JUSQU’AU BOUT DU RÊVE (1989)

Un fermier entend une voix mystérieuse lui intimant de construire un terrain de base-ball dans son champ de maïs…

FIELD OF DREAMS

 

1989 – USA

 

Réalisé par Phil Alden Robinson

 

Avec Kevin Costner, Amy Madigan, James Earl Jones, Burt Lancaster, Ray Liotta, Frank Whaley, Gaby Hoffmann

 

THEMA FANTÔMES I RÊVES

Les fantômes traversant les murs, ils s’affranchissent régulièrement des frontières de notre genre de prédilection pour hanter des œuvres destinées à un plus large public : La Vie est belle de Frank Capra, L’Esprit s’amuse de David Lean, L’Aventure de Madame Muir de Joseph Mankiewiecz, Le Portrait de Jennie de William Dieterle, Ghost de Jerry Zucker ou A Ghost Story de David Lowery. Des réalisateurs souvent sans affinités avec le Fantastique ont utilisé les fantômes à des fins dramatiques ou romantiques, plutôt que pour faire peur, comme c’est le cas dans Jusqu’au bout du rêve de Phil Alden Robinson. Le roman dont il est tiré, « Shoeless Joe », était déjà une exception dans la bibliographie de son auteur W.P. Kinsella, qui situait toutes ses intrigues dans le milieu du base-ball. Paradoxalement, l’élément fantastique lui permit ici de livrer son œuvre la plus personnelle et la plus « vraie ». Au-delà de l’ode au sport comme ciment des liens intergénérationnels, Phil Alden Robison perçoit le potentiel « Capraesque » de l’histoire et verrait bien Tom Hanks en tête d’affiche, anticipant ainsi sa réputation de digne héritier de James Stewart. Mais Hanks ne se sentant pas encore prêt à s’aventurer hors de la comédie pure, Kevin Costner saute sur l’occasion, s’accordant avec Robinson sur le fait qu’il pourrait s’agir du nouveau La Vie est belle. Pour souligner la filiation, James Stewart est approché pour tenir un rôle secondaire, mais celui-ci ne souhaitant pas sortir de sa retraite, la production se tourne vers une autre légende d’Hollywood : Burt Lancaster, dont ce sera la dernière apparition. En guise de clin d’œil, on aperçoit un extrait de Harvey (avec James Stewart) à la télévision au début du film.

« Si tu le construis, il viendra ». Voilà le message pour le moins cryptique qu’adresse une voix fantomatique à Ray Kinsella (Kevin Costner) alors qu’il inspecte son champ de maïs. Instinctivement, il est gagné par la certitude qu’il doit construire un terrain de base-ball, ce qui ne répond qu’à une partie de l’énigme car il reste à savoir qui « viendra ». Or une fois sa chimère concrétisée, Ray voit débarquer chaque soir les fantômes de joueurs des années 30. Mais la voix persiste : « Soulage sa souffrance ». Ray ne sait pas toujours pas de qui il s’agit… jusqu’à ce que lui et son épouse Annie (Amy Madigan) réalisent qu’ils ont tous les deux fait le même rêve dans lequel Ray assiste à un match de base-ball avec Terrence Mann (James Earl Jones), l’auteur d’un roman culte de la génération « peace and love » ayant décidé de se retirer de la vie publique. Découvrant que Mann avait un jour déclaré qu’il aurait voulu être joueur de base-ball pro, Ray est dès lors persuadé que si amène celui—ci voir son terrain magique, il se passera quelque chose. Convaincre Mann de cette histoire abracadabrante ne sera pas une mince affaire. Mais après quelques rencontres avec d’autres fantômes, dans ce qui s’apparente décidément à une enquête mystique, Ray va réaliser que la clé de l’énigme le concerne de façon très personnelle.

« Si tu le construis, il viendra… »

Une des grandes qualités de Jusqu’au bout du rêve est de prendre son temps pour nous laisser suivre le cheminement de Ray dans ses ruminations, nous laissant même suivre quelques fausses pistes qui néanmoins se recouperont, chaque personnage possédant son propre arc dramatique. Un crescendo émotionnel parfaitement souligné par la musique de James Horner, débutant par un prologue au piano empreint d’une douce amertume pour aboutir lors du final à des envolées de cordes emportant tout sur leur passage. Assurément l’une des plus belles partitions du regretté compositeur. La quête de Ray, si elle le mène sur un mini road-trip de l’Iowa jusqu’à Boston, est avant tout une réflexion intime sur sa relation avec son père, et plus particulièrement leur brouille. Plus largement, W.P. Kinsella et Phil Alden Robinson dressent l’examen de conscience d’une génération (les beatniks et le mouvement contestataire des années 60) qui avait rompu les liens (métaphoriquement ou pas) avec leurs parents, afin de s’émanciper de leurs valeurs conservatrices et restrictives. Que le base-ball soit ici le vecteur principal de cette réconciliation est avant tout dû à son immense popularité aux États-Unis. Dans le roman, le personnage de Terence Mann s’appelait J.D. Salinger, l’auteur de l’« Attrape-rêves » (« The Catcher in the Rye » en VO), une pierre angulaire pour la révolution adolescente des années 60, aussi incontournable que Le Lauréat au cinéma par exemple. Bien que Salinger ait toléré d’être « utilisé » dans une fiction littéraire, il refusa néanmoins que son patronyme figure dans le film, d’où le changement de nom. Lorsque Ray rencontre Mann/Salinger, il réalise que l’auteur a perdu la foi en ses idéaux et ce que la société en a fait : la révolution n’a pas eu lieu, en tout cas pas pour accoucher du monde meilleur espéré. Les fantômes qui peuplent le récit sont les représentants de frustrations passées, d’espoirs déçus, de désirs insatisfaits. Entre fable et thérapie, Jusqu’au bout du rêve utilise son argument fantastique de façon aussi simple qu’évidente, nous plongeant dès les premières minutes dans son ambiance fabuleuse, voire onirique au détour d’un voyage dans le temps lors d’un songe nocturne. Classé sixième au classement des meilleurs films fantastiques de tous les temps établi par le prestigieux American Film Institute en 2009, le film bénéficie-t-il pour autant du même statut de classique que La Vie est belle ? Sans doute pas, mais il a néanmoins acquis un statut gentiment culte, comme en témoignent les innombrables citations ou détournements de la réplique « Si tu le construis, il viendra », de Wayne’s World 2 à Doctor Who, en passant par  Les Simpsons, House of Cards, Better call Saul ou Toy Story 2.

