BLUE HOLOCAUST (1979)

L’histoire glauque, malsaine et gore d’un jeune homme qui embaume le corps de sa défunte fiancée et bascule dans la folie meurtrière…

BUIO OMEGA

 

1979 – ITALIE

 

Réalisé par Joe d’Amato

 

Avec Kieran Canter, Cinzi Monreale, Franca Stoppi, Sam Modesto, Anna Cardini, Lucia D’Elia, Mario Pezzin, Walter Tribus, Klaus Rainer

 

THEMA TUEURS

Aristide Massacessi (plus connu sous son pseudonyme de Joe d’Amato) commença sa carrière au début des années 70 en tournant quelques westerns spaghetti modestes avant de se spécialiser dans l’érotisme. Après avoir affiché à sa filmographie une vingtaine de titres délicieux tels que Emmanuelle et Françoise, Black Emanuelle en Orient, Voluptueuse Laura, Les amours interdites d’une religieuse ou Le Gynécologue de ces dames (et oui !), il décida à la fin de cette décennie décomplexée de s’adonner à un autre genre alors très en vogue : l’horreur. Sa première incursion dans ce domaine portait encore les stigmates de sa spécialité première, puisqu’il s’agissait d’Emanuelle et les derniers cannibales, où le gore s’immisçait entre deux scènes de fesses. En 1980, il allait mixer une fois de plus les genres avec La Nuit fantastique des morts-vivants (connu aussi sous le titre de La Nuit érotique des morts-vivants). Mais en s’attaquant à Blue Holocaust, d’Amato souhaite mettre en scène un film d’horreur pur et dur, sans se départir bien sûr de son goût pour la provocation et pour sa propension à repousser les limites de ce qui est montrable sur un écran de cinéma (en ce sens, il ira très loin l’année suivante avec Anthropophagous, son « œuvre phare »).

Blue Holocaust s’appuie sur un scénario d’Ottavio Fabbri lui-même tiré d’une histoire originale de Giacomo Guerrini. Anna (Cinzi Monreale), la fiancée chérie de Francesco (Kieran Canter), est à l’hôpital et va mourir. Francesco ne peut admettre que ce corps tant aimé puisse être enterré et perdu à jamais. Après avoir subrepticement injecté dans le corps d’Anna un sérum pour sa conservation, il va, le soir même de l’enterrement, déterrer le cadavre pour le ramener chez lui et l’embaumer. Dès lors, il installe dans son lit ce corps inanimé pour qui il perd complètement la tête. Ne sachant plus à quel sein se vouer, notre homme trouve refuge dans le corsage de la gouvernante (Franca Stoppi) qui l’a élevé depuis qu’il est enfant et avec qui il entretient d’étranges rapports à la lisière de l’inceste. Puis il bascule dans la folie meurtrière, assassinant toutes les jeunes femmes qui auront la faiblesse de lui céder avant de découper méthodiquement leur cadavre et d’en dissoudre les morceaux dans une baignoire pleine d’acide…

À gore et à travers

Plutôt qu’exploiter pleinement le potentiel de cette histoire trouble, d’Amato s’en sert simplement de fil conducteur pour relier entre elles chacune des scènes d’horreur. On sent bien que le cinéaste n’attache que peu d’importance à la rigueur narrative, quitte à multiplier les invraisemblances. Ainsi, alors que Francesco trimballe dans sa camionnette le cadavre de sa dulcinée pour l’embaumer, il commet l’erreur de prendre une auto-stoppeuse. Au lieu d’essayer de s’en débarrasser au plus tôt, il la laisse endormie dans son garage, enlève le cadavre sous son nez et commence tranquillement l’embaumement. Après avoir vidé les viscères d’Anna (images chirurgicales intercalées à l’appui), Francesco replace les yeux préalablement énucléés sur le visage de l’actrice (ses paupières closes ont été peinturlurées en noir pour simuler des orbites vides). Quant à la longue cicatrice que Francesco a faite sur le corps d’Anna, elle apparaît et disparaît au bon gré du montage. Lorsqu’enfin l’auto-stoppeuse (que tout le monde avait oublié) se réveille et comprend à qui elle a affaire, la voilà qui demande au dément de lui ouvrir la porte, plutôt qu’essayer de s’enfuir. Las d’être dérangé en plein travail (on le comprend), Francesco lui arrache les ongles, sur lesquels les gros plans deviennent subitement flous, comme si le cadreur perdait la maîtrise de son focus. Une autre victime, dont la gorge a été arrachée, trouve encore le moyen de gesticuler dans un four crématoire ! Tout le film est à l’avenant, assumant son laxisme et son mauvais goût sur le tempo entêtant d’une bande originale inventive signée par le groupe Goblin.

 

© Gilles Penso


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BIG BUG (2022)

Jean-Pierre Jeunet nous invite dans un monde futuriste burlesque où les robots se révoltent contre les humains…

BIG BUG

 

2022 – FRANCE

 

Réalisé par Jean-Pierre Jeunet

 

Avec Elsa Zylberstein, Isabelle Nanty, Stéphane De Groodt, Claude Perron, Youssef Hajdi, Claire Chust, François Levantal, Alban Lenoir

 

THEMA FUTUR I ROBOTS

Jean-Pierre Jeunet n’aime ni la facilité, ni les sentiers battus. C’est souvent une bénédiction pour les spectateurs friands de films secouant un peu leurs habitudes, mais le revers de la médaille est le parcours du combattant auquel doit régulièrement se livrer le réalisateur pour défendre des projets qui ont la fâcheuse habitude de n’entrer dans aucune case. Le triomphe du Fabuleux destin d’Amélie Poulain lui ouvrit naturellement toutes les portes, mais le monde du cinéma a la mémoire courte. Après les beaux scores d’Un long dimanche de fiançailles, il y eut l’accueil tiède de Micmacs à tire-larigot et celui glacial de L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet. Et revoilà notre golden boy redescendu de son piédestal. Ramené au simple rang de trublion gentiment excentrique, il n’est plus le bienvenu dans les hauts lieux de la production cinématographique française. Autant dire que lorsqu’il commence à faire circuler son projet de long-métrage suivant, une comédie de science-fiction exubérante située dans le futur, personne n’y prête la moindre attention. Après quatre ans de refus polis, Jean-Pierre Jeunet reçoit enfin une réponse positive de la part de Netflix. Big Bug ne sera donc pas distribué en salles mais diffusé directement sur la célèbre plateforme de streaming. Qu’à cela ne tienne. Le réalisateur pourra au moins bénéficier des moyens nécessaires à la concrétisation de son projet, co-écrit avec son fidèle comparse Guillaume Laurant, et jouira d’une pleine liberté artistique.

