HIDDEN BEAUTIES (1999)

Trois jeunes femmes victimes d’un sortilège sont plongées dans un sommeil qui dure un siècle… puis reviennent à la vie

HIDDEN BEAUTIES : THE AWAKENING

 

1999 – USA

 

Réalisé par Dan Golden

 

Avec Michelle von Flotow, Jon-Damon Charles, Catalina Larranaga, Kirk Enochs, Stacey DeSimone, Jennifer Bergeron, Janet Tracy Keijser, Nikki Fritz, David Usher

 

THEMA CONTES I SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA CHARLES BAND

Délaissant pour un temps les ressorts de science-fiction qui nourrissent habituellement le catalogue Surrender Cinema (Virtual Encounters, Femalien, The Exotic Time Machine, Lolita 2000), le producteur Charles Band et ses collaborateurs ne renoncent pas pour autant au fantastique. Cette filiale de la compagnie Full Moon a en effet pour vocation de multiplier de petits films érotiques aux prémisses originaux. Ici, c’est le registre du conte de fées qui est sollicité, plus précisément La Belle au bois dormant. Pour revisiter le récit popularisé par Charles Perrault et les frères Grimm sous un angle à la fois moderne et salace, Band fait appel à l’un de ses scénaristes fétiches, C. Courtney Joyner (Prison, Puppet Master 3, Doctor Mordrid, Future Cop 3, Mandroid). Celui-ci se prêtera d’ailleurs à l’exercice à plusieurs reprises (avec des titres tels que Veronica 2030 ou Shandra, fille de la jungle), en signant sous le pseudonyme d’Earl Kenton, clin d’œil au réalisateur de L’Île du docteur Moreau et La Maison de Dracula. Si quelques extérieurs naturels de Hidden Beauties sont captés en Hongrie, le plus gros du tournage se déroule en Californie, notamment dans le Hollywood Castle de Los Angeles, aux allures d’imposante bâtisse antique.

Portée par des voix féminines aux accents celtiques, la musique lyrique qui alimente le générique d’ouverture installe d’emblée une atmosphère enchanteresse… aussitôt désamorcée par les scènes libertines qui saturent soudain l’écran. Le vénérable Lord Isherwood (Robert Donovan) s’en donne en effet à cœur joie, lutinant à fesses rabattues trois jeunes femmes à qui il promet à tour de rôle de devenir la future châtelaine à ses côtés : Gwen (Stacey DeSimone), Serena (Jennifer Bergeron) et Abigail (Janet Tracy Keijser). Réalisant que le malicieux seigneur s’est joué d’elles, toutes trois décident de se venger en lui offrant une ultime extase. Elles se dévêtent et se jettent donc dans son lit pour une partie de jambes en l’air épique qui se termine de manière funeste : malade du cœur, Isherwood finit par succomber. C’est alors qu’entre en scène la mystérieuse Natalya (Nikki Fritz), une sorcière qui espérait régner aux côtés du Lord et qui les drogue toutes les trois. Elles s’effondrent alors, sombrant dans un sommeil catatonique que rien ne semble pouvoir interrompre…

Il était trois fois

La suite de l’action nous transporte à Hollywood à la fin des années 90. Descendants de la famille Isherwood, Judy (Michelle von Flotow) et son frère Eddie (Kirk Enochs) sont frappés par la même vision : un château médiéval qu’ils ont été capables de dessiner dans ses moindres détails. Pour comprendre, ils décident de partir en Europe avec Francine (Catalina Larranaga), une amie d’Eddie, et Chip (Jon-Damon Charles), le fiancé de Judy. Arrivés sur place, ils sont accueillis par Natalya, qui n’a pas pris une ride. Après une bonne dose de séquences de coucheries et de douches, Eddie et Chip découvrent un passage secret et tombent sur le corps inanimé, mais en parfait état, des trois belles endormies depuis un siècle. Comme dans le conte, il suffit d’un baiser pour les réveiller. Mais la suite sera beaucoup moins prude que chez Perrault ou Grimm. Quelques idées visuelles séduisantes ponctuent Hidden Beauties, comme cette image des trois héroïnes, drapées de nuisettes blanches, endormies côte à côte dans une torpeur surnaturelle – un tableau digne d’un Dracula de la Hammer. Ou encore cette malédiction qui les condamne à ne jamais franchir les murs du château, sous peine de vieillir en accéléré et d’en mourir. Mais le scénario n’exploite jamais ces trouvailles, préférant meubler ses 75 minutes par une succession de batifolages. C. Courtney Joyner sait bien que le public friand des productions Surrender n’est pas très regardant sur la rigueur du récit et s’intéresse surtout à la contemplation de l’anatomie impudique du casting féminin. En ce domaine, rien à dire : le contrat est allègrement rempli.

 

© Gilles Penso

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LA NUIT DES REVENANTS (1959)

Dans cette suite bizarre de La Fiancée du monstre, un policier enquête sur des apparitions de fantômes signalées près d’une maison sinistre…

NIGHT OF THE GHOULS

 

1959 – USA

 

Réalisé par Edward D. Wood Jr.

 

Avec Kenne Duncan, Duke Moore, Tor Johnson, Valda Hansen, Johnny Carpenter, Paul Marco, Don Nagel, Bud Osborne, Jeannie Stevens, Harvey B. Dunn

 

THEMA FANTÔMES

Ce film d’Ed Wood étant le troisième à mettre en scène un policier maladroit nommé Kelton et interprété par Paul Marco (après La Fiancée du monstre et Plan 9 From Outer Space), les amateurs du réalisateur ont tendance à considérer La Nuit des revenants comme l’ultime volet de ce qu’ils ont baptisé « la trilogie Kelton ». Il existe donc, dans la galaxie du cinéma de série B improbable des années 50, une sorte de « Ed Wood Cinematic Universe ». La Nuit des revenants se réfère d’ailleurs à plusieurs reprises aux événements survenus dans La Fiancée du monstre (la maison sinistre dans les marais, les expériences du savant incarné par Bela Lugosi) et remet même en scène le colosse Lobo, toujours incarné par le catcheur Tor Johnson (et ici affublé d’un maquillage défigurant justifié par l’incendie auquel le personnage réchappa de justesse). Habitué aux budgets ridicules, Wood bricole son film comme il peut, termine le tournage et le premier jet du montage fin 1957, mais n’a pas les moyens de financer le reste de la post-production. Le laboratoire cinématographique décide donc de conserver les négatifs jusqu’à ce que la facture puisse être payée, et La Nuit des revenants reste longtemps inachevé. Ce n’est qu’en 1982, quatre ans après la mort du cinéaste, que le distributeur Wade Williams – qui vient d’acquérir les droits de Plan 9 From Outer Space – entend parler de ce film quasi-terminé, finance sa finalisation et le sort enfin.

