GWENDOLINE (1984)

Le réalisateur d’Emmanuelle plonge un trio d’aventuriers improvisés dans une cité perdue uniquement dirigée par des femmes

GWENDOLINE

 

1984 – FRANCE

 

Réalisé par Just Jaeckin

 

Avec Tawny Kitaen, Brent Huff, Zabou Breitman, Bernadette Lafont, Jean Rougerie, Roland Amstutz, Stanley Kapoul, Chen Chang Ching, Vernon Dobtcheff, André Julien

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

Just Jaeckin avait frappé très fort avec son premier long-métrage, Emmanuelle, un succès planétaire à l’incroyable longévité qui mua ce photographe de mode et ancien reporter de guerre en spécialiste incontesté du cinéma érotique « bon chic bon genre ». Suivirent d’autres œuvres sulfureuses du même acabit, comme Histoire d’O, Madame Claude ou L’Amant de Lady Chatterley. En 1984, soit dix ans exactement après son premier triomphe, Jaeckin s’intéresse à la bande dessinée « Adventures of Sweet Gwendoline » de John Willie (1946), dont le potentiel érotico-fétichiste lui permettra de continuer à creuser le sillon entamé avec Emmanuelle tout en y apportant d’autres composantes alors très en vogue grâce aux Aventuriers de l’arche perdue et Indiana Jones et le temple maudit : l’aventure exotique constellée d’éléments ouvertement fantastiques. Épaulé par les artistes Claude Renard et François Schuiten, qui participent à la direction artistique du film, Jaeckin et son équipe tournent une grande partie de Gwendoline dans les studios de Boulogne-Billancourt, les scènes de désert et de jungle étant respectivement filmées au Maroc et dans les Philippines. Le tournage complet aura duré 18 jours, ce qui n’est pas énorme si l’on tient compte des hautes ambitions du long-métrage.

Après quelques apparitions sur le petit écran, la pin-up Tawny Kitaen tient son premier grand rôle en incarnant Gwendoline, une jeune Française débarquée clandestinement à Hong-Kong à la recherche de son père, un collectionneur de papillons qui a mystérieusement disparu. Beth, son inséparable demoiselle de compagnie, est interprétée par Zabou Breitman, déjà acquise à la cause du public friand de comédies grâce à ses prestations dans Elle voit des nains partout, La Boum 2 et Banzaï. Les deux ingénues échappent à mille pièges dans une Asie de carte postale reconstituée intégralement en studio et sont sauvées in-extremis par Willard, un beau matelot musclé que joue Brent Huff, ancien joueur de basket qui se reconvertira dans le cinéma d’action bis des années 80 et deviendra lui-même réalisateur non sans un certain succès. Propulsé en pleine jungle puis au cœur du désert, le trio atterrit finalement dans le royaume souterrain de Yik-Yak, une société guerrière essentiellement féminine dirigée par une reine cruelle (Bernadette Lafont) qui planifie de tuer Willard après son accouplement avec la championne d’un combat de gladiatrices…

Les aventuriers du papillon perdu

Dans cette « chasse au papillon » bardée de clichés post-Tintin, les Chinois sont fourbes et ricanants et les indigènes bêtes et primitifs, comme il se doit. Si douteuse soit-elle, cette caractérisation en papier mâché fait partie des conventions du genre. Mais elle touche aussi les personnages principaux. Les yeux énamourés et la moue boudeuse, Tawny Kitaen se contente de prendre la pose comme si un photographe de « Lui » ou de « Playboy » était derrière la caméra. Le muscle saillant, le sourire ravageur et la casquette de marin vissée sur sa tête, Brent Huff semble de son côté échappé d’une publicité pour Jean-Paul Gaultier. Bernadette Lafont n’a pas une once de crédibilité en reine tyrannique, récitant ses dialogues dans des tenues exubérantes en essayant de nous faire croire à sa méchanceté d’Antinéa bon marché. Jean Rougerie lui-même incarne un savant absurde qui semble s’interroger sur sa présence dans un tel film. Seule Zabou tire vraiment son épingle du jeu, à l’aise dans le registre de la suivante pétillante et agaçante (qui ne rechigne pas à se montrer les seins nus comme la grande majorité du casting féminin du film). Le caractère fantastique de Gwendoline, qui apparaît à mi-parcours du métrage, est son élément le plus distrayant et le plus atypique. Même si l’on sent bien que les moyens limités obligent le réalisateur à utiliser sans cesse le même décor en réaménageant le plateau, cette cité perdue façon L’Atlantide ou La Déesse de feu a quelque chose de délicieusement pulp, avec ses armées de de guerrières engoncées dans des tenues fétichistes ne masquant qu’à peine leur plastique irréprochable (toutes sont interprétées par des mannequins), cette chambre des tortures digne d’un épisode de Fu-Manchu, cette poursuite de chars façon Ben-Hur low-cost et quelques combats violents de gladiatrices. Cerise sur le gâteau, Pierre Bachelet compose pour le film une musique outrageusement datée qu’il recyclera en grande partie pour son tube « En l’an 2001 ». Cet OVNI cinématographique qu’on trouvera au choix réjouissant ou navrant – voire les deux – sera le dernier long-métrage de Just Jaeckin.

 

 

© Gilles Penso

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TERRITOIRES (2010)

De retour d’un mariage au Canada, cinq amis traversent la forêt en voiture pour regagner les États-Unis. Mais à la frontière, leur destin bascule…

TERRITOIRES

 

2010 – FRANCE / CANADA

 

Réalisé par Olivier Abbou

 

Avec Roc LaFortune, Sean Devine, Nicole Leroux, Cristina Rosato, Michael Mando, Alex Weiner, Stephen Shellen, Tim Rozon, Vlasta Vrana

 

THEMA TUEURS

Pour son premier long-métrage, Olivier Abbou se laisse influencer par le cinéma américain engagé des années 70, celui de Massacre à la tronçonneuse et de Punishment Park. Pour autant, il ne souhaite pas imiter ses aînés mais plutôt se laisser imprégner de leur atmosphère délétère, celle d’une Amérique ayant perdu ses repères, transformant ses anciens héros devenus indésirables en parias et en rebuts de la société. Toutes proportions gardées, l’ombre de Taxi Driver, de Combat Shock et de Rambo plane aussi un peu sur le scénario de Territoires, qui part d’une situation relativement connue pour transporter les spectateurs ailleurs, sur un territoire incertain et résolument inconfortable. Très attaché à la forme de son film, qu’il veut âpre et brutal mais très soigné esthétiquement, Olivier Abbou s’entoure de deux metteurs en scène aux styles marqués à qui il confie des postes artistiques clé. Le réalisateur Karim Hussain (Subonscious Cruelty, La Belle bête) prend ainsi en charge la photographie granuleuse du métrage, tandis que le cinéaste Douglas Buck (Sisters) s’occupe du montage. Ainsi parrainé par ses aînés, Olivier Abbou s’installe au Canada avec un casting local et se lance à corps perdu dans un film conçu pour être vécu comme une expérience éprouvante.

