ATTACK OF THE 50 FOOT CAMGIRL (2022)

Une star glamour des réseaux sociaux ingurgite des aliments expérimentaux et subit dès lors une spectaculaire croissance accélérée…

ATTACK OF THE 50 FOOT CAMGIRL

 

2022 – USA

 

Réalisé par Jim Wynorski

 

Avec Ivy Smith, Elio Cirino, Christine Nguyen, Lisa London, Frankie Cullen, Jaret Sacrey, Michael Gaglio, Janelle Delabar, Cindy Lucas, Becky LeBeau, Jim Wynorski

 

THEMA NAINS ET GÉANTS I SAGA CHARLES BAND

Jim Wynorski et Charles Band étaient faits pour s’entendre. Le premier, réalisateur spécialisé dans les séries B déjantées, a signé des œuvres aussi « impérissables » que Shopping, Le Vampire de l’espace, Le Retour de la créature du lagon ou Komodo vs. Cobra. Le second, patron de la compagnie Full Moon, est un producteur incroyablement prolifique, initiateur des franchises Puppet Master, Future Cop, Subspecies, Demonic Toys, Evil Bong, etc… Si Wynorski était déjà entré dans l’univers de Band en dirigeant Ghoulies 4, il n’avait jamais travaillé avec lui directement. Voilà qui est chose faite, grâce à cette parodie d’Attack of the 50 Foot Woman, célèbre nanar des années 50 réalisé par Nathan Juran. L’initiative de cet improbable Attack of the 50 Foot Camgirl semble avoir été principalement motivée par le bon accueil réservé à deux petites comédies de science-fiction distribuées par Full Moon en 2017 et 2019 : Giantess Attack et Giantess Attack vs Mecha Fembot. C’est d’ailleurs Jeff Leroy, réalisateur de ce joyeux diptyque, qui est ici sollicité pour prendre en charge une partie des effets visuels, ainsi que la photographie de seconde équipe et la supervision des maquettes. Autre point commun : Christine Nguyen, qui jouait l’extra-terrestre Métalunienne de Giantess Attack et sa suite, revient ici dans un autre rôle tout aussi exubérant.

Le générique en noir et blanc et la musique rétro pleine d’emphase assument d’emblée la filiation avec le film de Nathan Juran. Après cette entrée en matière, nous assistons sans préambule à une bagarre musclée entre deux femmes géantes au beau milieu d’un champ, réminiscence des longs-métrages titanesques de Bert I. Gordon (Le Fantastique homme colosse, Le Village des géants). Puis un flash-back nous ramène trois jours plus tôt. Nous voilà face à Beverly Wood (Ivy Smith) star glamour des réseaux sociaux. Des millions de fans s’abonnent à ses vidéos sexy et achètent ses produits et tout le monde semble l’adorer. Mais dans l’ombre, son mari Bradley (Elio Cirino) et son assistante Fuschia (Christine Nguyen) complotent pour la faire chuter et prendre le contrôle du véritable empire qu’elle a réussi à créer. Les choses prennent une tournure imprévisible lorsque trois scientifiques présentent à Beverly les nouveaux produits qu’elle doit promouvoir : des aliments de synthèse qui se régénèrent eux-mêmes et pourraient à terme régler le problème de la faim dans le monde. La jeune femme les ingurgite, même s’ils n’ont pas encore été testés, et atteint soudain la taille de quinze mètres de haut…

Les fantastiques femmes colosses

Malgré sa courte durée, le film passe beaucoup de temps à faire du sur-place, comme si le scénario de Kent Roudebush ne savait pas trop par quel bout prendre cette histoire. Attack of the 50 Foot Camgirl s’agrémente donc de séquences de douches parfaitement gratuites détaillant l’anatomie des deux actrices principales, de longs dialogues à l’intérêt très limité (la discussion avec les savants n’en finit plus), de saynètes parfaitement inutiles (la chanteuse et la strip-teaseuse dans le bar) ou de rebondissements qui semblent presque improvisés face à la caméra (la scientifique qui, d’un coup, décide de coucher avec Beverly). Lorsqu’enfin notre héroïne atteint la taille de King Kong, Jeff Leroy peut mettre à contribution son savoir-faire dans la création de maquettes en carton (d’où un rendu « old school » du plus bel effet) et dans l’emploi des grands angles. Mais malgré quelques idées visuelles amusantes – Beverly qui effeuille un moulin à vent comme elle le ferait avec une marguerite -, les situations restent répétitives et le grain de folie de Giantess Attack nous manque cruellement. Le combat final avec la brune rivale devenue elle aussi gigantesque dynamise enfin les choses, permettant à Wynorski et Leroy de pulvériser un maximum de décors miniatures, y compris une affiche publicitaire pour les films Full Moon et une église de la « Lechago Mission » (clin d’œil à John Lechago, réalisateur des Killjoy). Dans la foulée, la même équipe signera une suite directe baptisée Giantess Battle Attack.

 

© Gilles Penso

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LA CHOSE À DEUX TÊTES (1972)

Un scientifique raciste, atteint d’une maladie incurable, se retrouve avec la tête greffée sur le corps d’un condamné à mort afro-américain…

THE THING WITH TWO HEADS

 

1972 – USA

 

Réalisé par Lee Frost

 

Avec Ray Milland, Roosevelt Grier, Don Marshall, Roger Perry, Kathrine Baumann, Chelsea Brown, Lee Frost

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Réalisateur prolifique dans les sphères les plus interlopes du cinéma américain, Lee Frost n’est pas un inconnu pour les amateurs de « mondo », de « nudies » et autres excentricités grindhouse. Citer quelques-uns de ses titres de gloire permet de mieux comprendre à qui nous avons affaire : Le Vampire érotique, Le sexe et l’amour, Mondo Bizarro, L’Éperon brûlant, Le Camp spécial n°7, Excitation, Female Factory… Avec La Chose à deux têtes, il applique la même logique racoleuse à un postulat de science-fiction délirant. Le scénario est co-écrit avec Wes Bishop (Course contre l’enfer) et James Gordon White (Bigfoot). Ce dernier semble recycler ici le script qu’il concocta pour Amok, l’homme à deux têtes, réalisé par Anthony M. Lanza, pour raconter l’histoire du docteur Maxwell Kirshner (Ray Milland), chirurgien de renom spécialisé dans les transplantations et atteint d’un cancer incurable. Obnubilé par sa propre survie, ce génie de la médecine fait greffer sa tête sur un autre organisme, mais se réveille pour découvrir, horreur suprême pour cet homme profondément raciste, que le corps qui le porte désormais est celui d’un Afro-américain : Jack Moss (Roosevelt « Rosey » Grier), un colosse condamné à mort qui clame son innocence.