Le film s’ouvre sur l’apparition de Criswell, médium et acteur extravagant qu’Ed Wood aime bien faire tourner dans ses films. Surgissant d’un cercueil, notre homme annonce la couleur : le ton du film sera macabre et extravagant. S’ensuit un montage un peu confus montrant les excès de la délinquance juvénile, des bagarres de rue et de la conduite en état d’ivresse. Des images qui n’ont par ailleurs rien à voir avec le reste du film. L’intrigue démarre vraiment avec un couple d’adolescents en pleine idylle dans une décapotable. Lorsque le garçon insiste un peu trop, la fille le gifle, s’enfuit et se retrouve face au Fantôme Noir, une créature morte-vivante tapie dans les bois qui les tue tous les deux. Dans un commissariat de l’est de Los Angeles, l’inspecteur Bradford se voit alors confier une mission délicate : rouvrir le dossier de la vieille maison du lac Willows, jadis détruite par la foudre et désormais reconstruite. Un flashback nous apprend qu’un couple de retraités, les Edwards, y a déjà rencontré un autre spectre terrifiant, le Fantôme Blanc. Accompagné du fébrile Kelton, le policier se rend sur place. Il est accueilli par le nouveau propriétaire des lieux, un certain Dr Acula (!), figure théâtrale coiffée d’un turban qui lui lance cette phrase énigmatique : « Il y a déjà beaucoup de monde ici, parmi les vivants comme parmi les morts. » Feignant d’être un client, Bradford entre et découvre une galerie de personnages étranges, dont le brutal Lobo, marqué par les flammes ayant jadis ravagé la demeure… 

Bienvenue chez le Dr. Acula !

Ed Wood parvient parfois à nimber son film d’une atmosphère sépulcrale intéressante, à travers les surgissements de ses fantômes féminins au teint blafard et au regard fixe, évoluant lentement dans un halo de fumée et drapées dans des voiles flottants. Ces visions évoquent un imaginaire presque romantique, comme si le réalisateur anticipait sur le cinéma gothique de Mario Bava ou de Roger Corman. Mais ces belles intentions sont sabordées par le système D qui irrigue l’ensemble du tournage. Dans plusieurs plans, par exemple, c’est Wood lui-même qui incarne le Fantôme Noir, dissimulé sous un voile sombre. Jeannie Stevens, l’interprète originale de la créature, n’étant plus disponible pour certaines scènes, le cinéaste se glisse dans le costume pour la remplacer. Les raccords en deviennent hasardeux : d’un plan à l’autre, le visage du spectre apparaît, disparaît, puis change subtilement de proportions. Tout, dans La Nuit des Revenants, est à l’avenant. Les tirades pseudo-philosophiques de Criswell viennent combler les trous béants du scénario, reliant tant bien que mal des séquences tournées à des époques différentes. C’est d’ailleurs ainsi que Wood recycle de larges portions de son court métrage Final Curtain (1957), initialement conçu comme pilote d’une série télé d’horreur jamais diffusée. Pour justifier l’intégration de ces scènes, il affuble son héros, le lieutenant Bradford, d’un improbable smoking, sous prétexte qu’il se rendait à l’opéra avant son enquête. La séance de spiritisme du Dr. Acula constitue l’un des sommets du film : les vivants sont assis face à des squelettes, une trompette flotte et joue seule, un drap s’agite en sifflant, un visage casqué surgit en hurlant au ralenti… Bref, c’est du grand n’importe quoi. L’aspect le plus intriguant de La Nuit des revenants est l’ambiguïté qu’il entretient entre la supercherie et le surnaturel. Les faux fantômes côtoient les vrais esprits, les trucages s’entremêlent à la hantise authentique et le final, ironique, voit le charlatan pris à son propre piège. Dommage que ces idées indépendamment intéressantes soient noyées dans ce fatras maladroit et mal-fichu. Mais finalement, n’est-ce pas ce qui fait le charme des œuvres d’Ed Wood ?

 

© Gilles Penso

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DECADENT EVIL 2 (2007)

Pour ressusciter un chasseur de vampires, un couple infiltre un club de strip-tease, à la recherche d’un puissant buveur de sang…

DECADENT EVIL 2

 

2007 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Jill Michelle, Daniel Lennox, Ricardo Gil, Jon-Paul Gates, James C. Burns, Jessica Morris, Lillie Nyx, Rory Williamson, Jeff Allen, Domonic Muir, Joe Murder

 

THEMA VAMPIRES I PETITS MONSTRES I SAGA CHARLES BAND

En 2007, la compagnie Full Moon relance son catalogue horrifique avec cette suite, que personne n’attendait particulièrement mais qui permet de capitaliser sur un titre déjà connu des aficionados des films de Charles Band et de recycler la marionnette du personnage le plus emblématique du premier Decadent Evil : le petit monstre Marvin. Une fois n’est pas coutume, Band s’éloigne de Los Angeles pour partir tourner à Little Rock, dans l’Arkansas. La raison de ce déménagement provisioire est un financement proposé par le producteur local James Snyder, rencontré précédemment lors d’une tournée promotionnelle. Snyder lui propose en effet un projet alléchant : réaliser son long-métrage tout en organisant une convention d’horreur locale. Band se jette sur l’occasion et embarque sa petite équipe pour un tournage marathon de neuf jours. Pour tirer parti de quelques établissements et talents de Little Rock, le scénario de Domonic Muir les insère un peu au forceps dans l’intrigue. Ainsi, le magasin Cupid’s Lingerie devient le théâtre d’une séquence sanglante, le garage A-Auto Salvage & Sales se mue en repaire des vampires et un concours est même organisé pour dénicher le groupe de rock qui se produira dans le décor principal : un club de strip-tease.

