ALICE (1990)

Woody Allen dirige une fois de plus Mia Farrow, qui campe cette fois-ci une femme expérimentant les effets surnaturels d’étranges plantes médicinales…

ALICE

 

1990 – USA

 

Réalisé par Woody Allen

 

Avec Mia Farrow, Joe Mantegna, William Hurt, June Squibb, Marceline Hugot, Keye Luke, Alec Baldwin, Blythe Danner, Holland Taylor, Peggy Miley, Robin Bartlett

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

C’est un orgelet qui est à l’origine de Alice. Woody Allen, contraint de consulter un praticien en médecine alternative pour soulager sa paupière irritée, en ressort avec une idée en tête : et si les plantes médicinales, en plus de soigner les douleurs physiques, servaient aussi à traiter les maux de l’âme ? Ainsi germe The Magical Herbs of Dr. Yang, titre de travail de ce qui deviendra Alice, une comédie douce-amère sur fond de spiritualité, d’adultère latent et de haute société névrosée. Nous sommes en 1989. Allen, auréolé de son succès critique avec Crimes et délits, entame le tournage de son nouveau long-métrage dans une ambiance tendue. Mia Farrow, sa muse et compagne à l’écran comme à la ville, doit jongler entre les caprices du réalisateur et l’éducation de ses nombreux enfants. Woody, quant à lui, est en mode obsessionnel : chaque plan est minutieusement chorégraphié, chaque intonation analysée, chaque geste rejoué. Certaines prises sont tournées des dizaines de fois, le réalisateur étant incapable de s’arrêter tant qu’il n’atteint pas la nuance exacte qu’il cherche. Ce perfectionnisme frise l’épuisement. Allen finira hospitalisé pour stress peu après la fin du tournage.

Alice Tate (Mia Farrow), épouse bien lotie d’un financier new-yorkais (William Hurt), coule une existence aussi dorée qu’ennuyeuse. Entre les soins esthétiques, les bavardages mondains et les promenades dans les avenues de Manhattan, cette mère de famille passe son temps à ne rien faire. Son mariage semble stable, l’argent coule à flot, les enfants sont élevés par une nounou. Soudain, un mal de dos persistant et inexpliqué s’installe. La rencontre avec Joe Ruffalo (Joe Mantegna), séduisant saxophoniste croisé au détour d’un magasin, agit comme un déclencheur. Alice se découvre une attirance inattendue, mais aussitôt teintée de culpabilité. Issue d’une éducation catholique rigide, elle s’interdit toute tentation, même inavouée. Rongée par l’angoisse et la confusion, elle consulte le mystérieux Dr Yang (Keye Luke), un herboriste qui diagnostique ses maux comme le symptôme d’un blocage existentiel. Son remède ? Des herbes, des breuvages… et un brin de magie. Car les potions du Dr Yang ne se contentent pas de détendre les muscles : elles révèlent les désirs enfouis, matérialisent les souvenirs, permettent de lire dans les pensées ou même de devenir invisible.

Les philtres du docteur Yang

Avec Alice, Woody Allen s’aventure sur un terrain qu’il connaît par cœur, celui de l’introspection névrosée en milieu urbain. Mais là où Zelig ou La Rose pourpre du Caire réussissaient à mêler fantastique et émotion avec virtuosité, Alice trébuche parfois sur ses propres intentions. Le film oscille entre la satire sociale, la fable onirique et la comédie sentimentale sans jamais choisir franchement son camp. Le point fort du film réside sans doute dans sa mise en scène du merveilleux comme quotidien alternatif. L’invisibilité d’Alice, son dialogue avec l’esprit d’un ancien amant (interprété par Alec Baldwin), ou encore l’absorption d’un philtre d’amour par tous les invités d’une réception mondaine sont des moments qui relèvent d’un humour doux-amer détournant les motifs d’Alice au pays des merveilles. Mais voilà : les états d’âme d’Alice, femme privilégiée et pourtant perpétuellement insatisfaite, peinent à susciter la moindre empathie. Il nous est difficile de compatir à ses doutes existentiels quand tout, autour d’elle, respire le luxe et le confort. En pleine crise, Mia Farrow imite carrément la voix de Woody Allen, sa façon de s’exprimer avec un débit vertigineux, hyper nerveux et nasillard. La muse devient ainsi le prolongement de son pygmalion – mais sans la chaleur ou l’humour qui rendaient Annie Hall si attachante. Le fantastique ici ne transcende pas l’intrigue. Il la survole, l’effleure, sans jamais l’approfondir. Comme si le film lui-même refusait de dépasser le cadre de l’anecdote.

 

© Gilles Penso

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GIANTESS BATTLE ATTACK (2022)

La femme géante du film Attack of the 50 Foot Camgirl est de retour, défiée à la fois par une catcheuse rivale et par une lutteuse extra-terrestre…

GIANTESS BATTLE ATTACK

 

2022 – USA

 

Réalisé par Jim Wynorski

 

Avec Ivy Smith, Brian Gross, Masuimi Max, Kiersten Hall, Lisa London, Steve Altman, Frankie Cullen, Gail Thackray, Kira Noir, Freddy John James

 

THEMA NAINS ET GÉANTS I SAGA CHARLES BAND

Le crédo de Charles Band, ce sont généralement les petits monstres. On ne compte plus le nombre de poupées meurtrières, de Ghoulies, de psychopathes en pain d’épice et de minions turbulents qui s’agitent dans les films qu’il produit ou réalise. Mais à l’occasion, il ne rechigne pas à voir plus grand et à s’attaquer à des créatures géantes, surtout s’il s’agit de bimbos en bikini hautes comme des buildings. Après avoir distribué Giantess Attack et Giantess Attack vs Mecha Fembot via sa compagnie Full Moon, Band constate que le filon est juteux et que le public est friand de pinups émules de King Kong ou Godzilla. Il se lance donc dans Attack of the 50 Foot Camgirl et à sa suite, Giantess Battle Attack, tous deux réalisés par Jim Wynorski, vieux routard de la série B ayant largement alimenté le catalogue de Roger Corman. Le film précédent s’étant achevé par une bataille épique entre deux femmes géantes réduisant en miettes de jolis décors miniatures, il fallait aller plus loin avec cette séquelle. Nous avons donc droit cette fois-ci à trois belligérantes gigantesques. Quand on aime, on ne compte pas ! Et tant pis si le budget reste ridiculement bas au regard des ambitions du script.

