TETSUO 2 (1992)

Et si la colère était capable de transformer n’importe quel citoyen en machine à tuer mi-organique mi-mécanique ?

TETSUO II – BODY HAMMER

 

1992 – JAPON

 

Réalisé par Shinya Tsukamoto

 

Avec Nobu Kanaoka, Tomoro Taguchi, Shinya Tsukamoto, Iwata, Sujin Kim, Keinosuke Tomioka, Hideaki Tezuka, Tomoo Asada, Torauemon Utazawa

 

THEMA MUTATIONS

L’accueil très enthousiaste de Tetsuo auprès d’une communauté d’amateurs l’ayant principalement découvert en festival poussa Shinya Tsukamoto à poursuivre ses expérimentations biomécaniques et à élargir son champ d’action. D’où Tetsuo 2 qui, comme son titre ne l’indique pas, n’est pas une suite du premier opus mais plutôt une variante sur les mêmes thématiques. Cette fausse séquelle aurait même les allures d’une sorte de remake à plus grande échelle qui présente deux différences majeures avec son prédécesseur : une approche plus narrative et le passage du noir et blanc à la couleur. Cette ambition revue à la hausse empêche Tsukamoto de financer le film lui-même, comme c’était le cas pour le premier Testuo tourné quasiment dans les conditions d’un court-métrage amateur. Il se rapproche donc de la productrice Hirmo Ahara qui parvient à intéresser plusieurs sponsors grâce à la réputation montante de ce jeune réalisateur appréhendé comme un artiste underground très prometteur. C’est finalement Toshiba-EMI qui offre la proposition financière la plus attrayante et permet ainsi à Tetsuo 2 de se concrétiser tout en offrant à son auteur la possibilité de garder le contrôle total de son film. Car Tsukamoto continue d’occuper tous les postes clés : l’écriture, la réalisation, la production exécutive, la photographie, le montage, la direction artistique et même l’un des rôles principaux.

Tetsuo 2 remet donc les compteurs à zéro. Tomoro Taguchi, Nobu Kanaoka et Shinya Tsukamoto reprennent leurs personnages respectifs du héros transformé en homme-machine, de sa compagne et de son adversaire, mais dans une configuration un peu différente. Les deux premiers interprètent un couple tranquille vivant au cœur d’une cité japonaise. Soudain, en pleine rue, leur jeune fils est kidnappé par deux brutes qui ont préalablement injecté dans le corps du père une substance inconnue à l’aide d’une sorte de pistolet expérimental. Cet enlèvement et la course-poursuite qui s’ensuit ressemblent à une mise à l’épreuve visant à pousser l’homme à bout et à exprimer sa colère. En pareille circonstance, le docteur Bruce Banner se transformerait en Hulk. Notre protagoniste, lui, voit l’un de ses bras se métamorphoser en canon mi-organique mi-mécanique à la puissance de feu spectaculaire. Le voilà devenu cobaye d’une expérience étrange. Mué en machine destructrice, il se retrouve pourchassé par un tueur aussi puissant que lui. « « La grandeur du désir meurtrier est le point critique » affirme ce dernier, prélude d’un duel entre les deux êtres qui prend vite des proportions titanesques.

La guerre des hommes-machines

Plus que jamais, l’influence de Videodrome transpire sur l’univers de Tsukamoto, qui s’éloigne d’un traitement graphique à la Eraserhead sans se départir de sa fascination pour l’imagerie industrielle. Si ce n’est qu’avec un traitement désormais en couleur, les prises de vues d’usines sont rougeoyantes, voire incandescentes lorsque la caméra s’attarde sur les fonderies. Quant à la ferraille et aux façades d’immeubles, elles prennent une teinte bleutée blafarde. En agrandissant le scope de son récit, le cinéaste semble vouloir cibler un public moins restreint. D’où une trame narrative plus « lisible » que celle du film précédent et une certaine retenue concernant le gore et le sexe. Même si en ce double domaine Tsukamoto se rattrape dans le dernier acte, notamment à travers un flash-back perturbant. En filigrane du film, il nous semble déceler une satire du culte du corps, comme en témoignent tous ces hommes-esclaves adeptes de la musculation qui ont troqué leur individualité contre une anatomie surdéveloppée, tous identiques comme autant d’automates moulés sur le même modèle. L’augmentation de l’enveloppe charnelle, de ses performances et de son agressivité sont au cœur de Tetsuo 2, avec comme point culminant un hallucinant affrontement entre deux hommes-métal, sous les yeux effarés de Nobu Kanaoka qui semble devenue le dernier rempart entre la machine et l’homme.

 

© Gilles Penso


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SPIDERS 2 (2001)

Dans cette fausse suite de Spiders, des araignées géantes génétiquement modifiées envahissent un vieux cargo…

SPIDERS 2 : BREEDING GROUND

 

2001 – USA

 

Réalisé par Sam Firstenberg

 

Avec Stephanie Niznik, Greg Cromer, Daniel Quinn, Richard Moll, Harel Noff, Yuri Safchev, Dimiter Kuzov, Miroslava Bonjeva

 

THEMA ARAIGNÉES

Sans déborder d’originalité, le postulat de cette fausse séquelle du Spiders de Gary Jones laissait espérer une série B énergique et déjantée, comme l’était son réjouissant modèle. Un jeune couple de naufragés, Jason et Alexandra, y est repêché par un cargo en piteux état. A son bord, un savant fou déguisé en médecin respectable, le docteur Gabec, crée des araignées géantes génétiquement modifiées et les accouple à des cobayes humains involontaires dans le but de concevoir une race hybride indestructible. Voilà qui était plutôt prometteur, l’intrigue semblant osciller entre Tarantula de Jack Arnold et Alien la résurrection de Jean-Pierre Jeunet. Hélas, la majeure partie du métrage est consacrée à des bavardages plutôt insipides entre les fades protagonistes et des déambulations sans fin dans les coursives du rafiot poussiéreux. Quant aux araignées du titre, elles se contentent, pour leur part, de figurations furtives et frustrantes.