 

 © Jérôme Muslewski

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WILLY’S WONDERLAND (2021)

Chargé de passer la nuit dans un parc désaffecté, un homme découvre que le lieu abrite des marionnettes animatroniques vivantes…

WILLY’S WONDERLAND

 

2021 – USA

 

Réalisé par Kevin Lewis

 

Avec Nicolas Cage, Emily Tosta, Beth Grant, Ric Reitz, Chris Warner, Kai Kadlec, Caylee Cowan, Jonatha Mercedes, Terayle Hill

 

THEMA OBJETS VIVANTS

C’est le scénariste G.O. Parsons qui est à l’origine de Willy’s Wonderland, adaptation au format long d’un court-métrage qu’il réalisa en 2016. Le concept, totalement délirant, présente beaucoup de points communs avec celui du jeu vidéo « Five Nights at Freddy’s », mais aussi dans une moindre mesure avec la trilogie La Nuit au musée. Pour autant, Willy’s Wonderland ne ressemble à rien de connu, mélangeant les genres sans vergogne, oscillant sans cesse entre l’horreur et la comédie et assumant totalement le caractère aberrant de son postulat. Séduit par le scénario – et par l’idée de jouer un personnage taciturne ne prononçant pas une seule ligne de dialogue – Nicolas Cage se lance dans l’aventure en tant qu’acteur principal et producteur, ce qui permet au projet de décoller sous la direction du réalisateur Kevin Lewis. L’équipe s’installe dans un bowling désaffecté près d’Atlanta, en Georgie, et le transforme en décor sinistre qui servira de théâtre aux principales péripéties du film. Le réalisateur s’amuse à comparer Willy’s Wonderland à une sorte de croisement entre Pale Rider de Clint Eastwood et Les Clowns tueurs venus d’ailleurs des frères Chiodo. Pourquoi pas ? Une chose est sûre : nous nageons ici en pleine absurdie…

Dans une ambiance très « road movie », une Camaro lancé à vive allure sous le soleil accablant du désert du Nevada fait soudain une embardée. Ses pneus ont éclaté au contact de pointes hérissées sur le sol. Au volant du véhicule, un Nicolas Cage monolithique et silencieux prend son mal en patience sans sourciller… jusqu’à ce qu’une dépanneuse le ramène dans la petite ville la plus proche. Le garagiste exigeant d’être réglé en espèces, notre protagoniste accepte un petit boulot qui lui permettra de collecter quelques billets : il s’agit de passer la nuit dans un petit parc pour enfants désaffecté, « Willy’s Wonderland », et de le nettoyer. Le montage parallèle nous présente un groupe d’adolescents sympathique mais stupides qui se sont fixé pour mission d’incendier ce fameux parc abandonné et pénètrent dans les lieux par effraction. Les deux intrigues convergent lorsque notre héros muet découvre que les marionnettes animatroniques qui décorent le parc sont douées d’une vie propre et se mettent à l’attaquer. Un monstrueux jeu de massacre s’enclenche dès lors…

Nicolas Cage se déchaîne

Même si le scénariste et le réalisateur de Willy’s Wonderland nient fermement tout lien avec l’intrigue de « Five Nights at Freddy’s », on ne peut s’empêcher d’être surpris par les similitudes des deux intrigues, d’autant que le film adopte assez rapidement la structure narrative d’un jeu vidéo consistant à affronter l’une après l’autre les sept créatures animatroniques qui hantent les lieux jusqu’au « boss » final, autrement dit le redoutable « Wally la belette ». Carburant aux boissons énergisantes selon un rituel minuté, Nicolas Cage lutte donc tour à tour avec Ozzie l’autruche, Gus le gorille, Knighty le chevalier, Sara la ballerine, Arty l’alligator, Cammy le caméléon et Toto la tortue. Chaque combat se termine dans un bain de sang et une explosion d’étincelles. Conçues par Kenneth J. Hall (Ghoulies, Carnosaur, Puppet Master 4 et 5) et mécanisées par Anthony Doublin (Re-Animator, From Beyond, Team America), les huit créatures sont les attractions principales du film, à égalité avec Nicolas Cage qui, comme toujours, sait doter d’un grain de folie la moindre de ses secondes de présence à l’écran. Une « backstory » démentielle explique l’origine du mal, empruntant une voie qui n’est pas sans évoquer celle de Jeu d’enfant : les monstres mécaniques sont d’anciens psychopathes tueurs d’enfants dont l’âme a intégré ces corps artificiels à l’issue d’un rituel satanique. Monté sur un rythme effréné, très généreux en séquences gore, scandé par l’entêtante chanson « It’s your Birthday » qui fait écho à la « Willy Wonka’s Song » de Charlie et la chocolaterie, clignant de l’œil vers des œuvres aussi dissemblables que Evil Dead 2, Demonic Toys ou King Kong, Willy’s Wonderland rattrape allègrement la maigreur de son scénario par son absence de complexes et sa volonté insolente de n’entrer dans aucune case. On pourra au choix rester indifférent ou se laisser contaminer par le délire.

 

© Gilles Penso

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INCONTRÔLABLE (2006)

Michaël Youn incarne un homme dont le corps est contrôlé par une personnalité autonome qui se révolte…

INCONTRÔLABLE

 

2006 – FRANCE

 

Réalisé par Raffy Shart

 

Avec Michaël Youn, Hélène de Fougerolles, Thierry Lhermitte, Hippolyte Girardot, Patrick Timsit, Shirley Bousquet, Cyrielle Claire

 

THEMA DOUBLES

En 2006, Michael Youn transformait en or tout ce qu’il touchait. Ses prestations télévisées matinales remportaient un franc succès, ses disques se vendaient comme des petits pains, ses premiers pas sur scène rameutaient les foules, et même les films le mettant en vedette (La Beuze, Iznogoud, pourtant pas d’impérissables chefs d’œuvres) secouaient de rires les rangs de ses nombreux fans. Incontrôlable stoppa pourtant net cette irrésistible ascension. Sans doute parce que le film se contentait de tout faire reposer sur les épaules de son comédien sans chercher à développer correctement une idée de départ pourtant amusante. C’est Raffy Shart, acteur dans Quasimodo d’el Paris et scénariste de Ma Femme s’appelle Maurice (aïe !), qui est à l’origine d’Incontrôlable, son premier long-métrage en tant que réalisateur. A l’origine, il imagine un concept plutôt tarabiscoté : un homme y perd le contrôle de ses membres, chacun s’agitant de manière indépendante. Si le postulat avait été conservé tel quel, nous aurions eu droit à des bras, des jambes, un nez, un ventre, une bouche et même un sexe parfaitement autonomes, équipés de regards et de voix ! Des visions surréalistes dignes de Re-Animator 2 ! Séduits par l’idée, Youn et le producteur Abel Nahmias demandent cependant à Shart de revoir ses ambitions à la baisse et de simplifier un récit qui s’annonce trop complexe à leurs yeux.