Tout commence dans l’espace, plus précisément sur la planète Buxomis, royaume fantasque des « Girlgantuas », où les combats de catch féminin font fureur. La redoutable Spa-Zor (Kiersten Hall), nouvelle championne, vient de mettre au tapis sa rivale Metaluna (Kira Noir, héroïne de Femalien Cosmic Crush). Elle reçoit alors les honneurs de l’impératrice (Gail Thackray) et se voit confier une mission de taille : descendre sur Terre pour défier la géante Beverly (Ivy Smith, protagoniste du film précédent). Car Beverly est toujours coincée dans son corps d’Amazone démesurée. Elle travaille désormais sur un chantier pour rembourser les dégâts causés lors de sa dernière crise de croissance. Tandis que les scientifiques s’échinent à trouver un remède, elle vit une romance intense avec Mike (Brian Gross), un contremaître qui assume pleinement leur différence – quitte à explorer ses formes titanesques avec un enthousiasme spéléologique. Un jour, un certain Brian (Steve Altman) propose à Beverly un combat de catch lucratif contre la sulfureuse Anna Conda (Masuimi Max, vue dans Unlucky Charms). C’est le moment que choisit Spa-Zor pour débarquer à bord de sa soucoupe volante…

La guerre des Girlgantuas

Si le travail sur les maquettes et la pyrotechnie, assuré par Jeff Leroy, tient toujours relativement bien la route, on ne peut pas en dire autant des effets numériques conçus par Michael Cirino (également monteur, directeur de la photographie et compositeur du film). Les vaisseaux spatiaux, les évolutions dans le cosmos, les apparitions holographiques sont tous plus affreux les uns que les autres. Étant donnée la tonalité parodique du film, ces scories techniques ne sont cependant pas rédhibitoires. Car les gags – plus ou moins réussis – pleuvent en cascade tout au long du scénario de Kent Roudebush. Lorsque Beverly et les deux filles de son fan club exhibent soudain leurs poitrines, par exemple, le réalisateur Jim Wynorski apparaît face caméra pour s’insurger… avant de recevoir une salve de tartes à la crème en plein visage. Plus tard, nous découvrons le bâtiment des scientifiques, qui reprend les formes du robot géant du film Kronos (un clin d’œil réservé aux connaisseurs). Le trait d’humour le plus réussi intervient au moment où la gladiatrice extra-terrestre menace de détruire tous les grands monuments de la Terre. Lorsqu’elle implante une enseigne McDonald sur Stonehenge ou qu’elle fait apparaître les seins de la Statue de la Liberté, son avertissement n’est pas pris au sérieux. Mais lorsqu’elle ajoute sur le Mont Rushmore la tête de Donald Trump, c’est la panique ! Le film se termine comme on l’imagine par l’affrontement des trois géantes, aux côtés d’un puits de forage d’où jaillissent soudain de puissants jets de pétrole, symbole à peine masqué d’une éjaculation. Oui, nous ne sommes clairement pas au royaume de la subtilité…

 

© Gilles Penso

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LE TRÉSOR DE TARZAN (1941)

Tarzan, Jane et Boy doivent faire face à deux explorateurs cupides prêts à tout pour mettre la main sur un gisement d’or caché dans la jungle…

TARZAN’S SECRET TREASURE

 

1941 – USA

 

Réalisé par Richard Thorpe

 

Avec Johnny Weissmuller, Maureen O’Sullivan, Johnny Sheffield, Reginald Owen, Barry Fitzgerald, Tom Conway, Philip Dorn, Cordell Hickman, Everett Brown

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I TARZAN

Cette cinquième aventure de Tarzan orchestrée par le studio MGM s’appuie sur les talents artistiques qui surent faire s’épanouir avec succès cette franchise exotique très librement inspirée des écrits d’Edgar Rice Burroughs. Johnny Weissmuller, Maureen O’Sullivan et Johnny Sheffield répondent donc toujours présents, dans les rôles respectifs de l’homme singe, de sa compagne Jane et de leur fils adoptif Boy, tandis que Richard Thorpe, réalisateur des deux opus précédents, assure à nouveau la mise en scène. Le script, en revanche, est confié à deux nouveaux venus dans la saga, Myles Connolly (co-auteur non crédité de Monsieur Smith au sénat) et Paul Gangelin (futur scénariste de l’improbable Serre géante). Les deux hommes sont de vieux routiers à Hollywood, mais force est de constater que pour Le Trésor de Tarzan, ils se reposent un peu sur les acquis. Il faut dire que la grande majorité des situations possibles dans le contexte défini par le premier Tarzan l’homme singe ont déjà été exploitées dans les quatre épisodes précédents (les confrontations contre les animaux de la jungle, les tribus hostiles, les hommes blancs armés de leurs fusils). D’où un irrépressible sentiment de déjà vu, renforcé par la réutilisation intensive de séquences provenant des autres films de la série.