Dès lors, le film se mue en course-poursuite abracadabrante où les deux têtes cohabitent tant bien que mal sur le même corps, via un « buddy movie » d’un genre très bizarre. Jack, qui veut prouver son innocence, s’échappe de l’hôpital, flanqué de son encombrant passager crânien. Kirshner, quant à lui, cherche à retrouver ses assistants pour transférer sa tête sur un hôte « plus convenable », selon ses standards rétrogrades. La Chose à deux têtes peut être considéré, à sa modeste manière, comme un pamphlet contre le racisme et la peur de l’autre. Mais c’est surtout une farce grotesque truffée de scènes d’action improbables (dont une poursuite en moto qui semble durer une éternité), de dialogues saugrenus et de situations invraisemblables. La performance excessive de Ray Milland mérite une mention spéciale. Acteur oscarisé dans une autre vie (Le Poison en 1945), il incarne ici un personnage délicieusement détestable. Roosevelt Grier, ex-footballeur américain reconverti au jeu d’acteur (et accessoirement frère de Pam Grier), joue de son côté son rôle avec un mélange d’énergie brute et d’incrédulité.

Des effets très spéciaux

Mais ce qui rend le film vraiment inoubliable, c’est la manière dont Lee Frost gère les effets spéciaux. Dans les plans larges, Grier porte une prothèse à l’effigie de la tête de Milland, collée à son épaule avec autant de réalisme qu’un accessoire de fête foraine. Lors des scènes dialoguées filmées en gros plan, les deux acteurs partagent un même costume surdimensionné, dissimulant tant bien que mal le subterfuge. Le résultat est tellement visible qu’il en devient hilarant. Et pourtant, malgré (ou grâce à) son trop-plein d’absurdités, La Chose à deux têtes a quelque chose de délectable, comme ces « accidents de cinéma » que l’on regarde les yeux écarquillés, partagé entre le rire et la consternation. Sa mise en scène minimaliste, ses effets très spéciaux (ah, le fameux gorille bicéphale !), ses dialogues impensables et ses traits d’humour (volontaires ou non selon les scènes) en font une œuvre précieuse pour les amateurs de curiosités. La Chose à deux têtes parvient ainsi à dépasser son statut de simple bizarrerie racoleuse pour s’inscrire dans la pure tradition du cinéma d’exploitation américain des années 70 où tout était permis, où la provocation primait sur la logique et où l’audace l’emportait souvent sur le bon goût.

 

© Gilles Penso

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VERONICA 2030 (1999)

Après un court-circuit, une femme robot conçue par des scientifiques du futur se retrouve propulsée à la fin des années 90 en plein Hollywood…

VERONICA 2030

 

1999 – USA

 

Réalisé par Gary Graver

 

Avec Julia Ann, Joseph Roth, Everett Rodd, Stephanee LaFleur, E.R. Wolf, Nikki Fritz, Sandy Wasko, Wendy Davidson, Kurt Sinclair, Steve Curtis, Johnny Styles

 

THEMA ROBOTS I VOYAGES DANS LE TEMPS I SAGA CHARLES BAND

Avec à son actif plus de 140 films en tant que réalisateur, Gary Graver s’est taillé l’image d’une véritable icône de la série B. Après avoir fait ses débuts dans des films érotiques à petit budget, il devient directeur de la photographie spécialisé dans le fantastique (The Mighty Gorga, Dracula contre Frankenstein, La Foreuse sanglante, Cérémonie mortelle,  Dinosaur Island), puis retourne en fin de carrière vers les modestes longs métrages « pour adultes ». Le voilà donc à la tête de Veronica 2030, son avant-dernière réalisation. « Je suis très heureux que nos chemins se soient croisés plus d’une fois et que nos noms aient été associés à ces films amusants et sans importance, conçus pour être regardés tard le soir en grignotant du pop-corn et en buvant des bières » (1), raconte le scénariste C. Courtney Joyner, qui utilise ici l’un de ses pseudonymes habituels : Earl Kenton (clin d’œil à l’homme qui réalisa la première version de L’Île du docteur Moreau). Féru de références, il donne à plusieurs personnages des noms empruntés au film d’animation Mad Monster Party de Jules Bass. L’héroïne robotique, elle, est d’abord baptisée Veronique, à l’initiative du producteur Pat Siciliano, mais elle portera finalement le prénom de Veronica pour une raison toute bête : une des actrices s’avère incapable de prononcer « Veronique ». Après le tournage d’une interminable série de prises où l’on entend « Veroniquiou », le changement de nom s’impose.