Les vingt dernières minutes renversent heureusement la vapeur, car l’héroïne, se prenant pour la Ripley d’Aliens comme celle du précédent Spiders, décide d’affronter les immondes bestioles pour sauver son époux, sur le point d’accoucher d’une charmante progéniture à huit pattes. Des arachnides gros comme des bœufs déambulent alors un peu partout dans le bateau, attaquant tous ceux qui passent à leur portée et proliférant de fort inquiétante manière. Les effets spéciaux qui donnent vie aux gigantesques invertébrés varient de l’efficace au passable, et utilisent toute la palette des techniques possibles : marionnettes mécaniques grandeur nature qui bavent abondamment, images de synthèse dynamiques mais pas toujours incrustées avec bonheur dans les décors réels, ou encore tarentules réelles cavalant sur des bouts de maquettes pour quelques plans très furtifs.

Œufs gluants et mandibules fatales

Pour distraire un peu le spectateur engourdi, le film n’hésite guère à verser dans le gore qui éclabousse, accumulant quelques séquences peu ragoûtantes comme la ponte des œufs arachnéens dans la poitrine des cobayes humains involontaires. Dans le rôle du médecin agité du bocal, Richard Moll (abominable homme des neiges dans L’Homme des cavernes, zombie dans House et fantôme dans Scary Movie 2) en fait des tonnes, crispant son visage buriné comme un bouledogue en colère, et finit bien entendu entre les mandibules d’une de ses créatures affamées. On préfèrera de loin le film de Gary Jones, dont cette séquelle a conservé les maladresses mais pas vraiment les qualités, le réalisateur Sam Firstenberg (dont les titres de gloire se nomment Cyborg Cop ou American Ninja) assurant ici le service minimum. Notons tout de même une partition intéressante de Serge Colbert, qui emploie des chœurs féminins et des sonorités arabisantes du plus étonnant effet.

 

© Gilles Penso

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STARMAN (1984)

John Carpenter conte la romance impossible entre une jeune veuve et une entité extra-terrestre réincarnée dans le corps de son défunt époux…

STARMAN

 

1984 – USA

 

Réalisé par John Carpenter

 

Avec Jeff Bridges, Karen Allen, Charles Martin Smith, Richard Jaeckel, Robert Phalen, Tony Edwards, John Walter Davis 

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA JOHN CARPENTER

En 1982, John Carpenter réalise ce que beaucoup considèrent comme son meilleur film : The Thing, érigé aujourd’hui au statut de classique indétrônable dans le double domaine de l’horreur et de la science-fiction. Mais le jour de sa sortie, le film passe complètement inaperçu. Le public du monde entier n’a alors d’yeux que pour E.T., personne ne veut entendre parler d’extra-terrestre agressif et The Thing est un bide retentissant. Carpenter aura du mal à se relever de ce fiasco commercial. Passer aux commandes de Starman est donc une manière pour lui de renverser la vapeur et de prendre sa revanche en brossant – de prime abord – les spectateurs d’E.T. dans le sens du poil. Il s’agit d’ailleurs d’une œuvre de commande pure, développée pendant cinq ans et destinée par le studio Columbia à des cinéastes aussi variés que Peter Hyams, Adrian Lyne, Tony Scott ou John Badham. En héritant du film, Carpenter teinte le récit d’amertume et de bizarrerie. À l’histoire d’amitié entre un petit garçon et une créature extra-terrestre de E.T., Starman substitue une love story désespérée entre une jeune veuve (Karen Allen) et une entité venue des étoiles qui a pris l’apparence de son défunt époux (Jeff Bridges).

Pour pouvoir adopter un langage corporel imprévisible, Jeff Bridges a l’excellente idée d’étudier l’attitude des oiseaux, et notamment leurs brusques mouvements de tête. D’où une prestation « autre » qui concourt beaucoup à la crédibilité de son personnage (et qui lui vaudra même une nomination aux Oscars, mais il était difficile de lutter face à F. Murray Abraham dans Amadeus). En centrant son intrigue sur le motif du couple en cavale (pris en chasse ici par des membres du gouvernement qui, pour le coup, semblent s’être échappés d’E.T.), le film prend vite la tournure d’un road movie. C’est l’occasion pour John Carpenter de saisir la photogénie de sites extérieurs captés aux quatre coins des États-Unis. Magnifiquement cadrés en Cinémascope sous la supervision du directeur de la photographie Donald Morgan (déjà à l’œuvre sur Christine), ces décors naturels servent d’écrin à deux composantes jusqu’alors rares dans la filmographie de Carpenter : la romance et la comédieCe récit de science-fiction peut par ailleurs s’appréhender comme une métaphore du processus de deuil. 