Au final, Incontrôlable raconte l’histoire de Georges, un scénariste qui mène une vie très peu saine pour son organisme, le gavant à longueur de journée de nourriture grasse. Un matin, n’en pouvant plus, son corps décide de se révolter et de ne plus lui obéir. Le dédoublement de personnalité qui découle de ce phénomène étrange plonge bientôt Georges dans des situations particulièrement délicates, voire très dangereuses. Il faut bien reconnaître que Michael Youn donne de sa personne pour le film, grossissant de près de vingt kilos en l’espace de deux mois, prenant des cours intensifs de mime (avec Guerassim Dichliev) et de danse (avec Philippe Découflé) et gesticulant avec sa légendaire énergie. Le regretté Matt Hondo lui-même, célèbre voix française d’Eddie Murphy et de l’âne de Shrek, interprète les dialogues du corps en révolte avec un grain de folie très communicatif.

Un sketch déguisé en film

Cinéphile averti, le réalisateur privilégie les effets spéciaux de plateau (faux membres, perspectives forcées, utilisation de contorsionnistes et de doubleurs) aux trucages numériques et glisse même au passage quelques clins d’œil inattendus, donnant notamment à son héros le nom de Georges Pal (homonyme du fameux réalisateur des Aventures de Tom Pouce et La Machine à explorer le temps). Les intentions sont donc bonnes, mais Incontrôlable ne réussit que trop épisodiquement à faire rire les spectateurs, le concept fixant très vite ses limites et la mécanique n’étant pas assez huilée pour fonctionner. Finalement, seul Thierry Lhermitte parvient vraiment à tirer son épingle du jeu. En père de famille ultra-catho qui collectionne fièrement les trophées de chasse, il s’avère hilarant et élève le niveau de chacune des séquences où il intervient. Pour le reste, Incontrôlable n’est rien de plus qu’un sketch artificiellement étiré sur la durée d’un long-métrage.

 

© Gilles Penso

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EN PLEIN CAUCHEMAR (1983)

Un film à sketches en quatre parties avec un tueur psychopathe, un jeu vidéo vivant, une voiture diabolique et un rat géant…

NIGHTMARES

 

1983 – USA

 

Réalisé par Joseph Sargent

 

Avec Cristina Raines, Emilio Estevez, Billy Jayne, James Tolkan, Lance Henriksen, Tony Plana, Richard Masur, Veronica Cartwright

 

THEMA TUEURS I JOUETS I MONDES VIRTUELS ET PARALLÈLES I OBJETS VIVANTS I DIABLE ET DÉMONS I MAMMIFÈRES

Au départ, En plein cauchemar est conçu comme le pilote d’une série pour la chaîne NBC, envisagée pour collecter des histoires autonomes sans personnages récurrents, à la façon de La Quatrième dimension. Mais le projet finit par évoluer pour se muer en long-métrage cinéma, dont le studio Universal assurera la distribution. La mise en scène est confiée à Joseph Sargent, spécialisé dans les téléfilms et les séries depuis le début des années soixante. L’homme a tout fait, de Lassie à Bonanza en passant par Daniel Boone, Gunsmoke, Le Fugitif, Star Trek, Des agents très spéciaux ou Les Envahisseurs. Quelques films conçus pour le grand écran émergent de cette longue carrière télévisée, notamment l’effrayante fable de science-fiction Le Cerveau d’acier ou le thriller Les Pirates du métro. En plein cauchemar étant divisé en quatre segments, deux scénaristes se partagent la tâche. Les trois premiers sketchs sont écrits par Christopher Crowe, qui se distinguera plus tard en écrivant le scénario du chef d’œuvre de Michael Mann Le Dernier des Mohicans. Le quatrième est l’œuvre de Jeffrey Bloom, auteur du sympathique La Plage sanglante et futur réalisateur de Flowers in the Attic. Aucun fil conducteur ne relie les quatre courts-métrages, qui sont introduits par l’image forte d’yeux émergeant de ténèbres orageuses (le fameux visuel du poster du film) puis s’enchaînent de manière indépendante.

Le premier segment, « Terror in Topanga », surfe sur la vogue toujours vivace du slasher post-Halloween. Le prologue choc montre un policier assassiné à coups de couteau par un tueur qui vient de s’échapper d’un hôpital psychiatrique. Le même soir, une mère de famille accro à la cigarette (Cristina Raines, vue dans Les Duellistes de Ridley Scott) sort de chez elle pour s’acheter une cartouche dans le magasin le plus proche. Or le tueur rôde tout près… le concept est simple mais efficace, le suspense fonctionne à plein régime et le jeu d’acteur est convaincant. Dommage que l’épilogue mollasson donne le sentiment d’un soufflé qui retombe. Le second sketch, « The Bishop of Battle », semble vouloir s’inscrire dans la continuité de Tron. Un tout jeune Emilio Estevez y incarne un adolescent obsédé par un jeu d’arcade dont il ne parvient jamais à dépasser le douzième tableau malgré sa dextérité. Un soir, n’y tenant plus, il fait le mur de sa chambre, pénètre dans la salle de jeu et défie la machine. La suite bascule dans la science-fiction la plus débridée. C’est de toute évidence l’un des moments forts d’En plein cauchemar. Lance Henriksen tient la vedette de la troisième histoire, « The Benediction ». Prêtre dans une petite paroisse au milieu du désert mexicain, il perd la foi lorsqu’un enfant meurt dans une fusillade. Notre homme rend alors sa soutane, réunit les quelques dollars qu’il possède et prend la route. Mais il est soudain pris en chasse par un 4×4 aux vitres teintées qui veut visiblement sa mort. Le fantasticophile a tôt fait de penser à Duel et Enfer mécanique face à cette situation familière, même si Joseph Sargent ménage quelques images surprenantes (la voiture diabolique qui surgit littéralement des entrailles de la terre), n’est pas avare en cascades et en pyrotechnie, et baigne le segment d’une atmosphère anxiogène où plane aussi l’ombre de L’Exorciste.