Territoires démarre à la manière de beaucoup de films de genre, comme s’il fallait prendre le public par la main pour mieux le déstabiliser quelques minutes plus tard. À bord d’un 4×4, cinq amis reviennent d’un mariage au Canada et rentrent aux États-Unis. Une fâcheuse rencontre avec un animal sur la route a endommagé l’un de leurs phares. Au beau milieu de la nuit, ils sont arrêtés en pleine forêt par deux douaniers de la police des frontières. Ce contrôle de routine pourrait n’être qu’anecdotique. Mais les fonctionnaires en uniformes sont visiblement suspicieux et zélés. Après quelques questions d’usage, l’interrogatoire devient plus insistant, plus inquiétant. La tension devient palpable, pénible, suffocante… En quelques minutes, Olivier Abbou parvient à nous saisir à vif. Il ne nous relâchera plus jusqu’à la fin du film, conçu comme un cauchemar d’autant plus angoissant qu’il est ancré dans une réalité terriblement tangible.

Dommages collatéraux

Le climat excessivement anxiogène de Territoires s’assortit de pointes de violences qui frôlent les excès du « torture porn » sans toutefois y céder. Car la terreur est ici plus psychologique que physique, même si l’intégrité corporelle de nos cinq protagonistes est sans cesse en péril. Les infortunés automobilistes ne nous ayant guère été présentés pendant un prologue somme toute très bref, c’est dans l’adversité que nous allons les découvrir. Mais il apparaît rapidement que leur psychologie et leur caractérisation intéressent moins Olivier Abbou que celles de leur bourreau. Les victimes ne sont ici que les dommages collatéraux d’un pays dont la politique ambigüe a créé des monstres ayant totalement aboli les frontières entre le bien et le mal. Ainsi, alors que le récit menace de tourner en rond, le point de vue change et nous fait entrer dans l’intimité de deux psychopathes vivant en autarcie, loin d’une société qui ne veut plus d’eux. Peu à peu, nous découvrons qui ils sont, sans toutefois comprendre pleinement les motivations d’un tel acharnement et d’un tel sadisme, si ce n’est une nostalgie malsaine des geôles de Guantanamo et la quête désespérée d’ennemis de la nation à interroger et châtier. Pendant le dernier tiers du métrage, l’intrigue rebondit une nouvelle fois pour nous offrir un troisième point de vue, chavirant presque dans un onirisme à la David Lynch que justifie la personnalité et les failles d’un nouveau personnage qui pourrait bien faire basculer le cours des événements. A mi-chemin entre l’horreur, la satire sociale et le thriller, Territoires est un film insaisissable dont la vision pessimiste et désespéré de l’âme humaine fait froid dans le dos encore longtemps après la fin de son générique.

 

© Gilles Penso

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LE COLOSSE DE NEW YORK (1958)

Après la mort d’un scientifique de génie, son cerveau est ranimé et intégré dans le corps d’un robot monumental

THE COLOSSUS OF NEW YORK

 

1958 – USA

 

Réalisé par Eugène Lourié

 

Avec John Baragrey, Mala Powers, Otto Kruger, Robert Hutton, Ross Martin, Ed Wolff, Charles Herbert

 

THEMA ROBOTS

C’est un peu malgré lui qu’Eugène Lourié, talentueux directeur artistique et fidèle collaborateur de Jean Renoir, s’est spécialisé dans la science-fiction. Les quatre longs-métrages qu’il a réalisés se rattachent en effet au genre, avec une prédilection pour les cités dévastées par des monstres préhistoriques imaginaires : le « rhédosaure » du Monstre des temps perdus, le « paléosaure » de The Giant Behemoth et les dinosaures fictifs de Gorgo. Au milieu de ce bestiaire antédiluvien fantaisiste, Le Colosse de New York fait presque figure d’exception, puisque les créatures reptiliennes géantes cèdent ici le pas à un robot d’un genre très particulier. Le scénario de cette fable de SF est écrit par Thelma Moss (une future parapsychologue de renom) d’après une histoire de William Goldbeck (qui avait écrit Freaks pour Tod Browning). Quant au producteur William Alland, il s’agit d’un spécialiste du genre puisqu’on le retrouve au générique de plusieurs œuvres phares de Jack Arnold comme Le Météore de la nuit, L’Étrange créature du lac noir ou Tarantula. Les premières séquences du Colosse de New York nous familiarisent avec le génial scientifique Jeremy Spensser incarné par Ross Martin, le futur Artemus Gordon de la série Les Mystères de l’ouest. Alors qu’il est sur le point d’éradiquer la faim dans le monde grâce à une découverte révolutionnaire, un accident le laisse sans vie. Il laisse derrière lui une famille éplorée et une communauté scientifique dévastée. Mais tout n’est peut-être pas perdu…