Lyrisme spatial

Comme à l’époque de The Thing, Carpenter cède ici la bande originale à un autre musicien, en l’occurrence Jack Nietzsche. Si les tonalités synthétiques si chère au cinéaste sont toujours là, leur usage est aux antipodes des compositions minimalistes et obsédantes auxquelles il nous a habitués. « Nous étions arrivés à un point où la technologie des synthétiseurs était capable de prélever une note, chantée par Bobbie St Marie, l’épouse de Jack Nietzsche, ce qui permettait de la jouer à différentes hauteurs », raconte Carpenter. « Sa voix incroyablement pure a servi le film. Ce qui est étrange, c’est que Nietzsche est un compositeur habituellement très cynique, très sombre, or sa composition pour Starman est merveilleusement romantique » (1). Nous nous permettrons de tempérer quelque peu l’enthousiasme du cinéaste. Pour avant-gardiste qu’elle soit, cette musique n’en demeure pas moins artificielle et exagérément lyrique, entamant la suspension d’incrédulité des spectateurs. Le même sentiment concerne les effets spéciaux cosmétiques, qui sollicitent pourtant trois des plus grands maquilleurs spéciaux de tous les temps (Rick Baker, Dick Smith et Stan Winston). Ce trio de prestige concocte en effet une séquence de transformation de nouveau-né en adulte certes spectaculaire mais absolument pas crédible. Une approche moins démonstrative eut été plus pertinente. C’est donc cette absence de subtilité qui nuit le plus à Starman, comme si Carpenter, en terrain peu familier, se sentait obligé de forcer le trait. Et pourtant, allez savoir pourquoi, le charme opère. Sans doute parce que Karen Allen nous touche dans un registre très éloigné de la Marion des Aventuriers de l’arche perdue, que Jeff Bridges est irrésistible en « poisson hors de l’eau » à la candeur si rafraîchissante, et que les maladresses du film se transforment presque en force. En cherchant le ton juste, le réalisateur de The Thing se retrouve dans une position de déséquilibre qui fait de son dixième long-métrage une œuvre rare, unique et finalement incomparable.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 1995

 

© Gilles Penso


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LA VENGEANCE DE FU MANCHU (1967)

Christopher Lee revient sous la peau du maître du crime asiatique, utilisant l’hypnose et la chirurgie esthétique pour étendre son royaume du mal

THE VENGEANCE OF FU MANCHU

 

1967 – GB

 

Réalisé par Jeremy Summers

 

Avec Christopher Lee, Douglas Wilmer, Tsai Chin, Tony Ferrer, Wolfgang Kieling, Susanne Roquette, Horst Frank

 

THEMA SUPER-VILAINS I SAGA FU MANCHU

Fu Manchu nous avait promis qu’on réentendrait parler de lui à la fin des 13 fiancées de Fu Manchu. Il n’avait pas menti ! Le revoilà, dirigé cette fois-ci par Jeremy Summers, dont la carrière s’est surtout concentrée à la télévision entre 1960 et 1998. Cette troisième aventure du maléfique Asiatique fait donc figure d’exception dans la filmographie de Summers, aux côtés de quatre ou cinq obscurs longs métrages. Et de fait, l’inventivité de Don Sharp brille ici par son absence, un sentiment de routine s’installant peu à peu dans cette franchise à bout de souffle. Tourné principalement dans les studios irlandais Ardmore et sur les plateaux de la compagnie hongkongaise Shaw Brothers, La Vengeance de Fu Manchu nous montre le sinistre maître du crime (toujours incarné avec panache par Christopher Lee) se réinstaller dans le village de ses ancêtres, aux côtés de sa fille Lin Tang (Tsai Chin), qui dirige désormais une partie des opérations pour lui. Alors que Fu Manchu planifie encore une machination diabolique, le commissaire Nayland Smith (Douglas Wilmer), figure héroïque de Scotland Yard, se rend à Paris pour inaugurer la création d’Interpol. Cette réunion des polices du monde occidental vise à éradiquer le mal, dont Fu Manchu est le symbole.

Le super-vilain moustachu étant officiellement trépassé, l’enquête en cours se concentre sur un chef du banditisme organisé nommé Rudolph Moss. Cet Américain pur jus, qui arbore fièrement un chapeau de cowboy et distribue des castagnes à tour de bras, est bizarrement interprété par un acteur allemand, en l’occurrence Horst Frank, pour des raisons de co-production germano-britannique. Quand sa blonde maîtresse l’interroge sur ses projets, il répond jovialement : « je vais à l’autre bout du monde pour rencontrer le diable et lui proposer de devenir mon associé », autrement dit devenir le complice de Fu Manchu. Ce dernier, qui a la dent dure contre Nayland Smith, le fait enlever et remplacer par une doublure, dont le visage a entièrement été modifié par l’un des meilleurs chirurgiens du monde, le docteur Lieberson (Wolfgang Kieling). Sous hypnose, ce faux Smith assassine la délicieuse assistante asiatique Jasmine (Mona Chnog) et se retrouve logiquement accusé de meurtre.

Meurtre sous hypnose

Dès lors, le scénario de La Vengeance de Fu Manchu s’appuie sur un suspense faussé. En effet, l’intrigue s’attarde plus que de raison sur le procès et la condamnation de Nayland Smith. Or c’est le sosie qui comparait, qui est emprisonné et qui risque la peine capitale. L’enjeu n’a donc rien de bien palpitant, dans la mesure où le sort de cet avatar hypnotisé nous importe peu. Comme en outre le film s’encombre de péripéties sans envergure, de sous-intrigues inutiles (la maîtresse du gangster qui est employée dans un night-club) et ne nous offre que de molles bagarres en guise de scènes d’action, autant dire que cette Vengeance de Fu Manchu ne suscite que peu d’intérêt. Et lorsque Christopher Lee déclame en fin de métrage sa traditionnelle réplique « bientôt, le monde entendra parler de moi de nouveau », alors que sa forteresse vient de partir en fumée, les spectateurs appréhendent les futurs épisodes sans enthousiasme particulier. La suite leur donnera raison.

