LES YEUX DU MAL (1980)

Une mystérieuse jeune femme enceinte fait un jour irruption dans la vie d’une famille qui, dès lors, va vivre un cauchemar…

THE GODSEND

 

1980 – GB

 

Réalisé par Gabrielle Beaumont

 

Avec Malcolm Stoddard, Cyd Hayman, Angela Pleasence, Patrick Barr, Wilhelmina Green, Joanne Boorman, Angela Deamer, Clarissa Young, Lee Gregory, Piers Eady

 

THEMA ENFANTS

Réalisatrice d’une impressionnante quantité d’épisodes de séries télévisées depuis le milieu des années 70, Gabrielle Beaumont appartient à une famille d’artistes, de comédiens et d’écrivains depuis quatre générations. Bien installée dans un système qui mettra pourtant du temps à accorder aux femmes les mêmes postes que les hommes, elle apposera son savoir-faire sur des shows aussi variés que Vegas, M.A.S.H., Côte Ouest, Dynastie, Shérif fais-moi peur, Pour l’amour du risque, Les Enquêtes de Remington Steele, Hill Street Blues, La Loi de Los Angeles ou Star Trek la nouvelle génération. Au tout début des années 80, elle signe Les Yeux du mal, l’une de ses rares réalisations pour le cinéma. Le scénario est l’œuvre de son époux Olaf Pooley, qui adapte là le premier roman de Bernard Taylor ,« The Godsend », publié en 1976. Produit par la légendaire compagnie Cannon Films, alors fraîchement reprise par Menahem Golan et Yoram Globus, Les Yeux du mal est une variante inattendue sur le thème de l’enfant maléfique. Si quelques classiques du genre nous viennent à l’esprit (La Mauvaise graine, Les Innocents, L’Autre), le film de Gabrielle Beaumont opte pour une tonalité inhabituelle, s’inscrivant dans un cadre volontairement naturaliste pour mieux y faire surgir l’horreur ordinaire.

Les prémisses du film s’appuient en grande partie sur la présence de la comédienne Angela Pleasence. La fille du grand Donald, avec qui elle partage plusieurs traits physiques, incarne une mystérieuse jeune femme enceinte que rencontrent les membres de la famille Marlowe sur le chemin de leur grande maison dans la campagne. Si Kate (Cyd Hayman) accueille l’inconnue avec bonhommie, son époux Alan (Malcolm Stoddard) la trouve bizarre et un brin inquiétante. Il faut dire que tout dans son attitude suscite le malaise : son regard fixe qui semble flotter ailleurs, son ton exagérément calme et paisible, ses manières distraites. Quand Kate lui demande si c’est son premier enfant, elle répond de manière évasive qu’elle en a « quelques autres ». Alors qu’Alan s’apprête à la raccompagner chez elle, trop heureux de se débarrasser de cette présence dérangeante, elle est prise d’un mal de ventre : le travail a commencé. Avec l’aide de Kate, elle accouche d’une petite fille. Mais le lendemain matin, la jeune mère disparaît sans laisser de trace. La famille Marlowe décide d’adopter l’enfant, prénommée Bonnie. « C’est un don du ciel » s’exclame Kate. Mais ce « don » a tout d’un cadeau empoisonné. Car le cauchemar s’installe bientôt de manière insidieuse et durable dans leur quotidien…

Un don du ciel ?

Si Les Yeux du mal met autant mal à l’aise, c’est sans doute parce qu’il adopte cette histoire sous un angle très réaliste, presque banal. De fait, s’il s’agit clairement d’un postulat de film d’horreur, le traitement choisi par Gabrielle Beaumont est avant tout celui du drame humain. Sans effets trop marqués, sans vraiment sacrifier aux codes du genre, l’angoisse s’instille inexorablement. Et si la violence irradie le récit, elle se déroule toujours hors champ, l’imagination du spectateur reconstituant le fil de chaque événement tragique. La nature diabolique de cet enfant demeure inexpliquée, mais elle saute aux yeux d’Hugh Marlowe, qui refuse d’y croire jusqu’à se contraindre à reconnaître l’évidence envers et contre tous. Ce père de famille en plein désarroi est le pôle d’identification immédiat des spectateurs. C’est d’ailleurs à la première personne que ce personnage s’exprimait dans le roman. À travers ses yeux, nous assistons impuissants à l’hécatombe cruelle qui frappe sa famille, face à la fausse impassibilité de cette fillette trop sage, trop mignonne, trop gracieuse pour être honnête. Et tandis que le drame se noue, le regard vide et inquiétant d’Angela Pleasence continue de hanter le métrage de manière subliminale, justifiant le titre choisi par les distributeurs français.

 

© Gilles Penso


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THE SUICIDE SQUAD (2021)

James Gunn reprend les rênes de la franchise lancée en 2016 qu’il dote d’un grain de folie rafraîchissant…

THE SUICIDE SQUAD

 

2021 – USA

 

Réalisé par James Gunn

 

Avec Idris Elba, Margot Robbie, John Cena, Joel Kinnaman, Daniela Melchior, Viola Davis, David Dastmalchian, Sylvester Stallone

 

THEMA SUPER-VILAINS I SUPER-HÉROS I MONSTRES MARINS I SAGA DC COMICS

Dès son prélude, The Suicide Squad nous convainc sans mal que le concept d’une escouade d’anti-héros déjantés était taillé sur mesure pour James Gunn, bien plus que pour David Ayer qui signa le premier opus de cette franchise en 2016. Ces quelques minutes introductives s’avèrent plus drôles, plus folles, plus irrévérencieuses, plus gore et plus surprenantes que les deux heures du premier Suicide Squad. Il faut cependant un peu de temps pour que le réalisateur des Gardiens de la galaxie puisse s’approprier pleinement le métrage. De fait, malgré son exubérance rafraîchissante et cette insolence impayable que seuls les anciens de chez Troma semblent posséder, The Suicide Squad ne trouve pas tout de suite sa vitesse de croisière. Le scénario nous réexplique d’abord le principe de la Task Force X en empruntant à peu de choses près la même voie que le Suicide Squad d’Ayer. Le personnage incarné par Idris Elba est d’ailleurs fidèlement calqué sur celui que jouait Will Smith cinq ans plus tôt (mêmes capacités, mêmes motivations, même force tranquille). À tel point qu’il nous semble presque assister autant à une suite qu’à un remake. D’où ce titre étrange, quasiment identique à celui du premier opus, qui laisse à penser que DC et Warner envisagent plus ce film comme un reboot que comme un second épisode.