Un beau casting sous-exploité

Le quatrième et dernier opus de cette anthologie porte le titre prometteur de « Night of the Rat ». Richard Masur et Veronica Cartwright campent Steven et Claire, un couple qui souffre d’un manifeste manque de communication. Un jour, Claire entend des grattements dans les murs. Persuadée qu’un rat a élu domicile chez eux, elle fait appel à un dératiseur, au grand dam de son époux qui, refusant de voir sa virilité prise en défaut, décide de s’occuper du problème lui-même. Sauf que le rongeur en question est d’un genre très particulier… Plus long que les trois autres, ce segment fait monter l’angoisse en puissance, s’appuyant sur le jeu savoureux de ses comédiens – y compris celui de la petite fille, incarnée avec beaucoup de justesse par Bridgette Andersen. Hélas, le dénouement tombe complètement à plat, en grande partie à cause de ses effets visuels affreusement bâclés. Le bilan est donc globalement très mitigé. Si En plein cauchemar bénéficie d’une mise en scène solide et d’un casting de premier ordre, il se contente la plupart du temps d’emprunter des sentiers battus et se prive souvent de chutes dignes de ce nom. Les spectateurs ne se déplaceront pas en masse pour voir le film, qui connaîtra une seconde carrière plus fructueuse sur le marché de la vidéo.

 

© Gilles Penso

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ÉVOLUTION (2001)

David Duchovny et Julianne Moore affrontent des dinosaures mutants dans cette comédie de SF dirigée par le réalisateur de S.O.S. fantômes

EVOLUTION

 

2001 – USA

 

Réalisé par Ivan Reitman

 

Avec David Duchovny, Orlando James, Julianne Moore, Seann William Scott, Ted Levine, Dan Aykroyd

 

THEMA DINOSAURES I MUTATIONS I EXTRA-TERRESTRES

Depuis S.O.S. fantômes, tout ce qu’a pu écrire ou mettre en scène Ivan Reitman n’a jamais pu arriver à la cheville des résultats au box-office de son histoire de chasseurs de spectres. S.O.S. fantômes 2 n’était qu’une pâle copie de l’original, Jumeaux, Junior et Un Flic à la maternelle tentaient une reconversion maladroite d’Arnold Schwarzenegger dans la comédie, bref rien de comparable au miraculeux Ghostbusters qui renfloua les caisses de la Columbia en 1984. Alors, seize ans plus tard, Reitman décide de revenir aux sources avec Évolution. Le principe du recyclage de la formule Ghostbusters est simple : trois scientifiques déjantés et un candide jouent le rôle des héros, tandis que les fantômes farceurs sont remplacés par des dinosaures extra-terrestres mutants. Chargés d’enquêter sur la chute d’une météorite au beau milieu du désert de l’Arizona, les professeurs Ira Kane (David Duchovny) et Harry Block (Orlando James) découvrent un organisme extra-terrestre qui évolue à la vitesse grand V. Les êtres monocellulaires se muent bientôt en invertébrés, puis en batraciens et en reptiles de plus en plus gros… et de plus en plus dangereux. À l’origine, le scénario de Don Jacoby était très sérieux. Séduit par l’idée, Ivan Reitman décida de la conserver tout en l’orientant vers le pastiche, avec l’aide des auteurs David Diamond et David Weissman.

Le film bénéficie donc d’une idée de départ digne des meilleurs récits de science-fiction, d’acteurs qui cultivent le contre-emploi avec entrain (Duchovny prend visiblement plaisir à auto-parodier l’agent Mulder des X-Files, Juliane Moore s’essaie pour la première fois à la satire burlesque) et de monstres extraordinaires signés Phil Tippett. Ces derniers donnent lieu à une collection de séquences mémorables à mi-chemin entre l’épouvante et la farce, notamment le bouledogue amphibien qui terrorise un groupe de ménagères, le molosse trapu qui surgit d’un lac pour engloutir un joueur de golf, le moustique géant qui s’insinue à travers la combinaison d’Orlando James, le reptile volant qui combine le faciès carnassier des raptors de Jurassic Park et la morphologie hybride du Quetzalcoatl d’Épouvante sur New York ou encore le primate bestial qui surgit dans la base militaire. « Comment ne pas être heureux de travailler avec Ivan Reitman ? », nous avoue Tom Woodruff Jr, co-fondateur de l’atelier d’effets spéciaux ADI. « Nous avons collaboré étroitement avec l’équipe de Phil Tippett pour créer les éléments animatroniques complémentaires de ses effets visuels. Nous avons conçu les primates bleus du film. À un moment donné, le décor dans lequel nous tournions a pris feu et nous avons tous été évacués. Le problème, c’est que plusieurs cascadeurs et moi-même portions des costumes de singes avec des masques animatroniques nous empêchant de voir ce qui se passait ! Notre équipe nous a aidés à évacuer les lieux rapidement et je peux vous rassurer : aucun singe bleu n’a été blessé pendant le tournage de ce film ! » (1)

S.O.S. mutants

Si le film n’atteint jamais le niveau de S.O.S. fantômes, il cultive avec talent un humour à froid très communicatif, des répliques hilarantes et une alchimie parfaite entre le rire, le frisson et la science-fiction. Dans des seconds rôles savoureux, Ted Levine et Dan Aykroyd incarnent respectivement un général fourbe et un gouverneur grotesque. Le final, volontiers apocalyptique, met en scène un gigantesque monstre tentaculaire qui, pour sa part, semble rendre un hommage à la pieuvre créée par Ray Harryhausen pour Le Monstre vient de la mer. Et comme l’absurde demeure le cheval de bataille favori de Reitman, nos héros ont finalement raison de la menace monstrueuse à l’aide d’une arme imparable : du shampoing Head & Shoulders ! Le faux spot publicitaire qui clôt le film et le logo présent sur l’affiche (un « smile » affublé de trois yeux) confirment la volonté du cinéaste de lancer une franchise marchant sur les traces de Ghostbusters. Mais le succès d’Évolution est modeste et le film demeurera sans suite.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en juillet 2018

 

© Gilles Penso

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NOSFERATU, FANTÔME DE LA NUIT (1979)

