TWISTER (1996)

Après le coup d’éclat de Speed, Jan de Bont lance Bill Paxton et Helen Hunt sur la trace de tornades cataclysmiques…

TWISTER

 

1996 – USA

 

Réalisé par Jan de Bont

 

Avec Helen Hunt, Bill Paxton, Cary Elwes, Jami Gertz, Philip Seymour Hoffman, Lois Smith, Alan Ruck, Sean Whalen

 

THEMA CATASTROPHES

Directeur de la photographie au talent indiscutable (nous lui devons les images somptueuses de Piège de cristal, L’Expérience interdite, À la poursuite d’Octobre Rouge, Black Rain, Basic Instinct et bien d’autres blockbusters), Jan de Bont était passé à la mise en scène avec succès à l’occasion du film d’action décomplexé Speed, confirmant le statut de superstars de Keanu Reeves et Sandra Bullock. Après s’être penché sur le projet d’un Godzilla américain qui ne se fera pas à cause d’un budget estimé trop important (le projet sera finalement réalisé par Roland Emmerich), le cinéaste se voit confier un autre projet de grande ampleur : Twister. Le film est chapeauté par deux majors, Universal et Warner Bros, la production exécutive est assurée par Steven Spielberg et le budget s’élève à 72 millions de dollars. Twister part donc avec pas mal d’atouts en poche. D’autant que le scénario est co-écrit par Michael Crichton (porté aux nues depuis le succès de Jurassic Park) qui collabore ici pour la première fois avec son épouse Anne-Marie Martin. En tête d’affiche, deux comédiens solides se partagent la vedette : Helen Hunt, à l’époque très présente sur les petits écrans grâce à la série Mad About You, et Bill Paxton, acteur fétiche de James Cameron.

Le récit prend la tournure classique d’un traumatisme d’enfance initial conditionnant le comportement et les motivations du protagoniste devenu adulte. Nous voici donc en présence de Jo Harding (Helen Hunt), dont la détermination est dictée par la tornade qui dévasta en 1969 sa maison et emporta son père dans les airs. Elle est aujourd’hui à la tête d’une équipe de chasseurs de tornades, des météorologues d’un genre très spécial qui affrontent ces monstres naturels sur le terrain et n’ont pas froid aux yeux.  Bill (Bill Paxton), son ex-mari et partenaire sur le terrain, est sur le point de se remarier et de s’orienter vers une vie plus tranquille. Mais une nouvelle série de tempêtes titanesques le pousse à réintégrer cette équipe, partie autant chasser les tornades que l’adrénaline. Les relations entre personnages s’avérant souvent orageuses, les intempéries décrites dans Twister sont à la fois réelles et symboliques. Certes, tout ceci n’est pas d’une très grande finesse, mais l’abattage des comédiens (avec en prime un Philip Seymour Hoffmann totalement illuminé et un Cary Elwes délicieusement cynique) et le dynamisme du film emportent facilement l’adhésion.

Autant en emporte le vent

Pour les acteurs, le tournage s’avère très physique dans la mesure où Jan de Bont les plonge au cœur de l’action, fonce vers eux avec une caméra mobile et les pousse à réaliser un grand nombre de cascades eux-mêmes. D’où ce sentiment d’urgence permanent à l’écran. « J’aime donner aux spectateurs l’impression d’être au cœur des événements », nous confiait Jan de Bont. « Plutôt que donner à voir des choses impressionnantes dans des plans larges bien composés que l’on contemple confortablement assis dans son fauteuil, je préfère que le public soit plongé dans l’action. Du coup, j’utilise très peu de plans fixes. » (1) Impeccables, les effets spéciaux mêlent habilement l’image de synthèse (320 plans truqués par ILM) et les effets de plateau (supervisés par le vétéran John Frazier) pour un spectacle total proche d’une attraction de fête foraine. Car telle est l’ambition véritable du film, nous ramenant aux grandes heures du cinéma catastrophe des années 70 façon Tremblement de terre. Pour renforcer l’impact des scènes de destruction, Jan de Bont dote les tornades de rugissements de monstres, comme s’il comblait sa frustration de ne pas avoir pu filmer Godzilla. Mark Mancina apporte une touche musicale bienvenue, le compositeur de Speed mêlant allègrement l’orchestre symphonique, les rythmiques électroniques, les guitares électriques saturées et même les chœurs bibliques. Gigantesque succès en salles, Twister est un film qui a tendance à se bonifier avec le temps et n’a rien perdu de son pouvoir récréatif. Sur sa lancée, Jan de Bont aura pourtant du mal à garder le rythme, enchaînant ensuite les superproductions décevantes (Speed 2, Hantise, Tomb Raider 2) jusqu’à interrompre sa carrière de réalisateur en 2003.