Nous sommes d’abord sur un terrain connu, obéissant à une mécanique familière : le recrutement en prison d’une poignée de super-vilains exubérants pour une mission suicide, sous la supervision de la toujours très antipathique Amanda Waller (Viola Davis). Le colonel Rick Flag (Joel Kinnaman) reprend lui aussi du service. Parallèlement à l’échec cuisant – et hilarant – d’une première équipe, une seconde prend le relais sous la direction du tireur d’élite Bloodsport (Idris Elba). En échange d’une réduction de peine et de clémence juridique vis-à-vis des exactions de sa fille adolescente, le voilà à la tête d’un commando improbable : le sniper Peacemaker (John Cena), Cleo la jeune fille qui contrôle les rats (Daniela Melchior), le « lanceur de pois » Abner Krill (David Dastmalchian) et l’homme-requin Nanaue (une très belle création numérique qui parle avec la voix de Sylvester Stallone !). Leur mission consiste à se rendre à Corto Maltese, à détruire le laboratoire Jötunheim qui abrite l’expérience secrète « Projet Starfish » et à libérer au passage Harley Quinn (Margot Robbie) détenue par le gouvernement local. Bien sûr, rien ne va se passer comme prévu…

Supplément d’âme

De prime abord, James Gunn nous offre exactement ce que nous attendons : une espèce de parodie du premier Suicide Squad – qui ne se prenait déjà pourtant pas au sérieux – avec son lot de clins d’œil, d’impertinence et de blagues. Le spectacle est très réjouissant, porté par le charisme impeccable d’Idris Elba et le délicieux grain de folie de Margot Robbie. Mais il manque encore à The Suicide Squad son supplément d’âme, cette petite touche personnelle qui le transporte au-delà du modèle du film faussement subversif dont raffolent les studios depuis le succès de Deadpool. Fort heureusement, cette carence est rattrapée en cours de route. La sincérité de Gunn s’affirme lorsqu’il interrompt provisoirement la farandole des gags pour s’intéresser aux fêlures et aux états d’âme de ses personnages. En sollicitant des émotions que nous n’étions pas prêts à ressentir, le cinéaste nous prend par surprise. Il ne fait aucun doute qu’il ressent une infinie tendresse pour cette poignée de freaks sociopathes transformés bien malgré eux en ersatz de super-héros. Là, Gunn trouve enfin le parfait équilibre entre la désinvolture potache constellée de violence cartoonesque et une étrange sensibilité à fleur de peau. Lorsque les gerbes de sang provoquées par l’un des affrontements avec Harley Quinn se transforment en fleurs multicolores et en papillons, ce n’est pas un simple effet de style : c’est une manière de nous faire entrer dans l’esprit biscornu de l’ex-petite amie du Joker, de nous montrer le monde à travers ses yeux. Ce feu d’artifice abracadabrant, qui s’achève par un délirant hommage aux films de monstres japonais, aura finalement été une belle revanche pour James Gunn, « passé à l’ennemi » après sa mésentente avec Marvel/Disney à propos du troisième Gardiens de la Galaxie.

 

© Gilles Penso

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FREE GUY (2021)

Personnage secondaire d’un jeu vidéo, Guy s’éveille soudain à la vie et décide de mener une existence indépendante…

FREE GUY

 

2021 – USA

 

Réalisé par Shawn Levy

 

Avec Ryan Reynolds, Jodie Comer, Joe Keery, Lil Rel Howery, Utkarsh Ambudkar, Taika Waititi, Camille Kostek, Channing Tatum 

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES ROBOTS ET INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

Free Guy fait partie de ces scénarios qui enchantent tout Hollywood mais mettent beaucoup de temps à trouver preneur. Matt Lieberman (auteur du film d’animation La Famille Addams) commence à le faire circuler en 2016. Deux ans plus tard, Ryan Reynolds s’emballe en le découvrant et le propose tout de suite à Shawn Levy. Fort de son expérience de producteur et réalisateur sur la trilogie La Nuit au musée, Real Steel ou la série Stranger Things, Levy semble être l’homme de la situation. Il s’entend avec Reynolds qui partage avec lui le poste de producteur, s’impliquant autant dans la conception du long-métrage qu’il le fit sur les deux Deadpool. Le scénario nécessite tout de même un petit coup de « polish ». Zak Penn, qui avait déjà côtoyé l’univers des jeux vidéo en co-écrivant avec Ernest Cline le script de Ready Player One, s’occupe de cette relecture et finit par devenir officiellement coscénariste avec Liebermann. Développé au sein de la compagnie 20th Century Fox avant que Disney n’en fasse l’acquisition, Free Guy est donc un projet presque « miraculé » qui aura survécu au rachat, produit de fait sous le label « 20th Century Studio ».