Survivants du film précédent, Dex (Daniel Lennox) et sa petite-amie vampire Sugar (Jill Michelle) s’enfuient donc jusqu’en Arkansas, à la recherche d’un moyen de ressusciter leur ami chasseur de vampires Ivan (incarné dans le premier film par Phil Fondacaro). Réfugiés dans la chambre d’un motel minable, ils utilisent la croix d’Ivan pour dénicher un vampire suffisamment puissant pour ressusciter leur ami en bien piteux état. L’objet tourne en effet comme une boussole jusqu’à indiquer sa cible vampirique, et les conduit directement dans un strip club. Pour mener l’enquête en toute discrétion, Sugar décide de reprendre son ancien métier, tandis que Dex trouve de son côté un travail subalterne dans l’établissement. Plusieurs candidats éveillent leurs soupçons. Le vampire tant recherché serait-il Janos (John-Paul Gates), le propriétaire du club, Burke (James C. Burns), son directeur, Lena (Jessica Morris), la danseuse vedette, ou quelqu’un d’autre ? Plus ils avancent dans leurs investigations, plus le destin d’Ivan devient incertain et plus le danger se rapproche…

Couple mixte

Les petits soucis quotidiens du couple vedette, dont l’un des deux dort le jour et ne se nourrit que de sang, laissent espérer un tournant comique intéressant qu’il nous faudra hélas nous contenter d’imaginer, puisque le scénario ne tire finalement aucun parti de cette amorce d’idée. Si l’enquête que mènent nos tourtereaux dans le « club pour gentlemen » (prétexte à l’effeuillage de plusieurs demoiselles visiblement professionnelles du pole dance) n’a rien de palpitant, on apprécie les maquillages excessifs de Christopher Bergschneider qui donne au chef des vampires les allures d’un démon impressionnant. Le résultat est d’autant plus réussi que le budget et le planning mis à la disposition de l’expert des effets spéciaux sont ridicules, notre homme bricolant les prothèses dans sa chambre d’hôtel et les cuisant dans le four micro-ondes à sa disposition ! Phil Fondacaro souffrant à l’époque de soucis de santé, il n’assure que la narration du prologue et cède la place à l’acteur Ricardo Gil qui l’imite avec une minutie indiscutable. Quant au petit Marvin, désormais affublé d’une chemise hawaïenne, il se contente de faire de la figuration, enfermé dans une cage – ce qui n’a aucun sens puisqu’il n’est plus un prisonnier mais plutôt un compagnon des héros -, avant de se déchaîner brièvement dans un épilogue de mauvais goût qui se veut l’écho du final du premier Decadent Evil.

 

© Gilles Penso

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TROG (1970)

Un homme-singe préhistorique, découvert dans une grotte, est étudié par une scientifique qui espère comprendre grâce à lui l’origine de l’homme…

TROG

 

1970 – GB

 

Réalisé par Freddie Francis

 

Avec Joan Crawford, Michael Gough, Bernard Kay, Kim Braden, David Griffin, Thorley Walters, David Warbeck, Joe Cornelius, Robert Hutton, John Hamill

 

THEMA YÉTIS ET CHAÎNONS MANQUANTS

Élaboré autour d’une histoire originale de Peter Biyan et John Gilling, Trog est au départ un projet destiné au producteur Tony Tenser pour la compagnie Trigon, mais ce dernier préfère vendre le projet à son collègue Herman Cohen. Pour pouvoir bénéficier d’une tête d’affiche, Cohen contacte sa vieille amie Joan Crawford, alors en fin de carrière, avec qui il vient de tourner Le Cercle de sang. La mise en scène échoit au vétéran Freddie Francis, talentueux directeur de la photographie et réalisateur spécialisé dans l’épouvante (L’Empreinte de Frankenstein, Le Train des épouvantes, Le Crâne maléfique, Dracula et les femmes). Une fois l’équipe au complet, le tournage de cette histoire de chaînon manquant peut commencer. Au début de Trog, trois étudiants férus de spéléologie explorent une grotte souterraine et y découvrent une sorte de primate agressif qui tue l’un d’eux. Crawford incarne le docteur Brockton, une célèbre anthropologue. Fascinée par le témoignage des deux rescapés, elle les prend en charge. Profondément traumatisé, Cliff (John Hamill) est alité et se contente de répéter « horrible », couvert de sueur. Son collègue Malcolm (David Griffin), de son côté, postule pour être son assistant, le temps que la police boucle son enquête. Il accepte même de la conduire jusque dans la fameuse grotte pour retrouver la trace de la créature.

En découvrant la bête dans son repaire, Brockton identifie un troglodyte, ou Trog, c’est à dire une créature mi-homme mi-singe. « La plus grande découverte de la civilisation moderne », selon elle. Face aux caméras de la télévision et sous les yeux de nombreux curieux, le monstre est traqué par les autorités qui cherchent à le faire sortir. Mais le Trog s’échappe en semant la panique. Brockton parvient cependant à l’endormir avec des flèches tranquillisantes et à le mettre en cage dans son laboratoire pour l’étudier. « À une époque où l’homme est capable d’envoyer une fusée vers la Lune, je crois que nous devrions clarifier l’histoire de l’origine de l’homme », dit-elle à ses collègues scientifiques. Mais Trog va-t-il rester longtemps en captivité ? Le spectateur se doute bien que non. Si les scènes de spéléologie et le décor de la grotte, qui occupent dix minutes en début de métrage, ancrent le récit dans une atmosphère réaliste, toute crédibilité s’évapore dès que paraît la créature. Conçu par Charles Parker à partir d’un vieux costume récupéré sur le plateau de tournage de 2001 l’odyssée de l’espace, le Trog ressemble clairement à ce qu’il est : un acteur (en l’occurrence le catcheur Joe Cornelius) affublé d’un masque en caoutchouc et d’une peau de bête velue. Énervé par les flashs des appareils photos (comme King Kong) et peu amateur de rock’n roll, notre chaînon manquant s’apaise en revanche en écoutant de la musique classique et en jouant à la poupée !