William Spensser, le père de Jeremy, est un grand chirurgien. Refusant cette perte déchirante, il récupère dans le plus grand secret le cerveau de son fils qu’il installe dans son laboratoire et relie à des instruments de mesure. Pour tester la vaillance de cette matière grise encore en activité, le savant lui dicte des exercices de mathématique et de physique. Mis dans la confidence, Henry Spensser, le frère aîné du défunt, s’offusque légitimement. « C’est mal » s’écrie-t-il. Mais la réponse de son père illuminé est sans appel : « c’est empêcher Jeremy de travailler qui est mal ». Car Spensser Sr se comporte bientôt comme un docteur Frankenstein, tellement obnubilé par ses recherches qu’il en oublie toute répercussion éthique ou morale. Ce père, qui semble moins d’attacher au lien affectif avec son fils qu’à la perte d’un cerveau scientifique de grande valeur, est sans conteste le personnage le plus intéressant du film, incarné avec conviction par Otto Kruger (La Cinquième colonne, Le Train sifflera trois fois). Maintenant que le cerveau a prouvé qu’il fonctionnait correctement, William veut que son fils, spécialiste de l’automatisation, lui donne un corps artificiel. Or ce dernier est en proie à des émotions contraires. Jaloux depuis toujours de son cadet, il convoite aujourd’hui sa veuve Anne…

Un nouveau Golem

Le premier quart d’heure du Colosse de New York souffre d’une mise en scène statique, un peu théâtrale, les comédiens s’inscrivant dans des cadres figés pour débiter des dialogues un peu trop écrits pour sonner juste. Cette sensation est accentuée par une bande originale qui sera entièrement jouée au piano durant toute la durée du métrage, sans le recours à d’autres instruments. Ce choix étrange est moins artistique que logistique, puisque nous sommes alors en pleine grève des musiciens. Le compositeur Nathan Lang Van Cleave (Robinson Crusoe sur Mars, la Quatrième dimension) interprète donc seul sa partition au clavier. Mais lorsque le robot intervient, Eugène Lourié retrouve son sens de la stylisation, dès ce plan fixe d’un laboratoire vide sur le mur duquel se projette une grande ombre humanoïde encore énigmatique. La caméra se déplace vers un téléphone, empoigné par le frère, qui se redresse pour être cadré dans le même plan que l’ombre du colosse. Une coupe nous révèle alors un gros plan du robot. Si la science a remplacé l’alchimie, cette créature a tous les atours physiques du Golem des vieilles légendes juives, un retour aux sources que nous rappelle sans cesse cette bande originale minimaliste ancrée plusieurs décennies dans le passé. Son allure est impressionnante : une carcasse métallique immense (endossée par le cascadeur Ed Wolff), flanquée d’une espèce de toge qui renforce son caractère atemporel. Sa voix électronique est à la fois effrayante et pathétique, notamment lorsqu’il prononce son premier mot : « father ». Le père, le créateur, l’éternel Prométhée moderne.  Et de fait, l’éveil à la vie du robot et ses premiers pas évoquent beaucoup le Frankenstein de James Whale. Quant au hurlement électronique qu’il pousse en découvrant son reflet dans un miroir, il est glaçant. Le potentiel du Colosse de New York est donc immense et plusieurs séquences s’avèrent fascinantes, notamment celles qui lient la créature et Billy, le fils de Jeremy. Mais le film souffre d’un cruel manque de moyens, amenuisant considérablement l’impact de sa séquence finale. La figuration chiche, le décor d’une désarmante sobriété et quelques flagrants raccords de montage mettent sérieusement à mal ce climax, qui aurait mérité beaucoup plus de panache. Ce qui n’enlève rien aux qualités de cette nouvelle variante sur le thème éternel de l’apprenti-sorcier.

 

© Gilles Penso

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LE CERCLE (2002)

Gore Verbinski dirige Naomi Watts dans un remake de The Ring qui se rapproche du terrifiant roman de Koji Suzuki

THE RING

 

2002 – USA / JAPON

 

Réalisé par Gore Verbinski

 

Avec Naomi Watts, Martin Henderson, David Dorfman, Brian Cox, Jane Alexander, Lindsay Frost, Amber Tamblyn

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION I FANTÔMES I SAGA THE RING

Le principe des remakes hollywoodiens conçus pour américaniser les concepts étrangers est très largement discutable, dans la mesure où il renonce officiellement à ouvrir le public des États-Unis vers d’autres cultures que la sienne. Nous serions donc enclins à bannir systématiquement une démarche aussi protectionniste. Mais il serait hypocrite de ne pas reconnaître que parfois le résultat fait des étincelles. Ainsi, nous ne sommes pas loin de penser que ce Cercle américain est supérieur au Ring japonais original, au moins pour deux raisons majeures : il se rapproche dans la forme et dans l’esprit du roman original de Koiji Suzuki, et il améliore sensiblement le traitement des personnages et de leur sensibilité. Pourtant, le début du film laisse un peu planer l’inquiétude. Les deux adolescentes en jupe plissée qui s’amusent à se faire peur en parlant de la fameuse cassette vidéo censée tuer ceux qui la regardent semblent en effet tout droit issue d’un vulgaire Urban Legend. Le petit garçon en proie à d’étranges visions, pour sa part, évoque irrésistiblement Sixième sens.

Mais le film quitte bientôt ses apparats de slasher de seconde zone pour se concentrer sur l’enquête menée par la journaliste Rachel Keller, cherchant à élucider la mort incompréhensible de sa nièce. Le Cercle de Gore Verbinski suit alors très fidèlement le Ring de Hideo Nakata, séquence par séquence, presque plan par plan. Les variations se lisent dans les détails, mais ce sont ces détails qui changent la donne. Nous sommes donc très loin de la démarche d’un Gus Van Sant estimant qu’il suffit de décalquer Psychose pour justifier un remake. À la froideur des héros initiaux, cette version préfère des sentiments plus marqués, aidée dans cette approche par le jeu convaincant de la belle Naomi Watts. À travers ses regards terrifiés, elle parvient à suspendre notre incrédulité et à nous laisser croire à cette histoire pourtant abracadabrante.

Des deux côtés de l’écran

D’autre part, le scénario choisit de faire comprendre progressivement la clef du mystère aux protagonistes et aux spectateurs via une série de déductions et d’indices qui s’assemblent jusqu’à ce que le puzzle s’assemble. Voilà qui s’avère bien plus efficace que les raccourcis du film initial, logiquement frustrants pour les lecteurs familiers du roman de Suzuki. Enfin, un lien plus étroit est établi entre les images de la fameuse cassette (qui évoque beaucoup les essais surréalistes de Luis Buñuel, notamment Un Chien andalou et L’Âge d’or) et la réalité. Ainsi, plusieurs éléments vus sur la vidéo réapparaissent au cours du film, comme cette échelle, cette chaise, ce miroir, ce mille-pattes. Poussée à l’extrême, cette idée permet la construction de séquences très surprenantes, comme ce siphon coincé dans la gorge de Rachel, ou cette mouche qui ne se trouve pas du côté de l’écran qu’on imaginait. Exercice d’adaptation et de recyclage très réussi, Le Cercle se clôt sur une note inquiétante, comme le livre dont il s’inspire, et ouvre ainsi la voie à l’inévitable séquelle… ou plutôt le remake de la séquelle.