Le tournage de Big Bug n’est pourtant pas une simple affaire, dans la mesure où la pandémie du Covid frappe alors la planète de plein fouet, ce qui ne manque pas d’ironie puisque le film parle justement d’un confinement forcé. Installé avec son équipe dans des décors édifiés par Alice Bonetto sur les plateaux de Bry-sur-Marne, Jeunet nous transporte en l’an 2045. Ce monde, dans lequel l’intelligence artificielle et les robots font partie intégrante de la société, ressemble au futur tels qu’on l’imaginait dans les années 50 : lisse et coloré. La direction artistique s’éloigne donc des sepias si chers au réalisateur au profit d’une palette largement plus variée et saturée. L’intégralité du film se déroule à l’intérieur d’une maison équipée d’une technologie dernier cri où les robots domestiques, pour une raison inconnue, décident d’enfermer tous les occupants. La tension monte lentement mais sûrement dans ce microcosme réunissant une mère célibataire (Elsa Zylberstein) et sa fille (Marysole Fertard), son prétendant (Stéphane de Groodt) accompagné de son fils (Helie Thonnat), son ex-mari (Youssef Hadji) et sa future femme (Claire Chust) ainsi qu’une voisine envahissante (Isabelle Nanty).

Robopop

Même si cet environnement criard ne déborde pas de bon goût (ce qui est manifestement volontaire), la facture visuelle de Big Bug reste l’un de ses points forts. Ce rétro-futurisme pop n’a rien à voir avec celui de La Cité des enfants perdus, Alien la résurrection ou Delicatessen, preuve que Jeunet cherche à diversifier son approche visuelle de la science-fiction. Inscrit dans ce cadre exagérément rutilant, le postulat de Big Bug laisse espérer une farce vaudevillesque riche en rebondissements. Mais hélas, le scénario se contente de faire du sur-place, la situation n’évolue guère, le métrage s’étire artificiellement sur près de deux heures et les gags font rarement mouche. Le jeu outré des acteurs n’arrange pas les choses. Si Stéphane de Groodt et Isabelle Nanty assurent mollement le service minimum, Elsa Zylberstein et Claire Chust en font des tonnes et Youssef Hadji nous embarrasse avec son faux accent marseillais raté. Finalement, les mieux lotis restent les robots. Claude Perron, Alban Lenoir et François Levantal excellent dans les rôles respectifs de la ménagère mécanique, du coach sportif artificiel et du cyborg psychopathe aux faux airs de Robocop. A leurs côtés, il y a les merveilles mécaniques conçues par les rois des effets spéciaux Pascal Molina et Jean-Christophe Spadaccini : une tête d’Einstein montée sur pattes, un petit jouet blanc anthropomorphe et une sorte de chien télescopique à roulettes. Dommage que Big Bug ne parvienne pas à exploiter correctement son concept ni à s’offrir une satire pertinente de notre aliénation aux machines. L’initiative reste sympathique et originale, mais ce huis-clos théâtral et caricatural ne restera guère dans les mémoires.

 

© Gilles Penso

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SILENT RUNNING (1972)

Pour préserver les dernières parcelles de végétation de la Terre, des vaisseaux-serres sillonnent l’espace… mais jusqu’à quand ?

SILENT RUNNING

 

1972 – USA

 

Réalisé par Douglas Trumbull

 

Avec Bruce Dern, Cliff Potts, Ron Rifkin, Jesse Vint, Mark Persons, Steven Brown, Cheryl Sparks, Larry Whisenhunt, Joseph Campanella, Roy Engel

 

THEMA SPACE OPERA I FUTUR I ROBOTS

Douglas Trumbull s’est fait connaître en créant les effets visuels révolutionnaires de 2001 l’odyssée de l’espace et ceux du Mystère Andromède. Son travail est dès lors notoire dans le monde entier et lui ouvrira plus tard les portes d’autres productions de grande envergure sur lesquelles il pourra apposer sa patte magique, notamment Rencontres du troisième type, Blade Runner et Star Trek le film. Entretemps, Trumbull décide de montrer sa propre personnalité, souvent effacée derrière celle des cinéastes pour lesquels il œuvre. D’où l’envie de réaliser lui-même un long-métrage de science-fiction à contre-courant de ce qui se fait traditionnellement dans le genre. Ce sera Silent Running, une fable écologique futuriste dont le scénario est co-écrit par Deric Wahburn, Michael Cimino et Steven Bochco. Ces auteurs presque débutants seront promis à un très bel avenir (les deux premiers écriront Voyage au bout de l’enfer, le troisième créera les séries Hill Street Blues et New York Police Blues). Armé d’un très modeste budget de 1 300 000 dollars, Trumbull fait des merveilles, supervisant lui-même les effets spéciaux de son film avec l’aide de deux autres pointures dans le domaine, Richard Yuricich et John Dykstra. Cette conjonction de talents donne naissance à l’un des space opera les plus atypiques de son époque.