(1) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 1999

 

© Gilles Penso

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HISTOIRES EXTRAORDINAIRES (1968)

Roger Vadim, Louis Malle et Federico Fellini réinventent à leur sauce trois nouvelles d’Edgar Poe…

HISTOIRES EXTRAORDINAIRES

 

1968 – FRANCE / ITALIE

 

Réalisé par Roger Vadim, Louis Malle et Federico Fellini

 

Avec Terence Stamp, Jane Fonda, Peter Fonda, Alain Delon, Brigitte Bardot, Carla Marlier, Philippe Lemaire

 

THEMA DOUBLES I SUPER-VILAINS

C’était un événement à plus d’un titre : trois réalisateurs prestigieux réunissaient un casting international impressionnant pour un film à sketches inspiré des nouvelles fantastiques d’Edgar Allan Poe. Comment ne pas s’enthousiasmer ? Mais le résultat n’est pas à la hauteur de la promesse. Malgré quelques fulgurances et des moments mémorables, Histoires extraordinaires n’est pas l’œuvre transcendante qui s’annonçait. Le premier sketch, « Metzergenstein », malgré le charme indiscutable de Jane Fonda, se traîne sans rythme jusqu’à un dénouement bien plat. Avec son sens inimitable de l’entrée en matière, Poe démarrait ainsi sa nouvelle : « L’horreur et la fatalité se sont donné carrière dans tous les siècles. A quoi bon mettre une date à l’histoire que j’ai à raconter ? » La transposition du texte à l’écran s’avère moins accrocheuse, mais il faut reconnaître à Vadim un vrai talent dans la mise en place d’une atmosphère sulfureuse, le cinéaste ne résistant pas à la tentation d’engoncer son épouse de l’époque Jane Fonda dans des tenues fétichistes qui lui vont à merveille (la même année, le couple se retrouvait dans Barbarella). Dans cette version féminine et moyenâgeuse de Caligula, la comtesse débauchée Frédérique de Metzergenstein, s’éprend de son cousin, le baron Wilhelm (joué par Peter Fonda, le frère de Jane !). Mais le beau baron la dédaigne. Pour se venger, elle fait incendier ses écuries… Ce récit n’a, à vrai dire, pas grand-chose de fantastique et s’accommode fort mal d’une voix-off narrative aussi morne que l’ensemble du sketch.

« William Wilson », le plus intéressant des trois segments, adapte sans trop le trahir le texte de Poe, et raconte les déboires du héros éponyme qui, depuis son enfance, est poursuivi par quelqu’un qui lui ressemble et porte son nom. Narrant comme souvent son récit à la première personne, l’écrivain décrit ce phénomène de dédoublement en ces termes : « Pas un fil dans son vêtement – pas une ligne dans toute sa figure si caractérisée et si singulière, – qui ne fut mien, – qui ne fut mienne ; – c’était l’absolu dans l’identité ! ». Le double intervient chaque fois que William se laisse aller à sa cruauté naturelle. Ce sketch, superbement photographié et lorgnant souvent du côté des exactions du Marquis de Sade, s’amuse à opposer Alain Delon et Brigitte Bardot dans une longue partie de cartes qui semble vouloir réitérer le sensuel affrontement aux échecs de Steve McQueen et Faye Dunaway dans L’Affaire Thomas Crown.

L’ombre de Mario Bava…

Quant à « Toby Damnit », délire fellinien assez confus, il met en vedette un acteur anglais alcoolique, drogué et déséquilibré, venu en Italie pour jouer le rôle du Christ dans le premier western catholique (!). A vrai dire, l’inspiration ne provient pas ici d’une des « Histoires extraordinaires » mais de la nouvelle « Ne pariez jamais votre tête au diable » issue d’un autre recueil d’Edgar Poe. Après le désistement de Peter O’Toole, c’est l’excellent Terence Stamp qui se retrouve dans la peau de Toby Damnit. Cette satire des milieux du show business, qui se laisse parfois aller à quelques clins d’œil à Mario Bava (la petite fille au ballon blanc tout droit venue d’Opération peur), n’a malheureusement que très peu de rapports avec Edgar Poe. Cette spectaculaire conjugaison de talents n’aura donc finalement accouché que d’un film tiède. Mieux vaut revoir sans hésiter les magnifiques adaptations de Poe réalisées quelques années plus tôt par Roger Corman.

 

© Gilles Penso

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MALÉFIQUE (2002)

Quatre détenus qui partagent la même cellule tentent de s’évader à l’aide d’un vieux grimoire empli d’étranges incantations…

MALÉFIQUE

 

2002 – FRANCE

 

Réalisé par Eric Valette

 

Avec Gérard Laroche, Philippe Laudenbach, Clovis Cornillac, Dimitri Rataud, Didier Bénureau, Geoffrey Carey