 

© Gilles Penso

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UN COUP DE TONNERRE (2005)

Une nouvelle de Ray Bradbury adaptée par Peter Hyams : le cocktail était prometteur. Hélas, le résultat n’est clairement pas à la hauteur…

A SOUND OF THUNDER

 

2005 – USA

 

Réalisé par Peter Hyams

 

Avec Edward Burns, Catherine McCormack, Ben Kingsley, Armin Rhode, Heike Makatsch, Jemima Rooper, David Oyelowo

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS I DINOSAURES

Lorsque Peter Hyams s’adonnait à la science-fiction dans les années 80, il nous offrait des chefs d’œuvre mixant l’anticipation, le thriller politique, le film de guerre et le western (le triptyque Capricorn One / Outland / 2010 reste inégalé). Hélas, l’homme s’est progressivement mué en faiseur anonyme broyé par la machine hollywoodienne. Rien ne nous prédisposait donc à nous enthousiasmer face à Un Coup de tonnerre, malgré son casting prestigieux et son concept fort tiré d’une célèbre nouvelle de Ray Bradbury. Et effectivement, le film fait pâle figure, même si ses prémisses intriguent et attisent la curiosité. Nous sommes en l’an 2055. Le businessman Charles Hatton (Ben Kingsley) exploite une technique de voyage dans le temps mise au point par le docteur Sonia Rand (Catherine McCormack) pour créer la puissante compagnie Time Safari. Ses clients, de très riches touristes, paient des fortunes pour se retrouver propulsés dans la préhistoire et y abattre des dinosaures. Armés de fusils de nitrogène liquide, ils sont guidés tout au long de la chasse par le docteur Travis Ryer (Edward Burns). Pour vanter les vertus de son entreprise, Hatton n’hésite pas à se comparer à Colomb découvrant l’Amérique, Armstrong posant le pied sur la Lune ou Brubacker atterrissant sur Mars (cette dernière référence étant un clin d’œil amusant à Capricorn One).

Mais ces voyages éclair dans le temps doivent se soumettre à des règles strictes. Il ne faut rien ramener du passé et ne rien toucher sur place, à part les dinosaures qui, de toutes façons, sont sur le point de mourir. « Quand on change quelque chose dans le passé, les conséquences ne sont pas immédiates, elles arrivent par vague, comme quand on jette un caillou dans l’eau », explique Rand. Or bien sûr, selon le principe de « l’effet papillon », des petits détails qui échappent à la vigilance de tout le monde finissent par créer des bouleversements inattendus. La température grimpe, les plantes se développent de manière alarmante, des insectes énormes prolifèrent… Puis surviennent les « bêtes » : des gorilles-dinosaures, des chauves-souris géantes, un gigantesque serpent de mer.

L'attaque des gorilles-dinosaures

Prenant dès lors de larges libertés avec la nouvelle de Bradbury, Un Coup de tonnerre finit par ressembler à une version « sérieuse » du Evolution d’Ivan Reitman. A l’instar du monde en pleine dégénérescence qu’il décrit, le scénario finit par se perdre lui-même dans ses absurdes circonvolutions. Même les effets visuels peinent à secourir ce film désespérément bancal. Car si les panoramas de la ville du futur sont très réussis, les monstres sont des créations numériques très moyennement convaincantes et les catastrophes à grande échelle (la vague temporelle qui engloutit la cité, la nuée d’insectes) ne sont même pas dignes d’un « direct to video » de bas-étage. La comédienne Catherine McCormack ne garde pas un souvenir impérissable de ce film. « Mon personnage est celui d’une scientifique sexy qui n’a pas froid aux yeux et se bat contre des monstres avec de gros calibres », résume-t-elle laconiquement. « Autant dire que je n’étais pas du tout à l’aise avec ce rôle. J’aurais voulu que le réalisateur me filme uniquement dans des plans larges, afin qu’on ne sente pas mon manque de conviction. J’espérais surtout que le film ne sortirait jamais sur les écrans… Mais hélas, il est sorti ! » (1)

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 2007

 

© Gilles Penso

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LE MONSTRE DES ABÎMES (1958)

Un professeur entre en contact accidentellement avec de l’ADN préhistorique, régresse jusqu’à un stade primitif et terrorise la ville…

MONSTER ON THE CAMPUS

 

1958 –  USA

 

Réalisé par Jack Arnold

 

Avec Arthur Franz, Joanna Moore, Judson Pratt, Nancy Walters, Troy Donahue, Alexander Lockwood, Helen Westcott

 

THEMA YETIS ET CHAÎNONS MANQUANTS I MUTATIONS

Les séries B produites par Universal dans les années 50 constituent un genre à part entière que les réalisations de Jack Arnold définissent presque à elles seules, avec par ordre chronologique Le Météore de la nuit, L’Étrange créature du lac noir, Tarantula et L’Homme qui rétrécit. Malgré ces succès, le budget alloué au Monstre des abîmes, qui sera son dernier film fantastique pour le studio (et dernier film du genre tout court dans sa carrière), ne lui permettra pas d’obtenir un résultat aussi mémorable. Faute de moyens, et ne pouvant donc pas autant se reposer sur ses effets spéciaux que sur ses deux précédents films, Jack Arnold parvient néanmoins à maintenir l’intérêt au cours des 75 minutes du métrage, grâce à une structure classique en trois parties parfaitement équilibrées (mise en place, développement et climax) et un tempo qui va crescendo. Une mécanique bien huilée donc, sur un scénario de David Duncan, qui signera plus tard La Machine à explorer le temps et Le Voyage fantastique. Certes, il faudra se contenter d’un tournage au sein des plateaux Universal, avec leurs décors génériques de bureaux aux murs monotones, des extérieurs dans les collines alentour et un casting à l’avenant, Joanna Moore et Arthur Franz étant des habitués des petites productions maison. Mais ces limitations ne font que mettre en exergue le talent et le savoir-faire de Jack Arnold, qui délaie ici une matière thématique déjà au cœur de ses films précédents.

