence par la découverte fortuite d’une comète fonçant droit sur la Terre par un adolescent de 14 ans (Elijah Wood, futur Frodon du Seigneur des Anneaux) grâce à son télescope amateur. La nouvelle est vite camouflée par Washington qui, pour éviter la panique, fait construire dans le plus grand secret un vaisseau spatial destiné à se poser sur la comète pour la détruire de l’intérieur. Un an plus tard, le public est enfin mis au courant par le président Tom Beck (Morgan Freeman). La journaliste Jenny Lerner (Tea Leoni) est choisie pour assurer la couverture médiatique de l’événement. La mission spatiale, dirigée par le vétéran Spurgeon Tanner (Robert Duvall), se pose sur la comète et la truffe d’explosifs. Hélas, l’expédition est un fiasco, et le danger est plus que jamais imminent…

Remake officieux du Choc des mondes, Deep Impact s’amorce de manière très intéressante, abordant le sujet par un faux problème de scandale politique pour finalement révéler l’ampleur de la catastrophe potentielle. Mais bien vite, une psychologie de soap opera prend le pas sur l’intrigue, décrédibilisant une grande partie des personnages dont les comportements excessifs n’ont rien de très convaincants. Les bons sentiments débordent jusqu’à l’écœurement, le président des États-Unis ne cesse d’invoquer la protection divine, les gens fâchés se réconcilient, les larmes coulent à grandes eaux… Bref, c’est un véritable tissu de clichés, et malgré le savoir-faire indiscutable de Mimi Leder derrière la caméra, c’est finalement dans les séquences d’effets spéciaux qu’il faut se réfugier pour trouver un véritable intérêt au film.

L’envol du messie

On garde donc en mémoire les plans de la comète suivie d’une sombre et sinistre traînée qui traverse le ciel diurne avec un réalisme effrayant, du vaisseau au nom éloquent de « Messie » dont le look évoque assez celui d’Aliens, et des séquences spatiale du film, très dynamiques et nerveuses, qui donnent l’impression d’avoir été filmées par un cameraman de reportage. Puis vient la catastrophe elle-même, amorcée par une vue spatiale de la comète s’écrasant sur Terre et provoquant une monstrueuse onde de choc. Le cataclysme se concrétise ensuite sous la forme d’un gigantesque raz de marée haut d’un kilomètre. Plus impressionnante que celles d’Abyss étant donné qu’elle est en mouvement, cette vague colossale est confondante de réalisme. Mais ce n’est encore qu’un amuse-bouche, le plus gros du cataclysme s’apprêtant alors à se déchaîner à l’écran avec une belle frénésie dont la furtivité s’avère hélas frustrante. Dommage donc que la réussite de Deep Impact ne soit que technique, ce que laissait déjà entrevoir le film précédent de Mimi Leder, un Pacificateur fort bien troussé mais désespérément dénué de finesse.

 

© Gilles Penso

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EMANUELLE ET LES DERNIERS CANNIBALES (1977)

Une journaliste sans pudeur mène l’enquête au cœur de la jungle amazonienne où règne une redoutable tribu anthropophage…

EMANUELLE E GLI ULTIMI CANNIBALI

 

1977 – ITALIE

 

Réalisé par Joe d’Amato

 

Avec Laura Gemser, Gabriele Tinti, Susan Scott, Donald O’Brien, Percy Hogan, Monica Zanchi, Annamaria Clementi, Dirce Funari

 

THEMA CANNIBALES

En 1974, Just Jaeckin propulse le cinéma érotique aux sommets du box-office avec Emmanuelle. Très réactifs, les réalisateurs italiens lancent illico Amore Libero, dans lequel l’héroïne se prénomme Emanuelle (avec un seul M pour éviter les problèmes juridiques). Dans le rôle principal, Laura Gemser y dévoile sans pudeur ses charmes exotiques. C’est le point de départ d’une série de films estampillés « Black Emanuelle », dont une demi-douzaine seront réalisés par Joe d’Amato. Celui-ci, pas encore spécialisé dans l’horreur, tente pourtant un mélange des genres avec Emanuelle et les derniers cannibales, connu également sous le titre guilleret Viol sous les Tropiques. À l’érotisme soft, d’Amato mêle ainsi les tribus sauvages mangeuses de chair humaine. « D’après une histoire vraie » ose annoncer le carton d’introduction, avant que le spectateur ne découvre Emanuelle, journaliste infiltrée dans une institution psychiatrique pour femmes et équipée d’une poupée dissimulant un appareil photo.