Nous sommes dans un jeu vidéo qui semble mixer GTA et Fortnite. Ici, tout n’est que missions spéciales, explosions, cascades de voitures, hold-up musclés et bagarres. Ce jeu, « Free City », est l’un des plus gros succès du moment. Comme toujours dans ce type d’univers virtuel, il existe des personnages secondaires qui n’existent que pour « faire partie des meubles ». Ce sont les PNJ, les personnages non joueurs. Guy est l’un d’entre eux. Il évolue joyeusement dans ce monde pétaradant, toujours habillé de la même chemisette, toujours féru du même café chaque matin, toujours fidèle au poste dans la banque où il est guichetier. Ignorant totalement qu’il n’est qu’une ligne de code écrite par les concepteurs du jeu, Guy voit sa vie basculer lorsque son regard croise celui d’une guerrière armée jusqu’aux dents dont il tombe éperdument amoureux…

Ready Player Guy

Au-delà des références vidéoludiques qui émaillent logiquement l’univers de Free Guy, de nombreux longs-métrages traversent l’esprit des spectateurs au fil du déroulement du film. La routine quotidienne de cet anti-héros béat se satisfaisant de la vacuité de sa vie d’apparat évoque irrésistiblement La Grande aventure Lego. La découverte des lunettes qui, dès qu’on les chausse, permettent de voir le monde sous un angle totalement différent, gorgé de messages cachés, rappelle Invasion Los Angeles. Le principe même du personnage vivant dans un monde dont le caractère factice lui échappe fait directement écho au Truman Show. Certains trouveront même des correspondances avec la filmographie passée de Ryan Reynolds : des scènes d’action brutalement interrompues pour passer au ralenti sur des chansons sirupeuses à la manière de Deadpool, l’euphorie tranquille du protagoniste immergé dans un environnement trop parfait pour être vrai comme dans The Voices… S’il assume manifestement toutes ces références, Free Guy les digère pour les réinventer sans chercher l’approche postmoderniste d’un Ready Player One. Ici, il y a bien quelques clins d’œil très appuyés, mais pour le reste la cohérence de l’univers bâti dans le film se suffit amplement à elle-même. Si Free Guy tient aussi bien la route, c’est parce que son approche des jeux vidéo est rationnelle et que son scénario parvient à embrasser des considérations sociologiques qui vont bien plus loin que ce que ses prémices laissaient imaginer. Certes, l’intrigue rebondit sans doute un peu trop, poussant les auteurs à recourir à quelques raccourcis parfois durs à avaler. Mais ce que raconte le film en filigrane de son postulat – la quête vitale de l’individualité, la bêtise primaire mais irrépressible des instincts guerriers, l’évolution inattendue de certaines intelligences artificielles – s’avère passionnant. C’est sans doute ce qui dote cette comédie tout public d’un petit supplément d’âme.

 

© Gilles Penso

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APOCALYPSE DANS L’OCÉAN ROUGE (1984)

Une équipe de scientifiques enquête sur un monstre vorace et tentaculaire qui sème la terreur en pleine mer…

SHARK : ROSSO NELL’OCEANO

 

1984 – ITALIE

 

Réalisé par Lamberto Bava

 

Avec Valentine Monnier, Michael Sopkiw, John Garko, Iris Peynado, William Berger, Lawrence Morgant, Cinzia de Ponti

 

THEMA MONSTRES MARINS

Lamberto Bava n’a jamais été réputé pour sa finesse, l’héritage patronymique de son prestigieux père ayant souvent été lourd à porter pour cet artisan rarement inspiré. Mais c’est sans doute avec Apocalypse dans l’océan rouge, un nanar improbable surfant tardivement sur le succès des Dents de la mer, qu’il toucha le fond. Refusant d’assumer l’origine italienne du film, la plupart des membres de l’équipe empruntent à l’occasion des pseudonymes américanisés, Bava choisissant pour sa part celui de John Old Jr. Au début du film, un homme aux jambes arrachées est repêché en mer par les secours. Au même moment, l’océanographe Stella Dickens (Valentine Monnier) constate le comportement étrange des dauphins qu’elle étudie, et son collègue Bob Hogan (Lawrence Morgant) manque de chavirer à cause d’une masse sous-marine inconnue qui émet un son indéfinissable. « C’était différent d’une voix, mais une résonance épouvantable », balbutie-t-il pour essayer de décrire ce qu’il a entendu. « L’expression d’une haine… Oui, c’est tout à fait ça : une haine ! ». Bientôt, d’autres victimes mutilées sont rejetées sur le rivage, et une petite équipe de scientifiques se forme pour définir la nature de ce danger marin. « Moi il me semble que c’est un être fantasmagorique qui jette la terreur sur toute la faune aquatique » déclare alors un Bob décidément très lyrique.

La bête en question, conçue par les créateurs d’effets spéciaux Ovidio Taito et Germano Natali, est une espèce de gueule géante mécanique prolongée par des tentacules, que la caméra, avec une pudeur bien compréhensible, n’ose jamais filmer trop longtemps. Le scénario nous apprend en cours de route que ses cellules se reproduisent seules. En cas de destruction par un explosif, elle se transformerait donc en autant de monstres. Comment en venir à bout, dans ce cas ? En fait, à ce stade du film, plus aucun spectateur ne se sent vraiment concerné. Du coup, la révélation de l’identité du savant fou qui a créé la bestiole, dans l’espoir de contrôler le monde marin, laisse parfaitement indifférent. « J’ai rassemblé dans son code génétique l’agressivité du requin blanc, la force d’une pieuvre géante, l’intelligence d’un dauphin et la monstruosité d’un poisson datant de la préhistoire ! » lâche ce dernier avec un sérieux qui provoque irrémédiablement le rire.