En 2030, après trois années de recherches acharnées, le Dr Felix Flankton (E.R. Wolf) et sa collègue Maxine (Stephanee LaFleur) s’apprêtent à présenter au monde leur chef-d’œuvre : Veronica (Julia Ann), un androïde conçu pour assouvir les désirs les plus intimes. Mais l’intervention maladroite de leur assistant Chambers (Steve Curtis), qui a succombé à son charme, provoque une surchauffe imprévue. En un éclair, Veronica disparaît, happée dans une décharge d’énergie, et se retrouve projetée dans le passé. Nous voilà alors dans le Los Angeles de la fin des années 90 (Le Chinese Grauman’s Theater d’Hollywood Boulevard affiche L’Arme fatale 4, ce qui nous donne un repère temporel). Désorientée, Veronica trouve refuge dans un studio photo et, grâce à sa plastique irréprochable, se glisse parmi les mannequins de lingerie. Très vite, elle attire l’attention d’Harry Horner (Joseph Roth), patron en perte de vitesse d’une maison spécialisée dans le fétichisme. Voyant en elle une chance de relancer son entreprise, il la propulse nouvelle égérie de sa marque. Mais cette ascension fulgurante ne passe pas inaperçue. Camilla (Nikki Fritz), rivale acharnée et reine autoproclamée du « bondage glamour », entend bien s’approprier cette blonde venue de nulle part.

Taille mannequin

Veronica 2030 a le bon goût de ne jamais vraiment se prendre au sérieux, et même si ses régulières séquences érotiques sont traitées au premier degré, le reste du métrage assume le caractère absurde de son intrigue et s’autorise quelques « privates jokes ». D’où la présence, sur le bureau du personnage masculin principal, d’une série de jouets à l’effigie des poupées de la saga Puppet Master. Si Veronica 2030 s’appuie sur un argument de science-fiction pur et dur, cet aspect du film s’évapore rapidement. De fait, l’androïde qui découvre la vie clinquante des mannequins de lingerie pourrait tout aussi bien être une provinciale candide ou une étrangère fraîchement débarquée, sans que l’histoire en soit bouleversée. Nous revoyons certes de temps en temps nos deux scientifiques, à la recherche de leur robot perdu, tandis que celle-ci s’interroge naïvement sur les mœurs humaines, mais le film n’en tire pas particulièrement parti. Nous avons tout de même droit en fin de métrage à une séquence au cours de laquelle les deux savants décident de voyager dans le temps à leur tour pour retrouver leur création. À l’instar d’Arnold Schwarzenegger dans Terminator, ils doivent alors se débarrasser de tous leurs vêtements. Un prétexte parfait pour dénuder à nouveau les acteurs. Ce qui aurait pu être une variation intéressante sur le mythe de la machine intelligente en quête de sensations humaine se contente finalement d’une suite de saynètes aguicheuses, mais conserve suffisamment d’ironie pour se distinguer du tout-venant de la production érotico-fantastique des années 2000.

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans The Schlock Pit en décembre 2020

 

© Gilles Penso

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DÉTECTIVE PHILIP LOVECRAFT (1991)

Ce téléfilm méconnu, réalisé par le futur metteur en scène de Casino Royale, convoque les mythes lovecraftiens dans une ambiance de film noir rétro…

CAST A DEADLY SPELL

 

1991 – USA

 

Réalisé par Martin Campbell

 

Avec Fred Ward, David Warner, Julianne Moore, Clancy Brown, Alexandra Powers, Charles Hallahan, Arnetia Walker, Raymond O’Connor, Peter Allas, Lee Tergesen

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I LOVECRAFT

Avant de devenir la fabrique à succès mondial que l’on connaît, HBO expérimentait avec audace. Dans les années 1990, la chaîne se lançait déjà dans des productions à contre-courant, parmi lesquelles le téléfilm Détective Philip Lovecraft. Le scénario est né de l’imagination de Joseph Dougherty, scénariste actif à la télévision américaine qui rêvait depuis la fin des années 1980 de marier l’ambiance des films noirs des années 40 à l’horreur cosmique de H.P. Lovecraft. Ce pari culotté peine d’abord à trouver preneur, jusqu’à ce que la productrice Gale Ann Hurd (Terminator, Aliens, Abyss) décide de s’impliquer. C’est elle qui parvient à convaincre HBO de cofinancer ce projet hors-norme, puis propose à Martin Campbell (futur metteur en scène de Goldeneye et Casino Royale) de le mettre en scène. Pour incarner le détective Lovecraft, Hurd mise sur la bouille charismatique de Fred Ward, qu’elle connaît déjà pour avoir produit Tremors, tandis que le rôle féminin principal revient à la formidable Julianne Moore, alors en début de carrière. L’intrigue se déroule en 1948, dans un Los Angeles alternatif où la magie fait partie du quotidien. Sorts, invocations et créatures surnaturelles sont monnaie courante dans cette version parallèle de la Californie d’après-guerre.

C’est dans ce monde décalé que l’on suit Harry Philip Lovecraft, détective privé à l’ancienne qui refuse obstinément d’utiliser la magie. Cet entêtement lui vaut autant de moqueries que de respect. Lorsqu’un riche collectionneur, Amos Hackshaw (David Warner), lui demande de retrouver un grimoire volé, Lovecraft se retrouve embarqué dans une enquête complexe où se croisent zombies haïtiens, gargouilles agressives, gangsters occultistes et monstres venus d’ailleurs. Or le fameux livre volé n’est autre que le Necronomicon, convoité pour ses sombres pouvoirs. L’une des grandes originalités du film est sa réappropriation frontale des codes du polar classique. La voix off désabusée, les dialogues tranchants, les ruelles sombres, la femme fatale, les riches véreux, les policiers ambigus, tout y est. Or ces archétypes sont transposés dans un monde où les morts-vivants font office de main-d’œuvre bon marché, où les malfrats jettent des sorts dans les arrière-salles de night-clubs et où les anciens dieux rôdent aux portes de la réalité.