Le générique de SIlent Running nous fait voyager au cœur d’une nature en très gros plan : des fleurs, un escargot, une tortue, une grenouille, des lapins, quelques vestiges fragiles abrités dans un oasis artificiel. Toute végétation a disparu de la Terre depuis longtemps suite à une catastrophe nucléaire. Dans l’attente que l’atmosphère de la planète permette une renaissance de la flore, des espèces végétales ont été placées dans de grandes serres hémisphériques portées par des vaisseaux spatiaux. Le botaniste Freeman Lowell (Bruce Dern) a passé huit ans à bord du transporteur spatial Valley Forge, occupé quotidiennement à entretenir sous d’immenses dômes de précieux spécimens botaniques. D’emblée, le décalage est perceptible entre cet homme solitaire et ses trois compagnons de voyage, qui s’amusent comme des enfants irresponsables à faire la course dans des véhicules électrique qui endommagent les parterres de fleurs. Ils ne sont à bord du vaisseau que depuis huit mois, sont moins matures que lui, moins conscients de la portée presque sacrée de cette mission de préservation des dernières forêts du monde. Et puis soudain, l’ordre tombe : le projet est abandonné et chaque forêt doit être détruite avec des charges nucléaires. Les vaisseaux seront ensuite rapatriés pour servir des missions commerciales. Si ses compagnons jubilent à l’idée de pouvoir enfin rentrer chez eux, Lowell est profondément choqué par cette nouvelle. Passée la surprise, il prend la décision de désobéir.

La dernière forêt du monde

La situation est d’autant plus intéressante que les choix à opérer face à ce dilemme sont impossibles. Quels sont les sacrifices les plus acceptables ? Qui ou quoi faut-il prioritairement sauver ? L’amour de la nature doit-il automatiquement conduire à la misanthropie ? Le jeu de Bruce Dern (qui crevait déjà l’écran dans Pas de printemps pour Marnie, Chut chut chère Charlotte ou On achève bien les chevaux) s’adapte à merveille à ce cas de conscience complexe. Car son personnage semble illuminé, déconnecté de la réalité, tout entier consacré à cette dernière parcelle de nature avec laquelle il est entré en communion. Les autres êtres humains disparaissant bien vite de l’intrigue, Silent Running offre une réflexion amère sur la solitude, que notre héros trompe en prêtant une personnalité et une âme aux seuls compagnons qui lui restent, trois robots non antropomorphes nommés drones (bien avant que ce terme n’entre dans le langage courant technologique). En phase avec les préoccupations de son temps, le film de Douglas Trumbull se place dans le sillage du traumatisme encore récent de l’assassinat de Martin Luther King, auquel l’une des répliques de Bruce Dern fait une allusion directe (« Tu ne crois pas qu’il serait temps que quelqu’un ait un rêve à nouveau ? »). Le cinéaste pousse la singularité jusque dans ses choix artistiques. Pour mettre en musique son space opéra, il ne se tourne pas vers un John Williams ou un Jerry Goldsmith mais choisit le contre-courant : Peter Schickele, jusqu’alors spécialisé dans les compositions humoristiques et cartoonesques, auquel il associe la voix de la célèbre chanteuse Joan Baez. Les vocalises de « la reine du folk » retentissent une première fois lorsque Lowell apprend qu’il va devoir détruire le jardin qu’il préservait, puis accompagnent son isolement, et prennent leur dernier envol au cours d’un générique de fin déchirant.

 

© Gilles Penso

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FUTUR IMMÉDIAT – LOS ANGELES 1991 (1988)

Les extra-terrestres se sont installés parmi les humains et vivent comme une communauté à part… jusqu’à ce qu’une enquête policière bouleverse tout

ALIEN NATION

 

1988 – USA

 

Réalisé par Graham Baker

 

Avec James Caan, Mandy Patinkin, Terence Stamp, Kevin Major Howard, Leslie Bevis, Peter Jason

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Tous les grands studios reçoivent des tonnes de scénarios par semaine et doivent faire le tri pour y déceler des histoires au potentiel intéressant. Or vers la fin des années 80, un script atterrit chez 20th Century Fox et se distingue du lot : Alien Nation, signé par l’auteur Rockne S. O’Bannon, connu alors pour avoir écrit quelques épisodes d’Histoires fantastiques et de La Cinquième dimension. Cette surprenante enquête policière sur fond de populations immigrées extra-terrestres fait son petit effet et finit entre les mains de la productrice Gale Anne Hurd (Terminator, Aliens). Le film se met en chantier sur la base de cette histoire solide qui est officieusement retravaillée par James Cameron pour la muscler un peu. La mise en scène est confiée au réalisateur britannique Graham Baker, qui avait su mettre un point final à la trilogie La Malédiction avec un troisième épisode très honorable dans lequel Sam Neill incarnait l’antéchrist, puis avait enchaîné sur le thriller de science-fiction Pulsion homicide avec Tim Matheson et Meg Tilly. Baker allait plus tard se fourvoyer dans un Beowulf de sinistre mémoire avec Christophe Lambert, mais ceci est une autre histoire !

À travers son postulat, son approche hyperréaliste et son discours social, l’entame de Futur immédiat annonce par bien des aspects le District 9 de Neil Blomkamp. Nous y apprenons qu’un gigantesque vaisseau spatial transportant les esclaves d’une race extra-terrestre s’est échoué aux États-Unis à la fin des années 80. Depuis, ces 250 000 « arrivants » – qu’un argot péjoratif qualifie de « Crads » – vivent dans des quartiers défavorisés un peu en marge de la société. Si leur aspect physique ne les distingue pas beaucoup des humains, à part un crâne écailleux et des traits légèrement reptiliens, leur anatomie s’en éloigne sensiblement. Ils possèdent deux cœurs, peuvent respirer le méthane, ont une capacité d’apprentissage extrêmement rapide, craignent l’eau de mer, ne mangent que des aliments crus et se saoulent au lait tourné. Dans ce futur proche – où les cinémas affichent Rambo 6 ! -, le flic dur à cuire Matt Sykes enquête sur la mort de son coéquipier suite à un braquage qui a mal tourné dans le ghetto de « Cradville ». Pour résoudre l’affaire, il fait équipe à contrecœur avec le premier inspecteur de police extra-terrestre, Sam Francisco (de son vrai nom Ss’tangya T’ssorentsa).