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Un bon point de départ ne suffit pas à faire un bon film. Un constat qui semble évident, et qui se vérifie dans ce Maléfique franchement mal fagoté. Le film serait d’ailleurs sans doute passé inaperçu s’il n’avait été inexplicablement surestimé par une presse s’évertuant à crier au génie (des « Cahiers du Cinéma » à « Mad Movies » en passant par « Studio Magazine », la béatitude fut, semble-t-il, contagieuse, et le Festival de Gérardmer se fendit même d’un Prix du Jury en 2003). L’idée de base, empruntée entre autres à H.P. Lovecraft et à Evil Dead, avait certes de quoi séduire. Quatre détenus partagent la cellule d’une prison décrépie. Tous très différents, ils n’ont en commun que leur envie de sortir, une envie qui va peut-être pouvoir se concrétiser avec la découverte derrière une pierre mystérieusement descellée d’un vieux grimoire empli d’incantations étranges. Celles-ci ont été rédigées par Danvers, un ancien détenu adepte de sorcellerie qui occupait la cellule au début du siècle…

Voilà un point de départ qui s’avérait plutôt prometteur. Promesse bafouée hélas par un laxisme scénaristique désolant et une gestion du rythme très discutable. En gros, rien ne se passe avant trois bons quarts d’heure, et lorsqu’enfin le surnaturel montre le bout de son nez, c’est avec une timidité quasi-maladive. Pour compenser cette vacuité, Eric Valette se laisse aller à quelques écarts gore qui tombent un peu comme des cheveux dans la soupe : un doigt coupé, une main rongée, des poignets tailladés, des jets de sang… Jusqu’à un dénouement/chute qu’on sent venir d’assez loin et qui lorgne du côté de La Quatrième dimension. Comme en outre la mise en scène hésite sans cesse sur le point de vue à adopter, que la photographie manque singulièrement de finesse et que les personnages sont traités sous l’angle de l’archétype caricatural, ce Maléfique ne transcende guère le genre. Dommage, car les intentions étaient des plus louables, le casting témoignait d’une indéniable originalité (avec notamment Clovis Cornillac, pas encore surexposé sur les écrans hexagonaux, dans la peau d’un transsexuel athlétique) et la noirceur sans concession du ton laissait espérer largement mieux. Bref, on sentait tout de même à la base une volonté de bien faire.

Derrière les murs…

Finalement, Valette et ses deux scénaristes (Alexandre Charlot et Julien Magnier) s’avéraient autrement plus incisifs lorsqu’ils œuvraient ensemble pour les séquences parodiques des « Guignols de l’Info ». Preuve, sans doute, que la télévision et le cinéma n’obéissent pas aux mêmes codes et ne nécessitent pas forcément les mêmes efforts créatifs. Le réalisateur prouva d’ailleurs son talent par la suite avec le remarquable thriller La Proie. Signalons au passage que l’idée originale de Maléfique, imaginée par François Cognard, présente d’étonnantes similitudes avec un court-métrage signé par l’auteur de ces lignes, Derrière les murs, qui fut présenté chez Canal + en 1999, au sein d’une commission dirigée par… François Cognard justement ! Il y était question d’une prisonnière découvrant dans sa cellule une incantation étrange qu’elle prononçait à voix haute, déchaînant aussitôt des forces maléfiques… Plagiat plus ou moins conscient ou coïncidence ? Difficile de trancher, évidemment, mais les ressemblances sont troublantes. Dans un registre voisin, quand ils initièrent leur film d’horreur Derrière les murs en 2011, les réalisateurs Pascal Sid et Julien Lacombe eurent la décence de demander à votre humble serviteur l’autorisation de réutiliser ce titre. C’était fair-play.

 

© Gilles Penso


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LES FRÈRES GRIMM (2005)

De faux chasseurs de monstres incarnés par Matt Damon et Heath Ledger sont pris à leur propre piège…

BROTHERS GRIMM

 

2005 – USA

 

Réalisé par Terry Gilliam

 

Avec Matt Damon, Heath Ledger, Jonathan Pryce, Peter Stormare, Monica Bellucci, Lena Heady, Roger Ashton-Griffiths

 

THEMA CONTES I SORCELLERIE ET MAGIE I LOUPS-GAROUS I VÉGÉTAUX

Les Frères Grimm est un projet fou dont le concept loufoque n’est pas sans évoquer S.O.S. fantômes ou Fantômes contre fantômes. Ici, Jacob et Will Grimm (Heath Ledger et Matt Damon) ne sont pas connus pour leurs contes mais pour leur capacité à venir à bout des esprits maléfiques, des sorcières, des trolls et des monstres en tous genres grâce à une technologie haut de gamme et à une connaissance scientifique affûtée. Leur slogan en dit long : « aucune malédiction que nous ne puissions conjurer, aucun sortilège que nous ne puissions rompre, aucun démon que nous ne puissions vaincre. » Ces activités camouflent une énorme supercherie visant à exploiter la crédulité des paysans à l’aide de comédiens complices et de trucages ingénieux. La petite affaire des frères Grimm marche plutôt bien, en cette aube crédule du 19ème siècle, jusqu’au jour où les autorités les démasquent, sous le commandement du général Delatombe (Jonathan Pryce). Pour éviter le cachot, Jacob et Will sont chargés d’une mission spéciale : se rendre au hameau de Marbaren, soi-disant victime d’une malédiction, et trouver les escrocs à l’origine de cette manipulation. Au cours de leurs investigations, ils sont chaperonnés par l’exubérant officier italien Cavaldi (Peter Stormare). Mais une fois sur place, ils sont bien obligés de constater qu’il n’y a aucun trucage là-dessous. La forêt dans laquelle disparaissent une à une les fillettes du village est en effet habitée par d’inquiétantes créatures, notamment un loup-garou féroce, une sorcière séculaire et des arbres vivants…