Le chaînon manqué

Au cours d’une scène joyeusement délirante – filmée pourtant avec le plus grand sérieux -, les savants lui implantent un micro-transistor puis lui projettent des images de squelettes de dinosaures pour raviver ses souvenirs (impliquant donc, mais nous ne sommes plus à une aberration près, que les grands sauriens de l’ère secondaire auraient vécu en même temps que les premiers hommes !). Soudain, la caméra entre dans son esprit et nous assistons à une séquence de quatre minutes ininterrompues mettant en scène des dinosaures. Herman Cohen profite d’avoir récupéré des extraits du Monde des animaux d’Irwin Allen (conçus par Willis O’Brien et animés par Ray Harryhausen) pour faire ainsi du remplissage à bas prix. Au détour du casting, nous découvrons Michael Gough en notable hargneux et mécontent qui va faire dégénérer la situation. Le film emprunte tardivement le motif du monstre en liberté, s’inspirant autant de King Kong que de Frankenstein. Le dernier quart d’heure, mouvementé et parfois étonnamment violent (le boucher empalé sur son crochet) rattrape un peu tard les carences de rythme et de péripéties du reste du métrage. En filigrane se pose une question intéressante, mais hélas à peine survolée dans le scénario : faut-il tenter de dompter les êtres sauvages pour les rendre compatibles avec la civilisation, quitte à les dénaturer, ou vaut-il mieux les laisser à leur bestialité première et ne pas les arracher à leur environnement ? En l’état, Trog ne nous convainc que partiellement, baigné dans une musique un peu datée de John Scott, beaucoup moins ample que ses partitions ultérieures pour Greystoke ou King Kong 2. Trog sera le dernier film de Joan Crawford, qui s’éteindra sept ans plus tard.

 

 

© Gilles Penso

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L’HOMME QUI RÉTRÉCIT (2025)

Jean Dujardin et Jan Kounen revisitent le chef d’œuvre de Jack Arnold pour nous offrir un remake palpitant, vertigineux et poétique…

L’HOMME QUI RÉTRÉCIT

 

2025 – FRANCE / BELGIQUE

 

Réalisé par Jan Kounen

 

Avec Jean Dujardin, Marie-Josée Croze, Daphné Richard, Serge Swysen, Salim Talbi, Stéphanie Van Vye

 

THEMA NAINS ET GÉANTS

Ce n’est pas la première fois que Jean Dujardin se diminue à l’écran. Dans Un Homme à la hauteur, il tentait de séduire Virginie Efira du haut de son mètre 36. Mais ici, la donne est différente. Nous sommes face à un chef d’œuvre du cinéma de science-fiction des années 50, coup de maître d’un réalisateur alors au sommet de son art : Jack Arnold, l’homme qui dirigea Tarantula et L’Étrange créature du lac noir. Avant le film original, L’Homme qui rétrécit est déjà un classique de la littérature du genre signé par un maestro incontesté : Richard Matheson. Malgré de nombreux projets annoncés puis annulés au fil des ans, cette aventure fantastique était jusqu’alors passée entre les mailles du filet de l’usine à remakes hollywoodiennes. Et s’il inspira de nombreux films aux styles variés (Chérie j’ai rétréci les gosses et Ant-Man lui doivent beaucoup), personne n’avait encore réussi à se confronter frontalement à ce monument. Bizarrement, c’est la France qui s’y colle, via le réalisateur Jan Kounen, un amoureux du genre dont le style nerveux et exubérant (ceux qui découvrirent son moyen-métrage Vibroboy puis son explosif Doberman s’en souviennent encore) se calma plus tard pour offrir aux spectateurs des œuvres moins provocatrices comme le biopic Coco Chanel & Igor Stravinsky ou la comédie Mon cousin. Autant dire que le projet était risqué et attendu au tournant.

C’est Jean Dujardin qui est à l’initiative du film. Songeant depuis longtemps à entrer dans la peau du héros incarné jadis par Grant Williams, il en touche un mot au producteur Alain Goldman – qui trouve un accord avec Universal pour les droits d’adaptation – et retrouve Jan Kounen qui l’avait dirigé dans 99 francs. Main dans la main avec le scénariste Chris Deslandes, le réalisateur choisit d’ajouter des éléments absents du film, notamment la relation entre le personnage principal et sa fille. Changement d’époque oblige, le phénomène inexpliqué qui provoque la mutation n’est pas d’origine atomique mais à priori environnementale, même si le mystère reste volontairement entier. La mise en scène de Kounen est ici d’autant plus efficace qu’elle reste discrète, y compris dans ses moments les plus virtuoses. Le plan-séquence elliptique qui montre l’épouse et la fille évoluer au fil des jours dans la maison, jusqu’à révéler la taille soudain ridicule qu’a atteint Paul, le père de famille, est par exemple une merveille de minutie qui ne cherche pourtant jamais à être ostentatoire. Le cinéaste procède ainsi par petites touches pour dire d’emblée que notre protagoniste semble plus spectateur qu’acteur de sa vie, qu’une barrière invisible s’est déjà dressée entre lui et sa famille ou ses collègues de travail. Ainsi, lorsqu’il est filmé dans sa voiture en début de métrage, il nous semble presque que c’est le véhicule qui le porte, que lui-même est passif. C’est finalement sa lutte pour la survie, au cœur des enjeux de la seconde moitié du film, qui le repositionnera comme un être actif.