 

Alien Connection

Futur immédiat respecte donc scrupuleusement tous les codes du buddy movie policier – les coéquipiers qui n’ont rien en commun et finissent par s’apprécier, les fusillades, les poursuites de voiture, le trafic de drogue – mais sous un angle totalement inédit induit par son angle science-fictionnel. Car ici, le polar musclé se double d’une belle parabole sur le racisme et l’intolérance. Futur immédiat décline ainsi des thématiques qu’abordait Wolfgang Petersen à travers l’imagerie du film de guerre dans Enemy. James Caan excelle en policier bourru qui assume son étroitesse d’esprit et son sectarisme (« j’aime mes horizons étroits » dit-il à une danseuse extra-terrestre qui cherche à la séduire), tout comme Mandy Patinkin, parfait dans le double registre de l’humilité réservée et de la colère réfrénée. Le duo converge vers un notable alien qu’incarne brièvement mais avec intensité l’impérial Terence Stamp. Discrets mais extrêmement minutieux, les maquillages spéciaux sont confiés à une batterie d’artistes talentueux comme Alec Gillis, Shane Mahan, John Rosengrant, Tom Woodruff Jr. et Shannon Shea, sous l’égide du vétéran Stan Winston. Il est intéressant de noter que la bande originale fut d’abord composée par Jerry Goldsmith. Mais son travail synthétique – il est vrai assez expérimental – déplut à la production qui lui préféra la partition plus traditionnelle de Curt Sobel. Futur immédiat eut suffisamment d’impact pour générer une petite franchise : une série télévisée en 1989, cinq téléfilms, plusieurs romans et même une collection de bandes dessinées.

 

© Gilles Penso


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CARD PLAYER (2003)

Dario Argento s’intéresse à un tueur psychopathe qui défie la police avec des parties de poker en ligne à l’issue sanglante…

IL CARTAIO / THE CARD PLAYER

 

2003 – ITALIE

 

Réalisé par Dario Argento

 

Avec Stefania Rocca, Liam Cunningham, Silvio Muccino, Adalberto Maria Merli, Fiore Argento, Cosimo Fusco, Mia Benedetta, Giovanni Visentin

 

THEMA TUEURS I SAGA DARIO ARGENTO

L’idée originale de Card Player était de produire une suite du Syndrome de Stendhal dans laquelle Asia Argento reprendrait le rôle de l’inspecteur de police Anna Manni. Mais la fille de Dario passe son tour et le cinéaste doit revoir sa copie. Avec l’aide du scénariste Franco Ferrini (son complice sur Phenomena, Deux yeux maléfiques, Le Sang des innocents et justement Le Syndrome de Stendhal), il crée donc un autre personnage qui pourrait quasiment être son clone. Il s’agit en effet d’une autre femme flic qui sévit à Rome et porte un nom quasiment identique, Anna Mari. Pour succéder à sa fille Asia, Dario Argento choisit Stefania Rocca, vue notamment dans Le Talentueux Monsieur Ripley. Tourner dans la capitale italienne permet au réalisateur de renouer avec ses premières amours, puisque c’est là qu’il filma plus de trente ans plus tôt son long-métrage L’Oiseau au plumage de cristal. Pour autant, malgré la présence d’un tueur en série s’en prenant à de jolies femmes, maniant l’arme blanche et portant des gants noirs, nous sommes loin des codes habituels du giallo. Card Player s’efforce en effet de mêler l’horreur et le polar tout en intégrant un élément de modernité surprenant, en l’occurrence les jeux de carte en ligne.

Le film s’intéresse donc à un serial killer passablement dérangé qui se fait appeler « the card player », autrement dit « le joueur de cartes ». Son crédo est le kidnapping de jeunes femmes à Rome, qu’il endort à l’aide d’une injection de produit somnifère puis séquestre dans son repaire. À l’aide d’une webcam, le tueur défie la police en la forçant à jouer des parties de poker sur Internet. Le chef de la police (Adalberto Maria Merli) refuse catégoriquement d’entrer dans le jeu de l’assassin. Aussitôt, celui-ci égorge sa captive en direct, face à leurs yeux ébahis. La victime étant une touriste anglaise, le policier britannique John Brennan (Liam Cunningham, interprète du Davos Seaworth de Game of Thrones) est chargé de l’affaire et fait rapidement équipe avec Anna Mari. Pour éviter d’autres bains de sang, ils acceptent les parties de poker contre l’assassin, mais celui-ci gagne systématiquement et chacune de ses prisonnières en fait les frais. Le duo de flics recrute alors un jeune prodige des jeux de carte pour affronter le tueur, tout en menant l’enquête pour retrouver sa trace…

Cartes sur table

L’enquête policière qui sous-tend l’intrigue de Card Player est plutôt bien menée, en grande partie grâce à l’alchimie intéressante que donne la réunion à l’écran de Stefania Rocca et Liam Cunningham. Tous deux incarnent avec conviction ces policiers fragilisés s’appuyant un peu malgré eux l’un sur l’autre. Mais Argento capte ce récit sans y apposer de véritable patte, se conformant à l’imagerie classique d’une série policière urbaine et ne profitant qu’à peine du potentiel photogénique de Rome. Le relatif anonymat de cette mise en scène se brise tout de même par instant, notamment grâce à l’étrange bande originale électronique de Claudio Simonetti, les effets spéciaux de Sergio Stivaletti exposant en gros plan des cadavres particulièrement impressionnants, deux ou trois meurtres inventifs ou encore une poignée d’idées audacieuses. Parmi celles-ci, il y a ce reflet furtif du tueur caché dans les buissons qui apparaît sur les parois d’un cendrier, ou encore ce bruit inexpliqué qui retentit sur l’enregistrement audio des cris d’une victime et permettra des réorienter l’enquête (un élément qui évoque L’Oiseau au plumage de cristal). Mais ces tentatives restent isolées, comme juxtaposées un peu artificiellement sur un film par ailleurs relativement réaliste. Tout culmine hélas vers un climax parfaitement absurde qui ruine le château de cartes bâti par Argento et nous laisse sur une impression frustrante d’occasion manquée.