 

© Gilles Penso


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WAXWORK 2 : PERDUS DANS LE TEMPS (1992)

Une suite encore plus déjantée que l’original, où nos héros croisent le monstre de Frankenstein, Nosferatu, des aliens, des sorciers, des fantômes et des zombies…

WAXWORK 2 : LOST IN TIME

 

1992 – USA

 

Réalisé par Anthony Hickox

 

Avec Zach Galligan, Monika Schnarre, Martin Kemp, Bruce Campbell, Michael Des Barres, Jim Metzler, Sophie Ward, Marina Sirtis, Billy Kane

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES I MAINS VIVANTES I FRANKENSTEIN I VOYAGES DANS LE TEMPS I EXTRA-TERRESTRES I SORCELLERIE ET MAGIE

Waxwork II commence exactement là où s’arrêtait Waxwork. Mark et Sarah, les jeunes héros du film précédent, s’enfuient du musée de cire en flammes où ils vécurent une aventure particulièrement éprouvante et rentrent chez eux. Si Zach Galligan (qui restera pour toujours le héros de Gremlins) rempile dans le rôle de Mark, Deborah Foreman décline l’invitation de jouer une seconde fois Sarah, pour une raison visiblement triviale : elle vient de rompre avec le réalisateur Anthony Hickox. C’est donc le mannequin Monika Schnarre (futur personnage récurrent de Amour, gloire et beauté et Beverly Hills) qui lui succède sans grande expérience de comédienne (ça se sent). La jeune femme ne se rend pas compte qu’une main coupée a survécu à l’incendie et l’a suivie jusque chez elle, où elle assassine son beau-père. Sarah se retrouve accusée du meurtre et clame en vain son innocence en accusant une main vivante face à un jury légitimement dubitatif. En attendant la décision du tribunal, Mark propose à Sarah de chercher un moyen de prouver ses dires en se rendant chez Sir Wilfred (Patrick Macnee, qui fait une petite apparition sur un film 8 mm). Là, tous deux découvrent un portail temporel. Ils y plongent, tombent dans le vide comme l’Alice de Lewis Carrol, sont emportés par des gargouilles grimaçantes… et c’est reparti pour un enchaînement de séquences fantastiques référentielles.

Mark est d’abord projeté chez Victor Frankenstein (Martin Kemp), où Sarah s’est réincarnée en sa fiancée Elizabeth. Tout y est : le monstre hirsute et bestial (Stefanos Miltsakakis), le serviteur bossu et ricanant (Elisha Shapiro) et la foule de villageois en colère. Puis notre héros se retrouve dans les années soixante, en noir et blanc, dans une sorte de remake de La Maison du diable où il doit explorer une demeure hantée en compagnie d’un professeur interprété par Bruce Campbell. Parallèlement, Sarah se retrouve dans un vaisseau spatial au côté d’un équipage qui semble échappé d’Alien et qui doit bien sûr faire face à des extra-terrestres baveux et reptiliens à la tête disproportionnée. Après cette incursion spatiale, notre couple vedette atterrit en pleine forêt médiévale où se pratiquent des rites diaboliques (une femme s’y transforme en créature féline, un corbeau parle avec la voix de Patrick Macnee), jusqu’à un climax patchwork délirant où les époques et les clins d’œil au cinéma fantastique s’entrechoquent.

Patchwork

En plus de l’horreur classique, cette séquelle élargit un peu le cercle de ses sources d’inspiration en ajoutant une pointe de science-fiction et un soupçon d’héroïc fantasy. Outre les références citées ci-dessus, le film multiplie jusqu’à plus soif les allusions au genre à travers la reconstitutions d’objets, de personnages ou même de séquences entières, de Psychose à 2001 l’odyssée de l’espace en passant par Evil Dead 2, Docteur Jekyll et Mister Hyde, Zombie, Jack l’éventreur, Nosferatu, Godzilla, L’Invasion des profanateurs de sépultures, voire La Fièvre du samedi soir. Bref, le diptyque Waxwork pourrait tout aussi bien s’appeler « Patchwork ». Toujours en charge des maquillages spéciaux, Bob Keen s’amuse à réinventer une nouvelle fois les grandes figures du genre tout en concoctant quelques effets gore cartoonesque (la tête du baron Frankenstein pulvérisée à mains nues par le monstre, l’alien qui tire sur la tête d’une de ses victimes comme si son cou était élastique, Bruce Campbell qui se retrouve la cage thoracique à l’air). Quelques « vedettes invitées » pointent au passage le bout de leur nez pendant le tournage, comme David Carradine ou Drew Barrymore. Waxwork II possède en définitive les mêmes travers (une mise en scène statique, un scénario paresseux) et les mêmes qualités (une générosité indiscutable, un enthousiasme communicatif) que son prédécesseur. Prévu pour une sortie en salles, il sera finalement distribué directement en vidéo aux USA.