Corps et âme

La caméra restant attachée à Paul et ne le lâchant jamais, L’Homme qui rétrécit se vit alors comme un voyage sensoriel dans lequel le monde ne cesse de changer d’échelle. Ce « survival » s’appuie sur des effets visuels remarquables jouant avec les décors et les perspectives. La fameuse araignée, antagoniste croissante de notre héros, se comporte ici comme un véritable animal, non comme un monstre de film d’horreur, même si ses confrontations avec Dujardin colleront bien des sueurs froides aux arachnophobes. À ces passages obligatoires, le film ajoute des idées nouvelles, belles ou effrayantes, comme les scènes de l’aquarium ou du piège à souris. Dans le rôle-titre, Dujardin est parfait, jamais aussi bon que lorsqu’il reste sobre, s’investissant physiquement dans un rôle pas simple, d’autant que les dialogues se comptent sur les doigts de la main. On pourra émettre quelques réserves sur la voix off qui vient régulièrement – et artificiellement – traduire les états d’âme du protagoniste et sa vision philosophique de la vie et du destin. Cette surcouche narrative – de toute évidence une concession acceptée pour rassurer les investisseurs – nuit un peu à l’immersion du spectateur en altérant la sécheresse qu’un tel récit appelait. En son temps, Blade Runner souffrit du même travers. La seconde réserve est liée à la musique d’Alexandre Desplat, qui en fait sans doute un peu trop. Lorsqu’elle est atonale et atmosphérique, cette bande originale fait mouche, nous plongeant dans un univers troublant où les repères ne cessent de se résorber. Mais quand elle se veut trop lyrique, trop emphatique ou trop héroïque, elle crée une petite distance avec le spectateur. Mais elle dit bien la volonté de Kounen d’approcher son histoire sous un angle avant tout poétique, retrouvant en fin de parcours la verve de Richard Matheson pour un ultime voyage dans l’infiniment petit, qui laisse sombrer corps et âme le héros et le public dans les vertigineux paradoxes des lois de la relativité.

 

© Gilles Penso

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PSYCHOS IN LOVE (1987)

Dans cette étrange comédie romantique horrifique, deux tueurs psychopathes tombent amoureux et décident de poursuivre ensemble leurs méfaits…

PSYCHOS IN LOVE

 

1987 – USA

 

Réalisé par Gorman Bechard

 

Avec Carmine Capobianco, Debi Thibeault, Frank Stewart, Cecelia Wilde, Angela Nicholas, Linda Strouth, Donna Davidge, Ruth Collins, Jerry Rakow, Irma St. Paule

 

THEMA TUEURS I SAGA CHARLES BAND

Tourné en 16 mm pendant huit week-ends au cours de l’été 1986 et emballé avec un budget rachitique de 75 000 dollars, Psychos in Love est le second long-métrage de Gorman Bechard, après le slasher Disconnected. Comme Bechard aime travailler « en famille », il demande à son ami Carmine Capobianco d’en tenir le rôle masculin principal, de co-écrire le scénario avec lui, d’écrire la bande originale et de participer à la création des effets spéciaux. Pour lui donner la réplique, Bechard choisit sa propre fiancée Debi Thibeault. Détournant les codes des comédies romantico-psychanalytiques de Woody Allen, Psychos in Love insère dans sa narration des plans face caméra, en noir et blanc, au cours desquels les deux protagonistes se confessent et commentent l’intrigue. Tout commence donc avec Joe (Capobianco), patron de bar et tueur psychopathe, qui nous raconte ses « exploits ». En début de métrage, nous le voyons assassiner coup sur coup trois jeunes femmes, l’une aux toilettes, l’autre dans la forêt, la dernière dans son lit. Car chaque fois qu’il rencontre une compagne potentielle, l’histoire se termine dans le sang. D’où cette scène de douche qui nous évoque bien sûr Psychose, le découpage et le montage ne se privant pas pour reprendre de nombreux plans d’Hitchcock afin d’appuyer la référence et l’assumer.

Un beau jour, Joe rencontre Kate (Thibeault), une charmante manucure. Le courant passe bien entre eux, d’autant qu’ils partagent les mêmes goûts et la même phobie pour les raisins (un gag récurrent que le scénario déclinera tout au long du film jusqu’à plus soif). Leur relation prend un tour beaucoup plus sérieux lorsque Joe découvre que Kate est aussi une tueuse en série. Elle possède elle-même un beau palmarès de massacres, au fusil, au couteau ou aux ciseaux à ongles. Ces deux-là sont donc faits pour s’entendre. Et tandis qu’une idylle se noue, chacun continue de son côté ses activités morbides. Mais leur vie de couple va-t-elle survivre à ces activités sanglantes à répétition ? Et que se passera-t-il lorsqu’ils croiseront la route de Herman (Frank Stewart), un plombier cannibale qui tue lui aussi à tour de bras dans le voisinage ?

L’amour à mort

Filmé en grande partie dans le propre appartement du réalisateur, Psychos in Love a du mal à cacher la faiblesse de son budget. Mais sa fraîcheur, son originalité et son rythme emportent souvent le morceau. Ce sont surtout les improvisations du couple vedette – et leur indéniable alchimie à l’écran – qui permettent au film de conserver son caractère attractif, même lorsque les gags tombent un peu à plat ou que les péripéties se mettent à patiner. Pour varier les plaisirs, la mise en scène s’amuse parfois à briser le quatrième mur qui sépare l’intrigue des spectateurs : la caméra s’affole, le micro entre dans le champ, Joe met sa main devant l’objectif, s’adresse au public ou peste contre l’équipe des effets spéciaux pendant une séquence particulièrement sanglante. Car Psychos in Love ne se réfrène pas non plus sur le gore, l’inventive Jennifer Aspinall (responsable des maquillages spéciaux bien dégoulinants de Toxic Avenger et Street Trash) s’en donnant à cœur joie avec les maigres moyens mis à sa disposition. Ne sachant visiblement pas comment terminer son film, Gorman Bechard laisse ses deux acteurs en roue libre sur une conversation absurde liée aux raisins (encore !) et enchaîne avec le générique de fin. Séduit par le résultat final, Charles Band distribuera Psychos in Love en vidéo via sa compagnie Empire et embauchera la même équipe pour le beaucoup moins convaincant – pour ne pas dire calamiteux – Galactic Gigolo.