Le mélange des genres

Les amateurs de Lovecraft s’amuseront à dénicher au passage les multiples clins d’œil à l’univers de l’écrivain, au-delà du nom donné au personnage principal. Le night-club s’appelle par exemple le « Dunwich Room » et plusieurs entités du mythe sont mentionnées ou convoquées, dont Cthulhu, Azathoth ou Yog-Sothoth – ce dernier apparaissant même sous forme d’un monstre tentaculaire dans le final du film. Pour autant, Détective Philip Lovecraft adopte un ton léger, presque parodique, très éloigné de la terreur métaphysique et du nihilisme chers au reclus de Providence. Certaines scènes assument pleinement leur aspect cartoonesque (le héros qui assène un coup dans l’entrejambe d’une gargouille) et le bestiaire fantastique relève plus des folies à la Ghostbusters que du cauchemar existentiel. Dans cet esprit récréatif, les effets spéciaux de Tony Gardner (collaborateur de Sam Raimi sur Darkman) ont un charme indéniable, malgré des moyens limités. À sa sortie, Détective Philip Lovecraft passe un peu inaperçu. Sans doute est-il jugé à l’époque trop atypique ou trop hybride pour entrer dans une case bien définie. Il donnera tout de même naissance à une suite en 1994, Witch Hunt, réalisée par Paul Schrader, dans laquelle Dennis Hopper reprendra le rôle du détective Lovecraft.

 

© Gilles Penso

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IT KNOWS YOU’RE ALONE (2021)

En se promenant sur la plage, une jeune femme découvre un vieux téléphone nautique qu’elle ramène chez elle sans savoir qu’il est hanté…

IT KNOWS YOU’RE ALONE

 

2021 – USA / CANADA

 

Réalisé par Chris Alexander

 

Avec Brandy Dawley, Ali Chappell

 

THEMA FANTÔMES I SAGA CHARLES BAND

Chris Alexander est un artiste au style unique, sous haute influence du cinéma d’épouvante européen des années 70. Féru d’atmosphères troubles et de concepts minimalistes, il compose toujours avec des budgets extrêmement restreints et joue les couteaux suisses pour pouvoir garder le contrôle artistique total sur ses œuvres. Car Alexander est à la fois réalisateur, scénariste, producteur, directeur de la photographie et compositeur. Comme il le fit dans certains de ses films précédents (Bloody Dynasty, Space Vampire, Girl With a Straight Razor), notre homme pousse ici l’épure assez loin en dirigeant seulement deux actrices. Parmi elles se trouve sa fidèle collaboratrice Ali Chappell, elle aussi mobilisée sur tous les fronts puisqu’en plus de son rôle face à la caméra, elle participe à la production, aux costumes et aux maquillages du film. Tourné dans des extérieurs naturels canadiens très photogéniques, au sein du County Heritage Park de Milton, dans l’Ontario, It Knows You’re Alone (littéralement « Il sait que tu es seule ») commence par l’extrait d’un célèbre poème d’Edgar Allan Poe : « Tout ce que nous voyons ou croyons n’est qu’un rêve dans un rêve. »

C’est donc dans une ambiance ouvertement onirique que se déroule le film, et ce dès l’entame. Alors qu’elle se promène nonchalamment sur la plage, Natalie (Brandy Dawley) découvre un vieux téléphone nautique provenant d’un navire à l’abandon, échoué sur le rivage. Intriguée, elle le ramène chez elle, le nettoie soigneusement et l’expose sur une table comme un objet de décoration. Mais son sommeil commence alors à être troublé par ce qui ressemble à des cauchemars – à moins que ce ne soit la réalité ? Toujours est-il que le téléphone se met parfois à sonner au milieu de la nuit. Lorsqu’elle décroche, Natalie n’entend que des bourdonnements inquiétants et des charabias incompréhensibles. De plus en plus perturbée, la jeune femme est bientôt hantée par les visions récurrentes d’un spectre féminin voilée de noir. Déjà pas simple, la situation se complique davantage lorsque son ex-petite amie Sasha (Ali Chappell) refait surface.

Appel manqué

Tout au long de ce film très court (moins d’une heure) au rythme lent et aux dialogues rares, Chris Alexander égrène les visions fantastiques délicieusement étranges, comme cette silhouette noire et macabre qui sort lentement de l’eau en tendant ses mains crispées, aux côtés d’un vieux rafiot abandonné. Les cauchemars récurrents de Natalie, eux, se teintent de filtres bleus et rouges ou d’effets de solarisation déformants. It Knows You’re Alone évoque plusieurs œuvres atypiques chez lesquelles Alexander puisa sans doute une partie de son inspiration, comme Les Démoniaques de Jean Rollin, Ni la mer ni le sable de Fred Burnley ou Carnival of Souls de Herk Harvey. Moyens limités obligent, le film est tourné au format vidéo. Le cinéaste étant un talentueux esthète, il en tire malgré tout parti pour capter de très élégants panoramas en plan large. Hélas, le rendu est souvent moins heureux sur les gros plans au grand angle. Le film souffre aussi du jeu pas toujours très convainquant des deux comédiennes, ainsi que d’une narration évasive qui s’achemine sur une conclusion un peu frustrante. Dans un registre voisin, nous aurions tendance à préférer le Necropolis: Legion que Chris Alexander signa deux ans plus tôt. Dommage, parce que cette histoire de téléphone hanté possédait un potentiel très prometteur.