Werner Herzog réalise un remake du classique de Murnau en confiant à Klaus Kinski le rôle de Dracula et à Isabelle Adjani celui de sa victime…

NOSFERATU, PHANTOM DER NACHT

 

1979 – FRANCE / ALLEMAGNE

 

Réalisé par Werner Herzog

 

Avec Klaus Kinski, Isabelle Adjani, Bruno Ganz, Jacques Dufilho, Roland Topor, Walter Ladengast

 

THEMA DRACULA I VAMPIRES

Werner Herzog ayant toujours considéré Nosferatu le vampire comme l’un des plus grands films allemands de tous les temps, l’idée d’un remake du classique de F.W. Murnau avait tout pour le séduire. Aussi se lance-t-il dans cette étrange aventure, profitant que les droits du roman « Dracula » de Bram Stoker soient tombés dans le domaine public pour redonner aux personnages leurs noms d’origine (luxe que Murnau ne pouvait pas se payer en 1922). Herzog bénéficie aussi d’un casting quatre étoiles, son acteur fétiche Klaus Kinski succédant à Max Schreck dans le rôle du vampire, Isabelle Adjani incarnant la fragile Lucy et Bruno Ganz son époux Jonathan Harker. Si son équipe de tournage est réduite (seize personnes en tout et pour tout) pour lui permettre une plus grande liberté de manœuvre, le cinéaste doit se plier à une discipline contraignante imposée par la production pour assurer une exploitation du film sur un maximum de territoires : le tournage du film simultanément en anglais et en allemand. Chaque séquence est donc filmée dans les deux langues, comme à l’époque de certains films du début du parlant. Herzog plante ses caméras en Hollande, en Allemagne et en Tchécoslovaquie, sauf pour le prologue de son film qu’il choisit de tourner dans le musée de Guanajuato au Mexique. Un lent travelling se promène ainsi sur les cadavres momifiés des victimes d’une épidémie de choléra en 1833, au son d’une musique lugubre du groupe Popol Vuh. Dès les premières secondes, le cinéaste installe ainsi un profond climat de malaise.

Si l’histoire est connue (Dracula sera à l’affiche dans pas moins de cinq films rien qu’en 1979), le traitement de Werner Herzog fait la différence. Son approche est naturaliste, du moins en début de métrage. Ainsi la reconstitution du village de Wismar en plein 19ème siècle n’accuse-t-elle aucun artifice pseudo-gothique. Le rythme du film est lent, contemplatif, notamment lors de l’expédition de Jonathan Harker jusqu’au château de Dracula. Mais dès que paraît le vampire, nous entrons dans une autre dimension. Car le noble comte des Carpates ne se masque pas derrière une fausse respectabilité, pas plus qu’il ne cherche à se faire passer pour autre chose que la pathétique créature blafarde qu’il est, à cheval entre le monde des morts et celui des vivants. La performance de Kinski est hallucinante, magnifiée par un maquillage de Reiko Kruk et Dominique Colladant qui reconstitue avec beaucoup de fidélité celui que portait Max Schrek tout en s’adaptant au faciès du comédien allemand. Quoique le mot « maquillage » soit sans doute trop faible pour décrire la mutation à laquelle les deux artistes ont procédé pour que Kinski se mue en Dracula « Réaliser un simple maquillage, ça n’est jamais qu’ajouter et corriger », nous confirmait Reiko Kruk. « Créer une métamorphose, c’est en revanche aller beaucoup plus loin, vers l’illusion et le mensonge. C’est ce qui nous a poussés vers les effets spéciaux de maquillage. Comme ce domaine était encore vierge en France, à l’époque, il nous a fallu expérimenter de nombreux matériaux. » (1) Quatre heures de grimage par jour, cela aurait pu aisément venir à bout de la patience d’un Kinski connu pour ses sautes d’humeur et son irascibilité. Mais il faut croire que la maquilleuse japonaise sut apprivoiser la bête. Reiko Kruk et lui s’entendirent à merveille, jusqu’à la disparition du comédien en 1991.

« Le malheur est en route »

S’il est indiscutablement le prédateur de l’histoire, le Dracula de Werner Herzog nous apparaît pourtant faible, pathétique, gémissant. Son teint blême, ses yeux creusés, ses borborygmes de tristesse et de douleur le font ressembler à un cadavre ambulant s’accrochant maladivement à un semblant de vie qui lui échappe. À la demande du cinéaste, Kinski reproduit souvent la gestuelle de Max Schreck, notamment lorsqu’il tend ses mains crispées vers le bas, toutes griffes déployées. Lorsqu’il s’approche d’une victime humaine, le temps semble se figer. Les humains sont paralysés par la présence du vampire, Herzog se contentant de les cadrer en plan large fixe, comme si le théâtre se substituait au cinéma l’espace d’un instant. Et tandis que Jonathan Harker, affaibli par le monstre et recueilli par des gitans, affirme « le malheur est en route », un étrange parallèle s’établit entre Nosferatu et Lucy. Car Isabelle Adjani campe une héroïne pâle comme la mort, chétive, errant dans le village comme un fantôme. Elle est pourtant le dernier rempart contre la mort qui contamine le village toute entier. « Le manque d’amour est une si grande souffrance » lui déclare Dracula lors de leur premier face à face. Nous ne sommes pas là en présence d’une romance glamour à la façon du Dracula de John Badham mais face au cri désespéré d’une bête malingre en quête d’un sentiment qui lui fait cruellement défaut. Herzog multiplie les images fortes et insolites, comme cet enfant qui joue du violon au pied du château de Dracula, cette chauve-souris qui vole au ralenti en très gros plan, ces chevaux morts dans la rue, ce bétail qui erre au milieu des meubles abandonnés sur le pavé, ces rats qui grouillent par milliers sur le seuil des maisons et sur les tables des banquets, ces condamnés par la peste qui festoient une ultime fois dans une liesse absurde… Sans oublier cette vision sinistre de centaines d’hommes en noir portant des cercueils en file indienne sur la place de Wismar, filmés en plongée comme une colonie de fourmis funèbres. Autant de tableaux surréalistes qui restent en mémoire longtemps après le visionnage du film.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en mai 1997

 

© Gilles Penso

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LA DERNIÈRE VAGUE (1977)

Richard Chamberlain incarne un avocat australien soudain confronté aux mythes et légendes du peuple aborigène…

THE LAST WAVE

 

1977 – AUSTRALIE

 

