ASTÉRIX ET OBÉLIX CONTRE CÉSAR (1999)

Claude Zidi signe la première adaptation « live » de l’univers de Goscinny et Uderzo, sans convaincre les amateurs de la BD…

ASTÉRIX ET OBÉLIX CONTRE CÉSAR

 

1999 – FRANCE / ALLEMAGNE / ITALIE

 

Réalisé par Claude Zidi

 

Avec Christian Clavier, Gérard Depardieu, Roberto Benigni, Michel Galabru, Claude Piéplu, Daniel Prévost, Laetitia Casta, Jean-Pierre Castaldi, Sim

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA ASTÉRIX ET OBÉLIX

En 1999, à l’initiative du producteur Claude Berri et de son fils Thomas Langmann, l’une des bandes dessinées belges les plus populaires du monde devient le film français le plus cher de l’histoire du cinéma. Pour s’imprégner le plus possible de l’univers créé par René Goscinny et Albert Uderzo, le réalisateur Claude Zidi relit les trente albums de la saga mais décide finalement de n’en adapter aucun. Astérix et Obélix contre César est donc une histoire originale qui reprend tous les éléments et tous les personnages du fameux petit village d’irréductibles Gaulois luttant contre l’invasion romaine. Une fois ce scénario validé par Uderzo et par la fille de Goscinny, la production se met en branle et les dialogues sont confiés à Gérard Lauzier. Si Gérard Depardieu est depuis le début l’interprète que tout le monde a en tête pour incarner le massif Obélix, c’est d’abord Daniel Auteuil qui est prévu pour jouer Astérix. La star des Sous-doués se prête au jeu, aux essayages de costumes et aux répétitions. Au vu de ces quelques tests, force est de constater que l’alchimie entre les deux comédiens est impeccable. Mais Auteuil se voit finalement contraint d’abandonner pour des raisons de planning, et c’est Christian Clavier qui le remplace au pied levé. Clavier et Depardieu avaient déjà partagé l’affiche des Anges gardiens de Jean-Marie Poiré, mais on ne peut pas dire que le résultat ait été très enthousiasmant. La réussite du film ne pouvait donc pas reposer seule sur les épaules du duo. Pour mettre toutes les chances de leur côté, Berri et Zidi s’entourent de tout ce que le cinéma compte alors d’acteurs comiques populaires, auxquels s’ajoutent l’atout de charme Laetitia Casta, le trublion italien Roberto Benigni et le vétéran allemand Gottfried John dans le rôle de César (pour des raisons de coproduction).

Un budget de 42 millions de dollars, des centaines de techniciens et de figurants, des décors gigantesques, Astérix et Obélix voit très grand. « C’est un projet difficile dans la mesure où il faut faire adhérer le public dès les premières images en évitant les comparaisons désavantageuses avec les dessins originaux », nous expliquait le chef décorateur Jean Rabasse à l’époque des préparatifs du film. « Nous nous sommes efforcés de respecter au maximum la bande dessinée tout en offrant au spectateur bon nombre de surprises. » (1) L’un des décors les plus impressionnants est le cirque romain où Astérix et Obélix doivent affronter plusieurs animaux dangereux. « Ce décor s’inspirait en partie de celui du Dôme du Tonnerre de Mad Max 3 », remarque Jean-Christophe Spadaccini, responsable des animaux factices. « Les Romains y sont agglutinés derrière une grille. Nous sommes bien loin du parc Astérix ou même des dessins de Uderzo » (2). Peu habitué à gérer un film aussi pharaonique malgré sa longue expérience, Claude Zidi tient bon, parvient même à maintenir le cap après que Depardieu, victime d’un grave accident de moto, soit immobilisé pendant 40 jours. Malgré tout, Astérix et Obélix contre César prend l’eau de toutes part et ne parvient à séduire totalement ni les amateurs de la BD originale, ni les fans de cinéma comique.

Un humour déjà daté

L’un des gros problèmes du film est sans doute sa difficulté manifeste à trouver le ton juste. Coincé entre les albums que tout le monde connaît, un casting « old school » qui génère un humour déjà daté et une volonté un peu vaine d’en mettre plein la vue, le film se perd sans trouver sa cohérence. Même les choix artistiques et techniques sont discutables. Demander à Jean-Jacques Goldman de composer la bande originale est une belle opération marketing mais n’apporte aucune plus-value réelle à l’atmosphère musicale du film. Surcharger le métrage d’effets spéciaux numériques sous prétexte que la technologie est encore innovante et donc sous le feu des projecteurs n’est pas vraiment justifié. « J’ai eu une petite frustration, car la plupart de mes cascades ont été remplacées par des effets numériques, et je trouve le résultat peu convaincant », nous raconte à ce propos le cascadeur Philippe Guéguan. « Ils pensaient que les images de synthèse seraient plus faciles à mettre en œuvre, et il faut avouer qu’elles étaient également un argument commercial. Car à l’époque la promotion d’un film à gros budget se faisait beaucoup autour de ses trucages. » (3) D’un point de vue commercial, Astérix et Obélix contre César reste une bonne affaire, remplissant allègrement les salles de cinéma. Mais la critique reste glaciale, les amateurs grincent des dents et les fans de la BD n’y trouvent pas leur compte. Il faudra attendre qu’Alain Chabat prenne la relève pour que tous ces avis dissonants s’accordent enfin.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en mars 1998

(2) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 1999

(3) Propos recueillis par votre serviteur en février 2004

 

© Gilles Penso

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TERRORVISION (1986)

Un monstre baveux venu d’une autre planète passe par les ondes télévisées pour dévorer les membres d’une famille américaine…