Les Frères Grimm contient en substance toutes les facettes de l’univers fou et démesuré de Terry Gilliam. Et pourtant la mayonnaise ne prend pas. Car le récit part dans tous les sens, sans chercher à s’arrêter sur une thématique en particulier. Les relations entre les deux frères sont taillées au burin, les comédiens jouent tous la carte de la caricature, la subtilité n’est guère au rendez-vous et le rire est donc forcé. La volonté de placer l’intrigue dans un contexte historique précis est d’autant plus étrange, les récurrents affrontements entre Allemands et Français n’apportant rien d’autre qu’une série de gags indignes du génial ex-Monty Python.

Un patchwork sympathique

Reste le spectacle lui-même, de très haute tenue il faut bien l’avouer. Les décors y sont grandioses et les effets spéciaux spectaculaires, notamment au cours de cette séquence hallucinante où une fillette voit son visage s’effacer tandis qu’un abominable blob surgit d’un puits avant de se muer en bonhomme en pain d’épice. « Le choix des techniques d’effets spéciaux à utiliser est le fruit de nombreuses discussions », nous explique le réalisateur. « La clef est toujours de savoir quelle est la technique la plus pratique et la moins onéreuse. Parfois il s’agit de trucages numériques dernier cri, d’autres fois de bonnes vieilles maquettes à l’ancienne. » (1) Le scénario des Frères Grimm développe également une connexion avec des œuvres telles que Shakespeare in Love ou Neverland, dans la mesure où l’incroyable aventure que vont vivre les frères Grimm leur inspirera leurs contes les plus célèbres. Mais cette idée n’est qu’effleurée, noyée dans la masse d’un patchwork qui frôle l’indigestion mais emporte tout de même la sympathie.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en octobre 2009

 

© Gilles Penso

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PYTHON (2000)

Une série Z involontairement risible qui surfe sur le succès d’Anaconda et offre des rôles caricaturaux à Robert Englund et Casper Van Dien…

PYTHON

 

2000 – USA

 

Réalisé par Richard Clabaugh

 

Avec Frayne Rosanoff, Robert Englund, Casper Van Dien, William Zabka, Dana Barron, Sara Mornell, Will Wheaton

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES

Après le relatif succès d’Anaconda, quelques producteurs en manque d’inspiration se sont dit que le serpent géant pouvait faire recette. D’où ce python gigantesque, génétiquement modifié pour servir d’arme redoutable, qui s’évade de l’avion qui le transportait en direction d’un laboratoire top-secret, au grand dam d’un pilote incarné par Ed Lauter, part ramper sinueusement dans les montagnes et se dirige vers une petite ville de Californie, très avide de chair humaine. La bébête échappe bien vite au contrôle de son créateur, le docteur Anton Rudolf. Ses premières victimes sont un couple de lesbiennes, qui sont retrouvées par la police couvertes d’un acide particulièrement corrosif. Les soupçons commencent alors à se porter vers John Cooper, un cycliste fraîchement revenu en ville pour aider son frère. Celui-ci va donc s’efforcer d’arrêter le massacre et de se disculper.

Passant pour la première fois à la mise en scène après des années d’expériences comme opérateur caméra et directeur de la photographie (Waxwork, Hellraiser 3, Maniac Cop 3, Prophecy), Richard Clabaugh n’a visiblement pas les épaules pour diriger un tel film, si modeste soit-il. Le reptile vedette est une bestiole démesurée se démarquant maladroitement des dinosaures de Jurassic Park. Les images de synthèse qui lui donnent vie sont de très moyenne qualité, et lorsqu’il crache son venin coloré ou empoigne ses victimes humaines entre ses mâchoires, les trucages sont tellement maladroits qu’il est difficile pour le public de retenir un rire gêné. Au mépris de tout sens des proportions, il mesure jusqu’à trente mètres de long dans certaines scènes, mais réussit à se faufiler par une petite fenêtre lorsque le scénario l’exige. Malgré sa taille et sa vitesse, il est par ailleurs moins rapide que certaines victimes qui courent parfois plus vite que lui.

