BAD MILO ! (2013)

Un homme victime de troubles gastriques répétés découvre un jour qu’un petit monstre vorace se loge dans ses intestins…

BAD MILO !

 

2013 – USA

 

Réalisé par Jacob Vaughan

 

Avec Ken Marino, Gillian Jacobs, Stephen Root, Peter Stormare, Mary Kay Place, Patrick Warburton, Kumail Nanjiani, Michael Penfold

 

THEMA MUTATIONS I PETITS MONSTRES 

Le concept de Bad Milo est digne du David Cronenberg de Frissons et Chromosome 3 ou du Frank Henenlotter de Frère de sang et Elmer le remue-méninges. Pourtant, le second long-métrage de Jacob Vaughan, signataire de la comédie policière The Cassidy Kids, ne ressemble à rien de connu. L’idée abracadabrante qui sous-tend le scénario aurait pu donner lieu à un spectacle trash et dégoulinant, quelque part entre les productions Troma les plus gratinées et les délires gores japonais assumant joyeusement leur mauvais goût (parmi lesquels un improbable Zombie Ass : Toilet of the Dead qui s’intéresse lui aussi au fondement de ses infortunés héros). Mais s’il assume frontalement son sujet « culotté » et s’il s’octroie quelques séquences gore carabinées, Jacob Vaughan rejette toute vulgarité et se drape même d’une certaine pudeur. Cette approche paradoxale rend Bad Milo insaisissable et fascinant. Le film nous fait rire et parvient même à nous toucher parce qu’il s’intéresse avant tout à ses personnages, à leurs failles, leurs défauts, leurs complexes et leurs fêlures. Voilà qui est surprenant, de la part d’un scénario centré sur le monstre assoiffé de chair humaine qui surgit de l’anus de son personnage principal !

Duncan (Ken Marino) est le héros de Bad Milo. Il forme avec Sarah (Gillian Jacobs) un couple tranquille et aimant, mais plusieurs éléments de sa vie provoquent chez lui des crises de stress qui se traduisent par des troubles gastriques. Comptable dans une société menée par un businessman sans scrupule (Patrick Warburton), il est contraint d’installer son bureau dans d’anciennes toilettes exiguës où il cohabite avec un collègue pénible (Erik Charles Nielsen), puis se retrouve chargé de licencier tous les employés non performants. Voilà qui ne facilite guère son transit intestinal ! Dans sa vie familiale, les choses ne sont pas beaucoup plus reluisantes. Son père (Stephen Root) a disparu de la circulation depuis qu’il est enfant et sa mère (Mary Kay Place) s’est mise en couple avec un quadragénaire (Kumail Nanjiani) qui aime détailler leurs ébats sexuels. Le gastro-entérologue qu’il consulte (Toby Huss) repère un gros polype dans son tube digestif. Lorsque la quantité de stress emmagasinée devient trop importante, l’impensable se produit : le polype s’extrait de son organisme par voie anale et prend la forme d’un monstre de soixante centimètres de haut ! Cette créature insatiable s’échappe dès lors régulièrement, massacre tous ceux qui ont contrarié Duncan puis réintègre son corps…

Volte-fesse

Désireux de recourir à des effets spéciaux « à l’ancienne », le réalisateur sollicite l’atelier Fractured FX Inc. de Justin Raleigh (Insidious, Sucker Punch, Army of the Dead) pour concevoir une marionnette animatronique personnalisant cette créature capable d’évoquer tour à tour la rage, la voracité ou l’affabilité. Les effets numériques interviennent pour lui faire cligner les yeux et pour effacer les deux marionnettistes qui la manipulent, mais sa présence physique est parfaitement palpable. Le design d’Aaron Sims (Stranger Things, Ça, Ready Player One), qui évoque parfois celui du bébé reptile de la série V, ne cherche jamais à nous faire croire à un être réaliste. Ce monstre malicieux et affamé est de la même trempe que les Critters, les Ghoulies ou les Gremlins, mais ce n’est pas seulement la nostalgie des années 80 qui dicte son look. Il se positionne avant tout comme un symbole, la part sombre d’un héros affable qui s’éveille pour faire ce dont il rêve inconsciemment sans oser se l’avouer : affronter ceux qui lui pourrissent la vie et leur rendre la monnaie de leur pièce. Milo (car tel est le nom de la bête) est le Mister Hyde de Duncan, l’équivalent gastrique du singe d’Incident de parcours ou du George Stark de La Part des ténèbres. Si cette bestiole anthropophage est l’attraction principale du film, les excellentes prestations de Peter Stormare en psychiatre cinglé, Patrick Warburton en patron amoral ou Stephen Root en père démissionnaire sont délectables, les dialogues reposant en grande partie sur des joutes verbales totalement improvisées. Exploité de manière confidentielle en salles et en vidéo, Bad Milo est donc une curiosité très recommandable.

 

© Gilles Penso

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DRACULA, MORT ET HEUREUX DE L’ÊTRE (1995)

20 ans après Frankenstein Junior, Mel Brooks passe à la moulinette parodique le plus célèbre des vampires, incarné ici par Leslie Nielsen…

DRACULA: DEAD AND LOVING IT

 

1995 – USA

 

Réalisé par Mel Brooks

 

Avec Leslie Nielsen, Mel Brooks, Amy Yasbeck, Peter MacNicol, Steven Weber, Lysette Anthony, Harvey Korman, Anne Bancroft, Ezio Greggio

 