 

© Gilles Penso

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SAW 6 (2009)

Un sixième épisode fidèle à une recette savamment éprouvée, dont l’intérêt majeur réside finalement dans la douce sonorité de son titre…

SAW VI

 

2009 – USA

 

Réalisé par Kevin Greutert

 

Avec Tobin Bell, Costas Mandylor, Mark Rolston, Betsy Russell, Shawnee Smith, Peter Outerbridge, Athena Karkanis, Samantha Lemole, Tanedra Howard

 

THEMA TUEURS I SAGA SAW

Comme toujours, tout commence par la désormais traditionnelle séquence du premier piège sadique dans lequel deux personnes inconnues se retrouvent enfermées et obligées d’effectuer un choix impensable, qu’on pourrait ici résumer en ces termes : sacrifiez de la chair ou mourrez trépanés. Nos deux victimes sont des banquiers qui prêtent de l’argent contre intérêt, donc des méchants qui méritent leur triste sort selon la philosophie de Jigsaw. Inspiré par un passage du « Marchand de Venise » de William Shakespeare et déjà décliné dans Seven (pour illustrer le péché d’avarice), ce dilemme bascule bien sûr dans le gore le plus outrancier. Ça saigne, ça hurle, ça gicle, ça tranche et ça coupe, le tout dans l’hystérie la plus totale. Pas de doute, nous sommes bien au rayon charcuterie. Quel dommage que les Américains ne puissent profiter du prodigieux jeu de mot que constitue le titre de ce Saw 6 ! La campagne marketing française tentait bien de contourner le problème en appelant le film Saw chapitre 6, mais rien n’y fit : pour tous les joyeux drilles que nous sommes, ce sixième épisode fleure bon la saucisse. Écrit en même temps que Saw 4 et Saw 5 par le duo Patrick Melton et Marcus Dunstan, cet énième opus marque les premiers pas de réalisateur de Kevin Greutert, monteur des cinq films précédents. Prudent, Greutert ne cherche pas à révolutionner les choses, respectant sagement les codes visuels établis avant lui par Darren Lynn Bousman et David Hackl.

Attention aux spoils pour ceux qui auraient quelques épisodes de retard. Pour les autres, voici où nous en sommes : l’agent spécial Peter Strahm est mort, aplati comme une crêpe, sous les yeux du détective Mark Hoffman qui devient dès lors le légataire de l’héritage de Jigsaw, alias John Kramer, le fameux tueur friand d’énigmes qui mène tout le monde en bateau même de manière posthume. Alors qu’Hoffman prépare un tout nouveau jeu macabre bourré de pièges insensés, de mécanismes complexes et de messages mystérieux, le FBI commence dangereusement à se rapprocher de lui en collectant des indices qui pourraient le compromettre. Quant à Ellie, la veuve de Jigsaw, elle hérite d’une boîte emplie d’enveloppes numérotées. Elle les confie un peu à contrecœur à Hoffman pour qu’il puisse alimenter sa partie sanglante. Mais comme toujours, rien n’est vraiment ce qu’il paraît et tout se dénouera autour d’un climax remettant les pièces du puzzle dans l’ordre…

Vous reprendrez bien un peu de saucisse ?

Pour une franchise qui mise tout sur la surprise, il est étonnant de constater à quel point Saw 6 (rires) entre sagement dans le rang, refusant le moindre risque pour se conformer aux mêmes mécaniques que les épisodes précédents. Nous voilà donc plongés une fois de plus dans un grand jeu de piste mortel truffé de choix cornéliens. Incapable de tenir en place – à la manière d’un enfant qui serait hyperactif -, le scénario de Melton et Dunstan abuse une nouvelle fois de flash-backs imbriqués les uns dans les autres jusqu’à l’autoparodie involontaire. Ce refus désespéré de simplicité ressemble à un constat d’échec de la part des auteurs, comme s’ils avouaient leur incapacité à bâtir des enjeux dramatiques clairs en noyant l’intrigue sous des couches multiples de facéties artificielles, avec en guise de leitmotiv l’aphorisme préféré de Jigsaw : « Voir la mort de près permet de comprendre la valeur de la vie ». Certes, quelques idées de pièges sortent de l’ordinaire et offrent des rebondissements intéressants (le manège relié à un fusil) et une poignée de séquences de suspense sont habilement élaborées (particulièrement celle du labo de la police qui tente d’identifier la voix du tueur sur un enregistrement audio). Mais ces tentatives restent isolées et l’impossibilitépour l’acteur Costas Mandylor d’élargir son registre de jeu au-delà d’une seule expression de visage (la bouche boudeuse, le regard mauvais) n’arrange guère les choses. Saw 6 (rires) sera le moins rentable des films de la franchise, ce qui n’empêchera pas la mise en chantier d’un « chapitre final » en 3D toujours dirigé par Kevin Greutert.

 

© Gilles Penso


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LA FOLLE HISTOIRE DE L’ESPACE (1987)

Mel Brooks réinvente Star Wars à sa sauce en concoctant un space opéra délirant qui – paraît-il – fit beaucoup rire George Lucas…

SPACEBALLS

 

1987 – USA

 

Réalisé par Mel Brooks

 

Avec Mel Brooks, Rick Moranis, Bill Pullman, John Candy, Daphne Zuniga, Joan Rivers, Dick Van Patten, John Hurt

 

THEMA SPACE OPERA

Au fil de sa carrière de réalisateur, Mel Brooks a eu l’occasion de pasticher un grand nombre de genres cinématographiques : la comédie musicale (Les Producteurs), le western (Le Shérif est en prison), l’épouvante (Frankenstein junior), le suspense hitchcockien (Le Grand frisson), le péplum (La Folle histoire du monde). La science-fiction manquait à l’appel, et il était temps de combler cette lacune, surtout après que la trilogie Star Wars ait bouleversé à tout jamais l’histoire du cinéma populaire. Pour son huitième long-métrage, le trublion s’attelle donc à Spaceballs, six ans après La Folle histoire du monde. Le titre français entretient d’ailleurs un lien artificiel entre les deux, jouant sur le fait que la fin du film précédent montrait une séquence spatiale entrée dans la légende, « Les Juifs dans l’espace ». Doté par le studio MGM d’un budget de 22 millions de dollars (le plus gros de sa carrière), Brooks s’apprête à parodier La Guerre des étoiles et ses deux suites et, pour éviter tout problème juridique, en informe personnellement George Lucas. Ce dernier n’y voit pas d’inconvénient, à condition qu’aucun produit dérivé de Spaceballs ne soit commercialisé. Le père de Luke Skywalker craint en effet que des figurines ou des jouets issus du film de Mel Brooks soient confondus avec ceux de la saga Star Wars. Les deux hommes tombent d’accord et La Folle histoire de l’espace entre officiellement en production.