« Au cœur de l’Afrique, au-delà de tous les sentiers connus des chasseurs blancs, se trouve un escarpement, une falaise abrupte qui, selon la légende, s’élève depuis les plaines pour soutenir les étoiles », nous annonce un texte en début de métrage. Alors que Boy et Cheeta s’amusent dans la jungle, le cri impressionnant de Tarzan – et celui, beaucoup moins convaincant, de Jane – retentissent dans la forêt. La joyeuse famille se réunit bientôt au sommet des arbres, ce qui permet d’apprécier l’étonnante agilité de Johnny Sheffield, accentuée par des effets d’accéléré. Leur quotidien, fait de baignades, de jeux dans la canopée et de repas préparés grâce à des ustensiles bricolés dans la jungle – frigo de fortune, four artisanal et table de cuisine – illustre l’ingéniosité et l’harmonie d’une famille à part, où même l’éléphanteau Buli participe à l’aventure en servant de plongeoir ou de compagnon de jeu. Cette vie idyllique s’apprête à vaciller le jour où Boy, en jouant dans la rivière, découvre des pépites d’or au fond de l’eau. Curieux de nature et de plus en plus fasciné par les récits de Jane sur la civilisation, l’enfant décide de quitter le nid protecteur pour aller à sa rencontre. Son périple le mène jusqu’au jeune Tumbo (Cordell Hickman), membre de la tribu des Ubardis. Mais l’accueil des villageois est loin d’être chaleureux : frappés par une épidémie, ils voient en Boy un porteur de malheur et s’apprêtent à l’offrir en sacrifice sur l’autel de leurs superstitions. Sauvé in extremis par l’expédition du professeur Elliott (Reginald Owen), Boy révèle innocemment la présence d’or, éveillant aussitôt les convoitises…

La soif de l’or

Malgré une mécanique narrative qui commence à se répéter, le charme opère toujours, grâce au charisme impeccable de son irrésistible trio d’acteurs en pagne et au charme suranné de cette jungle de studio. Nettement plus soignés que dans les premiers opus, les effets visuels offrent cette fois l’illusion de falaises vertigineuses grâce aux matte paintings, ou encore de saisissantes confrontations entre enfants et animaux déchaînés – comme ce rhinocéros qui charge via une habile rétro-projection. Le registre comique est également renforcé : la guenon Cheeta monopolise l’écran avec ses grimaces, ses acrobaties et son rire simiesque dans de longues séquences qui lui sont désormais entièrement consacrées. Barry Fitzgerald, en photographe irlandais porté sur la bouteille, ajoute une touche de légèreté supplémentaire. Parmi les moments les plus mémorables du film figure une scène où Tarzan, Boy et les indigènes découvrent pour la première fois une projection cinématographique. À l’instar des spectateurs des frères Lumière, tous reculent instinctivement en voyant un train foncer sur eux. Mais le film sait aussi être brutal, notamment lorsqu’il montre les exactions de la tribu des Jaconis qui attachent leurs prisonniers à des arbres et les écartèlent – les choses sont évidemment suggérées, mais tout de même ! – ou lorsque des crocodiles se jettent sur une nuée de pirogues pour dévorer leurs occupants. Bref, le spectacle est toujours de haute tenue, mais l’on sent bien qu’il est temps de renouveler la formule. Tâche à laquelle s’attèleront Richard Thorpe et ses scénaristes pour l’épisode suivant : Les Aventures de Tarzan à New York.

 

© Gilles Penso

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ABRAHAM LINCOLN, CHASSEUR DE VAMPIRES (2012)

Tout est dans le titre. Sauf que ce crossover impensable n’est pas une comédie mais un film d’action au premier degré… Allez comprendre !

ABRAHAM LINCOLN : VAMPIRE HUNTER

 

2012 – USA

 

Réalisé par Timur Berkmambetov

 

Avec Benjamin Walker, Dominic Cooper, Anthony Mackie, Mary Elizabeth Winstead, Rufus Sewell, Marton Csokas, Jimmi Simpson, Joseph Mawle, Robin McLeavy

 

THEMA VAMPIRES

Difficile de savoir ce qui a bien pu passer par la tête des producteurs de la Fox au moment où ils ont validé ce projet. Il faut croire que le livre Abraham Lincoln : Vampire Hunter de Seth Grahame-Smith, déjà auteur d’Orgueil et préjugés et zombies, leur a tapé dans l’œil. Son succès d’estime déclenche en tout cas l’intérêt de Tim Burton, qui décide de produire son adaptation sur grand écran en cédant le fauteuil du metteur en scène à Timur Bekmambetov. Cinéaste russe révélé par le diptyque Night Watch et Day Watch, puis propulsé à Hollywood avec Wanted, Bekmambetov excelle dans l’action outrancière et les univers fantastiques excessifs. Écrit par Grahame-Smith lui-même, le film se paie un budget confortable (environ 70 millions de dollars) et un casting solide, dominé par un Benjamin Walker convainquant. Mais très vite, une question se pose : comment peut-on réaliser un film qui s’appelle Abraham Lincoln, chasseur de vampires en se prenant au sérieux ? C’est un peu comme Cow-Boys contre envahisseurs, c’est antinomique. La juxtaposition même des deux univers annoncés par le titre implique à priori un traitement au second degré, sous peine de sombrer dans le grotesque le plus extrême. Or ce n’est pas l’option prise par Grahame-Smithe et Berkmambetov.

L’histoire démarre pendant l’enfance d’Abraham Lincoln. Le jeune garçon est témoin de la mort de sa mère, empoisonnée par un créancier malveillant… qui se révèle être un vampire. Traumatisé, le futur président grandit en se laissant envahir par un désir de vengeance, jusqu’à croiser la route d’Henry Sturges (Dominic Cooper), chasseur de vampires au passé trouble, qui le forme au maniement des armes et à la connaissance des créatures nocturnes. Lincoln devient alors un justicier de l’ombre, exerçant le jour comme apprenti avocat et tranchant des gorges la nuit avec une hache modifiée à la lame d’argent. Mais bientôt, la chasse se complique. Le Sud des États-Unis abrite en effet une aristocratie vampirique menée par le sinistre Adam (Rufus Sewell), qui exploite les esclaves comme cheptel. Tandis que Lincoln gravit les échelons du pouvoir jusqu’à devenir président, il découvre que la guerre civile dépasse la simple opposition nord-sud : c’est une guerre entre humains et vampires, où l’enjeu n’est rien de moins que l’avenir de l’humanité…