THEMA DRACULA I VAMPIRES

Il est généralement admis que la meilleure parodie de films fantastiques jamais réalisée, toutes époques et toutes nationalités confondues, est Frankenstein Junior. Plus encore que la série des Deux nigauds, que le Bal des vampires ou que le Rocky Horror Picture Show, cette relecture délirante des Universal Monsters de l’âge d’or s’est imposée comme un mètre étalon jamais égalé. Mel Brooks allait il réitérer ce miracle deux décennies plus tard en s’attaquant cette fois-ci au comte Dracula ? Rien n’était moins sûr, malgré la sollicitation d’un des « clowns » les plus populaires de sa génération depuis Y’a-t-il un pilote dans l’avion : le vénérable Leslie Nielsen, endossant pour l’occasion la cape du célèbre vampire. Après avoir un temps envisagé de tourner son film en noir et blanc, comme à l’époque de Frankenstein Junior, Brooks opte finalement pour des couleurs chatoyantes, dans la mesure où les productions Universal sont moins dans sa ligne de mire que les films de la Hammer – ainsi que le récent Dracula de Francis Ford Coppola. Dracula, mort et heureux de l’être emprunte tout de même de nombreux éléments visuels et scénaristiques au Dracula de Tod Browning, notamment le remplacement de Jonathan Harker par Renfield lors du prologue, ou encore ce grand escalier dans le château du monstre où trône une gigantesque toile d’araignée (réminiscence non seulement de Dracula mais aussi de La Marque du vampire).

Tourné intégralement en studio à Culver City entre mai et juillet 1995, le onzième long-métrage de Mel Brooks s’offre une patine visuelle de premier ordre. Cette Transylvanie folklorique semble tout droit issue d’un film de Terence Fisher ou de Roger Corman – période Edgar Poe. La superbe photographie ultra-saturée de Michael D. O’Shea, les matte paintings foisonnants, les toiles peintes, les fumigènes, les bâtiments du 17ème siècle… tout dans le film fait faux, délicieusement faux, avec un sens du mimétisme qui rappelle irrésistiblement les films d’horreur des sixties, de la même manière que Frankenstein Junior imitait à merveille ceux des années trente. Dans ce même esprit d’approche formelle au premier degré, Hummie Mann compose une très belle musique orchestrale qui, au cours d’un générique de début accompagnant le feuilletage d’un livre orné d’images historiques inquiétantes, évoque le thème « Miracle of the Ark » des Aventuriers de l’arche perdue. Tissu d’influences composites s’efforçant de condenser six décennies d’adaptations du célèbre roman de Bram Stoker, Dracula, mort et heureux de l’être laisse logiquement Leslie Nielsen incorporer dans son jeu les mimiques, les gestuelles et les intonations de Bela Lugosi, Christopher Lee et même Gary Oldman (dont il « emprunte » la perruque exubérante le temps de deux séquences clignant de l’œil vers Coppola).

« Le jour me nuit ! »

Aux côtés du héros de Y’a-t-il un flic pour sauver la reine/le président/Hollywood, on apprécie la présence de l’irrésistible Peter MacNicol (Ally McBeal, S.O.S. fantômes 2) en Renfield (très inspiré de celui qu’incarnait jadis Dwight Frye), de la ravissante Amy Yasback (la Marianne de Sacré Robin des Bois) en Mina, de la non moins enivrante Lysette Anthony (la princesse de Krull) en Lucy et de l’excellent Steven Webber (le Jack Torrance de la mini-série Shining) en Jonathan Harker. Quant à Mel Brooks, il s’octroie le personnage de Van Helsing. En version originale, Dracula mort et heureux de l’être s’apprécie comme un véritable festival d’imitations d’accents, la plupart des membres du casting adoptant une élocution pseudo-anglaise excessive, sauf Leslie Nielsen et Mel Brooks qui s’expriment quant à eux avec des intonations d’Europe de l’Est improbables, quelque part entre l’Allemand et le Roumain. D’où une joute verbale absurde à base de soi-disant proverbes moldaves. Quelques jeux de mots compliquent d’ailleurs la vie des traducteurs, notamment l’éveil en sursaut de Dracula qui s’exclame « I had a daymare ! » (une phrase intraduisible qui devient en français « le jour me nuit ! »). Pétrie de bonnes intentions, cette parodie ne fait pourtant rire qu’épisodiquement, à cause de gags souvent poussifs, pas toujours bien rythmés et attendus pour la plupart. Certes, quelques-uns surnagent grâce à leur extravagance (le doigt de Renfield qui saigne abondamment, la chauve-souris qui a la tête de Leslie Nielsen, Dracula qui se cogne la tête au lustre en surgissant de son cercueil, le pieu dans le cœur) mais l’ensemble est plus souvent embarrassant que désopilant. Le miracle de Frankenstein Junior n’aura donc eu lieu qu’une seule fois. Accueilli froidement par le public et la critique, Dracula, mort et heureux de l’être sera le dernier long-métrage de Mel Brooks.

 

© Gilles Penso

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L’ANGE DU MAL (1985)

Une nouvelle adaptation glaçante du roman « La Mauvaise graine » conçue directement pour le petit écran…

THE BAD SEED

 

1985 – USA

 

Réalisé par Paul Wendkos

 

Avec Carrie Wells, Blair Brown, Lynn Redgrave, David Carradine, Richard Kiley, David Ogden Stiers, Chad Allen, Eve Smith, Carol Locatell

 

THEMA ENFANTS

La Mauvaise graine de Mervyn LeRoy est un classique, l’un des tout premiers jalons d’un sous-genre du cinéma d’épouvante consacré à l’enfance maléfique. Adapté de la pièce du même nom écrite par Maxwell Anderson, le film de LeRoy fait trente ans après sa sortie l’objet d’un remake télévisé qui entend bien retrouver l’esprit de la source littéraire originale. Retitré L’Ange du mal pour sa diffusion française, ce second Bad Seed est écrit et produit par le vétéran de la TV américaine George Eckstein (auteur de nombreux épisodes des Incorruptibles, Le Fugitif, Les Envahisseurs, producteur du Duel de Steven Spielberg) et réalisé par Paul Wendkos (qui signa l’étrange film d’horreur Satan, mon amour !). Carrie Wells incarne Rhoda Penmark, une enfant modèle de neuf ans qui fait la joie et l’admiration de tous. Mais sa mère Christine (Blair Brown) est de plus en plus troublée par les nombreux incidents frappant leur entourage. Et si Rhoda n’était pas l’ange qu’elle semble être mais un démon machiavélique aux pulsions homicides ? C’est en tout cas ce que semble penser Leroy, le domestique simple d’esprit qu’incarne David Carradine. À ses côtés, Lynn Redgrave incarne Eileen Heckart, une mère endeuillée par la mort de son fils dont la noyade pendant un pique-nique avec Rhoda est officiellement accidentelle. Mais l’est-elle vraiment ?