Serpent contre VTT

Et pourtant, ce reptile peu mémorable constitue l’attraction principale du film, émaillé de quelques timides effets gore, comme la décapitation d’un homme d’un coup de queue de serpent, ou les squelettes couverts de chair dégoulinante. Car entre les scènes où le monstre intervient, le spectateur a droit à d’interminables séquences de soap-opéra d’un intérêt tout relatif. On s’ennuie donc ferme pendant ces chassés croisés amoureux, ces disputes à répétition ou cette discussion d’un quart d’heure autour d’un VTT ! Les acteurs jouent tous plus mal les uns que les autres, avec une mention spéciale pour le personnage de l’adjoint du shérif, censé assurer les passages comiques du film. Au beau milieu de ce joyeux fourre-tout, on retrouve Robert Englund (alias Freddy Krueger) et Casper Van Dien (héros de Starship Troopers), dont les prestations – l’un en aventurier moustachu caricatural, l’autre en savant fou pris de scrupules – n’élèvent en rien le niveau de ce film calamiteux. Le plus surprenant, c’est que Python ait suffisamment réuni de spectateurs pour entraîner la réalisation d’une séquelle.

 

© Gilles Penso


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BATTLE ROYALE (2000)

Pour réfréner la violence de la jeunesse japonaise, le gouvernement organise des jeux de massacre sur une île isolée…

BATORU ROWAIARU

 

2000 – JAPON

 

Réalisé par Kinji Fukasaku

 

Avec Takeshi Kitano, Tatsuya Fujiwara, Aki Maeda, Taro Yamamoto, Masanobu Ando, Kou Shibasaki, Chiaki Kuriyama

 

THEMA POLITIQUE FICTION

Adapté d’un roman de Koshun Takami, Battle Royale part du postulat suivant : le gouvernement et les autorités n’ayant pas trouvé un moyen d’enrayer la rébellion et le manque de discipline chez la jeunesse, ils ont organisé un jeu sanglant qui consiste à réunir des classes entières de lycéens sur une petite île isolée. La mission de ces derniers est simple. Ils doivent s’entretuer à l’aide des armes diverses mises à leur disposition, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus qu’un seul survivant. Chacun d’entre eux est équipé d’un collier qui permet de les repérer à tout moment, et qui explose si jamais l’un d’entre eux ne respecte pas le règlement. Sur un schéma qui évoque des œuvres aussi diverses que Sa Majesté des mouches, Punishment Park ou Le Prix du danger, ces « jeux du cirque » d’un nouveau genre sont mis en scène par un vétéran du cinéma de genre nippon, Kinji Fukasaku, à qui nous devons près de soixante-dix longs-métrages parmi lesquels l’inénarrable Bataille au-delà des étoiles, le spectaculaire Tora Tora Tora (coréalisé avec l’immense Richard Fleischer), le Star Wars japonais Les Évadés de l’espace et un très grand nombre de polars.

Battle Royale porte ainsi à son paroxysme tout le paradoxe du cinéma japonais. D’un côté, le film est truffé de saynètes naïves et débordant de bons sentiments, centrées sur l’amitié, l’amour et l’innocence, grandes envolées de violons à l’appui. De l’autre, ce sont des débordements de violence dépassant en outrance tous les meurtres sanglants des Halloween, Vendredi 13 et autres Scream : égorgements à la serpe, hache plantée dans un crâne, émasculation à coup de couteau, cran d’arrêt planté dans un front, décapitations, massacres au fusil-mitrailleur, têtes qui explosent… Bref c’est un véritable délire horrifique non-stop, qui prend très rapidement les allures d’un jeu vidéo macabre de type « shoot’em up ». D’autant que le film s’amuse à décompter au fur et à mesure les victimes et les survivants, sous la forme d’un affichage à l’écran qui scande régulièrement le récit.

Folie meurtrière

Au beau milieu de cette folie meurtrière trône l’acteur/réalisateur Takeshi Kitano, dans le rôle d’un professeur taciturne qui se nomme… Kitano ! Sadique et impitoyable au premier abord, son personnage s’avère finalement plus complexe. Triste et désabusé, n’attendant visiblement rien de la vie, il cherche parmi les étudiants voués au massacre un substitut à sa propre fille, qui le hait et le méprise de toutes ses forces. Il faut aussi saluer la pleine implication des jeunes acteurs qui, après plusieurs mois de préparation physique, effectuèrent tous l’intégralité de leurs scènes d’action et de leurs cascades sans le recours à la moindre doublure. Battle Royale s’est probablement mué en objet de culte grâce au défouloir sans borne qu’il représente et à ses allures de manga en chair et en os, mais il faut surtout y voir un violent plaidoyer de la jeunesse contre un monde adulte trop cynique. Le plus étonnant, c’est que ce cri de révolte soit poussé par un réalisateur de 70 ans dont ce sera d’ailleurs le dernier film.