Là, une infirmière se fait agresser par une des pensionnaires qui lui dévore littéralement un sein. Un tatouage sur l’abdomen de la sauvageonne laisse imaginer qu’elle a été en contact avec la tribu cannibale Apiaca, qui sévissait quelque part sur le continent Sud-Américain mais a officiellement disparu depuis cinquante ans. Emanuelle mène l’enquête auprès du professeur Mark Lester (Gabriele Tinti), qui accepte de diriger pour elle une expédition en Amazonie. Sur place, nos tourtereaux sont rejoints par sœur Angela (Annamaria Clementi), la jeune Isabelle (Monica Zanchi), le chasseur McKenzie (Donald O’Brien), son épouse Maggie (Susan Scott) et le guide Salvadore (Percy Hogan). Entre deux scènes de fesses intercalées artificiellement dans le récit, Emanuelle et les derniers cannibales comporte son lot de clichés inhérents au film de jungle : périls de circonstance (serpents, sables mouvants), trahisons et convoitises (la carcasse d’un avion renferme des diamants) et romances contrariées (le chasseur lorgne sur le joli postérieur d’Isabelle tandis que son épouse le trompe avec Salvadore).

Chair fraîche

Au bout d’une heure, les cannibales daignent enfin se montrer. Sans atteindre la folie d’Anthropophagous, d’Amato nous livre quelques scènes gore gratinées. Les tétons de sœur Angela sont découpés au couteau pour servir d’apéritif et ses intestins font office de plat de résistance. Maggie se voit octroyer un coup de couteau en plein pubis avant que tout le monde ne plonge ses mains dans la blessure béante pour se mettre un petit quelque chose ensanglanté sous la dent ! Le sort de McKenzie n’est pas beaucoup plus enviable. Les Apiacas, décidément très inspirés, le coupent en deux à l’aide d’une corde serrée autour de sa taille. Afin de sauver Isabelle, droguée et violée par tous les hommes de la tribu, Emanuelle surgit alors des eaux en se faisant passer pour une déesse aquatique. Nue comme Eve et le ventre tatoué, elle nous offre une vision botticellienne plus envoûtante encore qu’Ursula Andress dans Docteur No. Après une poursuite finale au suspense plutôt efficace, cette aventure improbable s’achève sur un happy end précipité.

 

© Gilles Penso

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WEBS (2003)

Des électriciens ouvrent par mégarde la porte vers un monde parallèle où règnent des mutants dirigés par une araignée géante…

WEBS

 

2003 – USA

 

Réalisé par David Wu

 

Avec Richard Grieco, Kate Greenhouse, Colin Fox, Jason Jones, David Nerman, Richard Yearwood, Anthony Ashby, Jeffrey Douglas

 

THEMA ARAIGNÉES I MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES I EXTRA-TERRESTRES

À l’initiative de la chaîne de télévision Sci-Fi Channel, David Wu, monteur de nombreux films fantastiques (Jiang-Hu, La Fiancée de Chucky, Le Pacte des loups) et réalisateur de plusieurs épisodes de séries TV (Largo Winch, Les Tortues Ninja) s’est retrouvé à la tête du long-métrage Webs, dont le scénario a de quoi surprendre. Nous sommes dans la ville de Chicago, où une équipe d’électriciens vient inspecter un bâtiment désaffecté sur le point d’être démoli. En ouvrant une porte qui n’est indiquée sur aucun de leurs plans, ils découvrent un étrange laboratoire contenant ce qui semble être un réacteur nucléaire miniature. Réactivé par mégarde, celui-ci ouvre une porte vers un monde parallèle, et bientôt nos quatre électriciens sont happés pour se retrouver prisonniers dans un Chicago alternatif pour le moins effrayant. Là règnent les « soldats », des créatures mi-hommes mi-araignées qui se comportent comme les zombies de Romero. Le teint blafard, les dents acérées, les mains exagérément griffues, ils obéissent à une reine monstrueuse qui s’avère être une araignée géante à la morphologie surprenante.