 

© Gilles Penso


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LES 13 FIANCÉES DE FU MANCHU (1966)

Le super-vilain asiatique incarné par Christopher Lee menace le monde avec un rayon destructeur et se heurte à un policier campé par Roger Hanin !

THE BRIDES OF DU MANCHU

 

1966 – GB

 

Réalisé par Don Sharp

 

Avec Christopher Lee, Douglas Wilmer, Howard Marion Crawford, Marie Versini, Heinz Drache, Roger Hanin, Tsai Chin

 

THEMA SUPER-VILAINS I SAGA FU MANCHU

Le Masque de Fu-Manchu ayant connu un petit succès, Don Sharp embraye dès l’année suivante sur cette séquelle proposant quelques variantes sur les motifs du film précédent. Comme tout bon super-vilain qui se respecte, le maléfique Oriental incarné par Christopher Lee a survécu à sa pseudo-mort et continue à perpétrer ses méfaits. Toujours friand de kidnappings de jolies filles, il détient dans son antre les épouses ou les filles de plusieurs grands savants et les maintient sous son emprise grâce à l’hypnose. Sous son contrôle, et sous les yeux de son propre père, l’une d’entre elles fait ainsi tomber une autre demoiselle dans une fosse pleine de serpents venimeux. Nayland Smith enquête à nouveau en compagnie du docteur Richard Peter, leur duo ressemblant plus que jamais à Sherlock Holmes et au docteur Watson. Malgré leur sagacité, ils ne peuvent empêcher un nouvel enlèvement au beau milieu d’une représentation théâtrale, à l’occasion d’un des moments forts du film.

Ne reculant devant aucun des clichés propres au genre, les dialogues ne font guère dans la dentelle. Du coup, alors qu’il est soumis à un sérum de vérité afin de lui faire révéler les objectifs du sinistre Chinois, le savant Jules Merlin, qui travaille à contrecœur avec Fu Manchu pour sauver la vie de sa fille, révèle simplement : « il veut dominer le monde ». Un autre protagoniste lâchera un laconique : « cet homme est démoniaque ». Comment ne pas raisonner autrement, lorsque Fu Manchu envoie tout le monde sur une fausse piste en annonçant que sa prochaine cible est le Windsor Castle ? Car au lieu de détruire le château, il désintègre un navire qui porte le même nom, avec 123 personnes à bord. Désormais, son ultimatum est on-ne-peut plus clair : toutes les nations qui lui résisteront seront rayées de la carte grâce à son rayon destructeur capable d’anéantir des régions tout entières. Venu prêter main forte à nos héros, le policier français Pierre Grimaldi est interprété par ce bon vieux Roger Hanin ! Si la présence du futur interprète de Navarro peut sembler incongrue en tel contexte, il faut savoir que le comédien triomphait à l’époque dans une série de polars d’action un tantinet parodiques (Le Tigre aime la chair fraîche, Le Tigre se parfume à la dynamite).

« Vous réentendrez parler de moi ! »

Moins novatrice que Le Masque de Fu-Manchu, cette première séquelle accentue le racisme latent inhérent au concept initial. Ainsi, dès qu’ils aperçoivent un Asiatique, nos héros cognent dessus sans retenue ni préavis. Et le scénario ne leur donne pas tort, dans la mesure où tous les Chinois du film sont des vilains à la solde de Fu Manchu (si l’on excepte Lotus, la servante dévouée de Nayland Smith). Réfugié dans le « Temple du Dieu Karma », le terroriste à longues moustaches s’apprête à frapper au cœur d’une conférence sur le désarmement qui se tient à Londres. Mais ses plans seront finalement contrecarrés par Abdul, un traître parmi ses serviteurs qui fomente la révolte et l’évasion des prisonnières, tandis que Smith se prépare à donner l’assaut en compagnie de la légion étrangère. Et le film de s’achever sur la phrase gimmick désormais célèbre : « vous réentendrez parler de moi ! »

 

© Gilles Penso


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THE DEEP HOUSE (2021)

Les duettistes Alexandre Bustillo et Julien Maury se lancent dans un concept inédit : un film de maison hantée tourné sous l’eau !

THE DEEP HOUSE

 

2021 – FRANCE

 

Réalisé par Alexandre Bustillo et Julien Maury

 

Avec James Jagger, Camille Rowe, Éric Savin

 

THEMA FANTÔMES I SAGA BUSTILLO & MAURY

Les amateurs de cinéma d’épouvante se souviennent bien de cette scène mythique de l’Inferno de Dario Argento où la poétesse Rose Elliott, incarnée par Irène Miracle, plongeait dans les fondations immergées d’un immeuble newyorkais et débouchait dans une salle inondée à la beauté lugubre – des statues, des lustres, des tableaux, une cheminée – sans pouvoir regagner la surface… Imaginez une telle séquence surréaliste étalée sur la durée d’un long-métrage et vous aurez une idée du spectacle inédit qu’offre The Deep House. L’idée est venue d’une discussion à bâtons rompus entre Alexandre Bustillo et Julien Maury, en quête d’un nouveau projet de long-métrage, aboutissant à la question suivante : pourquoi ne pas concevoir un film de maison hantée qui se déroulerait entièrement sous l’eau ? L’idée est simple et géniale à la fois, d’autant qu’elle relève du jamais vu tout en s’appuyant sur une certaine réalité, celle de villages entiers engloutis dans plusieurs régions de France. Le sixième film des duettistes est donc particulièrement ambitieux, surtout au regard de son budget très raisonnable estimé à 5 millions d’euros. Pour parvenir à concrétiser cette idée, l’équipe s’installe dans les studios Lites en Belgique, qui abritent le plus grand réservoir de cinéma d’Europe (9 mètres de profondeur et 21 de large), pour 33 longues journées de tournage, les prises de vues « en surface » étant captées quant à elles dans l’Hérault, le Tarn et les studios de Bry-sur-Marne.