Réalisé par Peter Weir

 

Avec Richard Chamberlain, Olivia Hamnett, David Gulpilil, Frederick Parslow, Vivean Gray, Nandjiwarra Amagula, Walter Amagula, Roy Bara

 

THEMA CATASTROPHES I POUVOIRS PARANORMAUX

En début de carrière, Peter Weir réalise un grand nombre de courts-métrages tournant autour de deux thématiques que le cinéaste déclinera tout au long de sa filmographie : la quête des origines et l’accès à une réalité plus grande que celle offerte pas nos perceptions premières. En toute logique, ses deux premiers longs-métrages, Les Voitures qui ont mangé Paris et Pique-nique à Hangig Rock, brodent à leur manière autour de ces sujets récurrents. Avec La Dernière vague, Weir décide de les affronter de manière encore plus frontale en s’appuyant sur une idée narrative qui le guidera pendant l’écriture de son scénario : décrire le comportement d’un être pragmatique et cartésien soudain en proie à des prémonitions et des phénomènes inexplicables. Pour le rôle principal de son film, il souhaite un comédien australien. Mais dans l’incapacité de trouver celui qui lui conviendra, il fait appel à l’Américain Richard Chamberlain, pas encore superstar de la série Les Oiseaux se cachent pour mourir mais déjà très connu du grand public (notamment grâce à ses prestations dans Les Trois Mousquetaires et La Tour infernale). Le comédien est un peu perplexe à la lecture du scénario, d’autant qu’il n’a jamais entendu parler de Peter Weir. Mais après avoir visionné Pique-nique à Hanging Rock, il est emballé et s’embarque dans l’aventure.

Au cœur de la ville de Sydney, en proie à une série de phénomènes météorologiques inquiétants, Chamberlain incarne David Burton, un avocat spécialisé en droit des sociétés. Tranquillement installé dans la capitale avec son épouse et ses deux filles, il se retrouve un jour commis d’office pour défendre cinq aborigènes ayant tué un des leurs. D’abord réticent à se charger de cette affaire, dans la mesure où le droit pénal n’est pas sa spécialité, Burton se laisse fasciner par l’étrange tranquillité de ces hommes qui semblent cacher un secret apparemment incompréhensible pour l’homme blanc. Mais Burton veut percer ce mystère, quitte à se rapprocher d’eux et à se laisser guider par une spiritualité qui n’est pas la sienne. Cette enquête semble pouvoir l’aider à expliquer les rêves prémonitoires et les visions qui l’obsèdent depuis sa plus tendre enfance, et qui convergent vers la menace d’un cataclysme imminent et inéluctable.

La fin d’un monde

Peter Weir a vu juste : Richard Chamberlain est tout simplement parfait sous la défroque de ce héros bien sous tous rapports qui découvre soudain le monde qui l’entoure sous un autre angle et comprend que ses propres origines ne sont pas occidentales mais tribales (Burton devenant du même coup la métaphore du continent australien tout entier). Sans préavis, le voilà étroitement lié à un peuple qui régnait sur les terres qui l’occupent depuis 50 000 ans et qui se retrouve contraint, désormais, à errer par petits groupes en marge de la société. Le discours de Peter Weir est moins politique que spirituel, et l’on ne peut s’empêcher de laisser La Dernière vague entrer en résonnance avec plusieurs œuvres ultérieures du cinéaste. Cette ouverture d’un protagoniste cartésien vers une ethnie aux antipodes de ses propres convictions ne nous rappelle pas Witness ? Cette prise de conscience d’une autre réalité cachée derrière celle que le héros croyait cerner dans son entièreté n’est-elle pas voisine de celle de Truman Show ? Tandis que David Burton s’efforce d’intégrer peu à peu ces nouvelles données, la nature se déchaîne autour de lui, en une série d’intempéries au caractère presque biblique : la pluie de grêle et de grenouilles nous renvoie aux plaies d’Égypte, les visions prophétiques d’un monde submergé sous les flots évoquent le Déluge de la Genèse. Quant à la « dernière vague » du titre, cette catastrophe ultime qui plane telle une épée de Damoclès, elle a tous les atours d’un cataclysme digne de l’Apocalypse. Weir n’a pas son égal pour construire une atmosphère étrange, insolite, envoûtante et quasi-hypnotique, s’appuyant beaucoup sur la magnifique photographie de Russell Boyd et sur la musique synthétique de Groove Myers. Prix spécial du jury au Festival international du film fantastique d’Avoriaz en 1978, La Dernière vague ouvrira au réalisateur les portes d’Hollywood. Après deux autres films réalisés en Australie, il poursuivra avec succès sa carrière aux États-Unis.

 

© Gilles Penso

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MASSACRES DANS LE TRAIN FANTÔME (1981)

Un groupe d’adolescents passe la nuit dans une fête foraine et tombe nez à nez avec un monstre masqué au comportement meurtrier…

THE FUNHOUSE

 

1981 – USA

 

Réalisé par Tobe Hooper

 

Avec Elizabeth Berridge, Largo Woodruff, Jeanne Austin, Shawn Carson, Jack McDermott, Cooper Huckabee, Miles Chapin, Wayne Doba

 

THEMA TUEURS I FREAKS

Au début des années 80, le succès inattendu de Vendredi 13, succédant de près à celui de La Nuit des masques, commence à faire cogiter tous les grands studios n’ayant pas vu venir cette vogue croissante du film d’horreur pour public adolescent. Universal décide donc de prendre le train en marche et achète à Larry Block le scénario de The Funhouse. Pour prendre les commandes du film, on pense à Tobe Hooper, qui avait su faire frémir les foules avec Massacre à la tronçonneuse et Le Crocodile de la mort tout en prouvant sa capacité d’adaptation à des projets plus « calibrés » comme le téléfilm Les Vampires de Salem d’après Stephen King. Avec Massacres dans le train fantôme, Hooper entre ainsi pour la première fois dans le giron d’une major hollywoodienne. Soucieux de l’esthétisme de ce film qu’il sait déterminant pour la suite de sa carrière, le cinéaste embauche le directeur de la photographie Andrew Laszlo, qui signa les images des Guerriers de la nuitde Walter Hill. Le casting étant constitué de nombreux jeunes comédiens, l’équipe de tournage s’installe à Miami, où les lois concernant les acteurs mineurs sont moins contraignantes qu’à Los Angeles.