Le thème de l’enfant monstre ayant connu de nombreuses variantes depuis La Mauvaise graine originale, Paul Wendkos évite d’emprunter les lieux communs du genre, préférant l’angoisse hyperréaliste aux codes habituels du film d’épouvante. L’impact de son film n’en est que plus grand. La mise en scène sobre et naturaliste s’autorise parfois quelques effets de style suggestifs, comme la prise de vue en plongée qui s’élargit sur le groupe d’enfants après la mort du petit garçon, mais aussi un jeu intéressant sur les avant-plans. Cette nouvelle version s’éloigne ainsi ouvertement de la scénographie très théâtrale du film original. La bande originale de Paul Chihara (La Course à la mort de l’an 2000) joue de son côté la carte de la rupture, opposant les mélodies douces au piano ou à la guitare avec des contrepoints pesants joués par les violons et la contrebasse, tout en déclinant d’intéressantes variations sur « La Lettre à Élise » de Beethoveen, le morceau que joue la petite Rachel à ses heures perdues, c’est-à-dire entre deux meurtres.

Un si gentil petit monstre

Le scénario d’Eckstein reprend à son compte l’interrogation liée à la nature héréditaire du Mal, lorsque Christine découvre qu’elle est elle-même la fille d’un tueur condamné et donc potentiellement porteuse du « gène de l’assassin ». La psychopathie meurtrière se transmet-elle ? Saute-t-elle les générations ? L’un des défauts majeurs de La Mauvaise graine de 1956 était son dénouement artificiel moralisateur, un écueil que cette adaptation télévisée évite en restant fidèle à la chute écrite originellement par Maxwell Anderson. Toutes ces belles intentions ne rendent pas L’Ange du mal supérieur à La Mauvaise graine, loin s’en faut, d’autant que certains tics inhérents aux téléfilms des années 80 amenuisent souvent son impact. Il n’en demeure pas moins que Paul Wendkos soigne sa mise en scène, construisant un climat de malaise qui va crescendo jusqu’à son final déroutant. Diffusée à l’origine le 7 février 1985 sur la chaîne ABC, ce téléfilm tombé dans l’oubli mérite d’être redécouvert.

 

© Gilles Penso

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BABY, LE SECRET DE LA LÉGENDE OUBLIÉE (1985)

Un jeune couple découvre en pleine jungle africaine une famille de paisibles brontosaures convoités par des chercheurs cupides…

BABY, SECRET OF THE LOST LEGEND

 

1985 – USA

 

Réalisé par Bill W.L. Norton

 

Avec Sean Young, William Katt, Patrick McGoohan, Kyaki Mativo, Julian Curry, Hugh Quarshie, Olu Jacobs, Eddie Tagoe

 

THEMA DINOSAURES

Les dinosaures peuplant une jungle inconnue, thème récurrent d’un certain nombre de films d’aventures fantastiques du milieu des années 70 (Le Sixième continent, Le Continent oublié, Le Dernier dinosaure, Le Continent fantastique), étaient un peu tombés en désuétude à la fin de la décennie. Les voilà de retour dans Baby, le secret de la légende oubliée, une production Disney réalisé par Bill W.L. Norton (qui avait dirigé le téléfilm Gargouilles et la séquelle d’American Graffiti) et tournée en Côte d’Ivoire. Cette réapparition inespérée des grands sauriens de l’ère secondaire sur les écrans s’accompagne à l’époque d’une campagne médiatique importante qui fait du film un véritable événement avant même sa sortie. « Dans la forêt équatoriale de l’Afrique de l’Ouest, les rumeurs parlent d’une gigantesque créature reptilienne », nous annonce un carton d’introduction. « Présumée plus grande qu’un éléphant adulte, elle a été baptisée Mekele-Mobembe par les indigènes. De nombreuses expéditions ont été montées pour la trouver. A ce jour, aucune n’y est parvenu. » Nous voilà mis en condition. Place à Susan Matthews (Sean Young, l’androïde Rachel de Blade Runner), une jeune biologiste fraîchement mariée au journaliste George Loomis (William Katt, futur héros de House), venue étudier une épidémie mystérieuse sévissant parmi la population Kaleri d’une ville africaine. Par hasard, elle découvre qu’une famille de brontosaures a miraculeusement survécu et vit dans un coin reculé de la forêt…

La première apparition en plein jour des deux sauropodes adultes et de leur progéniture laisse aux spectateurs une impression bizarre. Leur évolution en plan large est franchement réussie et leur allure générale s’avère très respectueuse de la morphologie réelle des brontosaures, du moins telle que les paléontologues la décrivaient dans les années 80. Mais les gros plans trahissent le caoutchouc, les yeux sont ratés, la peau grossière, l’animation des bouches trop mécanique… Bref, ces créatures animatroniques conçues par Isidoro Raponi (King Kong) et Roland Tantin (La Foire des ténèbres) semblent presque échappées d’une attraction foraine. Quant au bébé, incarné par un acteur dans un costume, il s’avère encore moins crédible que les adultes. L’efficacité de Baby en est forcément amenuisée. C’est d’autant plus problématique que ces dinosaures sont l’attraction principale du film, pour ne pas dire sa raison d’être.