Le Professeur Donald Blake (Arthur Franz) est biologiste à l’université, avec un intérêt particulier pour l’évolution. On le découvre d’ailleurs effectuant un moulage du (joli) visage de sa fiancée Madeline (Joanna Moore) afin de l’ajouter en tant que représentante de la femme moderne à sa série de moulages représentant les différentess figures de l’homme depuis ses origines. On le voit ensuite réceptionner un rare spécimen aquatique provenant d’Amérique du Sud, un poisson dont les caractéristiques génétiques sont restées inchangées depuis la préhistoire. Mais en manipulant la bête (très caoutchouteuse à l’écran), il s’entaille la main sur ses dents saillantes ; une blessure aux conséquences bien plus graves qu’il ne peut l’imaginer. Son assistante Molly (Helen Westcott) le dépose chez lui mais Donald se sent mal et perd connaissance. A son réveil, il la retrouve sauvagement assassinée dans le jardin. Le seul indice le disculpant aux yeux d’un policier suspicieux (Judson Pratt) est une empreinte de main difforme ne pouvant lui appartenir. Pendant ce temps, au laboratoire, une libellule venue se nourrir sur ce poisson décidément pas frais mute jusqu’à atteindre un bon triple-décimètre de diamètre ! Donald s’interroge sur les propriétés génétiques de son précieux spécimen et commence à craindre qu’en se blessant, il se soit inoculé une substance l’ayant transformé en un monstre primitif responsable du meurtre de Molly. Pour prouver sa théorie, il s’injecte – volontairement cette fois – du sérum issu de l’ADN préhistorique du poisson. Ce qui donnera lieu à une scène de transformation constituée de fondus successifs entre différentes versions du maquillage, une approche déjà employée avec succès dans Le Loup-garou et qui annonçait sans le savoir le morphing. Mais le rudimentaire masque en latex conçu par Bud Westmore ne peut rivaliser avec les prothèses appliquées par Jack Pierce sur le lycanthrope qu’incarnait Lon Chaney Jr.

La bête qui sommeille en nous…

Un réalisateur lambda se serait surement contenté de raconter ce que promet le titre original, à savoir l’histoire d’un monstre sévissant sur un campus. Pas Jack Arnold. Comme dans L’Étrange créature du lac noir, Tarantula et L’Homme qui rétrécit, il intègre dans le film des questionnements personnels. Si le « gill man » représentait une pulsion et une libido très bestiales envers Julia Adams, si les araignées géantes illustraient notre peur d’une nature soumise aux effets du nucléaire, si le rétrécissement du héros exprimait une angoisse masculine sourde de voir le beau sexe le mettre à la marge, Le Monstre des abîmes pose la question du futur de l’homme moderne dans une société de consommation alors en plein essor. Alors que son héros se présente comme un individu intelligent, financièrement aisé et faisant partie de la bonne société sans toutefois céder à la suffisance de son statut, il veut comprendre ce vers quoi nous tendons en étudiant nos origines pour mieux anticiper l’avenir. Son hypothèse selon laquelle la prochaine étape de l’évolution serait une forme de régression vers un état plus sauvage ne saurait d’ailleurs être tout à fait démentie en ce début de millénaire. Chez Jack Arnold, les héros sont souvent en décalage avec la société – soit exclus, soit incompris – et c’est ce qui confère aujourd’hui encore à sa filmographie tout son intérêt. Jamais condescendant avec le genre et quels que soient les moyens mis à disposition, il a contribué à en faire un terreau thématiquement riche. Bien que Le Monstre des abîmes se soit vu en partie éclipsé l’année de sa sortie par La Mouche noire, il a néanmoins marqué les esprits de jeunes spectateurs devenus eux-mêmes réalisateurs plus tard et ne manquant pas de le citer. Si Tim Burton semble avoir emprunté le look d’Arthur Franz pour Alec Baldwin dans Beetlejuice, c’est assurément John Landis qui lui rend l’hommage le plus direct en en réalisant un démarquage parodique mais respectueux avec Schlock.

 

© Jérôme Muslewski

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LES SORCIÈRES D’EASTWICK (1987)

Un diable facétieux incarné par Jack Nicholson sème le trouble dans la vie de trois jeunes femmes, sous la direction inspirée de George Miller

THE WITCHES OF EASTWICK

 

1987 – USA

 

Réalisé par George Miller

 

Avec Jack Nicholson, Susan Sarandon, Cher, Michelle Pfeiffer, Veronica Cartwright, Richard Jenkins, Keith Jochim, Carel Struycken

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I DIABLE ET DÉMONS

Après trois Mad Max quasi-consécutifs, momentanément interrompus en 1983 par la réalisation d’un segment de La Quatrième dimension le film, George Miller décide de changer de registre tout en restant attaché au fantastique. Il se lance donc dans la réalisation des Sorcières d’Eastwick, adaptation d’un roman écrit par John Updike en 1984. Sous la plume du scénariste Michael Cristofer (Falling in Love, Le Bûcher des vanités), l’intrigue a été ramenée des années soixante à un cadre plus contemporain (la fin des années 80 donc) et les séquences les plus sombres du roman ont été élaguées pour mieux se conformer à un spectacle grand public. Si Anjelica Houston était pressentie pour incarner l’une des trois sorcières du titre, elle cède sa place à Cher, à l’affiche la même année d’Éclair de Lune et Suspect dangereux, mais conseille à son petit-ami de l’époque de postuler pour le rôle masculin principal. Or le petit-ami en question n’est autre que Jack Nicholson. Même si le personnage qu’il incarne était initialement prévu pour Bill Murray, il est aujourd’hui difficile d’imaginer quelqu’un d’autre que la star de Shining dans la peau de l’outrancier Daryl Van Horne. À la tête de sa première production hollywoodienne (si l’on excepte la parenthèse de La Quatrième dimension), George Miller bénéficie d’un confortable budget de 22 millions de dollars (environ deux fois plus que pour Mad Max : au-delà du dôme du tonnerre) et installe ses caméras pendant six semaines dans le Massachusetts.