« Bob, le monstre ! »

Car Apocalypse dans l’océan rouge ne s’apprécie qu’au second degré. En ce sens, voir une pseudo-savante hurler « Bob, le monstre ! » en se tenant la tête à deux mains tandis que des tentacules en caoutchouc s’agitent mollement a quelque chose de forcément jubilatoire. La mise en scène de Bava, catastrophique, s’assortit ici de dialogues imbéciles, d’une bande originale langoureuse un peu à côté de la plaque signée pourtant par le grand Fabio Frizzi et d’acteurs risibles. Les comédiennes semblent avoir été principalement engagées pour leur photogénie et leur pudeur minuscule. D’où certaines scènes superbement gratuites comme cette femme en nuisette qui est agressée chez elle et se retrouve vite fait en petite culotte et les seins à l’air. Et dire que six auteurs (dont Luigi Cozzi, Sergio Martino et Dardano Sacchetti) se sont unis pour pondre ce scénario ! Au gré de ses rééditions en vidéo, le film connut des retitrages divers comme Le Monstre de l’océan rouge ou Shark : le monstre de l’apocalypse.

 

© Gilles Penso


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MONSTER HUNTER (2020)

Milla Jovovich affronte toute une série de monstres géants dans un monde parallèle désertique…

MONSTER HUNTER

 

2020 – USA / ALLEMAGNE / CHINE / JAPON

 

Réalisé par Paul W.S. Anderson

 

Avec Milla Jovovich, Tony Jaa, Ron Perlman, T.I., Diego Boneta, Meagan Good, Josh Helman, Jin Au-Yeung, Hirona Yamazaki, Jannik Schümann

 

THEMA MONDES PARALLÈLES ET MONDES VIRTUELS I ARAIGNÉES I DINOSAURES I DRAGONS

Aux yeux des amateurs de fantastique et de science-fiction, le nom de Paul W.S. Anderson n’est pas particulièrement synonyme de qualité. Pour quelques réussites (Event Horizon, Soldier) on compte beaucoup de films anecdotiques (Mortal Kombat, la saga Resident Evil, Alien vs. Predator, Course à la mort). Anderson poursuit malgré tout son petit bonhomme de chemin en restant fidèle au genre qu’il affectionne tant. En 2002, à l’occasion de Resident Evil, il dirigeait pour la première fois sa future épouse Milla Jovovich. Peu appréciée des fans mais suffisamment rentable pour avoir généré de nombreux épisodes, cette franchise lui donna l’idée d’une autre adaptation d’un jeu vidéo Capcom, en l’occurrence « Monster Hunter » créé en 2004 par Kaname Fujioka. Après cinq ans de négociations en vue d’en acquérir les droits, il parvient à mettre sur pied une coproduction internationale réunissant des investisseurs américains, allemands, chinois et japonais. Porté en grande partie par la compagnie Constantin Films, Monster Hunter se concrétise finalement pour un budget de soixante millions de dollars. L’équipe de tournage s’installe en Afrique du Sud et en Namibie, profitant de magnifiques décors naturels désertiques parfaitement adaptés aux besoins du scénario écrit par Anderson.

Alors qu’ils sont en train d’effectuer une mission de recherche pour retrouver une unité militaire mystérieusement disparue, les soldats aux ordres du capitaine Nathalie Artemis (Milla Jovovich) font face à un phénomène climatique inexpliqué. Une gigantesque tempête frappée par des éclairs magnétiques s’abat sur eux et envoie valdinguer leurs deux véhicules comme de vulgaire fétus de paille. Lorsque le calme revient, ils se retrouvent au beau milieu d’un paysage désertique inconnu. À peine ont-ils le temps de revenir à eux qu’un gigantesque monstre caché sous le sable surgit et les attaque. Artémis et quelques hommes ont tout juste le temps de s’échapper. Les voilà plongés dans un monde parallèle où de terrifiantes et colossales créatures règnent jour et nuit. Seule alternative pour survivre : s’improviser chasseurs de monstres…

La chasse est ouverte

La patine de Monster Hunter est son atout majeur. Au-delà de la photogénie sauvage de ses décors extérieurs, le film nous offre une galerie de monstres très impressionnants directement inspirée des jeux originaux : les diablos (qui évoquent d’abord les vers des sables de Dune ou de Tremors avant de révéler leur véritable morphologie cornue et bipède), les grouillantes araignées géantes qui infestent les souterrains, des dinosaures cuirassés dont l’apparence s’inspire des ankylosaures du Crétacé et le dragon Rathalos (le « boss » final) qui n’est pas sans rappeler le Smaug de la trilogie du Hobbit. Avouons-le tout de suite, ce bestiaire est l’un des seuls véritables intérêts du film. Certes, Milla Jovovich est dans une forme olympique et se démène avec beaucoup de conviction dans les nombreuses séquences de combat du métrage. Mais dès qu’elle s’aventure sur un registre différent (la comédie, l’émotion), les limites de sa palette sautent aux yeux. La mise en scène d’Anderson, de son côté, ne fait pas dans la dentelle. Le montage est souvent confus, l’action pas toujours lisible, et l’abus de ralentis vire presque à la parodie involontaire. Sans compter la tonitruante bande originale de Paul Haslinger. Mais c’est surtout le scénario de Monster Hunter qui déçoit. Après une entrée en matière intrigante et une première partie qui emboîte le pas de Duel dans le Pacifique (avec l’intéressante idée d’une impossibilité pour les deux antagonistes de communiquer par le langage), l’intrigue se met à tourner en rond, puis à rebondir n’importe comment comme un ballon qu’on aurait trop vite dégonflé. Des personnages improbables surgissent, les scènes d’action deviennent totalement incohérentes et le final bascule dans l’absurdité la plus totale. Échec commercial et critique, Monster Hunter ne remboursera son budget qu’à grand peine. La franchise espérée est donc tuée dans l’œuf, malgré une séquence post-générique à la Marvel qui cherche à relancer tardivement la curiosité du public.