Bébé bronto

Passée cette incroyable découverte, qui permet tout de même à Baby de démarrer sur une note impressionnante, un rival scientifique envoyé par le gouvernement, le docteur Eric Kiviat (Patrick McGoohan, héros de la série Le Prisonnier), ancien maître d’études de Susan dévoré par l’ambition, cherche à kidnapper les animaux géants pour les présenter au monde civilisé, dans l’espoir d’en tirer la gloire. Cédant à la panique lors de la première rencontre avec le trio de brontosaures, les mercenaires engagés par Kiviat tuent le père puis capturent la mère. À leur insu, Susan et George parviennent à récupérer in-extremis le bébé dinosaure, le baptisent Baby et décident d’en prendre soin. Le petit brontosaure se comporte alors comme un enfant turbulent, dormant sous tente à leurs côtés et les taquinant pendant qu’ils roucoulent. Le souci, c’est qu’au-delà de ses effets spéciaux approximatifs, Baby souffre d’un humour un peu bas de plafond et cultive un racisme colonial à la Tintin qui était déjà très daté en 1985, les protagonistes noirs du film n’ayant droit qu’à trois types de rôles bien déterminés : les mercenaires brutaux assoiffés de sang, les gentils sauvages ou les faire-valoir comiques. Malgré les gros moyens déployés au cours des séquences d’action finales (vols d’hélicoptère, cascades, explosions et poursuites de voitures dans la jungle), Baby n’est donc pas le grand spectacle exotique espéré. Reste une belle bande originale épique signée Jerry Goldsmith.

 

© Gilles Penso

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BIG ASS SPIDER ! (2013)

Un exterminateur d’insectes et un agent de sécurité tentent de stopper une araignée mutante qui grossit à vue d’œil et sème la terreur dans Los Angeles…

BIG ASS SPIDER !

 

2013 – USA

 

Réalisé par Mike Mendez

 

Avec Greg Grunberg, Clare Kramer, Lombardo Boyar, Ray Wise, Patrick Bauchau, Lin Shaye, Alexis Knight, Ruben Pla, Lloyd Kaufman

                          

THEMA ARAIGNÉES

Les films SyFy pullulant de grands monstres en image de synthèse bas de gamme saturent les petits écrans depuis la fin des années 90. Face à cette masse grouillante et vorace, il n’est pas toujours simple de voir émerger des perles se distinguant du lot. Big Ass Spider se hisse pourtant au-dessus de la mêlée, en grande partie grâce à la personnalité et l’humour de son réalisateur Mike Mendez, dont les « titres de gloire » précédents s’appellent Serial Killers, Bimbo Movie Bash, Profanations et Le Couvent. En s’appuyant sur un scénario de Gregory Gieras (lui aussi coutumier du genre avec des films tels que Dark Asylum, Centipede ou Final Battle of the Lost Island), Mendez se réapproprie le motif de l’araignée géante (devenu un véritable sous-genre de l’horreur depuis Tarantula) qu’il traite avec un second degré permanent. Si le cocktail fonctionne, c’est surtout parce que l’humour est moins lié aux situations – traitées finalement avec autant de sérieux que dans un film au premier degré – qu’aux personnages. Greg Grunberg, ami d’enfance et acteur fétiche de J.J. Abrams, incarne un exterminateur de nuisibles zélé et opiniâtre. Le duo comique qu’il forme avec Lombardo Boyar est la trouvaille majeure du film. D’autres visages familiers égaient le métrage, comme Ray Wise (Twin Peaks) en chef militaire, Patrick Bauchau (Le Caméléon) en savant exalté ou Lloyd Kaufman (le légendaire patron de la compagnie Troma) dans le rôle minuscule d’un jogger qui se fait dévorer par la bête.

Lorsque Big Ass Spider ! commence, on croirait assister à la parodie d’un film de Zack Snyder. Tout est au ralenti, dans une ambiance de chaos, de panique et de destruction. Tandis que résonne la chanson « Where is my Mind » de Storm Large, Greg Grunberg ouvre les yeux, se redresse et avance au milieu de la tourmente, jusqu’à lever son regard vers un spectacle surréaliste : prise d’assaut par une nuée d’hélicoptères, une araignée grosse comme King Kong est juchée au sommet d’un building. Voilà une entrée en matière pour le moins efficace. Un flash-back nous ramène quelques heures en arrière. Piqué par une araignée lors d’une de ses interventions, l’exterminateur Alex Mathis (Grunberg) part se faire soigner à l’hôpital. Or dans les sous-sols du bâtiment, un sac mortuaire s’ouvre pour libérer une énorme araignée qui agresse un médecin légiste puis quelques patients avant de prendre la fuite. Aussitôt, le major Braxton Tanner (Ray Wise), le lieutenant Karly Brant (Clare Kramer) et un contingent militaire prennent possession des lieux pour gérer la crise. Ce monstre est né d’une expérience visant au départ à utiliser de l’ADN extra-terrestre pour faire croître les fruits et légumes et régler le problème de la famine dans le monde. Malheureusement, une petite araignée se promenait par-là, et la voilà désormais lâchée dans la nature, grandissant à vue d’œil… Alex décide de faire équipe avec l’agent de sécurité de l’hôpital José Ramos (Lombardo Boyar) pour tenter d’arrêter la créature…