Dans la petite ville balnéaire d’Eastwick, trois amies célibataires s’ennuient en rêvant de l’homme idéal qui saura égayer la morosité de leur quotidien. Il s’agit d’Alex (Cher), sculptrice et veuve, Sukie (Michelle Pfeiffer), journaliste abandonnée par son mari avec six enfants sur les bras, et Jane (Susan Sarandon), violoncelliste qui vient de divorcer. L’arrivée inopinée du mystérieux Daryl Van Horne, fraichement débarqué de New York, bouleverse la petite communauté. Accompagné d’un serviteur géant et muet qui répond au nom de Fidel (Carel Struycken), il vit dans le luxe, déborde d’excentricité, ne mâche pas ses mots, bref brise la monotonie gentiment harmonieuse de la petite bourgade. Une à une, il entreprend de séduire les trois amies en laissant deviner sa nature diabolique. À Alex qui lui demande qui il est réellement, il répond : « Juste un petit diable en rut ». À Jane qui s’interroge sur sa personnalité, il déclare : « J’ai une constitution surnaturelle ». Fauteur de trouble, Daryl finit par semer la discorde au sein du trio inséparable, ce conflit éclatant au cours d’une partie de tennis mémorable où la balle finit par n’en faire qu’à sa tête (grâce aux effets visuels impeccables d’ILM qui la remplacent dans quasiment tous les plans). Puis ce sont carrément Alex, Susan et Sukie qui se soustraient aux lois de la pesanteur en prenant leur envol au-dessus d’une piscine. Irrésistible en dépit – ou à cause – de ses exubérances, Daryl redonne aux trois femmes de la confiance, de l’autonomie et du pouvoir. À ce titre, le changement physique de Susan Sarandon s’avère spectaculaire. Curieusement, aucune d’elles ne se met en quête d’une quelconque explication rationnelle pour justifier tous ces phénomènes paranormaux. « Il se passe des choses singulières parce que le monde est singulier » se contente de constater Sukie sous le charme.

Le diable au corps

La seule habitante d’Eastwick à comprendre que le Mal avec un grand M est en train de s’insinuer parmi les habitants est Felicia, une femme bigote et autoritaire campée par Veronica Cartwright (Les Oiseaux, Alien). Possédée par une sorte de folie zélée depuis une mauvaise chute, elle compare Van Horne au serpent venu perturber le jardin d’Eden, hurle des insanités puis vomit des kilos de noyaux de cerise au cours d’une scène effrayante qui n’aurait pas dépareillé dans L’Exorciste. D’autres passages du film font virer la rêverie au cauchemar lorsque notre diable d’homme retourne contre les trois héroïnes leurs phobies (la vieillesse, les serpents et la douleur). En très grande forme, Nicholson livre là l’une de ses performances les plus mémorables (ses scènes de colère sont des morceaux d’anthologie) qu’il prolongera en quelque sorte pour camper le Joker de Batman. La mise en scène élégante de George Miller a du style et du caractère, exprimant bien des fois une virtuosité discrète, comme par exemple lorsque la caméra suit en plan-séquence nos héroïnes après un concert. Chaque habitant, au moment précis où il entre dans le champ, lâche une phrase interrogative liée à Van Horne, construisant une rumeur composite dont chaque pièce du puzzle devient complémentaire. La finesse des dialogues, la précision des comédiens et la méticulosité du travail de Miller se mêlent en une alchimie miraculeuse. Cerise sur le gâteau, la très belle musique de John Williams se met au diapason, traduisant tour à tour la légèreté, le mystère, le suspense et l’inquiétude. Plusieurs de ces motifs ressurgiront dans les bandes originales de Hook et Harry Potter. Sans doute le final des Sorcières d’Eastwick est-il trop grandiloquent, s’appuyant plus que de raison sur les effets spectaculaires (avec en prime un « monstre-Nicholson » animatronique conçu par Rob Bottin), sans pour autant rompre le charme de cette œuvre unique qui se bonifie au fil des ans.

 

© Gilles Penso

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THE VELOCIPASTOR (2017)

Depuis qu’il a ramené de Chine un vieil artefact aux pouvoirs étranges, un prêtre se transforme en dinosaure et affronte des ninjas !

THE VELOCIPASTOR

 

2017 – USA

 

Réalisé par Brendan Steere

 

Avec Gregory James Cohan, Alyssa Kempinski, Daniel Steere, Aurelio Voltaire, Yang Jiechang, Jesse Turits

 

THEMA DINOSAURES

Tout est parti du correcteur orthographique d’un téléphone. En 2010, alors qu’il fréquente l’école d’arts visuels de Manhattan, l’apprenti-réalisateur Brendan Steere écrit un message avec le mot « Velociraptor », qui est automatiquement corrigé en « VelociPastor ». « L’incident » lui donne l’idée d’un projet d’études constitué de fausses bandes annonces de films façon Grindhouse (dans l’esprit de ce qui avait été fait par Quentin Tarantino, Robert Rodriguez et leur « bande » dans la foulée de Boulevard de la mort et Planète terreur). Parmi ces faux teasers se trouve celui d’un film baptisé VelociPastor dans lequel un prêtre se métamorphose en dinosaure. Le film d’études se mue en petit phénomène sur YouTube, poussant Brendan Steere à transformer VelociPastor en long-métrage. Après avoir tenté en vain de faire financer ce projet fou par une campagne participative, le réalisateur parvient à récupérer 35 000 dollars grâce à un investisseur privé et se lance dans l’aventure. Une poignée d’acteurs amateurs, un matériel de tournage sommaire, une équipe réduite à sa plus simple expression, deux ou trois décors naturels… Les moyens sont rachitiques, et ça se voit à l’écran !