Dotée de quelques attributs humains – notamment une poitrine féminine ! – cette bête animatronique fonctionne plutôt bien dans les gros plans, mais dès que la caméra élargit le champ, il faut bien avouer qu’on n’y croit plus vraiment. A vrai dire, Webs souffre moins de l’approximation de ses effets spéciaux que du manque de conviction de ses interprètes. Seule Kate Greenhouse, dans le rôle d’une des survivantes devenue dure à cuire au fil du temps, tire quelque peu son épingle du jeu. Richard Grieco, incarnant le chef des électriciens Dean, s’avère pour sa part franchement inexpressif. Quant à Craine (David Nerman), le gros dur antipathique du film, il conserve la même expression crispée de la première à la dernière minute. C’est donc sans véritable passion qu’on suit cette histoire de monstres anthropophages menaçant dans une cité dévastée une poignée de rescapés humains organisant comme ils peuvent leur résistance tout en évitant d’être trop bruyants – seul moyen pour ne pas être repérés par les créatures.

L’araignée tueuse venue de l’espace

Au fil du scénario, nous apprenons que cette araignée géante a une origine extra-terrestre, et qu’elle fit partie d’un plan d’invasion organisé par ses congénères trente ans auparavant et visant à réserver un sort peu enviable à tous les humains (en gros soit les dévorer, soit les transformer en zombies). Nous découvrons également que d’autres arachnides se sont implantés un peu partout sur terre, mais que seule la Reine a survécu à une terrible guerre survenue entre les monstres extra-terrestres et les terriens (quel dommage que l’étroitesse du budget ait empêché de visualiser de telles séquences !). Certes, David Wu parvient à ménager de bons moments de suspense, en particulier lors de l’assaut violent des « soldats » dans le repaire des humains. Mais Webs ne demeure que très modérément captivant, et s’achemine bon gré mal gré, au bout d’un certain nombre de péripéties répétitives et d’incohérences innombrables, vers une chute franchement ratée, conçue sur le mode classique du faux happy-end.

 

© Gilles Penso

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UNDEAD (2003)

Le premier long-métrage des frères Spierig raconte une spectaculaire invasion de zombies dans un paisible village australien…

UNDEAD

 

2003 – AUSTRALIE

 

Réalisé par Michael et Peter Spierig

 

Avec Felicity Mason, Mungo McKey, Rob Jenkins, Lisa Cunningham, Dirk Hunter, Emma Randall, Steve Grieg

 

THEMA ZOMBIES I EXTRA-TERRESTRES

Pour leur premier long-métrage, les frères Michael et Peter Spierig, formés au design graphique, se sont manifestement efforcés de créer un événement explosif dans la lignée d’Evil Dead et Bad Taste. Le jeune duo australien a donc concocté un audacieux petit film d’horreur mâtiné de science-fiction oscillant entre le premier et le second degré. L’intrigue prend pour cadre le paisible village de pêcheurs Berkeley, réputé pour son terrain de golf, son joli lac et ses habitants accueillants. Ex-« Miss Pêche », la jolie Rene (Felicity Mason) profite de l’héritage de ses parents pour quitter la ville et commencer une nouvelle vie ailleurs. Mais ses projets vont être sérieusement contrecarrés par une soudaine pluie de météorites qui transforme tous les êtres humains alentour en zombies assoiffés de chair humaine. Prise en chasse par une horde de morts-vivants, Rene trouve refuge dans la ferme de Marion (Mungo McKay), l’illuminé du village. Sous sa maison, ce dernier a fait installer un bunker dans lequel viennent bientôt les rejoindre deux policiers dépassés par les événements (Dick Hunter et Emma Randalll) et un jeune couple marié (Rob Jenkins et Lisa Cunningham). Tous les six décident de quitter la ville au plus tôt afin d’échapper à l’épidémie. Mais dehors, les zombies ne représentent pas la seule menace. Il va leur falloir également éviter les régulières pluies acides qui s’abattent sur Berkeley et les mystérieux rayons lumineux venus du ciel qui frappent au hasard humains et animaux.

À la lisière permanente de la parodie, Undead accumule les scènes gores amusantes, comme la vision de ces corps coupés en deux dont les jambes marchent encore ou ce visage arraché par un coup de pelle. Mais en ce domaine, il s’avère bien difficile de rivaliser avec les excès de Braindead, d’autant que la plupart des situations décrites ici, notamment les six héros assiégés par des zombies dans un lieu clos et les tensions internes qui s’y développent, sont devenues des classiques maintes fois recyclés depuis La Nuit des morts-vivants. L’originalité du propos n’est donc qu’apparente, malgré une poignée de personnages intrigants. En particulier le flic autoritaire raciste, machiste et surexcité, l’ancienne concurrente au concours Miss Pêche, qui développe une rancœur pour Rene, et surtout le taciturne Marion, armé jusqu’aux dents et coiffé d’un Stetson, qu’on croirait directement issu d’un western spaghetti.