La scène d’introduction de Massacres dans le train fantôme multiplie les clins d’œil cinéphiliques. Nous y découvrons une chambre décorée avec des photos des Universal Monsters, puis un enfant qui avance en caméra subjective caché sous un masque (comme dans le prologue de Halloween), un faux meurtre sous la douche calqué fidèlement sur celui de Psychose et même un extrait de La Fiancée de Frankenstein diffusé à la télévision… Amy Harper (Elizabeth Berridge), 16 ans, décide de passer la soirée à la fête foraine du coin en compagnie de son nouveau petit ami Buzz Dawson (Cooper Huckabee) et de ses amis Liz (Largo Woodruff) et Richie (Miles Chapin). Ce parc est jalonné d’attractions sinistres : des freaks (une vache à deux têtes, des fœtus difforme), un magicien qui plante un pieu dans le cœur de son assistante, une vieille voyante… Par défi, les quatre ados décident de passer la nuit dans le train fantôme, ignorant que le petit frère d’Amy les a suivis. Cachés dans la pénombre, ils assistent soudain au meurtre d’une femme par un homme qui porte le masque du monstre de Frankenstein. Cet assassin au comportement bestial semble être une sorte d’enfant dans un corps d’adulte. De fait, l’analogie avec le Leatherface de Massacre à la tronçonneuse s’impose. Si ce n’est que derrière le masque, c’est un visage encore plus affreux qui apparaît : monstrueux, hydrocéphale, hirsute, hurlant, baveux…  C’est le danseur et mime Wayne Doba qui incarne cette créature, sous les prothèses spectaculaires de Rick Baker et Craig Reardon.

Monstres de foire

Le décor de la fête foraine permet aux séquences horrifiques du film de prendre une tournure grand-guignolesque, les monstres réels et factices s’entremêlant dans la plus grande confusion. Extrêmement travaillée, la bande son s’avère être un très efficace support d’épouvante, notamment dans la salle des mécanismes du train fantôme. Si Hooper décline une fois de plus le motif de la victime féminine traquée par un monstre à peine humain dans un décor hostile, il évacue aussi le manichéisme trop tranché en dressant le portrait d’un père brisé par la monstruosité de son fils, dissimulant sans cesse ses actes criminels pour mieux le protéger. « L’un sans l’autre on n’est rien, tu comprends ? », déclare-t-il à sa progéniture contrefaite. « Le Seigneur m’est témoin que je t’aime. » Lorsque le film sort en vidéo, la très prude Grande-Bretagne le range illico dans la catégorie « Video Nasties », une liste noire intégrant tous les longs-métrages que la censure réprouve au point de les interdire purement et simplement sur le territoire. Mais ce bannissement est né d’un malentendu, Massacre dans le train fantôme ayant été confondu avec Last House on Dead End Street de Roger Watkins, dont l’un des titres de travail fut The Fun House ! En comparaison, le slasher de Tobe Hooper est finalement assez inoffensif et lui ouvrira d’ailleurs la porte vers un cinéma plus mainstream. Un an plus tard, il réalisera Poltergeist sous la supervision d’un certain Steven Spielberg.

 

© Gilles Penso

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MALÉFIQUE (2014)

Angelina Jolie incarne la redoutable sorcière de La Belle au bois dormant et lève le voile sur son étrange passé…

MALEFICENT

 

2014 – USA

 

Réalisé par Robert Stromberg

 

Avec Angelina Jolie, Elle Fanning, Sam Riley, Sharlto Copley, Brenton Thwaites, Imelda Staunton, Juno Temple, Lesley Manville

 

THEMA CONTES I DRAGONS

Cette relecture surprenante du classique La Belle au bois dormant s’inscrit dans une démarche de déstructuration des contes entreprise depuis le début des années 2010 par le studio Disney, bien décidé à donner un nouveau souffle et une seconde jeunesse à son patrimoine. Mais contrairement à l’approche auto-parodique d’Il était une fois ou à la normalisation appauvrie d’Alice au pays des merveilles, Maléfique nous offre un angle de narration étonnant dénué du manichéisme habituellement de mise. Pour mettre toutes les chances de son côté, le studio confie le scénario à Linda Woolverton, qui participa à l’écriture de La Belle et la Bête, Aladdin, Le Roi Lion et Mulan. En terrain familier, la scénariste peine pourtant à trouver le bon ton et le juste équilibre, plus d’une quinzaine de versions du script étant nécessaires avant que le tournage puisse débuter. L’aspect visuel du film étant d’une importance capitale, on confie la mise en scène à Robert Stromberg, chef décorateur de talent (Avatar, Alice au pays des merveilles, Le Monde fantastique d’Oz) et vétéran des effets visuels (Une nuit en enfer, Master and Commander, Le Terminal, Aviator et près d’une centaine d’autres films et séries). Stromberg fait ainsi ses débuts derrière la caméra, soutenu par une équipe confiante et un studio qui lui alloue un très confortable budget de 200 millions de dollars.

Bien entendu, Maléfique s’inspire moins du conte de Perrault que du film d’animation de 1959 dont il constitue une sorte de prequel atypique. Maléfique (formidable Angelina Jolie, incarnation parfaite en chair et en os de la sorcière du dessin animé original) est à la fois entité du bien et du mal, une ancienne fée privée de ses ailes, de son amour et de sa candeur par un homme qu’elle a cru pouvoir aimer mais dont l’ambition dévorante a perverti les actes. Cet homme (Sharlto Copley) est devenu le roi Stéphane, père de la petite Aurore. Cette dernière est incarnée par Vivienne Jolie-Pitt, la propre fille d’Angelina et Brad Pitt, lorsqu’elle est enfant, puis par Elle Fanning à l’âge de l’adolescence. Ivre de vengeance, Maléfique jette sur le bébé le sort que l’on sait, mais finit par le regretter lorsque la fille grandit et qu’elle s’attache à elle. Les notions de Bien et de Mal sont ainsi séparées par une ligne très floue, chose peu commune au royaume de Mickey. Là n’est pas le moindre des attraits de Maléfique, l’autre étant la splendide mise en forme du film.