Dès les premières minutes du métrage, l’amateurisme de l’entreprise saute aux yeux : jeu d’acteur très approximatif, montage à la serpe, prises de vues accidentées… Le prétexte scénaristique laisse rêveur. Après un sermon, le prêtre Doug Jones (Gregory James Cohan) voit avec horreur la voiture de ses parents exploser et les réduire en cendres. Dévasté, il remet soudain en cause sa propre foi. Sous les conseils du père Stewart (Daniel Steere), notre homme d’église part se changer les idées à l’autre bout du monde. Le voilà donc en Chine (autrement dit dans une petite forêt broussailleuse avec deux figurants coiffés de chapeaux pointus). Il y croise une jeune femme en fuite qui s’écroule, frappée par une flèche. Avant de trépasser, elle a tout juste le temps de lui remettre un artefact en forme de corne. Doug se blesse la main en le récupérant. De retour chez lui, le prêtre découvre qu’il est désormais victime d’une malédiction : comme un loup-garou version préhistorique, il se transforme en vélociraptor et massacre ceux qui l’offensent. Le concept est délirant en soi, mais le passage du scénario à l’écran bascule carrément dans le surréalisme. Car en guise de dinosaure carnassier, nous avons droit à un costume de carnaval bossu qui se dandine pitoyablement et claque des mâchoires face à l’objectif d’une caméra zoomant frénétiquement pour tenter de cacher la misère.

Jurassic prêtre

Quelque part à mi-chemin entre le lycanthrope et le super-héros, notre « VelociPasteur » occis donc régulièrement les malfrats de tous poils, avec la complicité de Carole (Alyssa Kempinski), une prostituée dont il a sauvé la vie et qui va se transformer sans aucune raison en experte des arts martiaux. Comme si ça ne suffisait pas, voilà que des ninjas entrent dans la danse. Fâchés que ce « guerrier dragon » contrecarrent leur trafic de drogue, ils passent à l’attaque et nous offrent quelques séquences de batailles absurdes. Des effets gore grotesques ponctuent le métrage, le plus saugrenu d’entre eux étant une tête en plastique de mannequin de supermarché utilisée pour simuler une décapitation ! Or le générique affiche très sérieusement une responsable des effets spéciaux de maquillage (Jennifer Suarez), un designer du costume de dinosaure (Jason Milan) et un coordinateur des combats et des cascades (Ryan Wagner). Quand on voit le résultat à l’écran, il est permis d’émettre quelques doutes sur leurs compétences respectives. De crainte que son scénario filiforme ne suffise pas à remplir la durée d’un long-métrage, Brendan Steere ajoute des flash-backs inutiles qui traînent en longueur (notamment une scène située pendant la guerre du Vietnam). Bizarrement, VelociPastor conserve imperturbablement une tonalité très sérieuse, sans jamais chercher à ressembler à une parodie, et s’offre même un dénouement ouvert au cas où une séquelle voie le jour. Si c’est le cas, nous l’attendrons avec beaucoup de patience.

 

© Gilles Penso

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SHEENA, REINE DE LA JUNGLE (1984)

La sculpturale Tanya Roberts incarne une version féminine de Tarzan, luttant contre de vils mercenaires qui menacent la jungle africaine…

SHEENA, QUEEN OF THE JUNGLE

 

1984 – USA

 

Réalisé par John Guillermin

 

Avec Tanya Roberts, Donovan Scott, Trevor Thomas, Ted Wass, Elizabeth de Toro, France Zobda, Clifton Jones, John Forgeham

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

Pendant féminin de Tarzan, héroïne de nombreuses bandes dessinées et de plusieurs serials depuis la fin des années trente, Sheena ne pouvait rêver plus belle interprète que Tanya Roberts. Du haut de son mètre soixante-treize, la sculpturale comédienne au regard azur entre à merveille dans les peaux de bête, s’érigeant en digne héritière de Raquel Welch dans Un million d’années avant JC. Il faut bien avouer que le film vaut principalement pour ses charmes et ceux de la jungle kenyane où furent captés les décors naturels, car l’intrigue pataude n’est pas à la hauteur d’un concept pourtant alléchant. A la tête de cette ambitieuse production exotique se trouve le trio signataire d’un King Kong déjà modérément convaincant : le producteur Dino de Laurentiis, le scénariste Lorenzo Semple Jr. et le réalisateur John Guillermin. Dommage que le compositeur John Barry ne se soit pas joint à l’équation comme pour les aventures du gorille géant. Car si Richard Hartley (The Rocky Horror Picture Show) tente bien d’insuffler une certaine dimension épique à sa partition, il abuse aussi de langoureux synthétiseurs qui imitent visiblement le style de Vangelis mais font surtout ressembler cette bande originale à une musique de bluette érotico-romantique.

Le film raconte les origines de la sauvageonne, une petite fille aux cheveux d’or dont les parents géologues, Philip et Betsy Ames (Michael Shannon et Nancy Paul), sont en quête d’une supposée « terre guérisseuse » au cœur de la savane imaginaire de Tigora. Mais le couple de scientifiques meurt dans un éboulement. Orpheline, la petite Janet est recueillie par Shaman (Elizabeth de Toro) qui appartient à la tribu fictive Zimbali, persuadée que la fillette a été envoyée par les dieux pour protéger son peuple. La voilà donc rebaptisée Sheena et presque érigée au statut de déesse. En grandissant, elle apprend à communiquer par télépathie avec les animaux (une aptitude que possédait Marc Singer dans Dar l’invincible aux côtés duquel combattait déjà la belle Tanya Roberts). Devenue adulte, la « reine de la jungle » voit son existence paisible menacée par des gens cupides désireux d’envahir Tigora pour en extraire le précieux minerai qu’il renferme. Le pays étant gangréné par la corruption et des luttes intestines couvant au sein-même des Zimbali, rien ne va plus. Heureusement, Sheena veille au grain. Épaulée par l’éléphant Chango, le zèbre Marika et le chimpanzé Tiki, notre sculpturale Tarzane s’érige contre les vils mercenaires sans scrupules prêts à sacrifier toutes les vies qui barreront leur route. Au cœur du combat, elle s’éprendra du beau et ténébreux reporter Vic Casey (Ted Wass).