Les protagonistes de The Deep House sont Tina (Camille Rowe, qu’on a pu apprécier dans Rock’n Roll et Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part) et Ben (James Jagger, vu dans la série Vinyl et accessoirement fils d’un chanteur prénommé Mick). Youtubeurs spécialisés dans l’exploration de lieux abandonnés, tous deux se lancent dans une nouvelle aventure pour leur prochaine vidéo : partir à la découverte d’une maison submergée dans les profondeurs d’un lac isolé du sud de la France. Revêtus d’un équipement de plongée sophistiqué, munis de caméras embarquées sur leurs masques et d’un drone aquatique qui les suit partout, capables de communiquer grâce à système de micros et d’écoute, ils s’immergent. Mais rien ne les prépare à ce qu’ils vont découvrir dans les profondeurs…

Quand Abyss rencontre Shining

À partir du moment où le couple s’enfonce dans les eaux, The Deep House assume définitivement son concept fou, au point de se dérouler dès lors en temps réel. Nous savons que Tina et Ben n’ont que soixante minutes d’oxygène à leur disposition, qu’il reste une heure de métrage et que la sympathique randonnée aquatique s’apprête à se transformer en cauchemar… Habiles, Alexandre Bustillo et Julien Maury jouent sur l’attente du spectateur, construisant lentement mais sûrement un climat insolite qui passe par plusieurs phases successives : l’étrangeté, l’inquiétude, la peur et enfin la panique. Une fois n’est pas coutume, les auteurs d’À l’intérieur et Aux yeux des vivants s’éloignent du gore et de l’horreur graphique qui sont presque devenus leur signature au profit d’une terreur plus insidieuse. D’ailleurs, les vecteurs majeurs d’effroi sont ici le décor immergé (d’une incroyable photogénie) et l’eau elle-même (transformée en entité quasiment organique), bien plus que les apparitions spectrales qui, pour le coup, empruntent des sentiers plus familiers. Au-delà de l’incroyable challenge logistique que représente The Deep House, les deux cinéastes parviennent à rendre la topographie des lieux parfaitement lisible et identifiable, sauf dans les brefs moments d’affolement qui désorientent volontairement les spectateurs et les personnages. C’est en soi un véritable exploit, preuve de la virtuosité d’un film tellement audacieux et immersif qu’on en oublie volontiers les quelques facilités qui jalonnent son dernier acte. Il fallait tout de même oser le mixage entre Abyss et Shining ! À découvrir de préférence en salles, bien sûr.

© Gilles Penso

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LE MASQUE DE FU MANCHU (1965)

Christopher Lee incarne avec panache le célèbre super-vilain asiatique imaginé par Sax Rohmer…

THE FACE OF FU MANCHU

 

1965 – GB

 

Réalisé par Don Sharp

 

Avec Christopher Lee, Nigel Green, Joachim Fuchsberger, Karin Dor, James Robertson Justice, Howard Marion Crawford

 

THEMA SUPER-VILAINS I SAGA FU MANCHU

À l’occasion de Frankenstein s’est échappé et La Malédiction des pharaons, Christopher Lee avait prouvé sa capacité à se réapproprier sans rougir deux rôles mythiques immortalisés par Boris Karloff. Le producteur britannique Harry Alan Towers lui proposa donc de réitérer l’expérience en endossant la défroque du maléfique Fu Manchu, que Karloff incarna en 1932 dans le mémorable Masque d’or. Dès le prologue, situé dans la Chine du début du vingtième siècle, nous assistons à l’exécution du super-vilain asiatique, accusé de crimes organisés et décapité par un vigoureux bourreau sous la surveillance de Sir Dennis Nayland Smith (Nigel Green), inspecteur de Scotland Yard. Mais quelques années plus tard, une vague de crimes et de trafics de drogues est en recrudescence, et Smith croit voir là la marque de Fu Manchu. Suite à l’enlèvement du savant allemand Müller (Walter Rilla) l’inspecteur n’a plus de doute : Fu Manchu est toujours vivant, et c’est un comédien chinois hypnotisé qui a été exécuté à sa place, comme dans les bons vieux serials des années 30.

L’objectif du vil empereur du crime est d’obtenir une substance mortelle, tirée de la graine du pavot de la colline noire que cultivent les moines tibétains. Müller est chargé de créer ce produit, et pour l’inciter à coopérer, Lin Tang (Tsai Chin) la propre fille de Fu Manchu, fait enlever Maria (Karin Dor), la fille du savant, ainsi qu’un vieux professeur excentrique possédant des documents indispensables à la création de la substance. Dès qu’il possède sa redoutable arme chimique, Fu Manchu s’adresse à la population, à la manière d’un Fantomas, et annonce qu’il s’apprête à démontrer l’étendue de son pouvoir dans le petit village de Fleetwick, dans l’Essex. Aussitôt, un avion bombarde de gaz la région, et trois mille personnes passent illico de vie à trépas. Hommes, femmes et enfants jonchent ainsi le pavé, le film ne faisant pas dans la dentelle malgré ses allures de bande dessinée caricaturale. Fier de son petit effet, Fu Manchu déclare qu’il fera dix mille victimes de plus si on ne lui obéit pas. La tension monte et Nayland Smith devra faire preuve de beaucoup de perspicacité pour déjouer les plans de ce parfait archétype du Péril Jaune tel qu’en raffolait l’Occident alors obnubilé par la guerre froide.