 

© Gilles Penso

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L’APPRENTI SORCIER (2010)

Nicolas Cage joue les vieux magiciens dans cette improbable relecture du plus fameux des segments de Fantasia

THE SORCERER’S APPRENTICE

 

2010 – USA

 

Réalisé par John Turtlebaub

 

Avec Nicolas Cage, Jay Baruchel, Alfred Molina, Teresa Palmer, Toby Kebbell, Omar Benson Miller, Monica Bellucci, Alice Krige, Robert Capron, Ian McShane

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Tout commence par une idée de Nicolas Cage. Fasciné par les pouvoirs magiques et les univers ésotériques, l’acteur le plus exubérant de sa génération rêve d’incarner un sorcier moderne. À la suite d’une discussion avec le producteur Todd Garner germe alors le projet d’adapter sous forme d’un long-métrage contemporain le célèbre segment musical de Fantasia dans lequel Mickey anime maladroitement des balais pour faire le ménage. Disney valide officiellement le projet en 2007. La réalisation échoit à Jon Turteltaub, déjà complice de Cage sur Benjamin Gates. Pour bien faire comprendre ses origines, le film tient à multiplier les clins d’œil directs à son illustre modèle. Le morceau symphonique de Paul Dukas, « L’Apprenti Sorcier », résonne donc dans une séquence humoristique où le héros tente de nettoyer son laboratoire en animant des balais, avec les mêmes conséquences désastreuses qu’en 1940. Plus loin, une apparition du chapeau de Mickey dans une scène post-générique est destinée aux spectateurs les plus patients. C’est amusant, certes, mais il ne nous faut pas longtemps pour comprendre que l’élégance et la poésie ne seront pas au programme. Car cet Apprenti sorcier est un blockbuster tapageur qui cumule tous les tics inhérents aux productions Jerry Bruckheimer.

L’histoire démarre en 740 après J.-C., en Angleterre. Merlin l’Enchanteur y transmet son savoir à trois disciples : Balthazar (Nicolas Cage), Horvath (Alfred Molina) et Veronica (Monica Bellucci). Mais Horvath trahit son maître en rejoignant la diabolique Morgane (Alice Krige). Celle-ci tue alors Merlin et tente de lever une armée de morts. Pour l’en empêcher, Veronica se sacrifie et laisse son esprit fusionner avec celui de Morgane. Balthazar les enferme alors dans une poupée gigogne magique en attendant de trouver l’héritier du grand enchanteur. Avant de mourir, Merlin lègue à Balthazar une bague argentée en forme de dragon, destinée au futur élu, celui qui sera « le premier Merlinien ». Et voilà Balthazar parti en quête de ce jeune sorcier pendant des siècles. Jusqu’aux années 2000, où il croise le chemin d’un jeune New-Yorkais nommé Dave Stutler (Jay Baruchel). Lors d’une sortie scolaire, Dave entre dans un étrange magasin d’antiquités, y rencontre Balthazar et, sans le vouloir, libère Horvath de sa prison magique. La bague dragon reconnaît le garçon et s’enroule autour de son doigt. Pas de doute : c’est lui, l’élu.

Allez, du balai !

Dès ses premières minutes, L’Apprenti sorcier expose son principal défaut : une balourdise générale qui contamine l’ensemble du film. Le scénario est archétypal, les dialogues sans finesse, la mise en scène tape à l’œil, la musique envahissante. Nicolas Cage, en imperméable de cuir et cheveux en bataille, cabotine avec un plaisir manifeste, mais son petit numéro nous lasse rapidement. Jay Baruchel, de son côté, est censé permettre aux jeunes spectateurs de s’identifier. Peine perdue, tant il cumule les tics du geek hollywoodien sans y insuffler la moindre originalité. Alors certes, le spectacle est au rendez-vous : une statue de taureau prend vie et charge dans les rues, un dragon géant surgit d’un défilé chinois à Chinatown en crachant des flammes et en détruisant un immeuble avant de mourir dans un brasier purificateur, Balthazar chevauche un aigle métallique en pleine ville… Les scènes d’action s’enchaînent sans perte de rythme. Mais ce tempo infernal ressemble surtout à une volonté d’annihiler les sens des spectateurs pour les enivrer d’effets numériques et les gorger de « sucreries visuelles ». Les clins d’œil à la culture populaire, assénés à grands coups de maillets, n’arrangent rien. Les plus édifiants ? La reprise de la réplique « ce ne sont pas les droïdes que vous cherchez » empruntée à La Guerre des étoiles ou la récupération de la statuette sur le socle façon Les Aventuriers de l’arche perdue. Nous aurions sincèrement aimé que la magie du film fonctionne vraiment, mais il n’y a hélas pas grand-chose à sauver de cet Apprenti sorcier. Reste à revoir Mickey et ses balais dans Fantasia pour se consoler un peu.

 

© Gilles Penso

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THE GINGERWEED MAN (2021)

Le petit monstre absurde né dans la franchise Evil Bong a droit à son propre film et affronte un improbable super-vilain encapuchonné…

THE GINGERWEED MAN

 

2021 – USA

 

Réalisé par Brooks Davis

 

Avec Eli Jane, Roy Abramsohn, Kelly Bunasawa, Kali Cook, Luis Fernadez-Gil, Andrea Fischer, Nihilist Gelo, Ben Jurand, Naiia Lajoie, Alan Maxson, Paige Phillips

 

THEMA PETITS MONSTRES I SAGA CHARLES BAND

Apparu pour la première fois dans Evil Bong 666, en 2017, et devenu depuis personnage récurrent de la longue « saga » consacrée à la fumette diabolique, le Gingerweed Man est l’archétype des créatures favorites du producteur Charles Band : un petit monstre turbulent et lubrique qui peut surgir d’un film à l’autre et être facilement exploité sous forme de produits dérivés. Après avoir poursuivi ses frasques dans Evil Bong 777, notre cannabis ambulant finit par avoir droit à son propre film, une sorte de spin-off improbable qui ne présente aucun lien direct avec les films précédents. Charles Band cède d’ailleurs le fauteuil du metteur en scène à Brooks Davis, assistant réalisateur d’un bon paquet de films Full Moon qui fait ici son baptême derrière la caméra. Si aucun membre du casting des Evil Bong n’est convoqué, quelques piliers artistiques de la saga reprennent du service, notamment le scénariste Kent Roudebush, le créateur des effets spéciaux Tom Devlin et le directeur de la photographie Howard Wexler. Dès l’entame, le format Cinémascope, la photographie stylisée, la réalisation nerveuse et la musique dynamique de Jojo Draven (sous l’influence manifeste de Richard Band) sont de bon augure. Nous sommes loin de l’esthétique sitcom des Evil Bong.