 

© Gilles Penso

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LA CITÉ DES MONSTRES (1994)

Trois amis se retrouvent prisonniers d’un savant fou qui passe son temps à transformer les humains en mutants monstrueux

FREAKED

 

1993 – USA

 

Réalisé par Alex Winter et Tom Stern

 

Avec Alex Winter, Megan Ward, Michael Stoyanov, Randy Quaid, Brooke Shields, William Sadler, Deep Roy, Morgan Fairchild

 

THEMA MUTATIONS I FREAKS

Après le succès de la série animée Bill & Ted, elle-même inspirée du film L’Excellente aventure de Bill et Ted, Alex Winter, Tom Stern et Tim Burns sont embauchés par MTV pour concevoir un programme comique reposant sur le même humour absurde. Ce sera The Idiot Box, diffusé en 1991. Des sketches, de faux spots publicitaires et toutes sortes de parodies y alternent avec des clips musicaux. L’esprit du magazine Mad et du Monty Python’s Flying Circus règne dans cette émission délirante qui fonctionne plutôt bien auprès du public mais que le trio décide d’arrêter après six épisodes pour se consacrer à un long-métrage. La 20th Century Fox vient en effet de leur proposer un budget de douze millions de dollars pour porter leurs délires sur le grand écran. La tentation est trop grande, et c’est ainsi que naît le projet Hideous Mutant Freekz, qui sera finalement titré Freaked (La Cité des monstres en France). Winter, Stern et Burns en écrivent le scénario, les deux premiers assurant eux-mêmes la mise en scène.

Alex Winter interprète ici Ricky Coogin, un comédien vaniteux qui accepte, moyennant une coquette somme, de devenir le porte-parole de la société E.E.S. Il est donc envoyé dans la république de Santa Flan, en Amérique du Sud, pour tenter de redorer l’image de la compagnie et promouvoir le nouvel engrais chimique Zygrot 24. Avec son copain Ernie (Michael Stoyanov), il rencontre Julie (Megan Ward), une activiste qui veut leur faire découvrir les splendeurs du pays. En chemin, le trio découvre l’étrange cirque de monstres d’Elijah C. Skuggs (Randy Quaid). Mais ce dernier est un savant fou de la pire espèce. Il fait donc prisonnier nos trois amis avant d’opérer sur eux d’horribles mutations à partir du Zygrot 24. Ricky est transformé en créature mi-homme mi-gargouille, tandis que les corps d’Ernie et Julie sont fusionnés en un seul, tels des jumeaux siamois. Dans l’attente d’une livraison qui lui permettra de terminer les transformations de ses freaks mutants, Skuggs les séquestre dans une grange. Ils se retrouvent alors au milieu d’une imposante ménagerie humaine, victime du fertilisant.

La galerie des monstres

La Cité des monstres accumule les gags nonsensiques (la souris de l’ordinateur qui est un vrai rongeur, la grange minuscule à l’extérieur et immense à l’intérieur), et s’amuse à tirer à coups de boulets rouges sur la télévision américaine à travers ses sitcoms, ses pubs, ses jeux et ses reality shows. Freaked est surtout mémorable pour son incroyable galerie de monstres, à laquelle ont participé des ténors du maquillage spécial comme Steve Johnson (S.O.S. fantômes), Tony Gardner (Darkman) et Screaming Mad George (Society) : la bête humaine qu’est devenue Ricky (mi-homme mi-gargouille puis monstre géant complet), le frère et la sœur siamois Ernie/Julie (en permanence en train de se taper dessus), mais aussi la femme à barbe (Mister T !), le cow-boy (autrement dit un homme-vache), l’homme-ver, l’homme-chien (Keanu Reeves, non crédité au générique et méconnaissable), l’homme-nez, l’homme-chaussette, le squelette vivant, la cantatrice chauve psychopathe, l’homme-crapaud (qui attrape les mouches avec sa langue démesurée), l’homme chalumeau (dont les flatulences sont flambantes) et le gamin monstrueux. De fait, une grande partie du budget du film est allouée à la création de ce bestiaire délirant, auquel s’ajoutent quelques séquences en stop-motion conçues par les Chiodo Brothers et David Allen. Avec Freaked, la Fox espère générer un culte du même acabit que celui de Bill & Ted. Mais suite au résultat très décevant des projections test, le film n’aura droit qu’à une distribution limitée et demeure aujourd’hui encore assez confidentiel.

 

© Gilles Penso

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LA MONTAGNE ENSORCELÉE (1975)

Deux jeunes orphelins doués de pouvoirs extraordinaires sont pris en chasse par un millionnaire qui veut les exploiter…

ESCAPE TO WITCH MOUNTAIN

 

1975 – USA

 

Réalisé par John Hough

 

Avec Eddie Albert, Ray Milland, Donald Pleasence, Kim Richards, Ike Eisenmann, Walter Barnes, Reta Shaw, Denver Pyle, Alfred Ryder

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX I ENFANTS I EXTRA-TERRESTRES

Au milieu des années 70, le studio Disney cherche à diversifier ses longs-métrages en prises de vues réelles en se tournant vers des sujets un peu plus sombres que d’habitude. Le roman « Escape to Witch Mountain » écrit par Alexander H. Kay et publié en 1968 semble correspondre parfaitement à cette nouvelle ligne éditoriale. Les héros sont des enfants doués de pouvoirs magiques – ce qui est tout à fait en accord avec les canons habituels de chez Mickey – mais ils sont pris en chasse par des hommes peu recommandables soucieux de les exploiter et par des autochtones qui les accusent de sorcellerie. La noirceur voulue est bien là. Pour accentuer encore cette tonalité inquiétante, la mise en scène est confiée à John Hough, qui avait justement impressionné les cadres de Disney avec un film d’épouvante, en l’occurrence La Maison des damnés. Dès lors, Hough alternera les films pour Disney (Les Visiteurs d’un autre monde, Les Yeux de la forêt) et les films d’horreur (Incubus, American Gothic, Hurlements IV). Une ambiance étrange s’installe donc dès le début de La Montagne ensorcelée. Pendant le générique, rythmé par une musique nerveuse de Johnny Mandell, les silhouettes des deux enfants courent inlassablement, prises en chasse par des chiens féroces en dessin animé. Les aboiements de ces molosses retentiront à plusieurs reprises dans le film, hantant l’esprit des jeunes héros.