Alors que retentit une musique symphonique de John Morris pleine d’emphase imitant le style de John Williams, un texte annonçant l’épisode 11 défile sur fond spatial. Le résumé introductif se termine par : « si vous pouvez lire ça, vous n’avez pas besoin de lunettes ». Puis entre dans le champ un interminable vaisseau spatial qui prend tout son temps pour traverser l’écran (on dirait l’une des fameuses limousines à rallonge de Tex Avery). La musique se met alors à plagier celle des Dents de la mer, car l’engin a les allures d’un requin démesuré. Nous sommes dans une galaxie très lointaine. Les redoutables Spaceballs ont épuisé tout l’oxygène de leur planète et convoitent désormais celui des habitants de Druidia. Ils cherchent donc à kidnapper la princesse Vespa (Daphne Zuniga) pour faire chanter son père le roi Roland (Dick Van Patten). L’opération est dirigée par le Seigneur Casque Noir (Rick Moranis). En désespoir de cause, le mercenaire Lone Starr (Bill Pulman) et son co-pilote homme-chien Barf (John Candy) sont embauchés pour partir à sa rescousse…

Le délire contre-attaque

La Folle histoire de l’espace nous offre une galerie de personnages joyeusement délirants qui déclinent, mélangent ou réinventent ceux de la saga de George Lucas. Encore inconnu du grand public, Bill Pullman incarne une sorte de mixage entre Han Solo et Indiana Jones (les dialogues font d’ailleurs allusion au Temple maudit), flanqué d’un John Candy au faciès semi-canin et à la queue encombrante (substitut potache de Chewbacca). Tous deux voyagent à bord d’un camping-car volant et ont maille à partir avec le redoutable Pizza the Huth (au maquillage outrageusement dégoulinant) auprès de qui ils sont endettés. La princesse Vespa (Daphne Zuniga, qui jouera deux ans plus tard dans une autre production de Brooks, La Mouche 2) est quant à elle accompagnée de la demoiselle d’honneur robotique Dot Matrix, version en jupette de C3-PO (qui était d’ailleurs un robot féminin dans les premiers designs de La Guerre des étoiles). Quant à Mel Brooks, il joue à la fois le vil président Esbrouffe et le vieux sage Yogurt. Toute cette distribution haute en couleurs est dominée par Rick Moranis, absolument désopilant en super-vilain mégalomane perdu dans son casque surdimensionné. Quelques-uns des meilleurs gags le concernent, notamment son visionnage de la cassette VHS de La Folle histoire de l’espace pour savoir ce qui se passe dans les scènes suivantes ou son jeu puéril avec les figurines du film. Le cinéaste semble ici faire un pied de nez à George Lucas et à son amour du merchandising, même si en la matière la séquence la plus ironique est celle où Yogurt et ses assistants nains exposent une boutique pleine de produits dérivés estampillés Spaceball. D’autres clins d’œil savoureux (notamment à Alien et La Planète des singes) ponctuent le film. Selon Mel Brooks, George Lucas lui aurait envoyé un courrier affirmant qu’il éclata tellement de rire en voyant La Folle histoire du monde qu’il faillit tomber à la renverse. Nous serions tentés de le croire.

 

© Gilles Penso


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S.O.S. FANTÔMES 2 (1989)

Sans retrouver tout à fait l’alchimie du premier film, ce deuxième épisode collecte son lot de moments savoureux et de gags réussis…

GHOSTBUSTERS 2

 

1989 – USA

 

Réalisé par Ivan Reitman

 

Avec Dan Aykroyd, Bill Murray, Sigourney Weaver, Harold Ramis, Rick Moranis, Ernie Hudson, Peter MacNicol, Annie Potts

 

THEMA FANTÔMES I BLOB I SAGA S.O.S. FANTÔMES

S.O.S. fantômes avait toujours été conçu comme un film autonome ne s’inscrivant dans aucune franchise. Mais le succès colossal du film et son entrée quasi-immédiate dans la culture populaire en ont décidé autrement. Dès 1986, la série animée The Real Ghostbusters débarque sur les petits écrans et cartonne auprès du jeune public. Le réalisateur Ivan Reitman, ses scénaristes et ses acteurs sont donc sommés par Columbia de s’atteler dans les plus brefs délais à un second film pour éviter que le soufflé ne retombe. Les préparatifs ne se font pas sans heurts, car l’idée d’une suite déplaît à la grande majorité de l’équipe. Bon gré mal gré, Dan Aykroyd et Harold Ramis concoctent un scénario s’appuyant sur l’idée que toutes les émotions négatives des habitants de New York créent des torrents de bave surnaturelle s’écoulant dans les souterrains et menaçant bientôt toute la ville. Le casting original revient au grand complet, assorti de quelques nouveaux visages, notamment le désopilant Peter MacNicol – ex-héros du Dragon du lac de feu et futur avocat déjanté de la série Ally McBeal – qui excelle ici dans le rôle d’un conservateur de musée maniéré et émotif. Si le studio Columbia est confiant dans le potentiel commercial de ce second opus, le budget n’est pas revu pour autant à la hausse et les délais de production sont même divisés par deux, afin d’occuper dans les plus brefs délais les salles de cinéma.