Tout commence lorsqu’un scientifique exalté (Roy Abramsohn) se lance dans la fabrication d’une étrange petite créature à partir de divers ingrédients – majoritairement de la marijuana – pour le compte d’une obscure multinationale, la FU Tech. Alors qu’il décide de garder son invention pour lui, une chasseuse de prime (Eli Jane) débarque dans le laboratoire, lui tire dessus et réclame le fruit de ses expériences. Blessé, notre homme prend la fuite. Si cette entrée en matière semble déjà partir dans tous les sens, que dire du reste ? Car nous découvrons ensuite la vie quotidienne du Gingerweed Man, qui a monté avec son associée Barbara (Naiia Lajoie) le service de livraison de cannabis le plus réputé de la ville. Malgré les excès du petit bonhomme vert – qui ramène un tas de filles nues chez lui et a tendance à consommer lui-même le matériel qu’il est censé vendre -, la petite affaire marche bien. Mais lors d’une de ses livraisons, « Gingy » tombe nez à nez avec le scientifique du prologue, qui lui confie avant de mourir sa création. Il s’agit de Buddy, une sorte de bébé Gingerweed Man qui ne doit surtout pas tomber entre de mauvaises mains…

Les aventures de l’homme-canabis

Le film regorge de clins d’œil et de gags se référant non seulement aux autres productions Full Moon mais aussi à tout un pan du cinéma fantastique populaire. L’entame nous annonce d’emblée que le programme est présenté en THC 420 (allusion rigolarde au cannabis, parodie du logo THX à l’appui). Plus tard, nous aurons droit à un code numérique à la Matrix qui défile sur un écran, à un ordinateur étiqueté X-CALIBR8 (comme dans Le Maître du jeu), à des extraits de Femalien Cosmic Crush, à un T-shirt Danger Diabolik ou à l’intervention en guest star de la poupée africaine Ooga Booga. De nouveaux personnages improbables viennent se joindre à la fête, comme la reine de Weed Heaven (Paige Phillips) qui surgit d’un bong comme un génie de la lampe, ou un super-vilain encapuchonné (Alan Maxson) qui vend des femmes aux enchères. Tout ce délire masque mal l’intrigue filiforme de ce film finalement très anecdotique, au cours duquel le Gingerweed Man devient un véritable personnage de cartoon pour adultes, se soulageant aux toilettes (avec force flatulences), se prélassant dans un bain moussant, effectuant ses livraisons sur un petit scooter à sa taille, se muant même en émule du loup de Tex Avery lorsqu’une femme se déshabille devant lui. L’animation du personnage reste sommaire, entravée par une incrustation approximative de sa bouche pour les dialogues et par l’usage de fils souvent très visibles pour agiter ses bras. Bon enfant, très court (moins d’une heure), The Gingerweed Man s’achève sur une scène post-générique qui révèle l’identité absurde du grand méchant.

 

© Gilles Penso

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LES AVENTURES EXTRAORDINAIRES D’ADÈLE BLANC-SEC (2010)

Luc Besson s’empare de l’héroïne créée par Tardi, lui donne le visage de Louise Bourgoin et la fait cohabiter avec des momies et un ptérodactyle…

LES AVENTURES EXTRAORDINAIRES D’ADÈLE BLANC-SEC

 

2010 – FRANCE

 

Réalisé par Luc Besson

 

Avec Louise Bourgoin, Mathieu Amalric, Gilles Lellouche, Jean-Paul Rouve, Jacky Nercessian, Philippe Nahon, Nicolas Giraud, Laure de Clermont-Tonnerre

 

THEMA DINOSAURES I MOMIES I SAGA LUC BESSON

En 1976, les lecteurs du quotidien Sud-Ouest découvrent une héroïne de bande dessinée pas comme les autres : Adèle Blanc-Sec. Créée par Jacques Tardi et éditée plus tard par Casterman, cette BD mêle allègrement le fantastique, l’humour noir et la critique sociale. Luc Besson découvre cet univers à l’adolescence, lorsqu’un album lui est offert par son père. Mais ce n’est qu’au tournant des années 2000 que le réalisateur envisage une adaptation sur grand écran. Son premier réflexe est de contacter Jacques Tardi. Mais le timing n’est pas bon, puisque l’auteur est déjà lié à un autre projet cinématographique. Quelques années passent, Besson revient à la charge. Entre-temps, le film concurrent a été annulé et Tardi, lassé, ne veut plus rien entendre. Commence alors une longue phase de séduction, au cours de laquelle le réalisateur multiplie les rencontres pour gagner sa confiance. Au bout de six ans, l’auteur finit par céder et accorde carte blanche à Besson. Pour bâtir son scénario, ce dernier puise dans deux des quatre premiers albums de la série : Adèle et la Bête (1976) et Momies en folie (1978). Avec un budget conséquent de trente millions d’euros, Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec devient l’un des projets phares de Besson, qui parvient à convaincre Tardi et sa famille d’y faire une petite apparition sous forme de clin d’œil.

À Paris, à la fin de l’année 1911, l’excentrique professeur Espérandieu (Jacky Nercessian) mène des expériences de télékinésie et de télépathie qui réveillent un œuf de ptérosaure vieux de 135 millions d’années au Muséum national d’histoire naturelle. La créature s’échappe et tue accidentellement un ancien préfet, qui partageait du bon temps dans un fiacre avec une danseuse du Moulin Rouge. Les témoignages d’apparitions du monstre se multiplient et font les choux gras de la presse, provoquant l’inquiétude publique. Le président de la République confie alors l’affaire à la Police nationale, qui échoit à l’inspecteur Albert Caponi (Gilles Lellouche). Dépassé, ce dernier finit par faire appel à un chasseur de fauves réputé, Justin de Saint-Hubert (Jean-Paul Rouve). Pendant ce temps, Adèle Blanc-Sec (Louis Bourgoin), célèbre journaliste et écrivaine de voyage, trouve en Égypte la momie du médecin du pharaon Ramsès II, Patmosis. Elle veut le ramener à la vie grâce à Espérandieu pour qu’il soigne sa sœur Agathe (Laure de Clermont-Tonnerre), plongée dans le coma après un malheureux accident de tennis où une épingle à chapeau s’est plantée dans son front. Mais avant de parvenir à ses fins, Adèle va avoir affaire au ptérodactyle capricieux…