Le président est sur les dents

L’énorme paradoxe du film, c’est donc de traiter son sujet comme un biopic sérieux, alors que tout – du titre au pitch – appelait à une lecture plus légère, plus grinçante. Mais Bekmambetov cherche la solennité. Résultat : les scènes de discours, les moments d’intimité conjugale, les dilemmes moraux sont joués avec une gravité qui frôle parfois l’absurde. Dans ce registre, on préfèrera évidemment l’approche de Steven Spielberg dont le Lincoln est sorti sur les écrans cinq mois après cette variante vampirique. Et face à Daniel Day Lewis, Benjamin Walker ne fait pas le poids, malgré la meilleure volonté du monde. Sur le plan visuel, le film de Berkmambetov ne manque pas de panache. Certaines scènes sont franchement spectaculaires, notamment la course-poursuite au milieu d’un troupeau de chevaux au galop, ou le combat ferroviaire qui fait rage tandis qu’un pont en feu s’écroule. Mais le réalisateur ne peut s’empêcher d’abuser d’effets d’accélérés/ralentis dont le cinéma d’action ne cesse de nous abreuver depuis le succès de 300. Quant au sous-texte politique – les vampires comme métaphore du mal institutionnalisé, l’esclavage comme système de prédation -, il aurait pu agréablement enrichir le propos, mais reste trop superficiel pour convaincre. On sent bien que Grahame-Smith tente de densifier son univers, mais entre deux têtes tranchées, le message peine à s’imposer.

 

© Gilles Penso

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EVIL BONG 888 (2022)

Pour son ultime opus, la saga consacrée à la pipe à cannabis diabolique s’installe dans un restaurant chic fréquenté par une faune hétéroclite…

EVIL BONG 888 : INFINITY HIGH

 

2022 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Sonny Carl Davis, Diana Prince, Israel Sharpe, Bree Essrig, Whitney Moore, Dare Taylor, Keep Chambers, Christiana Cinn, Circus-Szalewski

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA EVIL BONG I CHARLES BAND

La fin d’Evil Bong 777 ouvrait la possibilité du surgissement d’un nouveau duo de petits monstres hargneux : des biscuits psychopathes assoiffés de sang, conçus à partir des miettes du Gingerdead Man ! Prometteur, n’est-ce pas ? De nouveaux délires semblaient donc pouvoir se profiler à l’horizon. Mais bizarrement, Charles Band abandonne cette idée et ramène ce huitième opus dans un décor clos où il se contente de mettre en scène une galerie de personnages issus des épisodes précédents – ou d’autres films produits par sa compagnie Full Moon -, au fil d’un enchaînement de sketches supposés drôles mais la plupart du temps ennuyeux. Nous voilà revenus au néant scénaristique qui entravait les épisodes 4 et 5 de la franchise. C’est d’autant plus regrettable – et surprenant – qu’Evil Bong 888 fait office de dernier opus d’une longue saga née en 2006. En guise de bouquet final, nous n’avons donc droit qu’à un pétard mouillé que même les aficionados les plus fidèles des productions Charles Band risquent fort de trouver consternant, pour ne pas dire embarrassant.

Seul personnage à être apparu dans tous les volets de la série, Rabbit (toujours incarné par l’indéboulonnable Sonny Carl Davis) vient d’acquérir un restaurant chic à Beverly Hills, le « Lapin Haut » (en français dans le texte). Lorsque Tom (Diana Prince), une jeune femme à la poitrine très avantageuse, se présente à la recherche d’un travail, il l’embauche aussitôt comme hôtesse. Rabbit lui présente alors les deux serveuses incompétentes qu’il a engagées (Bree Essrig et Whitney Moore) ainsi que le cuisinier teuton Sal Monella (Israel Sharpe), qui travaille sous la supervision de Ebee, le bong diabolique. Car allez savoir pourquoi, cet objet possédé est désormais un chef spécialisé dans la gastronomie française ! Problème : Rabbit a oublié d’alimenter en ingrédients les cuisines du restaurant. Il faut donc composer avec les boites de haricots et les baguettes de pain qui traînent dans la remise. Pour épicer le tout, Ebee propose d’ajouter un peu de son herbe magique dans les plats. Ce ne sera pas sans conséquences sur la clientèle…

Le grand restaurant

Les trois premières clientes du restaurant sont des actrices probablement sélectionnées pour leur absence de pudeur (Deven Wolf, Keep Chambers, Christiana Cinn), puisque dès qu’elles goûtent aux plats ainsi agrémentés, elles sont soudain prises de bouffées de chaleur et se déshabillent en s’esclaffant. Les autres visiteurs du « Lapin Haut » sont des visages familiers. Il s’agit tour à tour des trois rednecks « embourgeoisés » vus dans les épisodes précédents (Circus-Szalewski, Nielle Ann Mabry, Kaius Harrison), d’une femme snobe et désagréable qui critique tout ce qu’elle voit (Libby Higgins, héroïne de Baby Oopsie), de l’escort girl Rhonda Vu (Elina Madison) et des fantômes junkies (Caleb Hurst et Adam Roberts) apparus dans Evil Bong 777, ainsi que du duo de bimbos écervelées Barbie et Kendra (Cody Renee Cameron et Robin Sydney) échappées de Corona Zombies. Le fait que Robin Sydney ait incarné quatre personnages bien distincts au fil de la série Evil Bong (Luann, Sarah Leigh, Faux Batty Boop et Kendra) n’est pas la moindre des bizarreries de cette saga protéiforme. Mais honnêtement, à part ses gags à répétitions consistant à tourner en dérision les accrocs aux téléphones portables et aux réseaux sociaux, il n’y a rien à se mettre sous la dent dans cet Evil Bong 888 : aucune péripétie, aucun rebondissement, le vide intersidéral. Il était donc grand temps d’arrêter les frais.