Une araignée culottée

Comme à l’époque des shockers des années 80 qui ne se prenaient pas au sérieux mais soignaient tout particulièrement leurs séquences horrifiques (on pense notamment au Blob de Chuck Russell), Big Ass Spider nous offre quelques passages d’épouvante très efficace lorsque le monstre, alors gros comme un chat, rampe dans les conduits de l’hôpital en menaçant les malades alités. Des moments gore furtifs ponctuent par ailleurs le film, comme ce visage qui se décompose en accéléré lorsque la bête lui crache son venin, ces cadavres desséchés et grimaçants dans les cocons visqueux ou ces nombreux corps transpercés par les pattes acérées. Lorsque l’araignée atteint la taille d’un bulldozer, les images de synthèse ont du mal à suivre, malgré l’audace de certaines séquences comme l’attaque dans le parc ou la poursuite de la voiture des héros. Les travers des micro-productions estampillés SyFy apparaissent ainsi à mi-parcours, même si le monstre au stade final de sa mutation s’avère franchement impressionnant. Après avoir un peu bataillé pour conserver le titre Big Ass Spider (les distributeurs auraient préféré Mega Spider, moins « culotté » à leur goût), Mike Mendez boucle son film avec un budget minuscule, sollicitant même ses amis Facebook pour jouer la foule, les moyens à sa disposition ne lui permettant pas de se payer des figurants ! Le film est projeté en festival, sort dans quelques salles et connaît sa véritable carrière à la télévision, où il remporte un succès mérité.

 

© Gilles Penso

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BUCK ROGERS AU 25ème SIÈCLE (1979)

Le célèbre héros des années 30 prend le visage jovial de Gil Gerard dans ce téléfilm récréatif exploité au cinéma en nos contrées…

BUCK ROGERS IN THE 25th CENTURY

 

1979 – USA

 

Réalisé par Daniel Haller

 

Avec Gil Gerard, Pamela Hensley, Erin Gray, Henry Silva, Tim O’Connor, Joseph Wiseman, Duke Butler, Felix Silla, Caroline Smith

 

THEMA SPACE OPERA

En 1978, le célèbre producteur Glen A. Larson, futur créateur de Magnum, L’Homme qui tombe à pic et K 2000, surfait habilement sur le succès de La Guerre des étoiles en initiant la série Galactica, promise à un beau succès. Emporté par son élan, Larson lance l’année suivante un autre show intergalactique inspiré d’une nouvelle de Philip Francis Nowlan, parue en 1928 et transformée l’année suivante en bande dessinée ultra-populaire. Son titre : Buck Rogers au 25ème siècle. Proche de Flash Gordon, le personnage de Buck Rogers est le héros américain typique des années 30, luttant vaillamment contre des menaces délicieusement « pulp » (des hommes-tigres martiens, des pirates spatiaux, des barbares venus d’autres planètes) et séduisant de jolies princesses cosmiques. Glen A. Larson concocte sur cette base un téléfilm qui, selon l’accueil du public, se transformera en série. Pour la mise en scène, il sollicite Daniel Haller, signataire de deux adaptations des écrits de Lovecraft dans les années 60 (Le Messager du diable et The Dunwich Horror) devenu entretemps spécialiste du petit écran. Quant au scénario, il est co-écrit par Larson et Leslie Stevens (créateur de la série Au-delà du réel et réalisateur d’Incubus). Le rôle principal échoit à Gil Gerard, alors peu connu du public et un peu plus âgé que ce que la production imaginait. Mais les bouts d’essais du comédien sont si convaincants qu’il est aussitôt engagé.

L’histoire commence en 1987, autrement dit dans le futur. Le capitaine William « Buck » Rogers, l’un des astronautes les plus réputés de la NASA, est envoyé en mission d’exploration dans l’espace. Mais son vaisseau est soudainement dévié de sa trajectoire par une météorite et, sous l’effet d’une baisse brutale de température, ses systèmes biologiques se mettent à geler. Plongé en état d’hibernation, Rogers dérive alors au milieu des galaxies, à une vitesse avoisinant celle de la lumière. Il traverse ainsi cinq siècles sans vieilli. Nous le retrouvons en 2487, au moment où son vaisseau croise la trajectoire du « Draconia ». Cette forteresse spatiale est dirigée par la conquérante princesse Ardala (Pamela Hensley) et son âme damnée Kane (Henry Silva, toujours parfait en méchant). Ces émissaires de l’empire Draconien envisagent de conquérir la Terre et veulent se servir de Buck comme ticket d’entrée pour leurs sinistres plans…

« Biddi-Biddi-Biddi »

Buck Rogers au 25ème siècle ressemble presque à une variante « décontractée » de Galactica qui, bien souvent, avait tendance à se prendre trop au sérieux sans parvenir à s’extraire totalement de l’influence de La Guerre des étoiles. Certes, Buck Rogers paie lui aussi son tribut à Star Wars, notamment à travers deux séquences de batailles spatiales où s’animent des vaisseaux aux designs voisins de ceux de la saga de George Lucas. Mais le caractère résolument désinvolte de ce space opéra est la clé de son charme un peu unique. Ici, personne ne se prend vraiment très au sérieux, surtout pas le héros lui-même dont Gil Gerard s’empare avec une bonne humeur communicative. Son approche du personnage n’est pas sans évoquer celle de James Bond période Roger Moore, ce que semble confirmer ce générique avec des pin-up en tenue argentée qui posent langoureusement sur les lettres du titre du film, aux accents d’une chanson pop romantique susurrée par Kip Lennon. Après tout, 1979 est aussi l’année de Moonraker. L’exubérance contamine bientôt tous les personnages, notamment cette princesse aux allures de Cléopâtre interplanétaire ou le robot Twiki dont les onomatopées sonores (le fameux « Biddi-Biddi-Biddi ») sont prononcées par le légendaire Mel Blanc, la voix de Bugs Bunny et Daffy Duck. Ce second degré n’empêche pas une approche visuelle très soignée, les maquettes, les matte paintings et les décors rivalisant de beauté, sous la supervision de David M. Garber et Wayne Smith. Comme ce fut le cas pour le pilote de Galactica, le téléfilm Buck Rogers au 25ème siècle sort en salles dans plusieurs pays et y remporte un succès très honorable. D’où le lancement d’une série en deux saisons, d’abord sur la chaîne NBC puis un peu partout dans le monde.