TERRORVISION

 

1986 – USA

 

Réalisé par Ted Nicolaou

 

Avec Diane Franklin, Chad Allen, Gerrit Graham, Mary Woronov, Jon Gries, Jennifer Richards, Alejandro Rey, Bert Remsen, Randi Brooks, Ian Patrick Williams

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I CINÉMA ET TÉLÉVISION I SAGA CHARLES BAND

Terrorvision est un film produit par Empire, la compagnie que dirigeait Charles Band avant sa faillite et la création de sa « petite sœur » Full Moon Pictures. Entreprise familiale s’il en est, le film est co-écrit par Charles et son père Albert Band et mis en musique par son frère Richard Band. À la réalisation, nous trouvons Ted Nicolaou, qui fit justement ses premières armes en dirigeant l’un des segments du film à sketches « maison » Le Maître du jeu et qui restera un fidèle collaborateur de Band, signant notamment les épisodes des franchises Subspecies et Dragonworld. Comme beaucoup de productions Empire, Terrorvision est tourné en studio en Italie. Les toutes premières images annoncent un film « cheap » et sympathique. Dans le cosmos lointain flotte une station spatiale (autrement dit une maquette constituée de plusieurs jouets assemblés entre eux, dont un modèle réduit de l’Enterprise de Star Trek). Nous sommes sur la planète Pluthon, où s’agite furtivement un extraterrestre humanoïde au visage reptilien. Bientôt, une boule lumineuse en dessin animé traverse l’espace jusqu’à la planète Terre. Le générique du film (une mauvaise chanson rock ultra-années 80 sur fond de parasites télévisés) nous fait comprendre que la finesse ne sera pas au rendez-vous. Cette impression est confirmée lorsqu’apparaissent les personnages principaux du film, autrement dit le père de famille idiot Stanley Putterman (Gerrit Graham, le « Beef » de Phantom of the Paradise), son épouse adepte de l’aérobic Raquel (Mary Woronov, la Calamity Jane de La Course à la mort de l’an 2000), leurs enfants caricaturaux (le fils Sherman se prend pour un militaire, la fille Suzy arbore une coupe de cheveux indescriptible et flirte avec un hard-rocker tête à claque) et le grand-père farfelu vétéran de la guerre (qui présente une troublante ressemblance physique avec Benny Hill).

Alors que Stanley vient d’installer non sans mal une nouvelle antenne télévisée dans le jardin et brandit fièrement une télécommande high-tech (une boîte en plastique avec des gros boutons), la lumière venue de l’espace frappe la parabole et les phénomènes étranges s’apprêtent à commencer. La soirée commence pourtant calmement : Stanley et son épouse vont chercher un couple d’amis, Suzy va retrouver son copain. Sherman et son grand-père en profitent pour paresser devant la télévision qui diffuse un programme présenté par Medusa (Jennifer Richards). Cette émule d’Elvira ou de Vampira, engoncée dans une tenue sexy et arborant une perruque faite de faux serpents en plastique, présente avec cynisme des films d’horreur et de science-fiction. Terrorvision en profite pour nous offrir quelques extraits de Tumak fils de la jungleRobot Monster, The Giant Claw ou Les soucoupes volantes attaquent. Mais la diffusion est interrompue par des interférences, et bientôt un monstre immonde et vorace se téléporte dans le salon, prêt à dévorer tout ce qui passe à sa portée…

Vorace et gluant

La créature en question est l’attraction majeure du film. Conçue par John Buechler (Ghoulies, Troll, Re-Animator), il s’agit d’une marionnette grandeur nature à la tête immense et à la gueule gigantesque garnie de dents acérées. Sa peau est visqueuse, ses yeux difformes, l’un de ses bras se termine en queue de scorpion, l’autre par un troisième œil protubérant. Bref, cette bête dégoulinante à souhait fait son petit effet et permet même de faire basculer le film à plusieurs reprises dans le gore cartoonesque et gluant. La même année, Buechler réalisait les effets spéciaux de From Beyond, dont nous retrouvons ici plusieurs composantes, sous un angle beaucoup plus burlesque. Mais entre les séquences répétitives où le monstre grogne et engloutit ses victimes humaines, il ne se passe pas grand-chose. Le potentiel vaudevillesque de la situation n’est pas vraiment traité, tous les acteurs surjouent en totale roue libre et chaque situation traîne désespérément en longueur. De plus, il est difficile de comprendre la cible visée par le film. Le côté bon enfant des scènes d’horreur et le jeune héros incarné par Chad Allen laissent imaginer que Terrorvision est destiné aux ados. Mais le film regorge d’allusions sexuelles (la soirée échangiste que préparent les parents, les peintures SM qui recouvrent tous les murs de la maison, le film porno diffusé sur le téléviseur, la fontaine qui expulse de l’eau par les seins d’une statue) qui contredisent cette impression première. Du coup le film passera inaperçu et n’aura droit qu’à une sortie très furtive sur les écrans, avant son exploitation en vidéo où il s’attirera un peu plus de suffrages.