 

© Gilles Penso

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LE RETOUR DU LOUP-GAROU (1981)

Interprète du lycanthrope Waldemar, l’acteur Paul Naschy passe à la mise en scène et confronte son monstre fétiche à la comtesse Bathory…

EL RETORNO DEL HOMBRE LOBO

 

1981 – ESPAGNE

 

Réalisé par Paul Naschy

 

Avec Paul Naschy, Julia Saly, Silvia Aguilar, Azucena Hernandez, Beatriz Elorrieta, Rafael Hernandez, Pepe Ruiz, Ricardo Palacios, Tito Garcia, David Rocha

 

THEMA LOUPS-GAROUS I VAMPIRES I SAGA WALDEMAR DANINSKY

Pour le huitième opus de la prolifique série de longs-métrages consacrés aux aventures du loup-garou Waldemar Daninksy, l’acteur principal Paul Naschy prend lui-même en charge la réalisation, sous le pseudonyme américanisé de Jack Molina. Ce passage derrière la caméra lui permet de garder un meilleur contrôle sur une saga dont il fut l’initiateur et le scénariste. Bénéficiant d’un budget plus conséquent que sur les films précédents, Naschy en profite pour revisiter La Furie des vampires (troisième épisode de la saga) dont Le Retour du loup-garou constitue une sorte de remake. Car cette série présente la particularité de ne pas chercher de véritable continuité scénaristique, chaque film racontant une histoire autonome autour du même thème et du même personnage principal. Installant ses caméras sur divers sites dans la région de Madrid ainsi qu’au pied du magnifique château de Belmonte pour les panoramas extérieurs, Naschy n’en est pas à ses débuts de réalisateur, puisqu’il dirigea déjà sept longs-métrages avant celui-là. Il démontre là une belle maîtrise artistique et technique, soignant du mieux qu’il peut son ouvrage et sollicitant pour les maquillages spéciaux le vétéran Angel Luis de Diego, lequel s’était frotté par le passé au monstre de Frankenstein à l’occasion de L’Esprit de la ruche.

Nous sommes dans la Hongrie du seizième siècle. Jugée pour sorcellerie, vampirisme et pacte avec le diable, la comtesse Elizabeth Bathory (Julia Saly) est condamnée à être emmurée dans son château. Ses servants et complices, eux, seront torturés, pendus, empalés ou décapités. Bref, ça ne rigole pas ! Parmi ses anciens alliés, il y a le noble Waldemar Daninsky (Naschy, qui adopte ici un look à la Demis Roussos avec sa barbe fournie et son cheveu long). Accusé de lycanthropie, il portera le « masque de la honte » et aura le cœur percé par une croix sacrée. Mais Bathory promet qu’elle reviendra. « Je renaîtrai de mes cendres et je transformerai votre monde en enfer ! » annonce-t-elle. Le film nous transporte alors au début des années 80, où deux pilleurs de tombes ouvrent le cercueil de Waldemar pour mettre la main sur la précieuse croix. Bien sûr, le trépassé revient aussitôt à la vie et occis les imprudents profanateurs. Entretemps, trois jeunes et jolies scientifiques ont décidé de retrouver la sépulture de la comtesse Bathory. L’une d’entre elles, qui s’adonne à la sorcellerie, veut même la ressusciter, quitte à tuer ceux qui se dresseront sur sa route…

L’éveil de la comtesse sanglante

Au-delà des films de monstres de l’âge d’or d’Universal – et notamment de ceux réalisés par Erle C. Kenton – qui restent la source d’inspiration principale de Paul Naschy, il n’est pas difficile de sentir également ici l’influence du Masque du démon de Mario Bava. D’ailleurs, même s’il se situe dans les années 80, Le Retour du loup-garou joue à fond la carte de l’imagerie gothique, avec son château médiéval, sa crypte couverte de toiles d’araignées et ses jeunes femmes en nuisette parcourant les vastes escaliers avec un chandelier à la main. L’une des séquences les plus marquantes est sans doute la résurrection de Bathory. Le sang d’une jeune femme sacrifiée, pendue par les jambes, coule sur le bas-relief qui la représente, provoquant des volutes de fumée. Puis le couvercle du cercueil s’élève tout seul dans les airs, révélant la comtesse sanglante dans toute son altière beauté. D’un geste, elle réveille alors le zombie décrépit qui fut jadis son serviteur. L’apparition des femmes vampires blafardes au milieu de la nuit brumeuse, qui avancent en glissant de manière surnaturelle, est aussi un beau moment d’épouvante, sur lequel le film capitalise à plusieurs reprises. Revers de la médaille, le loup-garou est relégué à l’arrière-plan. Et si Waldemar occupe toujours le devant de la scène, c’est plus en tant que chasseur de vampires que lycanthrope. Le film conserve un charme suranné indiscutable, mais les sorties de Hurlements et Le Loup-garou de Londres la même année lui donneront un impitoyable coup de vieux.

 

© Gilles Penso

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LOLITA 2000 (1998)

Des extra-terrestres, des hors-la-loi spatiaux et des voyageurs temporels s’agitent tour à tour dans ce film à sketches érotico-futuriste…

LOLIDA 2000 / LOLITA 2000 / O LITA 2000

 

1998 – USA

 

Réalisé par Cybil Richards

 

Avec Jacqueline Lovell, David Squires, Sky Nicholas, Robert John, Heather James, Eric Acsell, Gabriella Hall, Taylor St. Clair, William Briganti, Everett Rodd, Nikki Nova

 