La belle et les bêtes

Sheena la reine de la jungle est un projet qui mit dix ans à se concrétiser et dont le scénario passa entre de nombreuses mains. Le résultat final trahit cette longue passation. Chaque auteur sollicité (notamment Robert et Laurie Dillon, Michael Scheff, David Spector, Leslie Stevens, David Newman, Lorenzo Semple Jr.) a ajouté son grain de sel, tiraillant l’histoire dans des directions radicalement opposées. Certains traitements privilégiaient l’aspect exotique, d’autres le caractère romantique, d’autres encore les éléments fantastiques. Fruit de tous ces revirements et changements de ton, le script final ressemble à un patchwork sans âme qui ne sait visiblement pas sur quel pied danser et se barde d’incohérences. L’équipe technique du film n’est pas dupe. « Nous étions tous très fiers de participer à ce film, parce qu’il était tourné en plein Kenya et surtout parce que le réalisateur était le légendaire John Guillermin », nous confiait Jean-Claude Lagniez, qui était à l’époque membre de l’équipe des cascadeurs de Remy Julienne. « Sauf qu’en réalité nous avons déchanté en comprenant que nous étions en train de travailler sur l’un des plus gros navets de l’histoire du cinéma ! » (1) Sans être aussi catégorique, avouons que cette aventure surannée a sérieusement loupé le coche. Le public ne s’y trompera pas, réservant un accueil glacial au film qui ne parviendra que tardivement à rembourser son budget de 25 millions de dollars.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 2004

 

© Gilles Penso

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TOURIST TRAP – LE PIÈGE (1979)

Quatre jeunes gens tombent entre les griffes d’un psychopathe qui transforme ses victimes en statues de cire…

TOURIST TRAP

 

1979 – USA

 

Réalisé par David Schmoeller

 

Avec Chuck Connors, Jocelyn Jones, Jon Van Ness, Robin Sherwood, Tanya Roberts, Dawn Jeffory, Keith McDermott

 

THEMA TUEURS I POUVOIRS PARANORMAUX I SAGA CHARLES BAND

En 1978, La Nuit des masques de John Carpenter provoque un véritable raz de marée qui remet au goût du jour le thème du tueur psychopathe et donne officiellement ses lettres de noblesse au « slasher ». Au lieu de suivre cette voie toute tracée comme nombre de leurs confrères, le producteur Charles Band et son réalisateur David Schmoeller se lancent avec Tourist Trap dans une sorte d’univers alternatif, quelque part à mi-chemin entre L’Homme au masque de cire, Massacre à la tronçonneuse et Psychose. De fait, même si les composantes habituelles du film d’horreur post-Halloween semblent bien présentes, c’est pour mieux voler en éclat quelques minutes plus tard. Halloween et Tourist Trap furent d’ailleurs tournés simultanément. Charles Band et John Carpenter étant amis depuis leur travail commun sur Last Foxtrot in Burbank, ils visitèrent leurs plateaux de tournage respectifs, mais il semble qu’aucun n’ait influencé l’autre et que chacun des deux films ait suivi sa propre voie. Un climat d’étrangeté perturbant s’installe dès la musique du générique de Tourist Trap composée par Pino Donaggio, dont les motifs enfantins déséquilibrés annoncent les futurs travaux de Richard Band sur la saga Puppet Master. Saisissante, la scène d’introduction met en scène un automobiliste à la recherche d’une aide secourable dans une vieille station-service apparemment abandonnée. Soudain, le voilà enfermé dans une pièce où tous les objets, meubles et éléments de décoration se mettent à bouger seuls, comme mus par une vie propre. Raisonnablement paniqué, le malheureux finit transpercé par un tuyau. De toute évidence, nous ne sommes pas ici en présence d’un simple émule de Michael Myers…

Les protagonistes qui prennent le relais obéissent certes aux archétypes de rigueur. Ils sont jeunes, beaux, insouciants. Parmi les membres de ce quatuor, on reconnaît Tanya Roberts, alors en tout début de carrière. Dans un minishort exagérément serré et une chemise nouée qui dissimulent très peu sa sculpturale anatomie, la future star de Dar l’invincible, Sheena reine de la jungle et Dangereusement vôtre crève déjà l’écran. Tandis que le garçon du groupe essaie de réparer la voiture capricieuse qui vient de tomber en panne, ses trois compagnes partent se baigner nues dans la cascade voisine. Bientôt, Monsieur Slausen (Chuck Connors), un autochtone aux allures de cowboy, vient à leur rencontre et leur propose de les héberger pour la nuit, dans sa maison qui fut jadis un musée de cire. Mais il leur déconseille de sortir, et notamment d’aller dans la maison d’en face. Celle-ci est habitée par son frère Davy, un sculpteur spécialisé dans les figures de cire. Cette interdiction nous ramène aux codes du conte de fées, notamment « Barbe-Bleue ». Bien sûr, l’une des filles brave la mise en garde et part dans la maison voisine, en quête d’un téléphone. Elle y est attaquée par des mannequins qui semblent vivants et meurt étranglée par un foulard. Lorsqu’une de ses amies part à sa recherche, c’est pour tomber entre les griffes d’un tueur caché derrière des masques dont le mode opératoire est pour le moins atypique : il capture ses victimes et les transforme en mannequins de cire…

Triste cire

Cette mécanique meurtrière inédite nous donne droit à une scène très éprouvante au cours de laquelle ce croquemitaine masqué recouvre progressivement de plâtre le visage d’une de ses captives, laquelle suffoque puis hurle jusqu’à rendre son dernier souffle. Non content de se positionner en émule du Vincent Price de L’Homme au masque de cire, notre tueur est également doté de pouvoirs télékinétiques qui lui permettent de donner vie à son macabre cabinet de victimes pétrifiées. Sous la direction très inspirée du futur réalisateur de Puppet Master, Tourist Trap joue sans cesse avec les faux semblants, les illusions et l’imperceptibilité de la frontière entre le réel et l’irréel. Les mannequins suivent les héros du regard, des voix humaines accompagnent leurs mouvements, bref le vrai et le faux ne cessent de s’interpénétrer. David Schmoeller mélange d’ailleurs des mimes maquillés et de vrais mannequins en plastique pour mieux brouiller les cartes. Cauchemardesque, le climax du film nous fait entrer de plain-pied dans la folie, seule échappatoire à ce voyage au bout de l’horreur. Grand succès en vidéo au début des années 80, Tourist Trap inspirera largement le scénario de La Maison de cire que Jaume Collet-Serra réalisera vingt-six ans plus tard.

 

© Gilles Penso

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