 

© Gilles Penso

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HERCULE (2005)

Une relecture de la célèbre légende antique produite sous forme d’un long téléfilm qui prend beaucoup de libertés avec le mythe…

HERCULES

 

2005 – USA / GB

 

Réalisé par Roger Young

 

Avec Paul Telfer, Elizabeth Perkins, Timothy Dalton, Sean Astin, Kim Coates, Leelee Sobieski, Tyler Mane, Kristian Schmid

 

THEMA MYTHOLOGIE

Après le mièvre dessin animé estampillé Disney et la série digne de la foire d’empoigne produite par Sam Raimi, la compagnie Hallmark propose sa propre version du mythe d’Hercule, sous forme d’un long téléfilm prenant beaucoup de libertés avec la légende antique que nous connaissons. La plupart des personnages qui gravitent autour du récit d’Hercule sont pourtant à l’honneur, tandis qu’un slogan à la Robocop clame sur le poster du film : « moitié dieu, moitié homme, entièrement puissant ». Parmi les mortels, deux clans s’opposent farouchement : les adorateurs de Zeus et ceux de son épouse Héra. Cette dissension règne même au sein de couples comme Alcmène (Elizabeth Perkins) et Amphitryon (Timothy Dalton). Lorsque celle-ci est engrossée par le dieu des dieux, ayant pris l’apparence de son mari pour mieux la tromper, elle décide de tuer son bébé en le livrant à deux serpents. Mais Hercule – tel est son nom – les étrangle dans son berceau et révèle ainsi une force insoupçonnée. Celle-ci s’assortit d’un caractère brut de décoffrage. Vexé par les réprimandes de son professeur de musique Linus (Sean Satin), il le tue presque sous les yeux de son frère Iphiclès (Like Ford) et se retrouve banni de Thèbes, sans pour autant se départir de sa rudesse et de son arrogance. « Tu ne seras jamais un dieu ou un héros si tu ne commences pas par être un homme » le sermonne alors Chiron, son précepteur mi-homme mi-cheval. Mais Amphitryon, son père adoptif, croit en lui au point de lui déclarer : « tu as de la splendeur, le temps le révèlera ».

Au bout d’une heure de métrage, le fougueux adolescent se mue en jeune adulte bodybuildé (et imberbe) qui affronte enfin l’Hydre de Lerne. Hélas, le monstrueux dragon à sept têtes tant attendu (que Ray Harryhausen avait magnifiquement animé dans Jason et les Argonautes) prend ici corps sous forme d’images de synthèse d’une grande maladresse. Le scénario prend ensuite la liberté de réinterpréter les travaux d’Hercule à sa guise. De douze, ils passent à six, leur ordre s’avère tout à fait évasif et leur relecture assez surprenante.

Les six travaux d’Hercule

Ainsi les oiseaux du lac Stymphale deviennent-ils des harpies aux ailes métalliques, le lion de Némée un Sphinx capable de changer d’apparence, le taureau de Crète un brigand puisant sa force dans la terre (un recyclage du mythe d’Antée), les farouches amazones des femmes soumises qui se changent la nuit en juments anthropophages et la biche de Cérynie un cervidé en 3D absolument pas crédible. Quant au chien Cerbère annoncé pour un climax situé aux Enfers, il ne montre jamais un seul de ses trois museaux, à notre grande frustration. Les moyens mis en œuvre sont importants, la figuration imposante, les effets visuels nombreux (même s’ils sont souvent approximatifs) et l’intégration des complots politiques et des luttes de pouvoir au sein du récit fort louable. Mais le résultat reste très en deçà du potentiel initial. Qui osera enfin mêler la puissance d’un Gladiator, la brutalité d’un Conan le barbare, la féerie d’un Seigneur des anneaux et la folie d’un 300 pour nous offrir une adaptation à la hauteur du mythe d’Hercule ?

 

© Gilles Penso

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LE CERVEAU QUI NE VOULAIT PAS MOURIR (1962)

Après l’accident qui a décapité sa fiancée, un jeune chirurgien décide de maintenir sa tête en vie et de lui greffer un autre corps…

THE BRAIN THAT WOULDN’T DIE

 

1962 – USA

 

Réalisé par Joseph Green

 

Avec Jason Evers, Virginia Leith, Leslie Daniel, Adele Lamont, Bonnie Sharie, Paula Maurice, Marilyn Hanold, Bruce Brighton, Arny Freeman

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Le Cerveau qui ne voulait pas mourir est le premier long-métrage – et le seul qui soit passé à la postérité – de Joseph Green, réalisé de manière indépendante avec un budget anémique de 62 000 dollars. Avec quelques comédiens et une poignée de décors sobres, Green tourne pendant treize jours, dans les environs de Tarrytown à New York, principalement dans les sous-sols d’un hôtel reconverti en plateau de cinéma improvisé, sous le titre provisoire The Black Door (« La porte noire »). Complètement délirant, le scénario s’intéresse au docteur Bill Cortner (Jason Evers), un jeune chirurgien plein d’ambitions qui prône les méthodes expérimentales et non orthodoxes pour faire avancer la science, ce que son père a tendance à réprouver. « La ligne entre le génie scientifique et l’obsession fanatique est très mince », lui dit-il. « Je veux que tu sois du bon côté ». Mais cet émule du docteur Frankenstein (qui annonce par bien des aspects le Herbert West de Re-Animator) a les idées bien arrêtées. Après un accident de voiture qui décapite sa fiancée Jan Compton (Virginia Leith), il récupère en hâte sa tête (qu’il cache dans son manteau) et la ramène illico dans son laboratoire isolé dans une grande maison de campagne. Là, au milieu d’alambics et de fils électriques entortillés qui évoquent plus l’alchimie que la médecine, il décide de la maintenir en vie en attendant la transplantation qui la remettra sur pied. Il ne lui reste plus qu’à trouver un nouveau corps…