Cela dit, La Montagne ensorcelée prend plus volontiers les allures d’un conte pour enfants que d’un film d’épouvante. Ses héros, Tia (Kim Richards) et Tony (Ike Eisenmann), sont deux jeunes orphelins aux pouvoirs extraordinaires. Au fil du récit, nous découvrons qu’ils ont des dons de télépathie, de télékinésie, de prémonition, de lévitation, et qu’ils peuvent communiquer avec les animaux. Alors qu’ils viennent de s’installer dans un orphelinat, tous deux attirent l’attention de Mister Bolt (Ray Milland), un millionnaire sinistre qui s’intéresse visiblement à ce type de capacités paranormales pour asseoir sa toute-puissance. Il missionne alors Lucas Deranian (Donald Pleasence) qui se fait passer pour leur oncle, documents falsifiés à l’appui. Lorsque Tia et Tony emménagent dans l’immense manoir de Bolt, ils sentent bien que quelque chose cloche et préfèrent prendre la fuite…

Les fugitifs

Le cœur du film est donc une longue course-poursuite au cours de laquelle ce frère et cette sœur pas comme les autres se comportent comme des gangsters en cavale, aidés dans leur fuite par un veuf patibulaire au volant de son camping-car. Tout au long de La Montagne ensorcelée, on sent l’hésitation du réalisateur et de ses producteurs sur la bonne tonalité à adopter. Les souvenirs d’un lointain naufrage qui parviennent à Tia par bribes, les séquences de suspense un tantinet anxiogènes qui rythment la débâcle des fugitifs et le comportement faussement affable de Bolt et Deranian procurent leur petit lot de frissons. Parallèlement, plusieurs séquences d’une gratuite infantilité semblent vouloir raccrocher coûte que coûte ce long-métrage hybride à l’image candide des productions de la maison de Mickey, notamment cette longue chorégraphie des marionnettes à fil que les enfants font danser à distance en jubilant. Mais finalement, c’est peut-être ce caractère « bancal » qui offre à La Montagne ensorcelée sa singularité et son charme étrange, à une époque où l’uniformisation et le calibrage des films Disney n’était pas encore au goût du jour. Cette aventure riche en rebondissements s’achève sur un climax audacieux qui semble annoncer celui d’E.T. avec sept ans d’avance mais souffre hélas d’effets visuels ratés qu’on croirait échappés de La Soupe aux choux ! La Montagne ensorcelée génèrera une petite franchise : Les Visiteurs d’un autre monde, Beyond Witch Mountain, Le Mystère de la montagne ensorcelée et un remake en 2009 avec Dwayne Johnson et Carla Gugino.

 

© Gilles Penso


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L’ENTERRÉ VIVANT (1962)

Pour sa troisième adaptation des écrits d’Edgar Poe, Roger Corman met en vedette un homme terrifié à l’idée d’être mis en terre encore vivant…

THE PREMATURE BURIAL

 

1962 – USA

 

Réalisé par Roger Corman

 

Avec Ray Milland, Hazel Court, Richard Ney, Heather Angel, Alan Napier, John Dierkes, Dick Miller, Clive Halliday

 

THEMA MORT I SAGA EDGAR POE PAR ROGER CORMAN

Roger Corman s’étant momentanément brouillé avec American International Pictures, qui produisit ses deux précédentes adaptations d’Edgar Poe, il dut financer L’Enterré vivant avec l’aide des laboratoires Pathé et se passer de sa vedette Vincent Price, alors sous contrat exclusif chez AIP. Et c’est plus que dommage, car le héros torturé de La Chute de la maison Usher et La Chambre des tortures brille ici cruellement par son absence. Ray Milland, qui fut un mémorable salaud dans Le Crime était presque parfait d’Alfred Hitchcock, reprend donc le difficile flambeau en incarnant avec charisme le fort tourmenté Guy Carrell. Ce que Milland perd en magnétisme par rapport à son illustre prédécesseur, il le gagne cependant en fragilité et en sensibilité. Retiré dans une vieille demeure victorienne perdue au beau milieu d’une forêt d’arbres morts éternellement enlinceulés de brume stagnante (l’un de ces magnifiques décors conçus en studio par le brillant directeur artistique Daniel Haller), Carrell est terrifié à l’idée d’être un jour enterré vivant, comme le fut son père, victime d’une attaque catatonique imitant l’aspect de la mort.

Contre l’avis de sa sœur Kay, Carrell épouse la belle Emily Gault (Hazel Court, héroïne de Frankenstein s’est échappé), et semble peu à peu retrouver sa joie de vivre. Mais sitôt le mariage célébré, Guy se laisse à nouveau hanter par sa phobie qu’il mue en véritable obsession, d’autant qu’il est régulièrement harcelé par la vision de deux sinistres fossoyeurs ricanants, dont l’un est interprété par Dick Miller, l’un des acteurs fétiches de Roger Corman. « Pouvez-vous concevoir une telle chose : l’intolérable oppression des poumons, les exhalaisons suffocantes de la terre, l’étreinte rigide du cercueil, les ténèbres de la nuit et du silence absolu, comme une marée engloutissante ? » déclame ainsi Milland avec emphase, les dialogues de Charles Beaumont et Ray Russell rendant un bel hommage au texte torturé d’Edgar Poe chez qui la Mort a toujours été la phobie suprême et le pire des monstres (sa vie personnelle ayant été plus d’une fois ponctuée de décès brutaux).