THEMA FUTUR I EXTRA-TERRESTRES I VOYAGES DANS LE TEMPS I SAGA CHARLES BAND

Contrairement à ce que pourrait faire croire son titre, Lolita 2000 n’a rien à voir avec le Lolita de Stanley Kubrick, ni avec le roman de Vladimir Nabokov qui l’inspira. Ce petit film de science-fiction polisson aura d’ailleurs connu des appellations variées et alternatives, comme Lolida 2000 (un « d » à la place du « t » pour éviter les problèmes de copyrights ?) ou O Lita 2000. La Lolita à laquelle nous avons ici affaire n’est donc pas une jeune fille en fleur à peine pubère mais une femme adulte et épanouie incarnée par la pimpante Jacqueline Lovell (Virtual Encounters, Femalien, Le Cerveau de la famille, Hideous). Celle-ci nous parle depuis ce qui ressemble à une station spatiale, quelque part dans un futur indéterminé où tous les contenus érotiques ont été interdits par le gouvernement. En s’adressant directement à la caméra via une sorte de journal de bord vidéo – ou d’émission télévisée pirate ? -, cette Lolita en combinaison argentée nous explique que sa mission était jadis d’effacer les films de fesses devenus indésirables. Mais en visionnant l’un d’entre eux, la belle s’est émoustillée outre-mesure et a décidé de contrevenir à ses ordres. Portée par une mission qu’elle juge visiblement aussi sacrée que celle des rebelles de Fahrenheit 451, elle conserve secrètement tous ces films illicites et se propose de nous conter trois histoires olé-olé…

Lolita 2000 prend donc les allures d’un film à sketches dont le fil conducteur est assuré par notre blonde du futur, variante sexy du « gardien de la crypte » en quelque sorte. Le premier récit semble se dérouler dans le présent. De plus en plus tourmentée par des flashs étranges qui provoquent chez elle des pertes de connaissance et des crises de panique, Sherri (Gabriella Hall) croit voir des silhouettes d’hommes étranges aux ongles griffus qui l’agressent. Au cours d’une séance d’hypnose orchestrée par un psychiatre, elle se souvient avoir été enlevée par des extra-terrestres. Leur but ? La voir s’accoupler avec un autre homme et étudier leur comportement. Le second segment prend place dans une prison spatiale futuriste où se retrouve enfermée Casey (Skylar Nicholas), une pilote ayant enfreint la loi. Malmenée par une gardienne brutale (tout de cuir vêtue, avec casquette assortie), elle finit par coucher avec sa codétenue extra-terrestre (Nikki Nova), son voisin de cellule (Robert John) et même la matonne (Lisa Comshaw), jusqu’à un petit twist final amusant.

Les caprices du temps

Le dernier sketch nous ramène à notre époque. Le camionneur Jake, interprété par David Squires, s’arrête dans un restaurant pour prendre son petit-déjeuner, puis cède aux avances de la serveuse (Heather James) qui se jette littéralement sur lui dans les toilettes. Lorsqu’elle lui déclare qu’elle souhaite aller plus loin, notre homme répond qu’il n’a pas le temps. Cette phrase semble aussitôt déclencher un étrange phénomène temporel qui va transporter Jake dans les années 50, puis dans un futur post-apocalyptique et dans un monde préhistorique. Quelle que soit l’époque visitée, les orgies seront évidemment de mise, puisque tel est l’objectif principal d’un film comme Lolita 2000. Il n’empêche que cette collection de vignettes érotiques présente tout de même le mérite d’aborder toutes sortes de thématiques de science-fiction en guise de prétexte scénaristique (l’anticipation, le space-opera, les enlèvements extra-terrestres, les voyages dans le temps), ce qui rend le résultat beaucoup plus divertissant que la majorité des films du catalogue « Surrender » produits à l’époque par la même équipe. C’est non sans un regard amusé qu’on observera l’équipement « ultra-futuriste » utilisé par notre narratrice, autrement dit des CD Roms et des PC sous Windows 95. Le futur n’est plus ce qu’il était, ma brave dame.

 

© Gilles Penso

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TOKYO GORE POLICE (2008)

Les corps se déchirent, explosent, dégoulinent et se transforment en armes biomécaniques monstrueuses dans ce film japonais délirant…

TOKYO ZANKOKU KEISATSU

 

2008 – JAPON

 

Réalisé par Yoshihiro Nishimura

 

Avec Zihi Shiina, Itsuji Italo, Yukihide Benny, Jiji Bû, Ikuko Sawada, Cay Izumi, Mame Yamada, Ayano Yamamoto, Akane Akanezawa, Tsugumi Nagasawa

 

THEMA MUTANTS

Au cœur de l’explosion du cinéma gore japonais des années 2000, Tokyo Gore Police s’impose comme une curiosité à la fois radicale et jubilatoire. Son histoire commence sur les plateaux de The Machine Girl de Noboru Iguchi, où Yoshihiro Nishimura, maquilleur et artisan des effets spéciaux, fait sensation par son inventivité sanguinolente. Repéré par Media Blasters, distributeur spécialisé dans les productions extrêmes, Nishimura se voit offrir sa première réalisation commerciale. Plutôt que de partir de zéro, il choisit de revisiter Anatomia Extinction (Genkai jinkô keisû), un film autoproduit qui lui avait valu, en 1995, le prix spécial du jury au Festival fantastique de Yubari. Le cinéaste reprend alors son univers de mutants et d’ultra-violence, mais cette fois avec des moyens plus conséquents. Le pari est d’autant plus fou que le tournage ne dure que deux semaines, un sprint au cours duquel l’équipe va devoir rivaliser d’ingéniosité pour donner vie à ce carnaval gore. Pour chorégraphier les combats sanglants, Nishimura fait appel à Taku Sakaguchi, acteur et cascadeur qu’il avait déjà côtoyé sur le délirant Meatball Machine en 2005. Ainsi naît Tokyo Gore Police, un film-symbole de la démesure et de l’audace de Nishimura, manifestement prêt à tout pour choquer, amuser et secouer les spectateurs du monde entier.