Le prologue de S.O.S. fantômes 2 annonce Un flic à la maternelle, le film suivant d’Ivan Reitman. Ray et Winston garent en effet précipitamment leur ambulance aux sirènes hurlantes, débarquent dans leur tenue complète de chasseurs de fantômes et demandent avec nervosité à la femme qui les accueille « Combien sont-ils ? Ils sont grands comment ? ». Mais ce n’est pas à des spectres qu’ils ont affaire. Leur mission consiste en effet à animer un goûter d’anniversaire. Cinq ans après avoir sauvé la ville de New York, nos quatre héros ont été poursuivis en justice pour les dommages matériels subis et n’ont plus le droit d’enquêter sur le surnaturel. Ray possède donc une librairie occulte et joue avec Winston l’animateur d’enfants, Egon travaille dans un laboratoire où il expérimente les émotions humaines et Peter anime un talk-show télévisé sur les médiums. Rien ne va donc plus dans ce film qui remet les compteurs à zéro, d’autant que Dana Barrett s’est séparée de Peter. Mère d’un enfant en bas-âge qu’elle a eue avec son ex-mari, elle travaille désormais dans un musée d’art. Mais les phénomènes paranormaux recommencent à se déchaîner autour d’elle, la poussant à solliciter à contrecœur les chasseurs de fantômes…

Ils reviennent pour sauver le monde

Bien plus remake que suite du premier S.O.S. fantômes, ce film reprend fidèlement la trame et les éléments narratifs du précédent, annihilant du coup une grande partie de l’effet de surprise. Le démoniaque Zuhl cède le pas au sorcier Vigo (« le fléau des Carpates », « la tristesse de Moldavie »), l’immeuble hanté de Dana est remplacé par le musée où elle travaille, les Ghostbusters sont d’abord raillés puis érigés en héros lorsqu’il faut nettoyer New York des spectres qui y pullulent, l’arrivée du bibendum Chamallow trouve son équivalent dans le surgissement de la statue de la liberté… La suite déçoit donc si on la compare au premier film, mais il faut avouer que ce second Ghostbusters s’est paré d’une jolie patine avec le temps et comporte son lot de scènes mémorables. C’est d’ailleurs dans les petits moments intimes, isolés au milieu de la tourmente, que le film fait des éclats, notamment lorsqu’il s’agit d’approfondir la relation complexe qui lie Peter Venkman et Dana Barrett. Bill Murray et Sigourney Weaver crèvent toujours l’écran et plusieurs répliques joyeusement absurdes ponctuent le métrage (Egon qui déclare « Je voudrais faire des tests gynécologiques sur la mère », Peter qui répond « Tout le monde voudrait ! », ou encore Janine qui remarque à quel point Louis est doué avec les enfants, lequel rétorque « Je me suis entraîné avec mon hamster »). Lorsque le spectaculaire vient prendre le pas sur les numéros d’acteurs, le film s’essouffle, malgré quelques idées visuelles frappantes (la femme attaquée par son manteau en fourrure, le Titanic qui débarque sur le port), et le dernier acte n’a pas l’ampleur espérée. Il faut dire que plusieurs séquences additionnelles furent tournées à la dernière minute, suite aux mauvaises réactions des projections tests, ce qui explique sans doute un résultat à la cohérence et la fluidité toutes relatives. S.O.S. fantômes 2 a tout de même acquis un statut culte au fil des ans, sans atteindre l’immense popularité de son prédécesseur.

 

© Gilles Penso

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AENIGMA (1987)

Une étudiante tombée dans le coma après une mauvaise blague possède l’esprit d’une jeune fille pour fomenter une terrible vengeance…

AENIGMA

 

1987 – ITALIE

 

Réalisé par Lucio Fulci

 

Avec Jared Martin, Lara Naizinski, Ulli Runthaler, Sophie d’Aulan, Cathy Wise, Jennifer Naud, Riccardo Acerbi, Mijlijana Zirojevic

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX I INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Grand amateur du Carrie de Brian de Palma, Lucio Fulci cherche un moyen de lui rendre hommage à travers l’histoire d’une adolescente humiliée par ses camarades qui se venge de manière surnaturelle. Pour autant, il n’est pas question pour lui de plagier le classique de Brian de Palma. Il s’adjoint donc les services du scénariste Giorgio Mariuzzo (qui fut son collaborateur sur L’Au-delà et La Maison près du cimetière) et co-écrit avec lui le script d’Aenigma. À l’arrivée, le scénario de ce film d’horreur paranormale mâtinée d’un brin d’érotisme évoque aussi Patrick de Richard Franklin, La Grande menace de Jack Gold et même Phenomena de Dario Argento. Malgré ce tissu de références et d’influences, Aenigma reste un film très singulier qui porte en chacune de ses séquences la patte bien reconnaissable d’un Fulci encore très inspiré, même si sa période faste est déjà derrière lui. Tourné en extérieurs naturels à Sarajevo, Aenigma démarre sur une séquence d’ouverture qui explique le trauma initial et plante les graines du drame à venir. Kathy (Mijlijana Zirojevic) est la risée de ses camarades du collège Saint-Mary de Boston. Il faut dire que sa timidité maladive, son physique un peu ingrat et ses origines sociales (elle est la fille de la femme de ménage sourde-muette de l’établissement) en font la victime idéale des quolibets.

Un soir, Kathy est victime d’une mauvaise blague au cours de laquelle un beau garçon fait semblant de la séduire. Comprenant qu’elle est tombée dans un traquenard, Kathy prend la fuite, poursuivie par les voitures de toutes les étudiantes hilares, et finit par se faire faucher par un véhicule qui passe à toute allure. La blague tourne donc mal et Kathy se retrouve dans le coma, surveillée de près par le docteur Robert Anderson (Jared Martin) qui formule peu d’espoir quant à son rétablissement. C’est alors que débarque dans le collège une toute nouvelle étudiante, la jolie Eva Gordon (Lara Naizinski). Visiblement très instable émotionnellement, la jeune fille alterne la pudeur, l’agressivité sexuelle, la prostration ou les accès de violence. Bientôt, les morts brutales et spectaculaires s’enchaînent dans le collège et aux alentours. Et chaque fois que le sang coule, l’activité cérébrale de Kathy devient intense. Car celle-ci a trouvé le moyen de posséder le corps d’Eva sans quitter son lit d’hôpital et de déclencher à distance un véritable carnage.