Zombie spaghetti

L’intrigue finissant par fleurer le déjà vu, les frères Spierig sortent la grosse artillerie au cours d’un troisième acte délirant mettant en scène un vaisseau spatial gigantesque et des extra-terrestres en image de synthèse. La quantité d’effets spéciaux présents dans Undead est à ce titre impressionnante, quand on sait qu’ils furent majoritairement réalisés sur des ordinateurs personnels par les cinéastes eux-mêmes. Le manque de moyens ne freina donc pas l’ambition du film, mais cette nouvelle variante sur la thématique du zombie ne généra pas le culte tant espéré, car les facéties de sa mise en scène et les rebondissements de son intrigue ressemblent plus à une recette bien assimilée qu’à une démarche personnelle et profondément sincère. L’audacieux duo enchaîna ensuite avec d’autres films de genre tout autant ambitieux, notamment Daybreakers, Prédestination, Jigsaw et La Malédiction Winchester.

 

© Gilles Penso

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L’ABOMINABLE HOMME DES NEIGES (1954)

Dans cette série B à tout petit budget, une expédition scientifique part à la chasse au monstre dans les montagnes de l’Himalaya

THE SNOW CREATURE

 

1954 – USA

 

Réalisé par W. Lee Wilder

 

Avec Paul Langton, Leslie Denison, Teru Shimada, Robert Kino, Rollin Moriyama, Bill Phipps, Rudolph Anders, Darlene Fields

 

THEMA YÉTIS ET CHAÎNONS MANQUANTS

Artisan d’une série de films de science-fiction bon marché mais ambitieux (Le Fantôme de l’espace, Les Tueurs de l’espace), W. Lee Wilder se lança au milieu des années 50 dans L’Abominable homme des neiges, une histoire de yéti à vocation réaliste, voire quasi-documentaire dans sa première partie. D’où une poignée d’images d’archives et la voix-off du héros-narrateur structurée à la manière d’un carnet de bord. Son auteur, Frank Parrish, est un éminent botaniste venu étudier la flore des montagnes de l’Himalaya. Dans ce but, il a mis sur pied une petite expédition constituée d’un ami photographe et d’une dizaine de Sherpas, dont un guide parlant plus ou moins anglais. Les premiers jours d’exploration s’avèrent décevant, la végétation locale n’offrant que peu d’intérêt, mais Parrish est tenace. Soudain, au beau milieu de la nuit, surgit une grande créature velue humanoïde. Suivant la trace des grands monstres classiques qui le précédèrent, il avance d’un pas traînant, fait hurler d’épouvante une femme qui s’évanouit aussitôt, puis l’emporte dans ses bras dans un but et une destination qui nous échappent quelque peu.

Incapable de se payer un costume et un maquillage de yéti dignes de ce nom, le réalisateur prend le parti de le plonger constamment dans l’ombre sans jamais montrer son visage. Ce choix de mise en scène « par défaut » renforce finalement l’aspect documentaire du film, surtout lorsque la silhouette de l’abominable homme des neiges se détache sur les rochers à l’horizon, très proche des fameux films amateurs tournés jadis par de soi-disant témoins oculaires. Coincé par un timing et un budget étriqués, Wilder abuse cependant jusqu’à l’épuisement d’un plan inlassablement répété, dans lequel le yéti avance lentement vers la caméra, la figure savamment occultée par la pénombre. L’époux de la malheureuse kidnappée n’est autre que le guide de l’expédition. Il mène alors une « mutinerie », obligeant le biologiste à transformer son expédition scientifique en chasse au monstre.

Un Yéti dans la ville

Ce postulat n’est pas plus mauvais qu’un autre, mais le récit qui s’ensuit s’avère terriblement peu palpitant, alternant avec langueur les scènes de marche dans la montagne, de campement nocturne et d’apparitions furtives du yéti. L’intérêt est heureusement relancé par la capture de l’homme des neiges et son acheminement à Los Angeles. Le scénario prend alors une tournure devenue classique depuis Le Monde perdu et King Kong, c’est-à-dire le monstre ramené à la civilisation et s’échappant pour semer la panique en ville. Sur le papier, l’idée d’un yéti terrorisant piétons et automobilistes avait de quoi stimuler les esprits. Mais dans les faits, cette seconde partie s’avère à peine moins terne que la première, tant la mise en scène de Wilder manque de panache et de dynamisme. Ainsi l’inspecteur de police chargé de l’enquête passe-t-il le plus clair de son temps assis dans un bureau à attendre ou à montrer une carte de Los Angeles pour suivre les évolutions du monstre. On ne s’étonnera donc pas que le climax situé dans les égouts fasse l’effet d’un pétard mouillé et que le film lui-même n’ait guère marqué les mémoires.