Dans un Japon dystopique, un scientifique fou connu sous le nom de « Key Man » (Itsuji Itao) crée un virus qui transforme les humains en créatures monstrueuses dotées d’armes biomécaniques étranges qui poussent à partir de leurs blessures. Pour lutter contre ces mutants, la police de Tokyo, désormais privatisée, forme une brigade spéciale qui utilise la violence et les exécutions publiques pour maintenir l’ordre public. L’un des chasseurs de mutants les plus efficaces est Ruka (Eihi Shiina), une jeune femme solitaire et tourmentée. Tout en aidant la police, elle est obsédée par la recherche du mystérieux assassin qui a tué son père en plein jour, alors qu’elle était encore enfant. Après un des nombreux affrontements sanglants qui rythment ses journées, Ruka se voit confier une nouvelle affaire qui la mène jusqu’à Key Man lui-même. Or celui-ci l’infecte en insérant une tumeur en forme de clé dans son avant-bras gauche avant de disparaître. La chasseuse de mutants va-t-elle devenir mutante elle-même ?

Geysers de sang

Fruit d’influences multiples, Tokyo Gore Police est un cocktail très particulier monté sur un rythme souvent frénétique. Les séquences d’action nerveuses, au cours desquelles notre héroïne défie la gravité – quitte en s’envoler en s’accrochant à un lance-roquettes ! – n’ont rien à envier aux échauffourées les plus mouvementées du cinéma de Hong-Kong. À ces chorégraphies insensées se mêlent des séquences sanglantes tellement extrêmes qu’elles en deviennent abstraites. Hommes déchiquetés à coups de mitraillettes, décapitations à la tronçonneuse, corps ouverts en deux à coup de sabre, autopsies à la scie circulaire, intestins jaillissant des ventres ouverts, émasculations spectaculaires, visages arrachés à coup de tesson de bouteille… Tous les excès sont autorisés, les geysers de sang éclaboussant parfois la caméra jusqu’à rendre les images écarlates. Et que dire de ces mutations corporelles que même David Cronenberg n’aurait pas osées ? Ici, les bras se muent en tronçonneuses, les yeux deviennent des canons, les sexes des trompes d’éléphant difformes, les seins des réservoirs d’acide… Pour contrebalancer toutes ces horreurs surréalistes, Yoshihiro Nishimura injecte beaucoup d’humour dans son film, notamment à travers les fausses publicités et les films de propagande qui s’insèrent dans le montage. On pense évidemment à Robocop et Starship Troopers, référence assumée par cette idée d’une police privatisée et fascisante. Le générique de fin nous promet « encore plus de gore », mais le film restera sans suite.

 

© Gilles Penso

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IRON SKY (2012)

Après la défaite allemande en 1945, une poignée de nazis part se réfugier sur la face cachée de la Lune et y construit une base spatiale secrète…

IRON SKY

 

2012 – FINLANDE

 

Réalisé par Timo Vuorensola

 

Avec Julia Dietze, Christopher Kirby, Götz Otto, Udo Kier, Peta Sergeant, Stephanie Paul, Tilo Prückner, Michael Cullen, Kym Jackson, Ben Siemer, Tom Hoßbach

 

THEMA SPACE OPERA

Une gigantesque station spatiale installée par d’anciens nazis sur la face cachée de la Lune, une armada de zeppelins intersidéraux abritant une multitude d’engins de guerre rétro-futuristes, des centaines de vaisseaux spatiaux s’affrontant dans les cieux étoilés, la cité de New York en proie à de colossales destructions… Voilà un bref aperçu de l’incroyable spectacle que représente Iron Sky. Roland Emmerich et Michael Bay n’ont qu’à bien se tenir : la concurrence ne vient pas d’Hollywood mais du fin fond de la Finlande, où un petit groupe de cinéastes passionnés a osé faire reculer les limites de la science-fiction cinématographique en cultivant un humour parodique ravageur doublé d’un discours politique impertinent et provocateur. Ce projet atypique, né dans le sillage du court-métrage Star Wreck: In the Pirkinning, conserve l’ADN de ses créateurs : une passion dévorante pour la science-fiction, une volonté de subvertir les codes du genre et une énergie communicative. Le pitch est aussi absurde que savoureux : à la fin de la Seconde Guerre mondiale, une poignée de nazis s’est réfugiée sur la Lune où elle a construit une base secrète en vue de revenir conquérir la Terre… en 2018. Sur cette base lunaire aux allures de forteresse teutonne surgie d’un rêve de Fritz Lang, les descendants du Reich ont perpétué l’idéologie du Führer et s’apprêtent à lancer leur grande revanche cosmique.

Visuellement, Iron Sky impressionne par la richesse et l’ambition de ses effets spéciaux, orchestrés par Samuli Torssonen, déjà à l’œuvre sur Star Wreck. Le film totalise quelque 850 plans truqués, soit autant que Transformers 3, mais avec un budget de 7,5 millions d’euros. « N’importe quel blockbuster américain coûte vingt à trente fois plus cher », rappelle Torssonen. « Notre budget, comme nous le disions entre nous, c’était celui de la cantine des Transformers. » (1) Grâce à un recours massif à la post-production numérique et à des incrustations sur fond vert tournées dans un studio australien, Iron Sky réussit à faire illusion et à offrir un spectacle visuel digne d’un space opera filtré à travers une esthétique steampunk rétro-futuriste. « C’est Jussi Lehtiniemi qui a signé les concepts artistiques du film », explique Torssonen. « La grosse difficulté de son travail consistait à imaginer des concepts très réalistes malgré le ton comique du film. C’est tout le paradoxe d’Iron Sky. C’est un pastiche loufoque, mais son approche visuelle est très sérieuse. » (2) L’une des réussites du film est justement ce contraste entre l’ampleur spectaculaire de ses images et le second degré assumé de son propos.