Ce postulat prometteur nous offre l’un des films de science-fiction les plus excentriques de sa génération. Le problème est la difficulté pour Green de remplir correctement 90 minutes de métrages avec une intrigue aussi filiforme. Il fait donc traîner ses séquences en longueur, sature le film de dialogues explicatifs et intègre artificiellement un personnage secondaire sans intérêt (l’assistant Kurt, incarné par Leslie Daniel) qui n’a d’autre intérêt que meubler un peu le métrage en dialoguant avec le savant fou et avec la tête coupée de sa fiancée. Si l’on excepte ces scories qui ralentissent souvent le rythme, Le Cerveau qui ne voulait pas mourir se laisse regarder avec la gourmandise chère aux amateurs de séries B farfelues compensant leur manque de moyen par un grain de folie. En ce sens, nous ne sommes pas très loin des productions Roger Corman des années 50 et 60. Le réalisateur se permet même quelques facéties visuelles conçues sous forme de clins d’œil, comme ce combat entre deux strip-teaseuses qui s’enchaîne sur un dessin de chat et un bruit de miaulement (« catfight » signifie « bagarre de filles » en anglais), ou ce buste féminin posé sur une table qui rappelle celui de l’infortunée héroïne dont la tête repose dans un bac empli de liquide. 

Sans queue ni tête

Comme si tous les éléments du « cinéma bis » n’étaient pas assez réunis, le film ajoute une créature contrefaite, fruit d’une expérience ratée de Cortner qui gît dans un placard en poussant d’improbables borborygmes. La bête est incarnée par un acteur géant (Eddie Carmel) portant un maquillage insensé à côté duquel même le monstre de Frankenstein s’est échappé est un modèle d’harmonie. En voyant l’absurdité du résultat final, la comédienne Virginia Leith aurait été tellement consternée qu’elle aurait refusé de participer aux séances de post-production du film. C’est ce qui explique le changement de voix de son personnage dans la scène de la voiture où elle discute de dos avec Jason Evers avant l’accident fatal qui lui fera perdre la tête. On peut la comprendre. Pour une comédienne digne de ce nom, se contenter de jouer une tête sur un plateau qui gémit et ricane n’est pas forcément l’expérience la plus passionnante qui soit. Il n’en demeure pas moins qu’elle doit au moins autant sa célébrité à ce film qu’à son rôle plus « respectable » dans Les Inconnus dans la ville de Richard Fleischer. Achevé en 1959, Le Cerveau qui ne voulait pas mourir ne sortira en salles qu’en mai 1962, en double-programme avec Invasion of the Star Creatures. Devenu culte, il inspirera une comédie musicale en 2011 et un remake en 2020.

 

© Gilles Penso


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POINT LIMITE (2000)

Stephen Frears réunit un casting de premier ordre pour le remake télévisé d’un terrifiant thriller de politique-fiction…

FAIL SAFE

 

2000 – USA

 

Réalisé par Stephen Frears

 

Avec Richard Dreyfuss, Harvey Keitel, Brian Dennehehy, George Clooney, Don Cheadle, James Cromwell, Sam Elliott, Hank Azaria

 

THEMA POLITIQUE-FICTION

En signant pour le petit écran le remake du fameux film de politique fiction que réalisa Sidney Lumet en 1964, Stephen Frears opte pour deux parti pris surprenants. Le premier est lié au scénario lui-même. Au lieu de transposer l’intrigue à l’aube du 21ème siècle pour mieux coller à l’actualité, ce nouveau Point limite conserve les années 60 et le cadre de la guerre froide comme contexte historique. Pour renforcer le rapprochement avec le film original, l’image est d’ailleurs en noir et blanc. Le second parti pris est une audacieuse décision de production et de réalisation. À l’instar des « dramatiques » des années 60 comme les premiers épisodes de Chapeau melon et bottes de cuir, Point limite version 2000 fut tourné en vidéo multicaméras et diffusé en direct sur CBS. Coup publicitaire doublé d’une performance technique, ce choix artistique augmente considérablement l’impact de l’œuvre, notamment ses effets de suspense et la sensation d’urgence inhérente au concept. Ce qui n’empêche évidemment pas d’apprécier le film en dehors de sa  diffusion initiale et événementielle.

Reprenant fidèlement la trame du premier Point limite, lui-même inspiré du roman d’Eugene Burdick et Harvey Wheeler, le téléfilm de Stephen Frears raconte donc le déclenchement potentiel d’une troisième guerre mondiale lorsque des bombardiers américains s’envolent vers Moscou et s’apprêtent à y lâcher une bombe atomique suite à une erreur technique. Les pilotes ayant pour instruction de n’obéir qu’aux machines pour éviter de recevoir des instructions truquées, rien ne semble pouvoir arrêter le cauchemar en marche. S’ensuivent de longues et pénibles négociations entre le président des États-Unis et celui de la Russie, tandis que plusieurs conseillers militaires s’efforcent d’échafauder maintes théories susceptibles de minimiser la catastrophe. Ainsi, avec quatre décors principaux (la salle des généraux, le conseil de guerre, la pièce où téléphone le président et le cockpit du bombardier principal) et une poignée d’images d’archive pour les vues extérieures d’avions et de missiles, Stephen Frears parvient à conter un drame à échelle planétaire, empruntant plusieurs de ses effets de mise en scène au théâtre.