 

© Gilles Penso

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LE SECRET DE TÉRABITHIA (2007)

Deux enfants échappent à la morosité de leur vie quotidienne en voyageant dans un monde imaginaire peuplé de créatures féeriques…

BRIDGE TO TERABITHIA

 

2007 – USA

 

Réalisé par Gabor Csupo

 

Avec Josh Hutcherson, Annasophia Robb, Erin Annis, Katrina Cerio, Lauren Clinton, Zooey Deschanel, Robert Patrick

 

THEMA CONTES

Même si l’affiche du Secret de Térabithia annonce fièrement qu’il s’agit d’un film réalisé « par les créateurs du Monde de Narnia », nous sommes ici fort éloignés de l’ambiance bon enfant dégagée par le conte d’Andrew Adamson. En réalité, Térabithia n’a rien d’un Seigneur des Anneaux en culottes courtes. S’il fallait le rapprocher d’une œuvre préexistante, ce serait davantage vers Créatures célestes qu’il faudrait se tourner. Car ici aussi, le moteur du récit est une amitié forte, ponctuée de voyages en des contrées fantasmagoriques dictées par une imagination fertile, et s’achevant sur un drame d’autant plus frappant qu’il est abrupt et imprévisible. Mais là où Peter Jackson s’inspirait d’un fait divers pour narrer la dérive adolescente de deux êtres perdant progressivement pied avec la réalité, Gabor Csupo s’appuie sur le roman écrit en 1977 par Katherine Paterson (et traduit en France sous le titre « Le Royaume de la Rivière ») pour décrire les bulles d’oxygène féeriques que s’inventent deux enfants afin d’échapper à leur quotidien banal.

Jess (Josh Hutcherson, héros de Zathura), un garçon issu d’une modeste famille nombreuse, et Leslie (Annasophia Robb, la mâcheuse de chewing-gums de Charlie et la chocolaterie), fille unique d’un couple d’écrivains, se lient d’amitié dans un collège où leurs camarades et leurs professeurs ne contribuent guère à leur épanouissement. Pour fuir la réalité morose de leur quotidien, ils attendent patiemment la fin des cours pour traverser une rivière près de leurs maisons voisine et s’enfoncer dans une forêt qu’ils semblent seuls à connaître. Là, ils imaginent pénétrer dans le royaume de Térabithia, peuplé de créatures aussi étranges que des insectes guerriers, des écureuils-porcs-épics trapus, de minuscules hommes-oiseaux, des rapaces velus ou des géants difformes.

De l’autre côté de la rivière

Ce qui frappe dans ce bestiaire fantastique, ce n’est pas tant la qualité des images de synthèse qui l’animent (œuvre des artistes surdoués de Weta Digital) mais surtout l’indéniable originalité de leur design (signé par le dessinateur russe Dima Marlinchea, collaborateur régulier du metteur en scène). Csupo lui-même avoue s’être laissé inspirer par les univers de Terry Gilliam et Ridley Scott pour bâtir cet univers magique (avec probablement Bandits Bandits et Legend en tête), mais ces influences restent sous-jacentes, sans jamais déteindre sur la personnalité du film. Il faut bien reconnaître que l’amateur de fantastique pur et dur risque d’être frustré par Le Secret de Térabithia, tant les séquences oniriques sont furtives et parcimonieuses. En effet, le récit choisit principalement l’angle de la comédie dramatique humaine, renforçant du même coup la gifle infligée au public lorsque la tragédie survient. L’impact du film et la charge d’émotions qu’il véhicule sont aussi redevables à la grande justesse des comédiens : le jeune duo qui tient l’affiche, bien sûr, mais aussi les adultes, avec une mention spéciale à Robert Patrick dans un registre réaliste inattendu prouvant qu’il y a bien une vie après Terminator 2. Tourné intégralement à Auckland, en Nouvelle-Zélande, Le Secret de Térabithia est donc une très agréable variante sur un thème qu’on croyait usé jusqu’à la corde.

 

© Gilles Penso

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KOMODO (1999)

Le spécialiste des effets spéciaux Michael Lantieri passe à la mise en scène pour lâcher dans la nature de monstrueux reptiles affamés…

KOMODO

 

1999 – USA

 

Réalisé par Michael Lantieri

 

Avec Jill Hennessy, Kevin Zegers, Billy Burke, Paul Gleeson, Nina Landis, Michael Edward-Stevens, Simon Westaway, Bruce Hughes

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES

C’est Hans Bauer, le scénariste d’Anaconda, qui est à l’origine du projet Komodo. Cet auteur visiblement fasciné par les reptiles agressifs et démesurés finit par intéresser les producteurs Tony Ludwig et Alan Riche (Peur bleue, encore un film d’attaque animale) qui achètent son scénario à la fin des années 90. Reste à trouver le réalisateur taillé sur mesure pour un tel projet. L’illumination vient pendant le tournage de La Souris, une comédie de Gore Verbinski que Ludwig et Riche produisent et dont les effets spéciaux sont supervisés par Michael Lantieri. Ce dernier possède déjà un palmarès impressionnant (La Mort vous va si bien, Dracula, Jurassic Park, Congo, Mars Attacks) et caresse l’ambition de passer à la mise en scène. Il ne faut pas longtemps pour que l’aspirant cinéaste et les deux producteurs tombent d’accord. Lantieri voit en effet dans Komodo l’occasion idéale de faire son baptême de réalisateur, prompt à solliciter ses collègues les plus compétents pour en assurer les effets spéciaux physiques et numériques.