Le Péril Jaune

Ponctué de bagarres plutôt bien troussées, Le Masque de Fu Manchu joue beaucoup sur les conventions du genre, truffant le repaire du méchant de passages secrets, de portes cachées, de statues qui pivotent ou d’yeux d’angelots qui remuent, des gimmicks qu’on croirait presque échappés d’un épisode de Scooby-Doo. Le film se pare d’un casting de haut niveau, Lee bénéficiant d’un maquillage très réussi et nimbant chacune de ses apparitions d’un charisme à toute épreuve. En adversaire pugnace et retors, Nigel Green forme avec Howard Marion Crawford un duo à la Holmes et Watson, et poursuivra le super-vilain jusqu’au Tibet, l’aventure s’achevant de fort explosive manière. Et Fu Manchu de conclure en voix off : « Le monde entendra encore parler de moi ». Ce que confirmera Les 13 fiancées de Fu Manchu, une première séquelle réalisée dès l’année suivante.

 

© Gilles Penso


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CITIZEN TOXIE – THE TOXIC AVENGER IV (1999)

Un quatrième épisode où Lloyd Kaufman ne se réfrène plus, poussant le gore, le sexe et le mauvais goût à leur paroxysme…

CITIZEN TOXIE – THE TOXIC AVENGER IV

 

1999 – USA

 

Réalisé par Lloyd Kaufman

 

Avec David Mattey, Clyde Lewis, heidi Sjursen, Paul Kyrmse, Joe Fleishaker, Michael Budinger

 

THEMA SUPER-HÉROS I MUTATIONS I SAGA TOXIC AVENGER

Le concept du Toxic Avenger ressemblait à l’origine à une simple blague de potache, et le fait d’en tirer trois films relevait déjà de l’exploit. Alors comment donc les joyeux drilles de la Troma allaient-ils pouvoir concocter un quatrième épisode susceptible de renouveler un mythe au potentiel tout de même assez limité ? Réponse : en jouant la carte de la surenchère. Le sang, les tripes, le sperme et les excréments giclent donc plus que de raison tout au long du métrage. Et de fait, on découvre ce quatrième Toxic Avenger  avec un regard mi-amusé mi-navré, celui qu’on adopterait en observant un enfant jouer avec son caca. Pour varier un peu les plaisirs, le scénario tente de jouer la carte de la science-fiction burlesque. Tout commence par l’attaque d’une école d’handicapés mentaux par un groupe de terroristes adultes en couches culottes. Ça démarre donc assez fort. Toxie arrive à la rescousse, sous le déguisement d’une affriolante journaliste en bikini, mais il ne peut empêcher l’explosion d’une gigantesque bombe. La déflagration est tellement violente qu’elle ouvre la porte entre deux dimensions parallèles.

Ce bon vieux Toxie se retrouve donc propulsé dans Amortville, version trash de Tromaville où toute la population est soit droguée, soit psychopathe, soit désaxée sexuelle, soit les trois à la fois. Pendant ce temps, dans Tromaville, c’est Noxie qui fait son apparition, une version meurtrière et lubrique du Toxic Avenger qui va semer la terreur dans son sillage. Voilà pour l’argument de départ, qui se complique avec l’intervention d’autres super-héros tous plus ridicules les uns que les autres : le sergent Kabukiman NYPD, un homme-dauphin stupide, un homme-vache au pis dégoulinant, une femme équipée d’un énorme vibromasseur et un homme qui éjacule à tout va (oui, tout ça est très subtil, on vous avait prévenu). Pour le reste, le film accumule allégrement les séquences ultra-gore et les gags d’adolescents boutonneux situés évidemment juste au-dessous de la ceinture.

Toxie contre Noxie

Au milieu de ce fatras déliquescent et boursouflé, Lloyd Kaufman s’essaie à la parodie pure, lorgnant tour à tour du côté des Austin Powers (l’homme vache que l’on croit mort mais qui se relève toutes les trente secondes pour interrompre la tirade de Noxie) ou des Naked Gun des ZAZ (le faux arrêt sur image final où tous les acteurs se figent, sauf Kabukiman). Le sous-titre Citizen Toxie trouve lui-même sa justification dans un pastiche du célèbre film d’actualités qui servait de prologue à Citizen Kane. Au cours du final, Toxie et Noxie s’empoignent violemment, tandis que dans le ventre arrondi de la fiancée du vengeur toxique, deux fœtus accrochés à leur cordon ombilical s’affrontent eux aussi. C’est évidemment le bien qui triomphe, et de la dépouille écrabouillée de Noxie surgit soudain le Melvyn en tutu du premier Toxic Avenger, qui se jette par la fenêtre, tombe dans un fût radioactif et s’enfuit en criant : « on se reverra… s’il y a une séquelle ! ». L’histoire se boucle donc, en un gag étrange, l’un des seuls qui soient vraiment drôles au beau milieu de ce bazar mal écrit, mal filmé, mal joué, à côté duquel les programmes de MTV ressemblent à du Arte.