 

© Gilles Penso

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ROBOT HOLOCAUST (1987)

Dans ce nanar futuriste improbable, un petit groupe de rebelles décide d’attaquer l’entité toute puissante qui tyrannise le monde…

ROBOT HOLOCAUST

 

1987 – USA

 

Réalisé par Tim Kincaid

 

Avec Norris Culf, Nadine Hartstein, J. Buzz Von Ornsteiner, Jennifer Delora, Andrew Howarth, Angelika Jager, Michael Downend, Rick Gianasi, George Grey

 

THEMA ROBOTS I FUTUR I SAGA CHARLES BAND

Après un début de carrière dans le cinéma « pour adultes » sous le pseudonyme de Joe Gage, Tim Kincaid amorce au milieu des années 80 sa transition vers le cinéma d’horreur et de science-fiction et signe quelques longs-métrages mal-fichus aussi peu mémorables que Bad Girls Dormitory, L’Hybride infernal, Robot Killer ou Terreur Vaudou. Nous sommes très loin du chef d’œuvre, c’est le moins qu’on puisse dire, mais ces films invraisemblables bricolés avec les moyens du bord seraient presque « respectables » comparés à Robot Holocaust qui, lui, se hisse sans conteste au rang de nanar de haut vol. La musique synthétique affreuse qui court sur le générique de début annonce déjà la couleur – le reste de la bande originale étant emprunté sans vergogne à diverses compositions de Richard Band écrites pour d’autres film, notamment Rayon Laser. Puis une voix off entre en scène, celle d’un narrateur pompeux qui s’apprête à commenter et expliquer tout ce qui se passe dans le film, avec un sérieux tellement papal qu’il contribue déjà beaucoup à l’humour involontaire de Robot Holocaust. Le titre ne tient d’ailleurs guère ses promesses, puisque la guerre entre humains et robots qu’il suggère s’est passée avant que l’intrigue commence. Nous n’en voyons donc que les conséquences.

Le scénario nous apprend que la société s’est effondrée suite au soulèvement de milliards de machines contre l’humanité. Nous sommes donc plongés dans un monde post-apocalyptique à la Mad Max où les hommes, réduits en esclavage, s’affrontent en slip sous les ordres des robots. Un certain « Dark One » – entité mystérieuse et toute puissante – règne en tyran sur la population depuis la station d’énergie où il a élu domicile. Ses bras droits sont le robot Torque (Rick Gianasi) et la super-vilaine Valaria (Angelika Jager) qui ricane en maniant mollement une espèce de martinet. Lorsqu’elle le sert avec suffisamment de loyauté, cette dernière a le droit de profiter de « la machine du plaisir », une cabine enfumée dans laquelle elle s’enferme tandis qu’un couple nu se trémousse à proximité. On ne comprend pas bien le plaisir qu’elle retire d’une telle expérience, mais bon… Pour asseoir son pouvoir, le « Dark One » empoisonne l’air à sa guise, terrorisant la population, sauf quelques humains miraculeusement immunisés. Bientôt, un petit groupe de rebelles dirigé par Neo (Norris Culf) et Deeja (Nadine Hartstein) se forme pour tenter de renverser son règne.

Terminatoc

Toute une faune hétéroclite s’agite dans cette aventure joyeusement absurde bardée de dialogues risibles et de péripéties incohérentes. La forêt abrite ainsi des mutants aux maquillages très approximatifs, des amazones réfugiées dans « la zone féminine » de la forêt, un robot comique à mi-chemin entre C3-PO et l’homme en fer blanc du Magicien d’Oz, un autre robot beaucoup plus agressif qui emprunte une partie de sa morphologie au monde aquatique, des androïdes guerriers aux vagues allures de chevaliers en armure (qui sont censé constituer une armée complète mais dont on ne voit que deux exemplaires), des marionnettes à main déguisées en vers des cavernes anthropophages, la redoutable « bête de la toile » (une espèce de patte velue qui s’agite mécaniquement devant une fausse toile d’araignée), une imitation biomécanique du chestburster d’Alien ou encore la vision insolite d’une tête humaine émergeant péniblement d’un cocon qui palpite. Malgré les efforts du talentueux Ed French, responsable d’une partie des effets spéciaux (notamment ceux liés aux robots), on ne croit évidemment pas une seule seconde à ce monde futuriste fait de bric et de broc, dans lequel les héros n’en finissent plus de traverser les mêmes couloirs, l’épée à la main et le visage grave. Et pourtant, on ne s’ennuie pas une seconde dans ce Robot Holocaust, sans doute parce que sa naïveté et la générosité que Tim Kincaid essaie désespérément d’y injecter malgré son budget anémique finissent par susciter une étrange sympathie.

 

© Gilles Penso

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LA FIANCÉE DE LA JUNGLE (1958)

Soumise à des séances d’hypnose, une jeune femme perturbée découvre que dans une vie antérieure, elle était… un gorille !

THE BRIDE AND THE BEAST

1958 – USA

Réalisé par Adrian Weiss

Avec Charlotte Austin, Lance Fuller, Johnny Roth, William Justine, Jeanne Gerson, Gil Frye, Trustin Howard, Bhogwan Singh, Eve Bent, Steve Calvert, Ray Corrigan

THEMA SINGES

S’il n’est pas réalisé par Ed Wood, ce film parfaitement improbable porte indubitablement sa signature, tant dans son scenario que dans sa fabrication. Au depart, l’homme qui nous offrit les inénarrables Plan 9 From Outer Space et La Fiancée du monstre se laisse inspirer par une histoire vraie qui défraie la chronique en 1952 : au cours d’une séance d’hypnose, une certaine Virgina Tighe, femme au foyer du Colorado, découvre sa vie antérieure en tant qu’Irlandaise du 19ème siècle. Il n’en faut pas plus pour que Wood se cale derrière sa machine à écrire et concocte un de ces scénarios invraisemblables dont il a le secret. La mise en scène est confiée à Adrian Weiss, qui signa quelques épisodes de la série Craig Kennedy : criminologue, mais dont ce sera le seul long-métrage. Le gorille mis en scène dans La Fiancée de la jungle (dont le titre provisoire fut Queen Gorilla) est interprété par un habitué du genre, en l’occurrence l’acteur et cascadeur Ray « Crash » Corrigan – qui joue les primates dans une infinité de films tels que Tarzan l’homme singe, La Femme gorille, Nabonga, La Belle et la brute, White Pongo, L’Île inconnue ou Killer Ape. C’est dans La Fiancée de la jungle qu’il endosse la fourrure simiesque pour la dernière fois, ce film marquant la fin de sa carrière et son départ bien mérité à la retraite.