La vie d’Adèle

Il est difficile de ne pas sentir l’influence du Fabuleux destin d’Amélie Poulain dans ces Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec. Non seulement le titre du film y fait écho, mais la voix off du narrateur emprunte un style poétique et malicieux qui s’attarde sur les détails du quotidien et les caprices du destin, comme chez Jean-Pierre Jeunet. Le caractère rétro et romanesque de l’intrigue induit ainsi presque machinalement une imagerie de carte postale sépia inspirée des pérégrinations d’Audrey Tautou. Mais Luc Besson lui-même semble incertain vis-à-vis de cette référence, puisqu’il abandonne le procédé de la voix off en cours de route pour aller chercher d’autres références. La visite du tombeau égyptien, par exemple, paie son tribut à Indiana Jones – et aussi, par ricochet, au final du Cinquième élément. Il faut reconnaître les indiscutables qualités esthétiques du film : un Paris des années 1910 somptueusement reconstitué, des décors et des costumes fidèles aux planches de Tardi, et en prime un très beau ptérodactyle conçu par l’équipe de Buf. La séquence où la bête sort de son œuf et s’envole au milieu des squelettes de mastodontes est un vrai moment de grâce. En revanche, les momies numériques, principalement utilisées comme ressort comique, sont moins convaincantes. Et c’est là que le bât blesse : l’humour du film manque singulièrement de finesse, culminant dans la scène interminable des déguisements successifs d’Adèle pour libérer le professeur. Du coup, le casting prestigieux verse dans la caricature : Gilles Lellouche campe un émule bedonnant de Dupond et Dupont, Jean-Paul Rouve un chasseur pédant, Mathieu Amalric un vilain hideux. Louise Bourgoin elle-même ne semble pas posséder le potentiel comique nécessaire au rôle, campant une héroïne hautaine et antipathique à laquelle il est bien difficile de s’identifier. Sylvie Testud, initialement pressentie, aurait sans doute été plus à son aise sous le chapeau d’Adèle. Disons donc que nous avons affaire là à une demie-réussite. C’est toujours ça de pris…

 

© Gilles Penso

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LE SEIGNEUR DU MONDE PERDU (2005)

Les trublions de The Asylum tentent un mixage entre Le Monde perdu, Lost et King Kong… Le résultat est évidemment catastrophique !

KING OF THE LOST WORLD

 

2005 – USA

 

Réalisé par Leigh Scott

 

Avec Bruce Boxleitner, Jeff Denton, Rhett Giles, Sarah Lieving, Christina Rosenberg, Steve Railsback, Chriss Anglin

 

THEMA SINGES I DINOSAURES I ARAIGNÉES I INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Annoncé fièrement comme une nouvelle adaptation du Monde perdu d’Arthur Conan Doyle, King of the Lost World ressemble surtout à un mixage opportuniste de la série Lost et du King Kong de Peter Jackson. Le roman original ne contient évidemment ni catastrophe aérienne ni gorille géant. D’où ce titre original patchwork qui mélange joyeusement les trois influences, fruit du travail des rois du marketing de la compagnie de production The Asylum, dont le mot d’ordre est la copie systématique de tous les grands succès du moment, malgré des budgets ridicules. Le Seigneur du monde perdu débute par le crash d’un avion sur une île tropicale. Les survivants découvrent rapidement que l’endroit grouille de créatures étranges : une araignée géante attaque le groupe, un monstre invisible emporte un des leurs dans les airs et un cadavre de dinosaure git non loin. Les personnages cumulent les clichés caricaturaux sans la moindre retenue : le baroudeur qui n’a pas froid aux yeux et a visité toutes les jungles du monde, le type louche qui ne quitte jamais sa mallette, l’hôtesse de l’air un brin écervelée, la jeune femme entreprenante et courageuse…

Notre petit groupe trouve refuge dans une grotte, où des scorpions géants leur font passer un mauvais quart d’heure. Capturés par des indigènes blancs aux maquillages évasifs (des têtes de mort d’Halloween), ils sont conduits dans un village où se prépare un sacrifice : deux femmes sont droguées, deux hommes attachés. Surgit alors une volée de reptiles volants – qui ont plus des allures de dragons que de ptérodactyles – emportant l’un d’eux. Enfin apparaît le fameux gorille géant, amorçant un combat confus. Car si les ambitions du film semblent sans limites, les images de synthèses sollicitées pour mettre en scène le bestiaire du scénario (conçues à bas prix par la société Image Engine) n’ont aucun réalisme, s’efforçant de dissimuler leurs approximations par le dynamisme du montage, la nervosité de l’animation et l’abus d’effets de flous de mouvement.

Atomic climax

Les scènes incongrues abondent alors, comme la bataille apathique contre une femme indigène dans l’épave de l’avion ou l’escadrille de chasseurs qui surgit soudain et bombarde le gorille géant. Le seul rapport avec le roman, c’est finalement le nom Challenger que porte l’un des personnages. Pour le reste, le pauvre Conan Doyle ne méritait pas tant d’outrages. Au cours d’un climax parfaitement absurde, les explorateurs font carrément sauter une bombe atomique dans la carcasse d’avion qu’empoignait le gorille, en plein combat contre les reptiles volants. Après l’explosion gigantesque qui s’ensuit, inspirée manifestement de celle du déjà gratiné Roi Dinosaure de Bert I. Gordon, les trois survivants s’auto-congratulent joyeusement. Bref, c’est du grand n’importe quoi. Les acteurs jouent comme des savates, il n’y a pas de rythme, les effets spéciaux sont aux fraises, l’histoire n’a ni queue ni tête… Encore un mockbuster parfaitement dispensable signé The Asylum.