Le réveil de la farce

Iron Sky est donc une grosse farce, mais aussi une satire grinçante de la politique mondiale, notamment celle des États-Unis, caricaturée à travers une présidente obsédée par son image médiatique et les sondages. L’intrigue moque avec allégresse les travers de la diplomatie internationale, les absurdités de la propagande et le marketing du patriotisme. Lorsque les nazis débarquent enfin sur Terre, ce n’est pas tant l’idéologie qui inquiète les puissances en place que la technologie avancée de leurs vaisseaux. Tourné à Francfort pour ses scènes urbaines (où furent recréés les décors de New York), Iron Sky a pu voir le jour grâce à un financement participatif pionnier pour l’époque. Une grande partie de ses fonds provient de dons en ligne, ce qui permet à l’équipe de garder un contrôle créatif total sur le projet. Le film reste ainsi fidèle à sa ligne satirique et irrévérencieuse, évitant l’aseptisation que lui aurait imposée un studio hollywoodien. Pour autant, Iron Sky n’est pas exempt de défauts. Certaines scènes souffrent d’un rythme inégal ou de personnages caricaturaux poussés à l’extrême. Mais ces faiblesses participent aussi du charme foutraque du film. Car Iron Sky ne cherche jamais à plaire à tout le monde. Il revendique son côté punk et anarchique. Le film a d’ailleurs trouvé son public parmi les amateurs de cinéma bis, les geeks férus d’uchronie et les fans de « nazisploitation » déjantée. Il donnera lieu à une suite en 2019, moins bien accueillie mais tout autant délirante.


(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2011

 

© Gilles Penso

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LA NUIT DES CLOWNS (2025)

Alors que la petite ville de Kettle Springs s’apprête à célébrer ses cent ans d’existence, un clown tueur commence à faire des siennes…

CLOWN IN A CORNFIELD

 

2025 – USA / Luxembourg / GB / CANADA

 

Réalisé par Eli Craig

 

Avec Katie Douglas, Aaron Abrams, Carson MacCormac, Vincent Muller, Kevin Durand, Will Sasso, Cassandra Potenza, Verity Marks, Ayo Solanke

 

THEMA TUEURS I CLOWNS

Eli Craig avait frappé très fort en 2010 avec son pastiche horrifique Tucker & Dale fightent le mal, détournant joyeusement les codes du slasher sur un mode burlesque. Mais depuis, notre homme s’est fait plutôt discret. À son actif, on note un épisode de Brothers and Sisters, un autre de la série Zombieland, la comédie Little Evil, et c’est à peu près tout. La Nuit des clowns semble donc arriver à point nommé pour remettre ce prometteur réalisateur en selle. Le film adapte le roman Un Clown dans un champ de maïs (Clown in a Cornfield), écrit en 2020 par Adam Cesare. Le titre original évoque irrésistiblement l’univers de Stephen King, comme si le clown maléfique de Ça s’installait dans les champs des Démons du maïs, et la référence n’est sans doute pas innocente. L’influence du King est en effet palpable dans les pages de ce livre pas foncièrement mémorable, aux frissons un peu faciles, surfant tardivement sur la mode des néo-slashers post-Scream tout en cultivant une atmosphère voisine de celle des Chair de poule. Le lectorat visé est manifestement adolescent, et c’est en toute logique cette cible que tente aussi d’attirer l’adaptation cinématographique. Le film aura mis du temps à se concrétiser, puisque les premières tentatives datent d’avant même la publication du roman, et c’est finalement le scénario signé par Eli Craig et Carter Blanchard (co-auteur non crédité d’Independence Day : Résurgence) qui aura permis son lancement officiel.

Le prologue, construit comme celui des Dents de la mer (si ce n’est que le champ de maïs remplace l’océan), se situe en 1991, dans la petite ville de Kettle Springs, au fin fond du Missouri, dans l’ancienne usine de sirop de maïs Baypen, fierté de la région. Un couple s’éclipse dans le champ voisin, et tandis que la jeune fille commence à se déshabiller frivolement, son compagnon, passablement éméché, se laisse tomber par terre. Bientôt, la malheureuse est réduite en charpie non par un requin mais par un tueur costumé comme la mascotte de Baypen, Frendo le clown. Trois décennies plus tard, nous faisons la connaissance de Quinn Maybrook (Katie Douglas) et de son père Glenn (Aaron Abrams) qui emménagent à Kettle Springs pour prendre un nouveau départ. Tandis que Glenn s’apprête à prendre ses fonctions de médecin de la ville, Quinn fait la connaissance avec les jeunes du coin. Mais l’ambiance locale est bizarre, comme si un mur de méfiance et d’incompréhension s’était dressé entre les adolescents et les adultes depuis la fermeture de l’usine Baypen. Alors que les habitants se préparent aux célébrations des cent ans de la bourgade, le clown psychopathe est de retour et commence à frapper…

« Meurs, sale fumier de clown ! »

Séduisant dans sa mise en forme, La Nuit des clowns s’appuie sur une poignée de comédiens plutôt convaincants, une réalisation solide et bon nombre de qualités formelles (dont une bande originale énergique co-écrite par Brandon Roberts et Marcus Trumpp). Le problème, c’est qu’il nous semble avoir déjà vu tout ça des dizaines de fois. Le père célibataire qui s’installe avec sa fille adolescente dans une petite ville américaine suite au décès de la mère, l’usine locale qui a fermé, le croquemitaine qui rôde, la confrontation entre les jeunes et les adultes, les chansons « cool » qui s’insinuent dans la majorité des séquences… Rien de bien neuf là-dedans. L’imagerie du clown assassin elle-même n’est pas nouvelle, d’autant que les armes qui se déploient à tour de rôle semblent avoir été empruntées à tous les classiques du genre : la tronçonneuse de Leatherface, le couteau de Michael Meyers, la fourche de Jason Voorhees… L’intrigue nous offre tout de même une surcouche narrative intéressante qui favorise la mise en abîme (les vidéos d’horreur que tournent les jeunes protagonistes pour les réseaux sociaux) et un revirement de situation à mi-parcours. Hélas, les spectateurs attentifs auront deviné le fin mot de l’histoire bien avant la révélation finale. L’ensemble reste d’autant plus récréatif que le film ne se prend jamais trop au sérieux, s’émaillant de répliques aussi improbables que « On va tous finir décapités, on sera des ados sans tête ! » ou « Meurs, sale fumier de clown ! », laquelle semble presque échappée de La Cité de la peur !

 

© Gilles Penso

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