 

© Gilles Penso

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L’ESPRIT DE CAÏN (1992)

Brian de Palma revient à ses premières amours pour décrire les profonds troubles psychiatriques d’un homme à personnalités multiples

RAISING CAIN

 

1992 – USA

 

Réalisé par Brian de Palma

 

Avec John Lithgow, Lolita Davidovich, Steven Bauer, Frances Sternhagen, Gregg Henry, Tom Bower, Mel Harris, Teri Austin

 

THEMA DOUBLES

L’accueil mitigé de Body Double pousse au milieu des années 80 Brian de Palma à changer de registre. Sortant de sa « zone de confort » hitchcockienne, il se lance ainsi dans des œuvres aussi variées que Wise Guys, Les Incorruptibles, Outrages ou Le Bûcher des vanités, avec des fortunes diverses. A vrai dire, seule sa relecture des aventures d’Eliott Ness enthousiasme les foules, les trois autres films ayant refroidi durablement le public. De Palma a donc besoin de se refaire, quitte à emprunter des sentiers déjà battus, avec en prime une contrainte logistique qu’il s’impose : un budget modeste et des décors situés tout près de chez lui, pour ne pas trop s’éloigner de sa femme enceinte de l’époque, la célèbre productrice Gale Ann Hurd. Le voilà donc plongé dans un nouveau thriller d’épouvante qui semble faire écho à tout un pan de son œuvre précédente. Structuré d’une manière plutôt inhabituelle (qui inspirera visiblement la narration éclatée de Reservoir Dogs et Pulp Fiction), le scénario de L’Esprit de Caïn jongle habilement entre la réalité, le rêve, l’hallucination et le flash-back, ce qui déroute parfois le spectateur sans empêcher pour autant le film de conserver une étonnante cohérence.

L’idée de départ du récit s’inspire du Voyeur de Michael Powell, avec lequel L’Esprit de Caïn entretient plusieurs points communs. Le film s’intéresse au docteur Carter Nix (John Lithgow), un psychologue pour enfants très respecté. Sa femme Jenny (Lolita Davidovich) s’inquiète tout de même de la manière dont son éminent mari étudie leur fille Amy (Amanda Pombo). De toute évidence, il considère son propre enfant comme un sujet d’étude, d’analyse et d’expérience. Les choses commencent à se gâter sérieusement lorsque Carter découvre que sa femme le trompe avec un certain Jack Dante (Steven Bauer). Cette révélation ouvre dans l’esprit de Carter de nombreuses failles. Car le cerveau tourmenté du pédopsychiatre réputé abrite plusieurs personnalités. Certaines sont bienveillantes et protectrices, d’autres nettement moins…

Mes doubles, ma femme et moi

Ce récit à tiroirs – dont De Palma regrettera plus tard le déséquilibre – offre au cinéaste l’occasion de citer une nouvelle fois Hitchcock, notamment dans la scène de la voiture immergée reprise plan par plan à Psychose. On note aussi un emprunt à Dario Argento (que ce dernier appréciera moyennement) au moment de l’apparition du tueur surgissant derrière le protagoniste, comme dans Ténèbres. Mais c’est surtout lui-même que De Palma cite dans L’Esprit de Caïn, en particulier Pulsions (le tueur déguisé en femme, la scène dans l’ascenseur, les fractionnements de personnalités) et Sœurs de sang (encore une histoire de doubles et de psychiatre fou). Ces retrouvailles avec des thèmes familiers s’accompagnent de fidélités professionnelles renouvelées : les acteurs John Lithgow (Obsession, Blow Out), Steven Bauer (Scarface, Body Double) et Gregg Henry (Scarface, Body Double), et bien sûr le compositeur Pino Donaggio. On notera la régularité métronomique avec laquelle surviennent les scènes chocs dans le film (souvent provoquées artificiellement par des hallucinations ou des rebondissements improbables). Soucieux de bien marquer le long-métrage de son empreinte, le cinéaste concocte un étonnant plan-séquence de plus de quatre minutes qui traverse plusieurs décors jusqu’à s’achever sur le gros plan d’un cadavre, ainsi qu’une séquence finale démesurée – au ralenti comme il se doit – clairement conçue pour constituer un morceau d’anthologie (avec le motif visuel du landau emprunté aux Incorruptibles). Maladroit mais virtuose, L’Esprit de Caïn demeure un exercice de style passionnant, situé à une période charnière de la filmographie du brillant Brian. Ce dernier retrouvera toute sa verve – et beaucoup plus de finesse – dans son film suivant, le magnifique L’Impasse.

 

© Gilles Penso

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LES ANGES GARDIENS (1995)

Jean-Marie Poiré et Christian Clavier tentent de réitérer le succès inespéré des Visiteurs… En vain hélas !

LES ANGES GARDIENS

 

1995 – FRANCE

 

Réalisé par Jean-Marie Poiré

 

Avec Christian Clavier, Gérard Depardieu, Eva Grimaldi, Yves Rénier, Frankie Chin, Alexandre Eskimo, Laurent Gendron, Eva Herzigova

 

THEMA DIEU, LES ANGES, LA BIBLE

Le colossal succès des Visiteurs n’avait pas été le fruit d’un miracle mais la concrétisation d’un concept malin : un voyage dans le temps reposant sur un double comique de situation, autrement dit le décalage temporel et l’association de personnages antithétiques. Persuadés que les mêmes causes produisent les mêmes effets, Jean-Marie Poiré et Christian Clavier tentent de recycler tous les ingrédients qui, à leur sens, avaient contribué à la réussite de leur vaudeville médiéval : Clavier qui gesticule en ressassant des expressions imagées à répétition (« c’est la cata ! » remplace « c’est okay ! »), un grand gaillard qui s’oppose à lui (Gérard Depardieu à la place de Jean Réno), un jeu sur les doubles (les anges supplantent les descendants), un peu de tôle froissée… Pour parachever cette politique du patchwork et de la surenchère, Poiré intègre des séquences d’action et de cascades à Hong Kong – l’Occident est alors en pleine découverte des folles exubérances du cinéma asiatique – mais aussi quelques chorégraphies déshabillées dans un cabaret, ce qui ne peut pas faire de mal. Résultat : le film est pesant et très rarement drôle, d’autant que l’apparition des anges gardiens, censée relancer l’intérêt du récit, s’avère parfaitement inutile au bon déroulement de l’intrigue.