Dan (Lance Fuller), un chasseur de gros gibier, vient de se marier avec la ravissante Laura (Charlotte Austin). Avant leur voyage de noces prévu en Afrique, notre homme l’emmène dans son manoir où il garde en cage Spanky, un gorille qu’il a apprivoisé. Au lieu de défaillir en découvrant la bête, la jeune épouse s’écrie : « Il est magnifique ! » Le singe, lui, s’attendrit lorsqu’il la voit. Une étrange connexion semble s’établir. Mais dès qu’elle n’est plus dans son champ de vision, le primate s’agite excessivement. Au milieu de la nuit, orageuse comme il se doit, le singe finit par s’échapper et pénètre dans la chambre nuptiale. Il renifle Laura, la caresse, soulève sa robe, ce qui ne semble guère inquiéter outre-mesure la jeune femme. Dan n’est pas aussi serein. De peur qu’il ne la viole, notre chasseur se saisit d’un pistolet et abat Spanky. Après cet incident, Laura est troublée par une série de rêves fiévreux qui la transportent dans la jungle. Sous les conseils de son mari, elle se soumet à une hypnose régressive orchestrée par un psychiatre et découvre qu’elle était un gorille dans une vie antérieure !

La Belle ou la Bête ?

Un tel postulat, si loufoque soit-il, laisse imaginer des péripéties rocambolesques et des conséquences fâcheuses dans la vie du couple. Mais le film change brusquement de cap à mi-parcours. Car à partir du moment où Dan et Laura partent visiter l’Afrique, La Fiancée de la jungle est constitué à 60% d’images d’archives empruntées à un autre film, en l’occurrence Le Mangeur d’homme de Bryon Haskin (1948). Nous voilà donc dans une espèce de safari pétri de clichés colonialistes où nos héros sont filmés en train de regarder toutes sortes d’animaux hors-champ, lesquels sont artificiellement intégrés dans le montage. Autant dire que la seconde moitié du film n’est d’un intérêt que très limité, d’autant que le scénario oublie alors totalement les péripéties initiales. Ce n’est qu’à quelques minutes de la fin, alors qu’il faut bien conclure cette histoire, que l’argument de la vie antérieure ressort brusquement. Car voilà soudain un gorille tout excité qui pénètre dans le campement des héros, kidnappe une Laura consentante et l’emmène au fin fond de la jungle, sous le regard impuissant du fier chasseur ! Au milieu de ce fatras fait de bric et de brox, Ed Wood parvient tout de même à glisser les grandes tirades philosophico-scientifico-psychologiques dont il raffole tant, ainsi qu’une allusion appuyée à ses vêtements préférés : les chandails féminins en angora. On ne se se refait pas.

 

© Gilles Penso

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PLEASURE PLANET (1986)

Quatre filles membre d’un groupe de rock et leur manager s’égarent dans l’espace et atterrissent sur une planète désertique…

VICIOUS LIPS

 

1986 – USA

 

Réalisé par Albert Pyun

 

Avec Dru-Anne Perry, Gina Calabrese, Linda Kerridge, Shayne Farris, Anthony Kentz, Christian Andrews, Mary-Anne Graves, Jeff Yesko, Eric Bartsch

 

THEMA FUTUR I SPACE OPERA I SAGA CHARLES BAND

En 1982, le réalisateur débutant Albert Pyun crée un petit événement avec son premier film, L’Épée sauvage, un habile plongeon dans l’heroic-fantasy motivé par le succès de Conan le barbare, qui fait fi de son maigre budget pour offrir aux spectateurs un spectacle généreux et décomplexé. Sur sa lancée, Pyun enchaîne avec la comédie de science-fiction Radioactive Dream (Le Dernier missile en VF) et commence à laisser émerger sa personnalité, celle d’un trublion féru d’expériences cinématographiques insolites et bizarres. C’est exactement dans cet état d’esprit qu’il aborde Pleasure Planet. « Je voulais réaliser un petit film dont l’action se déroulerait principalement dans un seul lieu », raconte-t-il. « Je connaissais quelques décors inutilisés et j’ai convaincu les acteurs et l’équipe technique de participer pour peu ou pas d’argent. Tout s’est mis en place du jour au lendemain. À l’origine, le groupe de filles The Bangles devait en tenir la vedette, mais nous n’avons pas pu obtenir les droits musicaux, alors nous avons créé notre propre groupe. » (1) Avec à sa disposition un budget très raisonnable de 100 000 dollars et un planning serré de sept jours de tournage, Pyun s’installe avec son équipe dans les célèbres studios Laird International de Culver City (où fut notamment tourné E.T. l’extra-terrestre) et démarre les prises de vues de ce qui va s’avérer être un véritable OVNI filmique.

Dans un futur lointain, les Vicious Lips, groupe de glam rock entièrement féminin, rêvent de gloire interstellaire. Mais leur avenir bascule quand leur chanteuse vedette, Ace Lucas, meurt accidentellement, renversée par une voiture au moment où elle s’apprêtait à quitter le groupe. Déterminé à ne pas laisser tomber, leur manager Matty Asher déniche en urgence une remplaçante lors d’un concours de talents dans un lycée : Judy Jetson. Pour sauver la tournée, il lui donne le même nom que celle qu’elle remplace et la présente au reste du groupe : la bassiste Bree, la claviériste et batteuse Wynzi et la guitariste Mandaa. Alors que les Vicious Lips peinent à relancer leur carrière dans un bar miteux du nom de Spaceport Lounge, Matty reçoit un appel de Maxine Mortogo, une puissante promotrice musicale. Elle leur offre une chance inespérée : remplacer un groupe récemment disparu dans un accident et se produire dans son club légendaire, le Maxine’s Radioactive Dream. Le concert pourrait propulser les Vicious Lips au rang de stars galactiques. Seul problème : le club se trouve à l’autre bout de la galaxie, et le groupe n’a aucun moyen de transport. Matty vole alors un vaisseau spatial et embarque les filles pour un voyage périlleux à travers l’espace. Mais la route vers la célébrité est semée d’embûches : des astéroïdes les forcent à atterrir sur une planète désertique inconnue, et le vaisseau qu’ils ont dérobé cache un passager inattendu : un mutant vénusien prêt à semer le chaos…