Compte à rebours mortel

La narration est d’ailleurs divisée en cinq actes bien marqués. Dans sa gestion de la tension et du dilemme, Point limite rappelle à l’instar de son modèle les meilleurs moments de Douze hommes en colère, qui tirait lui aussi parti de l’épure de son décor. Le suspense va donc croissant, lentement mais sûrement, jusqu’à un terrifiant climax. L’efficacité du film passe aussi par son casting quatre étoiles, dominé par Richard Dreyfuss en président des États-Unis, Harvey Keitel en partisan d’une solution pacifique, Hank Azaria en fervent militariste anti-communiste, Brian Dennehy en général en proie au tiraillement et George Clooney en pilote de bombardier respectant trop scrupuleusement la procédure. Par l’efficacité de son discours, cet extraordinaire plaidoyer anti-nucléaire prouve qu’il n’était nul besoin de déplacer le cadre historique de l’intrigue pour affûter son impact, et s’achève par la longue liste de tous les pays détenteurs de l’arme atomique en l’an 2000.

 

© Gilles Penso


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AU SERVICE DU DIABLE (1971)

Sept voyageurs sont contraints de passer la nuit dans un château où ils vont être victimes de leurs propres tentations…

LA PLUS LONGUE NUIT DU DIABLE / THE DEVIL’S NIGHTMARE

 

1971 – BELGIQUE / ITALIE

 

Réalisé par Jean Brismée

 

Avec Erika Blanc, Jean Servais, Daniel Emilfork, Jacques Monseu, Ivana Novak, Lorenzo Terzon, Colette Emmanuelle, Christian Maillet, Lucien Raimbourg

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Cofondateur de l’école de cinéma belge INSAS en 1962, Jean Brismée est d’abord connu pour les documentaires qu’il réalise avec son ami André Delvaux. Au service du diable marque son passage à la fiction ainsi que son affirmation d’un certain amour du film de genre. Brismée se laisse séduire par le scénario de Patrice Rohmm, qu’il réadapte un peu à sa sensibilité en imaginant un long-métrage à la portée internationale. De fait, cette incursion dans l’horreur teintée d’érotisme est une coproduction entre la Belgique et l’Italie, connue sous de nombreux titres, de The Devil’s Nightmare à La Plus longue nuit du diable en passant par Le Château du vice ou La Nuit des pétrifiées. Pour rassurer les producteurs, un peu nerveux à l’idée de confier le film à un réalisateur n’ayant encore jamais dirigé de long-métrage de fiction, le vétéran André Hunebelle (Le Bossu, 0SS 117 se déchaîne, Fantomas) est sollicité – et crédité – en tant que conseiller technique. En réalité, sa présence sur le plateau se limite à une journée, le temps de s’assurer que Brismée sait ce qu’il fait. Le cinéaste belge se débrouille en effet du mieux qu’il peut, avec à sa disposition un budget ramené à sa plus simple expression. Pour compenser ces moyens anémiques, le film bénéficie d’atouts visuels de poids, notamment l’impressionnant château d’Antoing que déniche le producteur Charles Lecoq et dans lequel se déroule la majorité de l’intrigue.

Le prologue en noir et blanc se situe à Berlin en 1945. Au beau milieu d’images d’archives de bombardements, nous découvrons le visage aux traits tirés du baron von Rhoneberg (Jean Servais), un général allemand qui assiste à l’accouchement de sa femme. Mais celle-ci meurt en couches. En apprenant que son enfant est une fille, le baron s’empare d’une dague et la poignarde ! Voilà une entrée en matière pour le moins surprenante. L’image passe en couleurs et le décor change, le temps de nous présenter six touristes et leur chauffeur dans un minibus, égarés dans une forêt dont l’accès est barré, guidés par un homme étrange (Daniel Emilfork) qui leur indique un château où ils pourront passer la nuit. Le maître des lieux n’est autre que le baron von Rhoneberg, qui leur raconte une légende ancestrale selon laquelle toutes les filles aînées de sa famille seraient des succubes, autrement dit des créatures femelles tentatrices attirant les gens dans leurs filets. Or voilà que débarque parmi les sept visiteurs une mystérieuse jeune femme (Erika Blanc) qui va faire prendre à la nuit une tournure très inattendue…

Les démons de la nuit

La présence envoutante d’Erika Blanc est l’un des éléments les plus mémorables d’Au service du diable. Sertie dans un déshabillé noir affriolant, la comédienne italienne promène sa silhouette dans les couloirs de ce château hérité des films gothiques de la décennie précédente et révèle les failles de chacun des visiteurs. La grande force du scénario est en effet de décliner les sept péchés capitaux à travers ces touristes qui démontrent tour à tour leur avarice, leur orgueil, leur luxure, leur envie, leur gourmandise, leur colère et leur paresse… et qui périront par là où ils ont pêché. À la prestation remarquable d’Erika Blanc s’ajoute le travail du maquilleur Duilio Giustini qui la transforme régulièrement en succube au visage blafard, ôtant à son visage son caractère charnel et avenant pour en durcir les traits. La première fois qu’apparaît ce grimage habile, c’est au cours d’une étonnante transformation en direct face à la caméra. L’effet est réalisé image par image, un véritable exploit qui combine la minutie du maquilleur et la patience infinie de la comédienne. Parmi les autres morceaux de bravoure d’Au service du diable, il faut citer cette étonnante séquence au cours de laquelle Shirley Corrigan cohabite de très près avec un immense python. Et puis il y a bien sûr la présence inoubliable de Daniel Emilfork dont le physique acéré se prête parfaitement à une incarnation crédible du Malin, même si ses rapports avec le réalisateurs semblent avoir été particulièrement orageux pendant le tournage. Jugeant que le film ne contient pas assez d’éléments érotiques, les producteurs décident de tourner une séquence additionnelle sans consulter Jean Brismée, au cours de laquelle les personnages de Corinne (Ivana Novak) et Régine (Shirley Corrigan) s’accouplent longuement et lascivement, aux accents de la musique langoureuse d’Alessandro Alessandroni. Au service du diable ne connaîtra pas le succès escompté malgré a distribution internationale, mais deviendra plus tard une œuvre culte aux yeux de nombreux amateurs du genre.