Que raconte-t-il, au juste, ce film au budget colossal de plus de 16 millions d’euros ? Les mésaventures d’Antoine Carco (Depardieu), un ancien malfrat, propriétaire d’une boîte de nuit parisienne, qui s’envole pour Hong Kong afin de sauver le jeune fils d’un ami assassiné par la mafia chinoise, et de récupérer au passage 15 millions de dollars en bons du trésor. Sur place, il confie le garçon au père Hervé Tarain (Clavier), un prêtre bien sous tous rapports. Le choc entre ces deux personnalités que tout oppose se décuple lorsque Carco et Tarain voient apparaître leurs anges gardiens respectifs, chacun exprimant un caractère contraire à celui de l’humain qu’il accompagne. Le prêtre est donc suivi par un diablotin et le voyou par un bon garçon, fidèles à l’imagerie des petits diables et des petits anges récurrents dans l’univers du cartoon.

Bonne et mauvaise conscience

Contrairement aux Visiteurs, l’utilisation d’un argument fantastique et le déploiement de trucages numériques n’est ici qu’une concession manifeste aux effets de mode du moment, d’autant que les délires cartoonesques de The Mask viennent alors de remporter un grand succès. Ce sont aussi d’évidents caches misère supposés masquer les déficiences d’un récit en perte de vitesse. « Nous avons un peu piétiné dans ce scénario », nous avoue Jean-Marie Poiré. « Nous n’arrivions pas à augmenter la tension au-delà de la première heure. Alors que nous étions sur le point d’abandonner, je me suis souvenu de l’expérience que j’avais eue avec les images numériques des Visiteurs. En pensant à la voix de Dieu interprétée par Pierre Fresnay dans Don Camillo, j’ai songé à faire apparaître la conscience des personnages sous forme d’anges gardiens à leur image. » (1) A cette « surcouche » artificielle s’ajoute un surdécoupage outrancier. Pour 107 minutes de métrage, on compte 3510 plans, soit une moyenne de moins de deux secondes par plan ! Les changements d’axes se succèdent donc à une allure démente en pleines conversations et la bande son hurle au moindre crissement de pneu. Au lieu du rythme survolté escompté, c’est la migraine assurée pour le spectateur. Mais où diable est passé le Jean-Marie Poiré qui nous fit tant rire dans Le Père Noël est une ordure et Mes meilleurs copains ?

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 1995

 

© Gilles Penso

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ANTICHRIST (2009)

Lars Von Trier filme la descente aux enfers d’un couple endeuillé incarné par Charlotte Gainsbourg et Willem Dafoe

ANTICHRIST

 

2009 – DANEMARK / FRANCE / SUÈDE / ALLEMAGNE / ITALIE / POLOGNE

 

Réalisé par Lars Von Trier

 

Avec Charlotte Gainsbourg, Willem Dafoe, Storm Acheche Sahlstrøm

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Lorsqu’il s’attaque au tournage d’Antichrist, Lars Von Trier sort tout juste d’un séjour dans un institut psychiatrique suite à une grave dépression. C’est donc dans un état mental très particulier qu’il tourne ce qui va s’avérer être le premier volet d’une « trilogie de la dépression », les deux suivants étant Melancholia et Nymphomaniac. Si sa volonté, à travers Antichrist, est de réaliser un film d’horreur dans les règles de l’art, il est évident que son approche est résolument anticonformiste. Il tient cependant à rendre hommage à un cinéaste particulier, auquel le film est dédié : Andrei Tarkovsky. Plusieurs références visuelles au réalisateur russe seront d’ailleurs repérables au fil du métrage. Antichrist s’ouvre sur un prologue choc, dans un noir et blanc somptueux au ralenti, sur fond d’un opéra d’Handel. Von Trier abandonne donc le hideux format vidéo de son dogme pour revenir à l’approche hyper-esthétique de ses travaux des années 80 (Element of Crime, Europa). Tandis qu’Eros et Thanatos s’entremêlent en un troublant adagio, le cinéaste nous annonce à travers quelques plans savamment choisis qu’il ne fera aucune concession et ne s’embarrassera pas de tabous. Le sexe et la mort nous sont exposés sans entraves.

Après cette entrée en matière posant les premiers jalons du drame, Antichrist se structure autour d’un découpage en quatre parties bien distinctes. Le premier chapitre se titre sobrement « deuil ». Après la mort de son fils Nic, la femme sans nom incarnée par Charlotte Gainsbourg entre dans une profonde dépression. Son époux thérapeute (Willem Dafoe) essaie de la soigner à domicile. Là, le cinéaste adopte une rupture de style, comme s’il revenait provisoirement au « dogme ». La caméra est portée, le montage favorise les jump cuts, l’éclairage se contente des sources de lumière naturelles, les reports de mise au point sont approximatifs. Quelques plans insolites, où la terreur prend racine dans les détails les plus banals, évoquent certains travaux de David Lynch. Peu à peu, Antichrist prend les allures d’un drame humain filmé comme un film d’horreur. C’est ce que confirme le second chapitre, « douleur », dans lequel le couple brisé part se réfugier dans un chalet perdu dans la forêt qui n’a rien à envier à la cabane d’Evil Dead. D’autant que les glands des arbres n’en finissent pas de tomber sur le toit, rythmant lugubrement le séjour du couple. Dans cet « eden » pas vraiment paradisiaque, tous deux sont frappés de visions. Tandis qu’elle entend la voix de son enfant dans les bois, lui voit des animaux au comportement étrange, dont un renard qui lui déclare : « le chaos règne ».