Pour soigner le jeune Patrick (Kevin Zegers), traumatisé par la mort de ses parents, la psychologue Victoria Juno (Jill Hennessy) ramène l’adolescent sur l’île inhabitée de l’Émeraude. Là, tous deux se sentent épiés. Le danger est bien là, effectivement, caché dans les hautes herbes comme lorsqu’il dévora les parents de Patrick : le dragon de Komodo, un lézard géant de trois mètres de long. De toute évidence, le postulat de départ de Komodo semble être de reproduire les scènes clefs de Jurassic Park en remplaçant les dinosaures par de gros reptiles réels qui vivent sur l’île de Komodo, les fameux varans qui donnèrent au cinéaste Merian C. Cooper l’envie de réaliser King Kong au début des années 30. Pour être honnête, l’intérêt d’un tel concept nous échappe quelque peu, car d’habitude, faute d’imagination, on essaie au moins de surpasser en impact et en action le film qu’on imite. Or en substituant aux sauriens préhistoriques de plusieurs tonnes des lézards de trois mètres de long, c’est évidemment le contraire qui se produit.

Juracheap Park

Tout le film donne donc une furieuse impression de déjà vu, si ce n’est que chaque scène est cent fois moins impressionnante que celles du thriller jurassique de Steven Spielberg qui sert ici de modèle. Comme en outre la mise en scène a été confiée à un virtuose des effets spéciaux, l’accent est mis sur les trucages et bien peu sur les comédiens en chair et en os. Les varans conçus par l’équipe du Tippett Studio s’animent donc avec beaucoup de dynamisme et de nervosité, même si la 3D ne cohabite pas toujours parfaitement avec l’animatronique. Mais les comédiens, eux, sont un peu laissés à l’abandon. Même s’ils font ce qu’ils peuvent pour égayer ce slasher à écailles sans surprises, le spectateur finit peu à peu par se détacher d’eux. Et lorsqu’au final les survivants s’excitent comme des bêtes sur les derniers monstres pour les achever, ce retour à la bestialité primitive, au lieu de susciter un légitime intérêt comme le firent en d’autres circonstances les héros de La Colline a des yeux ou La Dernière maison sur la gauche de Wes Craven, se contente de laisser froid, sans entamer la chape d’ennui qui s’est emparée du public. Komodo sera la seule tentative de mise en scène de LAntieri, qui poursuivra ensuite avec succès sa carrière dans le domaine des effets spéciaux.

 

© Gilles Penso


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AU-DELÀ DE NOS RÊVES (1998)

Robin Williams traverse les étendues surréalistes de l’au-delà pour tenter de sauver l’âme de son épouse passée de vie à trépas…

WHAT DREAMS MAY COME

 

1998 – USA

 

Réalisé par Vincent Ward

 

Avec Robin Williams, Annabella Sciorra, Max Von Sydow, Cuba Gooding Jr., Jessica Brooks Grant, Josh Paddock, Rosalins Chao, Lucinda Jenney

 

THEMA MORT

A quoi peuvent bien ressembler le Paradis et l’Enfer ? Le cinéaste néo-zélandais Vincent Ward, à qui nous devons le récit de voyage temporel Navigator, décide de répondre à cette question métaphysique en adaptant le roman « Au-delà de nos Rêves » de Richard Matheson paru en 1978. Le titre du livre (que reprend le film) est emprunté au célèbre monologue d’« Hamlet ». Il est bien question d’être ou de ne pas être dans cette fable douce-amère faisant du deuil le moteur de son intrigue. Le scénario de Ronald Bass fait subir au roman initial un grand nombre d’outrages pour pouvoir se conformer à une vision moins dure et violente de l’au-delà, conformément aux désirs de Vincent Ward. Comme souvent, l’écrivain s’avouera déçu de cette adaptation, ne cessant de demander pourquoi les producteurs ne se sont pas contentés de « filmer son livre » au lieu de le trahir. Robin Williams et Annabella Sciorra, qui jouaient déjà ensemble dans Cadillac Man, se retrouvent en tête d’affiche d’Au-delà de nos rêves.

La star du Cercle des poètes disparus incarne Chris Nielsen, un pédiatre qui s’amourache de l’artiste Annie Collins (Annabella Sciorra) avec qui il a une fille et un garçon. Mais le conte de fée idyllique vire à la tragédie quand les deux enfants meurent dans un accident. La famille est encore marquée par le destin lorsque Chris est tué à son tour quatre ans plus tard dans un accident de voiture. Désormais pensionnaire de l’au-delà et guidé par un ange-gardien campé par Cuba Gooding Jr, Chris se met en quête d’Annie qui, folle de désespoir, s’est suicidée. Perdue dans les limbes du royaume d’Hadès, aura-t-elle la possibilité de réintégrer des cieux plus cléments grâce à l’amour de son époux ? On le voit, la thématique d’Orphée plongé dans les Enfers pour ramener sa bien-aimée est très prégnante dans ce récit tourmenté et fait écho par moments à Quelque part dans le temps qui, lui aussi, s’inspirait d’un récit de Matheson pour s’efforcer de braver l’inéluctabilité de la mort.