Quatre filles dans le vent

On sent que le film déploie tout ce qu’il peut pour être culte : musique rock eighties, montage syncopé, looks invraisemblables, humour déjanté, créatures bizarres, un peu comme si Pleasure Planet tentait le mixage invraisemblable de Spinal Tap et de Barbarella. Le film est régulièrement ponctué de chansons, celles du groupe et celles qui font office de transitions narratives, et se montre généreux en mutants difformes. Greg Cannom (Dracula), John Carl Buechler (Re-Animator) et les frères Chiodo (Critters) mettent les mains à la pâte, nous concoctant notamment une prostituée à trois seins qui annonce l’un des personnages emblématiques de Total Recall, un présentateur à tête d’éléphant/hippopotame ou ce fameux vénusien velu aux dents pointues – réminiscence des lycanthropes du Loup-Garou de Londres et de Hurlements. La plupart des autres effets spéciaux – notamment les scènes spatiales – sont empruntés à d’autres films piochés dans le catalogue de Roger Corman, avec lequel Albert Pyun est familier. Ce patchwork d’idées est très sympathique mais ne mène nulle part. Les filles semblent jouer dans un état second, Anthony Kentz campe un manager surexcité insupportable et l’intrigue patine péniblement, jusqu’à se muer en train fantôme incompréhensible peuplé de ghoules hystériques et s’achever sur une espèce de twist absurde. Résultat des courses : Pleasure Planet n’aura pas du tout l’impact escompté et sombrera tranquillement dans l’oubli.

 

(1) Extrait d’une interview parue dans Empire of the B’s en 2014

 

© Gilles Penso

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CHASSEUR DE SORCIÈRES (1994)

Dennis Hopper entre dans la peau d’un détective privé sur le point d’affronter des forces occultes et des obstacles surnaturels…

WITCH HUNT

 

1994 – USA

 

Réalisé par Paul Schrader

 

Avec Dennis Hopper, Penelope Ann Miller, Eric Bogosian, Sheryl Lee Ralph, Julian Sand, Valerie Mahaffey, John Epperson, Debi Mazar, Alan Rosenberg

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I LOVECRAFT

Paul Schrader, scénariste et réalisateur au caractère bien trempé (Taxi Driver, American Gigolo, Affliction), n’est pas l’homme qu’on attendrait derrière un téléfilm HBO de fantasy urbaine. Et pourtant, c’est bien lui qui s’attelle à Chasseur de sorcières, suite tardive de Détective Philip Lovecraft (1991) dont il reprend les grandes lignes – sur un scénario toujours signé Joseph Dougherty – sans parvenir à en transcender les limites. Le film se déroule dans un Los Angeles alternatif des années 1950, où la sorcellerie est légale et pratiquée comme une science ou un art. Studios de cinéma, vedettes, producteurs, tout le gratin hollywoodien use de sortilèges de manière répétée et quotidienne. Howard Philip Lovecraft (cette fois-ci incarné par Dennis Hopper, prenant la relève de Fred Ward), détective privé réfractaire à la magie, est embauché par Kim Hudson (Penelope Ann Miller), star de cinéma sur le déclin, pour enquêter sur son mari, un producteur influent nommé N.J. Gottlieb (Alan Rosenberg) qui menace de la remplacer dans son prochain film. Lors de ses investigations, Lovecraft croise la route d’Hypolita Laveau Kropotkin (Sheryl Lee Ralph), une sorcière vaudou aux pratiques pour le moins étranges. Ensemble, ils pénètrent dans les coulisses d’une industrie où les pouvoirs surnaturels remplacent peu à peu les méthodes traditionnelles.

L’affaire prend une tournure étrange lorsque Gottlieb, victime d’un maléfice, se retrouve réduit à la taille d’une poupée et meurt dévoré par son propre chien. Le drame fait les choux gras d’un sénateur populiste et autoritaire, Larson Crockett (Eric Bogosian), qui se lance dans une nouvelle croisade : purger les États-Unis de toute sorcellerie. L’allusion à la chasse aux sorcières du maccarthysme est évidente, mais sa transposition littérale dans le contexte de la magie peine à dépasser l’anecdote. Le film tente bien d’établir un parallèle entre les procédés répressifs de l’époque et une traque des pratiquants d’occultisme, mais le propos reste flou. Si Chasseur de sorcières conserve certains des atouts esthétiques de son prédécesseur – des décors rétro-fantastiques, une musique jazzy signée cette fois-ci Angelo Badalamenti (dans la mouvance de ses travaux sur Twin Peaks), l’inévitable voix off désabusée -, la magie n’opère plus vraiment. Le film flirte souvent avec la parodie, sans jamais l’assumer pleinement. Certaines idées, pourtant savoureuses, semblent noyées dans la masse, comme Shakespeare ramené d’entre les morts pour écrire un scénario hollywoodien, un prologue pastiche d’actualités d’époque ou encore des sortilèges vendus comme des produits de grande consommation.

Occasion manquée

Le casting lui-même était pourtant prometteur. Mais Dennis Hopper semble ici peu concerné, récitant sa voix off d’un ton las comme s’il regrettait d’avoir accepté ce job. Penelope Ann Miller entre dans la peau de la femme fatale classique sans y apporter d’éclat particulier (si ce n’est une once de trouble et de mélancolie) et même Julian Sands, pourtant taillé sur mesure pour le rôle du sorcier dandy, nous laisse de marbre. Autre problème majeur, déjà imputable au film précédent : Chasseur de sorcières ne tient pas ses promesses lovecraftiennes. Malgré le nom de son héros, le scénario ne puise jamais dans l’imaginaire des Grands Anciens. Et si le premier opus évoquait vaguement le mythe de Cthulhu sans s’y aventurer franchement, tout rapport avec l’œuvre de Lovecraft est ici abandonné, ce qui rend l’utilisation de son patronyme presque absurde. Paul Schrader étant connu pour son rapport complexe à la religion et nous ayant déjà offert la fascinante relecture d’un classique du fantastique (La Féline), on aurait pu espérer une plongée plus dérangeante dans un monde où la réalité vacille sous l’influence d’entités occultes, mais le réalisateur assure ici le service minimum. Même la charge contre le puritanisme américain, pourtant terrain de prédilection pour Schrader, paraît ici trop édulcorée, comme freinée par les conventions du format télévisuel. Chasseur de sorcières n’est donc ni le Chinatown surnaturel, ni le L.A. Confidential ésotérique que nous aurions pu espérer. Bref, une occasion manquée.

 

© Gilles Penso

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