Monstres et merveilles

Puisant dans sa longue expérience acquise dans le domaine des effets spéciaux, Robert Stromberg s’efforce de trouver le bon équilibre entre les trucages numériques et ceux réalisés en direct sur le plateau de tournage. Les cornes de Maléfique sont ainsi des prothèses conçues par l’immense maquilleur Rick Baker. Ce dernier semble s’être laissé partiellement inspirer par l’une des plus belles créations de son ancien protégé Rob Bottin, le diabolique Darkness de Legend. Ce sera le dernier travail hollywoodien de Baker, le maquilleur multi-oscarisé fermant boutique après Maléfique face à la mutation irréversible de son métier et le grignotement croissant des effets numériques sur son propre travail. De fait, les effets digitaux occupent une place importante dans le film, notamment pour donner corps aux monstres et aux merveilles. Si un dragon intervient bien dans le récit, il ne s’agit plus, comme dans l’inoubliable final du dessin animé de Wolfgang Reitherman, d’une métamorphose de la sorcière, mais d’une mutation de son fidèle compagnon Diaval (Sam Riley), qu’elle peut transformer à loisir en toutes sortes d’animaux. Ce superbe dragon noir, aux larges ailes déployées et au front cornu, surgit au cours d’un climax riche en rebondissement où le monstre tente de libérer Maléfique du filet métallique qui la retient prisonnière et finit lui-même enchaîné par les hommes du roi. Cette très belle séquence s’appuie sur une musique splendide de James Newton Howard, qui accompagne le film de Stromberg avec emphase et se laisse partiellement inspirer par « La Belle au bois dormant » de Tchaikovski. Colossal succès auprès du public – même si la critique américaine lui réserve un accueil mitigé – Maléfique entérinera la démarche disneyenne de transformation de tous les grands classiques animés en versions live et donnera naissance à une suite en 2019 : Maléfique, le pouvoir du mal.

 

© Gilles Penso

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LA MAISON AU FOND DU PARC (1980)

Dans la foulée de Cannibal Holocaust, Ruggero Deodato filme les exactions d’un psychopathe agressant la petite bourgeoisie italienne

LA CASA SPERDUTA NEL PARCO

 

1980 – ITALIE

 

Réalisé par Ruggero Deodato

 

Avec David Hess, Annie Belle, Christian Borromero, Giovanni Lombardo Radice, Marie Claude Joseph, Gabriele Di Giuio, Brigitte Petronio

 

THEMA TUEURS

Avec un titre pareil, il n’est pas difficile de comprendre à quel film La Maison au fond du parc se réfère, même si ce choix n’est pas celui du réalisateur Ruggero Deodato, pas spécialement désireux de se laisser inspirer par Wes Craven. « La référence au titre de La Dernière maison sur la gauche était une volonté du producteur, d’autant que nous avons utilisé le même acteur principal, David Hess », nous confirme-t-il. « Mais les deux histoires sont très différentes. Celle de La Maison au fond du parc s’inspire d’un fait réel qui s’est déroulé à Parioli, un quartier très élégant de Rome. Des jeunes issus des quartiers pauvres y ont violé et torturé deux filles de bonne famille. On a beaucoup parlé de cette affaire dans la presse à l’époque, et je l’ai utilisée comme base du scénario du film. » (1) A l’occasion de La Maison au fond du parc, Deodato entend tout de même s’inscrire dans la vogue du survival et du slasher alors à la mode dans le monde entier, tout en se simplifiant la vie par rapport au tournage éprouvant de Cannibal Holocaust. Un décor unique et une poignée de protagonistes se substituent en effet à la jungle hostile, aux figurants et aux bêtes sauvages. D’emblée, Deodato impose un style dérangeant, filmant pendant le prégénérique une scène de viol crue et réaliste dans une voiture, aux accents d’une chanson douce et sirupeuse composée par Riz Ortolani et susurrée par Diana Corsini. « Sweetly » chante la voix enjôleuse, autrement dit « gentiment », en contradiction totale avec ce que montre l’écran.

Deux petits voyous sans envergure, Alex (David Hess) et Ricky (Giovanni Lombardo Radice), qui vivent du trafic de voitures volées, s’invitent dans une petite fête organisée par un jeune couple riche, dans une maison isolée au fond d’un grand parc. Au fil de la soirée, les incidents se multiplient et la tension monte jusqu’à ce qu’Alex finisse par révéler sa nature psychopathe en agressant un à un les invités. Même s’il incarne ouvertement une figure maléfique, Alex (dont le prénom renvoie visiblement à celui du héros d’Orange mécanique) n’est pas le seul être détestable du film. À vrai dire, les « honnêtes gens » qu’il brutalise de plus en plus violemment rivalisent eux-mêmes d’hypocrisie, de veulerie, de cruauté et de perversité. Lorsque la toute jeune Cindy (Brigitte Petronio) pénètre à son tour dans les lieux, elle devient victime des violentes pulsions d’Alex, comme un agneau se jetant sans préavis dans la gueule d’un loup affamé. Armé d’un rasoir, Alex arrache ses vêtements et lui taillade le corps qu’il larde de blessures écarlates, face à une assistance terrifiée qui ne sait comment réagir…

La folie destructrice

Si le tournage de La Maison au fond du parc ne pose pas de difficulté particulière, Ruggero Deodato doit composer avec le caractère très particulier de son acteur principal. « J’ai réalisé ce film immédiatement après Cannibal Holocaust qui n’était pas encore sorti sur les écrans, donc personne ne savait qui j’étais », raconte-t-il. « David Hess, en revanche, était devenu célèbre grâce à La Dernière maison sur la gauche. Nos relations pendant le tournage étaient difficiles à cause de ça. J’avais du mal à m’imposer, et il me semblait trop sûr de lui. Mais ça s’est finalement bien terminé, puisque j’ai travaillé avec lui à cinq reprises par la suite. Nous sommes devenus amis. Pour l’anecdote, sachez d’ailleurs que la fille que son personnage viole dans la voiture au début du film était incarnée par sa propre femme ! » (2) Même s’il semble souvent roue libre face à la direction de Deodato, David Hess est de toute évidence l’atout majeur du film, la folie destructrice irrécupérable de son personnage le muant en monstre aux pulsions imprévisibles qui laisse planer sur l’intégralité du métrage un sentiment de menace permanent. Pur produit d’exploitation jouant avec la violence et l’érotisme comme autant d’ingrédients d’une recette destinée à titiller un public féru du genre, La Maison au fond du parc n’est certes pas un grand film. Mais son climat oppressant, sa sophistication décalée et son caractère impitoyable face à une humanité peu reluisante dont aucun individu ne semble mériter le moindre salut en font résolument une œuvre à part.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2016

 

© Gilles Penso

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