 

© Gilles Penso

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THE POUGHKEEPSIE TAPES (2007)

Dans ce faux documentaire perturbant, des agents du FBI exhument les centaines de cassettes vidéo enregistrées par un tueur psychopathe…

THE POUGHKEEPSIE TAPES

 

2007 – USA

 

Réalisé par John Erick Dowdle

 

Avec Stacy Chbosky, Ben Messmer, Samantha Robson, Ivar Brogger, Lou George, Amy Lyndon, Michael Lawson, Ron Harper, Kim Kenny, Iris Bahr, Linda Bisesti

 

THEMA TUEURS

Nous sommes en 2007, époque où le « found footage » est en train d’atteindre les sommets de sa popularité. Après quelques longs-métrages pionniers en la matière tels que Cannibal Holocaust, C’est arrivé près de chez vous ou Le Projet Blair Witch, trois œuvres déterminantes vont asseoir le genre et en faire le nouveau chouchou des producteurs (ça ne coûte pas cher et ça peut rapporter gros) : Diary of the Dead, [Rec] et Paranormal Activity. C’est exactement à la même période que John Erick Dowdle tourne The Poughkeepsie Tapes, preuve que tous ces films n’ont pas eu le temps matériel de s’influencer les uns les autres et que les bonnes idées flottent souvent dans les airs en même temps. Co-écrit par John Erick Dowdle et son frère Drew, The Poughkeepsie Tapes part d’une idée plutôt triviale. « Nous cherchions un moyen de réaliser un film à petit budget qui donne l’impression d’avoir coûté plus cher », explique simplement le réalisateur. « Nous pensions que l’idéal serait de faire quelque chose qui combine des aspects vidéo et cinématographiques. Alors que nous étions en train de réfléchir, j’ai dit : “Et si on faisait un faux documentaire sur les vidéos amateurs d’un tueur en série ?” Et Drew a répondu : “On y va !” Avant ce film, nous étions plutôt dans l’humour, et nous ne savions pas vraiment si nous serions à l’aise avec l’horreur. Mais Drew m’a dit : “Laisse tout tomber, écris le scénario et je m’occupe de réunir les fonds.” Six mois plus tard, le film était entièrement tourné. » (1)

Réalisé pour un budget modeste de 450 000 dollars, The Poughkeepsie Tapes prend donc les allures d’un documentaire entremêlant les témoignages d’enquêteurs, de témoins, de proches des victimes, de juristes, de fausses actualités d’époque, de reconstitutions, d’infographies, d’images d’archive et bien sûr d’extraits de ces fameuses cassettes VHS au contenu perturbant. Le postulat du film est le suivant : en faisant une descente dans une maison de Poughkeepsie, dans l’État de New York, des policiers découvrent plus de 800 cassettes vidéo réalisées par un tueur en série insaisissable connu sous le surnom du « Boucher de Walter Street ». Ces films amateur détaillent tous ses méfaits : meurtres, tortures psychologiques et physiques, mutilations… Malgré l’importance des preuves, le psychopathe prend soin de ne jamais apparaître à l’image sans être complètement déguisé, ce qui conduit la police et les forces de l’ordre à ouvrir une enquête sur sa localisation et celle de ses victimes. Du côté des psychologues, on se perd en conjectures, car cet assassin ne correspond à aucun profil, ou plutôt semble cumuler des centaines de caractéristiques psychologiques contradictoires. Qui est-il ? Comment le retrouver ? Et surtout, combien de cadavres va-t-il encore laisser dans son sanglant sillage ?

« True Crime »

Le scénario est malin, parce que The Poughkeepsie Tapes ne se contente pas d’aligner les images vidéo tremblantes au cours desquelles le tueur, en vue subjective, fait subir maints outrages à ses proies. Certes, ces éléments restent le cœur du film et constituent sans conteste ses passages les plus marquants, notamment les tourments d’une jeune femme qui est littéralement réduite en esclavage. Mais pour éviter que l’exercice devienne répétitif, Dowdle transforme son intrigue en véritable enquête policière riche en rebondissements et en surprises. Dans le rôle de Cheryl Dempsey, la victime sur laquelle s’attarde plus particulièrement le récit, Stacy Chbosky, la femme du réalisateur, est bouleversante et porte une grande partie de l’impact du film sur ses épaules, notamment lors du final redoutablement nihiliste. The Poughkeepsie Tapes doit sa réputation trouble autant à son contenu dérangeant qu’aux errements de son exploitation. Présenté avec succès au Tribeca Film Festival en 2007 comme une pure fiction, le film est ensuite projeté au Butt-Numb-A-Thon, cette fois vendu au public comme un véritable documentaire. Les spectateurs, conscients d’être manipulés, rejettent violemment la séance. MGM, qui avait acquis les droits de distribution, se retrouve avec un film déjà difficile à vendre et désormais encombré d’une mauvaise presse. Le studio retire donc le titre de son calendrier de sortie. Son exploitation vidéo est elle-même longtemps différée, mais un parfum d’interdit finit par assurer au film une seconde vie underground auprès des amateurs d’horreur réaliste. Après cette œuvre choc, tout le monde guettait les prochaines réalisations de John Erick Dowdle, mais il faut croire que c’était l’homme d’un film. Non pas que sa carrière se soit arrêtée là, mais on ne peut pas dire que l’embarrassant En Quarantaine ou l’anecdotique Devil soient à la hauteur des espoirs que nous placions sur lui. Il enchaînera avec Catacombes, No Escape et la série TV Joe Pickett.

 

(1) Extrait d’une interview publiée sur BlueCat Screenplay en janvier 2010

 

© Gilles Penso

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