« L’étreinte rigide du cercueil »

Puis survient cette séquence étonnante où Guy fait fièrement visiter à son épouse le mausolée flambant neuf qu’il vient de faire construire sur mesure, truffé d’issues de secours, de passages secrets, de trappes et d’alarmes, au cas où… Plus tard, le mausolée réapparaît dans une autre scène d’anthologie, transfiguré cette fois-ci par un cauchemar sinistre où Guy imagine qu’aucun de ses mécanismes ne fonctionne, le lieu étant envahi par les toiles d’araignées, les rats, les tarentules et les asticots. L’intrigue s’achemine sourdement vers son issue fatale, jusqu’à ce que la dernière demi-heure ne brise sa linéarité en multipliant les rebondissements riches en complots et en machinations, clignant au passage de l’œil vers la fameuse nouvelle « Les Résurrectionnistes » de Robert Louis Stevenson. Pour la petite histoire, le réalisateur se réconcilia finalement avec ses producteurs dès le début du tournage. Pathé revendit donc ses parts et L’Enterré vivant fit officiellement partie du prestigieux package Corman/Poe/AIP.

 

© Gilles Penso


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LA FEMME QUI RÉTRÉCIT (1981)

Le premier long-métrage de Joel Schumacher est un pastiche au féminin de L’Homme qui rétrécit

THE INCREDIBLE SHRINKING WOMAN

 

1981 – USA

 

Réalisé par Joel Schumacher

 

Avec Lily Tomlin, Charles Grodin, Ned Beatty, Henry Gibson, Elizabeth Wilson, Mark Blankfield, Maria Smith, Pamela Bellwood, John Glover, Nicholas Hormann

 

THEMA NAINS ET GÉANTS I SINGES

Star de l’émission Rowan & Martin Laugh-In entre 1969 et 1973, l’humoriste et comédienne Lily Tomlin est à l’époque extrêmement populaire auprès du public américain, ouvrant la voie aux praticiennes du stand-up, une discipline jusqu’alors très majoritairement masculine. Au début des années 80, sa fidèle collaboratrice et compagne Jane Wagner écrit pour elle une parodie au féminin de L’Homme qui rétrécit. Le projet semble taillé sur mesure pour John Landis qui, au sortir d’American College, se lance dans l’aventure. Mais quelques jours après le début du tournage, des tensions commencent à se faire ressentir. Le studio Universal décide en effet de diviser par trois le budget de 30 millions de dollars initialement prévu, ce qui implique des coupes drastiques dans le scénario, dans les choix de mise en scène et dans l’ambition du film. Exit donc John Landis, qui s’en va tourner Les Blues Brothers et laisse le poste de metteur en scène vacant. C’est un jeune talent prometteur qui va prendre le relais. Créateur de costumes (Woody et les robots, Intérieurs), signataire de quelques scénarios (The Wiz, Car Wash) et réalisateur d’une poignée de téléfilms (Virginia Hill, Amateur Night at the Dixie Bar and Grill), Joel Schumacher est alors un couteau suisse aux savoir-faire multiples qui n’a pas encore eu l’occasion de diriger un long-métrage pour le cinéma. La Femme qui rétrécit sera son baptême du feu. Il reprend donc les choses là où John Landis les a laissées et se lance dans cette comédie qui, selon le générique, est « suggérée par le roman de Richard Matheson ».

Lily Tomlin incarne Pat Kramer, mère de deux enfants particulièrement turbulents et épouse d’un créatif publicitaire (Charles Grodin) qui passe ses journées à inventer des noms de marques et des slogans. La peur de l’atome qui servait de moteur au scénario de L’Homme qui rétrécit n’étant plus au goût du jour, c’est la société de consommation qui est cette fois-ci dans le collimateur. Le changement du métabolisme de l’héroïne s’annonce progressivement, par petites touches. Un matin ses ongles lui semblent plus courts. Un autre jour, son bracelet tombe de son poignet. Puis elle constate sur la toise du médecin qu’elle ne mesure plus un mètre soixante-treize mais six centimètres de moins. Lorsque ses vêtements commencent à devenir trop grands, on l’envoie au Kleinman Institute, spécialisé dans les phénomènes inexpliqués. Après une interminable série de tests, le scientifique en charge de son cas (Henry Gibson) déduit que son rétrécissement est dû à une exposition prolongée aux produits ménagers qui l’entourent. En attendant la découverte d’un éventuel antidote, Pat continue à diminuer de jour en jour. Un consortium aux mauvaises intentions projette alors de prélever son sang pour créer une nouvelle arme redoutable : le sérum rétrécissant.