 

© Gilles Penso

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FROM HELL IT CAME (1957)

Un indigène du Pacifique, victime d’un complot, revient d’outre-tombe sous forme d’un homme-arbre monstrueux et improbable !

FROM HELL IT CAME

 

1957 – USA

 

Réalisé par Dan Milner

 

Avec Tod Andrews, Tina Carver, Linda Watkins, John McNamara, Gregg Palmer, Robert Swan, Baynes Barron, Suzanne Ridgeway

 

THEMA VÉGÉTAUX

Dans la foulée de The Phantom From 10 000 Leagues, Dan Milner, un monteur américain né en Russie et passé furtivement à la mise en scène, dirigea From Hell it Came sous la supervision du producteur/scénariste Richard Bernstein. Sur un atoll du Pacifique, des indigènes aux tenues improbables, mi- africaines mi- hawaïennes, s’apprêtent à sacrifier l’un des leurs, Kemo, qu’ils accusent d’avoir empoisonné son propre père. Or le malheureux semble être l’objet d’un complot, et promet au sorcier Tano qu’il reviendra d’outre-tombe pour se venger. « Mort, je serai plus fort que toi vivant » lance-t-il avec aplomb. Après qu’il ait passé l’arme à gauche, ses congénères l’enferment dans un coffre en bois qu’ils enterrent soigneusement. Non loin de là, la civilisation prend le visage d’une petite équipe de scientifiques américains s’efforçant d’endiguer la peste qui sévit en ces contrées sauvages. Il se trouve qu’une légende locale parle de Tabanga, un arbre-monstre qui surgit des cimetières pour assouvir sa vengeance. Or une étrange souche est justement en train de pousser à l’endroit où Kemo a été enterré. Elle prend bientôt l’allure d’un visage grimaçant en bois, sécrète une espèce de sang vert et émet un battement de cœur, puis prend les allures d’un arbre massif et anthropoïde de deux mètres de haut. Nos savants le déracinent et le transportent dans leur labo pour l’analyser.

Mais le monstre s’échappe, et le spectateur, jusqu’alors perplexe, est finalement secoué d’un grand éclat de rire. Comment pourrait-il en être autrement face à ce figurant engoncé dans un costume en caoutchouc trapu, qui déambule dans les bois de manière pataude, les bras ballants, tandis que sa mâchoire claque mécaniquement ? Le Tabanga est donc l’un de ces monstres improbables du cinéma fauché des années 50, à ranger aux côtés des extra-terrestres à tête de chou d’Invasion of the Saucer Men ou du gorille casqué d’un aquarium dans Robot Monster. Au milieu de ses pérégrinations, l’homme-arbre interrompt un crêpage de chignon entre deux indigènes et en jette une – celle qui fut sa femme, la traîtresse – dans un sable mouvant.

« Qu’il y retourne ! »

Si l’humour volontaire est absolument inefficace (notamment l’insupportable marchande qui bavarde indéfiniment avec une voix de crécelle), les zygomatiques sont souvent sollicités par des séquences à priori sérieuses, comme celle du chef Maranka qui, jetant une lance en direction du monstre placé à trente centimètres de lui, se débrouille pour le rater. Et puis il y a, dans le scénario de From Hell It Came, de forts relents colonialistes typiques de l’Amérique d’après-guerre. Ici, les indigènes ne sont que des sauvages bardés de superstitions, et les savants venus des États-Unis représentent le seul remède à leurs maux, grâce à leur science et leur savoir. À la fin du film, un indigène déclare même : « la magie américaine est bien meilleure que la nôtre ». Peu apprécié par la presse lors de sa sortie sur les écrans, From Hell it Came (qu’on pourrait traduire littéralement par « il vient de l’enfer ») fut affublé d’un certain nombre de critiques assassines, l’une d’elles déclarant sans ambages « send it back ! », autrement dit « qu’il y retourne ! ».

 

© Gilles Penso

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