Poésie macabre

Pierre par pierre, Lucio Fulci bâtit l’édifice d’une œuvre insolite dans laquelle la poésie macabre s’immisce de toute part. Lorsque la voix intérieure de Kathy s’exclame « je ne veux pas mourir ! » alors que la caméra s’élève au-dessus de son corps dans le coma, l’esprit d’Edgar Allan Poe flotte dans les airs, tout comme les échos du film culte Je suis vivant ! d’Aldo Lado. Fulci prend en charge lui-même les effets spéciaux du film et constelle sa mise en scène de trouvailles étonnantes comme certaines maquettes de décors volontairement en marge avec le réalisme, des jump-cuts qui alternent la présence physique de Kathy ou Eva dans le même environnement ou encore du sang qui jaillit d’un tableau pour recouvrir le visage d’une future victime. Les scènes de meurtres se déconnectent elles aussi de toute logique pour basculer dans le surréalisme : l’homme agressé par son propre reflet, l’attaque d’une statue antique ou encore – le grand moment choc d’Aenigma – la fille nue recouverte d’escargots et de limaces qui l’étouffent lentement. L’effet répulsif est garanti (annonçant le Mutations de Juan Piquer Simon) et l’implication de la comédienne est impressionnante. Les fans du cinéma gore opératique de Fulci, époque L’Enfer des zombies, Frayeurs ou L’Au-delà, s’estimèrent déçus par Aenigma. Mais cette œuvre « de transition » mérite largement d’être réévaluée à la hausse.

 

© Gilles Penso

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MOONFALL (2022)

Alors que la Lune dévie soudain de son orbite en menaçant d’anéantir la Terre, une expédition de la dernière chance tente de sauver la situation…

MOONFALL

 

2022 – USA / GB / CHINE

 

Réalisé par Roland Emmerich

 

Avec Halle Berry, Patrick Wilson, John Bradley, Michael Peña, Charlie Plummer, Kelly Yu, Donald Sutherland

 

THEMA CATASTROPHES I EXTRA-TERRESTRES

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Roland Emmerich aime creuser sans cesse le même sillon. Moonfall confirme tant cette assertion que son visionnage donne le sentiment d’assister à une sorte de bande-démo du réalisateur, reprenant les « morceaux de bravoure » de 2012, Le Jour d’après, Independence Day et même Godzilla pour les compiler en une sorte de patchwork excessif. Du point de vue de la générosité, il n’y a rien à dire, le réalisateur de Stargate et Le Patriote (sans aucun doute ses deux longs-métrages les plus aboutis) aime en donner au public pour son argent. Mais si l’on veut accepter sans sourciller le spectacle que propose Moonfall, il faut se soumettre à une suspension d’incrédulité qui mettra à rude épreuve les spectateurs les moins exigeants. Car l’intrigue repose sur un argument de science-fiction tellement outrancier qu’il semble très difficile d’y croire, même avec la meilleure volonté du monde. Le prologue, qui emprunte ses effets de style et sa dynamique à l’incontournable Gravity d’Alfonso Cuaron, montre une mission de routine dans l’espace qui tourne mal. Alors qu’il est en manœuvre extravéhiculaire à proximité de la Lune, l’astronaute Brian Harper (Patrick Wilson) voit surgir une sorte d’essaim gigantesque qui s’approche dangereusement de lui et provoque la mort de son co-équipier. Harper a tout juste le temps de réintégrer sa navette et de ramener saine et sauve la pilote Jo Fowler (Halle Berry).

Accusé de négligence, notre homme échoue à défendre auprès des institutions sa version de l’histoire. Tombé de son piédestal, l’ancien astronaute vedette perd son travail, ne parvient pas à sauver son mariage et sombre dans une injuste déchéance. Parallèlement, le scénario co-écrit par Emmerich, Harald Kloser et Spenser Cohen s’intéresse à K.C. Houseman (John Bradley), un passionné d’espace qui a développé une théorie délirante. Selon lui, la Lune est une station spatiale creuse – une « mégastructure » selon ses propres termes – conçue par des extra-terrestres. Bien sûr, personne ne lui accorde le moindre crédit, jusqu’au jour où il découvre que notre satellite « naturel » est en train de dévier de son orbite, menaçant la Terre d’un anéantissement imminent. Tous les éléments du puzzle étant assemblés, l’intrigue peut prendre la tournure que Roland Emmerich affectionne par-dessus tout : un film catastrophe où s’enchaînent les destructions apocalyptiques tandis qu’une poignée de valeureux héros tente le tout pour le tout pour sauver le monde.

Voyage au centre de la Lune

L’absence de finesse du film est tellement flagrante qu’il est honnêtement difficile d’appréhender Moonfall au premier degré, qu’il s’agisse des séquences d’action improbables (la voiture poursuive par un raz de marée qui saute de rochers en rochers comme si elle se prenait pour Super Mario), des dialogues sentencieux (« Je veux te laisser un monde où tu pourras grandir pour devenir un homme meilleur que moi ») ou des traits d’humour navrants principalement véhiculés par le geek caricatural de service. Restent le charisme impeccable de Patrick Wilson et Halle Berry et des effets visuels comme toujours extrêmement spectaculaires. Ce n’est hélas pas suffisant pour emporter l’adhésion d’un public qui ne s’impressionne plus aussi facilement qu’avant. D’autant qu’en matière de scénario alarmiste reflétant l’état d’esprit de la population à l’annonce d’un cataclysme planétaire, Don’t Look Up a précédé Moonfall de quelques mois. Et face à la fable satirique brillante et désespérée d’Adam McKay, le film de Roland Emmerich fait bien pâle figure, arpentant avec de gros sabots des sentiers qu’il eut été plus judicieux de fouler avec retenue et justesse. Mais le réalisateur d’Universal Soldier est incorrigible : il lui faut des déflagrations, des raz de marée, des héros qui n’ont pas froid aux yeux et des sacrifices humains, quitte à oublier toute crédbilité et toute mesure pour réunir les ingrédients de son cocktail préféré.

 

© Gilles Penso

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