Clins d’œil

Reliquat probable du projet tel que devait le réaliser John Landis, La Femme qui rétrécit cligne plusieurs fois de l’œil vers Jack Arnold, le réalisateur de L’Homme qui rétrécit, à travers les jeux des enfants de Pat (une fausse araignée suspendue dans une douche, un costume de L’Étrange créature du lac noir, Les Survivants de l’infini qui passe à la télé). On trouve aussi en fin de métrage un gorille conçu et interprété par Rick Baker, le vieux complice de John Landis, qui rejoue avec Lily Tomlin un remake de King Kong. L’année de la sortie de La Femme qui rétrécit, Baker remportera l’Oscar des effets de maquillage pour Le Loup-garou de Londres. Il faut reconnaître que malgré son budget revu à la baisse, La Femme qui rétrécit recours à des effets spéciaux très réussis que supervise Bruce Logan, vétéran de 2001 l’odyssée de l’espace et La Guerre des étoiles. Perspectives forcées, décors et accessoires surdimensionnés, projections frontales et incrustations permettent des séquences folles comme l’attaque des jouets mécaniques, la dégringolade en skateboard, la chute dans l’évier ou la délirante poursuite finale. Dommage que les mécanismes comiques bâtis par Jane Alexander manquent tant de subtilité. Il y avait pourtant là matière à une excellente satire des habitudes consuméristes américaines, doublée d’une parabole intéressante de l’asservissement de la femme par des tâches ménagères qui la diminuent peu à peu. Une écriture plus rigoureuse et un point de vue plus affuté sur le récit n’auraient pas été de trop. Quant à Joel Schumacher, il peine à apposer le moindre style sur cette œuvre imaginée bien avant son entrée en jeu. Il lui faudra attendre St Elmo’s Fire et Génération perdue pour affirmer pleinement sa personnalité et son univers.

 

© Gilles Penso

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SCREAM GIRL (2015)

Cinq jeunes gens de 2015 se retrouvent coincés à l’intérieur d’un film d’horreur des années 80 où sévit un tueur psychopathe…

THE FINAL GIRLS

 

2015 – USA

 

Réalisé par Todd Strauss-Schulson

 

Avec Taissa Farmiga, Malin Åkerman, Alexander Ludwig, Nina Dobrev, Alia Shawkat, Thomas Middleditch, Adam DeVine, Angela Trimbur

 

THEMA TUEURS I CINÉMA ET TÉLÉVISION

Renouveler la mécanique éprouvée du slasher n’est pas une mince affaire pour les scénaristes et réalisateurs qui rivalisent d’énergie afin de s’écarter des sentiers battus tout en respectant les codes du genre. C’est à ce délicat exercice d’équilibristes que se livrent Joshua John Miller et Todd Strauss-Schulson, respectivement auteur et metteur en scène de Scream Girl. Miraculeusement rafraîchissante, cette comédie horrifique donne la vedette à Taissa Farmiga, qui n’est autre que la fille de Vera Farmiga, l’héroïne de la saga Conjuring et de la série Bates Motel. Ironiquement, la jeune actrice incarne dans Scream Girl la fille d’une comédienne spécialisée dans les films d’horreur. Elle se nomme Max Cartwright et sa mère Amanda est passée à la postérité en jouant dans un slasher culte des années 80, « Camp Bloodbath ». Et quoi que cette dernière fasse pour essayer de diversifier sa carrière, tout la ramène toujours à ce rôle qui lui colle à la peau. La mère et la fille sont liées par une forte complicité qui se brise violemment le jour où Amanda perd la vie dans un accident de voiture. Plongée dans une profonde dépression, Max accepte un an plus tard d’assister à une projection de « Camp Bloodbath » organisée par le frère de sa meilleure amie pour honorer la mémoire de sa mère. La soirée commence de manière festive, mais un concours de circonstances provoque un incendie dans la salle de cinéma. Pris dans le mouvement de panique, Max et quatre de ses amis traversent l’écran, seule issue possible… et se retrouvent « de l’autre côté du miroir ».

Présenté dès le prologue de Scream Girl à travers une fausse bande-annonce, « Camp Bloodbath » est une savoureuse parodie des premiers Vendredi 13, qui en reprend la patine, les clichés d’usage et les personnages ultra-stéréotypés. En terrain très familier, le spectateur découvre un groupe de moniteurs de camp de vacances menacés par un tueur fou masqué et armé d’une machette. Même la bande son reprend les célèbres chuchotements conçus par le compositeur Harry Manfredini. Au-delà des méfaits de Jason Voorhees, d’autres références cinéphiliques constellent ce désopilant  faux film, notamment Massacre à la tronçonneuse, Carnage ou Les Griffes de la nuit. C’est dans cet environnement très codifié que débarquent nos jeunes héros. Passée la surprise, ils doivent s’accommoder de cet univers factice dont ils font désormais partie. Charge à eux de prévenir les personnages fictifs du danger qui les menace et d’échapper eux-mêmes aux pulsions meurtrières du psycho-killer qui hante les bois…

La dernière fille

Le concept est fou, mené jusqu’au bout par un scénariste qui en exploite toutes les ramifications. Le choc culturel entre les protagonistes des années 2010 et les personnages archétypiques des années 80 est délectable. Les sujets sociaux sont tournés en dérision avec beaucoup d’humour (notamment les clichés machistes), tout comme les « règles du jeu » inhérentes au genre, en particulierla virginité comme seule arme efficace face au tueur. D’ailleurs, si le titre français se réfère un peu artificiellement aux « Scream Queens » et au Scream de Wes Craven, le titre original fait allusion à « la dernière fille », c’est-à-dire la survivante habituelle des slashers qui a su rester prude pendant tout le film et peut se mesurer au psycho-killer au moment du climax. La bride sur le cou, les comédiens improvisent beaucoup avec une bonne humeur très communicative. Mais Scream Girl recèle aussi une profondeur et une finesse inattendues. Derrière le pastiche, le film peut en effet s’appréhender comme une parabole du deuil. Pour la jeune héroïne, faire face au personnage qu’incarnait sa mère et accepter de la voir se faire trucider par cet assassin de cinéma, c’est une manière d’accepter sa disparition dans le monde réel. En écrivant ce scénario, Joshua John Miller reconnaît avoir lui-même pensé au décès de son propre père, le comédien Jason Miller, qui jouait le jeune prêtre de L’Exorciste. L’émotion nous saisit ainsi par surprise aux détours de ce qui s’avère bien plus qu’une simple farce conçue pour flatter les fans du genre.

 

© Gilles Penso

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