 

© Gilles Penso

 

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AVALON (2001)

Le réalisateur de Ghost in the Shell nous plonge dans un univers virtuel addictif qui capture l’esprit des joueurs trop accros…

AVALON

 

2001 – JAPON / POLOGNE

 

Réalisé par Mamoru Oshii

 

Avec Malgorzata Foremniak, Wladyslaw Kowalski, Jerzy Gudejko, Dariusz Biskupsi, Bartlomiej Swiderski, Katarzyna Bargielowska, Alicja Sapryk, Michael Breitenwald

 

THEMA MONDES PARALLÈLES ET MONDES VIRTUELS I FUTUR

Porté aux nues aux quatre coins du monde grâce à son splendide film d’animation Ghost in the Shell, Mamoru Oshii décide d’aborder à l’aube des années 2000 le sujet de la réalité virtuelle. C’est en prises de vues réelles qu’il choisit cette fois-ci de s’exprimer, comme pour mieux brouiller les pistes entre le monde physiquement tangible et celui des pixels. Et si le sujet de l’isolement d’une partie de la population accro aux jeux vidéo semble toucher de près la société nippone, Oshii préfère un cadre européen, plus propice selon lui à la mise en place d’un monde rétro-futuriste proche de celui décrit par Michael Radford dans son adaptation de 1984. D’où l’installation de son équipe à Varsovie et Wroclaw et la présence d’un casting exclusivement polonais. Le gouvernement prête d’ailleurs main-forte à la production en mettant gracieusement à sa disposition tout l’équipement et les véhicules militaires nécessités par les reconstitutions des séquences guerrières. Un film japonais tourné dans la langue d’Andrzej Wajda : décidément, Mamoru Oshii n’est pas un cinéaste comme les autres. Rétif à toutes les étiquettes, l’homme concocte un long-métrage de prime abord austère et hermétique, sans se priver pour autant de clins d’œil qu’on aurait plus volontiers imaginés chez un cinéphile compulsif adepte de post-modernisme, comme par exemple l’utilisation des noms Ash et Bishop en hommage aux deux robots d’Alien et Aliens. Oshii ne se prive pas non plus de faire intervenir dans son récit un basset, l’animal fétiche qui l’accompagne dans presque tous ses films.

Avalon se situe dans un avenir indéterminé, où la technologie semble avoir fait un bond en avant mais où la société donne le sentiment de s’être figée quelque part entre deux guerres. Emprunté aux légendes celtes, le nom d’« Avalon » est celui d’un jeu vidéo illégal sur lequel les participants branchent directement leur cerveau et où ils se lancent dans des opérations militaires musclées. Certains joueurs, victimes de comportements addictifs irrépressibles, se plongent dans cet univers virtuel avec tant d’intensité que leur esprit y reste bloqué, tandis que leurs corps inerte végète dans des hospices sinistres. Ce sont les « non revenus ». D’où le parallèle avec l’« Avalon » des légendes arthuriennes, cette île mythique où sont supposées se réfugier les âmes des grands guerriers. Dans ce monde peu reluisant qui n’est que le miroir déformant du nôtre, Ash, une jeune femme solitaire, multiplie avec succès les missions guerrières d’« Avalon », ce qui lui permet de gagner des biens matériels. « Pour les vrais joueurs, le jeu est une fin en soi » dit l’un des personnages du film, comme pour laisser entendre qu’Ash se plonge dans ces combats virtuels moins pour se constituer un petit pactole que pour s’y adonner à la manière d’une drogue.

« La réalité est ce qui nous paraît réel »

Le cadre dans lequel Mamoru Oshii situe son film est atemporel mais familier, comme emprunté à une page d’histoire uchronique. Tout y est gris, triste, délavé. Les rues sont mal éclairées, les vieux tramway grincent, les grues de chantier se dressent lugubrement au milieu des bâtiments spartiates, la pauvreté et les restrictions suintent partout. C’est dans cet environnement étouffant, éclairé par une photographie ouatée et quasi-monochrome, que l’héroïne Ash (dont le nom peut se traduire par « cendre ») s’astreint à une routine quotidienne, ne partageant sa vie qu’avec un chien, seul capable visiblement de lui arracher quelques sourires. Nous sommes très loin d’une imagerie futuriste clinquante. Même la visualisation du jeu vidéo baigne dans un certain désenchantement, à mille lieues des facéties virevoltantes d’un Matrix. C’est un terrain de jeu banal, fait de ruines et de champs asséchés, où surgissent tanks, hélicoptères et canons qu’il faut déjouer pour ne pas finir pulvérisé. Via plusieurs effets visuels surprenants qui ne cherchent pas l’hyper-réalisme mais plutôt la fusion des univers, les images de synthèse se mêlent aux prises de vues réelles jusqu’à la confusion. À l’avenant, la bande originale envoûtante alterne les morceaux électroniques et les pièces opératiques interprétées conjointement par l’orchestre philharmonique de Varsovie et le Tokyo Pop Orchestra. L’organique et l’électronique marchent ainsi main dans la main, jusqu’à un dernier acte surprenant qui remet définitivement en cause la notion de réel. « La réalité est ce qui nous paraît réel », dira l’un des interlocuteurs d’Ash. Fascinant, Avalon souffre malgré tout de son incapacité (son refus ?) à faire ressentir des émotions aux spectateurs. Dès le début du métrage, une distance se crée entre l’action et le public, et ce fossé ne sera jamais comblé. L’exercice de style aurait sans doute gagné à céder une part de son caractère cérébral contre un peu plus de cœur.

 

© Gilles Penso


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