Le nouvel Orphée

Porté par l’interprétation à fleur de peau de Robin Williams et truffé d’effets visuels haut de gamme, le film nous offre d’abondants décors surréalistes, du vaste palais victorien à la librairie cyclopéenne et vertigineuse en passant par le cimetière des épaves de navires ou encore les visages des âmes damnées qui jonchent le sol des Enfers…  Visuellement, Au-delà de nos rêves est une merveille, donnant corps à des tableaux surréalistes plus somptueux les uns que les autres (en accord avec la vision de l’au-delà que pourrait construire mentalement un homme éperdument amoureux d’une artiste peintre). C’est à juste titre que les effets visuels du film furent récompensés par un Oscar. On appréciera aussi la prestation très symbolique de Max Von Sydow qui, après avoir affronté la Mort dans la mémorable partie d’échecs du Septième sceau, devient ici le Passeur d’une rive à l’autre, nouvelle incarnation du Charon de la mythologie grecque. Tous ces beaux ingrédients donnent pourtant un plat très indigeste, qui commet l’erreur d’une moralisation extrême et d’une approche trop frontalement judéo-chrétienne, atténuant du coup grandement son impact. Le film aura d’ailleurs du mal à rembourser son budget de 85 millions de dollars, n’attirant pas autant de spectateurs que prévu malgré de nombreux remaniements du montage suite à des projections test décevantes.

 

© Gilles Penso


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LA MUTANTE 2 (1998)

Ce deuxième épisode aux ambitions plus modestes et au casting moins prestigieux s’avère très généreux en séquences gore excessives…

SPECIES 2

 

1998 – USA

 

Réalisé par Peter Medak

 

Avec Natasha Henstridge, Michael Madsen, Marg Helgenberger, Mykelti Williamson, Justin Lazard, James Cromwell

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

La Mutante 2 aurait tout aussi bien pu s’appeler « Le Mutant », dans la mesure où le personnage incarné par la belle Natasha Henstridge, un clone de la créature précédente, passe le plus clair du film dans une cage dorée, fruit des expérimentations du gouvernement. Ce clone s’appelle EVE (acronyme de « Extraterrestrial Vulnerability Experiment », autrement dit « Expérience sur la Vulnérabilité Extraterrestre ») et orne un peu abusivement tous les posters du film. Car le personnage central de ce second opus est Patrick Ross (Justin Lazard), chef d’une expédition sur Mars qui rentre sur Terre infecté par de l’ADN extra-terrestre. Inconsciemment, il va peu à peu muter et se mettre en quête d’un maximum de partenaires féminines afin de créer une nouvelle race hybride vouée à repeupler notre planète. Comme l’astronaute est plutôt beau gosse et que son visage orne les paquets de céréales, autant dire qu’il tombe les filles assez facilement. Hélas pour elles, chaque coït se clôt invariablement par un accouchement accéléré pour le moins douloureux.

Succédant à Roger Donaldson derrière la caméra, Peter Medak (Romeo is Bleeding) assume pleinement le caractère de série B de cette séquelle, avec une désinvolture plutôt réjouissante. L’humour se taille ainsi une belle part, avec dès le premier plan du film l’entrée dans le champ d’une navette spatiale couverte de sponsors jusqu’à l’excès. Mais ce sont les débordements gores qui surprennent le plus. Ainsi le film est-il régulièrement scandé d’explosions de ventres avec jets d’entrailles et surgissements de tentacules pantelantes du plus spectaculaire effet. On pense tour à tour à Alien, Contamination, The Thing et X-Tro. La séquence la plus étonnante, cependant, survient au moment où Patrick Ross, animé par un ultime instinct humain, décide de se faire sauter le caisson d’un coup de fusil bien placé. Sa tête explose donc en mille morceaux, puis se reconstitue l’instant d’après, les os et les tissus se régénérant à la vitesse grand V. L’effet spécial, ahurissant, annonce les prouesses visuelles de L’Homme sans ombre de Paul Verhoeven.

Croisements contre-nature

S’il ne se réfrène pas sur le gore, Peter Medak y va également de bon cœur côté nudité, même si la plupart des séquences où les prétendantes du bel astronaute se dévêtent sont finalement considérablement écourtées au montage pour éviter de priver le film d’un trop large public. Après avoir engendré plusieurs dizaines de rejetons, notre mutant décide enfin de s’accoupler avec la mutante du titre et, au moment du climax, tous deux apparaissent sous leur forme naturelle de monstres à la H.R. Giger. Malheureusement, le dénouement du film expédie tous les monstres, grands et petits, en trois minutes trente, à l’aide d’un prétexte scénaristique des plus légers. Dommage, car on s’attendait tout de même à un final un peu plus musclé que ce pétard mouillé du plus mauvais effet.

 

© Gilles Penso


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