 

© Gilles Penso

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VOLCANO HIGH (2001)

Un étudiant turbulent doué de pouvoirs paranormaux intègre une école spécialisée menée par un vénérable professeur…

HWASANGO

 

2001 – CORÉE DU SUD

 

Réalisé par Tae-Gyun Kim

 

Avec Hyuk Jang, Shin Min-a, Su-ro Kim, Sang-woo Kwon, Hyo-jin Kong, Sang-hun Jeong, Hyeong-jong Kim, Shi-ah Chae

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX

Se laissant volontiers influencer par les gros succès américains et chinois du moment (notamment Matrix, X-Men et Tigre et dragon), le réalisateur coréen Tae-Gyun Kim s’est lancé avec Volcano High dans une aventure mixant comédie étudiante et fantastique paranormal tout en laissant la part belle à de très spectaculaires effets spéciaux. Avouons-le d’emblée : le scénario lui-même n’offre un intérêt que très limité, prétexte manifeste à une mise en scène facétieuse bourrée d’idées visuelles, à une mise en image somptueuse et quasi-monochrome qui semble rendre hommage aux graphismes épurés du manga, et à une succession de séquences de combats vertigineux. Une fois ce constat établi et accepté, le spectacle peut s’apprécier à sa juste valeur.

Capable de contrôler les éléments, notamment l’eau et la foudre, depuis qu’il est tombé dans un aquarium d’anguilles électriques lorsqu’il était enfant, Kim Kyung-Soo a bien du mal à contrôler ses incroyables pouvoirs, dont font les frais la plupart de ses professeurs. Logiquement, il se retrouve renvoyé de tous les lycées où il est inscrit. En dernier recours, cet impertinent adolescent peroxydé intègre la Volcano High School, menée avec bienveillance par un vieux proviseur, Song Hak-Kim, veillant sur un étrange manuscrit. Cupide, son assistant le fait empoisonner pour récupérer le grimoire, censé lui apporter une immense puissance. Entre-temps, Kim découvre que l’ambiance entre élèves n’est pas au beau fixe à Volcano High. En effet, ses camarades y sont divisés en gangs violents s’affrontant régulièrement en déployant toute la latitude des arts martiaux. Le colossal Jang Ryan gagne tous les combats, et s’autoproclame numéro un. Kim pourrait le battre à plate-couture, mais il s’efforce d’éviter d’utiliser ses pouvoirs spéciaux, sous peine d’être à nouveau expulsé de cet ultime lycée…

Les éléments se déchaînent

Le scénario part donc un peu dans tous les sens, oubliant en cours de route des personnages et juxtaposant des péripéties sans rapport entre elles. D’où une certaine confusion du récit, qui s’étire tout de même sur deux bonnes heures, ce qui s’avère plutôt long étant donnée la minceur de l’intrigue. Volcano High se suit pourtant sans ennui, grâce à la nervosité de son rythme et à l’incroyable dynamisme de ses scènes d’action. A ce titre, la séquence finale, au cours de laquelle Kim affronte un acariâtre professeur doué lui aussi de redoutables pouvoirs paranormaux, s’avère extrêmement spectaculaire. Les belligérants défient sans commune mesure toutes les lois de la pesanteur, les éléments se déchaînent, la pluie se mue en projectiles liquides et les boules d’énergie fusent en tous sens. Mais le film ne donne pas systématiquement dans la frénésie, détournant ses effets spéciaux numériques pour composer des séquences joliment surréalistes (Kim qui fige chaque gouttelette d’eau sous sa douche) ou franchement parodiques (le prologue, qui pastiche ouvertement l’une des scènes clés du premier X-Men). Sans transcender le film d’action ni bouleverser la thématique de l’adolescent aux pouvoirs surnaturels (nous sommes à des années-lumière de Carrie ou Furie), Tae Gyun-Kim s’en tire avec les honneurs, composant une œuvre énergétique adoptée par tous les fans de MTV dès son débarquement sur le sol américain.

 

© Gilles Penso

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LE COULOIR DE LA MORT (1978)

Un couple de médecins décide de réhabiliter un manoir abandonné, mais le lieu est hanté…

THE EVIL

 

1978 – USA

 

Réalisé par Gus Trikonis

 

Avec Richard Crenna, Joanna Pettet, Andrew Prine, Cassie Yates, Georhe O’Hanlon Jr., Lynne Moody, Mary Louise Weller, Victor Buono,

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I FANTÔMES

Gus Trikonis a commencé sa carrière comme acteur et danseur. Il fait notamment partie de la bande des Sharks de West Side Story et des danseurs qui accompagnaient Elvis Presley sur un de ses shows télévisés en 1968. Lorsqu’il attaque la mise en scène à partir de la fin des années soixante, c’est principalement pour tourner des séries B et des films d’exploitation, en particulier sous l’égide de Roger Corman. L’un de ses travaux les plus fameux en ce domaine est The Evil, dont le titre un peu passe-partout (« Le Mal ») sera traduit en France par Le Couloir de la mort et accompagné d’une jaquette impressionnante lui assurant un certain succès en vidéoclub. Le scénario, co-signé par Trikonis et Donald G. Thompson d’après une histoire de David Sheldon, prend les allures d’un classique récit de maison hantée – on pense notamment à La Maison du diable et à La Maison des damnés – mais finit par prendre une tournure plus inattendue. Le décor principal du film est le Montezuma Castle, un hôtel abandonné de 8400 mètres carrés érigé au nord-ouest de Las Vegas où s’installe l’équipe de tournage pendant trente jours consécutifs.