Le chaos règne

C’est le chapitre 3, titré « désespoir », qui contient les séquences les plus crues et les plus intenses du film, celles qui lui valurent plusieurs démêlées avec la censure. Le malaise monte d’un cran lorsque l’époux découvre dans le grenier une thèse inachevée de son épouse, prouvant la malignité du sexe féminin au fil des âges. « Les femmes ne contrôlent pas leur corps, c’est la nature », peut-on y lire. Là, tout bascule vers un point de non-retour. Il y a d’abord cette séquence impensable où Charlotte Gainsbourg se masturbe en pleine forêt, puis cette éprouvante scène de la grange où le sexe et le sang s’entremêlent atrocement. Ou encore l’invraisemblable séquence des ciseaux, qui servira de base visuelle à l’un des posters anglo-saxons du film. Après ce rollercoaster émotionnel et viscéral, Antichrist s’achemine vers son ultime chapitre, « les trois mendiants ». Lars Von Trier aurait-il signé là un film misogyne, bêtement provocateur, vide de sens ? Il faut surtout y voir une sorte de thérapie étrange, l’exorcisation sur grand écran de sa propre dépression. Une descente aux enfers où la folie supplante la raison, ou l’autodestruction mène au nihilisme. « Tout ça ne sert à rien » dira Charlotte au cours de la dernière partie du film. Certains pourront estimer que cette phrase qualifie le film tout entier. Les autres auront du mal à se remettre de ce cauchemar éprouvant. En lisant le générique de fin, on découvre le listing d’une armada de consultants : en misogynie, en mythologie, en théologie, en thérapie, en angoisse, et même en films d’horreur !

 

© Gilles Penso

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IL ÉTAIT UNE FOIS (2007)

Victime du sort jeté par une sorcière, une princesse de conte de fées se retrouve propulsée dans le monde réel…

ENCHANTED

 

2007 – USA

 

Réalisé par Kevin Lima

 

Avec Amy Adams, Patrick Dempsey, James Marsden, Timothy Spall, Idina Menzel, Rachel Covey, Susan Sarandon

 

THEMA CONTES I DRAGONS

Shrek ayant dynamité en 2001 les codes du conte de fées traditionnel avec un succès inespéré, les studios Disney décident de s’engouffrer dans la brèche. Cependant, pour éviter de scier la branche sur laquelle elle est assise, la compagnie aux grandes oreilles ne verse pas dans le même cynisme parodique que Dreamworks. Elle opte pour un juste milieu, autrement dit une comédie romantique jouant sur le décalage, via un concept simple mais très efficace : que se passerait-il si la princesse d’un conte de fées se trouvait propulsée dans le monde réel ? Les dix premières minutes d’Il était une fois sont donc un dessin animé qui semble concentrer tous les clichés du conte disneyen. Promise à un courageux prince charmant qui capture des Trolls comme on prend son petit-déjeuner, la belle Giselle est un modèle d’innocence qui communique avec les animaux de la forêt en chantant. Hélas, sa future belle-mère est une reine cruelle qui craint de la voir quérir son trône. Pour éviter pareille déconvenue, la détestable marâtre la précipite dans un puits qui donne sur un monde parallèle, le nôtre. Voilà donc notre guillerette princesse de dessin animé muée en être humain en chair et en os au beau milieu de la jungle urbaine de New York. Aussi peu à l’aise en pareil contexte qu’un poisson hors de l’eau, Giselle fait la connaissance d’un séduisant avocat spécialiste du divorce, et divorcé lui-même. Une idylle s’installe tranquillement entre eux, mais un amour de conte de fées peut-il survivre dans le monde réel ? Et qu’en est-il du prince charmant, qui décide à son tour de faire le grand saut pour sauver sa belle ?

Capitalisant sur ses acquis, Disney réquisitionne le réalisateur Kevin Lima (Tarzan, Les 102 dalmatiens), le compositeur Alan Menken (La Petite sirène, La Belle et la Bête, Aladdin) et le parolier Stephen Schwartz (Pocahontas, Le Bossu de Notre Dame). Le film oscille donc entre le conte gentillet, la comédie musicale et le pastiche pur et dur. Et il faut reconnaître que la mayonnaise prend plutôt bien. Amy Adams et James Mardsen excellent dans le rôle des héros naïfs et candides, Patrick Dempsey est idéal en amoureux transi (exercice auquel la série Grey’s Anatomy l’a rompu), Susan Sarandon prend un plaisir manifeste à incarner la vile sorcière, et plusieurs situations sont franchement drôles.

Un dragon qui se prend pour King Kong

Quant aux effets spéciaux, ils visualisent les transitions entre les deux univers et donnent vie, au cours du climax, à un gigantesque dragon escaladant les buildings de Manhattan en parfait émule de King Kong (sous la supervision de Phil Tippett). Si ce n’est que cette fois, le monstre emporte dans sa patte non pas la jeune fille effarouchée mais son prétendant. Rien de plus normal, puisque le dragon est une dragonne, reprenant avec panache le motif du final de La Belle au bois dormant, le reste du film clignant régulièrement de l’œil vers Blanche Neige et les sept nains (la reine cruelle qui se mue en vieille mégère, la pomme empoisonnée, les animaux qui nettoient la maison) et Cendrillon (la chaussure abandonnée à la fin du bal). L’exercice du film familial est donc réussi, Il était une fois réunissant sans heurts les goûts des tout petits et les exigences de leurs parents.

 

© Gilles Penso

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