Le personnage central du Couloir de la mort est le psychiatre C.J. Arnold qu’interprète Richard Crenna, déjà vétéran du petit et du grand écran et futur colonel Trautman de Rambo. Avec son épouse Caroline (Joanna Pettet, l’une des « Bond Girls » de Casino Royale), il achète un manoir abandonné ayant appartenu à un général de la guerre civile nommé Emilio Vargas. Le couple prévoit d’y installer un centre de désintoxication er réunit un groupe d’amis et de volontaires dans le but de nettoyer puis de rénover cette très grande maison. Mais bientôt, d’étranges phénomènes se produisent et commencent à perturber la petite équipe. C’est d’abord cette silhouette fantomatique diaphane que Caroline semble être seule à apercevoir, puis ces chuchotements lugubres, ce buste sinistre qui donne l’impression de bouger tout seul… Lorsque C.J. découvre une trappe dans le sous-sol et a la mauvaise l’idée de l’ouvrir, la maison tremble soudain sur ses fondations, toutes les issues se ferment et le cauchemar commence.

La maison du diable

Dès l’entrée en matière du film, qui montre la mésaventure du concierge du manoir attiré dans le souterrain par des rires d’enfants, Gus Trikonis utilise avec habileté tout l’arsenal à sa disposition : plongées, contre-plongées, caméra au ras du sol, coups de zoom sur les visages, reports de point abrupts, musique stressante. Visiblement très à l’aise avec les mécanismes de l’épouvante, le réalisateur couple un certain classicisme – cette immense demeure tapissée de toiles d’araignées n’aurait pas dépareillé dans une adaptation d’Edgar Poe signée Roger Corman – avec une approche plus moderne du genre, dans la mouvance des codes du slasher que La Nuit des masques allait propulser sur le devant de la scène quelques mois plus tard. Ainsi Le Couloir de la mort prend-il les allures d’une sorte de train fantôme (cadavres cachés dans des boîtes, passages secrets, ricanements diaboliques) rythmé régulièrement par des morts violentes et originales. Quelques scènes fortes ponctuent le métrage, comme l’agression physique de Felicia (Lynne Moody) par une entité invisible qui semble annoncer L’Emprise de Sidney J. Furie, et le film se pare d’effets mécaniques et pyrotechniques très efficaces pour visualiser les phénomènes paranormaux qui frappent les lieux. Le charisme de Richard Crenna n’est pas l’un des moindres atout de ce « shocker » réussi qui s’achemine vers un climax pour le moins original.

 

© Gilles Penso

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GAMERA CONTRE JIGER (1970)

Un dinosaure volant aux pouvoirs paranormaux, gardien d’une antique civilisation, affronte la tortue Gamera en pleine Exposition Universelle

GAMERA TAÏ JAIGAR

 

1970 – JAPON

 

Réalisé par Noriaki Yuasa

 

Avec Tsumotu Takakuwa, Kelly Varis, Katherine Murphy, Kon Ohmura

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES I DINOSAURES I SAGA GAMERA

Articulé autour d’une intrigue originale et ancré dans son actualité internationale, ce sixième épisode consacré à la tortue géante Gamera relève le niveau de la saga en nous offrant une collection de séquences fort mémorables. Pourtant, le générique de début n’est pas particulièrement engageant. Aux accents d’une chanson naïve s’y enchaînent en effet des extraits issus des films précédents de la série, autrement dit les combats de Gamera contre Barugon, Gyaos, Viras et Guiron. Nous sommes en 1970 et l’Exposition Universelle se prépare fébrilement à Osaka, sur le thème « Progrès et harmonie de l’humanité ». Des inventions venues du monde entier y seront exhibées. À cette occasion, une expédition archéologique décide de ramener une grande statue de l’île de Pâques, baptisée « La Flûte du Démon ». Mais les autochtones craignent une malédiction, et ils ont raison. Car aussitôt, le monstrueux Jiger, ancien gardien de la civilisation Mu, se réveille et sème panique et destruction.

Si un nouveau duo d’enfants américano-japonais tient la vedette dans Gamera contre Jiger, c’est de manière moins hystérique et plus constructive qu’auparavant. D’où la réplique d’un des scientifiques du film : « Grâce aux idées naïves des enfants, les adultes comprennent parfois plus vite ; pour nous, avoir leur liberté d’esprit est impossible. ». Les effets spéciaux eux-mêmes ont repris leur qualité initiale, notamment par l’entremise de belles maquettes (hélicoptères, navires, avions, tanks) et d’un nouveau monstre plutôt réussi. Cette fois-ci, il s’agit de Jiger, un molosse cornu aux vagues allures de tricératops qui s’avère doté de pouvoirs redoutables : il déplace les objets à distance, vole grâce à un jet propulseur issu de sa collerette crânienne, expulse des javelots par l’entremise de ses cornes, lance des jets destructeurs par son nez (qui transforment illico les humains en squelettes), possède des ventouses sur les pattes, un dard redoutable au bout de sa queue, et peut même voguer sur la mer comme un aéroglisseur.

Voyage au centre de la tortue

Gamera a donc maille à partir avec un tel adversaire, et leur premier affrontement, au sein d’un magnifique décor volcanique, bénéficie d’une indéniable photogénie. Certes, la dynamique de combat des hommes costumés reste un peu pataude et engourdie, d’autant que les rétroprojections maladroites peinent à convaincre, mais chaque échauffourée compte bon nombre de surprises et de rebondissements. De plus, le manichéisme généralement de mise s’avère ici plus flou, car malgré ses élans destructeurs, Jiger poursuit un but qui se défend : ramener le vestige archéologique sur son site initial et s’opposer à une civilisation qui considère que le reste du monde est à sa libre disposition. Le final de Gamera contre Jiger est un véritable morceau d’anthologie. Paralysée par le dard de son opposant, la tortue géante s’y écroule sous les eaux. Pour le sauver, les jeunes héros empruntent un bathyscaphe expérimental et entrent à l’intérieur de son corps, dans l’espoir de l’ausculter et le guérir de l’intérieur. Le Voyage fantastique venait de sortir sur les écrans, et cette variante excentrique sur le chef d’œuvre de Richard Fleischer demeure un des moments forts de la saga.

 

© Gilles Penso

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LA NUÉE (2020)

Une agricultrice qui s’occupe seule de ses enfants découvre un jour que les sauterelles qu’elle élève aiment se nourrir de sang…

LA NUÉE

 

2020 – FRANCE

 

Réalisé par Just Philippot

 

Avec Suliane Brahim, Sofian Khammes, Marie Narbonne, Raphael Romand, Victor Bonnel, Vincent Deniard, Christian Bouillette

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

La Nuée est un film aux influences multiples dont la nature hybride s’explique par le mariage de deux sensibilités distinctes. Jérôme Genevray et Franck Victor, les scénaristes à l’origine du projet, sont imprégnés par le cinéma de genre anglo-saxon et citent ouvertement le Phase IV de Saul Bass comme référence principale. Le réalisateur Just Philippot, pour sa part, ne se réclame pas de cette culture, plus attiré de prime abord par le cinéma social français et le documentaire. Le scénario de La Nuée l’attire pourtant. Il y voit l’occasion d’aborder le monde paysan sous un angle original et de traiter le type d’expérimentations douteuses qui ont donné naissance à des maladies telles que la vache folle. C’est donc aux confluents de deux univers très différents que se construit le film. Just Philippot, qui réalise ici son premier long-métrage, le décrit comme « un thriller agricole qui finit comme un film catastrophe » et assume tout de même quelques influences fantastiques, notamment Alien et District 9 (pour les monstres insectoïdes), Les Oiseaux et Jurassic Park (pour les attaques animales) ou encore Shining (pour la lente dérive psychique de son personnage principal). Les fantasticophiles que nous sommes pensent aussi à l’excellent Isolation de Billy O’Brien, dont l’argument et le cadre évoquent beaucoup La Nuée.

Tourné pendant 35 jours en Auvergne et dans le Lot-et-Garonne, La Nuée prend place dans un cadre rural réaliste et un tantinet austère. Jeune veuve avec deux enfants à charge, Virginie (Suliane Brahim) cherche à sauver son exploitation agricole en perte de vitesse. Elle se lance donc dans l’élevage de sauterelles comestibles, un business en plein essor qu’elle a malheureusement beaucoup de mal à faire décoller. Son voisin vigneron Karim (Sofian Khammes) lui prête régulièrement de l’argent, par amitié et en souvenir de son défunt époux, mais ce n’est pas une solution pérenne. Un jour, par accident, Virginie se blesse au bras et découvre que les sauterelles, en se nourrissant de son sang, gagnent en vivacité, en force et en capacité de reproduction. Jusqu’alors moribonde, son entreprise pourrait enfin devenir rentable. Mais plus les insectes boivent du sang, plus ils en réclament. Et les conséquences vont s’avérer désastreuses…

Le sang des bêtes

Avec La Nuée, Just Philippot prend au pied de la lettre l’expression « se saigner pour son travail » et décline l’un des thèmes les plus universels du Fantastique, celui de l’apprenti-sorcier, du « Prométhée moderne », bref du docteur Frankenstein. Et comme souvent en pareil contexte, le qualificatif de « monstre » peut autant être attribué à la « créature » qu’à son « créateur ». De fait, les sauterelles sont filmées comme un fléau menaçant, dans la droite lignée de la huitième plaie d’Égypte décrite dans l’Ancien testament (« Elles couvrirent la surface de toute la terre, et la terre fut dans l’obscurité »). Le réalisateur alterne ainsi les gros plans d’insectes véritables, dont l’anatomie étrange n’est pas sans évoquer des entités extra-terrestres hostiles, et les plans très larges d’essaims gigantesques (conçus en image de synthèse par la compagnie Digital District). Mais Virginie elle-même adopte un comportement de plus en plus inquiétant. Tandis que le fruit de ses expériences entre en mutation, elle bascule progressivement dans une obsession autodestructrice qui confine à la folie. C’est la rupture entre le cadre ultra-naturaliste du film et l’intégration d’un élément directement hérité du cinéma d’horreur et de science-fiction qui dote La Nuée de son originalité. Mais c’est aussi un handicap, dans la mesure où Just Philippot semble sans cesse hésiter entre deux approches : le drame intimiste (constellé de saynètes familiales jouées avec beaucoup de justesse) et le film de genre pur (ponctué de quelques visions horrifiques efficaces). Le mélange ne prend pas toujours très bien et le scénario prend une tournure un peu erratique à laquelle le spectateur a d’autant plus de mal à s’attacher que son personnage central n’attire pas beaucoup de sympathie. La Nuée est tout de même le type d’initiative audacieuse et atypique qui mérite d’être défendue. Le film fit d’ailleurs son petit effet aux festivals de Sitges et de Géardmer, où il remporta plusieurs prix.

 

© Gilles Penso

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